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1
p. 6-10
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Ce qui fait connoistre qu'il n'y a jamais eu que des Esprits [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Erreur, Vérité, Catholique, Prêches, Controverse, Hérésie protestante, Conversions, Abjurations, Âme
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Ce qui fait connoiftre qu'il
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte évoque des conversions religieuses au sein de la religion catholique, où des protestants, après réflexion, choisissent de se convertir. Le Père Alexis du Buc, théatin, prêche la controverse dans son église et attire de nombreux protestants, dont Monsieur Quoyriel de Saint-Ferriol et les demoiselles de Brueil de Gercy de Sedan. Ces conversions sont attribuées à la démonstration publique de la vérité lors des discussions controversées. Monsieur de Saint-Étienne Molinier, de Millau, a également abjuré sa foi protestante après des échanges avec Monsieur Arquier, Premier Métropolitain d'Alby, qui ont clarifié ses doutes sur l'invocation des saints et le purgatoire. Cette conversion s'est déroulée dans la chapelle du séminaire de Sainte-Cécile. L'archevêque d'Alby est salué pour son zèle missionnaire et son travail continu pour la conversion des âmes. La sincérité de la conversion de Monsieur de Saint-Étienne est confirmée par son refus de retourner chez ses parents protestants respectables. Il a servi comme lieutenant dans le régiment de Vendôme.
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2
p. 307-315
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Alexis du Buc Religieux Théatin, continuë toûjours [...]
Mots clefs :
Controverse, Abjuration, Religion protestante, Cérémonie, Conversions, Prétendus réformés, Déclaration, Religion de Calvin, Erreur, Religion romaine
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses dans le contexte de la controverse entre catholiques et protestants. Le Père Alexis du Buc, religieux théatin, a accueilli l'abjuration de Mademoiselle de Biron, une jeune femme de 25 ans issue d'une famille protestante influente d'Angleterre, lors d'une cérémonie à l'église des Carmélites du grand couvent. En Poitou, plus de mille cinq cents personnes ont abjuré au cours du dernier mois. À Lunel, Monsieur de Montfagean, après soixante ans de vie calviniste, s'est converti au catholicisme avant de décéder dix jours plus tard. Mademoiselle Prifille de Rossillon, fille d'un ministre protestant célèbre de Lunel, s'est également convertie malgré les efforts de son père pour l'en empêcher. Elle a été conduite à l'église pour embrasser publiquement la religion catholique et a ensuite été autorisée à entrer dans un couvent. À Montpellier, plusieurs jeunes femmes, dont les demoiselles de Nicol et Madame de Roux, ont rejoint le couvent de Saint-Charles pour achever leur instruction religieuse. Monsieur de Clausel, conseiller à la Cour des Aides, et sa nièce Madame de Roux se sont également convertis au catholicisme.
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3
p. 333-336
Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait plusieurs conversions de Personnes considérables, parmy lesquelles [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Marquis, Duc, Illustre famille, Vicomte, Hérésie de Calvin, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
tolls'est fait plufieurs converfions
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
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Résumé : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
En août 1681, plusieurs conversions religieuses notables ont eu lieu. Le Marquis de Montaut, membre d'une famille illustre de Béarn, a apporté une grande joie au Maréchal Duc de Navailles, son oncle, en se convertissant. Le Vicomte de Beynac et son frère, Maître de Camp d'un régiment de cavalerie, ainsi que le Chevalier de Vialar, capitaine de Chevaux-Légers dans le régiment de Gassion, ont également abjuré l'hérésie calviniste. La maison de Beynac est réputée parmi les meilleures du Périgord, tandis que le Chevalier de Vialar appartient à la famille du Comte de Viamés et possède des domaines en Béarn. M. du Vignau, un gentilhomme béarnais érudit en belles lettres, a joué un rôle significatif dans ces conversions après sa propre conversion. Il maîtrise les Pères de l'Église et l'Écriture sainte, impressionnant plusieurs personnes illustres. M. de Chadirac, seigneur de Gacharnaut, s'est converti sous l'influence du Père Alexis du Buc, théatin, et a prononcé un discours éloquent sur ses motivations, concluant par des éloges au roi, comparé à Saint Louis pour son zèle contre l'hérésie.
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4
p. 101-102
Abjuration de Madame la Marquise de Vausieux, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy sixiéme de l'autre mois, Madame la Marquise [...]
Mots clefs :
Marquise , Hérésie, Conversion, Vérités catholiques, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de Madame la Marquise de Vausieux, [titre d'après la table]
Le Samedysixiéme de
l'autre mois, Madame la
Marquise deVausieux abjura.
l'Herésie de Calvin dans le
Monastere de Port
-
Royal.
MrdeNémondEvesque de
Bayeux a beaucoup contribuéà
sa Conversion, en s'appliquantfortement
à la convaincre
des Véritez Catholiques.
Il a esté secondé dans
ce grand Ouvrage par les
foins de Mrle Marquis de
Beringhen, Oncle de cette
Marquise. Elle est d'une des
meilleures Maisons de Nor-
Inandic) & peu de Personnes
ont autant de beautéquelle.
l'autre mois, Madame la
Marquise deVausieux abjura.
l'Herésie de Calvin dans le
Monastere de Port
-
Royal.
MrdeNémondEvesque de
Bayeux a beaucoup contribuéà
sa Conversion, en s'appliquantfortement
à la convaincre
des Véritez Catholiques.
Il a esté secondé dans
ce grand Ouvrage par les
foins de Mrle Marquis de
Beringhen, Oncle de cette
Marquise. Elle est d'une des
meilleures Maisons de Nor-
Inandic) & peu de Personnes
ont autant de beautéquelle.
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5
p. 285-288
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Quand tout le Royaume est remply de joye, l'Eglise n'en doit [...]
Mots clefs :
Église, Conversions, Calvin, Lumières, Raison, Hérésie, Abjuration, Religion prétendue réformée, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Qand rout le R()yaume
ell re111t.-)ly de jove, l'E~~life l . (~
n\~n doit pas Ln ·)u.1s reiTt.r1ti1 .. ,
pu1s que l~s Cc1l1verfi,)t1s y
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J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
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jollrs eiléreco11nu, & t11e!ine
.d~· ceux de la. Rc]ir-icJn I)ré. . 0
~~-,~.. "Ï":j",i, $-d:t~ ~ l;w.; . RJ. lfb'.' -l .c~ oJ·..· ·.1t ·1 ·~~ e ' t~• )OU r~ 1\.~l 1""i' ' y:
H , ) I '1 .. • d' f
c om111e Cl ertld1tron e~ e ...
prit, a pres a v·oir eu quelques
~con-féren ces· avec le lv'l.in1llre
Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
~ .. ~ -.. ...,_....Il ~ -- ... ~ .. ..__ __ •• .._. - ~ •r • ..
.
· ~1;U~ 1- ~~ .'~'\ i ri\ -..L. LJÔ ' -t~ . li L-- lJ?. 1~"1 "'"f ~ ,., ~7~ ~
paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
.u..
Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
88 ~ -~n --~~ ~1~ ~-~i- --!~")
2 l'Lt. / ~ ~ .. r- ~·~ '! . !LJ· ~~ ~1 ~ !- ~ :S.. 1.. ~.,..~.-μ~ {. ~ ~ .. w,
qt1,il av oit p!our._~ la d·éfendre ·
·1 . d ,. l c 1
1 , en ··a - ecoL1v,ert; ~: tallifeté,
c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
:r • .~ l . . , .:. .r .~- n 1 en -t cc1a1re.,
ell re111t.-)ly de jove, l'E~~life l . (~
n\~n doit pas Ln ·)u.1s reiTt.r1ti1 .. ,
pu1s que l~s Cc1l1verfi,)t1s y
cunti11.Jënc, &: que c;:.~ux q.::1î
quit~~1~ le_ I)a.rty" de· c~~~vira~
28~6-- fvïE R c:UF~ E
nty: fo11c forcez· que par les
J-Un1iercs· de la rai!àn. I\ilrGuil~
le111ot ,; l)arifien, L1L1i a toû ...
jollrs eiléreco11nu, & t11e!ine
.d~· ceux de la. Rc]ir-icJn I)ré. . 0
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c om111e Cl ertld1tron e~ e ...
prit, a pres a v·oir eu quelques
~con-féren ces· avec le lv'l.in1llre
Clau cle· .., a. a.·bjt1ré l5I-leréfie
Cll r;réfe1~1cc d·e· prufieurs Pcr·
foniies de qualité, · da·ns l'E9
glife de SainteAnr1e laRoyale
cles Tl1éatin~,.· entre tes.n1ains
du Pere Alêxis du- Buc, qui a
utilCm~en·t rra-iaillé à· le con~
!Crtir .. Mr l1Arcl1cyef~ue d~
~ .. ~ -.. ...,_....Il ~ -- ... ~ .. ..__ __ •• .._. - ~ •r • ..
.
· ~1;U~ 1- ~~ .'~'\ i ri\ -..L. LJÔ ' -t~ . li L-- lJ?. 1~"1 "'"f ~ ,., ~7~ ~
paris· a aufii reç·eu dept1is.peti:
de te111 ps 1, A bjl:1ration de M~_
.u..
Gautcrcat1,Député de Poitol.1
pour les· Aftàires de la Reli:...
aion Préte'nduë-. Reff)rn1ée ... ~.
l.. l I Con1n1e; tot1s. es Deputs.~·:
doivent eftre fo1 .. t intelligens;
dans les Affaires qu~on leur'
confie, & forte1nent atta~
chez au Parrv. dont on. leui:· J .
donne lCs· dreirs. à maintenir~~
on doit préfumer. que celUy·
don-t je vous parle, cf!oit inf:.
rruit à fonds· de tout· cc qui;
.peut fervir de défe11fe à fa~
·Rc·ligion, & que puis- que-'
~1alg~é ~0ut~~; l~~ b~~~~e-~,~!
88 ~ -~n --~~ ~1~ ~-~i- --!~")
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c·e n'eft pas· ~el te:) qt1e doitt
fuivre --un H 01n111e véritable.f:·
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte souligne l'importance pour un royaume de suivre les conseils de conseillers compétents et de respecter les lois et règlements, ainsi que la défense de la religion. Un individu a discuté avec le ministre Claude de la préférence pour des professeurs qualifiés dans l'Église de Sainte-Anne la Royale des Théatins, mentionnant le Père Alexis du Buc. À Paris, des pétitions, dont celle de l'abbé Gaultier, député de Poitiers, ont été reçues concernant des affaires religieuses. Les députés doivent être forts et intelligents dans leurs missions et défendre les droits du Parlement. La personne en question est bien informée sur la défense de la religion et prête à la défendre avec éloquence, sans nécessairement suivre un individu spécifique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 219-230
Ce qui s'est passé au Parlement de Toulouse, touchant plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Il y a longtemps que je vous entretiens de Conversions dans [...]
Mots clefs :
Conversion, Parlement, Premier président, Archevêque, Religion prétendue réformée, Seigneur, Accusations, Déclaration, Profession de foi, Temple, Ministre, Providence, Catholique, Erreur, Hérésie
7
p. 232-238
Conversion de Mr Gilly, Ministre de Baugé, & de Mr Courdil, Ministre de Pinperdu, [titre d'après la table]
Début :
Il avoit eu plusieurs conférences sur ses doutes avec [...]
Mots clefs :
Ministre, Paroisse, Prétendus réformés, Assemblée, Temple, Consistoire, Difficultés, Réformateurs, Église catholique, Erreur, Discours, Lumière, Religion
8
p. 239-250
EXHORTATION DE M l'Evesque d'Angers aux Ministres de Baugé, & de Chasteau-du-Loir.
Début :
Mr l'Evesque d'Angers fit un Discours tres édifiant à ces [...]
Mots clefs :
Discours, Ministres, Dieu, Erreur, Église, Évêque d'Angers, Injures, Réflexions, Humiliation, Mensonge, Vérité, Fausseté, Conversions, Bénédiction, Hérésie, Ennemi
9
p. 167-169
« Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Début :
Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Temple, Erreur, Abjuration, Cathédrale, Cérémonie, Profession de foi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Cecy
Se paffa à Sorges proche
d'Angers, qui eft le Lieu
où les Prétendus
Réformez
ont leur Temple, le
Feudy 3. defuin & comme
la déclaration qu'ils
venoient d'y faire , de-
;
mandoit uneprompte abjuration
de leurs erreurs,
ils ne la
remirent queïufqu'au
Dimachefuivant
168
6.du mefme mois. C'ef
toit le jour de la Pentecofte.
Outre le grand
monde que la folemnité
de la Fefte avoit attiré
dans la Cathédrale , le
bruit qui s'eftoit répandu
par tout de cette Abjuration
, y avoit encore fait
venir une infinité de Per
fonnes de toutes conditions.
La Cerémonie s'en
fit fi-tost qu'on eut achevé
de chanter les Vef
pres. M' l'Evefque
d' Angers
,
169
d'Angers, revesti de fer
Habits Pontificaux , la
commença par le Veni
Creator , reçeut en
fuite la Profeßion de Foy
de M Courdil , & de
Mr Gilly. La fermeté
avec laquelle ils la prononcerent,
fit affez voir
avecquelles férieufes réfléxions
ils s'eftoient portez
à un changement de
cette importance.
Se paffa à Sorges proche
d'Angers, qui eft le Lieu
où les Prétendus
Réformez
ont leur Temple, le
Feudy 3. defuin & comme
la déclaration qu'ils
venoient d'y faire , de-
;
mandoit uneprompte abjuration
de leurs erreurs,
ils ne la
remirent queïufqu'au
Dimachefuivant
168
6.du mefme mois. C'ef
toit le jour de la Pentecofte.
Outre le grand
monde que la folemnité
de la Fefte avoit attiré
dans la Cathédrale , le
bruit qui s'eftoit répandu
par tout de cette Abjuration
, y avoit encore fait
venir une infinité de Per
fonnes de toutes conditions.
La Cerémonie s'en
fit fi-tost qu'on eut achevé
de chanter les Vef
pres. M' l'Evefque
d' Angers
,
169
d'Angers, revesti de fer
Habits Pontificaux , la
commença par le Veni
Creator , reçeut en
fuite la Profeßion de Foy
de M Courdil , & de
Mr Gilly. La fermeté
avec laquelle ils la prononcerent,
fit affez voir
avecquelles férieufes réfléxions
ils s'eftoient portez
à un changement de
cette importance.
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Résumé : « Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Le 6 juin 1686, à Sorges près d'Angers, des protestants appelés 'Prétendus Réformés' ont abjuré leurs croyances lors d'une cérémonie à la cathédrale. Après les vêpres, l'évêque d'Angers, en habits pontificaux, a chanté le 'Veni Creator'. Deux hommes, M. Courdil et M. Gilly, ont déclaré solennellement leur conversion au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 169-188
EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Début :
Tous ceux qui pûrent l'entendre, furent très-édifiez du zele/ Dieu soit loué, mes tres-chers Freres, de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Dieu, Erreur, Église, Frères, Coeur, Avertissement, Maux, Chaire, Grâce, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Tous
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
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Résumé : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
L'évêque d'Angers adresse un discours à ses auditeurs, les exhortant à louer Dieu pour les avoir éclairés et délivrés de l'erreur. Il souligne la grâce divine qui leur a permis de reconnaître l'Église catholique comme leur mère spirituelle et de se repentir. L'évêque insiste sur la nécessité de dépasser la simple abjuration de l'erreur en accomplissant des actions concrètes pour réparer les maux commis. Il met en garde contre l'ingratitude envers la grâce divine, qu'il considère comme un péché grave. Il encourage également les convertis à œuvrer pour la conversion de ceux qui restent dans l'erreur, en particulier leurs proches. Le discours se conclut par une prière pour la purification des cœurs et des langues des auditeurs, ainsi que des bénédictions pour leur vie future dans la communion des saints. Plusieurs personnes, dont Messieurs Gilly, Courdil, Clément, et d'autres, annoncent publiquement leur abjuration. La cérémonie se termine par un Te Deum, chanté par la musique et accompagné du son de toutes les cloches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 157-168
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Si l'Abjuration de Monsieur Vignes, Ministre de Grenoble, a fait [...]
Mots clefs :
Abjuration, Monsieur Vignes, Seigneur, Noblesse, Dauphiné, Religion prétendue réformée, Roi de Navarre, Maison d'Arbaud, Charges, Église catholique, Archevêque, Duc de Noailles, Honnêteté, Conversation, Pasteur, Erreur, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Si l'Abjuration de Monfieur
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le texte relate l'abjuration de Monsieur d'Arbaud, Seigneur de Blanfac, originaire d'Arles, qui a marqué le Languedoc. Ce gentilhomme, issu d'une ancienne famille noble, résidait à Nîmes et pratiquait la Religion Prétendue Réformée, comme ses prédécesseurs établis dans la région depuis un siècle. Son aïeul, initialement catholique, avait changé de religion en rejoignant le parti du roi de Navarre, devenu Henri IV. La famille d'Arbaud, respectée à Arles et en Languedoc, avait laissé des marques de sa piété dans les églises locales. Monsieur d'Arbaud, unique survivant de sa maison après la mort de son frère aîné au service du roi, était épris de belles-lettres et avait acquis des connaissances appréciées par les membres de l'Académie Royale d'Arles, qui souhaitaient l'y associer. Cette perspective, ainsi que les encouragements de l'archevêque d'Arles et de l'évêque de Mirepoix, l'incitèrent à reconsidérer sa foi. Lors d'une visite à Montpellier pour rencontrer le duc de Noailles, il eut plusieurs conversations avec des prélats qui le convainquirent progressivement de la vérité de la foi catholique. Après deux années de réflexion, il annonça son intention d'abjurer sa foi réformée et de se convertir au catholicisme. Il informa l'évêque de Mirepoix, le cardinal de Bonzy et l'intendant de sa décision. Il se rendit ensuite à Arles pour en parler avec l'archevêque et le coadjuteur, avant de se rendre à Montpellier où il abjura publiquement en présence de l'évêque d'Uzès et de l'évêque de Mirepoix. Cette conversion fut accueillie avec joie par les catholiques et avec consternation par les réformés, qui voyaient en lui un leader respecté. Monsieur d'Arbaud espérait également convertir ses dix enfants, plusieurs d'entre eux étant déjà catholiques. Il reçut des honneurs à Nîmes et à Arles, où toute la noblesse et le peuple vinrent le féliciter pour son retour à l'Église catholique. L'Académie Royale d'Arles exprima également sa joie d'accueillir un nouveau converti parmi ses membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 218-226
AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Début :
Lors que l'Académie Françoise proposa pour sujet du dernier / Nourrissons des Neufs-Soeurs, tout couverts de la gloire [...]
Mots clefs :
Académie française, Concours, Vers, Sujet, Louanges, Religion catholique, Roi, Victoire, Poète, Louis, Hérésie, Salut, Fortune, Erreur, Croix, Triomphe, Discorde, Moeurs, Ciel, Christ, Ange, Héros, Enfer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Lors que l'Académie Françoife pro
pofa pour fujet du dernier Prix de
Vers , les grandes Chofes que le Roy
faites enfaveur de la Religion Catholique
, le Berger du village de
Mont-Fallon y travailla , & n'eut pas
le temps de mettre la derniere main
fes Vers ,parce que des affaires importantes
attirérent tousfesfoins ailleurs .
Neanmoins comme il fe fait un plaifir
de donner des louanges à fon Prince,
dés qu'il a eu un peu plus de loifir,
il a mis la Piéce en l'état où je vous
l'envoye.
1
du
Mercure Galant.
-219
5252525252525252
AUX
POETES
QUI ONT
REMPORTE' LE
DERNIER
PRIX DE
VERS
DE
L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Nour
3.
Ourriffons des Neuf- Soeurs , tout
couverts de la gloire
Qu'à jamais vous aquiert voftre illuftre
Victoire,
Permettez que ma voix fe mefle à ces
Concerts
Dont parvous
aujourd'huy
retentiſſent
les airs.
LOUIS, plein du beau feu qu'une Foy
vive inspire,
Terraffe
l'Heréfie en
cefameux Empire.
En effet, de ce Roy les Foudres élancez
Font voiren
plufieurs Lieux des
Temples
renverfezi
Tij
220 Extraordinaire
Et ces Foudres tournant vers tous les He
rétiques,
Caufent, pour leurfalut, leurs difgraces
publiques.
Lors
que
LOUIS les livre au Deftin
malheureux,
Il les chériroit moins , s'ilfaifoit moins
contre eux.
Cefavorable Autheur de leur douleur
commune,
Qui ne leur permet point d'encenfer la
Fortune,
D'ailleurs leur tend les bras, au moment
qu'il leur nuit.
Parfon ordre on confére, on difpute, on
inftruit:
Et ceux de qui les yeux s'ouvrent à la
lumiere,
Reçoivent fesfaveurs en plus d'une maniere.
Il leur donne des Biens , & leur bonheur
eft tel,
Qu'ils ont outre ces Biens part au Bien
Eternel.
du Mercure Galant.
221
Sur les Bords de la Seine ainfi LOUIS
s'applique
A diffiper l'Erreur , à domter l'Herétique.
Maisde peur que cette Hydre & ce Monftre
odieux,
2
Que l'Erreur quelque jour ne renaiſſe en
ces Lieux,
Son zéle écarte encor ces nouvelles Cabales
Dont les Livres adroits font de charmans.
Dédalles,
Qui pour mieux décevoir ont par tout des
douceurs,
Et qui cachent toûjours du venin fous des
fleurs.
Enfin de ce grand Roy la main toutepuif-
Sante
Fait que dans nos Climats la Croix eft
triomphante,
Et qu'il n'eft plus permis aux naiſſantes
Erreurs
D'habiter parmy nous , d'y forger nos
malheurs.
Comme fi l'Acheron cuft déchaîné fur
terre
Tüj
222 Extraordinaire
Ses Fillespour porter le Flambeau de la
Guerre,
Les Sectes des Errans femoient jadis
L'effroy,
La France en pâliſſoit ; mais, grace à
noftre Roy,
On ne craint plus les maux qu'ont endurê
nos Peres.
Verra-t-on la Difcorde , aux cheveux de
Vipéres,
S'unir al Heréfie, en emprunter la voix?
Tout eft calme, & l'on met l'Heréfie aux
abois.
LOUIS , comme un Soleil, dont l'aimable
influence
Procure un calme faint à la Nefde la
France ,
Diffipe de l'Erreur la nuit & les Bronil-
Lards,
Et répand la lumiere où tombent fes regards.
Nous , quifommes témoins de ces hautes
merveilles,
N'avons rien de plus doux pourcharmer
nos greilles.
du Mercure Galant.
223
Mais dans nos entretiens tairons - nous que
LOUIS,
Depuis le temps heureux qu'il gouverne
les Lys,
Redreffe en nous les moeurs , non moins que
la Doctrine?
Comme Fils de l'Eglife, avec elle ilfulmine
Par defeveres Loix contre le Libertin,
Le Brigand, le fureur, l' Athée, & l'AFfaffin.
Le Roy parle ; à l'inftant des coeurs chargez
de crimes
Deviennent pour le Ciel d'innocentes Vi
Etimes.
'La voix de ce Monarque arrefte tous les
coups
Qu'un Dieu vangeur peut- eftre aurois
lancez fur nous.
Sanspeine on obeit à LOUIS , à l'E
glife;
La Vertu dans ce Roy fur le Trône eft'
affife .
Mortels, qui loin de nous habitez l'Univers
224
Extraordinaire
Et quilonez ce Prince en langages divers,
Sans rien dire de trop, qui de vous ne peut
dire:
Ce Royne borne point fon zéle en fen
Empire,
Sous des Cieux Etrangers il n'en montre
pas moins?
Peuples, bien mieux que nous vous en eftes
témoins.
Parfon ordre en tout temps de l'un à l'autre
Pole,
Mille Atlétes facrez , armez de leur·
parole,
Vont combatrepour CHRIST, & domter
les Enfers .
La hauteur des Rochers, ny la vague des
Mers,
Nefont point un obstacle à l'ardeur de
leur zéle.
Donnerla vie à l'ame, éclairerl'Infidelle
Et le fouftraire au joug de l'Ange ténébreux,
C'est par tout ce quifert de matiere à leurs
feuxs
du Mercure Galant. 225
Ainfi donc dans la France, & hors defon
enceinte,
LOUISfait triompher la Croix, cette
Arche fainte.
Tout rit à ce Héros , lors que plufieurs
Mortels
N'ont d'Encens que pour Dieu, que pour
Dien des Autels.
Fadis un de nos Roys, au péril defa tefte,
De la Sainte Contrée entreprit la Conquefte.
Une nombreuſe Armée en ce lieu leſuivit
Le Nil en la voyant fe troubla dansfon
Lit.
Le Sultanfut vaincu : mais ce Roy plein
de gloire
Ne pût que peu de tempsfurvivre à fa
Victoire.
On vit fe relever le Sultan abatu ;
Sans prendre des Chrétiens les moeurs ng
la vertu.
Li eftoit refervé par la Bonté divine,
AuxBarbaresPaïs , où noftre Roy domine
Defubirfaintement le joug du Roy, dess
Roys
226
Extraordinaire
10
D'arborerfur leurs Bords l'Etendart de
la Croix,
Et d'y voir qu'un Héros que tout craint
fur la terre,
Mefme contre l'Enferfait faire encor la
guerre.
pofa pour fujet du dernier Prix de
Vers , les grandes Chofes que le Roy
faites enfaveur de la Religion Catholique
, le Berger du village de
Mont-Fallon y travailla , & n'eut pas
le temps de mettre la derniere main
fes Vers ,parce que des affaires importantes
attirérent tousfesfoins ailleurs .
Neanmoins comme il fe fait un plaifir
de donner des louanges à fon Prince,
dés qu'il a eu un peu plus de loifir,
il a mis la Piéce en l'état où je vous
l'envoye.
1
du
Mercure Galant.
-219
5252525252525252
AUX
POETES
QUI ONT
REMPORTE' LE
DERNIER
PRIX DE
VERS
DE
L'ACADEMIE
FRANCOISE.
Nour
3.
Ourriffons des Neuf- Soeurs , tout
couverts de la gloire
Qu'à jamais vous aquiert voftre illuftre
Victoire,
Permettez que ma voix fe mefle à ces
Concerts
Dont parvous
aujourd'huy
retentiſſent
les airs.
LOUIS, plein du beau feu qu'une Foy
vive inspire,
Terraffe
l'Heréfie en
cefameux Empire.
En effet, de ce Roy les Foudres élancez
Font voiren
plufieurs Lieux des
Temples
renverfezi
Tij
220 Extraordinaire
Et ces Foudres tournant vers tous les He
rétiques,
Caufent, pour leurfalut, leurs difgraces
publiques.
Lors
que
LOUIS les livre au Deftin
malheureux,
Il les chériroit moins , s'ilfaifoit moins
contre eux.
Cefavorable Autheur de leur douleur
commune,
Qui ne leur permet point d'encenfer la
Fortune,
D'ailleurs leur tend les bras, au moment
qu'il leur nuit.
Parfon ordre on confére, on difpute, on
inftruit:
Et ceux de qui les yeux s'ouvrent à la
lumiere,
Reçoivent fesfaveurs en plus d'une maniere.
Il leur donne des Biens , & leur bonheur
eft tel,
Qu'ils ont outre ces Biens part au Bien
Eternel.
du Mercure Galant.
221
Sur les Bords de la Seine ainfi LOUIS
s'applique
A diffiper l'Erreur , à domter l'Herétique.
Maisde peur que cette Hydre & ce Monftre
odieux,
2
Que l'Erreur quelque jour ne renaiſſe en
ces Lieux,
Son zéle écarte encor ces nouvelles Cabales
Dont les Livres adroits font de charmans.
Dédalles,
Qui pour mieux décevoir ont par tout des
douceurs,
Et qui cachent toûjours du venin fous des
fleurs.
Enfin de ce grand Roy la main toutepuif-
Sante
Fait que dans nos Climats la Croix eft
triomphante,
Et qu'il n'eft plus permis aux naiſſantes
Erreurs
D'habiter parmy nous , d'y forger nos
malheurs.
Comme fi l'Acheron cuft déchaîné fur
terre
Tüj
222 Extraordinaire
Ses Fillespour porter le Flambeau de la
Guerre,
Les Sectes des Errans femoient jadis
L'effroy,
La France en pâliſſoit ; mais, grace à
noftre Roy,
On ne craint plus les maux qu'ont endurê
nos Peres.
Verra-t-on la Difcorde , aux cheveux de
Vipéres,
S'unir al Heréfie, en emprunter la voix?
Tout eft calme, & l'on met l'Heréfie aux
abois.
LOUIS , comme un Soleil, dont l'aimable
influence
Procure un calme faint à la Nefde la
France ,
Diffipe de l'Erreur la nuit & les Bronil-
Lards,
Et répand la lumiere où tombent fes regards.
Nous , quifommes témoins de ces hautes
merveilles,
N'avons rien de plus doux pourcharmer
nos greilles.
du Mercure Galant.
223
Mais dans nos entretiens tairons - nous que
LOUIS,
Depuis le temps heureux qu'il gouverne
les Lys,
Redreffe en nous les moeurs , non moins que
la Doctrine?
Comme Fils de l'Eglife, avec elle ilfulmine
Par defeveres Loix contre le Libertin,
Le Brigand, le fureur, l' Athée, & l'AFfaffin.
Le Roy parle ; à l'inftant des coeurs chargez
de crimes
Deviennent pour le Ciel d'innocentes Vi
Etimes.
'La voix de ce Monarque arrefte tous les
coups
Qu'un Dieu vangeur peut- eftre aurois
lancez fur nous.
Sanspeine on obeit à LOUIS , à l'E
glife;
La Vertu dans ce Roy fur le Trône eft'
affife .
Mortels, qui loin de nous habitez l'Univers
224
Extraordinaire
Et quilonez ce Prince en langages divers,
Sans rien dire de trop, qui de vous ne peut
dire:
Ce Royne borne point fon zéle en fen
Empire,
Sous des Cieux Etrangers il n'en montre
pas moins?
Peuples, bien mieux que nous vous en eftes
témoins.
Parfon ordre en tout temps de l'un à l'autre
Pole,
Mille Atlétes facrez , armez de leur·
parole,
Vont combatrepour CHRIST, & domter
les Enfers .
La hauteur des Rochers, ny la vague des
Mers,
Nefont point un obstacle à l'ardeur de
leur zéle.
Donnerla vie à l'ame, éclairerl'Infidelle
Et le fouftraire au joug de l'Ange ténébreux,
C'est par tout ce quifert de matiere à leurs
feuxs
du Mercure Galant. 225
Ainfi donc dans la France, & hors defon
enceinte,
LOUISfait triompher la Croix, cette
Arche fainte.
Tout rit à ce Héros , lors que plufieurs
Mortels
N'ont d'Encens que pour Dieu, que pour
Dien des Autels.
Fadis un de nos Roys, au péril defa tefte,
De la Sainte Contrée entreprit la Conquefte.
Une nombreuſe Armée en ce lieu leſuivit
Le Nil en la voyant fe troubla dansfon
Lit.
Le Sultanfut vaincu : mais ce Roy plein
de gloire
Ne pût que peu de tempsfurvivre à fa
Victoire.
On vit fe relever le Sultan abatu ;
Sans prendre des Chrétiens les moeurs ng
la vertu.
Li eftoit refervé par la Bonté divine,
AuxBarbaresPaïs , où noftre Roy domine
Defubirfaintement le joug du Roy, dess
Roys
226
Extraordinaire
10
D'arborerfur leurs Bords l'Etendart de
la Croix,
Et d'y voir qu'un Héros que tout craint
fur la terre,
Mefme contre l'Enferfait faire encor la
guerre.
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Résumé : AUX POETES QUI ONT REMPORTÉ LE DERNIER PRIX DE VERS DE L'ACADEMIE FRANCOISE.
Un berger du village de Mont-Fallon a participé au concours de poésie organisé par l'Académie Française sur les grandes actions du roi en faveur de la religion catholique. Bien qu'il n'ait pas pu terminer son œuvre à temps en raison de diverses occupations, il a finalement envoyé sa pièce. Le poème célèbre le roi Louis pour ses actions contre l'hérésie et l'erreur. Il décrit comment le roi a fait renverser plusieurs temples hérétiques et a causé la disgrâce publique des hérétiques. Le roi est présenté comme un protecteur de la foi catholique, distribuant des biens et des faveurs à ceux qui se convertissent. Il lutte également contre les livres hérétiques et les nouvelles cabales, assurant la victoire de la Croix en France. Le roi est comparé à un soleil qui dissipe l'erreur et les brouillards, apportant la lumière et le calme. Il redresse les mœurs et la doctrine, combattant le libertinage, la briganderie, la fureur, l'athéisme et l'assassinat. Son zèle s'étend au-delà de son empire, inspirant des missionnaires à travers le monde pour combattre pour le Christ. Le texte mentionne également un roi précédent qui avait entrepris la conquête de la Sainte Contrée, mais qui n'avait pu en profiter longtemps. Il contraste cette victoire éphémère avec le règne durable de Louis, qui impose le joug du roi des rois et fait triompher la Croix même dans les pays barbares.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 316-319
Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Début :
Les Prétendus Réformez n'ont qu'à aller à Richelieu, pour estre [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Richelieu, Erreur, Cardinal, Génie, Conversion, Hérésie, Abjurations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Les Prétendus Réformez
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
n'ont qu'à aller à Richelieu,
pour eftre perfuadez de la
fauffeté de leur Religion , &
GALANT. 317
fa
pour fe voir obligez d'en
quitter toutes les erreurs. Il
femble que le grand Cardi,
nal de ce Nom , cet admirable
Génie , qui leur a tant fait
la guerre pendant la vie ,
regne encore en ce lieu là,
pour la leur y
faire apres
mort ; & qu'il ne puiffe fouffrir
fur fes Terres , ceux qu'il
avoulu convertir , ou chaffer
pendant fön vivant, de toutes
celles du Roy fon Maiftre :
ou bien que cette petite Vil
le , eftant extrémement re
connoiffante
des graces qu'el
le reçoit de fon Prince , foir
Dd . iij
318 MERCURE
naturellement ennemie d'u
ne Herefie qui déplaiſt tant
à ce pieux & zelé Monarque .
Je vous ay parlé de quantité
de Converfions qui fe font
faites à Richelieu , & vous ay
marqué en mefme temps
qu'il ny reftoit plus qu'un feut
Religionnaire. Il s'eft enfin
converty comme les autres ,
& á fait fon Abjuration un
peu apres celle de M' Moret
de la Fayole fon Pere , dont
je vous fis un Article dans ma
Lettre de Novembre. Il a du
merite & de l'efprit infini
ment , fa Converfion en elt
GALANT. 319
une preuve. Il a long- temps
combatu , mais il s'eft rendu
à la Verité, qu'il a enfin reconnuë
, apres quantité de
Difputes & d'Eclairciffemens ,
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Résumé : Conversion du dernier Calviniste de Richelieu, [titre d'après la table]
Le texte aborde les conversions religieuses à Richelieu, où les protestants, désignés comme 'Prétendus Réformez,' sont encouragés à abandonner leur foi. Le cardinal de Richelieu, connu pour ses actions contre les protestants, continue d'exercer une influence posthume. La ville de Richelieu, reconnaissante envers Richelieu, est décrite comme hostile à l'hérésie, ce qui déplaît au monarque. Plusieurs conversions sont mentionnées, notamment celle d'un dernier protestant après de longues discussions. Cette conversion est perçue comme une preuve de mérite et d'esprit. Elle suit celle de Monsieur Moret de la Fayolle, dont la conversion avait été rapportée précédemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 37-53
LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Début :
Le mesme Mr Allard m'a fait encore l'honneur de m'adresser / Monsieur, Toute la Terre admireroit la facilité que vous avez [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Pronostic, Henry IV, Sr de la Riviere, Illustre monarque, Destinée , M. de Sully, Mémoires, Disparition de l'hérésie, Louis le Grand, Prince, Naissance, Science, Religion romaine, Grandes actions, Futur, Difficultés, Temples, Conversions, Huguenots, Erreur, Horoscope, Constellations, Prophéties
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
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Résumé : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
La lettre du 28 avril 1685 discute du pronostic du sieur de la Rivière, médecin du roi Henri IV, concernant l'avenir de la religion protestante en France. Elle souligne la facilité avec laquelle le destinataire loue le monarque pour ses actions justes et pieuses. Les mémoires de Maximilien de Béthune, duc de Sully, incluent un pronostic de la Rivière prédisant la fin de la religion protestante sous Louis XIV, publié dans le second volume des mémoires imprimé à Amsterdam. La lettre mentionne la naissance du dauphin en 1601 et la curiosité du roi Henri IV concernant ce pronostic. La Rivière révèle que le dauphin vivrait plus longtemps que son père mais soutiendrait les huguenots. Henri IV, comprenant que la Rivière était protestant, met fin à la conversation. La lettre note que plusieurs auteurs des mémoires de Sully étaient protestants, ce qui rend le pronostic moins suspect. Elle évoque également la publication d'un livre dans une ville protestante et les assurances données par Henri IV aux Huguenots, se demandant si elles ont été respectées sous Louis XIII. Louis XIII a réduit le nombre de temples protestants et favorisé les conversions, entraînant la décadence des affaires des Huguenots. La Rivière avait prédit que Louis XIV agirait plus sévèrement envers les huguenots. Le texte critique les tentatives des réformés de trouver des explications favorables à cet entretien et suggère que la Rivière aurait pu prédire de grands événements mais a préféré se taire. Il aborde aussi la question de la science des horoscopes, exprimant des doutes sur leur capacité à prédire les actions futures. La Rivière avait tracé l'horoscope de Louis XIV, prédisant sa répression de l'hérésie et la situation sous le règne de son petit-fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 78-80
« La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
Début :
La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...]
Mots clefs :
Édifice, Hérésie, Rébellion, Erreur, Imposteurs, Pasteur, Vérité, Ministre, Évêque de Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
La Démolition du Temple
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
de Montelimard a donné lieu
à ce Sonner de M l'Abbé du
Claux', Chanoine de Sainte
Croix de Montelimard. C'eft
un digne Frere du Préfident
dont je viens de vous parler,
Vous vous fouviendrez que
le nom de M' l'Evefque de
Valence eft Daniel.
Si no
Ε
E.
Borilor calli
Difice autrefois defuperbeſtructure,
Qu'avoient fait l'Herefie & la Rebellion,
Temple, desplusfameuxdela Belianngion,
gion,balk
Où long- tempsont regne l'erreur &
l'imposture.
GALANT. 79
$2
Tune prévoyois pas une telle avanture;
Tes Pasteurs t'affeuroient que toy,
Sainte Sion,
N'eftantjamais fujette à la
tion,
ג
Corrup-
Tes Murs ne tomberoient qu'avecque
la Nature.
S3
Mais où font ces longsjours dont fou
vent l'ontflaté
Ces Miniftres zélez contre la Vcrité?
Tonfort perpétuel n'eftoit donc rien !
qu'un Songe ?
22%
Malgré le Pronostic tes Mursfont démolis.
Giiij
80 MERCURE
Peuples qui le voyez , n'ensoyez pas
Surpris,
Danielfçeut toûjours triompher du
menfonge.
Fermer
Résumé : « La Démolition du Temple de Montelimard a donné lieu / Edifice autrefois de superbe structure, [...] »
L'abbé du Claux, chanoine de Sainte-Croix de Montélimar, relate la démolition du Temple de Montélimar, construit après la destruction d'un ancien édifice par l'hérésie et la rébellion. Malgré les prédictions des pasteurs, le Temple a été démoli. L'évêque de Valence, Daniel, a triomphé du mensonge, appelant les peuples à ne pas être surpris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 7-23
Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Début :
Ce sont Abjurations de toutes parts, & vous serez sans doute [...]
Mots clefs :
Abjurations, Conversions, Religion prétendue réformée, Béarn, Roi, Édit, Déclarations, Temples, Religionnaires, Province, Erreur, Calvinisme, Ministres, Religion romaine, Missionnaires, Évêque, Hérésie, Familles, Auguste monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Ce font Abjurations
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
de toutes parts , & vous ferez
fans doute furpriſe du grand
nombre de Converfions qui
fe font faites en Bearn , depuis
commencement de Mars
dernier , juſques à la fin du
mois de May. Cette Province
eftant celle du Royaume ,
où la Religion Prétendue
Reformée avoit pris de plus
profondes racines , avoit be
foin d'un zele auffi efficace
que celuy du Roy pour les
extirper. C'eſt à quoy Sa Majefté
a travaillé tres utile
ment , en donnant un Edit
"
$
A
iiij
8 MERCURE
au mois de Fevrier dernier,
par lequel aprés avoir meurement
examiné les differentes
Ufurpations que les Prétendus
Reformez avoient
faites , en fe fervant du malheur
des temps pour étendre
injuftement ce qui leur
avoit efté accordé par les Déclarations
qui leur eftoient
les plus favorables , Elle orles
lieux d'exercidonna
que
ce de cette
Religion
qui
eftoient
au nombre
de vingt
dans le Bearn
, y feroient
réduits
à cinq . Cét Edit ayant
efté donné , M' Foucault
GALANT.
9
Maistre des Requeftes , Commiffaire
départy dans le
Bearn , fut commis pour faire
abattre les quinze Temples
dont la démolition eftoit
ordonnée , & elle fut faite en
moins de quinze jours , par
les Religionnaires meſmes,
aufquels il eftoit enjoint de
la faire dans un mois. Les Miniftres
des cinq Temples reftans
, ayant commis plufieurs
contraventions aux Edits
& Déclarations de Sa
Majefté , il fut décerné contre
eux tous , des Decrets de
prife de corps par le Parle
>
10 MERCURE
ment de Navarre & Bearn,
dont les Habitans Catholi
ques qui avoient eſté con .
traints du temps de la Reyne
Jeanne , de luy payer vingt
livres pour avoir la liberté
d'aller entendre la Meffe
hors du Pays , fe font veus.
enfin délivrez de l'exercice
public de la Religion Prétendue
Reformée. Ces avantages.
remportez par la veritable Religion
, difpoferent les Prétendus
Reformez de cette Province
à ouvrir lesyeuxfur leurs
erreurs, & en détacherent un
grand nombre qui firent leurs
GALANT. II
Abjurations entre les mains
des Curezdes lieux , ou qui vinrent
la faire dans la Ville de
+
Pau. C'eft ce qui obligea M
Foucault de prier les Evefques
de Bearn , d'envoyer des Milfionnaires
dans les lieux où il
y avoit quelque apparence
qu'on voudroit fe convertir.
La Ville de Maflac du Diocefe
de Lefcar , commença d'abord
à donner l'exemple aux
autres . M ' l'Evefque de Lef
car , & M Foucault , qui s'y
tranfporterent le premier
d'Avril avec les Peres Jefuites
, curent la fatisfaction de
•
12 MERCURE
voir rentrer dans l'Eglife plus
de foixante Familles delaVille
& des environs, pendant trois
jours qu'ils y demeurerent , à
quoy les foins & la vigilance
de M' l'Abbe d'Arboucave ,
Archipreftre de Maflac , contribuerent
beaucoup . Ces
heureux commencemens obligerent
ce mefme Prélat &
M'Foucaultde fe rendre le 24 .
du meſme mois au Bourg de
Garlin , où le Miniftre avoit
efté nouvellement decreté
M' Fou- par le Parlement.
cault ayant fait affembler les
Habitans de la Religion PréGALANT.
13
tenduë Reformée fous la Halle
, leur fit entendre que le
Roy eftant bien informé que
leurs Miniftres leur avoient
jufques alors déguifé les veritables
fentimens de la Religion
Romaine , à laquelle ils
imputoient des erreurs dont
elle eftoit fort éloignée , l'amour
que Sa Majesté avoit
pour tous les Peuples , & fon
zele à procurer leur falut,
l'engageoient à fe fervir de
toutes fortes de moyens pour
rappeller à l'Eglife ceux qui
avoient le malheur de s'en
eftre feparez, & que pour ce14
MERCURE
>
la Elle defiroit qu'ils fe fiffent
inftruire par les Miffionnaires
qui venoient leur annoncer
la pureté de l'Evangile ,
aprés quoy un Pere Capucin
ayant monté en Chaire , leur
fit l'expofition de la Foy Catholique
, en expliqua les
Miſtéres , & réfuta en peu de
paroles les erreurs de la Religion
Prétendue Reformée.
M' l'Evefque de Leſcar leur
ayant enfuite demandé fi
quelques uns d'eux avoient
des doutes à luy propoſer, un
des principaux entrà en difpute
, & aprés avoir marqué
GALANT.
15
tout ce qui luy faifoit peine
dans la Religion Catholique,
ce Prelat le fatisfit fi pleinement
qu'il prit le chemin de
l'Eglife . Tous les autres convaincus
ainfi que luy , l'y fuivirent,
& ils y receurent l'Abfolution
de leur Heréfie au
nombre de plus de trois cens.
Le lendemain le mefme Evef
que & M Foucault monterent
à Cheval à la pointe du
jour, & allerent dans les Villages
voifins , où il y eut en
core beaucoup de Chefs de
Famille qui les fuivirent à
Garlin pour faire abjuration,
1
16 MERCURE
Plus de quatre cens Perſonnes
fe convertirent
ce mefme
jour , & entr'autres
le Diacre
qui avoit beaucoup
de credit
parmy les Religionnaires
, &
dont la Converfion
a donné
un grand mouvement
à celles
qui fe font faites depuis , n'y
ayant pas prefentement
à
Garlin , & aux environs
quatre
Familles
de la Religion
Prétendue
Reformée
. Le
nombre
de ceux qui l'ont
quittée monte à prés de douze
cens Perfonnes
, les Enfans
compris . Les Capucins
qui y font actuellement
pour
GALANT. 17
inftruire les nouveaux Convertis
, ont achevé de purger
tout ce Canton de Religionnaires
, & ils travaillent mef
me tres-utilement pour la réformation
des moeurs des Catholiques.
Le 17. de May M'Foucault
fe tranſporta avec M' l'Evêque
de Tarbes, & les Miffionnaires
dans la Ville de Pontac
, & ce Voyage produifit
à l'Eglife le retour de foixante
& dix Familles , entre lef
quelles eft M ' de Caſtelņau ,
Gentilhomme d'une naiffance
fort confidérable. La
Juin 1685.
B
18 MERCURE
Nouvelle de ces Converfions
s'eftant répandue dans tous
les endroits de cette Province
, le Bourg de Pardics , où
il y avoit plus de quatrevingt
Familles de Prétendus
Reformez , changea entiérement
en deux jours , & il n'y
reite préfentement qu'un feul
Homme de cette Religion ,,
toute la Famille s'eftant faite
Catholique. Le troifiéme
jour il y eut une Proceffion ,
à laquelle affiftérent plus de
quatre mille Perfonnes de
quatre à cinq lieuës aux en
virons , qui furent extréme ,
E
GALANT. 19
ment édifiées de la devotion
de ces nouveaux Catholi
ques. Le 21. du mefme mois ,
M'Foucault fe rendit auBourg,
de Lagor , qui eft à une demy-
lieuë de Pardies , & il n'y
fut pas plûtoft arrivé , que
plus de cinquante Chefs de
Familles vinrent demander à
eftre receus à l'Eglife . Le
lendemain if alla dans toutes :
les Maiſons , pour tâcher
d'attirer les autres , qui fe
convertirent prefque tous le
mefme jour , en forte que de
cent trente & une Familles :
de Prétendus Reformez qu'il
1:4
Bij
20 MERCURE
y avoit à Lagor , & aux en
virons , il n'en refte plus que
fix , qui ont demandé du
temps pour le faire inftruire
par les Capucins qui font la
Miffion dans le Bourg.
Toutes ces Converfions
fe font faites fans aucune violence
. Il est évident que tout
l'honneur en eft deu au zéle
de noftre auguſte Monarque,
puis que l'on a remarqué que
le changement des plus obftinez
eft venu de la reflexion
qu'ils ont faite fur les
foins & fur l'application de
Sa Majeſté à faire revenir les
GALANT. 21
Peuples à l'Eglife Romaine.
Ils ne peuvent fe perfuader
qu'un Prince auffi vertueux
& auffi éclairé qu'il eft , puft
marcher dans la mauvaiſe
voye , & que Dieu vouluft
permettre qu'il y cuſt attiré
un nombre infiny d'Ames
qui ont abjuré le Calvinisme
depuis plufieurs années qu'il
travaille à en fapper les fondemens
dans fon Royaume.
Ce qui a achevé de les perfuader,
c'eſt la diférence qu'ils
trouvent entre les moyens
vrayment paternels & remsplis
de charité , dont Sa Ma22
MERCURE
a
"
jeſté ſe ſert pour les rappeller
à l'Eglife , & ceux que la
Reyne Jeanne employa pour
contraindre fes Sujets Catho
liques à embraffer la Reli
gion Prétenduë Reformée,
qu'ils furent forcez de fuivre
, par la faifie de leurs
Biens , & par le maſſacre des
Preftres Seculiers, & des Religieux.
Depuis ce temps - là on a
eu nouvelle , qu'il s'eft encore
converty dans la Ville
de Maflac , foixante Familles,
& qu'il n'y en refte plus préfentement
que huit de la Re
GALANT. 23
3
eligion Prétendue Reformée .
Ce qui s'en eft converty dans
le Bearn pendant ces trois
mois , monte à fix cens foixante
Familles qui font plus
de quatre mille Perfonnes.
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Résumé : Article contenant plusieurs particularitez touchant les conversions faites dans le Bearn. [titre d'après la table]
Entre mars et mai, une vague de conversions au catholicisme a eu lieu en Béarn, une région traditionnellement réformée. En février, le roi avait publié un édit réduisant les lieux de culte réformés de vingt à cinq. Maître Foucault Galant, commissaire royal, a supervisé la démolition des temples non autorisés et l'arrestation de plusieurs ministres réformés. Cette répression a encouragé de nombreux réformés à se convertir au catholicisme, soutenus par des missionnaires jésuites et capucins. Par exemple, à Maslac, plus de soixante familles se sont converties en trois jours, et à Garlin, plus de trois cents personnes après une dispute théologique avec l'évêque de Lescar. Le mouvement s'est intensifié, atteignant près de douze cents conversions, incluant des enfants. Des conversions massives ont également été observées à Pontac et Pardic. À Lagor, plus de cinquante chefs de familles ont demandé à rejoindre l'Église catholique, entraînant la conversion de 131 familles sur 137. Six familles ont souhaité être instruites par les Capucins avant de se convertir. Ces conversions se sont faites sans violence, attribuées au zèle du monarque, dont la vertu et l'éclat ont convaincu les plus réticents. Les habitants ont comparé favorablement les méthodes du roi aux méthodes coercitives de la reine Jeanne, qui avait imposé la religion réformée par la force. En trois mois, 660 familles, soit plus de quatre mille personnes, se sont converties au catholicisme dans le Béarn.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 320-321
Conversion. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay fait part au mois de Juin, d'une Lettre de M. Gilbert [...]
Mots clefs :
Ministre, Gentilhomme, Dauphiné, Artillerie, Convertir, Erreur, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion. [titre d'après la table]
Je vous ay fait part au mois
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
de Juin, d'une Lettre de M.
Gilbert cy-devant Miniftre,
écrite à M. de Salieres fon
GALANT.
321
Frere aifné,Gentilhomme de
Die en Dauphiné , prefentement
Commiffaire Provincialde
l'Artillerie ,par laquel
le, en luy expliquant les raifons
qui l'ont obligé à fe convertir,
il l'exhortoit à examiner
ferieuſement les erreurs
quefa naiffance luy avoit fait
fuivre. Cettre Lette a eu
l'effet qu'il en avoit attendu .
M. de Salieres s'eft rendu à
fes raifons , & a fait fon Abjuration
depuis peu de jours
entre les mains de M. l'Archevefque
de Paris .
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Résumé : Conversion. [titre d'après la table]
En juin, M. Gilbert, ancien ministre, a écrit à M. de Salières, commissaire provincial de l'artillerie, pour expliquer sa conversion et inciter ce dernier à réfléchir sur ses erreurs. La lettre a convaincu M. de Salières, qui a abjuré entre les mains de l'archevêque de Paris.
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20
p. 12-14
LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Début :
Les maux que l'Heresie a causez, ont esté sanglans. / J'Eus pour Pere l'Orgueil, & pour Mere l'Erreur : [...]
Mots clefs :
Orgueil, Erreur, Impiété , Révolte, Horreur, Temples, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Les maux que
l'Herefie a cau
"
GALANT.
13
ſez , ont eſte ſanglans. Vous en
verrez la peinture dans les Vers
qui fuivent.
•
LE
TOMBEAU
DU
CALVINISME .
SONNET.
'Eus pour Pere l'orguet , & four
Mere l'Erreur:
L'Aftre fanglant de Mars éclaira
ma naiffance.
Avec l'Impieté, la Revoltefa doeur
Pritle foin d'élever en fecret mon
enfance.
Sous un visage doux cachant un
mauvais coeur ,
Des rivages du Rhin je paſſay dans
La
France ,
14
MERCURE
où parde fer , le feu , le carnage &
l'horreur
Je fis jufques aux Rois fentir ma
• • violence.
Les plus braves d'entre eux m'attaquerent.
envain ;
Trônes , Temples ; Autels , tout plia
fous ma main ;
Mes coups furent par tout plus .
crains que le Tonnerre :
Mais à la fin, Deftins, ilfaut fubir
vos loix.
L'on ne pût m'ébranler en quarante
•• ans de guerre:
Et la Paix de LOUIS m'a défait en
trois mois.
l'Herefie a cau
"
GALANT.
13
ſez , ont eſte ſanglans. Vous en
verrez la peinture dans les Vers
qui fuivent.
•
LE
TOMBEAU
DU
CALVINISME .
SONNET.
'Eus pour Pere l'orguet , & four
Mere l'Erreur:
L'Aftre fanglant de Mars éclaira
ma naiffance.
Avec l'Impieté, la Revoltefa doeur
Pritle foin d'élever en fecret mon
enfance.
Sous un visage doux cachant un
mauvais coeur ,
Des rivages du Rhin je paſſay dans
La
France ,
14
MERCURE
où parde fer , le feu , le carnage &
l'horreur
Je fis jufques aux Rois fentir ma
• • violence.
Les plus braves d'entre eux m'attaquerent.
envain ;
Trônes , Temples ; Autels , tout plia
fous ma main ;
Mes coups furent par tout plus .
crains que le Tonnerre :
Mais à la fin, Deftins, ilfaut fubir
vos loix.
L'on ne pût m'ébranler en quarante
•• ans de guerre:
Et la Paix de LOUIS m'a défait en
trois mois.
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Résumé : LE TOMBEAU DU CALVINISME. SONNET.
Le texte décrit les ravages de l'hérésie calviniste, qualifiée de 'Tombeau du Calvinisme', née de l'orgueil et de l'erreur. Elle traverse le Rhin pour atteindre la France, semant violence et destruction. Cette force terrorise les rois et détruit trônes, temples et autels. Après quarante ans de guerre, Louis XIV rétablit la paix en trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 24
MADRIGAL.
Début :
Aprés avoir dompté diverses Nations, [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Erreur, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
APrès avoir dompté diverfes
Nations ,
Aprés avoir dompté Jes propres
paffions ,
LOUIS s'eft mis fans doute au com
ble de la gloire :
Mais qu'en moins de fix mois il ait
détruit l'Erreur ,
Que fans verfer defangil ait eu
ce bonheur,
C'eft ce qui doit le plus briller dans
fon Histoire
Et qui fe fera le moins croire.
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22
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
Fermer
Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 244-258
Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy par cet amour paternel qui luy a fait rechercher [...]
Mots clefs :
Salut, Religion prétendue réformée, Prudence, Hérésie, Ténèbres, Erreur, Autorité, Tolérance, Maisons, Catholiques, Ministres, Éducation des enfants, Édit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
Fermer
Résumé : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
En février 1686, Victor-Amédée, Duc de Savoie, publia un édit visant à réprimer la religion réformée dans ses États. Cette décision fut motivée par les abus commis par les protestants malgré la tolérance précédente. Le Duc mentionna que les monarques antérieurs avaient tenté des conversions mais avaient été influencés par des interventions étrangères. La récente conversion des protestants voisins, soutenue par le roi de France, offrit une opportunité de finaliser cette conversion. L'édit interdisait l'exercice public de la religion réformée et ordonnait la démolition des temples. Les ministres protestants devaient se convertir au catholicisme sous quinze jours, sinon ils seraient expulsés et leurs biens confisqués. Les nouveaux-nés devaient être baptisés par des curés catholiques et élevés dans la foi catholique, sous peine de sanctions pour les parents non conformes. L'édit stipulait également que les enfants de couples mixtes devaient être élevés dans la religion catholique. Les autorités locales étaient chargées de veiller à l'application de cette règle. Pour les étrangers protestants résidant illégalement, la conversion au catholicisme était obligatoire sous peine de mort et de confiscation des biens. Ils pouvaient vendre leurs biens, mais ceux-ci devaient être achetés par des catholiques. Les magistrats et officiers de justice devaient faire respecter cet édit, dont la publication devait suivre les formalités habituelles et avoir force de loi pour tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 46-48
QUATRAINS.
Début :
CHantons tous l'heureuse Paix, [...]
Mots clefs :
Paix, Calvin, Erreur, Bonheur, Louis, Épée, Prudence, Ennemis, Huguenots, Temples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAINS.
Hantons tous l'heureuse
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
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Résumé : QUATRAINS.
Le texte célèbre la paix et la victoire de l'Empire de France, qui a éliminé Calvin et dissipé l'erreur religieuse. Il met en avant la sagesse et la prudence de l'empereur, notant que cent peuples se sont soumis volontairement sans recours à la force. Les ennemis de l'empereur sont décrits comme malheureux, tandis que les peuples sous son empire équitable sont heureux. Le texte s'adresse aux huguenots, leur promettant la fin des violences et une future conversion au catholicisme. Il appelle à l'unité et à l'amour fraternel, affirmant que la haine laisse place à l'amour et que tous sont désormais frères. L'Église est vue comme un temple commun où l'ardeur des huguenots servira d'exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 313-314
DEVISE Sur la Défaite de l'Heresie. Elle a pour corps le Soleil montant sur l'Horison, & pour ame. Procul, error, & umbra.
Début :
En ouvrant chaque jours la barriere des Cieux, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Cieux, Erreur, Défaite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEVISE Sur la Défaite de l'Heresie. Elle a pour corps le Soleil montant sur l'Horison, & pour ame. Procul, error, & umbra.
DEVISE
Sur la Défaite de l'Heresie.
Elle a pour corps le Soleil
montant sur l'Horison, &
pour ame, Procul,error, &
umbr. EN ouvrant chaque jour la barriere
des citux)
je porte mon éclat aux endroits les
plus lômbreç;
£tfaifint rcjpmir ma presence en
tous lieux,
Je tire l'Univers de Cerreur & des ombres. Lemesme.
Sur la Défaite de l'Heresie.
Elle a pour corps le Soleil
montant sur l'Horison, &
pour ame, Procul,error, &
umbr. EN ouvrant chaque jour la barriere
des citux)
je porte mon éclat aux endroits les
plus lômbreç;
£tfaifint rcjpmir ma presence en
tous lieux,
Je tire l'Univers de Cerreur & des ombres. Lemesme.
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26
p. 203-213
A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Début :
Enfin le grand Article des Conversions, qui grossissoit tous les / Je sçay, Monsieur, le plaisir que vous avez d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversions, Véritable religion, Règne, Église, Sermons, Saint-Esprit, Abjuration, Confession, Miracles, Erreur, Prière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Enfin le grand Article des
Converfions , qui groffiffoir
tous les mois maLettre,commence
heureuſement à diminuer
, faute de matiere , & la
veritable Religion va regner
entierement chez des Peuples
, à qui il ne manquoit
que cette union pour joüir
avec une pleine joye de la
gloire & du repos que leur
procure le plus floriffant &
le plus beau Regne que l'on
vit jamais. Je ne vous parleray
plus de Converfions de
Villes entieres, mais de quelques
Particuliers feulement,
204 MERCURE
dont l'obftination a rendu la
défaite plus éclatante. Vous
en allez voir trois de cette
nature dans la Lettre que je
vous envoye. Elle eft curieufe
, & remplie en peu
de mots de chofes touchantes
.
A MONSIEVR
L'ABBE' DE SAZILLY.
E çay , Monfieur , le plaifir
que vous avez d'apprendre le
nombre de ceux qui rentrent dans
le fein de l'Eglife , non feulement
GALANT. 205
par l'intereft que vous prenez au
falut de leurs Ames , mais encore
parce que
a
les merveilles
que
Dien
fait paroiftre dans plufieurs de ces
Converfions , font autant d'Eloges
pour noftre Auguſte Monarque.
Voicy ce que j'ay veu dans
une Lettre écrite de Lodeve le 19.
Fanvier, par un Docteur de Sor
bonne à M. Berthe , Superieur de
Mes de la Congregation de la
Miffion à Saint Lazare , dont le
rare merite vous eft connu. Aprés
avoir parlé d'un grand nombre de
Converfions , & de l'affiduité de
plus de huit mille Perfonnes à entendre
fes Sermons tous les foirs ,
206 MERCURE
il dit qu'une Fille âgée de dix- huit
ans fe cacha affez long - temps
dans fon lit , feignant d'eſtre ma
Lade , pour n'eftre pas obligée d'aller
à l'Eglife ; mais dans la crainte
de s'y voir forcée , elle quitta le
lit, &fe retira dans une Caverne,
qui auroit paru affreuse à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans en fortir que
pour allerchercher des herbes de la
Campagne , afin de s'en nourrir.
Enfin preffée par des mouvemens
interieurs du S. Efprit , elle quitta
fa Solitude , & vint le jour meſme
qu'il écrivit cette Lettre , le
prier de recevoirfon abjuration ,
la nuit
GALANT. 207
qu'elle fit avec les fentimens les
plus religieux du monde , aprés un
entretien de cinq heures , où elle fit
connoiftre qu'elle eftoit extraordi-
@
nairementfçavante dansfa Religion,
fort attachée à fa croyan
ce. Elle fit enfuite fa Confeffion
generale, nonfans verfer beaucoup
de larmes , tant pour ses pechez,
que pour avoir trop tardé à fe fai.
re inftruire. Sa Mere & fon Frere
, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauſſe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attendu ,
fe convertirent auffi. Voila, Monfieur
, une Converfion qui fait
voir ,
208 MERCURE
Que Dieu répand fouvent fes plus
rares faveurs
Dans les plus jeunes Cours ;
Une autre va montrer avec quel
avantage
Il les répand auffi dans ceux d'un
plus grand âge.
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiftre dans le mefme temps
qu'il ne faut qu'un moment à la
Grace pour brifer le coeur le plus
endurcy. Ellefe nomme la Baronne
de Faugere , âgée de quarante
ans. Son opiniaftreté eftoitfi grande,
qu'elle protestoit de fe laiffer
plutoft maffacrer, que d'aller ja
mais à confeffe. Elle vint auſſi ſe
jetter aux pieds du mefme DoGALANT.
209
cteur, &fes larmes couloient en
fi grande abondance du regret d'avoir
demeuré fi long- temps dans
l'Erreur, qu'il eut toutes lespeines
du monde à les arreſter , & fut
extremement touché de fa penitence.
Ce n'est pas feulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , je croy mepouvoirfervir
de ce terme aprés S. Thomas.
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
une Converfion qui s'eftfaite dans
une Paroiffe de Paris , eft fi particuliere
, qu'elle peut tenirfa pla
ce icy ; je m'affeure, Monfieur,
Mars 1686..
210 MERCURE
que vous direz avec tous ceux qui
en feront la lecture.
Quand ce n'eſt que la feule
bouche
Qui demande à Dieu du fecours
,
On ne voit pas qu'elle le tou
che ,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours.
C'est une Dame qui mene prefentement
une Vie fi cachée & fe
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommer fans luy faire de
la peine , a bleſſer få modestie.
que je puis dire , c'est qu'elle
eft Etrangere, & de grande Qua
Ce
GALANT. 211
lité; qu'elle eft tres- bienfaite ,
felon ce que l'on peut juger, d'environ
trente - deux ans ; qu'elle a
aimé le Monde , & a laiffé de
fort grands Biens en fon Pays. Elle
vint en France avecfon Mary,
qui eftoit de la Religion P. R.
comme elle , & qui eſt mort de_
puis quelques mois. Cette mort
luy a efté tres-fenfible , mais les
grandes chofes que le Roy a
tes pour le falut de fes Sujets qui
eftoient dans l'Erreur , luy ayans
fait naiftre des doutes defa croyance
, elle oublia toutes chofes pour
ne penfer qu'à celle - là . Elle ne s'er
ouvrit pourtant à perfonne . Elle
fai-
Sij
212 MERCURE
n'avoit de recours qu'à la Priere
à fes larmes, pour demander à
Dieu qu'il luy enfeignast le chemin
qu'elle devoitfurore. Unfoir
fort tard qu'elle le prioit avec une
ferveur extraordinaire , de luyfaire
cette grace , elle entendit une
Voix qui luy dit fort diftinctement
, Leve- toy , & fuy celuy
qui paffe. Elle court auffi- toft à
la feneftre , & voit paffer noftre
Seigneur que l'on portoit à quelques
malades. Elle prit foudain
fon Efcharpe, fe mit à le fuivre.
Eftant revenue chez elle, elle
paſſa une partie de la nuit à genoux,
pour remercierfon Divin
GALANT.
213
Av.
21
Maistre de la grace qu'il luy
voit faite. Le lendemain elle fit
fon abjuration & fa Confeffion
generale. On luy a voulu donner
une Penfion affez forte , mais elle
n'a accepté que ce qu'il luy faur
pour vivre tres-modiquement. Je
fuis , Monfieur , avec respect, vo-
Fire tres , &c. VIGNIER ,
A Paris ce 3. Mars 1686 .
Converfions , qui groffiffoir
tous les mois maLettre,commence
heureuſement à diminuer
, faute de matiere , & la
veritable Religion va regner
entierement chez des Peuples
, à qui il ne manquoit
que cette union pour joüir
avec une pleine joye de la
gloire & du repos que leur
procure le plus floriffant &
le plus beau Regne que l'on
vit jamais. Je ne vous parleray
plus de Converfions de
Villes entieres, mais de quelques
Particuliers feulement,
204 MERCURE
dont l'obftination a rendu la
défaite plus éclatante. Vous
en allez voir trois de cette
nature dans la Lettre que je
vous envoye. Elle eft curieufe
, & remplie en peu
de mots de chofes touchantes
.
A MONSIEVR
L'ABBE' DE SAZILLY.
E çay , Monfieur , le plaifir
que vous avez d'apprendre le
nombre de ceux qui rentrent dans
le fein de l'Eglife , non feulement
GALANT. 205
par l'intereft que vous prenez au
falut de leurs Ames , mais encore
parce que
a
les merveilles
que
Dien
fait paroiftre dans plufieurs de ces
Converfions , font autant d'Eloges
pour noftre Auguſte Monarque.
Voicy ce que j'ay veu dans
une Lettre écrite de Lodeve le 19.
Fanvier, par un Docteur de Sor
bonne à M. Berthe , Superieur de
Mes de la Congregation de la
Miffion à Saint Lazare , dont le
rare merite vous eft connu. Aprés
avoir parlé d'un grand nombre de
Converfions , & de l'affiduité de
plus de huit mille Perfonnes à entendre
fes Sermons tous les foirs ,
206 MERCURE
il dit qu'une Fille âgée de dix- huit
ans fe cacha affez long - temps
dans fon lit , feignant d'eſtre ma
Lade , pour n'eftre pas obligée d'aller
à l'Eglife ; mais dans la crainte
de s'y voir forcée , elle quitta le
lit, &fe retira dans une Caverne,
qui auroit paru affreuse à toute
autre. Elle y demeura prés de trois
mois , fans en fortir que
pour allerchercher des herbes de la
Campagne , afin de s'en nourrir.
Enfin preffée par des mouvemens
interieurs du S. Efprit , elle quitta
fa Solitude , & vint le jour meſme
qu'il écrivit cette Lettre , le
prier de recevoirfon abjuration ,
la nuit
GALANT. 207
qu'elle fit avec les fentimens les
plus religieux du monde , aprés un
entretien de cinq heures , où elle fit
connoiftre qu'elle eftoit extraordi-
@
nairementfçavante dansfa Religion,
fort attachée à fa croyan
ce. Elle fit enfuite fa Confeffion
generale, nonfans verfer beaucoup
de larmes , tant pour ses pechez,
que pour avoir trop tardé à fe fai.
re inftruire. Sa Mere & fon Frere
, qui estoient dans une obstination
inconcevable pour leur fauſſe
Religion , touchez d'un exemple
qu'ils n'auroient jamais attendu ,
fe convertirent auffi. Voila, Monfieur
, une Converfion qui fait
voir ,
208 MERCURE
Que Dieu répand fouvent fes plus
rares faveurs
Dans les plus jeunes Cours ;
Une autre va montrer avec quel
avantage
Il les répand auffi dans ceux d'un
plus grand âge.
Une Demoiselle de Qualité fit
connoiftre dans le mefme temps
qu'il ne faut qu'un moment à la
Grace pour brifer le coeur le plus
endurcy. Ellefe nomme la Baronne
de Faugere , âgée de quarante
ans. Son opiniaftreté eftoitfi grande,
qu'elle protestoit de fe laiffer
plutoft maffacrer, que d'aller ja
mais à confeffe. Elle vint auſſi ſe
jetter aux pieds du mefme DoGALANT.
209
cteur, &fes larmes couloient en
fi grande abondance du regret d'avoir
demeuré fi long- temps dans
l'Erreur, qu'il eut toutes lespeines
du monde à les arreſter , & fut
extremement touché de fa penitence.
Ce n'est pas feulement à
Lodeve que Dieu a operé de tels
Miracles , je croy mepouvoirfervir
de ce terme aprés S. Thomas.
On feroit des Volumes entiers de
tous ceux qui font arrivez dans
chaque endroit du Royaume , mais
une Converfion qui s'eftfaite dans
une Paroiffe de Paris , eft fi particuliere
, qu'elle peut tenirfa pla
ce icy ; je m'affeure, Monfieur,
Mars 1686..
210 MERCURE
que vous direz avec tous ceux qui
en feront la lecture.
Quand ce n'eſt que la feule
bouche
Qui demande à Dieu du fecours
,
On ne voit pas qu'elle le tou
che ,
Mais lors que le Coeur parle , il
luy répond toujours.
C'est une Dame qui mene prefentement
une Vie fi cachée & fe
remplie de pieté , que je ne pourrois
la nommer fans luy faire de
la peine , a bleſſer få modestie.
que je puis dire , c'est qu'elle
eft Etrangere, & de grande Qua
Ce
GALANT. 211
lité; qu'elle eft tres- bienfaite ,
felon ce que l'on peut juger, d'environ
trente - deux ans ; qu'elle a
aimé le Monde , & a laiffé de
fort grands Biens en fon Pays. Elle
vint en France avecfon Mary,
qui eftoit de la Religion P. R.
comme elle , & qui eſt mort de_
puis quelques mois. Cette mort
luy a efté tres-fenfible , mais les
grandes chofes que le Roy a
tes pour le falut de fes Sujets qui
eftoient dans l'Erreur , luy ayans
fait naiftre des doutes defa croyance
, elle oublia toutes chofes pour
ne penfer qu'à celle - là . Elle ne s'er
ouvrit pourtant à perfonne . Elle
fai-
Sij
212 MERCURE
n'avoit de recours qu'à la Priere
à fes larmes, pour demander à
Dieu qu'il luy enfeignast le chemin
qu'elle devoitfurore. Unfoir
fort tard qu'elle le prioit avec une
ferveur extraordinaire , de luyfaire
cette grace , elle entendit une
Voix qui luy dit fort diftinctement
, Leve- toy , & fuy celuy
qui paffe. Elle court auffi- toft à
la feneftre , & voit paffer noftre
Seigneur que l'on portoit à quelques
malades. Elle prit foudain
fon Efcharpe, fe mit à le fuivre.
Eftant revenue chez elle, elle
paſſa une partie de la nuit à genoux,
pour remercierfon Divin
GALANT.
213
Av.
21
Maistre de la grace qu'il luy
voit faite. Le lendemain elle fit
fon abjuration & fa Confeffion
generale. On luy a voulu donner
une Penfion affez forte , mais elle
n'a accepté que ce qu'il luy faur
pour vivre tres-modiquement. Je
fuis , Monfieur , avec respect, vo-
Fire tres , &c. VIGNIER ,
A Paris ce 3. Mars 1686 .
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Résumé : A MONSIEUR L'ABBÉ DE SAZILLY.
Le texte décrit la diminution des conversions religieuses massives dans certaines régions, permettant à la 'véritable Religion' de s'imposer davantage. Les conversions se font désormais au cas par cas, impliquant des individus déterminés. Trois exemples notables de conversions sont présentés. Premièrement, une jeune fille de dix-huit ans de Lodève, qui évitait d'aller à l'église, se convertit après trois mois de solitude et fit une abjuration sincère. Sa mère et son frère la suivirent dans cette décision. Deuxièmement, la Baronne de Faugere, une femme de quarante ans réputée pour son obstination, se convertit après avoir été touchée par la grâce divine et une profonde pénitence. Troisièmement, une dame étrangère de haute naissance, âgée d'environ trente-deux ans, se convertit après le décès de son mari. Elle fut guidée par une vision divine et fit son abjuration ainsi qu'une confession générale. Elle refusa une pension généreuse, préférant accepter seulement ce qui était nécessaire pour vivre modestement. Ces récits mettent en lumière la puissance de la grâce divine et l'influence des actions royales sur les conversions religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 312-314
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Comme je ne vous parle depuis long-temps que des Conversions [...]
Mots clefs :
Conversion, Erreur, Religionnaires, Vérités catholiques, Dispute, Missionnaires, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions. [titre d'après la table]
depuis longtemps que des
Conversions des Villes entieres,
je ne vous a pprendrois
pas celles des Sieurs,
Bertrand Cagnon & Tho*
mas Cousturier, si elles n'en
avoient causé plusieurs autres.
C'estoient les principaux
Anciens & Surveillant
de Goron, Ville du Bas Costentin
,
proche le Mont-
~<-<T~n~n. Ils retenoient
dans
dans l'Erreur lapluspart des
Religionnaires de la Ville&
des environs, parleur obstination
à rejetter les Veritez
Catholiques, & la confiance
qu'on a ordinairement aux
Chefs de Party, les faisoit
* croire sur les mauvaises raisons
dont ils se servoient
pour soûtenir leur fausse Religion.
Enfin, après beaucoup
de combats& de Disputes
particulières & publidqeues
, ils ont esté contraints se rendre aux éclaircissemens
que leur ont donnéle
Pere Agathange du Polet,
& le Pere Ange d'Ingouville,
Capucins
,
fameux
Prédicateurs Missionnaires
ez Controversistes,qui ont
fait paroistre leur capacité
Çc leurzele dans le Poitou
ôc dans les Sevenes, où
ils ont converty beaucoup
-
de monde. Ces deux Anciens
ayant donné l'exemple
par leur abjuration
,
ils
furent suivis des plus abstinez.
Ainsi l'on peut dire que
çe fut une Conversion generale.
Nous
Conversions des Villes entieres,
je ne vous a pprendrois
pas celles des Sieurs,
Bertrand Cagnon & Tho*
mas Cousturier, si elles n'en
avoient causé plusieurs autres.
C'estoient les principaux
Anciens & Surveillant
de Goron, Ville du Bas Costentin
,
proche le Mont-
~<-<T~n~n. Ils retenoient
dans
dans l'Erreur lapluspart des
Religionnaires de la Ville&
des environs, parleur obstination
à rejetter les Veritez
Catholiques, & la confiance
qu'on a ordinairement aux
Chefs de Party, les faisoit
* croire sur les mauvaises raisons
dont ils se servoient
pour soûtenir leur fausse Religion.
Enfin, après beaucoup
de combats& de Disputes
particulières & publidqeues
, ils ont esté contraints se rendre aux éclaircissemens
que leur ont donnéle
Pere Agathange du Polet,
& le Pere Ange d'Ingouville,
Capucins
,
fameux
Prédicateurs Missionnaires
ez Controversistes,qui ont
fait paroistre leur capacité
Çc leurzele dans le Poitou
ôc dans les Sevenes, où
ils ont converty beaucoup
-
de monde. Ces deux Anciens
ayant donné l'exemple
par leur abjuration
,
ils
furent suivis des plus abstinez.
Ainsi l'on peut dire que
çe fut une Conversion generale.
Nous
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Résumé : Conversions. [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion au catholicisme de Bertrand Cagnon et Thomas Cousturier, anciens et surveillants de la ville de Gorron, située dans le Bas Cotentin près du Mont-Saint-Michel. Leur opposition aux vérités catholiques influençait négativement la population locale. Après plusieurs débats, ils furent convaincus par les Pères Agathange du Polet et Ange d'Ingouville, connus pour leurs prédications et compétences théologiques. Ces conversions se produisirent notamment dans le Poitou et les Sévénoises. L'exemple de Cagnon et Cousturier incita ensuite les habitants les plus réticents à se convertir, entraînant une conversion générale de la population.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 181-185
AU ROY.
Début :
Voicy les derniers Vers que Me des Houlieres a faits / L'Erreur seconde en attentats, [...]
Mots clefs :
Noms, Erreur, Peuple, Adorer, Trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy les derniers Vers
que Me des Houlieres a
faits
pour le Roy.
AU ROY; L
*Erreur feconde en attentats
£htitraifnoitLi Dijcorde&lOrgueil
àsifuite,
LH.UQ:)' ,
Ne répand plm enfin dam tes vasles
Efiats
Lepoifion dont L'armal'Enfer qui l'a
produite3
Tafiieté,Grand Roy,pourjamais I'd
détruite.
Quelle Hydreviens-tud'étouffer l
En vain tes Grands Ayeux oserent la
combatre,
Ces Héros ne pûrent abatre
Le Monjlre dontsans peine on te voit triompher.
far combiendeforfaits, de Batailles,
de Siercs
Son orginils'est-ilftgnalé*
gue d'AutelsontsentysesfureursfixeriUgcs!
Le Trône eu l'on te voit en fut mefime
ébranléi
Tu le feais
,
& tes foins toujours
prompts,toujoursfiages,
VxèferventnosATeuLUX aun defaflrc
FIïCd.
Ainji voyons-nouileSolcïl
Pour fiirt de beaux jours dtjjlper let
nuages.
Le plia rude Jcntiersiustes pass'a»
pla,lit.
Frince Inunhx, les Destinsfont pour
toy unscaprices,
Contre une Hydre indomptée un seul
ordresuffit,
A ta voixfont tombez, lesnombreux
Edifîrs
Ouse neuryifjoient les fureurs;
A ta voix elle rentre en ce goufre d'hor.
reurs
Dessinépeurpunir Us,vices.
Adesirrands plaudit, fitccestout le(Ce' ap- mie ( eit. 'it~
D, loaçrt emensi'abvMt reten- J~ ci' iime., ion secoursdérobeàfis
supplices!
Ah,pour(..uviyton Peuple
,
crpour
langerla FfJ),
Ce que tu nens de faire eJ1 au dejjus
de l'homme )
De quelques grands noms qu'on te
himme,
0) iabd'jjl, il n'ff plus d'¡!/fèz
grands noms pour toy.
-
Mau dans lu bras d, la Victoire
yplains-toy de ton bonheur, erainsl'excès deta gluire
,
Yoy lefort qu'a ton Peuple elle v-z
préparer;
Ta main pui/jante Ó;, Ucourabie
Tire 1 /., ,
ce
Prup( aiméd'uni tnenrdéploraiit,
Etparune autre Erreur fit le ïas égarer.
Inshu'i pAYcrnt fameux eXCrlJ?Ù;,
-
^uja de ras on a
>
des Jtmpla\
Contre ta modeflie on ose-mmmurer.
(kiy.sitapietériymcîioitdescbftdclesy
Tesjours fertiles en miracles
Nomforutoient a tyadorer.
que Me des Houlieres a
faits
pour le Roy.
AU ROY; L
*Erreur feconde en attentats
£htitraifnoitLi Dijcorde&lOrgueil
àsifuite,
LH.UQ:)' ,
Ne répand plm enfin dam tes vasles
Efiats
Lepoifion dont L'armal'Enfer qui l'a
produite3
Tafiieté,Grand Roy,pourjamais I'd
détruite.
Quelle Hydreviens-tud'étouffer l
En vain tes Grands Ayeux oserent la
combatre,
Ces Héros ne pûrent abatre
Le Monjlre dontsans peine on te voit triompher.
far combiendeforfaits, de Batailles,
de Siercs
Son orginils'est-ilftgnalé*
gue d'AutelsontsentysesfureursfixeriUgcs!
Le Trône eu l'on te voit en fut mefime
ébranléi
Tu le feais
,
& tes foins toujours
prompts,toujoursfiages,
VxèferventnosATeuLUX aun defaflrc
FIïCd.
Ainji voyons-nouileSolcïl
Pour fiirt de beaux jours dtjjlper let
nuages.
Le plia rude Jcntiersiustes pass'a»
pla,lit.
Frince Inunhx, les Destinsfont pour
toy unscaprices,
Contre une Hydre indomptée un seul
ordresuffit,
A ta voixfont tombez, lesnombreux
Edifîrs
Ouse neuryifjoient les fureurs;
A ta voix elle rentre en ce goufre d'hor.
reurs
Dessinépeurpunir Us,vices.
Adesirrands plaudit, fitccestout le(Ce' ap- mie ( eit. 'it~
D, loaçrt emensi'abvMt reten- J~ ci' iime., ion secoursdérobeàfis
supplices!
Ah,pour(..uviyton Peuple
,
crpour
langerla FfJ),
Ce que tu nens de faire eJ1 au dejjus
de l'homme )
De quelques grands noms qu'on te
himme,
0) iabd'jjl, il n'ff plus d'¡!/fèz
grands noms pour toy.
-
Mau dans lu bras d, la Victoire
yplains-toy de ton bonheur, erainsl'excès deta gluire
,
Yoy lefort qu'a ton Peuple elle v-z
préparer;
Ta main pui/jante Ó;, Ucourabie
Tire 1 /., ,
ce
Prup( aiméd'uni tnenrdéploraiit,
Etparune autre Erreur fit le ïas égarer.
Inshu'i pAYcrnt fameux eXCrlJ?Ù;,
-
^uja de ras on a
>
des Jtmpla\
Contre ta modeflie on ose-mmmurer.
(kiy.sitapietériymcîioitdescbftdclesy
Tesjours fertiles en miracles
Nomforutoient a tyadorer.
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Résumé : AU ROY.
Le poème s'adresse au roi et décrit les défis et les triomphes de son règne. Il évoque une 'Erreur feconde en attentats' et un 'Orgueil' menaçant le royaume, incarnés par une 'Hydre' représentant le mal et les troubles. Le roi est encouragé à vaincre cette Hydre, malgré les échecs des ancêtres héroïques. Le poème loue ses batailles et ses succès, qui ont apporté paix et prospérité, comparant le roi au soleil dispersant les nuages. Les destins favorables au roi permettent de triompher de l'hydre indomptée par un seul ordre. Le texte se termine par une réflexion sur la gloire du roi, qui doit rester humble et se souvenir des souffrances de son peuple. Il critique ceux qui murmurent contre la modestie du roi, soulignant que ses jours sont fertiles en miracles dignes d'être adorés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 145-160
LA CRITIQUE ODE.
Début :
Quel orage est prest à fondre ? [...]
Mots clefs :
Critique, Homère, Aristote, Erreur, Virgile, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA CRITIQUE ODE.
LA CRITIQUE
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
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Résumé : LA CRITIQUE ODE.
Le texte est une critique poétique qui examine la figure d'Homère et les préjugés entourant son œuvre. L'auteur remet en question l'idolâtrie excessive dont Homère fait l'objet, soulignant que même un grand poète reste un homme et ne doit pas être déifié. Il critique les interprétations erronées et les gloses abstraites qui entourent les œuvres d'Homère, affirmant que la raison et le bon sens doivent prévaloir sur les erreurs ancestrales. L'auteur se réfère aux savants contemporains qui, malgré les âges, présentent les suffrages les plus grands au poids exact du bon sens. Il insiste sur la nécessité de fonder les arguments sur des principes solides et immuables, évitant l'ironie insultante et les raisonnements enflés. Il prône la modération et l'amitié, même dans la dispute, pour préserver la paix et les vérités saintes. Enfin, il appelle à l'équité et à la douceur dans les débats, imitant Nestor plutôt qu'Achille, et à éviter les passions destructrices comme l'orgueil et la sophistique. L'auteur exprime son désir de conserver la paix, même au prix de concessions, pour maintenir l'harmonie entre les partisans des différentes opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 107-127
COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je croy, Monsieur, que je n'auray pas de peine à vous [...]
Mots clefs :
Coquette, Anciens, Modernes, Ouvrages, Erreur, Auteur, M. de la Motte, Anciens et Modernes, Poète, M. Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
COPIE DE LA LETTRE
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
Fermer
31
p. 3-53
SUITE DE L'APOLOGIE DES SCAVANTS. SECONDE PARTIE, où L'ON FAIT VOIR, Que c'est le Public qu'on doit rendre responsable des excès qu'on leur reproche.
Début :
Je ne sçais si les Sçavants me sçauront tout le gré [...]
Mots clefs :
Savants, Justice, Défense, Querelles, Public, Insolence, Excès, Ouvrages, Erreur, Contestation, Disputes, Tribunal , Médisance, Barbarie, Peuple romain, Christianisme, Compassion, Sentiments, Humilité, Suffrages, Sciences, Arts, Réflexions, Ennemi, Érudition, Réconciliation, Divertissement, Préjudice, Politesse, Sagesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'APOLOGIE DES SCAVANTS. SECONDE PARTIE, où L'ON FAIT VOIR, Que c'est le Public qu'on doit rendre responsable des excès qu'on leur reproche.
SUITE
DE L'APOLOGIE
DES SCAVANTS.
SECONDE PARTIE ,
où L'ON FAIT VOIR ,
Que c'est le Public qu'on doit rendre
refponfable des excès qu'on
leur reproche.
J
E ne fçais fi les Sçavants
me fçauront tout le gré
que j'aurois naturellement
lieu de me promettre
du zele avec lequel je prens
A ij
4 MERCURE LE
en main leur défenfe ; mais comme
il faut être défintereffé dans le bien
qu'on fait , le plus ou le moins de
reconnoiffance de leur part n'altérera
en rien l'inclination que je me
fens à leur rendre toute la justice
qu'ils méritent ; & puifque j'ai com
mencé à les défendre , il faut continuer
de bonne grace , & donner
à leur Apologie toute l'étendue que
demande l'importance du fujet , &
toute la force dont il
ceptible.
peut être fuf
On les accufe de manquer de
moderation dans leurs querelless
j'ai fait voir en quoi on leur faifoit
injuftice fur ce point ; mais je
veux qu'ils ayent tort , qui eft- ce
qui les blâme ? C'eſt le Public. Et
moi je prétends que le Public n'eft
pas en droit de le faire : Pourquoi ?
parce que c'est à ce Public même
qui leur fait leur procés avec tant
de hauteur & de févérité , qu'il faut
imputer tout ce qu'on leur reproche
, & qu'il eft plus refponfable
qu'eux , de tous leurs excés.
DE MAY.
La propofition eft hardie , je l'avoue
, & il y a une forte de témérité
& même d'infolence à prendre
le Public à parti auffi hautement
que je fais ; mais voici ce qui me
fauve : C'est à fon propre Tribu
nal que je le cite ; ce n'eft que devant
lui que je veux plaider contre
lui-même ; & je me Hate qu'en faveur
d'une déference fi refpectueufe
, & en même-temps fi honorable
pour lui , il me paffera fans
peine tout ce que la propofition ,
d'elle- même,pourroit avoir de choquant
& d'irrégulier. Je le fais donc
Juge en fa propre caufe , & je compte
affes fur fa droiture & fur fon
équité , pour être perfundé , qu'il fe
fera juftice auffi exactement qu'il
a coûtume de la faire aux autres ,
& qu'il fera le premier à fe condamner
, fi on lui fait voir par de
bonnes raifons qu'il foit veritable-
.ment en faute. Or, c'eft ce que j'entreprends
de vérifier , & voici furquoi
je me fonde .
Quand des Sçavants s'attaquent
A iij
6 LE MERCURE
:
l'un l'autre dans des Ouvrages
qu'ils mettent en lumiere : je demande
quelle eft leur vûe ? car
chacun d'eux a fon but , & fe propofe
une fin . Seroit- ce de détromper
fon Adverfaire , & de lui faire
avouer qu'il a tort ? Un Sçavant
peut bien avoir affés bonne opinion
de la fupériorité de fon efprit , & de
la force de fon raifonnement , pour
fe flater qu'il fera connoître fenfiblement
à fon Antagoniſte , qu'il eft
dans l'erreur mais s'il eſpére le
réduire à en convenir lui - même ;
c'est ce me femble beaucoup préfumer
de fa docilité & de fa droi
ture . Quelque détrompé qu'on foit
dans le coeur , il en coûte trop à l'amour
propre pour l'avoüer : &
quand il fe trouveroit quelque
exemple d'un aveu pareil , c'eſt
quelque chofe de fi héroïque , &
par là même de fi rare , que cela ne
doit être tiré à conféquence.
pas
D'ailleurs , fi l'on ne fe propofe
point d'autre fin, à quoy bon rendre
publique une conteftation où il ne
DE 7
MAY.
s'agit que de détromper un particulier?
Pourquoi étaler auxyeuxde tout
le monde la honte de fon illufion
Pourquoi le couvrir d'une confufion
qu'on peut lui épargner, en l'inftruifant
tête à tête ›
ou par des
écrits qui n'aillent qu'à lui ? Metho
de d'autant plus efficace pour ramener
un efprit à la verité , que l'orgueil
naturel fe fent moins intereffé
dans un aveu fécret de l'erreur où
on a donné , & qu'il trouve dans
la délicateffe de ces fortes de ménagements
, de quoi fe relever de
tout ce qu'un aveu pareil peut
avoir d'humiliant .
On a donc quelque autre veûë,
quand on donne au Public ces fortes
d'Ouvrages ; & quelle peut être
cette veûë , finon , de le rendre
Arbitre de la difpute & de plaider
à fon Tribunal ? l'impreffion des
Livres tient lieu d'exploit dans la
République litteraire ; & tout Auteur
qui imprime contre un autre,
eft cenfé le citer devant le Tribunal
du Public,pour s'y voir condam8.
LE MERCURE
né & convaincu d'ignorance & d'erreur.
On regarde de part & d'autre
le Public , comme le Juge naturel
de la conteftation , & l'Arbitre
fouverain qui doit en décider
On a donc de part & d'autre, égal
intereft de le gagner , de lui plaire ,
de s'infinier dans fon efprit ; & par
conféquent de prendre, en écrivant ,
le ftile le plus convenable à fon humeur
, le plus conforme à fon goût ,
& le plus capable de le flâter : Ainfi ,
lorfque des Sçavans s'attaquent par
des invectives , s'offencent par des
réproches , fe déchirent par des médifances
ils font à plaindre fans
doûte d'en être réduits à une fi
étrange & fi cruelle neceffité ; mais ,
eft-ce à eux qu'il faut s'en prendre,
& non pas plûtôt au Public qui les
réduit & qui les y force , comme
on le verra dans la fuite.
y
Quand on donnoit autrefois à
Rome de ces Fêtes fanglantes , cù
trois , quatre & cinq cents hommes
deftinez à réjouir le PeupleRomain,
aux dépens de leur vie , fe maflaDE
MAY.
croient cruellement les uns les autres
, à qui croi- t- on qu'il falût im
puter l'horreur de cette bouche.
rie , aux Gladiateurs qui s'eftrama.
connoient fans quartier , ou au Peuple
enfaveur de qui on donnoit ce
divertiffement barbare ? C'étoit fans
doûte quelque chofe de bien atroce
& de bien inhumain qu'un pareil
fpectacle ; mais y auroit -il eu de
la raifon de le reprocher à ces pauvres
& infortunez Gladiateurs ? &
n'auroient ils pas été en droit de
répondre : Hélas ! C'eſt bien malgré
nous que nous en venons à cette
barbarie,blâmez ce Peuple, au plaifir
& à la cruauté duquel on nous
facrifie , mais pour nous , nousfommes
à plaindre & non à blâmer, Or,
ce que ces Gladiateurs répondroient
en cas pareil , les Sçavans
font en droit de le répondre fur le
reproche qu'on leur fait , & de dire
: fi nous fommes cruels les uns
envers les autres , fi nous nous
pouffons fans ménagement dans nos
querelles , fi nous nous décrions ,
10 LE MERCURE
i nous nous déchirons , impitoyablement
, c'est le Public qui nous
contraint & qui nous en fait i
Loy.Nôtre grand intereft eft de lui
plaire , & nous n'employrions pas
des moyens fi violents pour y parvenir
,finous n'étions perfuadez qu'ils
font de fon goût.
Le Public ne manquera pas de
reclâmer là - contre , & de prétendre
qu'on lui fait injure, en lui donnant
un caractére fi cruel & qui a
même quelque chofe d'inhumain &
de barbare.Surquoi je dirai d'abord,
que je n'avois affaire qu'au
Public d'autrefois , & que les Peuples
d'aujourd'huy reſſemblaffent
au Peuple Romain tel qu'il étoit
dans les tems de la République &
fous les Empereurs Payens ; la queftion
feroit bien- tôt vuidée. Je rends
juftice autant que perfonne , au mérite
& au caractere de ce fameux
Peuple mais plus j'étudie fon
Hiftoire , & plus je fuis convaincu
qu'il ne faut pas l'éplucher de trop
prés. La Profperité de fes armes
Î'Eclat de fes Conqueftes , l'EtenDE
MAY. 11
due & la Durée de fon Empire ,
fa Puiffance , fa Magnificence , &
même quelques Vertus morales
auxquelles la fplendeur de la Nation
a donné du luftre , nous font
une forte d'illufion qui nous aveugle
en fa faveur. Parce qu'ils ont
été Grands en quelque chofe , on
les oroit parfaits en tout ; parce que
quelques Romains ont été des
on fait des Héros
"
Héros
de tous les Romains , & l'on
tient compte au moindre d'eux , des
Vertus qui ne fe font trouvées que
dans un petit nombre de fes Compatriotes
, & qui même , n'y ont jamais
été fans grand mêlange. C'eft
tout ce que j'en infinüeray quant
à prefent , pour ne point entrer dans
un détail qui me meneroit trop loin,
& qui d'ailleurs , n'eft point effentiel
à mon fujet ; mais je ne puis m'empêcher
de dire , que , quelque haute
idée qu'on ait conceûe de ce
Grand Peuple , on ne doit point
mettre la Pitié , la Compaffion &
'Humanité , au nombre de fes Ver12
LE MERCURE
tus , & qu'il n'y a peut-être jamais
eû de Nation qui fût naturellement
& de fon fond plus dure
plus impitoyable & plus cruelle ;
c'eft furquoy ( fi l'on m'oblige d'en
venir à la preuve ) je promets de
donner entiére fatisfaction.
J'avoue que les moeurs ont fore
changé à cet égard , & qu'ils font
aujourd'huy tout autres qu'ils n'étoient
autrefois. A mefure que le
Chriftianiſme a pris le deffus , l'efprit
de douceur qu'il infpire , a réprimé
cette férocité barbare qui avoit
fa fource dans la corruption de
l'homme, & que la fuperftition payenne
étoit plus propre à entretenir
& à augmenter , qu'elle ne
l'étoit à la diminuer & à l'adoucir.
On n'a pû s'empêcher de prendre
des fentimens d'humanité & de
compaffion pour des hommes que
la Religion nous a appris à regarder
fur le pied de freres. Mais comme
, entre les freres même , l'union
n'eft jamais fi parfaite , que l'intereft
particulier & l'amour propre
n'y
DEMAY.
13
n'y apportent quelquefois de l'altération
; auffi , tout Chrêtiens &
tout freres que nous fommes , eftil
resté dans nos coeurs , je ne fçais
quel levain d'inimitié réciproque ,
que la Religion condamne , mais
dont la nature a peine à fe défaire;
que la Vertu peut combatre , mais
qu'elle ne fçauroit entierement détruire.
On répugne à voir répandre
le fang de fon Prochain : mais on
eft bien- aife quelquefois de le voir
humilié. Une révolution qui l'a
bîme , une diſgrace qui l'accable ,
excite nôtre compaffion , éneût
nôtre fenfibilité ; une mortification
qui le pique , un accident qui
dérange un peu fes affaires , trouve
notre coeur tout difpofé à le
fouffrir fans murmure ; & à n'en
fçavoir pas mauvais gré à la fortune.
Enfin , nous ne demandons
pas
que les hommes périffent ; mais
nous ne fommes pas fachez dé
les voir par quelque endroit audeffous
de nous . Iln'y a donc point
de cruauté dans notre coeur ; mais
May 1717.
B
14 LE MERCURE
qu'il n'y ait un fond fécret de malignité
, c'eft de quoi il est difficile
de ne pas convenir.
Or , ce fond de malignite me fuffit
pour imputer au Public , les emportemens
des Sçavants dans leurs
querelles , & pour le rendre refponfable
de toutes leurs impolitef-
Tes. Un Sçavant qui écrit contre
un autre , veut gagner les fuffrages
du Public , Spectateur & Arbitre
du combat. Il veut lui plaire , &
il fçait que le meilleur moyen pour
y parvenir , eft de flater fa malignité.
Et de qui tient- il cela ? du Public
même ; De ce Public qui a horreur
des combats où il y a du fang
répandu ; mais qui aime la vivacité
dans les querelles , où la vie
ne court point de rifque . Que deux
hommes l'épée à la main fe battent
en déterminez , prêt chacun
à perçer fon ennemi ; on tremble
pour eux , & l'on s'intereffe à les
féparer. Que deux femmes en viennent
aux prifes , qu'elles s'égratignent
, qu'elles fe décoeffent ; c'eft
DE MAY. 21
ve dans ce ridicule du Pédantifme
qu'on attache à la Science , nonfeulement
de quoi fe confoler de
l'érudition qu'on n'a pas , mais encore
de quoi fe mettre au deffus de
ceux qui l'ont acquife . Car , l'amour
propre a fa Logique & fes principes
aufquels il ramene tout. Le
premier de ces principes eft de
nous faire juger de toutes chofes .
par comparaifon à nous-mêmes ;
de forte que nous ne donnons la
préference ou le deffous aux Profeffions
, aux Ars , aux Sciences ,
& à tout le refe , que felon que
nous nous fentons plus ou moins de
difpofition & de talent poury réüffir.
Tout Art où nous réuffiffons , ett
toûjours le plus eftimable ; tout Art
où nous ne pouvons atteindre , elt
un Art vain & frivole. Je dis le
même des Profeffions differentes ,
& je pourrois étendre la maxime
jufqu'aux Inclinations , aux Humeurs
& aux Temperaments . C'eſt
par là que l'homme d'Epée dédaigne
l'homme de Robe , & que
22 LE MERCURE
l'homme de Robe neglige l'homme
d'Epée : Que l'Aftrologue & le
Géométre méprifent le Poëte &
l'Orateur, & que reciproquement le
Poëte & l'Orateur , qui ne fe font
guéres plus de quartier , quand ils fe
méfurent l'un l'autre , ne font pas
grand cas de l'Aftrologue ni du
Géometre. Cependant , comme
chaque Etat , comme chaque Art
eft toûjours eftimable par lui-même
, & qu'on ne peut pas nier , que
l'Equité dans un Magiftrat , la Valeur
dans un Soldat , l'Erudition
dans un homme deLettres ne foient ..
à prifer , & re meritent une confideration
que notre amour propre ,
qui croit s'ôter à lui-même ce qu'il
accorde à autrui , ne fe laiffe pas aifément
arracher ; la malignité eſt
venue au fecours , & nous a appris
à envifager les Arts & les Profeffions
qui ne nous plaifent pas , fous
un ridicul accidentel qui y ait quelque
rapport. Ainfi , l'homme de
Robe eft devenu un Chicanneur;
l'homme d'Epée , un Breteur ;
፡
DE MAY.
17
nes gens , au contraire , qui ne
doutent de rien , & dans qui l'expérience
n'a pû encore corriger la
préfomption , font toujours prêts
à rire de tout , parce qu'ils fe croyent
fort audeffus des foibleffes
dont ils fe moquent. Il est vrai
qu'eux & bien d'autres le trompent
fouvent dans leur calcul.
Quand le Maître de Philofophie ,
dans le Bourgeois Gentilhomme
fait de belles leçons de moderation
& de patience , au Maître à
Danfer & au Tireur d'Armes qui
fe battoient , il fe croît lui -même
fort éloigné de tomber dans un
pareil excés ; mais , s'imagine-t'il
être interreflé dans la querelle ?
Adieu la Morale & les Refléxions ;
le Philofophe fe taît , & l'homme ſe
bat. Il faut être dans l'occafion ,
pour pouvoir juger de quoy on eft
capable. Mais comme ordinairement
on ne fe rend guéres plus
de juftice , que le faifoit ce Philofophe
, & que chacun en particulier
, est toujours fort difpofé à faire
Biij
18 LE MERCURE
le Procés à fon prochain , & à
rire de fes foibleffes , on peut établir
comme un principe certain
que le meilleur moyen d'interreffer
le Public , eft de flater fa malignité
, & par conféquent de le
réjouir aux dépens de nôtre Adverfaire
Pourquoy cela ? premierement
, parce que c'eft en quelqueforte
pour lui,un ennemi de moins ,
c'eftun homme qu'on dégrade devant
lui , & fur lequel on femble
lui donner une eſpèce de fupériorité.
Secondement , parce que celui
qu'on humilie , eft un Sçavant.
Car , plus un homme ett élevé audeffus
des autres , ou par fa naiffance
, ou par fa fortune , ou par
fés talents ; plus on aime à le voir
rabaiffé. Le premier fouhait de :
l'amour propre dans le coeur humain
, eft de l'emporter fur tout
le monde. Au défaut de cet avantage
, nous fouhaitons au moins que
perfonne ne l'emporte fur nous.
Ainfi , tout homme qui , par quelque
endroit que ce foit , fe tire
DE MAY.
19
de pair d'avec les autres , devient
d'abord l'objet de la jalousie pu
blique , & fi l'on s'écoutoit , on lui
demanderoit volontiers compte de
ce qu'il a de plus que nous. De quel
droit en effet , aura-t-il ou plus :
d'efprit , ou plus d'érudition ? Encore
faut-il remarquer qu'on par
donne plus aifément aux Gens de
Lettres , ce qui vient d'érudition ,
que ce qui vient d'efprit : Pourquoi
? Parce que ce qui vient d'é---
rudition , eft en quelque manière
plus à notre portée , & nous don
ne moins le deffous ; les Sçavans
n'ont fait que moiffonner dans un
champ qui eft ouvert à tout le
monde , & où il n'a tenu , & il ne
tient encore qu'à nous de recueillir
, auffi bien qu'eux : Ils ont lû ,
& nous pouvons lire ; ils ont
tranfcrit & nous
5 pouvons
tranfcrire . Cette réflexion les
reconcilie avec nous fur ce point
parce qu'elle femble les ramener
au niveau de ce que nous fommes .
Mais , ce qui vient de fuperiorité
20 LE MERCURE
d'efprit , ne s'excufe pas de même ;
on veut toûjours du mal à ceux qui
nous priment de ce coité là, & comme
ordinairement les Sçavans , s'ils
n'ont plus d'efprit que les autres
ont du moins l'efprit plus cultivé ;
on leur fçait mauvais gré en même
tems, & de leur érudition & de leur
efprit : deforte que fi on ne peut
pas leur arracher ces avantages , &
leur difputer ces talents , on eft
bien aife du moins d'avoir d'ailleurs
de quoy s'en dédommager ,
& de pouvoir regagner
fur eux
dans les défauts & les foibleffes
qu'ils fe reprochent tour à tour , ce .
qu'ils ont de plus que nous , du côté
de l'efprit & des lumieres.
>
Ainfi , quand deux Sçavants en
viennent aux`mains , c'eft une fête
pour le Public,& un fpectacle d'autant
plus agréable , qu'il y trouve
de quei fatisfaire fa malignité , &
par là,de quoi flater fon amour propre.
On fe dit alors à foy- même :
Je ne fuis pas Sçavant , mais aufli
je ne fuis pas Pédant ; & l'on trouDE
MAY.
un paffe -tems pour les Spectateurs ;
on frape des mains , & loin de les
féparer , on ne fonge qu'à les encourager&
à les animer.Un Inconnu
fait- t-il une chûte dangereufe ? les
plus indifférents s'empreffent pour
le fécourir. Que la chûte foit légere
& fans conféquence ; nôtre
premier mouvement nous porte à
en rire. Qu'est ce qui fait cela dans
l'homme Un fentiment d'amour
propre & un retour de complaifan
ce fur lui- même , qui lui fait envifager
dans la difgráce d'autrui , une
foibleflè ou une imprudence dont
il fe croit incapable ; car tout ris
moqueur fuppofe un ridicule dont
on fe croit exempt . Un Boiteux ne
rit pas d'un autre boiteux , s'il ne
le croit plus boiteux que luy. D'où
il est naturel de conclure , que le
ris renferme en même temps &
une forte de mépris pour celui qui
en eft l'objet , & une idée de fuperiorité
qu'on croit avoir fur celui
dont on fe moque ; c'est-à- dire,
que tout homme qui rit d'un autre ,
16 LE MERCURE
-
fait tout bas , fon propre Panegyrique
, aux depens de celuy dont il
rit ; car , s'il y prend bien garde
il reconnoîtra qu'il fe dit dans le
coeur ; je ne ferois pas cette faute ,
je ne donnerois pas dans ce ridicule
, j'aurois évité cet écueil , je
me ferois bien gardé de faire cette
beveûe , de tomber dans cette imprudence
; ainfi , je vaux mieux
qu'un tel , au moins par cet endroit .
Pourquoy les perfonnes d'un certain
âge , font - elles plus refervées
& plus retenues à rire des foibleſſes
& des petits accidents qui arrivent
à autruy , que ne le font les jeunes
gens ! C'elt que , comme il
leur eft arrivé fouvent , ou du
moins qu'ils ont remarqué qu'il
étoit arrivé à d'autres , de donner
dans des ridicules dont ils avoient
ri auparavant , ils épargnent
les autres par confideration pour
eux- mêmes . Cette indulgence dans
eux , et le fruit de leur expérience
& l'effet d'un amour propre ,
réfléchi fur lui - même . Les jeuDE
MAY. 25
l'homme de Lettres , un Pedant,
Le Sçavant eft au deffus de nous
par fa Science , mais nous prétendons
qu'il retombe au deffous , par
fes foibleffes. Le ridicule du Pedantifine
nous fait regagner fur le Sçavant
avec ufure , ce que le mérite
de la fcience nous faifoit perdre
avec lui. Nous ne nous contentons
pas d'une fimple compenfation qui
hous remette tous au niveau , nous
afpirons à quelque chofe de plus :
Sur quoi fondé fur un principe affez
vrai , & que l'amour propre a
grand foin de faire valoir , qui eft,
qu'il vaut mieux avoir une perfetion
de moins , & être exempt d'un
foible ; car il y a des genres de merite
que nous ne fommes pas obligez
d'ayoir ; mais il n'y a point de
forte de ridicule , dont nous foïons
obligez , autant qu'il nous eft poffible,
de nous garantir.
Les Sçavans fe font tort à euxmêmes
, je l'avoue , de donner cet
avantage fur eux au Public ; mais
dans la chaleur de la difpute , on
1
26 LE MERCURE
ne fait pas tant de réflexions. Chacun
d'eux ne fonge qu'à décréditer
fon Antagoniſte dans l'efprit du
Public , fans fonger qu'il lui donne
lieu par- là,de lui rendre la pareille
; & que le Public qui fait-là
le perfonnage, du Grippeminant de
la Fable de la Fontaine tire fon
profit des deux côtés , & fe moque
de l'un & de l'autre.
,
Mais , je veux que les Sçavans
faflent attention au préjudice qu'-
ils fe caufent mutuellement , en
s'outrageant dans leurs querelles ;
je veux qu'ils en foient perfuadezt
& convaincus : Quel parti leu
refte-t-il à prendre ? Point d'autre,
que celui de fe taire. Qui les empêche
, direz-vous d'écrire de
part & d'autre avec modération ,
& d'expofer leurs raifons avec douceur
& avec bien-feance : c'eft le
Public qui le leur défend . Comment
, le Public ! Eh ne blâme- t-il
-hautement tous les jours ces
pas
fortes d'éxcez ? Ouy , il les blâme
de bouche & en apparence , mais
›
réellement
DE MAY. 25
pour compreréellement
, & de fait ,il les ordonne
& il les exige;en voici la preuve .
Un Sçavant qui , met au jour un
Ouvrage Polemique , a fans doute
envie que fon Ouvrage foit lû.
Ni lui ne fe met en frais
pofer , ni le Libraire pour imprimer
, que dans l'efperance que le
Livre fera débité. Il y a quelquefois
du mécompte ; mais quoiqu'il
en arrive ; voilà du moins à quoi
on vife , & l'on peut dire que cette
flateufe efperance eft la caufe
miere de tout ce qui s'imprime de
Livres. Il faut donc fur ce piedlà
que l'Ouvrage foit écrit de maniere
à piquer la curiofité du Public
, qui n'a coûtume de l'acheter,
qu'autantqu'il le trouve à fon goût.
Or , je fuppofe qu'un Sçavant qui
écrit contre un autre , le faffe avec
cet efprit de moderation & de
douceur , avec ces ménagements
de bien-féance & de charité même
, que tout le monde femble
exiger , & que perfonne ne veut
goûter. Qui eft - ce qui lira fon
May 1717.
с
26 LE MERCURE
Ouvrage ,* Quis leget hac ?Voilà le
Livre à bas , le Libraire ruiné , &
l'Auteur deshonoré. Mais le Livre
eft fi bon ! Il est écrit avec tant
de folidité & de politeffe ! Les
raifonnements en font juftes , les
réfléxions fenfées , l'élocution éxacte
; cela eft vrai , mais il eft froid.
Je n'y trouve pointde goût, c'est un
potage de fanté , que j'approuve
fort pour un malade ; mais pour
moi qui me porte bien , je veux
quelque chofe de plus piquant
& qui réveille mon appetit ; voilà
ce qu'on répond , & le Livre
demeure. Que l'Auteur fe défaffe
de fa moderation , & que , fans rien
changer , pour le fond , à fon
Ouvrage , il larde fes raifonnements
de quelques traits de Satyre
, & répande un peu de malignité
dans fes réflexions , voilà
le Livre qui reffufcite ; la preſſe
y et ; on fe l'arrache , les Editions
s'en multiplient , & le Li-
Perf Sat. 1.
>
DE MAY. 17
braire dit fur la foy du Public
qui l'achete : Voilà un bon Livre.
Il fe fait deux Hiftoires d'un
grand Perfonnage , toutes deux
bien écrites , & par des Auteurs
differents. L'un fait un Saint de
fon Heros ; l'autre en fait un Po--
litique . Le Saint va fon chemin
tout uniment ; le Politique fait
fortune ; on loiie le premier , &
on lit le fecond. D'où vient cette
difference ? C'est que la malignité
du coeur trouve mieux fon compte
avec le dernier , qu'avec l'autre.
Que conclure de tout cela ? levoici.
C'est que tout Auteur qui
veut être lû ( & ce n'eft pas fe
méprendre , que de croire que tous
le veulent ) doit écrite d'une maniere
qui intéreffe le Lecteur ;
Qu'il ne le peut faire dans les
Ouvrages Polemiques , qu'en flatant
fa malignité , & que rien n'eft
plus propre à la ppiiqquueerr , que les
traits de Satyre perfonnelle . J'approuve
donc , direz -vous , ce ftyle
Satyrique A Dieu ne plaife ; je
Cij
28 LE MERCURE
le condamne au contraire , mais
le Public l'éxige. Il a tort , j'en
conviens , & c'eft dans lui, un goût
dépravé ; mais c'eft fon goût :
Ne point chercher à le flater ,
feroit beaucoup plus dans les régles;
mais ce ne feroit pas le moyen
d'être lû. Or , on n'écrit que dans
cette vûë , & qui ne veut point
être lû , ne doit point écrire. Cette
raifon fuffiroit donc toute feule
pour rendre le Public refponfable
de tous les excès qu'on blâme
dans les Sçavants qui fe font la
guerre ; mais , à cette premiere
Faifon , thée de la malignité du
coeur de l'Homme , j'en ajoûte
une feconde , fondée fur l'imperfection
de fon efprit , & fur l'indolence
, qui lui eft naturelle .
Il feroit à fouhaiter qu'on cherchât
le vrai en tout . Chacun fait
profeflion de l'aimer & de s'y attacher
; mais , pour être en état de
le difcerner , il faut néceflairement
deux chofes . La premiere , qu'on
ait affés d'intelligence & de pénéDE
MAY. 29
Eration pour le découvrir ; la feconde
, qu'on ait affés de réfolu
tion & de patience , pour ne point
fe laffer dans cette recherche . Or ,
il arrive
ordinairement que de tous
ceux qui veulent juger d'une controverfe
& d'une difpute entre les
Sçavans , la moitié manque de lumiéres
&
d'intelligence ; & l'autre
moitié manque de bonne volonté
ou de loifir. Les uns n'ont ,
ni les principes , ni les talens qu'il
faut pour entendre la matiere , les
autres ne veulent pas fe donner
la peine de l'étudier ; enfin , foit
incapacité , foit pareffe , ils font
prefque tous également hors d'état
de porter leur jugement fur une
queftion qu'ils n'entendent point ;
& cependant tous , comme Perrin
Dandin , veulent juger. Il s'enfuit
delà , que le Public , non feulement
eft aifé à tromper , mais même qu'
il veut bien être trompé ; & par
conféquent , que quand on le prend
pour juge d'une affaire , il n'eft
pas
tant queftion de l'inftruire , que
}
Ciij
20 LE
MERCURE
de le prévénir. Si les Sçavans
dans leurs démeflés , avoient droit
de fe choifir un Juge , je veux
croire qu'ils auroient affés de bonne
- foi pour le prendre , autant
ennemi de toute furpriſe , qu'il en
feroit incapable ; mais ils n'ont
point fur cela de choix à faire :
Leur Juge naturel eft néceffaire ,
c'est le Public ; ils ne peuvent ,
ni ne veulent même décliner fa
Jurifdiction. C'est à fon Tribunal
qu'ils portent leurs cauſes , c'eft
a fa décifion qu'ils foumettent
leurs raifons , c'est-à-dire à la décifion
d'un Juge qu'il n'eft queftion
que d'éblouir & de gagner. Ainfi ,
pour peu que la matiere foit obfcure
, ou qu'elle demande de la difcuffion
, ils fondent moins leurs
efpérances fur la folidité de leurs
raifonnemens , & fur la force de
leurs preuves , que fur l'agrêment
& le fel qu'ils tâchent d'y répandre.
L'importance n'eft pas d'inftruire
le Juge , c'eft de l'amufer
& de lui plaire. Il ne s'agit pas
DEMA Y.
3T
tant.de prouver , que nôtre Adverfaire
a tort , que de faire croire
qu'il doit avoir tort , & de faire
fouhaiter qu'il l'ait effectivement ,
c'est-à- dire , de le rendre odieux
& méprifable. Or , rien n'est plus
propre à produire cet effet , que
fes Railleries , les Reproches , là
Satyre & l'Invective . Ce n'eft donc
pas le Sçavant qui a tort de les employer
; mais le Public qui les met
dans la néceffité de le faire.
Entre les coûtumes particuliéres
de chaque Province , il y en a
d'affés bizarres , & qui paroiffent
même oppofées aux principes de
l'Equité naturelle ; de forte qu'un
Avocat qui a à plaider une Caufe
dans tel ou tel Canton , fe trouve
obligé d'abandonner ces principes,
pour chercher des moyens de défenfe
dans la bizarrerie de la Coûtume
. Eft-ce fa faute Non. La
Coûtume eft établie ; c'eft d'elle,
toute bizarre qu'elle eft , que les
Juges empruntent leur Jurifprudence
; c'eft à eux feuls que l'A32
LE MERCURE
vocat a affaire , ce font eux qu'il
doit perfuader ; il doit donc fe conformer
à leurs idées , & leur parler
un langage qu'ils entendent.
Il en eft de même des Sçavans
ils ont affaire à un Juge qui fe conduit
moins , par raifon , que par
prévention ; c'est donc moins par
des raifonnemens folides , que par
des préjugez artificieux , qu'il peut
efpérer de le gagner. Il s'y attache,
il en fait fon capital ; & en cela,
il ne fait que fuivre la Loy , & s'affervir
à la néceffité que le Public
lui impofc. Qu'on déclame tant
qu'on voudra contre l'irrégularité
de ce procédé ; c'eſt au Public qui
l'éxige , & non au Sçavant qui s'y
conforme malgré lui ,à en répondre.
Quand on a affaire à un Homme
en place , foit Magiftrat , foit
Miniftre , foit Grand Seigneur ;
Qu'on a à lui demander juftice ,
ou qu'on en attend quelque grace
; quel eft nôtre premier foin ?
C'eft de nous informer par où il
eft acceffible , & de fçavoir qui le
DE MAAY.
33
gouverne. Le Sçavant recherche
la faveur du Public , à qui il demande
juftice contre fon Adverfaire.
Son premier foin doit donc
être , de fçavoir qui le gouverne.
Or , qu'est - ce qui gouverne le Public
? C'eft la prévention. Cela a
été de tout temps , & fera toujours
. Delà vient ce grand principe
, que chacun juge felon fon
inclination , c'est-à -dire , felon fa
prévention. Car, qu'est- ce qu'inclination?
finon un attrait qui , toutes
chofes égales d'ailleurs , nous
fait pencher d'un côté plûtôt que
d'un autre Attrait où la raifon
a fi peu de part , qu'on oppofe
d'ordinaire comme en regard ,l'inclination
& la Raifon. Delà vient
encore la maxime qui fignifie la
même chofe fous d'autres termes ,
que l'efprit eft la dupe du coeur.
Il s'enfuit delà , que les régles de
la Jurifprudence du Public ne font
point fondées fur le Vrai , mais
fur l'Apparent , non fur la Raifon
mais fur les Préjugez. Ce font ces
>
34 LE MERCURE
préjugez , qui donnent le branfle
aux affaires , & qui déterminent
l'efprit : Maniere de juger d'autant
plus accommodante pour nous ,
qu'elle flate en même - temps , &
nôtre préfomption , & nôtre indolence
naturelle. Elle flate nôtre
indolence , en ce qu'elle nous difpenfe
de la difcuflion des matiéres
; elle flate nôtre présomption ;
en ce qu'elle nous fournit des principes
abrégez de décifion. Voilà
la fource de cette multitude de
préjugez , qui fe font intrus dans
nôtre efprit , & qui y fubjuguent
la Raifon. Il en eft de tout genre
& en toute matiere. Il y en a fur
les Nations & fur les Climats ; fur
les Provinces particulieres d'un
même Royaume , & fur les Cantons
différents de cesProvinces. Une
expofition plus ou moins orientale
, décide dans nous , de la fupériorité
pour le génie ou pour l'imagination
entre certains Peuples.
On a autant de peine à concevoir
, qu'un Homme d'une certaine
DE MAY.
35
Contrée , ait du mérite , qu'à s'imaginer
qu'un homme d'un aute
Païs , fouvent limitrophe , n'en
ait pas. L'Attique& la Boetie étoient
deux Provinces de la Gréce . Etre
né dans la premiere , c'étoit un
tître pour être cenfé avoir de l'efprit
; comme c'étoit une espéce
d'exclufion en cette matiere , que
d'être né dans la feconde ; il n'y
a pas eu même , jufqu'au Sauveur
du monde , qui n'ait été expofé à
l'injuftice du préjugé. On parle
à Nathanael de ce grand Meffie *
annoncé par Moïfe & les Prophéres
; il écoute. On lui apprend
que ce Meffie eft venu , & que
c'eft Jefus Fils de Jofeph de Nazareth.
A ce nom de Nazareth,le préjugé
s'élève dans fon efprit & décrédite
d'abord le rapport qu'on lui
fait. * Nazareth ! dit - il , en peutil
venir quelque chofe de bon ! Nous
* Joan. ch . 1. v . 45.
* Ibid.
36
LE
MERCURE
voyons tous les jours , que les Con
ditions différentes , les Profeffions ,
les Arts , les Sciences , même
les Corps particuliers dans chaque
Republique , font foumis à certains
préjugés generaux , qui réglent
le plus ou moins d'eftime
qu'on doit accorder aux Particuliers
. Voilà deux Hommes que
je n'avois jamais vûs ; fi je veux
m'en tenir à la premiere impreffion
que forme dans moi le préjugé , ce
fera peut-être la couleur ou la forme
de l'habit qui me fera donner
la préference à l'un, au préjudice de
l'autre. Ce qui nous paroît vulgaire
& trivial dans un Homme du commun
, nous paroît plein de fel dans
la bouche d'un Homme de Condition.
La Naiffance ,le Rang , la Réputation,
le Ton même de celui qui
parle,entre toûjours pour beaucoup ,
dans le jugement que nous portons
de ce qu'il dit ; enfin , comme
l'a remarqué l'Auteur de la Recherche
de la Verité * Si un Homme eft
* L 1. ch . 18.
DE MA Y.
37
affez heureux pour plaire , ou
» pour être eftimé , il aura raifon
dans tout ce qu'il avancera ; &
,, il n'y aura pas juſqu'à ſon colet &
à fes
manchettes , qui ne prou-
», vent quelque chofe.
Je fçais que l'homme fage appelle
toûjours de cette premiere furprife
, & qu'il eft même en garde
contre elle ; mais l'homme fage ne
fait pas le grand nombre. La Philofophie
de ce qu'on appelle le Public
, eft une Logique abbregée &
réduite à un petit nombre de principes
vagues & fuperficiels. Si vous
voulez avoir fon fuffrage , il faut
ramener vôtre caufe à ces fortes de
principes qui l'exemptent d'une difcuffion
onereufe , à laquelle il ne fe
prête pas volontiers . Étudiez - vous
plûtôt à lui plaire qu'à le convaincre
, vous le convaincrez infailliblement
en lui plaiſant.
C'est pour cela qu'on regarde
comme un point capital dans toutes
les conteftations , de mettre les
Rieurs defon côté. La Raifon a beau
D
May 1717.
38
LE
MERCURE
être pour vous ; fi les Rieurs font
contre , vous avez le deffous , & celà,
en quelque matiere que ce foit ,
& même dans les plus graves. Des
Sçavants étoient aux prifes avec
d'autres : des deux côtez on mettoit
en oeuvre toute la fubtilité de
la Dialectique , toute la force du raifonnement
; le Public ouvroit de
grands yeux & ne difoit mot . Vous
vous y prenez mal , dit à l'un des
deux partis , un homme fenfé qui
connoifloit le terrain ; laiffez- moi
là tout ce fatras d'érudition & ces
fubtilitez quint-effenciées, où le Public
ne voit goûte & dont il n'a que
faire. Faites diverfion , prenez des ·
matieres qui foient à fa portée ; attachez-
vous , en les traitant , plûtôt
à la gayeté , qu'à la ſolidité ; du
fel , de la legereté , de la naïveté ,
de l'enjoüement , voilà ce qu'il lui
faut . On aura beau vous relever fur
le fond des chofes ; fi l'on ne l'emporte
fur vous par l'agrément , on
ne gagnera rien ; le Public ne veut
pas étudier , il veut fe réjouir ; traDE
MA Y.
59
vaillez fur ce principe ; on le fit &
on s'en trouva bien.
Il eft fi vrai que le Public ne fe
méne que par les préjugez , & que
dans tous les Siècles & chez toutes
les Nations , il ne s'eft jamais gouverné
autrement; que toute la Rhetorique
n'eft fondée que fur ce principe.
En effet , retranchez de cet
Art,tout ce qui ne va qu'à faire illufion
àl'efprit, & qu'à féduire le coeur,
vous le réduirez à une pure Dialectique.
Ariftote n'eft pas , à la ve-.
rité , tout - à- fait de ce fentiment ,
& regardant la partie qui touche
les preuves , comme la plus effentielle
de la Rhétorique , il blâme
·les Rhéteurs qui l'ontprécedé , de
ne s'être prefque attachez qu'à celle
qui touche les moeurs & les paffions,
dont il ne fait que l'acceffoire.
Mais , quelque veneration que
j'aye pour ce Grand Philofophe ; je
le contredirai ici d'autant plus librement
, qu'il eft en quelque forte
Moderne à l'égard de ceux qu'il
blâme & que je défends ; & que
* Rhet . d'Arift. L. 1. C. 1. Dij
40 LE MERCURE
.
• ·
,
·
d'ailleurs il me fournit lui-mêmedequoi
le refuter. Car ,furquoi apuyet-
il fon fentiment ? Sur ce que , ditil
, a les Paffions ne font point du fair
de l'Orateur mais regardent le
Fuge. qu'il ne faut pas le pervertir
, ni le porter à la Compaſſion ↳
ni à la Colere
& que l'emploi
de celui qui plaide , eft de monrer
fimplement , que la chofe eft
ou qu'elle n'eft pas. S'il ne faut que
cela pour plaider , les Rhéteurs
peuvent fermer leurs Ecôles. J'avoue
qu'il feroit mieux de ne point
exciter de Paffions dans le coeur
du Juge ; mais , il ne s'agit pas ici
de fçavoir , fi cela eft permis ou
non dans la bonne Morale , mais
de déterminer , à quel Art il appartient
de produire cet effet : Or, bil
eft clair que c'eft à la feule Rhétorique,
comme Ariftote en convient
lui-même ; & c'eft justement par
ce que ces Paffions regardent le
Juge , qu'elles font du fait de l'Oa
Ibidem.
Ibid L. 2. ch . 1.
DE MAY.
41
rateur , qui n'a d'autre but que de
perfuader le Juge à qui il parle.
- Mais , que cette partie foir ou non ,
la plus effentielle , il est toujours
certain qu'il la regarde lui - même,
comme fi importante , que c'est
celle qu'il femble avoir traité avec
le plus de foin , & qu'elle fait un
des plus beaux morceaux de fa
Rhétorique , c'est - à - dire , d'un
des plus excellents Ouvrages qui
nous reftent de l'Antiquité.
"
"On peut donc regarder la Rhétorique
, comme toute fondée fur
les préjugez ; de forte qu'à la bien
définir , c'eft l'Art de tromper les
Hommes , puifqu'elle enfeigne à
féduire leur Raifon, au préjudice de
la Jufticé & de la Verité. Comment
cela fe fait- il ? En profitant de leurs
préjugez, en excitant leurs Paffions ,
en les portant à la Colere , à l'Indignation
, à la Pitié , à la Crainte , fe.
lon que la caufe le demande. C'eft
pour cela que les Rhéteurs traitent
fi au long , non feulement des
Paffions , mais encore de ce qu'ils
Diij
42 LE MERCURE
apellent Lieux Communs. En effet,
qu'est- ce que ces Lieux Communs ?
Rien autre chofe , que certains préjugez
generaux , où l'Auditeur fe
laiffe enveloper , comme dans des
filets. Or, puifque les Hommes font
faits de la forte ; puifqu'il eit fi aifé
de les féduire & de les tourner
où on veut ; puiſqu'ils veulent même
être trompez , & que la Rhetorique
n'eft fondée que fur leurs
préventions & leur foibleffe ; les
Sçavants ont - ils tort de profiter
de cette difpofition , de travailler
chacun de leur côté , à décréditer
leur Adverfaire dans l'efprit du Public
, & d'employer pour cela , les
Reproches , les Injures , l'Ironie ,
la Satyre ; & tout ce que l'Art
fournit de figures plus malignes &
plus offenfantes ? Dés qu'on s'apperçevra
que le Public n'en fera
plus la dupe , les Sçavants cefferont
de les mettre en ufage ; mais,
tant qu'it fe laiffera conduire par
des préjugez , & qu'il ne décidera
que par paffion , les Sçavants feDE
MA Y.
43
ront en droit de fe croire légitimement
difpenfez dans leurs difputes ,
d'une moderation , non-feulement
inutile , mais même ruineufe à l'interêt
de leur caufe.
Il eſt donc temps , me dira- t -on ,
que les Auteurs adouciffent leur
ftyle , & qu'en écrivant l'un contre
l'autre , ils fe conforment à ces ufages
de bien-féance , quella Politeffe
a introduits dans nos moeurs. Le Public
s'eft réforméfur ce point; il faut
donc que les Sçavants fe réforment
à leur tour , s'ils veulent lui plaire.
Les Emportements & les Invectives
ne font plus de fon goût ,
même dans la plus jufte querelle ;
ils doivent, donc s'en défaire.
Voilà un Enthymême bien preffant
, & auquel on ne peut s'empêcher
de fe rendre , fi l'Antécédent
en eft auffi vrai qu'on le fuppofe
; c'est-à-dire , s'il est conftant
que le Public ait changé de goût
fur cet article , & qu'il exige abfolument
de la moderation dans les
Sçavants. Je fens bien que je fuis
moi-même d'autant moins en droit
44
LE MERCURE
>
de contefter fur cette fuppofition ,
que je paroîs en convenir dans la
premiere partie de cette Apologie .
Peut-être , cependant , qu'à force
d'entendre debiter cette maxime ,
je me la fuis perfuadée comme les
autres , & que j'ai été en cela la
dupe du préjugé. Je vois bien qu'-
aujourd'huy on ne donne pas
tout-à-fait dans les mêmes excés
où l'on donnoit autrefois ; mais je
fens bien auffi , que la moderation
n'eft pas encore venue au point que
l'on prétend. Le Public ne veut
pas à la verité qu'on outre le ref-
Tentiment ; mais il ne me paroît
pas auffi s'accommoder d'une politeffe
trop circonfpecte ; & il me
femble que ceux qui écrivent encore
aujourd'huy fur des matieres
conteſtées , penfent fur cela comme
moy. Car , ces Auteurs , qui fans
doute veulent plaire au Public ,
n'infinuëroient pas dans leurs Ouvrages
, des traits de Satyre contre
leurs Adverfaires , s'ils croyoient
que cette liberté ne dût pas être apDE
MAY. 45
>
prouvée . Cependant , qu'on examine
de près le Livre le plus moderé
& le plus mefuré , en matiere Polemique
, je fuis perfuadé qu'on n'en
lira pas quatre pages , l'une por
tant l'autre , qu'on n'y trouve quelque
trait , non effentiel à la caufe ,
que l'Adverfaire voudroit qui
ny fut pas. Or , tout trait de
cette nature eft un trait malin ;
car, ce n'eft pas à celui qui porte le
coup . àjuger de fon effet ; mais à
celui qui le reçoit. C'eft fur lui
que le coup tombe ; il fent mieux
que perfonne, s'il le bleffe , & à quel
point il le bleffe ; c'est - à - dire ,
qu'il en connoît mieux que perfonne
, toute la malignité. Il y a donc
quelque myftere caché là - deffous ,
& il faut que le Public ne foit pas
bien d'accord avec lui - même . Car,
s'il def-approuve la Satyre entre des
gens qui conteftent fur des points
de Doctrine, d'où vient par fon empreffement
à avoir ces fortes de
Livres , donne - t - il lieu de croire
que ce ftile ne lui déplaît
46 LE MERCURE
.
pas il blâme l'Ouvrage , il
-
il
eft vrai ; mais il l'achete & plus
cher peut être qu'il ne feroit ,
fi le ftile en étoit plus mefuré
parle d'une maniere , & il agit d'une
autre à quoi attribuer cette duplicité
de conduite En voici la
fource,fi je ne me trompe. C'eſtque
le Public a deux chofes oppofées à
accorder enſemble ; fa paffion &
fon honneur , fa malignité , & la
bien-féance. La Satyre lui plaît ,
mais il a honte de l'avouer ; il la
condamne donc par bien-féance
tandis que par malignité, il en profite.
>
Ce principe me paroît d'autant
plus vrai , que les Sçavants s'y conforment
en écrivant , & que leur
conduite dans les conteftations qu'-
ils ont enſemble , le fuppofe neceffairement
. Car, s'ils gardent plus
de mesures qu'on n'en gardoit autre-
fois ; il ne faut pas croire qu'ils
foient moins jaloux de leur reputation
, moins vifs fur leurs interrêts
, & moins déterminez à pouffer
DE
MAY.
47
eurs
Adverfaires , qu'on ne l'étoit
du tems de nos
Ancêtres. On peut
au
contraire fuppofer que les Sçavants
d'aujourd'huy , quand ils font
en querelle , fe veulent autant de
mal , que ceux du temps paffé.
La
fenfibilité , comme je l'ai fait
voir dans ma
premiere partie , eſt
non -
feulement auffi grande , mais
mêmeplus vive à cet égard, qu'elle
ne l'a jamais été. D'où vient donc
a-t-on baiffe de ton ? D'où vient
l'Aigreur & la Colere ne parlentelles
plus le même langage ? C'eft
qu'on a fenti le foible du Public ,
qui vouloit pouvoir fe divertir aux
dépens d'autrny , fans en avoir l'odieux.
Il a donc fallu le fauver du
blâme , en flatant fa
malignité
lui procurer du plaifir , fans qu'il
entrât dans les frais ; c'est - à - dire ,
qu'il a fallu rafiner la Satyre , ufer
d'envelopes , & faire fourdement
ce qu'on faifoit autrefois tête levée .
De là eft venu l'ufage de la Satyre
indirecte , & tous les autres détours
qu'on met en oeuvre , pour
48 LE MERCURE
dire équivalament en termes radou.
cis , ce qu'on n'ofe plus dire ouver
tement & en termes formels . On
ne fait plus directement des reproches
injurieux ; mais on fait paffer
en preuve le fond du reproche
, & quand on a bien établi le
principe , on préfume affez favorablement
de la pénétration du
Lecteur pour croire , qu'il démêlera
bien de lui-même , tout ce
qu'une conféquence neceffaire renferme
d'injurieux . Souvent les
traits les plus piquants , font
couverts de fleurs , & fous les
loüanges les plus Alateuſes , on fent
la pointe de la Satyre :
Sono accufe , e Paion Lodi.
Il y a même quelque chofe , dans
cet ufage , qui flate également &
l'Auteur & le Lecteur ; car , de
traiter fon Adverfaire d'Ignorant ,
d'Impofteur , de Préfomptueux
cela eft aifé , & il ne faut , ni grand
* Hierus. Liberata
>
1
Cant. II. Str. 58 .
génie
DE MAY.
49
génie à l'Auteur , pour trouver ces
termes , ni grande pénétration au
Lecteur pour fentir tout ce qu'ils
fignifient ; au lieu que quand la
chofe fe dit figurément , & fous des
termes déguiſez , ils fe fçavent tous
deux bon gré ; l'Auteur , d'avoir
fçû faire pafler tout fon venin fous .
des expreffions mitigées ; le Le-
&teur , d'en avoir pénétré toute la
malignité , au travers même de la
politeffe des expreffions.
•
Je crois qu'on peut conclure delà
, qu'à bien apprécier les chofes ;
l'avantage que nous prétendons
avoir fur les Anciens , du côté de
la politeffe , a plus d'apparence
que de réalité , & qu'en fait d'animofité
& de reffentiment , nous ne
leur en devons guéres. Car, qu'importe
que les termes foient plus
méfurez , fi dans le fonds , ils produifent
le même effet. Nous ufons,
il est vrai , d'un langage plus poli ;
mais , nous comptons bien que le
Lecteur fentira dans ce que nous
difons , tout ce que nous voulons
May 1717.
E
jo1
LE MERCURE
dire , & lui de fon côté ne s'y méprend
guéres. Ce font comme des
jettons qu'on fait valoir autant
qu'on veut , felon la convention
que les joueurs font entr'eux ; il
femble qu'il y ait un Traité fécret
entre les Sçavans & le Public ,
dans lequel on foit convenu de
part & d'autre , pour le bien commun
, que le Sçavant n'uferoit que
de termes modérez , & que le Public
entendroit fous ce langage
tout ce que les expreffions les plus
violentes pourroient fignifier. C'est
une efpéce de chifre établi entr'eux .
Ainfi quand un Sçavant dit à un
autre , que peut-être , il n'auroit
pas avancé telle Propofition , s'il
avoit fait réfléxion &c.; cela réduit
à fa jufte valeur , fignific : s'il avoit
eu du jugement.Un autre infinuërapoliment
, que fon adverfaire n'a
pas tout à fait compris le véritable
ઢે
fens de tel terme d'un Auteur ,
quand il lui fait dire &c. Cela eft
honnête , mais dans le fonds , autant
vaudroit dire que l'Adverfaire
DE MAY.
St
eft un ignorant , & le Lecteur qui
ne s'y trompe pas , l'entend de la
forte. Il y a trois cens ans qu'u
homme étoit auffi riche , & faifoit
aurant avec un écu , qu'on fait aujourd'hui
avec quarante ; auffi , les
Sçavants font autant aujourd'hui
avec un langage compaffé , qu'on
faifoit il y a trois cens ans , avec
les termes les plus violens & les
plus odieux.
Il y a donc encore beaucoup à
dire , que nôtre Politeffe prétendue
en foit au point où on le croit , &
quoique les dehors foient affés civils
aujourd'hui dans le commerce
de la vie ; cependant , je ne puis
diffimuler qu'il y a de certains traits
de rufticité, qui échapent affés communément
à des perfonnes d'ailleurs
très-polies , & que je ne fçais
comment excufer. Il femble que
quand il s'agit de certaines Profeffions
, ou de certains Corps , on fe
croye difpenfé de tout ménagement
de bien-féance. Qu'on dife à un
homme de Guerre , que les
gens
E ij
LE MERCURE
de fon Mêtier font des brutaux ,
il s'en offenfera , fans doute , &
tout le monde conviendra , qu'il
a raifon de s'en offencer. Qu'on
dife en face à un Médecin , contre
fa Profeffion , tout ce que Moliere
en a dit fur le Théatre , cela ne paffe
que pour gentilleffe , & le Médecin
, s'il s'en formalife , eſt un
bouru ; il me paroît cependant
qu'il a autant de droit d'être jaloux
de l'honneur de fon Corps ,
qu'un homme de Guerre en a de
s'intereffer à la gloire de fa Profellion
, & qu'il y a autant de groffierté
à attaquer l'un par cet endroit
, qu'il y en auroit à attaquer
l'autre . Je fupprime d'autres exemples
encore plus forts que je pourrois
rapporter , & qui me paroiffent
toujours nouveaux , toutes les fois
que j'en fuis témoin ; c'est ce qui
m'eft arrivé fouvent , fans que j'aye
encore pû m'y acc oûtumer. Si le
Public veut que les Sçavans réforment
leur ftile , il faut qu'il réforme
lui-même fongoût , & qu'-
' DE MAY. 43
en certaines chofes il leur montre
l'exemple ; du moins reconnoîtrat-
il , qu'il a plus d'interêt qu'il
ne penfoit à excufer un peu les impoliteffes
qui leur échapent dans
leurs contestations ; car , je crois avoir
prouvé affés clairement , que
s'ils péchent en cela , c'eſt à lui ,
bien plus qu'à eux , qu'il faut s'en
prendre.
DE L'APOLOGIE
DES SCAVANTS.
SECONDE PARTIE ,
où L'ON FAIT VOIR ,
Que c'est le Public qu'on doit rendre
refponfable des excès qu'on
leur reproche.
J
E ne fçais fi les Sçavants
me fçauront tout le gré
que j'aurois naturellement
lieu de me promettre
du zele avec lequel je prens
A ij
4 MERCURE LE
en main leur défenfe ; mais comme
il faut être défintereffé dans le bien
qu'on fait , le plus ou le moins de
reconnoiffance de leur part n'altérera
en rien l'inclination que je me
fens à leur rendre toute la justice
qu'ils méritent ; & puifque j'ai com
mencé à les défendre , il faut continuer
de bonne grace , & donner
à leur Apologie toute l'étendue que
demande l'importance du fujet , &
toute la force dont il
ceptible.
peut être fuf
On les accufe de manquer de
moderation dans leurs querelless
j'ai fait voir en quoi on leur faifoit
injuftice fur ce point ; mais je
veux qu'ils ayent tort , qui eft- ce
qui les blâme ? C'eſt le Public. Et
moi je prétends que le Public n'eft
pas en droit de le faire : Pourquoi ?
parce que c'est à ce Public même
qui leur fait leur procés avec tant
de hauteur & de févérité , qu'il faut
imputer tout ce qu'on leur reproche
, & qu'il eft plus refponfable
qu'eux , de tous leurs excés.
DE MAY.
La propofition eft hardie , je l'avoue
, & il y a une forte de témérité
& même d'infolence à prendre
le Public à parti auffi hautement
que je fais ; mais voici ce qui me
fauve : C'est à fon propre Tribu
nal que je le cite ; ce n'eft que devant
lui que je veux plaider contre
lui-même ; & je me Hate qu'en faveur
d'une déference fi refpectueufe
, & en même-temps fi honorable
pour lui , il me paffera fans
peine tout ce que la propofition ,
d'elle- même,pourroit avoir de choquant
& d'irrégulier. Je le fais donc
Juge en fa propre caufe , & je compte
affes fur fa droiture & fur fon
équité , pour être perfundé , qu'il fe
fera juftice auffi exactement qu'il
a coûtume de la faire aux autres ,
& qu'il fera le premier à fe condamner
, fi on lui fait voir par de
bonnes raifons qu'il foit veritable-
.ment en faute. Or, c'eft ce que j'entreprends
de vérifier , & voici furquoi
je me fonde .
Quand des Sçavants s'attaquent
A iij
6 LE MERCURE
:
l'un l'autre dans des Ouvrages
qu'ils mettent en lumiere : je demande
quelle eft leur vûe ? car
chacun d'eux a fon but , & fe propofe
une fin . Seroit- ce de détromper
fon Adverfaire , & de lui faire
avouer qu'il a tort ? Un Sçavant
peut bien avoir affés bonne opinion
de la fupériorité de fon efprit , & de
la force de fon raifonnement , pour
fe flater qu'il fera connoître fenfiblement
à fon Antagoniſte , qu'il eft
dans l'erreur mais s'il eſpére le
réduire à en convenir lui - même ;
c'est ce me femble beaucoup préfumer
de fa docilité & de fa droi
ture . Quelque détrompé qu'on foit
dans le coeur , il en coûte trop à l'amour
propre pour l'avoüer : &
quand il fe trouveroit quelque
exemple d'un aveu pareil , c'eſt
quelque chofe de fi héroïque , &
par là même de fi rare , que cela ne
doit être tiré à conféquence.
pas
D'ailleurs , fi l'on ne fe propofe
point d'autre fin, à quoy bon rendre
publique une conteftation où il ne
DE 7
MAY.
s'agit que de détromper un particulier?
Pourquoi étaler auxyeuxde tout
le monde la honte de fon illufion
Pourquoi le couvrir d'une confufion
qu'on peut lui épargner, en l'inftruifant
tête à tête ›
ou par des
écrits qui n'aillent qu'à lui ? Metho
de d'autant plus efficace pour ramener
un efprit à la verité , que l'orgueil
naturel fe fent moins intereffé
dans un aveu fécret de l'erreur où
on a donné , & qu'il trouve dans
la délicateffe de ces fortes de ménagements
, de quoi fe relever de
tout ce qu'un aveu pareil peut
avoir d'humiliant .
On a donc quelque autre veûë,
quand on donne au Public ces fortes
d'Ouvrages ; & quelle peut être
cette veûë , finon , de le rendre
Arbitre de la difpute & de plaider
à fon Tribunal ? l'impreffion des
Livres tient lieu d'exploit dans la
République litteraire ; & tout Auteur
qui imprime contre un autre,
eft cenfé le citer devant le Tribunal
du Public,pour s'y voir condam8.
LE MERCURE
né & convaincu d'ignorance & d'erreur.
On regarde de part & d'autre
le Public , comme le Juge naturel
de la conteftation , & l'Arbitre
fouverain qui doit en décider
On a donc de part & d'autre, égal
intereft de le gagner , de lui plaire ,
de s'infinier dans fon efprit ; & par
conféquent de prendre, en écrivant ,
le ftile le plus convenable à fon humeur
, le plus conforme à fon goût ,
& le plus capable de le flâter : Ainfi ,
lorfque des Sçavans s'attaquent par
des invectives , s'offencent par des
réproches , fe déchirent par des médifances
ils font à plaindre fans
doûte d'en être réduits à une fi
étrange & fi cruelle neceffité ; mais ,
eft-ce à eux qu'il faut s'en prendre,
& non pas plûtôt au Public qui les
réduit & qui les y force , comme
on le verra dans la fuite.
y
Quand on donnoit autrefois à
Rome de ces Fêtes fanglantes , cù
trois , quatre & cinq cents hommes
deftinez à réjouir le PeupleRomain,
aux dépens de leur vie , fe maflaDE
MAY.
croient cruellement les uns les autres
, à qui croi- t- on qu'il falût im
puter l'horreur de cette bouche.
rie , aux Gladiateurs qui s'eftrama.
connoient fans quartier , ou au Peuple
enfaveur de qui on donnoit ce
divertiffement barbare ? C'étoit fans
doûte quelque chofe de bien atroce
& de bien inhumain qu'un pareil
fpectacle ; mais y auroit -il eu de
la raifon de le reprocher à ces pauvres
& infortunez Gladiateurs ? &
n'auroient ils pas été en droit de
répondre : Hélas ! C'eſt bien malgré
nous que nous en venons à cette
barbarie,blâmez ce Peuple, au plaifir
& à la cruauté duquel on nous
facrifie , mais pour nous , nousfommes
à plaindre & non à blâmer, Or,
ce que ces Gladiateurs répondroient
en cas pareil , les Sçavans
font en droit de le répondre fur le
reproche qu'on leur fait , & de dire
: fi nous fommes cruels les uns
envers les autres , fi nous nous
pouffons fans ménagement dans nos
querelles , fi nous nous décrions ,
10 LE MERCURE
i nous nous déchirons , impitoyablement
, c'est le Public qui nous
contraint & qui nous en fait i
Loy.Nôtre grand intereft eft de lui
plaire , & nous n'employrions pas
des moyens fi violents pour y parvenir
,finous n'étions perfuadez qu'ils
font de fon goût.
Le Public ne manquera pas de
reclâmer là - contre , & de prétendre
qu'on lui fait injure, en lui donnant
un caractére fi cruel & qui a
même quelque chofe d'inhumain &
de barbare.Surquoi je dirai d'abord,
que je n'avois affaire qu'au
Public d'autrefois , & que les Peuples
d'aujourd'huy reſſemblaffent
au Peuple Romain tel qu'il étoit
dans les tems de la République &
fous les Empereurs Payens ; la queftion
feroit bien- tôt vuidée. Je rends
juftice autant que perfonne , au mérite
& au caractere de ce fameux
Peuple mais plus j'étudie fon
Hiftoire , & plus je fuis convaincu
qu'il ne faut pas l'éplucher de trop
prés. La Profperité de fes armes
Î'Eclat de fes Conqueftes , l'EtenDE
MAY. 11
due & la Durée de fon Empire ,
fa Puiffance , fa Magnificence , &
même quelques Vertus morales
auxquelles la fplendeur de la Nation
a donné du luftre , nous font
une forte d'illufion qui nous aveugle
en fa faveur. Parce qu'ils ont
été Grands en quelque chofe , on
les oroit parfaits en tout ; parce que
quelques Romains ont été des
on fait des Héros
"
Héros
de tous les Romains , & l'on
tient compte au moindre d'eux , des
Vertus qui ne fe font trouvées que
dans un petit nombre de fes Compatriotes
, & qui même , n'y ont jamais
été fans grand mêlange. C'eft
tout ce que j'en infinüeray quant
à prefent , pour ne point entrer dans
un détail qui me meneroit trop loin,
& qui d'ailleurs , n'eft point effentiel
à mon fujet ; mais je ne puis m'empêcher
de dire , que , quelque haute
idée qu'on ait conceûe de ce
Grand Peuple , on ne doit point
mettre la Pitié , la Compaffion &
'Humanité , au nombre de fes Ver12
LE MERCURE
tus , & qu'il n'y a peut-être jamais
eû de Nation qui fût naturellement
& de fon fond plus dure
plus impitoyable & plus cruelle ;
c'eft furquoy ( fi l'on m'oblige d'en
venir à la preuve ) je promets de
donner entiére fatisfaction.
J'avoue que les moeurs ont fore
changé à cet égard , & qu'ils font
aujourd'huy tout autres qu'ils n'étoient
autrefois. A mefure que le
Chriftianiſme a pris le deffus , l'efprit
de douceur qu'il infpire , a réprimé
cette férocité barbare qui avoit
fa fource dans la corruption de
l'homme, & que la fuperftition payenne
étoit plus propre à entretenir
& à augmenter , qu'elle ne
l'étoit à la diminuer & à l'adoucir.
On n'a pû s'empêcher de prendre
des fentimens d'humanité & de
compaffion pour des hommes que
la Religion nous a appris à regarder
fur le pied de freres. Mais comme
, entre les freres même , l'union
n'eft jamais fi parfaite , que l'intereft
particulier & l'amour propre
n'y
DEMAY.
13
n'y apportent quelquefois de l'altération
; auffi , tout Chrêtiens &
tout freres que nous fommes , eftil
resté dans nos coeurs , je ne fçais
quel levain d'inimitié réciproque ,
que la Religion condamne , mais
dont la nature a peine à fe défaire;
que la Vertu peut combatre , mais
qu'elle ne fçauroit entierement détruire.
On répugne à voir répandre
le fang de fon Prochain : mais on
eft bien- aife quelquefois de le voir
humilié. Une révolution qui l'a
bîme , une diſgrace qui l'accable ,
excite nôtre compaffion , éneût
nôtre fenfibilité ; une mortification
qui le pique , un accident qui
dérange un peu fes affaires , trouve
notre coeur tout difpofé à le
fouffrir fans murmure ; & à n'en
fçavoir pas mauvais gré à la fortune.
Enfin , nous ne demandons
pas
que les hommes périffent ; mais
nous ne fommes pas fachez dé
les voir par quelque endroit audeffous
de nous . Iln'y a donc point
de cruauté dans notre coeur ; mais
May 1717.
B
14 LE MERCURE
qu'il n'y ait un fond fécret de malignité
, c'eft de quoi il est difficile
de ne pas convenir.
Or , ce fond de malignite me fuffit
pour imputer au Public , les emportemens
des Sçavants dans leurs
querelles , & pour le rendre refponfable
de toutes leurs impolitef-
Tes. Un Sçavant qui écrit contre
un autre , veut gagner les fuffrages
du Public , Spectateur & Arbitre
du combat. Il veut lui plaire , &
il fçait que le meilleur moyen pour
y parvenir , eft de flater fa malignité.
Et de qui tient- il cela ? du Public
même ; De ce Public qui a horreur
des combats où il y a du fang
répandu ; mais qui aime la vivacité
dans les querelles , où la vie
ne court point de rifque . Que deux
hommes l'épée à la main fe battent
en déterminez , prêt chacun
à perçer fon ennemi ; on tremble
pour eux , & l'on s'intereffe à les
féparer. Que deux femmes en viennent
aux prifes , qu'elles s'égratignent
, qu'elles fe décoeffent ; c'eft
DE MAY. 21
ve dans ce ridicule du Pédantifme
qu'on attache à la Science , nonfeulement
de quoi fe confoler de
l'érudition qu'on n'a pas , mais encore
de quoi fe mettre au deffus de
ceux qui l'ont acquife . Car , l'amour
propre a fa Logique & fes principes
aufquels il ramene tout. Le
premier de ces principes eft de
nous faire juger de toutes chofes .
par comparaifon à nous-mêmes ;
de forte que nous ne donnons la
préference ou le deffous aux Profeffions
, aux Ars , aux Sciences ,
& à tout le refe , que felon que
nous nous fentons plus ou moins de
difpofition & de talent poury réüffir.
Tout Art où nous réuffiffons , ett
toûjours le plus eftimable ; tout Art
où nous ne pouvons atteindre , elt
un Art vain & frivole. Je dis le
même des Profeffions differentes ,
& je pourrois étendre la maxime
jufqu'aux Inclinations , aux Humeurs
& aux Temperaments . C'eſt
par là que l'homme d'Epée dédaigne
l'homme de Robe , & que
22 LE MERCURE
l'homme de Robe neglige l'homme
d'Epée : Que l'Aftrologue & le
Géométre méprifent le Poëte &
l'Orateur, & que reciproquement le
Poëte & l'Orateur , qui ne fe font
guéres plus de quartier , quand ils fe
méfurent l'un l'autre , ne font pas
grand cas de l'Aftrologue ni du
Géometre. Cependant , comme
chaque Etat , comme chaque Art
eft toûjours eftimable par lui-même
, & qu'on ne peut pas nier , que
l'Equité dans un Magiftrat , la Valeur
dans un Soldat , l'Erudition
dans un homme deLettres ne foient ..
à prifer , & re meritent une confideration
que notre amour propre ,
qui croit s'ôter à lui-même ce qu'il
accorde à autrui , ne fe laiffe pas aifément
arracher ; la malignité eſt
venue au fecours , & nous a appris
à envifager les Arts & les Profeffions
qui ne nous plaifent pas , fous
un ridicul accidentel qui y ait quelque
rapport. Ainfi , l'homme de
Robe eft devenu un Chicanneur;
l'homme d'Epée , un Breteur ;
፡
DE MAY.
17
nes gens , au contraire , qui ne
doutent de rien , & dans qui l'expérience
n'a pû encore corriger la
préfomption , font toujours prêts
à rire de tout , parce qu'ils fe croyent
fort audeffus des foibleffes
dont ils fe moquent. Il est vrai
qu'eux & bien d'autres le trompent
fouvent dans leur calcul.
Quand le Maître de Philofophie ,
dans le Bourgeois Gentilhomme
fait de belles leçons de moderation
& de patience , au Maître à
Danfer & au Tireur d'Armes qui
fe battoient , il fe croît lui -même
fort éloigné de tomber dans un
pareil excés ; mais , s'imagine-t'il
être interreflé dans la querelle ?
Adieu la Morale & les Refléxions ;
le Philofophe fe taît , & l'homme ſe
bat. Il faut être dans l'occafion ,
pour pouvoir juger de quoy on eft
capable. Mais comme ordinairement
on ne fe rend guéres plus
de juftice , que le faifoit ce Philofophe
, & que chacun en particulier
, est toujours fort difpofé à faire
Biij
18 LE MERCURE
le Procés à fon prochain , & à
rire de fes foibleffes , on peut établir
comme un principe certain
que le meilleur moyen d'interreffer
le Public , eft de flater fa malignité
, & par conféquent de le
réjouir aux dépens de nôtre Adverfaire
Pourquoy cela ? premierement
, parce que c'eft en quelqueforte
pour lui,un ennemi de moins ,
c'eftun homme qu'on dégrade devant
lui , & fur lequel on femble
lui donner une eſpèce de fupériorité.
Secondement , parce que celui
qu'on humilie , eft un Sçavant.
Car , plus un homme ett élevé audeffus
des autres , ou par fa naiffance
, ou par fa fortune , ou par
fés talents ; plus on aime à le voir
rabaiffé. Le premier fouhait de :
l'amour propre dans le coeur humain
, eft de l'emporter fur tout
le monde. Au défaut de cet avantage
, nous fouhaitons au moins que
perfonne ne l'emporte fur nous.
Ainfi , tout homme qui , par quelque
endroit que ce foit , fe tire
DE MAY.
19
de pair d'avec les autres , devient
d'abord l'objet de la jalousie pu
blique , & fi l'on s'écoutoit , on lui
demanderoit volontiers compte de
ce qu'il a de plus que nous. De quel
droit en effet , aura-t-il ou plus :
d'efprit , ou plus d'érudition ? Encore
faut-il remarquer qu'on par
donne plus aifément aux Gens de
Lettres , ce qui vient d'érudition ,
que ce qui vient d'efprit : Pourquoi
? Parce que ce qui vient d'é---
rudition , eft en quelque manière
plus à notre portée , & nous don
ne moins le deffous ; les Sçavans
n'ont fait que moiffonner dans un
champ qui eft ouvert à tout le
monde , & où il n'a tenu , & il ne
tient encore qu'à nous de recueillir
, auffi bien qu'eux : Ils ont lû ,
& nous pouvons lire ; ils ont
tranfcrit & nous
5 pouvons
tranfcrire . Cette réflexion les
reconcilie avec nous fur ce point
parce qu'elle femble les ramener
au niveau de ce que nous fommes .
Mais , ce qui vient de fuperiorité
20 LE MERCURE
d'efprit , ne s'excufe pas de même ;
on veut toûjours du mal à ceux qui
nous priment de ce coité là, & comme
ordinairement les Sçavans , s'ils
n'ont plus d'efprit que les autres
ont du moins l'efprit plus cultivé ;
on leur fçait mauvais gré en même
tems, & de leur érudition & de leur
efprit : deforte que fi on ne peut
pas leur arracher ces avantages , &
leur difputer ces talents , on eft
bien aife du moins d'avoir d'ailleurs
de quoy s'en dédommager ,
& de pouvoir regagner
fur eux
dans les défauts & les foibleffes
qu'ils fe reprochent tour à tour , ce .
qu'ils ont de plus que nous , du côté
de l'efprit & des lumieres.
>
Ainfi , quand deux Sçavants en
viennent aux`mains , c'eft une fête
pour le Public,& un fpectacle d'autant
plus agréable , qu'il y trouve
de quei fatisfaire fa malignité , &
par là,de quoi flater fon amour propre.
On fe dit alors à foy- même :
Je ne fuis pas Sçavant , mais aufli
je ne fuis pas Pédant ; & l'on trouDE
MAY.
un paffe -tems pour les Spectateurs ;
on frape des mains , & loin de les
féparer , on ne fonge qu'à les encourager&
à les animer.Un Inconnu
fait- t-il une chûte dangereufe ? les
plus indifférents s'empreffent pour
le fécourir. Que la chûte foit légere
& fans conféquence ; nôtre
premier mouvement nous porte à
en rire. Qu'est ce qui fait cela dans
l'homme Un fentiment d'amour
propre & un retour de complaifan
ce fur lui- même , qui lui fait envifager
dans la difgráce d'autrui , une
foibleflè ou une imprudence dont
il fe croit incapable ; car tout ris
moqueur fuppofe un ridicule dont
on fe croit exempt . Un Boiteux ne
rit pas d'un autre boiteux , s'il ne
le croit plus boiteux que luy. D'où
il est naturel de conclure , que le
ris renferme en même temps &
une forte de mépris pour celui qui
en eft l'objet , & une idée de fuperiorité
qu'on croit avoir fur celui
dont on fe moque ; c'est-à- dire,
que tout homme qui rit d'un autre ,
16 LE MERCURE
-
fait tout bas , fon propre Panegyrique
, aux depens de celuy dont il
rit ; car , s'il y prend bien garde
il reconnoîtra qu'il fe dit dans le
coeur ; je ne ferois pas cette faute ,
je ne donnerois pas dans ce ridicule
, j'aurois évité cet écueil , je
me ferois bien gardé de faire cette
beveûe , de tomber dans cette imprudence
; ainfi , je vaux mieux
qu'un tel , au moins par cet endroit .
Pourquoy les perfonnes d'un certain
âge , font - elles plus refervées
& plus retenues à rire des foibleſſes
& des petits accidents qui arrivent
à autruy , que ne le font les jeunes
gens ! C'elt que , comme il
leur eft arrivé fouvent , ou du
moins qu'ils ont remarqué qu'il
étoit arrivé à d'autres , de donner
dans des ridicules dont ils avoient
ri auparavant , ils épargnent
les autres par confideration pour
eux- mêmes . Cette indulgence dans
eux , et le fruit de leur expérience
& l'effet d'un amour propre ,
réfléchi fur lui - même . Les jeuDE
MAY. 25
l'homme de Lettres , un Pedant,
Le Sçavant eft au deffus de nous
par fa Science , mais nous prétendons
qu'il retombe au deffous , par
fes foibleffes. Le ridicule du Pedantifine
nous fait regagner fur le Sçavant
avec ufure , ce que le mérite
de la fcience nous faifoit perdre
avec lui. Nous ne nous contentons
pas d'une fimple compenfation qui
hous remette tous au niveau , nous
afpirons à quelque chofe de plus :
Sur quoi fondé fur un principe affez
vrai , & que l'amour propre a
grand foin de faire valoir , qui eft,
qu'il vaut mieux avoir une perfetion
de moins , & être exempt d'un
foible ; car il y a des genres de merite
que nous ne fommes pas obligez
d'ayoir ; mais il n'y a point de
forte de ridicule , dont nous foïons
obligez , autant qu'il nous eft poffible,
de nous garantir.
Les Sçavans fe font tort à euxmêmes
, je l'avoue , de donner cet
avantage fur eux au Public ; mais
dans la chaleur de la difpute , on
1
26 LE MERCURE
ne fait pas tant de réflexions. Chacun
d'eux ne fonge qu'à décréditer
fon Antagoniſte dans l'efprit du
Public , fans fonger qu'il lui donne
lieu par- là,de lui rendre la pareille
; & que le Public qui fait-là
le perfonnage, du Grippeminant de
la Fable de la Fontaine tire fon
profit des deux côtés , & fe moque
de l'un & de l'autre.
,
Mais , je veux que les Sçavans
faflent attention au préjudice qu'-
ils fe caufent mutuellement , en
s'outrageant dans leurs querelles ;
je veux qu'ils en foient perfuadezt
& convaincus : Quel parti leu
refte-t-il à prendre ? Point d'autre,
que celui de fe taire. Qui les empêche
, direz-vous d'écrire de
part & d'autre avec modération ,
& d'expofer leurs raifons avec douceur
& avec bien-feance : c'eft le
Public qui le leur défend . Comment
, le Public ! Eh ne blâme- t-il
-hautement tous les jours ces
pas
fortes d'éxcez ? Ouy , il les blâme
de bouche & en apparence , mais
›
réellement
DE MAY. 25
pour compreréellement
, & de fait ,il les ordonne
& il les exige;en voici la preuve .
Un Sçavant qui , met au jour un
Ouvrage Polemique , a fans doute
envie que fon Ouvrage foit lû.
Ni lui ne fe met en frais
pofer , ni le Libraire pour imprimer
, que dans l'efperance que le
Livre fera débité. Il y a quelquefois
du mécompte ; mais quoiqu'il
en arrive ; voilà du moins à quoi
on vife , & l'on peut dire que cette
flateufe efperance eft la caufe
miere de tout ce qui s'imprime de
Livres. Il faut donc fur ce piedlà
que l'Ouvrage foit écrit de maniere
à piquer la curiofité du Public
, qui n'a coûtume de l'acheter,
qu'autantqu'il le trouve à fon goût.
Or , je fuppofe qu'un Sçavant qui
écrit contre un autre , le faffe avec
cet efprit de moderation & de
douceur , avec ces ménagements
de bien-féance & de charité même
, que tout le monde femble
exiger , & que perfonne ne veut
goûter. Qui eft - ce qui lira fon
May 1717.
с
26 LE MERCURE
Ouvrage ,* Quis leget hac ?Voilà le
Livre à bas , le Libraire ruiné , &
l'Auteur deshonoré. Mais le Livre
eft fi bon ! Il est écrit avec tant
de folidité & de politeffe ! Les
raifonnements en font juftes , les
réfléxions fenfées , l'élocution éxacte
; cela eft vrai , mais il eft froid.
Je n'y trouve pointde goût, c'est un
potage de fanté , que j'approuve
fort pour un malade ; mais pour
moi qui me porte bien , je veux
quelque chofe de plus piquant
& qui réveille mon appetit ; voilà
ce qu'on répond , & le Livre
demeure. Que l'Auteur fe défaffe
de fa moderation , & que , fans rien
changer , pour le fond , à fon
Ouvrage , il larde fes raifonnements
de quelques traits de Satyre
, & répande un peu de malignité
dans fes réflexions , voilà
le Livre qui reffufcite ; la preſſe
y et ; on fe l'arrache , les Editions
s'en multiplient , & le Li-
Perf Sat. 1.
>
DE MAY. 17
braire dit fur la foy du Public
qui l'achete : Voilà un bon Livre.
Il fe fait deux Hiftoires d'un
grand Perfonnage , toutes deux
bien écrites , & par des Auteurs
differents. L'un fait un Saint de
fon Heros ; l'autre en fait un Po--
litique . Le Saint va fon chemin
tout uniment ; le Politique fait
fortune ; on loiie le premier , &
on lit le fecond. D'où vient cette
difference ? C'est que la malignité
du coeur trouve mieux fon compte
avec le dernier , qu'avec l'autre.
Que conclure de tout cela ? levoici.
C'est que tout Auteur qui
veut être lû ( & ce n'eft pas fe
méprendre , que de croire que tous
le veulent ) doit écrite d'une maniere
qui intéreffe le Lecteur ;
Qu'il ne le peut faire dans les
Ouvrages Polemiques , qu'en flatant
fa malignité , & que rien n'eft
plus propre à la ppiiqquueerr , que les
traits de Satyre perfonnelle . J'approuve
donc , direz -vous , ce ftyle
Satyrique A Dieu ne plaife ; je
Cij
28 LE MERCURE
le condamne au contraire , mais
le Public l'éxige. Il a tort , j'en
conviens , & c'eft dans lui, un goût
dépravé ; mais c'eft fon goût :
Ne point chercher à le flater ,
feroit beaucoup plus dans les régles;
mais ce ne feroit pas le moyen
d'être lû. Or , on n'écrit que dans
cette vûë , & qui ne veut point
être lû , ne doit point écrire. Cette
raifon fuffiroit donc toute feule
pour rendre le Public refponfable
de tous les excès qu'on blâme
dans les Sçavants qui fe font la
guerre ; mais , à cette premiere
Faifon , thée de la malignité du
coeur de l'Homme , j'en ajoûte
une feconde , fondée fur l'imperfection
de fon efprit , & fur l'indolence
, qui lui eft naturelle .
Il feroit à fouhaiter qu'on cherchât
le vrai en tout . Chacun fait
profeflion de l'aimer & de s'y attacher
; mais , pour être en état de
le difcerner , il faut néceflairement
deux chofes . La premiere , qu'on
ait affés d'intelligence & de pénéDE
MAY. 29
Eration pour le découvrir ; la feconde
, qu'on ait affés de réfolu
tion & de patience , pour ne point
fe laffer dans cette recherche . Or ,
il arrive
ordinairement que de tous
ceux qui veulent juger d'une controverfe
& d'une difpute entre les
Sçavans , la moitié manque de lumiéres
&
d'intelligence ; & l'autre
moitié manque de bonne volonté
ou de loifir. Les uns n'ont ,
ni les principes , ni les talens qu'il
faut pour entendre la matiere , les
autres ne veulent pas fe donner
la peine de l'étudier ; enfin , foit
incapacité , foit pareffe , ils font
prefque tous également hors d'état
de porter leur jugement fur une
queftion qu'ils n'entendent point ;
& cependant tous , comme Perrin
Dandin , veulent juger. Il s'enfuit
delà , que le Public , non feulement
eft aifé à tromper , mais même qu'
il veut bien être trompé ; & par
conféquent , que quand on le prend
pour juge d'une affaire , il n'eft
pas
tant queftion de l'inftruire , que
}
Ciij
20 LE
MERCURE
de le prévénir. Si les Sçavans
dans leurs démeflés , avoient droit
de fe choifir un Juge , je veux
croire qu'ils auroient affés de bonne
- foi pour le prendre , autant
ennemi de toute furpriſe , qu'il en
feroit incapable ; mais ils n'ont
point fur cela de choix à faire :
Leur Juge naturel eft néceffaire ,
c'est le Public ; ils ne peuvent ,
ni ne veulent même décliner fa
Jurifdiction. C'est à fon Tribunal
qu'ils portent leurs cauſes , c'eft
a fa décifion qu'ils foumettent
leurs raifons , c'est-à-dire à la décifion
d'un Juge qu'il n'eft queftion
que d'éblouir & de gagner. Ainfi ,
pour peu que la matiere foit obfcure
, ou qu'elle demande de la difcuffion
, ils fondent moins leurs
efpérances fur la folidité de leurs
raifonnemens , & fur la force de
leurs preuves , que fur l'agrêment
& le fel qu'ils tâchent d'y répandre.
L'importance n'eft pas d'inftruire
le Juge , c'eft de l'amufer
& de lui plaire. Il ne s'agit pas
DEMA Y.
3T
tant.de prouver , que nôtre Adverfaire
a tort , que de faire croire
qu'il doit avoir tort , & de faire
fouhaiter qu'il l'ait effectivement ,
c'est-à- dire , de le rendre odieux
& méprifable. Or , rien n'est plus
propre à produire cet effet , que
fes Railleries , les Reproches , là
Satyre & l'Invective . Ce n'eft donc
pas le Sçavant qui a tort de les employer
; mais le Public qui les met
dans la néceffité de le faire.
Entre les coûtumes particuliéres
de chaque Province , il y en a
d'affés bizarres , & qui paroiffent
même oppofées aux principes de
l'Equité naturelle ; de forte qu'un
Avocat qui a à plaider une Caufe
dans tel ou tel Canton , fe trouve
obligé d'abandonner ces principes,
pour chercher des moyens de défenfe
dans la bizarrerie de la Coûtume
. Eft-ce fa faute Non. La
Coûtume eft établie ; c'eft d'elle,
toute bizarre qu'elle eft , que les
Juges empruntent leur Jurifprudence
; c'eft à eux feuls que l'A32
LE MERCURE
vocat a affaire , ce font eux qu'il
doit perfuader ; il doit donc fe conformer
à leurs idées , & leur parler
un langage qu'ils entendent.
Il en eft de même des Sçavans
ils ont affaire à un Juge qui fe conduit
moins , par raifon , que par
prévention ; c'est donc moins par
des raifonnemens folides , que par
des préjugez artificieux , qu'il peut
efpérer de le gagner. Il s'y attache,
il en fait fon capital ; & en cela,
il ne fait que fuivre la Loy , & s'affervir
à la néceffité que le Public
lui impofc. Qu'on déclame tant
qu'on voudra contre l'irrégularité
de ce procédé ; c'eſt au Public qui
l'éxige , & non au Sçavant qui s'y
conforme malgré lui ,à en répondre.
Quand on a affaire à un Homme
en place , foit Magiftrat , foit
Miniftre , foit Grand Seigneur ;
Qu'on a à lui demander juftice ,
ou qu'on en attend quelque grace
; quel eft nôtre premier foin ?
C'eft de nous informer par où il
eft acceffible , & de fçavoir qui le
DE MAAY.
33
gouverne. Le Sçavant recherche
la faveur du Public , à qui il demande
juftice contre fon Adverfaire.
Son premier foin doit donc
être , de fçavoir qui le gouverne.
Or , qu'est - ce qui gouverne le Public
? C'eft la prévention. Cela a
été de tout temps , & fera toujours
. Delà vient ce grand principe
, que chacun juge felon fon
inclination , c'est-à -dire , felon fa
prévention. Car, qu'est- ce qu'inclination?
finon un attrait qui , toutes
chofes égales d'ailleurs , nous
fait pencher d'un côté plûtôt que
d'un autre Attrait où la raifon
a fi peu de part , qu'on oppofe
d'ordinaire comme en regard ,l'inclination
& la Raifon. Delà vient
encore la maxime qui fignifie la
même chofe fous d'autres termes ,
que l'efprit eft la dupe du coeur.
Il s'enfuit delà , que les régles de
la Jurifprudence du Public ne font
point fondées fur le Vrai , mais
fur l'Apparent , non fur la Raifon
mais fur les Préjugez. Ce font ces
>
34 LE MERCURE
préjugez , qui donnent le branfle
aux affaires , & qui déterminent
l'efprit : Maniere de juger d'autant
plus accommodante pour nous ,
qu'elle flate en même - temps , &
nôtre préfomption , & nôtre indolence
naturelle. Elle flate nôtre
indolence , en ce qu'elle nous difpenfe
de la difcuflion des matiéres
; elle flate nôtre présomption ;
en ce qu'elle nous fournit des principes
abrégez de décifion. Voilà
la fource de cette multitude de
préjugez , qui fe font intrus dans
nôtre efprit , & qui y fubjuguent
la Raifon. Il en eft de tout genre
& en toute matiere. Il y en a fur
les Nations & fur les Climats ; fur
les Provinces particulieres d'un
même Royaume , & fur les Cantons
différents de cesProvinces. Une
expofition plus ou moins orientale
, décide dans nous , de la fupériorité
pour le génie ou pour l'imagination
entre certains Peuples.
On a autant de peine à concevoir
, qu'un Homme d'une certaine
DE MAY.
35
Contrée , ait du mérite , qu'à s'imaginer
qu'un homme d'un aute
Païs , fouvent limitrophe , n'en
ait pas. L'Attique& la Boetie étoient
deux Provinces de la Gréce . Etre
né dans la premiere , c'étoit un
tître pour être cenfé avoir de l'efprit
; comme c'étoit une espéce
d'exclufion en cette matiere , que
d'être né dans la feconde ; il n'y
a pas eu même , jufqu'au Sauveur
du monde , qui n'ait été expofé à
l'injuftice du préjugé. On parle
à Nathanael de ce grand Meffie *
annoncé par Moïfe & les Prophéres
; il écoute. On lui apprend
que ce Meffie eft venu , & que
c'eft Jefus Fils de Jofeph de Nazareth.
A ce nom de Nazareth,le préjugé
s'élève dans fon efprit & décrédite
d'abord le rapport qu'on lui
fait. * Nazareth ! dit - il , en peutil
venir quelque chofe de bon ! Nous
* Joan. ch . 1. v . 45.
* Ibid.
36
LE
MERCURE
voyons tous les jours , que les Con
ditions différentes , les Profeffions ,
les Arts , les Sciences , même
les Corps particuliers dans chaque
Republique , font foumis à certains
préjugés generaux , qui réglent
le plus ou moins d'eftime
qu'on doit accorder aux Particuliers
. Voilà deux Hommes que
je n'avois jamais vûs ; fi je veux
m'en tenir à la premiere impreffion
que forme dans moi le préjugé , ce
fera peut-être la couleur ou la forme
de l'habit qui me fera donner
la préference à l'un, au préjudice de
l'autre. Ce qui nous paroît vulgaire
& trivial dans un Homme du commun
, nous paroît plein de fel dans
la bouche d'un Homme de Condition.
La Naiffance ,le Rang , la Réputation,
le Ton même de celui qui
parle,entre toûjours pour beaucoup ,
dans le jugement que nous portons
de ce qu'il dit ; enfin , comme
l'a remarqué l'Auteur de la Recherche
de la Verité * Si un Homme eft
* L 1. ch . 18.
DE MA Y.
37
affez heureux pour plaire , ou
» pour être eftimé , il aura raifon
dans tout ce qu'il avancera ; &
,, il n'y aura pas juſqu'à ſon colet &
à fes
manchettes , qui ne prou-
», vent quelque chofe.
Je fçais que l'homme fage appelle
toûjours de cette premiere furprife
, & qu'il eft même en garde
contre elle ; mais l'homme fage ne
fait pas le grand nombre. La Philofophie
de ce qu'on appelle le Public
, eft une Logique abbregée &
réduite à un petit nombre de principes
vagues & fuperficiels. Si vous
voulez avoir fon fuffrage , il faut
ramener vôtre caufe à ces fortes de
principes qui l'exemptent d'une difcuffion
onereufe , à laquelle il ne fe
prête pas volontiers . Étudiez - vous
plûtôt à lui plaire qu'à le convaincre
, vous le convaincrez infailliblement
en lui plaiſant.
C'est pour cela qu'on regarde
comme un point capital dans toutes
les conteftations , de mettre les
Rieurs defon côté. La Raifon a beau
D
May 1717.
38
LE
MERCURE
être pour vous ; fi les Rieurs font
contre , vous avez le deffous , & celà,
en quelque matiere que ce foit ,
& même dans les plus graves. Des
Sçavants étoient aux prifes avec
d'autres : des deux côtez on mettoit
en oeuvre toute la fubtilité de
la Dialectique , toute la force du raifonnement
; le Public ouvroit de
grands yeux & ne difoit mot . Vous
vous y prenez mal , dit à l'un des
deux partis , un homme fenfé qui
connoifloit le terrain ; laiffez- moi
là tout ce fatras d'érudition & ces
fubtilitez quint-effenciées, où le Public
ne voit goûte & dont il n'a que
faire. Faites diverfion , prenez des ·
matieres qui foient à fa portée ; attachez-
vous , en les traitant , plûtôt
à la gayeté , qu'à la ſolidité ; du
fel , de la legereté , de la naïveté ,
de l'enjoüement , voilà ce qu'il lui
faut . On aura beau vous relever fur
le fond des chofes ; fi l'on ne l'emporte
fur vous par l'agrément , on
ne gagnera rien ; le Public ne veut
pas étudier , il veut fe réjouir ; traDE
MA Y.
59
vaillez fur ce principe ; on le fit &
on s'en trouva bien.
Il eft fi vrai que le Public ne fe
méne que par les préjugez , & que
dans tous les Siècles & chez toutes
les Nations , il ne s'eft jamais gouverné
autrement; que toute la Rhetorique
n'eft fondée que fur ce principe.
En effet , retranchez de cet
Art,tout ce qui ne va qu'à faire illufion
àl'efprit, & qu'à féduire le coeur,
vous le réduirez à une pure Dialectique.
Ariftote n'eft pas , à la ve-.
rité , tout - à- fait de ce fentiment ,
& regardant la partie qui touche
les preuves , comme la plus effentielle
de la Rhétorique , il blâme
·les Rhéteurs qui l'ontprécedé , de
ne s'être prefque attachez qu'à celle
qui touche les moeurs & les paffions,
dont il ne fait que l'acceffoire.
Mais , quelque veneration que
j'aye pour ce Grand Philofophe ; je
le contredirai ici d'autant plus librement
, qu'il eft en quelque forte
Moderne à l'égard de ceux qu'il
blâme & que je défends ; & que
* Rhet . d'Arift. L. 1. C. 1. Dij
40 LE MERCURE
.
• ·
,
·
d'ailleurs il me fournit lui-mêmedequoi
le refuter. Car ,furquoi apuyet-
il fon fentiment ? Sur ce que , ditil
, a les Paffions ne font point du fair
de l'Orateur mais regardent le
Fuge. qu'il ne faut pas le pervertir
, ni le porter à la Compaſſion ↳
ni à la Colere
& que l'emploi
de celui qui plaide , eft de monrer
fimplement , que la chofe eft
ou qu'elle n'eft pas. S'il ne faut que
cela pour plaider , les Rhéteurs
peuvent fermer leurs Ecôles. J'avoue
qu'il feroit mieux de ne point
exciter de Paffions dans le coeur
du Juge ; mais , il ne s'agit pas ici
de fçavoir , fi cela eft permis ou
non dans la bonne Morale , mais
de déterminer , à quel Art il appartient
de produire cet effet : Or, bil
eft clair que c'eft à la feule Rhétorique,
comme Ariftote en convient
lui-même ; & c'eft justement par
ce que ces Paffions regardent le
Juge , qu'elles font du fait de l'Oa
Ibidem.
Ibid L. 2. ch . 1.
DE MAY.
41
rateur , qui n'a d'autre but que de
perfuader le Juge à qui il parle.
- Mais , que cette partie foir ou non ,
la plus effentielle , il est toujours
certain qu'il la regarde lui - même,
comme fi importante , que c'est
celle qu'il femble avoir traité avec
le plus de foin , & qu'elle fait un
des plus beaux morceaux de fa
Rhétorique , c'est - à - dire , d'un
des plus excellents Ouvrages qui
nous reftent de l'Antiquité.
"
"On peut donc regarder la Rhétorique
, comme toute fondée fur
les préjugez ; de forte qu'à la bien
définir , c'eft l'Art de tromper les
Hommes , puifqu'elle enfeigne à
féduire leur Raifon, au préjudice de
la Jufticé & de la Verité. Comment
cela fe fait- il ? En profitant de leurs
préjugez, en excitant leurs Paffions ,
en les portant à la Colere , à l'Indignation
, à la Pitié , à la Crainte , fe.
lon que la caufe le demande. C'eft
pour cela que les Rhéteurs traitent
fi au long , non feulement des
Paffions , mais encore de ce qu'ils
Diij
42 LE MERCURE
apellent Lieux Communs. En effet,
qu'est- ce que ces Lieux Communs ?
Rien autre chofe , que certains préjugez
generaux , où l'Auditeur fe
laiffe enveloper , comme dans des
filets. Or, puifque les Hommes font
faits de la forte ; puifqu'il eit fi aifé
de les féduire & de les tourner
où on veut ; puiſqu'ils veulent même
être trompez , & que la Rhetorique
n'eft fondée que fur leurs
préventions & leur foibleffe ; les
Sçavants ont - ils tort de profiter
de cette difpofition , de travailler
chacun de leur côté , à décréditer
leur Adverfaire dans l'efprit du Public
, & d'employer pour cela , les
Reproches , les Injures , l'Ironie ,
la Satyre ; & tout ce que l'Art
fournit de figures plus malignes &
plus offenfantes ? Dés qu'on s'apperçevra
que le Public n'en fera
plus la dupe , les Sçavants cefferont
de les mettre en ufage ; mais,
tant qu'it fe laiffera conduire par
des préjugez , & qu'il ne décidera
que par paffion , les Sçavants feDE
MA Y.
43
ront en droit de fe croire légitimement
difpenfez dans leurs difputes ,
d'une moderation , non-feulement
inutile , mais même ruineufe à l'interêt
de leur caufe.
Il eſt donc temps , me dira- t -on ,
que les Auteurs adouciffent leur
ftyle , & qu'en écrivant l'un contre
l'autre , ils fe conforment à ces ufages
de bien-féance , quella Politeffe
a introduits dans nos moeurs. Le Public
s'eft réforméfur ce point; il faut
donc que les Sçavants fe réforment
à leur tour , s'ils veulent lui plaire.
Les Emportements & les Invectives
ne font plus de fon goût ,
même dans la plus jufte querelle ;
ils doivent, donc s'en défaire.
Voilà un Enthymême bien preffant
, & auquel on ne peut s'empêcher
de fe rendre , fi l'Antécédent
en eft auffi vrai qu'on le fuppofe
; c'est-à-dire , s'il est conftant
que le Public ait changé de goût
fur cet article , & qu'il exige abfolument
de la moderation dans les
Sçavants. Je fens bien que je fuis
moi-même d'autant moins en droit
44
LE MERCURE
>
de contefter fur cette fuppofition ,
que je paroîs en convenir dans la
premiere partie de cette Apologie .
Peut-être , cependant , qu'à force
d'entendre debiter cette maxime ,
je me la fuis perfuadée comme les
autres , & que j'ai été en cela la
dupe du préjugé. Je vois bien qu'-
aujourd'huy on ne donne pas
tout-à-fait dans les mêmes excés
où l'on donnoit autrefois ; mais je
fens bien auffi , que la moderation
n'eft pas encore venue au point que
l'on prétend. Le Public ne veut
pas à la verité qu'on outre le ref-
Tentiment ; mais il ne me paroît
pas auffi s'accommoder d'une politeffe
trop circonfpecte ; & il me
femble que ceux qui écrivent encore
aujourd'huy fur des matieres
conteſtées , penfent fur cela comme
moy. Car , ces Auteurs , qui fans
doute veulent plaire au Public ,
n'infinuëroient pas dans leurs Ouvrages
, des traits de Satyre contre
leurs Adverfaires , s'ils croyoient
que cette liberté ne dût pas être apDE
MAY. 45
>
prouvée . Cependant , qu'on examine
de près le Livre le plus moderé
& le plus mefuré , en matiere Polemique
, je fuis perfuadé qu'on n'en
lira pas quatre pages , l'une por
tant l'autre , qu'on n'y trouve quelque
trait , non effentiel à la caufe ,
que l'Adverfaire voudroit qui
ny fut pas. Or , tout trait de
cette nature eft un trait malin ;
car, ce n'eft pas à celui qui porte le
coup . àjuger de fon effet ; mais à
celui qui le reçoit. C'eft fur lui
que le coup tombe ; il fent mieux
que perfonne, s'il le bleffe , & à quel
point il le bleffe ; c'est - à - dire ,
qu'il en connoît mieux que perfonne
, toute la malignité. Il y a donc
quelque myftere caché là - deffous ,
& il faut que le Public ne foit pas
bien d'accord avec lui - même . Car,
s'il def-approuve la Satyre entre des
gens qui conteftent fur des points
de Doctrine, d'où vient par fon empreffement
à avoir ces fortes de
Livres , donne - t - il lieu de croire
que ce ftile ne lui déplaît
46 LE MERCURE
.
pas il blâme l'Ouvrage , il
-
il
eft vrai ; mais il l'achete & plus
cher peut être qu'il ne feroit ,
fi le ftile en étoit plus mefuré
parle d'une maniere , & il agit d'une
autre à quoi attribuer cette duplicité
de conduite En voici la
fource,fi je ne me trompe. C'eſtque
le Public a deux chofes oppofées à
accorder enſemble ; fa paffion &
fon honneur , fa malignité , & la
bien-féance. La Satyre lui plaît ,
mais il a honte de l'avouer ; il la
condamne donc par bien-féance
tandis que par malignité, il en profite.
>
Ce principe me paroît d'autant
plus vrai , que les Sçavants s'y conforment
en écrivant , & que leur
conduite dans les conteftations qu'-
ils ont enſemble , le fuppofe neceffairement
. Car, s'ils gardent plus
de mesures qu'on n'en gardoit autre-
fois ; il ne faut pas croire qu'ils
foient moins jaloux de leur reputation
, moins vifs fur leurs interrêts
, & moins déterminez à pouffer
DE
MAY.
47
eurs
Adverfaires , qu'on ne l'étoit
du tems de nos
Ancêtres. On peut
au
contraire fuppofer que les Sçavants
d'aujourd'huy , quand ils font
en querelle , fe veulent autant de
mal , que ceux du temps paffé.
La
fenfibilité , comme je l'ai fait
voir dans ma
premiere partie , eſt
non -
feulement auffi grande , mais
mêmeplus vive à cet égard, qu'elle
ne l'a jamais été. D'où vient donc
a-t-on baiffe de ton ? D'où vient
l'Aigreur & la Colere ne parlentelles
plus le même langage ? C'eft
qu'on a fenti le foible du Public ,
qui vouloit pouvoir fe divertir aux
dépens d'autrny , fans en avoir l'odieux.
Il a donc fallu le fauver du
blâme , en flatant fa
malignité
lui procurer du plaifir , fans qu'il
entrât dans les frais ; c'est - à - dire ,
qu'il a fallu rafiner la Satyre , ufer
d'envelopes , & faire fourdement
ce qu'on faifoit autrefois tête levée .
De là eft venu l'ufage de la Satyre
indirecte , & tous les autres détours
qu'on met en oeuvre , pour
48 LE MERCURE
dire équivalament en termes radou.
cis , ce qu'on n'ofe plus dire ouver
tement & en termes formels . On
ne fait plus directement des reproches
injurieux ; mais on fait paffer
en preuve le fond du reproche
, & quand on a bien établi le
principe , on préfume affez favorablement
de la pénétration du
Lecteur pour croire , qu'il démêlera
bien de lui-même , tout ce
qu'une conféquence neceffaire renferme
d'injurieux . Souvent les
traits les plus piquants , font
couverts de fleurs , & fous les
loüanges les plus Alateuſes , on fent
la pointe de la Satyre :
Sono accufe , e Paion Lodi.
Il y a même quelque chofe , dans
cet ufage , qui flate également &
l'Auteur & le Lecteur ; car , de
traiter fon Adverfaire d'Ignorant ,
d'Impofteur , de Préfomptueux
cela eft aifé , & il ne faut , ni grand
* Hierus. Liberata
>
1
Cant. II. Str. 58 .
génie
DE MAY.
49
génie à l'Auteur , pour trouver ces
termes , ni grande pénétration au
Lecteur pour fentir tout ce qu'ils
fignifient ; au lieu que quand la
chofe fe dit figurément , & fous des
termes déguiſez , ils fe fçavent tous
deux bon gré ; l'Auteur , d'avoir
fçû faire pafler tout fon venin fous .
des expreffions mitigées ; le Le-
&teur , d'en avoir pénétré toute la
malignité , au travers même de la
politeffe des expreffions.
•
Je crois qu'on peut conclure delà
, qu'à bien apprécier les chofes ;
l'avantage que nous prétendons
avoir fur les Anciens , du côté de
la politeffe , a plus d'apparence
que de réalité , & qu'en fait d'animofité
& de reffentiment , nous ne
leur en devons guéres. Car, qu'importe
que les termes foient plus
méfurez , fi dans le fonds , ils produifent
le même effet. Nous ufons,
il est vrai , d'un langage plus poli ;
mais , nous comptons bien que le
Lecteur fentira dans ce que nous
difons , tout ce que nous voulons
May 1717.
E
jo1
LE MERCURE
dire , & lui de fon côté ne s'y méprend
guéres. Ce font comme des
jettons qu'on fait valoir autant
qu'on veut , felon la convention
que les joueurs font entr'eux ; il
femble qu'il y ait un Traité fécret
entre les Sçavans & le Public ,
dans lequel on foit convenu de
part & d'autre , pour le bien commun
, que le Sçavant n'uferoit que
de termes modérez , & que le Public
entendroit fous ce langage
tout ce que les expreffions les plus
violentes pourroient fignifier. C'est
une efpéce de chifre établi entr'eux .
Ainfi quand un Sçavant dit à un
autre , que peut-être , il n'auroit
pas avancé telle Propofition , s'il
avoit fait réfléxion &c.; cela réduit
à fa jufte valeur , fignific : s'il avoit
eu du jugement.Un autre infinuërapoliment
, que fon adverfaire n'a
pas tout à fait compris le véritable
ઢે
fens de tel terme d'un Auteur ,
quand il lui fait dire &c. Cela eft
honnête , mais dans le fonds , autant
vaudroit dire que l'Adverfaire
DE MAY.
St
eft un ignorant , & le Lecteur qui
ne s'y trompe pas , l'entend de la
forte. Il y a trois cens ans qu'u
homme étoit auffi riche , & faifoit
aurant avec un écu , qu'on fait aujourd'hui
avec quarante ; auffi , les
Sçavants font autant aujourd'hui
avec un langage compaffé , qu'on
faifoit il y a trois cens ans , avec
les termes les plus violens & les
plus odieux.
Il y a donc encore beaucoup à
dire , que nôtre Politeffe prétendue
en foit au point où on le croit , &
quoique les dehors foient affés civils
aujourd'hui dans le commerce
de la vie ; cependant , je ne puis
diffimuler qu'il y a de certains traits
de rufticité, qui échapent affés communément
à des perfonnes d'ailleurs
très-polies , & que je ne fçais
comment excufer. Il femble que
quand il s'agit de certaines Profeffions
, ou de certains Corps , on fe
croye difpenfé de tout ménagement
de bien-féance. Qu'on dife à un
homme de Guerre , que les
gens
E ij
LE MERCURE
de fon Mêtier font des brutaux ,
il s'en offenfera , fans doute , &
tout le monde conviendra , qu'il
a raifon de s'en offencer. Qu'on
dife en face à un Médecin , contre
fa Profeffion , tout ce que Moliere
en a dit fur le Théatre , cela ne paffe
que pour gentilleffe , & le Médecin
, s'il s'en formalife , eſt un
bouru ; il me paroît cependant
qu'il a autant de droit d'être jaloux
de l'honneur de fon Corps ,
qu'un homme de Guerre en a de
s'intereffer à la gloire de fa Profellion
, & qu'il y a autant de groffierté
à attaquer l'un par cet endroit
, qu'il y en auroit à attaquer
l'autre . Je fupprime d'autres exemples
encore plus forts que je pourrois
rapporter , & qui me paroiffent
toujours nouveaux , toutes les fois
que j'en fuis témoin ; c'est ce qui
m'eft arrivé fouvent , fans que j'aye
encore pû m'y acc oûtumer. Si le
Public veut que les Sçavans réforment
leur ftile , il faut qu'il réforme
lui-même fongoût , & qu'-
' DE MAY. 43
en certaines chofes il leur montre
l'exemple ; du moins reconnoîtrat-
il , qu'il a plus d'interêt qu'il
ne penfoit à excufer un peu les impoliteffes
qui leur échapent dans
leurs contestations ; car , je crois avoir
prouvé affés clairement , que
s'ils péchent en cela , c'eſt à lui ,
bien plus qu'à eux , qu'il faut s'en
prendre.
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32
p. 20-23
LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
De mon autorité privée, j'avois imposé le nom de Théophraste Moderne / Je vous suis obligé, Mr, d'avoir trouvé mes Réflexions dignes d'avoir [...]
Mots clefs :
Moeurs, Caractère, Parisiens, Auteur, Réflexions, Querelle, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
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33
p. 67-68
LA TOSCANNE PAR M. DE...
Début :
N'a guére avois dans un accés de goute, [...]
Mots clefs :
Vin, Régime, Coeur, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA TOSCANNE PAR M. DE...
LA TO CANNE
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
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34
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
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35
p. 1388-1389
REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Début :
Paris n'est pas ce que l'on pense, [...]
Mots clefs :
Erreur, Protecteur, Fortune, Constance du malheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
REFLEXIONS SUR PARIS.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
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Résumé : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Le texte 'Réflexions sur Paris' est une lettre adressée à M. le Chevalier C... qui critique sévèrement la ville de Paris. L'auteur déplore l'absence de protecteurs pour l'Esprit, l'Honneur, la Vertu et la Science. Il observe que beaucoup de personnes quittent leur foyer pour Paris dans l'espoir de réussir, mais seuls quelques-uns y parviennent. De nombreux talents restent dans la misère, car les Parisiens sont peu enclins à aider gratuitement. La dureté des habitants de Paris est telle qu'ils sont insensibles aux récits de misère, en ayant trop souvent été exposés à ces situations. Paris est décrit comme le centre de tous les maux et de tous les biens, un lieu de grandeur et de ressources. L'auteur, ayant lui-même connu des difficultés, constate que l'homme finit par se lasser de la constance du malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 13[4]4-1367
SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que ce n'est pas sans [...]
Mots clefs :
Troade, Médaille latine, Médaille grecque, Dardaniens, Erreur, Ruines, Alexandrie, M. Vaillant, Alexandre Severe, Historien, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
SECONDE LETTRE de M.de L. R..
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
à M. Boyer, Docteur en Médecine , de
la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris , sur une Médaille
Latine de la Ville de Troade et sur une
Médaille Grecque des Dardaniens.
J
E vous avoue , Monsieur , que ce n'est
pas sans quelque espece de chagrin que
dans ma précedente Lettre j'ai été obligé
de déclarer l'erreur de pius d'un Ecrivain
moderné , qui prétendent que la Ville de
Troade soit la seconde Troye , comme
ayant été bâtie par les ordres d'AlexanII. Vol. dre
JUIN. 1732 1343
dre, des ruines de la premiere Ville qui a
porté ce fameux nom , et que c'est pour
cela même que Troade a été surnommée Alexandrine; en citant pour garants , des
Auteurs de réputation , lesquels bien examinez , n'ont jamais écrit ce qu'on leur
fait dire ; j'avoue , dis- je , que j'ai là- dessus quelque espece de regret ; car si ces
prétentions étoient aussi fondées, qu'elles
m'ont paru vaines jusqu'à present ,
CC
ne seroit pas un petit reliefpour cetre ancienne Ville , pour notre Médaille , et
un médiocre ornementà ma Dissertation:
mais vous sçavez , Monsieur , combien je
suis éloigné d'adopter des Faits brillants.
aux dépens de la vérité ; peut-être trouverons- nous assez dequoi illustrer Troade et de quoi mériter l'attention des Leçteurs sensez dans ce que j'ai à vous en
dire , sans avoir recours à des embellissemens dont la vanité peut être démontrée.
Je suis, au reste, persuadé que M.Vaillant n'a erré là-dessus que par une certaine prévention dont il étoit frappé sur le
nom d'Alexandrine , que portent quantité de Médailles de Troade ; mais ce qui
me paroît icy de singulier , c'est quele
P. Hardouin , ce grand Critique , qui n'a
point hesité d'appeller ses Ouvrages ,
Errata des Antiquaires: Errata Antiqua
II. Vol. riorum
1346 MERCURE DE FRANCE
riorum , qui a même fait un Livre exprès ,
pour reprendre M. Vaillant de ses pré
tendues fautes sur les Médailles des Colonies et des Municipes , et qui le reprend
nommément , avec beaucoup de hauteur,
au sujet d'une Médaille d'Aquilia severa ,
frappée par la Colonie de Troade ; il pa
roît , dis-je , singulier que ce Censeur , si
acharné', pour ainsi dire , contre Vaik
lant , qui le chicane le plus souvent sur
des minuties , ou sur des erreurs imagi
naires , ne se soit pas apperçu de la veritable méprise de cet Antiquaire , au sujet
de la Médaille de Troade.
Bien, loin , Monsieur , de s'en aperce
voir , je trouve le P. Hardouin •presque
dans la mêmeerreur ; car en parlant d'une
( a ) Medaille d'Antonin Pie , frappée , d
ce qu'il croit , par la même Colonie de
Troade , il dit que le nom d'Alexandrine
lui vient d'Alexandre le Grand. Alexan
dria ab Alexandro Magno. C'est cependant ce que Strabon qu'il cite , ni aucun
autre Auteur , ne nous apprennent point.
Mais ne quittons pas le P. H sans vous
donner en passant un échantillon de la
hauteur insultante avec laquelle il a traité M. Vaillant , votre illustre confrere.
(a ) Nummi Populorum et Urbium illustrati ,
&c. pag. 507.
II. Vol. Un
JUIN. 17320 1347
Un seul trait suffira ›, et ce trait vous fera
rire. Je le trouve à la page 115. de son
ANTIRRHETICUS.Vide jam , lui dit-il, quot
sibi sintex opere tuo placita tradenda,quantaque tibi sit laudifuturum , cum eos , à qui
bus hac didicisti , à nobis monitus dedocebis. N'est-il pas vrai , Monsieur , qu'un
hommequi parle avec cet air de Maître ,
doit du moins être irréprochable dans ses
Ecrits , et qu'il doit lui- même être bien
endoctriné , avant que de s'ériger en Censeur de la doctrine d'autrui ? On rempliroit cependant un volume raisonnable
des Erreurs , des Paradoxes , et des Ecarts
duP. H. revenons à notre Troade ,
nommée Alexandrine.
surJ'ai crû que je trouverois sur ce sujet
quelque lumiere dans le curieux Ouvrage
d'Etienne de Byzance ; cet Auteur m'apprend , tom. 1. pag. 61. qu'on comptoit
de son temps jusqu'à dix- huit Villes qui
portoient le nom d'Alexandrie , dont la
premiere est la fameuse Alexandrie d'Egypte; la seconde , dit-il , est la Ville de
Troye , don't Démosthène fait mention :
Bithyniacorum 42. Il met la onzième dans
l'Isle de Chypre , et il dit ensuite , selon
Pinedo son Traducteur; est et locus in Ida
Trojana, qui dicitur Alexandria , in quo
ferunt Paridem Dearum certaminajudicasse,
II. Vol. ut
1348 MERCURE DE FRANCE
ut Timosthenes. Cela s'accorde avec ce que
nous avons déja remarquéau sujet de cette Alexandrie du Mont Ida, qui n'est pas
notre Troade. L'Auteur Grec parle aussi
de cette derniere ; mais le même Traducteur a , ce me semble , fort embroüillé les
choses à cet égard par son interprétation.
Luc de Holstein , de qui nous avons une
belle Edition d'Etienne de Byzance avec
des Notes et des Corrections , a plus heureusement expliqué cet endroit. TROIAS ,
dit Pinedo, Regio Ilii qua vocabatur Teucris
et Dardania et Xante.Gentile Troadeus. Ce
qui n'est pas , selon le SçavantEditeur , let
sens de l'Auteur original , et il corrige Pinedo de la maniere qui suit : Cum deberes
vertere et Alexandria Troas. Hoc in locoTroas non accipitur de Regione , sed de ipsa Alexandria Troadis Urbe que Troas
etiam dicta fuit ut Plinius , lib.v.cap 30.
N'oublions pas icy , au sujet de ce Passage de Pline , qui est tel : Troas Antigonia dicta nunc Alexandria Colonia Romana: n'oublions pas , dis-je , de remarquer
que Goltzius rapporte dans son Tresor
une Médaille de Tite , où l'on donne à
Troade ce nom d'Antigonia. Elle est citée
dans le P. Hardouin , qui semble l'adopter comme légitime , et dans les Colonies de Vaillant , qui la regarde comme
II. Vol. .. dou-
JUIN. 1732. 1349
douteuse. On peut dire qu'elle est absolument fausse , et qu'elle a été forgée sur
le Passage de Pline.
Voilà cependant notre Troade au nom
bre des 18 Villes , qui , selon Etienne de
Byzance , ont aussi porté le nom d'Alexandrie ; ce qui est confirmé par les Medailles et par le témoignage de plusieurs
Ecrivains ; mais nous n'avons aucune autorité , comme je vous l'ai déja dit , qui
établisse , que c'est pour avoir été bâtie
des ruines de Troye , par les ordres d'Alexandre , ainsi que l'ont écrit quelques
Modernes. Il se peut faire , au reste, que
quelque Evenement considérable • que
nous ignorons , ait donné lieu à la dénomination dont il s'agit icy. Toutes les *
grandes actions du Conquerant de l'Asie
ne sont pas connuës , comme l'a particu
lierement remarqué l'un de ses Historiens : Ita estfactum , dit Arrien , Liv. 1 .
ut nobis minus nota sint Alexandri Rex
magna et præclara , quam multorum veterum
infima exiguaque.
M. Vaillant , au reste , propose une autre origine du nom d'Alexandrie , donné
à la Ville de Troade. Il remarque d'abord,
au sujet d'une Medaille de Fulia Domna,
Epouse de Septime Severe, frappée à
Troade; qu'avant ce tems-là la Ville dont
II. Vol. nous
1350 MERCURE DE FRANCE
nous parlons ne prit point le nom d'Aleandrie: Urbs non se Alexandriam Troadem nuncupavit , licet , ajoute-t- il , Troas
et Alexandria eadem sit apud veteres Historicos ut videre est apud Strabonem , lib. 2.
ce qui semble se contredire. Troade,poursuit M. Vaillant , devant son nom d'Alexandrie au Grand Alexandre , affecta de
marquer particulierement ce nom ' sur les
Medailles qu'elle frappoit sous l'Empire
de ( a ) Caracalla , pour flatter un Prince
qui , au rapport de Dion, liv. 78. se donnoit pour un autre Alexandre , sese Alexandrum Orientalem Augustum appellavit,
dit cet Historien.
M. Vaillant repete à peu près la même
chose en parlant d'une autre Medaille de
Troade , frappée en l'honneur d'Alexandre Severe , fils de Caracalla. Alexandria
appellationem habet,dit-il, vel ab Alexandro
M.àquo exTroja ruderibus extructa est Strabone Q Curtio testibus , vel ab Alexandro-Severo , quod maximum illius esset , ut
Caracalla Patris studium , ut tradit Lampridius ; sans compter , ajoute notre Antiquaire , que cet Empereur visita en personne la Ville de Troade, en allant en Sy.
.
(a) Aurelia et Antoniana , in Caracalla gratiam vocata , dit ailleurs le même M. Vaillant, en
parlant de Troade.
11.Vol.
tie ,
JUIN. 1732. 135r
tie ; il avoit dit la même chose à l'égard
de Trajan ; ce qui est avancé gratuitement .
et sans aucune authorité.
Il est vrai cependant qu'avant le Regne de Sept. Severe on ne voit point le
nom d'Alexandrie,ajouté à celui de Troade,dans les Médailles de cette Ville, ce qui
semble donner quelque vrai- semblance à
la conjecture de M. Vaillant ; mais il faut
convenir aussi que cette conjecture est affoiblie par les témoignages des Histeriens
qu'il rapporte lui - même , selon lesquels
Troade portoit le nom d'Alexandrie dès
le temps de la République Romaine.Je ne
produirai icy que celui de Tite-Live, omis
par Vaillant.
Ce celebre Historien en parlant de la
guerre que les Romains eurent à soutenir
contre le Roy Antiochus , sous le Consulat de L. Quintius et de Cn. Domitius,
dit que trois Villes occupoient principalement les forces de ce Prince , sçavoir
(a)Smyrne, Alexandrie-Troade et Lampsa-
(a ) Smyrne.et Troade n'étoient pas fort éloignées l'une de l'autre , et il y avoit une alliance ,
une union particuliere entre les deux Villes ; ce
qui est prouvépar une Medaille de Marc - Aurele ;
sur le revers de laquelle en lit : ΤΡΟΑΔΕΩΝ C
ΜΥΡΝΑΙΩΝ ΟΜΟΝΟΙΑ , rapportée par le Pere
Hardouin.
11. Vole ques
Y352 MERCURE DE FRANCE
ques , dont il n'avoit pû venir à bout
jusqu'alors par la force , ni par aucun
Traité , ne voulant pas d'ailleurs , en passant en Europe , laisser ces Places derriere lui , Tres eum civitates tenebant , Smyrna
et Alexandria- Troas , et Lampsacus ; quas
neque vi expugnare ad eam diem poterat,
neque conditionibus in amicitiam perlicere;
neque કે tergo relinquere trajiciens ipse in
Europam volebat , Lib. xxxv. cap. XLII.
Ce qui paroît décisif pour l'ancienneté du
nom d'Alexandrie , joint à celui de la
Ville de Troade ; cela doit aussi nous déterminer à tirer cette dénomination d'Alexandre le Grand , comme Fondateur
ou comme Restaurateur dela Ville dont
il s'agit icy , sans qu'on soit obligé pour
cela de croire et de prouver que Troade
ait été bâtie des ruines de Troye.
,
Nous n'avons en effet aucune autorité pour le prétendre. Une seule Ville du
Pays de Troade a pû se vanter de cette
distinction;c'est Sigée, bâtie certainement
des ruines de Troye , par les habitans de
Metelin , ville de l'Isle de Lesbos. J'aurai dans quelque temps occasion de vous
prouverce fait , en vous faisant part d'un
Monument des plus singuliers de l'Antiquité Grecque , trouvé dans le siecle
passé , au voisinage de Sigée , et publié
II. Vol.
par
JUIN. 17320 1353
par un sçavant Anglois en l'année 1721.
Son Ouvrage ne m'a été apporté d'Angleterre que depuis quelques mois ; ce
que j'ai à vous en dire peut encore jetter
de la clarté sur la matiere que nous traitons icy.
Je vous ai dit , Monsieur , dans ma premiere Lettre, que la Ville de Troade étoit
Colonie Romaine dès le temps d'Auguste. Pour le prouver , je n'ai presque besoin
que du titre d'Auguste qu'elle porte sur
notre Medaille. Les Antiquaires tiennent
communément que les Colonies nommées Julia, dénotent qu'elles ont été fondées par Jules- Cesar ; et Augusta , par
I'Empereur Auguste. Je sçai que Gens difficiles pourroient contester cette regle en
certain cas ; mais enfin , c'est- là un de ces
Principes generalement avoüez , et contre lesquels on n'est presque pas reçu à
disputer. Dans ce cas particulier on auroit encore moins de raison , parce qu'on
voit que la Ville de Troade étoit Colonie
Romaine , non seulement du temps de
Pline , mais même du temps de Strabon
qui a vécu sous Tibere , et même sous
Auguste. Ainsi il est presque démontré
qu'Auguste a été le Fondateur de cette
Colonie.
Il n'est guere moins certain qu'elle fut
II. Vol. E dans
1354 MERCURE DE FRANCE
dans une singuliere recommandation auprès des Empereurs. On y envoyoit les
Soldats veterans , choisis parmi les Légions qui avoient bien servi , pour s'y reposer comme dans un séjour agréable , et
dans un Païs abondant ; c'est ce que désigne particulierement l'Enseigne Militaire , qui paroît sur notre Medaille de
Troade.
par
Quelques- uns de ces Empereurs l'orne:
rent et lui accorderent des Privileges.
Adrien , sur tout , y fit faire (a) des Bains
magnifiques et des Aqueducs, comme on
le lit dans la vie d'Herode le Sophiste
écrite Philostrate. La Ville, en reconnoissance , fit frapper une Medaille où
l'on voit d'un côté la tête de cet Empereur , et sur le revers, le Type de Troade
tel qu'on le voit sur la face de la nôtre ,
avec ces mots : COL. TROAD. Elle étendit
même la reconnoissance de ce bienfait
jusqu'à la personne d'Antonin Pie , fils
adoptif d'Adrien , et jusqu'à Marc- Aurele, en faisant aussi frapper des Medailles
pour ces deux Empereurs.
•
(a ) On voit par un Passage de Pline , livre
XXXI. ch. VI. qu'avant ce temps-là il y avoit à
Troade des Bains d'Eau chaude , que P. Belon
liv. 2. ch. 6. de ses Observ. a confondus avec ceux
de Larissa , dans le même Païs ; quoique bien distinguez dans Pline , qu'il cite.
1
11. Vol A
JUIN. 17320 1355
-
A l'égard des Privileges et des immunitez accordez à Troade , quelques Me
dailles frappées par la même Ville , les
prouvent ; entr'autres celles de SeptimeSevere , et de Julia Domna sa Femme s
au revers de laquelle on voit pour Symbole , un Cheval qui paît en liberté. M. Vaillant remarque , en rapportant ces
deux Medailles , que l'Empereur Claude
avoit rendu la Colonie de Troade exempte de toutes sortes de charges , ajoutant
qu'entre les autres Colonies , fondées par
Auguste, celle- ci avoit été particulierement
avantagée duDroit dont jouissoient lesVilles d'Italic:Juris Italici pronunciata est. Dequoi deux Auteurs ont fait une mention
expresses sçavoir , Caïus ( a ) sur les Loix
Julia et Papia, lib. 6. et Paulus , lib. 2. des Cens. Ce dernier ajoute que Troade étoit
du Proconsulat d'Asie . In Provincia Asia
Dua sunt Juris Italici Troas et Purinus .
M. Vaillant observe à propos , à l'oc
casion d'une Medaille frappée à Troade ,
pour Philippe le Peres que toutes les Colonies n'avoient pas ce beau Droit dont
nous venons de parler , qui distinguoit si
fort une Ville d'une autre; mais je ne sçai
s'il faut s'en tenir à son explication du
MOV.
(a ) Juris Italici sunt , rpwas Bupytos , AuppoH. Vol E ij revers
5 MERCURE DE FRANCE
revers de la même Medaille. On y voit
une Aigle qui tient dans ses Serres , en
volant la Tête d'un Bœuf. Cela , dit-il
dénote l'origine et l'antiquité de cette
Villes car quand il fut question de la
fonder , on sacrifia un Bœuf , dont un
Aigle emporta la tête, ce qui fut pris
pour un ordre du Ciel et servit d'Augure pour déterminer le lieu où elle devoit
être bâtie. Elle le fut à l'endroit même
où l'Aigle transporta cette tête. L'antiquité payenne et fabuleuse a pû debiter
cela au sujet de la fondation de Troade
comme vous sçavez , Monsieur , qu'elle
on a usé à l'égard de Rome , et à l'égard
des plus anciennes Villes ; mais la chose
ne peut guere passer que pour une conjectite , aussi , M. Vaillant ne nous cite làdessus aucune autorité.
Passons- lui donc la conjecture ; mais je
le crois dans ( a) l'erreur, quand dans l'explication de deux Medailles de la Colonie
de Troade, frappées, l'une pour Elagabale,et l'autre pour Volusien, notre Sçavant
:
(a ) M. Vaillant se trompe encore quand an
sujet d'une Medaille de Geta , frappée à Troade ,
qu'il appelle Insignem Urbem Veterum Hefoum. Il cite Dyonisius Afer pour premier Auteur
de cette Expression , cet Ecrivain n'ayant point
parlé deTroale dans son Poëme , Desitu Orbis.
14. Vol.
Me-
JUIN. 1732. 1357
Medecin confond Troade avec Ilium, attribuant à la premiere ce qui certainement
regarde la seconde de ces deux Villes, qui
sont cependant tres- distinctes'; sur quoi
les citations mêmes qu'il allegue sont
contre lui , en particulier celle du Digeste , où il s'agit visiblement des Privi
leges d'Ilium et non pas de Troade. Com
cessum est ut qui Matre Iliensi natus est ,
sit eorum Municeps , lib. 5. tom. 1
dont le
Ce qu'il y a icy de singulier , c'est que
M. Vaillant a reconnu parfaitement lui
même, tom. I. la distinction de ces deuxVilles, en expliquant une Medaille d'Alexandre-Severe , frappée à Troade. Troas
et Ilium , dit- il , dua sunt Urbes , post Tro
jam antiquam dirutam seorsim condite, quod
nummi confirmant , &c. Ce que notre An
tiquaire prouve par l'autorité de Polybe,.
liv. 5. décisif est rappor passage
té, ajoutant , par surcroit de lumiere sur
ce sujet , la distinction que voicy : Troadenses cum Romani sint Coloni , latinè nummos scribunt, Ilienses verò Epigraphem Gracam : IAIEON praferunt. Il pouvoit prouver encore cette distinction par l'Itineraire d'Antonin , par les Tables de Peutinger , et enfin par les Souscriptions des
Evêques des deux Villes , qui ont assisté
aux Conciles , &c.
. II. Vol E iij Re-
1358 MERCURE DE FRANCE
Remarquons , en passant , à cette occasion , une faute toute differente qu'a faite
Casaubon , Traducteur latin de Strabon
à l'égard de notre Alexandrie-Troade dont
il fait deux Villes ; au lieu que, comme je ·
l'ai observé dans ma premiere Lettre , ce
n'en est qu'une, suivant la force du Grec,
Αλεξανδρείαν τω τριαδα , qu'il faut traduire , et Alexandria que est Troas, et non
pas comme ont fait Casaubon et d'autres,
et Alexandria , ac Troas. Pinedo dans son
Commentaire sur Etienne de Byzance ,
a relevé cette méprise au mot Troïas, et
après lui Spanheim et Vaillant.
Mais c'est assez parlé de Troade Payenne, Grecque et Romaine ; disons un mot,
en finissant ma Lettre de Troade Chré
tienne , devenuë telle , selon toute apparence , par le bonheur qu'elle a eu de recevoir si souvent dans son sein l'Apôtre
S. Paul , ainsi qu'il est rapporté dans plus
d'un endroit des Actes des Apôtres. C'est
à Troade que ce grand Apôtre eût la vision du Macedonien , qui le pria de pas
ser dans la Macedoine, et de venir au secours de ses Compatriotes , ch . 16. Grotius dans son Commentaire sur ce chapitre , a pris la Ville de Troade pour la Region de même nom. Nous avons vû qu'il
n'est pas le premier qui s'est trompé là- II. Vel. des-
JUIN. 1732. 7359
dessus ; il commence à s'en appercevoir
au chapitre 20.
On lit dans le même chap. 16. qu'en
conséquence de sa vision,S. Paul s'embarqua àTroade même , d'où étant venu
droit à Samothrace et à Neapolis , il arriva à Philippes : Et inde Philippos, que est
primapartis Macedonia Civitas COLONIA.
Je ne sçai , Monsieur , si ces dernieres
paroles ne peuvent pas donner lieu à une
Remarque. Le Saint Ecrivain n'oublie pas d'observer que la Ville de Philippes, dont
il parle pour la premiere fois , étoit une
Colonie; il ne dit rien de pareil de Troade , nommée plusieurs fois dans son Itineraire , où S. Paul séjourna une fois sept
jours entiers; et où la veille de son départ , il fit le miracle éclatant de ressusciter le jeune Homme tombé d'une fenê
tre,&c. Ch. 20. Peut - être Troade n'étoitelle pas alors honorée de ce Titre , ce qui
détruiroit le sentiment des meilleurs Antiquaires , qui veulent , comme nous l'avons vu plus haut , que le Titre d'Au
gusta , marqué sur les Medailles de cette
Ville , dénote qu'elle a reçu cette qualité
dès le temps d'Auguste.
Quoiqu'il en soit , Troade éclairée des
lumieres de la Foy , par le Docteur des
Nations , ou par ses Disciples , a dû avoir
II. Vol. E iiij des
1360 MERCURE DE FRANCE
des Pasteurs dès les premiers temps du
Christianisme. On reconnoîtroit volop-.
tiers le premier de tous en la personne de
Carpus , chez qui S. Paul logeoit dans cette Ville , et dont il ( a ) parle particulierement dans sa II. Epître à Timoth.ch.2.
Si on pouvoit faire quelque fond sur ce
qu'on lit de Carpus, dans la Lettre à Démophile, la vini de celles qui portent le
nom de S. Denis l'Areopagite ; mais il y a
long - temps que les meilleurs Critiques.
ont reconnu pour supposez tous les Ou
vrages cy - devant attribuez à ce S. Athénien; ce qui n'a pas empêché que l'Auteur
d'une compilation de Vies des Saints , intitulée : Fasti Mariani , et publiée à Anvers en l'année 1633. n'ait fait de ce Disciple de S.Paul un veritable Evêque, dontil marque la Fête au 26 May, en citant:
à la fin Denis l'Areopagite, pour garant de
ce qu'il a trouvé à propos d'en rapporter.
Pour moi , Monsieur , je ne connois
point d'Evêque de Troade avant Marin
qui assista au Concile de Nicée avec Théonas de Cyzique , son Métropolitain, com
me on le voit par les Actes de ce fameux
Concile , recueillis par Gelase, un des suc-
(a ) Penulam quam reliqui Troade apud Carpum veniens affer tecum et libros , maximè autem membranas. verf. 13 .
•
II.Vol.
cesseurs
JUIN. 1732. 1361
cesseurs de Théonas , et rapportez dans
les Editions des Conciles du P. Labbe et
du P. Hardoüin.
J'ai crû pendant quelque temps qu'un
S. Evêque , nommé Silvain , dont parle
Pallade dans la vie de S. Jean Chrysostome , et qui fut envelopé dans la disgrace
du S. Archevêque de Constantinople, avoit
été Evêque de Troade ; mais on ne peut,
ce me semble , recueillir des paroles de
Pallade autre chose, au sujet de ce Prélat ,
si ce n'est qu'il fût réduit à ce point d'in
digence que d'être obligé de gagner sa vie
à pêcher du Poisson à Troade , où il s'étoit vrai semblablement réfugié.Silvanus,
sanctus Episcopus Troade piscatur et piscatu vivit , selon la version de Bigot.
Il est vrai que Socrate, dans le 8 ° Livre
de son Histoire Ecclesiastique , chap. 36.
parle au long d'un Silvain , Evêque de
Troade , qui l'avoit auparavant êté de
Philipolis mais en lisant cet Historien
avec quelque attention , il est aisé de voir
que ce n'est pas le même dont Pallade a
fait mention. Le Silvain de Socrate a été
constamment Evêque de Troade , mais il
l'a été par le choix d'Atticus, second suc
cesseur de S. Jean Chrysostome en l'Archevêché de Constantinople , temps posterieur à la vie de l'autre Sylvain , et cirH. Vol. Ev cons-
1362 MERCURE DE FRANCE
constance décisive , pour ne pas confon dre ces deux Prélats de même nom en
un seul. On pourroit s'y méprendre par ;
la ressemblance des qualitez. Celui de Pallade étoit un S. Evêque , celui de Socrate
étoit aussi un Saint et un Saint à Miracles ,témoin celui que rapporte le même
Historien Socrate , d'un gros Vaisseau
construit sur le rivage de la Mer , auprès
de Troade , et destiné à transporter des
Colomnes d'un poids immense, lequel ,
quand il fut question de le mettre en
Mer , on ne pouvoit en aucune façon.
faire remuer , et qui ne fut ébranlé , tiré
et mis à flot , qu'après que le S. Evêque ,
cedant aux instances des habitans , qui
croyoient que c'étoit un prestige , se fut
transporté sur le lieu, et eut fait des prieres , dont on vit bien-tôt l'efficacité.
C'est ce même Silvain , S. Evêque de
Troade, qui , au rapport de Métaphraste,
vit en songe Corneille le Centenier Evêque de Césarée et de ( a ) Scepsis , lequel
lui apprit l'endroit où reposoit son corps,
lui marquant tout ce qu'il devoit faire
pour sa translation , pour la construction
d'un Temple , &c. On peut voir dans
(a) Scepsis, Ville de la petite Mysie , selon Strabon , ou de la Troade , selon Etienne de By- zance.
II. Vol. l'Au-
JUI N. 1732. 1363
P'Auteur Grec les suites de ' cette vision , et
de l'obéissance de l'Evêque de Troade, les
Miracles operez à cette occasion , la conversion d'un grand nombre de Payens , à
laquelle ils donnerent lieu , &c.
Les illustres Compilateurs des Actes
des Saints , publiez à Anvers , ont observé au 2 Février , jour destiné au culte du
S. Centenier Corneille , dans leurs Notes.
sur le texte de Métaphrate , que le temps
de cet Evenement peut être à peu près fixé
par celui auquel Atticus , Archevêque de
Constantinople, qui avoit fait notre S.Silvain , Evêque de Troade , cessa de vivre :
or sa mort arriva, disent-ils , le 10 d'Octobre de l'année 425. sous le Consulat de
Théodose le Jeune et de Valentinien. Ils.
s'engagent dans les mêmes Notes à donner la vie du S. Evêque Silvain de Troade au 1 jour de Decembre , temps auquel
le Martyrologe Romain fait mémoire de
lui.
Enfin surce que Métaphraste ajoute qu'après le decès de notre Silvain , Athanase
fut nommé son successeur ; les mêmes
Historiens des Saints pensent que ce Prélat pourroit être le même qui souscrivit
à la VI Session du Concile d'Ephese , en
qualité d'Evêque de Scepse, depuis transferé au Siége de Troade, mais quelque soit
EL. Volar E VI CEL
1364 MERCURE DE FRANCE
cet Athanase , continuent- ils , il est cer
tainement mort avant la célébration du
Concile de Calcedoine , puisque les Actes
de ce Concile se trouvent souscrits par
Pionius , alors Evêque de la même Ville
de Troade.
Mais laissons à un sçavant (a) Ecrivain ,
qui fait imprimer auLouvre une Histoire entiere de l'Eglise Orientale , &c. à
laquelle il travaille depuis plusieurs années , avec une application infatigable ;
laissons- lui , dis- je , le soin de nous donner sur le Christianisme.de Troade , et sur
ses Evêques, une plus ample instruction.
je me contente d'ajoûter au peu que je
viens de dire,que dans la distribution des
Provinces Ecclesiastiques , l'Evêque de
Troade devint Suffragant du Metropoli
tain de Cyzique , dequoi on a déja rapporté une preuve; il y a tout lieu de croi
( a ) Le R. P. Michel le Quien, Dominiquain .
voyez le Projet de son Ouvrage dans le Mercure
de Mars 1731.Nous avons du même Auteur , une belle Edition des Oeuvres de S.Jean de Damas , et
dans la Préface de cette Edition , une Dissertation
dans laquelle il est démontré que les Ecrits , attriuez à S. Denys l'Areopagite , dont il est parlé cilessus , sont des Ecrits supposez, &c. fabriquez par
an Monophysite , ou Disciple de Severe d'Antiothe , ou par ce Patriarche lui-même, pour appuier ses erreurs.
II. Vol. re
JUIN. 1732. 1363
re , malgré la désolation de cette ancienne Ville , qui n'est presque aujourd'hui
qu'un amas de ruines, que son Siege Episcopal subsiste toujours , avee la même
dépendance.
L'Auteur (a ) Italien d'une Histoire
moderne des Patriarchats d'Antioche et
de Jerusalem , et d'un Abregé de celle
des Patriarchats d'Alexandrie et de Cons
tantinople , qui avoit fait lui-même le
voyage d'Orient , le témoigne ainsi , en
donnant sur la fin de son Ouvrage une
Notice tres- étendue du Patriarchat de
Constantinople. On y voir , en effet , les
Eglises de Cyzique et de Troade , parmi
celles qui composent dans ce Patriarchat
la seconde Province de l'Hellespont , divisée en 17 Diocèses ; on y trouve aussi
que Troade est aujourd'hui connue sous
le nom de Carasia , et que Cyzique n'a
point changé de nom. Baudran, dans son
Dictionaire Géographique et Historique ,
assure que. les ruines de Troade , encore
(a) SIRIA SACRA , Descrittione Istorico , Geo---
grafica , Cronologico- Topografica delle due Chiese ,
Patriarcali Antiochia , e Gerusalemme , &c. Com.
due Trattati nel fine della Patriarcali d'Alessandria , e Constantinopoli , &c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di Lauria , &c. 1. vol. fol. in Roma
16.95. pag. 448. avec des Cartes Géografiques.
L. Vol. visitées
1366 MERCURE DE FRANCE
visitées , dit- il , par les Curieux , portent
le nom d'Eski- Stamboul. Il les place sur
les côtes de la Natolie, à 13 lieuës des Dar
danelles , et vers l'Isle de Tenedos.
Dans la Turquie Chrétienne , &c. Ou--
vrage imprimé à Paris en 1695. 1. vol. 12.
chez Herissant.
On voit aussi un Etat des Eglises soumises au Patriarchat de Constantinople; l'Auteur n'y fait aucune mention de Troade ;
il n'a pas même nommé Cyzique parmi
les Métropoles de ce Patriarchat , ce qui
démontre le peu de recherches qu'il a faites. Il a aussi manqué d'exactitude sur
d'autres sujets qui entrent dans son Quvrage.
Au reste , Monsieur , vous sçavez que
ce beau Païs , autrefois rempli de grandes
et fameuses Villes , ne présente presqueplus aujourd'hui que des ruines. Vous
m'avez appris qu'un assez petit Bourg ,
nommé en grec vulgaire Troaki , ou petite Troye, est tout ce qui reste , pour rappeller la mémoire et la situation de la celebre Troye;et j'apprens de l'Auteur de la
Bibliotheque Orientale , que Cari- Ili , est
le nom que les Turcs donnent au Païs
dont je parle , comprenant sous ce même
nom , la Lydie , la Troade, avec une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
II. Vol Voilà
JUIN. 1732. 1367
Voilà tout ce que j'avois à vous dire au
sujet et à l'occasion de votre curieuse
Médaille de Troade. Je vous parlerai sans
faute dans ma premiere Lettre , de la pe
tite Médaille des Dardaniens , qui ne nous.
occupera pas si long- temps. Je suis , Monsieur , &c.
AParis , le Mars 17 31.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE de M. de L. R. à M. Boyer, Docteur Médecine, de la Faculté de Montpellier, Docteur Regent de celle de Paris, sur une Médaille Latine de la Ville de Troade; et sur une Médaille Grecque des Dardaniens.
Dans sa seconde lettre à M. Boyer, M. de L. R. exprime son regret d'avoir dû corriger une erreur répandue selon laquelle la ville de Troade serait la seconde Troie, bâtie par Alexandre sur les ruines de la première. Il souligne son attachement à la vérité et son refus d'adopter des faits brillants au détriment de l'exactitude historique. Il mentionne que M. Vaillant et le Père Hardouin ont tous deux commis des erreurs concernant les médailles de Troade, notamment en ce qui concerne l'origine du nom 'Alexandrine'. Étienne de Byzance et Pline sont cités pour clarifier que plusieurs villes portaient le nom d'Alexandrie, dont Troade, mais sans lien direct avec Alexandre le Grand. M. Vaillant propose que le nom 'Alexandrine' pourrait avoir été adopté pour flatter des empereurs se revendiquant de l'héritage d'Alexandre. La lettre discute également de l'ancienneté du nom 'Alexandrie' associé à Troade, mentionné par Tite-Live et d'autres historiens. Enfin, M. de L. R. confirme que Troade était une colonie romaine dès le temps d'Auguste et qu'elle bénéficiait de privilèges impériaux, notamment sous Adrien. Le texte traite des privilèges et immunités accordés à Troade, une ville antique, et des preuves de ces privilèges à travers des médailles frappées par la ville. Parmi ces médailles, celles de Septime Sévère et de Julia Domna montrent un cheval en liberté, symbole de la liberté accordée à Troade. L'empereur Claude avait rendu la colonie de Troade exemptée de charges et lui avait accordé le droit de juris italici, un privilège particulier parmi les colonies fondées par Auguste. Ce droit est mentionné par les auteurs Caïus et Paulus. Le texte mentionne également une médaille frappée pour Philippe le Père, soulignant que toutes les colonies n'avaient pas ce droit distinctif. Une autre médaille, frappée pour Elagabal et Volusien, est discutée, ainsi qu'une erreur de M. Vaillant concernant une médaille de Geta, où il confond Troade avec Ilium. L'antiquité de Troade est illustrée par une légende impliquant un aigle et une tête de bœuf, bien que cette histoire soit considérée comme une conjecture. Le texte corrige également des erreurs historiques, comme celle de Casaubon qui confond Alexandrie-Troade en deux villes. Enfin, le texte aborde Troade chrétienne, soulignant l'importance de la ville pour l'apôtre Paul, qui y eut une vision et y ressuscita un jeune homme. La ville eut plusieurs évêques, dont Carpus, mentionné par Paul, et Silvain, connu pour ses miracles. Le siège épiscopal de Troade subsiste toujours, dépendant du métropolite de Cyzique. Le texte traite de la fin d'un ouvrage qui inclut une notice étendue sur le Patriarchat de Constantinople. Il mentionne les Églises de Cyzique et de Troade, situées dans la seconde Province de l'Hellespont, divisée en 17 diocèses. Troade est aujourd'hui connue sous le nom de Carasia, tandis que Cyzique a conservé son nom. Baudran, dans son Dictionnaire Géographique et Historique, indique que les ruines de Troade, encore visitées, portent le nom d'Eski-Stamboul et se trouvent sur les côtes de l'Anatolie, à 13 lieues des Dardanelles, près de l'île de Tenedos. L'ouvrage 'Turquie Chrétienne' mentionne un état des Églises soumises au Patriarchat de Constantinople, mais ne fait aucune référence à Troade et ne nomme pas Cyzique parmi les métropoles, ce qui montre un manque de recherches. La région, autrefois remplie de grandes villes, ne présente plus aujourd'hui que des ruines. Un petit bourg nommé Troaki ou petite Troye rappelle la mémoire de la célèbre Troie. Les Turcs désignent cette région sous le nom de Cari-Ili, incluant la Lydie, la Troade, ainsi qu'une partie de la Mysie et de la Phrygie des Anciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 1518-1526
REFLEXIONS.
Début :
Il y a quantité d'occasions où les hommes devroient [...]
Mots clefs :
Réflexions, Erreur, Secrets de la nature, Divertir, Poison, Silence, Voile, Être sur ses gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS.
Le texte examine divers aspects de la nature humaine et des comportements sociaux. Il met en garde contre l'humour excessif et la flatterie, qui peuvent masquer des défauts tels que l'ambition ou l'orgueil. Il observe que la cupidité tend à augmenter avec la richesse et que l'esprit et le goût sont rarement équilibrés chez une même personne. En politique, la prudence et la finesse sont essentielles pour éviter les pièges des injures et des contradictions. Ignorer les injures les affaiblit, tandis que se venger est plus naturel que de reconnaître un bienfait. Le texte explore également la notion de crime et de vertu, soulignant que les grands crimes sont souvent commis par ceux qui en sont capables. La reconnaissance et l'ingratitude influencent la perception de la libéralité. Il est conseillé de donner avec discernement et de ne pas révéler ses secrets pour éviter les trahisons. Le texte aborde aussi la communication et la sagesse. Il critique la curiosité excessive, qui mène souvent à la divulgation des secrets, et souligne l'importance de la discrétion, même envers les amis. Les sages parlent peu de ce qu'ils savent et jamais de ce qu'ils ignorent. Il dénonce ceux dont la science se limite à un enchaînement de mots sans réelle compréhension. Le silence peut masquer l'ignorance, et la vraie piété ne doit pas être ostentatoire. Enfin, il met en garde contre les apparences trompeuses de piété ou de religion, qui peuvent cacher des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 2714-2719
EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Début :
Je suis obligé, pour l'amour de la verité et de la justice, de passer condamnation [...]
Mots clefs :
Voyage de Normandie, Episcopat de Saint Renobert, Vérité, Erreur, Note, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
XTRAIT d'une Lettre , écrite par
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
l'Auteur du Voyage de Normandie , à
•
·Monsieur...
E suis obligé , pour l'amour de la ve
rité et de la justice, de passer condamnation sur deux ou trois fautes qui me
sont échappées dans la neuviéme Lettre
je me suis donné l'honneur de vous que
écrire , au sujet de mon Voyage de Basse
Normandie, imprimée dans le Mercure
Jrité et de la justice,
1. Vol. du
DECEMBRE. 1732. 2716
du mois d'Octobre dernier. La premiere
faute regarde le temps de l'Episcopat de
S. Renobert , Evêque de Bayeux , que je
reconnois , avec les meilleurs critiques ,
devoir être fixé dans le vII siécle , contre
la Chronologie du Païs , qui fait vivre ce
Saint au ou au 4 siecle, Je devois m'en
tenir là , et ne pas qualifier dans le même
endroit le même Saint de second Evêque de Bayeux ; ce qui ne peut s'accorder
avec l'exacte verité , ct avec la Chrono
logie , qui n'a semblé la mieux fondée.
Il se trouve une autre faute au même
endroit et sur le même sujet; mais elle est
si lourde et si frapante , que nul Lecteur
éclairé ne pourra jamais me l'imputer
personnellement. Je rapporte pour preuve que S. Renobert n'a vécu qu'au vn *
siecle qu'il assista en 630 à un Concile de Rheims. Au lieu de 630 , on a
imprimé 1630 ; mais cela , comme je l'ai
dit ne peut faire illusion à personne.
Cette preuve , au reste du temps de l'Episcopat de S. Reinobert , avoit déja été
employée par le R. P- Tournemine, dans
le Journal de Trevoux , d'Octobre 1714,
pag. 1780. contre l'Historien du Diocèse
de Bayeux , qu'une Legende fabuleuse
trompé sur cet article.
و
Une erreur plus considerable se trouve
I. Vol. Iiij
2716 MERCURE DE FRANCE
à la suite de ma Lettre , pag. 2128. à l'occasion de la ceremonie de la premiereEntrée publique des Evêques de Bayeuxdans cette Ville , et de la prise de possession de leur Eglise ; ceremonie dont
j'ai rapporté le précis , tiré du Procès .
verbal dressé en 1662. de ce qui fut observé en pareille occasion , à l'égard de
M. de Nesmond.
tre ,
Une Note mise au bas de cette page ,.
fait remarquer que la même ceremonie a
été renouvellée depuis peu de temps , à.
la prise de possession de M. de Luynes
actuellement Evêque de Bayeux , et qu'il.
ena paru une Relation en forme de Letaddressée par M. le Chevalier de
S.Jory , à Madame la Duchesse de Chevreuse , imprimée à Caën. Cette Relation , continue la Note , où il ne falloit
que de la simplicité et de l'exactitude, est
si pleine d'emphase et de choses déplacées , qu'on peut dire qu'elle n'a contenté personne.
Tout cela , à l'exception du renouvellement de la cerémonie, est erronné ; car la
veritable relation de cette cerémonie , qui
a été faite par M. le Chevalier de S. Jory , ne merite rien moins que cette qualification. Si quand on écrit on pouvoit
tout voir d'abord et tout éclaircir par soi1. vol. même
DECEMBRE. 1732. 2717
même , on ne seroit pas sujet à être trom-
, comme je l'ai effectivement été dans
le fait en question. Deux mots vont vous
apprendre comment.
•pé
>
Fort peu de tems après la prise de possession de M. de Luynes , un Professeur
d'Humanitez à Caën m'envoya une assez
ample relation de la cerémonie , compo
sée , disoit-il dans sa Lettre , par M. le
Chevalier de S. Jory en forme de Lettre
à M. la Duchesse de Chevreuse , et copiée sur l'Imprimé à Caën. Il est vrai que
cette copie étoit un Ouvrage tel que je
l'ai représenté dans la Note en question
et que personne de tous ceux à qui je le
communiquai n'en fut content : mais il
est vrai aussi que depuis l'impression de
ma IX. Lettre , la veritable Relation de
M. de S.Jory , imprimé à Caën chez Ca- velier , broch. in- 4. de 16 pages , adressée à Madame de Chevreuse , m'étant parvenue presque par hazard , j'ai reconnu
un Ouvrage tout différent , c'est-à- dire
une bonne Piéce , et fort bien écrite. J'ai
appris depuis que la personne , qui m'avoit envoyé la Relation manuscrite avoit
pris la liberté de la défigurer entierement
par des Additions , par des changemens
et par tout le mauvais qu'il y mit de son
chef, et jusqu'à des Vers de sa façon , ce
,
1. Vol. I iiij qui
2718 MERCURE DE FRANCE
qui donna lieu à ma remarque un peut
prématurée , et faite sur un veritable mal
entendu.
Je suis d'autant plus fâché de cette erreur , que je ne sçaurois trop-tôt rectifier , que plusieurs personnes de mérite
m'ont assûréque M. le Chevalier de S. Jory , que je n'ai pas l'honneur de connoître , est un très- galant homme qui pense
et écrit parfaitement bien, ce queje reconnois aujourd'hui moi- même , et que la
Remarque en question porte à faux , et
ne peut jamais le regarder.
.
L'Acte du doüaire de Judith , Comtesse de Normandie , de l'an 1008. publié
par D. Martenne dans le 1.tom. de ses
Anecdotes , qui contient les noms de plusieurs Bourgs de Normandie , fait actuellement le sujet des recherches dont
vous avez besoin. J'ai envoyé votre Mé
moire à notre habile Médecin de Caën
dont vous me parlez ; je sçai trop ce que
c'est que de s'adresser à des gens superficiels , ou prévenus de leur prétenduë capacité. Sa réponse , que j'attens, vous sera
exactement envoyée.
J'ai vu ici cet Eté le nouvel Historien
du Diocèse de Rouen. Il continuë son
travail avec toute l'ardeur possible , et il
ya tout lieu d'en attendre un bon suc1. Vel. cès.
DECEMBRE. 1732. 2719
cès. Vous avez vû un échantillon de son
exactitude et de son amour pour la verité.
dans un des derniers Mercures , à l'occasion de quelques Endroits de son Histoire
du Diocèse de Meaux. Tous les hommes
peuvent se tromper , mais tous ne sont
pas également disposez à reconnoître leurs
erreurs. Je suis , &c.
AParis , lex Decembre 1732.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite par l'Auteur du Voyage de Normandie, à Monsieur...
Dans une lettre, un auteur corrige des erreurs présentes dans sa neuvième lettre publiée dans le Mercure de France en décembre 1732. Il reconnaît deux fautes concernant l'épiscopat de Saint Renobert, évêque de Bayeux. Premièrement, il situe son épiscopat au VIIe siècle, contrairement à la chronologie locale qui le place au IIIe ou IVe siècle. Deuxièmement, une faute d'impression indique que Saint Renobert aurait assisté à un concile en 1630 au lieu de 630. L'auteur mentionne également une erreur plus significative concernant la cérémonie de la première entrée publique des évêques de Bayeux. Il avait rapporté une relation erronée de cette cérémonie, basée sur une copie altérée par un professeur d'humanité de Caen. La véritable relation, écrite par le chevalier de Saint-Jory et adressée à la duchesse de Chevreuse, est bien écrite et mérite reconnaissance. L'auteur exprime son regret pour ces erreurs et souligne l'importance de la vérification des informations. Il mentionne également des recherches en cours sur l'acte du douaire de Judith, comtesse de Normandie, en 1008. Il parle aussi de l'historien du diocèse de Rouen, qui travaille avec exactitude et amour pour la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 2806-2814
DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Début :
L'Homme sujet aux passions et à l'erreur, en devient le joüet, quand il [...]
Mots clefs :
Sage, Erreur, Homme, Fragilité, Vérité, Misère, Orgueil, Ressources, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
DISCOURS sur ces paroles : Le Sage
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
profite de ses fautes,
L'
'Homme sujet aux passions et à l'erreur , en devient le jouet , quand il
s'y livres orgueilleux autant que miserable il ne rougit pas de sa misere. Il erre
presque à chaque instant , et attentif seulement à se dissimuler ses fautes , il ne
pense ni à les réparer , ni à s'en corriger ;
elles se multiplient cependant , et il s'endort au bord du précipice , où elles vont
bien-tôt l'entraîner.
Mais celui qui a appris à se connoître
soi- même , qui, convaincu de sa fragilité
loin de se flatter ou de s'étourdir sur ses
égaremens , s'occupe du soin d'y remédier ; celui-là est vraiment sage , il s'applique à connoître ses fautes , et il sçaię
en profiter.
I. Partie. Nous fuyons naturellement
tout ce qui peut diminuer en nous l'idée
de notre excellence ; chimere précieuse
que nous portons par tout avec nous , elle
domine sur nos actions et sur nos pensées ; c'est à nos yeux l'empire de la rai
son même ; et si chacun de nous en étoit
{
11. Vol, crû
DECEMBRE. 1932. 2807
crû sur son jugement , tous les autres
hommes reconnoîtroient sa superiorité
sans hesiter , et lui donneroient la préference qu'il se donne lui- même. Or , peuton avec ces principes penser seulement
qu'on soit susceptible d'erreur , et ne panche t'on pas vers l'opinion contraire?
Supposons cependant comme une vérité
connue , que tous les hommes conviennent interieurement qu'ils sont sujets à
faillir , le sentiment est inutile s'il ne les
porte à chercher à connoître leurs fautes
pour travailler à se corriger ; et je dis qu'il
que le Sage qui puisse se résoudre
dans cette vûë , à l'éxamen necessaire
pour les connoître , et que lui seul peut
parvenir à cette connoissance sans s'y
méprendre.
n'est
Quel autre que lui pourroit en être capable ? quel autre peut plier sa volonté
et chercher à découvrir toute sa misere?
Je m'en rapporte à vous hommes du siecle , soyez vous-mêmes les juges du Sage ;
dites-nous ce qu'il lui en coûte et ce qu'il
merite.
Que vous ayez une répugnance extrê
me pour cet éxamen , je n'en suis pas surpris ? car à quoi vous engage- t'il , à des
refléxions qui vous troublent , à des recherches qui vous gênent , que l'amour
II. Vol. Diij pro-
2808 MERCURE DE FRANCE
>
propre désayoüe , et dont il est allarmé ;
vous aimez cette douce indolence dans
laquelle vous avez accoûtumé de vivre
détournant les yeux de tout ce qui nous
choque , pour ne les arrêter que sur ce
qui vous flatte. Pouvez- vous vous en arracher sans effort , et rentrer dans vousmême pour y chercher vos défauts ; repasser sur vos foiblesses , vos caprices, vos
bévûës ; vous regarder, en un mot, par les
endroits les plus humiliants ? de quel
courage n'avez vous pas besoin ? que de
combats à livrer , que d'obstacles à surmonter ; il faut vous vaincre vous- même,
ou, pour mieux dire , il faut soumettre
un Tiran absolu , et quel tiran , l'orgueil
humain ! avouez le , l'entreprise est audessus de vos forces ; certe gloire est ré
servée au Sage.
Direz-vous que vous en avez triomphé,
et qu'il ne s'oppose plus à votre dessein ?
ne vous flattés pas la victoire est grande , il est vrai , mais elle n'est pas complette , tenés-vous toujours sur vos gardes l'ennemi que vous croyés avoir
dompté est ingenieux à réparer ses pertes ; s'il ne vous résiste plus à force ouverte , il employera la ruse et l'artifice
il ne sera pas moins dangereux dans cette
>
I. Vol. espe-
DECEMBRE. 1732. 2809
espece de combat : le Sage même a de la
peine à s'en garantir.
>
Atrendez - vous à le voir faire votre
apologie sur tous vos deffauts ; vous les
représenter au moins comme des qualitez indifférentes , peut être même comme
des vertus. Il vous déguisera vos fautes
cachera , ou ne vous montrera que dans
le lointain celles qu'il ne pourra pas colorer , vous justifiera sur toutes , et les
rejettera sur des causes étrangeres ; sur les
caprices de la fortune , la bizarrerie des
circonstances , la contrainte des bienséances ; en un mot , sur tout ce qui ne dépend pas de vous et vous serez seul
excusable , irréprehensible , loüable même; car ne vous y trompez pas ; si dans
le cours de votre vie vous avez acquis
quelque gloire , ou quelque avantage ,
c'est à votre merite seul que vous devez
l'attribuer ; le bien est venu et viendra
toujours de vous , le mal ne peut venir
que de l'injustice du sort.
C'est ainsi que notre orgüeil nousjoue
il nous aveugle pour nous conduire où il
veut , et comme il lui plaît ; heureux
l'homme qui en a secoué le joug , qui
sçait éviter ses pieges , et se dérober à ses
souplesses ! Cette felicité n'est pas un présent de la Nature , ou du hazard ; elle est
II. Vol. D
le iiij
2810 MERCURE DE FRANCE
le prix de l'étude , des refléxions , et des
efforts du Sage ; prix inestimable dont le
Sage fait un usage digne de lui , en s'appliquant à connoître ses fautes. Degagé
des liens dans lesquels les autres hommes
sont retenus , aucun obstacle ne l'arrête ;
il foüille dans les replis les plus secrets da
son cœur , éxamine , observe , médite
l'amour de la verité l'anime , elle est l'objet de toutes ses recherches , et la connoissance de ses fautes ne fait que l'exciter à des nouveaux progrès. Il ne se borne
pas seulement à les connoître , il a aussi
l'avantage d'en profiter.
II. Partie. Le Sage n'est pas plus susceptible de découragement que de présomption , son égalité ne se dément jamais. Il est moins troublé , moins abba
tu par la connoissance de ses fautes , qu'animé à les réparer. Il n'est occupé du
desir d'avancer de plus en plus dans le
chemin de la vertu , et tendant toujours
à ce but qu'il ne perd pas de vue , il tourne , en quelque sorte , à son utilité , ou à
sa gloire , ce qui fait le désespoir , ou la
honte de l'homme découragé.
Mais de quels moyens se sert il ? quelles sont ses ressources ? le Ciel l'a-t'il
mieux partagé que vous ? ou se trouveil toujours dans des circonstances si faII. Vol. vora-
DECEMBRE. 1732. 2811
vorables , qu'elles ne lui laissent presque
rien à faire pour réussir ? Non ; vous avez
reçû autant que lui ; ce qu'il a de plus il
le doit à lui- même ; c'est un bien acquis
que vous pouvez acquerir comme lui. Sa
prudence , sa fermeté , sa patience , son
activité , sa vigilance , vertus dont les
semences sont en vous comme en lui
mais qu'il a cultivées , lui rendent facile
ce que les vices contraires rendent impossible pour vous,
- D'où vient cette tristesse profonde ? cet
accablement qui vous interdit l'usage des
sens ? quel est l'évenement funeste qui le
cause ? est- ce un malheur irréparable ? je
le vois ; votre imprudence vous a attiré
quelque disgrace , et votre lâcheté ne
vous laisse de sentiment que pour suc-.
comber approchez , homme foible , venez apprendre du Sage , que les coups de
la fortune ne doivent jamais ni vous décourager , ni vous abbattre , et que vos
fautes même peuvent vous être utiles , si
vous sçavez en profiter.
:
Ses leçons vous toucheront si votre veritable interêt vous rouche ; il ne les réduit pas à une théorie stérile ; c'est une
pratique animée , dont il est lui- même
l'exemple Vous le verrez sensible aux divers accidens dont sa vie est traversée :
II. Vole Dy mais
2812 MERCURE DE FRANCE
mais d'une sensibilité ingenieuse qui lui
fournit les ressources , les expédiens et les
consolations qui vous manquent. Il s'applique à découvrir les causes de ces accidens : sont-ils arrivez par sa faute ? c'est
pour lui un sujet d'humilité : mais toujours ferme, toujours actif, il ne néglige
aucun des moyens honnêtes par lesquels
il peut y rémedier ; prudent, il choisit avec
discernement ceux qui sont les plus propres pour son dessein ; patient , il attend
sans murmure le succès qu'il peut se promettre raisonnablement ; modeste , il ne
s'applaudit pas ; la vanité et l'ostentation
n'eurent jamais de part à ses démar
ches.
Son attention s'étend à tout ce que la
combinaison des differentes circonstances
peut lui faire envisager ; rien ne lui échape. Il trouve toujours dans ses fautes même ou les moyens de les réparer , ou la
matiere d'un nouveau merite par l'usage
qu'il en sçait faire , et elles lui' servent
quelquefois à manifester ses talens inconnus jusques-là , et qui peut- être l'auroient
toujours été.
Si le Sage ne peut pas réparer toutes ses
fautes , il peut toujours en profiter , et il
en profite en effet : celles qui peuvent être
réparées occupent son activité , sa vigi- II. Vol. lance,
DECEMBRE. 1732. 2813
lance , sa prudence ; toutes exercent sa
fermeté , sa patience , et son humilité ;
vertus cheries ausquelles il doit cette égalité d'ame quiforme son caractere , et que
rien ne peut alterer ; elles lui tiennent lieu
des consolations les plus douces , et des
dédomagemens les plus désirables , parce
que les espérances et les avantages du siecle ne le touchent qu'à proportion du rapport qu'ils peuvent avoir avec ce bien
précieux qui fait sa felicité.
Mais il a encore d'autres ressources ; accoûtumé à refléchir et à méditer , les refléxions qu'il fait sur ses fautes , lui apprennent à en éviter de nouvelles ; elles lui
servent à former une régle de conduite
qu'il suit éxactement , et qui le garantit
des rechûtes. Ennemi du vice , il fuit les
occasions , et même les apparences du mal.
Zelé sectateur de la vertu , il se porte toujours au bien , et il aspire sans relâche à la
perfection.
C'est là l'objet de tous ses vœux , de
tous ses desirs , de tous ses efforts. Mais
travaillant sans cesse à se rendre meilleur
il est résigné en tout à la volonté de celui
qui couronne la Sagesse. Grand Dieu, faites que nous soyons ses imitateurs , et
donnez- nous un rayon de cette lumiere
qui conduit à la verité , pour qu'avec ce
11. Vol.
Dvj pi
2814 MERCURE DE FRANCE
divin secours nous puissions connoître
les fautes que nous avons commises contre
votre sainte Loy , les détester , et en profiter par une penitence salutaire qui les fasse servir en quelque sorte , à Votre
gloire , à l'édification de votre Eglise , et à notre sanctification.
Par M. D. S.
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Résumé : DISCOURS sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes.
Le texte 'Discours sur ces paroles: Le Sage profite de ses fautes' analyse la nature humaine et la sagesse. L'homme, souvent dominé par ses passions et ses erreurs, tend à dissimuler ses fautes plutôt que de les réparer, ignorant ainsi les dangers qu'il encourt. Le sage, en revanche, reconnaît ses faiblesses et s'efforce de les corriger. Il évite tout ce qui pourrait diminuer son idée d'excellence, une chimère précieuse qu'il porte toujours avec lui et qui guide ses actions et ses pensées. Le texte souligne que tous les hommes reconnaissent intérieurement leur susceptibilité à l'erreur, mais ils doivent chercher à connaître leurs fautes pour se corriger. Le sage est le seul capable de cet examen nécessaire pour connaître ses fautes sans se méprendre. L'homme ordinaire, quant à lui, a une répugnance extrême pour cet examen, car il implique des réflexions troublantes et des recherches gênantes. L'amour-propre désavoue ces efforts et préfère l'indolence, détournant les yeux de ce qui choque pour ne voir que ce qui flatte. Le sage, animé par l'amour de la vérité, utilise ses fautes comme des occasions de progrès. Il ne se contente pas de les connaître, mais les utilise pour avancer dans le chemin de la vertu. Contrairement à l'homme ordinaire, le sage cultive des vertus telles que la prudence, la fermeté, la patience, l'activité et la vigilance. Ces vertus lui rendent faciles les actions que les vices contraires rendent impossibles pour les autres. Le texte conclut en exhortant à imiter le sage, à connaître et à détester les fautes pour en profiter par une pénitence salutaire, au service de la gloire divine et de la sanctification personnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 1053-1065
SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Début :
Je dis donc d'abord que l'autorité de Caton, en cette matiere de Chronologie [...]
Mots clefs :
Système chronologique, Dissertation, Année, Rome, Varron, Caton, Années, Nombre, Raison, Fastes, Romulus, Erreur, Fondation, Polybe, Denys d'Halicarnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
SUITE de la Dissersation sur les trois
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
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Résumé : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Le texte compare les systèmes chronologiques romains de Caton et de Varron. L'auteur privilégie le système de Caton pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Caton est antérieur à Varron et a rédigé des ouvrages historiques en recherchant minutieusement l'antiquité et les origines de la République romaine. Varron, bien que savant en grammaire et philosophie, est jugé moins fiable en matière d'histoire. Ensuite, l'autorité de Caton est soutenue par des historiens tels que Tite-Live, Polybe et Denis d'Halicarnasse. De plus, les auteurs qui suivent Varron le font par admiration plutôt que par des raisons solides. Enfin, Caton se base uniquement sur des faits certains, tandis que Varron a inventé des dictatures pour appuyer l'horoscope d'un ami astrologue. L'auteur critique Varron pour avoir ajouté deux années au calcul de Caton afin de correspondre à cet horoscope. Varron a placé des dictatures entre des consulats sans raison valable, ce qui contredit les coutumes romaines et les témoignages historiques. L'auteur conclut que le système de Caton est plus fiable, appuyé par des preuves astronomiques et des éclipses historiques. Il fournit des méthodes pour convertir les années de Rome selon les systèmes de Caton et de Varron en années avant J.-C. Le texte aborde également la datation de la prise de Rome par les Gaulois, en comparant les opinions de Varron et de Polybe. Varron situe cet événement trois ans trop tôt, en 364 avant J.-C. Polybe, considéré comme plus fiable, place la prise de Rome en 387 avant J.-C., en se basant sur des références précises telles que la 22e année de la 98e Olympiade et la 19e année après la défaite des Athéniens par Lysandre. Le texte recommande de corriger une note marginale pour indiquer l'erreur de Varron et du Père Petau, plutôt que celle de Polybe et de Denis d'Halicarnasse. De plus, il distingue entre la 143e et dernière année des rois, correspondant à 509 avant J.-C., et la 243e et première année du consulat, correspondant à 508 avant J.-C.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 83
SONNET SUR LES MEDECINS.
Début :
Qu'est ce qu'un Médecin ? c'est un homme inutile, [...]
Mots clefs :
Erreur, Maison, Amuser, Quiproquo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET SUR LES MEDECINS.
SONNET SUR LES MEDECINS.
QU'eſtce qu'un Médecin ? c'eſt un hommeinatile,
Payé pour amuſer un malade en ſon lit ,
Un Docteur à grands mots , en quiproquo fertile .
Qui par ſon Art douteux , très peu de gens guérit
La Nature lui ſert comme étant plus habile.
C'eſt par elle en effet qu'il ſoutient ſon crédit
Avoir recours à lui , c'eſt donc être imbécille ,
Puiſque fans ce ſecours rien ne lui réuſſit .
Cependant tous les jcurs on voit le genre hu
main ,
En dépit du bon ſens , ſe mettre ſous ſa main.
Voilà ce que j'appelle une étrange manie.
L'uſage eſt conſulté bien plus que la raiſon.
Mon Efculape va de maiſon en maiſon.
On en connoît l'erreur , mais l'erreur eſt ſuivie,
QU'eſtce qu'un Médecin ? c'eſt un hommeinatile,
Payé pour amuſer un malade en ſon lit ,
Un Docteur à grands mots , en quiproquo fertile .
Qui par ſon Art douteux , très peu de gens guérit
La Nature lui ſert comme étant plus habile.
C'eſt par elle en effet qu'il ſoutient ſon crédit
Avoir recours à lui , c'eſt donc être imbécille ,
Puiſque fans ce ſecours rien ne lui réuſſit .
Cependant tous les jcurs on voit le genre hu
main ,
En dépit du bon ſens , ſe mettre ſous ſa main.
Voilà ce que j'appelle une étrange manie.
L'uſage eſt conſulté bien plus que la raiſon.
Mon Efculape va de maiſon en maiſon.
On en connoît l'erreur , mais l'erreur eſt ſuivie,
Fermer
43
p. 71-73
LES RÊVES, FABLE.
Début :
Sultan Leopard., grand rêveur, [...]
Mots clefs :
Rêves, Animal, Léopard, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES RÊVES, FABLE.
LES RÊVES ,
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
FABL E.
Sultan Leopard . , grand rêveur ,
Vouloit qu'en fon empire on reſpectât les fonges;
Et fi quelque indifcret les traitoit de menfonges ,
Il l'envoyoit là-bas faire le raiſonneur.
Ivre de fon pouvoir , rêvoit- il que la lune
Afon commandement avoit quitté les cieux ;
Sa vifion d'abord publiée en tous lieux ,
Devenoit une erreur communè .
Si le fommeil troublant cet animal fi vain ,
Lui peignoit Jupiter , comme lui fanguinaire ,
72 MERCURE DE FRANCE.
A fes fens , comme lui , ne mettant aucun frein ,
Dieu forcené , barbare
pere ,
Toujours prêt d'accabler des éclats du tonnerre
Les êtres fortis de fa main ;
Chaque animal devoit foudain
Trouver des crimes à la terre ,
Et fans comprendre en rien la divine colere ,
Trembler pour tout le genre humain.
Un jour qu'il goûta trop le nectar d'Idalie ,
Dans l'agitation d'une trifte infomnie ;
Morphée , en traits hideux , lui peignit le plaifir ,
Ce doux contre- poifon des peines de la vie.
Le lendemain , par fon Vifir ,
Il fut à fes fujets ordonné de haïr
Cet heureux don des Dieux , fur peine d'infamie ,
Et parce qu'il troubla fa Hauteffe endormie ,
D'en étouffer jufqu'au defir .
La nature irritée en vain prit fa défenſe :
Ce Monfeigneur Leopard- là ,
Certes dans l'Alcoran n'avoit pas lu cela.
On ne crut tant d'erreurs d'abord qu'en apparence
;
La peur dans les efprits glaçoit la vérité :
Mais enfin chaque jour quelque rêve adopté
Servant d'inftruction à la crédule enfance ,
Fut dans tous les cerveaux par le tems cimenté.
Bientôt ceux qu'on avoit bercés de ces chimeres
,
Les croyant par reſpect fur la foi de leurs peres ,
Prirent
NOVEMBRE. 1755.
73
Prirent les rêves creux d'un tyran redouté
Pour de vénérables myfteres :
Malheur à qui fe rit de leur fimplicité !
Ainfi dans l'univers l'erreur s'impatronife .
La force la fait recevoir ,
L'habitude accroit fon pouvoir ,
L'imbécillité l'éternife.
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Résumé : LES RÊVES, FABLE.
Le texte raconte l'histoire du Sultan Leopard, un souverain qui valorisait les rêves et punissait ceux qui les considéraient comme des mensonges. Il imaginait que la lune et Jupiter lui obéissaient et que chaque animal devait dénoncer les crimes sur Terre. Après avoir consommé du nectar, Morphée lui révéla que le plaisir pouvait atténuer les peines de la vie. Le lendemain, le Sultan ordonna à ses sujets de haïr ce don divin, sous peine de disgrâce. La nature protesta sans succès. Les erreurs du Sultan furent d'abord acceptées par peur, puis par habitude et crédulité. Ses rêves furent vénérés comme des mystères sacrés, et ceux qui se moquaient de cette croyance étaient maudits. Ainsi, l'erreur s'imposa grâce à la force, l'habitude et la crédulité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 212-213
Avis de l'Auteur du Mercure.
Début :
Dans l'article Chirurgie du Mercure de Décembre, page 140, par [...]
Mots clefs :
Article, Chirurgie, Erreur, Censeur, Publication
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texteReconnaissance textuelle : Avis de l'Auteur du Mercure.
Avis de l'Auteur du Mercure.
DANS
ANS l'article Chirurgie du Mercure
de Décembre, page 140 , par l'imprudence
du Compofiteur & du Prote , il a été inféré
fans l'approbation du Cenfeur , une piece
intitulée , Lettre à M. *** , Chirurgien
demonftrateur , &c. par M. Cambor ,
Chirurgien-Major , & c . fur les tailles faites
l'Hôtel- Dieu de Paris , le 20 Juin 175,7-
JANVIER. 1758. 213
L'ayant reçue de la part du Frere Côme,
& cet écrit étant d'ailleurs imprimé, je l'envoyai
fur le champ , avec confiance , à M.
l'Abbé Guiroy , pour être approuvé . Comme
il m'étoit parvenu tard, & que mon recueil
eft un ouvrage qui ne fouffre pas de
délai , la lettre fut compofée , imprimée , tirée,
& le volume qui la renferme, diſtribué ,
avant qu'elle fût revenue de chez le Cenfeur
qui l'avoit refufée comme offenfante
pour unChirurgien célebre. Je n'appris que
trois jours après la diftribution du Mercure
, l'étourderie du Prote & du Compofiteur
qui n'avoient pas attendu l'approbation
contre mes ordres . Par malheur il n'étoit
plus temps d'y remédier. Voilà l'exacte
vérité. Nous avons cru devoir en inftruire
le Public pour la juftification du
Cenfeur , & par confidération pour M.
Moreau . Nous n'examinons point le
fonds de l'écrit en queftion. Il fuffic
qu'il attaque la gloire d'un homme auffi
illuftre dans fon art , pour n'avoir pas
notre aven.
DANS
ANS l'article Chirurgie du Mercure
de Décembre, page 140 , par l'imprudence
du Compofiteur & du Prote , il a été inféré
fans l'approbation du Cenfeur , une piece
intitulée , Lettre à M. *** , Chirurgien
demonftrateur , &c. par M. Cambor ,
Chirurgien-Major , & c . fur les tailles faites
l'Hôtel- Dieu de Paris , le 20 Juin 175,7-
JANVIER. 1758. 213
L'ayant reçue de la part du Frere Côme,
& cet écrit étant d'ailleurs imprimé, je l'envoyai
fur le champ , avec confiance , à M.
l'Abbé Guiroy , pour être approuvé . Comme
il m'étoit parvenu tard, & que mon recueil
eft un ouvrage qui ne fouffre pas de
délai , la lettre fut compofée , imprimée , tirée,
& le volume qui la renferme, diſtribué ,
avant qu'elle fût revenue de chez le Cenfeur
qui l'avoit refufée comme offenfante
pour unChirurgien célebre. Je n'appris que
trois jours après la diftribution du Mercure
, l'étourderie du Prote & du Compofiteur
qui n'avoient pas attendu l'approbation
contre mes ordres . Par malheur il n'étoit
plus temps d'y remédier. Voilà l'exacte
vérité. Nous avons cru devoir en inftruire
le Public pour la juftification du
Cenfeur , & par confidération pour M.
Moreau . Nous n'examinons point le
fonds de l'écrit en queftion. Il fuffic
qu'il attaque la gloire d'un homme auffi
illuftre dans fon art , pour n'avoir pas
notre aven.
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Résumé : Avis de l'Auteur du Mercure.
L'auteur du Mercure publie un avis rectificatif concernant une erreur dans l'article 'Chirurgie' du numéro de décembre, page 140. Une lettre intitulée 'Lettre à M. ***, Chirurgien démonstrateur, etc.' par M. Cambor, Chirurgien-Major, a été imprimée sans l'approbation du censeur. Cette lettre, reçue du Frère Côme, a été envoyée à l'Abbé Guiroy pour approbation, mais en raison de délais, elle a été composée, imprimée et distribuée avant de revenir du censeur, qui l'avait refusée pour offense à un chirurgien célèbre. L'auteur a découvert l'erreur trois jours après la distribution et regrette l'impossibilité de remédier à la situation. L'avis vise à justifier le censeur et à montrer considération pour M. Moreau. L'auteur ne commente pas le contenu de la lettre, soulignant seulement qu'elle attaque la réputation d'un chirurgien illustre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 212
Avis très - important.
Début :
L'Auteur de la Lettre insérée dans ce volume, page 149, s'est trop [...]
Mots clefs :
Erreur, Maladie, Lettre
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texteReconnaissance textuelle : Avis très - important.
Avis très important.
·
L'Auteur de la Lettre inférée dans ce volume ,
page 149 , s'eft trop hâté d'annoncer un fait qui
fe trouve faux. Le jeune M. de Latour n'a ni la
petite- vérole , ni la petite - vérole volante , quoiqu'il
ait eu quelques boutons au corps . Je donnerai
le mois prochain la Lettre qui m'a été
écrite à ce sujet.
·
L'Auteur de la Lettre inférée dans ce volume ,
page 149 , s'eft trop hâté d'annoncer un fait qui
fe trouve faux. Le jeune M. de Latour n'a ni la
petite- vérole , ni la petite - vérole volante , quoiqu'il
ait eu quelques boutons au corps . Je donnerai
le mois prochain la Lettre qui m'a été
écrite à ce sujet.
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46
p. 212-213
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Je crois, Monsieur, que vous ne pouvez me refuser le plaisir, [...]
Mots clefs :
Erreur, Décès, Comte de Wignacourt, Maison d'Artois, Chef
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre adressée à l'éditeur du Mercure, Guilain-Joseph-Adrien-François, Marquis de Wignacourt, conteste une information publiée en janvier 1758. Cette information annonçait la mort de Robert-Antoine, Comte de Wignacourt, le 30 octobre 1756, à l'âge de 58 ans, et le présentait comme chef de la Maison de Wignacourt, ayant fourni deux Grands-Maîtres à l'Ordre de Malte au XVIIe siècle. Le Marquis de Wignacourt affirme être le chef de la Maison d'Artois depuis la mort de son père le 8 octobre 1758. Il conteste les prétentions de la branche champenoise de la famille, qu'il reconnaît toutefois pour leur illustre lignée en Champagne. Il reconnaît comme membres de sa maison Monsieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie, les Messieurs de Wignacourt de Namur, et Monsieur de Wignacourt de Fletres. Il mentionne également un frère colonel en Espagne et une sœur chanoinesse à Maubeuge. Sa mère est issue de la famille Croy, et sa grand-mère était Créquis, tante du Prince de Croy. Le Marquis demande à l'éditeur de publier cette clarification dans le prochain numéro du Mercure.
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47
p. *184-184
DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
Début :
L'aventure suivante a été insérée dans la Gazette de cette Ville. [...]
Mots clefs :
Accusations, Mariticide, Preuves, Relations extraconjugales, Soupçons, Condamnation à mort, Pendaison, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
DE NAPLES , le 8 Janvier 1763.
9
L'aventure fuivante a été inférée dans la Gazette
de certé Ville . Une femme de Créntone fut
' accufée par la voix publique d'avoir ôté la vie à
fon mari , quoiqu'on n'eût d'autre preuve - contre
elle que l'abfence du mari , dont on n'avoit aucune
nouvelle depuis deux ou trois ans & le
commerce affez intime que cette femme paroif-
Loit entretenir avec un autre homme. Sur de femblables
foupçons on lui fit fon procès. La crainte
des tortures lui fit avouer un crime qu'elle n'avoit
pas commis ; elle fut condamnée à être pendue
& fon corps fut jetté dans le Pô. Cinq à fix jours
après l'exécution arriva le mari , qui revenoit
du Pays de Parme , où il s'étoit engagé pour
trois ans. Il apprend tout ce qui s'étoit paffé ; il
fe montre aux accufateurs & aux Juges pourjuftifier
la femme on le traite d'impofteur , & on
lui foutient que le véritable mari eft mort , puifque
fa femme a été pendue pour l'avoir fait
mourir.
9
L'aventure fuivante a été inférée dans la Gazette
de certé Ville . Une femme de Créntone fut
' accufée par la voix publique d'avoir ôté la vie à
fon mari , quoiqu'on n'eût d'autre preuve - contre
elle que l'abfence du mari , dont on n'avoit aucune
nouvelle depuis deux ou trois ans & le
commerce affez intime que cette femme paroif-
Loit entretenir avec un autre homme. Sur de femblables
foupçons on lui fit fon procès. La crainte
des tortures lui fit avouer un crime qu'elle n'avoit
pas commis ; elle fut condamnée à être pendue
& fon corps fut jetté dans le Pô. Cinq à fix jours
après l'exécution arriva le mari , qui revenoit
du Pays de Parme , où il s'étoit engagé pour
trois ans. Il apprend tout ce qui s'étoit paffé ; il
fe montre aux accufateurs & aux Juges pourjuftifier
la femme on le traite d'impofteur , & on
lui foutient que le véritable mari eft mort , puifque
fa femme a été pendue pour l'avoir fait
mourir.
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Résumé : DE NAPLES, le 8 Janvier 1763.
Le 8 janvier 1763, une femme de Créntone fut accusée de meurtre sur son mari. Condamnée à mort, elle avoua sous la torture. Son mari revint cinq jours après son exécution, mais fut traité d'imposteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 77
ÉNIGMES.
Début :
Lecteur, je suis souvent le sujet de tes soins. [...]
Mots clefs :
Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGMES.
ÉNIGME S.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
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