LETTRE
DE M ***
A M ***
Jjufq
A v 015 réſiſté , Monfieur ,
jufques ici à toutes vos Coqué
teries ; mais il faut avoüer fa foi
bleffe ; ' je n'ai jamais pû tenir con
tre le paté de Perdrix , dont vous
m'annoncez l'agréable arrivée par
votre Lettre. J'ai fenti avec plaifir
que mon appétit , & mon efto .
mach étoient en moi plus forts , que
l'amour propre ; tranfporté d'une
reconnoiffance gloutonne , qui m'a
tenu lieu d'entoufiafme ; je me
fuis écrié :
Vous dont le teint fleury respecté des
années
›
Fit toujours les fouhaits des beautés
furannées ,
46 LE NOUVEAU
Convive aimable Abbé .......
Qui veut,quelque cher qu'ilt'en coute
It toujours répandre du vin
Et toujours te donner la goute ,
Qui jamais ainfi n'aura fin :
Quand arriva l'Epitre votre ,
F'étois gizant fur le grabat ,
Et le Rhume qui tout abat ,
Tenoit Palaprat dans un autre ,
Gizant , comme moi , tout à plat,
Avonez que fans imprudence ,
Rimeurs en état fi piteux ,
Ne doivent rompre le filence ;
Car d'un corps foible , & langonren
L'efprit reffent la désadence,
Et le chagrin de la fouffrance ,
Eteint le brillant de ces feux
Qu'allument la fanté , les plaifirs
& les jeux,
་
Dans le fein de l'Intemperance :
Et puis Meffieurs les beaux efprits ,
Qui veut vous faire une réponse
Pus d'une fois fur fes Ecrits ;
Doit paffer la pierre de Ponce ,
Ainfi point ne ferai ſurpris ,
Que ces contretemps , ces obftacles
Ayent fait ceffer les Oracles ,
Que Bacchus rendoit an pourpris
MERCURE. 47
Du Temple ou fe faifoient miracles ,
Autant qu'à Temple de Paris .
N'allez pas croire au moins
Meffieurs , que j'aye voulu vous
faire une réponse en forme , ni méditée
, pour achever de me guéric
d'une fluxion horrible que j'ai eu
depuis un mois. Car , comme a tres
bien dit Mr Arroüet , Maudit eft
de Dieu , & bien malade , qui toujours
verfifie ; fi faut - il bien pour
tant , que je réponde deux mots à
ce favory d'Apollon.
Qui fous l'ombre d'une fleurette ,
Nous a tiré tout doucement ,
En badinant , une aiguillette,
Mais le tout avec agréement.
Pour vous , fucceffeur de Villon ,
Dont la Mufe toujours aimable ,
Fait de Sully, ce beau Vallon
Que nous a tant vanté la Fable:
Seachez que fi dans nos repas ,
Par quelque gentil Vaudeville
Nous avons reprimé les fats
Qui Jans nous innondoient la Ville į
famais notre malignité
-48 LE NOUVEAU
Ne fentit l'aigreur de la bile ;
Et jamais toute la gayeté
De noire Troupe encline à rire ,
Ne paffa jufqu'à l'aprété ,
De la plus legere fatire ;
Suivez ces utiles leçons
Et toujours occupè de plaire ;
Cueille au Jardin de Cythere ,
Des fleurs pour orner vos chansons
C'est là qu'Amour avec fa mere ,
Tient Ecole de fentiment !
Et répand certain enjoüement
Sur nos vers , & cette moleffe :
Ou ni les briliants , ni les traits
Ni toute la délicateße
De l'efprit , n'atteindra jamais ;
Et dont votre Muſo badine ,
De jours en jours plus libertine ,
Nous fait fentir tous les attraits,
En voilà trop pour un malade , &
même alfez pour un convalescent .
Quand à noftre Pere Prieur ,
Qui fans avertir fouvent pince
Fufqu'à fon bumble ferviteur ,
MERCURE . 49
Il ne veut plus être Rimeur ;
Et s'eft mis à faire le Prince
De fa table , qui n'eft pas mince,
A de joyeux compotateurs.
Il fait lui - même les honneurs
Mieux , qu'aucun Seigneur de
Province.
Il ne me refte qu'à prendre congé
de vous , Meffieurs , & à vous don
ner falut & benediction.
Dans votre fejour enchanté
Buvez frais , faites chere lie
Dieu vous donne prospérité ,
Son Paradis en l'autre vie
Dans celle- cy ,joie , & Santé ,
Goutez - bien votre oifiveté ,
Et bornez aux plaifirs , votre
Philofophie.