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4651
p. 187-189
VIII.
Début :
M. Henriquez, Graveur de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies, de [...]
Mots clefs :
Denis Diderot, Jean Le Rond d'Alembert, Portraits, Académie, Dictionnaire, Portrait, Montesquieu, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII.
M. Henriquez , Graveur de Sa Ma
188 MERCURE DE FRANCE.
(
jefté Impériale de toutes les Ruffies , de
l'Académie Royale des Beaux- Arts de
Pétersbourg , vient de publier , en faveur
des Acquéreurs du Dictionnaire
Encyclopédique , le Portrait de M. de
Montefquieu , d'après le tableau qui eft
à l'Académie Françoife ; de M. de Voltaire
, peint en 1774 , à Ferney , par
Bonart de M. Diderot , peint par M.
L. M. Vanloo , & de M. d'Alembert
deffiné par M. R. Jollain, Peintre du Roi.
Ces Portraits font très- reffemblans & bien
gravés. Ils font du format in - fol . de l'Encyclopédie
, & peuvent- être placés dans
ce Dictionnaire : favoir , ceux de MM .
Diderot & d'Alembert , dans le 2º &
3 volumes , l'Eftampe du frontifpice
devant être à la tête du premier volume.
Le Portrait de M. de Voltaire fera placé
dans le 4 volume , & celui de M. de
Montefquieu fera réuni à fon éloge dans
les volume. On fe propofe de donner
fucceffivement , pour orner les autres volumes
, les Portraits de M. Rouffeau de
Genève , de M. de Buffon , de M. Dumarfais
, &c. Le prix de chacun des quatre
Portraits , publiés actuellement , eft
de livres . On les trouve chez M. Hen-
3
riquez , rue de la vieille Eftrapade , maiFÉVRIE
R. 1777 . 189
fon de M. Moreau , Maître Charpentier
, & ceux de MM. Diderot & d'Alembert
, feulement , chez Panckoucke ,
Libraire , rue des Poitevins , & Brunet
Libraire , rue des Ecrivains.
M. Henriquez , Graveur de Sa Ma
188 MERCURE DE FRANCE.
(
jefté Impériale de toutes les Ruffies , de
l'Académie Royale des Beaux- Arts de
Pétersbourg , vient de publier , en faveur
des Acquéreurs du Dictionnaire
Encyclopédique , le Portrait de M. de
Montefquieu , d'après le tableau qui eft
à l'Académie Françoife ; de M. de Voltaire
, peint en 1774 , à Ferney , par
Bonart de M. Diderot , peint par M.
L. M. Vanloo , & de M. d'Alembert
deffiné par M. R. Jollain, Peintre du Roi.
Ces Portraits font très- reffemblans & bien
gravés. Ils font du format in - fol . de l'Encyclopédie
, & peuvent- être placés dans
ce Dictionnaire : favoir , ceux de MM .
Diderot & d'Alembert , dans le 2º &
3 volumes , l'Eftampe du frontifpice
devant être à la tête du premier volume.
Le Portrait de M. de Voltaire fera placé
dans le 4 volume , & celui de M. de
Montefquieu fera réuni à fon éloge dans
les volume. On fe propofe de donner
fucceffivement , pour orner les autres volumes
, les Portraits de M. Rouffeau de
Genève , de M. de Buffon , de M. Dumarfais
, &c. Le prix de chacun des quatre
Portraits , publiés actuellement , eft
de livres . On les trouve chez M. Hen-
3
riquez , rue de la vieille Eftrapade , maiFÉVRIE
R. 1777 . 189
fon de M. Moreau , Maître Charpentier
, & ceux de MM. Diderot & d'Alembert
, feulement , chez Panckoucke ,
Libraire , rue des Poitevins , & Brunet
Libraire , rue des Ecrivains.
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Résumé : VIII.
M. Henriquez, graveur impérial russe et membre de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Pétersbourg, a publié des portraits pour les acquéreurs du Dictionnaire Encyclopédique. Ces portraits représentent des figures illustres telles que Montesquieu, Voltaire, Diderot et d'Alembert, basés sur des tableaux existants et gravés avec précision. Ils sont au format in-folio de l'Encyclopédie et peuvent être insérés dans le dictionnaire. Le portrait de Montesquieu sera accompagné de son éloge dans les volumes appropriés. Les portraits de Diderot et d'Alembert figureront respectivement dans les deuxième et troisième volumes, tandis que celui de Voltaire sera dans le quatrième volume. Des portraits supplémentaires de Rousseau, Buffon, Du Marsais et d'autres personnalités sont prévus pour les futurs volumes. Chaque portrait est vendu quatre livres. Les portraits de Voltaire, Montesquieu et Rousseau sont disponibles chez M. Henriquez et M. Moreau. Ceux de Diderot et d'Alembert sont disponibles chez Panckoucke et Brunet.
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4652
p. 189
IX.
Début :
On vient de mettre en vente à l'Hôtel de Thou, rue des Poitevins, & chez [...]
Mots clefs :
Quadrupèdes, Botanique, Souscription
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texteReconnaissance textuelle : IX.
I X.
Ont vient de mettre en vente à l'Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , & chez
le fieur Regnault , Auteur de la Botanique
mife à la portée de tout le monde
Croix-des-Petits- Champs , le 7 Cahier
des Quadrupèdes enluminés de
l'oeuvre de M. de Buffon , prix 7 l . 4 f.
rue
>
La foufcription pour le Supplément
de la Botanique mife à la portée de tout
le monde , eft prolongée jufqu'à la fin
de Février , pour la commodité des perfonnes
de Province , chez Regnault , &
chez les Libraires qui ont fourni déjà
l'ouvrage .
Nota. On ne tirera que le nombre
d'exemplaires pour lefquels on aura ſoufcrit.
Ont vient de mettre en vente à l'Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , & chez
le fieur Regnault , Auteur de la Botanique
mife à la portée de tout le monde
Croix-des-Petits- Champs , le 7 Cahier
des Quadrupèdes enluminés de
l'oeuvre de M. de Buffon , prix 7 l . 4 f.
rue
>
La foufcription pour le Supplément
de la Botanique mife à la portée de tout
le monde , eft prolongée jufqu'à la fin
de Février , pour la commodité des perfonnes
de Province , chez Regnault , &
chez les Libraires qui ont fourni déjà
l'ouvrage .
Nota. On ne tirera que le nombre
d'exemplaires pour lefquels on aura ſoufcrit.
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Résumé : IX.
Le septième cahier des 'Quadrupèdes' illustrés de M. de Buffon est en vente à 7 livres et 4 francs. Disponible à l'Hôtel de Thou et chez Regnault, auteur de la 'Botanique mise à la portée de tout le monde'. La souscription pour le supplément de cette dernière est prolongée jusqu'à fin février. Les souscriptions sont acceptées chez Regnault et les libraires ayant déjà fourni l'ouvrage. Seuls les exemplaires souscrits seront imprimés.
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4653
p. 119-124
Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Essai historique & moral sur l'Education Françoise ; par M. de Bury. [...]
Mots clefs :
Éducation, Turenne, Histoire, Richard de Bury, Morale, Officier, Compagnie, Conduite, Jeunes gens, Anecdotes
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texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Effai hiftorique & moral fur l'Education
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
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Résumé : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai historique & moral sur l'Éducation' de M. de Bury présente un plan d'éducation structuré en trois parties : l'éducation dans les pensions, celle dans les collèges, et l'éducation des jeunes gens lorsqu'ils entrent dans le monde à l'âge de seize ou dix-sept ans. Cette dernière phase est particulièrement soulignée par l'auteur, qui insiste sur l'importance des conseils et des instructions à cet âge. M. de Bury met en avant l'étude de la religion, de l'histoire et de la morale, qu'il illustre souvent par des exemples historiques ou des faits connus. Il critique la pratique des duels et prône la modération et la douceur. Pour appuyer ses propos, il utilise des anecdotes, telles que celle de l'officier qui résout un conflit par des excuses mutuelles et celle du vicomte de Turenne réagissant avec calme à une erreur de son domestique. L'auteur recommande aux instituteurs de rendre l'enseignement de l'histoire plus attrayant et intéressant en s'appuyant sur des faits historiques agréables et instructifs. Il fournit des conseils généraux sur la manière d'enseigner l'histoire et discute de l'ordre de l'ancienne chevalerie ainsi que de l'éducation des enfants à cette époque.
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4654
p. 145-156
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de Littérature, par M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Jean-Sifrein Maury, Grands hommes, Henri-François d'Aguesseau, Religion, Saint Louis, Gloire, Orateur, Fénelon, Amour, Illustre, Public, Discours, Morale
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texteReconnaissance textuelle : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Difcours choifis fur divers fujets de Religion
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
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Résumé : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de discours religieux et littéraires de l'Abbé Mauri, incluant un panégyrique de Saint Louis, acclamé par l'Académie Française. Ce discours met en lumière Saint Louis comme un créateur de siècle et un bienfaiteur, respectueux de la religion et promoteur de la liberté et de la dignité humaine. Le christianisme est loué pour son rôle dans la civilisation des peuples et l'adoucissement des mœurs. L'orateur cite des philosophes comme Montesquieu et Rousseau pour appuyer son argumentation. Le recueil inclut également des panégyriques de Saint Augustin et de Fénélon, soulignant leur transformation spirituelle et leur rôle de prédicateurs. L'abbé Mauri développe des préceptes pour maintenir le bon goût de l'éloquence et évalue des écrivains célèbres, attribuant la première place au barreau français à Arnaud pour son 'Apologie des Catholiques d'Angleterre'. L'auteur distingue le zèle contre les opinions dangereuses de la haine, citant Bossuet et Fénelon comme exemples de prélats combinant zèle et charité. Il apprécie les talents des orateurs comme Bridaine et critique les éloges excessifs envers le chancelier d'Aguesseau, tout en reconnaissant sa gloire ministérielle. Le texte discute de la réputation du chancelier, suggérant que l'Abbé Mauri devrait lire ses plaidoyers célèbres pour mieux apprécier ses qualités littéraires. Le texte défend la mémoire du chancelier d'Aguesseau, dont les mérites sont reconnus, et met en garde contre les tentatives de dénigrement. Il souligne que les préceptes et les morceaux éloquents de l'œuvre contribuent à préserver la qualité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4655
p. 59-62
Galathée, [titre d'après la table]
Début :
Galathée, Comédie en un acte & en vers libres ; prix 1 liv. 4 s. A Amsterdam ; [...]
Mots clefs :
Galathée, Pygmalion, Phénix, Sentiments, Agémon, Jeune, Amour, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Galathée, [titre d'après la table]
Galathée , Comédie en un acte & en
vers libres ; prix i liv. 4 f. A Amfterdam
& fe trouve à Paris , chez
Lefclapart jeune , Lib. quai de Gêvres,
avec cette épigraphe : Peut-êtreyreftet-
il quelque défaut que je n'ai pas remarqué.
Pygmalion de J. J. Rouffeau.
L'Auteur de cette Comédie , dans une
Epitre dédicatoire adreffée à un de ſes
Amis , annonce qu'il s'eft déterminé à
ne pas la faire jouer , parce qu'une des
principales Actrices du Théâtre Français
lui a fait fentit qu'on ne verroit pas avec
plaifir Pygmalion malheureux , fur le
même Théâtre où l'on a tout récemment
applaudi à fon bonheur.
L'action de la Pièce eſt ſuppoſée commencer
peu de tems après le jour où
Galathée a été animée. Pygmalion qui
1
Cvj
60
MERCURE
DE
FRANCE
.
>
l'adore , voit avec peine que fes foupirs
annoncent qu'elle n'eft point heureufe
& que fon coeur femble oppreffé d'un
fecret ennui. Galathée elle - même ne
peut définir la nature du trouble qu'elle
rellent. Cependant Phénix , Élève chéri
de Pygmalion , arrive de retour d'an
long voyage. Ce jeune homme , devenu ,
ainfi que Pygmalion , & à l'infu de ce
dernier , amoureux de la ftatue de Galathée
, avoit voulu effayer fi l'abſence ne
le guériroit pas de cette fingulière paffion
. 11 a depuis appris le prodige que
les Dieux ont opéré fur Galathée
à la prière de Pygmalion. Il la voit
animée , fenfible , & en devient mille
fois plus amoureux que jamais . Galathée ,
à la vue de Phénix , n'éprouve pas de
fon côté des fentimens moins paffionnés.
Sidonie , ancienne Maîtreffe de Pygmalion
, que ce dernier a abandonnée ,
& qui cherche à s'en venger , excite &
favorife leur mutuel amour. Phénix eft
cependant retenu par fon amitié & fa
reconnoiffance pour Pygmalion , qui l'a
comblé de bienfaits , & qui , dans l'inftant
même , vient de lui annoncer que ,
renonçant à fon art , il alloit le mettre
en poffellion de fon attelier . Son embarras
JUILLET. 1777. 61
>
redouble , lorfque Pygmalion , après lui
avoir fait confidence de fes inquiétudes
au fujet d'Agémon , riche Phenicien
qu'il foupçonne d'avoir des delle ins fur
Galathée , & de chercher à la féduire
le charge de fonder les fentimens de
Galathée , & de lui parler de fon amour.
Agémon fait apporter à Galathée une
corbeille remplie des plus riches ajuflemens
& l'invite à s'en paret . Elle
balance ; Phénix l'y détermine , de
peur que les foupçons de Pygmalion ne
viennent à changer d'objet . Agémon
s'apperçoit de leur amour , il prend la
chofe en plaifantant , & dit a Phénix
qu'il va propofer à Pygmalion de lui
donner Galathée . Le jeune homme veut
envain l'en empêcher ; il découvre la vérité
à l'infortuné Sculpteur , & Galathée
la confirme par l'aveu ingénu de fes
fentimens. Pygmalion éclate d'abord
en tranfports jaloux ; mais , ramené
par la réflexion à des fentimens plus
doux , il renonce à Galathée , l'unit à
fon Elève , & promet de fervir de père
à ces deux époux.
Leftyle de cette Pièce a du naturel &
de la facilité. Nous citerons cet éloge
ironique des plumes , que l'Auteur met
dans la bouche d'Agémon.
62 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt
Sans plumes , foin de la beauté .
par elles qu'on voit une taille célefte
Acquérir plus de majeſté ;
Que la femme la plus petite ,
Grandit tout-à- coup de moitié ,
Et qu'enfin votre fexe a le nouveau mérite
De paffer le nôtre d'un pié.
vers libres ; prix i liv. 4 f. A Amfterdam
& fe trouve à Paris , chez
Lefclapart jeune , Lib. quai de Gêvres,
avec cette épigraphe : Peut-êtreyreftet-
il quelque défaut que je n'ai pas remarqué.
Pygmalion de J. J. Rouffeau.
L'Auteur de cette Comédie , dans une
Epitre dédicatoire adreffée à un de ſes
Amis , annonce qu'il s'eft déterminé à
ne pas la faire jouer , parce qu'une des
principales Actrices du Théâtre Français
lui a fait fentit qu'on ne verroit pas avec
plaifir Pygmalion malheureux , fur le
même Théâtre où l'on a tout récemment
applaudi à fon bonheur.
L'action de la Pièce eſt ſuppoſée commencer
peu de tems après le jour où
Galathée a été animée. Pygmalion qui
1
Cvj
60
MERCURE
DE
FRANCE
.
>
l'adore , voit avec peine que fes foupirs
annoncent qu'elle n'eft point heureufe
& que fon coeur femble oppreffé d'un
fecret ennui. Galathée elle - même ne
peut définir la nature du trouble qu'elle
rellent. Cependant Phénix , Élève chéri
de Pygmalion , arrive de retour d'an
long voyage. Ce jeune homme , devenu ,
ainfi que Pygmalion , & à l'infu de ce
dernier , amoureux de la ftatue de Galathée
, avoit voulu effayer fi l'abſence ne
le guériroit pas de cette fingulière paffion
. 11 a depuis appris le prodige que
les Dieux ont opéré fur Galathée
à la prière de Pygmalion. Il la voit
animée , fenfible , & en devient mille
fois plus amoureux que jamais . Galathée ,
à la vue de Phénix , n'éprouve pas de
fon côté des fentimens moins paffionnés.
Sidonie , ancienne Maîtreffe de Pygmalion
, que ce dernier a abandonnée ,
& qui cherche à s'en venger , excite &
favorife leur mutuel amour. Phénix eft
cependant retenu par fon amitié & fa
reconnoiffance pour Pygmalion , qui l'a
comblé de bienfaits , & qui , dans l'inftant
même , vient de lui annoncer que ,
renonçant à fon art , il alloit le mettre
en poffellion de fon attelier . Son embarras
JUILLET. 1777. 61
>
redouble , lorfque Pygmalion , après lui
avoir fait confidence de fes inquiétudes
au fujet d'Agémon , riche Phenicien
qu'il foupçonne d'avoir des delle ins fur
Galathée , & de chercher à la féduire
le charge de fonder les fentimens de
Galathée , & de lui parler de fon amour.
Agémon fait apporter à Galathée une
corbeille remplie des plus riches ajuflemens
& l'invite à s'en paret . Elle
balance ; Phénix l'y détermine , de
peur que les foupçons de Pygmalion ne
viennent à changer d'objet . Agémon
s'apperçoit de leur amour , il prend la
chofe en plaifantant , & dit a Phénix
qu'il va propofer à Pygmalion de lui
donner Galathée . Le jeune homme veut
envain l'en empêcher ; il découvre la vérité
à l'infortuné Sculpteur , & Galathée
la confirme par l'aveu ingénu de fes
fentimens. Pygmalion éclate d'abord
en tranfports jaloux ; mais , ramené
par la réflexion à des fentimens plus
doux , il renonce à Galathée , l'unit à
fon Elève , & promet de fervir de père
à ces deux époux.
Leftyle de cette Pièce a du naturel &
de la facilité. Nous citerons cet éloge
ironique des plumes , que l'Auteur met
dans la bouche d'Agémon.
62 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt
Sans plumes , foin de la beauté .
par elles qu'on voit une taille célefte
Acquérir plus de majeſté ;
Que la femme la plus petite ,
Grandit tout-à- coup de moitié ,
Et qu'enfin votre fexe a le nouveau mérite
De paffer le nôtre d'un pié.
Fermer
Résumé : Galathée, [titre d'après la table]
La pièce 'Galathée' est une comédie en un acte et en vers libres, écrite par un auteur anonyme. L'auteur a renoncé à la faire jouer après qu'une actrice principale du Théâtre Français ait refusé de représenter Pygmalion malheureux, peu après l'avoir joué heureux. L'histoire débute après l'animation de Galathée par les dieux. Pygmalion, amoureux de Galathée, observe son ennui. Phénix, élève et ami de Pygmalion, revenu d'un long voyage, tombe amoureux d'elle. Galathée partage ses sentiments, encouragés par Sidonie, ancienne maîtresse de Pygmalion, pour se venger. Phénix, loyal envers Pygmalion, hésite. Pygmalion, inquiet des avances d'Agémon, un riche Phénicien, demande à Phénix de tester les sentiments de Galathée. Agémon tente de séduire Galathée avec des cadeaux, mais Phénix lui conseille de les accepter pour éviter les soupçons. Agémon découvre leur amour et propose à Pygmalion de lui donner Galathée. Phénix révèle la vérité à Pygmalion, qui, après un moment de jalousie, renonce à Galathée et les unit à Phénix, promettant de les soutenir. La pièce se distingue par un style naturel et facile, avec un éloge ironique des plumes prononcé par Agémon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4656
p. 90-98
Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Début :
Dictionnaire des Origines, chez Bastien, Libraire, rue du Petit-Lion, Fauxb. [...]
Mots clefs :
Génie, Nature, Grands hommes, Imitation, Dictionnaire, Auteur, Silence, Talents, Autorité, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Dictionnaire des Origines , chez Baftien ,
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
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Résumé : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Le Mercure de France de juillet 1777 critique le 'Dictionnaire des Origines' publié chez Baftien, reprochant aux compilateurs de copier sans discernement, ce qui engendre des erreurs et des notions fausses. L'auteur souligne la nécessité d'une érudition et d'un jugement critique pour produire un ouvrage précis. Le texte explore la notion de 'Grands Hommes', citant le Président Hénault. Il note que les grands hommes peuvent accomplir de grandes choses sous une autorité légitime, mais leur présence en grand nombre peut causer des divisions et des troubles, comme lors du règne de François II. Les conflits entre les Guises, les Princes du Sang et les troubles religieux ont contribué à la déstabilisation du royaume. L'auteur se demande si des personnages illustres et puissants, dont l'ambition cause des troubles, méritent le titre de 'Grands Hommes'. Il conclut que le véritable grand homme allie talents et vertus morales, visant le bien public et la gloire de son prince. Le texte aborde également l'imitation dans les arts, affirmant que le génie crée en s'inspirant de la nature. Sortir des limites naturelles conduit à la confusion et au désagrément. Le génie observe et imite la nature, car il ne peut ni la créer ni la détruire. Les artistes observent les moindres objets pour acquérir de nouvelles connaissances, étendant ainsi leur esprit et sa fécondité. La musique dramatique, la poésie et la peinture sont des arts qui imitent la nature, mais avec des étendues différentes. La poésie représente tout ce que l'imagination peut concevoir, tandis que la peinture se limite aux objets visibles. La musique agit principalement sur l'ouïe mais peut aussi évoquer des images et des émotions complexes, comme le repos ou le mouvement. Elle suscite des affections similaires à celles provoquées par d'autres sens et peut représenter des scènes variées, telles que la tempête, la tranquillité ou l'horreur d'un désert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4657
p. 135-136
Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Début :
Le Temple de Vénus. A Londres, 1777. Volume in-8o. de près de 400 pages, [...]
Mots clefs :
Temple, Vénus, Tableaux érotiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Le Temple de Vénus. A Londres , 1777
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
Volume in- 8°. de près de 400 pages ,
précédé d'une gravure.
C'est un recueil de vingt-fix tableaux
érotiques , tirés des Romans & des Contes
les plus connus en ce genre. On y a mis
à contribution la Nouvelle Héloïfe , le
Temple de Gnide , le Sopha , Angola , le
Coufin de Mahomet , &c. &c. Le joli
Conte d'Aline, de M. le C. de B ***
s'y trouve même en partie.
« J'ai vu ,
» le Rédacteur , les plus beaux tableaux
» de l'Amour ; je vais les expofer aux
" yeux des enfans fortunés de la nature.
» Ce font des miniatures tirées des meilleurs
Peintres en ce genre , & qui font
dit
136 MERCURE DE FRANCE .
"
dignes d'être placées dans leTemple de
» Vénus »
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Résumé : Le Temple de Vénus, [titre d'après la table]
Le document 'Le Temple de Vénus', publié à Londres en 1777, est un recueil de 26 tableaux érotiques inspirés de romans célèbres. Il inclut des œuvres comme 'La Nouvelle Héloïse' et 'Le Temple de Gnide'. Le rédacteur souhaite exposer ces illustrations, décrites comme des miniatures dignes du Temple de Vénus, aux 'enfants fortunés de la nature'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4658
p. 102-109
Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur le Bonheur, où l'on recherche si l'on peut aspirer à un vrai bonheur [...]
Mots clefs :
Bonheur, Plaisirs, Vertu, Auteur, Essai, Source, Vrai, Matière, Sentiment, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
Effai fur le Bonheur , où l'on recherche
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
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Résumé : Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
L''Essai sur le Bonheur' de l'Abbé de Gourcy, Vicaire Général de Bordeaux et membre de la Société Royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy, explore la possibilité d'atteindre un véritable bonheur terrestre et les moyens d'y parvenir. L'auteur s'appuie principalement sur la religion chrétienne pour définir le bonheur, affirmant que la vertu est essentielle à la félicité humaine. Les plaisirs des sens et des passions sont éphémères et souvent suivis de douleur, tandis que les plaisirs de l'âme, issus de la bienfaisance, de l'amitié et de la vertu, sont durables et enrichissants. Ces plaisirs sont indépendants des conditions physiques ou matérielles et élèvent l'âme. La vertu est présentée comme le seul chemin sûr vers le bonheur, et sa pratique quotidienne permet de renouveler ces plaisirs authentiques. Le texte explore la notion de bonheur et de vertu, affirmant qu'il n'existe pas de voie plus sûre vers le bonheur que celle de la vertu. La félicité est décrite comme la fortune du sage, inaccessible sans vertu. Même les personnes vicieuses envient la paix et le contentement que procure la vertu. La véritable félicité réside dans les vertueux, même s'ils sont malheureux, et non dans les vicieux jouissant des honneurs et des plaisirs. Cette félicité est universelle et innée, mais incomplète et passagère sur terre. La récompense parfaite et éternelle est réservée à l'au-delà.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4659
p. 100-122
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en [...]
Mots clefs :
Miracles, Religion, Religion naturelle, Religion chrétienne, Dieu, Christianisme, Nature, Jésus-Christ, Hommes, Lois, Esprits, Foi, Preuve, Faits, Effet, Chrétiens, Caractère, Prodiges, Doctrine, Croire, Témoins, Authenticité, Vérité, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Les Principes de la Religion Naturelle &
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
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Résumé : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en forme de Catéchisme' prouve l'existence de Dieu, distingue le bien du mal et valide les Écritures bibliques. L'auteur adopte une méthode pédagogique pour rendre le discours accessible aux personnes peu instruites et renforcer la foi chrétienne face aux incrédules. Le texte souligne l'impact positif du christianisme sur les sociétés politiques, en promouvant les vertus morales, le respect des lois et l'unité entre les citoyens. Il réfute l'idée que le christianisme soit nuisible à la prospérité des empires, affirmant qu'il contribue à la stabilité et au bonheur public. Le christianisme est décrit comme une force stabilisatrice pour les gouvernements modernes grâce à sa loi fondamentale de charité, favorisant la fraternité et l'amour entre les individus et les nations. Plusieurs penseurs, tels que Francis Bacon, Bolingbroke, Maupertuis et d'Alembert, reconnaissent l'impact positif du christianisme. Le texte discute des miracles, affirmant leur authenticité et leur rôle dans la conversion du monde. Les apologistes chrétiens soulignent que les auteurs des Évangiles étaient contemporains et témoins oculaires des miracles, qui furent acceptés malgré les critiques. L'incrédulité humaine, souvent motivée par des passions et des intérêts personnels, persiste malgré les preuves miraculeuses. Le texte cite des passages bibliques pour expliquer que cette incrédulité était prévue et résultait d'un aveuglement volontaire. La crédibilité des miracles est liée à la foi et à l'amour de Dieu, et les miracles doivent être jugés en fonction de la moralité et de la doctrine de ceux qui les accomplissent. Le texte examine également la crédibilité des miracles attribués à Apollonius et les critiques adressées aux chrétiens pour leur scepticisme envers ces phénomènes. Les chrétiens ont contesté les miracles d'Apollonius en soulignant ses vices et la faiblesse de sa doctrine. Philostrate, qui a écrit sur Apollonius plus d'un siècle après sa mort, est jugé peu fiable. En revanche, les contemporains d'Apollonius, comme Euphrate, le décrivent comme un aventurier et un imposteur sans mentionner ses miracles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4660
p. 108-112
Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Début :
Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apollon, contenant des anecdotes intéressantes ; [...]
Mots clefs :
Almanach, Anecdotes, Littéraire, Année, Poète, Notice, Ouvrages, Bernard le Bouyer de Fontenelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Alinanach Littéraire ou Étrennes d'Apol
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
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Résumé : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
L'Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apol, publié en avril 1778, est un recueil contenant diverses contributions littéraires et anecdotiques. Il inclut des anecdotes sur des figures notables telles que Montesquieu, Duclos, Rousseau et Voltaire. Le recueil propose également des poèmes nouveaux, des chansons, un fragment de La Fontaine, une traduction d'Homère par Voltaire, des lettres de Voltaire à Helvétius, et un discours d'Adam à Ève extrait d'une nouvelle traduction de Milton. De plus, il présente une notice des principaux ouvrages publiés en 1777 et diverses curiosités. L'édition est disponible en petit format in-12 au prix de 1 livre 4 sols et peut être achetée chez plusieurs libraires à Paris. Cet Almanach Littéraire succède à celui de l'année précédente, qui avait été bien accueilli par le public. L'éditeur a enrichi cette nouvelle édition de divers morceaux de poésie et de littérature, ainsi que d'anecdotes variées. Parmi les anecdotes notables, on trouve des discussions sur la médecine, des critiques littéraires, et des interactions entre artistes et leurs sujets. Par exemple, un chef de cabale critique un jeune poète, un artiste peintre décrit une interaction avec une modèle, et un dialogue entre un particulier et le peintre Chardin. Une autre anecdote implique M. de Fontenelle et un journaliste de Trévoux. L'ouvrage se termine par une notice des principaux ouvrages publiés durant l'année, soulignant les traits saillants de chaque œuvre.
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4661
p. 65-67
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Ernélinde qui fut reprise l'année dernière, à-peu-près à pareil temps, a toujours [...]
Mots clefs :
Rôle, Temps, M. Le Gros, Mlle Le Vasseur, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a récemment repris 'Ernelinde', saluée pour ses effets spectaculaires et ses qualités musicales. Les rôles principaux étaient interprétés par Mme Gelin, l'Arrivée, le Gros et Mlle Durancy. Après le décès de Rousseau de Genève, 'Le Devin du Village' a été représenté avec M. le Gros et Mlle le Vasseur, rencontrant un succès constant et unanime, marqué par les regrets de la perte de l'auteur. L'œuvre 'Orphée', un drame héroïque en trois actes, a été créée en août 1774 et reprise jusqu'en 1777. La dernière représentation a eu lieu le 28 du mois, avec Mlle Laguerre en Eurydice, M. l'Aîné en Orphée et Mlle St. Huberty en Amour. Le ballet des champs élyséens, dansé par M. Vestris, Mlle Guimard et Mlle Heinel, a été particulièrement acclamé pour son exécution exceptionnelle, tout comme les talents émergents de M. Vestris.
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4662
p. 67-69
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le succès des Barmécides a été celui de tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheureusement [...]
Mots clefs :
Tragédie, Couplets, Succès, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La tragédie 'Les Barmécides' a connu un succès croissant, initialement contestée mais de plus en plus appréciée lors des représentations suivantes. Les acteurs Brizard et Molé ont été particulièrement salués, tandis que Madame Vestris aurait mérité un rôle plus avantageux. Monsieur de Larive a excellé dans le rôle d'Aaron, marquant un tournant dans sa carrière. La septième représentation, avec un public nombreux et enthousiaste, a consolidé la confiance de l'auteur malgré les critiques et persécutions. L'auteur défend Monsieur Monvel, injustement accusé d'avoir écrit des couplets critiques dans le Journal de Paris. Monvel a nié ces accusations et exprimé son chagrin. L'auteur félicite également Monsieur Maurine, un jeune auteur de 17 ans travaillant sur une tragédie, pour ses ambitions et sa modestie. Il souligne l'impartialité et la décence du Journal de Paris dans la publication des critiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4663
p. 70
LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Début :
Vous savez, Monsieur, que dans les premiers exemplaires du Mercure du 25 Juillet, on avoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Anonyme, Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Critique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Lettre de M. Mar m on tu, à Al. d e l a Ha r p e.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
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Résumé : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Dans une lettre à M. Delaharpe, M. Marmontu exprime son mécontentement suite à l'omission de la première lettre de son nom sous un extrait de l'ouvrage du Prince Belofiski sur la musique dans les premiers exemplaires du Mercure de Juillet. Plusieurs personnes lui ont reproché cette omission, soulignant les risques de l'anonymat en littérature et en société, particulièrement en matière de critique. Elles ont insisté sur la nécessité pour les auteurs de se révéler et de publier leurs critiques avec franchise et bienveillance. Marmontu partage cet avis, considérant l'anonymat comme un moyen facile et indélicat de nuire sans conséquence. Il demande donc à M. Delaharpe de toujours mentionner son nom en bas des articles qu'il lui soumettra à l'avenir. La lettre se termine par une formule de respect et d'attachement.
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4664
p. 71-72
« Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
Début :
Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...]
Mots clefs :
Dijon, Éléments de chimie, Roi, Théâtre, Chimie, William Shakespeare
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texteReconnaissance textuelle : « Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
ÊCmens de Chimie théorique & pratique , rédigée dans un nouvel ordre, d’après les découvertes modernes, pour ïervir aux Cours publics de l’Aca- démic du Dijon , Tcm. TI & HT, z/i-i i. A Dijon , chez L. N. Frantin, Imprimeur du Roi ; & fc trouve à Paris, cher Piflot, Libraire , Quai des Auçuftins, 1777 & 177s. Avec Approbation ôc Privilège du Roi.
Cf s Flémens de Chimie font l’ouvrage de trois Académiciens de Dijon. Mais le manufcrit entier a etc revu par un fcul, pour mettre plus d cnfcmble & de liaifon dans toutes les parties. M. de Morveau oui en a tracé le plan , s’eft chargé de ce travail : il a fourni de plus les trois dillolvans élémentaires, les udes minéraux, l’acide phofphoiiquc , les alkalis fixes, & le mercure. M. Mirct, indépendamment des dvmonftrations de madère médicale qu’il a fait fikcédcr aux démonftrations de Chimie, a donné le Cùapifrc de l’alkali volatil, & placeurs autres morceaux féparés , tels que Panalyfc animale , les eaux médicinales , le lait alkalifé, l'éthiops par précipita- | don, &c. L’analyic végétale , la teinture. Les Chapitres des acides végétaux 3c des dilfolvans huileux B appartiennent à M. Durandc. Ces trois Académi iens fe font encore communiqué rcfpcÛivemcnt leurs obfervations fur tous les objets, & fc font le plus louvcnt réunis pour futvre & raifonner les expériences délicates & importantes. Il cft beau de voir trois Sa vans diftingués réunir leurs connoiflances poux (Oüwourir à la pcxfcéhon dun fcul Ouvrage. L‘Aca-
72
MERCURE
démie de Dijon s'eft toujours fignalée par l'union &
le bon accord de fes Membres. M. RI
Avis aux Soufcripteurs du Théâtre de Shakespeare.
Les 3 & 4 volumes de la traduction du Théâtre
de Shakeſpeare , par M. le Tourneur , paroîtront au
commencement d'Août : ils contiennent Coriolan &
Macbeth , Cymbelnie , & Roméo & Juliette. La fuite
n'éprouvera point ce long retard : & avant huit mois,
les & 6e volumes auront f paru. Tout engage l'Auteur
à preffer l'exécution de cette entrepriſe laborieufe
& intéreffante pour les Lettres.
La France Eccléfiaftique , pour l'année 1778 ,
contenant la Cour de Rome , le Gouvernement fpirituel
& temporel des Diocèfes du Royaume de France;
la Collection des Dignités & Canonicats des Églifes
Cathédrales ; les Abbayes Commendataires & Régu
lières ; les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale ; le Clergé de Paris & celui de la Cour,
3 liv. broc. 3 liv . 10 f. franc de port par tout le
Royaume. Chez M , Duchefne , rue Saint-André- des-
Arts , vis -à- vis la rue Gît-le -Coeur.
Effai fur l'Hiftoire de la Maifon d'Autriche,
dédié à la Reine ; par M. le Comte de G ***. 6 vol.
in- 12 . Prix relié , 18 liv.
Differtation médico-pratique fur l'ufage des rafraîchiffans
& des échauffans dans les fièvres exanthematiques
; par M. Larrère , Profeffeur Royal émérite en
Médecine , Médecin du Garde - Meuble de la Couronne
, Cenfeur Royal , des Académies des Curieux
de la Nature , de Montpellier & de Toulouſe , cidevant
Directeur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de
l'Univerfité de Perpignan , ancien Inſpecteur-Général
des Eaux minérales de la Province du Rouffillon &
du Comté de Foix.
Voyez la fuite des Annonces , aux deux dernières
pages de la Couverture.
Cf s Flémens de Chimie font l’ouvrage de trois Académiciens de Dijon. Mais le manufcrit entier a etc revu par un fcul, pour mettre plus d cnfcmble & de liaifon dans toutes les parties. M. de Morveau oui en a tracé le plan , s’eft chargé de ce travail : il a fourni de plus les trois dillolvans élémentaires, les udes minéraux, l’acide phofphoiiquc , les alkalis fixes, & le mercure. M. Mirct, indépendamment des dvmonftrations de madère médicale qu’il a fait fikcédcr aux démonftrations de Chimie, a donné le Cùapifrc de l’alkali volatil, & placeurs autres morceaux féparés , tels que Panalyfc animale , les eaux médicinales , le lait alkalifé, l'éthiops par précipita- | don, &c. L’analyic végétale , la teinture. Les Chapitres des acides végétaux 3c des dilfolvans huileux B appartiennent à M. Durandc. Ces trois Académi iens fe font encore communiqué rcfpcÛivemcnt leurs obfervations fur tous les objets, & fc font le plus louvcnt réunis pour futvre & raifonner les expériences délicates & importantes. Il cft beau de voir trois Sa vans diftingués réunir leurs connoiflances poux (Oüwourir à la pcxfcéhon dun fcul Ouvrage. L‘Aca-
72
MERCURE
démie de Dijon s'eft toujours fignalée par l'union &
le bon accord de fes Membres. M. RI
Avis aux Soufcripteurs du Théâtre de Shakespeare.
Les 3 & 4 volumes de la traduction du Théâtre
de Shakeſpeare , par M. le Tourneur , paroîtront au
commencement d'Août : ils contiennent Coriolan &
Macbeth , Cymbelnie , & Roméo & Juliette. La fuite
n'éprouvera point ce long retard : & avant huit mois,
les & 6e volumes auront f paru. Tout engage l'Auteur
à preffer l'exécution de cette entrepriſe laborieufe
& intéreffante pour les Lettres.
La France Eccléfiaftique , pour l'année 1778 ,
contenant la Cour de Rome , le Gouvernement fpirituel
& temporel des Diocèfes du Royaume de France;
la Collection des Dignités & Canonicats des Églifes
Cathédrales ; les Abbayes Commendataires & Régu
lières ; les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale ; le Clergé de Paris & celui de la Cour,
3 liv. broc. 3 liv . 10 f. franc de port par tout le
Royaume. Chez M , Duchefne , rue Saint-André- des-
Arts , vis -à- vis la rue Gît-le -Coeur.
Effai fur l'Hiftoire de la Maifon d'Autriche,
dédié à la Reine ; par M. le Comte de G ***. 6 vol.
in- 12 . Prix relié , 18 liv.
Differtation médico-pratique fur l'ufage des rafraîchiffans
& des échauffans dans les fièvres exanthematiques
; par M. Larrère , Profeffeur Royal émérite en
Médecine , Médecin du Garde - Meuble de la Couronne
, Cenfeur Royal , des Académies des Curieux
de la Nature , de Montpellier & de Toulouſe , cidevant
Directeur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de
l'Univerfité de Perpignan , ancien Inſpecteur-Général
des Eaux minérales de la Province du Rouffillon &
du Comté de Foix.
Voyez la fuite des Annonces , aux deux dernières
pages de la Couverture.
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Résumé : « Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
Le document présente plusieurs publications et ouvrages scientifiques et littéraires. L'ouvrage principal est 'Éléments de Chimie théorique & pratique', rédigé par trois académiciens de Dijon : M. de Morveau, M. Miquet et M. Durande. M. de Morveau a traité des dissolvants élémentaires, des sels minéraux, de l'acide phosphorique, des alkalis fixes et du mercure. M. Miquet a abordé la matière médicale, l'alkali volatil, l'analyse animale, les eaux médicinales, le lait alcalisé et l'éthiops par précipitation. M. Durande a écrit sur les acides végétaux et les dissolvants huileux. Les trois académiciens ont collaboré sur des expériences délicates et importantes, soulignant l'union et l'accord au sein de l'Académie de Dijon. Le document annonce également la publication des volumes 3 et 4 de la traduction du Théâtre de Shakespeare par M. le Tourneur, incluant 'Coriolan', 'Macbeth', 'Cymbeline' et 'Roméo et Juliette', prévus pour août. Les volumes suivants devraient suivre dans les huit mois. D'autres publications mentionnées incluent 'La France Ecclésiastique' pour l'année 1778, détaillant la cour de Rome et le gouvernement des diocèses de France, ainsi qu'un essai sur l'histoire de la Maison d'Autriche dédié à la Reine. Enfin, une dissertation médico-pratique sur l'usage des rafraîchissants et des échauffants dans les fièvres exanthématiques, écrite par M. Larrère, est annoncée.
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4665
p. 154-157
Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres de M. de la Harpe, de l'Académie Françoise, nouvellement recueillies, 6 [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Ouvrages, Auteur, Traduction, Poète, Prix, Vers, Morceau, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Euvres de M. de la Harpe , de l'Académie
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
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Résumé : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de M. de La Harpe, membre de l'Académie française, publiée en six volumes in-octavo à Paris chez Piffot. Le premier volume comprend plusieurs pièces théâtrales et essais : la tragédie 'Le Comte de Warwick' avec des modifications inédites, 'Mélanie' corrigée et augmentée, le drame 'Barnevelt' en cinq actes, une préface réfutant un essai sur l'art dramatique, un essai sur les trois tragiques grecs accompagné de traductions de passages d'Eschyle, Sophocle et Euripide, ainsi qu'une dissertation sur Shakespeare. Le deuxième volume est consacré à la poésie et contient divers discours en vers, dont certains inédits, des odes, des épîtres et des traductions. Le troisième volume rassemble des éloges de personnages célèbres tels que Charles V, Fénelon, Racine et La Fontaine, ainsi qu'un discours de réception à l'Académie. Le quatrième volume inclut des discours sur divers sujets, des traductions et des fragments critiques. Les cinquième et sixième volumes regroupent les principaux articles de critique publiés dans le Mercure et le Journal de Littérature. Un avis informe les lecteurs que les futures publications de l'auteur seront imprimées dans le même format pour assurer la cohérence des volumes. Une analyse des nouvelles œuvres contenues dans cette édition sera publiée dans le prochain Mercure.
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4666
p. 139-147
Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Début :
Ce Code, ce monument de Jurisprudence le plus singulier & le plus curieux qu'on [...]
Mots clefs :
Femme, Gentoux, Chapitre, Lois, Brames, Homme, Maison, Mari, Vie, Code
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Code des Loix des Gentoux , ou Réglemens
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
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Résumé : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Le 'Code des Lois des Gentoux' est un ouvrage de jurisprudence traduit de l'anglais à partir de versions en langue samskrète, publié à Paris en 1778. Il commence par un discours préliminaire où les Brames expliquent l'objet et l'utilité de cette compilation, mettant en avant la tolérance religieuse et la diversité des croyances. L'introduction relate la création selon les Gentoux, décrivant les quatre grandes tribus primitives issues des membres de Brahma : les Brames, qui prient et instruisent ; les Chehterée, qui combattent et gouvernent ; les Bice, qui pourvoient aux besoins par l'agriculture et le commerce ; et les Sooder, qui travaillent et servent. Une cinquième tribu, les Burrun-Sunker, regroupe les ouvriers et petits marchands. Le texte décrit ensuite les qualités requises pour un magistrat, qui doit être juste, bienveillant et capable de dominer ses passions. Divers sujets juridiques sont abordés, tels que le prêt et l'emprunt, les droits de succession, l'administration de la justice, les dépôts, les ventes, les servitudes, les salaires, et même les prostituées. Les lois montrent une distinction marquée entre les castes, avec des privilèges pour certaines et une sévérité envers d'autres, reflétant la croyance en la supériorité des Brames. Le Code criminel des Gentoux est particulièrement sévère envers les voleurs, qui peuvent être crucifiés, étranglés ou mutilés. Les Brames échappent à la peine capitale mais subissent des châtiments sévères. Le Chapitre XIX traite de l'adultère et compare les mœurs européennes, où la virginité féminine est essentielle pour le mariage. Le Chapitre XX critique la débauche des femmes, justifiant une discipline stricte en Asie. Plusieurs lois détaillent les restrictions imposées aux femmes, comme l'interdiction de sortir sans consentement, de manger avant leur mari, ou de se divertir pendant l'absence de celui-ci. La coutume du sati est mentionnée comme un devoir religieux. Le Chapitre XXI réglemente divers sujets comme le jeu, l'alimentation, et l'adoption, avec des sanctions sévères pour certaines infractions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4667
p. 147-148
Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Début :
Cette addition porte une démonstration frappante de la ressemblance ou identité de [...]
Mots clefs :
Breton, Sanskrit, Addition, Langue, Bretagne, Cruel, Cruelle, Le Brigant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Addition au premier extrait du Code des
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
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Résumé : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Le document présente une addition au premier extrait du Code des Gentoux, soulignant la similitude entre le sanskrit, langue sacrée des Brahmanes, et le breton parlé en Bretagne. Il compare des phrases en sanskrit avec leurs traductions littérales en breton, illustrant des principes moraux. Par exemple, un père prodigue est cruel envers ses enfants, une mère qui trahit sa foi est cruelle, une femme infidèle est cruelle, et un fils désobéissant est cruel envers ses parents. Le texte fait également référence à 'Le Brigant', une œuvre de l'ancienne Société des Arts de Bretagne, associée à celle de Hesse-Hombourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4668
p. 148-149
Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Début :
Traduction d'un morceau de l'Iliade, qui a concouru pour le prix de l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Ajax, Morceau, Iliade, Académie française, Troyens
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texteReconnaissance textuelle : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Traduction d'un morceau de l'Iliade , qui a
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
concouru pour le prix de l'Académie Françoife
en 1778 ; par M. le Chevalier de
Langeac.
Cet ouvrage eft du nombre de ceux dont
l'Académie a fait une mention honorable ,
Leftyle, quoiqu'un peu foible , a de la pureté.
Nous nous bornerons à citer un morceau
de poéfie defcriptive , qui nous a paru le
meilleur de la pièce.
DE FRANCE. 449
>
C'eſt en ces mots qu'Achille exhaloit fon courroux.
Cependant tout périt ; foible & feul contre tous
Ne refiftant qu'à peine au nombre qui l'accable
Ajax en fuccombant , eft encore indomptable ;
Il frémit de céder & devient plus ardent.
Mais du maître des Dieux le terrible afcendant
En faveur des Troyens contre lui fe déclare ,
Et déjà de leurs coeurs un feu divin s'empare.
Pour triompher d'Ajax , il falloit cet appui :
Tous les yeux , tous les dards font dirigés vers lui ;
Du choc de mille traits tout fon cafque étincelle ;
Sous fon lourd bouclier déjà fon bras chancelle ,
Et laffé d'un tel poids va trahir ſa valeur.´.
Mais en vain les Troyens raniment leur fureur
Rien n'intimide Ajax ; certain de fon courage
Sans reculer d'un pas , il fait tête à l'orage :
Il commande , la mort obéit à fes loix .
De fucur inondé, fans haleine , fans voix ,
Seul , il fe multiplie , & combattant fans trouble ,
Quand le péril s'accroît , fon audace redouble.
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Résumé : Traduct. d'un Morceau de l'Iliade, [titre d'après la table]
Le texte est une traduction de l'Iliade réalisée par le Chevalier de Langeac, qui a obtenu une mention honorable de l'Académie Française en 1778. Bien que le style soit jugé faible, la traduction est reconnue pour sa pureté. Le passage décrit la fureur et le courage d'Achille et d'Ajax face aux Troyens. Ajax, malgré les attaques incessantes, reste indomptable et combat avec bravoure. Les Troyens, soutenus par Zeus, se concentrent sur Ajax, mais celui-ci ne recule pas. Il affronte les dangers avec détermination, multipliant ses efforts et redoublant d'audace face au péril croissant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4669
p. 149-152
Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Début :
Commencement du XVIe Chant de l'Iliade : Sujet proposé par l'Académie Françoise [...]
Mots clefs :
Académie française, Iliade, Pitié , Vaisseaux, Hector
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texteReconnaissance textuelle : Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Commencement du XVIe Chant de l'Iliade:
Sujet propofé par l'Académie Françoife
pour le Prix de Poéfie de l'année 17785
traduit par M. le Marquis de Villette .
>
Nec verbum verbo curabit reddere fidus
Interpres. Hor.
A Paris, de l'Imprimerie de Demonville
'I
G iij
350
MERCURE
Imprimeur-Libraire de l'Académie Fran
goife , aux Armes de Dombes.
Cette Pièce eft une de celles que l'Acadé
mie a diftinguées & qui lui ont paru dignes
d'eftime. Elle eft en général écrite avec faeilité
, & plufieurs morceaux font honneur
au talent du Traducteur. Nous citerons une
partie de la converſation de Patrocle &
d'Achille , dans laquelle on remarquera de
beaux vers. Patrocle reproche à fon ami
d'être inexorable dans fes reffentimens , &
de n'avoir nulle pitié de fes concitoyens.
Il continue ainfi :
Pardonne , j'en dis trop ; mais fi vers cette rive
Ton éternel courroux tient ta valeur captive
Ou fi de nos devins quelqu'Oracle menteur
Enchaîne ton courage & nous âte un vengeur ,
Souffre au moins qu'un ami puiffe tenir ta place.
Prête-moi ton armure , & j'aurai ton audace.
» Autour de nos Vaiffeaux Ajax combat encor ;
Ton cafque fur mon front fera trembler Hector :
Etton nom préparant un triomphe facile,
» Les Troyens font vaincus,s'ils penfent voir Achilles.
C'eft ainfi qu'il parloit. Ainfi par fa vertu
Il ébranle un courroux de pitié combattu ;
Il l'affiége , il le preffe ; ah ! malheureux , arrête .
Hélas ! tu ne vois point ce que le ciel t'apprête..
Ta vertu te trompoit ,, tu courois au trépas
DE FRANCE. 151
ACHILLE cependant ne le rebutoit pas
Mais dans fa bonté même éclatoit la colère.
« Je méprife , dit-il , cette erreur populaire
50 Qui croit que l'avenir au Prêtre eft révélé ,
» Et qu'il nous faut mourir , lorfque Delphe a parle
Je ne m'occupe point d'une chimère vaine ;,
» J'écoute mon dépit , je me livre à ma haine
» Elle eft jufte , il fuffit. Je n'ai point pardonné
» A cet indigne Roi par mes mains couronné ,
» A cet Atride ingrat , au rival que j'abhore ,
20
Qui m'ôta Briféide , & la retient encore ,
» Qui devant tous les Grecs ofa m'humilier :
05
55
לכ
Non , jamais tant d'affronts ne pourront s'oublier.
MAIS enfin j'ai preferit un terme à ma vengeance;
J'ai promis, fijamais pourfuivis fans défenfe ,
Les Argiens tremblans aux bords du Ximois
Fuyoient jufqu'aux vaiffeaux par nous- même conduits
,
Qu'alors de ces vaincus j'aurois pitié peut-être;
Queje pourrois fouffrir qu'on fecourût leur maître,
Qu'on le couvrit de honte, en confervant les jours.
» Le temps eft arrivé : va , marché à ſon ſecours.
" Je vois d'Agamemnon la fuite aviliffante ;"
» D'Hector qui le pourfuit , j'entends la voix tonnante
:
» Il t'appelle à la gloire ; arme-toi contre lui ;
Et fi le ciel vengeur te feconde aujourd'hui
Giv
852 MERCURE
» N'abufe point fur- tout du bonheur qu'il t'envoye .
» Ne tente point les Dieux, ne va point jufqu'à Troye
Modère ta valeur : c'eft affez d'écarter
בכ
20. Cet Hector infolent qui nous ofe inſulter ;
? C'eſt affez d'arracher aux flammes , au pillage ,
Nos vaiffeaux expofés fur cet affreux rivage.
Puiffent cès fils de Tros , & ces Grecs odieux ,
» Ces communs ennemis en horreur à mes yeux ,
S'égorger l'un par l'autre , & tomber nos victimes !
Que leur fang déteftable efface enfin leurs crimes !
Qu'il ne refte que nous pour détruire à jamais
» Les lieux qu'ils ont fouillés d'opprobre & de forfaits
»>!
Sujet propofé par l'Académie Françoife
pour le Prix de Poéfie de l'année 17785
traduit par M. le Marquis de Villette .
>
Nec verbum verbo curabit reddere fidus
Interpres. Hor.
A Paris, de l'Imprimerie de Demonville
'I
G iij
350
MERCURE
Imprimeur-Libraire de l'Académie Fran
goife , aux Armes de Dombes.
Cette Pièce eft une de celles que l'Acadé
mie a diftinguées & qui lui ont paru dignes
d'eftime. Elle eft en général écrite avec faeilité
, & plufieurs morceaux font honneur
au talent du Traducteur. Nous citerons une
partie de la converſation de Patrocle &
d'Achille , dans laquelle on remarquera de
beaux vers. Patrocle reproche à fon ami
d'être inexorable dans fes reffentimens , &
de n'avoir nulle pitié de fes concitoyens.
Il continue ainfi :
Pardonne , j'en dis trop ; mais fi vers cette rive
Ton éternel courroux tient ta valeur captive
Ou fi de nos devins quelqu'Oracle menteur
Enchaîne ton courage & nous âte un vengeur ,
Souffre au moins qu'un ami puiffe tenir ta place.
Prête-moi ton armure , & j'aurai ton audace.
» Autour de nos Vaiffeaux Ajax combat encor ;
Ton cafque fur mon front fera trembler Hector :
Etton nom préparant un triomphe facile,
» Les Troyens font vaincus,s'ils penfent voir Achilles.
C'eft ainfi qu'il parloit. Ainfi par fa vertu
Il ébranle un courroux de pitié combattu ;
Il l'affiége , il le preffe ; ah ! malheureux , arrête .
Hélas ! tu ne vois point ce que le ciel t'apprête..
Ta vertu te trompoit ,, tu courois au trépas
DE FRANCE. 151
ACHILLE cependant ne le rebutoit pas
Mais dans fa bonté même éclatoit la colère.
« Je méprife , dit-il , cette erreur populaire
50 Qui croit que l'avenir au Prêtre eft révélé ,
» Et qu'il nous faut mourir , lorfque Delphe a parle
Je ne m'occupe point d'une chimère vaine ;,
» J'écoute mon dépit , je me livre à ma haine
» Elle eft jufte , il fuffit. Je n'ai point pardonné
» A cet indigne Roi par mes mains couronné ,
» A cet Atride ingrat , au rival que j'abhore ,
20
Qui m'ôta Briféide , & la retient encore ,
» Qui devant tous les Grecs ofa m'humilier :
05
55
לכ
Non , jamais tant d'affronts ne pourront s'oublier.
MAIS enfin j'ai preferit un terme à ma vengeance;
J'ai promis, fijamais pourfuivis fans défenfe ,
Les Argiens tremblans aux bords du Ximois
Fuyoient jufqu'aux vaiffeaux par nous- même conduits
,
Qu'alors de ces vaincus j'aurois pitié peut-être;
Queje pourrois fouffrir qu'on fecourût leur maître,
Qu'on le couvrit de honte, en confervant les jours.
» Le temps eft arrivé : va , marché à ſon ſecours.
" Je vois d'Agamemnon la fuite aviliffante ;"
» D'Hector qui le pourfuit , j'entends la voix tonnante
:
» Il t'appelle à la gloire ; arme-toi contre lui ;
Et fi le ciel vengeur te feconde aujourd'hui
Giv
852 MERCURE
» N'abufe point fur- tout du bonheur qu'il t'envoye .
» Ne tente point les Dieux, ne va point jufqu'à Troye
Modère ta valeur : c'eft affez d'écarter
בכ
20. Cet Hector infolent qui nous ofe inſulter ;
? C'eſt affez d'arracher aux flammes , au pillage ,
Nos vaiffeaux expofés fur cet affreux rivage.
Puiffent cès fils de Tros , & ces Grecs odieux ,
» Ces communs ennemis en horreur à mes yeux ,
S'égorger l'un par l'autre , & tomber nos victimes !
Que leur fang déteftable efface enfin leurs crimes !
Qu'il ne refte que nous pour détruire à jamais
» Les lieux qu'ils ont fouillés d'opprobre & de forfaits
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Résumé : Commencement du 16e Chant de l'Iliade, [titre d'après la table]
Le texte relate une traduction du XVIe Chant de l'Iliade, réalisée par le Marquis de Villette et imprimée par Demonville et Mercure pour le Prix de Poésie de l'Académie Française en 1778. Cette œuvre est saluée pour sa clarté et certains passages notables, notamment une discussion entre Patrocle et Achille. Patrocle critique la colère persistante d'Achille et son manque de compassion envers ses compatriotes. Il demande à emprunter l'armure d'Achille pour affronter Hector et les Troyens. Achille, malgré sa colère, accepte après avoir exprimé son mépris pour les prédictions des devins et justifié sa fureur par l'affront d'Agamemnon, qui lui a pris Briséis. Il met en garde Patrocle contre l'arrogance et conseille la modération. Achille espère la destruction mutuelle des Troyens et des Grecs, afin que leur sang purifie les lieux de leurs crimes.
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4670
p. 152-155
Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Début :
Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Théâtres, Auteurs, Portraits, Ouvrage, Ouvrages, Nations, Vie, Amateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Hiftoire Univerfelle des Théâtres de toutes
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
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Résumé : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos jours' est une collection de 36 volumes dédiée au frère du roi. Elle comprend des gravures, plans et élévations des salles de spectacles européennes, ainsi que des portraits d'artistes contribuant au théâtre. Les principaux thèmes abordés incluent l'histoire des théâtres dans diverses capitales mondiales, les vies et œuvres des auteurs dramatiques, les vies des comédiens célèbres, et des anecdotes sur l'histoire des théâtres. L'ouvrage présente également des extraits d'ouvrages didactiques sur l'art de la comédie, des réflexions sur la profession de comédien et les préjugés associés, ainsi que des descriptions des fêtes à la cour de France et dans les principales cours européennes. Il explore aussi la musique, la danse et la pantomime, avec des biographies des artistes renommés. Le prix de la souscription est de 30 livres à Paris et 36 livres en province, frais de port inclus. Les souscriptions peuvent être faites chez les auteurs ou chez la veuve Duchefne, libraire. Un bureau général est ouvert pour consulter les gravures et portraits.
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4671
p. 156-161
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le Jeudi 3 Septembre, on a donné la première représentation de l'Impatient, Comédie [...]
Mots clefs :
L'Impatient, La Mère coquette, Damon, M. de Borchamp, Julie, Jeune homme, Oncle, Procès, Comédie-Française, Madame d'Érolle
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'L'Impatient' est une comédie en un acte et en vers libres, présentée pour la première fois le 3 septembre. L'intrigue tourne autour de Damon, un jeune homme impatient, qui souhaite épouser Julie, la fille de M. de Borchamp. Damon doit attendre que M. de Borchamp règle un procès concernant des bois voisins d'un château appartenant à Madame d'Érolle. Julie suggère à Damon de solliciter son oncle, le Président, pour accélérer la procédure. Damon rencontre M. de Borchamp, un vieux militaire bavard et critique, qui retarde les démarches. Exaspéré, Damon propose de brûler les bois, ce qui irrite M. de Borchamp. Pour apaiser la situation, Damon propose de conduire M. de Borchamp chez son oncle. Cependant, les domestiques et le notaire de Damon, par leur lenteur et leur bavardage, exacerbent son impatience. Julie reproche à Damon ses comportements impatients. Finalement, Damon achète le château de Madame d'Érolle pour résoudre le conflit. Après des malentendus et des tensions, M. de Borchamp accepte de donner sa fille à Damon. La pièce a eu peu de succès malgré des détails appréciés. Les rôles principaux étaient interprétés par M. Préville, M. Molé, Mademoiselle Doligni, M. Dugazon et M. Dazincourt. Le texte mentionne également le retour de Mademoiselle Sainval sur scène après une longue absence, interprétant les rôles de Phèdre et de Mérope avec succès. Sa sensibilité est jugée authentique et convaincante. Elle est comparée à Mademoiselle Duménil pour sa nature inégale mais sublime. M. Molé a également été salué pour ses performances dans les rôles d'Hippolyte et d'Amoureux dans 'La Mère Coquette'. Le texte précise que l'absence de mention élogieuse d'un acteur ou d'une actrice ne signifie pas qu'ils n'ont pas mérité de louanges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4672
p. 161-186
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Début :
Je l'avois bien prévu, Monsieur, que l'Essai du Prince Beloselski, sur la musique [...]
Mots clefs :
Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Musique, Christoph Willibald Gluck, Musique italienne, Critique, Opéra, Compositeurs, Italie, Genre, Opéras, Goût, Monde, Monologue, Heureux, Âme, Voix, Père Martini, Théâtre, Critique, Morceaux, Italiens, Paris, Théâtres, Caractère, Amant, Quinault, Expression, Jean-Philippe Rameau, Impatience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Dans sa lettre à M. de la Harpe, M. Marmontel traite de la réception critique de l'essai du Prince Belofelski sur la musique italienne, qui a provoqué des débats, notamment parmi les partisans de Christoph Willibald Gluck. Un critique anonyme remet en question les comparaisons entre compositeurs italiens et dramaturges français, ainsi que la qualification de Pergolèse comme le plus éloquent des compositeurs. Marmontel définit l'éloquence musicale comme la capacité de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds. Il conteste également l'attribution à Gluck de la création de la véritable tragédie lyrique, affirmant que ce titre revient à Jean-Baptiste Lully et Jean-Philippe Rameau. Marmontel compare les œuvres de Gluck et Rameau, notant que la musique de Gluck est appréciée pour sa véhémence et sa force harmonique, mais pas nécessairement pour son innovation. Le texte souligne l'importance de connaître le niveau d'expertise des critiques pour évaluer la valeur de leurs avis. Le critique réfute diverses critiques sur des œuvres de Piccini, expliquant les intentions musicales et poétiques derrière ces compositions. Il discute également de la relation entre la poésie et la musique, en prenant pour exemple un monologue de Quinault mis en musique par Lully. Le texte compare les pratiques théâtrales en Italie et en France, soulignant que la musique italienne, même adaptée à des paroles françaises, peut être appréciée durablement. Il note que les Français apprécient les œuvres anciennes et que la rareté des nouveautés les pousse à rester fidèles à celles-ci. Le succès de l'opéra 'Roland' de Quinault à Paris est mentionné, ainsi que la comparaison des goûts musicaux en France et en Italie. Le Père Martini critique le chant italien trop maniéré mais reconnaît ses beautés et souhaite une fusion avec la vivacité de la musique instrumentale moderne. Il admire les compositeurs italiens comme Vinci et Scarlatti pour leur expression vive et forte. Le texte met en avant les caractéristiques distinctives de la musique italienne, telles que la mélodie, l'harmonie et les modulations, qui la rendent plus apte à émouvoir les passions comparée à la musique française. Deux compositeurs allemands, George-Frederick Haendel et Jean-Adolphe Hasse, ont perfectionné leur style en Italie sous l'influence de maîtres italiens comme Alessandro Scarlatti. Le Père Martini exprime des réserves sur l'usage des dissonances dans la musique moderne, les jugeant inappropriées pour exprimer des sentiments délicats et tendres.
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4673
p. 187
GRAVURE.
Début :
Agar renvoyé par Abraham ; dédiée à MONSIEUR. Estampe de 21 pouces de hauteur sur 15 pouces [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe, Tableau, Carlo Antonio Porporati
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
AGAR renvoyée par Abraham ; dédiée à MONSIEUR.
Eftampe de 21 pouces de hauteur fur 15 pouces
de largeur , gravée d'après un tableau de
Vandyck , par M. Porporati , Garde des Deffins de
S. M. le Roi de Sardaigne , Membre des Académies
Royales de Paris & de Turin.
La compofition du fujet eft fage , les têtes font
d'un beau caractère , & la gravure , qui eft d'une manière
large & fimple , nous paroît avoir confervé ,
autant qu'il eft poffible , les beautés du tableau.
Nous croyons cette Eftampe faite pour ajouter encore
à la réputation déjà très- diftinguée de M. Porporati.
Le prix eft de 16 livres. Elle fe vend chez M.
Séchy , Place Dauphine.
AGAR renvoyée par Abraham ; dédiée à MONSIEUR.
Eftampe de 21 pouces de hauteur fur 15 pouces
de largeur , gravée d'après un tableau de
Vandyck , par M. Porporati , Garde des Deffins de
S. M. le Roi de Sardaigne , Membre des Académies
Royales de Paris & de Turin.
La compofition du fujet eft fage , les têtes font
d'un beau caractère , & la gravure , qui eft d'une manière
large & fimple , nous paroît avoir confervé ,
autant qu'il eft poffible , les beautés du tableau.
Nous croyons cette Eftampe faite pour ajouter encore
à la réputation déjà très- diftinguée de M. Porporati.
Le prix eft de 16 livres. Elle fe vend chez M.
Séchy , Place Dauphine.
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Résumé : GRAVURE.
La gravure 'Agar renvoyée par Abraham' est tirée d'un tableau de Vandyck. Mesurant 21 pouces sur 15, elle est réalisée par M. Porporati, Garde des Dessins du Roi de Sardaigne et membre des Académies Royales de Paris et de Turin. La composition est sage, les têtes bien caractérisées, et la gravure fidèle à l'original. Elle est vendue 16 livres chez M. Séchy, Place Dauphine.
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4674
p. 187-189
LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Début :
Il est juste, Monsieur, de démontrer la fausseté de tous les bruits répandus dans plusieurs Feuilles périodiques, [...]
Mots clefs :
Jacques de Boutier de La Cardonnie, Feuilles, Personnes, Bruits, Vérité, Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
LETTRE à M. de La HARPE. 62
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Un officier de marine écrit à M. de La Harpe pour contester des rumeurs publiées dans divers journaux, dont le Courrier de l'Europe, concernant M. de la Cardonie, commandant du vaisseau le Diadème. L'auteur nie que M. de la Cardonie ait pu voir les signaux ou qu'un conseil de guerre ait eu lieu, affirmant ainsi son innocence. La réponse du Duc de Chartres à M. de la Cardonie lors de son départ pour Paris confirme cette innocence. L'auteur espère que ces explications dissiperont les erreurs propagées par une cabale hostile au mérite de M. de la Cardonie. Il sollicite la publication de cette note dans le journal de M. de La Harpe, réputé pour son honnêteté et son impartialité. En post-scriptum, l'auteur dénonce les fausses informations du Courrier de l'Europe sur les commandants du Conquérant et du Solitaire, ainsi que sur M. du Paty, soulignant les diffamations anonymes et les abus fréquents dans ce journal.
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4675
p. 189-190
AU MÊME.
Début :
MONSIEUR, J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article qui [...]
Mots clefs :
Découverte, Invention , Baron de Bissy, Société libre d'émulation, Rame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU MÊME.
A u
MONSIEUR ,
MÊME.
J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article
qui y eft inféré , concernant une découverte mife
fous mon nom , qui ne lui appartient nullement.
C'est l'invention d'une rame qui a mérité à M. lę
Baron de Biffy un encouragement de la part de la
Société libre d'Émulation. Je vous prie de le faire
réformer , & d'en inférer une note dans votre prochain
Mercure. Reftituez donc au nom de l'Inventeur
cette découverte que l'expérience de la mer lui
a fans doute infpirée. Pour moi , qui ne me pique
pas d'invention , mais qui aime à les admirer dans
190 MERCURE
autrui , je ne voudrois pas paroître m'affimiler aus
Geay de la Fable.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Vicomte DE BUISSY ,
Chevalier de S. Louis.
MONSIEUR ,
MÊME.
J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article
qui y eft inféré , concernant une découverte mife
fous mon nom , qui ne lui appartient nullement.
C'est l'invention d'une rame qui a mérité à M. lę
Baron de Biffy un encouragement de la part de la
Société libre d'Émulation. Je vous prie de le faire
réformer , & d'en inférer une note dans votre prochain
Mercure. Reftituez donc au nom de l'Inventeur
cette découverte que l'expérience de la mer lui
a fans doute infpirée. Pour moi , qui ne me pique
pas d'invention , mais qui aime à les admirer dans
190 MERCURE
autrui , je ne voudrois pas paroître m'affimiler aus
Geay de la Fable.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Vicomte DE BUISSY ,
Chevalier de S. Louis.
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Résumé : AU MÊME.
Le Vicomte de Buissy, Chevalier de Saint-Louis, corrige une erreur du Mercure concernant une invention. Il précise que cette invention, une rame récompensée par la Société libre d'Émulation, appartient en réalité au Baron de Biffy. Il demande la reconnaissance du véritable inventeur et exprime son admiration pour les inventions des autres.
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4676
p. 190-191
« PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Début :
PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...]
Mots clefs :
Tribunaux des peuples, Thermomètres, Vers, Pierre Pithou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
PRORSOPSPEECCTTUUSS.. Effai fur l'hiſtoire générale des Tribunaux
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
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Résumé : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications. L'ouvrage principal est 'Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes', un dictionnaire historique et judiciaire rédigé par M. des Éfarts, avocat et membre de plusieurs académies. Il se composera de six volumes in-octavo, imprimés avec des caractères neufs sur du papier de qualité, chaque volume contenant plus de 400 pages et étant vendu 4 livres. Les points de contact pour l'achat incluent l'auteur lui-même, résidant rue de Verneuil, ainsi que les libraires Durand neveu, Nyon aîné et Mérigot jeune. Le document mentionne également une lettre de M. T. adressée à M. le Baron de Servière, officier au Régiment d'Orléans, concernant des observations sur les thermomètres. Une autre publication traite de l'histoire des vers qui se développent dans le biscuit embarqué sur les vaisseaux et des moyens de les prévenir, écrite par M. J. B. X. Joyeuse, ancien commissaire de la Marine. Cette publication est disponible chez Jean Aubert, imprimeur-libraire à Avignon, et chez Durand, libraire à Paris. Enfin, le document inclut un éloge de Pierre Pithou, juriconsulte célèbre du seizième siècle, auteur du 'Recueil des Libertés de l'Église Gallicane' sous les règnes de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV. Cet éloge a été lu le 20 décembre 1777 lors d'une assemblée d'avocats par M. l'Abbé Briquet de Lavaux, avocat au Parlement. La brochure est vendue 3 livres et est disponible chez l'auteur à Paris, rue du Cimetière Saint-André-des-Arts.
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4677
p. 191
« Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...] »
Début :
Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...]
Mots clefs :
Pensées, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...] »
Les Penfées de J. J. Rouffeau , Citoyen de Genève.
A Amfterdam. Prix 5 1. broché , & 6 liv. relié . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins.
A Amfterdam. Prix 5 1. broché , & 6 liv. relié . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins.
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4678
p. 191-192
« Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Début :
Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, France ecclésiastique, Vénerie normande, Maison électorale palatine, Promenade de Sceaux-Penthièvre, Charles Antoine de La Roche-Aymon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Oraifon Funébre d'Eminentiffime & Révérendiffi
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
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Résumé : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
En 1778, plusieurs publications et événements marquants sont associés à l'Église et à la noblesse française. L'oraison funèbre de Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Archevêque de Reims, est prononcée par Pierre-Joseph Perricaud, Évêque de Tricomie, le 1er avril 1778. 'La France Ecclésiastique pour l'année 1778' détaille la hiérarchie ecclésiastique, incluant les archevêques, évêques, vicaires généraux et autres dignitaires religieux. Cet ouvrage est dédié aux Agents Généraux du Clergé de France et disponible à Paris. Par ailleurs, 'Vénérie Normande' de Verrier de la Couterie traite de la chasse et des chiens courants, avec des traités sur les remèdes et le droit de fuite, ainsi qu'un dictionnaire des termes de chasse. Imprimé à Amsterdam, ce livre est disponible à Rouen et Paris. Le document mentionne aussi un 'Abrégé de l'exposition des droits de la Maison Electorale Palatine', traduit de l'allemand, concernant les droits du Duc Régnant des Deux-Ponts après la mort de Maximilien-Joseph, Électeur de Bavière, survenue le 30 décembre 1777. Enfin, une description de la 'Promenade de Sceaux-Penthièvre' et de ses environs est disponible à Amsterdam et Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4679
p. 262-275
L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
Début :
L'Histoire de l'Amérique, par M. Robertson, Principal de l'Université d'Edimbourg, [...]
Mots clefs :
Nouveau monde, Christophe Colomb, Hommes, Découverte, Homme, Histoire, Amérique, Ouvrage, Océan, Globe, Système, Navigation, Navigateurs, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'Hiftoire de l'Amérique , par M. Robertſon ,
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Histoire de l'Amérique' de William Robertson, principal de l'Université d'Édimbourg et historiographe de Sa Majesté Britannique, analyse la découverte et les conséquences de l'Amérique. Robertson étudie les premiers contacts entre les habitants des deux hémisphères et les erreurs, vices et maux observés dans ce nouveau monde. Michel de Montaigne, originaire du Périgord, s'est également intéressé à l'Amérique et à ses habitants, recueillant des informations auprès de personnes ayant vécu dans le Nouveau Monde. Les premières descriptions de l'Amérique étaient souvent inexactes, rédigées par des Européens motivés par l'or et la violence. Des récits plus fiables ont émergé avec l'arrivée de philosophes et d'observateurs éclairés. Le texte aborde également les avancées en navigation, comparant les navigateurs anciens et modernes, et mentionne la découverte de l'aiguille aimantée par Flavio Gioia. Il met en lumière le génie et la persévérance de Christophe Colomb, qui a anticipé l'existence d'un nouveau monde en traversant l'océan Atlantique. Colomb a cherché le soutien de plusieurs pays européens, dont la France, le Portugal, l'Espagne et l'Angleterre, mais a rencontré des scepticismes et des obstacles. Il a finalement découvert l'Amérique mais a été victime de calomnies et envoyé en Espagne enchaîné. Colomb est mort en regrettant d'avoir découvert un nouveau monde pour des hommes ingrats. Robertson explore aussi l'influence de l'environnement sur les actions humaines, soulignant que les comportements humains sont déterminés par des facteurs tels que l'air, l'alimentation et le sol. Il discute des voies possibles de migration des habitants d'un hémisphère à l'autre, concluant que l'Amérique a probablement été peuplée par le Nord-Ouest de l'Europe ou le Nord-Est de l'Asie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4680
p. 276-286
SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
Début :
Ce qui fait le plus d'honneur, non-seulement au talent, mais même à l'ame de [...]
Mots clefs :
Dieu, Enfants, Malheur, M. l'Abbé Poule, Âme, Malheureux, Jean-Baptiste Massillon, Enfer, Élève, Misère, Sermons, Infortune, Charité, Intérêt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
SUITE des Sermons de M. l'Abbé Poule.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
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éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
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MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
Fermer
Résumé : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
L'abbé Poule est reconnu pour ses sermons en faveur des malheureux et pour inciter à la bienfaisance. Un de ses sermons marquants est celui en faveur des Enfants-Trouvés, où il utilise des références bibliques et des images émouvantes pour sensibiliser son auditoire. Il compare leur détresse à celle des enfants d'Israël et critique la société qui laisse mourir ces enfants malgré ses ressources. L'abbé dénonce les abus et injustices sociales, imputant la création d'orphelins à l'exploitation des paysans par les seigneurs. Il décrit les conditions misérables des hôpitaux et appelle à la charité pour soulager ces souffrances. Le texte compare également les sermons de Maffillon et de l'abbé Poule, notamment sur l'Enfant Prodigue et l'Enfer. L'abbé Poule est apprécié pour son éloquence persuasive, bien que l'on regrette qu'il n'ait pas laissé plus d'écrits. Dans leurs sermons sur l'Enfer, Maffillon décrit les tourments des âmes damnées, tandis que l'abbé Poule met en lumière l'attirance irrésistible de l'âme vers Dieu malgré son rejet. Les deux auteurs explorent la lutte intérieure de l'âme entre son désir de Dieu et la justice divine. Le texte aborde aussi la représentation de l'Enfer et ses conséquences morales, évoquant une vision cyclique de l'existence humaine. Le sermon du mauvais riche de Massillon est mentionné comme exemple. L'abbé Poule traite des supplices des réprouvés et des dangers des représentations profanes pour l'innocence. Bien que sa diction soit parfois moins pure que celle de Massillon, l'œuvre de l'abbé Poule est reconnue pour son génie oratoire et son importance dans l'éloquence de la chaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4681
p. 286-293
Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur la Musique, deux volumes in-4o. orné d'un grand nombre de Figures & [...]
Mots clefs :
Musique, Ouvrage, Grecs, Chansons, Livre, Temps, Romains, Nombre, Poètes, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Efai fur la Mufique , deux volumes in- 40.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
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Résumé : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Efai fur la Mufique' est structuré en deux volumes et cinq livres. Le premier livre analyse l'histoire et les pratiques musicales à travers différentes époques et cultures, couvrant la musique instrumentale, religieuse, funéraire, ainsi que celle associée aux repas, vendanges et obsèques. Il explore également la musique des Chaldéens, Égyptiens, Grecs, Romains et autres civilisations anciennes. Le deuxième livre se focalise sur les poètes musiciens grecs et romains, ainsi que sur les compositeurs italiens et français. Le troisième livre offre un traité de composition musicale accessible au grand public, recommandant des ouvrages de d'Alembert, l'abbé Arnaud, l'abbé Roussier, le chevalier de Chastellux et Marmontel. Le quatrième livre retrace l'histoire des chansons depuis l'Antiquité jusqu'aux époques modernes, incluant des airs grecs et des chansons provençales. Le cinquième livre traite de l'histoire des instruments de musique connus depuis plus de deux mille ans, accompagné d'illustrations et de conseils techniques d'experts. L'auteur, M. de Laborde, a consulté divers livres et manuscrits de la Bibliothèque du Roi, ainsi que les collections du Duc de la Vallière et du Marquis de Paulmy. L'ouvrage est enrichi de nombreuses figures et chansons gravées avec soin. Pour couvrir les frais d'édition, l'ouvrage est proposé par souscription à un coût de quarante-huit livres pour les souscripteurs, payables en deux fois, et soixante-douze livres pour les non-souscripteurs. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er novembre en France et jusqu'au 1er décembre à l'étranger, avec des réductions pour les achats de douze exemplaires. Les souscriptions peuvent être effectuées à Rome, Londres, Deux-Ponts et Paris auprès de plusieurs libraires et graveurs mentionnés.
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4682
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
Fermer
Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4683
p. 296-302
Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Début :
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année [...]
Mots clefs :
Louis XVI, Anecdotes, Devoir, Humanité, Compte, Enfants, Prisonniers, Crime, Curé
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texteReconnaissance textuelle : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
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rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
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Résumé : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Le texte 'Anecdotes du Règne de Louis XVI', publié en 1777 par M. Nougaret, présente Louis XVI comme un souverain humain et bienveillant, engagé dans diverses réformes et actes de bienfaisance. Parmi les réformes notables, des mesures visent à améliorer les conditions des prisons, notamment pour les détenus pour dettes, souvent mélangés à des criminels. Le roi ordonne la réparation et l'agrandissement des prisons afin d'éviter que des innocents ne soient punis avant d'être jugés. Le texte relate plusieurs anecdotes illustrant la bonté royale. Par exemple, l'archevêque d'Auch aide deux jeunes femmes en difficulté en achetant un tableau qu'elles possédaient, leur offrant ainsi une rente viagère. Un curé dans le Quercy apaise une paroisse inquiète en expliquant les raisons sanitaires et humaines de l'interdiction d'enterrer dans les églises et propose de se faire enterrer dans le nouveau cimetière pour montrer l'exemple. Un discours prononcé lors du règne de Louis XVI met en garde contre les vengeances des Celtes envers ceux qui se sont rendus coupables envers le roi, la loi, la religion et l'humanité. Ce discours émeut profondément l'audience. Une anecdote concerne Henri IV, né en Béarn, dont le berceau est conservé avec soin. Lors d'une fête célébrant la bienfaisance d'un descendant d'Henri IV, le berceau est transporté en ville, orné de guirlandes, au son du canon et des instruments militaires. Les spectateurs observent un silence respectueux, certains se mettant à genoux. Le berceau est déposé sous un dais de laurier en forme d'arc de triomphe à l'entrée de la ville. Le texte souligne également l'importance historique de la marine française sous les règnes de Charles V, Louis XIV et Louis XVI, qui ont tous possédé une marine redoutable face aux Anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4684
p. 7-28
DE J. J. ROUSSEAU.
Début :
Ce seroit une chose également curieuse & intéressante, de suivre, dans tout le [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Homme, Perfectibilité, Hommes, Discours, Lettres, Musique, Société, Paradoxe, Nature, Auteur, Livre, Droit, Vérité, Esprit, Idées, Force, Philosophie, Éloquence, Écrivain, Raison, Chaleur, Émile, Imagination, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : DE J. J. ROUSSEAU.
DE J. J. ROUSSEAU.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
Fermer
Résumé : DE J. J. ROUSSEAU.
Le texte examine l'influence du caractère de Jean-Jacques Rousseau sur ses œuvres, en particulier sa misanthropie et sa sensibilité imaginative. Rousseau avait une préférence pour l'analyse des personnages exceptionnels afin de comprendre l'humanité et évitait les éloges excessifs. Il a commencé à écrire tardivement, accumulant ainsi de nombreuses idées et sentiments. Son premier ouvrage, le 'Discours sur les sciences et les arts', bien que bien écrit, est critiqué pour son sophisme et sa vision partielle des arts et des sciences. Ce discours a suscité des controverses et lui a valu une notoriété grâce à son style provocateur. Le 'Discours sur l'inégalité' de Rousseau affirme que l'homme a corrompu la nature en développant ses facultés, une vision critiquée pour son manque de rigueur. Rousseau, marqué par une jeunesse difficile, cultivait une misanthropie croissante et une animosité envers les lettrés. Ses idées sur la propriété et la société sont également critiquées, bien que ses écrits montrent une grande force d'idées et de style. Il a également contribué à la musique avec des œuvres comme 'Le Devin du village' et a participé à la 'querelle des Bouffons' avec sa 'Lettre sur la musique française'. En littérature, Rousseau est connu pour 'La Nouvelle Héloïse' et 'Émile'. Ce dernier est loué pour son éloquence et sa philosophie éducative, mais a causé des problèmes avec les autorités religieuses. Condamné par la République de Genève pour ses œuvres jugées dangereuses, Rousseau a renoncé à ses droits de bourgeois et de citoyen. Il a publié les 'Lettres de la Montagne', intensifiant les troubles à Genève. 'Du contrat social' est souvent considéré comme son œuvre majeure, appréciée pour sa profondeur et sa force intellectuelle. Rousseau est reconnu pour son style passionné et énergique, influencé par Sénèque et Montaigne. Ses écrits suscitent des opinions diverses et il est comparé à Voltaire, bien qu'il soit recommandé de les considérer séparément. Dans ses 'Confessions', Rousseau se montre critique envers lui-même et d'autres personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4685
p. 30-34
Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Début :
Le Tribunal domestique, Comédie en trois actes & en prose. Castigat ridendo mores. [...]
Mots clefs :
Femme, Zerbine, Pandolphe, Sénat, Venise, Comédie, Pasquin, Femmes, Lucrèce, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Le Tribunal domestique , Comédie en trois
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
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Résumé : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
La pièce 'Le Tribunal domestique' est une comédie en trois actes se déroulant à Venise. Le sénateur Pandolphe, exaspéré par le comportement nocturne de son épouse, propose de rétablir un ancien tribunal domestique romain permettant aux maris mécontents de faire juger leurs épouses par leurs parents. Cette initiative suscite des inquiétudes parmi les femmes vénitiennes, notamment Laure, l'épouse de Pandolphe, et Zerbine, la servante de Laure. Informées de la véritable intention de Pandolphe, elles alertent les autres femmes de la ville, déclenchant un soulèvement général. Pandolphe, amoureux de Zerbine, se retrouve pris au piège par les deux femmes et est humilié publiquement. Le Sénat rejette alors son projet jugé ridicule. La pièce se conclut par une réconciliation générale et l'affirmation de l'axiome de Lucrèce sur la vanité des maris voulant juger leurs épouses. La pièce est qualifiée de badinage agréable, mieux adapté à la société qu'au théâtre, avec un dialogue léger et joyeux. L'auteur inclut également des odes anacréontiques, dont deux sont mentionnées dans le texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4686
p. 35-40
Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Début :
Traité de l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire, par M. Fournel, Avocat. A [...]
Mots clefs :
Adultère, Femme, Mari, Peines, Traité, Coupables, Jean-François Fournel, Crime, Complice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Traité de l'Adultère confidéré dans l'ordre
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
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Résumé : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Le traité 'De l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire' de M. Fournel analyse le crime d'adultère et ses implications juridiques. Malgré les propositions de réforme de philosophes tels que le Marquis de Beccaria, les abus liés à ce crime persistent souvent par habitude. L'adultère est un délit complexe à prouver et est fréquemment puni de manière disproportionnée. Historiquement, les lois concernant l'adultère ont varié. Chez les Juifs, les femmes suspectées d'adultère devaient boire un breuvage amer sous imprécations. Chez les Romains, le père avait le droit de tuer sa fille adultère, mais cette prérogative n'était pas accordée au mari. Les peines pour adultère incluaient la lapidation, la brûlure, ou la prostitution forcée. En France, les Francs imposaient des amendes, tandis que sous le droit romain, l'adultère était puni de mort. À l'époque du traité, la femme adultère était reléguée dans un monastère et condamnée à une captivité perpétuelle en cas de récidive. Le complice de l'adultère encourrait une amende pécuniaire, une amende honorable, parfois le bannissement, voire les galères, selon la gravité des circonstances. L'auteur espère que son traité éclairera les juges pour qu'ils agissent avec connaissance et défendent mieux l'innocence. Le texte est signé par M. de L*, avocat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4687
p. 40-47
SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
Début :
Un objet plus important se présente ensuite dans le sixième Livre de cet ouvrage, [...]
Mots clefs :
Homme sauvage, Vie, Sauvage, Temps, Nations, Imagination, Nature, Modèle, Monde, Amérique
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE .
›
( Second Extrait ) .
UN objet plus important fe préfente
enfuite dans le fixième Livre de cet ouvrage
, & M. Robertfon trace le tableau de
la vie fauvage.
Toutes les fois que le joug néceffaire
de la fociété pèfe trop fur l'homme , on
l'entend regretter ces temps primitifs , où
fon indépendance n'étoit bornée que par
fes defirs ou par fes forces. Les Nations
même , en s'éloignant de la vie ſauvage
d'où elles font toutes parties , y ont toujours
reporté leurs regards en foupirant , comme
fi elles fe fuffent éloignées du bonheur. La
poéfie eft venue ajouter encore à ces regrets :
cherchant des couleurs douces , fraiches &
brillantes , elle a voulu peindre le genre
DE FRANCE. 41
humain dans fa jeuneffe ; & la terre , hériffée
de ronces & couverte de marais
lorfqu'elle ne nourrit que des Sauvages ,
n'a plus offert à cette trifte époque , fous les
pinceaux des Poëtes , que les images de ,
l'abondance & de la félicité ! La raifon
même & la plus faine philofophie femblent
approuver ces tableaux brillans de l'imagination
; & le célèbre Citoyen de Genève,
Rouffeau , a parlé comme Héfiode, Ovide
& Virgile. On a cru fon opinion nouvelle :
elle eft aufli ancienne que les fociétés & la
philofophie . Chez tous les peuples un peu
éclairés , qui ne trouvoient point encore le
bonheur dans leurs lumières , on a été porté
à penfer que l'homme fe dégradoit en cherchant
la perfection , & que les temps où il
s'égare le moins , font ceux où il fuit le
plus aveuglément l'inftinct de la nature. Il
fuffit d'ouvrir les livres pour voir que dans
tous les temps on a donné à l'homme focial,
l'homme fauvage pour modèle. Le Poliique
, pour chercher les principes des
loix conftitutives des fociétés , & les meilleures
formes de gouvernemens , a toujours
tranfporté fon imagination autour du chêne
où les Sauvages délibèrent le plan d'une
chaffe , ou les brigandages d'une guerre ;
le Moraliſte a toujours defiré d'habiter avec
eux fous leurs hutes , pour trouver dans leur
vie domestique la règle de nos devoirs
& l'exemple des vertus qu'il veut nous pref42
MERCURE
crire tous les Philofophes enfin ont toujours
été tentés d'aller les chercher dans
leurs forêts , & de les fuivre dans leurs
courfes , pour s'éclairer devant leur ignorance
, & furprendre la vérité dans les premières
idées de l'homme.
Une obfervation exacte & profonde de
l'homme fauvage , pouvoit feule confirmer
ou détruire ces idées . Mais l'homme fauvage
étoit peu connu dans l'ancien monde.
Toutes les Nations policées avoient perdu
en fe civilifant , le fouvenir des temps où
elles avoient erré en troupes fur des terres
incultes . Le tableau des moeurs des Germains
, par Tacite , nous préfente plutôt
des barbares que des fauvages. A l'exception
des fennes , toutes les peuplades que
ce grand homme nous a décrites,avoient des
inftitutions qui les éloignoient déjà beaucoup
de l'époque dont nous parlons . A
lear entrée dans les Gaules , elles écrivirent
leurs ufages , & cela forma un Code,
Dans le nouveau monde , au contraire ,
on pouvoit obferver par tout la nature
dans toute fa fimplicité. Depuis le moment
de la découverte , le globe a été partagé en
deux parties dans l'une , on ne connoiffoit
guères que des hommes policés ; dans l'au
tre , on ne voyoit prefque des fauvages
& l'on a eu deux mondes à comparer pour
réfoudre une queftion de philofophie .
Pour élever l'homme fauvage , on l'a
DE FRANCE. 43
mis en oppofition avec l'homme focial ;
les traits de tous les deux reffortent en effet
davantage par ce contrafte , & l'on peut fe
fervir , en faveur de la vérité , de ce moyen
employé dans beaucoup de déclamations
philofophiques.
:
Pour nous faire rougir de la langueur où
nous plongent le luxe & la molleffe ; on a
donné une grande vigueur à l'homme fauvage
; il est plus foible que les hommes
qui exercent & qui déployent leurs forces
dans les travaux de la fociété ; & ce n'eft
pas feulement en Amérique qu'on a remarqué
cette foibleffe dans ceux qui ne connoiffent
point les travaux des Nations policées
les Germains même , fi renommés
par la grandeur de leur taille , qui a affrayé
quelquefois les légions Romaines , étoient
trop foibles pour fupporter un travail un
peu pénible . Ce n'eft ni dans le repos ,
ni même dans les courfes de la vie fauvage
, que les vainqueurs de Pyrrhus &
d'Annibal auroient acquis cette vigueur infatigable
, qui en fit plus que des hommes.
Le fauvage mange peu & agit peu : il doit
être néceffairement très- foible. On a penfé
que fa vie étoit exempte au moins de ces
maux cruels qui empoifonnent la nô
tre , & qu'elle arrivoit toujours paisible .
ment au dernier terme de la vieilleffe
mais s'il ignore les maladies de langueur
qui confument parmi nous les victimes des
44
MERCURE
•
excès & des paffions , il meurt auffi à tous
les âges , emporté par des maladies violentes
, qu'il ne fait ni prévenir , ni combat.
tre. Les lumières de nos Médecins ne lui
feroient guères plus funeftes que fon ignorance.
On l'a repréfenté comme le modèle
le plus parfait des fentimens qui naiffent
de la nature ; & le fauvage ne paye d'au
cune reconnoiffance la compagne qui l'a
rendu heureux , ne fent prefque point fon
exiſtence dans l'enfant qui lui doit la vie
& oublie les fecours qu'il a reçus de fon.
père , à l'inftant qu'il ceife d'en avoir beſoin.
Epoux cruel & defpotique , fils ingrat , père
indifférent , tel eft fon caractère dans la
vie domestique. Ces affections , fi douces
& fi tendres, que l'excès de la fociabilité
éteint parmi nous , l'excès de la groffièreté
les empêche de naître dans le coeur du fatvage.
On vante la liberté dont il jouit dans
fa Tribu , & peu s'en faut qu'on n'ait placé
l'Habitant ftupide des bords du Saint- Laurent
ou de l'Amazone , à côté des Citoyens
de Rome & de la Grèce. Mais comment
le fauvage auroit- il perdu fa liberté , puifqu'il
conferve encore prefque toute fon indépendance
naturelle ? Qu'on l'élève audeffus
de l'efclave , qui eft le plus vil des
êtres , mais qu'on fe garde de le comparer
au Citoyen vertueux d'une République
qui eft le premier des hommes. Que pourroit-
il y avoir de commun entre Ariftide
!
DE FRANCE.
45
& un Iroquois , entre un Patagon & Brutus ?
J'admire l'homme qui reçoit le joug des
loix des mains de la liberté , & s'honore
de for obéiffance même , parce qu'il n'y voit
que l'hommage qu'il rend à fa propre raifon ;
mais je ne puis admirer le fauvage , qui
n'évite les inconvéniens de la fociété que
parce qu'il ne fait point s'en procurer les
avantages. Ces guerres fanglantes qui naiffent
de la propriété exclufive , font inconnues,
a- t-on dit, au Sauvage , qui, s'il n'a
rien , a du moins droit à tout ; mais les
Sauvages fe difputent le droit de chaffer
dans une forêt avec autant de fureur que
les Nations policées fe difputent les Empires.
Les unes combattent pour la propriété
de la terre , les autres pour la jouiffance
de fes productions. L'homme focial ,
fatisfait de la victoire , pardonne quelquefois
aux vaincus , & montre l'humanité
dans le fein même des horreurs de la guerre :
le fauvage ne cherche qu'à détruire , &
tourmente ou dévore l'ennemi tombé fous
fa puiffance. On a cherché le dieu du fauvage
dans fes forêts , & on ne l'a point
trouvé. Parce qu'il tremble devant un ferpent
, ou s'agenouille devant une pierre ,
il ne faut pas croire qu'il ait l'idée d'un
Créateur de l'Univers. Il a fallu beaucoup
de lumière à l'homme pour s'égarer , même
dans les erreurs de l'idolâtrie. Le grand
efprit des peuples du nord de l'Amérique ,
45
MERCURE
n'a jamais fait naître en eux les idées que
ce mot efprit fait naître parmi nous. Cette
diftinction métaphysique des fubftances
corporelles & fpirituelles , n'eft pas , fans
doute , à la portée de ces peuples , qui n'ont
encore ni art , ni agriculture. Les Métaphyficiens
ne naiffent que fur des terres
bien cultivées. Le Sauvage , il ett vrai ,
montre prefque part- tout l'efpérance d'une
vie à venir ; mais il ne faut pas en conclure
qu'il croit à l'immortalité de l'ame :
c'eft à l'éternité de la vie qu'il croit. Il
ne confent point à la mort ; & lorſque la
nature le fait mourir fur le bord d'un fleuve
ou au pied d'une montagne , fon imagination
lui crée au- delà de la montagne &
du fleuve qui le voyent expirer , un monde
nouveau où il va continuer de vivre .
Teleft le réfultat du beau tableau que nous
a tracé M. Robertſon , d'après les relations
les plus fidelles du nouveau Monde . Il fera
difficile déformais à l'imagination de pren
dre dans l'homme fauvage le modèle le
plus parfait de toutes les vertus morales ,
& de nous faire regretter encore le fort
auquel il eft condamné. S'il faut abfolument
un modèle de perfection à l'homme
pour le confoler de fes vices & de fes
maux , qu'il le cherche , non plus dans fes
regrets , mais dans fes efpérances ; qu'il
jouiffe d'avance du perfectionnement que ,
peut - être , il pourra donner un jour aux
DE FRANCE. 47
inftitutions fociales auxquelles il doit , jufqu'à
préfent , le peu de vertus qu'il fait voir,
& le peu de bonheur qu'il fe procure .
( La fuite à l'ordinaire prochain . )
›
( Second Extrait ) .
UN objet plus important fe préfente
enfuite dans le fixième Livre de cet ouvrage
, & M. Robertfon trace le tableau de
la vie fauvage.
Toutes les fois que le joug néceffaire
de la fociété pèfe trop fur l'homme , on
l'entend regretter ces temps primitifs , où
fon indépendance n'étoit bornée que par
fes defirs ou par fes forces. Les Nations
même , en s'éloignant de la vie ſauvage
d'où elles font toutes parties , y ont toujours
reporté leurs regards en foupirant , comme
fi elles fe fuffent éloignées du bonheur. La
poéfie eft venue ajouter encore à ces regrets :
cherchant des couleurs douces , fraiches &
brillantes , elle a voulu peindre le genre
DE FRANCE. 41
humain dans fa jeuneffe ; & la terre , hériffée
de ronces & couverte de marais
lorfqu'elle ne nourrit que des Sauvages ,
n'a plus offert à cette trifte époque , fous les
pinceaux des Poëtes , que les images de ,
l'abondance & de la félicité ! La raifon
même & la plus faine philofophie femblent
approuver ces tableaux brillans de l'imagination
; & le célèbre Citoyen de Genève,
Rouffeau , a parlé comme Héfiode, Ovide
& Virgile. On a cru fon opinion nouvelle :
elle eft aufli ancienne que les fociétés & la
philofophie . Chez tous les peuples un peu
éclairés , qui ne trouvoient point encore le
bonheur dans leurs lumières , on a été porté
à penfer que l'homme fe dégradoit en cherchant
la perfection , & que les temps où il
s'égare le moins , font ceux où il fuit le
plus aveuglément l'inftinct de la nature. Il
fuffit d'ouvrir les livres pour voir que dans
tous les temps on a donné à l'homme focial,
l'homme fauvage pour modèle. Le Poliique
, pour chercher les principes des
loix conftitutives des fociétés , & les meilleures
formes de gouvernemens , a toujours
tranfporté fon imagination autour du chêne
où les Sauvages délibèrent le plan d'une
chaffe , ou les brigandages d'une guerre ;
le Moraliſte a toujours defiré d'habiter avec
eux fous leurs hutes , pour trouver dans leur
vie domestique la règle de nos devoirs
& l'exemple des vertus qu'il veut nous pref42
MERCURE
crire tous les Philofophes enfin ont toujours
été tentés d'aller les chercher dans
leurs forêts , & de les fuivre dans leurs
courfes , pour s'éclairer devant leur ignorance
, & furprendre la vérité dans les premières
idées de l'homme.
Une obfervation exacte & profonde de
l'homme fauvage , pouvoit feule confirmer
ou détruire ces idées . Mais l'homme fauvage
étoit peu connu dans l'ancien monde.
Toutes les Nations policées avoient perdu
en fe civilifant , le fouvenir des temps où
elles avoient erré en troupes fur des terres
incultes . Le tableau des moeurs des Germains
, par Tacite , nous préfente plutôt
des barbares que des fauvages. A l'exception
des fennes , toutes les peuplades que
ce grand homme nous a décrites,avoient des
inftitutions qui les éloignoient déjà beaucoup
de l'époque dont nous parlons . A
lear entrée dans les Gaules , elles écrivirent
leurs ufages , & cela forma un Code,
Dans le nouveau monde , au contraire ,
on pouvoit obferver par tout la nature
dans toute fa fimplicité. Depuis le moment
de la découverte , le globe a été partagé en
deux parties dans l'une , on ne connoiffoit
guères que des hommes policés ; dans l'au
tre , on ne voyoit prefque des fauvages
& l'on a eu deux mondes à comparer pour
réfoudre une queftion de philofophie .
Pour élever l'homme fauvage , on l'a
DE FRANCE. 43
mis en oppofition avec l'homme focial ;
les traits de tous les deux reffortent en effet
davantage par ce contrafte , & l'on peut fe
fervir , en faveur de la vérité , de ce moyen
employé dans beaucoup de déclamations
philofophiques.
:
Pour nous faire rougir de la langueur où
nous plongent le luxe & la molleffe ; on a
donné une grande vigueur à l'homme fauvage
; il est plus foible que les hommes
qui exercent & qui déployent leurs forces
dans les travaux de la fociété ; & ce n'eft
pas feulement en Amérique qu'on a remarqué
cette foibleffe dans ceux qui ne connoiffent
point les travaux des Nations policées
les Germains même , fi renommés
par la grandeur de leur taille , qui a affrayé
quelquefois les légions Romaines , étoient
trop foibles pour fupporter un travail un
peu pénible . Ce n'eft ni dans le repos ,
ni même dans les courfes de la vie fauvage
, que les vainqueurs de Pyrrhus &
d'Annibal auroient acquis cette vigueur infatigable
, qui en fit plus que des hommes.
Le fauvage mange peu & agit peu : il doit
être néceffairement très- foible. On a penfé
que fa vie étoit exempte au moins de ces
maux cruels qui empoifonnent la nô
tre , & qu'elle arrivoit toujours paisible .
ment au dernier terme de la vieilleffe
mais s'il ignore les maladies de langueur
qui confument parmi nous les victimes des
44
MERCURE
•
excès & des paffions , il meurt auffi à tous
les âges , emporté par des maladies violentes
, qu'il ne fait ni prévenir , ni combat.
tre. Les lumières de nos Médecins ne lui
feroient guères plus funeftes que fon ignorance.
On l'a repréfenté comme le modèle
le plus parfait des fentimens qui naiffent
de la nature ; & le fauvage ne paye d'au
cune reconnoiffance la compagne qui l'a
rendu heureux , ne fent prefque point fon
exiſtence dans l'enfant qui lui doit la vie
& oublie les fecours qu'il a reçus de fon.
père , à l'inftant qu'il ceife d'en avoir beſoin.
Epoux cruel & defpotique , fils ingrat , père
indifférent , tel eft fon caractère dans la
vie domestique. Ces affections , fi douces
& fi tendres, que l'excès de la fociabilité
éteint parmi nous , l'excès de la groffièreté
les empêche de naître dans le coeur du fatvage.
On vante la liberté dont il jouit dans
fa Tribu , & peu s'en faut qu'on n'ait placé
l'Habitant ftupide des bords du Saint- Laurent
ou de l'Amazone , à côté des Citoyens
de Rome & de la Grèce. Mais comment
le fauvage auroit- il perdu fa liberté , puifqu'il
conferve encore prefque toute fon indépendance
naturelle ? Qu'on l'élève audeffus
de l'efclave , qui eft le plus vil des
êtres , mais qu'on fe garde de le comparer
au Citoyen vertueux d'une République
qui eft le premier des hommes. Que pourroit-
il y avoir de commun entre Ariftide
!
DE FRANCE.
45
& un Iroquois , entre un Patagon & Brutus ?
J'admire l'homme qui reçoit le joug des
loix des mains de la liberté , & s'honore
de for obéiffance même , parce qu'il n'y voit
que l'hommage qu'il rend à fa propre raifon ;
mais je ne puis admirer le fauvage , qui
n'évite les inconvéniens de la fociété que
parce qu'il ne fait point s'en procurer les
avantages. Ces guerres fanglantes qui naiffent
de la propriété exclufive , font inconnues,
a- t-on dit, au Sauvage , qui, s'il n'a
rien , a du moins droit à tout ; mais les
Sauvages fe difputent le droit de chaffer
dans une forêt avec autant de fureur que
les Nations policées fe difputent les Empires.
Les unes combattent pour la propriété
de la terre , les autres pour la jouiffance
de fes productions. L'homme focial ,
fatisfait de la victoire , pardonne quelquefois
aux vaincus , & montre l'humanité
dans le fein même des horreurs de la guerre :
le fauvage ne cherche qu'à détruire , &
tourmente ou dévore l'ennemi tombé fous
fa puiffance. On a cherché le dieu du fauvage
dans fes forêts , & on ne l'a point
trouvé. Parce qu'il tremble devant un ferpent
, ou s'agenouille devant une pierre ,
il ne faut pas croire qu'il ait l'idée d'un
Créateur de l'Univers. Il a fallu beaucoup
de lumière à l'homme pour s'égarer , même
dans les erreurs de l'idolâtrie. Le grand
efprit des peuples du nord de l'Amérique ,
45
MERCURE
n'a jamais fait naître en eux les idées que
ce mot efprit fait naître parmi nous. Cette
diftinction métaphysique des fubftances
corporelles & fpirituelles , n'eft pas , fans
doute , à la portée de ces peuples , qui n'ont
encore ni art , ni agriculture. Les Métaphyficiens
ne naiffent que fur des terres
bien cultivées. Le Sauvage , il ett vrai ,
montre prefque part- tout l'efpérance d'une
vie à venir ; mais il ne faut pas en conclure
qu'il croit à l'immortalité de l'ame :
c'eft à l'éternité de la vie qu'il croit. Il
ne confent point à la mort ; & lorſque la
nature le fait mourir fur le bord d'un fleuve
ou au pied d'une montagne , fon imagination
lui crée au- delà de la montagne &
du fleuve qui le voyent expirer , un monde
nouveau où il va continuer de vivre .
Teleft le réfultat du beau tableau que nous
a tracé M. Robertſon , d'après les relations
les plus fidelles du nouveau Monde . Il fera
difficile déformais à l'imagination de pren
dre dans l'homme fauvage le modèle le
plus parfait de toutes les vertus morales ,
& de nous faire regretter encore le fort
auquel il eft condamné. S'il faut abfolument
un modèle de perfection à l'homme
pour le confoler de fes vices & de fes
maux , qu'il le cherche , non plus dans fes
regrets , mais dans fes efpérances ; qu'il
jouiffe d'avance du perfectionnement que ,
peut - être , il pourra donner un jour aux
DE FRANCE. 47
inftitutions fociales auxquelles il doit , jufqu'à
préfent , le peu de vertus qu'il fait voir,
& le peu de bonheur qu'il fe procure .
( La fuite à l'ordinaire prochain . )
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Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE. (Second Extrait).
Le texte examine la perception romantique de la vie sauvage, souvent idéalisée par la poésie et la philosophie. Des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau et des poètes anciens tels que Hésiode, Ovide et Virgile exprimaient une nostalgie pour les temps primitifs où l'homme était libre et indépendant. Cette vision a influencé la politique, la morale et la philosophie, cherchant des modèles dans la vie sauvage pour comprendre les lois et les vertus. Cependant, l'homme sauvage était mal connu dans l'ancien monde. Tacite décrivait les Germains comme des barbares plutôt que des sauvages authentiques, tandis que le Nouveau Monde offrait l'opportunité d'observer des sociétés véritablement sauvages. Le texte met en lumière les contradictions dans la représentation de l'homme sauvage. Bien que souvent dépeint comme vigoureux, il est en réalité faible physiquement et meurt prématurément de maladies violentes. Sur le plan affectif, il est décrit comme indifférent et ingrat, manquant des affections douces et tendres observées dans les sociétés civilisées. Sa liberté dans la tribu est également remise en question, car il conserve une indépendance naturelle plutôt qu'une véritable liberté civique. Le texte compare les peuples indigènes aux citoyens des sociétés civilisées de Rome et de Grèce. Il souligne que, bien que les sauvages conservent une certaine indépendance naturelle, ils ne doivent pas être comparés aux citoyens vertueux des républiques. Les guerres chez les sauvages sont motivées par la propriété ou ses productions, et ils sont décrits comme destructeurs et cruels envers leurs ennemis. Contrairement aux hommes sociaux, les sauvages croient en une vie future plutôt qu'en l'immortalité de l'âme. L'auteur conclut qu'il est difficile de voir dans le sauvage un modèle de vertu morale et suggère de chercher ce modèle dans les espérances et les progrès futurs des institutions sociales.
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4688
p. 47-49
Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Début :
Éloge de Gui Dufour de Pibrac, Discours qui a remporté le Prix, au jugement de [...]
Mots clefs :
Guy du Faur de Pibrac, Éloge, Prix, Académie des Jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Eloge de Gui Dufour de Pibrac , Difcours
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
Fermer
Résumé : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Éloge de Gui Dufour de Pibrac' a été récompensé par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse en 1778. L'auteur, l'Abbé Calvet, membre de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Châlons-sur-Marne, a publié ce discours à Paris chez Mérigot le jeune. Gui Dufour de Pibrac, homme vertueux et doté d'un esprit supérieur, a exercé la fonction d'Avocat-Général au Parlement de Paris et a accompagné Henri III lors de son voyage en Pologne. Il a également participé à des négociations durant les troubles de la Ligue, bien que son influence sur les affaires publiques ait été limitée. Pibrac est surtout connu pour ses quatrains, riches en sens et en raison, bien que leur expression soit parfois maladroite. L'Abbé Calvet critique les choix des sujets proposés par les sociétés littéraires, estimant que l'art oratoire doit être réservé à des sujets dignes. Il souligne l'importance d'adapter le ton à la matière et d'éviter l'exagération ou la banalité. Selon lui, l'éloge de Pibrac ne devrait pas se transformer en une histoire détaillée de la Ligue ou en portraits de grands personnages, ce qui serait hors de propos et redondant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4689
p. 56-69
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Début :
Je ne sais pas si Mallebranche a mis la dispute au nombre des moyens qui servent à la recherche de [...]
Mots clefs :
Musique, Jean-François Marmontel, Repos, Opéras, Arts, Christoph Willibald Gluck, Paroles, Niccolò Piccinni, Phrase, Écrit, Public, Question, Phrases, Italie, Juger, Critique, Compositeurs, Sensibles, Pathétique, Heureux, Note, Italiens, Esprit polémique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL ,
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
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Résumé : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
La lettre répond à une critique de M. Marmontel publiée dans le Mercure du 5 septembre. L'auteur reconnaît l'utilité des disputes pour éclaircir certains points, mais craint qu'elles ne fatiguent le public sans l'éclairer. Il défend Christoph Willibald Gluck, considéré comme le créateur du véritable système de musique dramatique, après des attaques injustes. La controverse a été relancée par Marmontel, qui a cité une lettre du Père Martini critiquant Gluck. L'auteur cite une lettre plus ancienne de Martini louant Gluck de manière élogieuse. Il souligne que ses observations sur la musique visaient à rendre les disputes littéraires plus utiles et intéressantes. L'auteur se défend des accusations de Marmontel, affirmant qu'il n'a jamais cherché à le désobliger. Il critique l'usage excessif de figures de style et de comparaisons vagues dans l'essai du Prince Beloselski sur la musique, tout en reconnaissant la compétence de ce dernier. La discussion porte également sur des critiques des œuvres de compositeurs tels que Vinci, Pergolèse et Piccinni. L'auteur refuse de critiquer l'œuvre de Vinci et conteste l'utilisation de comparaisons et de métaphores pour évaluer la musique. Il affirme que le pathétique et l'éloquence ne sont pas synonymes, citant des exemples comme Démosthène et Bossuet. L'auteur critique Piccinni, affirmant que ce dernier sacrifie parfois le sens des paroles à la symétrie musicale. La controverse se concentre aussi sur la définition des repos dans la phrase musicale, l'auteur expliquant que le second vers de l'air 'Oui, je le dois' est séparé par un repos final. Il aborde également une critique concernant un monologue de Roland, corrigeant une erreur attribuée à M. de la Harpe. L'auteur souligne la divergence d'opinions entre lui-même et Marmontel, qui s'appuie sur l'autorité de Piccinni. La discussion porte sur la perception de la musique italienne et française, soutenant que les œuvres musicales qui ne visent qu'à flatter les sens ne plaisent pas longtemps. Il critique la théorie de Marmontel sur l'inconstance des Italiens envers la musique et exprime son inquiétude que le goût musical en France puisse se perfectionner au point de privilégier la nouveauté. Enfin, l'auteur refuse de se nommer dans cette dispute, estimant que les opinions doivent être jugées sur leur mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4690
p. 161-163
Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Début :
Le Nouvel Abailard, ou Lettres de deux Amans qui ne se sont jamais vus ; quatre [...]
Mots clefs :
Abélard, Héloïse, Mot, Latin, Roman, Éloquence
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texteReconnaissance textuelle : Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Le Nouvel Abailard , ou Lettres de deux
Amans qui ne fe font jamais vus ; quatre
volumes in- 12 , à Neufchâtel , & fe trouve
à Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint -Jacques.
L'idée première de ce Roman , eft lẹ
projet d'infpiter une inclination réciproque
à deux jeunes gens deftinés l'un pour l'au
tre dès l'enfance par leurs parens , qui ne
leur permettent point de fe voir , mais qui
les engagent à s'écrire avec liberté , & excitent
en eux , par degrés , l'intérêt le plus vif,
jufqu'au moment qu'ils ont marqué pour
leur union . Cette idée , bien exécutée.
pourroit être piquante ; mais il ne paroît
pas que l'Auteur en ait fu faire un Ouvrage.
Sa morale eft fort bonne , fes intentions
font très - louables ; mais il a le défaut
de croire que tout ce qu'il a vu , tout ce
qu'il a penfé , tout ce qu'il a appris , mérite
162 MERCURE
que
d'être imprimé , & il faut du choix & de
la réflexion pour faire un Livre. Le fien eft
un amas indigefte d'hiftoires amoureuſes
& morales , dont le fond eft auffi commun
que les détails font négligés ; de contes
bleus qui n'ont point de fin , & dont il
feroit difficile de deviner le fens ; de differtations
métaphyfiques & phyfiques qui
n'apprennent rien. C'eft ainfi l'on parvient
fans peine à faire quatre gros volumes
qui coûtent d'autant plus à lire , qu'ils ont
coûté moins à faire . L'Auteur ne devroit-il
pas fe défier un peu de cette difpofition à
imprimer tout ce qui lui vient à la tête ?
Suffit- il d'annoncer à toutes les pages le
defir de réformer les moeurs ? Ne faudroitil
pas que la leçon fût un peu moins longue
& plus intéreffante ? Eft -ce affez de parler
au Public du ton dont lui parloit Rouffeau
de Genève? Ne faudroit- il pas fe rapprocher
un peu plus de l'éloquence de la nouvelle
Héloïfe , lorfqu'on fait le nouvel Abailard ?
Ce qu'on vient de dire , doit faire fentir
qu'il feroit impoffible de donner un extrait
quelconque de ce Roman. Il eft compofé de
parties détachées , auxquelles il paroît que
l'Auteur a voulu trouver un cadre quel qu'il ·
fût. Tout ce qu'on peut dire , c'eft que la correfpondance
de fes deux Amans eft quelquefois
d'un genre fort extraordinaire . Par
exemple , voici un échantillon de la qua
DE FRANCE. 163
trième lettre du nouvel Abailard . Il parle
de fes études à une jeune Demoiſelle qu'il
fait devoir être un jour fa femme : il veut
lui prouver l'utilité de la langue Latine ,
qu'apparemment elle n'avoit pas envie de
contefter ; & voici comme il s'y prend .
;
Le mot préférer eft très-commun , & vous
» en favez la fignification , mais feulement
» par routine ; car il vous feroit impoffible,
» à moins que vous ne fachiez le Latin , de
» m'expliquer pourquoi il a la fignification
» dont vous avez le fentiment intérieur
» mais avec la compofition de la langue La-
» tine , on voit tout d'un coup la compofi
» tion du mot , &c. ». Là-deffus , il s'étend
fur la prépofition pre & fur le mot ferre ,
&c. Premièrement une Héloïfe qui ne
vouloit point apprendre le Latin , n'avoit
nul befoin de cette explication . Enſuite c'eſt
s'y prendre mal pour prouver l'utilité du
Latin. Du moment où l'on fait le fens du
mot François , préférer, iln'eft point du tout
néceffaire de favoir fon étymologie latine.
Amans qui ne fe font jamais vus ; quatre
volumes in- 12 , à Neufchâtel , & fe trouve
à Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint -Jacques.
L'idée première de ce Roman , eft lẹ
projet d'infpiter une inclination réciproque
à deux jeunes gens deftinés l'un pour l'au
tre dès l'enfance par leurs parens , qui ne
leur permettent point de fe voir , mais qui
les engagent à s'écrire avec liberté , & excitent
en eux , par degrés , l'intérêt le plus vif,
jufqu'au moment qu'ils ont marqué pour
leur union . Cette idée , bien exécutée.
pourroit être piquante ; mais il ne paroît
pas que l'Auteur en ait fu faire un Ouvrage.
Sa morale eft fort bonne , fes intentions
font très - louables ; mais il a le défaut
de croire que tout ce qu'il a vu , tout ce
qu'il a penfé , tout ce qu'il a appris , mérite
162 MERCURE
que
d'être imprimé , & il faut du choix & de
la réflexion pour faire un Livre. Le fien eft
un amas indigefte d'hiftoires amoureuſes
& morales , dont le fond eft auffi commun
que les détails font négligés ; de contes
bleus qui n'ont point de fin , & dont il
feroit difficile de deviner le fens ; de differtations
métaphyfiques & phyfiques qui
n'apprennent rien. C'eft ainfi l'on parvient
fans peine à faire quatre gros volumes
qui coûtent d'autant plus à lire , qu'ils ont
coûté moins à faire . L'Auteur ne devroit-il
pas fe défier un peu de cette difpofition à
imprimer tout ce qui lui vient à la tête ?
Suffit- il d'annoncer à toutes les pages le
defir de réformer les moeurs ? Ne faudroitil
pas que la leçon fût un peu moins longue
& plus intéreffante ? Eft -ce affez de parler
au Public du ton dont lui parloit Rouffeau
de Genève? Ne faudroit- il pas fe rapprocher
un peu plus de l'éloquence de la nouvelle
Héloïfe , lorfqu'on fait le nouvel Abailard ?
Ce qu'on vient de dire , doit faire fentir
qu'il feroit impoffible de donner un extrait
quelconque de ce Roman. Il eft compofé de
parties détachées , auxquelles il paroît que
l'Auteur a voulu trouver un cadre quel qu'il ·
fût. Tout ce qu'on peut dire , c'eft que la correfpondance
de fes deux Amans eft quelquefois
d'un genre fort extraordinaire . Par
exemple , voici un échantillon de la qua
DE FRANCE. 163
trième lettre du nouvel Abailard . Il parle
de fes études à une jeune Demoiſelle qu'il
fait devoir être un jour fa femme : il veut
lui prouver l'utilité de la langue Latine ,
qu'apparemment elle n'avoit pas envie de
contefter ; & voici comme il s'y prend .
;
Le mot préférer eft très-commun , & vous
» en favez la fignification , mais feulement
» par routine ; car il vous feroit impoffible,
» à moins que vous ne fachiez le Latin , de
» m'expliquer pourquoi il a la fignification
» dont vous avez le fentiment intérieur
» mais avec la compofition de la langue La-
» tine , on voit tout d'un coup la compofi
» tion du mot , &c. ». Là-deffus , il s'étend
fur la prépofition pre & fur le mot ferre ,
&c. Premièrement une Héloïfe qui ne
vouloit point apprendre le Latin , n'avoit
nul befoin de cette explication . Enſuite c'eſt
s'y prendre mal pour prouver l'utilité du
Latin. Du moment où l'on fait le fens du
mot François , préférer, iln'eft point du tout
néceffaire de favoir fon étymologie latine.
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Résumé : Le Nouvel Abailard, [titre d'après la table]
Le texte présente 'Le Nouvel Abailard, ou Lettres de deux Amans qui ne se font jamais vus', un roman en quatre volumes publié à Neufchâtel et disponible à Paris chez la veuve Duchefne. L'histoire suit deux jeunes gens destinés l'un à l'autre depuis l'enfance, mais empêchés de se voir par leurs parents, qui les encouragent à correspondre. Malgré une idée prometteuse, le roman est critiqué pour son manque de sélection et de réflexion. Il est décrit comme un amas désordonné d'histoires amoureuses et morales banales, de contes interminables et de dissertations métaphysiques inutiles. L'auteur est reproché pour sa tendance à imprimer ses pensées sans discernement. Le style, comparé à celui de Rousseau, est jugé trop long et peu intéressant. La correspondance des deux amants est parfois qualifiée d'extraordinaire, mais un exemple montre une tentative maladroite de prouver l'utilité du latin à une jeune fille qui n'en voit pas l'intérêt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4691
p. 294-302
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
On n'a point vu un concours plus nombreux de Spectateurs, qu'à la première représentation [...]
Mots clefs :
Castor, Chant, Télaïre, Acte, Amitié, Art, Intérêt, Opéra, Amour, Volupté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
,
ON
N n'a point vu un concours plus nombreux
de Spectateurs , qu'à la première repréſentation
de la repriſe de Caftor , le Dimanche
11 de ce mois. La réputation de
l'Ouvrage, regardé , dans fon enſemble
comme le chef- d'oeuvre de notre Spectacle
lyrique , & de ce qu'on nomme la mufique
Françoife , le degré d'attention & d'intérêt
que l'on apporte aujourd'hui aux compofitions
muſicales , augmenté par cette animofité
des partis , qui , dans les Arts , marque
toujours le moment d'une révolution , tout
redoubloit la curiofité du Public . Rien n'a
manqué à l'exécution . Tous les premiers Sujets
dans chaque partie ; MM . le Gros , Larrivée ,
Gelin ; Mlles le Vaffeur & Duplan ; MM.
Veftris & Gardel ; Mlles Heinel, Guimard ,
Dorival , Théodore & Cécile , ont réuni
leurs talens & leurs efforts pour honorer la
mémoire de Rameau : & les anciens AmaDE
FRANCE. 2295
>
reurs de l'Opéra François , étoient bien déterminés
à les feconder de toute leur force.
On connoît en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , le pouvoir de l'habitude.
L'oreille a fes préjugés comme l'efprit. On
aime la mufique que l'on a aimée dans ſa
jeuneffe , & l'on ne renonce ni à fes opinions
, ni à fes plaifirs. Il entre même une
forte de patriotifme dans cet attachement ;
& il y a tel homme qui fe croit obligé
comme bon François , de défendre la mufique
Françoife. Qu'est- ce qui n'a pas été quelquefois
témoin de l'entoufiafme avec lequel
ces bons Patriotes rappellent les endroits où
les Lemaure , les Chaffe, & le célèbre Géliote,
étoient le plus applaudis ? Ce dernier ſi juſtement
admiré dans fon Art , & qui couvroit
de fon talent tous les défauts du chant
François , nous l'avons fouvent entendu citer
comme un modèle de goût & d'expreffion ,
dans ce morceau du cinquième Acte :
Je ne veux que la voir & l'adorer encore, &c,
L'Adminiſtrateur de l'Opéra , qui veut
éprouver tous les goûts , & tirer parti de leur
contradiction même, a donc bien fait de
remettre Caftor ; & ce n'étoit pas une choſe
indifférente que de voir une repréſentation
de cet Opéra, après les Ouvrages de M.
Gluck , le Roland de M. Piccini , & les
Bouffons. S'il eft permis de dire avec vérité
l'effet qu'a produit cette reprife , il nous a
paru médiocre. On a applaudi à la beauté
Niv
296 MERCURE
du Spectacle , à l'agrément & à la variété
des airs de danfe , fur -tout à deux choeurs
que les connoiffeurs admirent ; celui des
funérailles de Caftor , que tout gémille ; &
celui du quatrième Acte , aufeu du tonnerre
le feu des enfers , &c. Tous les deux font d'un
grand caractère & d'une énergie frappante.
Mlle le Vaffeur a chanté fupérieurement
l'air triftes apprêts , pâles flambeaux , qui
n'eft pas fans expreffion , quoique fa fimplicité
foit un peu monotone. Mais d'ailleurs
il ne paroît pas qu'on trouve aujourd'hui
beaucoup de charmes à l'uniformité du
chant des Scènes , à ce chant infipide &
criard , qui fait tant de bruit pour ne rien
exprimer , & qui fend les oreilles fans infpirer
d'autre intérêt que celui qu'on prend
à la fatigue de l'Acteur. Ces cris continuels
ont même excité de tems-en-tems des murmures;
& il faudra bien renoncer à la fin à
l'urlo Francéfe ( comme difent les Italiens ) ,
auquel ils ne peuvent pas plus réfifter qu'ils'
ne réfiftoient autrefois alla-furia Francéfe .
Il fuffit des fimples notions du bon fens ,
pour fentir le vice de ce heurlement éternel.
Le chant eft un langage convenu. Il
n'eft pas plus naturel de crier toujours en
chantant , qu'il ne l'eft de crier toujours en
parlant ou en déclamant. Pourquoi donc
pendant fi long - tems , la plupart de nos
Muficiens & de nos Chanteurs ont - ils fait
confifter leur principal mérite dans les cris ?
C'eft que les premiers ne connoiffoient guè
DE FRANCE. 297
res d'autres moyens d'expreffion , & que les
autres , dans le chant pauvre qu'on leur donnoit
à exécuter , ne voyoient guères d'autre
faculté à faire valoir que l'étendue de leur
voix; & c'eft alors que l'art de bien chanter
dût être le plus fouvent celui de crier bien
fort.
peut
Si l'on fe flatter de trouver des rapports
exacts , en paffant d'un Art à un autre.
( ce qui en général eft affez difficile ) , peutêtre
remarquera-t-on dans la déclamation les
mêmes défauts nés du même principe d'impuiffance.
Si un Acteur médiocre fe convulfionne,
pour ainfi dire , c'eft qu'il ne fait pas
fe paffionner; s'il heurle à tort & à travers,
c'eft qu'il ne fait pas parler. Il fe fent froid ,
& il crie pour paroître s'échauffer , quoiqu'il
foit très-prouvé par l'expérience , que ce qui .
produit le plus d'effet , ce ne font pas les
cris , c'eft un ton jufte , une inflexion vraie ;
c'eft cet accent de la nature que le grand-
Acteur faifit dans fon jeu , comme le Muficien
dans fa compofition. Il y a des rapports
réels entre tels fons & tels fentimens. C'eſt
à l'Artiſte à les trouver , & c'est ce que
Rouffeau appelle créer du chant.
Le Poëme de Castor paffe , avec raifon
pour être du très - petit nombre des bons
Opéras qu'on ait faits depuis Quinault. Son
plus grand mérite eft une marche rapide &
une difpofition favorable à la pompe & à la
variété des fpectacles que peut offrir ce
Théâtre lyrique , que l'on peut nommer le
Nv
298 MERCURE
Palais de l'Illufion. Tous les changemens de
Scènes font bien amenés. Les fêtes font bien
liées à l'action , & l'action eft intéreffante.
On a prétendu que cet intérêt étoit affoibli
par la facilité que montre Pollux à céder
Télaire à fon frère. On voudroit qu'il y eut
des combats. Cette critique eft mal fondée.
Le facrifice de Pollux n'eft point le fujet de
la Pièce. Il en eft le commencement & l'expofition.
Pollux , après avoir cédé Télaïre à
fon frère , qu'il perd un moment après ,
pourra-t-il le tirer des Enfers & le rejoindre
à Télaïre? Pourra- t-il jouir de cet héroïſme
de l'amitié fraternelle dans lequel il fait confifter
tout fon bonheur ? Cet héroïfme fléchira-
t-il les Dieux ? Caftor fera-t-il uni à
Télaïre ? Voilà le noeud de la Pièce. Il nous
paroît bien établi , bien foutenu juſqu'à la
fin; & la Scène du cinquième Acte , entre
Caftor & Télaïre , lorfque cet Amant retenu
malgré lui près de ſa Maîtreffe , craint d'avoir
paffe le moment fatal qui lui a été preſcrit
pour fon retour , lorfqu'il voit Télaire évanouie
de frayeur entre fes bras , au bruit du
tonnerre, & qu'il conjure les Dieux de
l'épargner ; cette Scène eft théâtrale & bien.
dialoguée . Tout cet intérêt , fans doute , eft
fondé fur la Mythologie ; mais l'Opéra eft le
pays des Fables,
Caftor eft d'ailleurs écrit avec élégance .
Il y a de beaux Vers. Ceux - ci , par exemple
, adreffés par Pollux aux Divinités de
POlympe :
DE FRANCE. 299
Je defcends aux Enfers pour oublier mes peines,
Et Caftor renaîtra pour goûter vos plaifirs.
Si l'on vouloit faire une critique plus jufte
de Caftor , on pourroit obferver qu'il eſt
queſtion dans le premier Acte , d'un Lyncée
rival de Caftor , & qui devient fon meurtrier
, fans que l'on dife un mot de cette rivalité
, ni que l'on fache ce qu'eft Lyncée.
Phæbé dit dans la première Scène :
Je puis difpofer des fureurs de Lyncée .
que
Difpofer des fureurs , n'eft pas une expreffion
bien correcte ; mais il faudroit fur-tout
être au fait de ce qui caufe ces fureurs.
C'eft peut - être encore un défaut les
Champs Élifées , dans le quatrième Acte ,
fuccèdent immédiatement à l'Enfer. Quoique
l'Opéra admette ces changemens fubits
de décoration , cependant lorfque le contrafte
eft fi frappant , l'illufion feroit mieux
ménagée , fi le changement de Scène n'avoit
lieu que dans l'entr'Acte.
On pourroit obferver auffi que l'on trouve
dans Caftor des traces affez marquées de
cette affectation & de cette recherche , qui
font les défauts ordinaires des autres productions
du même Auteur : par exemple ,
cet Hymne à l'amitié que le grand fuccès de
Caſtor a rendu célèbre , & qui a été ſouvent
cité, ne réſiſteroit pas à un examen réfléchi.
Préfent des Dieux , doux charme des Humains ,
O divine amitié! viens pénétrer nos âmes.
N vj
1300
MERCURE
Les coeurs éclairés de tes flammes ,
Avec des plaifirs purs , n'ont que des jours fereins.
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiſſance;
Le tems ajoute encore un luftre à ta beauté :
L'Amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté ,
Si l'homme avoit fon innocence.
Ce vers ,
L'Amour te laiffe la conftance ,
eft ce qu'il y a de mieux dans ce morceau.
Tout le refte eft foible ou faux . L'amitié n'a
point de flammes . C'eft ce que l'on diroit
de l'amour. M. de Voltaire s'eft exprimé
avec bien plus de jufteffe , lorfqu'il a dit en
parlant de l'amitié:
Touché de fa beauté nouvelle ,
Et de fa lumière éclairé , &c.
Il y a trop de fimplicité à dire qu'avec des
plaifirs purs on n'a que des jours fereins.
Cela eft trop vrai..
Et tu ferois la volupté ,>
Si l'homme avoit fon innocence.
Ċes deux derniers Vers ont un air de penſée
& de fineffe qui peut féduire ; mais en les
examinant avec attention , il eft impoffible
d'en pénétrer le fens. Dans quelque état
d'innocence que l'on fuppofe l'homme , quelque
idée qu'on attache à ce mot d'innocence
, enfin dans quelque fyftême que ce
DE FRANCE.
301
foit de Religion ou de Philofophie , jamais.
l'amitié ne peut être la volupté. La volupté
emporte néceffairement l'idée d'une jouiffance
phyfique ; & nous ne pouvons concevoir
la volupté morale que dans un ordre
de chofes furnaturelles.
Tout le monde connoît l'Art d'aimer qui
fit la réputation de Bernard , 30 ans avant
d'être imprimé , & qui en eut peu lorfqu'il
parut. Cet Ouvrage devoit être intitulé l'Art
de jouir. C'est la partie de fon fujet que
l'Auteur a le mieux traitée. Tout le moral
de l'amour , fi féduifant en peinture comme
en réalité , y eft preſque entièrement oublié;
& quoiqu'il y ait dans ce Poëme de très-jolis
Vers , des morceaux bien faits , cependant le ,
ſtyle en eft fouvent pénible & maniéré , & il
manque de facilité , de verve & d'intérêt.
Il y a quelques autres Poéfies du même
Auteur, dont la plupart font ingénieuſes &
écrites avec une précifion piquante . La plus
jolie eft l'Épître à Claudine , que tous les
Amateurs ont retenue . Mais il n'y en a guères
où l'on ne trouve de ces défauts de ſtyle
& de goût qui doivent être plus rares en ce
genre qu'en tout autre, parce qu'ils y font ,
moins excufables. Devroit - on trouver , par ,
exemple , dans une Ode à la Rofe , des Vers.
tels que ceux- ci :
Va, meurs fur le fein de Thémire ,
Qu'il foit ton Trône & ton tombeau.
Indépendamment de ton , ton , ton qui blef302
MERCURE
fent étrangement l'oreille , qu'eft- ce que le
Trône & le tombeau d'une Rofe ? Ce n'eft
pas là le naturel d'Anacréon.
Lorfque l'Art d'aimer fut publié pour la
première fois , l'Auteur que l'abus de fes
forces avoit fait vieillir avant le tems , étoit
déjà dans un état de foibleffe d'efprit qui ne
lui permit pas de s'appercevoir que fon
principal Ouvrage étoit refté au - deffous de
la réputation ; ainſi l'abſence de ſes facultés
fut encore pour lui une forte de bonheur.
Il ne fentoit pas cette perte , & il eût fenti
celles de l'amour- propre. Il vint à la dernière
repriſe de Caftor au Théâtre de Paris ;
& il répétoit de tems-en-tems : Le Roi eft-il
arrivé ? Le Roi eft- il content ? Madame de
P *** eft-elle contente ? Il croyoit toujours
être à Versailles . C'étoient les derniers rêves
d'un Poëte courtifan.
,
ON
N n'a point vu un concours plus nombreux
de Spectateurs , qu'à la première repréſentation
de la repriſe de Caftor , le Dimanche
11 de ce mois. La réputation de
l'Ouvrage, regardé , dans fon enſemble
comme le chef- d'oeuvre de notre Spectacle
lyrique , & de ce qu'on nomme la mufique
Françoife , le degré d'attention & d'intérêt
que l'on apporte aujourd'hui aux compofitions
muſicales , augmenté par cette animofité
des partis , qui , dans les Arts , marque
toujours le moment d'une révolution , tout
redoubloit la curiofité du Public . Rien n'a
manqué à l'exécution . Tous les premiers Sujets
dans chaque partie ; MM . le Gros , Larrivée ,
Gelin ; Mlles le Vaffeur & Duplan ; MM.
Veftris & Gardel ; Mlles Heinel, Guimard ,
Dorival , Théodore & Cécile , ont réuni
leurs talens & leurs efforts pour honorer la
mémoire de Rameau : & les anciens AmaDE
FRANCE. 2295
>
reurs de l'Opéra François , étoient bien déterminés
à les feconder de toute leur force.
On connoît en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , le pouvoir de l'habitude.
L'oreille a fes préjugés comme l'efprit. On
aime la mufique que l'on a aimée dans ſa
jeuneffe , & l'on ne renonce ni à fes opinions
, ni à fes plaifirs. Il entre même une
forte de patriotifme dans cet attachement ;
& il y a tel homme qui fe croit obligé
comme bon François , de défendre la mufique
Françoife. Qu'est- ce qui n'a pas été quelquefois
témoin de l'entoufiafme avec lequel
ces bons Patriotes rappellent les endroits où
les Lemaure , les Chaffe, & le célèbre Géliote,
étoient le plus applaudis ? Ce dernier ſi juſtement
admiré dans fon Art , & qui couvroit
de fon talent tous les défauts du chant
François , nous l'avons fouvent entendu citer
comme un modèle de goût & d'expreffion ,
dans ce morceau du cinquième Acte :
Je ne veux que la voir & l'adorer encore, &c,
L'Adminiſtrateur de l'Opéra , qui veut
éprouver tous les goûts , & tirer parti de leur
contradiction même, a donc bien fait de
remettre Caftor ; & ce n'étoit pas une choſe
indifférente que de voir une repréſentation
de cet Opéra, après les Ouvrages de M.
Gluck , le Roland de M. Piccini , & les
Bouffons. S'il eft permis de dire avec vérité
l'effet qu'a produit cette reprife , il nous a
paru médiocre. On a applaudi à la beauté
Niv
296 MERCURE
du Spectacle , à l'agrément & à la variété
des airs de danfe , fur -tout à deux choeurs
que les connoiffeurs admirent ; celui des
funérailles de Caftor , que tout gémille ; &
celui du quatrième Acte , aufeu du tonnerre
le feu des enfers , &c. Tous les deux font d'un
grand caractère & d'une énergie frappante.
Mlle le Vaffeur a chanté fupérieurement
l'air triftes apprêts , pâles flambeaux , qui
n'eft pas fans expreffion , quoique fa fimplicité
foit un peu monotone. Mais d'ailleurs
il ne paroît pas qu'on trouve aujourd'hui
beaucoup de charmes à l'uniformité du
chant des Scènes , à ce chant infipide &
criard , qui fait tant de bruit pour ne rien
exprimer , & qui fend les oreilles fans infpirer
d'autre intérêt que celui qu'on prend
à la fatigue de l'Acteur. Ces cris continuels
ont même excité de tems-en-tems des murmures;
& il faudra bien renoncer à la fin à
l'urlo Francéfe ( comme difent les Italiens ) ,
auquel ils ne peuvent pas plus réfifter qu'ils'
ne réfiftoient autrefois alla-furia Francéfe .
Il fuffit des fimples notions du bon fens ,
pour fentir le vice de ce heurlement éternel.
Le chant eft un langage convenu. Il
n'eft pas plus naturel de crier toujours en
chantant , qu'il ne l'eft de crier toujours en
parlant ou en déclamant. Pourquoi donc
pendant fi long - tems , la plupart de nos
Muficiens & de nos Chanteurs ont - ils fait
confifter leur principal mérite dans les cris ?
C'eft que les premiers ne connoiffoient guè
DE FRANCE. 297
res d'autres moyens d'expreffion , & que les
autres , dans le chant pauvre qu'on leur donnoit
à exécuter , ne voyoient guères d'autre
faculté à faire valoir que l'étendue de leur
voix; & c'eft alors que l'art de bien chanter
dût être le plus fouvent celui de crier bien
fort.
peut
Si l'on fe flatter de trouver des rapports
exacts , en paffant d'un Art à un autre.
( ce qui en général eft affez difficile ) , peutêtre
remarquera-t-on dans la déclamation les
mêmes défauts nés du même principe d'impuiffance.
Si un Acteur médiocre fe convulfionne,
pour ainfi dire , c'eft qu'il ne fait pas
fe paffionner; s'il heurle à tort & à travers,
c'eft qu'il ne fait pas parler. Il fe fent froid ,
& il crie pour paroître s'échauffer , quoiqu'il
foit très-prouvé par l'expérience , que ce qui .
produit le plus d'effet , ce ne font pas les
cris , c'eft un ton jufte , une inflexion vraie ;
c'eft cet accent de la nature que le grand-
Acteur faifit dans fon jeu , comme le Muficien
dans fa compofition. Il y a des rapports
réels entre tels fons & tels fentimens. C'eſt
à l'Artiſte à les trouver , & c'est ce que
Rouffeau appelle créer du chant.
Le Poëme de Castor paffe , avec raifon
pour être du très - petit nombre des bons
Opéras qu'on ait faits depuis Quinault. Son
plus grand mérite eft une marche rapide &
une difpofition favorable à la pompe & à la
variété des fpectacles que peut offrir ce
Théâtre lyrique , que l'on peut nommer le
Nv
298 MERCURE
Palais de l'Illufion. Tous les changemens de
Scènes font bien amenés. Les fêtes font bien
liées à l'action , & l'action eft intéreffante.
On a prétendu que cet intérêt étoit affoibli
par la facilité que montre Pollux à céder
Télaire à fon frère. On voudroit qu'il y eut
des combats. Cette critique eft mal fondée.
Le facrifice de Pollux n'eft point le fujet de
la Pièce. Il en eft le commencement & l'expofition.
Pollux , après avoir cédé Télaïre à
fon frère , qu'il perd un moment après ,
pourra-t-il le tirer des Enfers & le rejoindre
à Télaïre? Pourra- t-il jouir de cet héroïſme
de l'amitié fraternelle dans lequel il fait confifter
tout fon bonheur ? Cet héroïfme fléchira-
t-il les Dieux ? Caftor fera-t-il uni à
Télaïre ? Voilà le noeud de la Pièce. Il nous
paroît bien établi , bien foutenu juſqu'à la
fin; & la Scène du cinquième Acte , entre
Caftor & Télaïre , lorfque cet Amant retenu
malgré lui près de ſa Maîtreffe , craint d'avoir
paffe le moment fatal qui lui a été preſcrit
pour fon retour , lorfqu'il voit Télaire évanouie
de frayeur entre fes bras , au bruit du
tonnerre, & qu'il conjure les Dieux de
l'épargner ; cette Scène eft théâtrale & bien.
dialoguée . Tout cet intérêt , fans doute , eft
fondé fur la Mythologie ; mais l'Opéra eft le
pays des Fables,
Caftor eft d'ailleurs écrit avec élégance .
Il y a de beaux Vers. Ceux - ci , par exemple
, adreffés par Pollux aux Divinités de
POlympe :
DE FRANCE. 299
Je defcends aux Enfers pour oublier mes peines,
Et Caftor renaîtra pour goûter vos plaifirs.
Si l'on vouloit faire une critique plus jufte
de Caftor , on pourroit obferver qu'il eſt
queſtion dans le premier Acte , d'un Lyncée
rival de Caftor , & qui devient fon meurtrier
, fans que l'on dife un mot de cette rivalité
, ni que l'on fache ce qu'eft Lyncée.
Phæbé dit dans la première Scène :
Je puis difpofer des fureurs de Lyncée .
que
Difpofer des fureurs , n'eft pas une expreffion
bien correcte ; mais il faudroit fur-tout
être au fait de ce qui caufe ces fureurs.
C'eft peut - être encore un défaut les
Champs Élifées , dans le quatrième Acte ,
fuccèdent immédiatement à l'Enfer. Quoique
l'Opéra admette ces changemens fubits
de décoration , cependant lorfque le contrafte
eft fi frappant , l'illufion feroit mieux
ménagée , fi le changement de Scène n'avoit
lieu que dans l'entr'Acte.
On pourroit obferver auffi que l'on trouve
dans Caftor des traces affez marquées de
cette affectation & de cette recherche , qui
font les défauts ordinaires des autres productions
du même Auteur : par exemple ,
cet Hymne à l'amitié que le grand fuccès de
Caſtor a rendu célèbre , & qui a été ſouvent
cité, ne réſiſteroit pas à un examen réfléchi.
Préfent des Dieux , doux charme des Humains ,
O divine amitié! viens pénétrer nos âmes.
N vj
1300
MERCURE
Les coeurs éclairés de tes flammes ,
Avec des plaifirs purs , n'ont que des jours fereins.
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiſſance;
Le tems ajoute encore un luftre à ta beauté :
L'Amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté ,
Si l'homme avoit fon innocence.
Ce vers ,
L'Amour te laiffe la conftance ,
eft ce qu'il y a de mieux dans ce morceau.
Tout le refte eft foible ou faux . L'amitié n'a
point de flammes . C'eft ce que l'on diroit
de l'amour. M. de Voltaire s'eft exprimé
avec bien plus de jufteffe , lorfqu'il a dit en
parlant de l'amitié:
Touché de fa beauté nouvelle ,
Et de fa lumière éclairé , &c.
Il y a trop de fimplicité à dire qu'avec des
plaifirs purs on n'a que des jours fereins.
Cela eft trop vrai..
Et tu ferois la volupté ,>
Si l'homme avoit fon innocence.
Ċes deux derniers Vers ont un air de penſée
& de fineffe qui peut féduire ; mais en les
examinant avec attention , il eft impoffible
d'en pénétrer le fens. Dans quelque état
d'innocence que l'on fuppofe l'homme , quelque
idée qu'on attache à ce mot d'innocence
, enfin dans quelque fyftême que ce
DE FRANCE.
301
foit de Religion ou de Philofophie , jamais.
l'amitié ne peut être la volupté. La volupté
emporte néceffairement l'idée d'une jouiffance
phyfique ; & nous ne pouvons concevoir
la volupté morale que dans un ordre
de chofes furnaturelles.
Tout le monde connoît l'Art d'aimer qui
fit la réputation de Bernard , 30 ans avant
d'être imprimé , & qui en eut peu lorfqu'il
parut. Cet Ouvrage devoit être intitulé l'Art
de jouir. C'est la partie de fon fujet que
l'Auteur a le mieux traitée. Tout le moral
de l'amour , fi féduifant en peinture comme
en réalité , y eft preſque entièrement oublié;
& quoiqu'il y ait dans ce Poëme de très-jolis
Vers , des morceaux bien faits , cependant le ,
ſtyle en eft fouvent pénible & maniéré , & il
manque de facilité , de verve & d'intérêt.
Il y a quelques autres Poéfies du même
Auteur, dont la plupart font ingénieuſes &
écrites avec une précifion piquante . La plus
jolie eft l'Épître à Claudine , que tous les
Amateurs ont retenue . Mais il n'y en a guères
où l'on ne trouve de ces défauts de ſtyle
& de goût qui doivent être plus rares en ce
genre qu'en tout autre, parce qu'ils y font ,
moins excufables. Devroit - on trouver , par ,
exemple , dans une Ode à la Rofe , des Vers.
tels que ceux- ci :
Va, meurs fur le fein de Thémire ,
Qu'il foit ton Trône & ton tombeau.
Indépendamment de ton , ton , ton qui blef302
MERCURE
fent étrangement l'oreille , qu'eft- ce que le
Trône & le tombeau d'une Rofe ? Ce n'eft
pas là le naturel d'Anacréon.
Lorfque l'Art d'aimer fut publié pour la
première fois , l'Auteur que l'abus de fes
forces avoit fait vieillir avant le tems , étoit
déjà dans un état de foibleffe d'efprit qui ne
lui permit pas de s'appercevoir que fon
principal Ouvrage étoit refté au - deffous de
la réputation ; ainſi l'abſence de ſes facultés
fut encore pour lui une forte de bonheur.
Il ne fentoit pas cette perte , & il eût fenti
celles de l'amour- propre. Il vint à la dernière
repriſe de Caftor au Théâtre de Paris ;
& il répétoit de tems-en-tems : Le Roi eft-il
arrivé ? Le Roi eft- il content ? Madame de
P *** eft-elle contente ? Il croyoit toujours
être à Versailles . C'étoient les derniers rêves
d'un Poëte courtifan.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
La première représentation de la reprise de 'Castor' à l'Académie Royale de Musique, le 11 du mois, a attiré un large public. Cet opéra est considéré comme le chef-d'œuvre du spectacle lyrique français et de la musique française. La représentation a suscité une grande curiosité, exacerbée par les tensions entre les partisans des différents styles musicaux, marquant une période de révolution artistique. L'exécution de l'œuvre a été parfaite, avec la participation des meilleurs artistes tels que MM. Le Gros, Larrivée, Gelin, Mlles Le Vasseur et Duplan, MM. Vestris et Gardel, et Mlles Heinel, Guimard, Dorival, Théodore et Cécile, rendant hommage à Jean-Philippe Rameau. L'attachement du public à la musique française est souvent motivé par l'habitude et un sentiment patriotique. Certains spectateurs rappelaient avec enthousiasme les morceaux les plus applaudis des œuvres de Lully, Campra et Gluck. L'administrateur de l'Opéra a choisi de représenter 'Castor' pour tester les goûts du public après les œuvres de Gluck, le 'Roland' de Piccinni et les opéras bouffes. La représentation a suscité un effet médiocre, mais le public a apprécié la beauté du spectacle, l'agrément et la variété des airs de danse, ainsi que deux chœurs remarquables : celui des funérailles de Castor et celui du quatrième acte évoquant le tonnerre et le feu des enfers. Mlle Le Vasseur a particulièrement bien interprété l'air 'Tristes apprêts, pâles flambeaux'. Cependant, le chant uniforme et criard des scènes a été critiqué, provoquant parfois des murmures. L'intrigue principale de 'Castor' tourne autour de Castor et Télaïre, explorant leur amour et les défis qu'ils rencontrent, notamment la menace de Lyncée, un rival de Castor. La pièce se conclut par une scène intense où Castor et Télaïre affrontent leurs peurs et implorent les dieux. Le texte souligne des aspects critiques, comme l'absence d'explications sur la rivalité entre Castor et Lyncée, et des transitions abruptes entre scènes, par exemple, le passage immédiat des Champs Élysées à l'Enfer. Il mentionne également des défauts stylistiques dans certains vers et hymnes, notant une affectation et une recherche excessive dans l'écriture.
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4692
p. 302-306
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Lundi 12 de ce mois, on a donné à ce Théâtre la première représentation de la [...]
Mots clefs :
Thomas Réjoui, Mathurin, Colette, Jeune, Père, Fille, Maître d'hôtel, M. Desfontaines, La Chasse, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné à ce
Théâtre la première repréfèntation de la
Chaffe , Comédie en trois Actes & en profe,
mêlée d'Arriettes , paroles de M. Desfontaines
, mufique de M. de S. Georges.
Rien de plus fimple que le fond de ce
petit Cuvrage. L'Auteur en a puifé l'idée
dans une Anecdote très - connue , & qui peut
rappeller aux François , ainfi que beaucoup
d'autres , combien ils doivent aimer leurs
DE FRANCE. 303
Maîtres ; mais il y a changé plufieurs circonftances.
Voici quelques détails de la Fable
de M. Desfontaines.
Colette , fille de Thomas Réjoui , Labouteur
, aime & eft aimée de Mathurin, jeune
Payfan qui demeure dans un Village voiſin
de celui qu'habite le père de Collette. Les
deux Amans fe voient tous les jours à l'infçu
de Thomas ; ils doivent cet avantage aux
foins de la foeur de Colette , très - jeune fille ;
qui protège leurs amours fans fe douter des
fuites que peut avoir fon imprudence , &
qui les dévoile à fon père avec auffi peu de
réflexion. Mathurin n'eft pas riche ; il n'ofe
faire connoître à Thomas , ni fon amour, ni
fes prétentions. Colette eft dans le même
embarras ; elle laiffe entrevoir à fon Amant
combien elle craint que fon père ne confente
pas à leur union . Son Amant la raffure.
Il lui propofe de fe trouver avec lui fur le
paffage du Seigneur du Village , de lui déclarer
leur amour , & de l'intéreffer à leur
fort. Il efpère tout de ſa bienfaiſance & de
fa générofité. Un bruit de cors fe fait entendre.
La Dame du lieu , fuivie de plufieurs
autres Dames qui l'accompagnent à ſa chaſſe,
vient au rendez-vous , apperçoit la jeune
Colette , celle- ci affecte de paffer indifféremment
pour aller porter à dîner à fon
père qui travaille dans les champs ; la Dame
l'arrête , la queftionne , & tout fe paffe
comme Mathurin l'avoit imaginé. Ce n'eſt
pas tout , curieuſe de connoître la nature du
304 MERCURE
repas que Colette porte à Thomas , la Marquife
a été touchée de le voir fi maigre ; en
conféquence , elle ordonne au jeune Paylan
d'aller dire à fon Maître-d'Hôtel d'apprêter
fur le champ un dîner capable de nourrir fix
perfonnes , & de le porter au Laboureur.
Pendant cette converfation , l'heure s'eft
écoulée. Thomas impatient a quitté les
champs pour venir chercher fon repas. Il ne
trouve point fa fille. Il projette de l'attendre,
& s'endort. Sur ces entrefaites , Mathurin
qui eft le filleul du Concierge du Château ,
revêt un habit de Ville , qu'on lui a prêté ;
il arrive avec le dîner , & le fait fervir aux
pieds de Thomas , qui ne tarde pas à ſe réveiller.
Surpris de trouver fi près de lui une
eſpèce de feſtin , il n'ofe y toucher , dans la
crainte que ce ne foit une halte préparée
pour le Seigneur. Petit à petit il s'enhardit
boit, mange , & eft bientôt encouragé par la
préſence de Mathurin qui fe dit Maîtred'Hôtel
de Monfeigneur , fuppofe une extrême
reffemblance entre lui & un jeune
Payfan nommé Mathurin , fait l'éloge de la
beauté de Colette , & amène infenfiblement
fon père à la lui propofer pour femme. Le
feint Maître-d'Hôtel accepte la propofition,
dans le cas où elle ne déplaira pas à Monfeigneur.
Thomas fe charge de la lui faire
agréer. Effectivement , au retour de la chaffe,
il préſente fa Requête au Marquis . Celui-ci
s'étonne de ce que fon vieux Maître- d'Hôtel
Dubois penfe à époufer une jeune Payſanne .
DE FRANCE. 3035
De fon côté, la Marquife ne fait que penfer .
de cet incident : elle foupçonne bientôt, fur
le récit de Thomas , que cette fcène eſt le
réſultat d'une efpiéglerie de Mathurin. Le
vieux Dubois arrive , tout s'explique , & le
Laboureur conſent à donner la fille à fon
Amant , après que le Seigneur a confenti à
lui donner en fupplément de dot la furvivance
du Maître-d'Hôtel..
On trouve dans ce petit Drame , du naturel
, de la gaieté , de jolis couplets , &
quelques Scènes plaifantes. En général , l'Ouvrage
eft un peu long , & l'effet de quelques
fituations eft fouvent affoibli par la longueur
des développemens. Réduite à deux
Actes , la Pièce feroit plus agréable , & l'intérêt
en feroit mieux fenti. Quoi qu'il en
foit , elle annonce de l'efprit , de la facilité,
& la connoiffance du Théâtre.
La mufique fait honneur aux talens du
Compofiteur. Elle a été fort goûtée & mérite
de l'être. C'eft le fecond effai dramatique de
M. de S. Georges ; il- eft infiniment fupérieur
au premier. Tout doit l'inviter à continuer
une carrière qui lui promet des fuccès.
Madame Trial a chanté le rôle de Colette
avec le goût que tout le monde lui connoît.
M. Clairval a déployé dans Mathurin fon
intelligence ordinaire. Le jeu & la voix de
M. Nainville ont plu également dans le rôle
de Thomas. M. Trial a mis un peu de charge
dans le perfonnage du vieux Dubois , mais
cette charge étoit plaifante. Les autres rôles
306 MERCURE
ont été joués par Meſdames Billioni & Beaupré,
& par M. Michu.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné à ce
Théâtre la première repréfèntation de la
Chaffe , Comédie en trois Actes & en profe,
mêlée d'Arriettes , paroles de M. Desfontaines
, mufique de M. de S. Georges.
Rien de plus fimple que le fond de ce
petit Cuvrage. L'Auteur en a puifé l'idée
dans une Anecdote très - connue , & qui peut
rappeller aux François , ainfi que beaucoup
d'autres , combien ils doivent aimer leurs
DE FRANCE. 303
Maîtres ; mais il y a changé plufieurs circonftances.
Voici quelques détails de la Fable
de M. Desfontaines.
Colette , fille de Thomas Réjoui , Labouteur
, aime & eft aimée de Mathurin, jeune
Payfan qui demeure dans un Village voiſin
de celui qu'habite le père de Collette. Les
deux Amans fe voient tous les jours à l'infçu
de Thomas ; ils doivent cet avantage aux
foins de la foeur de Colette , très - jeune fille ;
qui protège leurs amours fans fe douter des
fuites que peut avoir fon imprudence , &
qui les dévoile à fon père avec auffi peu de
réflexion. Mathurin n'eft pas riche ; il n'ofe
faire connoître à Thomas , ni fon amour, ni
fes prétentions. Colette eft dans le même
embarras ; elle laiffe entrevoir à fon Amant
combien elle craint que fon père ne confente
pas à leur union . Son Amant la raffure.
Il lui propofe de fe trouver avec lui fur le
paffage du Seigneur du Village , de lui déclarer
leur amour , & de l'intéreffer à leur
fort. Il efpère tout de ſa bienfaiſance & de
fa générofité. Un bruit de cors fe fait entendre.
La Dame du lieu , fuivie de plufieurs
autres Dames qui l'accompagnent à ſa chaſſe,
vient au rendez-vous , apperçoit la jeune
Colette , celle- ci affecte de paffer indifféremment
pour aller porter à dîner à fon
père qui travaille dans les champs ; la Dame
l'arrête , la queftionne , & tout fe paffe
comme Mathurin l'avoit imaginé. Ce n'eſt
pas tout , curieuſe de connoître la nature du
304 MERCURE
repas que Colette porte à Thomas , la Marquife
a été touchée de le voir fi maigre ; en
conféquence , elle ordonne au jeune Paylan
d'aller dire à fon Maître-d'Hôtel d'apprêter
fur le champ un dîner capable de nourrir fix
perfonnes , & de le porter au Laboureur.
Pendant cette converfation , l'heure s'eft
écoulée. Thomas impatient a quitté les
champs pour venir chercher fon repas. Il ne
trouve point fa fille. Il projette de l'attendre,
& s'endort. Sur ces entrefaites , Mathurin
qui eft le filleul du Concierge du Château ,
revêt un habit de Ville , qu'on lui a prêté ;
il arrive avec le dîner , & le fait fervir aux
pieds de Thomas , qui ne tarde pas à ſe réveiller.
Surpris de trouver fi près de lui une
eſpèce de feſtin , il n'ofe y toucher , dans la
crainte que ce ne foit une halte préparée
pour le Seigneur. Petit à petit il s'enhardit
boit, mange , & eft bientôt encouragé par la
préſence de Mathurin qui fe dit Maîtred'Hôtel
de Monfeigneur , fuppofe une extrême
reffemblance entre lui & un jeune
Payfan nommé Mathurin , fait l'éloge de la
beauté de Colette , & amène infenfiblement
fon père à la lui propofer pour femme. Le
feint Maître-d'Hôtel accepte la propofition,
dans le cas où elle ne déplaira pas à Monfeigneur.
Thomas fe charge de la lui faire
agréer. Effectivement , au retour de la chaffe,
il préſente fa Requête au Marquis . Celui-ci
s'étonne de ce que fon vieux Maître- d'Hôtel
Dubois penfe à époufer une jeune Payſanne .
DE FRANCE. 3035
De fon côté, la Marquife ne fait que penfer .
de cet incident : elle foupçonne bientôt, fur
le récit de Thomas , que cette fcène eſt le
réſultat d'une efpiéglerie de Mathurin. Le
vieux Dubois arrive , tout s'explique , & le
Laboureur conſent à donner la fille à fon
Amant , après que le Seigneur a confenti à
lui donner en fupplément de dot la furvivance
du Maître-d'Hôtel..
On trouve dans ce petit Drame , du naturel
, de la gaieté , de jolis couplets , &
quelques Scènes plaifantes. En général , l'Ouvrage
eft un peu long , & l'effet de quelques
fituations eft fouvent affoibli par la longueur
des développemens. Réduite à deux
Actes , la Pièce feroit plus agréable , & l'intérêt
en feroit mieux fenti. Quoi qu'il en
foit , elle annonce de l'efprit , de la facilité,
& la connoiffance du Théâtre.
La mufique fait honneur aux talens du
Compofiteur. Elle a été fort goûtée & mérite
de l'être. C'eft le fecond effai dramatique de
M. de S. Georges ; il- eft infiniment fupérieur
au premier. Tout doit l'inviter à continuer
une carrière qui lui promet des fuccès.
Madame Trial a chanté le rôle de Colette
avec le goût que tout le monde lui connoît.
M. Clairval a déployé dans Mathurin fon
intelligence ordinaire. Le jeu & la voix de
M. Nainville ont plu également dans le rôle
de Thomas. M. Trial a mis un peu de charge
dans le perfonnage du vieux Dubois , mais
cette charge étoit plaifante. Les autres rôles
306 MERCURE
ont été joués par Meſdames Billioni & Beaupré,
& par M. Michu.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le lundi 12 du mois, la comédie 'La Chaffe' en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes, a été représentée pour la première fois. Cette œuvre, écrite par M. Desfontaines avec la musique de M. de Saint-Georges, s'inspire d'une anecdote visant à rappeler aux Français l'importance de l'amour envers leurs maîtres, bien que plusieurs circonstances aient été modifiées. L'intrigue suit Colette, fille de Thomas Réjoui, un laboureur, et Mathurin, un paysan d'un village voisin. Les deux jeunes gens se voient quotidiennement grâce à la complicité de la sœur de Colette, qui ignore leurs rencontres. Mathurin, n'étant pas riche, hésite à révéler ses sentiments à Thomas. Colette partage son embarras et craint le refus de son père. Mathurin propose alors de déclarer leur amour à la dame du village lors d'une chasse. La marquise, touchée par la maigreur du repas de Thomas, ordonne à son maître d'hôtel de préparer un festin pour six personnes et de le porter au laboureur. Mathurin, déguisé en maître d'hôtel, sert le dîner à Thomas, qui finit par accepter la proposition de mariage entre Mathurin et Colette. Le marquis, étonné, accepte finalement après que Thomas lui ait présenté la requête. La marquise devine la supercherie et tout s'éclaire lorsque le vrai maître d'hôtel arrive. Thomas consent au mariage après que le seigneur ait promis de donner la survivance du maître d'hôtel en supplément de dot. La pièce est jugée naturelle et gaie, avec des couplets charmants et des scènes plaisantes, bien que parfois trop longue. La musique de M. de Saint-Georges est appréciée et la distribution des rôles est saluée, notamment Madame Trial dans le rôle de Colette, M. Clairval dans celui de Mathurin, et M. Nainville dans celui de Thomas.
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4693
p. 306-311
RÉPONSE de M. de la Harpe à la lettre de M. Grétry, insérée dans le Journal de Paris.
Début :
Je m'étois exprimé ainsi dans un fragment sur J. J. Rousseau, imprimé dans [...]
Mots clefs :
Duo, André Grétry, Parodie, Musique, Coeur, Paroles, Sylvain, Jean-François Marmontel, Poète, Musicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. de la Harpe à la lettre de M. Grétry, insérée dans le Journal de Paris.
RÉPONSE de M. de la Harpe à la lettre
de M. Grétry , inférée dans le Journal
J
*
de Paris.
» auroit
ь m'étois exprimé ainfi dans un fragment
fur J. J. Rouffeau , imprimé dans
le Mercure dus Octobre : « On a remarqué
que le charme de cet ouvrage ( le
Devin de Village ) naiffoit fur- tout de
» l'accord le plus parfait entre la mufique
& les paroles , accord qui fembleroit
» ne pouvoir fe trouver au même dégré ,
» que dans un Auteur qui , comme Rouffeau ,
conçu à la fois les vers & le chant ;
mais ceux qui favent que le fameux duo
» de Sylvain , l'un des beaux morceaux
» d'expreffion dont notre muſique théâtrale
puiffe fe glorifier , n'eft pourtant qu'une
» Parodie , & que le Poëte travailla fur des
» notes , ceux-là concevront qu'il eft poffible
» que le Poëte & le Muficien n'ayent qu'une
» même ame , fans être réunis dans la inême
perfonne.
20
"
«
33
Huit jours après l'impreffion de ce morceau
, voici la lettre que M. Grétty , Auteur
de la mufique de Sylvain , fit paroître dans
le Journal de Paris.
DE FRANCE
307
""
Ne feroit-il pas néceffaire , Meffieurs ,
qu'en écrivant fur un objet quelconque ,
» l'Auteur voulut bien s'inftruire des faits
» avant que de les publier ? On m'a averti
» qu'il s'eft gliffé dans le dernier Mercure ,
» une erreur que je ne puis laiffer fubfifter.
» Il y eft dit que le duo de Sylvain , Dans
» le fein d'un père , eft parodié , & moi
je vous affure , Meffieurs , qu'il ne l'eſt
point & n'a pu l'être. J'efpère que vous
» voudrez bien m'en croire fur ma parole ,
» & détruire ce petit menfonge en inférant
» ma lettre dans votre prochain nº.
"
"
Peut-être fera-t- on un peu étonné du
ton de cette réponſe , fur- tout fi on la compare
à celui du paffage qui en a été l'occahon.
On aura peine à concevoir qu'un
Muficien dont on parle d'une manière fi
honorable , comblé de tant d'éloges , puiffe
prendre une humeur fiforte , même en fuppofant
que j'aie eu tort de citer ce duo
comme fait de verve, fur une fituation donnée
, plutôt que fur des paroles écrites .
Il eft vrai qu'il paroît par la lettre même
de M. Grétry , qu'il n'avoit pas lu le
morceau dont il fe plaint. Mais , doit- on
répondre à ce qu'on n'a pas lu ? M. Grétry
ignoroit , à ce qu'il a dit depuis , que je
fuffe l'Auteur de ce fragment. Qu'importe !
dans tous les cas , il ne falloit pas fe fervir
du mot menſonge. Il eſt auſſi déplacé qu'im308
MERCURE
poli. On ne ment que lorfqu'on veut tromper.
Quand il est évident qu'on fe trompé
de bonne foi , il n'y a point menfonge ,
il y a méprife.
Voilà pour la forme. Voici pour le fond.
L'année dernière en revenant de la campagne
avec MM. Marmontel & Grétry ,
je parlois de l'avantage qu'il y avoit pour
un Muficien à trouver un Poëte qui fut
fe plier facilement à fes idées ; croiriez-vous ,
me dit alors M. Marmontel , que le duo
de Sylvain a été fait de cette manière ;
Grétry compofant au clavecin , & moi arrangeant
des paroles fur la mufique qu'il
jouoit ? M. Grétry confirma ce recit dont
je fus frappé , & l'on parla même d'autres
morceaux faits de la même façon. Voilà
ce que ma mémoire me rappeloit, quand
j'ai écrit. Sur la dénégation de M. Grétry
je courus chez M. Mariontel , & voici
ce qu'il m'a dit.
99
L'on peut dans une converfation ne
pas fpécifier rigoureufement toutes les circonftances
, & l'on peut , en fe les rappelant
de mémoire fe méprendre fur
quelques-unes. Le duo dont vous avez
parlé ne fut pas parodié en entier , mais
en partie , & voici celle qui le fut.
›
O mon bien fuprême !
Moitié de moi-même !
DE FRANCE.
309
Je tremble
J'espère
Qu'un Juge ,
Qu'un père ,
Qu'un Juge terrible ,
Qu'un père fenfible
N'ait la rigueur ,
N'aura pas la rigueur
· De m'arracher ton coeur ».
M. Marmontel ajouta : ce qui a pu vous
induire en erreur , c'eft que dans cette
même pièce , il y a un autre duo qui en
effet eft parodié entièrement , c'eſt celui- ci :
Avec ton coeur , s'il eft fidelle
Qu'aurois-je encore à defirer ?
Si tu ne veux qu'un coeur fidelle
Tu n'as plus rien à defirer.
Ce coeur t'attend ,
Le mien t'appelle ,
à toi
П1 eft
moi
Ce coeur fidelle
Qu'amour à bien fu m'inſpirer !
Qui c'eft pour t'adorer
Que je veux refpirer ,
Il eft à moi ce coeur fidelle ,
Je n'ai plus rien à defirer.
Mais les foins , les travaux pénibles ,
Ne vont-ils pas troubler d'heureux loifirs ?
319 MERCURE
Non , non , ils rendront plus fenfibles
Les doux inftants de nos plaifirs.
Que la peine qu'amour partage ,
Eft un poids leger pour l'amour !
Heureux le foir de revoir { ron } ménage ,
Se
fouvient-on des fatigues du jour ,
Oublieras-tu les
Le foir au ſein d'un bon ménage ,
Nous oublierons les fatigues du jour ».
M. Marmontel finit par me raconter
à ce fujet une anecdote affez plaifante.
On alloit répéter Lucile chez M. le Comte
de ** , & l'on parloit d'airs parodiés . M.
G ** , très-éclairé en mufique , prétendit
que ces airs étoient toujours très- faciles
a diftinguer des autres. Il y en a un lui
dit -on , dans Lucile , tâchez de le reconnoître.
On exécuta le premier air : Qu'il
eft doux de dire en aimant , & c. Ce n'est
certainement pas celui - là qui eft parodié ,
dit M. G **. C'eft précisément celui-là que
eft parodié , lui dit- on . Sur tous ces faits ,
M. Marmontel ajouta : vous pouvez me
citer.
Après cet expofe très- exact , on comprendra
moins que jamais , que M. Grétry
ait crié fi haut , qu'il ait affimé que le duo
de Sylvain n'étoit point parodié , lorfqu'il
l'eft dans fa plus belle partie ; qu'il ait
DE FRANCE.
31x
affirmé que ce duo n'avoit pu être parodié,
lorfqu'un autre duo de la même pièce l'eſt
d'un bout à l'autre. Je ne fais pas fi les
favans en mufique mettent une grande
différence de mérite entre un air compofé
fur une fituation donnée , ou fait fur des
paroles. Il paroît que dans le premier cas
il faut que la mufique ait une expreffion
bien caractérisée , puifqu'elle dicte ,
pour ainfi dire , les paroles au Poëte. Je
n'y vois qu'un mérite de plus dans le
Muficien , & il me femble qu'il n'y avoit
pas de quoi fe fâcher.
de M. Grétry , inférée dans le Journal
J
*
de Paris.
» auroit
ь m'étois exprimé ainfi dans un fragment
fur J. J. Rouffeau , imprimé dans
le Mercure dus Octobre : « On a remarqué
que le charme de cet ouvrage ( le
Devin de Village ) naiffoit fur- tout de
» l'accord le plus parfait entre la mufique
& les paroles , accord qui fembleroit
» ne pouvoir fe trouver au même dégré ,
» que dans un Auteur qui , comme Rouffeau ,
conçu à la fois les vers & le chant ;
mais ceux qui favent que le fameux duo
» de Sylvain , l'un des beaux morceaux
» d'expreffion dont notre muſique théâtrale
puiffe fe glorifier , n'eft pourtant qu'une
» Parodie , & que le Poëte travailla fur des
» notes , ceux-là concevront qu'il eft poffible
» que le Poëte & le Muficien n'ayent qu'une
» même ame , fans être réunis dans la inême
perfonne.
20
"
«
33
Huit jours après l'impreffion de ce morceau
, voici la lettre que M. Grétty , Auteur
de la mufique de Sylvain , fit paroître dans
le Journal de Paris.
DE FRANCE
307
""
Ne feroit-il pas néceffaire , Meffieurs ,
qu'en écrivant fur un objet quelconque ,
» l'Auteur voulut bien s'inftruire des faits
» avant que de les publier ? On m'a averti
» qu'il s'eft gliffé dans le dernier Mercure ,
» une erreur que je ne puis laiffer fubfifter.
» Il y eft dit que le duo de Sylvain , Dans
» le fein d'un père , eft parodié , & moi
je vous affure , Meffieurs , qu'il ne l'eſt
point & n'a pu l'être. J'efpère que vous
» voudrez bien m'en croire fur ma parole ,
» & détruire ce petit menfonge en inférant
» ma lettre dans votre prochain nº.
"
"
Peut-être fera-t- on un peu étonné du
ton de cette réponſe , fur- tout fi on la compare
à celui du paffage qui en a été l'occahon.
On aura peine à concevoir qu'un
Muficien dont on parle d'une manière fi
honorable , comblé de tant d'éloges , puiffe
prendre une humeur fiforte , même en fuppofant
que j'aie eu tort de citer ce duo
comme fait de verve, fur une fituation donnée
, plutôt que fur des paroles écrites .
Il eft vrai qu'il paroît par la lettre même
de M. Grétry , qu'il n'avoit pas lu le
morceau dont il fe plaint. Mais , doit- on
répondre à ce qu'on n'a pas lu ? M. Grétry
ignoroit , à ce qu'il a dit depuis , que je
fuffe l'Auteur de ce fragment. Qu'importe !
dans tous les cas , il ne falloit pas fe fervir
du mot menſonge. Il eſt auſſi déplacé qu'im308
MERCURE
poli. On ne ment que lorfqu'on veut tromper.
Quand il est évident qu'on fe trompé
de bonne foi , il n'y a point menfonge ,
il y a méprife.
Voilà pour la forme. Voici pour le fond.
L'année dernière en revenant de la campagne
avec MM. Marmontel & Grétry ,
je parlois de l'avantage qu'il y avoit pour
un Muficien à trouver un Poëte qui fut
fe plier facilement à fes idées ; croiriez-vous ,
me dit alors M. Marmontel , que le duo
de Sylvain a été fait de cette manière ;
Grétry compofant au clavecin , & moi arrangeant
des paroles fur la mufique qu'il
jouoit ? M. Grétry confirma ce recit dont
je fus frappé , & l'on parla même d'autres
morceaux faits de la même façon. Voilà
ce que ma mémoire me rappeloit, quand
j'ai écrit. Sur la dénégation de M. Grétry
je courus chez M. Mariontel , & voici
ce qu'il m'a dit.
99
L'on peut dans une converfation ne
pas fpécifier rigoureufement toutes les circonftances
, & l'on peut , en fe les rappelant
de mémoire fe méprendre fur
quelques-unes. Le duo dont vous avez
parlé ne fut pas parodié en entier , mais
en partie , & voici celle qui le fut.
›
O mon bien fuprême !
Moitié de moi-même !
DE FRANCE.
309
Je tremble
J'espère
Qu'un Juge ,
Qu'un père ,
Qu'un Juge terrible ,
Qu'un père fenfible
N'ait la rigueur ,
N'aura pas la rigueur
· De m'arracher ton coeur ».
M. Marmontel ajouta : ce qui a pu vous
induire en erreur , c'eft que dans cette
même pièce , il y a un autre duo qui en
effet eft parodié entièrement , c'eſt celui- ci :
Avec ton coeur , s'il eft fidelle
Qu'aurois-je encore à defirer ?
Si tu ne veux qu'un coeur fidelle
Tu n'as plus rien à defirer.
Ce coeur t'attend ,
Le mien t'appelle ,
à toi
П1 eft
moi
Ce coeur fidelle
Qu'amour à bien fu m'inſpirer !
Qui c'eft pour t'adorer
Que je veux refpirer ,
Il eft à moi ce coeur fidelle ,
Je n'ai plus rien à defirer.
Mais les foins , les travaux pénibles ,
Ne vont-ils pas troubler d'heureux loifirs ?
319 MERCURE
Non , non , ils rendront plus fenfibles
Les doux inftants de nos plaifirs.
Que la peine qu'amour partage ,
Eft un poids leger pour l'amour !
Heureux le foir de revoir { ron } ménage ,
Se
fouvient-on des fatigues du jour ,
Oublieras-tu les
Le foir au ſein d'un bon ménage ,
Nous oublierons les fatigues du jour ».
M. Marmontel finit par me raconter
à ce fujet une anecdote affez plaifante.
On alloit répéter Lucile chez M. le Comte
de ** , & l'on parloit d'airs parodiés . M.
G ** , très-éclairé en mufique , prétendit
que ces airs étoient toujours très- faciles
a diftinguer des autres. Il y en a un lui
dit -on , dans Lucile , tâchez de le reconnoître.
On exécuta le premier air : Qu'il
eft doux de dire en aimant , & c. Ce n'est
certainement pas celui - là qui eft parodié ,
dit M. G **. C'eft précisément celui-là que
eft parodié , lui dit- on . Sur tous ces faits ,
M. Marmontel ajouta : vous pouvez me
citer.
Après cet expofe très- exact , on comprendra
moins que jamais , que M. Grétry
ait crié fi haut , qu'il ait affimé que le duo
de Sylvain n'étoit point parodié , lorfqu'il
l'eft dans fa plus belle partie ; qu'il ait
DE FRANCE.
31x
affirmé que ce duo n'avoit pu être parodié,
lorfqu'un autre duo de la même pièce l'eſt
d'un bout à l'autre. Je ne fais pas fi les
favans en mufique mettent une grande
différence de mérite entre un air compofé
fur une fituation donnée , ou fait fur des
paroles. Il paroît que dans le premier cas
il faut que la mufique ait une expreffion
bien caractérisée , puifqu'elle dicte ,
pour ainfi dire , les paroles au Poëte. Je
n'y vois qu'un mérite de plus dans le
Muficien , & il me femble qu'il n'y avoit
pas de quoi fe fâcher.
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Résumé : RÉPONSE de M. de la Harpe à la lettre de M. Grétry, insérée dans le Journal de Paris.
La dispute entre M. de la Harpe et M. Grétry concerne la nature du duo 'Dans le sein d'un père' de l'opéra 'Sylvain'. M. de la Harpe avait affirmé dans le Mercure que ce duo était une parodie, soulignant l'harmonie entre la musique et les paroles et suggérant une collaboration entre deux artistes partageant une même vision. M. Grétry, compositeur de la musique, a contesté cette affirmation dans le Journal de Paris, niant toute parodie et demandant une rectification. M. de la Harpe a expliqué avoir appris de M. Marmontel que Grétry avait composé le duo au clavecin, tandis que Marmontel adaptait les paroles en fonction de la musique. Marmontel a confirmé que seule une partie du duo avait été parodiée et a mentionné un autre duo entièrement parodié dans la même pièce. Il a également relaté une anecdote illustrant la difficulté de reconnaître les airs parodiés. M. de la Harpe a conclu en soulignant l'incohérence de la réaction de M. Grétry face aux preuves de la parodie et en affirmant que composer sur une situation donnée ajoutait un mérite supplémentaire au musicien. Le texte discute de l'importance de l'expression musicale et de son influence sur la poésie, soulignant que la musique doit guider les paroles du poète, ce qui constitue un atout pour le musicien sans être une source de mécontentement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4694
p. 57-61
CAUSE INTÉRESSANTE.
Début :
Le célebre J. J. Rousseau a dit que la Comédie du Légataire de Regnard, loin [...]
Mots clefs :
Neveux, Femme, Tante, Notaires, Faux, Légataire, Jean-François Regnard, Procès, Testament, Fontenay-le-Comte, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : CAUSE INTÉRESSANTE.
CAUSE INTÉRESSANTE. ·
2
LE célebre J. J. Rouffeau a dit que la
Comédie du Légataire de Regnard , loin
d'avoir un but moral, ne pouvoit au con-
Cy
58 MERCURE
traire infpirer que l'idée de commettre un
des crimes les plus dangereux pour la
fociété , ( celui de faux . ) Cette critique ,
peut-être trop rigoureufe , vient cependant
d'être juftifiée par un exemple récent qui a
donné lieu à une procédure criminelle , fur
laquelle le Parlement de Paris a prononcé
depuis peu . Voici les faits de ce procès :
ils peuvent fervir à prouver que plufieurs
de nos pièces de Théâtre font bien éloignées
de renfermer des leçons de vertu
A
Deux particuliers d'un Village du Bas-
Poitou avoient une tante âgée de plus de
quatre-vingt ans ; cette vieille femme jouiffoit
d'une certaine aifance . Ses neveux
craignant qu'elle ne vint à décéder fans
les avoir inftitués fes légataires univerfels
, imaginèrent de fuivre la marche que
Regnard avoit tracée dans fa Comédie
du Légataire. Ils formèrent le projet de
faire dicter un faux teftament par la femme
d'un d'eux à des Notaires à qui ils perfuaderoient
que c'étoit leur tante.
Ce plan étant conçu & arrêté , les deux
neveux fe réndirent chez un des Notaires
de la Ville de Fontenay - le-Comte , & le
prièrent de fe tranfporter au domicile dè
leur tante avec un de fes confrères pour y
recevoir fon teftament.
Le Notaire refufa d'abord; mais il céda
enfin aux prières & anxinftances des
DE FRANCE. 5.9
neveux ; ces derniers dirent au Notaire qu'il
étoit de la plus grande importance qu'on
ne l'apperçut pas dans l'endroit que leur
tante habitoit parce que des voifins jaloux
& avides mettroient des entraves à la
générosité de leur bienfaitrice.
>
>
Le Notaire étoit bien éloigné de foupçonner
que ces précautions étoient des
piéges qu'on lui tendoit pour prêter fon miniſtère
à un faux . Au jour & à l'heure
convenus il partit avec un de fes confrères
; un des neveux s'étoit chargé d'accompagner
les deux Officiers publics . Il les
conduifit au milieu de la Campagne , &
après plufieurs heures de marche pendant
la nuit , ils arrivèrent à une mailon que
leur conducteur leur dit être celle de la
reftatrice.
Les deux Notaires , en entrant , trouvèrent
l'autre neveu , qui les pria de ne pas
faire de bruit , & de paffer dans la chambre
où étoit la fauffe teftatrice . Ces deux Officiers
s'approchèrent du lit de la prétendue
octogénaire , & lui firent différentes queftions
; le fon de la voix de cette femme
leur infpira des foupçons . Pour les diffiper
ils tirerent les rideaux , & approchèrent avec
une lumière ; ayant apperçu une femme
qui , malgré l'attention qu'elle avoit de fe
cacher le vifage , n'avoit pas trente- fix ans ,
il refusèrent de recevoir le faux teftament
C vj
60 MERCURE
qu'elle devoit leur dicter . Indignés de cette
fupercherie , les Notaires fortirent fur le
champ , & menacèrent les coupables ne-.
veux de dénoncer leurs manoeuvres criminelles
à la Juftice .
Le bruit de cette fcène bifarre fe répandit
dans le pays : il parvint aux oreilles du
Ministère public , qui rendit plainte contre
les trois coupables , les deux neveux & la
nièce. Sur l'information qui fut faite à
Fontenay - le-Comte , les trois accufés furent
décrétés de prife - de - corps & conſtitués
prifonniers. Malgré leurs efforts pour
pallier la vérité , ils furent convaincus du
crime pour lequel ils étoient pourfuivis.
En conféquence , par Sentence de la Sénéchauffée
de Fontenay - le - Comte , les
neveux furent condamnés à être Alétris &
aux Galères , & la nièce au blâme .
Ce procès ayant été porté par appel au
Parlement de Paris , il y eft intervenn
Arrêt , qui a condamné les deux particu
liers au blâme, & à une amende de trois livres
, & a mis la femme hors de Cour.
Il réfulte de cet Arrêt que les premiers
Juges avoient porté la févérité un peu trop
loin . Cependant il faut convenir que le
crime dont les Accufés s'étoient promis de
profiter , eft un des plus dangereux pour la
fociété & que fous ce point de vue , ils
méritoient d'être punis.
>
DE FRANCE. 61
L'Hiftoire de ce procès prouve que J. J.
Rouffeau a eu raifon d'écrire que la Pièce
du Légataire de Régnard étoit bien
éloignée d'être une école de vertu .
2
LE célebre J. J. Rouffeau a dit que la
Comédie du Légataire de Regnard , loin
d'avoir un but moral, ne pouvoit au con-
Cy
58 MERCURE
traire infpirer que l'idée de commettre un
des crimes les plus dangereux pour la
fociété , ( celui de faux . ) Cette critique ,
peut-être trop rigoureufe , vient cependant
d'être juftifiée par un exemple récent qui a
donné lieu à une procédure criminelle , fur
laquelle le Parlement de Paris a prononcé
depuis peu . Voici les faits de ce procès :
ils peuvent fervir à prouver que plufieurs
de nos pièces de Théâtre font bien éloignées
de renfermer des leçons de vertu
A
Deux particuliers d'un Village du Bas-
Poitou avoient une tante âgée de plus de
quatre-vingt ans ; cette vieille femme jouiffoit
d'une certaine aifance . Ses neveux
craignant qu'elle ne vint à décéder fans
les avoir inftitués fes légataires univerfels
, imaginèrent de fuivre la marche que
Regnard avoit tracée dans fa Comédie
du Légataire. Ils formèrent le projet de
faire dicter un faux teftament par la femme
d'un d'eux à des Notaires à qui ils perfuaderoient
que c'étoit leur tante.
Ce plan étant conçu & arrêté , les deux
neveux fe réndirent chez un des Notaires
de la Ville de Fontenay - le-Comte , & le
prièrent de fe tranfporter au domicile dè
leur tante avec un de fes confrères pour y
recevoir fon teftament.
Le Notaire refufa d'abord; mais il céda
enfin aux prières & anxinftances des
DE FRANCE. 5.9
neveux ; ces derniers dirent au Notaire qu'il
étoit de la plus grande importance qu'on
ne l'apperçut pas dans l'endroit que leur
tante habitoit parce que des voifins jaloux
& avides mettroient des entraves à la
générosité de leur bienfaitrice.
>
>
Le Notaire étoit bien éloigné de foupçonner
que ces précautions étoient des
piéges qu'on lui tendoit pour prêter fon miniſtère
à un faux . Au jour & à l'heure
convenus il partit avec un de fes confrères
; un des neveux s'étoit chargé d'accompagner
les deux Officiers publics . Il les
conduifit au milieu de la Campagne , &
après plufieurs heures de marche pendant
la nuit , ils arrivèrent à une mailon que
leur conducteur leur dit être celle de la
reftatrice.
Les deux Notaires , en entrant , trouvèrent
l'autre neveu , qui les pria de ne pas
faire de bruit , & de paffer dans la chambre
où étoit la fauffe teftatrice . Ces deux Officiers
s'approchèrent du lit de la prétendue
octogénaire , & lui firent différentes queftions
; le fon de la voix de cette femme
leur infpira des foupçons . Pour les diffiper
ils tirerent les rideaux , & approchèrent avec
une lumière ; ayant apperçu une femme
qui , malgré l'attention qu'elle avoit de fe
cacher le vifage , n'avoit pas trente- fix ans ,
il refusèrent de recevoir le faux teftament
C vj
60 MERCURE
qu'elle devoit leur dicter . Indignés de cette
fupercherie , les Notaires fortirent fur le
champ , & menacèrent les coupables ne-.
veux de dénoncer leurs manoeuvres criminelles
à la Juftice .
Le bruit de cette fcène bifarre fe répandit
dans le pays : il parvint aux oreilles du
Ministère public , qui rendit plainte contre
les trois coupables , les deux neveux & la
nièce. Sur l'information qui fut faite à
Fontenay - le-Comte , les trois accufés furent
décrétés de prife - de - corps & conſtitués
prifonniers. Malgré leurs efforts pour
pallier la vérité , ils furent convaincus du
crime pour lequel ils étoient pourfuivis.
En conféquence , par Sentence de la Sénéchauffée
de Fontenay - le - Comte , les
neveux furent condamnés à être Alétris &
aux Galères , & la nièce au blâme .
Ce procès ayant été porté par appel au
Parlement de Paris , il y eft intervenn
Arrêt , qui a condamné les deux particu
liers au blâme, & à une amende de trois livres
, & a mis la femme hors de Cour.
Il réfulte de cet Arrêt que les premiers
Juges avoient porté la févérité un peu trop
loin . Cependant il faut convenir que le
crime dont les Accufés s'étoient promis de
profiter , eft un des plus dangereux pour la
fociété & que fous ce point de vue , ils
méritoient d'être punis.
>
DE FRANCE. 61
L'Hiftoire de ce procès prouve que J. J.
Rouffeau a eu raifon d'écrire que la Pièce
du Légataire de Régnard étoit bien
éloignée d'être une école de vertu .
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Résumé : CAUSE INTÉRESSANTE.
Un procès récent a validé la critique de Jean-Jacques Rousseau à propos de la pièce 'Le Légataire universel' de Regnard. Rousseau avait souligné que cette comédie pouvait inciter à des crimes nuisibles pour la société, notamment la falsification de testaments. Un cas concret a illustré cette critique : deux neveux d'un village du Bas-Poitou ont tenté de faire rédiger un faux testament par la femme de l'un d'eux, se faisant passer pour leur tante octogénaire. Ils ont réussi à convaincre deux notaires de se rendre chez la supposée testatrice, mais les notaires ont découvert la supercherie et refusé de recevoir le faux testament. Les neveux et la nièce ont été arrêtés et condamnés. Le Parlement de Paris a confirmé la sentence, bien qu'il ait réduit les peines initiales. Ce procès montre que la pièce de Regnard ne véhicule pas de leçons de vertu et met en lumière la dangerosité du crime de faux testament pour la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4695
p. 294-296
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
A l'instant où nous écrivons cet article, on n'a encore donné qu'une représentation [...]
Mots clefs :
Rôle, Public, Comédien, Acteur, Jardinière, Talent, Spectacle, Pasquale Anfossi, Costanza Baglioni, Tumulte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a présenté 'La Finta Giardiniera' ou 'la Jardinière Supposée', un opéra bouffon en trois actes composé par le Signor Anfossi, le jeudi 12 du mois. La première représentation a été perturbée par le public qui a interrompu la cantatrice débutante pour réclamer la Signora Constanza Baglioni, présente dans l'amphithéâtre. Cette dernière a dû prendre la relève. L'article critique cette habitude de certains comédiens de se placer parmi le public, estimant que cela perturbe la tranquillité et la décence du spectacle. Le tumulte a gâché le premier acte, mais les deux suivants ont été mieux accueillis. La différence de tessiture entre les deux cantatrices a nécessité une seconde représentation pour évaluer pleinement le rôle. La Signora Rosina a bien interprété Armanda, et le Signor Caribaldi a excellé dans le rôle du Contino Belfiore. Le Signor Gherardi a également été salué pour son interprétation naturelle et comique du rôle de Dom Anchise. La musique sera détaillée plus en profondeur dans le prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4696
p. 297-299
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
On va jouer à ce théâtre les deux nouvelles Comédies de M. Dorat, que nous avons [...]
Mots clefs :
Rôle, Jouer, Expression, Mademoiselle Saint-Val aînée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte annonce les prochaines représentations de deux nouvelles comédies de M. Dorat, mais se concentre sur les représentations récentes de plusieurs pièces. M. Brissard a interprété Mithridate avec succès, ajoutant des détails inédits au rôle. Mme Vestris a joué Monime avec décence, douleur noble et sensibilité réfléchie, recevant de grands applaudissements, notamment dans le rôle de Roxane. Mlle Sainval l'aînée a interprété divers rôles, excellant particulièrement dans celui de Mérope, mais montrant des inégalités dans d'autres rôles. M. de la Rive a été applaudi dans les rôles d'Achille, Œdipe et Antiochus. M. Molé est revenu après une absence pour jouer le Misanthrope, surmontant l'austérité du personnage grâce à sa polyvalence. Madame Molé a été applaudie dans le rôle de Célimène, et M. Fleury a bien interprété Acaste, malgré la comparaison avec la précédente performance de M. Molé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4697
p. 299-300
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les corrections faites au nouvel Opéra-Comique dont nous avons parlé dans notre [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Savetier, Fille, Financier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES corrections faites au nouvel Opéra-
Comique dont nous avons parlé dans notre
dernière Feuille , n'ont point fait revenir le
public fur le jugement qu'il en avoit porté.
Nous n'avons point donné d'analyfe de cette
Comédie , nous ne croyons pas devoir en
N vj
300 MERCURE
faire une. C'est tout fimplement la Fable
de la Fontaine . L'Auteur a feulement donné
au Savetier une fille , qu'il appelle Juſtine.
Cette petite fille eft aimée par un M. George,
neveu de la Femme-de -Charge du Financier.
Quand M. Grégoire le Savetier a rendu à M.
de Ferlife le Financier , les 1200 liv. qu'il
en avoit reçues , à condition de ne plus .
l'étourdir par fa bruyante gaité , ce dernier
fait préfent de la fomme aux jeunes amans
& fait confentir leurs parens à les unir.
On prépare à ce Théâtre plufieurs nouveautés.
LES corrections faites au nouvel Opéra-
Comique dont nous avons parlé dans notre
dernière Feuille , n'ont point fait revenir le
public fur le jugement qu'il en avoit porté.
Nous n'avons point donné d'analyfe de cette
Comédie , nous ne croyons pas devoir en
N vj
300 MERCURE
faire une. C'est tout fimplement la Fable
de la Fontaine . L'Auteur a feulement donné
au Savetier une fille , qu'il appelle Juſtine.
Cette petite fille eft aimée par un M. George,
neveu de la Femme-de -Charge du Financier.
Quand M. Grégoire le Savetier a rendu à M.
de Ferlife le Financier , les 1200 liv. qu'il
en avoit reçues , à condition de ne plus .
l'étourdir par fa bruyante gaité , ce dernier
fait préfent de la fomme aux jeunes amans
& fait confentir leurs parens à les unir.
On prépare à ce Théâtre plufieurs nouveautés.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le public reste critique envers une nouvelle comédie italienne à l'Opéra-Comique malgré des corrections. Basée sur une fable de La Fontaine, elle introduit Justine, fille du savetier, aimée par M. George. Le savetier rembourse 1200 livres au financier, qui accepte ensuite leur mariage. Plusieurs nouveautés sont prévues pour ce théâtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4698
p. 308-309
AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
Début :
Toutes les productions du célèbre Rousseau, publiées pendant sa vie, ont toujours été reçues [...]
Mots clefs :
Recueil, Musique de chambre, Public, Jean-Jacques Rousseau, Thérèse Levasseur
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texteReconnaissance textuelle : AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
AVIS concernant un Recueil de Mufique de
Chambre , compofée par J. J. Rousseau.
TOUTES OUTES les productions du célèbre Rouffeau ,
publiées pendant fa vie , ont toujours été reçues
avec une forte d'enthouſiaſme ; celles qu'on annonce
aujourd'hui , obtiendront fans doute un accueil en
core favorable. On a vu dans le Devin du Village.
& dans le Dictionnaire de Mufique , à quel degré
cet homme extraordinaid : " effédoit la pratique &
la théorie du plus raviffant des beaux Arts. Il eſt à
préfumer qu'on retrouvera la même fource de plaifirs
dans les nouvelles productions muficales que fa
Veuve vient offrir au public.
ce
On aime à fe repréfenter l'éloquent & profond
Auteur du Contrat-Social , modulant fur un clavier
des airs champêtres , des vaudevilles & des romances.
Mais on s'étonne de voir ce véhément Écrivain ,
génie libre & ficr , accoutumé à méditer fur les intérêts
des Souverains & des peuples , & né , ce ſemble,
pour leur faire adorer la juftice , oubliant tout-à-coup
fa deftinée gloricufe , pour embraffer la profeffion
des mercenaires , & devenir un fimple Copiſte de
mufique Celui qui confacra- des hymnes à la vertu ,
qui fut réveiller en nous l'inftinct fublime de la
liberté , qui fait encore retentir la voix de la nature
dans le coeur des mères , n'a- t- il donc pu fub
fifter du produit de fes chef- d'oeuvres ? La langue
françoife , entre fes mains , n'eft-elle pas
inftrument auffi mélodieux que celle du Taffe , auffi
riche que
celle de Pope , auffi expreffive que celle des
Orateurs de Rome & d'Athènes ? L'homme enfin qui
devoit tenir un des premiers rangs parmi fes fem--
blables , à qui , tôt ou tard , on élevera des monudevenue
un
DE FRANCE. 309
(
mens publics , étoit-il doncfait pour vivre & mourir
au fein de l'indigence ? Eft-ce là le fort d'un bienfaiteur
de l'humanité ? Profcrit par fes concitoyens ,
fugitif au milieu des Alpes , toléré chez une Nation
hoſpitalière , mais obligé d'impoſer à fon génie
un filence abfolu , il ne laiffe pour héritage à fa
refpectable . veuve , que des Mémoires dont elle ne
peut tirer aucun parti , parce que des convenances
fociales en arrêtent la publicité. L'unique resource
de Madame Rouleau confifte en un Recueil de petits
airs , compofés par l'Auteur d'Emile & d'Héloïfe ;
elle offre ce Recueil au public , moyennant une
foufcription d'un louis.
Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer ,
avant la fin du mois de Décembre , à Paris , chez
Marchand , rue de Grenelle- Saint-Honoré ; à Marfeille
, chez la Porte , Libraire ; à Lyon , chez
Gaftard , Place de la Comédie ; à Bordeaux , chez
les frères Labottière , Marchands Libraires .
Chambre , compofée par J. J. Rousseau.
TOUTES OUTES les productions du célèbre Rouffeau ,
publiées pendant fa vie , ont toujours été reçues
avec une forte d'enthouſiaſme ; celles qu'on annonce
aujourd'hui , obtiendront fans doute un accueil en
core favorable. On a vu dans le Devin du Village.
& dans le Dictionnaire de Mufique , à quel degré
cet homme extraordinaid : " effédoit la pratique &
la théorie du plus raviffant des beaux Arts. Il eſt à
préfumer qu'on retrouvera la même fource de plaifirs
dans les nouvelles productions muficales que fa
Veuve vient offrir au public.
ce
On aime à fe repréfenter l'éloquent & profond
Auteur du Contrat-Social , modulant fur un clavier
des airs champêtres , des vaudevilles & des romances.
Mais on s'étonne de voir ce véhément Écrivain ,
génie libre & ficr , accoutumé à méditer fur les intérêts
des Souverains & des peuples , & né , ce ſemble,
pour leur faire adorer la juftice , oubliant tout-à-coup
fa deftinée gloricufe , pour embraffer la profeffion
des mercenaires , & devenir un fimple Copiſte de
mufique Celui qui confacra- des hymnes à la vertu ,
qui fut réveiller en nous l'inftinct fublime de la
liberté , qui fait encore retentir la voix de la nature
dans le coeur des mères , n'a- t- il donc pu fub
fifter du produit de fes chef- d'oeuvres ? La langue
françoife , entre fes mains , n'eft-elle pas
inftrument auffi mélodieux que celle du Taffe , auffi
riche que
celle de Pope , auffi expreffive que celle des
Orateurs de Rome & d'Athènes ? L'homme enfin qui
devoit tenir un des premiers rangs parmi fes fem--
blables , à qui , tôt ou tard , on élevera des monudevenue
un
DE FRANCE. 309
(
mens publics , étoit-il doncfait pour vivre & mourir
au fein de l'indigence ? Eft-ce là le fort d'un bienfaiteur
de l'humanité ? Profcrit par fes concitoyens ,
fugitif au milieu des Alpes , toléré chez une Nation
hoſpitalière , mais obligé d'impoſer à fon génie
un filence abfolu , il ne laiffe pour héritage à fa
refpectable . veuve , que des Mémoires dont elle ne
peut tirer aucun parti , parce que des convenances
fociales en arrêtent la publicité. L'unique resource
de Madame Rouleau confifte en un Recueil de petits
airs , compofés par l'Auteur d'Emile & d'Héloïfe ;
elle offre ce Recueil au public , moyennant une
foufcription d'un louis.
Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer ,
avant la fin du mois de Décembre , à Paris , chez
Marchand , rue de Grenelle- Saint-Honoré ; à Marfeille
, chez la Porte , Libraire ; à Lyon , chez
Gaftard , Place de la Comédie ; à Bordeaux , chez
les frères Labottière , Marchands Libraires .
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Résumé : AVIS concernant un Recueil de Musique de Chambre, composée par J. J. ROUSSEAU.
Le texte traite d'un recueil de musique de chambre composé par Jean-Jacques Rousseau, dont les œuvres musicales ont toujours été bien accueillies. Rousseau est connu pour des compositions comme 'Le Devin du Village' et le 'Dictionnaire de Musique'. Le recueil, publié par sa veuve, suscite de l'intérêt. Le texte souligne la surprise face à l'implication de Rousseau dans la copie de musique, étant donné ses contributions majeures en philosophie politique et en littérature. Malgré ses talents littéraires et musicaux, Rousseau a vécu dans la pauvreté et a été contraint à l'exil. Il laisse à sa veuve des mémoires inutilisables et un recueil de petits airs, seul moyen pour elle de subsister. Ce recueil est proposé au public contre une souscription d'un louis, disponible auprès de divers libraires à Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux avant la fin du mois de décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4699
p. 47-51
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Jamais à ce théâtre les spectacles n'ont été plus variés que depuis quelques mois. Dans [...]
Mots clefs :
Chanter, Ballets, Acte, Rôle, Amour, Personnage, Musique, Jeu, Colette, Bergerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique présente une programmation diversifiée comprenant des opéras, des spectacles des Bouffons, des ballets-pantomimes et des extraits d'œuvres. Parmi ces extraits figurent 'La Bergerie', 'Acte tiré du Ballet des Romans', 'Le Devin du Village' et 'La Provençale', tous présentés pour la première fois le 19 novembre. 'La Bergerie' narre l'union de deux jeunes bergers grâce à l'Amour. Les rôles principaux sont interprétés par Madame Saint-Hubert (l'Amour), Mademoiselle Laguerre (Doris) et Monsieur Lainez (Iphis). Monsieur Moreau incarne le vieux Berger Arcas, introduisant des chœurs et des ballets. La performance vocale de Mademoiselle Laguerre est particulièrement remarquée. Les ballets, chorégraphiés par Monsieur Gardel l'aîné, sont bien exécutés mais jugés trop longs. 'Le Devin du Village' reçoit un bon accueil, mais la prestation de Monsieur Le Gros dans le rôle de Colin est critiquée. Mademoiselle Durancy excelle dans le rôle de Colette, tandis que Mademoiselle Laguerre, bien que prometteuse, manque encore de certaines qualités pour ce rôle. 'La Provençale' inclut de nouveaux morceaux musicaux, notamment un duo chanté par Mademoiselle Durancy et Monsieur Durand. Les ballets, arrangés par Monsieur Dauberval, sont bien reçus. La représentation de 'La Finta Giardiniera' est appréciée pour sa qualité musicale, bien qu'elle soit considérée inférieure à 'La Frascatana'. Plusieurs airs et duos sont particulièrement salués, notamment ceux interprétés par les Signori Gherardi, Focchetti, Farnezi et Caribaldi. La finale du second acte est également soulignée pour sa composition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4700
p. 51-53
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous commencerons cet article par rectifier une faute d'impression du dernier No, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Madame Vestris, Monime, Lekain, Bellecour, Tragique
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
52
MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
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MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
L'article rectifie une erreur d'impression concernant une représentation théâtrale : Mademoiselle Sainval cadette a joué Monime avec succès, tandis que Madame Vestris interprétait Inès. Le 21 novembre, deux comédies de M. Dorat, 'Le Chevalier François' en quatre actes et 'Le Chevalier François à Londres' en trois actes, ont été jouées pour la première fois respectivement à Turin et à Londres. Ces pièces, basées sur les mémoires du Comte de Grammont, partagent le même personnage principal. Dans la première pièce, le chevalier séduit la femme de son hôte Senantes et la maîtresse de son ami Matta. Dans la seconde, il épouse Miss Adelson après avoir résisté aux avances de Lady Stelle. Les représentations ultérieures de ces œuvres ont été mieux accueillies après des modifications. L'article mentionne également la perte récente des acteurs Kain et Bellecour au Théâtre Français. Bellecour, après avoir débuté dans le tragique, s'est orienté vers le comique, succédant à Grandval. Il excellait dans des rôles comme le Somnambule, l'Aveugle Clairvoyant, et des personnages de marquis ivres. Bellecour était apprécié pour son intelligence et son utilité auprès de ses camarades. Il a également écrit une pièce intitulée 'Les Fausses Espérances'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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