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1
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 157-168
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Si l'Abjuration de Monsieur Vignes, Ministre de Grenoble, a fait [...]
Mots clefs :
Abjuration, Monsieur Vignes, Seigneur, Noblesse, Dauphiné, Religion prétendue réformée, Roi de Navarre, Maison d'Arbaud, Charges, Église catholique, Archevêque, Duc de Noailles, Honnêteté, Conversation, Pasteur, Erreur, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Si l'Abjuration de Monfieur
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le texte relate l'abjuration de Monsieur d'Arbaud, Seigneur de Blanfac, originaire d'Arles, qui a marqué le Languedoc. Ce gentilhomme, issu d'une ancienne famille noble, résidait à Nîmes et pratiquait la Religion Prétendue Réformée, comme ses prédécesseurs établis dans la région depuis un siècle. Son aïeul, initialement catholique, avait changé de religion en rejoignant le parti du roi de Navarre, devenu Henri IV. La famille d'Arbaud, respectée à Arles et en Languedoc, avait laissé des marques de sa piété dans les églises locales. Monsieur d'Arbaud, unique survivant de sa maison après la mort de son frère aîné au service du roi, était épris de belles-lettres et avait acquis des connaissances appréciées par les membres de l'Académie Royale d'Arles, qui souhaitaient l'y associer. Cette perspective, ainsi que les encouragements de l'archevêque d'Arles et de l'évêque de Mirepoix, l'incitèrent à reconsidérer sa foi. Lors d'une visite à Montpellier pour rencontrer le duc de Noailles, il eut plusieurs conversations avec des prélats qui le convainquirent progressivement de la vérité de la foi catholique. Après deux années de réflexion, il annonça son intention d'abjurer sa foi réformée et de se convertir au catholicisme. Il informa l'évêque de Mirepoix, le cardinal de Bonzy et l'intendant de sa décision. Il se rendit ensuite à Arles pour en parler avec l'archevêque et le coadjuteur, avant de se rendre à Montpellier où il abjura publiquement en présence de l'évêque d'Uzès et de l'évêque de Mirepoix. Cette conversion fut accueillie avec joie par les catholiques et avec consternation par les réformés, qui voyaient en lui un leader respecté. Monsieur d'Arbaud espérait également convertir ses dix enfants, plusieurs d'entre eux étant déjà catholiques. Il reçut des honneurs à Nîmes et à Arles, où toute la noblesse et le peuple vinrent le féliciter pour son retour à l'Église catholique. L'Académie Royale d'Arles exprima également sa joie d'accueillir un nouveau converti parmi ses membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 218-226
AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Début :
Lors que l'Académie Françoise proposa pour sujet du dernier / Nourrissons des Neufs-Soeurs, tout couverts de la gloire [...]
Mots clefs :
Académie française, Concours, Vers, Sujet, Louanges, Religion catholique, Roi, Victoire, Poète, Louis, Hérésie, Salut, Fortune, Erreur, Croix, Triomphe, Discorde, Moeurs, Ciel, Christ, Ange, Héros, Enfer
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texteReconnaissance textuelle : AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Lors que l'Académie Françoife pro
pofa pour fujet du dernier Prix de
Vers , les grandes Chofes que le Roy
faites enfaveur de la Religion Catholique
, le Berger du village de
Mont-Fallon y travailla , & n'eut pas
le temps de mettre la derniere main
fes Vers ,parce que des affaires importantes
attirérent tousfesfoins ailleurs .
Neanmoins comme il fe fait un plaifir
de donner des louanges à fon Prince,
dés qu'il a eu un peu plus de loifir,
il a mis la Piéce en l'état où je vous
l'envoye.
1
du
Mercure Galant.
-219
5252525252525252
AUX
POETES
QUI ONT
REMPORTE' LE
DERNIER
PRIX DE
VERS
DE
L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Nour
3.
Ourriffons des Neuf- Soeurs , tout
couverts de la gloire
Qu'à jamais vous aquiert voftre illuftre
Victoire,
Permettez que ma voix fe mefle à ces
Concerts
Dont parvous
aujourd'huy
retentiſſent
les airs.
LOUIS, plein du beau feu qu'une Foy
vive inspire,
Terraffe
l'Heréfie en
cefameux Empire.
En effet, de ce Roy les Foudres élancez
Font voiren
plufieurs Lieux des
Temples
renverfezi
Tij
220 Extraordinaire
Et ces Foudres tournant vers tous les He
rétiques,
Caufent, pour leurfalut, leurs difgraces
publiques.
Lors
que
LOUIS les livre au Deftin
malheureux,
Il les chériroit moins , s'ilfaifoit moins
contre eux.
Cefavorable Autheur de leur douleur
commune,
Qui ne leur permet point d'encenfer la
Fortune,
D'ailleurs leur tend les bras, au moment
qu'il leur nuit.
Parfon ordre on confére, on difpute, on
inftruit:
Et ceux de qui les yeux s'ouvrent à la
lumiere,
Reçoivent fesfaveurs en plus d'une maniere.
Il leur donne des Biens , & leur bonheur
eft tel,
Qu'ils ont outre ces Biens part au Bien
Eternel.
du Mercure Galant.
221
Sur les Bords de la Seine ainfi LOUIS
s'applique
A diffiper l'Erreur , à domter l'Herétique.
Maisde peur que cette Hydre & ce Monftre
odieux,
2
Que l'Erreur quelque jour ne renaiſſe en
ces Lieux,
Son zéle écarte encor ces nouvelles Cabales
Dont les Livres adroits font de charmans.
Dédalles,
Qui pour mieux décevoir ont par tout des
douceurs,
Et qui cachent toûjours du venin fous des
fleurs.
Enfin de ce grand Roy la main toutepuif-
Sante
Fait que dans nos Climats la Croix eft
triomphante,
Et qu'il n'eft plus permis aux naiſſantes
Erreurs
D'habiter parmy nous , d'y forger nos
malheurs.
Comme fi l'Acheron cuft déchaîné fur
terre
Tüj
222 Extraordinaire
Ses Fillespour porter le Flambeau de la
Guerre,
Les Sectes des Errans femoient jadis
L'effroy,
La France en pâliſſoit ; mais, grace à
noftre Roy,
On ne craint plus les maux qu'ont endurê
nos Peres.
Verra-t-on la Difcorde , aux cheveux de
Vipéres,
S'unir al Heréfie, en emprunter la voix?
Tout eft calme, & l'on met l'Heréfie aux
abois.
LOUIS , comme un Soleil, dont l'aimable
influence
Procure un calme faint à la Nefde la
France ,
Diffipe de l'Erreur la nuit & les Bronil-
Lards,
Et répand la lumiere où tombent fes regards.
Nous , quifommes témoins de ces hautes
merveilles,
N'avons rien de plus doux pourcharmer
nos greilles.
du Mercure Galant.
223
Mais dans nos entretiens tairons - nous que
LOUIS,
Depuis le temps heureux qu'il gouverne
les Lys,
Redreffe en nous les moeurs , non moins que
la Doctrine?
Comme Fils de l'Eglife, avec elle ilfulmine
Par defeveres Loix contre le Libertin,
Le Brigand, le fureur, l' Athée, & l'AFfaffin.
Le Roy parle ; à l'inftant des coeurs chargez
de crimes
Deviennent pour le Ciel d'innocentes Vi
Etimes.
'La voix de ce Monarque arrefte tous les
coups
Qu'un Dieu vangeur peut- eftre aurois
lancez fur nous.
Sanspeine on obeit à LOUIS , à l'E
glife;
La Vertu dans ce Roy fur le Trône eft'
affife .
Mortels, qui loin de nous habitez l'Univers
224
Extraordinaire
Et quilonez ce Prince en langages divers,
Sans rien dire de trop, qui de vous ne peut
dire:
Ce Royne borne point fon zéle en fen
Empire,
Sous des Cieux Etrangers il n'en montre
pas moins?
Peuples, bien mieux que nous vous en eftes
témoins.
Parfon ordre en tout temps de l'un à l'autre
Pole,
Mille Atlétes facrez , armez de leur·
parole,
Vont combatrepour CHRIST, & domter
les Enfers .
La hauteur des Rochers, ny la vague des
Mers,
Nefont point un obstacle à l'ardeur de
leur zéle.
Donnerla vie à l'ame, éclairerl'Infidelle
Et le fouftraire au joug de l'Ange ténébreux,
C'est par tout ce quifert de matiere à leurs
feuxs
du Mercure Galant. 225
Ainfi donc dans la France, & hors defon
enceinte,
LOUISfait triompher la Croix, cette
Arche fainte.
Tout rit à ce Héros , lors que plufieurs
Mortels
N'ont d'Encens que pour Dieu, que pour
Dien des Autels.
Fadis un de nos Roys, au péril defa tefte,
De la Sainte Contrée entreprit la Conquefte.
Une nombreuſe Armée en ce lieu leſuivit
Le Nil en la voyant fe troubla dansfon
Lit.
Le Sultanfut vaincu : mais ce Roy plein
de gloire
Ne pût que peu de tempsfurvivre à fa
Victoire.
On vit fe relever le Sultan abatu ;
Sans prendre des Chrétiens les moeurs ng
la vertu.
Li eftoit refervé par la Bonté divine,
AuxBarbaresPaïs , où noftre Roy domine
Defubirfaintement le joug du Roy, dess
Roys
226
Extraordinaire
10
D'arborerfur leurs Bords l'Etendart de
la Croix,
Et d'y voir qu'un Héros que tout craint
fur la terre,
Mefme contre l'Enferfait faire encor la
guerre.
pofa pour fujet du dernier Prix de
Vers , les grandes Chofes que le Roy
faites enfaveur de la Religion Catholique
, le Berger du village de
Mont-Fallon y travailla , & n'eut pas
le temps de mettre la derniere main
fes Vers ,parce que des affaires importantes
attirérent tousfesfoins ailleurs .
Neanmoins comme il fe fait un plaifir
de donner des louanges à fon Prince,
dés qu'il a eu un peu plus de loifir,
il a mis la Piéce en l'état où je vous
l'envoye.
1
du
Mercure Galant.
-219
5252525252525252
AUX
POETES
QUI ONT
REMPORTE' LE
DERNIER
PRIX DE
VERS
DE
L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Nour
3.
Ourriffons des Neuf- Soeurs , tout
couverts de la gloire
Qu'à jamais vous aquiert voftre illuftre
Victoire,
Permettez que ma voix fe mefle à ces
Concerts
Dont parvous
aujourd'huy
retentiſſent
les airs.
LOUIS, plein du beau feu qu'une Foy
vive inspire,
Terraffe
l'Heréfie en
cefameux Empire.
En effet, de ce Roy les Foudres élancez
Font voiren
plufieurs Lieux des
Temples
renverfezi
Tij
220 Extraordinaire
Et ces Foudres tournant vers tous les He
rétiques,
Caufent, pour leurfalut, leurs difgraces
publiques.
Lors
que
LOUIS les livre au Deftin
malheureux,
Il les chériroit moins , s'ilfaifoit moins
contre eux.
Cefavorable Autheur de leur douleur
commune,
Qui ne leur permet point d'encenfer la
Fortune,
D'ailleurs leur tend les bras, au moment
qu'il leur nuit.
Parfon ordre on confére, on difpute, on
inftruit:
Et ceux de qui les yeux s'ouvrent à la
lumiere,
Reçoivent fesfaveurs en plus d'une maniere.
Il leur donne des Biens , & leur bonheur
eft tel,
Qu'ils ont outre ces Biens part au Bien
Eternel.
du Mercure Galant.
221
Sur les Bords de la Seine ainfi LOUIS
s'applique
A diffiper l'Erreur , à domter l'Herétique.
Maisde peur que cette Hydre & ce Monftre
odieux,
2
Que l'Erreur quelque jour ne renaiſſe en
ces Lieux,
Son zéle écarte encor ces nouvelles Cabales
Dont les Livres adroits font de charmans.
Dédalles,
Qui pour mieux décevoir ont par tout des
douceurs,
Et qui cachent toûjours du venin fous des
fleurs.
Enfin de ce grand Roy la main toutepuif-
Sante
Fait que dans nos Climats la Croix eft
triomphante,
Et qu'il n'eft plus permis aux naiſſantes
Erreurs
D'habiter parmy nous , d'y forger nos
malheurs.
Comme fi l'Acheron cuft déchaîné fur
terre
Tüj
222 Extraordinaire
Ses Fillespour porter le Flambeau de la
Guerre,
Les Sectes des Errans femoient jadis
L'effroy,
La France en pâliſſoit ; mais, grace à
noftre Roy,
On ne craint plus les maux qu'ont endurê
nos Peres.
Verra-t-on la Difcorde , aux cheveux de
Vipéres,
S'unir al Heréfie, en emprunter la voix?
Tout eft calme, & l'on met l'Heréfie aux
abois.
LOUIS , comme un Soleil, dont l'aimable
influence
Procure un calme faint à la Nefde la
France ,
Diffipe de l'Erreur la nuit & les Bronil-
Lards,
Et répand la lumiere où tombent fes regards.
Nous , quifommes témoins de ces hautes
merveilles,
N'avons rien de plus doux pourcharmer
nos greilles.
du Mercure Galant.
223
Mais dans nos entretiens tairons - nous que
LOUIS,
Depuis le temps heureux qu'il gouverne
les Lys,
Redreffe en nous les moeurs , non moins que
la Doctrine?
Comme Fils de l'Eglife, avec elle ilfulmine
Par defeveres Loix contre le Libertin,
Le Brigand, le fureur, l' Athée, & l'AFfaffin.
Le Roy parle ; à l'inftant des coeurs chargez
de crimes
Deviennent pour le Ciel d'innocentes Vi
Etimes.
'La voix de ce Monarque arrefte tous les
coups
Qu'un Dieu vangeur peut- eftre aurois
lancez fur nous.
Sanspeine on obeit à LOUIS , à l'E
glife;
La Vertu dans ce Roy fur le Trône eft'
affife .
Mortels, qui loin de nous habitez l'Univers
224
Extraordinaire
Et quilonez ce Prince en langages divers,
Sans rien dire de trop, qui de vous ne peut
dire:
Ce Royne borne point fon zéle en fen
Empire,
Sous des Cieux Etrangers il n'en montre
pas moins?
Peuples, bien mieux que nous vous en eftes
témoins.
Parfon ordre en tout temps de l'un à l'autre
Pole,
Mille Atlétes facrez , armez de leur·
parole,
Vont combatrepour CHRIST, & domter
les Enfers .
La hauteur des Rochers, ny la vague des
Mers,
Nefont point un obstacle à l'ardeur de
leur zéle.
Donnerla vie à l'ame, éclairerl'Infidelle
Et le fouftraire au joug de l'Ange ténébreux,
C'est par tout ce quifert de matiere à leurs
feuxs
du Mercure Galant. 225
Ainfi donc dans la France, & hors defon
enceinte,
LOUISfait triompher la Croix, cette
Arche fainte.
Tout rit à ce Héros , lors que plufieurs
Mortels
N'ont d'Encens que pour Dieu, que pour
Dien des Autels.
Fadis un de nos Roys, au péril defa tefte,
De la Sainte Contrée entreprit la Conquefte.
Une nombreuſe Armée en ce lieu leſuivit
Le Nil en la voyant fe troubla dansfon
Lit.
Le Sultanfut vaincu : mais ce Roy plein
de gloire
Ne pût que peu de tempsfurvivre à fa
Victoire.
On vit fe relever le Sultan abatu ;
Sans prendre des Chrétiens les moeurs ng
la vertu.
Li eftoit refervé par la Bonté divine,
AuxBarbaresPaïs , où noftre Roy domine
Defubirfaintement le joug du Roy, dess
Roys
226
Extraordinaire
10
D'arborerfur leurs Bords l'Etendart de
la Croix,
Et d'y voir qu'un Héros que tout craint
fur la terre,
Mefme contre l'Enferfait faire encor la
guerre.
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Résumé : AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Un berger du village de Mont-Fallon a participé au concours de poésie organisé par l'Académie Française sur les grandes actions du roi en faveur de la religion catholique. Bien qu'il n'ait pas pu terminer son œuvre à temps en raison de diverses occupations, il a finalement envoyé sa pièce. Le poème célèbre le roi Louis pour ses actions contre l'hérésie et l'erreur. Il décrit comment le roi a fait renverser plusieurs temples hérétiques et a causé la disgrâce publique des hérétiques. Le roi est présenté comme un protecteur de la foi catholique, distribuant des biens et des faveurs à ceux qui se convertissent. Il lutte également contre les livres hérétiques et les nouvelles cabales, assurant la victoire de la Croix en France. Le roi est comparé à un soleil qui dissipe l'erreur et les brouillards, apportant la lumière et le calme. Il redresse les mœurs et la doctrine, combattant le libertinage, la briganderie, la fureur, l'athéisme et l'assassinat. Son zèle s'étend au-delà de son empire, inspirant des missionnaires à travers le monde pour combattre pour le Christ. Le texte mentionne également un roi précédent qui avait entrepris la conquête de la Sainte Contrée, mais qui n'avait pu en profiter longtemps. Il contraste cette victoire éphémère avec le règne durable de Louis, qui impose le joug du roi des rois et fait triompher la Croix même dans les pays barbares.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 316-319
Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Début :
Les Prétendus Réformez n'ont qu'à aller à Richelieu, pour estre [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Richelieu, Erreur, Cardinal, Génie, Conversion, Hérésie, Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Les Prétendus Réformez
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
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Résumé : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Le texte aborde les conversions religieuses à Richelieu, où les protestants, désignés comme 'Prétendus Réformez,' sont encouragés à abandonner leur foi. Le cardinal de Richelieu, connu pour ses actions contre les protestants, continue d'exercer une influence posthume. La ville de Richelieu, reconnaissante envers Richelieu, est décrite comme hostile à l'hérésie, ce qui déplaît au monarque. Plusieurs conversions sont mentionnées, notamment celle d'un dernier protestant après de longues discussions. Cette conversion est perçue comme une preuve de mérite et d'esprit. Elle suit celle de Monsieur Moret de la Fayolle, dont la conversion avait été rapportée précédemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 181-185
AU ROY.
Début :
Voicy les derniers Vers que Me des Houlieres a faits / L'Erreur seconde en attentats, [...]
Mots clefs :
Noms, Erreur, Peuple, Adorer, Trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy les derniers Vers
que Me des Houlieres a
faits
pour le Roy.
AU ROY; L
*Erreur feconde en attentats
£htitraifnoitLi Dijcorde&lOrgueil
àsifuite,
LH.UQ:)' ,
Ne répand plm enfin dam tes vasles
Efiats
Lepoifion dont L'armal'Enfer qui l'a
produite3
Tafiieté,Grand Roy,pourjamais I'd
détruite.
Quelle Hydreviens-tud'étouffer l
En vain tes Grands Ayeux oserent la
combatre,
Ces Héros ne pûrent abatre
Le Monjlre dontsans peine on te voit triompher.
far combiendeforfaits, de Batailles,
de Siercs
Son orginils'est-ilftgnalé*
gue d'AutelsontsentysesfureursfixeriUgcs!
Le Trône eu l'on te voit en fut mefime
ébranléi
Tu le feais
,
& tes foins toujours
prompts,toujoursfiages,
VxèferventnosATeuLUX aun defaflrc
FIïCd.
Ainji voyons-nouileSolcïl
Pour fiirt de beaux jours dtjjlper let
nuages.
Le plia rude Jcntiersiustes pass'a»
pla,lit.
Frince Inunhx, les Destinsfont pour
toy unscaprices,
Contre une Hydre indomptée un seul
ordresuffit,
A ta voixfont tombez, lesnombreux
Edifîrs
Ouse neuryifjoient les fureurs;
A ta voix elle rentre en ce goufre d'hor.
reurs
Dessinépeurpunir Us,vices.
Adesirrands plaudit, fitccestout le(Ce' ap- mie ( eit. 'it~
D, loaçrt emensi'abvMt reten- J~ ci' iime., ion secoursdérobeàfis
supplices!
Ah,pour(..uviyton Peuple
,
crpour
langerla FfJ),
Ce que tu nens de faire eJ1 au dejjus
de l'homme )
De quelques grands noms qu'on te
himme,
0) iabd'jjl, il n'ff plus d'¡!/fèz
grands noms pour toy.
-
Mau dans lu bras d, la Victoire
yplains-toy de ton bonheur, erainsl'excès deta gluire
,
Yoy lefort qu'a ton Peuple elle v-z
préparer;
Ta main pui/jante Ó;, Ucourabie
Tire 1 /., ,
ce
Prup( aiméd'uni tnenrdéploraiit,
Etparune autre Erreur fit le ïas égarer.
Inshu'i pAYcrnt fameux eXCrlJ?Ù;,
-
^uja de ras on a
>
des Jtmpla\
Contre ta modeflie on ose-mmmurer.
(kiy.sitapietériymcîioitdescbftdclesy
Tesjours fertiles en miracles
Nomforutoient a tyadorer.
que Me des Houlieres a
faits
pour le Roy.
AU ROY; L
*Erreur feconde en attentats
£htitraifnoitLi Dijcorde&lOrgueil
àsifuite,
LH.UQ:)' ,
Ne répand plm enfin dam tes vasles
Efiats
Lepoifion dont L'armal'Enfer qui l'a
produite3
Tafiieté,Grand Roy,pourjamais I'd
détruite.
Quelle Hydreviens-tud'étouffer l
En vain tes Grands Ayeux oserent la
combatre,
Ces Héros ne pûrent abatre
Le Monjlre dontsans peine on te voit triompher.
far combiendeforfaits, de Batailles,
de Siercs
Son orginils'est-ilftgnalé*
gue d'AutelsontsentysesfureursfixeriUgcs!
Le Trône eu l'on te voit en fut mefime
ébranléi
Tu le feais
,
& tes foins toujours
prompts,toujoursfiages,
VxèferventnosATeuLUX aun defaflrc
FIïCd.
Ainji voyons-nouileSolcïl
Pour fiirt de beaux jours dtjjlper let
nuages.
Le plia rude Jcntiersiustes pass'a»
pla,lit.
Frince Inunhx, les Destinsfont pour
toy unscaprices,
Contre une Hydre indomptée un seul
ordresuffit,
A ta voixfont tombez, lesnombreux
Edifîrs
Ouse neuryifjoient les fureurs;
A ta voix elle rentre en ce goufre d'hor.
reurs
Dessinépeurpunir Us,vices.
Adesirrands plaudit, fitccestout le(Ce' ap- mie ( eit. 'it~
D, loaçrt emensi'abvMt reten- J~ ci' iime., ion secoursdérobeàfis
supplices!
Ah,pour(..uviyton Peuple
,
crpour
langerla FfJ),
Ce que tu nens de faire eJ1 au dejjus
de l'homme )
De quelques grands noms qu'on te
himme,
0) iabd'jjl, il n'ff plus d'¡!/fèz
grands noms pour toy.
-
Mau dans lu bras d, la Victoire
yplains-toy de ton bonheur, erainsl'excès deta gluire
,
Yoy lefort qu'a ton Peuple elle v-z
préparer;
Ta main pui/jante Ó;, Ucourabie
Tire 1 /., ,
ce
Prup( aiméd'uni tnenrdéploraiit,
Etparune autre Erreur fit le ïas égarer.
Inshu'i pAYcrnt fameux eXCrlJ?Ù;,
-
^uja de ras on a
>
des Jtmpla\
Contre ta modeflie on ose-mmmurer.
(kiy.sitapietériymcîioitdescbftdclesy
Tesjours fertiles en miracles
Nomforutoient a tyadorer.
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Résumé : AU ROY.
Le poème s'adresse au roi et décrit les défis et les triomphes de son règne. Il évoque une 'Erreur feconde en attentats' et un 'Orgueil' menaçant le royaume, incarnés par une 'Hydre' représentant le mal et les troubles. Le roi est encouragé à vaincre cette Hydre, malgré les échecs des ancêtres héroïques. Le poème loue ses batailles et ses succès, qui ont apporté paix et prospérité, comparant le roi au soleil dispersant les nuages. Les destins favorables au roi permettent de triompher de l'hydre indomptée par un seul ordre. Le texte se termine par une réflexion sur la gloire du roi, qui doit rester humble et se souvenir des souffrances de son peuple. Il critique ceux qui murmurent contre la modestie du roi, soulignant que ses jours sont fertiles en miracles dignes d'être adorés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 145-160
LA CRITIQUE ODE.
Début :
Quel orage est prest à fondre ? [...]
Mots clefs :
Critique, Homère, Aristote, Erreur, Virgile, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA CRITIQUE ODE.
LA CRITIQUE
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
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Résumé : LA CRITIQUE ODE.
Le texte est une critique poétique qui examine la figure d'Homère et les préjugés entourant son œuvre. L'auteur remet en question l'idolâtrie excessive dont Homère fait l'objet, soulignant que même un grand poète reste un homme et ne doit pas être déifié. Il critique les interprétations erronées et les gloses abstraites qui entourent les œuvres d'Homère, affirmant que la raison et le bon sens doivent prévaloir sur les erreurs ancestrales. L'auteur se réfère aux savants contemporains qui, malgré les âges, présentent les suffrages les plus grands au poids exact du bon sens. Il insiste sur la nécessité de fonder les arguments sur des principes solides et immuables, évitant l'ironie insultante et les raisonnements enflés. Il prône la modération et l'amitié, même dans la dispute, pour préserver la paix et les vérités saintes. Enfin, il appelle à l'équité et à la douceur dans les débats, imitant Nestor plutôt qu'Achille, et à éviter les passions destructrices comme l'orgueil et la sophistique. L'auteur exprime son désir de conserver la paix, même au prix de concessions, pour maintenir l'harmonie entre les partisans des différentes opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1388-1389
REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Début :
Paris n'est pas ce que l'on pense, [...]
Mots clefs :
Erreur, Protecteur, Fortune, Constance du malheur
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
REFLEXIONS SUR PARIS.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
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Résumé : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Le texte 'Réflexions sur Paris' est une lettre adressée à M. le Chevalier C... qui critique sévèrement la ville de Paris. L'auteur déplore l'absence de protecteurs pour l'Esprit, l'Honneur, la Vertu et la Science. Il observe que beaucoup de personnes quittent leur foyer pour Paris dans l'espoir de réussir, mais seuls quelques-uns y parviennent. De nombreux talents restent dans la misère, car les Parisiens sont peu enclins à aider gratuitement. La dureté des habitants de Paris est telle qu'ils sont insensibles aux récits de misère, en ayant trop souvent été exposés à ces situations. Paris est décrit comme le centre de tous les maux et de tous les biens, un lieu de grandeur et de ressources. L'auteur, ayant lui-même connu des difficultés, constate que l'homme finit par se lasser de la constance du malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 13[4]4-1367
SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que ce n'est pas sans [...]
Mots clefs :
Troade, Médaille latine, Médaille grecque, Dardaniens, Erreur, Ruines, Alexandrie, M. Vaillant, Alexandre Severe, Historien, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
SECONDE LETTRE de M.de L. R..
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Dans sa seconde lettre à M. Boyer, M. de L. R. exprime son regret d'avoir dû corriger une erreur répandue selon laquelle la ville de Troade serait la seconde Troie, bâtie par Alexandre sur les ruines de la première. Il souligne son attachement à la vérité et son refus d'adopter des faits brillants au détriment de l'exactitude historique. Il mentionne que M. Vaillant et le Père Hardouin ont tous deux commis des erreurs concernant les médailles de Troade, notamment en ce qui concerne l'origine du nom 'Alexandrine'. Étienne de Byzance et Pline sont cités pour clarifier que plusieurs villes portaient le nom d'Alexandrie, dont Troade, mais sans lien direct avec Alexandre le Grand. M. Vaillant propose que le nom 'Alexandrine' pourrait avoir été adopté pour flatter des empereurs se revendiquant de l'héritage d'Alexandre. La lettre discute également de l'ancienneté du nom 'Alexandrie' associé à Troade, mentionné par Tite-Live et d'autres historiens. Enfin, M. de L. R. confirme que Troade était une colonie romaine dès le temps d'Auguste et qu'elle bénéficiait de privilèges impériaux, notamment sous Adrien. Le texte traite des privilèges et immunités accordés à Troade, une ville antique, et des preuves de ces privilèges à travers des médailles frappées par la ville. Parmi ces médailles, celles de Septime Sévère et de Julia Domna montrent un cheval en liberté, symbole de la liberté accordée à Troade. L'empereur Claude avait rendu la colonie de Troade exemptée de charges et lui avait accordé le droit de juris italici, un privilège particulier parmi les colonies fondées par Auguste. Ce droit est mentionné par les auteurs Caïus et Paulus. Le texte mentionne également une médaille frappée pour Philippe le Père, soulignant que toutes les colonies n'avaient pas ce droit distinctif. Une autre médaille, frappée pour Elagabal et Volusien, est discutée, ainsi qu'une erreur de M. Vaillant concernant une médaille de Geta, où il confond Troade avec Ilium. L'antiquité de Troade est illustrée par une légende impliquant un aigle et une tête de bœuf, bien que cette histoire soit considérée comme une conjecture. Le texte corrige également des erreurs historiques, comme celle de Casaubon qui confond Alexandrie-Troade en deux villes. Enfin, le texte aborde Troade chrétienne, soulignant l'importance de la ville pour l'apôtre Paul, qui y eut une vision et y ressuscita un jeune homme. La ville eut plusieurs évêques, dont Carpus, mentionné par Paul, et Silvain, connu pour ses miracles. Le siège épiscopal de Troade subsiste toujours, dépendant du métropolite de Cyzique. Le texte traite de la fin d'un ouvrage qui inclut une notice étendue sur le Patriarchat de Constantinople. Il mentionne les Églises de Cyzique et de Troade, situées dans la seconde Province de l'Hellespont, divisée en 17 diocèses. Troade est aujourd'hui connue sous le nom de Carasia, tandis que Cyzique a conservé son nom. Baudran, dans son Dictionnaire Géographique et Historique, indique que les ruines de Troade, encore visitées, portent le nom d'Eski-Stamboul et se trouvent sur les côtes de l'Anatolie, à 13 lieues des Dardanelles, près de l'île de Tenedos. L'ouvrage 'Turquie Chrétienne' mentionne un état des Églises soumises au Patriarchat de Constantinople, mais ne fait aucune référence à Troade et ne nomme pas Cyzique parmi les métropoles, ce qui montre un manque de recherches. La région, autrefois remplie de grandes villes, ne présente plus aujourd'hui que des ruines. Un petit bourg nommé Troaki ou petite Troye rappelle la mémoire de la célèbre Troie. Les Turcs désignent cette région sous le nom de Cari-Ili, incluant la Lydie, la Troade, ainsi qu'une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1518-1526
REFLEXIONS.
Début :
Il y a quantité d'occasions où les hommes devroient [...]
Mots clefs :
Réflexions, Erreur, Secrets de la nature, Divertir, Poison, Silence, Voile, Être sur ses gardes
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore divers aspects de la nature humaine et des comportements sociaux. Il met en garde contre l'ignorance des événements quotidiens et souligne les dangers du talent de divertir, qui peut nuire au caractère. Les hommes sont souvent hypocrites, dissimulant leurs véritables intentions derrière des vertus apparentes comme l'humilité, la modestie et la politesse. La cupidité tend à augmenter avec la richesse, et l'esprit ainsi que le goût sont rarement équilibrés chez une même personne. Le texte critique les faux goûts et les comportements influencés par l'amour-propre, notant que l'avarice et la prodigalité peuvent coexister chez une même personne, poussées par l'orgueil. En politique, la prudence et la finesse sont essentielles. Les injures peuvent être plus nuisibles pour ceux qui les profèrent que pour ceux qui les reçoivent. Les grands personnages doivent ignorer les offenses par magnanimité, mais ne pas les pardonner par nécessité. Mépriser les injures les affaiblit et évite de troubler sa vie. Le texte aborde également la reconnaissance et la vengeance, soulignant que les injures méprisées perdent leur force. Il condamne ceux qui louent le mal et blâment le bien, et note que les grands crimes sont souvent imaginés par ceux capables de les commettre. La vertu et le crime sont toujours récompensés ou punis. La libéralité est valorisée, mais elle doit être régie par le bon goût et l'équité. Donner promptement est plus gracieux que de différer. Il est préférable de juger la générosité de quelqu'un en regardant dans son cœur plutôt que dans sa main. Le texte met en garde contre les contradictions et la curiosité excessive, qui peuvent révéler des secrets. Les jeunes parlent de ce qu'ils font, les vieillards de ce qu'ils ont fait, et les sots de ce qu'ils ont envie de faire. Le sage parle peu de ce qu'il sait et jamais de ce qu'il ignore. La science de certains n'est qu'un enchaînement de mots, et le silence cache souvent l'ignorance. La véritable piété doit être compatible avec l'honnêteté et les bienséances de la vie civile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 2714-2719
EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Début :
Je suis obligé, pour l'amour de la verité et de la justice, de passer condamnation [...]
Mots clefs :
Voyage de Normandie, Episcopat de Saint Renobert, Vérité, Erreur, Note, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
XTRAIT d'une Lettre , écrite par
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Dans une lettre, un auteur corrige des erreurs présentes dans sa neuvième lettre publiée dans le Mercure de France en décembre 1732. Il reconnaît deux fautes concernant l'épiscopat de Saint Renobert, évêque de Bayeux. Premièrement, il situe son épiscopat au VIIe siècle, contrairement à la chronologie locale qui le place au IIIe ou IVe siècle. Deuxièmement, une faute d'impression indique que Saint Renobert aurait assisté à un concile en 1630 au lieu de 630. L'auteur mentionne également une erreur plus significative concernant la cérémonie de la première entrée publique des évêques de Bayeux. Il avait rapporté une relation erronée de cette cérémonie, basée sur une copie altérée par un professeur d'humanité de Caen. La véritable relation, écrite par le chevalier de Saint-Jory et adressée à la duchesse de Chevreuse, est bien écrite et mérite reconnaissance. L'auteur exprime son regret pour ces erreurs et souligne l'importance de la vérification des informations. Il mentionne également des recherches en cours sur l'acte du douaire de Judith, comtesse de Normandie, en 1008. Il parle aussi de l'historien du diocèse de Rouen, qui travaille avec exactitude et amour pour la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 2806-2814
DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Début :
L'Homme sujet aux passions et à l'erreur, en devient le joüet, quand il [...]
Mots clefs :
Sage, Erreur, Homme, Fragilité, Vérité, Misère, Orgueil, Ressources, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
DISCOURS sur ces paroles : Le Sage
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
Fermer
Résumé : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Le texte 'Discours sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes' analyse la nature humaine et la sagesse. L'homme, souvent dominé par ses passions et ses erreurs, tend à dissimuler ses fautes plutôt que de les réparer, ignorant ainsi les dangers qu'il encourt. Le sage, en revanche, reconnaît ses faiblesses et s'efforce de les corriger. Il évite tout ce qui pourrait diminuer son idée d'excellence, une chimère précieuse qu'il porte toujours avec lui et qui guide ses actions et ses pensées. Le texte souligne que tous les hommes reconnaissent intérieurement leur susceptibilité à l'erreur, mais ils doivent chercher à connaître leurs fautes pour se corriger. Le sage est le seul capable de cet examen nécessaire pour connaître ses fautes sans se méprendre. L'homme ordinaire, quant à lui, a une répugnance extrême pour cet examen, car il implique des réflexions troublantes et des recherches gênantes. L'amour-propre désavoue ces efforts et préfère l'indolence, détournant les yeux de ce qui choque pour ne voir que ce qui flatte. Le sage, animé par l'amour de la vérité, utilise ses fautes comme des occasions de progrès. Il ne se contente pas de les connaître, mais les utilise pour avancer dans le chemin de la vertu. Contrairement à l'homme ordinaire, le sage cultive des vertus telles que la prudence, la fermeté, la patience, l'activité et la vigilance. Ces vertus lui rendent faciles les actions que les vices contraires rendent impossibles pour les autres. Le texte conclut en exhortant à imiter le sage, à connaître et à détester les fautes pour en profiter par une pénitence salutaire, au service de la gloire divine et de la sanctification personnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 1053-1065
SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Début :
Je dis donc d'abord que l'autorité de Caton, en cette matiere de Chronologie [...]
Mots clefs :
Système chronologique, Dissertation, Année, Rome, Varron, Caton, Années, Nombre, Raison, Fastes, Romulus, Erreur, Fondation, Polybe, Denys d'Halicarnasse
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
SUITE de la Dissersation sur les trois
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
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Résumé : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Le texte compare les systèmes chronologiques romains de Caton et de Varron. L'auteur privilégie le système de Caton pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Caton est antérieur à Varron et a rédigé des ouvrages historiques en recherchant minutieusement l'antiquité et les origines de la République romaine. Varron, bien que savant en grammaire et philosophie, est jugé moins fiable en matière d'histoire. Ensuite, l'autorité de Caton est soutenue par des historiens tels que Tite-Live, Polybe et Denis d'Halicarnasse. De plus, les auteurs qui suivent Varron le font par admiration plutôt que par des raisons solides. Enfin, Caton se base uniquement sur des faits certains, tandis que Varron a inventé des dictatures pour appuyer l'horoscope d'un ami astrologue. L'auteur critique Varron pour avoir ajouté deux années au calcul de Caton afin de correspondre à cet horoscope. Varron a placé des dictatures entre des consulats sans raison valable, ce qui contredit les coutumes romaines et les témoignages historiques. L'auteur conclut que le système de Caton est plus fiable, appuyé par des preuves astronomiques et des éclipses historiques. Il fournit des méthodes pour convertir les années de Rome selon les systèmes de Caton et de Varron en années avant J.-C. Le texte aborde également la datation de la prise de Rome par les Gaulois, en comparant les opinions de Varron et de Polybe. Varron situe cet événement trois ans trop tôt, en 364 avant J.-C. Polybe, considéré comme plus fiable, place la prise de Rome en 387 avant J.-C., en se basant sur des références précises telles que la 22e année de la 98e Olympiade et la 19e année après la défaite des Athéniens par Lysandre. Le texte recommande de corriger une note marginale pour indiquer l'erreur de Varron et du Père Petau, plutôt que celle de Polybe et de Denis d'Halicarnasse. De plus, il distingue entre la 143e et dernière année des rois, correspondant à 509 avant J.-C., et la 243e et première année du consulat, correspondant à 508 avant J.-C.
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16
p. 71-73
LES RÊVES, FABLE.
Début :
Sultan Leopard., grand rêveur, [...]
Mots clefs :
Rêves, Animal, Léopard, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES RÊVES, FABLE.
LES RÊVES ,
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
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Résumé : LES RÊVES, FABLE.
Le texte raconte l'histoire du Sultan Leopard, un souverain qui valorisait les rêves et punissait ceux qui les considéraient comme des mensonges. Il imaginait que la lune et Jupiter lui obéissaient et que chaque animal devait dénoncer les crimes sur Terre. Après avoir consommé du nectar, Morphée lui révéla que le plaisir pouvait atténuer les peines de la vie. Le lendemain, le Sultan ordonna à ses sujets de haïr ce don divin, sous peine de disgrâce. La nature protesta sans succès. Les erreurs du Sultan furent d'abord acceptées par peur, puis par habitude et crédulité. Ses rêves furent vénérés comme des mystères sacrés, et ceux qui se moquaient de cette croyance étaient maudits. Ainsi, l'erreur s'imposa grâce à la force, l'habitude et la crédulité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 212-213
Avis de l'Auteur du Mercure.
Début :
Dans l'article Chirurgie du Mercure de Décembre, page 140, par [...]
Mots clefs :
Article, Chirurgie, Erreur, Censeur, Publication
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis de l'Auteur du Mercure.
Avis de l'Auteur du Mercure.
DANS
ANS l'article Chirurgie du Mercure
de Décembre, page 140 , par l'imprudence
du Compofiteur & du Prote , il a été inféré
fans l'approbation du Cenfeur , une piece
intitulée , Lettre à M. *** , Chirurgien
demonftrateur , &c. par M. Cambor ,
Chirurgien-Major , & c . fur les tailles faites
l'Hôtel- Dieu de Paris , le 20 Juin 175,7-
JANVIER. 1758. 213
L'ayant reçue de la part du Frere Côme,
& cet écrit étant d'ailleurs imprimé, je l'envoyai
fur le champ , avec confiance , à M.
l'Abbé Guiroy , pour être approuvé . Comme
il m'étoit parvenu tard, & que mon recueil
eft un ouvrage qui ne fouffre pas de
délai , la lettre fut compofée , imprimée , tirée,
& le volume qui la renferme, diſtribué ,
avant qu'elle fût revenue de chez le Cenfeur
qui l'avoit refufée comme offenfante
pour unChirurgien célebre. Je n'appris que
trois jours après la diftribution du Mercure
, l'étourderie du Prote & du Compofiteur
qui n'avoient pas attendu l'approbation
contre mes ordres . Par malheur il n'étoit
plus temps d'y remédier. Voilà l'exacte
vérité. Nous avons cru devoir en inftruire
le Public pour la juftification du
Cenfeur , & par confidération pour M.
Moreau . Nous n'examinons point le
fonds de l'écrit en queftion. Il fuffic
qu'il attaque la gloire d'un homme auffi
illuftre dans fon art , pour n'avoir pas
notre aven.
DANS
ANS l'article Chirurgie du Mercure
de Décembre, page 140 , par l'imprudence
du Compofiteur & du Prote , il a été inféré
fans l'approbation du Cenfeur , une piece
intitulée , Lettre à M. *** , Chirurgien
demonftrateur , &c. par M. Cambor ,
Chirurgien-Major , & c . fur les tailles faites
l'Hôtel- Dieu de Paris , le 20 Juin 175,7-
JANVIER. 1758. 213
L'ayant reçue de la part du Frere Côme,
& cet écrit étant d'ailleurs imprimé, je l'envoyai
fur le champ , avec confiance , à M.
l'Abbé Guiroy , pour être approuvé . Comme
il m'étoit parvenu tard, & que mon recueil
eft un ouvrage qui ne fouffre pas de
délai , la lettre fut compofée , imprimée , tirée,
& le volume qui la renferme, diſtribué ,
avant qu'elle fût revenue de chez le Cenfeur
qui l'avoit refufée comme offenfante
pour unChirurgien célebre. Je n'appris que
trois jours après la diftribution du Mercure
, l'étourderie du Prote & du Compofiteur
qui n'avoient pas attendu l'approbation
contre mes ordres . Par malheur il n'étoit
plus temps d'y remédier. Voilà l'exacte
vérité. Nous avons cru devoir en inftruire
le Public pour la juftification du
Cenfeur , & par confidération pour M.
Moreau . Nous n'examinons point le
fonds de l'écrit en queftion. Il fuffic
qu'il attaque la gloire d'un homme auffi
illuftre dans fon art , pour n'avoir pas
notre aven.
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Résumé : Avis de l'Auteur du Mercure.
L'auteur du Mercure publie un avis rectificatif concernant une erreur dans l'article 'Chirurgie' du numéro de décembre, page 140. Une lettre intitulée 'Lettre à M. ***, Chirurgien démonstrateur, etc.' par M. Cambor, Chirurgien-Major, a été imprimée sans l'approbation du censeur. Cette lettre, reçue du Frère Côme, a été envoyée à l'Abbé Guiroy pour approbation, mais en raison de délais, elle a été composée, imprimée et distribuée avant de revenir du censeur, qui l'avait refusée pour offense à un chirurgien célèbre. L'auteur a découvert l'erreur trois jours après la distribution et regrette l'impossibilité de remédier à la situation. L'avis vise à justifier le censeur et à montrer considération pour M. Moreau. L'auteur ne commente pas le contenu de la lettre, soulignant seulement qu'elle attaque la réputation d'un chirurgien illustre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 212
Avis très - important.
Début :
L'Auteur de la Lettre insérée dans ce volume, page 149, s'est trop [...]
Mots clefs :
Erreur, Maladie, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis très - important.
Avis très important.
·
L'Auteur de la Lettre inférée dans ce volume ,
page 149 , s'eft trop hâté d'annoncer un fait qui
fe trouve faux. Le jeune M. de Latour n'a ni la
petite- vérole , ni la petite - vérole volante , quoiqu'il
ait eu quelques boutons au corps . Je donnerai
le mois prochain la Lettre qui m'a été
écrite à ce sujet.
·
L'Auteur de la Lettre inférée dans ce volume ,
page 149 , s'eft trop hâté d'annoncer un fait qui
fe trouve faux. Le jeune M. de Latour n'a ni la
petite- vérole , ni la petite - vérole volante , quoiqu'il
ait eu quelques boutons au corps . Je donnerai
le mois prochain la Lettre qui m'a été
écrite à ce sujet.
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19
p. 212-213
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Je crois, Monsieur, que vous ne pouvez me refuser le plaisir, [...]
Mots clefs :
Erreur, Décès, Comte de Wignacourt, Maison d'Artois, Chef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre adressée à l'éditeur du Mercure, Guilain-Joseph-Adrien-François, Marquis de Wignacourt, conteste une information publiée en janvier 1758. Cette information annonçait la mort de Robert-Antoine, Comte de Wignacourt, le 30 octobre 1756, à l'âge de 58 ans, et le présentait comme chef de la Maison de Wignacourt, ayant fourni deux Grands-Maîtres à l'Ordre de Malte au XVIIe siècle. Le Marquis de Wignacourt affirme être le chef de la Maison d'Artois depuis la mort de son père le 8 octobre 1758. Il conteste les prétentions de la branche champenoise de la famille, qu'il reconnaît toutefois pour leur illustre lignée en Champagne. Il reconnaît comme membres de sa maison Monsieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie, les Messieurs de Wignacourt de Namur, et Monsieur de Wignacourt de Fletres. Il mentionne également un frère colonel en Espagne et une sœur chanoinesse à Maubeuge. Sa mère est issue de la famille Croy, et sa grand-mère était Créquis, tante du Prince de Croy. Le Marquis demande à l'éditeur de publier cette clarification dans le prochain numéro du Mercure.
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20
p. *184-184
DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
Début :
L'aventure suivante a été insérée dans la Gazette de cette Ville. [...]
Mots clefs :
Accusations, Mariticide, Preuves, Relations extraconjugales, Soupçons, Condamnation à mort, Pendaison, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
DE NAPLES , le 8 Janvier 1763.
9
L'aventure fuivante a été inférée dans la Gazette
de certé Ville . Une femme de Créntone fut
' accufée par la voix publique d'avoir ôté la vie à
fon mari , quoiqu'on n'eût d'autre preuve - contre
elle que l'abfence du mari , dont on n'avoit aucune
nouvelle depuis deux ou trois ans & le
commerce affez intime que cette femme paroif-
Loit entretenir avec un autre homme. Sur de femblables
foupçons on lui fit fon procès. La crainte
des tortures lui fit avouer un crime qu'elle n'avoit
pas commis ; elle fut condamnée à être pendue
& fon corps fut jetté dans le Pô. Cinq à fix jours
après l'exécution arriva le mari , qui revenoit
du Pays de Parme , où il s'étoit engagé pour
trois ans. Il apprend tout ce qui s'étoit paffé ; il
fe montre aux accufateurs & aux Juges pourjuftifier
la femme on le traite d'impofteur , & on
lui foutient que le véritable mari eft mort , puifque
fa femme a été pendue pour l'avoir fait
mourir.
9
L'aventure fuivante a été inférée dans la Gazette
de certé Ville . Une femme de Créntone fut
' accufée par la voix publique d'avoir ôté la vie à
fon mari , quoiqu'on n'eût d'autre preuve - contre
elle que l'abfence du mari , dont on n'avoit aucune
nouvelle depuis deux ou trois ans & le
commerce affez intime que cette femme paroif-
Loit entretenir avec un autre homme. Sur de femblables
foupçons on lui fit fon procès. La crainte
des tortures lui fit avouer un crime qu'elle n'avoit
pas commis ; elle fut condamnée à être pendue
& fon corps fut jetté dans le Pô. Cinq à fix jours
après l'exécution arriva le mari , qui revenoit
du Pays de Parme , où il s'étoit engagé pour
trois ans. Il apprend tout ce qui s'étoit paffé ; il
fe montre aux accufateurs & aux Juges pourjuftifier
la femme on le traite d'impofteur , & on
lui foutient que le véritable mari eft mort , puifque
fa femme a été pendue pour l'avoir fait
mourir.
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Résumé : DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
Le 8 janvier 1763, une femme de Créntone fut accusée de meurtre sur son mari. Condamnée à mort, elle avoua sous la torture. Son mari revint cinq jours après son exécution, mais fut traité d'imposteur.
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