Résultats : 3 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 137-144
EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
Début :
Tout le monde sçait que la Lumiére se réfléchit, pour peu [...]
Mots clefs :
Physique, Lumière, Reflets, Réfraction, Rayons, Expérience, Réflexion, Atmosphère, Corps, Ombre, Obscurité, Distances, Observations, Direction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
EXTRAIT D'UN MORCEAU
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
Fermer
Résumé : EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
Le texte traite d'une nouvelle propriété de la lumière découverte par M. de Lille le Jeune, distincte de la réflexion et de la réfraction. Cette propriété est l'inflexion des rayons lumineux lorsqu'ils approchent des corps, observée dans une chambre obscure où les ombres des objets apparaissent plus grandes que prévu, indiquant une déviation des rayons lumineux à proximité des objets. M. de Lille exclut la réflexion comme cause de cette inflexion, car une partie de la lumière est détournée sans toucher les corps. Il écarte également la réfraction due à une atmosphère entourant les corps, en se basant sur une expérience de M. Newton montrant que l'ombre d'un cheveu dans l'eau ne change pas de taille. Pour approfondir cette découverte, M. de Lille poursuit les recherches de Newton en mesurant les ombres de divers corps, en variant les distances et la taille du trou pour observer la lumière. Cependant, les ombres prennent diverses formes et couleurs, rendant leur reconnaissance difficile. Ces apparitions lumineuses dans l'ombre nécessitent l'utilisation de microscopes pour être observées près des corps. Les observations détaillées révèlent que l'ombre sur un plan de carton apparaît noire et bien définie près du corps, mais se mélange avec la lumière à distance. À une certaine distance, l'ombre se divise en bandes parallèles dont le nombre diminue avec l'éloignement. Ces bandes présentent des couleurs similaires à celles de l'arc-en-ciel, allant du violet au rouge. Cette observation suggère que l'inflexion, comme la réfraction, peut séparer les rayons lumineux en fonction de leurs couleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2160-2175
LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
Début :
MON TRÈS-CHER FRERE, la paix de Dieu en J. Notre Seigneur. [...]
Mots clefs :
Greffe, Fibres, Portion ligneuse, Jardinier, Écorce, Union, Observations, Branche, Endroit, Direction, Duhamel du Monceau, Couche, Forme, Frère, Sentiment, Replis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
LETTRE du Frere *** Jardinier
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
Fermer
Résumé : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
En octobre 1733, un frère jardinier des RR. PP. d'Auxerre adresse une lettre à un frère jardinier à Paris pour partager ses observations sur les greffes. Il examine diverses techniques de greffe, notamment la greffe en écusson et la greffe en fente, sur des arbres de différents âges et en effectuant diverses coupes. Dans la greffe en écusson, l'union commence par les fibres de la couche intérieure du greffon, qui s'insinuent dans les fibres du sujet. L'écorce du greffon pousse ensuite vers l'extérieur, formant un bourrelet qui soude l'écorce du greffon avec celle du sujet. La portion ligneuse du sujet périt rapidement, et celle du greffon cesse de croître, les fibres s'adossant sans s'unir. Pour la greffe en fente, le processus est similaire : l'union des fibres commence par la couche intérieure du greffon et progresse vers l'extérieur. Les écorces se soudent intimement, tandis que les portions ligneuses du sujet et du greffon périssent. L'auteur conserve une greffe de pommier de quatorze ans illustrant ces observations. L'auteur mentionne des divergences avec les observations de M. Duhamel, membre de l'Académie Royale des Sciences, qui décrit des processus mécaniques et des sécrétions dans la greffe. L'auteur trouve ces observations surprenantes et en partie incompréhensibles, notant des différences significatives avec ses propres observations. Le jardinier, porté par un sentiment d'amour-propre, décide de vérifier ses observations et de réexaminer les greffes, confirmant ainsi ses premières impressions. Il rencontre des difficultés à comprendre les termes techniques utilisés par M. Duhamel, tels que 'Philares', 'Filtrations', 'Sécrétions' et 'Glandes'. Pour clarifier ces concepts, il consulte un chirurgien, qui lui explique que les glandes sont des organes composés de vaisseaux et dont la fonction est de séparer des liquides du sang. Bien que ces explications soient claires, le jardinier ne parvient pas à les appliquer aux greffes, notant l'absence de structures similaires dans les plantes. Il partage ses observations avec un ami, qui lui montre des mémoires de l'Académie des Sciences et des écrits de Tournefort et Agricola, confirmant certaines de ses observations. Le jardinier conclut que la matière est plus complexe qu'il ne l'avait imaginé et demande à son frère de vérifier ses observations. Il insiste sur l'importance de la vérité et de la présence de Dieu dans leurs actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 121-129
PHYSIQUE. LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
LA Lettre, Monsieur, que vous avez insérée dans votre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Anonyme, Système, Analyse, Physique, Critique, Objections, Principes, Occasion, Direction, Opinions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PHYSIQUE. LETTRE à l'Auteur du Mercure.
PHYSIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure .
LAA Lettre , Monfieur , que vous avez
* Elle s'étoit égarée dans le dépôt du Mercure.
On en fait bien des excuſes à l'Auteur.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
inférée dans votre Mercure du mois de
Juin , page 68 , fur l'Ouvrage de M.
l'Abbé de Saintignon , & fur mon nouveau
ſyſtême général de Phyſique &
d'Aftronomie qu'il y a adopté , ne me
paroît être exactement ni une analyſe ,
comme l'Auteur Anonyme l'appelle , ni
une critique , comme il s'efforce de le
perfuader , puiſqu'il n'y analyſe ni ne
critique en effet aucun de nos principes.
Plus il s'y dit verſé & éclairé dans
la matière , moins fa critique , qui ſe
réduit à des diſcuſſions de mots , d'expreffions
& d'autres minuties de cette
eſpéce , doit faire ſenſation ſur des
Lecteurs éclairés. Il faut qu'avec toutes
* ſes lumières , il n'ait pas trouvé à re-
*dire au fond , puiſqu'il ne l'attaque pas ;
il ne ſe nomme point non plus , & cela
eſt fort fage , pour l'honneur que cette
démarche peut & doit lui faire , ſous
quelque aſpect qu'on l'enviſage.
Je laiſſe donc à M. l'Abbé de Saintignonle
foin de répondre à l'Anonyme
fur ce qui le concerne , pour en venir
à ce qui me regarde ; quoiqu'il y
ait etropié mon nom , je ne puis m'empêcher
de m'y reconnoître. Il ne con-
-noiſſoit , dit-il , pas mon ſyſtême ; il
a cependant dès 1756 été annoncé ,
DECEMBRE. 1763. 123
dans les Journaux , ainſi que l'Extrait
ou eſpéce de Prospectus que j'en ai fait
imprimer en 1760 , dont la feuille de
l'Avant - Coureur du 15 Juin 1761 a
parlé ; & le Journal de Trévoux du
mois de Novembre de la même année ,
en a donné une ample & exacte analyſe.
Comment étant auſſi verſé qu'il prétend
l'être dans cette matière , est- il fi
peu curieux des découvertes & des productions
nouvelles qui y ont rapport ?
Quoiqu'il ne foit pas neuf, continuet-
il , en cette matière , il n'a pu jufqu'ici
parvenir à entendre ce ſyſtéme ,
c'est-à-dire , à le concilier avec les principes
de lafaine méchanique. ( il le connoiffoit
donc. ) Ce jugement au reſte
indifini , n'expoſant ni ce ſyſtême , ni
lesprincipes de la ſaine méchanique avec
leſquels il n'a pû le concilier , ne porte
le caractère ni d'une critique , ni d'une
analyſe , & il ne ſuffit pas pour fixer
le cas que le Public en doit faire ; prétexte
ſous lequel il s'eſt attribué la
compétence d'en connoître & d'en juger.
Il falloit , pour appuyer & autorifer
fon officieux avis , & montrer en
effet qu'il n'est pas neuf en cette matière,
expoſer fes raiſons& les miennes,
pour mettre le Public , qui n'eſt pas
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
1
moins fon Juge que le mien , à même
d'en apprécier le mérite & de décider
entre lui & moi. Il ſe flatte en vain
de ſurprendre la religion d'un Juge auſſi
intégre & de lui faire prendre le change
fur le motif qui l'anime , qui n'eſt viſiblement
pas celui qu'il a pris,
L'Anonyme , Monfieur , n'abuſe-t- il
pas des termes. 1º. en appellant Phyfique
expérimentale , l'art lucratif de
faire & d'écrire élégamment des expériences
& l'uſage des planches , pour
leſquels il témoigne un goût , un intérêt
& une prédilection marquée; comme
il ne faut pour y exceller , que des
yeux , des mains , des inſtrumens , il
pourroit y être très-habile & très-neuf
dans la ſcience des cauſes ou véritable
Phyſique. 2º. En mettant mon ſyſtême
fondé précisément en raiſon , en expérience,
& ſur des cauſes méchaniques,
en contraſte & en oppofition avec la
Phyſique expérimentale , dont il porte
tous les caractères. 3 °. En affectant de
lui donner le nom de Phyſique ſyſtématique
, que les qualités occultes, dont
celles de nos jours eſt encore infectée
, ont rendu avec fondement auſſi
mépriſable.
J'ai déja , Monfieur , par les feuilles
DECEMBRE. 1763. 125
de l'Avant- Coureur , des 6 & 13 Juillet
, 17 & 24 Août 1761 propoſé , contre
l'applatiſſement des Pôles de la Terre,
auquel le fort du ſyſtême Newtonien
eſt attaché , des objections & des démonstrations
Mathématiques , fur lefquelles
ſes partiſans ont gardé un filence
qui emporte conviction contre eux.
Je me propoſe , en démontrant que
les éclipſes aſtronomiques ſont même
inconciliables avec les phénomènes pour
l'explication deſquels on les invoque ,
déffectuer & d'amener inceſſament à
éxécution la menace de porter les derniers
coups à ce ſyſtême dans ſon dernier
& plus fort retranchement ; à
moins que l'Anonyme , qui ſe dit n'être
pas neuf en cette matière & qui ſe rit
de cette redoutable menace , ne trouve
moyen de les parer& de le couvrir
de ſon Egide pour l'en garantir ,
que je n'ai pas lieu de craindre , les
raiſons que j'ai à propoſer étant auſſi
infaillibles que celles que j'ai déja propoſées
ſur l'applatiſſement des Pôles.
L'Anonyme croit bonnement l'inertie
& la peſanteur des propriétés inhérentes
& propres à la matière , comme
la dureté & l'étendue , & ſéparées &
diſtinctes l'une de l'autre par les expéce
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
riences & les raiſonnemens apportés
en preuve de leur ſéparation , dans
l'excellent Traité , qu'il prend & propoſe
pour régle ; il ne penſe pas ,
fur ce fondement , que perſonne
puiffe s'avifer de les confondre enſemble
ſans ſe déshonorer ; & je
compte , puiſqu'il n'est pas neuf en
cette matière , qu'il changera bientôt
de langage , en lui en démontrant l'identité
, même dans les expériences ,
fur leſquelles il en affirme auffi confidemment
la ſéparation .
A l'occaſion de la dureté & de la cohéſionque
nous attribuons à la preſſion
des fluides ambians , l'Anonyme nous
défie de luifaire voir , par exemple , que
les corps font preſſes tout à lafois perpendiculairement
à leurs furfaces &
dans la direction de leurs centres. Ignore-
t- il donc que par la force expanfive
en tous ſens qui fait le caractère des
fluides , ils agiffent perpendiculairement
fur tous les points de la circonférence
des corps plongés dans leur fein & dans
la direction de leurs centres en même
temps ; qu'en raiſon de leur denfité ils,
en pouffent & compriment les partie,s
propres les unes fur les autres & vers,
ce même centre ; que le Soleil eſt preffé
DECEMBRE. 1763 . 127
ainſi dans le ſein du fluide univerſel ,
les Planetes principales dans la ſphère
folaire , & les Satellites dans les ſphères
de leurs Planetes principales ; que le
globule d'air qui paſſe du fond à la furface
de l'eau ,, n'y prend & garde la
figure ſphérique , que par la preffion
verticale ambiante qu'il y éprouve dans
la direction de ſon centre &par la force
expanfive qu'il y exerce verticalement
par tous les points de fa circonférence
fur le liquide ambiant qu'il traverſe
,& qu'il n'y monte du fond à la
furface , que parce qu'il y eſt continuellement
plus comprimé par ſon hémisphère
inférieur que par le ſupérieur. Il
n'étoit pas , comme on voit , fi difficile
de répondre & de fatisfaire à ce défi ,
que l'Anonyme le penſoit.
Dire que l'Electricité entre les mains
de M. l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur
fort chez M. de Saintignon , que
l'attraction entre celles de Newton , &
qu'il ſemble qu'il n'ait fait mention de
ces deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raiſonnemens
les idées de M. de la Perriere ;
n'eſt ni dire ni démontrer qu'il a eu
tort de les y ſubſtituer. Les opinions
des Scavans ſont ſujettes à caution & à
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
réviſion autant que celles des autres,
dans les cas pour lesquels ils ſe paſfionnent
& ſe préviennent ;& le titre
de Sçavans n'en impoſe à ceux qui y
regardent de près , qu'autant qu'il eſt
bien fondé , & que les opinions y répondent.
Reprocher à M. de Saintignon
qu'il ne fait que répéter des objections
que d'autres ont faites avant lui , eſt
convenir qu'il n'eſt ni le premier ni le
ſeul qui en ait fait : & s'il y a inſiſté ,
c'eſt que les réponſes qu'on y a faites ,
ne l'ont pas fatisfait , & que les opinions
dont il s'agit ne ſont pas à couvert
de tout reproche à ſes yeux , comme
celles qu'il y ſubſtitue.
Sur l'article de la peſanteur , il fait
tomber fur le fond de mon ſyſtême , ce
que M. l'Abbé de Saintignon ne dit
qu'à l'occaſion de quelques objections
qu'il ſe fait à lui-même , & il n'en rapporte
fidélement ni l'occaſion ni les
termes , pour en amener le ſens au
deſſein qu'il a de décrier nos ouvrages ,
fans en expoſer ni attaquer ouvertement
les principes. Je ne tarderai pas ,
par un Mémoire particulier , à lever ces
foibles objections , & à m'expliquer
fur les ellipfes & l'inertie , pour juſtifier
le choix de M. de Saintignon ; mais
DECEMBRE. 1763. 129
, y
comme ces objets , qui paroiſſent avoir
finguliérement affecté l'Anonyme , demandent
une étendue qui ne permettroit
pas , fans indifcrétion , de vous
folliciter pour lui accorder une place
dans votre Journal , j'oſe me flatterque
vous voudrez bien , en attendant
inférer la préſente , pour ſuſpendre le
jugement du Public & balancer la
conſidération que la complaiſance que
vous avez eue d'y inférer la prétendue
analyſe de l'Anonyme y a donnée. J'attens
avec confiance la justice que vous
me devez la-deſſus , vous priant d'être
perfuadé des ſentimens , &c.
,
DE LA PERRIERE DE ROIFFE , de la Société
Royale des Sciences & des Arts de Metz.
Paris , le 20 Juillet 1763 .
LETTRE à l'Auteur du Mercure .
LAA Lettre , Monfieur , que vous avez
* Elle s'étoit égarée dans le dépôt du Mercure.
On en fait bien des excuſes à l'Auteur.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
inférée dans votre Mercure du mois de
Juin , page 68 , fur l'Ouvrage de M.
l'Abbé de Saintignon , & fur mon nouveau
ſyſtême général de Phyſique &
d'Aftronomie qu'il y a adopté , ne me
paroît être exactement ni une analyſe ,
comme l'Auteur Anonyme l'appelle , ni
une critique , comme il s'efforce de le
perfuader , puiſqu'il n'y analyſe ni ne
critique en effet aucun de nos principes.
Plus il s'y dit verſé & éclairé dans
la matière , moins fa critique , qui ſe
réduit à des diſcuſſions de mots , d'expreffions
& d'autres minuties de cette
eſpéce , doit faire ſenſation ſur des
Lecteurs éclairés. Il faut qu'avec toutes
* ſes lumières , il n'ait pas trouvé à re-
*dire au fond , puiſqu'il ne l'attaque pas ;
il ne ſe nomme point non plus , & cela
eſt fort fage , pour l'honneur que cette
démarche peut & doit lui faire , ſous
quelque aſpect qu'on l'enviſage.
Je laiſſe donc à M. l'Abbé de Saintignonle
foin de répondre à l'Anonyme
fur ce qui le concerne , pour en venir
à ce qui me regarde ; quoiqu'il y
ait etropié mon nom , je ne puis m'empêcher
de m'y reconnoître. Il ne con-
-noiſſoit , dit-il , pas mon ſyſtême ; il
a cependant dès 1756 été annoncé ,
DECEMBRE. 1763. 123
dans les Journaux , ainſi que l'Extrait
ou eſpéce de Prospectus que j'en ai fait
imprimer en 1760 , dont la feuille de
l'Avant - Coureur du 15 Juin 1761 a
parlé ; & le Journal de Trévoux du
mois de Novembre de la même année ,
en a donné une ample & exacte analyſe.
Comment étant auſſi verſé qu'il prétend
l'être dans cette matière , est- il fi
peu curieux des découvertes & des productions
nouvelles qui y ont rapport ?
Quoiqu'il ne foit pas neuf, continuet-
il , en cette matière , il n'a pu jufqu'ici
parvenir à entendre ce ſyſtéme ,
c'est-à-dire , à le concilier avec les principes
de lafaine méchanique. ( il le connoiffoit
donc. ) Ce jugement au reſte
indifini , n'expoſant ni ce ſyſtême , ni
lesprincipes de la ſaine méchanique avec
leſquels il n'a pû le concilier , ne porte
le caractère ni d'une critique , ni d'une
analyſe , & il ne ſuffit pas pour fixer
le cas que le Public en doit faire ; prétexte
ſous lequel il s'eſt attribué la
compétence d'en connoître & d'en juger.
Il falloit , pour appuyer & autorifer
fon officieux avis , & montrer en
effet qu'il n'est pas neuf en cette matière,
expoſer fes raiſons& les miennes,
pour mettre le Public , qui n'eſt pas
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
1
moins fon Juge que le mien , à même
d'en apprécier le mérite & de décider
entre lui & moi. Il ſe flatte en vain
de ſurprendre la religion d'un Juge auſſi
intégre & de lui faire prendre le change
fur le motif qui l'anime , qui n'eſt viſiblement
pas celui qu'il a pris,
L'Anonyme , Monfieur , n'abuſe-t- il
pas des termes. 1º. en appellant Phyfique
expérimentale , l'art lucratif de
faire & d'écrire élégamment des expériences
& l'uſage des planches , pour
leſquels il témoigne un goût , un intérêt
& une prédilection marquée; comme
il ne faut pour y exceller , que des
yeux , des mains , des inſtrumens , il
pourroit y être très-habile & très-neuf
dans la ſcience des cauſes ou véritable
Phyſique. 2º. En mettant mon ſyſtême
fondé précisément en raiſon , en expérience,
& ſur des cauſes méchaniques,
en contraſte & en oppofition avec la
Phyſique expérimentale , dont il porte
tous les caractères. 3 °. En affectant de
lui donner le nom de Phyſique ſyſtématique
, que les qualités occultes, dont
celles de nos jours eſt encore infectée
, ont rendu avec fondement auſſi
mépriſable.
J'ai déja , Monfieur , par les feuilles
DECEMBRE. 1763. 125
de l'Avant- Coureur , des 6 & 13 Juillet
, 17 & 24 Août 1761 propoſé , contre
l'applatiſſement des Pôles de la Terre,
auquel le fort du ſyſtême Newtonien
eſt attaché , des objections & des démonstrations
Mathématiques , fur lefquelles
ſes partiſans ont gardé un filence
qui emporte conviction contre eux.
Je me propoſe , en démontrant que
les éclipſes aſtronomiques ſont même
inconciliables avec les phénomènes pour
l'explication deſquels on les invoque ,
déffectuer & d'amener inceſſament à
éxécution la menace de porter les derniers
coups à ce ſyſtême dans ſon dernier
& plus fort retranchement ; à
moins que l'Anonyme , qui ſe dit n'être
pas neuf en cette matière & qui ſe rit
de cette redoutable menace , ne trouve
moyen de les parer& de le couvrir
de ſon Egide pour l'en garantir ,
que je n'ai pas lieu de craindre , les
raiſons que j'ai à propoſer étant auſſi
infaillibles que celles que j'ai déja propoſées
ſur l'applatiſſement des Pôles.
L'Anonyme croit bonnement l'inertie
& la peſanteur des propriétés inhérentes
& propres à la matière , comme
la dureté & l'étendue , & ſéparées &
diſtinctes l'une de l'autre par les expéce
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
riences & les raiſonnemens apportés
en preuve de leur ſéparation , dans
l'excellent Traité , qu'il prend & propoſe
pour régle ; il ne penſe pas ,
fur ce fondement , que perſonne
puiffe s'avifer de les confondre enſemble
ſans ſe déshonorer ; & je
compte , puiſqu'il n'est pas neuf en
cette matière , qu'il changera bientôt
de langage , en lui en démontrant l'identité
, même dans les expériences ,
fur leſquelles il en affirme auffi confidemment
la ſéparation .
A l'occaſion de la dureté & de la cohéſionque
nous attribuons à la preſſion
des fluides ambians , l'Anonyme nous
défie de luifaire voir , par exemple , que
les corps font preſſes tout à lafois perpendiculairement
à leurs furfaces &
dans la direction de leurs centres. Ignore-
t- il donc que par la force expanfive
en tous ſens qui fait le caractère des
fluides , ils agiffent perpendiculairement
fur tous les points de la circonférence
des corps plongés dans leur fein & dans
la direction de leurs centres en même
temps ; qu'en raiſon de leur denfité ils,
en pouffent & compriment les partie,s
propres les unes fur les autres & vers,
ce même centre ; que le Soleil eſt preffé
DECEMBRE. 1763 . 127
ainſi dans le ſein du fluide univerſel ,
les Planetes principales dans la ſphère
folaire , & les Satellites dans les ſphères
de leurs Planetes principales ; que le
globule d'air qui paſſe du fond à la furface
de l'eau ,, n'y prend & garde la
figure ſphérique , que par la preffion
verticale ambiante qu'il y éprouve dans
la direction de ſon centre &par la force
expanfive qu'il y exerce verticalement
par tous les points de fa circonférence
fur le liquide ambiant qu'il traverſe
,& qu'il n'y monte du fond à la
furface , que parce qu'il y eſt continuellement
plus comprimé par ſon hémisphère
inférieur que par le ſupérieur. Il
n'étoit pas , comme on voit , fi difficile
de répondre & de fatisfaire à ce défi ,
que l'Anonyme le penſoit.
Dire que l'Electricité entre les mains
de M. l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur
fort chez M. de Saintignon , que
l'attraction entre celles de Newton , &
qu'il ſemble qu'il n'ait fait mention de
ces deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raiſonnemens
les idées de M. de la Perriere ;
n'eſt ni dire ni démontrer qu'il a eu
tort de les y ſubſtituer. Les opinions
des Scavans ſont ſujettes à caution & à
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
réviſion autant que celles des autres,
dans les cas pour lesquels ils ſe paſfionnent
& ſe préviennent ;& le titre
de Sçavans n'en impoſe à ceux qui y
regardent de près , qu'autant qu'il eſt
bien fondé , & que les opinions y répondent.
Reprocher à M. de Saintignon
qu'il ne fait que répéter des objections
que d'autres ont faites avant lui , eſt
convenir qu'il n'eſt ni le premier ni le
ſeul qui en ait fait : & s'il y a inſiſté ,
c'eſt que les réponſes qu'on y a faites ,
ne l'ont pas fatisfait , & que les opinions
dont il s'agit ne ſont pas à couvert
de tout reproche à ſes yeux , comme
celles qu'il y ſubſtitue.
Sur l'article de la peſanteur , il fait
tomber fur le fond de mon ſyſtême , ce
que M. l'Abbé de Saintignon ne dit
qu'à l'occaſion de quelques objections
qu'il ſe fait à lui-même , & il n'en rapporte
fidélement ni l'occaſion ni les
termes , pour en amener le ſens au
deſſein qu'il a de décrier nos ouvrages ,
fans en expoſer ni attaquer ouvertement
les principes. Je ne tarderai pas ,
par un Mémoire particulier , à lever ces
foibles objections , & à m'expliquer
fur les ellipfes & l'inertie , pour juſtifier
le choix de M. de Saintignon ; mais
DECEMBRE. 1763. 129
, y
comme ces objets , qui paroiſſent avoir
finguliérement affecté l'Anonyme , demandent
une étendue qui ne permettroit
pas , fans indifcrétion , de vous
folliciter pour lui accorder une place
dans votre Journal , j'oſe me flatterque
vous voudrez bien , en attendant
inférer la préſente , pour ſuſpendre le
jugement du Public & balancer la
conſidération que la complaiſance que
vous avez eue d'y inférer la prétendue
analyſe de l'Anonyme y a donnée. J'attens
avec confiance la justice que vous
me devez la-deſſus , vous priant d'être
perfuadé des ſentimens , &c.
,
DE LA PERRIERE DE ROIFFE , de la Société
Royale des Sciences & des Arts de Metz.
Paris , le 20 Juillet 1763 .
Fermer