LETTRE à M. de La HARPE. 62
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
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lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,