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10351
p. 180-182
MUSIQUE.
Début :
LE Docteur Sangrado, Opéra-Comique, par Mrs Duny & la Ruette, partition [...]
Mots clefs :
Prix, Sonate, Violon, Adresse, Opéra, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
LEE Docteur Sangrado , Opéra- Comique
, par Mrs Duny & la Ruette , partition
& parties féparées ; prix 12 liv.
OCTOBRE . 1763 . 181
9i mis au jour par M, de la Chevardiere
fe trouve chez lui rue du Roule , à la
Croix d'or.
Six Sonates , à deux flûtes , par M.
Ricther , ou deux violons ; prix 6 liv .
mis au jour par le même & à la même
adreffe .
Six Duo de violon , ou de par - deffus,
de viole , par M. Avolio ; prix 6 liv .
à la même adreffe.
Six Sonates , à flûte feule & baffe ,
par le célèbre M. Vaganfail ; prix 6 liv.
idem .
Six Sonates , en trio , pour un claveffin
, un violon & une baffe , compofée
par Antonio Filtz ; prix 7 liv . 4 f.
mis au jour par le même.
Six Trio , compofés par M. Stephano '
Galioti ; pour deux violons & baffe
prix 7 liv. 4f. Ces Trio font très - harmonieux
; à la même adreffe.
Sonates pour le violon feul , ou pour
le violoncelle feul , & baffe continue ,
par Antonio Filtz ; prix 4f liv. 4. Idem.
Dixième recueil des récréations chantantes
, tirées des Opéra- Comiques, avec
accompagnement de violon , flûte ou
par-deffus de viole , par M. Legat de
Furcy ; prix 3 liv . idem.
Airs gracieux , à quatre parties com
182 MERCURE DE FRANCE.
pofés de petits airs , gavotes , & qui
ont été exécutés & danfés fouvent à la
Comédie Italienne , par M. Lolot de
Blois ; prix 3 liv. 12 f.
Menuet d'Exaudet , à grand Orcheftre
, & tel qu'on le joue à la Comédie
Italienne , par M. le Berton ; prix 2 liv.
8 fols.
LEE Docteur Sangrado , Opéra- Comique
, par Mrs Duny & la Ruette , partition
& parties féparées ; prix 12 liv.
OCTOBRE . 1763 . 181
9i mis au jour par M, de la Chevardiere
fe trouve chez lui rue du Roule , à la
Croix d'or.
Six Sonates , à deux flûtes , par M.
Ricther , ou deux violons ; prix 6 liv .
mis au jour par le même & à la même
adreffe .
Six Duo de violon , ou de par - deffus,
de viole , par M. Avolio ; prix 6 liv .
à la même adreffe.
Six Sonates , à flûte feule & baffe ,
par le célèbre M. Vaganfail ; prix 6 liv.
idem .
Six Sonates , en trio , pour un claveffin
, un violon & une baffe , compofée
par Antonio Filtz ; prix 7 liv . 4 f.
mis au jour par le même.
Six Trio , compofés par M. Stephano '
Galioti ; pour deux violons & baffe
prix 7 liv. 4f. Ces Trio font très - harmonieux
; à la même adreffe.
Sonates pour le violon feul , ou pour
le violoncelle feul , & baffe continue ,
par Antonio Filtz ; prix 4f liv. 4. Idem.
Dixième recueil des récréations chantantes
, tirées des Opéra- Comiques, avec
accompagnement de violon , flûte ou
par-deffus de viole , par M. Legat de
Furcy ; prix 3 liv . idem.
Airs gracieux , à quatre parties com
182 MERCURE DE FRANCE.
pofés de petits airs , gavotes , & qui
ont été exécutés & danfés fouvent à la
Comédie Italienne , par M. Lolot de
Blois ; prix 3 liv. 12 f.
Menuet d'Exaudet , à grand Orcheftre
, & tel qu'on le joue à la Comédie
Italienne , par M. le Berton ; prix 2 liv.
8 fols.
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Résumé : MUSIQUE.
En octobre 1763, plusieurs publications musicales étaient disponibles. Parmi elles, l'opéra-comique 'Docteur Sangrado' de Mme Duny et La Ruette était vendu 12 livres. On trouvait aussi six sonates pour deux flûtes ou deux violons de M. Ricther et six duos pour violon ou viole de M. Avolio, tous deux à 6 livres. M. Vaganfail proposait six sonates pour flûte seule et basse au même prix. Antonio Filz avait composé six sonates en trio pour clavecin, violon et basse, ainsi que des sonates pour violon ou violoncelle seul avec basse continue, ces dernières à 4 livres 4 sous. M. Stefano Galioti offrait six trios pour deux violons et basse, décrits comme très harmonieux, à 7 livres 4 sous. Le dixième recueil des 'Récréations chantantes' de M. Legat de Furcy, tiré des opéras-comiques avec accompagnement, était vendu 3 livres. M. Lolot de Blois proposait des airs gracieux à quatre parties, incluant des petits airs et gavottes, exécutés à la Comédie Italienne, à 3 livres 12 sous. Enfin, un menuet d'Exaudet pour grand orchestre, joué à la Comédie Italienne, était proposé par M. le Berton à 2 livres 8 sols. Toutes ces publications étaient disponibles chez M. de la Chevardière, rue du Roule, à la Croix d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10352
p. 182-193
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
QUELQUES éloges qu'on ait dûs aux précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Public, Salon, Ouvrage, Louvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Defcription * des Tableaux
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
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Résumé : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
En octobre 1763, le Salon du Louvre présente diverses œuvres d'artistes renommés. Michel Vanloo expose un autoportrait où il peint son père, accompagné de sa sœur, apprécié pour sa fidélité et sa simplicité. François Boucher montre plusieurs œuvres, dont 'Le Sommeil de l'Enfant Jésus' et un paysage. Jean-Baptiste-Siméon Chardin, célèbre pour ses scènes populaires, présente deux tableaux. Pierre expose plusieurs œuvres, incluant une métamorphose mythologique et une scène tragique d'une mère se poignardant. Jean-Marc Nattier expose un portrait de sa défunte épouse, Madame Nattier, salué pour son charme et son esprit. M. Hallé présente 'Abraham recevant les anges', loué pour sa composition et son style noble. Les œuvres de M. Vien se distinguent par une imitation rigoureuse de l'antique, avec des poses simples et peu de draperies. Parmi elles, une jeune fille offrant une offrande à Vénus et 'La Marchande à la toilette'. L'auteur exprime son regret face à l'intérêt croissant pour le style antique au détriment du style naturel de l'École française, notant que plusieurs amateurs préfèrent les styles modernes. Une suite de cette discussion est annoncée pour le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10353
p. 193-194
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON a continué les Concerts François jusques au Vendredi 30 Septembre inclusivement [...]
Mots clefs :
Concerts français, Cour, Vigilance , Ouvriers, Accidents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
O Na continué les Concerts François
jufques au Vendredi 30 Septembre
inclufivement
. Ils feront fufpendus
pendant
le féjour de la Cour à Fontainebleau.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Malgré la plus grande vigilance & le
nombre des Ouvriers employés aux travaux
de la Salle du Palais des 'Thuileries
on doute qu'elle foit en état d'y jouer
l'Opéra au retour du voyage de Fontainebleau
. La néceffité d'affurer le fervice
de ce Spectacle , de pourvoir à tous
les accidens , & de procurer au Public
autant de commodités & d'agrément
l'on devoit attendre dans ce lieu , a
que
entraîné dans beaucoup plus d'ouvra
ges qu'on n'avoit prévu .
O Na continué les Concerts François
jufques au Vendredi 30 Septembre
inclufivement
. Ils feront fufpendus
pendant
le féjour de la Cour à Fontainebleau.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Malgré la plus grande vigilance & le
nombre des Ouvriers employés aux travaux
de la Salle du Palais des 'Thuileries
on doute qu'elle foit en état d'y jouer
l'Opéra au retour du voyage de Fontainebleau
. La néceffité d'affurer le fervice
de ce Spectacle , de pourvoir à tous
les accidens , & de procurer au Public
autant de commodités & d'agrément
l'on devoit attendre dans ce lieu , a
que
entraîné dans beaucoup plus d'ouvra
ges qu'on n'avoit prévu .
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique organise des Concerts François jusqu'au 30 septembre. Les concerts sont suspendus durant le séjour de la Cour à Fontainebleau. Les travaux à la salle des Tuileries pourraient retarder la reprise des représentations. Des efforts considérables sont déployés pour assurer le confort et la sécurité du public.
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10354
p. 194-197
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a remis sur ce Théâtre les plus belles Tragédies du grand CORNEILLE [...]
Mots clefs :
Tragédie, Décoration, Public, Succès, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONNa remis fur ce Théâtre les plus
belles Tragédies du grand CORNEILLE
dans la plupart defquelles on a donné
au Public la fatisfaction de jouir des
fublimes talens réunis de Mlles Dumefnil
& Clairon.
Le 7 Septembre on a repréfenté HERODE
, Tragédie de M. DE VOLTAIRE
avec les changemens jugés néceffaires.
Les Acteurs ont très- bien joué dans cette
Piéce , qui a été fort applaudie dans
un grand nombre d'endroits. Beaucoup
de Spectateurs ont regretté de grandes
beautés de détails , fupprimés dans les
changemens faits à cette Tragédie .
OCTOBRE. 1763. 195
La remife du Baron d'Albicrac * a
fait le plus grand plaifir. On a été fort
fenfible aux plaifanteries dont elle est
remplie , ainfi qu'au bon comique du
jeu des Acteurs. Le Public paroît goûter
de plus en plus l'efprit & l'intelligence
du talent de Mlle Drouin dans
les rôles de caractère . Comme les Comédiens
ont aujourd'hui la plus grande
attention fur les détails les plus minucieux
en ce qui regarde le foin de plaire
au Public , ' ils négligent rarement la
partie de l'habillement fi néceffaire à
l'illufion & à l'agrément. L'habit de
cette Actrice , riche quoique burleſque ,
a été diftingué par le bon goût , dans ce
burlesque , qui réſulte des modes & parures
outrées .
A l'occafion de la remife de cette
Piéce , qu'il nous foit permis de nous
répéter pour faire remarquer encore les
foins , l'étude & l'application des Comédiens
François. Leur répertoire actuel fe
trouve déja enrichi de plufieurs Piéces fort
agréables , & qui font reftées habituellement
au Théâtre , dans le nombre de
celles qu'ils ont repriſes. Elles feroient
* Comédie en s Actes en vers de T. CORNEILLE.
Cette Piéce eft de 1668. Elle avoit eu un
très- grand fuccès dans la nouveauté.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
encore dans l'oubli faute de fe donner les
peines & de faire les dépenfes néceffaires
pour les bien remettre. Cette étendue
du Répertoire , procure une variété .
dans les repréfentations que l'on ne
trouvoit pas autrefois fur cette Scène .
dans le courant de l'année . Ils fe difpofent
à l'augmenter encore par les mêmes:
moyens , aux rifques même de facrifier
les fatigues & les dégouts d'étudier infructueusement
plufieurs des anciens
Quvrages , à l'espoir d'obtenir le fuccès
de quelques- uns dans le nombre.
Le Baron d'Albicrac a été joué plu .
fieurs fois , redemandé & toujours vu .
avec,plaifir.
Le 24 on repréfenta Mérope , Tragédie
de M. DE VOLTAIRE. Depuis .
que cette Tragédie eft au Théâtre ,
quoique le lieu de la Scène do ve
changer au troifiéme Acte , on l'avoit
toujours jouée avec la même, décoration
on ne faifoit d'autre changement
que de pouffer une repréſentation de
tombeau, dans le fond du Palais , pendant
l'intervalle du fecond au troifiéme
Acte. A cette repriſe , on a fait ufage.
d'une décoration nouvelle pour le troifiéme
Acte , qui repréfente un Bois ,
hors de la Ville , confacré à la fépulture
OCTOBRE. 1763 . 197
des Rois. Ce lieu eft remplid'une quantité
de tombeaux-antiques de différentes
formes , de cyprès , d'obélifques , de
pyramides & de tout ce qui caractérife
la pieufe vénération des Anciens pour
des Morts . Entre ces tombeaux , on diftingue
celui de Cresfonte , ornépar tout
ce que Mérope a pu raffembler de plus
précieux. Cette décoration , très- bien
compofée , de l'effet le plus jufte dans
toutes les parties , & du coloris le
mieux entendu , fait un nouvel honneur
au célébre M. BRUNETTI , dont
la réputation a déja acquis tant de titres
, & au talent duquel on venoit d'applaudir
dans la décoration qui paroif
foit à la fin de l'Anglois à Bordeaux.
५
Le 26 du même mois , on a 'donné
pour la première fois Blanche & Guifcard
, Tragédie nouvelle traduite librement
de l'Anglois , par M. SAURIN de
l'Académie Françoife. Cette Piéce a eu
des applaudiffemens , elle est écrite purement,
& en plufieurs endroits avec
une énergie philofophique. Nous he
pouvons en donner d'analyfe détaillée ,
ni rendre un compte exact de fon fuccès
, parce qu'attendu le voyage de la
Cour , elle n'a paru que trois fois fur le
Théâtre de la Ville.
FRANÇOISE.
ONNa remis fur ce Théâtre les plus
belles Tragédies du grand CORNEILLE
dans la plupart defquelles on a donné
au Public la fatisfaction de jouir des
fublimes talens réunis de Mlles Dumefnil
& Clairon.
Le 7 Septembre on a repréfenté HERODE
, Tragédie de M. DE VOLTAIRE
avec les changemens jugés néceffaires.
Les Acteurs ont très- bien joué dans cette
Piéce , qui a été fort applaudie dans
un grand nombre d'endroits. Beaucoup
de Spectateurs ont regretté de grandes
beautés de détails , fupprimés dans les
changemens faits à cette Tragédie .
OCTOBRE. 1763. 195
La remife du Baron d'Albicrac * a
fait le plus grand plaifir. On a été fort
fenfible aux plaifanteries dont elle est
remplie , ainfi qu'au bon comique du
jeu des Acteurs. Le Public paroît goûter
de plus en plus l'efprit & l'intelligence
du talent de Mlle Drouin dans
les rôles de caractère . Comme les Comédiens
ont aujourd'hui la plus grande
attention fur les détails les plus minucieux
en ce qui regarde le foin de plaire
au Public , ' ils négligent rarement la
partie de l'habillement fi néceffaire à
l'illufion & à l'agrément. L'habit de
cette Actrice , riche quoique burleſque ,
a été diftingué par le bon goût , dans ce
burlesque , qui réſulte des modes & parures
outrées .
A l'occafion de la remife de cette
Piéce , qu'il nous foit permis de nous
répéter pour faire remarquer encore les
foins , l'étude & l'application des Comédiens
François. Leur répertoire actuel fe
trouve déja enrichi de plufieurs Piéces fort
agréables , & qui font reftées habituellement
au Théâtre , dans le nombre de
celles qu'ils ont repriſes. Elles feroient
* Comédie en s Actes en vers de T. CORNEILLE.
Cette Piéce eft de 1668. Elle avoit eu un
très- grand fuccès dans la nouveauté.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
encore dans l'oubli faute de fe donner les
peines & de faire les dépenfes néceffaires
pour les bien remettre. Cette étendue
du Répertoire , procure une variété .
dans les repréfentations que l'on ne
trouvoit pas autrefois fur cette Scène .
dans le courant de l'année . Ils fe difpofent
à l'augmenter encore par les mêmes:
moyens , aux rifques même de facrifier
les fatigues & les dégouts d'étudier infructueusement
plufieurs des anciens
Quvrages , à l'espoir d'obtenir le fuccès
de quelques- uns dans le nombre.
Le Baron d'Albicrac a été joué plu .
fieurs fois , redemandé & toujours vu .
avec,plaifir.
Le 24 on repréfenta Mérope , Tragédie
de M. DE VOLTAIRE. Depuis .
que cette Tragédie eft au Théâtre ,
quoique le lieu de la Scène do ve
changer au troifiéme Acte , on l'avoit
toujours jouée avec la même, décoration
on ne faifoit d'autre changement
que de pouffer une repréſentation de
tombeau, dans le fond du Palais , pendant
l'intervalle du fecond au troifiéme
Acte. A cette repriſe , on a fait ufage.
d'une décoration nouvelle pour le troifiéme
Acte , qui repréfente un Bois ,
hors de la Ville , confacré à la fépulture
OCTOBRE. 1763 . 197
des Rois. Ce lieu eft remplid'une quantité
de tombeaux-antiques de différentes
formes , de cyprès , d'obélifques , de
pyramides & de tout ce qui caractérife
la pieufe vénération des Anciens pour
des Morts . Entre ces tombeaux , on diftingue
celui de Cresfonte , ornépar tout
ce que Mérope a pu raffembler de plus
précieux. Cette décoration , très- bien
compofée , de l'effet le plus jufte dans
toutes les parties , & du coloris le
mieux entendu , fait un nouvel honneur
au célébre M. BRUNETTI , dont
la réputation a déja acquis tant de titres
, & au talent duquel on venoit d'applaudir
dans la décoration qui paroif
foit à la fin de l'Anglois à Bordeaux.
५
Le 26 du même mois , on a 'donné
pour la première fois Blanche & Guifcard
, Tragédie nouvelle traduite librement
de l'Anglois , par M. SAURIN de
l'Académie Françoife. Cette Piéce a eu
des applaudiffemens , elle est écrite purement,
& en plufieurs endroits avec
une énergie philofophique. Nous he
pouvons en donner d'analyfe détaillée ,
ni rendre un compte exact de fon fuccès
, parce qu'attendu le voyage de la
Cour , elle n'a paru que trois fois fur le
Théâtre de la Ville.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
En septembre 1763, plusieurs tragédies de Pierre Corneille ont été mises en scène, dont 'Hérode' de Voltaire, adaptée pour la représentation. Les acteurs ont été bien reçus, bien que certains spectateurs aient déploré la suppression de certaines beautés littéraires. En octobre, la comédie 'Le Baron d'Albicrac' de Corneille a connu un grand succès grâce à l'esprit et à l'intelligence de Mlle Drouin, ainsi qu'à l'attention portée aux détails, y compris les costumes. La troupe a enrichi son répertoire de pièces agréables, souvent oubliées mais désormais bien remises en scène. 'Le Baron d'Albicrac' a été fréquemment joué et apprécié. Le 24 octobre, 'Mérope' de Voltaire a été représentée avec une nouvelle décoration pour le troisième acte, conçue par M. Brunetti. Le 26 octobre, la tragédie 'Blanche et Guiscard', traduite par M. Saurin, a été présentée pour la première fois. Malgré une programmation limitée en raison du voyage de la Cour, cette pièce a reçu des applaudissements.
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10355
p. 198-200
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris quelques représentations des Deux Talens : Piéce dont nous avions [...]
Mots clefs :
Pièce, Public, Drame, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
O
Na repris quelques repréfentations
des Deux Talens : Piéce dont nous avions
annoncé la nouveauté dans le précédent
Volume. On dit qu'elle a été imprimée
, ainfi le Public étant en état de
juger du mérite du Drame , nous fommes
difpenfés d'en parler. A l'égard de
la Mufique , l'accueil que le Public lui
a fait , & fur-tout le jugement des Connoiffeurs
, font très - propres à encoura
ger l'Amateur qui l'a compofée , & qui
avoit déja donné des preuves agréables
de fon goût & de fes connoiffances dans
cet Art.
Le 17 Août dernier , le Sr Jourdan
avoit débuté par le rôle de Pandolfe dans
la Servante Maîtreffe. Il a joué depuis
celui de Lucas dans les Troqueurs , &
s'eft retiré .
Le 31 du même mois , Mlle Dugué
avoit débuté par le rôle de la Femme
Savetiere dans Blaife. Elle n'a pas reparu
depuis ce premier début .
Le fept Septembre Mlle Beaupré ,
jeune Actrice de la Troupe qui repréfentoit
à Compiegne pendant le
oyage de Cour, a paru pour la première
OCTOBRE . 1763. 199
fois fur le Théâtre Italien à Paris . Les
Rôles de ce début ont été Ninette , la
Servante Maîtreffe ; Life dans le Maître
en Droit , & Annette dans la Piéce de ce
nom . Le début de ce jeune Sujet a été
très-brillant par les applaudiffemens & par
la foule des Spectateurs . Le Public a trouvé
qu'elle promettoit beaucoup , & les
Connoiffeurs ont applaudi dans ce qu'ils
voyoient , ce qu'ils efpéroient voir dans
la fuite , de la part de cette A&trice.
Elle paroît avoir de la fineffe , un peu
d'excès dans l'action femble être en elle
un effet de vivacité & de fentiment:
défaut pour lequel le Spectateur a toujours
de l'indulgence , en faveur de la
caufe qu'il foupçonne. Elle a peu de
voix , mais elle la conduit avec adreffe ;
ce qui mérite en elle beaucoup d'éloges ,
& ce qui fupplée à la foibleffe de l'organe
, eft une grande netteté & une
grande précifion dans l'articulation . On
efpére revoir Mlle Beaupré fur ce même
Théâtre à Pâques prochain , lorf
qu'elle aura rempli un engagement qui
la retient actuellement à ROUEN.
Le 27 Septembre on a donné la premiere
repréfentation d'une Piéce nouvelle
en Italien , intitulée les Amours
d'Arlequin & de Camille , qui a eu le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
4 4
plus grand fuccès , & qui ne pouvoit en
avoir jamais autant qu'elle en mérite.
Ce Drame charmant eft du célébre M.
GOLDONI. ,
On ne fçauroit croire combien , dans
un Sujet fi fimple , il y a de beautés du
vrai genre de la Comédie. Rien n'eft
afi riche d'incidens & chacun fort naturellement
, & prefque néceffairement de
celui qui le précéde.
Dans tout le Drame , le Pathétique
de la nature & le Comique le plus plaifant
font tellement affortis & mêlés
enfemble , qu'ils ne font jamais difparate
& produisent chacun leur effet fans fe
détruire. Cette Piéce eft très- bien jouée ,
elle donne lieu fur-tout à développer les
admirables talens de l'Acteur qui porte
la mafque de Pantalon ; & ceux que
l'on connoît àMile CAMILLE pour l'Art
d'exprimer & d'émouvoir par les infléxions
du récit , comme par le jeu du
vifage . M. CARRELIN , fous le mafque
d'Arlequin , & M. CIAVARELLI dans le
rôle de Scapin , n'y font pas moins diſtingués
, chacun dans le Jeu que l'Auteur
feur a ingénieufement diftribué.
O
Na repris quelques repréfentations
des Deux Talens : Piéce dont nous avions
annoncé la nouveauté dans le précédent
Volume. On dit qu'elle a été imprimée
, ainfi le Public étant en état de
juger du mérite du Drame , nous fommes
difpenfés d'en parler. A l'égard de
la Mufique , l'accueil que le Public lui
a fait , & fur-tout le jugement des Connoiffeurs
, font très - propres à encoura
ger l'Amateur qui l'a compofée , & qui
avoit déja donné des preuves agréables
de fon goût & de fes connoiffances dans
cet Art.
Le 17 Août dernier , le Sr Jourdan
avoit débuté par le rôle de Pandolfe dans
la Servante Maîtreffe. Il a joué depuis
celui de Lucas dans les Troqueurs , &
s'eft retiré .
Le 31 du même mois , Mlle Dugué
avoit débuté par le rôle de la Femme
Savetiere dans Blaife. Elle n'a pas reparu
depuis ce premier début .
Le fept Septembre Mlle Beaupré ,
jeune Actrice de la Troupe qui repréfentoit
à Compiegne pendant le
oyage de Cour, a paru pour la première
OCTOBRE . 1763. 199
fois fur le Théâtre Italien à Paris . Les
Rôles de ce début ont été Ninette , la
Servante Maîtreffe ; Life dans le Maître
en Droit , & Annette dans la Piéce de ce
nom . Le début de ce jeune Sujet a été
très-brillant par les applaudiffemens & par
la foule des Spectateurs . Le Public a trouvé
qu'elle promettoit beaucoup , & les
Connoiffeurs ont applaudi dans ce qu'ils
voyoient , ce qu'ils efpéroient voir dans
la fuite , de la part de cette A&trice.
Elle paroît avoir de la fineffe , un peu
d'excès dans l'action femble être en elle
un effet de vivacité & de fentiment:
défaut pour lequel le Spectateur a toujours
de l'indulgence , en faveur de la
caufe qu'il foupçonne. Elle a peu de
voix , mais elle la conduit avec adreffe ;
ce qui mérite en elle beaucoup d'éloges ,
& ce qui fupplée à la foibleffe de l'organe
, eft une grande netteté & une
grande précifion dans l'articulation . On
efpére revoir Mlle Beaupré fur ce même
Théâtre à Pâques prochain , lorf
qu'elle aura rempli un engagement qui
la retient actuellement à ROUEN.
Le 27 Septembre on a donné la premiere
repréfentation d'une Piéce nouvelle
en Italien , intitulée les Amours
d'Arlequin & de Camille , qui a eu le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
4 4
plus grand fuccès , & qui ne pouvoit en
avoir jamais autant qu'elle en mérite.
Ce Drame charmant eft du célébre M.
GOLDONI. ,
On ne fçauroit croire combien , dans
un Sujet fi fimple , il y a de beautés du
vrai genre de la Comédie. Rien n'eft
afi riche d'incidens & chacun fort naturellement
, & prefque néceffairement de
celui qui le précéde.
Dans tout le Drame , le Pathétique
de la nature & le Comique le plus plaifant
font tellement affortis & mêlés
enfemble , qu'ils ne font jamais difparate
& produisent chacun leur effet fans fe
détruire. Cette Piéce eft très- bien jouée ,
elle donne lieu fur-tout à développer les
admirables talens de l'Acteur qui porte
la mafque de Pantalon ; & ceux que
l'on connoît àMile CAMILLE pour l'Art
d'exprimer & d'émouvoir par les infléxions
du récit , comme par le jeu du
vifage . M. CARRELIN , fous le mafque
d'Arlequin , & M. CIAVARELLI dans le
rôle de Scapin , n'y font pas moins diſtingués
, chacun dans le Jeu que l'Auteur
feur a ingénieufement diftribué.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le texte relate des événements récents concernant la comédie italienne. La pièce 'Les Deux Talens' a été jouée et publiée, permettant au public d'évaluer sa qualité. La musique a été bien reçue, motivant son compositeur. Le 17 août, M. Jourdan a interprété Pandolfe dans 'La Servante Maîtresse' et Lucas dans 'Les Troqueurs', puis s'est retiré. Le 31 août, Mlle Dugué a débuté dans 'Blaisé' en tant que Femme Savetière, mais n'a plus reparu depuis. Le 7 septembre, Mlle Beaupré, de la troupe de Compiègne, a fait ses débuts parisiens dans les rôles de Ninette, Lisette et Annette, recevant des éloges et étant attendue pour son retour à Pâques après un engagement à Rouen. Le 27 septembre, 'Les Amours d'Arlequin et de Camille' de Goldoni a été présentée avec succès. Cette comédie mélange harmonieusement pathétique et comique et est bien interprétée par les acteurs, notamment ceux incarnant Pantalon, Mlle Camille, M. Carrelin (Arlequin) et M. Ciavarelli (Scapin).
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10356
p. *201-201
CONCERT SPIRITUEL du 8 Septembre.
Début :
M. REGNAULT, nouvelle Basse-taille, a débuté par un petit Motet de la composition de M. [...]
Mots clefs :
Basse-taille, Motet, Applaudissements, Orgue
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL du 8 Septembre.
CONCERT SPIRITUEL
du 8 Septembre.
影
M. REGNAULT , nouvelle Balle- taille , a débuté
par un petit Motet de la compofition de M.
ANTHEAUME ; on a paru content de la voix de
ce nouveau Sujet & espérer des talens qu'il peur
acquérir. M. LE DUC aexécuté fur te Violon un
Concerto de M. GAVINIES , dans lequelil a eu des
applaudiffemens du Public & a obtenu les fuf
frages flatteurs des meilleurs Juges de ce Talent ,
qui nous en ont perfonnellement communiqué
le rapport le plus avantageux , & le plus capable
d'encourager l'émulation . M. BURTON , Profef
feur de mulique de LONDRES , a exécuté fur l'Or
gue plufieurs morceaux de fa compoſition . On
applaudit dans ce Virtuofo Étranger avec autant de
plaifir , le goût & la délicateffe de fon exécution
que l'agrément de fa compofition . Ce Concer
a fini par le TE - DEUM de M. D'AUVERGNE don't
nous avons précédement parlé , & qui a reçu les
mêmes fuffrages du Public , que la première fois
qu'il avoit été entendu .
du 8 Septembre.
影
M. REGNAULT , nouvelle Balle- taille , a débuté
par un petit Motet de la compofition de M.
ANTHEAUME ; on a paru content de la voix de
ce nouveau Sujet & espérer des talens qu'il peur
acquérir. M. LE DUC aexécuté fur te Violon un
Concerto de M. GAVINIES , dans lequelil a eu des
applaudiffemens du Public & a obtenu les fuf
frages flatteurs des meilleurs Juges de ce Talent ,
qui nous en ont perfonnellement communiqué
le rapport le plus avantageux , & le plus capable
d'encourager l'émulation . M. BURTON , Profef
feur de mulique de LONDRES , a exécuté fur l'Or
gue plufieurs morceaux de fa compoſition . On
applaudit dans ce Virtuofo Étranger avec autant de
plaifir , le goût & la délicateffe de fon exécution
que l'agrément de fa compofition . Ce Concer
a fini par le TE - DEUM de M. D'AUVERGNE don't
nous avons précédement parlé , & qui a reçu les
mêmes fuffrages du Public , que la première fois
qu'il avoit été entendu .
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL du 8 Septembre.
Le concert spirituel du 8 septembre a inclus plusieurs prestations remarquées. M. Regnault, nouveau maître de ballet, a interprété un motet de M. Antheaume. M. Le Duc a joué un concerto pour violon de M. Gaviniès, acclamé par le public et les experts. M. Burton, professeur de musique de Londres, a impressionné avec ses compositions et son jeu d'orgue. Le concert s'est achevé par le Te Deum de M. d'Auvergne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10357
p. 201-203
De GENES, le 1 Août 1763.
Début :
On a reçu les détails suivant d'une affaire qui s'est passée le 18 [...]
Mots clefs :
Rebelles, Général, Assaut, Troupes, Furiani, Artillerie, Ennemi, Officiers, Soldats, Blessés et morts
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 1 Août 1763.
De GENES , le 1 Août 1763.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
ON
Na reçu les délails fuivant d'un affaire qui
selt pafféele 18 Juillet à Furiani entre nos trous
pes & les Rebelles . Le Général Matra , ayant pris
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
la réfolution de donner l'affaut le 18 aux retranchemens
des Rebelles, fit faire avant le jour toutes
les difpofitions néceflaires pour cette attaque.
Nos troupes marcherent de grand matin vers
Furiani ; mais comme elles étoient entierement à
découvert , le Rebelles ne tarderent pas à s'appercevoir
de leur marche , & à faire jouer leur
artillerie & leur moufqueterie. Nos troupes ,
quoique fort incommodées par le feu de l'ennemi
, s'avancerent néanmoins avec tant de célérité,
qu'en peu de minutes , elles arrivérent fous les
retranchemens, où le feu des Rebelles devint pour
le moment fans effet. Alors ceux - ci firent rouler
une quantité immenfe de pierres qu'ils avoient
préparées pour ce deffein , ce qui répandit la confufion
parmi les Affaillans , & en mit un grand
nombre hors de combat . malgré le feu des Rebelles
qui avoit recommencé & une grêle continuelle
de pierres , nos gens firent pendant plus
d'une heure des efforts furprenans de conftance
& de valeur plufieurs d'entr'eux voyant qu'ils
ne pouvoient eſcalader le retranchement à cauſe
de la trop grande hauteur , s'approchérent de la
barriére dans le deffein de s'en emparer & de
chaffer l'ennemi , mais comme ils ne pouvoient
marcher fans être apperçus cette tentative ,
malgré la bravoure avec laquelle ils l'exécuterent,
ne put avoir de fuccès : il fallut céder au défavantage
de la poſition , & le Général fut contraint
d'ordonner, la retraite qui fe fit en très-bon
ordre. L'action avoit duré environ trois heures :
nous y avons eu cinq Officiers & foixante & un
foldats tués , dix- neuf Officiers & quatre - vingtdouze
foldats bleflés . Vers le foir , les Rebelles
firent propofer une fufpenfion d'hoftilités pour
donner la fépulture aux morts , & le GénéralOCTOBRE
. 1763. 203
Matray confentit après avoir pris les précautions
ordinaires. On a été informé depuis que , le 23,
il avoit abandonné le fiége de Furiani , & s'étoit
retiré à la Baftie avec toutes les Troupes & fon
artillerie.
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Résumé : De GENES, le 1 Août 1763.
Le 18 juillet 1763, les troupes françaises dirigées par le Général Matra ont attaqué les retranchements des rebelles à Furiani. Malgré une préparation avant l'aube, les rebelles ont rapidement riposté avec leur artillerie et leur mousqueterie. Les Français ont atteint les retranchements mais ont été stoppés par des pierres lancées par les rebelles, causant confusion et pertes. Après trois heures de combat, le Général Matra a ordonné la retraite. L'affrontement a causé la mort de cinq officiers et soixante-et-un soldats, et blessé dix-neuf officiers et quatre-vingt-douze soldats. Les rebelles ont ensuite proposé une suspension des hostilités pour enterrer les morts, à laquelle le Général Matra a consenti. Le 23 juillet, les rebelles ont quitté Furiani pour se retirer à la Bastie avec leurs troupes et leur artillerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10358
p. *203-203
De LONDRES, le 16 Août 1763.
Début :
Ce matin, entre dix & onze heures, la Reine est accouchée [...]
Mots clefs :
Naissance, Reine, Prince, Angleterre
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 16 Août 1763.
De LONDRES , le 16 Août 1763.
Ce matin , entre dix & onze heures , la Reine
eft accouchée fort heureuſement d'un Prince.
Ce matin , entre dix & onze heures , la Reine
eft accouchée fort heureuſement d'un Prince.
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10359
p. 203-205
De COMPIEGNE, le 20 Août 1763.
Début :
Le 24 du mois dernier, la Duchesse de Richmond fut présentée à Leurs Majestés, [...]
Mots clefs :
Duchesse, Famille royale, Marquise , Contrat de mariage, Comte, Discours sur la paix, Honneur, Audience, Ministres, Régiment, Fête de l'Assomption, Procession, Chapitre, Église, Colonel, Religieux
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texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 20 Août 1763.
De COMPIEGNE , le 20 Août 1763 .
LE 24 du mois dernier , la Ducheſſe de Richmond
fut préfentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à
la Famille Royale , par la Ducheffe de Fitz- James ,
& prit le tabouret chez la Reine. La Marquise de
Montmirel fut auffi préfentée par la Ducheffe de
Villequier.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
le même jour , le contrat de Mariage du Comte
de Montchenu , Exempt des Gardes-du - Corps du
Roi , avec Demoiſelle de Bully , fille du fieur de
Buffy , Premier Préfident du Bureau des Finances
de la Généralité de Bourges.
Le Comte de Maillebois , a obtenu du Roi la
permiffion d'aller en Espagne pour les affaires particulieres
, & Sa Majefté a trouvé bon qu'il vînt
prendre congé d'elle avant que de partir.
Le 24 le fieur Fourneau , Recteur de l'Univerfité
, accompagné du fieur Mathieu , Principal du
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
College de Compiegne & de plufieurs Profeffeurs ,
eut l'honneur de préfenter au Roi , à Monſeigneur
le Dauphin , à Monfeigneur le Duc de Berry , &
AMonfeigneur le Comte de Provence , un Difcours
latin fur la Paix , qui a été prononcé par le fieur le
Beau le cadet, de l'Academie des Infcriptions &
Belles Lettres.
Dom Etienne , Religieux de S. Hubert , eur
auffi l'honneur de préfenter au Roi les Oiseaux &
les Chiens qu'il eft d'ufage d'envoyer de S. Hubert
en préfent a Sa Majefté.
Sa Majesté vient d'accorder les entrées de fa
Chambre au Marquis d'Armentieres. Le 2 de ce
mois , le fieur Neville - Neville eut une Audience
particuliere du Roi , dans laquelle il remit , en fa
qualité de Miniftre Plénipotentiaire de la Cour
d'Angleterre , fes Lettres de créance à Sa Majefté.
Le Comte de Wedelfriz , Envoyé extraordinaire de
Danemark , eut auffi le 4 une Audience particuliere,
dans laquelle il préfenta au Roi fes lettres
de rappel. Ces deux Miniftres furent conduits à
ces Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine & de
Ja Famille Royale , par le fieur de la Live , Introducteur
des Ambaffadeurs .
1 Le 7 de ce mois , Leurs
Majeftés
ainsi que la
Famille
Royale
, fignerent
le Contrat
de Mariage
du feur Bourgeois
de Boynes
, Confeiller
d'Etat ,
avec Demoiſelle
Desgolz
.
Le Régiment de Salis , Grifon , faifant routepar
cette Ville pour fe rendre à fa deſtination , a paffé
en revue , le 8 de ce mois , devant le Roi qui étoit
accompagné de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence , de
Madame Adélaïde , de Meldames Victoires , Sophie
& Louife, du Duc de Chartres, du Prince de
7
OCTOBRE . 1763. 205
Condé , du Duc de Penthiévre & du Prince de
Lamballe. Ce Régiment a fait plufieurs évolutions
dont Sa Majesté a paru fort fatisfaite .
Le is , fête de l'Alfomption de la Sainte Vierge,
le Roi & la Reine accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Ma
dame Adélaïde & des Mefdames Victoire , Sophie
& Louiſe , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifiérent
aux Vêpres , & enfuite à la Proffeffion folemnelle
qui fe fait chaque année le même jour dans
tout le Royaume pour l'accompliffement du voeu
de Louis XIII. Dom Goudar , Grand Prieur de
l'Abbaye y Officia ; le Chapitre de S. Clément , le
Clergé des deux Paroitles , & tout le Clergé Régualier
s'y trouverent , ainfi que le Bailliage & le
Corps de Ville , qui eurent leur place dans le
Choeur le Chapitre de S. Clément & le Clergé des
deux Paroilles furent placés dans le Sanctuaire;
les deux Huifliers de la Chambre portoient leurs
Maffes devant le Roi. Après la Proceffion , Leurs
Majeftés entendirent le Salut dans la même Eglife.
Elles furent reçues & reconduites , avec les
cérémonies ordinaires , par le Grand - Prieur de
T'Abbaye , accompagné de fes Religieux.
Le 4 de ce mois , 'Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale fignerent le Contrat de Mariage
du Marquis de Crenolle & de Demo felle Mégrer
d'Etigny & le 17 celui du Marquis de Caraman,
Meftre-de-Camp du Régiment du Colonel-
Général Dragons , avec Demoiſelle de Monteffus
de Rully.
LE 24 du mois dernier , la Ducheſſe de Richmond
fut préfentée à Leurs Majeſtés , ainſi qu'à
la Famille Royale , par la Ducheffe de Fitz- James ,
& prit le tabouret chez la Reine. La Marquise de
Montmirel fut auffi préfentée par la Ducheffe de
Villequier.
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
le même jour , le contrat de Mariage du Comte
de Montchenu , Exempt des Gardes-du - Corps du
Roi , avec Demoiſelle de Bully , fille du fieur de
Buffy , Premier Préfident du Bureau des Finances
de la Généralité de Bourges.
Le Comte de Maillebois , a obtenu du Roi la
permiffion d'aller en Espagne pour les affaires particulieres
, & Sa Majefté a trouvé bon qu'il vînt
prendre congé d'elle avant que de partir.
Le 24 le fieur Fourneau , Recteur de l'Univerfité
, accompagné du fieur Mathieu , Principal du
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
College de Compiegne & de plufieurs Profeffeurs ,
eut l'honneur de préfenter au Roi , à Monſeigneur
le Dauphin , à Monfeigneur le Duc de Berry , &
AMonfeigneur le Comte de Provence , un Difcours
latin fur la Paix , qui a été prononcé par le fieur le
Beau le cadet, de l'Academie des Infcriptions &
Belles Lettres.
Dom Etienne , Religieux de S. Hubert , eur
auffi l'honneur de préfenter au Roi les Oiseaux &
les Chiens qu'il eft d'ufage d'envoyer de S. Hubert
en préfent a Sa Majefté.
Sa Majesté vient d'accorder les entrées de fa
Chambre au Marquis d'Armentieres. Le 2 de ce
mois , le fieur Neville - Neville eut une Audience
particuliere du Roi , dans laquelle il remit , en fa
qualité de Miniftre Plénipotentiaire de la Cour
d'Angleterre , fes Lettres de créance à Sa Majefté.
Le Comte de Wedelfriz , Envoyé extraordinaire de
Danemark , eut auffi le 4 une Audience particuliere,
dans laquelle il préfenta au Roi fes lettres
de rappel. Ces deux Miniftres furent conduits à
ces Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine & de
Ja Famille Royale , par le fieur de la Live , Introducteur
des Ambaffadeurs .
1 Le 7 de ce mois , Leurs
Majeftés
ainsi que la
Famille
Royale
, fignerent
le Contrat
de Mariage
du feur Bourgeois
de Boynes
, Confeiller
d'Etat ,
avec Demoiſelle
Desgolz
.
Le Régiment de Salis , Grifon , faifant routepar
cette Ville pour fe rendre à fa deſtination , a paffé
en revue , le 8 de ce mois , devant le Roi qui étoit
accompagné de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence , de
Madame Adélaïde , de Meldames Victoires , Sophie
& Louife, du Duc de Chartres, du Prince de
7
OCTOBRE . 1763. 205
Condé , du Duc de Penthiévre & du Prince de
Lamballe. Ce Régiment a fait plufieurs évolutions
dont Sa Majesté a paru fort fatisfaite .
Le is , fête de l'Alfomption de la Sainte Vierge,
le Roi & la Reine accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Ma
dame Adélaïde & des Mefdames Victoire , Sophie
& Louiſe , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifiérent
aux Vêpres , & enfuite à la Proffeffion folemnelle
qui fe fait chaque année le même jour dans
tout le Royaume pour l'accompliffement du voeu
de Louis XIII. Dom Goudar , Grand Prieur de
l'Abbaye y Officia ; le Chapitre de S. Clément , le
Clergé des deux Paroitles , & tout le Clergé Régualier
s'y trouverent , ainfi que le Bailliage & le
Corps de Ville , qui eurent leur place dans le
Choeur le Chapitre de S. Clément & le Clergé des
deux Paroilles furent placés dans le Sanctuaire;
les deux Huifliers de la Chambre portoient leurs
Maffes devant le Roi. Après la Proceffion , Leurs
Majeftés entendirent le Salut dans la même Eglife.
Elles furent reçues & reconduites , avec les
cérémonies ordinaires , par le Grand - Prieur de
T'Abbaye , accompagné de fes Religieux.
Le 4 de ce mois , 'Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale fignerent le Contrat de Mariage
du Marquis de Crenolle & de Demo felle Mégrer
d'Etigny & le 17 celui du Marquis de Caraman,
Meftre-de-Camp du Régiment du Colonel-
Général Dragons , avec Demoiſelle de Monteffus
de Rully.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 20 Août 1763.
En juillet et août 1763, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour royale. Le 24 juillet, la Duchesse de Richmond et la Marquise de Montmirel furent présentées à Leurs Majestés et à la Famille Royale par les Duchesses de Fitz-James et de Villequier, respectivement. Le même jour, le contrat de mariage du Comte de Montchenu avec Mademoiselle de Bully fut signé, et le Comte de Maillebois obtint la permission du Roi pour se rendre en Espagne. Le 24 août, le sieur Fourneau, Recteur de l'Université, accompagné de plusieurs professeurs, présenta un discours latin sur la paix au Roi, au Dauphin, au Duc de Berry et au Comte de Provence. Dom Étienne, Religieux de Saint-Hubert, offrit des oiseaux et des chiens au Roi. Le Marquis d'Armentières reçut les entrées de la Chambre du Roi, et le sieur Neville-Neville, Ministre Plénipotentiaire de la Cour d'Angleterre, remit ses lettres de créance au Roi. Le Comte de Wedelfriz, Envoyé extraordinaire du Danemark, présenta ses lettres de rappel. Le 7 août, le contrat de mariage du sieur Bourgeois de Boynes avec Mademoiselle Desgolz fut signé. Le 8 août, le Régiment de Salis-Salis passa en revue devant le Roi et la Famille Royale. Le 11 août, à l'occasion de la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge, le Roi et la Reine assistèrent aux vêpres et à la procession solennelle à l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Le 4 août, le contrat de mariage du Marquis de Crenolle avec Demoiselle Méger d'Etigny fut signé. Le 17 août, ce fut au tour du Marquis de Caraman et de Demoiselle de Montessus de Rully.
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10360
p. 205-206
De VERSAILLES, le 24 Août 1763.
Début :
Le Corps de Ville, ayant à sa tête le Duc de Chevreuse, Gouverneur de Paris, [...]
Mots clefs :
Corps de ville, Duc, Audience du roi, Cérémonies, Ministres, Marquis, Serment de fidélité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 24 Août 1763.
DeVERSAILLES , le 24 Août 1763.
Le Corps de Ville , ayant à fa tête le Duc de
Chevreufe , Gouverneur de Paris, s'eft rendu au
206 MERCURE DE FRANCE.
>
jourd'hui à Versailles , & a été admis à l'Audience
du Roi avec les cérémonies accoutumées . Il a
été préfenté à Sa Majefté par le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Sécrétaire d'Etat , & conduit
par le Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies. Les fieurs Pouletier & Phelippes de
la Marnierre , nouveaux Echevins , prêterent entre
les mains du Roi le ferment de fidélité dont le
Comte de Saint - Florentin fit la lecture , ainfi que
du fcrutin qui fut préfenté à Sa Majefté par le fieur
Anjorrant , Confeiller au Parlement.
Le Corps de Ville , ayant à fa tête le Duc de
Chevreufe , Gouverneur de Paris, s'eft rendu au
206 MERCURE DE FRANCE.
>
jourd'hui à Versailles , & a été admis à l'Audience
du Roi avec les cérémonies accoutumées . Il a
été préfenté à Sa Majefté par le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Sécrétaire d'Etat , & conduit
par le Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies. Les fieurs Pouletier & Phelippes de
la Marnierre , nouveaux Echevins , prêterent entre
les mains du Roi le ferment de fidélité dont le
Comte de Saint - Florentin fit la lecture , ainfi que
du fcrutin qui fut préfenté à Sa Majefté par le fieur
Anjorrant , Confeiller au Parlement.
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Résumé : De VERSAILLES, le 24 Août 1763.
Le 24 août 1763, à Versailles, le Corps de Ville de Paris, dirigé par le Duc de Chevreuse, a été reçu par le Roi. Présenté par le Comte de Saint-Florentin, la délégation était conduite par le Marquis de Dreux. Les échevins Pouletier et Phelippes de la Marnierre ont prêté serment de fidélité au Roi, lu par le Comte de Saint-Florentin. Le scrutin a été présenté par Monsieur Anjorrant.
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10361
p. 206
DE MONTPELLIER, le 15 Juillet 1763.
Début :
Le 11 de ce mois, on a ressenti à Nismes, à sept heures trente-deux [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Secousses, Vent léger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MONTPELLIER, le 15 Juillet 1763.
DE MONTPELLIER , le 15 Juillet 1763 .
Le 11 de ce mois , on a reffenti à Nifmes , à
fept heures trente- deux miuutes du matin , une
légère fecouffe de tremblement de terre qui a
été plus fenfible pour ceux qui habitoient des
appartemens élevés. Elle n'a duré que quelques
fecondes , & paroiffoit dirigée du Couchant au
Levant. L'air étoit calme ; il ne fouffloit qu'un
vent léger du Sud- Eſt.
Le 11 de ce mois , on a reffenti à Nifmes , à
fept heures trente- deux miuutes du matin , une
légère fecouffe de tremblement de terre qui a
été plus fenfible pour ceux qui habitoient des
appartemens élevés. Elle n'a duré que quelques
fecondes , & paroiffoit dirigée du Couchant au
Levant. L'air étoit calme ; il ne fouffloit qu'un
vent léger du Sud- Eſt.
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10362
p. 206
D'AIX, le 15 Juillet 1763.
Début :
Le 12 de ce mois nous avons ressenti une secousse de tremblement de terre, [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblement de terre, Bruit, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'AIX, le 15 Juillet 1763.
D'Aix , le 15 Juillet 1763 .
Le 11 de ce mois nous avons reffenti une fe
couffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit extraordinaire : elle s'eft fait fentir le
même jour & à la même heure en différens endroits
de la Province , entr'autres , à Tarafcon ,
où l'on affure qu'une horloge & plufieurs pendules
ont fonné d'elles-mêmes.
Le 11 de ce mois nous avons reffenti une fe
couffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit extraordinaire : elle s'eft fait fentir le
même jour & à la même heure en différens endroits
de la Province , entr'autres , à Tarafcon ,
où l'on affure qu'une horloge & plufieurs pendules
ont fonné d'elles-mêmes.
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10363
p. 206-208
DE PARIS, le 26 Août 1763.
Début :
Le 12, l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres tint une Séance dans laquelle le sieur [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Duchesse, Pape, Consistoire, Fête de l'Assomption, Procession, Assemblée générale, Université, Prix, Chevaliers, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 26 Août 1763.
DE PARIS , le 26 Août 1763.
Le 12 , l'Académie Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres tint une Séance dans laquelle le fieur
Tercier a été élu Penfionnaire à la place du feu
fieur de Bougainville. Le 26 Juillet , elle a élu
Académicien Affocié le fieur Anquetil.
OCTOBRE . 1763 . 207
La Ducheffe de Chatillon , Veuve du Duc de
Chatillon , Grand Fauconnier de France en ſurvivance
, eft accouchée ſur la fin du mois dernier
d'une fille. Il ne reste plus aucun rejetton mâle
de cette illuftre Maiſon.
Un Courrier extraordinaire de Rome a apporté
la nouvelle que le Pape a tenu le 18 du
mois dernier un Confiftoire , dans laquelle Sa
Sainteté a créé Cardinaux le Prélat Négroni ;
fon Auditeur , & le Préiat Burnaccorfi , Secré
taire de la Congrégation des Evêques & des Ré
guliers.
Le 15 de ce mois , fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle qui fe fait
tous les ans à pareil jour , en exécution du Vou
de Louis XIII , fe fit avec les cérémonies ordinaires
, & l'Archevêque de Parissyy officia. Le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent.
On tint le 16 , à l'Hôtel de Ville , une affemblée
générale dans laquelle le fieur Pouletier ,
Confeiller de Ville , & le fieur Phelippes de la
Marniere , ancien Bâtonnier de l'Ordre des
Avocats au Parlement , furent élus Echevins..
Le 8 de ce mois , l'Univerfité s'affembla dans
les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution de
Les prix. Cette Cérémonie , à laquelle le Parlement
affifta , fut précédée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Nicolas Louvel , Profef
feur d'Humanités au Collège des Graffins. Le
fieur Coflon , Profeffeur de Rhétorique au
Collége de Metz , a remporté le prix d'Eloquence
Latine , fondé pour les Maîtres ès Arts , par le
fieur Jean- Baptifte Coignard , Secrétaire du Roi
& Confervateur des Hypothèques. Le Sujet propolé
pour cette année étoit : combien il importe
208 MERCURE DE FRANCE.
4
aux peuples qu'il y ait dans toutes les Ecoles
publiques une Doctrine uniforme fur la Religion ,
les moeurs & les Lettres. Parmi les jeunes gen's
qui ont été couronnés , on a diftingué le heur
Charles- Francois Dupuy , Elève du Collège d'Har
court , qui a remporté trois premiers prix & deux
feconds de la Claffe de Réthorique.
Her jour de la fête de S. Louis , le Corps
de Ville a accompagné la Proceflion des Carme
du grand Couvent , qui s'eſt rendue , fuivant
l'ufage , à la Chapelle du Palais des Thaileries
, où ces Religieux ont chanté la Melle.
Le 21 de ce mois , les Chevaliers de la Compagnie
Royale de l'Arbalère & de l'Arquebufe
de certe Ville , ont fait chanter dans l'Eglife des
Révérends Peres Minimes de la Place Royale un
Te Deum , à l'occafion de l'inauguration de la
Statue Equeftre du Roi & de la publication de
la Paix. Le même jour , ils fe font rendus en
leur Hôtel , & y ont tiré en préfence de MM .
les Prévôts des Marchands & Echevins , & du
Duc de Luynes , Colonel de la Compagnie , repréfentant
le Roi , le prix que Sa Majefté leur
a accordé. Ce prix a été remporté par le Duc
de Luynes au troifiéme coup que ce jeune 'Seigneur
a tiré pour le Roi.
Le trente- unićine tirage de la Loterie de l'Hôtel-
de- Ville s'eft fait le 26 du mois dernier ,
en la manière accoutumée . Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 76658 , celui
de vingt mille livres au numéro 72923 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 61250 &
63785.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros fortis de
la roue de fortune font : 9 , 64 , 22 , SI , 28.
Le prochain tirage fe fera les Septembre.
Le 12 , l'Académie Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres tint une Séance dans laquelle le fieur
Tercier a été élu Penfionnaire à la place du feu
fieur de Bougainville. Le 26 Juillet , elle a élu
Académicien Affocié le fieur Anquetil.
OCTOBRE . 1763 . 207
La Ducheffe de Chatillon , Veuve du Duc de
Chatillon , Grand Fauconnier de France en ſurvivance
, eft accouchée ſur la fin du mois dernier
d'une fille. Il ne reste plus aucun rejetton mâle
de cette illuftre Maiſon.
Un Courrier extraordinaire de Rome a apporté
la nouvelle que le Pape a tenu le 18 du
mois dernier un Confiftoire , dans laquelle Sa
Sainteté a créé Cardinaux le Prélat Négroni ;
fon Auditeur , & le Préiat Burnaccorfi , Secré
taire de la Congrégation des Evêques & des Ré
guliers.
Le 15 de ce mois , fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle qui fe fait
tous les ans à pareil jour , en exécution du Vou
de Louis XIII , fe fit avec les cérémonies ordinaires
, & l'Archevêque de Parissyy officia. Le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent.
On tint le 16 , à l'Hôtel de Ville , une affemblée
générale dans laquelle le fieur Pouletier ,
Confeiller de Ville , & le fieur Phelippes de la
Marniere , ancien Bâtonnier de l'Ordre des
Avocats au Parlement , furent élus Echevins..
Le 8 de ce mois , l'Univerfité s'affembla dans
les Ecoles de Sorbonne pour la diftribution de
Les prix. Cette Cérémonie , à laquelle le Parlement
affifta , fut précédée d'un Difcours Latin
que prononça le fieur Nicolas Louvel , Profef
feur d'Humanités au Collège des Graffins. Le
fieur Coflon , Profeffeur de Rhétorique au
Collége de Metz , a remporté le prix d'Eloquence
Latine , fondé pour les Maîtres ès Arts , par le
fieur Jean- Baptifte Coignard , Secrétaire du Roi
& Confervateur des Hypothèques. Le Sujet propolé
pour cette année étoit : combien il importe
208 MERCURE DE FRANCE.
4
aux peuples qu'il y ait dans toutes les Ecoles
publiques une Doctrine uniforme fur la Religion ,
les moeurs & les Lettres. Parmi les jeunes gen's
qui ont été couronnés , on a diftingué le heur
Charles- Francois Dupuy , Elève du Collège d'Har
court , qui a remporté trois premiers prix & deux
feconds de la Claffe de Réthorique.
Her jour de la fête de S. Louis , le Corps
de Ville a accompagné la Proceflion des Carme
du grand Couvent , qui s'eſt rendue , fuivant
l'ufage , à la Chapelle du Palais des Thaileries
, où ces Religieux ont chanté la Melle.
Le 21 de ce mois , les Chevaliers de la Compagnie
Royale de l'Arbalère & de l'Arquebufe
de certe Ville , ont fait chanter dans l'Eglife des
Révérends Peres Minimes de la Place Royale un
Te Deum , à l'occafion de l'inauguration de la
Statue Equeftre du Roi & de la publication de
la Paix. Le même jour , ils fe font rendus en
leur Hôtel , & y ont tiré en préfence de MM .
les Prévôts des Marchands & Echevins , & du
Duc de Luynes , Colonel de la Compagnie , repréfentant
le Roi , le prix que Sa Majefté leur
a accordé. Ce prix a été remporté par le Duc
de Luynes au troifiéme coup que ce jeune 'Seigneur
a tiré pour le Roi.
Le trente- unićine tirage de la Loterie de l'Hôtel-
de- Ville s'eft fait le 26 du mois dernier ,
en la manière accoutumée . Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 76658 , celui
de vingt mille livres au numéro 72923 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 61250 &
63785.
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les numéros fortis de
la roue de fortune font : 9 , 64 , 22 , SI , 28.
Le prochain tirage fe fera les Septembre.
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Résumé : DE PARIS, le 26 Août 1763.
En août 1763, l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres élit Tercier comme pensionnaire et Anquetil comme académicien associé. La duchesse de Chatillon donne naissance à une fille, marquant la fin des héritiers mâles de sa maison. Le Pape crée cardinaux Négroni et Burnaccorsi. Le 15 octobre, une procession solennelle est organisée à Paris pour l'Assomption de la Sainte Vierge, en présence de diverses institutions. Le 16 octobre, Pouletier et Phelippes de la Marnière sont élus échevins. Le 8 octobre, l'Université se rassemble à la Sorbonne pour la distribution des prix, avec Nicolas Louvel prononçant un discours latin. Coslon remporte le prix d'éloquence latine. Charles-François Dupuy, élève du Collège d'Harcourt, se distingue en obtenant trois premiers prix et deux seconds en rhétorique. Le Corps de Ville accompagne la procession des Carmes le jour de la fête de Saint Louis. Le 21 octobre, les Chevaliers de la Compagnie Royale de l'Arbalète et de l'Arquebuse célèbrent l'inauguration de la statue équestre du Roi et la publication de la paix. Le 26 septembre, la loterie de l'Hôtel-de-Ville attribue des lots de cinquante mille, vingt mille et dix mille livres. Le 30 octobre, la loterie de l'École Royale Militaire se déroule avec les numéros 9, 64, 22, 51 et 28.
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10364
p. 209-210
MORTS.
Début :
Anne Claire Durand, Veuve de Henri-François, Chevalier Comte de [...]
Mots clefs :
Veuve, Comte, Épouse, Décès, Marquis, Lieutenant, Évêque, Abbé commandataire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Anne Claire Durand , Veuve de Henri-François
, Chevalier Comte de Vallé , ancien Capitaine
au Régiment du Roi , eft morte en cette .
Ville le 21 Juillet , dans la foixante-dix - neuviéme
année de fon âge.
Marie-Bernardine Cador de Sebville , époufe
de Timoléon -Antoine - Jofeph - François Louis-
Alexandre , Comte d'Epinay de Saint Luc , Marquis
de Lignery , eft morte le même jour âgée
de trente ans.
>
François Marie de Fouilleufe , Marquis dé
Flavacourt , Maréchal de Camp , Lieutenant de
Roi en la Province de Normandie Grand
Bailli de Gifors , de Gravelines & de Bourbourg ,
eft mort le 2 Août dans la cinquante-cinquiéne
année de fon âge.
Pierre -Annet de Peroufe , Evêque de Gap , eft
mort dans fon Palais Epifcopal le r8 Juillet ,
âgé de foixante-quatre ans.
M. de Coetlofquet , Abbé Commendataire de
l'Abbaye Royale de Saint- Gilblas aux Bois , Ordre
de Saint- Benoît , Diocèle de Nantes , eſt mort
' le 29 du même mois , dans la trente- deuxième
année de fon âge.
Blanche- Henriette de la Roche - Aymon , veuve
de Philippe-Gilbert de Cordebeuf- Beauvergier ,
Comte de Montgon , Maréchal de Camp , Gou
verneur des Ifles , Ville & Citadelle d'Oléron , eft
morte en fon Château du Tillay près de Goneffe,
le 7 Août , âgée de foixante-cinq ans.
Sophie d'Eftampes , Baronne de la Ferté-Imbault
, épouse d'Alexis- Bernard Comte de Nonant
, Marquis de Pierous , eft morte en cette
Ville , le 21 du même mois , dans la trente - qua
210 MERCURE DE FRANCE .
>
triéme année de fon âge. Elle étoit fille de Philippe
Charles Comte d'Estampes Baron de la
Ferté-Imbault , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , premièr Capitaine des Gardes de Son Altelle
Royale Monfeigneur le Duc d'Orléans , Régent
du Royaume & de Jeanne-Marie du Pleffis-
Châtillon .
Anne Claire Durand , Veuve de Henri-François
, Chevalier Comte de Vallé , ancien Capitaine
au Régiment du Roi , eft morte en cette .
Ville le 21 Juillet , dans la foixante-dix - neuviéme
année de fon âge.
Marie-Bernardine Cador de Sebville , époufe
de Timoléon -Antoine - Jofeph - François Louis-
Alexandre , Comte d'Epinay de Saint Luc , Marquis
de Lignery , eft morte le même jour âgée
de trente ans.
>
François Marie de Fouilleufe , Marquis dé
Flavacourt , Maréchal de Camp , Lieutenant de
Roi en la Province de Normandie Grand
Bailli de Gifors , de Gravelines & de Bourbourg ,
eft mort le 2 Août dans la cinquante-cinquiéne
année de fon âge.
Pierre -Annet de Peroufe , Evêque de Gap , eft
mort dans fon Palais Epifcopal le r8 Juillet ,
âgé de foixante-quatre ans.
M. de Coetlofquet , Abbé Commendataire de
l'Abbaye Royale de Saint- Gilblas aux Bois , Ordre
de Saint- Benoît , Diocèle de Nantes , eſt mort
' le 29 du même mois , dans la trente- deuxième
année de fon âge.
Blanche- Henriette de la Roche - Aymon , veuve
de Philippe-Gilbert de Cordebeuf- Beauvergier ,
Comte de Montgon , Maréchal de Camp , Gou
verneur des Ifles , Ville & Citadelle d'Oléron , eft
morte en fon Château du Tillay près de Goneffe,
le 7 Août , âgée de foixante-cinq ans.
Sophie d'Eftampes , Baronne de la Ferté-Imbault
, épouse d'Alexis- Bernard Comte de Nonant
, Marquis de Pierous , eft morte en cette
Ville , le 21 du même mois , dans la trente - qua
210 MERCURE DE FRANCE .
>
triéme année de fon âge. Elle étoit fille de Philippe
Charles Comte d'Estampes Baron de la
Ferté-Imbault , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , premièr Capitaine des Gardes de Son Altelle
Royale Monfeigneur le Duc d'Orléans , Régent
du Royaume & de Jeanne-Marie du Pleffis-
Châtillon .
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Résumé : MORTS.
Le texte énumère plusieurs décès survenus en juillet et août. Anne Claire Durand, veuve du Chevalier Comte de Vallé, est décédée le 21 juillet à l'âge de 99 ans. Marie-Bernardine Cador de Sebville, épouse du Comte d'Epinay de Saint Luc et Marquis de Lignery, est également décédée le 21 juillet à l'âge de 30 ans. François Marie de Fouilleuse, Marquis de Flavacourt et Maréchal de Camp, est mort le 2 août à 55 ans. Pierre-Annet de Perouse, Évêque de Gap, est décédé le 18 juillet à 64 ans. M. de Coëtlosquet, Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de Saint-Gilblas aux Bois, est mort le 29 juillet à 32 ans. Blanche-Henriette de la Roche-Aymon, veuve du Comte de Montgon et Gouverneur des Îles d'Oléron, est décédée le 7 août à 65 ans. Enfin, Sophie d'Estampes, Baronne de la Ferté-Imbault et épouse du Comte de Nonant, est morte le 21 août à 34 ans. Elle était la fille du Comte d'Estampes et de Jeanne-Marie du Plessis-Châtillon.
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10365
p. 210-211
AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Début :
Je suis malheureusement intéressée, Monsieur, dans le sort d'une amie qui a perdu [...]
Mots clefs :
Toilette, Dame, Coffre, Nécessaire, Bijoux, Diamant, Perte, Recherches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
A VI S.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Madame *** adresse une lettre à M. d'H. **** pour signaler la perte d'un nécessaire en forme de cassette à Versailles le 1er juillet. La cassette, mesurant un pied et demi en carré et demi-pied de hauteur, contient divers objets de toilette et des bijoux précieux, dont deux plaques de bracelets entourées de diamants, un petit cœur et un petit nœud de diamants, une paire de boucles d'oreilles en perles entourées de diamants, et cinq bagues. Parmi ces bagues, une turquoise, un diamant jaune taillé en cœur, une chaîne de carats blancs, une bague avec trois émeraudes entourées de carats blancs et jaunes, et une bague formant un nœud de brillants blancs. La cassette inclut également un portrait très précieux. Madame *** offre une récompense de vingt-cinq louis pour toute information sur la cassette et ses contenus. La cassette a été oubliée par des domestiques dans la cour du grand Commun à Versailles, près de l'escalier de la chambre aux deniers. L'expéditrice demande à M. d'H. **** d'intercéder auprès de M. de la Place pour publier cette lettre dans le Mercure afin d'informer la province. Toute personne ayant des informations est invitée à écrire à M. l'Eempereur, orfèvre joaillier, cour du Palais, à Paris, où la récompense sera versée sans questions ni informations sur l'identité des informateurs.
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10366
p. 211
« Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Début :
Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...]
Mots clefs :
Roi, Lettres patentes, Privilèges, Seine, Épuration, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Le Roi a accordé aux fieurs de Montbruel &
Ferrand , le deux Juin dernier , des Lettres - Patentes
, portant Privilége exclufif de vingt années ,
enregistrées au Parlement le deux du préfent
mois de Septembre , pour établir fur la Rivière
de Seine , au Port- à- l'Anglois , à huit cens toifes
au- deffus de la jonction de la Marne à la Seine ,
un ou plufieurs Bateaux propres à l'épurement &
filtration des eaux , qu'ils fe propofent de fournir
aux Habitans qui voudront en faire ufage pour
leur confommation de bouche . Ce projet , fi important
au bien de l'humanité & à la fanté des
Citoyens , va être inceffamment exécuté dans
toutes les vues.
Ferrand , le deux Juin dernier , des Lettres - Patentes
, portant Privilége exclufif de vingt années ,
enregistrées au Parlement le deux du préfent
mois de Septembre , pour établir fur la Rivière
de Seine , au Port- à- l'Anglois , à huit cens toifes
au- deffus de la jonction de la Marne à la Seine ,
un ou plufieurs Bateaux propres à l'épurement &
filtration des eaux , qu'ils fe propofent de fournir
aux Habitans qui voudront en faire ufage pour
leur confommation de bouche . Ce projet , fi important
au bien de l'humanité & à la fanté des
Citoyens , va être inceffamment exécuté dans
toutes les vues.
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Résumé : « Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel et Ferrand un privilège exclusif de vingt ans pour établir des bateaux d'épuration des eaux sur la Seine, au Port-à-l'Anglois. Les Lettres Patentes ont été enregistrées au Parlement le 2 septembre. Ce projet vise à fournir des eaux filtrées aux habitants pour leur consommation.
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10367
p. 212
« Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...] »
Début :
Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...]
Mots clefs :
Cire, Épilation, Sourcils, Bras, Mains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Peronnet fait une Cire épilatoire pour dégarnir les sourcils qui sont [...] »
Le Sr Peronnet fait une Cire ' épilatoire pour
dégarnir les fourc is qui font trop couverts , pour
dégarnir te front , les joues , les bras & les mains
qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le Sr Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la
rue S. Merry .
Le prix eft de 3 & 6 livres la douzaine.
Il donne la manière de s'en fervir par écrit.
dégarnir les fourc is qui font trop couverts , pour
dégarnir te front , les joues , les bras & les mains
qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le Sr Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la
rue S. Merry .
Le prix eft de 3 & 6 livres la douzaine.
Il donne la manière de s'en fervir par écrit.
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10368
p. 212
« Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Début :
Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...]
Mots clefs :
Malte, Eau de fleur d'Orange, Diabolo, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Savoye, Valet de Chambre de M. le Bailli de Fleury, donne avis au Public [...] »
Le Sr Savoye , Valet de Chambre de M. le
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
Bailli de Fleury , donne avis au Public qu'il a
reçu de Malte de l'eau de fleur d'orange double
faite avec la fleur d'oranger bigarrade , ce qui
rend cette eau d'une très bonne qualité. Il la
vend 6 livres la bouteille de pinte . Il demeure
* rue de la Ville - l'Evêque , Fauxbourg S. Honoré ,
au 'No. 9.
Il vend auffi des Diabolo de Naples ,, à 3 liv.
l'once. On peut lui écrire par la petite Pofte ,
il fe charge de l'envoi.
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10369
p. 212
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...]
Mots clefs :
Topique, Pieds, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé le véritable [...] »
Le Sr Rouffel donne avis au 'Public qu'il a
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
'trouvé le véritable Topique pour les cors des
pieds. Plufieurs perfonnes de diftinction ont été
guéries radicalement par l'Auteur,
Sa demeure eft rue Jean- de- l'Epine , chez M.
Dumont au Saint- Efprit ? , près de la Grêve.
Fermer
10370
p. 212-214
« L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
Début :
L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...]
Mots clefs :
Marchand, Étain, Cafetières, Café, Substance, Teinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
L'aîné , Marchand Potier d'étain , demeurant
à Paris , rue S. Denis , entre la Fontaine du Ponceau
& le grand Cerf , compofe un Etain de
Bis-Muth , & de Malaque , dont la qualité eft
auffi parfaite & auffi faine que celle de l'argent.
Les Médecins de Paris en ont fait plufieurs épreu-
& l'ont approuvé. Il fait , avec cette comves
•
OCTOBRE . 1763. 213
pofition , des Catteriéres , appellées Diligences ,
qui fervent à faire le Caffé par infufion .
Ces nouvelles Diligences font plus folides que
celles qui le font en Fer-blanc.; elles font exemp
tes de la rouille & de toutes les altérations auxquelles
le Fer- blanc eft fujet , & elles ne font
fufceptibles ni de mauvais goût ni de mauvaiſes .
odeurs.
L'expérience a appris que le Caffé en bouillane
per par l'évaporation , une partie de fes fucs
& de les efprits , & c'est par une économie de délicateffe
que tout le monde , après avoir été con
vaincu que le Café ait par infusion eft plus ,
clair , plus parfumé & plus agréable au goût
que celui qui eft fait par ébullition , s'eft mis aujour'hui
dans l'ufage de le faire préparer par infufion.
Le Sr l'Ainé , dans la vue d'être utile au
Public , s'eft appliqué à perfectionner les nouvelles
Diligences qu'il annonce. Elles font fabriquées
de façon qu'elles confervent toute la qualité ,
tous les efprits , & tout le parfum du Caffé & que
l'infufion qui s'y fait exprime fi parfaitement la
fubitance & même la teinture , que l'eau que
l'on feroit bouillir fur le marc après l'infuſion
n'en prendroit prèfque pas le goût , & ne teindroit
le linge que très-légèrement .
" •
Le Caffé que l'on fait par infuſion avec cess
nouvelles Diligences , n'en confomme pas une
plus grande quantité que celui qui le fait par.
ébullition , c'eft toujours une cuillerée comble pour .
chaque taffe , & à mesure égale le Caffé fait
par infufion eft plus fort que celui qui eft fair
par ébullition.
:
On peut facilement fatisfaire fa délicateffe &
fon goût. Ces nouvelles Diligences fervent auffi à
faire infuter le Thé , & toute autre chofe que
l'on voudra.
214 MERCURE
DE FRANCE.
Il en a été vendu une quantité confidérable pour
les ifles.
à Paris , rue S. Denis , entre la Fontaine du Ponceau
& le grand Cerf , compofe un Etain de
Bis-Muth , & de Malaque , dont la qualité eft
auffi parfaite & auffi faine que celle de l'argent.
Les Médecins de Paris en ont fait plufieurs épreu-
& l'ont approuvé. Il fait , avec cette comves
•
OCTOBRE . 1763. 213
pofition , des Catteriéres , appellées Diligences ,
qui fervent à faire le Caffé par infufion .
Ces nouvelles Diligences font plus folides que
celles qui le font en Fer-blanc.; elles font exemp
tes de la rouille & de toutes les altérations auxquelles
le Fer- blanc eft fujet , & elles ne font
fufceptibles ni de mauvais goût ni de mauvaiſes .
odeurs.
L'expérience a appris que le Caffé en bouillane
per par l'évaporation , une partie de fes fucs
& de les efprits , & c'est par une économie de délicateffe
que tout le monde , après avoir été con
vaincu que le Café ait par infusion eft plus ,
clair , plus parfumé & plus agréable au goût
que celui qui eft fait par ébullition , s'eft mis aujour'hui
dans l'ufage de le faire préparer par infufion.
Le Sr l'Ainé , dans la vue d'être utile au
Public , s'eft appliqué à perfectionner les nouvelles
Diligences qu'il annonce. Elles font fabriquées
de façon qu'elles confervent toute la qualité ,
tous les efprits , & tout le parfum du Caffé & que
l'infufion qui s'y fait exprime fi parfaitement la
fubitance & même la teinture , que l'eau que
l'on feroit bouillir fur le marc après l'infuſion
n'en prendroit prèfque pas le goût , & ne teindroit
le linge que très-légèrement .
" •
Le Caffé que l'on fait par infuſion avec cess
nouvelles Diligences , n'en confomme pas une
plus grande quantité que celui qui le fait par.
ébullition , c'eft toujours une cuillerée comble pour .
chaque taffe , & à mesure égale le Caffé fait
par infufion eft plus fort que celui qui eft fair
par ébullition.
:
On peut facilement fatisfaire fa délicateffe &
fon goût. Ces nouvelles Diligences fervent auffi à
faire infuter le Thé , & toute autre chofe que
l'on voudra.
214 MERCURE
DE FRANCE.
Il en a été vendu une quantité confidérable pour
les ifles.
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Résumé : « L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
Le document décrit un produit innovant conçu par Marchand Potier d'étain, résidant à Paris, rue Saint-Denis. Cet alliage, composé d'étain, de bismuth et de malachite, a été approuvé par les médecins de Paris pour sa qualité similaire à celle de l'argent. Marchand propose des 'Diligences', des ustensiles pour préparer le café par infusion. Ces Diligences sont plus solides et résistantes à la rouille que celles en fer-blanc. Elles conservent mieux les arômes et les saveurs du café, évitant ainsi la perte de substances volatiles lors de l'ébullition. Elles permettent également de préparer le thé et d'autres infusions. Le café préparé avec ces Diligences est plus fort et nécessite la même quantité de café que la méthode d'ébullition. Une quantité notable de ces Diligences a été vendue, notamment pour les îles.
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10371
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du premier volume [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION
.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure du premier volume d'Octobre 1763 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 30 Septembre 1763 .
GUIROY.
.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chancelier ,
le Mercure du premier volume d'Octobre 1763 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 30 Septembre 1763 .
GUIROY.
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10372
p. 214
« L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...] »
Début :
L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...]
Mots clefs :
Élixir, Huile de Vénus
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texteReconnaissance textuelle : « L'Elixir connu sous le nom d'Huile de Vénus, du Sr de Sigogne, neveu du feu [...] »
L'Elixir connu fous le nom d'Huile de Vénus ,
du. Sr de Sigogne , neveu du feu Sr de Sigogne,
Médecin des Cent-Suiffes du Roi , fe débite tou
jours avec fuccès , rue de Perpignan en la Cité.
du. Sr de Sigogne , neveu du feu Sr de Sigogne,
Médecin des Cent-Suiffes du Roi , fe débite tou
jours avec fuccès , rue de Perpignan en la Cité.
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10373
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. L'Anniversaire de M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
L'ANNIVERSAIRE de M. de Crébillon, Ode. Pag.s
EPIGRAMMES fur la Torche funébre & le
flambeau nuptial .
II
'AUTRE , fur une Vieille amoureuſe.
'AUTRE , à Iris.
IMITATION de Pétrone.
ALEXANDRE & Apelle , Apologue.
VERS fur le Portrait du Roi expofé au Sal-
- lon.
MÉMOIRE
fur Belle- iſle.
12
ibid.
13
14
IS
ibid.
EPITRE à Mlle Dangeville , fur fa retraite . 4
A M. Thomas.
28
OCTOBRE. 1763. 215
L'AMOUR Filial , Conte Moral.
VERS fur la convalefcence de M. le Préfident
Hénault.
VERS d'une Dame à ſon époux.
A mon Oncle M. de C...
CLEOMIR & Dalia , Nouvelle Gauloife.
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON .
29
34
33
34
35
72 &73
74 & 78
75.
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PolsIES facrées & Philofophiques , tirées des
Livres Saints , par M. le Franc de Pompignan.
Extrait.
ABREGE Chronologique de l'Hiftoire de
France de M. le Préfident Hénault,
€
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
ANNONCES de Livres .
76
92
99
103 &fuiv,
ARTICLE III. SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
PRIX de Poefie pour l'Année M. DCC .
LXIV .
PRIX propofé par l'Académie des Sciences,
Belles - Lettres , & Arts de Lyon.
PROGRAMME de l'Académie des Belles- Lettres
de Marſeille.
PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale
des Sciences , des Belles - Lettres & des
Arts de Rouen.
SUITE de la Lettre en réponſe de M , Bourgelat
à M. Boret,
RÉPONSE de M. Borel à M. Bourgelat.
RÉPONSE de M. Bourgelat à M. Borel.
III
IIA
•
113.
119
124
136
141
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
ABREGE des propriétés des Miroirs concaves
, des Loupes à eau , & autres Ouvra→
ges , &c
MÉDECINE.
REMARQUES fur le Traité de la Jurifprudence
de la Médecine en France ; pår
M. Verdier.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
SUITE de la Defcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
ART. V. SPECTACLES,
ACADEMIE Royale de Mufique.
COMÉDIE Françoife.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
SUITE des Nouvelles Politiques du mois de
Septembre.
AVIS.
160
173
180
ibid.
182
193
194
198
201
ibid.
210
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
L'ANNIVERSAIRE de M. de Crébillon, Ode. Pag.s
EPIGRAMMES fur la Torche funébre & le
flambeau nuptial .
II
'AUTRE , fur une Vieille amoureuſe.
'AUTRE , à Iris.
IMITATION de Pétrone.
ALEXANDRE & Apelle , Apologue.
VERS fur le Portrait du Roi expofé au Sal-
- lon.
MÉMOIRE
fur Belle- iſle.
12
ibid.
13
14
IS
ibid.
EPITRE à Mlle Dangeville , fur fa retraite . 4
A M. Thomas.
28
OCTOBRE. 1763. 215
L'AMOUR Filial , Conte Moral.
VERS fur la convalefcence de M. le Préfident
Hénault.
VERS d'une Dame à ſon époux.
A mon Oncle M. de C...
CLEOMIR & Dalia , Nouvelle Gauloife.
ÉNIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON .
29
34
33
34
35
72 &73
74 & 78
75.
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PolsIES facrées & Philofophiques , tirées des
Livres Saints , par M. le Franc de Pompignan.
Extrait.
ABREGE Chronologique de l'Hiftoire de
France de M. le Préfident Hénault,
€
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
ANNONCES de Livres .
76
92
99
103 &fuiv,
ARTICLE III. SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
PRIX de Poefie pour l'Année M. DCC .
LXIV .
PRIX propofé par l'Académie des Sciences,
Belles - Lettres , & Arts de Lyon.
PROGRAMME de l'Académie des Belles- Lettres
de Marſeille.
PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale
des Sciences , des Belles - Lettres & des
Arts de Rouen.
SUITE de la Lettre en réponſe de M , Bourgelat
à M. Boret,
RÉPONSE de M. Borel à M. Bourgelat.
RÉPONSE de M. Bourgelat à M. Borel.
III
IIA
•
113.
119
124
136
141
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
ABREGE des propriétés des Miroirs concaves
, des Loupes à eau , & autres Ouvra→
ges , &c
MÉDECINE.
REMARQUES fur le Traité de la Jurifprudence
de la Médecine en France ; pår
M. Verdier.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
SUITE de la Defcription des Tableaux expofés
au Sallon du Louvre.
ART. V. SPECTACLES,
ACADEMIE Royale de Mufique.
COMÉDIE Françoife.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
SUITE des Nouvelles Politiques du mois de
Septembre.
AVIS.
160
173
180
ibid.
182
193
194
198
201
ibid.
210
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente la table des articles du Mercure de France d'octobre 1763, structurée en cinq articles principaux. L'Article Premier liste des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des odes, épigrammes, et contes moraux. Parmi les œuvres notables, on trouve 'L'Anniversaire de M. de Crébillon' et une épître à Mlle Dangeville. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec des extraits des Livres Saints par M. le Franc de Pompignan et un abrégé chronologique de l'histoire de France par M. le Président Hénault. L'Article III aborde les sciences et les belles-lettres, mentionnant les prix de poésie des académies de Lyon, Marseille, et Rouen, ainsi que des lettres échangées entre M. Bourgelat et M. Borel. L'Article IV est consacré aux beaux-arts et aux arts utiles, avec des abrégés sur les propriétés des miroirs concaves et des remarques sur la jurisprudence de la médecine en France par M. Verdier. Enfin, l'Article V couvre les spectacles, incluant les représentations de l'Académie Royale de Musique, de la Comédie Française, et des concerts spirituels, ainsi que des nouvelles politiques du mois de septembre.
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10374
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife .
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife .
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10375
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Greffier, Commis, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Format, Poste, Volume, Table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE
Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier
Commis
au Greffe Civil du Parlement
Commis
au recouvrement
du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
2
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
parvolum, c'est-à - dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes,
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer , d'en marquer le prix,
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt-dix- huit volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante- douziéme.
LE
Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier
Commis
au Greffe Civil du Parlement
Commis
au recouvrement
du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
2
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piece.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
parvolum, c'est-à - dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes,
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer , d'en marquer le prix,
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt-dix- huit volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante- douziéme.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution et l'abonnement au 'Mercure'. Le bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier au Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch, près du sellier du Roi. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse. Le prix de chaque volume est de 36 sols, mais un abonnement pour douze volumes coûte 24 livres à l'avance. Pour les personnes en province, le coût est de 32 livres pour douze volumes, avec livraison gratuite. Ceux qui préfèrent payer les frais de port eux-mêmes paient 24 livres pour douze volumes. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse mentionnée pour recevoir le Mercure. Les commandes des provinces doivent être envoyées par la poste avec paiement à l'avance, et les paquets non affranchis seront rejetés. Les expéditeurs de livres, estampes et musique doivent indiquer le prix des articles. Le 'Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercures & autres Journaux' par M. de La Place est également disponible au même bureau, avec les mêmes conditions de format et de nombre de volumes. À ce jour, il existe quatre-vingt-dix-huit volumes, et une table générale des matières se trouve à la fin du soixante-douzième volume.
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10376
p. 5-15
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
Début :
LES exemples dignes d'être imités, Monsieur, ne peuvent être ni trop tôt [...]
Mots clefs :
Manière, Élèves, Spectateurs, Guerriers, Assemblée, Exercice, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIB
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
La lettre de M. de La Dixmerie à M. de La Place décrit une fête organisée par les élèves de l'Abbé Chocquart en l'honneur du roi, célébrée le jour de la Saint-Louis. Cet événement, qui a eu lieu en octobre 1763, s'est déroulé dans une cour vaste et couverte. Il a commencé par la représentation des pièces 'Les Originaux' de M. Fagan et 'Mahomet' de M. de Voltaire, adaptées par l'abbé Chocquart, sans rôles féminins. Les élèves, vêtus d'uniformes élégants et d'écharpes blanches, ont ensuite récité un discours en vers à la gloire du roi, suivi d'une salve de cent boîtes et pétards. Vingt-quatre élèves ont exécuté un exercice militaire avec grâce et précision, suivi d'un ballet militaire dirigé par Mars et incluant des figures historiques telles que Hercule, Thésée, Du Guesclin et Bayard. Ce ballet mettait en avant des qualités militaires comme la force, la prudence, le courage et l'activité, et s'est conclu par une grande chaconne. La fête a également présenté un ballet composé par M. Gardel Père, avec des performances remarquables, notamment un pas de chaconne exécuté par Mars et les quatre héros. M. Gardel Fils a interprété Mars avec dignité et précision, recevant de nombreux applaudissements. La musique de la chaconne, composée par M. Gardel Fils, a été saluée, ainsi que les performances de MM. Rogier, Groffet, Campioni et Trupti. L'orchestre de l'Opéra a soutenu les danseurs, et l'ariette a été chantée par M. Vaudémont sur une musique de M. Prudent. Le jardin et la maison ont été illuminés de manière spectaculaire, attirant plus de mille personnes, dont un tiers de haute distinction. L'initiative de cette fête patriotique revient à l'Abbé Chocquart. Le narrateur exprime son admiration pour cette célébration et son désir de rester anonyme dans des œuvres mineures, tout en se montrant fier de contribuer à louer le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10377
p. 15-19
DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
Début :
PAR des jeux, des combats noble & frappante image, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Rois, Noble, Succès, Gloire, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
DISCOURS prononcé par un des Éléves
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
+
1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
de M. l'Abbé CHOCQU ART , le
jour de la S. LOUIS .
PAR des jeux , des combats noble & frappante
image ,
La Gréce à fes Héros exprimoit fon hommage .
O vous , dont le grand nom préfide à nos ella is
LOUIS ! ah fi le zéle enfante les fuccès ,
Jamais les bords vantés de Corinthe & d'Elide ,
Ni les champs Néméens où combattit Alcide ,
Ni le Cirque pompeux où brilloient les Céfars ,
16 MERCURE DE FRANCE.
T
De plus hardis tableaux n'ont frappé les regards .
Mais , ô frivole eſpoir ! une enfance débile
Rend , malgré tous nos voeux, tant de zéle inutile.
Trop heureux d'allier , à force de fecours,
L'aurore des talens à celle de nos jours.
Sous l'aufpice éclairé d'un Miniftre* , d'un Sage,
De ces premiers rayons nous cultivons l'ulage.
Son nom qui fous dix Rois foutint avec ſplendeur
Le poids fi dangereux de l'extrême faveur ,
Son nom de ce Lycée eft l'appui tutélaire :
Pour nos fuccès futurs préfage falataire !
Tel on voit à l'afpect d'un Aftre bienfaisant
S'accroître , s'embellir un arbriffeau naiffant.
Déja le noble eſpoir qui germe dans notre âme ,
S'allume , & de la gloire y fait briller la flâme :
Déja dans la carrière heureufement rivaux ,
De Minerve & de Mars nous fuivons les drapeaux :
Déja tout fait goûter à notre âme attendrie ,
Dans l'amour de nos Rois l'amour de la Patrie.
Ah ! recueillez longtemps ce tribut précieux ,
Le plus digne de vous , le plus cher à vos yeux;
Ce tribut de tendreffe & fi cher & fi rare !
OmonRoi trop fouvent un Peuple en eft avare :
Souvent par d'autres foins fes voeux font balances;
Mais Titus en jouit & vous en jouiffez.
Vous fçutes réunir à la Grandeur ſuprême
Ce titre préférable à cette fplendeur même ;
* Mgr le Comte de Saint-Florentin.
1
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1
OCTOBRE . 1763 .
17
Nom dicté par l'amour , nom chéri , nom facré
Dont feul parmi cent Rois Louis fut décoré .
De titres faftueux fouvent l'erreur commune
Honora des fuccès qu'enfanta la Fortune ;
Mais un Roi qui combat pour affetmir fes droits,
Pour défendre fon Peuple , ou protéger des Rois,
Qui toujours ennemi d'une injuſte puiſſance ,
Au glaive deſtructeur fçait unir la balance ,
Qui fçait chérir la paix & braver les hazards ;
Un Roi qui foudreyant les plus fermes remparts;
Contre fon bras puiffant impuiffantes barrières ,
Vit tomber à ſes pieds vingt Nations altières ;
Qui fçut combattre & vaincre , & pour dire encor
plus ,
Un Roi qui fit chérir la victoire aux vaincus :
Tel eft du vrai Héros le noble caractère ;
Tel aux belgiques champs un vainqueur débon
naire ,
Louis au fier Anglois de les remords preſſé ,
Fit adorer la main qui l'avoit terraſſé .
Non ,fans cette vertu , la valeur la plus rare
N'eft qu'un inftinet farouche , un délire barbare ;
Cette féroce ardeur forma vingt Conquérans ,
Tout Peuple eut fes Heros , mais non pas fes
Trajans.
Rome eut cet avantage. O France ! ôma Patrie !
Au bonheur des Romains ne portes point envie ;
Quel fiécle vit briller plus qu'en nos heureux jours
De progrès oppofés le fublime concours ?
18 MERCURE DE FRANCE.
Si du Temple des Arts j'ofe entr'ouvrir l'enceinte,
Des bienfaits de L UIs par toutje vois l'empreinte.
Appelle & Phidias & leurs dignes rivaux
Par lui font excités dans leurs nobles travaux.
Sophocle eft à fes pieds , & fa main le décore
Du précieux laurier qu'elle ennoblit encore.
Les fublimes talens renaiffent à la voix :
Plus loin formant leur bras à d'illuſtres exploits à
D'éléves de Bellone une troupe naiffante *
Régle de fa valeur l'audace impatiente.
Lovis par fes bienfaits fe plaît à prévenir
L'éclat qu'à leur travaux réſerve l'avenir .
Ainfi lorfque de Mars il éteint le tonnerre ,
Lorsqu'il ferme à nos yeux le Temple de la guerre,
Louis ranime encore fa belliqueufe ardeur,
Appui de cet état fource de fa fplendeur.
Par là Rome , autrefois en héros fi féconde;
Affervit à fon joug & Carthage & le Monde.
Cette ardeur s'éteignit , & bientôt l'Univers
Vengea fur fes Vainqueurs la honte des fes fers
Ce coloffe effrayant , maffe informe & groffière ,
Tombe & de fes débris couvre la terre entière .
Ah ! dans fon coeur alors par la crainte abbattu
Si Rome eût appellé fon antique vertu ,
Ce courage indompté , cet amour de la gloire ,
Partout fon aigle encor fixeroit la victoire.
Eh ! que n'a - t- on pas vû dans ces jours orageux,
Où du Carthaginois le bras victorieux
* L'Ecole Militaire.
OCTOBRE. 1763 I
De flots du fang Romain inonda l'Italie ?
Scipion , qu'enflammoit l'amour de la Patrie ,
Efpére , ofe , combat , change un deſtin fatal ,
Et , pour tout dire enfin , triomphe d'Annibal.
François dignes rivaux , à la gloire fenfibles ,
Songez que ce beau nom doit vous rendre invin
cibles.
Dans leur fublime courfe atteignons nos ayeur ,
Servons nous-même enfin d'exemple à nos neveux;
Et fi la voix de Mars nous appelle aux allarmes ,
Si les chants de la paix font place au bruit des
armes ;
Combattons fous Lours, guidés par ce grand Roir
Retrouvons avec lui , Laufeld & Fontenoi.
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Résumé : DISCOURS prononcé par un des Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, le jour de la S. LOUIS.
Un élève de l'abbé Chocquart prononce un discours lors de la fête de Saint-Louis pour célébrer les vertus et les succès du roi Louis XV. Les élèves comparent les exploits du roi à ceux des jeux et combats de la Grèce antique, soulignant que son nom incarne la grandeur et le succès. Ils expriment leur admiration pour son soutien et sa protection, assimilant son influence à celle d'un astre bienfaisant favorisant le développement des talents. Le discours met en lumière les qualités héroïques de Louis XV, telles que son courage, sa justice et son amour pour la paix. Le roi est décrit comme un souverain qui combat pour affirmer ses droits, défendre son peuple et protéger les autres rois. Sa victoire sur les Anglais est particulièrement mise en avant, même les vaincus ayant respecté cette victoire, illustrant ainsi son caractère noble et bienveillant. Les élèves soulignent les progrès réalisés sous le règne de Louis XV, comparant la France à l'ancienne Rome et exprimant leur fierté patriotique. Ils mentionnent les bienfaits du roi dans les domaines des arts et des lettres, ainsi que son soutien aux élèves militaires. Le discours se conclut par un appel à imiter les ancêtres et à servir de modèle aux générations futures, prêts à suivre le roi sur les champs de bataille si nécessaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10378
p. 19
A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
Début :
EMULE de Pigmalion, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
A M. FALCONET fur fon Groupe de
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
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10379
p. 20
DÉFINITION du Volant, à LISE.
Début :
C'EST lorsque l'air le transporte, [...]
Mots clefs :
Volant, Message, Plaisirs, Désirs, Gage
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texteReconnaissance textuelle : DÉFINITION du Volant, à LISE.
DÉFINITION du Volant , à LISE.
C'EST lorfque l'air le tranſporte ,
Le Meffager des Plaifirs ,
Qui de l'un à l'autre porte
Et rapporte les defirs.
De mon coeur il eſt l'hommage ,
Life , lorfqu'il vole à toi ;
Que du tien il ſoit le gage ,
Lorsqu'il revole vers moi .
Par M. GIRARD DE RAIGNE.
C'EST lorfque l'air le tranſporte ,
Le Meffager des Plaifirs ,
Qui de l'un à l'autre porte
Et rapporte les defirs.
De mon coeur il eſt l'hommage ,
Life , lorfqu'il vole à toi ;
Que du tien il ſoit le gage ,
Lorsqu'il revole vers moi .
Par M. GIRARD DE RAIGNE.
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10380
p. 20-25
LETTRE traduite de l'Anglois, à M****, Auteur d'un Ouvrage Périodique intitulé The Idler.* Que de gens me ressemblent ! D**** .
Début :
J'ÉTOIS le second fils d'un Gentilhomme campagnard, dont la fortune suffisoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage périodique, Héritier, Lieutenance, Soldat, Guerre, Célérité
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE traduite de l'Anglois, à M****, Auteur d'un Ouvrage Périodique intitulé The Idler.* Que de gens me ressemblent ! D**** .
LETTRE traduite de l'Anglois , à
M **** , Auteur d'un Ouvrage Pé
riodique intitulé The Idler . *
Que de gens me reffemblent !
D **** .
J'ÉTOIS le fecond fils d'un Gentilhomme
campagnard , dont la fortune fuffifoit
à peine pour foutenir avec dignité la
qualité , qu'il partageoit avec fon héritier,
de grand tueur de liévres. Il crut par
* Londres , 1761. Chez J. Newbery , 2 vol , in -8.
OCTOBRE. 1763 .
21
conféquent devoir employer toutes fes
protections pour me procurer une Lieu
tenance dans nos troupes. Je paſſai
quelques années dans la moins amufante
& peut-être la moins confidérée de tou
tes les profeffions humaines , celle d'un
Soldat en temps de paix. Je rodai avec
le Régiment de garnifon en garnifon ,
fans avoir rien à faire , fans goût pour
rien apprendre , fans argent pour me
divertir. J'étois par-tout , en arrivant ,
étranger fans curiofité ; & enpartant ,
la connoiffance de bien des gens , fans
être leur ami. N'ayant rien à efpérer
dans toutes ces réfidences fortuites
j'abandonnois ma conduite au hazard
& metrouvai partout le même , c'eſtà-
dire fort ennuyé,
On est toujours étonné d'entendre
mes pareils faire fi fréquemment des
voeux pour la guerre. Ces voeux ne font
pas toujours fincéres. La plupart , cantens
de leur oifiveté & de leur uniforme,
affectent une ardeur qu'au fond ils ne
reffentent guère, Ceux qui la defirent
en effet , n'en font ni plus méchans ni
plus patriotes : ce n'eft ni l'amour de la
gloire , ni la fcif du fang qui les infpire ;
c'eft le defir d'être affianchis de l'oifiveté
qui leur pefe & d'être rétablis dans la
dignité d'un être actif.
22 MERCURE DE FRANCE .
!
1
Je n'imaginai jamais avoir plus de
Courage qu'un autre , j'ai pourtant fou→
vent defiré la guerre ; mais je n'en
voyois alors nulle apparence ; & la mort
imprévue d'un oncle dont la fucceffion
me mettoit fort à l'aife , me fit toutà
- coup quitter le Régiment , avec la ferme
refolution de n'avoir plus de maîtres
que moi- même.
Cet état d'indépendance me plut
beaucoup d'abord ; je crus avoir trouvé
ce que tous les hommes defirent :
mon temps étoit à moi , mon habitation
dépendante de ma volonté . Je m'amufai
pendant deux ans à changer de
demeures & à comparer les incommodités
de celles que je quittois avec
les agrémens de celle que je préférois .
Mais fatigué enfin de ces recherches ,
je me déterminai à en acheter une ,
& j'y fixai mon domicile .
Je crus alors que j'allois être heureux;
je le fus en effet pendant quelques mois ,
avec cette efpérance. Mais je fentis affoiblir
ces idées , & l'ennui ne tarda
pas à les remplacer. Après avoir longtemps
cherché la caufe de ce nouvel
engourdiffement , je découvris enfin
qu'il ne me manquoit rien que d'avoir
quelque chofe à faire.
OCTOBRE. 1763. 23
Le temps avec toute fa célérité fe
meut trop lentement pour celui qui n'a
d'autre occupation que celle d'obferver
fa courfe. Les jours pour moi font des
années. Je fors du lit quand je ne puis
dormir plus longtemps ; je paffe dans
mon jardin ; j'y revois ce que j'y avois
u la veille ; je rentre chez moi ; je
me plonge dans un fauteuil ; mon projet
eft de penfer , & j'y tache de bonne
foi ; mais le Sujet me manque : je fors
pour quêter des nouvelles ; je cherche à
exciter ma curiofité fur des événemens
qui au fond me font indifférens , & qui
n'ont à mes yeux d'autre mérite que
celui de me diftraire de moi-même pendant
quelques minutes.
Lorfqu'une nouvelle me femble un
peu piquante , je trouve un moment de
plaifir en courant la répandre . Je paffe
d'un cercle à l'autre, flatté de ma propre
importance , glorieux de penfer que je
fais & fuis quelque chofe , quoique
fouvent bien convaincu que l'heure
fuivante , fi j'avois pu l'attendre , m'eût
épargné toutes ces courfes.
Je m'étois impofé un certain nombre
de vifites , dont je m'acquittois trèsregulièrement
; mais je fuis parvenu à
24 MERCURE DE FRANCE .
fatiguer prèfque tous mes amis. Une
fois affis , j'oublie de me lever ; je
vois la compagnie excédée de ma préfence
; la Maîtreffe du logis parler bas
à fes gens ; j'entends remettre des af
faires au lendemain , & chacun regar
der fa montre: rien ne peut me réfoudre à
regagner ma folitude , ou à rifquer de
me livrer de nouveau moi - même à ma
propre compagnie .
Egalement à charge à moi - même &
aux autres, je forme différens fyftêmes
d'occupation qui puiffent rendre ma vie
utile ou agréable , & éxempte de l'ignominie
de vivre paffivement. Je projette
depuis long - temps d'entrer dans cette
nouvelle carrière ; mais je n'ai pû juſqu'ici
prendre fur moi de m'y réfoudre
le moment préfent ne s'y trouve jamais
propre ; les obftacles femblent de
jour en jour renaître & fe multiplier .
Que vous dirai-je , Monfieur ! Vingt
années fe font écoulées depuis que ma
réfolution eft priſe de me corriger , &
chaque jour de ces vingt années s'eft
paffé en remettant la chofe au lendemain.
L'âge pourtant me gagne ; & le
retour fur moi- même me jetteroit dans
le défefpoir , fi je n'étois prèfque pas
enfin
OCTOBRE . 1763.
25
fin déterminé à commencer dès demain
le cours de ma réformation .
Par M. D. L. P.-
M **** , Auteur d'un Ouvrage Pé
riodique intitulé The Idler . *
Que de gens me reffemblent !
D **** .
J'ÉTOIS le fecond fils d'un Gentilhomme
campagnard , dont la fortune fuffifoit
à peine pour foutenir avec dignité la
qualité , qu'il partageoit avec fon héritier,
de grand tueur de liévres. Il crut par
* Londres , 1761. Chez J. Newbery , 2 vol , in -8.
OCTOBRE. 1763 .
21
conféquent devoir employer toutes fes
protections pour me procurer une Lieu
tenance dans nos troupes. Je paſſai
quelques années dans la moins amufante
& peut-être la moins confidérée de tou
tes les profeffions humaines , celle d'un
Soldat en temps de paix. Je rodai avec
le Régiment de garnifon en garnifon ,
fans avoir rien à faire , fans goût pour
rien apprendre , fans argent pour me
divertir. J'étois par-tout , en arrivant ,
étranger fans curiofité ; & enpartant ,
la connoiffance de bien des gens , fans
être leur ami. N'ayant rien à efpérer
dans toutes ces réfidences fortuites
j'abandonnois ma conduite au hazard
& metrouvai partout le même , c'eſtà-
dire fort ennuyé,
On est toujours étonné d'entendre
mes pareils faire fi fréquemment des
voeux pour la guerre. Ces voeux ne font
pas toujours fincéres. La plupart , cantens
de leur oifiveté & de leur uniforme,
affectent une ardeur qu'au fond ils ne
reffentent guère, Ceux qui la defirent
en effet , n'en font ni plus méchans ni
plus patriotes : ce n'eft ni l'amour de la
gloire , ni la fcif du fang qui les infpire ;
c'eft le defir d'être affianchis de l'oifiveté
qui leur pefe & d'être rétablis dans la
dignité d'un être actif.
22 MERCURE DE FRANCE .
!
1
Je n'imaginai jamais avoir plus de
Courage qu'un autre , j'ai pourtant fou→
vent defiré la guerre ; mais je n'en
voyois alors nulle apparence ; & la mort
imprévue d'un oncle dont la fucceffion
me mettoit fort à l'aife , me fit toutà
- coup quitter le Régiment , avec la ferme
refolution de n'avoir plus de maîtres
que moi- même.
Cet état d'indépendance me plut
beaucoup d'abord ; je crus avoir trouvé
ce que tous les hommes defirent :
mon temps étoit à moi , mon habitation
dépendante de ma volonté . Je m'amufai
pendant deux ans à changer de
demeures & à comparer les incommodités
de celles que je quittois avec
les agrémens de celle que je préférois .
Mais fatigué enfin de ces recherches ,
je me déterminai à en acheter une ,
& j'y fixai mon domicile .
Je crus alors que j'allois être heureux;
je le fus en effet pendant quelques mois ,
avec cette efpérance. Mais je fentis affoiblir
ces idées , & l'ennui ne tarda
pas à les remplacer. Après avoir longtemps
cherché la caufe de ce nouvel
engourdiffement , je découvris enfin
qu'il ne me manquoit rien que d'avoir
quelque chofe à faire.
OCTOBRE. 1763. 23
Le temps avec toute fa célérité fe
meut trop lentement pour celui qui n'a
d'autre occupation que celle d'obferver
fa courfe. Les jours pour moi font des
années. Je fors du lit quand je ne puis
dormir plus longtemps ; je paffe dans
mon jardin ; j'y revois ce que j'y avois
u la veille ; je rentre chez moi ; je
me plonge dans un fauteuil ; mon projet
eft de penfer , & j'y tache de bonne
foi ; mais le Sujet me manque : je fors
pour quêter des nouvelles ; je cherche à
exciter ma curiofité fur des événemens
qui au fond me font indifférens , & qui
n'ont à mes yeux d'autre mérite que
celui de me diftraire de moi-même pendant
quelques minutes.
Lorfqu'une nouvelle me femble un
peu piquante , je trouve un moment de
plaifir en courant la répandre . Je paffe
d'un cercle à l'autre, flatté de ma propre
importance , glorieux de penfer que je
fais & fuis quelque chofe , quoique
fouvent bien convaincu que l'heure
fuivante , fi j'avois pu l'attendre , m'eût
épargné toutes ces courfes.
Je m'étois impofé un certain nombre
de vifites , dont je m'acquittois trèsregulièrement
; mais je fuis parvenu à
24 MERCURE DE FRANCE .
fatiguer prèfque tous mes amis. Une
fois affis , j'oublie de me lever ; je
vois la compagnie excédée de ma préfence
; la Maîtreffe du logis parler bas
à fes gens ; j'entends remettre des af
faires au lendemain , & chacun regar
der fa montre: rien ne peut me réfoudre à
regagner ma folitude , ou à rifquer de
me livrer de nouveau moi - même à ma
propre compagnie .
Egalement à charge à moi - même &
aux autres, je forme différens fyftêmes
d'occupation qui puiffent rendre ma vie
utile ou agréable , & éxempte de l'ignominie
de vivre paffivement. Je projette
depuis long - temps d'entrer dans cette
nouvelle carrière ; mais je n'ai pû juſqu'ici
prendre fur moi de m'y réfoudre
le moment préfent ne s'y trouve jamais
propre ; les obftacles femblent de
jour en jour renaître & fe multiplier .
Que vous dirai-je , Monfieur ! Vingt
années fe font écoulées depuis que ma
réfolution eft priſe de me corriger , &
chaque jour de ces vingt années s'eft
paffé en remettant la chofe au lendemain.
L'âge pourtant me gagne ; & le
retour fur moi- même me jetteroit dans
le défefpoir , fi je n'étois prèfque pas
enfin
OCTOBRE . 1763.
25
fin déterminé à commencer dès demain
le cours de ma réformation .
Par M. D. L. P.-
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Résumé : LETTRE traduite de l'Anglois, à M****, Auteur d'un Ouvrage Périodique intitulé The Idler.* Que de gens me ressemblent ! D**** .
La lettre, adressée à l'auteur d'un ouvrage périodique intitulé 'The Idler', est écrite par le fils cadet d'un gentilhomme campagnard. En raison de la modestie de la fortune familiale, il a dû intégrer l'armée. Durant ses années de service militaire en temps de paix, il éprouve un profond ennui et un sentiment de désœuvrement, se déplaçant d'une garnison à l'autre sans véritable but ni intérêt. Les soldats, selon lui, aspirent à la guerre non par patriotisme ou désir de gloire, mais pour échapper à cette oisiveté. À la suite du décès d'un oncle, il quitte l'armée et profite brièvement de sa nouvelle liberté, changeant souvent de domicile avant de s'installer définitivement. Cependant, l'ennui le rattrape rapidement. Ses journées se passent sans occupation, cherchant en vain à se distraire et à éviter la solitude. Malgré ses tentatives pour se fixer des activités et rendre sa vie utile, il repousse constamment la réalisation de ses projets. Conscient de l'avancée de l'âge, il décide enfin de réformer son mode de vie dès le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10381
p. 25
INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
Début :
Pour S. A. S. le Prince ELECTEUR-PALATIN.S'IL fallut des talens jusqu'alors inconnus [...]
Mots clefs :
Talents, Prince, Vertus, Objet, Image, Art, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
INSCRIPTIONS pour mettre au bas
des Portraits de Leurs Alteffes Séréniffimes
ELECTORALES - PALA.
TINES ; peints fur glace par M.
JOUFFROY.
Pour S. A. S. le Prince ELECTEURPALATIN.
S'IL fallut des talens juſqu'alors inconnus
Pour peindre au naturel ce Prince qu'on adore ,
Il en faudroit bien plus encore
Pour peindre aujourd'hui ſes vertus.
POUR S. A. S. Mc'l'ÉLECTRICE.
De cet augufte objet repréfenté fans fard ,
L'image eft fi noble & fi pure ,
Qu'il a fallu furpaffer l'Art ,
Pour pouvoir fuivre la Nature.
Par M, DI GROUBENTAL.
12 Août 1763.
des Portraits de Leurs Alteffes Séréniffimes
ELECTORALES - PALA.
TINES ; peints fur glace par M.
JOUFFROY.
Pour S. A. S. le Prince ELECTEURPALATIN.
S'IL fallut des talens juſqu'alors inconnus
Pour peindre au naturel ce Prince qu'on adore ,
Il en faudroit bien plus encore
Pour peindre aujourd'hui ſes vertus.
POUR S. A. S. Mc'l'ÉLECTRICE.
De cet augufte objet repréfenté fans fard ,
L'image eft fi noble & fi pure ,
Qu'il a fallu furpaffer l'Art ,
Pour pouvoir fuivre la Nature.
Par M, DI GROUBENTAL.
12 Août 1763.
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Résumé : INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
Le document du 12 août 1763 présente des inscriptions pour des portraits peints sur verre des princes électeurs palatins par M. Jouffroy et M. Di Groubental. La première inscription loue les talents nécessaires pour représenter le prince électeur et ses vertus. La seconde décrit l'image de l'électrice comme noble et pure, nécessitant un art supérieur pour imiter la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10382
p. 26-29
LETTRE de feu M. de R.... à M. le C. D....
Début :
QUAND le sort capricieux [...]
Mots clefs :
Patrie, Inconstance, Tendresse, Société, Bienséance, Citoyen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de feu M. de R.... à M. le C. D....
LETTRE de feu M. de R.... à M. le
C. D....
QUAND le fort capricieux
Signalant fon inconftance ,
De l'état le plus heureux
M'eut réduit dans l'indigence ,
J'affectai l'indifférence
Et la ftoïque fierté
D'un grand coeur , d'un homme fage
Qui voit d'un même viſage
Les biens & l'adverfité.
Mais dépouillons l'artifice
En fecret défefpéré ,
Au fond du coeur déchiré ,
Je gémiffois du caprice
De l'aveugle Déité.
Ton amitié , tá tendreffe ,
Cette conftante bonté
Qui dans mes maux intéreſſe
Rappella ma fermeté.
J'eus honte de ma foibleffe."
Quoi dis- je , l'éclat pompeur ,
Quoi , le bien que je regrette
Vaut-il l'amitié parfaite
D'un ami fi généreux !
Oui , mon cher D ....vous m'avez
OCTOBRE. 1763. 27
confolé ; vous m'avez dédommagé de
tout ; mais qui peut me confoler de
vous avoir perdu ? c'eſt un malheur
qui ne fouffre aucun foulagement. Je ne
crois pas avoir vécu un feul moment
depuis que je vous ai quitté . Pour comble
de malheur je fuis enfermé dans
un trifte Château. Eh , quelle fociété ,
grand Dieu !
Entre deux vieilles furannées ,
Dont les Parques ont par oubli
Laiffé prolonger les années ,
Dans la triſteſſe enſeveli ,
Je confume mes deſtinées.
Sentez-vous bien toute l'horreur de
ma fituation ? Je ne vois plus .... & je
vous ai perdu ; il faudroit du moins quelque
diffipation pour m'arracher aux
idées cruelles qui me fuivent partout ;
mais le devoir & cette maudite bienféance
me retiennent dans le lieu du
monde le plus affreux. Je ne vois que
des rides , des lunettes & le Breviaire
de mon Curé , vieillard aſthmatique &
qui a encore des reftes de grivois. Je
ne fçaurois vous peindre affez vivement
nos après foupers , & le lieu où ils fe
paffent : c'eft une grande falle que l'on
affure être une preuve de nobleffe . On
-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
s'y voit à la lueur d'une lampe qui ne
laiffe difcerner que confufément la Nativité
du Sauveur & le Jugement de Paris,
Piéces de Tapifferie que l'on a affociées .
La bifarrerie de cet affemblage me fait
toujours rire ; & ce rire regardé comme
une marque de mépris , fait vomir mille
injures à mes deux vieilles . J'y réponds
avec humilité & compte m'endormir à
la faveur des ténébres ; mais les queftions
importunes & la récapitulation
de mes fautes inceffamment objectée
me réveillent & m'aigriffent fi fort, que
nous ne nous féparons jamais qu'avec
l'envie de ne nous plus revoir . Voilà
le pays & les gens avec qui j'habite.
On m'affure cependant que je ne dois
point fortir d'ici ni quitter ma famille,
Les noms de patrie & de parenté font
des phantômes qu'on adore ; mais convenez
qu'il y a bien de la folie dans ce
préjugé.
I h quoi , fi j'ai reçu le jour
Aux bords glacés de la Scythie ,
Dois-je dans cet affreux féjour
Paffer tout le temps de ma vie ?
Faudra-t-il malgré la furie
Des Aquilons & des hyvers
Préférer ma trifte patrie
OCTOBRE . 1763 . 29
Aux plus beaux lieux de l'Univers ?
Laiffons cette illuftre manie
Aux grands coeurs de l'Antiquité.´
Encore en a- t - elle vanté
Qui ne l'avoient guère ſuivie ;
Car enfin ce fage héros ,
Que fans ceffe le bon Homère
Nous fait voir à travers les flots
Cherchant fon Ifle folitaire ,
Ne fut jamais ainfi prefféj
De revoir cette Ifle fi chère.
Près de Calipfo , de Circé ,
N'oublia- til pas fa chimère ?
Le nom facré , le beau lien
De Patrie & de Citoyen ,
Alors ne le touchoit plus guère.
Malgré cet amour fi vanté ,
Malgré l'ardeur vive & conftante
Qui lui ren doit toujours fon Ithaque préſente j
Il eut pourtant l'habileté
Après que le Troyen fut foumis à la Gréce ,
De paffer dans les bras de mainte Déité
Les derniers ans de la jeuneffe.
Enfin quand les charmes flétris
Lui ravirent l'espoir de plaire ,
Il retourna dans fon pays.
Qu'auroit-il eu de mieux à faire ?
C. D....
QUAND le fort capricieux
Signalant fon inconftance ,
De l'état le plus heureux
M'eut réduit dans l'indigence ,
J'affectai l'indifférence
Et la ftoïque fierté
D'un grand coeur , d'un homme fage
Qui voit d'un même viſage
Les biens & l'adverfité.
Mais dépouillons l'artifice
En fecret défefpéré ,
Au fond du coeur déchiré ,
Je gémiffois du caprice
De l'aveugle Déité.
Ton amitié , tá tendreffe ,
Cette conftante bonté
Qui dans mes maux intéreſſe
Rappella ma fermeté.
J'eus honte de ma foibleffe."
Quoi dis- je , l'éclat pompeur ,
Quoi , le bien que je regrette
Vaut-il l'amitié parfaite
D'un ami fi généreux !
Oui , mon cher D ....vous m'avez
OCTOBRE. 1763. 27
confolé ; vous m'avez dédommagé de
tout ; mais qui peut me confoler de
vous avoir perdu ? c'eſt un malheur
qui ne fouffre aucun foulagement. Je ne
crois pas avoir vécu un feul moment
depuis que je vous ai quitté . Pour comble
de malheur je fuis enfermé dans
un trifte Château. Eh , quelle fociété ,
grand Dieu !
Entre deux vieilles furannées ,
Dont les Parques ont par oubli
Laiffé prolonger les années ,
Dans la triſteſſe enſeveli ,
Je confume mes deſtinées.
Sentez-vous bien toute l'horreur de
ma fituation ? Je ne vois plus .... & je
vous ai perdu ; il faudroit du moins quelque
diffipation pour m'arracher aux
idées cruelles qui me fuivent partout ;
mais le devoir & cette maudite bienféance
me retiennent dans le lieu du
monde le plus affreux. Je ne vois que
des rides , des lunettes & le Breviaire
de mon Curé , vieillard aſthmatique &
qui a encore des reftes de grivois. Je
ne fçaurois vous peindre affez vivement
nos après foupers , & le lieu où ils fe
paffent : c'eft une grande falle que l'on
affure être une preuve de nobleffe . On
-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
s'y voit à la lueur d'une lampe qui ne
laiffe difcerner que confufément la Nativité
du Sauveur & le Jugement de Paris,
Piéces de Tapifferie que l'on a affociées .
La bifarrerie de cet affemblage me fait
toujours rire ; & ce rire regardé comme
une marque de mépris , fait vomir mille
injures à mes deux vieilles . J'y réponds
avec humilité & compte m'endormir à
la faveur des ténébres ; mais les queftions
importunes & la récapitulation
de mes fautes inceffamment objectée
me réveillent & m'aigriffent fi fort, que
nous ne nous féparons jamais qu'avec
l'envie de ne nous plus revoir . Voilà
le pays & les gens avec qui j'habite.
On m'affure cependant que je ne dois
point fortir d'ici ni quitter ma famille,
Les noms de patrie & de parenté font
des phantômes qu'on adore ; mais convenez
qu'il y a bien de la folie dans ce
préjugé.
I h quoi , fi j'ai reçu le jour
Aux bords glacés de la Scythie ,
Dois-je dans cet affreux féjour
Paffer tout le temps de ma vie ?
Faudra-t-il malgré la furie
Des Aquilons & des hyvers
Préférer ma trifte patrie
OCTOBRE . 1763 . 29
Aux plus beaux lieux de l'Univers ?
Laiffons cette illuftre manie
Aux grands coeurs de l'Antiquité.´
Encore en a- t - elle vanté
Qui ne l'avoient guère ſuivie ;
Car enfin ce fage héros ,
Que fans ceffe le bon Homère
Nous fait voir à travers les flots
Cherchant fon Ifle folitaire ,
Ne fut jamais ainfi prefféj
De revoir cette Ifle fi chère.
Près de Calipfo , de Circé ,
N'oublia- til pas fa chimère ?
Le nom facré , le beau lien
De Patrie & de Citoyen ,
Alors ne le touchoit plus guère.
Malgré cet amour fi vanté ,
Malgré l'ardeur vive & conftante
Qui lui ren doit toujours fon Ithaque préſente j
Il eut pourtant l'habileté
Après que le Troyen fut foumis à la Gréce ,
De paffer dans les bras de mainte Déité
Les derniers ans de la jeuneffe.
Enfin quand les charmes flétris
Lui ravirent l'espoir de plaire ,
Il retourna dans fon pays.
Qu'auroit-il eu de mieux à faire ?
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Résumé : LETTRE de feu M. de R.... à M. le C. D....
Dans une lettre datée d'octobre 1763, l'auteur exprime sa détresse et son désespoir face à sa situation misérable et solitaire. Après avoir feint l'indifférence, il avoue la valeur inestimable de l'amitié de son destinataire, M. le C. D..., par rapport aux biens matériels perdus. Enfermé dans un château triste avec deux vieilles femmes et un curé asthmatique, il passe ses soirées dans une salle éclairée par une faible lampe, décorée de tapisseries représentant la Nativité du Sauveur et le Jugement de Paris. Son sommeil est perturbé par les questions et les reproches des vieilles femmes. Malgré son désir de partir, il est retenu par les préjugés liés à la patrie et à la famille. Il compare sa situation à celle d'Ulysse, qui explora le monde avant de retourner à Ithaque, se questionnant sur la nécessité de rester dans une patrie froide et inhospitalière.
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10383
p. 30
RÉPONSE de Mlle le C.. pour M. le C. D..
Début :
J'AI lu cette lettre admirable, [...]
Mots clefs :
Lettre, Réponse, Chagrin, Patrie, Prière, Tristesse, Délire
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle le C.. pour M. le C. D..
RÉPONSE de Mlle le C..pour M.leC.D..
J'AI I 'AI lu cette lettre admirable ,
Où plein d'une noire fureur ,
De l'affreux chagrin qui t'accable
Tu nous repréfentes l'horreur.
Mais fi tu trouves dans Homère
Un exemple qui t'a fçu plaire ,
Pourquoi ne le pas imiter ?
Pourquoi regarder ta Patrie
Avec cette aveugle furie
Qui ne fert qu'à te tourmenter ?
Céde au deftin , fais comme Ulyffe :
Offre tes pleurs en facrifice
A l'aimable enfant de Paphos ;
A Montpellier comme à Cythère ,
Il exaucera ta prière ,
Et tu jouiras du repos
Qui fçut adoucir la mifère
Des plus infortunés héros. "
Oui , fors ami , de ta trifteffe ;
Et dans les bras d'une maîtrelle
Goûtes la joie enchantereſſe
Qui feul a droit de nous charme .
Mais au milieu de ce délire ,
Reffouviens- toi de nous aimer ,
Et plus encor de nous écrire.
J'AI I 'AI lu cette lettre admirable ,
Où plein d'une noire fureur ,
De l'affreux chagrin qui t'accable
Tu nous repréfentes l'horreur.
Mais fi tu trouves dans Homère
Un exemple qui t'a fçu plaire ,
Pourquoi ne le pas imiter ?
Pourquoi regarder ta Patrie
Avec cette aveugle furie
Qui ne fert qu'à te tourmenter ?
Céde au deftin , fais comme Ulyffe :
Offre tes pleurs en facrifice
A l'aimable enfant de Paphos ;
A Montpellier comme à Cythère ,
Il exaucera ta prière ,
Et tu jouiras du repos
Qui fçut adoucir la mifère
Des plus infortunés héros. "
Oui , fors ami , de ta trifteffe ;
Et dans les bras d'une maîtrelle
Goûtes la joie enchantereſſe
Qui feul a droit de nous charme .
Mais au milieu de ce délire ,
Reffouviens- toi de nous aimer ,
Et plus encor de nous écrire.
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Résumé : RÉPONSE de Mlle le C.. pour M. le C. D..
L'auteur répond à une lettre marquée par la colère et la tristesse. Il conseille de suivre l'exemple d'Homère et d'Ulysse pour trouver la paix et de se tourner vers l'amour, incarné par Vénus, pour apaiser les souffrances. Il recommande de chercher le bonheur avec une maîtresse tout en continuant à lui témoigner de l'affection et à lui écrire.
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10384
p. 31-34
QUATRIÉME Caractère du vrai Philosophe. Réglé dans ses mœurs.
Début :
L'HONNÊTETÉ & la candeur des mœurs sont des vertus inséparables de [...]
Mots clefs :
Honnêteté, Candeur, Mœurs , Philosophe, Conduite, Équivoques galantes, Maintien, Sage, Dépravation, Femmes
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texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME Caractère du vrai Philosophe. Réglé dans ses mœurs.
QUATRIÈME Caractère du vrai Philofophe.
Réglé dans fes moeurs.
L'HONN 'HONNÊTE TÉ & la candeur des
moeurs font des vertus inféparables de
F'homme de bien . Tout homme vertueux
doit fe refpecter & dans lui-même
& dans les autres. Il doit veiller attentivement
à la garde de fon propre
coeur , fuir les appas dangereux de la
féduction , réprimer fes defirs & mettre
un frein à fes paffions. Voilà en deux
mots les obligations dur Sage , & le vrai
fecret d'être heureux .
Le vrai Philofophe eft également réfervé
dans fa conduite & dans fes difcours.
Tout doit infpirer dans fes actions
& dans fon langage , l'amour de
la vertu . Analyfons le coeur du Sage
appliquons - nous à le connoître & à
l'imiter.
Ennemi de tout libertinage de coeur
& d'efprit , il ne fe permet rien qui.
puiffe porter la moindre atteinte à la
pureté des moeurs . Dans la fociété la
plus familière , où l'on prétend fe dérider
en accordant à l'efprit quelques
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
traits libres & peu décens , pour le délaf
fer de fes occupations férieufes ; où
l'on croit pouvoir fans conféquence
donner carrière à fon imagination , en
fe livrant à fes faillies plaifantes mais
déréglées , à ces équivoques galantes ,
mais obfcènes , à ces images légérement
gazées & toujours dangereufes &
féduifantes... Entretiens licentieux d'un
monde choifi & diftingué où la pudeur
& la vertu font fi peu refpectées , où lat
médifance & la calomnie infultent le plus
fouvent à l'honneur & à la réputation...
Le Sage toujours réfervé n'ouvre la bouche
que pour faire l'apologie de la vertu
Il fe fait refpecter par la décence de fon
maintien ; il en impofe aux libertins
par fon mérite reconnu ; il fe fait aimer
de tout le monde , parcequ'il net
médit de perfonne , parce qu'il prend le
parti de ceux qu'on déchire ; parce qu'il
apprend aux autres à douter , quand il
s'agit de flétrir ou de ridiculifer fon prochain
, & à fe taire , quand on ne peut
en dire du bien. Les hiftoires du jour ,
les fcènes galantes , les avantures de
Ruelles,les Romans obfcènes , les chanfons
licentieufes , loin de contribuer à
fon amuſement , le font gémir intérieurement
fur la frivolité de l'efprit
OCTOBRE . 1763 . 33
humain , lui fourniffent des réfléxions
utiles & propres à garantir fon efprit
& fon coeur des impreffions funeftes
qu'il pourroit en recevoir.
Dans fes actions toujours en garde
contre fes paffions , il fuit les appas
trompeurs d'une beauté auffi prônée
que dangereufe, dont les attraits feroient
autant d'écueils , autant de piéges pour
fa vertu. La volupté dans fon principe,
n'eft qu'une légére étincelle : nos penchans
vicieux , notre corruption natu-.
relle , notre dépravation , lui fervent
d'aliment. Au milieu des délices d'un!
monde corrompu , la Philofophie s'égare
& l'homme qui fe laiffe entraîner par
le torrent des plaifirs perd bientôt tout
le prix de fes veilles & de fes travaux ,
Prétendrois -je ici exclure le Philofophe
de la compagnie des femmes , lui
en interdire la fociété ? Non affurément.
Je ne bannirai point le Sage de
ces fociétés de femmes vertueufes qui
joignent la décence des moeurs & la
modeftie à l'éclat de leur beauté , de ces
femmes qui fçavent unir à la fine ffe
d'un efprit délicat , les grâces d'un en--
joùment honnête & agréable cette
douceur de caractère d'un féxe qui fervit
de tout temps à humanifer le nô-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
tre , à le polir , à adoucir fon eſpéce de
férocité à parer nos moeurs fans les
dépraver. Qu'il vive dans la Société, pour
lui fervir d'inftruction & de modéle .
Réglé dans fes moeurs.
L'HONN 'HONNÊTE TÉ & la candeur des
moeurs font des vertus inféparables de
F'homme de bien . Tout homme vertueux
doit fe refpecter & dans lui-même
& dans les autres. Il doit veiller attentivement
à la garde de fon propre
coeur , fuir les appas dangereux de la
féduction , réprimer fes defirs & mettre
un frein à fes paffions. Voilà en deux
mots les obligations dur Sage , & le vrai
fecret d'être heureux .
Le vrai Philofophe eft également réfervé
dans fa conduite & dans fes difcours.
Tout doit infpirer dans fes actions
& dans fon langage , l'amour de
la vertu . Analyfons le coeur du Sage
appliquons - nous à le connoître & à
l'imiter.
Ennemi de tout libertinage de coeur
& d'efprit , il ne fe permet rien qui.
puiffe porter la moindre atteinte à la
pureté des moeurs . Dans la fociété la
plus familière , où l'on prétend fe dérider
en accordant à l'efprit quelques
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
traits libres & peu décens , pour le délaf
fer de fes occupations férieufes ; où
l'on croit pouvoir fans conféquence
donner carrière à fon imagination , en
fe livrant à fes faillies plaifantes mais
déréglées , à ces équivoques galantes ,
mais obfcènes , à ces images légérement
gazées & toujours dangereufes &
féduifantes... Entretiens licentieux d'un
monde choifi & diftingué où la pudeur
& la vertu font fi peu refpectées , où lat
médifance & la calomnie infultent le plus
fouvent à l'honneur & à la réputation...
Le Sage toujours réfervé n'ouvre la bouche
que pour faire l'apologie de la vertu
Il fe fait refpecter par la décence de fon
maintien ; il en impofe aux libertins
par fon mérite reconnu ; il fe fait aimer
de tout le monde , parcequ'il net
médit de perfonne , parce qu'il prend le
parti de ceux qu'on déchire ; parce qu'il
apprend aux autres à douter , quand il
s'agit de flétrir ou de ridiculifer fon prochain
, & à fe taire , quand on ne peut
en dire du bien. Les hiftoires du jour ,
les fcènes galantes , les avantures de
Ruelles,les Romans obfcènes , les chanfons
licentieufes , loin de contribuer à
fon amuſement , le font gémir intérieurement
fur la frivolité de l'efprit
OCTOBRE . 1763 . 33
humain , lui fourniffent des réfléxions
utiles & propres à garantir fon efprit
& fon coeur des impreffions funeftes
qu'il pourroit en recevoir.
Dans fes actions toujours en garde
contre fes paffions , il fuit les appas
trompeurs d'une beauté auffi prônée
que dangereufe, dont les attraits feroient
autant d'écueils , autant de piéges pour
fa vertu. La volupté dans fon principe,
n'eft qu'une légére étincelle : nos penchans
vicieux , notre corruption natu-.
relle , notre dépravation , lui fervent
d'aliment. Au milieu des délices d'un!
monde corrompu , la Philofophie s'égare
& l'homme qui fe laiffe entraîner par
le torrent des plaifirs perd bientôt tout
le prix de fes veilles & de fes travaux ,
Prétendrois -je ici exclure le Philofophe
de la compagnie des femmes , lui
en interdire la fociété ? Non affurément.
Je ne bannirai point le Sage de
ces fociétés de femmes vertueufes qui
joignent la décence des moeurs & la
modeftie à l'éclat de leur beauté , de ces
femmes qui fçavent unir à la fine ffe
d'un efprit délicat , les grâces d'un en--
joùment honnête & agréable cette
douceur de caractère d'un féxe qui fervit
de tout temps à humanifer le nô-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
tre , à le polir , à adoucir fon eſpéce de
férocité à parer nos moeurs fans les
dépraver. Qu'il vive dans la Société, pour
lui fervir d'inftruction & de modéle .
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Résumé : QUATRIÉME Caractère du vrai Philosophe. Réglé dans ses mœurs.
Le texte présente les traits distinctifs du véritable philosophe, caractérisé par son honnêteté, sa sincérité et sa vertu. Il veille à surveiller ses propres actions et celles des autres, évitant les tentations et maîtrisant ses passions. Le philosophe se distingue par une conduite réservée et des discours inspirés par l'amour de la vertu. Il évite les comportements libertins et maintient une pureté morale, même dans des contextes sociaux où la décence est souvent négligée. Il respecte et protège la réputation des autres, s'abstenant de médisances et de calomnies. Les distractions frivoles et les comportements licencieux suscitent chez lui une réflexion sur la frivolité humaine plutôt que de l'amuser. Vigilant face à ses passions et aux dangers de la beauté trompeuse, il n'est pas isolé de la société. Il fréquente des femmes vertueuses, alliant beauté, décence et modestie, contribuant ainsi à l'humanisation et au raffinement des mœurs.
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10385
p. 34-37
ÉSSAI Critique sur l'HOMME.
Début :
L'HOMME est industrieux à se forger des chaînes ; [...]
Mots clefs :
Homme, Vertus, Cœur, Plaisirs, Heureux, Yeux, Chaînes, Essai, Philosophie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉSSAI Critique sur l'HOMME.
ÉSSAI Critique fur l'HOMME.
L'HOMME eft induftrieux à fe forger des chaînes ;
Ardent dans les plaifirs , exceffif dans fes peines
II paffe de la joie aux plus vives douleurs ;
Il rit avec tranſport, ou s'abandonne aux pleurs :
De caprices , d'humeurs, quel bizarre aſſemblage
Il veut , il ne veut pas , il defire , il enrage :
Défiant & crédule , humain , doux , & brutal ,
Que l'homme eft à mes yeux un étrange animal
Raifon préfent du Ciel ! doux flambeau de ma
vie !
Viens éclairer mes pas & ma Philofophie.
Dans l'homme defcendons , analyfons fon coeur,
Qu'il le connoiffe en fin , qu'il devienne meilleur.
L'homme , de l'Eternel eft le plus digne ouvrage
Il fortit de fes mains pur , innocent & fage.
L'ingrat dans fes forfaits , enfans de fon orgueil ,
De toutes les vertus trouva le trifte écueil .
La honte fur fon front , figne de fa mifère ,
De fon crime avéré , fut le jufte falaire.
Exilé pour jamais de ces heureux climats ,
Tob
Où la Terre de fleurs fe couvroit fous lespas.. PAV
OCTOBRE. 1763 . 35
Aveugle complaifance ! ingratitude impie !
Sources de nos malheurs , fléaux de notre vie ,
Vous éteignez en nous le jour de la Raifon ;
L'inſtinct qui nous maîtriſe eft notre paffion.
Le menfonge impudent opprime l'innocence ,
Et l'homme devient fourbe & fans reconnoiſſance .
L'aimable Vérité , fimple dans fes attraits ,
Trop fouvent compromife , en butte à tous les
traits ;
L'Infenfé lui préfére un honteux artifice ,
Al immole l'honneur à l'idole du vice ;
De la Religion il n'entend plus la voix ;
L'Athéilme eft le Dieu dont fon coeur a fait choir
De l'Incrédulité fuivant la Secte impie,
Sa vie est un tiffu d'horreur & d'infamie :
De mille pathons eſclave tour-à-tour ,
V
Pour de nouveaux forfaits il voit naître le jour :
Par les plaifirs des fens il abrutit fon âme ,
Et de nouveaux defirs ſon coeur brûle & s'en
Aâme :
Artifan de fes maux , lui- même fon bourreau ,
Le crime le conduit jufqu'au bord du tombeau ,
La Mort prête à frapper , une vive lumière
Vient défiller les yeux en fermant fa paupière ;:
Il fe voit ; jour affreux ! il en frémit d'horreur ,
En proie à fes remords l'enfer eft dans fon coeur...
Homme fuperbe & vain ! quelle eft ta deſtinée !
Crois- tu la Providence à te nuire acharnée ?
Érange aveuglement ! fatale illufion !
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
Emprunte le flambeau de la Religion .
Leve les yeux au Ciel ; vois quelle efſt ta patrie ;
Vois quel eft ton deſtin & réforme ta vie.
Oppole à ton orgueil la fage humilité ;
Songe bien qu'ici-bas tout n'eft que vanité :
La nobleffe du fang , le rang & la puiffance ,
La beauté , les talens , l'efprit & la ſcience
Sont de vains ornemens , des titres fuperflus ;
Le vrai Sage eft l'ami de toutes les vertus .
Homme voluptueux ! oppofe à ton yvreſſe
La pureté du coeur , l'amour de la fageffe :
La honte fuit de près de criminels tranſports ;
Dans le fein des plaifirs on puife les remords...
Le Sage vit en paix au ſein de l'innocence ; :
Il vit avec lui-même en bonne intelligence.
L'Avare qui pâlit fur d'immenfes trésors ,
Ufe fes triftes jours en pénibles efforts ;
Dévoré de chagrins , de foins , d'inquiétude ,
La crainte le pourſuit .... Affreuſe ſolitude !
Sans fecours , fans regrets il meurt abandonné.
Quand on meurt fans vertus, on meurt infortuné.
Mais plus heureux celui qui dans fon opulence
Par d'utiles fecours foulage l'indigence :
Il confole en fixant fes regards paternels ,
Et les coeurs attendris lui dreſſent des Autels. ..
Effayez des vertus le doux. apprentiffage ,
Mortels ! brifez les fers d'un honteux eſclavage ;
OCTOBRE. 1763. 327
Domptez vos paffions , ces tyrans dangereux 3
Exempts de préjugés , vivez , foyez heureux !
- DAGUES DE CLAIRFONTAINE,
L'HOMME eft induftrieux à fe forger des chaînes ;
Ardent dans les plaifirs , exceffif dans fes peines
II paffe de la joie aux plus vives douleurs ;
Il rit avec tranſport, ou s'abandonne aux pleurs :
De caprices , d'humeurs, quel bizarre aſſemblage
Il veut , il ne veut pas , il defire , il enrage :
Défiant & crédule , humain , doux , & brutal ,
Que l'homme eft à mes yeux un étrange animal
Raifon préfent du Ciel ! doux flambeau de ma
vie !
Viens éclairer mes pas & ma Philofophie.
Dans l'homme defcendons , analyfons fon coeur,
Qu'il le connoiffe en fin , qu'il devienne meilleur.
L'homme , de l'Eternel eft le plus digne ouvrage
Il fortit de fes mains pur , innocent & fage.
L'ingrat dans fes forfaits , enfans de fon orgueil ,
De toutes les vertus trouva le trifte écueil .
La honte fur fon front , figne de fa mifère ,
De fon crime avéré , fut le jufte falaire.
Exilé pour jamais de ces heureux climats ,
Tob
Où la Terre de fleurs fe couvroit fous lespas.. PAV
OCTOBRE. 1763 . 35
Aveugle complaifance ! ingratitude impie !
Sources de nos malheurs , fléaux de notre vie ,
Vous éteignez en nous le jour de la Raifon ;
L'inſtinct qui nous maîtriſe eft notre paffion.
Le menfonge impudent opprime l'innocence ,
Et l'homme devient fourbe & fans reconnoiſſance .
L'aimable Vérité , fimple dans fes attraits ,
Trop fouvent compromife , en butte à tous les
traits ;
L'Infenfé lui préfére un honteux artifice ,
Al immole l'honneur à l'idole du vice ;
De la Religion il n'entend plus la voix ;
L'Athéilme eft le Dieu dont fon coeur a fait choir
De l'Incrédulité fuivant la Secte impie,
Sa vie est un tiffu d'horreur & d'infamie :
De mille pathons eſclave tour-à-tour ,
V
Pour de nouveaux forfaits il voit naître le jour :
Par les plaifirs des fens il abrutit fon âme ,
Et de nouveaux defirs ſon coeur brûle & s'en
Aâme :
Artifan de fes maux , lui- même fon bourreau ,
Le crime le conduit jufqu'au bord du tombeau ,
La Mort prête à frapper , une vive lumière
Vient défiller les yeux en fermant fa paupière ;:
Il fe voit ; jour affreux ! il en frémit d'horreur ,
En proie à fes remords l'enfer eft dans fon coeur...
Homme fuperbe & vain ! quelle eft ta deſtinée !
Crois- tu la Providence à te nuire acharnée ?
Érange aveuglement ! fatale illufion !
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
Emprunte le flambeau de la Religion .
Leve les yeux au Ciel ; vois quelle efſt ta patrie ;
Vois quel eft ton deſtin & réforme ta vie.
Oppole à ton orgueil la fage humilité ;
Songe bien qu'ici-bas tout n'eft que vanité :
La nobleffe du fang , le rang & la puiffance ,
La beauté , les talens , l'efprit & la ſcience
Sont de vains ornemens , des titres fuperflus ;
Le vrai Sage eft l'ami de toutes les vertus .
Homme voluptueux ! oppofe à ton yvreſſe
La pureté du coeur , l'amour de la fageffe :
La honte fuit de près de criminels tranſports ;
Dans le fein des plaifirs on puife les remords...
Le Sage vit en paix au ſein de l'innocence ; :
Il vit avec lui-même en bonne intelligence.
L'Avare qui pâlit fur d'immenfes trésors ,
Ufe fes triftes jours en pénibles efforts ;
Dévoré de chagrins , de foins , d'inquiétude ,
La crainte le pourſuit .... Affreuſe ſolitude !
Sans fecours , fans regrets il meurt abandonné.
Quand on meurt fans vertus, on meurt infortuné.
Mais plus heureux celui qui dans fon opulence
Par d'utiles fecours foulage l'indigence :
Il confole en fixant fes regards paternels ,
Et les coeurs attendris lui dreſſent des Autels. ..
Effayez des vertus le doux. apprentiffage ,
Mortels ! brifez les fers d'un honteux eſclavage ;
OCTOBRE. 1763. 327
Domptez vos paffions , ces tyrans dangereux 3
Exempts de préjugés , vivez , foyez heureux !
- DAGUES DE CLAIRFONTAINE,
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Résumé : ÉSSAI Critique sur l'HOMME.
L''Essai critique sur l'Homme' analyse la nature humaine, marquée par des contradictions. L'homme est décrit comme industrieux mais capable de s'auto-aliéner, oscillant entre plaisirs et douleurs. Il est caractérisé par ses caprices, sa crédulité et sa brutalité, tout en étant doté de raison. L'auteur le considère comme l'œuvre suprême de l'Éternel, mais aussi marqué par l'ingratitude et l'orgueil. Le texte critique la complaisance et l'ingratitude, sources de malheurs, ainsi que le mensonge, la fourberie et l'athéisme, qui mènent à une vie d'horreur. L'homme, esclave de ses passions, affronte ses crimes à l'heure de la mort, éprouvant une profonde horreur. L'auteur appelle à une réforme morale, invitant l'homme à suivre la religion pour comprendre sa véritable patrie et son destin. Il prône l'humilité, la vertu et la sagesse contre l'orgueil et la vanité. Le sage vit en paix, tandis que l'avare meurt dans la solitude. Le texte se conclut par un appel à maîtriser les passions et à vivre sans préjugés pour atteindre le bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10386
p. 37-38
A CLIMENE à sa Toilette.
Début :
EH ! pourquoi te parer, Climene ? [...]
Mots clefs :
Beauté, Toilette, Fard, Nature, Charmes, Nudité, Dieu de la temdresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CLIMENE à sa Toilette.
A CLIMENE à fa Toilette.
EH! H! pourquoi te parer , Climene ?
Lorfque l'on a tant de beauté ,
C'eft prendre une inutile peine.
Laiffe-là ce luftre emprunté :
Tu brilles affez par toi-même.
C'est toi que tu veux que l'on aime :
Ne te cache point fous le fard ;
Montre tes traits fans impofture :
N'enchéris point fur la Nature :
Seule elle vaut mieux qu'avec l'art.
Voi l'Amour : l'éclat de fes charmes
N'eft point un éclat ajouté :
Il est tout nud ; fa nudité
Eft la plus forte de ſes armes.
Pour gagner le coeur de Paris ,
Pour lui paroître la plus belle ,
Que fait Vénus ? fe couvre-t-elle
D'or , deperles & de rubis ?
Junon en remplit fa coeffure ;
Pallas en charge fes habits ;
Elles ont besoin de parure ,
Mais il n'en faut point à Cypris.
38 MERCURE DE FRANCE.
Brillant d'une clarté nouvelle ,
Quand le foleil entre au taureau ,
Pour attirer l'ardent moineau
Que fait fon heureufe femelle ?
Que fait la jeune tourterelle
Pour plaire au jeune tourtereau ?
Je ne vois point de leur plumage
Qu'elles relèvent les couleurs ;
Mais contentes de faire ufage
Des attraits qui font leur partage
Elles n'empruntent rien d'ailleurs.
Voi , Climene ; dans la peinture ,
Par où l'Artifte ingénieux
Eft-il fûr de charmer nos yeux ?
Eft- ce en prodiguant la dorure ?
Est-ce en furchargeant d'ornemens
L'objet qu'il confie à la toile ?"
Non , c'eft en le peignant fans voile,
Qu'il lui donne plus d'agrémens.
Entends le Dieu de la tendreffe :
Il condamnetous tes efforts ,
Et reprouve cette richeſſe
Que lui dérobe tes trésors.
Ceffe donc , ma Elimene , ceffe ,
En voulant ainſi t'embellir ,
De perdre un temps que je regrette.
Ne donne point à la toilette
Ce que tu ne dois qu'au plaifir.
Par le Nouveau Venu au Parnoje.
EH! H! pourquoi te parer , Climene ?
Lorfque l'on a tant de beauté ,
C'eft prendre une inutile peine.
Laiffe-là ce luftre emprunté :
Tu brilles affez par toi-même.
C'est toi que tu veux que l'on aime :
Ne te cache point fous le fard ;
Montre tes traits fans impofture :
N'enchéris point fur la Nature :
Seule elle vaut mieux qu'avec l'art.
Voi l'Amour : l'éclat de fes charmes
N'eft point un éclat ajouté :
Il est tout nud ; fa nudité
Eft la plus forte de ſes armes.
Pour gagner le coeur de Paris ,
Pour lui paroître la plus belle ,
Que fait Vénus ? fe couvre-t-elle
D'or , deperles & de rubis ?
Junon en remplit fa coeffure ;
Pallas en charge fes habits ;
Elles ont besoin de parure ,
Mais il n'en faut point à Cypris.
38 MERCURE DE FRANCE.
Brillant d'une clarté nouvelle ,
Quand le foleil entre au taureau ,
Pour attirer l'ardent moineau
Que fait fon heureufe femelle ?
Que fait la jeune tourterelle
Pour plaire au jeune tourtereau ?
Je ne vois point de leur plumage
Qu'elles relèvent les couleurs ;
Mais contentes de faire ufage
Des attraits qui font leur partage
Elles n'empruntent rien d'ailleurs.
Voi , Climene ; dans la peinture ,
Par où l'Artifte ingénieux
Eft-il fûr de charmer nos yeux ?
Eft- ce en prodiguant la dorure ?
Est-ce en furchargeant d'ornemens
L'objet qu'il confie à la toile ?"
Non , c'eft en le peignant fans voile,
Qu'il lui donne plus d'agrémens.
Entends le Dieu de la tendreffe :
Il condamnetous tes efforts ,
Et reprouve cette richeſſe
Que lui dérobe tes trésors.
Ceffe donc , ma Elimene , ceffe ,
En voulant ainſi t'embellir ,
De perdre un temps que je regrette.
Ne donne point à la toilette
Ce que tu ne dois qu'au plaifir.
Par le Nouveau Venu au Parnoje.
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Résumé : A CLIMENE à sa Toilette.
Le poème s'adresse à Climène, lui conseillant de ne pas recourir à un maquillage excessif ou à des parures. L'auteur affirme que la beauté naturelle de Climène est suffisante pour la rendre attrayante. Il compare Climène à Vénus, déesse qui n'a pas besoin de bijoux pour être belle, et à des oiseaux qui utilisent leurs attraits naturels pour séduire. Le poète souligne que l'art véritable, comme la peinture, charme par la représentation authentique des sujets, sans artifice. Il exhorte Climène à cesser de perdre du temps en toilette, préférant consacrer ce temps au plaisir et à l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10387
p. 39-57
GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
Début :
AARON al-radchid, Calife de Bagdat, étoit contemporain de Charlemagne [...]
Mots clefs :
Calife, Princesse, Seigneur, Vertus, Supplice, Crime, Arts
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texteReconnaissance textuelle : GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
GIAFFAR ET ABASSAH ,
TRAIT & Hiftoire Arabe.
AARON al- radchid , Calife de Bagdat
, étoit contemporain
de Charlema
gne , & régnoit affez paifiblement fur
l'Afie , tandis que ce dernier bouleverfoit
l'Europe. Ces deux Princes étoient
amis , & avoient beaucoup d'analogie
dans le caractère : tous deux braves ,
tous deux hommes de génie , tous deux
aimant les Arts , dans des temps & des
lieux où le nom même des Arts étoit
prèfque ignoré tous deux bons Aftro
nomes pour leur fiécle , & peut-être un
peu Aftrologues ; leurs penchans , ' leurs
vertus , leurs vices eurent un rapport
des plus frappans. L'Hiftoire cite néanmoins
un trait où leur conduite fut
bien oppofée. On dit que Charlemagne
fit époufer fa propre fille à Eginard fon
Secrétaire , par la raifon qu'ils avoient
empiété fur les droits de l'hymen . Cette
raifon pouvoit fuffire alors. Aaron au
contraire , donna fa foeur en mariage à
fon Vifir , fous la bifarre condition de
n'ufer jamais du privilége d'époux. Un
40 MERCURE DE FRANCE.
tel caprice eft inexcufable dans tous les
temps .
Ce Vifir avoit nom Giaffar , & étoit
de l'illuftre Famille des Barmecides . On
nommoit ainfi les defcendans d'un autre
Giaffar qui lui-même étoit iffu des
anciens Rois de Perfe . Obligé d'abandonner
fubitement fa patrie , il avoit,
trouvé un afyle à la Cour du Calife
Soliman: il s'y étoit même élevé au
plus haut point de faveur. Une chofeaffez
rare , c'eft que fa poftérité avoit
joui des mêmes avantages auprès des
fucceffeurs de ce Calife , quoique fa
dynaſtie eût été remplacée par une autre.
Une chofe plus rare encore , c'eſt
que tous ces Barmecides fe montrerent
dignes de leur haute fortune. Ils mife:
foient les talens aux vertus , & furent
peut-être les premiers que la faveur du
Prince conduifit à celle du Peuple . Revenons
au moderne Giaffar.
C'étoit l'homme de tout l'Orient le
plus propre aux affaires , & le moins enclin
à s'y livrer. Il avoit été fait Vifir
dans un âge où il n'eft pas même pa-,
turel d'ambitionner cette Place , & l'avoit
quittée lorsque l'ambition devoit
être en lui la plus forte. Son penchant
pour les lettres , le repos & les plaifirs
OCTOBRE. 1763 . 41
faifoient de lui un homme aimable ,
un homme de fociété , plutôt qu'un
homme d'état. Il foutint cependant
avec honneur le poids du Ministère
parce que l'homme fupérieur ne peut
fe réfoudre à être médiocre nulle- part.
Mais ayant réuffi à fe donner pourfuc
ceffeur au Vifiriat fon frère aîné , trèsdigne
de lui fuccéder , il put librement
fe livrer à fes goûts : il devint l'Ecrivain
le plus élégant qui fût alors ; il devint ,
qui plus eft , l'ami intime du Souverain
dont il n'avoit d'abord été que le premier
Miniftre.
,
Aaron avoit une égale tendreffe pour
Abaffah fa propre four , jeune Princeffe
qui vivoit avec les femmes de ce Calife
dans un lieu du Palais où lui feul pouvoit
entrer. Chaque jour il venoit paffer
quelques heures avec elle
& retournoit
enfuite auprès de fon favori ;
mais bientôt cette alternative lui parut
fatigante. Il regretta de ne pouvoir entretenir
à la fois deux perfonnes qui lui
étoient également chères. Il parloit
fouvent à Giaffar des charmes féduifans
d'Abaffah ; il vantoit à cette Princeffe
le mérite extrême de Giaffar.Tous deux
par ce moyen fe connurent avant que
de s'être vus, & tous deux defiroient de
42 MERCURE DE FRANCE.
fe voir. Le Calife , qui ne defiroit pas
moins de les raffembler , ne tarda pas a
leur procurer cette mutuelle fatisfaction
. Il voulut , en dépit des uſages de
tout l'Orient ., que fa foeur quittât la
compagnie des femmes pour manger
habituellement à fa table avec tous les
hommes qu'il daigneroit y admettre .
Giaffar profita bien affidûment de
cette faveur. Abaſſah lui parut infininiment
fupérieure au portrait que le
Calife en avoit tracé ; ce qui étoit vrai .
Aux charmes d'une beauté réguliere ,
elle joignoit tous ceux d'un efprit cultivé
: elle y joignoit , de plus , tout le
naturel de la candeur & toutes les graçes
de l'enjouement. Il eût fuffi de ne la
voir qu'une fois pour en être épris , &
Giaffar la voyoit tous les jours. Auffi
chaque jour fembloit - il ajouter un degré
de force à fa paffion .
Des mouvemens à-peu-près fembla
bles agitoient le coeur de la Princeffe .
Giaffar n'étoit pas toujours le feul à qui
le Calife procurât la faveur de fe trouver
avec elle mais il fut le feul qu'elle
diftingua d'abord ; & bientôt elle eût
voulu n'appercevoir que lui. Cette fympathie
réciproque étoit trop marquée
pour que le Calife n'en eût pas au moins,
OCTOBRE. 1763 . 43
quelque foupçon . Ses foupçons ne tarderent
même pas à être changés en
certitude : ce qui , toutefois , n'apporta
aucune différence dans fa conduite. Il
ne parut point furpris d'une chofe que ,
fans doute , il avoit dû prévoir. L'amoureux
couple eut toujours les mêmes:
occafions de s'entretenir : Aaron y con
tribua comme il avoit fait jufqu'alors ,
& fongea même à faire quelque chofe
de plus c'est-à-dire , que ce Calife
prit la réfolution d'élever Giaffar au
rang de fon Beau-frère , & de rendre .
Epoux ceux qu'il avoit pour ainfi dire
forcé de devenir Amans. Mais , par un
caprice des plus embaraffans à définir ,
ce Prince , d'ailleurs très -fenfé , mit à
cette faveur une condition auffi abfurde
qu'impraticable. On ne dit point quel
en fut le motif. Peut-être n'étoit- ce que
le réſultat de quelques vifions Aftrolo
giques peut être n'en doit - on chercher
la caufe que dans la bifarrerie de
Fefprit humain ; fource intariffable , &
dans laquelle l'homme le plus fage n'eft
pas toujours exempt de puifer.
·
Un jour qu'Abafah & Giaffar s'entretenoient
feuls avec le Calife , ce
Prince fit tomber la converfation fur
une matière intéreffante pour chacun
44 MERCURE DE FRANCE.
d'eux ; il s'agiffoit de l'amitié. Le Ciel,
difoit Aaron m'a rendu maître d'un
Empire des plus vaftes , j'unis la Cou--
ronne à la thiare , la dignité du Sacerdoce
à la Puiffance du Souverain ; mes
Armées font triomphantes , & j'en fuis
le Général ; je fais fleurir les Arts , &
je les cultive : tant d'avantages réunis
ne peuvent entiérement me fatisfaire ,
il en eft un qui me paroît infiniment
plus précieux , & que peut-être le Ciel
s'obtine à me refuſer.
Ce difcours jetta ceux qui l'écou
toient dans une extrême furpriſe . Tous
deux la témoignerent avec le même
empreffement . Souverain Commandant
des Fidéles , ajouta Giaffar , que vous
refte-t-il à defirer dans ce haut degré
de Puiffance & de Gloire où toute la
Terre vous contemple ? Une chofe , repliqua
le Monarque , une chofe que
P'Empire du monde même ne peut donner
& peut fouvent faire perdre en
un mot , un ami , le feul tréfor qui
pour l'ordinaire , manque à un Souverain
.
Ah , Seigneur ! s'écrierént Abafah
& Giaffar , également confternés , quels
voeux vous refte-t-il à former fur ce
point ? Doutez-vous de ma tendreffe ,
OCTOBRE. 1763. 45
,
difoit Abaffah ? Doutez-vous de mon
zéle refpectueux & défintéreffé , ajoutoir
Giaffar ? Ecoutez - moi , reprit à fon
tour , Aaron- Al- radchid. Vous m'aimez
dites-vous ; je fuis perfuadé que telle
eft , du moins votre intention : c'eft
moi qui vous ai réunis ; c'eſt mọi qui
fuis le premier moteur de votre attachement
réciproque, L'effet en eft trop
agréable pour que vous en haïffiez la
caufe. Je ne vous foupçonne donc pas
de me haïr mais il y a loin de cet
état à celui de l'amitié. Qui fçait même
fi je ne fuis pas devenu pour vous un
tiers incommode ?
A ces mots , les proteftations de la
Princeffe & du Favori rédoublerent .
Non, Seigneur , s'écrioit Abaffah , que
le difcours du Calife avoit rendu un
peu confufe ; non , il n'eft rien qui ne
céde à la reconnoiffance que je vous
dois elle fera toujours la premiere
paffion de mon coeur. Giaffar s'exprima
en termes plus mefurés : mais ce
qu'il dit auroit pû fatisfaire tout autre
que le Calife. Il le fupplia de mettre
à l'épreuve ce dévoûment dont il fembloit
douter. J'y confens , reprit Aa
ron ; mais cette épreuve fera délicate ;
elle eft cependant la feule qui puiffe
46 MERCURE DE FRANCE.
A
ime convaincre de votre attachement
pour moi. Je dirai plus ; ma tranquilfité
intérieure dépendra de votre exactitude
à me tenir parole. Eh bien , Seigneur
, ajouta Giaffar , daignez manifelter
vos intentions : je jure par l'Al
coran même de les remplir ! Abaffah
protefta la même chofe , perfuadée ,
ajouta-t-elle , que le Calife n'exigeroit
pas l'impoffible . Ce que j'exige , re
pliqua ce Prince , n'eft point au- deffus
des forces humaines ; il ne s'agit que
dé furmonter certaines foibleffes . Voici
donc ce que j'attens de vous l'un &
l'autre Il eft certain que vous vous
aimez ; dès lors vous devez craindre
qu'on ne vous fépare. Je veux bien
dès à préfent vous épargner cette crainte
; je fuis prêt à vous unir .... Ah
Seigneur interrompit Giaffar en tome
bant aux pieds du Calife , eft- ce par
des faveurs d'un fi haut prix que vous
voulez mettre à l'épreuve ma docilité?
Doutez -vous de ma prompte obéiffan-
-
ce ? Doutez-vous .... Je n'ai aucun
doute à cet égard , interrompit à fon
tour le Calife : mais levez - vous & écoutez
jufqu'à la fin . Je confens à vous
faire époufer ma Sour , fous l'expreffe
condition que vous vivrez avec elle
OCTOBRE. 1763.
comme un Frère , comme j'y vis moimême.
Vous ne lui parlerez qu'en ma
préfence ; vous ne lui propoferez aucun
tête -à- tête ; vous fuirez tous ceux
qu'elle-même pourroit vous propofer. A
cela près, vous vous aimerez tant & auffi
longtems qu'il vous plaira. Tel eſt le
facrifice que mon amitié éxige de la
vôtre. Une pareille Loi vous paroîtra
fans doute bifarre & tyrannique. Je
l'abandonne à votre cenfure ; mais refpectez-
la dans votre conduite. Vous
ne pourriez l'enfreindre fans perdre
pour jamais l'amitié qui m'attache à
vous , fans trouver en moi un ennemi
implacable .
Une telle propofition pétrifia pour
quelques inftans ceux à qui elle étoit
faite. Giaffar la trouvoit révoltante
& la Princeffe n'en jugeoit guères plus
favorablement. Tout confidéré , néanmoins
, le Vifir crut devoir l'accepter.
I efpéroit que cette fantaisie du
Calife n'auroit qu'un temps ; & à tout
prendre , il aimoit encore mieux ne
voir Abaffah que comme une Soeur, que
d'être entièrement privé de fa vue. Ainfi
du confentement de la Princeffe qui ,
fans doute , avoit les mêmes idées que
Giaffar , cet hymen fut conclu avec
48 MERCURE DE FRANCE.
toutes les reftrictions préfcrites par le
Calife.
Un affez long temps s'écoula fans
qu'elles reçuffent la moindre atteinte .
La Princeffe avoit un appartement ifolé
où Giaffar n'ofoit paroître. Elle ofoit
encore moins pénétrer dans le fien . Ils
ne fe voyoient que dans celui du Calife,
& en préſence de cet Argus d'un
nouveau genre. Tous deux fupportoient
avec une impatience égale cette
contrainte exceffive. Ils ne pouvoient
fe le témoigner que par des regards
dérobés. Mais enfin ce langage fatigua
la Princeffe. Elle eut recours à
Celui des vers. Ceux qu'elle envoya à
fon Epoux dans cette circonftance , annoncent
un coeur vivement épris & tiennent
pour ainfi dire de l'emportement.
Ils font cités par plufieurs Hiftoriens .
On fera furpris de voir une Princeffe
habiller en vers un aveu de cette nature
; mais il faut fe rappeller que la
poëfie étoit prèfque devenue le langage
ordinaire des Arabes. Giaffar
l'employa dans fa réponſe , & la repli- ,
que ne s'étant pas fait beaucoup atten-.
dre , il s'établit entre ces deux époux
une correfpondance auffi remarquable
que leur fituation même. Les vives
peintures
OCTOBRE. 1763. 49
peintures qu'ils traçoient & de cette fituation
& de leurs fentimens réciproques
, ne firent qu'accroître & leur
amour & leur ennui. Chaque jour aggravoit
l'un & fortifioit l'autre. Enfin ,
Le Calife perfévérant toujours dans fes
premières idées , l'amoureux couple en
fentit plus que jamais l'injuftice. Il prit
des mefures non pour fe fouftraire entiérement
au joug ; mais pour le rendre
plus fupportable.
Il y auroit eu le plus grand danger
pour les deux époux de fe trouver dans
l'appartement de l'un ou de l'autre. Heureufement
les ufages du Pays leur fourniffoient
les plus grandes facilités pour
fe voir ailleurs. La même Efclave dont
s'étoit fervie la Princeffe pour écrire à
fon époux lui fut encore utile dans
cette nouvelle occafion . C'est une erreur
de croire que dans tout l'Orient les
femmes ne jouiffent d'aucune forte de
liberté. Elles en peuvent même abufer
plus facilement qu'à Paris , & certainement
on pafferoit pour libre à moins.
En effet , à l'aide d'un triple voile inventé
par la jaloufie , & qui le plus
fouvent ne fert qu'à la tromper , une
femme d'Afie peut parcourir à fon aife
la plus grande Ville . Nul homme , pas
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
>
même fon époux , n'eft en droit de la
fuivre encore moins de foulever fes
voiles. En revanche , l'Amant qu'elle
veut favorifer la devance à certain lieu
convenu entre elle & lui . Ce fut en fuivant
cette méthode , & en jouant le
rôle d'amant plutôt que celui d'époux ,
que Giaffar le réunit à fa chère Abaffah.
Je ne détaillerai ni leurs difcours ,
ni leurs tranfports. C'eft ici une de ces
fituations quon indique , mais qu'on ne
décrit pas . Je dirai feulement que la défenfe
du Calife ceffa d'être refpectée
fans que pour cela aucun remords troublât
le plaifir des réfractaires.
Ces rendés -vous multipliés eurent des
fuites capables de les trahir . Toutefois
Abaffah prit des mefures fi juftes qu'elle
mit au monde un fils fans qu'on en
eût le moindre foupçon ni dans fon
Palais , ni à la Cour du Calife. Mais au
bout de fix mois ce Prince en fut inftruit
par certain Efclave qu'on avoit
été contraint de mettre dans la confidence.
Aaron apprit par la même voie
quelques autres détails qu'il jugea néceffaires
à fes vues , & fes vues n'étoient
que vindicatives , que fanguinaires
. Il jura la perte de ces malheureux
époux , & du fruit de leur intelligence.
OCTOBRE. 1763. 5 F
Dès la nuit fuivante , Aaron déguifé
fortit accompagné du feul Méfrou,
un de fes plus intimes confidens . C'eft
le même dont il eft fi fouvent parlé
dans plufieurs hiftoires Arabes très- véritables
& jufques dans nos Contes des
mille & une nuits . Méfrou , accoutumé
aux courfes nocturnes du Calife , ne
crut pas d'abord cette dernière plus
importante que tant d'autres. Mais le
trouble qu'il remarqua dans les difcours
& dans toute la perfonne du Prince
l'eut bientôt détrompé. Il le fut encore
davantage en apprenant qu'ils avoient
été devancés par une troupe de gardes
du Calife , déguifés comme eux , &
qui ne devoient fe réunir & les venir
joindre qu'à certain fignal. Aaron &
Méfrou s'arrêtérent dans une rue écartée
& non loin d'une maifon de peu
d'apparence. Au bout de quelque tems,
ils virent , autant qu'il étoit alors poffible
de voir , deux femmes fe gliffer
dans cette maiſon où elles paroiffoient
être attendues. Le Prince y accourut ,
fuivi de Méfrou , & entra fans nulle
difficulté. Il jugea qu'on le prenoit
pour un autre ; ce qui étoit vrai,
Il profite de la méprife & fe laiffe conduire
dans une falle beaucoup mieux
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
éclairée que tout le refte. Là il reconnoît
, il voit fa foeur occupée à careffer
un jeune enfant ; il la voit prendre ce
cher fardeau dans fes bras , & accourir
le dépofer dans les fiens , avec les expreffions
les plus tendres & pour ce fils
& pour celui qu'elle croit en être le
père. Aaron met à profit cette nouvelle
erreur. Il fe faifit du dépôt & lance fur
Abaffah un coup d'oeil qui la détrompe
à l'inftant. Elle pouffe un cri douloureux
; elle veut retirer fon fils des mains
de cet oncle qu'elle foupçonne devoir
en être le bourreau. Non perfide , lui
dit le Calife irrité , ce fruit de ta foibleffe
, ton parjure époux , & toi- même
deviendrez tous dès aujourd'hui les victimes
de ma fureur.
Abaffah que fes forces étoient fur le
point d'abandonner
, les ranime par un
effort de vertu . Elle fonge à fouftraire
Giaffar au peril certain qui menace fes
jours ; elle fe détermine à le juſtifier aux
dépens de fa propre gloire . Un tel facrifice
dans une âme pure & élevée eſt ,
à coup fùr , le plus grand de tous .
Seigneur , dit la Princeffe au Calife ,
j'ai fans doute mérité votre indignation
;
Mais Giaffar n'eft point complice
du
crime que vous devez punir en moi
OCTOBRE . 1763 . 53
Que dis- je ? hélas ! je fuis encore plus
coupable envers lui qu'envers vous !
Qu'entends-je ? repliqua le Calife indigné
, auriez-vous pû tomber dans une
fi honteufe foibleffe ? Quel eft le téméraire....
n'espérez pas que je le nomme
, reprit Abaffah , mon fang peut
fuffire pour tous les deux.
L'étonnement du Calife égaloit fa
colére . Un tel aveu lui paroiffo it incroyable.
Vous aimiez l'Epoux que je vous
ai donné , difoit-il à fa Soeur ; on ne
trahit pas ainfi ce que l'on aime . Il - eft
vrai , repliqua la Princeffe , que Giaffar
me fut cher. Mais vous fçavez les Loix
que vous nous impofàtes en nous unif
fant l'un à l'autre. Son entiere exactitude
à les remplir annonçoit autant de
reſpect pour vous que d'indifférence
pour moi. Je fuis femme , & dès - lors
foible. Ainfi , foit fragilité naturelle ,
foit dépit , foit amour -propre bleffé, foit
même que toutes ces caufes aient pu fe
réunir pour m'égarer , j'ai franchi les
bornes que me préfcrivoit la vertu : j'ai
mérité la mort & qui plus eft , le
mépris .
>
L'un & l'autre vous attend , reprit le
Calife en fureur. ... De grace , interrompit
Abaſſah , en fe jettant aux pieds
C iij
+
$4 MERCURE
DE
FRANCE
.
,
de fon frère , épargnez le trifte fruit
d'un crime que je vais expier. Comme
le Prince alloit répondre , Giaffar parut.
Il n'étoit prévenu de rien , & venoit
à l'ordinaire trouver dans ces lieux
écartés une Epoufe qu'il ne lui étoit pas
libre de recevoir chez lui. Sa furpriſe &
fa douleur furent extrêmes d'y rencontrer
le Calife. Il vit du premier coup
d'oeil , ce que fa femme , fon fils & luimême
avoient à redouter. Mais Abaffah
ne lui laiffa pas le loifir de témoigner
ce qu'il éprouvoit , encore moins
au Calife celui de l'embarraſſer par des
queſtions. Venez , lui dit - elle , venez
ajouter quelque circonftance à l'arrêt
de mon fupplice. Vous êtes outragé ;
vous l'êtes d'une manière irréparable :
en voilà les fruits & ´la preuve , ajouta-
t- elle , en montrant fon fils ; obtenez
que je fois feule punie , & la mort
me femblera douce.
Giaffar comprit dès le premier inf
tant ce que fignifioit ce langage. Il
avoit l'âme trop élevée pour ne pas
faifir d'abord ce qui partoit de la grandeur
d'âme ; il aimoit trop ardemment
pour ne pas fçavoir dequoi l'Amour eſt
capable , pour vouloir furvivre à celle
qui l'aimoit ainfi . Non , Seigneur, dit- il
OCTOBRE. 1763 . 55
au Calife , non , Abafah n'a point trahi
la foi qu'elle m'avoit jurée ; elle eſt incapable
de trahir. C'eft pour me fauver
qu'elle travaille à fe perdre. Son feul
crime eft d'avoir cédé à mes vives infrances.
L'enfant que vous voyez eſt
mon fils . J'ai donc enfreint les loix que
vous m'aviez préſcrites : mais quel homme
eût pu s'y conformer ? Ah ! quand
même j'échapperois à la punition qui
m'attend , puis- je me répondre à moimême
de ne pas chercher encore à devenir
coupable ?
Hé bien ! s'écria l'implacable Calife
prévenons les rechûtes , en nous vengeant
des crimes paffés . A ces mots furvint
fa Garde qui fur un fignal de Mefrou
s'étoit réunie. Elle s'empare des
deux Epoux & même du tendre fruit
de leur union : de là nouveau fupplice
pour la fenfible Abaffah. On
part , on arrive au Palais du Calife fans
que l'intervale du chemin ait changé
fes difpofitions fanguinaires . C'eft à regret
qu'on termine ce récit par une
catastrophe auffi barbare ; mais la vérité
l'éxige. Rien ne put fléchir Aaron
en faveur d'un Beau- Frère qui avoit
toujours été fon ami . Toutefois le courage
de ce dernier furpaffoit encore la
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
·
fureur duCalife. Il n'étoit occupé que d'Abaffah
, qui elle-même ne s'occupoit que
de lui. Les regrets & la douleur de cette
Princeffe attendriffoient jufqu'à fes Bourreaux
, & fon Frère y étoit infenfible .
Apparemment qu'il craignit de n'y pas
réfifter toujours . Il fit hâter le fupplice
du malheureux Giaffar , qui , comme
le difent tous les Hiftoriens du Temps ,
eut la tête tranchée. Le fupplice d'Abaffah
offroit quelque chofe de plus
cruel encore ; elle fut , dit- on , précipitée
au fond d'un puits . On ignore
la deftinée de cet enfant qui caufa la
mort de ceux à qui il devoit le jour.
Quelques Ecrivains Arabes prétendent,
il eft vrai , qu'Abaffah fut fimplement
exilée ; mais la mort feroit préférable à
la manière dont ils la font vivre dans
cet exil. Pour le Calife , il continua
d'enfanglanter la Scène. Honteux peutêtre
d'avoir immolé à fon caprice un
homme tel que Giaffar , il voulut que
ce crime pût être envisagé comme un
trait de fa politique , c'eft-à-dire comme
une précaution néceffaire . Cette réfléxion
, très dangereufe dans un Prince
qui avoit le malheur de pouvoir tout
ce qu'il vouloit , fut un arrêt de mort
contre toute la famille des Barmecides.
OCTOBRE. 1763. 57
·
Mais enfin l'Auteur de tant de défaftres
devint lui - même la proie des rcmords
, & qui plus eft , des vifions . Il
mourut à Thous , ville du Koraſſan
peut être parce qu'il avoit rêvé qu'il
devoit y mourir. Sa mémoire ' eft encore
célébre chez les Orientaux. Il
eut de ces qualités brillantes qu'on
préfére trop fouvent dans un Prince
aux vertus toutes fimples. Il eut même
auffi quelques vertus. Le reproche le
plus grave que lui faffe l'hiftoire eft la
cruelle deftruction des Barmecides. On
fçait qu'il voulut anéantir jufqu'au nom
de certe famille illuftre . Mais il lui
avoit été plus facile de l'accabler que
de la flétrir. Elle étoit pour jamais
éteinte & on la louoit encore . De tels
éloges ne peuvent être fufpects. Enfans
de Barmeki , difoit énergiquement
un Poëte Arabe , que vous faifiez de
bien au Monde , & que vous en euffiez
encore fait ! La Terre étoit votre épouse ,
elle eft aujourd'hui votre veuve.
TRAIT & Hiftoire Arabe.
AARON al- radchid , Calife de Bagdat
, étoit contemporain
de Charlema
gne , & régnoit affez paifiblement fur
l'Afie , tandis que ce dernier bouleverfoit
l'Europe. Ces deux Princes étoient
amis , & avoient beaucoup d'analogie
dans le caractère : tous deux braves ,
tous deux hommes de génie , tous deux
aimant les Arts , dans des temps & des
lieux où le nom même des Arts étoit
prèfque ignoré tous deux bons Aftro
nomes pour leur fiécle , & peut-être un
peu Aftrologues ; leurs penchans , ' leurs
vertus , leurs vices eurent un rapport
des plus frappans. L'Hiftoire cite néanmoins
un trait où leur conduite fut
bien oppofée. On dit que Charlemagne
fit époufer fa propre fille à Eginard fon
Secrétaire , par la raifon qu'ils avoient
empiété fur les droits de l'hymen . Cette
raifon pouvoit fuffire alors. Aaron au
contraire , donna fa foeur en mariage à
fon Vifir , fous la bifarre condition de
n'ufer jamais du privilége d'époux. Un
40 MERCURE DE FRANCE.
tel caprice eft inexcufable dans tous les
temps .
Ce Vifir avoit nom Giaffar , & étoit
de l'illuftre Famille des Barmecides . On
nommoit ainfi les defcendans d'un autre
Giaffar qui lui-même étoit iffu des
anciens Rois de Perfe . Obligé d'abandonner
fubitement fa patrie , il avoit,
trouvé un afyle à la Cour du Calife
Soliman: il s'y étoit même élevé au
plus haut point de faveur. Une chofeaffez
rare , c'eft que fa poftérité avoit
joui des mêmes avantages auprès des
fucceffeurs de ce Calife , quoique fa
dynaſtie eût été remplacée par une autre.
Une chofe plus rare encore , c'eſt
que tous ces Barmecides fe montrerent
dignes de leur haute fortune. Ils mife:
foient les talens aux vertus , & furent
peut-être les premiers que la faveur du
Prince conduifit à celle du Peuple . Revenons
au moderne Giaffar.
C'étoit l'homme de tout l'Orient le
plus propre aux affaires , & le moins enclin
à s'y livrer. Il avoit été fait Vifir
dans un âge où il n'eft pas même pa-,
turel d'ambitionner cette Place , & l'avoit
quittée lorsque l'ambition devoit
être en lui la plus forte. Son penchant
pour les lettres , le repos & les plaifirs
OCTOBRE. 1763 . 41
faifoient de lui un homme aimable ,
un homme de fociété , plutôt qu'un
homme d'état. Il foutint cependant
avec honneur le poids du Ministère
parce que l'homme fupérieur ne peut
fe réfoudre à être médiocre nulle- part.
Mais ayant réuffi à fe donner pourfuc
ceffeur au Vifiriat fon frère aîné , trèsdigne
de lui fuccéder , il put librement
fe livrer à fes goûts : il devint l'Ecrivain
le plus élégant qui fût alors ; il devint ,
qui plus eft , l'ami intime du Souverain
dont il n'avoit d'abord été que le premier
Miniftre.
,
Aaron avoit une égale tendreffe pour
Abaffah fa propre four , jeune Princeffe
qui vivoit avec les femmes de ce Calife
dans un lieu du Palais où lui feul pouvoit
entrer. Chaque jour il venoit paffer
quelques heures avec elle
& retournoit
enfuite auprès de fon favori ;
mais bientôt cette alternative lui parut
fatigante. Il regretta de ne pouvoir entretenir
à la fois deux perfonnes qui lui
étoient également chères. Il parloit
fouvent à Giaffar des charmes féduifans
d'Abaffah ; il vantoit à cette Princeffe
le mérite extrême de Giaffar.Tous deux
par ce moyen fe connurent avant que
de s'être vus, & tous deux defiroient de
42 MERCURE DE FRANCE.
fe voir. Le Calife , qui ne defiroit pas
moins de les raffembler , ne tarda pas a
leur procurer cette mutuelle fatisfaction
. Il voulut , en dépit des uſages de
tout l'Orient ., que fa foeur quittât la
compagnie des femmes pour manger
habituellement à fa table avec tous les
hommes qu'il daigneroit y admettre .
Giaffar profita bien affidûment de
cette faveur. Abaſſah lui parut infininiment
fupérieure au portrait que le
Calife en avoit tracé ; ce qui étoit vrai .
Aux charmes d'une beauté réguliere ,
elle joignoit tous ceux d'un efprit cultivé
: elle y joignoit , de plus , tout le
naturel de la candeur & toutes les graçes
de l'enjouement. Il eût fuffi de ne la
voir qu'une fois pour en être épris , &
Giaffar la voyoit tous les jours. Auffi
chaque jour fembloit - il ajouter un degré
de force à fa paffion .
Des mouvemens à-peu-près fembla
bles agitoient le coeur de la Princeffe .
Giaffar n'étoit pas toujours le feul à qui
le Calife procurât la faveur de fe trouver
avec elle mais il fut le feul qu'elle
diftingua d'abord ; & bientôt elle eût
voulu n'appercevoir que lui. Cette fympathie
réciproque étoit trop marquée
pour que le Calife n'en eût pas au moins,
OCTOBRE. 1763 . 43
quelque foupçon . Ses foupçons ne tarderent
même pas à être changés en
certitude : ce qui , toutefois , n'apporta
aucune différence dans fa conduite. Il
ne parut point furpris d'une chofe que ,
fans doute , il avoit dû prévoir. L'amoureux
couple eut toujours les mêmes:
occafions de s'entretenir : Aaron y con
tribua comme il avoit fait jufqu'alors ,
& fongea même à faire quelque chofe
de plus c'est-à-dire , que ce Calife
prit la réfolution d'élever Giaffar au
rang de fon Beau-frère , & de rendre .
Epoux ceux qu'il avoit pour ainfi dire
forcé de devenir Amans. Mais , par un
caprice des plus embaraffans à définir ,
ce Prince , d'ailleurs très -fenfé , mit à
cette faveur une condition auffi abfurde
qu'impraticable. On ne dit point quel
en fut le motif. Peut-être n'étoit- ce que
le réſultat de quelques vifions Aftrolo
giques peut être n'en doit - on chercher
la caufe que dans la bifarrerie de
Fefprit humain ; fource intariffable , &
dans laquelle l'homme le plus fage n'eft
pas toujours exempt de puifer.
·
Un jour qu'Abafah & Giaffar s'entretenoient
feuls avec le Calife , ce
Prince fit tomber la converfation fur
une matière intéreffante pour chacun
44 MERCURE DE FRANCE.
d'eux ; il s'agiffoit de l'amitié. Le Ciel,
difoit Aaron m'a rendu maître d'un
Empire des plus vaftes , j'unis la Cou--
ronne à la thiare , la dignité du Sacerdoce
à la Puiffance du Souverain ; mes
Armées font triomphantes , & j'en fuis
le Général ; je fais fleurir les Arts , &
je les cultive : tant d'avantages réunis
ne peuvent entiérement me fatisfaire ,
il en eft un qui me paroît infiniment
plus précieux , & que peut-être le Ciel
s'obtine à me refuſer.
Ce difcours jetta ceux qui l'écou
toient dans une extrême furpriſe . Tous
deux la témoignerent avec le même
empreffement . Souverain Commandant
des Fidéles , ajouta Giaffar , que vous
refte-t-il à defirer dans ce haut degré
de Puiffance & de Gloire où toute la
Terre vous contemple ? Une chofe , repliqua
le Monarque , une chofe que
P'Empire du monde même ne peut donner
& peut fouvent faire perdre en
un mot , un ami , le feul tréfor qui
pour l'ordinaire , manque à un Souverain
.
Ah , Seigneur ! s'écrierént Abafah
& Giaffar , également confternés , quels
voeux vous refte-t-il à former fur ce
point ? Doutez-vous de ma tendreffe ,
OCTOBRE. 1763. 45
,
difoit Abaffah ? Doutez-vous de mon
zéle refpectueux & défintéreffé , ajoutoir
Giaffar ? Ecoutez - moi , reprit à fon
tour , Aaron- Al- radchid. Vous m'aimez
dites-vous ; je fuis perfuadé que telle
eft , du moins votre intention : c'eft
moi qui vous ai réunis ; c'eſt mọi qui
fuis le premier moteur de votre attachement
réciproque, L'effet en eft trop
agréable pour que vous en haïffiez la
caufe. Je ne vous foupçonne donc pas
de me haïr mais il y a loin de cet
état à celui de l'amitié. Qui fçait même
fi je ne fuis pas devenu pour vous un
tiers incommode ?
A ces mots , les proteftations de la
Princeffe & du Favori rédoublerent .
Non, Seigneur , s'écrioit Abaffah , que
le difcours du Calife avoit rendu un
peu confufe ; non , il n'eft rien qui ne
céde à la reconnoiffance que je vous
dois elle fera toujours la premiere
paffion de mon coeur. Giaffar s'exprima
en termes plus mefurés : mais ce
qu'il dit auroit pû fatisfaire tout autre
que le Calife. Il le fupplia de mettre
à l'épreuve ce dévoûment dont il fembloit
douter. J'y confens , reprit Aa
ron ; mais cette épreuve fera délicate ;
elle eft cependant la feule qui puiffe
46 MERCURE DE FRANCE.
A
ime convaincre de votre attachement
pour moi. Je dirai plus ; ma tranquilfité
intérieure dépendra de votre exactitude
à me tenir parole. Eh bien , Seigneur
, ajouta Giaffar , daignez manifelter
vos intentions : je jure par l'Al
coran même de les remplir ! Abaffah
protefta la même chofe , perfuadée ,
ajouta-t-elle , que le Calife n'exigeroit
pas l'impoffible . Ce que j'exige , re
pliqua ce Prince , n'eft point au- deffus
des forces humaines ; il ne s'agit que
dé furmonter certaines foibleffes . Voici
donc ce que j'attens de vous l'un &
l'autre Il eft certain que vous vous
aimez ; dès lors vous devez craindre
qu'on ne vous fépare. Je veux bien
dès à préfent vous épargner cette crainte
; je fuis prêt à vous unir .... Ah
Seigneur interrompit Giaffar en tome
bant aux pieds du Calife , eft- ce par
des faveurs d'un fi haut prix que vous
voulez mettre à l'épreuve ma docilité?
Doutez -vous de ma prompte obéiffan-
-
ce ? Doutez-vous .... Je n'ai aucun
doute à cet égard , interrompit à fon
tour le Calife : mais levez - vous & écoutez
jufqu'à la fin . Je confens à vous
faire époufer ma Sour , fous l'expreffe
condition que vous vivrez avec elle
OCTOBRE. 1763.
comme un Frère , comme j'y vis moimême.
Vous ne lui parlerez qu'en ma
préfence ; vous ne lui propoferez aucun
tête -à- tête ; vous fuirez tous ceux
qu'elle-même pourroit vous propofer. A
cela près, vous vous aimerez tant & auffi
longtems qu'il vous plaira. Tel eſt le
facrifice que mon amitié éxige de la
vôtre. Une pareille Loi vous paroîtra
fans doute bifarre & tyrannique. Je
l'abandonne à votre cenfure ; mais refpectez-
la dans votre conduite. Vous
ne pourriez l'enfreindre fans perdre
pour jamais l'amitié qui m'attache à
vous , fans trouver en moi un ennemi
implacable .
Une telle propofition pétrifia pour
quelques inftans ceux à qui elle étoit
faite. Giaffar la trouvoit révoltante
& la Princeffe n'en jugeoit guères plus
favorablement. Tout confidéré , néanmoins
, le Vifir crut devoir l'accepter.
I efpéroit que cette fantaisie du
Calife n'auroit qu'un temps ; & à tout
prendre , il aimoit encore mieux ne
voir Abaffah que comme une Soeur, que
d'être entièrement privé de fa vue. Ainfi
du confentement de la Princeffe qui ,
fans doute , avoit les mêmes idées que
Giaffar , cet hymen fut conclu avec
48 MERCURE DE FRANCE.
toutes les reftrictions préfcrites par le
Calife.
Un affez long temps s'écoula fans
qu'elles reçuffent la moindre atteinte .
La Princeffe avoit un appartement ifolé
où Giaffar n'ofoit paroître. Elle ofoit
encore moins pénétrer dans le fien . Ils
ne fe voyoient que dans celui du Calife,
& en préſence de cet Argus d'un
nouveau genre. Tous deux fupportoient
avec une impatience égale cette
contrainte exceffive. Ils ne pouvoient
fe le témoigner que par des regards
dérobés. Mais enfin ce langage fatigua
la Princeffe. Elle eut recours à
Celui des vers. Ceux qu'elle envoya à
fon Epoux dans cette circonftance , annoncent
un coeur vivement épris & tiennent
pour ainfi dire de l'emportement.
Ils font cités par plufieurs Hiftoriens .
On fera furpris de voir une Princeffe
habiller en vers un aveu de cette nature
; mais il faut fe rappeller que la
poëfie étoit prèfque devenue le langage
ordinaire des Arabes. Giaffar
l'employa dans fa réponſe , & la repli- ,
que ne s'étant pas fait beaucoup atten-.
dre , il s'établit entre ces deux époux
une correfpondance auffi remarquable
que leur fituation même. Les vives
peintures
OCTOBRE. 1763. 49
peintures qu'ils traçoient & de cette fituation
& de leurs fentimens réciproques
, ne firent qu'accroître & leur
amour & leur ennui. Chaque jour aggravoit
l'un & fortifioit l'autre. Enfin ,
Le Calife perfévérant toujours dans fes
premières idées , l'amoureux couple en
fentit plus que jamais l'injuftice. Il prit
des mefures non pour fe fouftraire entiérement
au joug ; mais pour le rendre
plus fupportable.
Il y auroit eu le plus grand danger
pour les deux époux de fe trouver dans
l'appartement de l'un ou de l'autre. Heureufement
les ufages du Pays leur fourniffoient
les plus grandes facilités pour
fe voir ailleurs. La même Efclave dont
s'étoit fervie la Princeffe pour écrire à
fon époux lui fut encore utile dans
cette nouvelle occafion . C'est une erreur
de croire que dans tout l'Orient les
femmes ne jouiffent d'aucune forte de
liberté. Elles en peuvent même abufer
plus facilement qu'à Paris , & certainement
on pafferoit pour libre à moins.
En effet , à l'aide d'un triple voile inventé
par la jaloufie , & qui le plus
fouvent ne fert qu'à la tromper , une
femme d'Afie peut parcourir à fon aife
la plus grande Ville . Nul homme , pas
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
>
même fon époux , n'eft en droit de la
fuivre encore moins de foulever fes
voiles. En revanche , l'Amant qu'elle
veut favorifer la devance à certain lieu
convenu entre elle & lui . Ce fut en fuivant
cette méthode , & en jouant le
rôle d'amant plutôt que celui d'époux ,
que Giaffar le réunit à fa chère Abaffah.
Je ne détaillerai ni leurs difcours ,
ni leurs tranfports. C'eft ici une de ces
fituations quon indique , mais qu'on ne
décrit pas . Je dirai feulement que la défenfe
du Calife ceffa d'être refpectée
fans que pour cela aucun remords troublât
le plaifir des réfractaires.
Ces rendés -vous multipliés eurent des
fuites capables de les trahir . Toutefois
Abaffah prit des mefures fi juftes qu'elle
mit au monde un fils fans qu'on en
eût le moindre foupçon ni dans fon
Palais , ni à la Cour du Calife. Mais au
bout de fix mois ce Prince en fut inftruit
par certain Efclave qu'on avoit
été contraint de mettre dans la confidence.
Aaron apprit par la même voie
quelques autres détails qu'il jugea néceffaires
à fes vues , & fes vues n'étoient
que vindicatives , que fanguinaires
. Il jura la perte de ces malheureux
époux , & du fruit de leur intelligence.
OCTOBRE. 1763. 5 F
Dès la nuit fuivante , Aaron déguifé
fortit accompagné du feul Méfrou,
un de fes plus intimes confidens . C'eft
le même dont il eft fi fouvent parlé
dans plufieurs hiftoires Arabes très- véritables
& jufques dans nos Contes des
mille & une nuits . Méfrou , accoutumé
aux courfes nocturnes du Calife , ne
crut pas d'abord cette dernière plus
importante que tant d'autres. Mais le
trouble qu'il remarqua dans les difcours
& dans toute la perfonne du Prince
l'eut bientôt détrompé. Il le fut encore
davantage en apprenant qu'ils avoient
été devancés par une troupe de gardes
du Calife , déguifés comme eux , &
qui ne devoient fe réunir & les venir
joindre qu'à certain fignal. Aaron &
Méfrou s'arrêtérent dans une rue écartée
& non loin d'une maifon de peu
d'apparence. Au bout de quelque tems,
ils virent , autant qu'il étoit alors poffible
de voir , deux femmes fe gliffer
dans cette maiſon où elles paroiffoient
être attendues. Le Prince y accourut ,
fuivi de Méfrou , & entra fans nulle
difficulté. Il jugea qu'on le prenoit
pour un autre ; ce qui étoit vrai,
Il profite de la méprife & fe laiffe conduire
dans une falle beaucoup mieux
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
éclairée que tout le refte. Là il reconnoît
, il voit fa foeur occupée à careffer
un jeune enfant ; il la voit prendre ce
cher fardeau dans fes bras , & accourir
le dépofer dans les fiens , avec les expreffions
les plus tendres & pour ce fils
& pour celui qu'elle croit en être le
père. Aaron met à profit cette nouvelle
erreur. Il fe faifit du dépôt & lance fur
Abaffah un coup d'oeil qui la détrompe
à l'inftant. Elle pouffe un cri douloureux
; elle veut retirer fon fils des mains
de cet oncle qu'elle foupçonne devoir
en être le bourreau. Non perfide , lui
dit le Calife irrité , ce fruit de ta foibleffe
, ton parjure époux , & toi- même
deviendrez tous dès aujourd'hui les victimes
de ma fureur.
Abaffah que fes forces étoient fur le
point d'abandonner
, les ranime par un
effort de vertu . Elle fonge à fouftraire
Giaffar au peril certain qui menace fes
jours ; elle fe détermine à le juſtifier aux
dépens de fa propre gloire . Un tel facrifice
dans une âme pure & élevée eſt ,
à coup fùr , le plus grand de tous .
Seigneur , dit la Princeffe au Calife ,
j'ai fans doute mérité votre indignation
;
Mais Giaffar n'eft point complice
du
crime que vous devez punir en moi
OCTOBRE . 1763 . 53
Que dis- je ? hélas ! je fuis encore plus
coupable envers lui qu'envers vous !
Qu'entends-je ? repliqua le Calife indigné
, auriez-vous pû tomber dans une
fi honteufe foibleffe ? Quel eft le téméraire....
n'espérez pas que je le nomme
, reprit Abaffah , mon fang peut
fuffire pour tous les deux.
L'étonnement du Calife égaloit fa
colére . Un tel aveu lui paroiffo it incroyable.
Vous aimiez l'Epoux que je vous
ai donné , difoit-il à fa Soeur ; on ne
trahit pas ainfi ce que l'on aime . Il - eft
vrai , repliqua la Princeffe , que Giaffar
me fut cher. Mais vous fçavez les Loix
que vous nous impofàtes en nous unif
fant l'un à l'autre. Son entiere exactitude
à les remplir annonçoit autant de
reſpect pour vous que d'indifférence
pour moi. Je fuis femme , & dès - lors
foible. Ainfi , foit fragilité naturelle ,
foit dépit , foit amour -propre bleffé, foit
même que toutes ces caufes aient pu fe
réunir pour m'égarer , j'ai franchi les
bornes que me préfcrivoit la vertu : j'ai
mérité la mort & qui plus eft , le
mépris .
>
L'un & l'autre vous attend , reprit le
Calife en fureur. ... De grace , interrompit
Abaſſah , en fe jettant aux pieds
C iij
+
$4 MERCURE
DE
FRANCE
.
,
de fon frère , épargnez le trifte fruit
d'un crime que je vais expier. Comme
le Prince alloit répondre , Giaffar parut.
Il n'étoit prévenu de rien , & venoit
à l'ordinaire trouver dans ces lieux
écartés une Epoufe qu'il ne lui étoit pas
libre de recevoir chez lui. Sa furpriſe &
fa douleur furent extrêmes d'y rencontrer
le Calife. Il vit du premier coup
d'oeil , ce que fa femme , fon fils & luimême
avoient à redouter. Mais Abaffah
ne lui laiffa pas le loifir de témoigner
ce qu'il éprouvoit , encore moins
au Calife celui de l'embarraſſer par des
queſtions. Venez , lui dit - elle , venez
ajouter quelque circonftance à l'arrêt
de mon fupplice. Vous êtes outragé ;
vous l'êtes d'une manière irréparable :
en voilà les fruits & ´la preuve , ajouta-
t- elle , en montrant fon fils ; obtenez
que je fois feule punie , & la mort
me femblera douce.
Giaffar comprit dès le premier inf
tant ce que fignifioit ce langage. Il
avoit l'âme trop élevée pour ne pas
faifir d'abord ce qui partoit de la grandeur
d'âme ; il aimoit trop ardemment
pour ne pas fçavoir dequoi l'Amour eſt
capable , pour vouloir furvivre à celle
qui l'aimoit ainfi . Non , Seigneur, dit- il
OCTOBRE. 1763 . 55
au Calife , non , Abafah n'a point trahi
la foi qu'elle m'avoit jurée ; elle eſt incapable
de trahir. C'eft pour me fauver
qu'elle travaille à fe perdre. Son feul
crime eft d'avoir cédé à mes vives infrances.
L'enfant que vous voyez eſt
mon fils . J'ai donc enfreint les loix que
vous m'aviez préſcrites : mais quel homme
eût pu s'y conformer ? Ah ! quand
même j'échapperois à la punition qui
m'attend , puis- je me répondre à moimême
de ne pas chercher encore à devenir
coupable ?
Hé bien ! s'écria l'implacable Calife
prévenons les rechûtes , en nous vengeant
des crimes paffés . A ces mots furvint
fa Garde qui fur un fignal de Mefrou
s'étoit réunie. Elle s'empare des
deux Epoux & même du tendre fruit
de leur union : de là nouveau fupplice
pour la fenfible Abaffah. On
part , on arrive au Palais du Calife fans
que l'intervale du chemin ait changé
fes difpofitions fanguinaires . C'eft à regret
qu'on termine ce récit par une
catastrophe auffi barbare ; mais la vérité
l'éxige. Rien ne put fléchir Aaron
en faveur d'un Beau- Frère qui avoit
toujours été fon ami . Toutefois le courage
de ce dernier furpaffoit encore la
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
·
fureur duCalife. Il n'étoit occupé que d'Abaffah
, qui elle-même ne s'occupoit que
de lui. Les regrets & la douleur de cette
Princeffe attendriffoient jufqu'à fes Bourreaux
, & fon Frère y étoit infenfible .
Apparemment qu'il craignit de n'y pas
réfifter toujours . Il fit hâter le fupplice
du malheureux Giaffar , qui , comme
le difent tous les Hiftoriens du Temps ,
eut la tête tranchée. Le fupplice d'Abaffah
offroit quelque chofe de plus
cruel encore ; elle fut , dit- on , précipitée
au fond d'un puits . On ignore
la deftinée de cet enfant qui caufa la
mort de ceux à qui il devoit le jour.
Quelques Ecrivains Arabes prétendent,
il eft vrai , qu'Abaffah fut fimplement
exilée ; mais la mort feroit préférable à
la manière dont ils la font vivre dans
cet exil. Pour le Calife , il continua
d'enfanglanter la Scène. Honteux peutêtre
d'avoir immolé à fon caprice un
homme tel que Giaffar , il voulut que
ce crime pût être envisagé comme un
trait de fa politique , c'eft-à-dire comme
une précaution néceffaire . Cette réfléxion
, très dangereufe dans un Prince
qui avoit le malheur de pouvoir tout
ce qu'il vouloit , fut un arrêt de mort
contre toute la famille des Barmecides.
OCTOBRE. 1763. 57
·
Mais enfin l'Auteur de tant de défaftres
devint lui - même la proie des rcmords
, & qui plus eft , des vifions . Il
mourut à Thous , ville du Koraſſan
peut être parce qu'il avoit rêvé qu'il
devoit y mourir. Sa mémoire ' eft encore
célébre chez les Orientaux. Il
eut de ces qualités brillantes qu'on
préfére trop fouvent dans un Prince
aux vertus toutes fimples. Il eut même
auffi quelques vertus. Le reproche le
plus grave que lui faffe l'hiftoire eft la
cruelle deftruction des Barmecides. On
fçait qu'il voulut anéantir jufqu'au nom
de certe famille illuftre . Mais il lui
avoit été plus facile de l'accabler que
de la flétrir. Elle étoit pour jamais
éteinte & on la louoit encore . De tels
éloges ne peuvent être fufpects. Enfans
de Barmeki , difoit énergiquement
un Poëte Arabe , que vous faifiez de
bien au Monde , & que vous en euffiez
encore fait ! La Terre étoit votre épouse ,
elle eft aujourd'hui votre veuve.
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Résumé : GIAFFAR ET ABASSAH, TRAIT d'Histoire Arabe.
Le texte relate la vie d'Aaron al-Rachid, calife de Bagdad, et ses relations avec ses proches, notamment sa fille Abassah et Giaffar, membre de la famille des Barmecides. Giaffar, connu pour ses talents littéraires et sociaux, fut nommé vizir avant de se consacrer à ses passions. Aaron al-Rachid maria sa fille Abassah à Giaffar, mais imposa des conditions strictes interdisant toute relation conjugale entre eux. Malgré cette interdiction, Abassah et Giaffar développèrent une passion réciproque et eurent un fils en secret. Leur relation fut découverte par le calife après six mois, ce qui provoqua sa colère. Lors de la confrontation, Abassah prit toute la responsabilité pour protéger Giaffar, mais le calife ordonna l'exécution de Giaffar et jeta Abassah dans un puits. La mémoire d'Aaron al-Rachid est marquée par sa cruauté envers les Barmecides, une famille illustre malgré sa destruction. Le calife mourut à Thous, tourmenté par les remords et les visions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10388
p. 58-60
ODE. AUX AGRICULTEURS.
Début :
MINISTRES de l'Agronomie. [...]
Mots clefs :
Charme, Heureux, Perfide, Asiles, Champ
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texteReconnaissance textuelle : ODE. AUX AGRICULTEURS.
OD E.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
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Résumé : ODE. AUX AGRICULTEURS.
Le texte est une ode aux agriculteurs et aux défenseurs de l'agriculture, exaltant la vie rurale et la culture des terres. Il vante ceux qui travaillent la terre avec diligence et sagesse, comprenant les secrets de la nature sans redouter les aléas du destin. Contrairement à ceux qui poursuivent des honneurs ou des richesses, les agriculteurs trouvent satisfaction dans une existence simple et sage. Les ancêtres, après des exploits héroïques, préféraient jouir des plaisirs campagnards plutôt que de l'ambition. Aujourd'hui, ces valeurs ont été remplacées par le luxe et l'intérêt personnel en ville. Le texte dénonce la quête de richesse matérielle, incapable d'apaiser les tourments de l'esprit. Il recommande de rechercher le repos et la maîtrise de soi pour atteindre le véritable bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10389
p. 60-61
LA ROSE, A Mlle ROSE RAYMON, pour le jour de sa fête.
Début :
Dés l'instant où je viens d'éclore, [...]
Mots clefs :
Rose, Couleurs, Odeurs, Fleurs, Bonheur, Épine
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texteReconnaissance textuelle : LA ROSE, A Mlle ROSE RAYMON, pour le jour de sa fête.
LA ROSE ,
A Mile ROSE RAYMON , pour
le jour de fa fête.
Dés l'inftant où je viens d'éclore ,
J'ai la plus douce des couleurs ,
A laquelle je joins encore
La plus fuave des odeurs :
Auffi dans l'empire de Flore
Je prime fur toutes les fleurs.
Mais ce qui flatte davantage
Ma vanité , belle Raymon ,
C'est le bonheur & l'avantage
OCTOBRE . 1763. 61
De vous avoir donné mon non
Ah , que c'eſt avec juſte cauſe
Que vous portez le nom de Rofe !
Vous avez mon éclat , ma fraîcheur , mes appas ,
Vous êtes comme moi , Roſe , tendre , enfantine ,
Et vous êtes de plus ce que je ne fuis pas ,
Vous êtes role fans épine.
Par M. de CABRE , Confeiller Honoraire à la
Sénéchauffée de Marfeille.
A Mile ROSE RAYMON , pour
le jour de fa fête.
Dés l'inftant où je viens d'éclore ,
J'ai la plus douce des couleurs ,
A laquelle je joins encore
La plus fuave des odeurs :
Auffi dans l'empire de Flore
Je prime fur toutes les fleurs.
Mais ce qui flatte davantage
Ma vanité , belle Raymon ,
C'est le bonheur & l'avantage
OCTOBRE . 1763. 61
De vous avoir donné mon non
Ah , que c'eſt avec juſte cauſe
Que vous portez le nom de Rofe !
Vous avez mon éclat , ma fraîcheur , mes appas ,
Vous êtes comme moi , Roſe , tendre , enfantine ,
Et vous êtes de plus ce que je ne fuis pas ,
Vous êtes role fans épine.
Par M. de CABRE , Confeiller Honoraire à la
Sénéchauffée de Marfeille.
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Résumé : LA ROSE, A Mlle ROSE RAYMON, pour le jour de sa fête.
Le texte est une dédicace poétique à Rose Raymon pour son anniversaire. L'auteur la compare à une rose, louant sa beauté, sa douceur et son absence d'épines. Il souligne qu'elle incarne l'éclat, la fraîcheur et les charmes de la fleur. L'œuvre est signée par M. de Cabre, Conseiller Honoraire à la Sénéchaussée de Marseille, en octobre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10390
p. 61
LES DOUBLES ADIEUX, IMPROMPTU.
Début :
PRIVÉ de l'heureux don de plaire, [...]
Mots clefs :
Don, Tour, Poète, Adieu, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DOUBLES ADIEUX, IMPROMPTU.
LES DOUBLES ADIEUX ,
W
IMPROMPTU .
PRIVE de l'heureux don de plaire
Dans mes vers & dans mon amour ,
De l'Hélicon & de Cythère
Il est temps de quitter la Cour.
Tour-à-tour malheureux Poëte
Ainfi que malheureux Amant ;
Blond Phabus & Blonde Suzette ,
Je vous falue également.
W
IMPROMPTU .
PRIVE de l'heureux don de plaire
Dans mes vers & dans mon amour ,
De l'Hélicon & de Cythère
Il est temps de quitter la Cour.
Tour-à-tour malheureux Poëte
Ainfi que malheureux Amant ;
Blond Phabus & Blonde Suzette ,
Je vous falue également.
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10391
p. 61-62
« LE mot de la première Énigme du premier volume d'Octobre est Lecteur. [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du premier volume d'Octobre est Lecteur. [...]
Mots clefs :
Lecteur, Portrait d'une maîtresse, Despote, Bouteille, Rose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du premier volume d'Octobre est Lecteur. [...] »
LEE mot de la première Énigme du
premier volume d'Octobre eft Lecteur.
Celui de la feconde eſt le Portrait d'une
62 MERCURE DE FRANCE.
maîtreffe . Celui de la troifiéme eft defpote
, que l'on trouve dans defpotique.
Celui du premier Logogryphe eft Bouteille
, dans lequel on trouve toile , étoi
le , oui , oeil , Élie , Boulle ( Ebéniste , )
Toul , Eole , Eté , bile , bol , boue , billete
, lit , Io. Celui du fecond eſt ofer ,
dans lequel on trouve Roſe.
premier volume d'Octobre eft Lecteur.
Celui de la feconde eſt le Portrait d'une
62 MERCURE DE FRANCE.
maîtreffe . Celui de la troifiéme eft defpote
, que l'on trouve dans defpotique.
Celui du premier Logogryphe eft Bouteille
, dans lequel on trouve toile , étoi
le , oui , oeil , Élie , Boulle ( Ebéniste , )
Toul , Eole , Eté , bile , bol , boue , billete
, lit , Io. Celui du fecond eſt ofer ,
dans lequel on trouve Roſe.
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10392
p. 62-63
ENIGME.
Début :
Avant de sçavoir qui je suis, [...]
Mots clefs :
Taupe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
AVANT de fçavoir qui je ſuis ,
Lecteur , admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis ,
Enfuite j'ai pallé fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaison
Plus à l'étroit qu'un mort dans la fatale bièrre :
Malgré cela je ne puis guère ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant :
Le travail m'eft héréditaire .
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un ruftique mortel j'éxcitaffe l'envie ?
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat ,
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre
OCTOBRE. 1763 . 63
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me faire furprendre.
AVANT de fçavoir qui je ſuis ,
Lecteur , admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis ,
Enfuite j'ai pallé fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaison
Plus à l'étroit qu'un mort dans la fatale bièrre :
Malgré cela je ne puis guère ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant :
Le travail m'eft héréditaire .
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un ruftique mortel j'éxcitaffe l'envie ?
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat ,
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre
OCTOBRE. 1763 . 63
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me faire furprendre.
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10393
p. 63
AUTRE.
Début :
L'histoire au prix de nous, découvre peu de chose ; [...]
Mots clefs :
Lunettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
nous > L'HISTOI 'HISTOIRE au prix
de découvre peu da
chofe ;
Nous en faifons voir beaucoup plus.
Notre place toujours eſt d'avoir le deſſus ;
Et le feul piedeſtal fur lequel on nous poſe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cèns mille écus.
Incommode toujours à ceux que nous fervons
On les voit nous ôter & bientôt nous reniettre.
Notre folide corps qu'aifément on pénétre ,
Peut fervir à tout Séxe en toutes les Saifons.
nous > L'HISTOI 'HISTOIRE au prix
de découvre peu da
chofe ;
Nous en faifons voir beaucoup plus.
Notre place toujours eſt d'avoir le deſſus ;
Et le feul piedeſtal fur lequel on nous poſe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cèns mille écus.
Incommode toujours à ceux que nous fervons
On les voit nous ôter & bientôt nous reniettre.
Notre folide corps qu'aifément on pénétre ,
Peut fervir à tout Séxe en toutes les Saifons.
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10394
p. 63-65
LOGOGRYPHE. A Mademoiselle .....
Début :
Un peu de négligence, adorable Clarice, [...]
Mots clefs :
Cabriolet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Mademoiselle .....
LOGO GRYPH E,
A Mademoiselle .....
N peu de négligence , adorable Clarice ,
Vous fait affez ſouvent emprunter mon ſecours ?
Et dans un lieu voifin du Temple des Amours ,
Vous me placez toujours
Pour remplir mon office.
64 MERCURE DE FRANCE.
Tâchez par pur amuſement ,
D'effayer mon anatomie :
Je vous offre , premierement ,
Trois termes de Géographie ;
L'endroit le plus bas des vaiffeaux ;
Un arbufte chéri chez les Orientaux ;
Un jeu que vous aimez ; une Sainte Prêtreffe ;
Un fruit que l'on eftime ; un figne de trifteffe ;
Ce lieu délicieux où nous afpirons tous ;
Un péché capital ; le contrafte de doux ;
Ce qu'on pourroit nommer le trône de Morphée;
Un produit de l'abeille ; & la mère d'Orphée ;
Une piéce d'afage au plus mince repas ;
Une invitation qu'un poltron n'aime pas ;
L'inftrument que j'entends dans la forêt voiſine
Rappeller les limiers qui font fur la colline ;
Un terme de Blafon ; de Rome un Empereur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
Un Verbe qu'à préfent vous mettez en pratique ;
Une Fille d'Atlas ; deux notes de Muſique ;
Un Écrivain facré , deux Monarques François ;
Le Synonyme à Ville ; un Philofophe Anglois ;
Ce qui fert au Navire & l'attache au rivage ;
Ce que n'eft pas celui que retient l'esclavage ;
Un habitant des bois ; deux oifeaux paffagers;
Une plante qui croît au milieu des vergers ;
Ce métal que produit & l'Herme & le Pactole ;
Le nom de cet Oifeau fauveur du Capitole ;
1
OCTOBRE. 1763. 65
Ce que l'on ne peut voir quoique devant les yeur;
Ce que vous avez gai , d'autres plus férieux ;
Le premier des Mortels victimes de l'Envie ;
Onze Villes en France , & trois en Italie ;
Ce qu'avoient en commun les Filles de Phorcus ;
La Nymphe que Junon fit garder par Argus ;
Un petit Animal qui ronge le fromage ;
Un Attribut du Dieu dont vous êtes l'image´ ;
J'offre enfin ce bruyant féjour
Où l'on voit voler fur vos traces
Les Plaifirs , les Ris & les Grâces ,
Pour vous applaudir tour-à-tour.
Par M. L…….... fils.
A Mademoiselle .....
N peu de négligence , adorable Clarice ,
Vous fait affez ſouvent emprunter mon ſecours ?
Et dans un lieu voifin du Temple des Amours ,
Vous me placez toujours
Pour remplir mon office.
64 MERCURE DE FRANCE.
Tâchez par pur amuſement ,
D'effayer mon anatomie :
Je vous offre , premierement ,
Trois termes de Géographie ;
L'endroit le plus bas des vaiffeaux ;
Un arbufte chéri chez les Orientaux ;
Un jeu que vous aimez ; une Sainte Prêtreffe ;
Un fruit que l'on eftime ; un figne de trifteffe ;
Ce lieu délicieux où nous afpirons tous ;
Un péché capital ; le contrafte de doux ;
Ce qu'on pourroit nommer le trône de Morphée;
Un produit de l'abeille ; & la mère d'Orphée ;
Une piéce d'afage au plus mince repas ;
Une invitation qu'un poltron n'aime pas ;
L'inftrument que j'entends dans la forêt voiſine
Rappeller les limiers qui font fur la colline ;
Un terme de Blafon ; de Rome un Empereur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
Un Verbe qu'à préfent vous mettez en pratique ;
Une Fille d'Atlas ; deux notes de Muſique ;
Un Écrivain facré , deux Monarques François ;
Le Synonyme à Ville ; un Philofophe Anglois ;
Ce qui fert au Navire & l'attache au rivage ;
Ce que n'eft pas celui que retient l'esclavage ;
Un habitant des bois ; deux oifeaux paffagers;
Une plante qui croît au milieu des vergers ;
Ce métal que produit & l'Herme & le Pactole ;
Le nom de cet Oifeau fauveur du Capitole ;
1
OCTOBRE. 1763. 65
Ce que l'on ne peut voir quoique devant les yeur;
Ce que vous avez gai , d'autres plus férieux ;
Le premier des Mortels victimes de l'Envie ;
Onze Villes en France , & trois en Italie ;
Ce qu'avoient en commun les Filles de Phorcus ;
La Nymphe que Junon fit garder par Argus ;
Un petit Animal qui ronge le fromage ;
Un Attribut du Dieu dont vous êtes l'image´ ;
J'offre enfin ce bruyant féjour
Où l'on voit voler fur vos traces
Les Plaifirs , les Ris & les Grâces ,
Pour vous applaudir tour-à-tour.
Par M. L…….... fils.
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10395
p. 65-66
AUTRE.
Début :
Si j'habite parmi les Dieux, [...]
Mots clefs :
Marotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
Si j'habite parmi les Dieux ,
Je fers auffi chez la grifette ,
Ou bien chez quelque pied poudreux ,
Courant de toilette en toilette ,
Chez la prude , chez la coquette ,
Le dévot , le mondain , les jeunes & les vieux.
Faut- il , ami Lecteur , vous inftruire encor mieux ?
En dérangeant ma ſymétrie ,
Vous trouverez facilement
Les armes d'un Forçat ; un fougueux Elément' :
Un Animal rongeur ; un amas d'eau croupie
66 MERCURE DE FRANCE.
Ce que tout homme craint ; un vent ;
Certain Valet de chambre , & Poëte excellent ,
Mais malheureux dans fa Patrie ;
Une Ville de l'Italie ;
Un Arbre , une Note du chant ;
Le mot Mère en latin .... Mais je crains d'en trop
dire ,
Et pour ne plus jafer , adieu , je me retire.
ROSALIE DUM....
De Bordeaux .
Si j'habite parmi les Dieux ,
Je fers auffi chez la grifette ,
Ou bien chez quelque pied poudreux ,
Courant de toilette en toilette ,
Chez la prude , chez la coquette ,
Le dévot , le mondain , les jeunes & les vieux.
Faut- il , ami Lecteur , vous inftruire encor mieux ?
En dérangeant ma ſymétrie ,
Vous trouverez facilement
Les armes d'un Forçat ; un fougueux Elément' :
Un Animal rongeur ; un amas d'eau croupie
66 MERCURE DE FRANCE.
Ce que tout homme craint ; un vent ;
Certain Valet de chambre , & Poëte excellent ,
Mais malheureux dans fa Patrie ;
Une Ville de l'Italie ;
Un Arbre , une Note du chant ;
Le mot Mère en latin .... Mais je crains d'en trop
dire ,
Et pour ne plus jafer , adieu , je me retire.
ROSALIE DUM....
De Bordeaux .
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10396
p. 66-67
L'HEUREUX LARCIN. AIR : Jusques dans la moindre chose.
Début :
LA jeune & tendre Lisette, [...]
Mots clefs :
Amour, Larcin, Berger, Bouquet, Craintes, Bergère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HEUREUX LARCIN. AIR : Jusques dans la moindre chose.
L'HEUREUX LARCIN.
AIR : Jufques dans la moindre chofe,
LAA jeune & tendre Liſette
Dormoit feule en un bosquet.
Colin , qui de loin la guette ,
Veut dérober fon bouquet .
L'Amour le guide & l'infpire ;
Tour favorile fes voeux.
Life s'éveille , & fcupire ....
Le Berger étoit heureux .
Mineur.
C'est donc en vain , dit la Belle ,
Que j'ai cru juſqu'à ce jour ,
Oppofer un coeur rebelle
Aux piéges que tend l'Amour ?
I
OCTOBRE. 1763.
67
Quoique nos craintes préſagent ,
C'eſt un plaifir d'y tomber....
Les vrais Amans le partagent ;
Falloit-il le dérober ?
Majeur.
Pardon , charmante Bergère !
Pardon s'écria Colin ,
Si ma flâme téméraire
T'a fait un fi doux larcin .
Ce que l'Amour m'a fait prendre ,
Si tu doutois de ma foi ,
Je fuis prêt de te le rendre ,
Pour ne le devoir qu'à toi.
D. L. P..
AIR : Jufques dans la moindre chofe,
LAA jeune & tendre Liſette
Dormoit feule en un bosquet.
Colin , qui de loin la guette ,
Veut dérober fon bouquet .
L'Amour le guide & l'infpire ;
Tour favorile fes voeux.
Life s'éveille , & fcupire ....
Le Berger étoit heureux .
Mineur.
C'est donc en vain , dit la Belle ,
Que j'ai cru juſqu'à ce jour ,
Oppofer un coeur rebelle
Aux piéges que tend l'Amour ?
I
OCTOBRE. 1763.
67
Quoique nos craintes préſagent ,
C'eſt un plaifir d'y tomber....
Les vrais Amans le partagent ;
Falloit-il le dérober ?
Majeur.
Pardon , charmante Bergère !
Pardon s'écria Colin ,
Si ma flâme téméraire
T'a fait un fi doux larcin .
Ce que l'Amour m'a fait prendre ,
Si tu doutois de ma foi ,
Je fuis prêt de te le rendre ,
Pour ne le devoir qu'à toi.
D. L. P..
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Résumé : L'HEUREUX LARCIN. AIR : Jusques dans la moindre chose.
Dans 'L'heureux larcin', Lisette, une bergère, dort dans un bosquet. Colin, attiré par elle, vole son bouquet par amour. À son réveil, Lisette réfléchit sur les dangers de l'amour. Colin, repentant, propose de lui rendre le bouquet pour prouver sa fidélité. Le poème explore les sentiments ambigus face à l'amour en octobre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10397
p. 68-90
LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
Début :
TANDIS que le vent du midi enfloit la voile, & poussoit la flote sur [...]
Mots clefs :
Guerre, Rome, Peuples, Dieux, Bords, Rivage, Fortune, Drapeaux, Enfers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
LA PHARSALE , Livre 3.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
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Résumé : LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
Dans 'La Pharsale', Marmontel décrit une scène où Pompée, en fuite, est visité par l'esprit de sa première épouse, Julie. Elle lui reproche ses crimes et son mariage avec Cornélie, prédisant qu'il sera hanté par César et elle-même jusqu'à sa défaite. À son réveil, Pompée accepte son destin. César, après avoir échoué à capturer Pompée, se rend à Rome et se concentre sur la pacification de la ville et l'approvisionnement en blé. Il envoie des émissaires en Sicile et en Sardaigne pour sécuriser les récoltes. À Rome, les habitants le regardent avec crainte et tristesse. César convoque le Sénat, qui accepte ses demandes. Le tribun Métellus tente de résister au pillage du Temple de Saturne, mais cède face à l'intervention de Cotta. Les trésors du temple sont emportés. Pendant ce temps, une vaste mobilisation militaire se prépare en faveur de Pompée, impliquant plusieurs régions et peuples. César rassemble une armée impressionnante et se dirige vers Marseille, qui refuse de participer à la guerre civile. César attaque Marseille, méprisant ceux qui cherchent la paix. La ville, bien que confiante, se prépare à défendre ses murs. César observe que Marseille est protégée par une jeune population déterminée et une position stratégique. Il planifie de combler un vallon pour encercler la ville et ordonne la construction d'un retranchement pour couper les approvisionnements de Marseille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10398
p. 91-100
POÉTIQUE Françoise, par M. MARMONTEL. A Paris, chez l'Esclapart, Libraire, quai de Gêvres, 1763. 3 vol. in-8°. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
AVANT que M. Marmontel publiât cette nouvelle Poëtique, une infinité [...]
Mots clefs :
Poésie, Poétique, Action, Vaisseau, Sentiment, Couleurs, Écrivains
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texteReconnaissance textuelle : POÉTIQUE Françoise, par M. MARMONTEL. A Paris, chez l'Esclapart, Libraire, quai de Gêvres, 1763. 3 vol. in-8°. Avec Approbation & Privilége du Roi.
POÉTIQUE Françoife , par M. MARMONTEL
. A Paris , chez l'Eſclapart
, Libraire, quai de Gevres, 1763.
3 vol. in-8°. Avec Approbation &
Privilége du Roi,
AVANT VANT que M. Marmontel publiât
cette nouvelle Poëtique , une infinité
d'Ecrivains nous avoient déja donné
des préceptes pour tous les genres de
Littérature , & fpécialement pour les
ouvrages de Poefie . Mais ce qui doir
étonner, c'eft la diverfité d'opinions qui
divife la plupart de ces Auteurs ; à peine
en trouve-ton deux du même fentiment
fur la même matière ; & le Lecteur fur
pris à la vue de cette foule prodigieufe
de principes & de régles qui fe contredifent
& fe combattent , refte dans
l'indécifion , & ne fçait à quoi s'en te →
nir. M. Marmontel ne s'accorde pas
mieux avec les Ecrivains qui ont cous
ru avant lui la même carrière ; & dès
l'Avant-propos on s'apperçoit que ni
leur nombre , ni leur réputation ne font
capables de lui en impofer . Ariftote, Horace
, le Taffe , Vida , Caftelvetro, Gra2
MERCURE DE FRANCE.
vina , Scaliger, d' Aubignac , le Boffu ,
Dacier, Corneille , Boileau , la Mothe
& c ; tous ces grands noms ne l'ont
point ébloui ; il a voulu voir avec fes
yeux , & juger d'après lui - même. La raifon
, le fentiment , la nature , vo là fes
grandes autorités. A l'égard des Ecrivains
que nous venons de nommer , il
n'y en a aucun qu'il ait dû croire infaillible.
Il a donc pu fuivre des fentimens
différens , que nous n'entreprendrons ni
de juftifier ni de combattre. Ce n'eft
point une differtation , mais l'analyſe de
fon Livre que nos Lecteurs attendent
de nous. Nous aurions même à nous
reprocher de l'avoir fait attendre trop
longtemps , fi la foule des Ouvrages an
térieurs n'avoit rempli dans notre Mercure
l'efpace deſtiné aux Extraits des
Livres nouveaux . Nous allons nous occuper
préfentement d'un devoir d'autant
plus agréable , que nous aurons
occafion d'y revenir plus d'une fois , &
que nous espérons d'en tirer pour nousmêmes
beaucoup de fruit.
On a vu par le titre , que la Poëtique
de M. Marmontel eft diftribuée en trois
volumes ; chaque volume eſt diviſé en
plufieurs Chapitres . Dans le premier
l'Auteur traite de la Poëfie en général
OCTOBRE . 1763. 93
C'eft peu , dit-il , de rappeller fon ob-
» jet à l'efprit , comme l'Eloquence &
» l'Hiſtoire ; la Poëfie le préfente à l'imagination
avec fes traits & fes cou-
» leurs , comme feroit un excellent Ta-
» bleau .... La Peinture faifit fon objet
» en action , mais ne le repréfente qu'en
» repos ; au lieu qu'en Poëfie l'imitation
» eft progreffive , & auffi rapide que
» l'action même . La Poëfie n'est donc
» pas le tableau , mais le miroir de la
» Nature . Dans un miroir même , les
» objets fe fuccédent & s'effacent l'un
» l'autre ; la Poëfie eft comme un fleu-
» ve qui ferpente dans les campagnes ,
» & qui dans fon cours répéte à la fois
» tous les objets répandus fur fes bords.
» Il y a plus , cet efpace que parcourt
» la Poëfie eft dans l'étendue fucceffi-
» ve , comme dans l'étendue permanen-
» te. Ainfi le même vers préfente à l'ef-
» prit deux images incompatibles , les
» étoiles & l'aurore, le préfent & le paffé.
"
La pourpre de l'aurore effaçoit les étoiles.
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis.
» Dans les exemples du tableau , du
miroir & du fleuve on ne voit >
94 MERCURE DE FRANCE,
1.
qu'une furface ; la Poëfie tourne autour
de fon objet comme la Sculpture , &
» le repréſente dans tous les fens . Elle
fait plus que répéter l'image & l'action
des objets. Cette imitation fidé
» le & fervile , quelque talent , quelque
» foin qu'elle exige , eft fa partie la
» moins eftimable . La Poëfie invente &
» compofe ; elle choifit & place fes
» modéles , arrange & combine elle-
» même tous les traits dont elle a fait
choix , ofe corriger la Nature dans
"> les détails & dans l'enſemble , donne
" de la vie & de l'âme aux corps , une
» forme & des couleurs aux pensées ,
» étend les limites des chofes , & fe fait
» un nouvel Univers .
Mais la Poëfie ne peint pas uniquement
des objets matériels & Phyfiques,
Elle pénétre au fond de l'âme , dit M.
Marmontel , & en expofe à nos yeux
tous les replis. Ni les douces gradations
du fentiment , ni les violens accès de la
paffion ne lui échappent, Le degré d'élévation
& de fenfibilité , d'énergie &
de reffort , de chaleur & d'activité qui
varie & diftingue les caractères à l'infini,
toutes ces qualités & ces qualités oppofées
font exprimées par la Poëfie ; elle
à mille couleurs pour diftinguer toutes
1
OCTOBRE. 1763. 95
ces nuances. Elle compofe des âmes ,
comme la Peinture imagine des corps.
Les perfonnages ainfi formés , elle les
oppofe & les met en action ; action plus
vive & plus touchante que la Peinture
ne peut l'exprimer. Action variée dans
fon unité , foutenue dans fa durée , &
fans ceffe animée dans fes progrès par
des obftacles & des combats,
Après avoir ainfi défini ou expliqué,
la Poëfie par fes effets , l'Auteur entre
dans la fameufe queftion , fi l'harmonie
des vers eft une partie effentielle de la
Poëfie ? M. de Voltaire , comme on
fçait, eft pour l'affirmative , & refufe
fur ce fondement le nom de Poëme au
Roman de Télémaque , & à tout Ouyrage
en Profe où , aux vers près , on
trouve d'ailleurs tous les charmes de la
Poefie, M. Marmontel penfe le contraire.
Suppofons , dit- il , que les belles Scènes
d'Euripide & de Sophocle ' , que
» les morceaux fublimes d'Homère &
» de Milton n'ayent jamais été qu'en
" profe éloquente & harmonieufe ; qui
ofera dire que ce n'eft point de la
» Poëfie , & qu'un ouvrage de ce ſtyle,
» rempli de pareilles beautés , ne méri
» teroit pas le nom de Pocme ?
J
Cette queftion agitée autrefois entre
96 MERCURE DE FRANCE .
M. de la Mothe & M. de Voltaire , &
ingénieufement difcutée dans cette Poëtique
par M. Marmontel , ne nous pa
roît pas encore entièrement décidée.
Une autre queftion fur laquelle l'Auteur
paffe plus légèrement , regarde la
fiction. Eft-elle de l'effence de la Poëfie
? C'eft demander , répond M. Marmontel
, fi la nature , dans la réalité
, n'eſt jamais affez belle , affez touchante
, pour être peinte fans ornement
? La queftion réduite à cette fimplicité
, n'eft pas difficile à réfoudre ,
ajoute l'Auteur. Le don de feindre
» eft un talent effentiel au Poëte , par
la raifon qu'il peut à chaque inſtant
avoir befoin d'embellir fon objet.
» Mais la fiction n'eft pas effentielle à
» la Poëfie , par la raifon que l'objet
qu'elle imite peut être affez beau en
» lui-même , pour n'avoir pas befoin
» d'être orné .... Celui qui le premier a
» imaginé que le Soleil en fe plongeant
» dans l'onde , alloit fe plonger dans
» le fein de Thétis après avoir rempli
» fa carrière , a eu fans doute une idée
""
K
très-poëtique. Mais celui qui avec les
» couleurs de la nature auroit peint le
» premier le Soleil couchant , à demi
→ plongé dans des nuages d'or & de
» pourpre ,
OCTOBRE . 1763. 97
" pourpre , & laiffant voir . encore au-
» deffus de fes nuages enflammés la
" moitié de fon globe ; celui qui au-
" roit exprimé les accidens de fa lu-
» mière fur le fommet des montagnes,
» & le jeu de fes rayons à travers le
» feuillage des fôrets , tantôt imitant
» les couleurs de l'Arc-en- Ciel , tan-
» tôt les flammes d'un incendie ; celui
-là , je crois , auroit pû dire auflì :
» je fuis Poëte.
"
Il eft vrai , dit M. Marmontel , qu'un
Poëme dont l'action l'intrigue , les
caractères font de pure invention , fans
être plus beau . que celui qui repréfente
une action réelle & des perfonnages
connus , aura pourtant fur ce dernier ,
l'avantage du génie créateur fur le génie
imitateur ; mais ce mérite , tout recommandable
qu'il eft , n'eft point ef
fentiel à la Poëfie.
L'Auteur fait une troifiéme queſtion
avant que de finir ce premier Article.
Quelle eft la fin de la Poëfie ? En général
c'eft le plaifir ; ce qui n'empêche
pourtant pas que le Poëte ne puiffe s'élever
au rang des bienfaiteurs de l'humanité.
Dans le fecond Chapitre M. Mar
montel parcourt & définit les divers ta◄
II, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
lens du Poëte , les diverfes facultés de
P'âme , telles que l'efprit , l'imagination
& le fentiment ; il indique le parti
qu'on peut tirer de chacune de ces
facultés pour les différens genres de
Poëfie. Quelquefois l'Auteur joint l'exemple
au précepte ; & lorfqu'il entreprend
de faire voir combien le travail
& une méditation profonde peuvent
faire faifir de détails finguliers & intéreffans
dans les fujets les plus rebattus
il donne lui- même la defcription
d'une tempête qu'on verra ici avec
plaifir.
,
» Vous avez à peindre un vaiffeau
» battu par la tempête & fur le point
» de faire naufrage. D'abord ce tableau
» ne fe préfente à votre penfée que dans
» un lointain qui l'efface : mais voulez-
» vous qu'il vous foit plus préfent ?
» parcourez des yeux de l'efprit les par-
» ties qui le compofent. Dans l'air ,
dans les eaux , dans le vaiffeau même
» voyez ce qui doit fe paffer. Dans l'air,
» des vents mutinés qui fe combattent
» des nuages qui éclipfent le jour , qui
» fe confondent , & qui de leurs flancs
» fillonnés d'éclairs , vomiffent la fou-
» dre avec un bruit horrible. Dans les
> eaux , les vagues écumantes qui s'éOCTOBRE.
1763. 99
» lévent juſqu'aux nues , es lames polies
comme des glaces qui réfléchif-
» fent les feux du foleil , des montagnes
» d'eau fufpendues fur les abîmes qui
» les féparent , ces abîmes où le vaif-
» feau paroît s'engloutir , & d'où il s'é-
» lance fur la cime des flots . Vers la
» terre , des rochers aigus où la mer va
» ſe brifer en mugiffant , & qui préfen-
» tent aux yeux des Nochers les débris
» récents d'un naufrage , augure ef-
» frayant de leur fort . Dans le vaiffeau,
» les antènnes qui fléchiffent fous l'ef-
» fort des voiles , les mâts qui crient &
» fe rompent , les flancs même du vaiſ-
» feau qui gémiffent battus par les va-
» gues , & menacent de s'entr'ouvrir.
» Un Pilote éperdu , dont l'art épuisé
fuccombe & fait place au défefpoir ,
» des matelots accablés d'un travail
» inutile , & qui fufpendus aux corda-
» ges , demandent au Ciel avec des cris
» lamentables , de feconder leurs der-
» niers efforts ; un héros qui les en-
» courage , & qui tâche de leur infpirer
la confiance qu'il n'a plus. Vou-
» lez-vous rendre ce tableau plus touw.
chant & plus terrible encore ? Sup-
» pofez dans le vaiffeau un père avec
» fon fils unique , des époux , des amans
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
qui s'adorent , qui s'embraffent & qui
» fe difent nous allons périr. Il dépend
» de vous de faire de ce vaiffeau le
" Théâtre des paffions , & de mouvoir
» avec cette machine tous les refforts
les plus puiffans de la terreur & de la
pitié.
A ce talent de rapprocher ainfi les
circonstances , & de raffembler des détails
qui font épars , M. Marmontel veut
que le Poëte ajoute un autre talent plus
précieux encore'; c'eft celui de s'oublier
foi-même , de fe mettre à la place du
perfonnage que l'on veut peindre, d'en
revêtir le caractère , d'en prendre les
inclinations , les intérêrs , les fentimens ;
de le faire agir comme il agiroit , & de
s'exprimer fous fon nom comme il s'exprimeroit
lui-même. Ce talent fuppofe
une fenfibilité , une foupleffe , une activité
dans l'âme , que la Nature feule
peut donner ; & c'eft ce que l'Auteur
appelle ici le fentiment qui conduit à
l'enthoufiafme . Les autres talens du Poëte
font une oreille délicate & jufte , un
goût für & éclairé. Mais cette dernière.
qualité eft le fruit des études du Poëte ,
qui font la matière du troifiéme Article.
Lafuite au Mercure prochain.
. A Paris , chez l'Eſclapart
, Libraire, quai de Gevres, 1763.
3 vol. in-8°. Avec Approbation &
Privilége du Roi,
AVANT VANT que M. Marmontel publiât
cette nouvelle Poëtique , une infinité
d'Ecrivains nous avoient déja donné
des préceptes pour tous les genres de
Littérature , & fpécialement pour les
ouvrages de Poefie . Mais ce qui doir
étonner, c'eft la diverfité d'opinions qui
divife la plupart de ces Auteurs ; à peine
en trouve-ton deux du même fentiment
fur la même matière ; & le Lecteur fur
pris à la vue de cette foule prodigieufe
de principes & de régles qui fe contredifent
& fe combattent , refte dans
l'indécifion , & ne fçait à quoi s'en te →
nir. M. Marmontel ne s'accorde pas
mieux avec les Ecrivains qui ont cous
ru avant lui la même carrière ; & dès
l'Avant-propos on s'apperçoit que ni
leur nombre , ni leur réputation ne font
capables de lui en impofer . Ariftote, Horace
, le Taffe , Vida , Caftelvetro, Gra2
MERCURE DE FRANCE.
vina , Scaliger, d' Aubignac , le Boffu ,
Dacier, Corneille , Boileau , la Mothe
& c ; tous ces grands noms ne l'ont
point ébloui ; il a voulu voir avec fes
yeux , & juger d'après lui - même. La raifon
, le fentiment , la nature , vo là fes
grandes autorités. A l'égard des Ecrivains
que nous venons de nommer , il
n'y en a aucun qu'il ait dû croire infaillible.
Il a donc pu fuivre des fentimens
différens , que nous n'entreprendrons ni
de juftifier ni de combattre. Ce n'eft
point une differtation , mais l'analyſe de
fon Livre que nos Lecteurs attendent
de nous. Nous aurions même à nous
reprocher de l'avoir fait attendre trop
longtemps , fi la foule des Ouvrages an
térieurs n'avoit rempli dans notre Mercure
l'efpace deſtiné aux Extraits des
Livres nouveaux . Nous allons nous occuper
préfentement d'un devoir d'autant
plus agréable , que nous aurons
occafion d'y revenir plus d'une fois , &
que nous espérons d'en tirer pour nousmêmes
beaucoup de fruit.
On a vu par le titre , que la Poëtique
de M. Marmontel eft diftribuée en trois
volumes ; chaque volume eſt diviſé en
plufieurs Chapitres . Dans le premier
l'Auteur traite de la Poëfie en général
OCTOBRE . 1763. 93
C'eft peu , dit-il , de rappeller fon ob-
» jet à l'efprit , comme l'Eloquence &
» l'Hiſtoire ; la Poëfie le préfente à l'imagination
avec fes traits & fes cou-
» leurs , comme feroit un excellent Ta-
» bleau .... La Peinture faifit fon objet
» en action , mais ne le repréfente qu'en
» repos ; au lieu qu'en Poëfie l'imitation
» eft progreffive , & auffi rapide que
» l'action même . La Poëfie n'est donc
» pas le tableau , mais le miroir de la
» Nature . Dans un miroir même , les
» objets fe fuccédent & s'effacent l'un
» l'autre ; la Poëfie eft comme un fleu-
» ve qui ferpente dans les campagnes ,
» & qui dans fon cours répéte à la fois
» tous les objets répandus fur fes bords.
» Il y a plus , cet efpace que parcourt
» la Poëfie eft dans l'étendue fucceffi-
» ve , comme dans l'étendue permanen-
» te. Ainfi le même vers préfente à l'ef-
» prit deux images incompatibles , les
» étoiles & l'aurore, le préfent & le paffé.
"
La pourpre de l'aurore effaçoit les étoiles.
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis.
» Dans les exemples du tableau , du
miroir & du fleuve on ne voit >
94 MERCURE DE FRANCE,
1.
qu'une furface ; la Poëfie tourne autour
de fon objet comme la Sculpture , &
» le repréſente dans tous les fens . Elle
fait plus que répéter l'image & l'action
des objets. Cette imitation fidé
» le & fervile , quelque talent , quelque
» foin qu'elle exige , eft fa partie la
» moins eftimable . La Poëfie invente &
» compofe ; elle choifit & place fes
» modéles , arrange & combine elle-
» même tous les traits dont elle a fait
choix , ofe corriger la Nature dans
"> les détails & dans l'enſemble , donne
" de la vie & de l'âme aux corps , une
» forme & des couleurs aux pensées ,
» étend les limites des chofes , & fe fait
» un nouvel Univers .
Mais la Poëfie ne peint pas uniquement
des objets matériels & Phyfiques,
Elle pénétre au fond de l'âme , dit M.
Marmontel , & en expofe à nos yeux
tous les replis. Ni les douces gradations
du fentiment , ni les violens accès de la
paffion ne lui échappent, Le degré d'élévation
& de fenfibilité , d'énergie &
de reffort , de chaleur & d'activité qui
varie & diftingue les caractères à l'infini,
toutes ces qualités & ces qualités oppofées
font exprimées par la Poëfie ; elle
à mille couleurs pour diftinguer toutes
1
OCTOBRE. 1763. 95
ces nuances. Elle compofe des âmes ,
comme la Peinture imagine des corps.
Les perfonnages ainfi formés , elle les
oppofe & les met en action ; action plus
vive & plus touchante que la Peinture
ne peut l'exprimer. Action variée dans
fon unité , foutenue dans fa durée , &
fans ceffe animée dans fes progrès par
des obftacles & des combats,
Après avoir ainfi défini ou expliqué,
la Poëfie par fes effets , l'Auteur entre
dans la fameufe queftion , fi l'harmonie
des vers eft une partie effentielle de la
Poëfie ? M. de Voltaire , comme on
fçait, eft pour l'affirmative , & refufe
fur ce fondement le nom de Poëme au
Roman de Télémaque , & à tout Ouyrage
en Profe où , aux vers près , on
trouve d'ailleurs tous les charmes de la
Poefie, M. Marmontel penfe le contraire.
Suppofons , dit- il , que les belles Scènes
d'Euripide & de Sophocle ' , que
» les morceaux fublimes d'Homère &
» de Milton n'ayent jamais été qu'en
" profe éloquente & harmonieufe ; qui
ofera dire que ce n'eft point de la
» Poëfie , & qu'un ouvrage de ce ſtyle,
» rempli de pareilles beautés , ne méri
» teroit pas le nom de Pocme ?
J
Cette queftion agitée autrefois entre
96 MERCURE DE FRANCE .
M. de la Mothe & M. de Voltaire , &
ingénieufement difcutée dans cette Poëtique
par M. Marmontel , ne nous pa
roît pas encore entièrement décidée.
Une autre queftion fur laquelle l'Auteur
paffe plus légèrement , regarde la
fiction. Eft-elle de l'effence de la Poëfie
? C'eft demander , répond M. Marmontel
, fi la nature , dans la réalité
, n'eſt jamais affez belle , affez touchante
, pour être peinte fans ornement
? La queftion réduite à cette fimplicité
, n'eft pas difficile à réfoudre ,
ajoute l'Auteur. Le don de feindre
» eft un talent effentiel au Poëte , par
la raifon qu'il peut à chaque inſtant
avoir befoin d'embellir fon objet.
» Mais la fiction n'eft pas effentielle à
» la Poëfie , par la raifon que l'objet
qu'elle imite peut être affez beau en
» lui-même , pour n'avoir pas befoin
» d'être orné .... Celui qui le premier a
» imaginé que le Soleil en fe plongeant
» dans l'onde , alloit fe plonger dans
» le fein de Thétis après avoir rempli
» fa carrière , a eu fans doute une idée
""
K
très-poëtique. Mais celui qui avec les
» couleurs de la nature auroit peint le
» premier le Soleil couchant , à demi
→ plongé dans des nuages d'or & de
» pourpre ,
OCTOBRE . 1763. 97
" pourpre , & laiffant voir . encore au-
» deffus de fes nuages enflammés la
" moitié de fon globe ; celui qui au-
" roit exprimé les accidens de fa lu-
» mière fur le fommet des montagnes,
» & le jeu de fes rayons à travers le
» feuillage des fôrets , tantôt imitant
» les couleurs de l'Arc-en- Ciel , tan-
» tôt les flammes d'un incendie ; celui
-là , je crois , auroit pû dire auflì :
» je fuis Poëte.
"
Il eft vrai , dit M. Marmontel , qu'un
Poëme dont l'action l'intrigue , les
caractères font de pure invention , fans
être plus beau . que celui qui repréfente
une action réelle & des perfonnages
connus , aura pourtant fur ce dernier ,
l'avantage du génie créateur fur le génie
imitateur ; mais ce mérite , tout recommandable
qu'il eft , n'eft point ef
fentiel à la Poëfie.
L'Auteur fait une troifiéme queſtion
avant que de finir ce premier Article.
Quelle eft la fin de la Poëfie ? En général
c'eft le plaifir ; ce qui n'empêche
pourtant pas que le Poëte ne puiffe s'élever
au rang des bienfaiteurs de l'humanité.
Dans le fecond Chapitre M. Mar
montel parcourt & définit les divers ta◄
II, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
lens du Poëte , les diverfes facultés de
P'âme , telles que l'efprit , l'imagination
& le fentiment ; il indique le parti
qu'on peut tirer de chacune de ces
facultés pour les différens genres de
Poëfie. Quelquefois l'Auteur joint l'exemple
au précepte ; & lorfqu'il entreprend
de faire voir combien le travail
& une méditation profonde peuvent
faire faifir de détails finguliers & intéreffans
dans les fujets les plus rebattus
il donne lui- même la defcription
d'une tempête qu'on verra ici avec
plaifir.
,
» Vous avez à peindre un vaiffeau
» battu par la tempête & fur le point
» de faire naufrage. D'abord ce tableau
» ne fe préfente à votre penfée que dans
» un lointain qui l'efface : mais voulez-
» vous qu'il vous foit plus préfent ?
» parcourez des yeux de l'efprit les par-
» ties qui le compofent. Dans l'air ,
dans les eaux , dans le vaiffeau même
» voyez ce qui doit fe paffer. Dans l'air,
» des vents mutinés qui fe combattent
» des nuages qui éclipfent le jour , qui
» fe confondent , & qui de leurs flancs
» fillonnés d'éclairs , vomiffent la fou-
» dre avec un bruit horrible. Dans les
> eaux , les vagues écumantes qui s'éOCTOBRE.
1763. 99
» lévent juſqu'aux nues , es lames polies
comme des glaces qui réfléchif-
» fent les feux du foleil , des montagnes
» d'eau fufpendues fur les abîmes qui
» les féparent , ces abîmes où le vaif-
» feau paroît s'engloutir , & d'où il s'é-
» lance fur la cime des flots . Vers la
» terre , des rochers aigus où la mer va
» ſe brifer en mugiffant , & qui préfen-
» tent aux yeux des Nochers les débris
» récents d'un naufrage , augure ef-
» frayant de leur fort . Dans le vaiffeau,
» les antènnes qui fléchiffent fous l'ef-
» fort des voiles , les mâts qui crient &
» fe rompent , les flancs même du vaiſ-
» feau qui gémiffent battus par les va-
» gues , & menacent de s'entr'ouvrir.
» Un Pilote éperdu , dont l'art épuisé
fuccombe & fait place au défefpoir ,
» des matelots accablés d'un travail
» inutile , & qui fufpendus aux corda-
» ges , demandent au Ciel avec des cris
» lamentables , de feconder leurs der-
» niers efforts ; un héros qui les en-
» courage , & qui tâche de leur infpirer
la confiance qu'il n'a plus. Vou-
» lez-vous rendre ce tableau plus touw.
chant & plus terrible encore ? Sup-
» pofez dans le vaiffeau un père avec
» fon fils unique , des époux , des amans
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
qui s'adorent , qui s'embraffent & qui
» fe difent nous allons périr. Il dépend
» de vous de faire de ce vaiffeau le
" Théâtre des paffions , & de mouvoir
» avec cette machine tous les refforts
les plus puiffans de la terreur & de la
pitié.
A ce talent de rapprocher ainfi les
circonstances , & de raffembler des détails
qui font épars , M. Marmontel veut
que le Poëte ajoute un autre talent plus
précieux encore'; c'eft celui de s'oublier
foi-même , de fe mettre à la place du
perfonnage que l'on veut peindre, d'en
revêtir le caractère , d'en prendre les
inclinations , les intérêrs , les fentimens ;
de le faire agir comme il agiroit , & de
s'exprimer fous fon nom comme il s'exprimeroit
lui-même. Ce talent fuppofe
une fenfibilité , une foupleffe , une activité
dans l'âme , que la Nature feule
peut donner ; & c'eft ce que l'Auteur
appelle ici le fentiment qui conduit à
l'enthoufiafme . Les autres talens du Poëte
font une oreille délicate & jufte , un
goût für & éclairé. Mais cette dernière.
qualité eft le fruit des études du Poëte ,
qui font la matière du troifiéme Article.
Lafuite au Mercure prochain.
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Résumé : POÉTIQUE Françoise, par M. MARMONTEL. A Paris, chez l'Esclapart, Libraire, quai de Gêvres, 1763. 3 vol. in-8°. Avec Approbation & Privilége du Roi.
La 'Poétique' de François Marmontel, publiée en 1763 à Paris, se distingue par son approche basée sur la raison, le sentiment et la nature. Cette œuvre, structurée en trois volumes, définit la poésie comme une imitation progressive et rapide de la nature, capable de créer et de composer des éléments vivants et animés. Marmontel explore les profondeurs de l'âme humaine, soulignant la capacité de la poésie à exprimer les sentiments et les passions avec nuance. Contrairement à Voltaire, il affirme que l'harmonie des vers n'est pas essentielle à la poésie, car des œuvres en prose peuvent aussi être poétiques. Marmontel discute de la fiction en poésie, affirmant qu'elle n'est pas indispensable puisque la nature offre déjà des scènes belles et touchantes. Il compare un poète imaginant des mythes à un artiste représentant fidèlement la beauté naturelle. Il conclut que l'objectif principal de la poésie est de procurer du plaisir et de contribuer au bien-être humain, sans que l'invention soit nécessaire. Dans le second chapitre, Marmontel analyse les talents et facultés du poète, tels que l'esprit, l'imagination et le sentiment. Il illustre ses propos par une description d'une tempête en mer, montrant comment un poète enrichit une scène par des éléments émotionnels et dramatiques. Il insiste sur l'importance pour le poète de se mettre à la place des personnages décrits pour rendre leurs actions et sentiments authentiques. La sensibilité, la souplesse et l'activité de l'âme sont essentielles pour atteindre l'enthousiasme poétique. Enfin, il souligne que le goût et l'oreille délicate du poète résultent de ses études et de son expérience.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10399
p. 101-105
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ŒUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT. 4. volumes in-8°. Paris, [...]
Mots clefs :
Libraire, Édition, Ouvrage, Annonces
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Les 'Œuvres du philosophe bienfaisant' en quatre volumes, éditées par Cailleau à Paris, se distinguent particulièrement. L'éditeur souligne que ces œuvres, attribuées au roi Stanislas, visent à glorifier l'auteur et à promouvoir la religion et les bonnes mœurs. Elles sont décrites comme naturelles et authentiques, mettant en avant le bon sens et la raison. Parmi les autres publications, on trouve le 'Voyage à la Martinique' de M. Thibault de Chanvalon, lu à l'Académie Royale des Sciences de Paris en 1761 et publié par Bauche. Un autre ouvrage de Bauche est la 'Maison Rustique à l'usage des habitants de la Partie de la France Équinoxiale, connue sous le nom de Cayenne', rédigée par M. Préfontaine. Le 'Dictionnaire Galibi' par M. D. L. S. inclut un essai de grammaire. Les 'Amusements Philosophiques' du Père Bonaventure, moine cordelier et associé de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Barcelone, couvrent diverses sciences telles que la physique et les mathématiques. M. Tillot a publié une seconde édition augmentée de ses 'Avis au Peuple sur sa santé', traitant des maladies fréquentes, chez Didot le jeune. Enfin, Didot le jeune a également publié une brochure intitulée 'Avis sur l'inoculation de la petite vérole'.
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10400
p. 105-109
PRIX proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de TOULOUSE, pour les années 1764, 1765 & 1766.
Début :
LA Ville de Toulouse, célébre par les Prix qu'on y distribue depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Académie, Ouvrages, Secrétaire, Sujet, Sciences, Lettres, Sentence
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de TOULOUSE, pour les années 1764, 1765 & 1766.
PRIX propofés par l'Académie Royale
des Sciences , Infcriptions & Belles-
Lettres de TOULOUSE , pour les années
1764 , 1765 & 1766.
LAA Ville de Toulouſe , célébre par
les Prix qu'on y diftribue depuis long
temps à l'Eloquence , à la Poëfie , &
aux Arts voulant contribuer auff
au progrès des Sciences & des Lettres ,
a , fous le bon plaifir du Roi , fondé un
.Ev P
106 MERCURE DE FRANCE.
prix de la valeur de cinq cens livres, pour
être diftribué tous les ans par l'Acadé
mie Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres , à celui qui au Jugement
de cette Compagnie
le mieux traité le Sujet qu'elle aura propofé.
aura
Le Sujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Littérature.
L'Académie avoit propofé pour le
Prix double de 1763 , les moyens de reconnoître
les contre - coups dans le corps.
humain & d'en prévenir les fuites. Entre
les Ouvrages qui ont été préfentés
quelques - uns ont mérité des Eloges
par le bon choix des obfervations déja
connues : cependant comme ils n'ont
point répandu fur la queftion les lumières
que l'expérience & la faine Phyfique
peuvent fournir , l'Académie s'eft
déterminée à réſerver encore le prix &
à le joindre à celui 1766 , qui fera triple
& pour lequel elle propofe le même
fujet.
Les Auteurs font avertis qu'ils doivent
s'attacher à expofer le Méchanifme
des contre- coups en la manière la
plus capable de procurer les connoiffances
qu'on peut en tirer fur le fiége
OCTOBRE. 1763. 107
& la nature des léfions produites par ces
accidens.
On fut informé l'année dernière que
l'Académie propofoit pour Sujet du
Prix de 1765 , de donner les Loix du
frottement des Fluides en mouvement .
Quant au Prix de 1764 , il y a deux
ans qu'on a été informé qu'il a pour
Sujet , de déterminer l'origine & le caractère
des Tectofages , l'étendue & l'état
de la partie de la Celtique qu'ils
occuperent jufqu'à l'entrée des Romains
dans leur Pays , les excurfions qu'ils
firent avant cette époque.
Les Sçavans font invités à travailler
fur ces Sujets , & même les Affociés
étrangers de l'Académie . Ses autres
Membres font exclus de prétendre aux
Prix .
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs Ouvrages
foit bien lifible , fur tout quand
qui
il y aura des Calculs algébriques.
·
Les Auteurs écriront au bas de leurs
Ouvrages une Sentence ou Devife ;
mais ils pourront néanmoins y joindre
un Billet féparé & cacheté qui contienne
la même Sentence ou Devife ,
avec leur nom , leurs qualités & leur
•
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
adreffe ; l'Académie exige même qu'ils
prennent cette précaution , lorfqu'ils
adrefferont leurs Ecrits au Sécretaire ,
Ce Billet ne fera point ouvert , fi la
Piéce n'a pas remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
pourront adreffer leurs Ouvrages à M.
l'Abbé de Rey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie , ou les lui faire remettre
par quelque perfonne domiciliée à
Touloufe. Dans ce dernier cas , il en
donnera fon Récépiffe , fur lequel fera
écrite la Sentence de l'Ouvrage , avec
fon numero , felon l'ordre dans lequel -
il aura été reçu .
Les Paquets adreffés au Secrétaire ,
doivent être affranchis de port.
Les Ouvrages ne feront reçus que
lufqu'au dernier Janvier des années pour
je Prix defquelles ils auront été compofés.
L'Académie proclamera dans fon
Affemblée publique du 25 du mois
d'Août de chaque année , la Piéce qu'elle
aura couronnée.
Si l'Ouvrage qui aura remporté le
Prix , a été envoyé au Secrétaire en
droiture , le Tréforier de l'Académie
ue délivrera ce Prix qu'à l'Auteur même,
OCTOBRE . 1763 . 100
qui fe fera connoître , ou au Porteur
d'une Procuration de fa part.
S'il y a un Récépiffé du Secrétaire
le Prix fera délivré à celui qui le repréfentera.
L'Académie qui ne préfcrit aucun
fyftême , déclare auffi qu'elle n'entend
point adopter les principes des Ouvra
ges qu'elle couronnera.
des Sciences , Infcriptions & Belles-
Lettres de TOULOUSE , pour les années
1764 , 1765 & 1766.
LAA Ville de Toulouſe , célébre par
les Prix qu'on y diftribue depuis long
temps à l'Eloquence , à la Poëfie , &
aux Arts voulant contribuer auff
au progrès des Sciences & des Lettres ,
a , fous le bon plaifir du Roi , fondé un
.Ev P
106 MERCURE DE FRANCE.
prix de la valeur de cinq cens livres, pour
être diftribué tous les ans par l'Acadé
mie Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres , à celui qui au Jugement
de cette Compagnie
le mieux traité le Sujet qu'elle aura propofé.
aura
Le Sujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Littérature.
L'Académie avoit propofé pour le
Prix double de 1763 , les moyens de reconnoître
les contre - coups dans le corps.
humain & d'en prévenir les fuites. Entre
les Ouvrages qui ont été préfentés
quelques - uns ont mérité des Eloges
par le bon choix des obfervations déja
connues : cependant comme ils n'ont
point répandu fur la queftion les lumières
que l'expérience & la faine Phyfique
peuvent fournir , l'Académie s'eft
déterminée à réſerver encore le prix &
à le joindre à celui 1766 , qui fera triple
& pour lequel elle propofe le même
fujet.
Les Auteurs font avertis qu'ils doivent
s'attacher à expofer le Méchanifme
des contre- coups en la manière la
plus capable de procurer les connoiffances
qu'on peut en tirer fur le fiége
OCTOBRE. 1763. 107
& la nature des léfions produites par ces
accidens.
On fut informé l'année dernière que
l'Académie propofoit pour Sujet du
Prix de 1765 , de donner les Loix du
frottement des Fluides en mouvement .
Quant au Prix de 1764 , il y a deux
ans qu'on a été informé qu'il a pour
Sujet , de déterminer l'origine & le caractère
des Tectofages , l'étendue & l'état
de la partie de la Celtique qu'ils
occuperent jufqu'à l'entrée des Romains
dans leur Pays , les excurfions qu'ils
firent avant cette époque.
Les Sçavans font invités à travailler
fur ces Sujets , & même les Affociés
étrangers de l'Académie . Ses autres
Membres font exclus de prétendre aux
Prix .
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs Ouvrages
foit bien lifible , fur tout quand
qui
il y aura des Calculs algébriques.
·
Les Auteurs écriront au bas de leurs
Ouvrages une Sentence ou Devife ;
mais ils pourront néanmoins y joindre
un Billet féparé & cacheté qui contienne
la même Sentence ou Devife ,
avec leur nom , leurs qualités & leur
•
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
adreffe ; l'Académie exige même qu'ils
prennent cette précaution , lorfqu'ils
adrefferont leurs Ecrits au Sécretaire ,
Ce Billet ne fera point ouvert , fi la
Piéce n'a pas remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
pourront adreffer leurs Ouvrages à M.
l'Abbé de Rey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie , ou les lui faire remettre
par quelque perfonne domiciliée à
Touloufe. Dans ce dernier cas , il en
donnera fon Récépiffe , fur lequel fera
écrite la Sentence de l'Ouvrage , avec
fon numero , felon l'ordre dans lequel -
il aura été reçu .
Les Paquets adreffés au Secrétaire ,
doivent être affranchis de port.
Les Ouvrages ne feront reçus que
lufqu'au dernier Janvier des années pour
je Prix defquelles ils auront été compofés.
L'Académie proclamera dans fon
Affemblée publique du 25 du mois
d'Août de chaque année , la Piéce qu'elle
aura couronnée.
Si l'Ouvrage qui aura remporté le
Prix , a été envoyé au Secrétaire en
droiture , le Tréforier de l'Académie
ue délivrera ce Prix qu'à l'Auteur même,
OCTOBRE . 1763 . 100
qui fe fera connoître , ou au Porteur
d'une Procuration de fa part.
S'il y a un Récépiffé du Secrétaire
le Prix fera délivré à celui qui le repréfentera.
L'Académie qui ne préfcrit aucun
fyftême , déclare auffi qu'elle n'entend
point adopter les principes des Ouvra
ges qu'elle couronnera.
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Résumé : PRIX proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de TOULOUSE, pour les années 1764, 1765 & 1766.
L'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse attribue annuellement un prix de cinq cents livres pour encourager les avancées scientifiques et littéraires. Les sujets proposés alternent entre mathématiques, médecine et littérature. En 1763, le sujet portait sur les contre-coups dans le corps humain, mais aucun travail n'a été jugé satisfaisant, reportant ainsi le prix à 1766 avec une récompense triplée. Pour 1765, le sujet est le frottement des fluides en mouvement. Pour 1764, il s'agit de l'origine et du caractère des Tectosages et de l'étendue de la Celtique qu'ils occupaient avant les Romains. Les auteurs peuvent soumettre leurs travaux en français ou en latin avant le dernier janvier de l'année concernée. Les identités des auteurs sont gardées secrètes jusqu'à l'annonce du lauréat lors de l'assemblée publique du 25 août. Les soumissions peuvent être envoyées au secrétaire perpétuel, l'Abbé de Rey, ou lui être remises par une personne domiciliée à Toulouse.
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