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1
p. 262-275
L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
Début :
L'Histoire de l'Amérique, par M. Robertson, Principal de l'Université d'Edimbourg, [...]
Mots clefs :
Nouveau monde, Christophe Colomb, Hommes, Découverte, Homme, Histoire, Amérique, Ouvrage, Océan, Globe, Système, Navigation, Navigateurs, Habitants
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texteReconnaissance textuelle : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'Hiftoire de l'Amérique , par M. Robertſon ,
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
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DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
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curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Histoire de l'Amérique' de William Robertson, principal de l'Université d'Édimbourg et historiographe de Sa Majesté Britannique, analyse la découverte et les conséquences de l'Amérique. Robertson étudie les premiers contacts entre les habitants des deux hémisphères et les erreurs, vices et maux observés dans ce nouveau monde. Michel de Montaigne, originaire du Périgord, s'est également intéressé à l'Amérique et à ses habitants, recueillant des informations auprès de personnes ayant vécu dans le Nouveau Monde. Les premières descriptions de l'Amérique étaient souvent inexactes, rédigées par des Européens motivés par l'or et la violence. Des récits plus fiables ont émergé avec l'arrivée de philosophes et d'observateurs éclairés. Le texte aborde également les avancées en navigation, comparant les navigateurs anciens et modernes, et mentionne la découverte de l'aiguille aimantée par Flavio Gioia. Il met en lumière le génie et la persévérance de Christophe Colomb, qui a anticipé l'existence d'un nouveau monde en traversant l'océan Atlantique. Colomb a cherché le soutien de plusieurs pays européens, dont la France, le Portugal, l'Espagne et l'Angleterre, mais a rencontré des scepticismes et des obstacles. Il a finalement découvert l'Amérique mais a été victime de calomnies et envoyé en Espagne enchaîné. Colomb est mort en regrettant d'avoir découvert un nouveau monde pour des hommes ingrats. Robertson explore aussi l'influence de l'environnement sur les actions humaines, soulignant que les comportements humains sont déterminés par des facteurs tels que l'air, l'alimentation et le sol. Il discute des voies possibles de migration des habitants d'un hémisphère à l'autre, concluant que l'Amérique a probablement été peuplée par le Nord-Ouest de l'Europe ou le Nord-Est de l'Asie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 276-286
SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
Début :
Ce qui fait le plus d'honneur, non-seulement au talent, mais même à l'ame de [...]
Mots clefs :
Dieu, Enfants, Malheur, M. l'Abbé Poule, Âme, Malheureux, Jean-Baptiste Massillon, Enfer, Élève, Misère, Sermons, Infortune, Charité, Intérêt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
SUITE des Sermons de M. l'Abbé Poule.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
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Résumé : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
L'abbé Poule est reconnu pour ses sermons en faveur des malheureux et pour inciter à la bienfaisance. Un de ses sermons marquants est celui en faveur des Enfants-Trouvés, où il utilise des références bibliques et des images émouvantes pour sensibiliser son auditoire. Il compare leur détresse à celle des enfants d'Israël et critique la société qui laisse mourir ces enfants malgré ses ressources. L'abbé dénonce les abus et injustices sociales, imputant la création d'orphelins à l'exploitation des paysans par les seigneurs. Il décrit les conditions misérables des hôpitaux et appelle à la charité pour soulager ces souffrances. Le texte compare également les sermons de Maffillon et de l'abbé Poule, notamment sur l'Enfant Prodigue et l'Enfer. L'abbé Poule est apprécié pour son éloquence persuasive, bien que l'on regrette qu'il n'ait pas laissé plus d'écrits. Dans leurs sermons sur l'Enfer, Maffillon décrit les tourments des âmes damnées, tandis que l'abbé Poule met en lumière l'attirance irrésistible de l'âme vers Dieu malgré son rejet. Les deux auteurs explorent la lutte intérieure de l'âme entre son désir de Dieu et la justice divine. Le texte aborde aussi la représentation de l'Enfer et ses conséquences morales, évoquant une vision cyclique de l'existence humaine. Le sermon du mauvais riche de Massillon est mentionné comme exemple. L'abbé Poule traite des supplices des réprouvés et des dangers des représentations profanes pour l'innocence. Bien que sa diction soit parfois moins pure que celle de Massillon, l'œuvre de l'abbé Poule est reconnue pour son génie oratoire et son importance dans l'éloquence de la chaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 286-293
Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur la Musique, deux volumes in-4o. orné d'un grand nombre de Figures & [...]
Mots clefs :
Musique, Ouvrage, Grecs, Chansons, Livre, Temps, Romains, Nombre, Poètes, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Efai fur la Mufique , deux volumes in- 40.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
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Résumé : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Efai fur la Mufique' est structuré en deux volumes et cinq livres. Le premier livre analyse l'histoire et les pratiques musicales à travers différentes époques et cultures, couvrant la musique instrumentale, religieuse, funéraire, ainsi que celle associée aux repas, vendanges et obsèques. Il explore également la musique des Chaldéens, Égyptiens, Grecs, Romains et autres civilisations anciennes. Le deuxième livre se focalise sur les poètes musiciens grecs et romains, ainsi que sur les compositeurs italiens et français. Le troisième livre offre un traité de composition musicale accessible au grand public, recommandant des ouvrages de d'Alembert, l'abbé Arnaud, l'abbé Roussier, le chevalier de Chastellux et Marmontel. Le quatrième livre retrace l'histoire des chansons depuis l'Antiquité jusqu'aux époques modernes, incluant des airs grecs et des chansons provençales. Le cinquième livre traite de l'histoire des instruments de musique connus depuis plus de deux mille ans, accompagné d'illustrations et de conseils techniques d'experts. L'auteur, M. de Laborde, a consulté divers livres et manuscrits de la Bibliothèque du Roi, ainsi que les collections du Duc de la Vallière et du Marquis de Paulmy. L'ouvrage est enrichi de nombreuses figures et chansons gravées avec soin. Pour couvrir les frais d'édition, l'ouvrage est proposé par souscription à un coût de quarante-huit livres pour les souscripteurs, payables en deux fois, et soixante-douze livres pour les non-souscripteurs. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er novembre en France et jusqu'au 1er décembre à l'étranger, avec des réductions pour les achats de douze exemplaires. Les souscriptions peuvent être effectuées à Rome, Londres, Deux-Ponts et Paris auprès de plusieurs libraires et graveurs mentionnés.
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4
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
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Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
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5
p. 296-302
Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Début :
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année [...]
Mots clefs :
Louis XVI, Anecdotes, Devoir, Humanité, Compte, Enfants, Prisonniers, Crime, Curé
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texteReconnaissance textuelle : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
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Résumé : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Le texte 'Anecdotes du Règne de Louis XVI', publié en 1777 par M. Nougaret, présente Louis XVI comme un souverain humain et bienveillant, engagé dans diverses réformes et actes de bienfaisance. Parmi les réformes notables, des mesures visent à améliorer les conditions des prisons, notamment pour les détenus pour dettes, souvent mélangés à des criminels. Le roi ordonne la réparation et l'agrandissement des prisons afin d'éviter que des innocents ne soient punis avant d'être jugés. Le texte relate plusieurs anecdotes illustrant la bonté royale. Par exemple, l'archevêque d'Auch aide deux jeunes femmes en difficulté en achetant un tableau qu'elles possédaient, leur offrant ainsi une rente viagère. Un curé dans le Quercy apaise une paroisse inquiète en expliquant les raisons sanitaires et humaines de l'interdiction d'enterrer dans les églises et propose de se faire enterrer dans le nouveau cimetière pour montrer l'exemple. Un discours prononcé lors du règne de Louis XVI met en garde contre les vengeances des Celtes envers ceux qui se sont rendus coupables envers le roi, la loi, la religion et l'humanité. Ce discours émeut profondément l'audience. Une anecdote concerne Henri IV, né en Béarn, dont le berceau est conservé avec soin. Lors d'une fête célébrant la bienfaisance d'un descendant d'Henri IV, le berceau est transporté en ville, orné de guirlandes, au son du canon et des instruments militaires. Les spectateurs observent un silence respectueux, certains se mettant à genoux. Le berceau est déposé sous un dais de laurier en forme d'arc de triomphe à l'entrée de la ville. Le texte souligne également l'importance historique de la marine française sous les règnes de Charles V, Louis XIV et Louis XVI, qui ont tous possédé une marine redoutable face aux Anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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