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1
p. 264-283
REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Début :
Il a paru un Ecrit plein de calomnies, contre la conduite / Il ne faut que voir le titre de cette Lettre, pour juger [...]
Mots clefs :
Protestants, Conversions, Méthodes, Calomnies, Sainteté, Tourments, Erreurs, Schisme, Louange, Barbarie, Sainte vérité, Dragons, Obéissance, Providence, Abjuration, Révolte, Persécutions, Nouveaux convertis, Église romaine, Démons, Dieu, Jésus-Christ, Pasteurs, Communion
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
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Résumé : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Un écrit contenant des calomnies contre les méthodes françaises de reconversion des protestants au catholicisme a été publié. En réponse, une 'Lettre Pastorale aux Protestants de France, tombés par la force des tourments' dénonce ces accusations. La lettre pastorale critique l'usage de la force et des tourments pour la conversion, bien que le roi ait agi en dernier recours après des tentatives de persuasion infructueuses. Elle affirme que les conversions ont été réalisées sans violence excessive et que les dragons n'ont causé de souffrances que dans les biens, non dans les personnes. L'auteur de la lettre pastorale est accusé de déformer la réalité et d'alarmer les consciences des convertis. La lettre pastorale critique les protestants se ralliant à l'Église romaine, les qualifiant de 'tombez' et les accusant d'apostasie et de blasphème. Elle les exhorte à se repentir publiquement. Cependant, la réponse réfute ces accusations en soulignant que l'Église romaine partage les mêmes croyances fondamentales que les protestants, notamment l'adoration de Jésus-Christ, la Trinité, la divinité de Jésus, sa naissance virginale, son sacrifice rédempteur, et son retour pour juger le monde. Elle mentionne également la pratique des sacrements comme le baptême et l'eucharistie, ainsi que la promotion de la piété et de la charité. La réponse espère que les 'tombez' défendront leur foi sincèrement et vivront selon les enseignements chrétiens. Elle appelle les pasteurs ayant rejoint l'Église romaine à pardonner à l'auteur de la lettre et à prier pour qu'il reconnaisse la véritable nature de l'Église romaine, vue comme l'épouse de Jésus-Christ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 14-57
LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
Début :
Vous desirez, Monsieur, que je satisface vostre curiosité sur ce qui [...]
Mots clefs :
Schisme, Prétendus réformés, Réformation, Malheur, Dieu, Ennemis, Roi, Ministres, Pasteurs, Désordres, Piété, Dévotion, Théodose, Clovis, Concile, Alliance, Jésus-Christ, Sacrements, Censure, Rebelles, Temple, Hébreux, Désert, Apôtre, Civilisations, Monuments, Foi, Missions
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
Fermer
Résumé : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
La lettre d'un nouveau catholique traite du rôle du pouvoir royal dans la résolution du schisme en France. L'auteur souligne que la réforme, bien que perçue comme difficile, s'est réalisée aisément, suggérant une origine humaine et politique plutôt que divine. Le roi a ainsi acquis une gloire immortelle. Le pouvoir royal est décrit comme souverain, n'ayant de supérieur terrestre que Dieu, et tous les sujets, y compris les ministres de l'Église, lui sont soumis. Cette doctrine est appuyée par Saint Paul et Saint Jérôme, qui prônent la soumission aux autorités souveraines. Les souverains gèrent également les affaires religieuses, comme le démontrent les actions des empereurs Théodose et Honorius et les écrits de Saint Paul. Plusieurs papes et conciles ont reconnu les rois comme défenseurs de la foi. En France, les conciles se tenaient par ordre royal et leurs décrets étaient confirmés par l'autorité royale. Le texte distingue les pouvoirs temporels et spirituels, citant Ulpien et Justinien sur la prudence et l'autorité des lois. Les fonctions ministérielles sacrées proviennent de Jésus-Christ et ne peuvent être modifiées par le pouvoir souverain. Les pasteurs de l'Église exercent le ministère de la parole et des sacrements, jugeant les rebelles à la parole divine. Le pouvoir souverain englobe la juridiction ecclésiastique et régule les affaires religieuses. Les prétendus réformés se sont établis grâce à l'autorité royale, mais celle-ci est maintenant retirée pour dissoudre leur société. Les réfractaires, en minorité, utilisent des prétextes faibles pour résister. Les Docteurs de l'Erreur ont provoqué le schisme par haine et division. La foi en Jésus-Christ reste ferme parmi les catholiques, avec des formulaires de foi signés dans plusieurs diocèses. La question de l'obéissance à Dieu plutôt qu'aux hommes est expliquée par la mission des apôtres de prêcher Jésus-Christ comme Messie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 6-34
LETTRE CHRESTIENNE & Catholique, adressée aux faux Pasteurs fugitifs, qui sont dispersez dans les Pays Etrangers.
Début :
Le soin que prend ce Monarque de toutes les choses / La Grace de Jesus-Christ, nostre seul Sauveur, & nôtre [...]
Mots clefs :
Église, Jésus-Christ, Dieu, Foi, Catholique, Vérité, Paroles, Pasteurs, Vie, Prince, Brebis, Caractère, Zèle, Esprit, Chaire, Pierre, Religion, Nouveaux convertis, Sauveur, Frères, Mort, Bouche, Roi, Coeur, Tromper
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CHRESTIENNE & Catholique, adressée aux faux Pasteurs fugitifs, qui sont dispersez dans les Pays Etrangers.
Le foin que prend ce Monarque
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
Fermer
4
p. 1822-1831
Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
Début :
IMITATION DE JESUS-CHRIST, traduite et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S. [...]
Mots clefs :
Monde, Anciennes éditions, Imitations ordinaires, Titre, Consolation, Jésus-Christ, Original, Chapitre, Richesses, Caractère, Temps passé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
IMITATION DE JESUS - CHRIST , traduite
et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S.
sur l'ancien Original François , d'où l'on
a tiré un Chapitre qui manque dans les
autres Editions , in 12. A Anvers , et se
vend , à Paris , chez Michel- Etienne David,
Quay des Augustins , à la Providenee,
et chez Antoine- Claude Briasson , ruë
S. Facques , à la Science.
Cette Edition qui est belle et bien faite
seroit très- capable de renouveller la celebre
dispute qu'il y eut vers le milieu dư
XVII . siecle , sur l'Auteur de l'Imitation de
J.C.Ilest surprenant que tous ceux qui ont
pris parti pour le celebre Gerson , n'ayent
pas
A O UST. 1732. 1823
pas connu l'Original François de cet Ouvrage
, qui auroit été d'un grand secours
pour appuyer leur sentiment. On trouve
dans ces antiques Editions un air original
, qui ne sent point la contrainte
et la gêne d'un Traducteur . Ce qui peut
faire croire que l'on n'aura pas pensé à
ce Livre au temps de cette dispute , est
le changement de titre et le renversement
des Livres. Le Titre general de ces anciennes
Editions est conçû en ces termes :
Le Livre intitulé Internelle consolation ,
nouvellement corrigée : Consolationes tua latificaverunt
animam meam.
L'ordre des Livres n'est pas le mêine
dans ces anciennes Editions et dans les
Editions ordinaires de l'Imitation de J.C.
Ce qui fait le premier Livre dans nos
Editions , fait le troisiéme dans ces anciennes.
Sous ce Titre : cy commence la
tierce partie de l'interiore et parfaite Imitation
de Notre Seigneur Jesus - Christ ; Qui
-sequitur me non ambulat in tenebris.
Le second Livre des l'Imitations ordinaires
fait le premier dans ces anciennes
Editions , et porte pour titre : cy commence
le Livre intitulé , Internelle consolation
, lequel est moult utile pour la
consolation de toute humaine Creature : et
premierement parle de l'interiore conversation,
1824 MERCURE DE FRANCE
doit
tion , c'est à - dire , comment la personne
selon l'ame. Regnum Dei intra vos est, dicin
Dominus.
Le troisiéme Livre de nos Imitations
ordinaires , fait le second dans ces anciennes
Editions , sous ce titre : Cy com- <
mence le Traité de l'interiore collocution do
Notre Sauveur Jesus - Christ à l'Ame_dévote
, et est la seconde Partie de ce présent
Livre : Audiam quid loquetur in me Dominus
Deus.
Enfin le quatriéme Livre conserve dans
toutes les Editions , le même rang , et
a pour titre dans les anciennes Editions :
Cy commence la quarte Partie du présent
Livre , qui est de ensuivir Jesu- Christ et
contemner le Monde ; et traite principalement
du Sacrement de l'Autel.
Voila , sans doute , ce qui a fait qu'on
n'a point pensé à comparer ce Livre avec
nos Imitations ordinaires ; mais il est toujours
temps de le faire.
En revoyant cet Ouvrage sur les Textes
François que l'on croit Originaux ,
on a eu soin dans cette nouvelle Edition
de rétablir l'ordre observé dans les Imitations
ordinaires et de faire un juste
parallele, des unes et des autres , afin de
ne rien omettre.
Mais pour faire mieux connoître le
caractere
A O UST. 1733. 1815
caractere de cette Edition , on rapportera
ce que le nouveau Traducteur dit
dans sa Préface . » Je dirai donc ( ce sont
» ses paroles ) ce que j'ai examiné par
» moi-même. Le hazard m'a fait rencon-
>> trer quatre Editions Françoises de cet ex-
» cellent Ouvrage , imprimées toutes en
» caractere Gothique , sous le titre de l'In-
» ternelle consolation , c'est - à -dire , de la
»Consolation interieure . Toutes ces Edi-
» tions ont été faites à Paris , l'une en 1531.
» la seconde en 1554. la troisième et la
» quatrième sans date , mais beaucoup
plus anciennes. Il ne paroît ni par le
» Titre ni par aucune autre marque , que-
» ce soit une Traduction ; circonstance
» neanmoins que nos Ancêtres étoient
fort jaloux de faire connoître , quand
>> effectivement ils avoient traduit un Ouvrage.
Celui cy même a l'air Original
» dans ces anciennes Editions ; et tout
» ce qui , dans les Imitations ordinaires ,
» est restraint aux Religieux , se trouve
>> dans ces Editions appliqué aux Chrétiens
en general. C'est peut- être ce qui
pourroit faire penser que le celebreGER-
>> SON auroit d'abord fait ce Livre en
» François , et que depuis il aura été tra-
» duit en Latin par THOMAS A Kempis ,
» mais avec quelques changemens , sur
» tout
1726 MERCURE DE FRANCE
" tout aux endroits où il fait des appli
» cations particulieres aux Religieux , où
>>
aux personnes vivant en Communauté .
» C'est de ces anciennes Editions que nous
» avons tiré le Chapitre XXVI. du pre-
" mier Livre qui manque dans les Imi-
» tations ordinainès de l'Imitation de Je
sus- Christ ; elles nous ont même servi
» à déterminer le sens du Latin , quand
» il nous a parû y avoir quelque ambiguité.
La seule Edition de 1554. con-
» tenoit le 4. Livre qui manque dans les
trois autres .
Comme ce XXVI . Chapitre est impor
tant et ne se trouve en aucune Edition
Latine , on l'inserera ici en son ancien
langage , et on en trouvera la Traduction
dans la nouvelle Edition dont il est
ici question .
Contre la vanité du Monde ,ChapitreXXVI.
>> Certainement griefve et trop péril
» leuse est la conversation de ce Monde's
» car en délices est périe chasteté , humilité
» en richesses , pitié en - Marchandises ,
» verité en trop parler , charité en ce
» maling siecle . Et comme il est diffi-
» cile que ung arbre planté auprès d'un
" chemin commun , puisse garder son
" fruit jusques à ce que il soit meur;
ainsi
A O UST. 1733. 1827
ainsi est- il difficile que ung homme qui
» converse selon la vie du Monde , puis-
» se en soi garder parfaite netteté et justice
, c'est à sçavoir qu'il n'offense Dicu
» en plusieurs manieres. O comme sont
» aveuglez ceux qui quierent et demandent
la gloire et loüenge du Monde !
» Quelle chose est la joye et liesse du
» Monde , fors mauvaistié et mauvaise
» vie non punie et non corrigée ! C'est
» à sçavoir vacquer à luxure et yvto-
כ
ور
que
gnise , à gourmandise et à toutes va-
>> nitez mondaines , et de toutes ces cho-
» ses ne souffrir point de repréhension ,
» ne de punition ou correction en ce
Monde ; car les mauvais vivans en leurs.
délices , cuident être assurez quand ils
» ne sont point corrigez ou reprins pour
»leurs iniquitez ; et ne considerent pas
» qu'il n'est rien plus malheureux en ce
monde la félicité des pécheurs ,
» par laquelle ils tumbent en maladie
incurable , et leur maulvaise volunté
» est confermée en mal. Car si tu quiers
» et desire prelation , et proposes en ton
>> cueur vivre et converser justement et
» sainctement ; je loüe et approuve le bon
» propos; mas j'en trouve peu de tel effect,
» c'est-à - dire qu'il en est bien peu qui
yayent ainsi justement et sainctement
>>
» vescu
1828 MERCURE DE FRANCE
39
» vescu . C'est sauvaige chose de hault de-
» gré et petit cueur ; c'est-à - dire , d'une
» personne qui est en grand état en sainc-
» te Eglise , et son cueur n'est pas eslevé
» en hault à Notre Seigneur , ne aux cho-
>> ses divines. C'est sauvaige chose d'avoir
le premier siege et la vie derniere , c'est
à - dire plus basses que les autres. Grande
infélicité est instabilité de cueur. Les
» Prélats sont dignes de tant de morts
» comme ils baillent de maulvais exem-
» ples à leurs povres Subjets , et ceulx
» qui leurs sont commis. Si tu demandes
» et veulx acquerir sagesse mondaine , à
» grand péril tu t'abandonnes ; car la sa
» gesse du monde est terrienne , brutale ,
diabolique , ennemie du saulvement ,
» meurtriere de vie et mere de cupidité.
" Et si d'aventure tu desires et veulx avoir
>> les pompes et orgueils du siecle , et ay-
» mes les délices de la chair , advise - toy
» et considere bien comment toutes ces
» choses sont vaines et de peu de profit ,
» et que toutes ces vanitez sont comme
un songe. Que a profité à tous ceulx
» qui aymoient ce monde leur orgueil et
>> ventance et confiance de richesses ? tou-
» tes ces choses sont passées comme une
umbre , et comme une nef qui passe
par une eau courant et flotant , de la-
»
» quelle
# A O UST. 1733. 1829
ܬܵܐ
quelle nef on ne peut tantût montrer
» le signe du chemin par où elle est pas-
" sée. Certainement ils sont consommez
et faillis en leur mauvaistié ; et la plus
» grant pertie d'eulx ont délaissé le sentier
et enseignement de vérité . Où sont
maintenant les Princes et grands Sei-
» gneurs qui ont été au temps passé , qui
avoient grande domination et Seigneurie
sur la Terre , qui ont assemblez
» grans trésors d'or et d'argent , qui ont
» construit et édifié Citez , Villes et Chas-
» teaulx , qui par force d'armes ont comn
battu , vaincu et surmonté Roys et
» Royaulmes ? Où sont les sages et grans.
» Clercs du temps passé , qui ont mesuré
net descript le Monde ? Où est le bel
Absalon ? Où est Sanson le fort ? Où
est Alexandre le Vaillant ? Où sont les
» puissans Empereurs ? Où sont les nobles
Roys et Princes ? Que leur a profité
» leur sagesse et litterature mondaine?
Que leur a profité leur beauté ,
» leur force , leur proesse , leur vail-
» lance , leur puissance , la noblesse de
» leur lignage , leur grant Train , leurs
»grans Etats , et la superfluité de toutes
» les déceptives richesses ? Où sont les vo-
» luptez et plaisances charnelles et délec-
❤tations de leurs concupissences ? Où
לכ
≫ song
1830 MERCURE DE FRANCE
» sont les esbatemens , passe temps et plai-
>> sirs qu'ils ont prins en ce monde ? Où
» est leur arrogance et oultrecuidance? Où
» est la vaine gloire et vanité dont ils ont
» été pleins Hélas ! tout est failli et passé,
» adnichilé et esvanouy , on n'en peut
» plus rien trouver , ne les Reliques d'i-
» ceuls parmi les autres congnoistre ou
» discerner ; pour ce que leurs
corps sont
en terre pourris et des vers devorez , et
» leurs ames reçoivent la joye ou la poine
qu'elles ont desservy. Laissons donc-
» ques les plaisirs exteriores et mondains ;
» et suivons les interiores et qui sont
» de l'esperit ; en nous convertissant et
» retournant à Dieu de tout notre cueur ;
» et en faisant la volunté d'icelui . Auquel
» seul Roy immortel, invisible, seul Dieu,
» soit toute gloire , tout honneur et ac-
» tion de graces ; qui seul est commen-
" cement , moyen et fin de notre inter-
» nelle consolation . Amen .
Il est étonnant que le Traducteur Latin
aitomis tout te Chapite , qui renferme
des maximes si sages et si Chrétiennes
et qui peuvent ramener l'ame à de
vrais sentimens d'humilité. Ainsi avec
tous ces avantages , cette Version doit
passer pour la plus complette que nous
ayons cue jusqu'ici , et on ne doit pas
s'étonner
•
AOUST. 1733. 1831
s'étonner si on la recherche , comme l'on
fait depuis qu'on en a connu le mérite .
et revûe par M. L. Dufresnoy D. de S.
sur l'ancien Original François , d'où l'on
a tiré un Chapitre qui manque dans les
autres Editions , in 12. A Anvers , et se
vend , à Paris , chez Michel- Etienne David,
Quay des Augustins , à la Providenee,
et chez Antoine- Claude Briasson , ruë
S. Facques , à la Science.
Cette Edition qui est belle et bien faite
seroit très- capable de renouveller la celebre
dispute qu'il y eut vers le milieu dư
XVII . siecle , sur l'Auteur de l'Imitation de
J.C.Ilest surprenant que tous ceux qui ont
pris parti pour le celebre Gerson , n'ayent
pas
A O UST. 1732. 1823
pas connu l'Original François de cet Ouvrage
, qui auroit été d'un grand secours
pour appuyer leur sentiment. On trouve
dans ces antiques Editions un air original
, qui ne sent point la contrainte
et la gêne d'un Traducteur . Ce qui peut
faire croire que l'on n'aura pas pensé à
ce Livre au temps de cette dispute , est
le changement de titre et le renversement
des Livres. Le Titre general de ces anciennes
Editions est conçû en ces termes :
Le Livre intitulé Internelle consolation ,
nouvellement corrigée : Consolationes tua latificaverunt
animam meam.
L'ordre des Livres n'est pas le mêine
dans ces anciennes Editions et dans les
Editions ordinaires de l'Imitation de J.C.
Ce qui fait le premier Livre dans nos
Editions , fait le troisiéme dans ces anciennes.
Sous ce Titre : cy commence la
tierce partie de l'interiore et parfaite Imitation
de Notre Seigneur Jesus - Christ ; Qui
-sequitur me non ambulat in tenebris.
Le second Livre des l'Imitations ordinaires
fait le premier dans ces anciennes
Editions , et porte pour titre : cy commence
le Livre intitulé , Internelle consolation
, lequel est moult utile pour la
consolation de toute humaine Creature : et
premierement parle de l'interiore conversation,
1824 MERCURE DE FRANCE
doit
tion , c'est à - dire , comment la personne
selon l'ame. Regnum Dei intra vos est, dicin
Dominus.
Le troisiéme Livre de nos Imitations
ordinaires , fait le second dans ces anciennes
Editions , sous ce titre : Cy com- <
mence le Traité de l'interiore collocution do
Notre Sauveur Jesus - Christ à l'Ame_dévote
, et est la seconde Partie de ce présent
Livre : Audiam quid loquetur in me Dominus
Deus.
Enfin le quatriéme Livre conserve dans
toutes les Editions , le même rang , et
a pour titre dans les anciennes Editions :
Cy commence la quarte Partie du présent
Livre , qui est de ensuivir Jesu- Christ et
contemner le Monde ; et traite principalement
du Sacrement de l'Autel.
Voila , sans doute , ce qui a fait qu'on
n'a point pensé à comparer ce Livre avec
nos Imitations ordinaires ; mais il est toujours
temps de le faire.
En revoyant cet Ouvrage sur les Textes
François que l'on croit Originaux ,
on a eu soin dans cette nouvelle Edition
de rétablir l'ordre observé dans les Imitations
ordinaires et de faire un juste
parallele, des unes et des autres , afin de
ne rien omettre.
Mais pour faire mieux connoître le
caractere
A O UST. 1733. 1815
caractere de cette Edition , on rapportera
ce que le nouveau Traducteur dit
dans sa Préface . » Je dirai donc ( ce sont
» ses paroles ) ce que j'ai examiné par
» moi-même. Le hazard m'a fait rencon-
>> trer quatre Editions Françoises de cet ex-
» cellent Ouvrage , imprimées toutes en
» caractere Gothique , sous le titre de l'In-
» ternelle consolation , c'est - à -dire , de la
»Consolation interieure . Toutes ces Edi-
» tions ont été faites à Paris , l'une en 1531.
» la seconde en 1554. la troisième et la
» quatrième sans date , mais beaucoup
plus anciennes. Il ne paroît ni par le
» Titre ni par aucune autre marque , que-
» ce soit une Traduction ; circonstance
» neanmoins que nos Ancêtres étoient
fort jaloux de faire connoître , quand
>> effectivement ils avoient traduit un Ouvrage.
Celui cy même a l'air Original
» dans ces anciennes Editions ; et tout
» ce qui , dans les Imitations ordinaires ,
» est restraint aux Religieux , se trouve
>> dans ces Editions appliqué aux Chrétiens
en general. C'est peut- être ce qui
pourroit faire penser que le celebreGER-
>> SON auroit d'abord fait ce Livre en
» François , et que depuis il aura été tra-
» duit en Latin par THOMAS A Kempis ,
» mais avec quelques changemens , sur
» tout
1726 MERCURE DE FRANCE
" tout aux endroits où il fait des appli
» cations particulieres aux Religieux , où
>>
aux personnes vivant en Communauté .
» C'est de ces anciennes Editions que nous
» avons tiré le Chapitre XXVI. du pre-
" mier Livre qui manque dans les Imi-
» tations ordinainès de l'Imitation de Je
sus- Christ ; elles nous ont même servi
» à déterminer le sens du Latin , quand
» il nous a parû y avoir quelque ambiguité.
La seule Edition de 1554. con-
» tenoit le 4. Livre qui manque dans les
trois autres .
Comme ce XXVI . Chapitre est impor
tant et ne se trouve en aucune Edition
Latine , on l'inserera ici en son ancien
langage , et on en trouvera la Traduction
dans la nouvelle Edition dont il est
ici question .
Contre la vanité du Monde ,ChapitreXXVI.
>> Certainement griefve et trop péril
» leuse est la conversation de ce Monde's
» car en délices est périe chasteté , humilité
» en richesses , pitié en - Marchandises ,
» verité en trop parler , charité en ce
» maling siecle . Et comme il est diffi-
» cile que ung arbre planté auprès d'un
" chemin commun , puisse garder son
" fruit jusques à ce que il soit meur;
ainsi
A O UST. 1733. 1827
ainsi est- il difficile que ung homme qui
» converse selon la vie du Monde , puis-
» se en soi garder parfaite netteté et justice
, c'est à sçavoir qu'il n'offense Dicu
» en plusieurs manieres. O comme sont
» aveuglez ceux qui quierent et demandent
la gloire et loüenge du Monde !
» Quelle chose est la joye et liesse du
» Monde , fors mauvaistié et mauvaise
» vie non punie et non corrigée ! C'est
» à sçavoir vacquer à luxure et yvto-
כ
ور
que
gnise , à gourmandise et à toutes va-
>> nitez mondaines , et de toutes ces cho-
» ses ne souffrir point de repréhension ,
» ne de punition ou correction en ce
Monde ; car les mauvais vivans en leurs.
délices , cuident être assurez quand ils
» ne sont point corrigez ou reprins pour
»leurs iniquitez ; et ne considerent pas
» qu'il n'est rien plus malheureux en ce
monde la félicité des pécheurs ,
» par laquelle ils tumbent en maladie
incurable , et leur maulvaise volunté
» est confermée en mal. Car si tu quiers
» et desire prelation , et proposes en ton
>> cueur vivre et converser justement et
» sainctement ; je loüe et approuve le bon
» propos; mas j'en trouve peu de tel effect,
» c'est-à - dire qu'il en est bien peu qui
yayent ainsi justement et sainctement
>>
» vescu
1828 MERCURE DE FRANCE
39
» vescu . C'est sauvaige chose de hault de-
» gré et petit cueur ; c'est-à - dire , d'une
» personne qui est en grand état en sainc-
» te Eglise , et son cueur n'est pas eslevé
» en hault à Notre Seigneur , ne aux cho-
>> ses divines. C'est sauvaige chose d'avoir
le premier siege et la vie derniere , c'est
à - dire plus basses que les autres. Grande
infélicité est instabilité de cueur. Les
» Prélats sont dignes de tant de morts
» comme ils baillent de maulvais exem-
» ples à leurs povres Subjets , et ceulx
» qui leurs sont commis. Si tu demandes
» et veulx acquerir sagesse mondaine , à
» grand péril tu t'abandonnes ; car la sa
» gesse du monde est terrienne , brutale ,
diabolique , ennemie du saulvement ,
» meurtriere de vie et mere de cupidité.
" Et si d'aventure tu desires et veulx avoir
>> les pompes et orgueils du siecle , et ay-
» mes les délices de la chair , advise - toy
» et considere bien comment toutes ces
» choses sont vaines et de peu de profit ,
» et que toutes ces vanitez sont comme
un songe. Que a profité à tous ceulx
» qui aymoient ce monde leur orgueil et
>> ventance et confiance de richesses ? tou-
» tes ces choses sont passées comme une
umbre , et comme une nef qui passe
par une eau courant et flotant , de la-
»
» quelle
# A O UST. 1733. 1829
ܬܵܐ
quelle nef on ne peut tantût montrer
» le signe du chemin par où elle est pas-
" sée. Certainement ils sont consommez
et faillis en leur mauvaistié ; et la plus
» grant pertie d'eulx ont délaissé le sentier
et enseignement de vérité . Où sont
maintenant les Princes et grands Sei-
» gneurs qui ont été au temps passé , qui
avoient grande domination et Seigneurie
sur la Terre , qui ont assemblez
» grans trésors d'or et d'argent , qui ont
» construit et édifié Citez , Villes et Chas-
» teaulx , qui par force d'armes ont comn
battu , vaincu et surmonté Roys et
» Royaulmes ? Où sont les sages et grans.
» Clercs du temps passé , qui ont mesuré
net descript le Monde ? Où est le bel
Absalon ? Où est Sanson le fort ? Où
est Alexandre le Vaillant ? Où sont les
» puissans Empereurs ? Où sont les nobles
Roys et Princes ? Que leur a profité
» leur sagesse et litterature mondaine?
Que leur a profité leur beauté ,
» leur force , leur proesse , leur vail-
» lance , leur puissance , la noblesse de
» leur lignage , leur grant Train , leurs
»grans Etats , et la superfluité de toutes
» les déceptives richesses ? Où sont les vo-
» luptez et plaisances charnelles et délec-
❤tations de leurs concupissences ? Où
לכ
≫ song
1830 MERCURE DE FRANCE
» sont les esbatemens , passe temps et plai-
>> sirs qu'ils ont prins en ce monde ? Où
» est leur arrogance et oultrecuidance? Où
» est la vaine gloire et vanité dont ils ont
» été pleins Hélas ! tout est failli et passé,
» adnichilé et esvanouy , on n'en peut
» plus rien trouver , ne les Reliques d'i-
» ceuls parmi les autres congnoistre ou
» discerner ; pour ce que leurs
corps sont
en terre pourris et des vers devorez , et
» leurs ames reçoivent la joye ou la poine
qu'elles ont desservy. Laissons donc-
» ques les plaisirs exteriores et mondains ;
» et suivons les interiores et qui sont
» de l'esperit ; en nous convertissant et
» retournant à Dieu de tout notre cueur ;
» et en faisant la volunté d'icelui . Auquel
» seul Roy immortel, invisible, seul Dieu,
» soit toute gloire , tout honneur et ac-
» tion de graces ; qui seul est commen-
" cement , moyen et fin de notre inter-
» nelle consolation . Amen .
Il est étonnant que le Traducteur Latin
aitomis tout te Chapite , qui renferme
des maximes si sages et si Chrétiennes
et qui peuvent ramener l'ame à de
vrais sentimens d'humilité. Ainsi avec
tous ces avantages , cette Version doit
passer pour la plus complette que nous
ayons cue jusqu'ici , et on ne doit pas
s'étonner
•
AOUST. 1733. 1831
s'étonner si on la recherche , comme l'on
fait depuis qu'on en a connu le mérite .
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Résumé : Imitation de J. C[.] traduite, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une édition de l''Imitation de Jésus-Christ' traduite et révisée par M. L. Dufresnoy. Cette édition, publiée à Anvers et vendue à Paris, se distingue par son ancien original français, qui inclut un chapitre absent dans d'autres éditions. Elle pourrait raviver la dispute du XVIIe siècle concernant l'auteur de l'œuvre, notamment Jean Gerson. Les anciennes éditions françaises, imprimées en caractères gothiques et titrées 'Livre intitulé Internelle consolation', présentent un ordre des livres différent des éditions ordinaires. Le premier livre des éditions modernes correspond au troisième dans les anciennes, et ainsi de suite. Cette édition rétablit l'ordre des livres et offre un parallèle avec les éditions ordinaires. Le traducteur a découvert plusieurs éditions françaises anciennes, toutes sans indication de traduction, ce qui suggère qu'elles pourraient être des originaux. Un chapitre important, le XXVI du premier livre, manquant dans les éditions latines, est inclus dans cette édition. Ce chapitre traite de la vanité du monde et de la nécessité de suivre les valeurs chrétiennes. L'édition est considérée comme la plus complète disponible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1324-1329
REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
Début :
Ne croyez pas, Monsieur, que je veuille rien contester sur le Jubilé [...]
Mots clefs :
Jubilé, Lyon, Église Saint-Jean, Église, Concours, Bulles, Jésus-Christ, Église de Lyon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
REMARQUE sur ' Origine du Jubilé
de Lyon de la présente année 1734-
N
E
croyez pas , Monsieur , que je
veuille rien contester
sur le Jubilé
de Lyon de la présente année , sur lequel
il paroit un Livre nouveau
. J'ai attendu
pour répondre à votre question , que ce
Jubilé fur ouvert , afin que ni vous ni
ceux à qui vous ferez voir mes pensées ne
m'inputiez
point d'avoir voulu le combattre
ou en diminuer
le concours. J'ai
lû attentivement
le Livre imprimé sur
ce sujet chez Pierre Valfray. On y traite
la matiere dans toute l'étenduë
qu'elle
peut recevoir. Mais j'ai été surpris qu'on
II Vol. n'y
JUIN. 1734-
1325
n'y développât point ce qui peut avoir
fait naître cette dévotion . On bâtissoit
au milieu du quinziéme siécle le devant
de l'Eglise de S. Jean de Lyon . Il falloit
des sommes considérables pour achever
cet édifice. Il fut naturel de recourir
à Rome pour avoir des Indulgences en
forme de Jubilé . On put donc les obrenir
aisément l'an 1450. du Pape Nicolas
V. et si elles furent attachées à la Nativité
de S. Jean , c'est qu'alors on choisissoit
à dessein le tems des plus grands
jours de l'année , afin d'attirer des Pelerins
de plus loin . Or comme les Indulgences
Plenieres en forme de Jubilé
obtenues en 1450. pour l'Eglise de Lyon ,
eurent leur premiere exécution l'an 1451 .
auquels la S. Jean concouroit avec la
Fête- Dieu , les peuples crurent que cette
concurrence , qui est rare , étoit la cause
de l'indulgence , quoiqu'elle n'y eut in-
Alué en aucune maniere et il étoit d'autant
plus facile de se persuader cela , que
S. Jean- Baptiste est Patron de l'Eglise de
Lyon. Ce concours prodigieux arrivé en
1451. se divulgua ensuite dans leRoyaume
:les peres le racontérent à leurs enfants
sans oublier la circonstance de
Poccurrence des deux Fêtes , remarquée
par ceux qui avoient fait le voyage de
1 I. Vol. Lyon,
7326 MERCURE DE FRANCE
Lyon. C'est ce qui donna naissance à la
tradition , qu'on fit revivre en 1546..
lorsqu'il n'y restoit presque plus personne
qui eut vû la premiere solemnité
de 1451 .
Jubilé que
*
Comme ma coutume est de ne rien
aporter sans preuve , je vous ferai partde
la teneur d'une Bulle d'un semblable
le Roy Charles VIII. et sa
Soeur Anne de France obtinrent en 1485.
pour porter les Fidéles à contribuer au
rétablissement d'une Eglise Collégiale du
titre de S. Etienne. Ne vous imaginez
pas que ce fut à la S. Etienne d'Eté , encore
moins à celle d'Hyver que le concours
fut assigné par le Saint Pere , ce
fut à la S. Jean de même qu'à Lyon , et
ce concours devoit durer trois jours.
Omnibus et singulis utriusque sexus
Christi fidelibus verè pænitentibus et confessis
qui Ecclesiam predictam et quatuor altaria
in ea sita per dilectos filios Capitulum
ejusdem specificanda , annis singulis à primis
Vesperis diei Nativitatis S. Joannis
-Baptiste et inclusivè per duos sequentes
dies pro primo usque ad occasum solis devote
visitaverint , et ad præmissum pium ipsius
Ecclesia reparationis et instaurationis opus
manus porrexerint adjutrices , eamdem prorsus
et omnimodam plenariam anni Jubilei
II. Vel. IndulJUI
N. 1734 1327
Indulgentiam et peccatorum remissionem
quam consequerentur, si ad urbem intra annum
Jubilei hujusmodi cum contigerit illud
advenire , personaliter venirent , et Apostolorum
præ lictorum Basilicas ac Lateranensem
et Beata Maria Majoris ejusdem urbis
Ecclesias statutis ad id per predecessores
nostros Romanos Pontifices diebus de vote
visitarent , et alia caritatis et devotionis
opera pro ipsius anni Jubilei Indulgentia
consequenda exerceri solita exercerint , autoritate
Apostolicâ tenore præsentium concedimus
et largimur. Cela est suivi de la
clause pour le pouvoir des Confesseurs
et après le style ordinaire , est la limitation
du tems en ces termes : Presentibus
post triennium à data presentium computandis
minimè valituris.
Il ne vous sera pas difficile , Monsieur ,
de faire vos réflexions sur ce que je viens
de vous raporter , et d'en faire une application
aux Bulles qui ont dû exister pour
Lyon . Je ne sçai si l'Ecrivain de 1666.
ou celui de la présente année ont senti
qu'il pourroit y avoir eû une semblable
limitation dans les Bulles qui avoient
accordé le Jubilé de 1451. Au moins il
est visible qu'elles insistent fort sur la
nouvelle vigueur que le Pape Sixte IV.
leur a donnée en les confirmant ; et
11. Vol.
peut328
MERCURE DE FRANCE
peut- être avoient- elles besoin de cette
formalité.
que
En conséquence de cette confirmation
ou extension , il a été libre à un chacun
cette présente année 1734. d'aller profiter
de l'ouverture faite à Lyon des Trésors
de l'Eglise , et je ne doute pas que
le concours n'ait été encore plus grand
dans les années 1451. 1546. et 1666.
Ĉes sortes de cérémonies vont toujours
en augmentant . Vous en avez une preuve
toute recente dans ce qui vient d'arriver
à Orleans à l'Entrée du nouvel Evêque.
Le nombre des prisonniers délivrez n’alloit
autrefois qu'à cent ou deux cens
et maintenant il passe de beaucoup le
nombre de mille.
"
Quoique l'édifice de l'Eglise de S. Jean
de Lyon ne soit pas d'un entretien aussi
onereux que celui de Nôtre Dame de
Paris , Nôtre- Dame de Chartres , Nôtres
Dame de Reims ou de Roüen , il n'est
pas inutile
que dans chaque
siécle il y ait une année dans laquelle
les Fidéles
puissent
contribuer
comme
par honneur
, à l'entretien
du bâtiment
de cette Eglise
primatiale
des Gaules . Je dis dans chaque siécle en supposant
qu'on
ne touchera point à la réforme
du Calendrier
fite
sous Gregoire
XIII . selon laquelle
l'Au-
11 Vol. teur
JUIN 1734. 13:5
>
teur a préyû chaque année de cette concurrer.
ce jusqu'à - ce que nous ayons
atteint l'an trois mille depuis Jesus-
Christ. Car si on revenoit à l'ancien
calcul usité depuis Jesus - Christ jusqu'à
Gregoire XIII. on seroit quelquefois
247. ans sans voir cette concurrence ,
Au reste il n'y a rien à craindre de la
discussion que j'aurois souhaité qu'on
eut pû faire des Bulles primitives. Selon
le calcul usité aujourd'hui , la Fête- Dieu
n'arrivera le jour de Saint Jean , qu'en
l'an 1886. auquel tems il est sûr que
pas un de ceux qui lisent cette année ma
petite observation ne sera sur terre
très- probable qu'on ne songera guere
à examiner l'origine de la chose , dont
on sera encore plus éloigné de cent
cinquante ans , qu'on ne l'est aujour
d'hui.
A..... le 26 Juin 1734.
de Lyon de la présente année 1734-
N
E
croyez pas , Monsieur , que je
veuille rien contester
sur le Jubilé
de Lyon de la présente année , sur lequel
il paroit un Livre nouveau
. J'ai attendu
pour répondre à votre question , que ce
Jubilé fur ouvert , afin que ni vous ni
ceux à qui vous ferez voir mes pensées ne
m'inputiez
point d'avoir voulu le combattre
ou en diminuer
le concours. J'ai
lû attentivement
le Livre imprimé sur
ce sujet chez Pierre Valfray. On y traite
la matiere dans toute l'étenduë
qu'elle
peut recevoir. Mais j'ai été surpris qu'on
II Vol. n'y
JUIN. 1734-
1325
n'y développât point ce qui peut avoir
fait naître cette dévotion . On bâtissoit
au milieu du quinziéme siécle le devant
de l'Eglise de S. Jean de Lyon . Il falloit
des sommes considérables pour achever
cet édifice. Il fut naturel de recourir
à Rome pour avoir des Indulgences en
forme de Jubilé . On put donc les obrenir
aisément l'an 1450. du Pape Nicolas
V. et si elles furent attachées à la Nativité
de S. Jean , c'est qu'alors on choisissoit
à dessein le tems des plus grands
jours de l'année , afin d'attirer des Pelerins
de plus loin . Or comme les Indulgences
Plenieres en forme de Jubilé
obtenues en 1450. pour l'Eglise de Lyon ,
eurent leur premiere exécution l'an 1451 .
auquels la S. Jean concouroit avec la
Fête- Dieu , les peuples crurent que cette
concurrence , qui est rare , étoit la cause
de l'indulgence , quoiqu'elle n'y eut in-
Alué en aucune maniere et il étoit d'autant
plus facile de se persuader cela , que
S. Jean- Baptiste est Patron de l'Eglise de
Lyon. Ce concours prodigieux arrivé en
1451. se divulgua ensuite dans leRoyaume
:les peres le racontérent à leurs enfants
sans oublier la circonstance de
Poccurrence des deux Fêtes , remarquée
par ceux qui avoient fait le voyage de
1 I. Vol. Lyon,
7326 MERCURE DE FRANCE
Lyon. C'est ce qui donna naissance à la
tradition , qu'on fit revivre en 1546..
lorsqu'il n'y restoit presque plus personne
qui eut vû la premiere solemnité
de 1451 .
Jubilé que
*
Comme ma coutume est de ne rien
aporter sans preuve , je vous ferai partde
la teneur d'une Bulle d'un semblable
le Roy Charles VIII. et sa
Soeur Anne de France obtinrent en 1485.
pour porter les Fidéles à contribuer au
rétablissement d'une Eglise Collégiale du
titre de S. Etienne. Ne vous imaginez
pas que ce fut à la S. Etienne d'Eté , encore
moins à celle d'Hyver que le concours
fut assigné par le Saint Pere , ce
fut à la S. Jean de même qu'à Lyon , et
ce concours devoit durer trois jours.
Omnibus et singulis utriusque sexus
Christi fidelibus verè pænitentibus et confessis
qui Ecclesiam predictam et quatuor altaria
in ea sita per dilectos filios Capitulum
ejusdem specificanda , annis singulis à primis
Vesperis diei Nativitatis S. Joannis
-Baptiste et inclusivè per duos sequentes
dies pro primo usque ad occasum solis devote
visitaverint , et ad præmissum pium ipsius
Ecclesia reparationis et instaurationis opus
manus porrexerint adjutrices , eamdem prorsus
et omnimodam plenariam anni Jubilei
II. Vel. IndulJUI
N. 1734 1327
Indulgentiam et peccatorum remissionem
quam consequerentur, si ad urbem intra annum
Jubilei hujusmodi cum contigerit illud
advenire , personaliter venirent , et Apostolorum
præ lictorum Basilicas ac Lateranensem
et Beata Maria Majoris ejusdem urbis
Ecclesias statutis ad id per predecessores
nostros Romanos Pontifices diebus de vote
visitarent , et alia caritatis et devotionis
opera pro ipsius anni Jubilei Indulgentia
consequenda exerceri solita exercerint , autoritate
Apostolicâ tenore præsentium concedimus
et largimur. Cela est suivi de la
clause pour le pouvoir des Confesseurs
et après le style ordinaire , est la limitation
du tems en ces termes : Presentibus
post triennium à data presentium computandis
minimè valituris.
Il ne vous sera pas difficile , Monsieur ,
de faire vos réflexions sur ce que je viens
de vous raporter , et d'en faire une application
aux Bulles qui ont dû exister pour
Lyon . Je ne sçai si l'Ecrivain de 1666.
ou celui de la présente année ont senti
qu'il pourroit y avoir eû une semblable
limitation dans les Bulles qui avoient
accordé le Jubilé de 1451. Au moins il
est visible qu'elles insistent fort sur la
nouvelle vigueur que le Pape Sixte IV.
leur a donnée en les confirmant ; et
11. Vol.
peut328
MERCURE DE FRANCE
peut- être avoient- elles besoin de cette
formalité.
que
En conséquence de cette confirmation
ou extension , il a été libre à un chacun
cette présente année 1734. d'aller profiter
de l'ouverture faite à Lyon des Trésors
de l'Eglise , et je ne doute pas que
le concours n'ait été encore plus grand
dans les années 1451. 1546. et 1666.
Ĉes sortes de cérémonies vont toujours
en augmentant . Vous en avez une preuve
toute recente dans ce qui vient d'arriver
à Orleans à l'Entrée du nouvel Evêque.
Le nombre des prisonniers délivrez n’alloit
autrefois qu'à cent ou deux cens
et maintenant il passe de beaucoup le
nombre de mille.
"
Quoique l'édifice de l'Eglise de S. Jean
de Lyon ne soit pas d'un entretien aussi
onereux que celui de Nôtre Dame de
Paris , Nôtre- Dame de Chartres , Nôtres
Dame de Reims ou de Roüen , il n'est
pas inutile
que dans chaque
siécle il y ait une année dans laquelle
les Fidéles
puissent
contribuer
comme
par honneur
, à l'entretien
du bâtiment
de cette Eglise
primatiale
des Gaules . Je dis dans chaque siécle en supposant
qu'on
ne touchera point à la réforme
du Calendrier
fite
sous Gregoire
XIII . selon laquelle
l'Au-
11 Vol. teur
JUIN 1734. 13:5
>
teur a préyû chaque année de cette concurrer.
ce jusqu'à - ce que nous ayons
atteint l'an trois mille depuis Jesus-
Christ. Car si on revenoit à l'ancien
calcul usité depuis Jesus - Christ jusqu'à
Gregoire XIII. on seroit quelquefois
247. ans sans voir cette concurrence ,
Au reste il n'y a rien à craindre de la
discussion que j'aurois souhaité qu'on
eut pû faire des Bulles primitives. Selon
le calcul usité aujourd'hui , la Fête- Dieu
n'arrivera le jour de Saint Jean , qu'en
l'an 1886. auquel tems il est sûr que
pas un de ceux qui lisent cette année ma
petite observation ne sera sur terre
très- probable qu'on ne songera guere
à examiner l'origine de la chose , dont
on sera encore plus éloigné de cent
cinquante ans , qu'on ne l'est aujour
d'hui.
A..... le 26 Juin 1734.
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Résumé : REMARQUE sur l'Origine du Jubilé de Lyon de la présente année 1734.
Le texte aborde l'origine du Jubilé de Lyon en 1734. L'auteur ne remet pas en question ce Jubilé, mais déplore que le livre récemment publié sur le sujet n'explique pas l'origine de cette dévotion. Il rappelle qu'au milieu du XVe siècle, la construction de la façade de l'église Saint-Jean de Lyon nécessitait des fonds importants. En 1450, le pape Nicolas V accorda des indulgences en forme de Jubilé pour encourager les dons. Ces indulgences furent mises en œuvre pour la première fois en 1451, lors de la fête de la Nativité de Saint-Jean et de la Fête-Dieu. La coïncidence de ces deux fêtes amena les fidèles à croire que cette coïncidence était la cause de l'indulgence, renforcée par le fait que Saint-Jean-Baptiste est le patron de l'église de Lyon. Cette tradition se perpétua et fut réactivée en 1546. L'auteur mentionne également une bulle papale obtenue par le roi Charles VIII et sa sœur Anne de France en 1485, qui accordait des indulgences pour la contribution à la restauration d'une église collégiale. Il souligne l'importance de maintenir cette tradition pour l'entretien de l'église Saint-Jean de Lyon, malgré les réformes du calendrier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2222-2235
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
Début :
A peine, Monsieur, eûs-je achevé la Lettre que je me suis donné l'honneur [...]
Mots clefs :
Témoignage, Bibliothèque, Flavius Josèphe, Manuscrits, Saint Éphrem, Lettre, Croix, Sermon, Doutes, Chrétiens, Juifs, Jésus-Christ, P. Tournemine
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
LETTRE écrite par M.D. L. R. à M.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
Fermer
7
p. 145-153
« LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
Début :
LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...]
Mots clefs :
Sens littéral, Écritures saintes, Double sens, Église, Verbe, Jésus-Christ, Prophétie, Prophéties, Corps, Termes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
LETTRES de M. l'Abbé de *** à
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
gitized by GoC
146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
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146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
Fermer
8
p. 83-88
Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Début :
Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis son incarnation jusqu'à [...]
Mots clefs :
Jésus-Christ, Histoire, Vie, Étonner, Dieu, Évangélistes, Morale chrétienne, Charité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
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Résumé : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ' est rédigée par le Père de Ligny et publiée à Avignon chez Domergue. Elle retrace la vie de Jésus-Christ de son incarnation à son ascension, en s'appuyant sur la Vulgate. Jésus y est présenté comme incarnant la vertu divine, détenteur des trésors de la sagesse et de la science, et contenant toute la plénitude de la Divinité. Sa vie est marquée par des miracles et une conduite exemplaire. Sa doctrine, à la fois sublime et simple, révèle une connaissance approfondie des mystères divins. Contrairement aux prophètes, souvent inspirés par l'enthousiasme, Jésus se distingue par sa simplicité noble et sa maîtrise des sujets abordés. Connaissant les ravages du péché, il propose une morale efficace pour les réparer. Sa personnalité allie grandeur et bonté, inspirant humilité et admiration. Le texte insiste sur l'importance de l'Évangile, qui relate les actions et les préceptes de Jésus, essentiel pour tout chrétien. L'auteur souligne l'unité et la solidarité au sein de l'Église, conformément au précepte de Saint Paul sur l'entraide et la communauté des biens et des maux parmi les fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 100-122
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en [...]
Mots clefs :
Miracles, Religion, Religion naturelle, Religion chrétienne, Dieu, Christianisme, Nature, Jésus-Christ, Hommes, Lois, Esprits, Foi, Preuve, Faits, Effet, Chrétiens, Caractère, Prodiges, Doctrine, Croire, Témoins, Authenticité, Vérité, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
Les Principes de la Religion Naturelle &
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
de la Religion Chrétienne , expliqués en
forme de Catéchifme. A Paris , chez
Berton , rue Saint-Victor ; Crapart ,
rue d'Enfer ; Onfroy , quai des Auguſtins.
Si l'incrédulité prend aujourd'hui toute
forte de formes pour éblouir les efprits
fuperficiels & avides de nouveautés , le
zèle qu'infpire la vraie Religion , n'en
eft aufli que plus actif & plus occupé à
inftruire les fidèles , & à les prémunir
contre la féduction. On voit ce zèle fi
louable , fe fervir tantôt des armes de la
dialectique & de l'érudition , tantôt de
la méthode fimple & claire du catéchifme.
L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons a préféré celle des interlocutions
, qui n'eft pas tout-à-fait fi
MARS. 1778 . 101
uniforme , & qui eft d'un autre côté moins
variée que le ton ordinaire du dialogue.
Il a cru devoir prendre ce jufte milieu ,
afin d'éviter l'ennui de la monotonie , &
de mettre par ce moyen dans la marche
du difcours , le plus de fimplicité qu'il
eft poffible. Il a voulu fe proportionner
aux perfonnes les moins inftruites , en
employant le ftyle familier , & fouvent
même populaire.
Comme on rencontre dans les états
même les plus obfcurs , des hommes
préparés à la féduction par leur ignorance
groffière , c'eft pour les Apologiftes
de la Religion Chrétienne un devoir
important de fe faire tout à tous ,
& de choisir de préférence le de
genre
preuves qui convient le mieux aux efprits
les moins pénétrans. Tel eft le but que
s'eft propofé l'Auteur des principes de la
Religion Naturelle , & de la foi chrétienne.
Il a fu rendre fenfibles & familières
, les preuves les plus fortes de
l'existence de Dieu , de la diftinction du
bien & du mal moral , & de la certitude
des vérités renfermées dans les livres de
l'ancien & du nouveau Teftament, Rien
n'eft plus convaincant que ce que cet
Auteur dit , par exemple , fur l'excellence
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des vertus que le Chriftianiſme a produit
dans les fociétés politiques , & fur la
preuve fondamentale des miracles , &
F'obligation de croire à ceux que l'Inftituteur
adorable de la Religion Chrétienne
, & fes difciples , ont opéré , &
qui ont été atteftés par une multitude de
témoins , fans lefquels on n'auroit jamais
admis , comme authentique , l'Hiftoire.
qui repréfente ces miracles comme des
faits publics. Un Néophite , qui aura
faifi les raifonnemens fimples , claits &
même populaires du nouveau Catéchifte
fur ces deux objets principaux , excellence
de la morale chrétienne force
victorieufe de la preuve des miracles
, un tel Néophite ne fauroit être
ébranlé par les fophifmes de plufieurs
Écrivains modernes. Les lumières qu'il
aura puifées dans l'Ouvrage que nous
annonçons , doivent fuffire pour le prémunir
encore contre les raifonnemens
fpécieux de l'Auteur anonyme qui traite
du fort des Empires dans les différentes
époques . Cet Écrivain, également verfé
dans l'étude de l'Hiftoire , de la Philofophie
, de la Politique , examine , dans
fon Traité rempli d'excellentes vues patriotiques,
fi les hommes font plus heureux
de nos jours , qu'ils ne l'ont été
MARS. 1778. 103
S
dans les fiècles paffés , & indique en
même- tems les moyens d'améliorer le
fort des Empires . Il a cru que la difcuffion
de cette matière fi intéreffante
l'obligeoit à examiner auffi tout ce qui
a rapport à l'établiffement du Chriftianifme
, à fes effets , à fon influence fur
le bonheur des Peuples . Nous ne croyons
pas , comme cet Auteur le fait entendre
, que cette Religion fi admirable
par fa morale & par les vertus fociales.
qu'elle infpire , confidérée même du côté
politique , ait fouvent été contraire, par
plufieurs de fes inftitutions, à la profpérité
des Empires . Nous croyons au contraire
que rien n'eft plus propre à cimenter
, dans un Etat , la félicité publique
, que le Chriftianifme confidéré
dans fa pureté. Que faut-il en effet pour
améliorer les Gouvernemens , & rendre
également heureux les Souverains & les
Sujets ? Il faut que l'autorité foit refpectée
, que l'on obéiffe aux Loix , &
que cette heureufe harmonie foit partout
obfervée , non par la crainte des
homines , qui n'eft qu'une toile d'arraignée
, fuivant l'expreffion d'un Sage
de l'Antiquité ; mais par amour pour le
Législateur fuprême , &- par obéiffance
à fa Loi. Le Chriftianifme élève au
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
)
rang des premiers devoirs de la confcience
, la néceffité de maintenir l'ordre
public par de fages Loix ; la foumiffion
parfaite à ces mêmes Loix ; donne à l'autorité
fouveraine , un caractère facré &
inviolable , réprime les horreurs du defpotifme
, érige en Loix un grand nombre
de vertus fociales , infpire un attachement
tendre & zélé pour les intérêts du
Corps dont nous faifons partie , unit.
les efprits & les coeurs , rapproche
toutes les Nations par la feule Loi de
la charité , & nous délivre des erreurs
fuperftitieufes , & de toutes celles qui
font contraires à la profpérité des Empires
; en un mot , elle nous fait refpecter
les droits de l'humanité , & nous
apprend qu'on ne peut attenter à la liberté
que les hommes tiennent de la
Nature & des Loix , qu'en outrageant
le divin Législateur , qui eft leur bienfaiteur
& leur père. C'est ainsi que cette
Religion, dont le joug eft doux , & le
fardeau léger , formant le caractère national
, fait fentir fon aimable influence
dans toutes les parties de l'adminiſtra
tion d'un Etat pour en tempérer la rigeur
, & pour en affermir la conſtitution.
« Chofe admirable , s'écrie MonMAR
S. 1778. 105
tefquieu : la Religion Chrétienne qui
» ne femble avoir d'objet que la félicité
» de l'autre vie , fait encore notre bon-
» heur dans celle - ci.... Nous devons au
» Chriftianifme , ajoute-t il , un certain
droit politique , & dans la guerre un
» certain droit des gens , que la nature
» humaine ne fauroit affez reconnoître ...
» C'est la Religion Chrétienne qui ,
ود
malgré la grandeur de l'Empire & le
» vice du climat , a empêché le defpo-
» tifme de s'établir en Ethiopie , & a
ود
porté au milieu de l'Afrique , les
» Moeurs de l'Europe & fes Loix.... Nos
» Gouvernemens modernes , dit M.
Rouffeau dans fon Emile , doivent
incontestablement au Chriftianifme
» leur plus folide autorité , & leurs ré-
» volutions moins fréquentes ; il les a
» rendus eux- mêmes moins fanguinaires :
» cela fe prouve par le fait , en les comparant
aux Gouvernemens anciens » .
Il feroit très-aifé de prouver , fans
employer la profonde érudition & les
charmes du ftyle de l'Auteur anonyme ,
que le Chriftianifme , quand on en fépare
les abus que les hommes mêlent
aux chofes les plus excellentes , ne peut
produire dans les Sociétés que d'heureux
E
106 MERCURE DE FRANCE .
J
effets , puifque fa première loi à laquelle
toutes les autres font fubordonnées , eft la
loi de charité. Et qu'eft-ce , en effet
qu'une Société gouvernée par ce fentiment
? C'est une famille de frères &
d'amis , fous l'autorité d'un père commun
, qui aime & qui veut être aimé..
C'est ce même fentiment qui doit unir
auffi les Nations entre elles ; car, ce qu'eft
un homme à l'égard d'un autre homme ,
un Peuple l'eft à l'égard d'un autre Peuple.
» Il en doit être de la Religion , dit le
» célèbre Bacon , comme de la Nature :
» tous les refforts doivent tendre par
"
ود
ود
ود
préférence au bien commun : or il ne
» s'eft trouvé dans aucun fiècle , ni
fyftême de Philofophie , ni fecte de
Religion , ni corps de Jurifprudence ,
ni corps Politique qui ait , autant que
» la Religion Chrétienne , exalté le bien
» de tous , & réduit à fes juftes bornes
» le bien particulier, d'où réfulte évidem-
» ment que c'eft un feul & même Dieu
qui eft P'Auteur des loix de la Nature
» & du Chriftianifme »,
99
Combien d'autres témoignages auffi
favorables pourrions- nous citer les Bolinbroke
, les Maupertuis , les d'Alembert
, qui ont fait les mêmes aveus
MARS. 1778. 107
1
que Montefquieu , Rouffeau & Bacon ,
àl'égard de l'heureufe influence de la ReligionChrétienne
fur les Sociétés politiques.
Ces autorités doivent être impofantes
pour l'Auteur anonyme . Voyons comme
il s'explique fur la preuve victorieufe des
miracles , qui ont fervi à l'établiſſement
du Chriftianifme . « Si la Providence
» avoit voulu, dit- il, (tom I. p . 248) établir
» fon culte fur les miracles , il lui auroit
fuffi d'opérer à Rome une petite partie-
» de ceux dont les Juifs furent les feuls
» témoins ; ou même de donner à ceux-
» là une telle authenticité , qu'il eût été
impoffible de les révoquer en doute ,
» ou de les paffer fous filence , comme
» l'ont fait les deux plus favans Hommes,
Jofeph & Philon » . A cette affertion ,
où l'on cherche à détruire , ou du moins
à affoiblir la preuve fondamentale des
miracles , eft jointe une note fur les
prétendus aveus d'Origène fur les prodiges
, les vertus & la doctrine des Thaumaturges
pour apprécier leurs miracles .
93
"
On établit dans le Catéchifme dont nous
parlons , & on l'a démontré dans une
infinité d'autres , que les miracles qui
ont opéré la converfion du monde en
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
4
tier , avoient eu toute l'authenticité qu'un
efprit jufte , & un coeur droit pouvoient
defirer . Les Apologiftes de la Religion
Chrétienne , ont remarqué que la crédulité
des Peuples & l'illufion ne pouvoient
avoir eu aucune part à la foi qu'on
a ajoutée à ces miracles : les Auteurs qui
les rapportent étoient contemporains , &
plufieurs en parlent comme témoins oculaires
; ils ont été publics , multipliés &
très- bien circonftanciés : de la Judée , où
on les a crus malgré les préventions , le
bruit s'en eft répandu par toute la terre ,
où après avoir paffé par la plus févère
critique , on les a reçus comme indubitables
; la foi qu'on y a donnée s'eft
toujours foutenue fans altération , &
l'on ne peut affigner aucun tems où on
ne les a pas crus véritables .
Seroit-il poffible que la fauffeté eût
été univerfellement adoptée par les Savans
comme par les ignorans ? Auroientils
voulu , les uns & les autres , foumettre
leurs efprits à tant de mystères
impénétrables , & embraffer une Religion
qui prefcrit l'abnégation de foi-
-même , & la mortification des fens , fi
elle n'offroit pas par- tour des preuves
fenfibles de fa divinité ? Si les miracles
MARS. 1778. 109
de Jésus- Chrift euffent été faux , pourquoi
les Juifs ont- ils cherché des explications
pour en éluder la force , les uns
en difant que c'étoit l'opération du Démon
, les autres en recourant à d'autres
Commentaires auffi abfurdes ? Pourquoi
tant de détours , & ne pas tout d'un
coup en montrer la fauffeté ? Si on avoit
pu conteſter les miracles de Jéfus-Chrift,
Celfe & Julien auroient - ils fait tant
pour
-
d'efforts énerver la preuve que les
Chrétiens en tirèrent? Il falloit donc
que les prodiges de Jéfus Chrift fuffent
bien avérés , pour forcer un homme
comme Julien , à faire un aveu dont on
peut tirer des conféquences fi avantageufes
pour la Religion. N'étoit-il pas
plus fimple de les nier , & de défabufer
l'Univers en démafquant l'impoſture ?
Ils ne l'ont pas fait , au contraire , ils en
ont avoué plufieurs ; ainfi l'aveu & la
conduite des ennemis de la Religion
Chrétienne , démontrent évidemment
que l'hiftoire des miracles de Jéfus- Chrift
rapportée par les Évangéliftes , eft conforme
à la vérité.
Le Philofophe Hiftorien qui voudroit
que les miracles , en faveur du Chrif
tianifme , euffent eu plus d'authenticité ,
MERCURE DE FRANCE.
n'a befoin que de lire quelques - uns des
Ouvrages où cette matière eft difcutée ,
pour être perfuadé que les miracles ont
eu toute l'authenticité que l'on pouvoit
exiger ; il verra en lifant l'Histoire ,
que le dernier des fidèles impofoit filence
aux Oracles des Démons , & les forçoit
de déclarer qu'ils étoient des Démons .
Tous les jours les Payens imploroient le
fecours des Chrétiens pour guérir les
poffédés. Il n'étoit point extraordinaire ,
comme le remarque Saint Irenée , de
voir des Églifes fe mettre en prières , &
obtenir la réfurrection d'un Mott. Plufieurs
fe convertiffoient ; mais on doit
l'avouer , le grand nombre n'y faifoit
aucune attention . On auroit cru fe donner
un travers , de prendre la peine d'approfondir
& de faire des informations.
juridiques de tout ce que l'on difoit
en ce genre. Il y avoit dans la Judée ,
comme par - tout ailleurs , des hommes
qui avoient trop d'intérêt d'être
incrédules , pour croire à la preuve des
miracles. En effet , comment s'y prendre
pour convaincre du furnaturel , des gens
bien déterminés , tantôt à donner à la
Nature des forces arbitraires qu'ils étendent
felon le befoin , & à adopter les
J
MARS. 1778. I rr
fyftêmes les plus bizarres pourvu qu'ils
fe débarraffent du miracle , tantôt à
chicanet fans fin fur la certitude des
, &
faits , & le caractère
des
témoins
? Comment
trouver
les
moyens
de
perfuader
ces
efprits
fubtils
, féconds
en
difficultés
contre
les
chofes
les
mieux
établies
, &
ces
Savans
préfomptueux
, qui
, à force
d'examiner
les
chofes
, font
fi bien
que
les
plus
évidentes
leur
deviennent
incroyables
? Eft
-il fi aiſé
de
convaincre
ces
Efprits
foibles
ou
trop
préoccupés
pour
contempler
en
même
-tems
faifir
, tout
à la
fois
par
la
penfée
, les
différentes
circonftances
, les
différens
motifs
qui
, par
leur
concours
, donnent
à un
fait
ou
à une
queftion
, toute
la
certitude
dont
la
matière
eft
fufceptible
?
Comment
, en
effet
, ces
fortes
d'Efprits
trouveront
-ils
une
preuve
complette
qu'ils
femblent
chercher
, lorfqu'ils
ne
la cherchent
pas
où
elle
fe
trouve
, c'eftà-
dire
, dans
le
fecours
mutuel
que
fe
donnent
les
motifs
de
crédibilité
réunis
enfemble
? Peut
- on
aifément
ramener
au
vrai
des
hommes
qui
mefurent
la
certi
tude
des
faits
, non
fur
le
nombre
, la
gravité
, la
fidélité
des
témoins
, mais
fur
la
poffibilité
ou
l'impoffibilité
appa
112 MERCURE DE FRANCE.
+
rente de la chofe , & qui au lieu de dire ,
le fait eft poffible puifque il eft conftaté ,
décident qu'il n'eft point arrivé , parce
qu'ils le jugent impoffible ? C'eft donc
en vain que Jésus- Chrift & les Apôtres
auroient opéré les miracles à Rome?
Cette authenticité de plus , n'auroit pas
fait une plus forte fenfation : l'efprit
humain n'en autoit pas moins été fertile
en prétextes pour les déprifer , &
n'en tirer aucune induction. Les miracles
font certainement la voix de Dieu même,
qui parle aux fens , qui les jette dans la
furprife , & qui leur dit avec une éloquence
inimitable , que celui qui a le
pouvoir de fufpendre , d'interrompre &
de changer à fou gré les loix de la Nature
, mérite d'être écouté . Ils donnent
à celui qui les fait , une fupériorité en
genre de témoignage , qui devroit les
faire triompher de tout. Ils font les fondemens
de la révélation , & ne peuvent
pas par conféquent être joints à l'erreur ,
parce que le propre caractère d'un fondement
de la vérité , eft d'être auffi
immobile , auffi ferme & aufli inva
riable qu'elle. Quant à ceux qu'on trouve
joints à la fauffeté , on les a toujours
regardés comme des prèftiges qui ne peuMARS.
1778. 113
à
vent jamais entret en parallèle avec la
grandeur & la majefté des miracles divins.
Cependant , malgré toutes ces raifons
victorieufes , l'incrédulité fi naturelle
à l'homme corrompu , & fon oppofition
à tout ce qui peut le conduire
à une Religion qui déclare la guerre
fes paffions favorites , ne lui fuggère
que trop de fophifmes pour l'anéantir
s'il pouvoit , ou du moins éluder ce
genre de preuves. L'Evangile nous explique
la caufe de cette contradiction que
les miracles éprouvèrent dans tous les
tems. Voici les paroles terribles qui
furent adreffées aux Juifs incrédules , &
qui doivent être également appliquées à
tous ceux qui , dans tous les fiècles &
dans tous les pays , ont imité & imiteront
leurs funeftes difpofitions : Après tant de
» miracles que Jéfus-Chrift avoit fait à
» leurs yeux ( Saint-Jean , ch . 12 ) ils ne
» croyoient point eenn lluuii ,, afin que ce
» qu'a dit le Prophète Ifaïe s'accomplit.
Qui eft-ce , Seigneur , qui a ajouté foi
» à notre parole ? Et à qui le bras du
Seigneur s'eft il fait connoître ? Auffi
ne pouvoient-ils pas croire , fuivant ce
qu'a dit encore Ifaïe : Il a aveuglé
leurs yeux , & il a endurci leur coeur
>
"9
~
114 MERCURE DE FRANCE.
و د
» de forte qu'ils ne voient point des yeux ,
qu'ils ne comprennent point du coeur ,
» qu'ils ne fe convertiffent point , & que
» je ne les guéris point » . Cette prédiction
, qui ne fe vérifie que trop fouvent
, n'empêche pas que les miracles
ne foient la voix éloquente du Tout-
Puiffant , qui doit éclairer notre foi ,
affermir notre espérance enflammer
notre charité; & que , d'un autre côté ,
l'incrédulité ne foit l'effet propre de
la cupidité de l'homme , & d'un aveuglement
volontaire , fuivant cette parole
du Sage , fap 2. « Leur malice les a aveu
glés ».
و د
›
L'expérience de tous les fiècles , & la
connoiffance du coeur humain fuffifent
pour prouver que , ni les miracles les
plus frappans , ni les plus éclatantes merveilles
de la nature ne peuvent , feules 2
nous fixer invariablement dans le bien.
On trouve dans tous les tems où Dieu
s'eft manifefté d'une manière éclatante ,
une foule d'hommes de tout caractère
& de toute condition , qui , « aimant
» mieux leurs ténèbres que la lumière ,
» parce que leurs oeuvres font mauvaiſes ,
qui , n'ayant point en eux l'amour de
» Dieu ne peuvent croire , parce qu'ils
วง
› `
MARS . 1778. 115
» recherchent la gloire qu'ils fe donnent
» les uns aux autres , & ne recherchent
و د
point la gloire qui vient de Dieu
» feul. ». On peut donc avoir vu les prodiges
les plus étonnans , & n'en être pas
moins difpofé à les oublier & à les nier
même , lorfque l'intérêt des paflions
l'exige : tout dépend des difpofitions de
'ceux qui en font fpectateurs.
Quant au filence de Philon & de
Jofeph , on doit obferver d'abord , par rapport
au premier , qu'il a toujours vécu
hors de la Judée , & qu'il n'a pu compofer
fes Ouvrages que du tems d'Augufte
& de Tibère , étant déjà avancé
en âge quand il fut député par les Juifs
d'Alexandrie vers l'Empereur Caïus - Caligula
. Son filence fur Jéfus- Chrift &
fur les Chrétiens , n'a rien d'étonnant ,
puifque la plupart de fes Ouvrages font
d'une date antérieure . D'ailleurs on a
reproché à Philon d'avoir donné des
preuves de mauvaiſe foi , en cherchant
a affoiblir la certitude des prodiges opérés
par Moïfe. A l'égard de Jofeph , s'il
n'avoit pas ajouté foi aux miracles de
Jésus- Chrift & de fes Apôtres , il n'auroit
eu garde de fetaire dans cette fup116
MERCURE DE FRANCE.
>
pofition, parce que tout le portoit à parler:
l'intérêt de la vérité , le zèle pour
fa Religion , l'amour de fa Nation , le
defir fi naturel de plaire aux Juifs & aux
payens , ennemis déclarés de Jéfus-
Chrift & de fes Difciples . En dévoilant
les impoftures des Apôtres , Jofeph couvroit
les Chrétiens de confufion ; il s'attiroit
les applaudiffemens des Céfars
mêmes qui déteftoient cette Religion
& auroit eu la gloire de détromper les
Chrétiens que les premiers Difciples de
Jéfus avoient féduits . Au refte , perfonne
n'ignore que Jofeph pouffa la flatterie
jufqu'à vouloir faire regarder Vefpafien
comme le Roi que les Prophètes avoient
prédit , & qu'il fe mit par- là dans la néceffité
de rejeter tous les faits qui pou
voient être favorables à la divinité de
Jésus- Chriſt , & à la vérité de fes miracles.
La raifon de fon filence eft connue
, & cette raifon fuppofe la vérité de
tous les faits qu'il fupprime.
Quand l'incrédulité viendroit à ébranler
la force victorieufe de la preuve des miracles
, fuppofition qui certainement ne
fe réalifera jamais , la vérité de l'Évangile
n'en fouffriroit pas la plus légère atteinte .
Car , comme l'obferve Saint-Auguftin ,
M AR S. 1778. 117
fi le monde a cru à l'Evangile fans miracles
, le fait , ' s'il étoit vrai , feroit luimême
un grand miracle . Car il n'eſt pas
dans la nature , ni dans l'ordre de nos
moeurs , qu'une Religion qui humilie
notre efprit par l'incompréhenfibilité de
fes mystères , qui mortifie la cupidité par
l'austérité de la morale , attaquée d'ailleurs
par les préjugés des Nations fur le culte
religieux annoncée enfin
gens groffiers & ignorans , ait été reçue
avec tant de facilité , à moins que Dien
n'eut opéré extraordinairement fur les
efprits & les volontés des hommes. Cer
événement , difent les Apologiftes du
Chriftianifme , s'il avoit eu lieu , auroit
donc été lui-même le plus grand des
prodiges.
>
*
par
des
Quant à la note que l'Auteur joint
,
* cc Origène , dans fa défenfe contre Celle ,
tom. I , p. 248 accorde à la Philofophie
Payenne , que plufieurs miracles ont pu être
opérés par magie ; & la feule règle qu'il donne
pour diftinguer ceux qui viennent du Ciel ,
c'eſt la morale , la doctrine & les moeurs de
ceux qui les opèrent. Perfonne n'ignore les
prodiges enfantés par les Magiciens de Pharaon;
" & l'on fait auffi que , lorfque les Payens vous
118 MERCURE DE FRANCE.
•
à cet endroit de fon Livre où il affoiblit
l'authenticité des miracles de Jéfus Chrift ,
les fuppofitions qu'elle renferme ne nous
paroiffent pas exactes . Nous ne voyons
dans aucun Ouvrage ancien & moderne ,
qu'Origène , ou aucun autre Apologiſte
de la Religion , ait jamais accordé aux
Philofophes Payens , que des miracles
proprement dits , peuvent être opérés
par la magie . Tous ceux qui ont défendu
le Chriftianifme contre les accufations
ou les infultes des Payens , ont conftamment
enfeigné , ce qui eft d'ailleurs évident,
que Dieu feul étant le Souverain
Maître de la nature , lui feul auffi peut
en renverfer ou en fufpendre les Loix ;
& qu'ainfi un vrai miracle ne peut être
que l'effet de fa toute- puiffance , fans que
ni le Démon , ni aucun Être créé puiffe
opérer de femblabes merveilles . Les
ɔɔ
» lurent oppofer les miracles d'Apollonius de
Tyane à ceux de Jefus - Chrift , les Chrétiens,
»pour répondre à cette objection , fe contentè-
» rent de faire la critique de la vie & du caractère
de ce Philofophe ; parce qu'il importoit peu ,
felon eux , quels miracles il pouvoit opérer , s'il
» étoit certain que fa doctrine & fa conduite ac
méritoient ni reſpect ni confiance » .
20
MARS. 1778. 119
fauffes Divinités des Nations , ou les
Démons invoqués dans les opérations de
la magie , peuvent étonner des hommes
ignorans ou peu attentifs, par des preſtiges
& des oeuvres extraordinaires ; mais ils
ne fauroient changer les loix de la nature.
Ce pouvoir a été regardé par Origène
& par les autres Défenfeurs de la Religion
, comme un caractère incommunicable
du vrai Dieu , & le fondement principal de
la révélation . C'eft un principe que l'on
puife également dans la faine Philofophie
& dans la tradition , que les
Efprits créés ne peuvent opérer un miracle
proprement dit , c'eſt- à dire
و
un
effet fupérieur à l'ordre de toute nature.
créée ; que la matière ne leur est pas
tellement foumife, qu'ils puiffent à leur
gré la changer d'une forme en une autre ,
que les Démons ne peuvent agir qu'en
mettant en oeuvre les femences les
germes , les principes cachés que Dieu
a mis dans le monde en le créeant pour
produire certains effets. C'eft fans aucun
fondement que l'Anonyme foutient que
les Chrétiens n'ont eu à oppoſer aux
prétendus miracles d'Appollonius , que
les vices de fa conduite ou la fauffeté
de fa doctrine, Ce qu'on a fur- tout ré120
MERCURE DE FRANCE.
+
pondu à ceux qui oppofoient au Chriftianifme
les faits de cet étrange Thaumaturge
, c'eft que le premier qui en
ait parlé , eft Philoftrate , ce méprifable
Écrivain qui n'a compofé fon Roman
que plus de cent ans après la mort d'Appollonius
; & qu'au contraire les Auteurs
contemporains , tels qu'Euphrate , ce Philofophe
fi célébré par Pline le jeune , ne
difent mot de ces prétendues merveilles
& nous reprefentent Appollonius comme
un Aventurier & un Impofteur . Il eſt
bien fingulier que ceux qui font fi féconds
en difficultés quand il s'agit de croire les
faits fi bien atteftés , qui fervent d'appui
à la Religion , reçoivent avec une fi
aveugle crédulité , le témoignage d'un
Auteur tel que Philoftrate & faffent
femblant de croire à une hiftoire remplie
de menfonges groffiers & de fables ridicules.
Le favant Huet compare l'Hiſtoire
d'Appollonius aux Contes des Fées . On
ne prouvera jamais que les Chrétiens
n'ayent fait aucun cas des miracles , &
qu'ils ne fe foient attachés qu'à l'examen
de la doctrine . Ils n'ont cru dans aucun
tems que la doctrine véritable , & des
miracles proprement dits , puffent être
en contradiction ; qu'il y eût jamais des
>
cas
MAR S. 1778. 121
cas où l'on fut obligé d'opter , & de
rejeter de vrais miracles , pour conferver
la pureté de la doctrine. L'indifférence
que l'Auteur de la note leur attribue
pour les miracles , eft une pure fuppofition
, & un outrage fait aux Apologiftes
de la Religion.
Perfonne affurément n'ignore les prodiges
enfantés par les Magiciens de Pharaon.
Mais qu'ont de commun ces preftiges de
l'Efprit impur avec les miracles opérés
en faveur de la Religion ? Ces Magiciens
eux-mêmes s'avouent vaincus. Ils confeffent
malgré eux , & leur impuiffance
& le fouverain pouvoir du vrai Dieu ,
dont Moyfe eft dépofitaire. Eft-ce que la
fcience & l'érudition ne produiroient aujourd'hui
d'autre effet que de nous rendre
féconds en difficultés , & plus ingénieux
que les Impofteurs de l'Égypte , à trouver
des prétextes pour méconnoître le doigt
de Dieu dans les merveilles qui ont opéré
la converfion du monde ?
Nos pères ont fouvent péché par une crédulité
fuperftitieufe , & par un amour déréglé
du merveilleux . Pour éviter cet excès ,
nous fommes tombés dans l'excès contraire.
A une critique judicieuſe qui n'admet
dans ce genre extraordinaire , que ce
F
122 MERCURE
DE FRANCE.
qui eft bien prouvé , a fuccédé une critique
hardie & fère de fes lumières , qui
rejette tout ce qu'elle n'entend pas , par
cela feul qu'elle ne peut le comprendre.
Sous prétexte de faire valoir les droits de
la raifon , on en a oublié le légitime
ufage & l'on s'eft livré à un pyrronifme
hiſtorique , qui mefure la certitude
des faits , non fur le nombre , la
gravité , la fidélité des Témoins , mais
fur la poffibilité ou l'impoffibilité apparente
de la chofe.
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Résumé : Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Principes de la Religion Naturelle & de la Religion Chrétienne, expliqués en forme de Catéchisme' prouve l'existence de Dieu, distingue le bien du mal et valide les Écritures bibliques. L'auteur adopte une méthode pédagogique pour rendre le discours accessible aux personnes peu instruites et renforcer la foi chrétienne face aux incrédules. Le texte souligne l'impact positif du christianisme sur les sociétés politiques, en promouvant les vertus morales, le respect des lois et l'unité entre les citoyens. Il réfute l'idée que le christianisme soit nuisible à la prospérité des empires, affirmant qu'il contribue à la stabilité et au bonheur public. Le christianisme est décrit comme une force stabilisatrice pour les gouvernements modernes grâce à sa loi fondamentale de charité, favorisant la fraternité et l'amour entre les individus et les nations. Plusieurs penseurs, tels que Francis Bacon, Bolingbroke, Maupertuis et d'Alembert, reconnaissent l'impact positif du christianisme. Le texte discute des miracles, affirmant leur authenticité et leur rôle dans la conversion du monde. Les apologistes chrétiens soulignent que les auteurs des Évangiles étaient contemporains et témoins oculaires des miracles, qui furent acceptés malgré les critiques. L'incrédulité humaine, souvent motivée par des passions et des intérêts personnels, persiste malgré les preuves miraculeuses. Le texte cite des passages bibliques pour expliquer que cette incrédulité était prévue et résultait d'un aveuglement volontaire. La crédibilité des miracles est liée à la foi et à l'amour de Dieu, et les miracles doivent être jugés en fonction de la moralité et de la doctrine de ceux qui les accomplissent. Le texte examine également la crédibilité des miracles attribués à Apollonius et les critiques adressées aux chrétiens pour leur scepticisme envers ces phénomènes. Les chrétiens ont contesté les miracles d'Apollonius en soulignant ses vices et la faiblesse de sa doctrine. Philostrate, qui a écrit sur Apollonius plus d'un siècle après sa mort, est jugé peu fiable. En revanche, les contemporains d'Apollonius, comme Euphrate, le décrivent comme un aventurier et un imposteur sans mentionner ses miracles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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