Auteur du texte (2)
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Auteur probable (7)
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Destinataire du texte (2)
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Détail
Liste
Résultats : 2 texte(s)
1
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
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Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 153-154
« L'illumination de l'Hôtel de Maurepas a donné lieu à une Dissertation, qui nous [...] »
Début :
L'illumination de l'Hôtel de Maurepas a donné lieu à une Dissertation, qui nous [...]
Mots clefs :
Étranger, Italien, Inscriptions en latin, Académie française, Hôtel de Maurepas, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'illumination de l'Hôtel de Maurepas a donné lieu à une Dissertation, qui nous [...] »
L'illumination de l'Hôtel de Maurepas
a donné lieu à une Differtation , qui nous
diſpenſera d'en parler.
C'eſt une Lettre qui m'a été adreſſée par
un Etranger , au ſujet des Fêtes que nous
-venons de décrire ; j'ai crû que cette courte
Differtation devoit trouver ſa place ici : l'Italien
qui l'a écrite eſt un homme qui joint
àune érudition choiſie, un goût délicat , &
54 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de pénétration , & qui a été mal
édifié de notre ridicule uſage de faire les
Inſcriptions en Latin. Cette queſtion fut
agitée il y a cinquante ans ; on fit un affés
gros Livre qui ne décida rien , &la queftion
reſta là. Faut-il que ce ſoitun Etranger
qui prenne les intérêts de notre Langue,
quand nous les abandonnons? Je ſouhaite
que ſes raiſons ſolides & convainquantes
détruiſent enfin un préjugé honteux
à notre Littérature ; l'Académie Françoiſe
a donné depuis long-tems un exemple
que l'on devroit ſuivre ,&le ſuccès de
la Deviſe qu'elle a priſe ( à l'Immortalité )
auroit dû nous ouvrir les yeux.
a donné lieu à une Differtation , qui nous
diſpenſera d'en parler.
C'eſt une Lettre qui m'a été adreſſée par
un Etranger , au ſujet des Fêtes que nous
-venons de décrire ; j'ai crû que cette courte
Differtation devoit trouver ſa place ici : l'Italien
qui l'a écrite eſt un homme qui joint
àune érudition choiſie, un goût délicat , &
54 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de pénétration , & qui a été mal
édifié de notre ridicule uſage de faire les
Inſcriptions en Latin. Cette queſtion fut
agitée il y a cinquante ans ; on fit un affés
gros Livre qui ne décida rien , &la queftion
reſta là. Faut-il que ce ſoitun Etranger
qui prenne les intérêts de notre Langue,
quand nous les abandonnons? Je ſouhaite
que ſes raiſons ſolides & convainquantes
détruiſent enfin un préjugé honteux
à notre Littérature ; l'Académie Françoiſe
a donné depuis long-tems un exemple
que l'on devroit ſuivre ,&le ſuccès de
la Deviſe qu'elle a priſe ( à l'Immortalité )
auroit dû nous ouvrir les yeux.
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Résultats : 7 texte(s)
1
p. VII-XI
PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Début :
On sera simple dans cette Préface ; les Editeurs d'une Collection ne doivent [...]
Mots clefs :
Préface, Nouvelles, Ouvrages, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
PREFACE
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
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Résumé : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Le 'Nouveau Mercure de France' est un journal couvrant divers domaines tels que la politique, la jurisprudence, la littérature, la police, la finance et les théâtres. Les éditeurs insistent sur l'exactitude et la variété des contenus, organisés chronologiquement. Ils s'engagent à publier des œuvres de qualité, tout en acceptant occasionnellement des productions médiocres par manque d'alternatives. Le journal évite les ornements rhétoriques et laisse au public le soin de juger la valeur des œuvres. Les auteurs sont encouragés à privilégier l'instruction plutôt que la raillerie et à éviter les disputes érudites. Le 'Mercure de France' maintient une neutralité stricte et ne prend parti qu'avec l'avis du public. Les nouvelles étrangères sont traitées avec soin pour garantir leur exactitude et leur utilité, servant ainsi d'annales de la nation. Le journal se consacre également aux beaux-arts, rapportant les progrès en peinture, gravure et sculpture, ainsi qu'en éloquence et poésie. Les académies du royaume sont invitées à contribuer avec leurs travaux littéraires et historiques. Les exercices des collèges et les thèses des facultés sont également bienvenus, soulignant l'importance de la raison introduite par Descartes et Newton. Des avertissements sont donnés aux libraires pour indiquer le juste prix des livres nouveaux et aux inventeurs de modes de fournir des mémoires détaillés. Enfin, les lettres et paquets doivent toujours être affranchis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1
AVIS A UN JOURNALISTE.
Début :
Le Morceau suivant est l'Ouvrage d'un Ecrivain célébre, qui le [...]
Mots clefs :
Journaliste, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A UN JOURNALISTE.
AVIS A UN JOURNALISTE.
L
E Morceau ſuivant eſt l'Ouvrage
d'un Ecrivain célébre qui le
compoſa en 1737 , ainſi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conſeils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal
. Cette Piéce ſervira de ſeconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conſeils judicieux que l'Auteur
donne auJournaliſte qu'ilveut inſtruire,mais
lui ſeul feroit en état de bien fournir une
carriere auſſi vaſte .
L
E Morceau ſuivant eſt l'Ouvrage
d'un Ecrivain célébre qui le
compoſa en 1737 , ainſi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conſeils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal
. Cette Piéce ſervira de ſeconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conſeils judicieux que l'Auteur
donne auJournaliſte qu'ilveut inſtruire,mais
lui ſeul feroit en état de bien fournir une
carriere auſſi vaſte .
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3
p. 42
« Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
Début :
Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Vers, Recueil, Collection, Bibliothèque du roi, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
D
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
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4
p. 63-64
« Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Début :
Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...]
Mots clefs :
Public, Te Deum, Liste, Peuple, Roi, Compagnies, Communautés, Corps de métiers, Convalescence, Zèle, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avions d'abord formé le dessein de donner au Public une Liste de [...] »
Nde donner au Public une Liſte de
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
tous les Te Deum qui ont été chantés pour
la Convalescence du Roi , mais nous avons
craint que cette Liſte , trop longue& trop
uniforme , ne fatiguât nos Lecteurs & ne
remplît mal une partiede notre Recueil ,
que nous pouvons donner à des matieres
plus intéreſſantes. Il ſuffirade dire que nonſeulement
toutes les Compagnies , toutes
les Communautés , tous les Corps de Métiers
ſe ſont ſignalés à ce ſujet , mais que
même les Compagnons de chaque Métier ,
&tous lesOuvriers qui n'avoient pas encore
l'honneur de faire un Corps , ont été réiinisdans
cette circonſtance par leur zéle , au
défaut des Statuts , & ont fait célébrer des
Meffes folemnelles , ſuivies du Te Deum &
de l'Exaudiat. On n'entendra pas dire, ſans
étonnement , qu'on a vû le Public invité
par des Affiches aux Te Deum des Porteurs
d'Eau , des Bateliers du Port S. Nicolas ,
des Blanchiſſeuſes de la Grenoüillere , &
enfin des Laquais du Fauxbourg S. Germain.
Cette Cérémonie étoit ſuivie le foir
d'Illuminations , & pendant près de trois
mois , Paris n'a point été ſans être illuminé
en quelque endroit ; les Porteurs d'Eau ont
Dij
64 MERCURE DE FRANCE.
illuminé les Fontaines publiques , qui font
leur domicile le plus ordinaire.
Ces circonstances font moins frivoles
qu'elles ne le paroiſſent ; on y voit la joye
fincére du Peuple , & l'amour de la Nation
pour ſon Prince s'y développe mieux que
dans les loüanges les plus pompeuſes , car
le Peuple jamais n'a menti ni flaté.
Nous avons crû ne pouvoir nous diſpenſer
de rendre compte au Public des Fêtes qui
ont été célébrées dans les differentes Villes
du Royaume , à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi ; nous croirions leur faire injuſtice
, ſi nous négligions de tranſmettre à
la Poſtérité ces témoignages de leur zéle ,
auſſi honorables pour elles , qu'ils font fla
teurs pour le Prince qui en eſt l'objet,
Fermer
5
p. 102-103
« L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...] »
Début :
L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...]
Mots clefs :
Volume, Mercure, Public, Roi, Ouvrage, Antoine de La Roque, Volumes, Satisfaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme, les Logogryphes, les Chansons enfin, seront tout ce que ce premier [...] »
L'Enigme , les Logogryphes , les Chanſons
enfin , feront tout ce que ce premier
Volume conſervera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'eſt pas que nous voulions
abandonner en rien un Planjudicieux que le
Public a approuvé , mais nous ſommes encore
plus empreſſés de fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , fur tout ce qui regarde le
Roi , & ce qui s'eſt paffé à Paris & à Verfailles
à l'arrivée de S. M. Ainſi nous renvoyons
les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois : heureux de commencer
notre Ouvrage par un ſujet auſſi auguſte
& auffi intéreſſant pour les peuples ! c'eſt
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages
feu M. de la Roque , de n'être point ſurpris
s'ils ne les voyent point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers ; il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces
, ayent la bonté d'envoyer de ſecondes
Copies , affranchies de Port , ſuivant la
coutume ; nous aurons tous les égards- convenables
pour fatisfaire les Auteurs & le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 15 de
Décembre ; c'eſt encore quelques jours plu
NOVEMBRE. 1744. 103
tôt que le tems où notre Prédeffeur donnoit
ſon Ouvrage. Cependant ſans les embarras
inévitables dans une adminiſtration nouvelle
, nous aurions ſervi le Public dès le
premier du mois : nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre , & paffé
ce terme , le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois ; deux Volumes au mois de
Juin &deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a fait juſqu'à préſent.
enfin , feront tout ce que ce premier
Volume conſervera de la forme ordinaire
du Mercure ; ce n'eſt pas que nous voulions
abandonner en rien un Planjudicieux que le
Public a approuvé , mais nous ſommes encore
plus empreſſés de fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , fur tout ce qui regarde le
Roi , & ce qui s'eſt paffé à Paris & à Verfailles
à l'arrivée de S. M. Ainſi nous renvoyons
les matieres ordinaires du Mercure
au Volume que nous donnons par extraordinaire
dans ce mois : heureux de commencer
notre Ouvrage par un ſujet auſſi auguſte
& auffi intéreſſant pour les peuples ! c'eſt
ici le lieu de dire que nous prions ceux qui
pourroient avoir envoyé des Ouvrages
feu M. de la Roque , de n'être point ſurpris
s'ils ne les voyent point imprimés. On ne
nous a point remis ces papiers ; il faut que
ceux qui voudront voir paroître leurs Piéces
, ayent la bonté d'envoyer de ſecondes
Copies , affranchies de Port , ſuivant la
coutume ; nous aurons tous les égards- convenables
pour fatisfaire les Auteurs & le
Public.
Ce premier Volume paroîtra le 15 de
Décembre ; c'eſt encore quelques jours plu
NOVEMBRE. 1744. 103
tôt que le tems où notre Prédeffeur donnoit
ſon Ouvrage. Cependant ſans les embarras
inévitables dans une adminiſtration nouvelle
, nous aurions ſervi le Public dès le
premier du mois : nous demandons grace
encore pour les deux Volumes que l'on a
coutume de fournir en Décembre , & paffé
ce terme , le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois ; deux Volumes au mois de
Juin &deux Volumes au mois de Décembre
, comme on a fait juſqu'à préſent.
Fermer
6
p. 144
« NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...] »
Début :
NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...]
Mots clefs :
Illuminations, Paris, Dessins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avons promis de rendre compte au Public de quelques-unes des [...] »
N
Ous avons promis de rendre compte
au Public de quelques-unes des
illuminations qui ont été faites à Paris pendant
le ſéjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déja dit au ſujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons .
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons , mais nous déerirons
celles dont il nous a été plus facile
de recouvrer les deſſeins. Nous commencerons
par celles des Peres Jéſuites de la
Maiſon Profeffe .
Ous avons promis de rendre compte
au Public de quelques-unes des
illuminations qui ont été faites à Paris pendant
le ſéjour du Roi.
Nous repéterons ici ce que nous avons
déja dit au ſujet du choix des Odes & autres
Piéces de Vers. Nous ne prétendons .
point donner la préférence aux illuminations
que nous décrirons , mais nous déerirons
celles dont il nous a été plus facile
de recouvrer les deſſeins. Nous commencerons
par celles des Peres Jéſuites de la
Maiſon Profeffe .
Fermer
7
p. 164-169
Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François ont donné la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Comédie-Italienne, Pièce, Mercure, Arlequin, Vers, Public, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
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Résultats : 2 texte(s)
1
p. 154-164
LETTRE de M. L. A. [à] M. de L. B. au sujet des illuminations qui ont été faites à Paris pendant le séjour du Roi dans cette Ville.
Début :
J'AI vû les illuminations & j'en ai été assés content ; quand elle auroient [...]
Mots clefs :
Inscriptions latines, Langue, Latin, Inscriptions, Romains, Français, Monuments, Vers, Gloire, Europe, Postérité, Nation
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L. A. [à] M. de L. B. au sujet des illuminations qui ont été faites à Paris pendant le séjour du Roi dans cette Ville.
LETTRE de M. L. A. àM. de L. B. au
Sujet des illuminations qui ont été faites à
Paris pendant leséjour du Roi dans cette
J
Ville.
'Ai vû les illuminations & j'en ai été
affés content ; quand elles auroient
éré toutes de mauvais goût , elles avoient
un titre pour plaire aux François , mais elles
n'ont pas laiſſé de me plaire , à moi qui
ne ſuis point François , & qui ne regarde
Paris&fon Roi qu'avec les yeux d'un CuNOVEMBRE.
1744. 155
rieux & d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
qui mérite d'être tiré du pair , il y avoit
chés pluſieurs particuliers des deſſeins d'un
fort bon goût. J'ai vû auſſi avec plaiſir plufieurs
Deviſes très-ingénieuſes & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (a)
Mais , Meſſieurs , je ne ſçai comment vous
l'entendez ici , vous faites toutes vos Infcriptions
en Latin, comme ſi vous ne faiſiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule , & je ſens que ſi j'étois
François , cela me paroîtroit humiliant. La
poſtérité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pu
s'établir. Les Monumens que vous lui laifſerez
lui ſembleront des Monumens d'emprunt
, pour ainſi dire , & vous ne paſſerez
pas pour en être leurs Auteurs , comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins &qu'ils
les euffent donnés ſous un nom Latiniſé.
Je vois bien comment cet uſage s'eſt établi
autrefois , mais je ne comprends pas comment
il ſe maintient aujourd'hui ; anciennement
la Langue Latine étoit preſque la
i
(a) Hic ames dici pater atque princeps
Nunc redit ante oculos , aderatqui mentibus anter
Cernimus, & vultu non exfatiamur amato.
156 MERCURE DE FRANCE.
dominante chés vous. Les Rois la parloient,
les femmes l'écrivoient , les peuples l'entendoient.
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon , mais celui
d'une telle Province n'étoit pas entendu
dans une telle autre , & la Langue Latine
étoit l'univerſelle, parce que quoiqu'elle ne
fut pas entendue par tous les Habitans de
tous les lieux , il n'y avoit point de lieu où
pluſieurs Habitans ne l'entendiffent , & en
conféquence elle regnoit dans preſque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoit tout
ſimple alors que vos Inſcriptions fuſſent
Latines , puiſque le Latin étoit votre Langue.
Que ne l'avez- vous confervée , peutêtre
auriez-vous bien fait ; & tout Italien
que je fuis , je trouve qu'il ne vous fieroit
pas mal de parler le langage des Romains.
Mais du débris de la Langue Romaine affujettie
à votre Grammaire , dont s'étoit déja
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubateurs
, yous avez enfin , en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de votre
Royaume , conftruit celle que vous parlez
à préſent. Alors vos Poctes , vos Hiſtoriens
, vos Philofophes ont écrit en François
, & les Arts ont été naturaliſés chés
vous , auffi- tôt qu'ils eurent commencé à
renaître chés nous . Bien-tôt votre Langue ,
augmentée & perfectionnée par d'excellens
Ecrivains ,
NOVEMBRE. 1744. 157
Ecrivains , n'a plus été reſſerrée dans les
bornes; de votre domination elle s'eſt étendue
dans toute l'Europe ; elle eſt devenue
la Langue reſpective des Etrangers entr'eux ;
elle eſt l'organe de la politique dans tous
les Cabinets des Princes. Je ne me ſouviens
point ſans une admiration mêlée de refpect
pour votre Nation ,de cette famenſe
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France fût obligée d'emprunter la
Langue de ce Peuple envié , pour exprimer
les engagemens que leur faifoit prendre la
haine qui les animoit contre lui. Ce Traité
ne paroîtra-t- il pas aux yeux de la poſtérité
une confédération coupable entre des
Sujets révoltés contre un Maître , plûtôt
qu'une ligue légitime entre des Nations
réunies contre un ennemi ? Ainſi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ont fait vos Conquêtes , & elle vous a
donné fur vos voifins une ſupériorité,d'autant
plus fûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître .
Les Romains , ces Peuples ſi fiers & qui
entendoient fibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raiſon bien attachésà ce genre
de ſupériorité ; une Province conquiſe
perdoit avec fesTerres la liberté de parler ſa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ſes
nouveaux Maîtres,& c'eſt peut- être, pour le
I. Vol. H
138 MERCURE DE FRANCE.
dire en paſſant,ce qui nous a fait perdre jufqu'aux
traces de la Langue Punique , parce
que ſans douteRome,envenimée contreCarthage
, fut foigneuſe d'anéantir tout ce qui
auroit pû conſerver honorablement les Carthaginois
dans la mémoire des hommes,
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient , &
les Princes qui n'étoient qu'Alliés des Romains,
étoient obligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
& rendre par-là une forte d'hommage que
les Romains ſçavoient bien apprecier. C'eſt
àpeu près ainſi que Paris eſt devenu une
Ecole publique , où la Jeuneſſe illuftre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
,&ſe former à votre politeſſe. Je puis
vous aſſurer que tous ces Etrangers qui paffent
continuellement chés vous , dans l'efpérance
d'y prendre la teinture de vos
moeurs aimables , font fort étonnés de voir
que vous fafliez moins de cas de votre propre
Langue qu'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choqué en arrivant à Paris , & je le
ſuis encore de ne rencontrer par tout que,
des Inſcriptions Latines. Comme il ſe peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorer
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
que celle dont on trouvera vos Monumens
1
NOVEMBRE. 1744. 159.
chargés ; & alors on vous regardera ou
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette ſuppoſition de l'anéantiſſement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'eſt pas ſans exemple ;
il eſt arrivé aux Egyptiens , & c'eſt ſeulement
à leurs bas reliefs qu'ils doivent notre
ſouvenir. On ne ſçauroit voir à Rome l'Obéliſque
de S. Jean de Latran , celui de la
Porte du Peuple , & les autres, fans fe ſentir
ſaiſi de reſpect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont été conſtruites. Les Egyptiens
ont très-bien faitde les charger de
leurs ſignes caractériſtiques , & l'on peut
croire que fans cela les Romains n'euſſent
pas manqué de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens , comme ils ont fait , lorſqu'ils
ſe ſont donné la gloire d'avoir creuſé cet
étonnant Canal , qui facilitoit aux Egyptiens
par la Mer Rouge , le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer , & il étoit de la
même Antiquité que les Pyramides. Mais
comme ce ſuperbe Ouvrage n'avoit pû être
orné d'Inſcriptions Hyerogliphiques , l'é
poquede ſa conſtruction & la gloire de ſes
Conſtructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome , dont les Citoyens
aimoient mieux ufurper l'admiration , que
T
Hij
160 MERCURE DE FRANCE.
1
de ne la pas obtenir. Je vous aſſure qu'ils ſe
glorifient beaucoup à préſent dans l'Eliſée ,
s'ils y ont appris que Louis XIV & Louis
XV ont dédaigné la Langue Françoiſe , &
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin eſt plus propre
aux Inſcriptions que le François : je ne ſçais
pas affés votre Langue pour décider cette
queſtion. Mais cette queſtion , doit-on
la difcuter ? il faut prendre garde à une
choſe ; une Inſcription n'est pas une Epigramme
; quand cela ſe peut à la bonneheure
, & peut- être n'en est- ce pas mieux,
Dans le vrai , pourquoi une Inſcription eftelle
faite ? Pour marquer à la poſtérité telle
époque intéreſſante , qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette poſtérité
de trouver dans les deux lignes de l'Infcriptionune
penſée reſſerrée & taillée de façon
qu'il en réſulte un bon mot ? il ſuffit qu'il
en réſulte un fait, ou l'indication d'un fait.
Il faut de la ſimplicité , de la clarté ; l'élégance
eſt comptée pour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit ſi bien faite à votre
avis pour les Inſcriptions , qu'ont-ils mis
dans les leurs ? elles ſont ſimples , contiennent
des faits& n'étalent point d'eſprit. Les
Grecs dont la Langue étoit ſi ſuperieure à
celle des Romains , que la vanité de ceuxci
l'avouoit ſans honte , les Grecs ont fait
NOVEMBRE. 1744. 161
leurs Infcriptions dans le même goût ; la
lecture de Paufanias n'en laiſſe pas douter.
Seriez- vous honteux de ſuivre cet exemple,
& rougiriez-vous de mettre fur un Arc de
Triomphe, dans cette occafion-ci, par exem
ple, une Inſcription ſimple comme celle-ci ?
Paris heureuse &triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri &Victorieux, 1744.
D'ailleurs votre Langue eſt peut - être
moins propre à tous les genres d'écrire
que le Latin ; vous écrivez pourtant
dans tous les genres & dans tous vous
avez d'excellens Ecrivains. Ofez prendre
l'effor dans le genre des Inſcriptions , & je
vous garantis le ſuccès. Ceux qui défendent
la Theſe contraire à celle que je foutiens
, ne manquent pas de propoſer des
Inſcriptions Latines dont ils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cauſe
gagnée , parce qu'en effet l'Original étoit
bon&la copie ne vaut rien ; mais cela ne
fignifie rien , & cette maniere de diſputer
naît de l'ignorance ou de la mauvaiſe for.
Outre le défavantage général de la Traduction,
ne doit- on pas ſçavoir que le genie des
Langues diverſes étant très-différent , telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue , demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela eſt réciproque , & je
ne crois pas qu'un Diſcours de M. Boffuet
Hiij
162 MERCURE DE FRANCE.
fût plus aiſé à mettre en Latin qu'une Harangue
de Ciceron à mettre en François.
Tout Etranger que je ſuis , je connois &je
faisgloire de connoître vos bons Auteurs :
il me vient à l'eſprit quelques exemples ;
penſez -vous qu'il foit facile de traduire en
Latin certe juſte & ingenieuſe maxime de
Ja Rochefoucaut ? l'esprit eſtſouvent la dupe
du coeur. Traduiſez encore ee beau Vers de
Voltaire.
:
:
:
Tel brille au ſecondrang,qui s'éclipfe au premier.
La difficulté de la Traduction ne sçauroit
prouver la moindre choſe : il y a des
penſées qui ne ſçauroient ſe traduire ſans
périphrafe ou fans équivalent : il y ena
d'autres qui ſe traduiſent à merveille.
Le Maſque tombe , l'Homme reſte..
Eſt-il moins fort,ou moins élégant que l'Original
Latin , cadit larva , manet res? Tout le
monde ſçait ces deux beaux Vers d'Horace.
Regum timendorum in proprios greges ;
Reges in ipfos imperium est Jovis.
: Rouſſeau les a traduits ainſi.
:
:
Les Rois font les Maîtres du Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois.
NOVEMBRE. 1744. 163
* Ceci est-il moins précis ? moins fort ,
moins noble que le Latin ? Je crois bien
qu'en effet il eſt plus difficile de faire des
Inſcriptions Françoiſes que Latines ,pourquoi
? C'eſt que les Latines ſont tou
tes faites. Ce font des Santons ramaffes çà
& là; mais faites la même choſe en François
ſans ſcrupule ; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1735
lorſque votre Roi triomphant par tout ,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe , il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occafion
ces deux Vers de Quinault ?
Il eſt armédu Tonnerre ,
Mais c'eſt pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inſcription
fort heureuſe , dont votre Miniſtre de
la Marine a embelli ſon illumination . On y
liſoit ſous la figure du Roi , il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguſte.
Ce Vers a ſans doute intéreſſé tous les Citoyens
qui l'ont lû , & j'ai affés bonne opinion
du Peuple de Paris , pour croire qu'il
s'eſt enyvré du vin de M. de Maurepas ,
qui couloit à côté de cette Inſcription, plus
Hinj
164 MERCURE DE FRANCE .
volontiers que d'aucun autre. Cette fatisfaction
du Peuple eſt encore un point qui
mérite d'être conſidéré. Quoi ! les chofes
qui flarent le plus une Nation , doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation ? J'avoue que d'un autre côté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inſcriptions Latines ; c'eſt qu'elles font
jugées par moins de gens , mais cet avantage
prétendu eſt undéſavantage réel , car
enfin il eſt ridicule que la gloire d'un Peuple
ſoit un myſtére pour lui . Je m'apperçois
M. qu'il eſt tems de finir cette Lettre ,
qui devient preſqu'une une Differtation.
Vous me ferez plaiſir de la rendre publique
, &je ferai fort aiſe d'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation , dont je reſpecte autant
les Vertus , que j'aime ſes agrémens.
Sujet des illuminations qui ont été faites à
Paris pendant leséjour du Roi dans cette
J
Ville.
'Ai vû les illuminations & j'en ai été
affés content ; quand elles auroient
éré toutes de mauvais goût , elles avoient
un titre pour plaire aux François , mais elles
n'ont pas laiſſé de me plaire , à moi qui
ne ſuis point François , & qui ne regarde
Paris&fon Roi qu'avec les yeux d'un CuNOVEMBRE.
1744. 155
rieux & d'un Voyageur. Outre l'Arc de
Triomphe vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
qui mérite d'être tiré du pair , il y avoit
chés pluſieurs particuliers des deſſeins d'un
fort bon goût. J'ai vû auſſi avec plaiſir plufieurs
Deviſes très-ingénieuſes & entr'autres-
celles de M. le Duc de S. Aignan. (a)
Mais , Meſſieurs , je ne ſçai comment vous
l'entendez ici , vous faites toutes vos Infcriptions
en Latin, comme ſi vous ne faiſiez
aucun cas de votre propre Langue. Cela
me paroît ridicule , & je ſens que ſi j'étois
François , cela me paroîtroit humiliant. La
poſtérité vous confondra donc avec ces
Nations barbares chés qui les Arts n'ont pu
s'établir. Les Monumens que vous lui laifſerez
lui ſembleront des Monumens d'emprunt
, pour ainſi dire , & vous ne paſſerez
pas pour en être leurs Auteurs , comme vos
Poëtes ne vous feroient aucun honneur s'ils
n'avoient fait que des Vers Latins &qu'ils
les euffent donnés ſous un nom Latiniſé.
Je vois bien comment cet uſage s'eſt établi
autrefois , mais je ne comprends pas comment
il ſe maintient aujourd'hui ; anciennement
la Langue Latine étoit preſque la
i
(a) Hic ames dici pater atque princeps
Nunc redit ante oculos , aderatqui mentibus anter
Cernimus, & vultu non exfatiamur amato.
156 MERCURE DE FRANCE.
dominante chés vous. Les Rois la parloient,
les femmes l'écrivoient , les peuples l'entendoient.
Cependant vos différentes Provinces
avoient leur Jargon , mais celui
d'une telle Province n'étoit pas entendu
dans une telle autre , & la Langue Latine
étoit l'univerſelle, parce que quoiqu'elle ne
fut pas entendue par tous les Habitans de
tous les lieux , il n'y avoit point de lieu où
pluſieurs Habitans ne l'entendiffent , & en
conféquence elle regnoit dans preſque tous
les Actes publics & particuliers. Il étoit tout
ſimple alors que vos Inſcriptions fuſſent
Latines , puiſque le Latin étoit votre Langue.
Que ne l'avez- vous confervée , peutêtre
auriez-vous bien fait ; & tout Italien
que je fuis , je trouve qu'il ne vous fieroit
pas mal de parler le langage des Romains.
Mais du débris de la Langue Romaine affujettie
à votre Grammaire , dont s'étoit déja
formé le Provençal qu'ont parlé vos Troubateurs
, yous avez enfin , en y joignant
l'ancienne Langue du Nord de votre
Royaume , conftruit celle que vous parlez
à préſent. Alors vos Poctes , vos Hiſtoriens
, vos Philofophes ont écrit en François
, & les Arts ont été naturaliſés chés
vous , auffi- tôt qu'ils eurent commencé à
renaître chés nous . Bien-tôt votre Langue ,
augmentée & perfectionnée par d'excellens
Ecrivains ,
NOVEMBRE. 1744. 157
Ecrivains , n'a plus été reſſerrée dans les
bornes; de votre domination elle s'eſt étendue
dans toute l'Europe ; elle eſt devenue
la Langue reſpective des Etrangers entr'eux ;
elle eſt l'organe de la politique dans tous
les Cabinets des Princes. Je ne me ſouviens
point ſans une admiration mêlée de refpect
pour votre Nation ,de cette famenſe
Conférence où toute l'Europe liguée contre
la France fût obligée d'emprunter la
Langue de ce Peuple envié , pour exprimer
les engagemens que leur faifoit prendre la
haine qui les animoit contre lui. Ce Traité
ne paroîtra-t- il pas aux yeux de la poſtérité
une confédération coupable entre des
Sujets révoltés contre un Maître , plûtôt
qu'une ligue légitime entre des Nations
réunies contre un ennemi ? Ainſi votre
Langue a porté votre gloire plus loin que
n'ont fait vos Conquêtes , & elle vous a
donné fur vos voifins une ſupériorité,d'autant
plus fûre, que l'envie ne peut ni la détruire
ni la méconnoître .
Les Romains , ces Peuples ſi fiers & qui
entendoient fibien les intérêts de leur vanité,
étoient avec raiſon bien attachésà ce genre
de ſupériorité ; une Province conquiſe
perdoit avec fesTerres la liberté de parler ſa
Langue. Il falloit qu'elle apprit celle de ſes
nouveaux Maîtres,& c'eſt peut- être, pour le
I. Vol. H
138 MERCURE DE FRANCE.
dire en paſſant,ce qui nous a fait perdre jufqu'aux
traces de la Langue Punique , parce
que ſans douteRome,envenimée contreCarthage
, fut foigneuſe d'anéantir tout ce qui
auroit pû conſerver honorablement les Carthaginois
dans la mémoire des hommes,
Sous les Empereurs,le Latin étoit le Langage
de toutes les Cours de l'Orient , &
les Princes qui n'étoient qu'Alliés des Romains,
étoient obligés d'envoyer leurs Héritiers
àRome pour y apprendre cette Langue,
& rendre par-là une forte d'hommage que
les Romains ſçavoient bien apprecier. C'eſt
àpeu près ainſi que Paris eſt devenu une
Ecole publique , où la Jeuneſſe illuftre de
toute l'Europe vient apprendre votre Langue
,&ſe former à votre politeſſe. Je puis
vous aſſurer que tous ces Etrangers qui paffent
continuellement chés vous , dans l'efpérance
d'y prendre la teinture de vos
moeurs aimables , font fort étonnés de voir
que vous fafliez moins de cas de votre propre
Langue qu'ils n'en font eux-mêmes.J'ai
été choqué en arrivant à Paris , & je le
ſuis encore de ne rencontrer par tout que,
des Inſcriptions Latines. Comme il ſe peut
faire que les Livres durent moins que les
Monumens , on pourra fort bien ignorer
un jour que vous ayez eu d'autre Langue
que celle dont on trouvera vos Monumens
1
NOVEMBRE. 1744. 159.
chargés ; & alors on vous regardera ou
comme une Colonie ou comme un Peuple
Tributaire des Romains. Ne regardez pas
cette ſuppoſition de l'anéantiſſement de vos
Livres comme une idée totalement chimérique.
Ce malheur n'eſt pas ſans exemple ;
il eſt arrivé aux Egyptiens , & c'eſt ſeulement
à leurs bas reliefs qu'ils doivent notre
ſouvenir. On ne ſçauroit voir à Rome l'Obéliſque
de S. Jean de Latran , celui de la
Porte du Peuple , & les autres, fans fe ſentir
ſaiſi de reſpect pour les Peuples par qui
ces merveilles ont été conſtruites. Les Egyptiens
ont très-bien faitde les charger de
leurs ſignes caractériſtiques , & l'on peut
croire que fans cela les Romains n'euſſent
pas manqué de s'attribuer l'honneur de ces
Monumens , comme ils ont fait , lorſqu'ils
ſe ſont donné la gloire d'avoir creuſé cet
étonnant Canal , qui facilitoit aux Egyptiens
par la Mer Rouge , le commerce des
Grandes Indes. Les Gouverneurs Romains
ne firent que le réparer , & il étoit de la
même Antiquité que les Pyramides. Mais
comme ce ſuperbe Ouvrage n'avoit pû être
orné d'Inſcriptions Hyerogliphiques , l'é
poquede ſa conſtruction & la gloire de ſes
Conſtructeurs furent dérobées à l'Egypte
par la vanité de Rome , dont les Citoyens
aimoient mieux ufurper l'admiration , que
T
Hij
160 MERCURE DE FRANCE.
1
de ne la pas obtenir. Je vous aſſure qu'ils ſe
glorifient beaucoup à préſent dans l'Eliſée ,
s'ils y ont appris que Louis XIV & Louis
XV ont dédaigné la Langue Françoiſe , &
empruntent la leur pour en parer leurs Monumens.
On dit que le Latin eſt plus propre
aux Inſcriptions que le François : je ne ſçais
pas affés votre Langue pour décider cette
queſtion. Mais cette queſtion , doit-on
la difcuter ? il faut prendre garde à une
choſe ; une Inſcription n'est pas une Epigramme
; quand cela ſe peut à la bonneheure
, & peut- être n'en est- ce pas mieux,
Dans le vrai , pourquoi une Inſcription eftelle
faite ? Pour marquer à la poſtérité telle
époque intéreſſante , qui a fait éléver tel
Monument. Qu'importe à cette poſtérité
de trouver dans les deux lignes de l'Infcriptionune
penſée reſſerrée & taillée de façon
qu'il en réſulte un bon mot ? il ſuffit qu'il
en réſulte un fait, ou l'indication d'un fait.
Il faut de la ſimplicité , de la clarté ; l'élégance
eſt comptée pour rien. Ces Romains
dont la Langue étoit ſi bien faite à votre
avis pour les Inſcriptions , qu'ont-ils mis
dans les leurs ? elles ſont ſimples , contiennent
des faits& n'étalent point d'eſprit. Les
Grecs dont la Langue étoit ſi ſuperieure à
celle des Romains , que la vanité de ceuxci
l'avouoit ſans honte , les Grecs ont fait
NOVEMBRE. 1744. 161
leurs Infcriptions dans le même goût ; la
lecture de Paufanias n'en laiſſe pas douter.
Seriez- vous honteux de ſuivre cet exemple,
& rougiriez-vous de mettre fur un Arc de
Triomphe, dans cette occafion-ci, par exem
ple, une Inſcription ſimple comme celle-ci ?
Paris heureuse &triomphante éléve ce Monument
à LouisXVguéri &Victorieux, 1744.
D'ailleurs votre Langue eſt peut - être
moins propre à tous les genres d'écrire
que le Latin ; vous écrivez pourtant
dans tous les genres & dans tous vous
avez d'excellens Ecrivains. Ofez prendre
l'effor dans le genre des Inſcriptions , & je
vous garantis le ſuccès. Ceux qui défendent
la Theſe contraire à celle que je foutiens
, ne manquent pas de propoſer des
Inſcriptions Latines dont ils demandent la
Traduction ; alors ils croyent avoir cauſe
gagnée , parce qu'en effet l'Original étoit
bon&la copie ne vaut rien ; mais cela ne
fignifie rien , & cette maniere de diſputer
naît de l'ignorance ou de la mauvaiſe for.
Outre le défavantage général de la Traduction,
ne doit- on pas ſçavoir que le genie des
Langues diverſes étant très-différent , telle
idée rendue par un tour concis dans une
Langue , demandera un tour allongé dans
une autre ? mais cela eſt réciproque , & je
ne crois pas qu'un Diſcours de M. Boffuet
Hiij
162 MERCURE DE FRANCE.
fût plus aiſé à mettre en Latin qu'une Harangue
de Ciceron à mettre en François.
Tout Etranger que je ſuis , je connois &je
faisgloire de connoître vos bons Auteurs :
il me vient à l'eſprit quelques exemples ;
penſez -vous qu'il foit facile de traduire en
Latin certe juſte & ingenieuſe maxime de
Ja Rochefoucaut ? l'esprit eſtſouvent la dupe
du coeur. Traduiſez encore ee beau Vers de
Voltaire.
:
:
:
Tel brille au ſecondrang,qui s'éclipfe au premier.
La difficulté de la Traduction ne sçauroit
prouver la moindre choſe : il y a des
penſées qui ne ſçauroient ſe traduire ſans
périphrafe ou fans équivalent : il y ena
d'autres qui ſe traduiſent à merveille.
Le Maſque tombe , l'Homme reſte..
Eſt-il moins fort,ou moins élégant que l'Original
Latin , cadit larva , manet res? Tout le
monde ſçait ces deux beaux Vers d'Horace.
Regum timendorum in proprios greges ;
Reges in ipfos imperium est Jovis.
: Rouſſeau les a traduits ainſi.
:
:
Les Rois font les Maîtres du Monde;
Les Dieux font les Maîtres des Rois.
NOVEMBRE. 1744. 163
* Ceci est-il moins précis ? moins fort ,
moins noble que le Latin ? Je crois bien
qu'en effet il eſt plus difficile de faire des
Inſcriptions Françoiſes que Latines ,pourquoi
? C'eſt que les Latines ſont tou
tes faites. Ce font des Santons ramaffes çà
& là; mais faites la même choſe en François
ſans ſcrupule ; vous avez d'excellens
Poëtes pour cela. Croyez-vous qu'en 1735
lorſque votre Roi triomphant par tout ,
aima mieux être l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe , il eut été déplacé de lire autour
d'une Médaille frappée à cette occafion
ces deux Vers de Quinault ?
Il eſt armédu Tonnerre ,
Mais c'eſt pour donner la paix.
Un autre Vers de Quinault a fourni dans
ces dernieres Fêtes publiques une Inſcription
fort heureuſe , dont votre Miniſtre de
la Marine a embelli ſon illumination . On y
liſoit ſous la figure du Roi , il veut le bonheur
d'être aimé. J'aime mieux cela que des
louanges données par Horace à Auguſte.
Ce Vers a ſans doute intéreſſé tous les Citoyens
qui l'ont lû , & j'ai affés bonne opinion
du Peuple de Paris , pour croire qu'il
s'eſt enyvré du vin de M. de Maurepas ,
qui couloit à côté de cette Inſcription, plus
Hinj
164 MERCURE DE FRANCE .
volontiers que d'aucun autre. Cette fatisfaction
du Peuple eſt encore un point qui
mérite d'être conſidéré. Quoi ! les chofes
qui flarent le plus une Nation , doiventelles
être ignorées par les trois quarts de
cette Nation ? J'avoue que d'un autre côté
on trouve en cela même un avantage à faire
des Inſcriptions Latines ; c'eſt qu'elles font
jugées par moins de gens , mais cet avantage
prétendu eſt undéſavantage réel , car
enfin il eſt ridicule que la gloire d'un Peuple
ſoit un myſtére pour lui . Je m'apperçois
M. qu'il eſt tems de finir cette Lettre ,
qui devient preſqu'une une Differtation.
Vous me ferez plaiſir de la rendre publique
, &je ferai fort aiſe d'apprendre à vos
Compatriotes l'intérêt que je prends à la
gloire de leur Nation , dont je reſpecte autant
les Vertus , que j'aime ſes agrémens.
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2
p. 53-54
A Monsieur DE LA BRUERE, chargé du Mercure de France.
Début :
Ayant sçu, Monsieur, que le Mercure est entre vos mains, tous les Gens de [...]
Mots clefs :
Lettres, Public, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monsieur DE LA BRUERE, chargé du Mercure de France.
A Monsieur DE LA BRUERE , chargé
du Mercure de France.
A
Yant ſçu , Monfieur , que le Mercure
eſt entre vos mains , tous les Gens de
Lettres ont conçu la juſte eſperance qu'un
eſprit qui ſçait fi bien faire , ſçauroit toujours
bien choiſir , & que le Mercure feroit
un des meilleurs Journaux de l'Europe. Nous
nous flattons tous , Monfieur , que nous n'y
trouverons que des choſes dignes du public
éclairé , & plus il y en aura de vous , plus
le Public fera content. Nous ſeron délivrés
de cette foule de vers indignes de l'impreſfion
, de ces puérilités qui entretiennent le
mauvais gout des Provinces , de ces extraits
infideles des Pieces de Théatre , dans lefquels
on traitoit également l'ouvrage détef
table qui avoit été fiflé , & le bon qui avoit
eu un juſte ſuccès .
C'eſt dans cette confiance que j'ai l'honneur
de vous envoyer , Monfieur , l'Ouvrage
ci - joint qui fut compoſé ſous mes
yeux il y a deux ans par un jeune homme
qui donnoit les plus grandes eſpérances ; il
étoit plein de la lecture des Ouvrages de
M. de Voltaire. Vous vous apercevrez aifé-
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'il aprochoit de fon modele. Je ne
ſçai ſi je me trompe , mais il me ſemble que
depuis la fondation des Prix , il n'y a jamais
eu de meilleure Piece que celle que je vous
envoye . C'eſt aux Connoiffeurs comme
vous à enjuger. Je me contente de rendre
au Public le ſervice de publier cet Ouvrage
, & de payer ce tribut à la mémoire du
jeune Auteur qui eft mort il y a quelques
mois. C'eſt une perte bien déplorable pour
les Lettres dans ce tems d'indigence , ou
plutôt d'abondance ſtérile où nous ſommes.
Il avoit commencé une Tragédie écrite
auſſi-bien que la petite Piece que je vous
envoye. Ses vers étoient pleins de génie &
corrects. Ce n'étoit pas une bonne tirade
ſuivie d'une mauvaiſe , une penſée fauſſe à
côté d'une vérité , un foleſciſme auprès d'un
bon vers , des choſes triviales en rimes de
recherche. Mais , Monfieur vous fentirez
mieux que moi le prix de ſon ſtile prix
bien rare , & bien rarement eſtimé ce qu'il
vaut. Il me fuffit de vous donner ce témoignage
de mon eſtime , & de mon ardeur
pour les Lettres.
Je ſuis,
A Strabourg ce premier
Décembre 1744..
du Mercure de France.
A
Yant ſçu , Monfieur , que le Mercure
eſt entre vos mains , tous les Gens de
Lettres ont conçu la juſte eſperance qu'un
eſprit qui ſçait fi bien faire , ſçauroit toujours
bien choiſir , & que le Mercure feroit
un des meilleurs Journaux de l'Europe. Nous
nous flattons tous , Monfieur , que nous n'y
trouverons que des choſes dignes du public
éclairé , & plus il y en aura de vous , plus
le Public fera content. Nous ſeron délivrés
de cette foule de vers indignes de l'impreſfion
, de ces puérilités qui entretiennent le
mauvais gout des Provinces , de ces extraits
infideles des Pieces de Théatre , dans lefquels
on traitoit également l'ouvrage détef
table qui avoit été fiflé , & le bon qui avoit
eu un juſte ſuccès .
C'eſt dans cette confiance que j'ai l'honneur
de vous envoyer , Monfieur , l'Ouvrage
ci - joint qui fut compoſé ſous mes
yeux il y a deux ans par un jeune homme
qui donnoit les plus grandes eſpérances ; il
étoit plein de la lecture des Ouvrages de
M. de Voltaire. Vous vous apercevrez aifé-
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'il aprochoit de fon modele. Je ne
ſçai ſi je me trompe , mais il me ſemble que
depuis la fondation des Prix , il n'y a jamais
eu de meilleure Piece que celle que je vous
envoye . C'eſt aux Connoiffeurs comme
vous à enjuger. Je me contente de rendre
au Public le ſervice de publier cet Ouvrage
, & de payer ce tribut à la mémoire du
jeune Auteur qui eft mort il y a quelques
mois. C'eſt une perte bien déplorable pour
les Lettres dans ce tems d'indigence , ou
plutôt d'abondance ſtérile où nous ſommes.
Il avoit commencé une Tragédie écrite
auſſi-bien que la petite Piece que je vous
envoye. Ses vers étoient pleins de génie &
corrects. Ce n'étoit pas une bonne tirade
ſuivie d'une mauvaiſe , une penſée fauſſe à
côté d'une vérité , un foleſciſme auprès d'un
bon vers , des choſes triviales en rimes de
recherche. Mais , Monfieur vous fentirez
mieux que moi le prix de ſon ſtile prix
bien rare , & bien rarement eſtimé ce qu'il
vaut. Il me fuffit de vous donner ce témoignage
de mon eſtime , & de mon ardeur
pour les Lettres.
Je ſuis,
A Strabourg ce premier
Décembre 1744..
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