COMÉDIE ITALIENNE
AVEC quelqu'éloge que- nous ayons parlé précédemment
des Amours d'Arlequin & e Camille ,
peut être encore moins que n'en mérite cette
Piéce de M. GOLDONI ; Le Public , dont nous
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ne ſommes que l'écho , nous force d'en ajoûter
encorepour celle des Jalousies d'Arlequin, Piéce
Italienne du même Auteur & ſuite de la première.
On en attendoit une troifiéme ſuite , co
qui formera en tout neuf Actes du même Sujet.
Cette fingularité bleſſe d'abord nos préjugés
d'habitude. Trois dénoûmens ! Toujours les
mêmes perſonnages ! Toujours les mêmes intérêts
! On ne contracteroit pas ces préjugés fi
l'on penſoit que la Comédie n'étant ou plutôt
ne devant être qu'un tableau fidéle de la vie
& des actions familières des Particuliers , rien
ne s'oppoſe à ce que les époques ou divers inci
dens de leurs avantures ne produiſent des dénoû
mens ſuffifans. Ce que je dis ici , eſt pour les
Lecteurs qui n'auront pas vu ces Piéces; les autres
n'ont beſoin pour perdre ces préventions
que du plaifir & de la ſurpriſe continuels que
donne cette fécondité du plus rare génie ,
qui diſpoſe des incidens ſi néceſſaires , fi
propres d'ailleurs à intriguer , qu'il eſt impoſſible
que les Perſonnages ne ſe trouvent pas danss
les ſituations comiques , ſouvent intéreſſantes
&toujours vives , où l'Auteur les préſente.
Il faut rendre juſtice en même temps aux
grands talens des Acteurs de ce genre ,le Pan
zalon , l'Arlequin , ( l'un des deux Perſonnages
eſſentiels du Sujet ) particulièrement de Mile
CAMILLE. On affoibliroit la vérité en eſſayant
dedonner une idée du jeu de cette Actrice
du naturel , du pathétique , de la juſteſſe , de la
variété & des détails ſans nombre qu'éxige le
caractère de ce genre de Drame.
Il n'a paru ſur ce Théâtre , dans le genre
qui y prime aujourd'hui pour la multitude , que
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deux nouveautés : Zélie & Lindor , ( le 12 Novembre
) & le Rendez- vous , chacune de ces
Piéces en un Acte , mêlées d'Ariettes. N'ayant ,
ou ne nous convenant d'avoir , d'autres motifs
pour déterminer les divers ſuccès des Ouvrages
de Théâtre que l'empreſſement ſuivi da Public ,
nous ſommes toujours embarrallés pour les Piéces
de ce genre , parce que la mode conduit la
même foule & avec la même conſtance aux
Piéces dont les connoiffeurs en ce nouvel art
font le moins de cas , qu'à celles qu'ils regardent
comme des chefs-d'oeuvres . Tout ce que
nous pouvons dire à l'égard de Zélie & Lindor,
eft qu'il y a quelques Ariettes fort agréables;
à l'égard du Rendez-vous , que la Muſique , de
l'un des plus intelligens & des plus fenfibles
Muſiciens qui ayent appliqué leurs talens à ce
genre , a des beautés & des agrémens pour
ceux-même qui adoptent avec le moins de fanatifine
ces fortes de Drames , moitié lyriques ,
moitié comiques. Les Vers font bien écrits ; ils
font d'un Auteur qui ſouvent , dans ce Journal,
a donné des preuves d'elégance , de délicateſſe
& d'agrément dans la verſification. Le fond
du Drame manque peut- être de ces petits refforts
qui donnent du piquant à ces fortes d'Ouvrages
; talent communément plus facile pour
qui n'a pas ceux de l'Auteur. Il ſeroit à defirer,
pour prévenir la décadence entiére du goût théatral
parmi nous , que les jeunes Auteurs, capables
de plus grandes chofes , ſe rendiſſent juficedebonne
heure fur celles- ci,& qu'ils ſe défendiffent
de la ſéduction des ſuccès trop faciles , &
ſouvent trop bizarres , pour fatisfaire l'amourpropre.
Le 27 Novembre , on reprit ſur ce Théâtre
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ane Piéce de ſon genre naturel , les nouvelles
Métamorphofes d'Arlequin. M. CARRELIN , Sujet,
Acteur , & pour ainſi dire , Spectacle principal
de cette Piéce en eſt en même temps l'Auteur.
Elle avoit attiré beaucoup de monde , &
il y fut partout applaudi avec autant de vivacité
que s'il n'étoit pas en poſſeſſion depuis fi
longtemps de ces flatteuſes careſſes du Public ,
&toujours appliquées avec juftice à fon égard.
Ce genre de Comédie eſt un tiſſu bien formé
d'incidens , fondés ſur la magie , par leſquels
Arlequin eſt obligé de prendre douze fois des
formes différentes & fi ſubitement, pour la plûpart
, que le preſtige eſt complet & le moyen
preſqu'incroyable au Spectateur. M. CARRELIN
y fait uſage de quelques-uns des talens qu'il
pofféde entr'autres de la Mandoline & du Violon ,
dont il joue au-deſſus de la médiocrité.