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SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
Début :
LE Mardi 25 Octobre, les Comédiens François représenterent la Mère [...]
Mots clefs :
Rôle, Comédie, Ballet, Salon, Opéra, Bal, Spectacles, Pièce, Théâtre, Acteurs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Spectacles de la Cour. A FONTAINEBLEAU.
SUITE des Spectacles de la Cour
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
A FONTAINEBLEAU.
LEE Mardi 25 Octobre , les Comédiens
François repréſenterent la Mère
Coquette , Comédie en cinq Actes &
en vers de feu M. Quinaut. ( a ) Elle
(a) Voyez dans le Mercure de Novembre , à
l'article des Spectacles de Paris , l'Anecdote rapportée
à l'occaſion de l'époque mémorable où
cettePiécefut donnée pour la première fois.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
fut bien jouée par les principaux Acteurs.
Le rôle de la Mère Coquette ,
entre autres fit honneur à la Dile
DROUIN.Il eſt inutile de dire comment
fut rendu celui de Laurette en avertiffant
que la Dile DANGEVILLE le
jouoit. Cette Piéce fut ſuivie du Somnambule
, Comédie en un Acte & en
profe d'un Auteur anonyme. La Piéce ,
à-peu-près nouvelle pour la Cour ,
amuſa beaucoup. On ſcait avec quel
art le Geur BELCOUR , dans le rôle
du Somnambule , donne par l'imitation
même l'idée d'un modéle peu connu
& rarement fous les yeux. Ce font
de ces Portraits où l'art montre tant de
vérité que l'on juge de la reſſemblance
ſans en avoir và les Originaux. Tous
les autres rôles furent remplis avec l'agrément
& toute la fineſſe qui en font
le fuccès à Paris.
Le Jeudi 27 du même mois , la ſcène
fut occupée par Mitridate , Tragédie
de RACINE , dans laquelle la Dile
CLAIRON joua le rôle de Monime.
Il ſeroit difficile de déterminer , fi cette
excellente Actrice a tourné le caractère
de ce rôle vers celui qu'on
croyoit particulier à fon jeu ; ou fi
DECEMBRE. 1763. 151
elle avoit fait prêter le caractère de
fon jeu à celui du rôle : ce qui en
refulte , c'eſt qu'il ne peut jamais être
rendu avec plus de vérité, d'intelligence,
de dignité & en même-temps d'intérêt
, qu'il l'a été par elle. Le Sieur
BRISART joua Mithridate avec une
admiration très- méritée & très - honorable
pour ſes talens . Ceux de Pharnace
& de Xipharès rendus par les Sieurs
LE KAIN & MOLÉ , achevoient de
donner à cette repréſentation le mérite
d'un enſemble , que dans toute l'Europe
, la Cour de France a l'avantage
exclufif de pouvoir réunir.
,
entre
La ſeconde Piéce étoit le Préjugé
vaincu , petite Comédie en un Acte &
en vers de feu M. DE MARIVAUX ;
qui lorſqu'elle fut donnée en 1748 ,
n'avoit eu qu'un ſuccès douteux &
dont le talent des Comédiens
autres de l'inimitable Mlle DANGEVILLE
, a fait mieux goûter l'efprit
à la remiſe. Elle y jouoit à la Cour
le même role de Lisette dans lequel
elle avoit ſi ſouvent fait les plaiſirs
de Paris. Le Sr MOLÈ celui de Dorante
, le Sr ARMAND celui de l'Epine
, le Sr BONNEVAL celui du Père
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
& la Dile Huss celui d'Angélique.
Le Samedi 29 du même mois , on
éxécuta pour la ſeconde fois l'Opéra
de Scanderberg , avec autant de magnificence
qu'il l'avoit été précédemment
, & l'exécution en fut parfaite
dans toutes les parties . ( b )
Hypermnestre , Tragédie de M. LE
MIERRE , fut repréſentée le Jeudi 3
Novembre . Les Acteurs étoient les
mêmes qu'à Paris lorſqu'on y donne
cette Piéce. Elle parut faire une trèsvive
impreſſion ſur tous les Spectateurs.
La Dile CLAIRON après y
avoir joué le rôle d'Hypermnestre avec
la plus grande perfection , joua un
petit rôle acceſſoire du Cocher Suppofé
, Comédie en un Acte & en profe
de feu M. HAUTEROCHE. Comme
on donne ſouvent cette Comédie
en petite Piéce à Paris , les Acteurs en
ſont ſuffisamment connus. La Dlle
DANGEVILLE y jouoit le rôle de
Rozette.
On a toujours continué de donner
un Ballet entre les deux Piéces les jours
( b ) Le Mercure de Novembre , article des
Spectacles de la Cour , où la Repréſentation de
cetOpéra ſe trouve rapportée avec beaucoup de
détails.
DECEMBRE. 1763. 153
de la Comédie , depuis celui que nous
avons indiqué dans le volume précédent.
On plaça après Hypermneftre
le Ballet , en Pantomime Heroïque , de
Médée & Jafon qui faisoit partie de
Théagène & Chariclée , Opéra repréſenté
à Choiſy cette année , Poëme
de M. LAUJON N , Muſique de M. de
la B **. Ce Ballet ingénieux d'un
grand genre & admirablement éxécuté ,
ne fit pas moins d'effet qu'il en avoit
produit la premiere fois , & répondit
au defir que la Cour avoit marqué
de le revoir.
,
Le Samedi 5 Novembre , on éxécuta
pour la premiere fois l'Opéra de
Caftor & Pollux , Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Les Acteurs chantans étoient :
POLLUX , Fils de Jupiter& de
Léda , Roi de Sparte ,
CASTOR ,Fils de Tindare & de
leSr Gelin.
Léda , le Sr Jéliote.
THELAIRE, Filles du
PHEBÉ , }
la DileArnoud.
Soleil , la Dile Chevalier.
JUPITER , le Sr Larrivée.
MERCURE , leSrPilot
CLÉONE , Confidente
de Phébé , la Dile la Malle , de laMusique
du Roi ,& non de l'Académie.
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
La Dile DUBOIS chantant les Airs des Divertiſſemens
& repréſentant divers Perſonnages ,
1
&c. &c. &c.
On ne s'étendra point ſur le mérite
de cet Opéra , dont le Poëme & la Muſique
font également connus , & ont
fait les délices de tous les Amateurs de
ce Spectacle. L'exécution des Rôles en
a été d'autant plus intéreſſante , qu'elle
étoit foutenue de la chaleur & du ſentiment
qui animent le talentde la Dlle
ARNOULD , de tout l'éclat & de l'art
enchanteur du célébre Acteur que le
Public a perdu ( le Sr JELIOTE ) lequel
ſembloit avoir recueilli de nouvelles
forces , & s'il étoit poſſible ,
ajoûté de nouveaux talens à ceux
qui l'ont fait exceller. Ges avantages
étoient ſecondés par les autres principaux
Acteurs qui ont rempli tous les
rôles avec le plus grand art. Les Bal
lets ont été déffinés & exécutés de
manière à faire bien ſentir les progrès
que cet Art a fait depuis quelques années.
On a été frappé ſurtout d'une
Entrée qui peignoit avec les traits les
plus forts & les plus vrais , les Jeux
célébres des Athletes & des Gladiateurs.
Cette Entrée , exécutée par les Srs LAVAL
, GARDEL , LYONNOIS,& HYADECEMBRE.
1763. 155
CYNTHE pour les Lutteurs , & par les
Srs LEGER & DAUBERVAL pour les
Gladiateurs , étoit d'un grand effet ainſi
que celle des Furies au 4º Acte, exécutée
par le Sr DAUBERVAL , les Diles
LIONNOIS & ALLARD . L'Entrée de
Démons liée à la précédente dans le
même Acte & primée par les Srs LAVAL
, GARDEL & LYONNOIS , refpiroit
le trouble & la terreur , tout y
étoit caractériſé avec feu.
:
Au cinquiéme Acte le Sr VESTRIS
éxécutoit , au milieu de l'Entrée des
Génies qui préſident aux Planettes,celui
du Soleil , avec la distinction de talent
analogue à celle du perſonnage qu'il
figuroit , ainſi que la Dlle LANI celui
dela Lune : les Dlles ALLARD , VES
TRIS & les Sieurs GARDEL & CAMPIONI
, &c. figuroient les autres Planettes.
La Dile VESTRIS danſoit ſous
la forme d'HÉBÉ , au troiſiéme Acte ,
l'enchantement céléſte , qui eſt l'objet
de cette Entrée. Uu jeune Sujet ( la
Dlle GUIMARD ) déja connue & applaudie
ſur les Théâtres de Paris , a don
né des preuves agréables de ſes progrès
,& particulièrement dans les Ballets
de cet.Opéra où elle danſoit plufleurs
Pas de deux.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
La pompe du Spectacle dans cet
Opéra a furpaffé encore celle des précédens
en habits & en décorations . Les
plus remarquables étoient celles d'un
Palais éclatant de Jupiter , au troifiéme
Acte, & celle du Palais celeſte du même
Dieu & des Divinités des Planettes.
La première , repréſentant l'intérieur
du Palais de Jupiter , offroit l'aſpect
de trois grandes galleries formées par
quatre rangs de Colonnes torſes d'ordre
compofite , dont la matière paroiffoit
d'émeraudes. Les Tores des Colonnes
étoient environnés d'une guirlande
de Diamans dans toute la hauteur.
Les Chapitaux , en or , étoient pareillement
ornés de Diamans avec des
foudres en rubis ſur les principales faces.
La même richeſſe régnoit fur les
bâſes , ainſi que ſur l'entablement
dont les fonds étoient en or dans la
corniche ainſi que dans l'achitrave ,
& en émeraude dans la friſe. Les moulures
, les roſettes , les modillons &
tous les autres ornemens des Plafonds,
dont les fonds étoient en or & diviſés
par platebandes , étoient auſſi enrichis
de Pierres précieuſes diſtribuées ſuivant
fordre d'architecture. Les aîles de cette
C
DECEMBRE. 1763. 157
décoration n'étoient formées que de
vapeurs ou nuages reflettés des couleurs
du Palais & qui ſe répandoient auſſi en
pluſieurs endroits du plafonds.
L'embelliſſement de cette décoration
en pierreries étoit encore un des fruits
de la vigilance & des talens , en cette
partie , de M. LÉVÉQUE , Garde-Magaſin
général des menus Plaiſirs. Ce genre
d'ornement n'avoit jamais été mieux
placé que dans cette occafion où un
pouvoir furnaturel admet la probabilité
idéale d'un éclat ſi précieux par fa rareté
dans la nature phyſique . D'ailleurs
la diſtribution n'en pouvoit être plus
agréable & d'un meilleur effet , en ce
que les guirlandes de diamans dans toute
lahauteurdes colonnes , produiſoient
degrandes maſſes continuées & prolongées;
avantage que n'occaſionnoit pas
la ſtructure des autres décorations en
richies de cette brillante matière .
L'autre décoration avoit à repréſenter
les cieux ouverts. Le fond étoit l'extérieur
du Palais de Jupiter formé par une
colonade. Dans un lointain ſupérieur ,
le Zodiaque avec le Signe des Gémeaux
nouvellement inſtallés. Le Soleil fur
fon char , paarrccoouurraanntt ſa lumineufe car158
MERCURE DE FRANCE.
rière. Sur les côtés les pavillons ou Pa
lais des principales divinités céleftės, indiqués
par les couleurs & par des attributs
; le tout porté ſur des nuages
éclatans. Tout cet Enſemble , qui étoit
en tranſparent juſques aux premiers
chaſſis du bord du Théâtre , étoit d'une
telle force de lumière & d'un tel éclat
que la vue en ſupportoit à peine l'ef
fet , & par là ne figuroit pas mal le lieu
où l'on ſuppoſe être le principe & la
fource de la lumière. On connoiffoit
déja les effets du transparent , mais on
ne l'avoit guères employé que dans des
parties de lointain, des. Gloires , ou autres
objets repouffés par des maſſes
éclairées ſeulement de reflet : ceci eſt
un eſſai qui eſt ſuſceptible de perfection
pour parvenir à la juſteſſe des effets
perſpectifs , par une gradation combinée
des lumières , par le choix des
couleurs , par la fonte inſenſible des
ombres avec les clairs dans la Peinture ,
en un mot par beaucoup d'études & de
recherches de l'Art. On devra aux Ordonnateurs
de ces Spectacles une voie
qui peut conduire à des moyens propres
pour le merveilleux , ſi ſouvent
&peut-être fi néceſſairement en ufage
dans la repréſentation des Opéra.
DECEMBRE . 1763. 159
Nous n'avons pû donner que cette
foible eſquiſſe de la magnificence avec
laquelle on a décoré le Poëme ingénieux
d'un des plus agréables de nos
Poëtes & l'un des chefs - d'oeuvres du
plus célébre de nos Muficiens.
,
Le 8 du même mois , on repréſenta
Britannicus , Tragédie de RACINE ;
dans laquelle le Sr BRISART , quelqu'idée
qu'on ait de la chaleur vraie&
pathétique avec laquelle il joue le rôle
de Burrhus , furpaſſa encore de beaucoup
ce qu'on a vû de lui à Paris dans
ce rôle. On peut dire auſſi que les
autres Acteurs ſçavoir la Dlle Du-
MESNIL dans le rôle d'Aggrippine ,
le Sr le KAIN dans celui de Neron ,
la DHE DUBO15 , dans le rôle de Junie
& le Sr MOLÉ dans celui de Britan
nicus , donnerent chacun des preuves
du zéle qui les animoit pour ſatisfaire,
proportionnellement à l'intérêt des rôles.
Celui de Narciffe , dont l'impref
fion quoiqu'odieuſe eft fi néceſſaire
au contraſte des deux plus belles ſcénes
de la Piéce , fut rendu avec tout l'art
qu'on peut defirer , par le Sr DUBOIS .
Pour petite Piéce on repréſenta la
Matinée à la mode , Comédie en proſe
& en un Acte de M. ROCHON DE
,
160 MERCURE DE FRANCE .
:
1
CHABANNES. Elle étoit rendue par
les mêmes Acteurs qui jouent à Paris.
,
Le lendemain 9 du même mois , on
repréſenta Caftor & Pollux Opéra,avec
les mêmes Acteurs , la même pompe
, & encore plus de fatisfaction de
la part des Spectateurs. L'exécution
très-difficile dans un eſpace auffi gêné
que le Théâtre de la Cour , avoit été
très-bień , dès la premiere repréſentation
, elle fut dans le plus grand degré
de préciſion à celle- ci , &d'une perfection
générale dans toutes les parties
d'un auſſi grand Spectacle.
Le Jeudi 10 , les Spectacles furent
terminés par la repréſentation de Dupuis
& Defronais , Comédie en trois
Acte & en vers de M. COLLÉ & par
les trois Coufines , Comédie en trois
Actes & en proſe du feu Sr DANCOURT
, avec trois divertiſſemens.
La première de ces Piéces attacha
intéreſſa & fit la plus ſenſible impreffion
fur tous les Sepectateurs. On ſçait
qu'elle ne porte que fur trois Perfonnages
qui étoient rendus par la Dile
PRÉVILLE , les Sieurs BRISART &C
MOLE. Il ne feroit pas poſſible d'affigner
de préférence à aucun de ces fujets,
fur la vérité , l'intelligence & le
1
DECEMBRE. 1763. 161
feu avec lequel ils jouerent, principalement
le troifiémel Acte , partie de l'onvrage
qui en eſt le plus fufceptible , &
où ces grands talens font néceſſaires ,
pour remplir le but de l'Auteur. La Dile
PRÉVILLE méritoit en particulier tous
les éloges qu'elle reçut , en ce qu'elle
jouoit le rôle de Marianne pour la première
fois , qu'elle le jouoit après une
Actrice regrettée ( la Dile GAUSSIN )
&que ce genre même fort un peu de
celui des emplois qu'elle avoit exercés
juſqu'à préſent.
Les rôles des trois Coufines étoient
remplis dans la ſeconde Piéce par les
jeunes Sujets de la Comédie (les Dlles
DOLIGNI , D'EPINAY & Luzi , la
Dile DROUIN le rôle de la Meuniere.
Ce ne ſera pas une anecdote indifférente
par la ſuite pour les Curieux de
'Hiſtoire de notre Théâtre , de ſçavoir
que le ſieur ARMAND jouoit encore
cette année le rôle de Blaise dans cette
Comédie. Les divertiſſemens , dont on
avoit orné cette dernière,repréſentation
, avoient été enrichis de plufieurs
airs choiſis avec goût,tant pour le chant
que pour la danſe , ajoutés à ceux des
anciens divertiſſemens de la Comédie.Le
Sr JELIOTE & la Dile ARNOULD Y
:
162 MERCURE DE FRANCE.
chanterent. Le Sr VESTRIS., la Dile
LANI & les premiers Sujets de la Danſe
exécuterent différentes Entrées dans
les Ballets , leſquels étoient nombreux ,
analogues à la Piéce , & très-agréablement
compotes.
Depuis 1754 , où il y avoit eu fous
les ordres de M. le Duc d'AUMONT
4 grands & pompeux Spectacles d'Opéra
&des Intermédes en grand nombre,
pendant le ſéjour de Fontainebleau ,
la Cour n'en avoit pas eu une fuite
auſſi conſidérable que cette année. Le
Roi a daigné témoigner publiquement
ſa ſatisfaction tant ſur l'ordonnance que
für le zéle & les talens de tous ceux qui
ont concouru à la belle exécution de ces
fortes de Fêtes. Le peu d'eſpace de la
Salle n'a permis qu'à un petit nombre
de Curieux d'en jouir; mais elles ont raf
ſemblé une Cour des plus nombreufes&
des plus brillantes pendant tout
le voyage.
BAL & SALLON DE JEU:
Ayant été déterminé que l'on donneroit
les Bals & le Jeu dans la Salle des
Spectacles , on avoit conſtruit une décoration
facile à ſe placer dans l'eſpace
du Théâtre, pour former un Sallon carré
DECEMBRE. 1763. 163
de 25 pieds de long fur autantde large.
L'ordonnance générale de ce Salion
eſt Corinthienne , contenant 14 pilaftres
au pourtour des trois parties fermées
& quatre colonnes iſolées fur la
partie de devant qui joint l'avant- ſcène,
le tout avec piédeſtaux & ſur un focle
de marbre verd campant. Les pilaſtres
portent une corniche architravée, décorée
de tous les ornemens propres a l'ordre
Corinthien. Ils font eſpacés à diftance
égale , ils diviſent ſur chaque face
trois arcades ; celles du milieu, au fond
&aux parties latérales, en glace au tein,
ſervent en même temps de portes au
Sallon. Dans les autres arcades accompagnant
les glaces , font placés fix Tableaux
dont les quatre des côtés repréfentent
les Saiſons figurées par des jeux
d'enfans , ceux du fond , la chaſſe & les
Arts. De grands rideaux peints ſur les
Tableaux les encadrent dans les embraſures
où ils ſe trouvent. Chaque arcade
de glace eſt ornée au-deſſus d'une
urne ou caffolette en bas-relief de marbre-
blanc , accompagnée d'enfans dont
chacun porte un attribut relatif au ſujet
du tableau auquel il touche , ce qui
lie l'eſprit de cette compoſition. Les
Marcades des Tableaux font furmontées,
164 MERCURE DE FRANCE.
de Médaillons en marbre blanc , con
tenant les têtes des Divinités qui préſident
à chaque ſujet des Tableaux. Les
pilaſtres , colonnes & renfoncemens
des panneaux ainſi que l'entablement
font en marbre de brêche violette &
les corps en blanc veiné. Les chapiteaux&
tous les autres ornemens d'architecture
en of. De l'entablement s'é
léve une vouſſure en blanc veiné avec
cannaux & autres ornemens convenables
en or. La vouſſurefert d'encadrement
à un plafond carré enrichi de
guillochis , au milieu duquel eſt un Tableau,
dans une forme circulaire ,encadré
par une guirlande de feuillage en
or. On a repréſenté dans ce Tableau
l'Aurore ſur ſon char,accompagnée de
pluſieurs enfans répandant des fleurs.
Les guirlandes qu'ils tiennent paroifſent
ſervir à ſuſpendre un gros luſtre de
criſtal au centre du Sallon ; 4 autres
luftres , dont les cordons font attachés
aux roſettes des angles ,accompagnent
celui du milieu &éclairent ce Sallon ,
avec les girandoles chargées de lumières
poſées fur fix tables de marbre à
pieds dorés , fort riches , au bas des
arcades des Tableaux.
Le bord du Théâtre étoit fermé par
DECEMBRE . 1763. 165
A
,
une balustrade de fer doré , ouverte
dans le milieu fur un eſcalier de mar.
bre de huit marches à deux rampes
fervant à monter & à deſcendre de la
Salle du Bal au Sallon de Jeu . Cette
Salle étoit la même que celle des Spectacles
, mais décorée avec des étoffes
d'or à fonds cramoiſi avec franges ,
cartiſanes & glands difpoſées en feftons
aux ceintres des loges , une quantité
de luftres & de girandoles éclairoient
ce lieu. On avoit adapté dans la partie
cintrée du fond une grande tribune décorée
comme les loges , fur des piliers
qui laiſſoient libre le paſſage d'en
trée. Cette tribune ſervoit à un orchef
tre rempli de Symphonistes . Au-deffous
, dans les angles ceintrés , on avoit
dreffé de riches buffets chargésde tout
ce qui eft néceſſaire pour les raffraîchiſſemens
.
La richeſſe , l'élégance & en même
temps la pureté d'une belle & ſage architecture
caractériſent la décoration
de ce Sallon. Il a été exécuté ſur les
deſſeins du célébre M. MICHEL-ANGE
SCHLODTZ , Deffinateur du Cabinet
du Roi , ainfi que toutes les décorations
de Théâtre nouvellement faites .
Par un mechaniſme fimple & facile ,
166 MERCURE DE FRANCE.
1
tel qu'eſt ſi capable d'inventer& d'éxécuter
M. ARNOULD , Ingénieur- Machiniſte
du ROI pour les Théâtres ,
talent dont il avoit déja donné tant de
preuves , toute cette décoration de Sallon
mobile, ſe ſubſtitue en deux heures,
avec tous les acceſſoires , au nombre
immenfe&embaraſſant des décorations,
portans & machines d'un Théâtre d'Opéra
; en forte que dans le même lieu
où l'on venoit de voir la 2. repréſentation
de Scanderberg finie à près de
10 heures du ſoir (le Samedi29 Octobre
) à minuit , la Cour trouva ce lieu
diſpoſé de manière à paroître n'avoir
jamais eu d'autre deſtination que le
nouvel uſage qu'on en faiſoit. Le Roi
fe plaça dans le Sallon , d'où après avoir
vû danſer pendant quelque temps , il ſe
mit au jeu. La Reine vint dans ſa loge
à ce Bal , fans aucun cérémonial ; elle
avoit trouvé bon que dans les autres
loges on plaçatdes femmes non préfentées
de la ſuite de la Cour ou de la
Ville. Lorſque Leurs Majestés furent
retirées , on continua de danſer juſqu'à
cinq heures du matin .
Le Dimanche 6 Novembre , il y
eut Bal & Appartement de Jeu , avec
plus de pompe que la première fois. Une
DECEMBRE. 1763. 167
partie des Princes , Seigneurs & Dames
de la Cour avoit préparé des Entrées
ou cadrilles , dans les habits de caractère
, ainſi qu'il s'étoit pratiqué
l'hyver dernier à Versailles. Lorſque
le Roi fut placé dans le Sallon , &
la Reine aſſiſe à l'ouverture de la
balustrade, au haut de l'eſcalier qui defcendoit
dans la Salle , on ouvrit le Bal
par les danſes ordinaires. Enſuite parut
le premier Ballet , dont le Sujet étoit
une Affemblée de Sauvages Indiens ,
dans un jour de Fête.
DISTRIBUTION DES CADRILLES
& Perſonnages du Ballet.
Premier Cadrille composé de Caciques
&de leurs femmes.
M. le Duc de CHARTRES .
Mde la Comteſſe de BELSUNCE.
M. le Prince de CONDÉ .
Mde la Marquiſe de DURAS.
M. le Duc de COIGNI .
Mde la Marquiſe de BRANCAS.
M. le Comte de COIGNI.
Mde la Ducheſſe de MAZARIN.
86 MERCURE DE FRANCE .
:
:
Le Grand Cacique ou Chef de toute
la Nation .
M. le Comte d'AVAREY.
Un Chef ou Capitaine des Gardes.
M. le Prince de BOURNONVILLE .
Deuxième Quadrille.
t
INDIENS ET INDIENNES,
M. le Duc de FRONSAC .
Mde la Comteſſe de JUMILHAC,
M. le Marquis de BELSUNCE.
Mde la Marquiſe de LEVI
M. le Comte de POLIGNAC,
Mde la Marquiſe de VALBELE. T
M. le Baron de FISSENDORFF .
Mde la Ducheſſe d'AVRÉ . こ
Gardes , Joueurs d'Instrumens , & Porteurs du
Hamac.
1
La marche ouvroit par les Gardes
du Grand Cacique , armés d'arcs & de
carquois , ayant leur Chef à leur tête,
Une troupe d'Indiens , jouant de divers
inſtrumens, accompagnoit le Grand
CACIQUE porté ſur un Hamac décoré
ſelon l'uſage du Pays , à la ſuite de
de
DECEMBRE. 1763. 169
de ce Hamac marchoient les autres Caciques
ou Principaux de la Nation. Ils
étoient ſuivis par le Quadrille des jeunes
gens de l'un & de l'autre Séxe.
Les Caciques étoient diftingués par des
ornemens plus riches en plumes & autres
genres de parure nationa'e.
: Parvenu au milieu de l'aſſemblée &
defcendu de ſon Hamac , le Grand
CACIQUE ſe mêloit aux Danſes de la
Nation ; enſuite les autres Caciques
lui pofoient fur la tête , une coëffure
à triple étage de Plumes en Pannache ,
enrichie de Diamans , le tout au fon
des inſtrumens & avec un cérémonial
particulier : après quoi , les Grands
&le Peuple faifoient le ſalut d'hommage.
Le Grand CACIQUE , remonté dans
ſon Hamac élevé ſur les épaules de
quatre Sauvages , préſidoit de la aux
différentes danſes. Le Ballet étoit
terminé par une Contredanſe générale
qui ſe formoit autour du Grand
CACIQUE & à la fin de laquelle il
emmenoit tous les Perſonnages qui
l'avoient formé. Les Habits étoient
bien caractériſés , très-ornés de Plumes
d'Autruches & autres , dont la variété
des couleurs & la fingularité du
genre produiſoient un effet agréable &
H
170 MERCURE DE FRANCE.
un Spectacle diftingué. On peut juger
fi ce ſpectacle devoit avoir de l'éclat, en
ſcachant que par l'eſtimation des Jouailliers
les plus experts , qui avoient fait
attacher les Diamans & Pierres de cou
leurs en fin fur les habits de ce Ballet ,
la valeur de ce que l'on en avoit raffemblé
, ne pouvoit être au- deſſous de dix
millions . Ces Brillans & pierres de couleur
étoient ſubſtitués aux grains de verre
dont ſe parent les Sauvages.
Un autre Ballet moins nombreux
que le précédent , mais dont le carac
tére d'habillemens étoit intéreſſant ,
noble & élégant , fuccéda aux Indiens.
Ceux qui formoient ce Ballet , avoient
choiſi l'usage des François dans leurs
habits & dans leurs parures , à-peu .
près vers l'avant dernier fiécle . Les Da.
mes avoient des Colets montés , les
Chevaliers des pourpoints , petits manteaux
& Toques à bouquets de plumes.
Ils étoient tous en blanc, avec de riches
parures en brillans & en perles.
Les Seigneurs & les Dames qui dan
foient dans ce Ballet étoient :
LES DAMES.
Mde la Comteſſe d'EGMONT,
Mde la Princeſſe de MONACO.
DECEMBRE. 1763. 171
Mde la Comteſſe de LILLEBONNE.
Mde la Comteſſe de BLOT.
LES CHEVALIERS .
M. le Marquis de VAUDREUIL.
M. le Comte de l'EGLE .
M. le Marquis de SERAN.
M. le Vicomte de CHABот.
L'un & l'autre Ballet furent exécutés
avec beaucoup de grâces & de préciſion .
Ils furent redemandés par Leurs Majeftés
dans le courant du Bal.
Le Ballet des Indiens étoit de la compofition
du Sr DE HESSE , de la Comédie
Italienne , l'autre du Sr HYACINTHE
, de l'Académie Royale de
Muſique.
La Reine daigna faire, pour ainſi dirė,
elle-même les honneurs de cette brillante
& auguſte aſſemblée. Elle defcendit
pluſieurs fois du Sallon dans l'eſpace
de la Salle où l'on danſoit , pour donner
des éloges en particulier à ceux qui
venoient d'exécuter foit les Entrées du
Ballet , foit différentes Contredanſes
qai remplirent tout le Bal. Leurs Majeſtés
jouerentdans le Sallon ; la Rene
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
:
à une grande table de Cavagnole & le
Roi à des tables particulières. Ce dernier
Bal dura juſqu'a ſept heures du
matin.
L'ordre & l'arrangement de ce Bal ,
dont M. le Duc de DURAS , premier
Gentilhomme de la Chambre en exercice
, faifoit les honneurs , ſecondé de
MM. les Gentilshommes de la Chambre,
étoient tels que malgré l'extrême empreſſement
qu'il y avoit d'être admis ,
il n'y eût pas un moment de tumulte
aux entrées. Les perſonnes à qui l'on
avoit bien voulu permettre d'être Spectateurs,
étoient dans les loges de la Salle
ou fur des gradins renfermés dans des
enceintes , enforte que rien ne troubloit
ni n'interrompoit le Spectacle des Danſes
dans le cercle de la Cour.
Le Dimanche matin , le Roi , M. le
Dauphin &une partie dela Cour,avoient
voulu voir la manoeuvre prompte &
fingulière de la ſubſtitution du Sallon
aux Décorations du Théâtre .
Nota. Dans le Volume prochain on
donnera le Journal des Spectacles de
la Cour à Versailles , depuis le retour
de Leurs Majestés.
Fermer
2
p. 173-175
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LE 18 Novembre on a recommencé les Concerts François, interrompus [...]
Mots clefs :
Théâtre, Salle, Plafond, Gravure, Travaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 18 Novembre on a recommencé
les Concerts François , interrompus
par le ſervicede la Cour ; ils continueront
juſqu'à l'ouverture du nouveau
Théâtre de l'Opéra.
On travaille d'une part à préparer
dans les magaſins de l'Opéra tout ce
qui est néceſſaire pour Castor & Pollux
, d'un autre côté les travaux de la
nouvelle Salle font au point que l'on
peut préſumer , avec une forte de certitude
, que le Public en jouira dans les
premiers jours de Janvier. Nous ne
voulons point affoiblir ſa fatisfaction
en le prévenant trop tôt ſur toutes les
commodités , fur les dégagemens multipliés
,& enfin fur tous les autres agrémens
que l'on doit trouver dans cette
nouvelle Salle. Nous nous réſervons
d'en donner une deſcription détaillée
dans un des prochains Mercures. En
attendant, nous ne pouvons nous refuſer
une obſervation ſur le Plafond
que nous avons vu entiérement fini de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
puis plufieurs jours. Une inatention
fingulière,avoitjuſqu'à préſent fait peindre
fur ces fortes de Plafonds un Ciel ,
comme s'ils étoient percés & que le
lieu fùt découvert. Indépendamment
de la contradiction où cela ſe trouve
avec tout ce qui caractériſe un intérieur
& qui doit le caractériſer ; plus
ces Plafonds font bien éxécutés , plus
ils imitent fidélement la vue du Ciel ,
& plus ils diſputent avec le Théâtre
où il y a ſi ſouvent des Scènes qui
éxigent la repréſentation de l'air. Pour
achever de ſe convaincre du mauvais
effet que cela produit , il n'y a qu'à
jetter les yeux ſur l'image en peinture
ou en gravure des Salles de Théâtre ,
de cette eſpéce. Les deux parties , dont
l'une doit principalement faire toujours
valoir l'autre , y sont confondues aux
yeux. Joignez-y encore l'abſurdité des
luftres ſuſpendus par de gros cordons
à des vapeurs d'air. Ce Plafond eſt en ornemens
dorés , ſur un fond de couleur
agréable. Il eſt riche , de bon goût ,
& très - convenable au lieu quil décore .
On voit , près du Théâtre ,un grand
compartiment de forme diftinguée des
autres & plus enrichi , lequel doit
faire le centre , lorſque la partie des
DECEMBRE. 1763 . 175
Spectateurs fera répétée ſur le Théâtre
pour les Bals , & que le tout ne fera
qu'une Salle de forme régulière , ayant
TOO pieds de long ſur 30 de largeur.
Les lyres qu'on a peintes dans les autres
compartimens de ce Plafond , déterminent
l'emblême & la juſteſſe de ſon
application.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE 18 Novembre on a recommencé
les Concerts François , interrompus
par le ſervicede la Cour ; ils continueront
juſqu'à l'ouverture du nouveau
Théâtre de l'Opéra.
On travaille d'une part à préparer
dans les magaſins de l'Opéra tout ce
qui est néceſſaire pour Castor & Pollux
, d'un autre côté les travaux de la
nouvelle Salle font au point que l'on
peut préſumer , avec une forte de certitude
, que le Public en jouira dans les
premiers jours de Janvier. Nous ne
voulons point affoiblir ſa fatisfaction
en le prévenant trop tôt ſur toutes les
commodités , fur les dégagemens multipliés
,& enfin fur tous les autres agrémens
que l'on doit trouver dans cette
nouvelle Salle. Nous nous réſervons
d'en donner une deſcription détaillée
dans un des prochains Mercures. En
attendant, nous ne pouvons nous refuſer
une obſervation ſur le Plafond
que nous avons vu entiérement fini de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
puis plufieurs jours. Une inatention
fingulière,avoitjuſqu'à préſent fait peindre
fur ces fortes de Plafonds un Ciel ,
comme s'ils étoient percés & que le
lieu fùt découvert. Indépendamment
de la contradiction où cela ſe trouve
avec tout ce qui caractériſe un intérieur
& qui doit le caractériſer ; plus
ces Plafonds font bien éxécutés , plus
ils imitent fidélement la vue du Ciel ,
& plus ils diſputent avec le Théâtre
où il y a ſi ſouvent des Scènes qui
éxigent la repréſentation de l'air. Pour
achever de ſe convaincre du mauvais
effet que cela produit , il n'y a qu'à
jetter les yeux ſur l'image en peinture
ou en gravure des Salles de Théâtre ,
de cette eſpéce. Les deux parties , dont
l'une doit principalement faire toujours
valoir l'autre , y sont confondues aux
yeux. Joignez-y encore l'abſurdité des
luftres ſuſpendus par de gros cordons
à des vapeurs d'air. Ce Plafond eſt en ornemens
dorés , ſur un fond de couleur
agréable. Il eſt riche , de bon goût ,
& très - convenable au lieu quil décore .
On voit , près du Théâtre ,un grand
compartiment de forme diftinguée des
autres & plus enrichi , lequel doit
faire le centre , lorſque la partie des
DECEMBRE. 1763 . 175
Spectateurs fera répétée ſur le Théâtre
pour les Bals , & que le tout ne fera
qu'une Salle de forme régulière , ayant
TOO pieds de long ſur 30 de largeur.
Les lyres qu'on a peintes dans les autres
compartimens de ce Plafond , déterminent
l'emblême & la juſteſſe de ſon
application.
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3
p. 175-180
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous ne craignons point de répéter les éloges si bien mérités que nous avons [...]
Mots clefs :
Talents, Robe, Rôle, Succès, Tragédie, Mérite, Auteur, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
Nous ne craignons point de répéter
les éloges ſi bien mérités que nous avons
précédemment donnés aux Acteurs &
Actrices de ce Théâtre , ſur les ſoins
pénibles qu'ils ont pris,pour que le fervice
de la Cour ne préjudiciât pas à
l'amusement du Public. Ils ont porté ce
zéle juſqu'à intervertir l'ordre de leurs
emplois , & même les femmes ſe ſont
prêtées à jouer des rôles d'hommes,dans
quelques Piéces , ne pouvant autrement
remplir le ſervice.
Une des nouveautés les plus intéreffantes
pour les Amateurs du grand
genre a récompenſé , par un ſucces
brillant & foutenu , le zéle & l'étude
des Comédiens qui s'étoient mis en état
de la faire paroître avant le retour de
la Cour : c'eſt le Comte de Warvik,
Η iv
'176 MERCURE DE FRANCE.
,
Tragédie par M. DE LA HARPE , dont
la première repréſentation fut donnée
le 7 du mois dernier. Il paroît généralement
convenu , que l'on a peu vu
d'exemples d'un début auſſi heureux
dans cette difficile carrière,& qui donne
d'auſſi hautes eſpérances , attendu la
jeuneſſe de l'Auteur & le talent recommandable
dont il a déja produitde fi glorieuſes
preuves. La Piéce marche , fe
conduit attache , & enfin obtient
un ſuccès univerſel fans le ſecours,
inconnu aux grands Maîtres, de
ces Machines dramatiques , que nous
appellerons coups de Théâtre en tableau.
Un Dialogue juſte , de grandes
penſées, énoncées ſimplement , dans un
ſtyle noble ſans enflure , & qui ne
confond pas l'Epique avec le Drame :
voilà ce qui caractériſe à-peu-près les
détails & le coloris général de cette
nouvelle Tragédie. Une Lettre qui
nous a été adreſſée à cette occafion
& que l'on trouvera jointe à ce volume
, nous diſpenſe d'en faire l'anaiyfe.
Cependant , comme les Ouvrages
du mérite de celui-ci & d'un ſuccès
décidé , ſont précisément ceux dont la
* A la fin du Vol. la Lettre adreſſée aux Au
teurs du Mer cure.
*
:
DECEMBRE. 1763. 177
difcuffion critique peut fournir le plus
de lumiéres pour l'art , nous hazarderons
quelques obſervations ſur la nouvelle
Tragédie. Il pourroit être échappé à
la jeuneſſe de l'Auteur , des choſes que
des beautés réelles compenferoient, mais
qui n'en ſeroient pas plus autoriſées.
Nous ne diſſimulerons point les reproches
que la critique ou d'autres ſentimens
auroient dictés ; ces derniers mê
mes , quelque mépriſables qu'ils foient
par eux-mêmes , devroient être connus
aux Auteurs & aux talens de grande
efpérance. Il étoit permis aux Soldats
Romains de chanter des Satyres contre
le Général autour de fon char de
triomphe , & un Efclave affis à côté
de lui , étoit chargé de le rappeller fans
ceſſe à l'idée de la foibleſſe humaine ,
pour tempérer les excès où la gloire de
ce grand jour pouvoit porter l'amourpropre
dans les âmes les plus fortes.
Que cette fage précaution auroit d'avantages
pour les talens ! Que de génies ,
égarés trop tôt dans les vaines fumées
des premiers ſuccès , ont négligé l'étu
de néceſſaire à diriger les dons heureux
de la Nature ! Mais ſans ſe livrer trop
àcette réflexion , nous balancerons les
critiques & les défenſes , & nous nous
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
1
ferons honneur de contribuer avec le
Public à l'encouragement le mieux mérité
& le plus confirmé par le concours
égal & conſtant des Spectateurs.
,
Les détails des Spectacles de la Cour
nous ayant indiſpenſablement rempli
une grande partie de cet Article
nous ſommes forcés de remettre ces
Obſervations fur le Comte de Warvik
au mois prochain. Elles feront d'autant
moins déplacées alors , que cette Piéce ,
imprimée à Paris chez Duchesne , aura
été ſous les yeux de tous nos Lecteurs,
Il ſeroit injuſte de ne pas faire re
marquer combien les principaux Acteurs
, par leurs talens , ont fervi à faire
ſentir le mérite de cette Tragédie.Les
traits hardis d'un naturel qui devient
fublime quand il atteint précisément le
but , rendent frappant le rôledeMarguerite
que joue Mlle DUMESNIL,
On ne peut mettre plus d'énergie &
mieux remplir toutes les parties d'un
beau rôle qu'a fait M. le Kaip dans
celui du Comte de Warvik. Les defirs
impérieux d'un jeune Prince nouvellement
le maître des autres , qui ne peut
l'être encore de lui-même , qui cependant,
par reſpect pour la vertu , ne peut
DECEMBRE. 1763. 179
pas non plus manquer à la reconnoiſſance
, & qui s'expoſe par-là
aux reproches téméraires d'un Sujet
; le ſoin de conſerver la dignité
de fon état ; tant de mouvemens
difficiles à concilier conſtituent le rôle
d'Edouard , auquel les talens naturels
& l'intelligence acquiſe de M. MOLÉ
ne pouvoient être que très-utiles.
,
Mile DUBOIS de laquelle nous
cherchons toujours à exciter l'émulation
pour le travail par de juſtes éloges
ſur ſes diſpoſitions , rend intéreſfante
dans le rôle d'Elizabeth , la ſituation
d'une Princeffe partagée entre la
fidélité de fon coeur pour fon amant
& l'obéifſance qu'elle doit à ſon Roi.
On donne quelquefois , dans ce qu'on
appelle les Petits Jours , des Piéces où
l'on fait jouer de grands rôles par les
jeunes Sujets. On croit devoir faire une
mention particulière d'une repréſentation
du Glorieux , dans laquelle Mlle
DOLIGN I repréſentoit le rôle de laSoeur,
d'autant plus remarquable que ce rôle
eft mixte entre celui des Soubrettes
&celui des Amoureuſes. Si dans la façon
dont elle s'en acquitta, il y avoit encore
des perfections à deſirer que le remps
& l'expérience peuvent ſeuls donner ,
,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
il y avoit plus que ſuffisamment de quoi
confirmer les eſpérances univerſelles du
Public fur ce jeune Sujet , & le defir
de jouir ſouvent de ſes talens, On peut
hazarder d'ailleurs que cette Piéce eſt
peut-être jouée aujourd'hui d'une manière
que l'Auteur eût lui-même defirée,
particulièrement à l'égard d'un des rôles.
( celui de Philinte) rendu par M. DAUBERVAL
, dans le véritable ſens de ce
caractère , dont le trivial , dans lequel il
avoit été pris , faiſoit une diſparate défavantageuſe
a l'Ouvrage.
MM. BELLECOUR , MOLÉ , PRÉ-
VILLE , BONNEVAL , AUGER & Mde
PRÉVILLE , chacun dans les rôles de
leur emploi, doivent exciter le concours
des Amateurs de notre Scène , lorſque
Pon donne cette Comédie.
Mile DOLIGNI jouoit le même jour
dans la Pupille , où elle avoit attiré &
touché tant de Spectateurs pendant fon
début.
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4
p. 180-183
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
AVEC quelqu'éloge que nous ayons parlé précédemment des Amours d'Arlequin & de Camille [...]
Mots clefs :
Genre, Pièce, Auteur, Comédie, Personnages, Talents, Égard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE
AVEC quelqu'éloge que- nous ayons parlé précédemment
des Amours d'Arlequin & e Camille ,
peut être encore moins que n'en mérite cette
Piéce de M. GOLDONI ; Le Public , dont nous
DECEMBRE. 1763. 18г
ne ſommes que l'écho , nous force d'en ajoûter
encorepour celle des Jalousies d'Arlequin, Piéce
Italienne du même Auteur & ſuite de la première.
On en attendoit une troifiéme ſuite , co
qui formera en tout neuf Actes du même Sujet.
Cette fingularité bleſſe d'abord nos préjugés
d'habitude. Trois dénoûmens ! Toujours les
mêmes perſonnages ! Toujours les mêmes intérêts
! On ne contracteroit pas ces préjugés fi
l'on penſoit que la Comédie n'étant ou plutôt
ne devant être qu'un tableau fidéle de la vie
& des actions familières des Particuliers , rien
ne s'oppoſe à ce que les époques ou divers inci
dens de leurs avantures ne produiſent des dénoû
mens ſuffifans. Ce que je dis ici , eſt pour les
Lecteurs qui n'auront pas vu ces Piéces; les autres
n'ont beſoin pour perdre ces préventions
que du plaifir & de la ſurpriſe continuels que
donne cette fécondité du plus rare génie ,
qui diſpoſe des incidens ſi néceſſaires , fi
propres d'ailleurs à intriguer , qu'il eſt impoſſible
que les Perſonnages ne ſe trouvent pas danss
les ſituations comiques , ſouvent intéreſſantes
&toujours vives , où l'Auteur les préſente.
Il faut rendre juſtice en même temps aux
grands talens des Acteurs de ce genre ,le Pan
zalon , l'Arlequin , ( l'un des deux Perſonnages
eſſentiels du Sujet ) particulièrement de Mile
CAMILLE. On affoibliroit la vérité en eſſayant
dedonner une idée du jeu de cette Actrice
du naturel , du pathétique , de la juſteſſe , de la
variété & des détails ſans nombre qu'éxige le
caractère de ce genre de Drame.
Il n'a paru ſur ce Théâtre , dans le genre
qui y prime aujourd'hui pour la multitude , que
182 MERCURE DE FRANCE .
deux nouveautés : Zélie & Lindor , ( le 12 Novembre
) & le Rendez- vous , chacune de ces
Piéces en un Acte , mêlées d'Ariettes. N'ayant ,
ou ne nous convenant d'avoir , d'autres motifs
pour déterminer les divers ſuccès des Ouvrages
de Théâtre que l'empreſſement ſuivi da Public ,
nous ſommes toujours embarrallés pour les Piéces
de ce genre , parce que la mode conduit la
même foule & avec la même conſtance aux
Piéces dont les connoiffeurs en ce nouvel art
font le moins de cas , qu'à celles qu'ils regardent
comme des chefs-d'oeuvres . Tout ce que
nous pouvons dire à l'égard de Zélie & Lindor,
eft qu'il y a quelques Ariettes fort agréables;
à l'égard du Rendez-vous , que la Muſique , de
l'un des plus intelligens & des plus fenfibles
Muſiciens qui ayent appliqué leurs talens à ce
genre , a des beautés & des agrémens pour
ceux-même qui adoptent avec le moins de fanatifine
ces fortes de Drames , moitié lyriques ,
moitié comiques. Les Vers font bien écrits ; ils
font d'un Auteur qui ſouvent , dans ce Journal,
a donné des preuves d'elégance , de délicateſſe
& d'agrément dans la verſification. Le fond
du Drame manque peut- être de ces petits refforts
qui donnent du piquant à ces fortes d'Ouvrages
; talent communément plus facile pour
qui n'a pas ceux de l'Auteur. Il ſeroit à defirer,
pour prévenir la décadence entiére du goût théatral
parmi nous , que les jeunes Auteurs, capables
de plus grandes chofes , ſe rendiſſent juficedebonne
heure fur celles- ci,& qu'ils ſe défendiffent
de la ſéduction des ſuccès trop faciles , &
ſouvent trop bizarres , pour fatisfaire l'amourpropre.
Le 27 Novembre , on reprit ſur ce Théâtre
DECEMBRE. 1763. 183
>
ane Piéce de ſon genre naturel , les nouvelles
Métamorphofes d'Arlequin. M. CARRELIN , Sujet,
Acteur , & pour ainſi dire , Spectacle principal
de cette Piéce en eſt en même temps l'Auteur.
Elle avoit attiré beaucoup de monde , &
il y fut partout applaudi avec autant de vivacité
que s'il n'étoit pas en poſſeſſion depuis fi
longtemps de ces flatteuſes careſſes du Public ,
&toujours appliquées avec juftice à fon égard.
Ce genre de Comédie eſt un tiſſu bien formé
d'incidens , fondés ſur la magie , par leſquels
Arlequin eſt obligé de prendre douze fois des
formes différentes & fi ſubitement, pour la plûpart
, que le preſtige eſt complet & le moyen
preſqu'incroyable au Spectateur. M. CARRELIN
y fait uſage de quelques-uns des talens qu'il
pofféde entr'autres de la Mandoline & du Violon ,
dont il joue au-deſſus de la médiocrité.
AVEC quelqu'éloge que- nous ayons parlé précédemment
des Amours d'Arlequin & e Camille ,
peut être encore moins que n'en mérite cette
Piéce de M. GOLDONI ; Le Public , dont nous
DECEMBRE. 1763. 18г
ne ſommes que l'écho , nous force d'en ajoûter
encorepour celle des Jalousies d'Arlequin, Piéce
Italienne du même Auteur & ſuite de la première.
On en attendoit une troifiéme ſuite , co
qui formera en tout neuf Actes du même Sujet.
Cette fingularité bleſſe d'abord nos préjugés
d'habitude. Trois dénoûmens ! Toujours les
mêmes perſonnages ! Toujours les mêmes intérêts
! On ne contracteroit pas ces préjugés fi
l'on penſoit que la Comédie n'étant ou plutôt
ne devant être qu'un tableau fidéle de la vie
& des actions familières des Particuliers , rien
ne s'oppoſe à ce que les époques ou divers inci
dens de leurs avantures ne produiſent des dénoû
mens ſuffifans. Ce que je dis ici , eſt pour les
Lecteurs qui n'auront pas vu ces Piéces; les autres
n'ont beſoin pour perdre ces préventions
que du plaifir & de la ſurpriſe continuels que
donne cette fécondité du plus rare génie ,
qui diſpoſe des incidens ſi néceſſaires , fi
propres d'ailleurs à intriguer , qu'il eſt impoſſible
que les Perſonnages ne ſe trouvent pas danss
les ſituations comiques , ſouvent intéreſſantes
&toujours vives , où l'Auteur les préſente.
Il faut rendre juſtice en même temps aux
grands talens des Acteurs de ce genre ,le Pan
zalon , l'Arlequin , ( l'un des deux Perſonnages
eſſentiels du Sujet ) particulièrement de Mile
CAMILLE. On affoibliroit la vérité en eſſayant
dedonner une idée du jeu de cette Actrice
du naturel , du pathétique , de la juſteſſe , de la
variété & des détails ſans nombre qu'éxige le
caractère de ce genre de Drame.
Il n'a paru ſur ce Théâtre , dans le genre
qui y prime aujourd'hui pour la multitude , que
182 MERCURE DE FRANCE .
deux nouveautés : Zélie & Lindor , ( le 12 Novembre
) & le Rendez- vous , chacune de ces
Piéces en un Acte , mêlées d'Ariettes. N'ayant ,
ou ne nous convenant d'avoir , d'autres motifs
pour déterminer les divers ſuccès des Ouvrages
de Théâtre que l'empreſſement ſuivi da Public ,
nous ſommes toujours embarrallés pour les Piéces
de ce genre , parce que la mode conduit la
même foule & avec la même conſtance aux
Piéces dont les connoiffeurs en ce nouvel art
font le moins de cas , qu'à celles qu'ils regardent
comme des chefs-d'oeuvres . Tout ce que
nous pouvons dire à l'égard de Zélie & Lindor,
eft qu'il y a quelques Ariettes fort agréables;
à l'égard du Rendez-vous , que la Muſique , de
l'un des plus intelligens & des plus fenfibles
Muſiciens qui ayent appliqué leurs talens à ce
genre , a des beautés & des agrémens pour
ceux-même qui adoptent avec le moins de fanatifine
ces fortes de Drames , moitié lyriques ,
moitié comiques. Les Vers font bien écrits ; ils
font d'un Auteur qui ſouvent , dans ce Journal,
a donné des preuves d'elégance , de délicateſſe
& d'agrément dans la verſification. Le fond
du Drame manque peut- être de ces petits refforts
qui donnent du piquant à ces fortes d'Ouvrages
; talent communément plus facile pour
qui n'a pas ceux de l'Auteur. Il ſeroit à defirer,
pour prévenir la décadence entiére du goût théatral
parmi nous , que les jeunes Auteurs, capables
de plus grandes chofes , ſe rendiſſent juficedebonne
heure fur celles- ci,& qu'ils ſe défendiffent
de la ſéduction des ſuccès trop faciles , &
ſouvent trop bizarres , pour fatisfaire l'amourpropre.
Le 27 Novembre , on reprit ſur ce Théâtre
DECEMBRE. 1763. 183
>
ane Piéce de ſon genre naturel , les nouvelles
Métamorphofes d'Arlequin. M. CARRELIN , Sujet,
Acteur , & pour ainſi dire , Spectacle principal
de cette Piéce en eſt en même temps l'Auteur.
Elle avoit attiré beaucoup de monde , &
il y fut partout applaudi avec autant de vivacité
que s'il n'étoit pas en poſſeſſion depuis fi
longtemps de ces flatteuſes careſſes du Public ,
&toujours appliquées avec juftice à fon égard.
Ce genre de Comédie eſt un tiſſu bien formé
d'incidens , fondés ſur la magie , par leſquels
Arlequin eſt obligé de prendre douze fois des
formes différentes & fi ſubitement, pour la plûpart
, que le preſtige eſt complet & le moyen
preſqu'incroyable au Spectateur. M. CARRELIN
y fait uſage de quelques-uns des talens qu'il
pofféde entr'autres de la Mandoline & du Violon ,
dont il joue au-deſſus de la médiocrité.
Fermer
5
p. 183
CONCERT SPIRITUEL. Le 2 Novembre, Fête de la Toussaint.
Début :
ON exécuta deux grands Motets, le premier, la Messe de feu M. GILLES, & celui de la fin le [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Motets, Surintendant de la Musique du roi, Violon, Sonate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL. Le 2 Novembre, Fête de la Toussaint.
CONCERT SPIRITUEL
Lea Novembre , Fête de la Toussaint.
211
ON exécuta deux grands Motets , le premier ,
la Meſſe de feu M. GILLES , & celui de la fin le
De profundis de M. REBEL , Surintendant de la
Mutique du Roi, Mile FEL y chanta . M. NOEL
Hautecontre ,chanta un petit Motet de M. Mou
NET ,dans lequel il fit plaifir. M CAPRON joua
du violon. M. PLA , premier Hautbois du Prince
regnant de Wirtemberg , exécuta une Sonate avec
applaudiſſement.
Lea Novembre , Fête de la Toussaint.
211
ON exécuta deux grands Motets , le premier ,
la Meſſe de feu M. GILLES , & celui de la fin le
De profundis de M. REBEL , Surintendant de la
Mutique du Roi, Mile FEL y chanta . M. NOEL
Hautecontre ,chanta un petit Motet de M. Mou
NET ,dans lequel il fit plaifir. M CAPRON joua
du violon. M. PLA , premier Hautbois du Prince
regnant de Wirtemberg , exécuta une Sonate avec
applaudiſſement.
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6
p. 184-188
CÉRÉMONIES PUBLIQUES. LETTRE A M. DE LA PLACE.
Début :
DEPUIS quelque temps, Monsieur, vous donnez dans le Mercure de France [...]
Mots clefs :
Femmes, Procession, Offrande, Gloire, Honneur, Filles, Habitants, Défense, Chapitre, Motif
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIES PUBLIQUES. LETTRE A M. DE LA PLACE.
CÉRÉMONIES PUBLIQUES.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
DEPUIS quelque temps , Monfieur,
vous donnez dans le Mercure de France
, un Article particulier des Cérémo
nies publiques ; cet Ouvrage périodique
qui devient de mois en mois
toujours plus intéreſſant , ſera plus confulté
qu'il ne l'a été juſqu'ici par ceux
qui travailleront à l'hiſtoire de la Nation
: ils trouveront avec facilité les
événemens , leurs époques , leur dattes
& leurs cauſes qui ſouvent leurs couteroient
bien des recherches . Ce motif
ſeul m'engageroit à vous prier
Monfieur , d'accorder place dans le
prochain Mercure à l'Article qui fuit,
ſi je n'en avois un plus puiffant encore
: il intéreſſe la gloire de mes
Concitoyens & fait honneur à mon
ſexe.. La connoiffance que vous avez
du coeur des femmes , vous fera juger
du defir qu'ont nos Dames de Beauvais
de voir conſigné dans un Ouvrage ,
que l'on ne lit plus par oiſiveté ,
privilége qui les honore. Elles vous
37
un
DECEMBRE. 1763. 185
prient de faire part au Public , que
voici la première année , après une
très-longue interruption , que la Charte
accordée par Louis XI , au mois
de Juin 1473 , aux Femmes & Filles
de Beauvais , a reçu ſa pleine & entière
éxécution ; elles sont flattées d'en
rappeller la cauſe ; la voici :
;
En 1472 , le Duc de Bourgogne ,
révolté contre ſon Souverain , vint
mettre le fiége devant la Ville de
Beauvais . Ses habitans , qu'il n'avoit
pû détacher du parti du Roi , fe préparerent
à une vigoureuſe défenſe :
ſans être foutenus par aucune troupe
réglée , ils effuyerent & repouffcrent
pluſieurs afſauts , & firent des prodiges
de valeur. Durant 25 jours , les Femmes
& les Filles s'y distinguerent à
l'envi & partagerent les périls & la
gloire de la plus belle défenſe ; elles
portoient ſeules toutes les provifions
de bouche & les munitions de guerre
à leurs maris , Pères & Frères , jufques
fur les remparts & même dans
les bréches , d'où elles chaſſerent pluſieurs
fois les Affiégeans : une d'entre
elles , nommée Jeanne l'Aîné, s'em
para d'un Etendart ennemi & vint
le dépoſer dans l'Egliſe des RR. PP..
86 MERCURE DE FRANCE.
Jacobins où l'on le voit encore .
LOUIS XI , ſenſible à la fidélité des
Habitans de Beauvais & touché de la
belle défenſe qu'ils avoient faite , les
exempta,par quatre Lettres-patentes données
à la Roche- au-Duc , au mois de
Juillet 1472 , de Francs- Fiefs , Ban ,
arrière-Ban,de toutes Tailles & Impofitions
quelconques,excepté ſur les Bois ,
Vins , Poiffons vendus & fur les Bêtes
à pied fourchu ; il réduifit encore à
moitié l'Impofition fur le Vin , & confirma
aux Habitans de Beauvais le droit
d'élire leurs Maires & Pairs , & de
tenir des Aſſemblées .
Par autres Lettres- Patentes données
àSenlis le 22 Février 1473 , le Roi
exempta de taille ladite Jeanne l'Aîné
qu'il avoit mariée avec Collin Pillon.
Par nouvelles Lettres-Patentes données
à Amboiſe , au mois de Juin 1473 ,
Louis XI inſtitua pour le 14 d'Octobre ,
jour de Ste Angadreſme , Patrone de
• l'Egliſe de Beauvais , une Proceffion
folemnelle &générale , avec Meffe &
Offrande , & ordonna qu'à cette Proceffion
& à l'Offrande , les femmes &
filles précéderoient les hommes : il leur
accorda le droit de porter le jour de
leurs noces& toutes fois que bon leur
イ
DECEMBRE. 1763 . 187
ſembleroit tels vêtemens,atours,joyaux
&ornemens dont elles voudroient fe
parer.
Depuis cette époque , Monfieur , la
Proceffion & la Meſſe ont toujours eu
lieu ; après le Clergé de toute la Ville,
on voit les femmes en très-grand nombre
, marcher fans aucune distinction
de rang , ni de qualité , ſans mêlange
d'hommes , les précéder tous : derrière
elles marchent les Maire , Echevins &
tous les Officiers Municipaux en corps,
précédés & fuivis d'Huiffiers & de Sergens
: les hommes aufſi , ſans mêlange
de femmes , ferment la marche .
Depuis un temps immémorial l'ufage
de faire une offrande à cette Meffe
s'étoit aboli , on ne ſçait par quelle raiſon.
Le Chapitre de la Cathédrale ne
croyoit pas devoir le rétablir fans des
ordres ſupérieurs : c'eſt ce qui a engagé
nos Dames de Beauvais à préſenter au
Roi , par le ministère de M. le Comte
de S. Florentin , un Mémoire où , après
avoir expoſé le fait , elles ſupplient Sa
Majesté de confirmer leurs Priviléges.
L'ordre en a été donné au Chapitre par
une lettre de ce Miniſtre écrite de la
part du Roi le 20 de Février dernier.
Le Chapitre a obéi avec une joie auffi
۱
188 MERCURE DE FRANCE.
pure , que la nôtre a été vive. Ce matin,
la Proceffion faite dans l'ordre cideſſus
marqué , l'on a célébré la Meſſe ;
après le Credo de laquelle l'Officiant a
deſcendu les degrés de l'Autel ; la grille
du Choeur s'eſt ouverte ;& les femmes ,
fans préféance , ni distinction de qualité
, ont été faire leur offrande ; les Officiers
Municipaux n'ont été qu'après
nous toutes.
Cet uſage rétabli va perpétuer la
gloire de nos Ayeules , dont les defcendantes
s'expoſeroient avec autant
de courage qu'elles pour l'amour du Roi
& l'honneur du féxe.
:
J'ai l'honneur d'être , &c.
S. LE BEGUE DUPONT
DeBeauvais ,ce 14Octobre 1763.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
DEPUIS quelque temps , Monfieur,
vous donnez dans le Mercure de France
, un Article particulier des Cérémo
nies publiques ; cet Ouvrage périodique
qui devient de mois en mois
toujours plus intéreſſant , ſera plus confulté
qu'il ne l'a été juſqu'ici par ceux
qui travailleront à l'hiſtoire de la Nation
: ils trouveront avec facilité les
événemens , leurs époques , leur dattes
& leurs cauſes qui ſouvent leurs couteroient
bien des recherches . Ce motif
ſeul m'engageroit à vous prier
Monfieur , d'accorder place dans le
prochain Mercure à l'Article qui fuit,
ſi je n'en avois un plus puiffant encore
: il intéreſſe la gloire de mes
Concitoyens & fait honneur à mon
ſexe.. La connoiffance que vous avez
du coeur des femmes , vous fera juger
du defir qu'ont nos Dames de Beauvais
de voir conſigné dans un Ouvrage ,
que l'on ne lit plus par oiſiveté ,
privilége qui les honore. Elles vous
37
un
DECEMBRE. 1763. 185
prient de faire part au Public , que
voici la première année , après une
très-longue interruption , que la Charte
accordée par Louis XI , au mois
de Juin 1473 , aux Femmes & Filles
de Beauvais , a reçu ſa pleine & entière
éxécution ; elles sont flattées d'en
rappeller la cauſe ; la voici :
;
En 1472 , le Duc de Bourgogne ,
révolté contre ſon Souverain , vint
mettre le fiége devant la Ville de
Beauvais . Ses habitans , qu'il n'avoit
pû détacher du parti du Roi , fe préparerent
à une vigoureuſe défenſe :
ſans être foutenus par aucune troupe
réglée , ils effuyerent & repouffcrent
pluſieurs afſauts , & firent des prodiges
de valeur. Durant 25 jours , les Femmes
& les Filles s'y distinguerent à
l'envi & partagerent les périls & la
gloire de la plus belle défenſe ; elles
portoient ſeules toutes les provifions
de bouche & les munitions de guerre
à leurs maris , Pères & Frères , jufques
fur les remparts & même dans
les bréches , d'où elles chaſſerent pluſieurs
fois les Affiégeans : une d'entre
elles , nommée Jeanne l'Aîné, s'em
para d'un Etendart ennemi & vint
le dépoſer dans l'Egliſe des RR. PP..
86 MERCURE DE FRANCE.
Jacobins où l'on le voit encore .
LOUIS XI , ſenſible à la fidélité des
Habitans de Beauvais & touché de la
belle défenſe qu'ils avoient faite , les
exempta,par quatre Lettres-patentes données
à la Roche- au-Duc , au mois de
Juillet 1472 , de Francs- Fiefs , Ban ,
arrière-Ban,de toutes Tailles & Impofitions
quelconques,excepté ſur les Bois ,
Vins , Poiffons vendus & fur les Bêtes
à pied fourchu ; il réduifit encore à
moitié l'Impofition fur le Vin , & confirma
aux Habitans de Beauvais le droit
d'élire leurs Maires & Pairs , & de
tenir des Aſſemblées .
Par autres Lettres- Patentes données
àSenlis le 22 Février 1473 , le Roi
exempta de taille ladite Jeanne l'Aîné
qu'il avoit mariée avec Collin Pillon.
Par nouvelles Lettres-Patentes données
à Amboiſe , au mois de Juin 1473 ,
Louis XI inſtitua pour le 14 d'Octobre ,
jour de Ste Angadreſme , Patrone de
• l'Egliſe de Beauvais , une Proceffion
folemnelle &générale , avec Meffe &
Offrande , & ordonna qu'à cette Proceffion
& à l'Offrande , les femmes &
filles précéderoient les hommes : il leur
accorda le droit de porter le jour de
leurs noces& toutes fois que bon leur
イ
DECEMBRE. 1763 . 187
ſembleroit tels vêtemens,atours,joyaux
&ornemens dont elles voudroient fe
parer.
Depuis cette époque , Monfieur , la
Proceffion & la Meſſe ont toujours eu
lieu ; après le Clergé de toute la Ville,
on voit les femmes en très-grand nombre
, marcher fans aucune distinction
de rang , ni de qualité , ſans mêlange
d'hommes , les précéder tous : derrière
elles marchent les Maire , Echevins &
tous les Officiers Municipaux en corps,
précédés & fuivis d'Huiffiers & de Sergens
: les hommes aufſi , ſans mêlange
de femmes , ferment la marche .
Depuis un temps immémorial l'ufage
de faire une offrande à cette Meffe
s'étoit aboli , on ne ſçait par quelle raiſon.
Le Chapitre de la Cathédrale ne
croyoit pas devoir le rétablir fans des
ordres ſupérieurs : c'eſt ce qui a engagé
nos Dames de Beauvais à préſenter au
Roi , par le ministère de M. le Comte
de S. Florentin , un Mémoire où , après
avoir expoſé le fait , elles ſupplient Sa
Majesté de confirmer leurs Priviléges.
L'ordre en a été donné au Chapitre par
une lettre de ce Miniſtre écrite de la
part du Roi le 20 de Février dernier.
Le Chapitre a obéi avec une joie auffi
۱
188 MERCURE DE FRANCE.
pure , que la nôtre a été vive. Ce matin,
la Proceffion faite dans l'ordre cideſſus
marqué , l'on a célébré la Meſſe ;
après le Credo de laquelle l'Officiant a
deſcendu les degrés de l'Autel ; la grille
du Choeur s'eſt ouverte ;& les femmes ,
fans préféance , ni distinction de qualité
, ont été faire leur offrande ; les Officiers
Municipaux n'ont été qu'après
nous toutes.
Cet uſage rétabli va perpétuer la
gloire de nos Ayeules , dont les defcendantes
s'expoſeroient avec autant
de courage qu'elles pour l'amour du Roi
& l'honneur du féxe.
:
J'ai l'honneur d'être , &c.
S. LE BEGUE DUPONT
DeBeauvais ,ce 14Octobre 1763.
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