1
p. 99-112
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
Début :
Du Mercredi 3 Août 1763. M. LECAT, Secrétaire des Sciences [...]
Mots clefs :
Prix, Mémoire, Sciences, Botanique, Pensées, Parties, Mœurs , Extrait, Fleurs, Architecture, Littérature
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
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2
p. 112-121
SÉANCE publique de l'Académie des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
Début :
LE 25 Août 1763, Fête de Saint Louis, l'Académie des Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Génie, Académie, Manière, Abbé, Lettres, Vers, Décadence, Lumière, Artistes, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
SÉANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de MONTAUBAN.
LE 25 Août 1763 , Fête de Saint
Louis , l'Académie des Belles - Lettres
de Montauban a affifté le matin à une
Meſſe qui a été ſuivie de l'Exaudiat
pour le Roi & du Panégyrique du Saint ,
prononcé par M. de Reyras , Chanoine
Régulier de l'Abbaye de la Chancelade
de Cahors , Correſpondant de l'Académie
des Sciences de Bordeaux. Il
:
:
DECEMBRE. 1763. 113
a donné à ce ſujet usé une forme
nouvelle & intéreſſante par la manière
dont il a peint & développé les merveilles
du Gouvernement & la conduite
du faint Roi. Son ſtyle plein de feu
& rempli d'images , s'eſt reffenti du
génie poëtique qui eft encore ſon talent
; & les grâces du débit ont fingulièrement
répondu en lui à la douceur
de fon langage.
L'après - midi , l'Académie à renu
une aſſemblée publique dans la Salle
de l'Hôtel de Ville. M. l'Abbé de la
Tour , Doyen de l'Eglise de Montauban
, Directeur de quartier , a ouvert
la Séance par une ingénieuſe differta
tion contre les Romans. Il a montré
dans le plus grand détail , qu'ils font
nuiſibles aux Sciences & aux Lettres ,
parce qu'ils entretiennent la frivolité ,
le menfonge & la paffion qui les ont
enfantés. Les preuves de toute eſpéce
qu'il en a données , formoient un tableau
agréable & très-varié , où le
ridicule de ce genre de compoſition
étoit peint au naturel. 2
M. de Bernoi a lû enfuite une piéce
de vers ſur les différens penchans des
hommes & fur les mépriſes groffières
de la plupart d'entr'eux dans le choix
$14 MERCURE DE FRANCE.
de l'état qu'ils embraſſent. En les indiquant
, il a pris le ton convenable à
fon fujet & à la manière dont il l'envi
lageoit ; par exemple.
Au riſque de mille revers ,
>>Dans un pénible & long voyage ,
>>Même au péril de l'eſclavage,
>> Celui-là va courir les Mers
:
Pour aggrandir ſon héritage;
>>> Il trouve au bout de l'Univers ,
>>>Nonpas de l'or , mais le naufrage.. !
Cette lecture a été ſuivie de celle
d'un difcours de M. Teulieres , fur la
décadence du génie & fur les caufes
qui la produisent. Après avoir obfer+
véqu'il n'y a dans les annales duMonde
que quatre brillantes époques du génie :
que la Gréce , l'ancienne Rome , l'Italie
moderne & la France ont été
le théâtre de ſes plus puiſſans effets ;
que le génie méprifé & outragé aban
donne ordinairement pour toujours les
hommes ingrats qui ne profitent pas
de ſa lumière ; & qu'il eſt en cola ſemblable
à ces fleuves qui ayant arrofé
& fécondé certaines contrées , ſe précipitent
tout-à-coupdansdes gouffres pour
ne reparoître quedans des climats éloiDECEMBRE
. 1763 . 115
gnés où ils coulent avec plus d'éclat &
de majeſté , il en caractériſe la marche
& les effets chez différens Peuples ,
en ajoutant qu'ayant été gêné dans ſa
courſe , il paroît vouloir rentrer dans
le ſein de la Terre , pour porter fes
eaux dans les contrées du Nord , après
avoir fertiliſé celles du Midi , depuis
T'origine du Monde. Parmi les caufes
que M. Teulieres a indiquées de la décadence
du génie , il a d'abord affigné
la nature du Gouvernement. Le
génie eſt fingulièrement ami de la
liberté. Il s'élève juſqu'aux plus hautes
régions de l'Univers intellectuel & fenfible;
& les entraves ne peuvent qu'arrêter
ſon éſſor. Voilà pourquoi il s'eſt
long-temps arrêté dans la Gréce. Voilà
pourquoi il n'a pointparu dans les Etats
deſpotiques. Le deſpotiſme craint la lumière
du génie ; &le génie redoute le
caprice & les abfurdités du deſpotifme ...
Le défaut d'encouragement eſt une
autre cauſe de la décadence du génie.
Sa fierté& ſon indépendance ne le rendent
pas infenfible aux honneurs & aux
distinctions. Il brilla dans la Gréce tant
que la route aux premières Places lui fut
ouverte, Il prend bientôt la fuite, quand
il croit appercevoir qu'on le craint ou
116 MERCURE DE FRANCE .
qu'on l'oublie... Les moeurs générales
d'une Nation peuvent encore contri
buer à éloigner le génie. Il ne ſe fixé
quelque part qu'autant qu'il y trouve
des objets de grandeur & de nobleſſe
qui puiffent nourrir & fortifier ſa propre
élévation. Des objets vils & mépriſables
l'abaiſſent , le dégradent,&c... Les
moeurs particulières des Ecrivains & des
Artiſtes , fi elles font corrompues comme
celles de la Nation , hâtent finguliérement
la chute du génie. Les forces
de l'ame s'uſent ainſi que celles du
corps par les excès des paffions. Auffi
les hommes de génie furent prèſque
toujours des hommes vertueux, Homère,
Virgile , Platon , & c. Le luxe porte un
coup mortel au génie , en s'efforçant
de le plier à ſon goût biſarre , en le
furchargeant d'ornemens faux & étrangers
, &c. Enfin la mode , cet Etre léger&
inconftant , oblige le génie de ſe
retirer , quand elle imagine de l'aſſujettir
à des loix ridicules & à des changemens
continuels. Les beautés réelles
font toujours les mêmes , &c.
M. l'Abbé Bellet pour montrer que la
plus ancienne Poësie que nous ayons ,
eſt la meilleure qui ait jamais exiſté , a
Iû une verſion littérale , mais en vers ,
DECEMBRE. 1763. 117
du Pſeaume 49°. Il s'eſt attaché à rendre
verſet par verſet , dans autant de
ſtrophes , toutes les figures& toutes les
images de David. Si les Cantiques du
Prophéte Roi , diſoit cet Académicien ,
font un Livre de prières pour un homme
religieux , c'eſt un recueil d'Odes
fublimes & touchantes pour un homme
de goût. Il y a apparence que M. l'Abbé
Bellet foumettra un jour au jugement
du Public fes divers eſſais dans ce
genre.
LesReſſourcesde l'Hiftoire ont fourni
à M Marqueyret la matière de pluſieurs
utiles obfervations qui ont été lues dans
cette Séance. L'Histoire , a-t-il dit , nous
prête la lumière la plus fûre & la plus
abondante pour diriger nos pas & pour
épurer nos moeurs. Les Faſtes des Nations
nous préſentent les événemens de
tous les fiècles , le caractère particulier
de chaque homme qui a joué quelque
rôle important , les merveilles des Arts ,
de la Politique, de la Morale, &c. Quelle
Ecole ! Là , les hommes dépouillés des
traits impoſteurs dont la flatterie ou l'amour-
propre les a peints quelquefois ,
paroiffent au vrai ce qu'ils font... Les
jeux de la fortune , la bizarrerie des caprices
, les revers de toute eſpèce , tour
118 MERCURE DE FRANCE.
ydevient une leçon pour nous. M. Marqueyret
entrant dans quelque détail , a
marqué les refſources différentes que le
Guerrier , le Négociateur & P'Homme
d'Etat , trouvent certainementdans l'His
foire .... Le hazard n'eſt point l'arbitre
des opérations importantes & déciſives :
elles font le chef-d'oeuvre d'une ſage po
litique , à laquelle l'étude de l'Hiſtoire a
appris à préparer les événemens & à former
le noeud qui lie les peuples ... C'eſt
par l'Hiſtoire qu'on ſe précautionne
contre les ſurpriſes ſi difficiles à éviter
dans le cours des choſes humaines : elle
ſupplée au défaut d'expérience : elle enſeigne
à prévoir les obstacles & à les
furmonter : elle épargne l'incertitude
des conjectures ; elle dévoile le danger
des eſſais téméraires , &c. Les fonctions
du Guerrier , du Négociateur & de
l'Homme d'Etat , ont été ici expliquées
ou indiquées par des traits hiſtoriques.....
L'Hiſtoire n'eſt pas moins utile aux Artiſtes:
elle leur offre des modèles : elle
leur inſpire le defir & leur préſente la
manière de les imiter... Enfinl'homme
netrouve nulle-part une plus fidéle image
du coeur humain , de ſes paffions & de
ſes vertus.... Fertile en exemples , elle en
apour tous les temps, pour toutes les
DECEMBRE. 1763. 119
..
conditions , pour toutes les circonftan
ces . Mais un ſage avis donné par M.
Marqueyret , c'eſt de ne ne point parcourir
rapidement& au hazard , un tas
de Volumes. Le ſuccès de l'étude de
'Histoire dépenddu choix des Hiſtoriens
qu'on lit ,&c,
,
M. de Gaujac de S. Hubert , Che
valier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , a lû enſuite des Stances : compoſition
didactique où l'Auteur a luimême
donné l'exemple de ce qu'il ſe
propoſoit de peindre & de développer,
c'est-à-dire , du naturel dans les ouvrages.
Ses vers n'étoient pas compoſés
ſeulement de mots fonores mais ils
étoient remplis de vérités utiles. Il a
obſervé& fait ſentir que le naturel eſt
plus difficile à ſaiſir qu'on ne penſe ;
qu'il ne faut pas le confondre avec une
facilité qui n'en a qu'une fauffe reffemblance;
que c'eſt un don que les Dieux
diſpenſent d'une main avare ; qu'on s'en
écarte communément parce qu'on ne
s'applique point affez à connoître le
talent qu'on a reçu de la Nature ; que
c'eſt elle qui faitles bons Artiſtes : qu'elle
ſeule leur garantit & leur affurer l'immortalité
; qu'une noble ſimplicité eſt
bien au-deſſus de l'impoſture de l'Art.
:
120 MERCURE DE FRANCE.
qui a toujours tant de peine à l'imiter ;
qu'elle n'eſt point le partage de ce
qu'on appelle Bel- eſprit qu'un faux étalage
trompe ſi ſouvent ; qu'on prend
quelquefois mal-à-propos une étincelle
de cet efprit pour le plus beau feu du
génie ; que le langage des Dieux eft celui
qui ſe fait entendre ; & que le ſens
commun qu'on affecte de dédaigner,eft
ſouvent ce qu'on devroit ambitionner
davantage. Pour faire connoître la manière
de l'Auteur , voici quelques-unes
de ſes Stances :
>>Don précieux de la Nature ,
>> Belle & noble ſimplicité ,
>>>Compagne de la Vérité ,
>>>De l'Art vous fuyez l'impoſture.
>>>Belle de vos propres attraits,
>>>Toujours agréable & facile ,
>> On ne trouve dans vos portraits
>> Rien de forcé , rien d'inutile.
» Les Grâces mêlent vos couleurs ;
>>>Le goût les embellit encore ;
Sous votre main naiſſent les fleurs ;
>>>Vous parlez ; on les voit éclorre.
>>>Tout fait image , & chaque trait
>>Digne de ſervir de modéle ,
Prend
DECEMBRE. 1763 121
>>>Prend la Nature ſur le fait,
>>> Et pourroit être pris pour elle.
Au ton de la frivolité
>> Le Poëte accorde ſa lyre;
.Et vole à l'Immortalité
>> Sur les aîles de ſon délire.
>>>Souvent à force de ſçavoir ,
>>>Loin d'avancer on rétrograde ;
>> Le ſens commun que l'on dégrade
>> Eſt celui que l'on doit avoir.
M. l'Abbé Bellet reprenant la parole
, a lù l'éloge hiſtorique de M. l'Evêque
de Montauban , Michel de Verthamont
, l'un des Académiciens nommés
par le Roi ; & c'eſt avec les cou
leurs les plus vraies , qu'il a tracé le
portrait reſſemblant de ce Prélat vertueux
.
Belles-Lettres de MONTAUBAN.
LE 25 Août 1763 , Fête de Saint
Louis , l'Académie des Belles - Lettres
de Montauban a affifté le matin à une
Meſſe qui a été ſuivie de l'Exaudiat
pour le Roi & du Panégyrique du Saint ,
prononcé par M. de Reyras , Chanoine
Régulier de l'Abbaye de la Chancelade
de Cahors , Correſpondant de l'Académie
des Sciences de Bordeaux. Il
:
:
DECEMBRE. 1763. 113
a donné à ce ſujet usé une forme
nouvelle & intéreſſante par la manière
dont il a peint & développé les merveilles
du Gouvernement & la conduite
du faint Roi. Son ſtyle plein de feu
& rempli d'images , s'eſt reffenti du
génie poëtique qui eft encore ſon talent
; & les grâces du débit ont fingulièrement
répondu en lui à la douceur
de fon langage.
L'après - midi , l'Académie à renu
une aſſemblée publique dans la Salle
de l'Hôtel de Ville. M. l'Abbé de la
Tour , Doyen de l'Eglise de Montauban
, Directeur de quartier , a ouvert
la Séance par une ingénieuſe differta
tion contre les Romans. Il a montré
dans le plus grand détail , qu'ils font
nuiſibles aux Sciences & aux Lettres ,
parce qu'ils entretiennent la frivolité ,
le menfonge & la paffion qui les ont
enfantés. Les preuves de toute eſpéce
qu'il en a données , formoient un tableau
agréable & très-varié , où le
ridicule de ce genre de compoſition
étoit peint au naturel. 2
M. de Bernoi a lû enfuite une piéce
de vers ſur les différens penchans des
hommes & fur les mépriſes groffières
de la plupart d'entr'eux dans le choix
$14 MERCURE DE FRANCE.
de l'état qu'ils embraſſent. En les indiquant
, il a pris le ton convenable à
fon fujet & à la manière dont il l'envi
lageoit ; par exemple.
Au riſque de mille revers ,
>>Dans un pénible & long voyage ,
>>Même au péril de l'eſclavage,
>> Celui-là va courir les Mers
:
Pour aggrandir ſon héritage;
>>> Il trouve au bout de l'Univers ,
>>>Nonpas de l'or , mais le naufrage.. !
Cette lecture a été ſuivie de celle
d'un difcours de M. Teulieres , fur la
décadence du génie & fur les caufes
qui la produisent. Après avoir obfer+
véqu'il n'y a dans les annales duMonde
que quatre brillantes époques du génie :
que la Gréce , l'ancienne Rome , l'Italie
moderne & la France ont été
le théâtre de ſes plus puiſſans effets ;
que le génie méprifé & outragé aban
donne ordinairement pour toujours les
hommes ingrats qui ne profitent pas
de ſa lumière ; & qu'il eſt en cola ſemblable
à ces fleuves qui ayant arrofé
& fécondé certaines contrées , ſe précipitent
tout-à-coupdansdes gouffres pour
ne reparoître quedans des climats éloiDECEMBRE
. 1763 . 115
gnés où ils coulent avec plus d'éclat &
de majeſté , il en caractériſe la marche
& les effets chez différens Peuples ,
en ajoutant qu'ayant été gêné dans ſa
courſe , il paroît vouloir rentrer dans
le ſein de la Terre , pour porter fes
eaux dans les contrées du Nord , après
avoir fertiliſé celles du Midi , depuis
T'origine du Monde. Parmi les caufes
que M. Teulieres a indiquées de la décadence
du génie , il a d'abord affigné
la nature du Gouvernement. Le
génie eſt fingulièrement ami de la
liberté. Il s'élève juſqu'aux plus hautes
régions de l'Univers intellectuel & fenfible;
& les entraves ne peuvent qu'arrêter
ſon éſſor. Voilà pourquoi il s'eſt
long-temps arrêté dans la Gréce. Voilà
pourquoi il n'a pointparu dans les Etats
deſpotiques. Le deſpotiſme craint la lumière
du génie ; &le génie redoute le
caprice & les abfurdités du deſpotifme ...
Le défaut d'encouragement eſt une
autre cauſe de la décadence du génie.
Sa fierté& ſon indépendance ne le rendent
pas infenfible aux honneurs & aux
distinctions. Il brilla dans la Gréce tant
que la route aux premières Places lui fut
ouverte, Il prend bientôt la fuite, quand
il croit appercevoir qu'on le craint ou
116 MERCURE DE FRANCE .
qu'on l'oublie... Les moeurs générales
d'une Nation peuvent encore contri
buer à éloigner le génie. Il ne ſe fixé
quelque part qu'autant qu'il y trouve
des objets de grandeur & de nobleſſe
qui puiffent nourrir & fortifier ſa propre
élévation. Des objets vils & mépriſables
l'abaiſſent , le dégradent,&c... Les
moeurs particulières des Ecrivains & des
Artiſtes , fi elles font corrompues comme
celles de la Nation , hâtent finguliérement
la chute du génie. Les forces
de l'ame s'uſent ainſi que celles du
corps par les excès des paffions. Auffi
les hommes de génie furent prèſque
toujours des hommes vertueux, Homère,
Virgile , Platon , & c. Le luxe porte un
coup mortel au génie , en s'efforçant
de le plier à ſon goût biſarre , en le
furchargeant d'ornemens faux & étrangers
, &c. Enfin la mode , cet Etre léger&
inconftant , oblige le génie de ſe
retirer , quand elle imagine de l'aſſujettir
à des loix ridicules & à des changemens
continuels. Les beautés réelles
font toujours les mêmes , &c.
M. l'Abbé Bellet pour montrer que la
plus ancienne Poësie que nous ayons ,
eſt la meilleure qui ait jamais exiſté , a
Iû une verſion littérale , mais en vers ,
DECEMBRE. 1763. 117
du Pſeaume 49°. Il s'eſt attaché à rendre
verſet par verſet , dans autant de
ſtrophes , toutes les figures& toutes les
images de David. Si les Cantiques du
Prophéte Roi , diſoit cet Académicien ,
font un Livre de prières pour un homme
religieux , c'eſt un recueil d'Odes
fublimes & touchantes pour un homme
de goût. Il y a apparence que M. l'Abbé
Bellet foumettra un jour au jugement
du Public fes divers eſſais dans ce
genre.
LesReſſourcesde l'Hiftoire ont fourni
à M Marqueyret la matière de pluſieurs
utiles obfervations qui ont été lues dans
cette Séance. L'Histoire , a-t-il dit , nous
prête la lumière la plus fûre & la plus
abondante pour diriger nos pas & pour
épurer nos moeurs. Les Faſtes des Nations
nous préſentent les événemens de
tous les fiècles , le caractère particulier
de chaque homme qui a joué quelque
rôle important , les merveilles des Arts ,
de la Politique, de la Morale, &c. Quelle
Ecole ! Là , les hommes dépouillés des
traits impoſteurs dont la flatterie ou l'amour-
propre les a peints quelquefois ,
paroiffent au vrai ce qu'ils font... Les
jeux de la fortune , la bizarrerie des caprices
, les revers de toute eſpèce , tour
118 MERCURE DE FRANCE.
ydevient une leçon pour nous. M. Marqueyret
entrant dans quelque détail , a
marqué les refſources différentes que le
Guerrier , le Négociateur & P'Homme
d'Etat , trouvent certainementdans l'His
foire .... Le hazard n'eſt point l'arbitre
des opérations importantes & déciſives :
elles font le chef-d'oeuvre d'une ſage po
litique , à laquelle l'étude de l'Hiſtoire a
appris à préparer les événemens & à former
le noeud qui lie les peuples ... C'eſt
par l'Hiſtoire qu'on ſe précautionne
contre les ſurpriſes ſi difficiles à éviter
dans le cours des choſes humaines : elle
ſupplée au défaut d'expérience : elle enſeigne
à prévoir les obstacles & à les
furmonter : elle épargne l'incertitude
des conjectures ; elle dévoile le danger
des eſſais téméraires , &c. Les fonctions
du Guerrier , du Négociateur & de
l'Homme d'Etat , ont été ici expliquées
ou indiquées par des traits hiſtoriques.....
L'Hiſtoire n'eſt pas moins utile aux Artiſtes:
elle leur offre des modèles : elle
leur inſpire le defir & leur préſente la
manière de les imiter... Enfinl'homme
netrouve nulle-part une plus fidéle image
du coeur humain , de ſes paffions & de
ſes vertus.... Fertile en exemples , elle en
apour tous les temps, pour toutes les
DECEMBRE. 1763. 119
..
conditions , pour toutes les circonftan
ces . Mais un ſage avis donné par M.
Marqueyret , c'eſt de ne ne point parcourir
rapidement& au hazard , un tas
de Volumes. Le ſuccès de l'étude de
'Histoire dépenddu choix des Hiſtoriens
qu'on lit ,&c,
,
M. de Gaujac de S. Hubert , Che
valier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , a lû enſuite des Stances : compoſition
didactique où l'Auteur a luimême
donné l'exemple de ce qu'il ſe
propoſoit de peindre & de développer,
c'est-à-dire , du naturel dans les ouvrages.
Ses vers n'étoient pas compoſés
ſeulement de mots fonores mais ils
étoient remplis de vérités utiles. Il a
obſervé& fait ſentir que le naturel eſt
plus difficile à ſaiſir qu'on ne penſe ;
qu'il ne faut pas le confondre avec une
facilité qui n'en a qu'une fauffe reffemblance;
que c'eſt un don que les Dieux
diſpenſent d'une main avare ; qu'on s'en
écarte communément parce qu'on ne
s'applique point affez à connoître le
talent qu'on a reçu de la Nature ; que
c'eſt elle qui faitles bons Artiſtes : qu'elle
ſeule leur garantit & leur affurer l'immortalité
; qu'une noble ſimplicité eſt
bien au-deſſus de l'impoſture de l'Art.
:
120 MERCURE DE FRANCE.
qui a toujours tant de peine à l'imiter ;
qu'elle n'eſt point le partage de ce
qu'on appelle Bel- eſprit qu'un faux étalage
trompe ſi ſouvent ; qu'on prend
quelquefois mal-à-propos une étincelle
de cet efprit pour le plus beau feu du
génie ; que le langage des Dieux eft celui
qui ſe fait entendre ; & que le ſens
commun qu'on affecte de dédaigner,eft
ſouvent ce qu'on devroit ambitionner
davantage. Pour faire connoître la manière
de l'Auteur , voici quelques-unes
de ſes Stances :
>>Don précieux de la Nature ,
>> Belle & noble ſimplicité ,
>>>Compagne de la Vérité ,
>>>De l'Art vous fuyez l'impoſture.
>>>Belle de vos propres attraits,
>>>Toujours agréable & facile ,
>> On ne trouve dans vos portraits
>> Rien de forcé , rien d'inutile.
» Les Grâces mêlent vos couleurs ;
>>>Le goût les embellit encore ;
Sous votre main naiſſent les fleurs ;
>>>Vous parlez ; on les voit éclorre.
>>>Tout fait image , & chaque trait
>>Digne de ſervir de modéle ,
Prend
DECEMBRE. 1763 121
>>>Prend la Nature ſur le fait,
>>> Et pourroit être pris pour elle.
Au ton de la frivolité
>> Le Poëte accorde ſa lyre;
.Et vole à l'Immortalité
>> Sur les aîles de ſon délire.
>>>Souvent à force de ſçavoir ,
>>>Loin d'avancer on rétrograde ;
>> Le ſens commun que l'on dégrade
>> Eſt celui que l'on doit avoir.
M. l'Abbé Bellet reprenant la parole
, a lù l'éloge hiſtorique de M. l'Evêque
de Montauban , Michel de Verthamont
, l'un des Académiciens nommés
par le Roi ; & c'eſt avec les cou
leurs les plus vraies , qu'il a tracé le
portrait reſſemblant de ce Prélat vertueux
.
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