Résultats : 7 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 1429-1450
APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Début :
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait faire à M. Tiers, autrefois Curé de Champrond, / Ne soyez point effrayé, mon cher Chanoine, de me revoir au bout de [...]
Mots clefs :
Écrit, Apparition, Ombre, Chanoine régulier, Réforme , Lumière, Révérend, Église d'Amiens, Bréviaires d'Amiens, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
Fermer
Résumé : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Le texte présente un aveu de M. Thiers, ancien curé de Champrond, qui reconnaît des erreurs dans ses ouvrages. Cet aveu est présenté sous forme d'apparition, en référence à un écrit de 1712 intitulé 'Ombre de M. Thiers'. Dans cette apparition, M. Thiers s'adresse à un chanoine régulier de Saint-Quentin de Beauvais, admettant ses erreurs après avoir été éclairé par des religieux compétents. M. Thiers avait initialement tenté de réfuter une dissertation de M. de l'Estocq, chanoine d'Amiens, concernant la fête de la translation du corps de Saint Firmin le Confesseur. Il avait affirmé que le culte de Saint Salve, auteur de cette translation, était récent et que la vie de Saint Salve n'avait été écrite qu'au XIIIe siècle. Il avait également soutenu que les translations de simples confesseurs étaient rares avant le septième siècle. Cependant, des religieux lui ont démontré ses erreurs. Un manuscrit du Xe ou XIe siècle prouvait que la vie de Saint Salve était connue bien avant le XIIIe siècle. De plus, des exemples de translations de confesseurs au septième siècle ont été cités, comme celles de Saint Marcoul et Saint Taurin. Le Père Labbe a mentionné une translation encore plus ancienne, celle de Saint Ursin au VIe siècle. Le Père le Brun a également corrigé M. Thiers sur l'interprétation des bréviaires d'Amiens, expliquant que l'absence de Saint Salve dans certains bréviaires ne signifiait pas qu'il n'était pas honoré dans le diocèse. M. Thiers reconnaît ses erreurs et s'engage à les corriger, notamment en informant Maître Adrien Baillet pour une nouvelle édition de la 'Vie des Saints'. Il mentionne également une controverse sur la prononciation de 'Paraclitus' dans les bréviaires, où il admet que 'Paraclêtus' est désormais préféré. Le texte traite également de la prononciation, de la discipline ecclésiastique et des traditions locales. L'auteur exprime sa satisfaction que les personnes compétentes reviennent à la prononciation primitive conforme au grec. Il discute de la discipline dans les églises séculières, notant que certaines églises conservent une discipline plus exacte. Il évoque des traditions locales concernant des inscriptions et des reliques, comme l'inscription 'VIRGINI PARITURÆ' à Chartres et Nogent-sous-Coucy, et discute de la crédulité entourant ces traditions. Enfin, il rencontre l'abbé Guibert de Nogent, qui regrette sa crédulité envers certaines traditions locales. L'auteur insiste sur l'importance de la vérité et de la vérification des informations historiques, citant Tertullien et Dionysius d'Alexandrie. Il encourage chacun à avouer ingénument ses erreurs afin que la vérité triomphe de la fausseté et du mensonge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2011-2021
MEMOIRE pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, &c. Tom. 20 et 21. A Paris, chez Briasson, ruë S. Jacques, à la Science. 1732.
Début :
Le premier de ces deux volumes contient les changemens, les corrections et [...]
Mots clefs :
Pontus de Tyard, Paris, Lyon, France, Jean de Tournes, Ouvrage, Volumes, Savants, Écrit, Traité, Français, Mamert Patisson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, &c. Tom. 20 et 21. A Paris, chez Briasson, ruë S. Jacques, à la Science. 1732.
MEMOIRE pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres, dans la République des Let
tres, & c. Tom. 20 et 21. A Paris , chez.
Briasson , rue S. Jacques , à la Science..
173.2.
Le premier de ces deux volumes contient
les changemens , les corrections et
les additions que l'Auteur a trouvées à
propos de faire pour les Tomes 11. 11 .
13. 14. 15. 16. 17. et 18. précedens . Ony
remarque par tout son exactitude et
son amour pour la verité ; et qu'il ne
tient pas à ses soins infatigables , que
nous n'ayons en ce genre un Ouvrage
parfait. Ce vingtiéme tome contient aussi
trois Tables qui sont d'une grande utilité
dans un pareil Recueil ; sçavoir , une
Table Générale des Matiéres qni ont été
traitées par les Auteurs dont il est parlé
dans les neuf volumes précédens ; une
Table alphabétique des Auteurs , contenus
dans les 20 volumes de ces Mémoires;
et une Table Nécrologique, qui marque
la date de la mort des Sçavans contenus
dans les neuf volumes précédens.
Le
1012 MERCURE DE FRANCE
Le 21. dont nous avons icy à rendrè
compte , contient les Noms , l'Eloge et
le Catalogue raisonné de 36 Sçavans , qui
ont vécu en différens temps , et qui se
sont distinguez pour la plupart , dans la
République des Lettres. Tels sont , entre
les autres , le Cardinal Bessarion
Pontus de Tyard, Philippe Cluvier , Jean
Louis Vivés , Edouard Pocock , Nicolas
Rigault , Gilles - André de la Roque, Jean
Fronteau , et Louis Boivin.Pour ne point
exceder certaines bornes , nous nous contenterons
de rapporter icy ce que l'Auteur
expose au sujet de Pontus de Tyard .
PONTus de Tyard , Seigneur de Bissy ,
nâquit vers l'an 1521. au Château de Bissy
, dans le Diocèse de Mâcon , de Jean
de Tyard , Lieutenant General au Bailliage
du Mâconnois, et de Jeanne de Ganay
, fille d'un Chancelier de France.
Son nom est écrit tantôt Tyard , et
tantôt Thiard ; mais cette orthographe
est vicieuse il doit s'écrire Tyard ; c'est
ainsi que les meilleurs Auteurs l'ont écrit,
-et c'est ainsi qu'il l'a écrit lui- même.
Pour ce qui est du nom de Ponthus
c'est celui d'un Héros fabuleux , sur lequel
on a un Roman , qui est fort peu
connu , et qui se trouve dans le Catalogue
de la Bibliotheque de M. du Fay ,
Sous
SEPTEMBRE , 1733. 2013
Bous ce titre: Le Roman du noble Roy Ponthus
, fils du Roy de Galice , et de la belle
Sidoine, fille du Roy de Bretagne , in 4.sans
date , en Lettre Gothique . On étoit autrefois
dans l'usage de donner de semblables
noms aux Enfans ; ainsi Jamin , Poëte
comtemporain de Pontus de Tyard ,
a porté celui d'Amadis , dont le Roman
n'est ignoré de personne. M. de la Monnoye
, qui nous apprend ces particularitez
dans ses Additions , aux Jugemens des
Sçavans de Baillet , rapporte dans le Ménagiana
, tom. I. pag. 236. une plaisanterie
sur ce sujet , qu'il ne faut pas omettre,
Pontus de Tyard étant , dit- il , à la
» cérémonie d'un Baptême, en qualité de
>>Parrain ; le Curé faisoit difficulté de
» nommer l'Enfant , Pontus , sur ce qu'il
» ne connoissoit point de Saint de ce
» nom- là. Comment , lui dit l'Evêque 2
M. le Curé ,vous ne songez donc pas au
» Saint , dont l'Eglise fait mention dans
» l'Hymne : Quem terra , Pontus, athera ?
» A ces mots , le bon Curé , qui ne s'étoit
jamais fort chargé de latin ; Monsei-
» gneur , lui dit- il , je vous demande par
» don , il est vrai que je n'y songeois pas.
» Et là- dessus il baptisa l'enfant sous ce
» nom.
2014 MERCURE DE FRANCE
Il fut instruit avec beaucoup de soin ,
dès son enfance, dans les Langues Latine
et Grecque , et même dans l'Hebraïques
mais quoiqu'il affecte de faire parade de
cette derniere, dans son Traité : De recta
nominum impositione , ce qu'il en sçavoit
étoit fort peu de chose ; ce peu lui a fait
cependant trouver place dans la Gallia
Orientalis , de Colomies , parmi les Sçavans
Hébraïsans François.
La Poësie Françoise l'occupa aussi dans
sa jeunesse , et il acquit par là de la réputation.
Ronsard lui attribuë même la
gloire d'avoir le premier introduit les
Sonnets en France. Mais la fortune n'a
point été dans la suite aussi riante à l'égard
de ses Poësies, qu'elle le fut d'abord.
Il a contribué lui-même à les faire disgracier
, par le mépris qu'il en fit ,et qu'il
en inspira aux autres dans un âge plus
mûr.
Il quitta la Poësie , pour se donner
à des Etudes plus sérieuses , et passa à
la Philosophie , aux Mathématiques , et
enfin à la Théologie. La plupart de ses
Ouvrages sont des preuves des connoissances
qu'il avoit acquises dans toutes
ses Sciences. Mais elles étoient alors si
imparfaites , ou la maniere dont on s'y
prenoit pour les apprendre étoit si mauvaise
,
SEPTEMBRE. 1733. 2015
yaise , que tout ce qui nous reste de lui
est un cahos d'érudition mal dirigée , où
Il n'y a presque rien à apprendre.
passa quelques années à la Cour
Roy Henri III . qui conçut de l'afection
pour lui , et lui donna l'Evêché
de Châlons sur Saone , dont il prit possession
le 16. Juin 1578. après avoir été
quelques années Archidiacre de cette
Église et Protonotaire Apostolique.
S'étant trouvé le premier des Dépu
tez de sa Province , dans l'Assemblée
des Etats qui fut tenuë à Blois l'an 1588.
il soutint l'autorité du Roy contre le
reste du Clergé , qui favorisoit la ligue ,
et il parla en sa faveur avec tant de force
et de dignité , qu'il fit de fortes impressions
sur l'esprit de ceux qui assistoient
à cette Assemblée , et en ramena
plusieurs à leur devoir,
Après 20. ans d'Episcopat , se voyant
accablé par les années et affligé des troubles
qui agitoient le Royaume , il se démit
de son Evêché et en fit pourvoir
Cyrus de Tyard , son neveu . S'étant ensuite
retiré dans une de ses Terres , il
ne s'occupa plus que du soin de son saat
. Ce fut là qu'il mourut le 23. Sepembre
1605. âgé de 84. ans.
Il exprima ses sentimens sur sa mort
dans
2018 MERCURE DE FRANCE
dans ces Vers , qu'il composa lui - même
avant que de mourir .
Non teneor longe dulcisque cupidine vita
Sat vixit , cui non vita pudenda fuit.
Nec fama illustris me tangit gloria , forsan ;
Per genium vivent sat mea scripta suum.
Nil
que moror quo sint mea membra tegenda se
pulchro ;
Hac propria baredis sit pia cura mei.
Sed cupio ut tandem mens Christo inixa levetur;
Peccati duro pondere , ad Astra vehar.
Ces Vers ont été gravez sur un Monument
qu'on lui a rigé dans le Choeur
de l'Eglise Cathédrale de Châlons , avec
ces mots au bas .
Pontus Tyardaus Bissianus Ep. Cabil.
Extremum hoc voveb, scribebat,
Il conserva jusqu'à la fin de sa vie là
vigueur de son corps et de son esprit.
Comme il avoit un grand corps et qu'il
étoit assidu à l'étude , il mangeoit beaucoup
et bûvoit de- même , sans mettre
jamais d'eau dans son vin , si violent que
soient ceux qui croissent sur le bord de
La Saône. Ce qu'il y a de singulier , c'est
qu'en se mettant au lit , il avaloit toûjours
un grand verre de vin pur , sans
que
SEPTEMBRE. 1733. 2017
uc sa santé en fût jamais alterée. Baillet et
1x qui l'ont suivi , ont trouvé que ce
coit point assez , et ont substitué mal
propos , au grand verre dont parle
M. Thou , un pot , en disant qu'il avoit
coûtume de boire un pot de vin pur
avant que de s'endormir..
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Erreurs Amoureuses. Lyon , Jean de
Tournes , 1549 . in 8.Il n'a pas mis son nom
à cet Ouvrage , qui contient plusieurs
Sonnets , divisez en trois Livres.
2. Solitaire premier , ou Prose des Mu
ses et de la Fureur Poëtique . Avec des Vers
Lyriques sur la fin . Lyon , Jean de Tournes
, 1552. in fol.
3. Solitaire second , on Prose des Muses.
Avec des Vers Lyriques sur la fin .
Lyon , Jean de Tournes , 1552. in 8.
4. Les Oeuvres Poëtiques de Pontus de
Tyard. A sçavoir , trois Livres des Erreurs,
Amoureuses. Un Livre de Vers
Lyriques. Un Recueil de ses nouvelles
Euvres Poëtiques . Paris , Galiot du Pré,
1573. in 4, Tout cela n'est plus recher
ché , ni presque connu de personne.
5. Leon Hebreu , de l'Amour , Dialo
gue, Lyon , Jean de Tournes
, issi.
in 8. Il parut la même année une autre
Tra
2018 MERCURE DE FRANCE
Traduction de l'Ouvrage de Leon , sous
ce titre La sainte Philosophie de l'Amour
de Leon Hebreu , traduite de l'Italien
par le sieur du Parc (Denis Sauvage.)
Lyon , Guillaume Roville , 1551. in 8.
Ce Livre ne méritoit pas qu'on prît tant
de peine pour lui.
6. Discours du Temps , de l'An et de
ses parties. Lyon , Jean de Tournes, 1556.
in & . It. Paris , et Mamert Patisson , 1556.
in 4. C'est l'Edition que du Verdier a
mise mal à propos , in folio.
7. L'Univers , on Discours des parties
et de la nature du Monde. Lyon , Jean
de Tournes , 1557. in 4. Il y a dans ce
Livre , au rapport de du Verdier , quelques
pages prises et traduites mot à mot
du Livre du Monde de Philon , Juif.
L'Auteur l'ayant depuis revû et augmenté
, le publia de nouveau sous le
titre suivant.
8. Deux Discours de la nature du Mon
de et de ses parties ; à sçavoir , le premier
Curieux , traitant des choses matérielles ; et
le second Curieux , des intellectuelles. Paris,
Mamert Patisson , 1578. in 4. On voit
à la tête un avant- Discours par J. D. du
Perron , Professeur du Roy aux Langues,
aux Mathématiques et en la Philosophic,
qui fut ensuite Cardinal.
9.
SEPTEMBRE 1733. 2019
9. Mantice , on Discours de la verité
divination par Astrologie. Lyon , Jean
de Tournes , 1558. in 4.
to. Ephemerides Octava Sphere , seu
Tabelle Diaria Ortus , Occasus , et mediationis
coeli illustrium stellarum inerransium
, pro universâ Galliâ , et his regionibus
que Polum Boreum elevatum habent
ad so, grad. Lugduni , Joan. Torà
39.
pasius
, 1562.
in
fol.
11. De Coelestibus Asterismis Poematium
ad Petrum Ronsardum. Paris , apud
Galeotum à Prato , 1573. in 4.
12. Homelies sur les Evangiles. Paris ;
Mamert Patisson , 1586. in 8.
13. Duodecim Fabula Fluviorum vel
Fontium : unà cum Descriptione pro Pictura
et Epigrammatis. Paris , Joan . Richer,
1586. in 8. Je ne sçai ce que c'est que
cet Ouvrage , ni en quelle Langue il est
écrits le P. Louis Jacob en rapporte ainsi
le titre , mais sans marquer s'il est écrit
en Latin ou en François.
14. Les Discours Philosophiques de Pontus
de Tyard. Paris , 1587. in 4. C'est un
Recueil des Ouvrages que j'ai marquez
au N° 2. 3. 6. E. 9.
15. Homelies sur le Décalogue. Paris ,
1588. in 8.
16. Extrait de la Généalogie de Hugues
Capes
2020 MERCURE DE FRANCE
Capet , Roy de France , et des premiers
Successeurs de la Race de Charlemagne en
France. Paris , Mamert Patisson , 1594.
in 8. M. de Thou , dans le 77. Livre de
son Histoire , attribue à Pontus de Tyard
cet Ouvrage , qui est anonyme , et Duchêne
, à la page 30. de sa Bibliotheque
des Historiens de France , dit qu'il l'a
fait pour servir de Réponse au Livre de
François de Rosieres, intitulé : Stemmata
Ducum Lotharingia. Paris , 1580. in fol.
17. Derecta nominum impositione . Lugduni
, Jacobus Roussin ; 1603. in 8 .
Pontus de Tyard , marque dans l'Epitre
à Louis de Tyard , son neveu , qui est
à la tête de ce petit Traité , que dans
le commencement des troubles de la
France , il avoit traduit du Grec deux
Opuscules de Philon , et qu'il avoit composé
ce Traité pour servir de Préface à
sa Traduction ; mais que Fréderic Morel
l'ayant prévenu en publiant une Version
Latine d'un de ces mêmes Opuscules
, et en promettant la Version de
l'autre , il avoit supprimé la sienne , et
sé contentoit de donner au Public l'Ouvrage
qu'il lui adressoit , avec quelques
Notes sur les Livres qu'il avoit traduits.
18. Annotationes in Libros Philonis Judai
, de Transnominatis , et Allegoria Sa
STR.
SEPTEMBRE . 1733. 2021
cra . A la suite du Traité précedent .
19. Fragmentum Epistola pii cujusdam
Episcopi , quo Pseudo -Jesuita Caroli , et
ejs Congerronum maledicta repellit. Hanovix
, 1604. in 8. A la suite de Caroli
Molinai Consilium super commodis et in-
Commodis nova Secta Jesuitarum . Item.
dans la Bibliothecâ Pontificia , editâ à
Joanne Scherzero, Lipsiæ , 1677. in 4.
avec la Souscription P. T. E. C. qui signifie
Pontus Tyardaus Episcopus Cabilonensis.
Item. Traduit en François à la
page 378. du Livre de David Homme
intitulé : Le Contr' Assassin. Lyon , 1612 .
Illustres, dans la République des Let
tres, & c. Tom. 20 et 21. A Paris , chez.
Briasson , rue S. Jacques , à la Science..
173.2.
Le premier de ces deux volumes contient
les changemens , les corrections et
les additions que l'Auteur a trouvées à
propos de faire pour les Tomes 11. 11 .
13. 14. 15. 16. 17. et 18. précedens . Ony
remarque par tout son exactitude et
son amour pour la verité ; et qu'il ne
tient pas à ses soins infatigables , que
nous n'ayons en ce genre un Ouvrage
parfait. Ce vingtiéme tome contient aussi
trois Tables qui sont d'une grande utilité
dans un pareil Recueil ; sçavoir , une
Table Générale des Matiéres qni ont été
traitées par les Auteurs dont il est parlé
dans les neuf volumes précédens ; une
Table alphabétique des Auteurs , contenus
dans les 20 volumes de ces Mémoires;
et une Table Nécrologique, qui marque
la date de la mort des Sçavans contenus
dans les neuf volumes précédens.
Le
1012 MERCURE DE FRANCE
Le 21. dont nous avons icy à rendrè
compte , contient les Noms , l'Eloge et
le Catalogue raisonné de 36 Sçavans , qui
ont vécu en différens temps , et qui se
sont distinguez pour la plupart , dans la
République des Lettres. Tels sont , entre
les autres , le Cardinal Bessarion
Pontus de Tyard, Philippe Cluvier , Jean
Louis Vivés , Edouard Pocock , Nicolas
Rigault , Gilles - André de la Roque, Jean
Fronteau , et Louis Boivin.Pour ne point
exceder certaines bornes , nous nous contenterons
de rapporter icy ce que l'Auteur
expose au sujet de Pontus de Tyard .
PONTus de Tyard , Seigneur de Bissy ,
nâquit vers l'an 1521. au Château de Bissy
, dans le Diocèse de Mâcon , de Jean
de Tyard , Lieutenant General au Bailliage
du Mâconnois, et de Jeanne de Ganay
, fille d'un Chancelier de France.
Son nom est écrit tantôt Tyard , et
tantôt Thiard ; mais cette orthographe
est vicieuse il doit s'écrire Tyard ; c'est
ainsi que les meilleurs Auteurs l'ont écrit,
-et c'est ainsi qu'il l'a écrit lui- même.
Pour ce qui est du nom de Ponthus
c'est celui d'un Héros fabuleux , sur lequel
on a un Roman , qui est fort peu
connu , et qui se trouve dans le Catalogue
de la Bibliotheque de M. du Fay ,
Sous
SEPTEMBRE , 1733. 2013
Bous ce titre: Le Roman du noble Roy Ponthus
, fils du Roy de Galice , et de la belle
Sidoine, fille du Roy de Bretagne , in 4.sans
date , en Lettre Gothique . On étoit autrefois
dans l'usage de donner de semblables
noms aux Enfans ; ainsi Jamin , Poëte
comtemporain de Pontus de Tyard ,
a porté celui d'Amadis , dont le Roman
n'est ignoré de personne. M. de la Monnoye
, qui nous apprend ces particularitez
dans ses Additions , aux Jugemens des
Sçavans de Baillet , rapporte dans le Ménagiana
, tom. I. pag. 236. une plaisanterie
sur ce sujet , qu'il ne faut pas omettre,
Pontus de Tyard étant , dit- il , à la
» cérémonie d'un Baptême, en qualité de
>>Parrain ; le Curé faisoit difficulté de
» nommer l'Enfant , Pontus , sur ce qu'il
» ne connoissoit point de Saint de ce
» nom- là. Comment , lui dit l'Evêque 2
M. le Curé ,vous ne songez donc pas au
» Saint , dont l'Eglise fait mention dans
» l'Hymne : Quem terra , Pontus, athera ?
» A ces mots , le bon Curé , qui ne s'étoit
jamais fort chargé de latin ; Monsei-
» gneur , lui dit- il , je vous demande par
» don , il est vrai que je n'y songeois pas.
» Et là- dessus il baptisa l'enfant sous ce
» nom.
2014 MERCURE DE FRANCE
Il fut instruit avec beaucoup de soin ,
dès son enfance, dans les Langues Latine
et Grecque , et même dans l'Hebraïques
mais quoiqu'il affecte de faire parade de
cette derniere, dans son Traité : De recta
nominum impositione , ce qu'il en sçavoit
étoit fort peu de chose ; ce peu lui a fait
cependant trouver place dans la Gallia
Orientalis , de Colomies , parmi les Sçavans
Hébraïsans François.
La Poësie Françoise l'occupa aussi dans
sa jeunesse , et il acquit par là de la réputation.
Ronsard lui attribuë même la
gloire d'avoir le premier introduit les
Sonnets en France. Mais la fortune n'a
point été dans la suite aussi riante à l'égard
de ses Poësies, qu'elle le fut d'abord.
Il a contribué lui-même à les faire disgracier
, par le mépris qu'il en fit ,et qu'il
en inspira aux autres dans un âge plus
mûr.
Il quitta la Poësie , pour se donner
à des Etudes plus sérieuses , et passa à
la Philosophie , aux Mathématiques , et
enfin à la Théologie. La plupart de ses
Ouvrages sont des preuves des connoissances
qu'il avoit acquises dans toutes
ses Sciences. Mais elles étoient alors si
imparfaites , ou la maniere dont on s'y
prenoit pour les apprendre étoit si mauvaise
,
SEPTEMBRE. 1733. 2015
yaise , que tout ce qui nous reste de lui
est un cahos d'érudition mal dirigée , où
Il n'y a presque rien à apprendre.
passa quelques années à la Cour
Roy Henri III . qui conçut de l'afection
pour lui , et lui donna l'Evêché
de Châlons sur Saone , dont il prit possession
le 16. Juin 1578. après avoir été
quelques années Archidiacre de cette
Église et Protonotaire Apostolique.
S'étant trouvé le premier des Dépu
tez de sa Province , dans l'Assemblée
des Etats qui fut tenuë à Blois l'an 1588.
il soutint l'autorité du Roy contre le
reste du Clergé , qui favorisoit la ligue ,
et il parla en sa faveur avec tant de force
et de dignité , qu'il fit de fortes impressions
sur l'esprit de ceux qui assistoient
à cette Assemblée , et en ramena
plusieurs à leur devoir,
Après 20. ans d'Episcopat , se voyant
accablé par les années et affligé des troubles
qui agitoient le Royaume , il se démit
de son Evêché et en fit pourvoir
Cyrus de Tyard , son neveu . S'étant ensuite
retiré dans une de ses Terres , il
ne s'occupa plus que du soin de son saat
. Ce fut là qu'il mourut le 23. Sepembre
1605. âgé de 84. ans.
Il exprima ses sentimens sur sa mort
dans
2018 MERCURE DE FRANCE
dans ces Vers , qu'il composa lui - même
avant que de mourir .
Non teneor longe dulcisque cupidine vita
Sat vixit , cui non vita pudenda fuit.
Nec fama illustris me tangit gloria , forsan ;
Per genium vivent sat mea scripta suum.
Nil
que moror quo sint mea membra tegenda se
pulchro ;
Hac propria baredis sit pia cura mei.
Sed cupio ut tandem mens Christo inixa levetur;
Peccati duro pondere , ad Astra vehar.
Ces Vers ont été gravez sur un Monument
qu'on lui a rigé dans le Choeur
de l'Eglise Cathédrale de Châlons , avec
ces mots au bas .
Pontus Tyardaus Bissianus Ep. Cabil.
Extremum hoc voveb, scribebat,
Il conserva jusqu'à la fin de sa vie là
vigueur de son corps et de son esprit.
Comme il avoit un grand corps et qu'il
étoit assidu à l'étude , il mangeoit beaucoup
et bûvoit de- même , sans mettre
jamais d'eau dans son vin , si violent que
soient ceux qui croissent sur le bord de
La Saône. Ce qu'il y a de singulier , c'est
qu'en se mettant au lit , il avaloit toûjours
un grand verre de vin pur , sans
que
SEPTEMBRE. 1733. 2017
uc sa santé en fût jamais alterée. Baillet et
1x qui l'ont suivi , ont trouvé que ce
coit point assez , et ont substitué mal
propos , au grand verre dont parle
M. Thou , un pot , en disant qu'il avoit
coûtume de boire un pot de vin pur
avant que de s'endormir..
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Erreurs Amoureuses. Lyon , Jean de
Tournes , 1549 . in 8.Il n'a pas mis son nom
à cet Ouvrage , qui contient plusieurs
Sonnets , divisez en trois Livres.
2. Solitaire premier , ou Prose des Mu
ses et de la Fureur Poëtique . Avec des Vers
Lyriques sur la fin . Lyon , Jean de Tournes
, 1552. in fol.
3. Solitaire second , on Prose des Muses.
Avec des Vers Lyriques sur la fin .
Lyon , Jean de Tournes , 1552. in 8.
4. Les Oeuvres Poëtiques de Pontus de
Tyard. A sçavoir , trois Livres des Erreurs,
Amoureuses. Un Livre de Vers
Lyriques. Un Recueil de ses nouvelles
Euvres Poëtiques . Paris , Galiot du Pré,
1573. in 4, Tout cela n'est plus recher
ché , ni presque connu de personne.
5. Leon Hebreu , de l'Amour , Dialo
gue, Lyon , Jean de Tournes
, issi.
in 8. Il parut la même année une autre
Tra
2018 MERCURE DE FRANCE
Traduction de l'Ouvrage de Leon , sous
ce titre La sainte Philosophie de l'Amour
de Leon Hebreu , traduite de l'Italien
par le sieur du Parc (Denis Sauvage.)
Lyon , Guillaume Roville , 1551. in 8.
Ce Livre ne méritoit pas qu'on prît tant
de peine pour lui.
6. Discours du Temps , de l'An et de
ses parties. Lyon , Jean de Tournes, 1556.
in & . It. Paris , et Mamert Patisson , 1556.
in 4. C'est l'Edition que du Verdier a
mise mal à propos , in folio.
7. L'Univers , on Discours des parties
et de la nature du Monde. Lyon , Jean
de Tournes , 1557. in 4. Il y a dans ce
Livre , au rapport de du Verdier , quelques
pages prises et traduites mot à mot
du Livre du Monde de Philon , Juif.
L'Auteur l'ayant depuis revû et augmenté
, le publia de nouveau sous le
titre suivant.
8. Deux Discours de la nature du Mon
de et de ses parties ; à sçavoir , le premier
Curieux , traitant des choses matérielles ; et
le second Curieux , des intellectuelles. Paris,
Mamert Patisson , 1578. in 4. On voit
à la tête un avant- Discours par J. D. du
Perron , Professeur du Roy aux Langues,
aux Mathématiques et en la Philosophic,
qui fut ensuite Cardinal.
9.
SEPTEMBRE 1733. 2019
9. Mantice , on Discours de la verité
divination par Astrologie. Lyon , Jean
de Tournes , 1558. in 4.
to. Ephemerides Octava Sphere , seu
Tabelle Diaria Ortus , Occasus , et mediationis
coeli illustrium stellarum inerransium
, pro universâ Galliâ , et his regionibus
que Polum Boreum elevatum habent
ad so, grad. Lugduni , Joan. Torà
39.
pasius
, 1562.
in
fol.
11. De Coelestibus Asterismis Poematium
ad Petrum Ronsardum. Paris , apud
Galeotum à Prato , 1573. in 4.
12. Homelies sur les Evangiles. Paris ;
Mamert Patisson , 1586. in 8.
13. Duodecim Fabula Fluviorum vel
Fontium : unà cum Descriptione pro Pictura
et Epigrammatis. Paris , Joan . Richer,
1586. in 8. Je ne sçai ce que c'est que
cet Ouvrage , ni en quelle Langue il est
écrits le P. Louis Jacob en rapporte ainsi
le titre , mais sans marquer s'il est écrit
en Latin ou en François.
14. Les Discours Philosophiques de Pontus
de Tyard. Paris , 1587. in 4. C'est un
Recueil des Ouvrages que j'ai marquez
au N° 2. 3. 6. E. 9.
15. Homelies sur le Décalogue. Paris ,
1588. in 8.
16. Extrait de la Généalogie de Hugues
Capes
2020 MERCURE DE FRANCE
Capet , Roy de France , et des premiers
Successeurs de la Race de Charlemagne en
France. Paris , Mamert Patisson , 1594.
in 8. M. de Thou , dans le 77. Livre de
son Histoire , attribue à Pontus de Tyard
cet Ouvrage , qui est anonyme , et Duchêne
, à la page 30. de sa Bibliotheque
des Historiens de France , dit qu'il l'a
fait pour servir de Réponse au Livre de
François de Rosieres, intitulé : Stemmata
Ducum Lotharingia. Paris , 1580. in fol.
17. Derecta nominum impositione . Lugduni
, Jacobus Roussin ; 1603. in 8 .
Pontus de Tyard , marque dans l'Epitre
à Louis de Tyard , son neveu , qui est
à la tête de ce petit Traité , que dans
le commencement des troubles de la
France , il avoit traduit du Grec deux
Opuscules de Philon , et qu'il avoit composé
ce Traité pour servir de Préface à
sa Traduction ; mais que Fréderic Morel
l'ayant prévenu en publiant une Version
Latine d'un de ces mêmes Opuscules
, et en promettant la Version de
l'autre , il avoit supprimé la sienne , et
sé contentoit de donner au Public l'Ouvrage
qu'il lui adressoit , avec quelques
Notes sur les Livres qu'il avoit traduits.
18. Annotationes in Libros Philonis Judai
, de Transnominatis , et Allegoria Sa
STR.
SEPTEMBRE . 1733. 2021
cra . A la suite du Traité précedent .
19. Fragmentum Epistola pii cujusdam
Episcopi , quo Pseudo -Jesuita Caroli , et
ejs Congerronum maledicta repellit. Hanovix
, 1604. in 8. A la suite de Caroli
Molinai Consilium super commodis et in-
Commodis nova Secta Jesuitarum . Item.
dans la Bibliothecâ Pontificia , editâ à
Joanne Scherzero, Lipsiæ , 1677. in 4.
avec la Souscription P. T. E. C. qui signifie
Pontus Tyardaus Episcopus Cabilonensis.
Item. Traduit en François à la
page 378. du Livre de David Homme
intitulé : Le Contr' Assassin. Lyon , 1612 .
Fermer
Résumé : MEMOIRE pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, &c. Tom. 20 et 21. A Paris, chez Briasson, ruë S. Jacques, à la Science. 1732.
Le texte présente deux volumes d'une œuvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres'. Le vingtième volume inclut des corrections et des additions pour les tomes précédents, ainsi que trois tables utiles : une Table Générale des Matières, une Table alphabétique des Auteurs et une Table Nécrologique. Le vingt-et-unième volume éloge 36 savants, dont Pontus de Tyard. Pontus de Tyard, né vers 1521 au Château de Bissy, reçut une éducation précoce en langues anciennes et en poésie. Il est reconnu pour avoir introduit les sonnets en France. Par la suite, il se consacra à des études plus sérieuses telles que la philosophie, les mathématiques et la théologie. Sa carrière le mena à la cour de Henri III, où il obtint l'évêché de Châlons-sur-Saône. Il soutint l'autorité royale lors des États de Blois en 1588. Après vingt ans d'épiscopat, il se retira et mourut en 1605 à l'âge de 84 ans. Le texte mentionne également plusieurs des œuvres de Tyard, qui couvrent une large gamme de genres, allant des poèmes à des traités théologiques et philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 42-45
AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
Début :
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme datée du 28 Octobre dernier, qui, [...]
Mots clefs :
Écrit, Genève, Citoyens de Genève, Citoyen de Genève, Discours sur l'inégalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
AVIS
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
Fermer
Résumé : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
En janvier 1756, J. J. Rouffean publie un avis dans le Mercure de France concernant une lettre anonyme reçue le 28 octobre 1755. Cette lettre contenait un écrit de défense que Rouffean ne peut publier. L'auteur de la lettre peut récupérer son écrit en envoyant un billet de la même écriture. Rouffean exprime des doutes sur la nationalité genevoise de son détracteur, affirmant que ses concitoyens l'attaqueraient ouvertement. Il précise que son ouvrage est destiné aux Genevois, qui l'ont approuvé et y trouvent des raisons d'aimer leur gouvernement. Pour les habitants d'autres pays, il suggère de se questionner sur l'utilité de l'ouvrage plutôt que de le critiquer. Un critique de Bordeaux est mentionné, proposant à Rouffean d'écrire des opéras au lieu de discours politiques. Rouffean exprime sa gratitude à son défenseur mais préfère laisser ses adversaires s'exprimer librement. Il conclut en affirmant que sa défense repose sur la raison et la vérité, ainsi que sur sa conduite et ses mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 195-203
ALLEMAGNE.
Début :
Un Courier, arrivé le 13 Janvier de Versailles ; a apporté l'effrayante [...]
Mots clefs :
Impératrice Reine, Vienne, Prières publiques, Roi de France, Convention sur les déserteurs, Général Lascy, Attaque du poste d'Ostritz, Litoměřice, Dresde, Monnaie, Saxe, Roi de Prusse, Ratisbonne, Écrit, Remarques au sujet des écrits du roi de Prusse, Diète générale de l'Empire, Liège, Surveillance des étrangers, Prières, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 29 Janvier.
UN Courier , arrivé le 13 Janvier de Verfailles ;
a apporté l'effrayante nouvelle du danger auquel
a été exposé le Roi Très - Chrétien. Auffitôt l'Impératrice
Reine manda au Cardinal de Trautſon ,
Archevêque de cette Ville , d'ordonner des prieres
publiques , pour obtenir du Ciel la confervation
d'un Prince , dont les jours font fi précieux à l'Europe
. Les Eglifes font remplies d'une affluence extraordinaire
de perfonnes de tous les Ordres , qui
demandent à Dieu le rétabliſſement de la fanté de
ce Monarque .
Notre Cour vient de conclure avec celle de France
une convention , par laquelle elles s'engagent à
Le rendre réciproquement les déferteurs de leurs
troupes. Cette convention commencera le premier
du mois prochain à avoir ſon effet .
DE LEITMERITZ , le 7 Janvier.
Le premier de ce mois , le Général Lafcy fit attaquer
par cinq cens Croates le poſte d'Óftritz ,
où il y avoit trois cens Pruffiens . Le Major Blumenthal
, qui y commandoit , fut tué. Les enne,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
mis perdirent deux autres Officiers & trente - huit
Soldats. On fit neuf prifonniers. Le refte fut difper.
fé. De notre côté , il y eut un Capitaine tué , un
Lieutenant & fix Soldats bleffés . Le lendemain, les
Pruffiens reprirent ce pofte. Ils l'ont fait occuper
par mille hommes , & ils y ont mis quatre pieces
de canon.
DE DRESDE , le premier Février.
Le fieur Frege , Directeur de la Monnoie de
Leipfick , a eu ordre du Directoire Général de
Guerre du Roi de Pruffe , de délivrer , fous peine
d'être mis aux fers , les coins , les inftrumens néceffaires
à frapper des efpeces , & même les matieres
d'or & d'argent qu'il avoit fous fa garde.
Les exécutions militaires contre les Bailliages
qui n'ont pas fourni le nombre de recrues exigé ,
s'effectuent avec rigueur.
Malgré les circonftances où se trouve la Saxe ,
la Reine , le Prince Royal , la Princeffe fon épouse ,
& les Princes Albert & Clement, envoyerent complimenter
le Roi de Pruffe le jour anniverſaire de
fa naiffance. S. M. Pruffienne fit l'accueil le plus
gracieux aux Seigneurs chargés de s'acquitter de
ce cérémonial. Elle les affura qu'Elle ne defiroit
rien avec plus d'ardeur , que de pouvoir délivrer la
Saxe du Séjour des troupes étrangeres. Le 28 du
mois dernier , ce Prince partit pour la Siléfie.
Plufieurs des Régimens Pruffiens qui font en cette
Ville , ont reçu ordre de fe tenir prêts à marcher.
Plufieurs remifes confidérables , que la Reine a
reçues , ont mis cette Princefle en état , non feulement
d'acquitter une partie des dettes que de
malheureufes circonftances l'ont obligée de contracter
, mais encore de faire fentir les effets de fa
générosité aux Officiers Saxons , qui ont beſoin
MAR S. 1757. 197
de fecours , On a diſtribué ici clandeftinement divers
exemplaires d'un Ecrit anonyme , intitulé ,
Démonftrationfuccincte que le Royaume de Boheme
appartient au Roi de Pruffe. L'Auteur , pour établir
le prétendu droit de S. M. Pruffienne , remonte à
Marguerite , Princeffe de Boheme , qui dans le
quinzieme fiecle fut mariée à Jean III , Margrave
de Brandebourg. Le Roi de Pruffe , indigné qu'on
lui prêtât des vues contraires à celles qu'il a annoncées
dans fes Déclarations , a ordonné que
l'ouvrage fût brûlé par la main du Bourreau . Ce
Prince fait faire d'exactes perquifitions , pour découvrir
l'Auteur & l'Imprimeur.
9
En différens endroits , les Officiers Pruffiens
ont fait ouvrir les prifons , & ont enrôlé toutes les
perfonnes qu'ils y ont trouvées propres à porter
les armes. Depuis quelque temps ils engagent indiftinctement
tous les jeunes gens , foit artifans
foit domeftiques , fans avoir égard ni à la profeffion
, ni à la livrée. Le Roi de Pruffe a fait publier
une Ordonnance , par laquelle il enjoint à tous les
Saxons qui font à fon fervice , & qui poffedent
des biens fonds , de les vendre , & de dépofer à la
caiffe du Directoire militaire les fommes qui pro .
viendront de la vente. S'ils ont quelques préten
tions à faire valoir , les Bailliages refpectifs font
tenus de leur rendre prompte juftice , & les deniers
provenans de ces prétentions feront portés
pareillement à ladite caiffe.
DE RATISBONNE , le 25 Janvier.
On a reçu ici plufieurs exemplaires d'un Ecrit
que la Cour de Vienne vient de faire publier. , &
qui eft intitulé , Remarques fur les Manifeftes , Lettres
Circulaires autres Mémoires , donnés de la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
part du Roi de Pruffe. Cette Piece contient trentefept
pages in-4° . Voici quelques-uns des principaux
traits qu'elle renferme . « Le Roi de Pruffe
prétend avoir feul le droit de tenir en tout tems
» de grandes armées prêtes à marcher , & d'aug-
» menter fucceffivement , fans aucun danger ap-
» parent , le nombre de fes troupes . Il s'arroge
» même le privilege de faire enlever , tantôt par
» rufe , tantôt par violence , les Sujets aux Souve-
» rains , les Miniftres aux Eglifes , les enfans aux
» peres , les peres aux enfans. En même temps , il
» ne veut pas qu'une Puiffance voifine puiffe le
»foupçonner d'un deffein offenfif, & qu'elle fe
» concerte avec d'autres Puiffances pour Le défen-
» dre en cas d'attaque..... Lorſqu'une Puiffance
» fonge à completter fes troupes , & à pourvoir
» d'artillerie & de munitions fes places frontieres ,
>> il croit pouvoir lui demander fierement , l'épée
» à la main , le motifde telles précautions. Si elle
» ne s'explique pas d'abord dans les termes qu'il
» lui preferit , & fi elle ne promet formellement
» de fufpendre les préparatifs qu'elle a commen-
» cés pour fa défenfe , il va jufqu'à la menacer
» de l'attaquer inceffamment avec une armée for-
» midable...... L'article ſecret du Traité de Pé-
» terfbourg devoit-il caufer quelque ombrage au
» Roi de Prufle ? Au devant de cet article , on avoit
> eu foin de mettre ces paroles remarquables : ( Si
contre toute attente , & contre les voeux communs
» S. M. Pruffienne eft la premiere à fe départir de
les
la Paix de Drefde. ) On avoit ajouté , que
» deux Parties Contractantes mettroient tout en
» ufage pour prévenir un tel inconvénient . Ces clau-
» fes ne prouvoient- elles pas évidemment que , fi
» l'Impératrice Reine fe réfervoit le droit de re-
» vendiquer la Siléfie , & d'employer le fecours
MAR S. 1757. 199
de fes Alliés pour la recouvrer , c'étoit feule-
» ment dans le cas où , malgré les voeux com-
» muns de l'Impératrice Reine & de l'Impératrice
» de Ruffie , & malgré toutes les peines qu'Elles
>> emploieroient pour le maintien de la paix , le
» Roi de Pruffe tenteroit une nouvelle aggref-
» fion ? .... Pour ce qui regarde la découverte de
» cet article , S. M. Pruffienne pouvoit s'épargner
» un expédient auffi illicite que celui de forcer un
» Cabinet Royal dans un pays neutre , puifque la
» Cour de Vienne n'auroit fait aucune difficulté
» difficulté d'avouer qu'elle a porté toujours fa plus
» grande attention fur les préparatifs de guerre
» des Pruffiens & fur leurs vexations , & qu'elle
» s'eft fervie de tous les moyens néceffaires & juf-
» tes , pour donner à l'auteur des troubles , s'il eft
» poffible , lieu de ſe repentir de ſes violences &
» de fes injuftices. >>
Le 17 de ce mois , la Diete générale de l'Empire
donna le Conclufum fuivant. « De la part des
Electeurs , Princes & Etats de l'Empire , on dé-
» clare à M. le Prince de la Tour - Taxis , Princi-
» pal Commiffaire de l'Empereur , qu'on a due-
» ment propofé aux trois Colleges de l'Empire ,
» & mis en délibération les Décrets de Commif-
» fion Impériale , portés les 20 Septembre & 18
» Octobre de l'année derniere , à la Dictature , au
» fujet de l'invaſion hoftile du Roi de Pruffe Elec-
>> teur de Brandebourg , dans la Saxe & dans la
>> Boheme ; ainfi que la Lettre de S. M. l'Impéra-
» trice Reine , du 21 Octobre , & les Mémoires
» préſentés par les Miniftres de Saxe & de Brande-
» bourg les 23 Septembre & 20 Décembre der-
» niers : qu'on a vu , par leur contenu , toutes les
» circonftances de l'irruption faite par les troupes
» Pruffiennes dans les Etats de l'Impératrice Rei-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
>> ne & du Roi de Pologne Electeur de Saxe , la
>> maniere dont l'Electorat de Saxe & autres Etats
» ont été faifis & font encore détenus , & enfin les
» Mandemens émanés du Juge Suprême de l'Em-
» pire contre ces entreprifes : qu'après une mûre
» délibération , telle que l'importance de l'affaire
» l'exigeoit , il a été conclu & arrêté que S. M.
» Impériale feroit très-refpectueufement remer-
» ciée de fes foins paternels pour le rétabliſſement
» de la tranquillité publique : qu'en même temps
» Elle feroit très - humblement requife de conti-
>> nuer d'agir , comme Elle a commencé , fui-
» vant les Loix & Conftitutions de la Patrie , ( en
particulier felon l'ordonnance d'exécution , la
» paix de Weftphalie & la Capitulation Impéria-
» le ) , afin que par les moyens déja mis en oeuvre
» & ceux qu'on emploiera , non feulement S. M.
» le Roi de Pologne foit remis en poffeffion de fes
Etats avec le dédommagement le plus complet ,
>> mais auffi que S. M. l'Impératrice , comme
» Reine & Electrice de Boheme , obtienne la ſatisfaction
qui lui eft dûe : qu'en conféquence
» des Excicatoires de S. M. Impériale , tous les
» Co-Etats de l'Empire , qui ont à coeur le main-
» tien de la Conftitution fondamentale du Corps
» Germanique , concourront de tout leur pou-
» voir aux moyens de parvenir au but propofé par
» Sadite Majefté : que pour fecourir tant les Etats
opprimés que ceux qui pourroient dans la fuite
» éprouver le même fort , tous les Cercles porte-
» ront fans délai leurs contingens au triple , & les
tiendront prêts à marcher avec tout ce qui eft
» néceffaire au fervice. On fe réſerve une expli-
» cation ultérieure fur les autres points des Décrets
de Commiſſion. »
MARS . 1757 . 201
DE LIEGE , le 31 Janvier.
Dès qu'on eut reçu
ici la nouvelle de l'attentat
commis contre la Perfonne de Louis XV , on donna
ordre d'arrêter & d'examiner , fans diſtinction
de rang , tous les étrangers qui arriveroient
en cet-
Ville. Les Etats de l'Evêché , étant actuellement
affemblés , députerent à M. Durand d'Aubigny ,
Réfident de France , pour lui témoigner le vif intérêt
qu'ils prennent àla confervation
de Sa Majefté
Très- Chrétienne. Le 14 , les Chanoines de l'Eglife
Collégiale de Saint Martin , dont le Roi de
France eft protecteur , firent chanter une grande
Meffe en mufique , en action de graces de ce qu'il
a plu à Dieu de fauver les jours de ce Monarque.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye du Val
des Ecoliers de cette Ville , coururent fe profterner
au pied des Autels , pour obtenir du Ciel la
confervation de ce Monarque. Pendant neufjours,
ils ont continué leurs prieres. Lorsqu'ils eurent
appris la guérifon de S. M. Très - Chrétienne , ils
réfolurent de rendre de folemnelles actions de
graces au Tout-Puiffant. Le 27 de ce mois , jour
fixé pour cette cérémonie , elle fut annoncée le
matin par une falve de boîtes , qui fut répétée à
midi. M. d'Aubigny , Réfident de France , s'étant
rendu à l'Abbaye , l'Abbé à la tête des Chanoines
, & en habits pontificaux , le reçut à la porte
de l'Eglife , & lui adreffa ce difcours : « Mon-
» fieur , effuyons nos larmes , & oublions , s'il
» fe peut , les horreurs qui les ont fait couler ,
» pour ne penfer qu'aux miféricordes de l'Eternel ,
» qui vient d'arracher à la mort un Prince dont la
» perte eût été pour nous le comble des malheurs..
Qu'il vive ce grand Roi , la gloire & les délices
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
» de la France ! Qu'il vive ce Prince Bien- Aimé !
>> Qu'il jouiffe longtemps des douceurs d'un nom
>> plus cher pour lui , que ceux qu'il s'eft acquis
9.
par les victoires ! C'eft en ne laiffant échapper
>> aucune occafion de mériter le nom de Bien-Ai-
» mé, de la part de l'Etranger même , que ce
» Roi pacifique étend chaque jour les bornes de
>> fon Empire au- delà des pays de fa domination .
» Nous en fommes témoins , Monfieur , & nous
» le publions avec joie. Louis eft pour les Voifins
» comme pour les François , Louis le Bien - Aimé.
>> C'eft un hommage & un tribut que la recon-
>> noiffance ne peut refufer à la générofité de ce
>> Prince bienfaifant . Que ne puis - je , Monfieur
» répandre dans le fein du Miniftre d'un fi grand
» Roi tous les fentimens que le devoir & l'amour
» le plus refpectueux m'infpirent ! ... Mais la
» Religion nous appelle dans le Sanctuaire. Al-
» lons , Monfieur , rendre gloire à Dieu du pro-
» dige éclatant qu'il a opéré pour la confervation
» du Fils Aîné de fon Eglife. Demandons en mê-
» me temps que fa main bienfaifante demeure
» étendue fur l'homme de fa droite , pour le protéger
& pour le défendre . Qu'il ajoute long-
» temps des jours à des jours fi précieux ! Le Ciel
attend nos voeux , pour les exaucer , & pour
>> nous prouver que Louis eft autant le Bien-Aimé
» de Dieu que des hommes . >>
On conduifit M. d'Aubigny dans le Choeur , &
le Te Deum fut chanté en Mufique . L'Eglife étoit
ornée avec la plus grande magnificence. Une tenture
, enrichie de fleurs de lys d'or , entouroit le
Choeur , jufqu'à la naiffance de la voute , & le
Chiffre de Louis XV étoit placé d'efpace en efpace
dans des cartouches. Des girandoles chargées de
bougies formoient un triple cordon de lumieres.
MARS. 1757. 203
Plufieurs luftres , qui defcendoient de la voûte ,
augmentoient le brillant de l'illumination . Vis - àvis
du fauteuil du Célébrant , on avoit élevé un
trône où étoit le Portrait de S. M. Très- Chrétienne
, auquel on a rendu les mêmes honneurs
que fi Elle avoit été préfente. Le Portrait étoit
couronné de cette Infcription : Dilectus Deo &
hominibus. On lifoit à la droite du trône ces
rots : Obducam cicatricem tibi , & à vulneribus
tuis fanabo te ; & à la gauche ceux - ci : Sanavi
Ludovicum reduxi , & reddidi confolationes
lugentibus eum. L'illumination de la Nef répondoit
à celle du Choeur. L'architecture de la tribune
dans laquelle eft l'Orgue , étoit deffinée avec.
des pots à feu. Des deux côtés de l'Orgue s'élevoient
deux pyramides de lampions. Un cordon
de flambeaux de cire blanche régnoit tout le long
de la corniche . Le portail de l'Eglife & les bâtimens
qui l'environnent , étoient entiérement illuminés.
DE VIENNE , le 29 Janvier.
UN Courier , arrivé le 13 Janvier de Verfailles ;
a apporté l'effrayante nouvelle du danger auquel
a été exposé le Roi Très - Chrétien. Auffitôt l'Impératrice
Reine manda au Cardinal de Trautſon ,
Archevêque de cette Ville , d'ordonner des prieres
publiques , pour obtenir du Ciel la confervation
d'un Prince , dont les jours font fi précieux à l'Europe
. Les Eglifes font remplies d'une affluence extraordinaire
de perfonnes de tous les Ordres , qui
demandent à Dieu le rétabliſſement de la fanté de
ce Monarque .
Notre Cour vient de conclure avec celle de France
une convention , par laquelle elles s'engagent à
Le rendre réciproquement les déferteurs de leurs
troupes. Cette convention commencera le premier
du mois prochain à avoir ſon effet .
DE LEITMERITZ , le 7 Janvier.
Le premier de ce mois , le Général Lafcy fit attaquer
par cinq cens Croates le poſte d'Óftritz ,
où il y avoit trois cens Pruffiens . Le Major Blumenthal
, qui y commandoit , fut tué. Les enne,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
mis perdirent deux autres Officiers & trente - huit
Soldats. On fit neuf prifonniers. Le refte fut difper.
fé. De notre côté , il y eut un Capitaine tué , un
Lieutenant & fix Soldats bleffés . Le lendemain, les
Pruffiens reprirent ce pofte. Ils l'ont fait occuper
par mille hommes , & ils y ont mis quatre pieces
de canon.
DE DRESDE , le premier Février.
Le fieur Frege , Directeur de la Monnoie de
Leipfick , a eu ordre du Directoire Général de
Guerre du Roi de Pruffe , de délivrer , fous peine
d'être mis aux fers , les coins , les inftrumens néceffaires
à frapper des efpeces , & même les matieres
d'or & d'argent qu'il avoit fous fa garde.
Les exécutions militaires contre les Bailliages
qui n'ont pas fourni le nombre de recrues exigé ,
s'effectuent avec rigueur.
Malgré les circonftances où se trouve la Saxe ,
la Reine , le Prince Royal , la Princeffe fon épouse ,
& les Princes Albert & Clement, envoyerent complimenter
le Roi de Pruffe le jour anniverſaire de
fa naiffance. S. M. Pruffienne fit l'accueil le plus
gracieux aux Seigneurs chargés de s'acquitter de
ce cérémonial. Elle les affura qu'Elle ne defiroit
rien avec plus d'ardeur , que de pouvoir délivrer la
Saxe du Séjour des troupes étrangeres. Le 28 du
mois dernier , ce Prince partit pour la Siléfie.
Plufieurs des Régimens Pruffiens qui font en cette
Ville , ont reçu ordre de fe tenir prêts à marcher.
Plufieurs remifes confidérables , que la Reine a
reçues , ont mis cette Princefle en état , non feulement
d'acquitter une partie des dettes que de
malheureufes circonftances l'ont obligée de contracter
, mais encore de faire fentir les effets de fa
générosité aux Officiers Saxons , qui ont beſoin
MAR S. 1757. 197
de fecours , On a diſtribué ici clandeftinement divers
exemplaires d'un Ecrit anonyme , intitulé ,
Démonftrationfuccincte que le Royaume de Boheme
appartient au Roi de Pruffe. L'Auteur , pour établir
le prétendu droit de S. M. Pruffienne , remonte à
Marguerite , Princeffe de Boheme , qui dans le
quinzieme fiecle fut mariée à Jean III , Margrave
de Brandebourg. Le Roi de Pruffe , indigné qu'on
lui prêtât des vues contraires à celles qu'il a annoncées
dans fes Déclarations , a ordonné que
l'ouvrage fût brûlé par la main du Bourreau . Ce
Prince fait faire d'exactes perquifitions , pour découvrir
l'Auteur & l'Imprimeur.
9
En différens endroits , les Officiers Pruffiens
ont fait ouvrir les prifons , & ont enrôlé toutes les
perfonnes qu'ils y ont trouvées propres à porter
les armes. Depuis quelque temps ils engagent indiftinctement
tous les jeunes gens , foit artifans
foit domeftiques , fans avoir égard ni à la profeffion
, ni à la livrée. Le Roi de Pruffe a fait publier
une Ordonnance , par laquelle il enjoint à tous les
Saxons qui font à fon fervice , & qui poffedent
des biens fonds , de les vendre , & de dépofer à la
caiffe du Directoire militaire les fommes qui pro .
viendront de la vente. S'ils ont quelques préten
tions à faire valoir , les Bailliages refpectifs font
tenus de leur rendre prompte juftice , & les deniers
provenans de ces prétentions feront portés
pareillement à ladite caiffe.
DE RATISBONNE , le 25 Janvier.
On a reçu ici plufieurs exemplaires d'un Ecrit
que la Cour de Vienne vient de faire publier. , &
qui eft intitulé , Remarques fur les Manifeftes , Lettres
Circulaires autres Mémoires , donnés de la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
part du Roi de Pruffe. Cette Piece contient trentefept
pages in-4° . Voici quelques-uns des principaux
traits qu'elle renferme . « Le Roi de Pruffe
prétend avoir feul le droit de tenir en tout tems
» de grandes armées prêtes à marcher , & d'aug-
» menter fucceffivement , fans aucun danger ap-
» parent , le nombre de fes troupes . Il s'arroge
» même le privilege de faire enlever , tantôt par
» rufe , tantôt par violence , les Sujets aux Souve-
» rains , les Miniftres aux Eglifes , les enfans aux
» peres , les peres aux enfans. En même temps , il
» ne veut pas qu'une Puiffance voifine puiffe le
»foupçonner d'un deffein offenfif, & qu'elle fe
» concerte avec d'autres Puiffances pour Le défen-
» dre en cas d'attaque..... Lorſqu'une Puiffance
» fonge à completter fes troupes , & à pourvoir
» d'artillerie & de munitions fes places frontieres ,
>> il croit pouvoir lui demander fierement , l'épée
» à la main , le motifde telles précautions. Si elle
» ne s'explique pas d'abord dans les termes qu'il
» lui preferit , & fi elle ne promet formellement
» de fufpendre les préparatifs qu'elle a commen-
» cés pour fa défenfe , il va jufqu'à la menacer
» de l'attaquer inceffamment avec une armée for-
» midable...... L'article ſecret du Traité de Pé-
» terfbourg devoit-il caufer quelque ombrage au
» Roi de Prufle ? Au devant de cet article , on avoit
> eu foin de mettre ces paroles remarquables : ( Si
contre toute attente , & contre les voeux communs
» S. M. Pruffienne eft la premiere à fe départir de
les
la Paix de Drefde. ) On avoit ajouté , que
» deux Parties Contractantes mettroient tout en
» ufage pour prévenir un tel inconvénient . Ces clau-
» fes ne prouvoient- elles pas évidemment que , fi
» l'Impératrice Reine fe réfervoit le droit de re-
» vendiquer la Siléfie , & d'employer le fecours
MAR S. 1757. 199
de fes Alliés pour la recouvrer , c'étoit feule-
» ment dans le cas où , malgré les voeux com-
» muns de l'Impératrice Reine & de l'Impératrice
» de Ruffie , & malgré toutes les peines qu'Elles
>> emploieroient pour le maintien de la paix , le
» Roi de Pruffe tenteroit une nouvelle aggref-
» fion ? .... Pour ce qui regarde la découverte de
» cet article , S. M. Pruffienne pouvoit s'épargner
» un expédient auffi illicite que celui de forcer un
» Cabinet Royal dans un pays neutre , puifque la
» Cour de Vienne n'auroit fait aucune difficulté
» difficulté d'avouer qu'elle a porté toujours fa plus
» grande attention fur les préparatifs de guerre
» des Pruffiens & fur leurs vexations , & qu'elle
» s'eft fervie de tous les moyens néceffaires & juf-
» tes , pour donner à l'auteur des troubles , s'il eft
» poffible , lieu de ſe repentir de ſes violences &
» de fes injuftices. >>
Le 17 de ce mois , la Diete générale de l'Empire
donna le Conclufum fuivant. « De la part des
Electeurs , Princes & Etats de l'Empire , on dé-
» clare à M. le Prince de la Tour - Taxis , Princi-
» pal Commiffaire de l'Empereur , qu'on a due-
» ment propofé aux trois Colleges de l'Empire ,
» & mis en délibération les Décrets de Commif-
» fion Impériale , portés les 20 Septembre & 18
» Octobre de l'année derniere , à la Dictature , au
» fujet de l'invaſion hoftile du Roi de Pruffe Elec-
>> teur de Brandebourg , dans la Saxe & dans la
>> Boheme ; ainfi que la Lettre de S. M. l'Impéra-
» trice Reine , du 21 Octobre , & les Mémoires
» préſentés par les Miniftres de Saxe & de Brande-
» bourg les 23 Septembre & 20 Décembre der-
» niers : qu'on a vu , par leur contenu , toutes les
» circonftances de l'irruption faite par les troupes
» Pruffiennes dans les Etats de l'Impératrice Rei-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
>> ne & du Roi de Pologne Electeur de Saxe , la
>> maniere dont l'Electorat de Saxe & autres Etats
» ont été faifis & font encore détenus , & enfin les
» Mandemens émanés du Juge Suprême de l'Em-
» pire contre ces entreprifes : qu'après une mûre
» délibération , telle que l'importance de l'affaire
» l'exigeoit , il a été conclu & arrêté que S. M.
» Impériale feroit très-refpectueufement remer-
» ciée de fes foins paternels pour le rétabliſſement
» de la tranquillité publique : qu'en même temps
» Elle feroit très - humblement requife de conti-
>> nuer d'agir , comme Elle a commencé , fui-
» vant les Loix & Conftitutions de la Patrie , ( en
particulier felon l'ordonnance d'exécution , la
» paix de Weftphalie & la Capitulation Impéria-
» le ) , afin que par les moyens déja mis en oeuvre
» & ceux qu'on emploiera , non feulement S. M.
» le Roi de Pologne foit remis en poffeffion de fes
Etats avec le dédommagement le plus complet ,
>> mais auffi que S. M. l'Impératrice , comme
» Reine & Electrice de Boheme , obtienne la ſatisfaction
qui lui eft dûe : qu'en conféquence
» des Excicatoires de S. M. Impériale , tous les
» Co-Etats de l'Empire , qui ont à coeur le main-
» tien de la Conftitution fondamentale du Corps
» Germanique , concourront de tout leur pou-
» voir aux moyens de parvenir au but propofé par
» Sadite Majefté : que pour fecourir tant les Etats
opprimés que ceux qui pourroient dans la fuite
» éprouver le même fort , tous les Cercles porte-
» ront fans délai leurs contingens au triple , & les
tiendront prêts à marcher avec tout ce qui eft
» néceffaire au fervice. On fe réſerve une expli-
» cation ultérieure fur les autres points des Décrets
de Commiſſion. »
MARS . 1757 . 201
DE LIEGE , le 31 Janvier.
Dès qu'on eut reçu
ici la nouvelle de l'attentat
commis contre la Perfonne de Louis XV , on donna
ordre d'arrêter & d'examiner , fans diſtinction
de rang , tous les étrangers qui arriveroient
en cet-
Ville. Les Etats de l'Evêché , étant actuellement
affemblés , députerent à M. Durand d'Aubigny ,
Réfident de France , pour lui témoigner le vif intérêt
qu'ils prennent àla confervation
de Sa Majefté
Très- Chrétienne. Le 14 , les Chanoines de l'Eglife
Collégiale de Saint Martin , dont le Roi de
France eft protecteur , firent chanter une grande
Meffe en mufique , en action de graces de ce qu'il
a plu à Dieu de fauver les jours de ce Monarque.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye du Val
des Ecoliers de cette Ville , coururent fe profterner
au pied des Autels , pour obtenir du Ciel la
confervation de ce Monarque. Pendant neufjours,
ils ont continué leurs prieres. Lorsqu'ils eurent
appris la guérifon de S. M. Très - Chrétienne , ils
réfolurent de rendre de folemnelles actions de
graces au Tout-Puiffant. Le 27 de ce mois , jour
fixé pour cette cérémonie , elle fut annoncée le
matin par une falve de boîtes , qui fut répétée à
midi. M. d'Aubigny , Réfident de France , s'étant
rendu à l'Abbaye , l'Abbé à la tête des Chanoines
, & en habits pontificaux , le reçut à la porte
de l'Eglife , & lui adreffa ce difcours : « Mon-
» fieur , effuyons nos larmes , & oublions , s'il
» fe peut , les horreurs qui les ont fait couler ,
» pour ne penfer qu'aux miféricordes de l'Eternel ,
» qui vient d'arracher à la mort un Prince dont la
» perte eût été pour nous le comble des malheurs..
Qu'il vive ce grand Roi , la gloire & les délices
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
» de la France ! Qu'il vive ce Prince Bien- Aimé !
>> Qu'il jouiffe longtemps des douceurs d'un nom
>> plus cher pour lui , que ceux qu'il s'eft acquis
9.
par les victoires ! C'eft en ne laiffant échapper
>> aucune occafion de mériter le nom de Bien-Ai-
» mé, de la part de l'Etranger même , que ce
» Roi pacifique étend chaque jour les bornes de
>> fon Empire au- delà des pays de fa domination .
» Nous en fommes témoins , Monfieur , & nous
» le publions avec joie. Louis eft pour les Voifins
» comme pour les François , Louis le Bien - Aimé.
>> C'eft un hommage & un tribut que la recon-
>> noiffance ne peut refufer à la générofité de ce
>> Prince bienfaifant . Que ne puis - je , Monfieur
» répandre dans le fein du Miniftre d'un fi grand
» Roi tous les fentimens que le devoir & l'amour
» le plus refpectueux m'infpirent ! ... Mais la
» Religion nous appelle dans le Sanctuaire. Al-
» lons , Monfieur , rendre gloire à Dieu du pro-
» dige éclatant qu'il a opéré pour la confervation
» du Fils Aîné de fon Eglife. Demandons en mê-
» me temps que fa main bienfaifante demeure
» étendue fur l'homme de fa droite , pour le protéger
& pour le défendre . Qu'il ajoute long-
» temps des jours à des jours fi précieux ! Le Ciel
attend nos voeux , pour les exaucer , & pour
>> nous prouver que Louis eft autant le Bien-Aimé
» de Dieu que des hommes . >>
On conduifit M. d'Aubigny dans le Choeur , &
le Te Deum fut chanté en Mufique . L'Eglife étoit
ornée avec la plus grande magnificence. Une tenture
, enrichie de fleurs de lys d'or , entouroit le
Choeur , jufqu'à la naiffance de la voute , & le
Chiffre de Louis XV étoit placé d'efpace en efpace
dans des cartouches. Des girandoles chargées de
bougies formoient un triple cordon de lumieres.
MARS. 1757. 203
Plufieurs luftres , qui defcendoient de la voûte ,
augmentoient le brillant de l'illumination . Vis - àvis
du fauteuil du Célébrant , on avoit élevé un
trône où étoit le Portrait de S. M. Très- Chrétienne
, auquel on a rendu les mêmes honneurs
que fi Elle avoit été préfente. Le Portrait étoit
couronné de cette Infcription : Dilectus Deo &
hominibus. On lifoit à la droite du trône ces
rots : Obducam cicatricem tibi , & à vulneribus
tuis fanabo te ; & à la gauche ceux - ci : Sanavi
Ludovicum reduxi , & reddidi confolationes
lugentibus eum. L'illumination de la Nef répondoit
à celle du Choeur. L'architecture de la tribune
dans laquelle eft l'Orgue , étoit deffinée avec.
des pots à feu. Des deux côtés de l'Orgue s'élevoient
deux pyramides de lampions. Un cordon
de flambeaux de cire blanche régnoit tout le long
de la corniche . Le portail de l'Eglife & les bâtimens
qui l'environnent , étoient entiérement illuminés.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En janvier 1757, des rumeurs alarmantes sur la santé du roi de France, Louis XV, ont circulé, incitant l'impératrice reine à ordonner des prières publiques à Vienne pour sa guérison. Les églises se sont remplies de fidèles de tous milieux sociaux. Une convention entre les cours d'Allemagne et de France a été conclue pour échanger les déserteurs de leurs troupes, effective à partir du 1er février. Sur le front militaire, le 1er janvier à Leitmeritz, le général Laffy a attaqué un poste prussien à Óstritz, tuant le major Blumenthal et faisant plusieurs prisonniers. Les Prussiens ont repris le poste le lendemain et l'ont renforcé. À Dresde, le directeur de la monnaie de Leipzig a reçu l'ordre de fournir les outils et matières nécessaires à la frappe des espèces au Directoire Général de Guerre du roi de Prusse. Les exécutions militaires contre les bailliages n'ayant pas fourni le nombre requis de recrues se poursuivaient avec rigueur. Malgré les difficultés, la reine de Saxe et les princes saxons ont complimenté le roi de Prusse à l'occasion de son anniversaire, exprimant leur espoir de voir les troupes étrangères quitter la Saxe. Plusieurs régiments prussiens se préparaient à partir, et la reine de Saxe a distribué des aides financières aux officiers saxons dans le besoin. Un écrit anonyme prétendant que la Bohême appartenait au roi de Prusse a été distribué clandestinement. Le roi de Prusse a ordonné la destruction de cet écrit et a lancé des enquêtes pour identifier l'auteur et l'imprimeur. Les officiers prussiens ont enrôlé de force des prisonniers et des jeunes gens pour renforcer leurs troupes. Une ordonnance prussienne a également contraint les Saxons au service prussien à vendre leurs biens fonciers. À Ratisbonne, la cour de Vienne a publié un document répondant aux manifestes du roi de Prusse, critiquant ses actions militaires et ses exigences. La Diète générale de l'Empire a conclu que l'impératrice reine devait continuer à agir selon les lois et constitutions pour rétablir la tranquillité et aider le roi de Saxe à récupérer ses États. À Liège, après un attentat contre Louis XV, des mesures de sécurité ont été prises pour arrêter et examiner les étrangers arrivants. Les États de l'Évêché ont exprimé leur soutien au roi de France. Des messes et des prières ont été organisées pour sa guérison, suivies de cérémonies de remerciement après sa récupération. Le résident de France a été accueilli à l'abbaye du Val des Écoliers pour une cérémonie de Te Deum en l'honneur du roi. En mars 1757, une illumination somptueuse a été réalisée dans une église. Le chiffre de Louis XV était placé dans des cartouches à intervalles réguliers. Des girandoles chargées de bougies formaient un triple cordon de lumières, et plusieurs lustres descendant de la voûte augmentaient l'éclat de l'illumination. En face du fauteuil du célébrant, un trône accueillait le portrait du roi Louis XV, auquel on rendait les mêmes honneurs qu'à sa présence. Le portrait était couronné de l'inscription 'Dilectus Deo & hominibus'. À droite du trône, on lisait 'Obducam cicatricem tibi, & vulneribus tuis sanabo te', et à gauche 'Sanavi Ludovicum reduxi, & reddidi consolationes lugentibus eum'. L'illumination de la nef répondait à celle du chœur. L'architecture de la tribune de l'orgue était ornée de pots à feu, et deux pyramides de lampions s'élevaient de chaque côté de l'orgue. Un cordon de flambeaux de cire blanche courait le long de la corniche. Le portail de l'église et les bâtiments environnants étaient entièrement illuminés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 186-189
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Les efforts, que les amis du sieur Byng ont faits pour le sauver, [...]
Mots clefs :
Londres, Amiral Byng, Exécution, Derniers sentiments, Écrit, Soldats, Mort par balle, Public, État, Jugement, Irlande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Mars.
•
Les efforts , que les amis du fieur Byng ont
faits le fauver , ayant été fans fuccès ; cet
pour
Amiral , par la fermeté avec laquelle il s'eft préparé
à la mort , a montré qu'on lui avoit reproché
injuftement trop d'attache à la vie. Le 14 jour
fixé pour l'exécution de la fentence prononcée
contre cet Officier , les Chaloupes de la Flotte
remplies par les Officiers des Vaiffeaux de guerre
& par les Soldats de Marine , fe font placées aux
stations , qui leur avoient été indiquées près du
Vaiffeau le Monarque . Sur le midi , le fieur Byng
eft forti de la chambre où il étoit détenu à bord
de ce Bâtiment. Le Chapelain du Vaiffeau , &
deux Officiers , l'accompagnoient . Il les a priés
d'accepter chacun une bourfe de cinquante guinées
: il a fait diftribuer auffi dix guinées à chacun
des neuf Soldats commandés pour l'arquebufer.
Enfuite il a remis un papier au fieur Guillaume
Brough , Maréchal de la Cour d'Amirauté , en
AVRIL. 1757. 187
2
lui difant : Monfieur , voici mes derniers fentimens.
Je vous prie de les rendre publics , afin de détruire
les imputations odieufes dont on m'a noirci . Le
double de cet écrit eft entre les mains d'un de mes
parens. Après avoir pris congé des performes qui
l'environnoient , le malheureux Amiral plus
tranquille que les témoins de ce lugubre fpectacle
, s'eft mis à genoux , & s'eft bandé lui-même
les yeux avec un mouchoir. Il en tenoit un autre ,
& il l'a laiffé tomber. C'étoit le fignal dont il
étoit convenu avec les foldats deftinés pour exécuter
la fentence. Auffi- tôt font partis fix coups
de fufil , tirés par fix de ces foldats . Trois autres
étoient prêts à faire feu : mais une ſeconde décharge
n'a pas été néceffaire ; l'Amiral ayant
reçu cinq balles dans la poitrine , & une dans le
milieu du front , eft tombé roide mort fur le côté
gauche. Ainfi a fini le fieur Byng , dont le nom
fera cité parmi ceux des illuftres infortunés , comme
le nom de fon frere le fera dans la lifte des
modeles de la tendreffe fraternelle. Une foule
innombrable de peuple étoit accourue fur le
rivage pour affifter à cette exécution . La multitude
n'a pu refufer fa fenfibilité à la mort d'un
homme , dont elle avoit pourſuivi la condamnation
avec tant d'ardeur. L'écrit que le fieur Byng
a remis au fieur Brough , contient ce qui fuit :
« Dans quelques inftans , je ferai délivré de la
» violente perfécution de mes ennemis , & je ne
» ferai plus en butte aux traits de leur méchan-
» ceté. Je n'ai garde de leur envier une vie qu'ils
doivent paffer dans les remords inféparables du
» crime. Après ma mort , on me rendra la juftice
» qui m'a été refuſée pendant ma vie. La maniere
>> dont on a excité contre moi les clameurs du
» peuple , & les motifs qu'on a eus de les entre188
MERCURE DE FRANCE.
» tenir , paroîtront dans tout leur jour . Ôn me
» regardera comme une victime deſtinée à détour-
» ner de leur véritable objet l'indignation & le
>> reffentiment d'une Nation offenfee & abuſée.
» Mes ennemis , eux- mêmes intérieurement , ne
>> font pas moins convaincus que mes amis de
» mon innocence . Il eſt heureux pour moi de
≫pouvoir emporter au tombeau cette perfuafion .
» Je ſouhaite de tout mon coeur que le ſacrifice
» de mon ſang puiſſe contribuer au bonheur pu-
» blic. Mais ma confcience ne me reprochant
» aucun des malheurs arrivés à ma patrie , je
>> ne puis me refuſer à moi-même la fatisfaction
» de protefter hautement que j'ai rempli fidéle-
➤ment mon devoir , & que j'ai fait tout l'uſage
» que j'ai pu de mes lumieres & de ma capacité ,
» pour l'honneur du Roi & pour le ſervice de
» l'Etat . Je ſuis mortifié que ma bonne volonté
» n'ait pas été ſuivie d'un fuccès plus heureux , &
» que l'armement , dont le commandement m'a
» été confié , ait été trop foible pour l'importance
» de l'expédition auquel il étoit deftiné . La vérité
» toutefois a triomphé du menſonge & de la ca-
» lomnie , & la juſtice elle- même à lavé la tache
>> ignominieuſe dont on m'avoit couvert , en
» m'imputant malignement d'avoir manqué de
» fidélité ou de courage. Mon coeur me rend té-
» moignagne que je ne fuis point en faute à ces
» deux égards . Mais quel eft l'homme affez pré-
»fomptueux pour le flatter qu'il ne fe trompe
» point dans les jugemens ? Je me crois inno-
» cent , & mes Juges m'ont cru coupable. Si je
» me trompe , on doit excuſer mon erreur , com-
» me étant le partage de l'humanité . Si ce font
» mes Juges qui fe font trompés , que Dieu leur
» pardonne , comme je fais , leur illuſion ! Puiffent
AVRIL 1757. 189
» le trouble & les allarmes qu'ils ont fait paroître
, lorfqu'ils m'ont condamné , fe calmer &
>> ceffer , comme tout reffentiment ceffe actuelle-
» ment de ma part ! Grand Dieu ! Juge ſuprême
de tous les coeurs ! tu as connu le mien : c'eſt à
» toi que je foumets la juftice de ma cauſe. »>
Signé , J. Byng. A bord du Vaiſſeau de guerre le
Monarque , dans le Havre de Portsmouth , le 14
ל כ
Mars
1757.
Le corps du fieur Byng a été tranfporté de
Portſmouth à fa terre de Southill , que cet Amiral
poffédoit dans le Duché de Bedfort.
Selon les avis reçus d'Irlande , cent Bâtimens de
tranſports , ayant à bord les troupes destinées
pour l'Amérique , ont fait voile de Cork , fous
Peſcorte de deux Vaiffeaux de guerre.
DE LONDRES , le 18 Mars.
•
Les efforts , que les amis du fieur Byng ont
faits le fauver , ayant été fans fuccès ; cet
pour
Amiral , par la fermeté avec laquelle il s'eft préparé
à la mort , a montré qu'on lui avoit reproché
injuftement trop d'attache à la vie. Le 14 jour
fixé pour l'exécution de la fentence prononcée
contre cet Officier , les Chaloupes de la Flotte
remplies par les Officiers des Vaiffeaux de guerre
& par les Soldats de Marine , fe font placées aux
stations , qui leur avoient été indiquées près du
Vaiffeau le Monarque . Sur le midi , le fieur Byng
eft forti de la chambre où il étoit détenu à bord
de ce Bâtiment. Le Chapelain du Vaiffeau , &
deux Officiers , l'accompagnoient . Il les a priés
d'accepter chacun une bourfe de cinquante guinées
: il a fait diftribuer auffi dix guinées à chacun
des neuf Soldats commandés pour l'arquebufer.
Enfuite il a remis un papier au fieur Guillaume
Brough , Maréchal de la Cour d'Amirauté , en
AVRIL. 1757. 187
2
lui difant : Monfieur , voici mes derniers fentimens.
Je vous prie de les rendre publics , afin de détruire
les imputations odieufes dont on m'a noirci . Le
double de cet écrit eft entre les mains d'un de mes
parens. Après avoir pris congé des performes qui
l'environnoient , le malheureux Amiral plus
tranquille que les témoins de ce lugubre fpectacle
, s'eft mis à genoux , & s'eft bandé lui-même
les yeux avec un mouchoir. Il en tenoit un autre ,
& il l'a laiffé tomber. C'étoit le fignal dont il
étoit convenu avec les foldats deftinés pour exécuter
la fentence. Auffi- tôt font partis fix coups
de fufil , tirés par fix de ces foldats . Trois autres
étoient prêts à faire feu : mais une ſeconde décharge
n'a pas été néceffaire ; l'Amiral ayant
reçu cinq balles dans la poitrine , & une dans le
milieu du front , eft tombé roide mort fur le côté
gauche. Ainfi a fini le fieur Byng , dont le nom
fera cité parmi ceux des illuftres infortunés , comme
le nom de fon frere le fera dans la lifte des
modeles de la tendreffe fraternelle. Une foule
innombrable de peuple étoit accourue fur le
rivage pour affifter à cette exécution . La multitude
n'a pu refufer fa fenfibilité à la mort d'un
homme , dont elle avoit pourſuivi la condamnation
avec tant d'ardeur. L'écrit que le fieur Byng
a remis au fieur Brough , contient ce qui fuit :
« Dans quelques inftans , je ferai délivré de la
» violente perfécution de mes ennemis , & je ne
» ferai plus en butte aux traits de leur méchan-
» ceté. Je n'ai garde de leur envier une vie qu'ils
doivent paffer dans les remords inféparables du
» crime. Après ma mort , on me rendra la juftice
» qui m'a été refuſée pendant ma vie. La maniere
>> dont on a excité contre moi les clameurs du
» peuple , & les motifs qu'on a eus de les entre188
MERCURE DE FRANCE.
» tenir , paroîtront dans tout leur jour . Ôn me
» regardera comme une victime deſtinée à détour-
» ner de leur véritable objet l'indignation & le
>> reffentiment d'une Nation offenfee & abuſée.
» Mes ennemis , eux- mêmes intérieurement , ne
>> font pas moins convaincus que mes amis de
» mon innocence . Il eſt heureux pour moi de
≫pouvoir emporter au tombeau cette perfuafion .
» Je ſouhaite de tout mon coeur que le ſacrifice
» de mon ſang puiſſe contribuer au bonheur pu-
» blic. Mais ma confcience ne me reprochant
» aucun des malheurs arrivés à ma patrie , je
>> ne puis me refuſer à moi-même la fatisfaction
» de protefter hautement que j'ai rempli fidéle-
➤ment mon devoir , & que j'ai fait tout l'uſage
» que j'ai pu de mes lumieres & de ma capacité ,
» pour l'honneur du Roi & pour le ſervice de
» l'Etat . Je ſuis mortifié que ma bonne volonté
» n'ait pas été ſuivie d'un fuccès plus heureux , &
» que l'armement , dont le commandement m'a
» été confié , ait été trop foible pour l'importance
» de l'expédition auquel il étoit deftiné . La vérité
» toutefois a triomphé du menſonge & de la ca-
» lomnie , & la juſtice elle- même à lavé la tache
>> ignominieuſe dont on m'avoit couvert , en
» m'imputant malignement d'avoir manqué de
» fidélité ou de courage. Mon coeur me rend té-
» moignagne que je ne fuis point en faute à ces
» deux égards . Mais quel eft l'homme affez pré-
»fomptueux pour le flatter qu'il ne fe trompe
» point dans les jugemens ? Je me crois inno-
» cent , & mes Juges m'ont cru coupable. Si je
» me trompe , on doit excuſer mon erreur , com-
» me étant le partage de l'humanité . Si ce font
» mes Juges qui fe font trompés , que Dieu leur
» pardonne , comme je fais , leur illuſion ! Puiffent
AVRIL 1757. 189
» le trouble & les allarmes qu'ils ont fait paroître
, lorfqu'ils m'ont condamné , fe calmer &
>> ceffer , comme tout reffentiment ceffe actuelle-
» ment de ma part ! Grand Dieu ! Juge ſuprême
de tous les coeurs ! tu as connu le mien : c'eſt à
» toi que je foumets la juftice de ma cauſe. »>
Signé , J. Byng. A bord du Vaiſſeau de guerre le
Monarque , dans le Havre de Portsmouth , le 14
ל כ
Mars
1757.
Le corps du fieur Byng a été tranfporté de
Portſmouth à fa terre de Southill , que cet Amiral
poffédoit dans le Duché de Bedfort.
Selon les avis reçus d'Irlande , cent Bâtimens de
tranſports , ayant à bord les troupes destinées
pour l'Amérique , ont fait voile de Cork , fous
Peſcorte de deux Vaiffeaux de guerre.
Fermer
Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 14 mars 1757, l'amiral John Byng fut exécuté à bord du vaisseau le Monarque à Portsmouth. Malgré les tentatives de ses partisans pour le sauver, Byng accepta sa sentence avec dignité. Accompagné du chapelain du vaisseau et de deux officiers, il distribua des sommes d'argent aux personnes présentes et remit un écrit à Guillaume Brough, maréchal de la Cour d'Amirauté, dans lequel il exprimait son innocence et sa fidélité à son devoir. L'exécution se déroula en présence d'une foule nombreuse, dont la sensibilité contrastait avec l'ardeur précédente pour sa condamnation. Dans son écrit, Byng souligna son innocence, son dévouement à son pays et sa tristesse face à l'échec de son expédition. Son corps fut ensuite transporté à sa propriété de Southill dans le Duché de Bedford. Par ailleurs, cent bâtiments de transport, escortés par deux vaisseaux de guerre, quittèrent Cork en direction de l'Amérique avec des troupes à bord.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 56-69
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Début :
Je ne sais pas si Mallebranche a mis la dispute au nombre des moyens qui servent à la recherche de [...]
Mots clefs :
Musique, Jean-François Marmontel, Repos, Opéras, Arts, Christoph Willibald Gluck, Paroles, Niccolò Piccinni, Phrase, Écrit, Public, Question, Phrases, Italie, Juger, Critique, Compositeurs, Sensibles, Pathétique, Heureux, Note, Italiens, Esprit polémique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL ,
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
inférée dans le Mercure du 5 Septembre..
JEE ne fais pas fi Mallebranche a mis la difpute au
nombre des moyens qui fervent à la recherche de
la vérité ; mais ſi c'eſt un chemin pour y arriver , je
crains bien que ce ne foit pas le plus court.
Le public aime les difputes , & il aime à les blâmer.
C'eft que la plupart des hommes s'en amufent
par malignité , & qu'en les blâmant ils fe donnent
un air de raiſon & de modération qui ne coûte
rien.
Il eft difficile fans doute que des difcuffions fuivies
fur des objets de raifonnement ou de goût , ne fervent
à éclaircir quelques points de la queftion qu'on
traite ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Un
moyen für de fatiguer le public fans l'éclairer , c'eſt
de prolonger ces difcuffions.
DE FRANCE.
57
Il en eft des hommes qui difputent comme des
voyageurs celui qui a pris une fauffe route ,
chaque pas qu'il fait , s'écarte davantage du ter
me où il veut aller.
:
On commence par diſcuter la queſtion ; on finit
par ne plus difcuter que fes opinions & fes phrafes.
C'eft ce qui m'arriveroit fi je voulois répondre à
tous les points de la Lettre de M. Marmontel. Je
n'y aurois même point répondu , fi je n'avois eu que
mes opinions & mon goût à défendre. Mais on me
fait des reproches que je dois repouffer , parce que
ee feroit les autorifer que de garder le filence .
J'aime la mufique. Je fuis , puifqu'on le veut ,
enthoufiafte des Opéras de M. Gluck ; je le regarde
comme le créateur du véritable fyftême de musique
dramatique ; je lui dois les plus grands plaifirs & les
plus douces émotions que j'aye éprouvés au Théâtre
; je ne crois pas que l'amour fincère des arts
puiffe aller fans un vif fentiment d'affection & de
reconnoiffance pour ceux qui enrichiffent & perfectionnent
ces arts ; j'ai vu M. Gluck attaqué fans modération
& fans juftice , dans un moment où , même
avec moins de génie & de célébrité , il ne méritoit
que d'être encouragé & applaudi ; j'ai pris la
plume pour le défendre. Il n'en avoit pas befoin ; le
public le vengeoit mieux que mes éloges ne pouvoient
le faire ; mais je fatisfaifois un fentiment qui
m'étoit doux & qui me paroiffoit un devoir.
Depuis long-temps M. Gluck jouifloit en paix de
fes triomphes conftans & multipliés , lorfque M.
Marmontel , en rendant compte d'une brochure fur
la mufique , a jugé à- propos de renouveller une
attaque un peu gratuite contre le mérite de ce Compofiteur.
Pour prouver que M. Gluck n'avoit pas
une grande réputation en Italie , il a cité une Lettre
du P. Martini , qui cependant louoit beaucoup M.
"
Cv
MERCURE
Gluck , quoiqu'avec des reftrictions. J'ai cru devoir
citer une Lettre plus ancienne , dans laquelle le Pèrė
Martini louoit d'une manière encore plus forte &
plus abfolue M. Gluck , en lui accordant le mérite
d'avoir réuni tout ce que la mufique Italienne a de
plus beau , avec ce que la mufique Françoiſe & Alle
mande a de meilleur , ce qu'il n'a jamais dit & ne
peut jamais dire d'aucun Compofiteur Italien.
Ce n'étoit-là qu'une queftion de fait. J'ai tâché de
la relever un peu par quelques obfervations générales
fur la mufique , propres à faire naître , je ne dis
des idées nouvelles , mais du moins des réflexions
intéreffantes fur l'art. C'eft, à ce qu'il me femble , le
feul moyende rendre les difputes Littéraires plus utiles
& plus piquantes.
pas
Je ne me fuis pas permis dans ma réponſe un
feul mot qui , directement ni indirectement, puiffe défobliger
M. Marmontel . Il n'a pas cru me devoir
les mêmes ménagemens. Il s'eft un peu moqué de
quelques-unes de mes phrafes. Je n'en fuis point
bleffè fi j'ai eu tort , c'eft fort bien fait ; fi j'ai eu
raiſon , je n'en aurai pas moins raiſon.
En citant l'Effai de M. le Prince Belofelski , j'ai
parlé de fon ouvrage avec eftime , & de fa perfonne
avec les plus grands égards. J'ai obfervé feulement
qu'il employoit trop fouvent des expreffions vagues
& générales , des figures & des comparaifons
empruntées des autres arts , peu propres à donner
des idées préciſes fur les Artiftes & fur les productions
qu'il vouloit caractériſer ; j'ai cru l'obſervation
d'autant plus utile , que cet abus d'expreffions
figurées on abftraites eft devenu familier à des beauxefprits
, qui fachant arranger des phrafes & ne fachaut
pas l'alphabet des Arts , fe croyent faits pour
juger de tout , parce qu'il leur plaît de parler de tour,
& écrivent fur ces Arts , qu'ils n'ont pas étudiés ,
avec un ton de confiance qu'il ne faudroit pas preaDE
FRANCE.
59
•
dre en écrivant fur ce qu'on fait le mieux. M. le
Prince Belofelski n'avoit pas beſoin de cette petite
reffource de l'ignorance capable pour écrire d'une
manière intéreffante fur la mufique , qu'il avoit étu
diée dans la patrie de la mufique.
En rapportant pour exemples quelques phraſes de
fon Effai , j'en ai tranfcrit les paroles avec la plus
grande fidélité , fans en tirer aucune induction , fans
y voir autre chofe que ce qui y eft ; M. Marmon
tel m'accufe cependant d'avoir mutilé cet effai
mais il ne cite & ne peut citer aucune de ces phraſes
mutilées.
J'ai trouvé peu jufte ce qu'a dit M. le Prince Belo
felski, que Vinciifut créateur comme Corneille ; l'Auteu ?
ajoute , il eft vrai , que le Muficien fit le premier
bon Opéra - Comique , comme le Poëte compofa la
première bonne Tragédie , & que tous deux ont à
peu près la même élévation dans les idées tragiques ,
la même chaleur & la même rapidité dans le ftyle.
Mais fi j'avois rapporté ces raifons , j'aurois été obli
gé d'ajouter que jamais Corneille n'a été regardé
comme créateur de la Comédie ; que le Menteur
n'eft point une création , mais un Comédie imitée
de l'Efpagnol ; qu'on peut avoir de l'élévation dans
tes idées , & de la rapidité dans le ftyle , fans avoit
rien créé , &c. Je n'ai pas infifté là-deffas , parce
que je ne voulois pas faire la critique de l'Efai. Et
aujourd'hui qu'on m'oppofe ces phrafes , ne pourroisje
pas prier ceux qui les citent de me dire en quoi
confiftent l'élévation des idées & la rapidité du ſtyle
dans les Ariettes de Vinci ? Tous ces motss--là fent
bien aifés à écrire & à lire , & tout le monde croit
les entendre ; mais il feroit peut- être bien embarralfant
d'en faire une application claire à un air de
Artaxerce ou de la Didon.
Encore une fois , quand on parle d'un art , on
ne fe fait bien entendre qu'en parlant la langue de
Cvj
60 MERCURE
cet art ; les comparaiſons & les métaphores ne font
faites que pour rendre les idées plus fenfibles & plus
frappantes ; mais elles doivent venir à l'appui du terme
propre , & non pas en tenir lieu .
C'eſt par le même principe que j'avois penfé que
ce n'étoit pas s'exprimer avec affez de précifion , que
d'appeler Pergolèle le plus éloquent des Compofiteurs.
Je trouve le premier couplet du Stabat fublime &
pathétique ; mais , avois-je ajouté, lepathétique n'eft
pas de l'éloquence , & il n'y a rien de fi rare que de
l'éloquence en Mufique.
M. M. m'objecte que le premier couplet du Stabat
n'eft pas le feul qui foit fublime & pathétique ;
ce que je n'ai pas envie de contefter . Il ajoute, oùfera
donc l'éloquence , fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Ne peut-on pas répondre , dans Démosthène qui
n'eft point pathétique, dans Boffuet qui ne l'eft guère,
dans plufieurs autres Ecrivains qui ne fongent pas à
l'être ? D'un autre côté les cris de Philoctete dans fa
caverne , ne font-ils pas pathétiques fans être éloquents
; le mot naïf d'un enfant affligé , le difcours
incohérent d'un maniaque peuvent toucher jufqu'aux
larmes , & ne font point de l'éloquence. Mais enfin
fi , comme le fait entendre M. Marmontel , pathétique
& éloquent font fynonymes , pourquoi n'avoir
pas dit que Pergolèle étoit le plus pathétique
des Compofiteurs ? Čela auroit été auffi élégant, & entendu
de tout le monde.
Je n'ai pas cru, comme M. le P. B.que M. Picinni fut
admirable fur-tout à exprimer le fens des paroles. M.
Marmontel dit que ,jufqu'à préfent, toute l'Europe a été
de cefentiment , & ajoute, pour me rendre bien ridicule
, queje veux faire voir que toute l'Europe n'y
entend rien. Je pourrois demander où & quandtoute
l'Europe a dit cela. En attendant qu'on produife au
public ce Certificat de toute l'Europe , je dois juftifier
la critique que j'ai faite de trois morceaux de
DE FRANCE. Gr
2
Roland, où j'ai prétendu que le fens de la mufique
étoit peu d'accord avec celui des paroles. C'eſt le feul
point de toute cette difcuffion qui me tienne au coeur
& le feul qui m'ait déterminé à répondre , parce que
je ne veux pas être foupçonné d'avoir attaqué légè
rement un Compofiteur auffi célèbre que M. Piccini,
dont j'admire & j'aime les beaux ouvrages auffi
fincèrement qu'aucun de fes plus zélés Prôneurs ,
quoique ce ne foit pas au même degré.
J'ai dit que M. Piccini , ainfi que les plus grands
Maîtres d'Italie , facrifioit quelquefois le fens & la
ponctuation de la phrafe verbale à la fymétrie &
aux développemens de la phrafe muſicale . J'en ai
cité pour exemple l'air , je la verrai , & j'ai dit que
dans ce vers , ponctué ainfi par le Poëte :
Efclave , heureux de fervir tant d'appas.
Le Muficien avoit ponctué ainfi :
Efclave heureux; de fervir tant d'appas.
se qui ne fait plus aucun fens.
M. Marmontel me répond que je me trompe ;
que le Compofiteur n'a point détaché ces mots, de fervir
tant d'appas ; qu'il a écrit, heureux de fervirtant
d'appas, defuite &fans aucun repos.
Comme je n'avois cité que de fouvenir , j'ai
craint, en lifant un affertion fi pofitive , que ma mémoire
ou mon oreille ne m'euffent trompé. Je me
fais procuré la partition , & j'y ai trouvé écrit ce
que j'avois entendu chanter. Efclave heureux eft
répété trois fois dans l'air. Dans ces trois endroits
efclave eft toujours lié avec heureux par des doubles
croches ; heureux tombe fur une noire qui forme le
premier temps de la meſure , & donne avec la baſſe
une cadence parfaite ; ce qui conftitue un repos trèsfenfible
: defer vir tant d'appas eft donc détaché ,
& n'eft pas écrit de fuite.
62 MERCURE
Ceci n'eft point une affaire de goût ou de fèntiment
; c'eft une queſtion de fait : il fuffit de favoir
ce qu'on entend par repos dans une phraſe muſicale.
C'eft ce que je vais tâcher d'expliquer clairement en
reprenant la feconde critique que j'avois faite de l'ai
d'Angélique ,
j'ai dit
Oui, je le dois ; je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne
Oui , je dois me garantir.
que le fecond vers eft terminé par un repos
final , qui le fépare du vers fuivant , auquel il devroit
être lié.
La réponse eft facile , dit M. M. Il n'y a point de
repos final apres le fecond vers ; & M. Piccini , qui
fait ce que c'est qu'un repos final en muſique , aſſure
qu'il n'y en a point.
Voila une affertion bien nette & une autorité bien
impofante. Qui croiroit cependant que je n'ai avancé
qu'une vérité fimple & claire pour quiconque enend
feulement les termes de l'art ? Je vais les expli
quer le plus fuccinctement qu'il me fera potfible.
Le difcours muſical fe divife comme le difcours
oratoire, en phrafes & en portions de phrafes plus ou
moins étendues,& féparées par des repos plus ou moins
fenfibles , plus ou moins abfolus ; ces repos font
indiqués par la nature, la valeur & la place de la note
où ils tombent. Ainfi lorfqu'une phrafe de chant fe
termine à la note principale du mode de l'air ; que
cette note eft fur le terns fort de la meſure ; que la
baffe , procédant par la dominante à la tonique , s'arrête
fur la confonnance duton , c'est ce que les compofiteurs
appellent cadence parfaite , & c'est ce qui
-conftitue un repos final. Tous ces caractères fe trouvent
incontestablement réunis dans le paffage dont
il eft queftion. L'air eft en fi bémol ; à ces mots , du
doux penchant qui nous entraine , le chant donne fors
DE FRANCE 63
entraîne , trois noires, dont la première eft le la , note
fenfible , faifant partie de la feptième de dominante ,
& les deux autres font le fi bémol , note du ton. La
baffle frappe la même note au tems fort de la meſure ,
& tous les inftrumens donnent l'accord parfait. Enfin,
en furérogation de preuve , la phrafe eft terminée
par un filence de la moitié de la meſure , qui la ſépare
d'une manière plus marquée de la phrafe fuivante.
Je demande pardon au Lecteur d'entrer dans ces
détails ſcolaſtiques , & je le prie de ne pas croire que
je veuille me donner un air de connoiffeur ou de fa
vant ; je ne fuis qu'un écolier très-peu avancé; mes
connoiffances fe bornent à avoir lu les ouvrages des
Maîtres , avec affez d'application pour entendre les
élémens de la Science. Comme j'avois à défendre ma
critique contre une affertion tranchante & pofitive de
M. Marmontel , appuyée du témoignage de M.
Piccini , je n'avois à oppofer à de fi grandes autorités
que des raifons & des noms célèbres. Auffi ce que
je viens de dire n'eft point ma doctrine; c'eſt la doctrine
fimple, & fidélement exposée de tous les Auteurs
qui ont écrit fur la compofition, de Rameau, de J. J.
Rouffeau , du P. Martini même & de plufieurs autres ,
dont je ne rapporte pas les paroles , pour ne pas furcharger
cet écrit de citations , inutiles pour les hommes
inftruits , plus inutiles encore pour ceux qui ne
Je font pas. J'ai confulté quatre Compofiteurs fur le
même objet , tous ont paru étonnés qu'on pût élever
une pareille queftion ; tous m'ont offert de figner leur
avis : il réſulte de ces témoignages accumulés & uni-
* Voy.les différens ouvrages de Rameau , & particulièrement
fon Code de Mafique , Ch. X. Rouffeau , Dictionn. de
Muf. art. Cadence & Phrafe. M. Bemetz Rieder , Traité
de Mufique Théori -pratique , p. 243. M. Mercadier de Belefta
, nouveau fyfteme de Mufique Théorique &pratique , p.
190. D. Eximeno , Regole della Mafica. P. Martini, Sag
giofondamentale pratico di contrapunto , parte prima , &c.
64
MERCURE
formes, que le vers, du douxpenchant qui m'entraîne,
eft évidemment terminé par un repos final , & tellement
final que l'air pourroit fe terminer par la même
phrafe de chant. L'oreille fuffit pour en juger; mais on
peut difputer fur le fentiment de l'oreille , & il eſt
difficile de difputer fur des principes clairs , -établis
& reçus par tous les Maîtres de l'Art .
On demandera à préfent comment il peut fe faire
qu'un auffi grand Maître que M. Piccini contefte ces
mêmes principes. Je n'ai rien à répondre , finon que
la queftion ne lui aura pas été préſentée telle que je
l'avois expofée, ou qu'il n'attache pas aux mêmes mots
les mêmes idées qu'y attachent les compofiteurs françois
; mais s'il prenoit la peine de lire ce que je viens
d'écrire , je fuis perfuadé qu'il ne figneroit pas le contraire
, à moins qu'il n'eût fur cette partie de la
compofition une théorie nouvelle , qu'on devroit alors
l'inviter à publier.
Il reste une troiſième critique à juftifier , c'eſt celle
du monologue de Roland. J'ai écrit que le muficien
avoit peint le calme de la nuit & la férénité de l'efpérance.
M. M. m'apprend que le muſicien n'a pas
voulu peindre le calme de la nuit , mais le calme de
l'efpérance. J'en demande pardon à M. Piccini ; c'eſt
M. de la Harpe qui m'a induit en erreur ; ce font
fes propres paroles quej'ai tranfcrites. ( Voy. le Journ.
de Littérature du 5 Février ) ; & je les ai citées avec
confiance , le croyant dans le fecret du compofiteur.
C'eſt à lui de défendre fa phraſe ; comme on ne peut
pas douter qu'il n'ait eu bonne intention , je fuis perfuadé
qu'on ne le chicanera pas trop durement fur
ce petit incident.
Pour moi je crois , comme M. de la Harpe , que
le muficien a peint la nuit , & qu'il eût mieux valu
peindre le foleil ; & en me rappelant les quatres premiers
vers du monologue qui en expriment clairement
l'intention :
DE FRANCE.
65
Ah ! J'attendrai toujours ! la nuit eft loin encore !
Quoi , le foleil veut- il luire toujours !
Jaloux de mon bonheur , il prolonge fon cours
Pour retarder la beauté que j'adore.
Je ne trouve pas plus dans ces vers le calme de
l'efpérance , que le calme de la nuit ; je perfifte à y
voir l'impatience d'un amant pour qui les heures coulent
bien lentement ; & quand je pense que cet amant
eft le paladin Roland , qui voudroit éteindre les feux
du foleil pour avancer le moment d'un rendez -vous ,
&qui tombe enfuite dans un accès de phrénéfie quand
il fevoit trahi , je crois qu'on peut l'appeler un amant
forcené. Voilà mon fentiment & mes raifons , je les
livre aujugement qu'on en voudra porter ; c'eft s'arrê
tér trop long-temps fur une difcuffion fi frivole.
Ici je ne puis m'empêcher de faire une réflexion
fur la redoutable influence de l'efprit polémique.
J'ai fait fur deux phraſes de mufique deux obfervations
critiques , qui me paroiffent auffi fenfibles à
l'oreille qu'évidentes pour l'efprit : M. Marmontel
les trouve évidemment fauffes . Il m'oppofe l'autorité
d'un grand Maître , celle de M. Piccini ; je lui cite
les autorités réunies des plus grands Maîtres qui
ayent écrit fur la compofition , & celles de tous les
Muficiens que je connois. Il faut qu'il y ait de part
ou d'autre quelque illufion bien étrange. C'eſt aux
Lecteurs à en juger .
Je ne rappellerai plus que quelques-unes des animadverfions
de M. M. fur ma lettre. J'avois dit que
les Italiens , tout fenfibles qu'ils font à la Mufique ,
étoient à jamais raffafiés du plus bel Opéra ,
après un petit nombre de repréfentations , & ne
defiroient plus de le revoir für le même Théâtre.
C'eſt un fait ; j'en ai donné cette raiſon , puiſée dans
les principes communs de tous les arts . Ce qui n'eft
deftiné qu'à flatter les fens , & à faire fur l'âme des
impreffions vagues & fuperficielles , ne peut plaire
66 MERCURE
long-temps , ne fe foutient que par la variété , &
ne laiffe après foi aucun defir de le revoir . Cette
raifon peut être triviale , mais elle eft claire , &
facile à appliquer aux Opéras Italiens . M. Marmontel
la trouve mauvaiſe : à la bonne - heure . Celles qu'il
donne de ce phénomène font - elles plus fatisfaifantes?
M. M. croit qu'il entre beaucoup de politique
dans l'inconftance des Italiens en fait de Mufique ,
& dans le dégoût qui leur prend du plus bel Opéra
Jorfqu'ils l'ont entendu cinq à fix fois ; & cette poli
tique eft d'encourager les grands Compofiteurs qui
naiffent en foule en Italie. Il y a long- temps qu'on
vante la politique Italienne ; on ne favoit peut- être
pas qu'elle allât jufques-là .
M. M. dit enfuite que pour des oreilles fenfibles ,
eft un attrait puiffant qu'une Mufique toujours nouvelle
fur des paroles anciennes . J'ai peine à croire
que ces oreilles fenfibles trouvaffent un attrait bien
puiffant à entendre une Mufique nouvelle fur les
anciennes paroles du Stabat
M. Marmontel ajoute qu'il faut pour des oreilles
délicates , que la Mufique ait une analogie parfaite
avec la voix qui l'exécute ; & comme fur les Théâtres
d'Italie on change fans ceffe de voix , on aime
à changer de Mufique. Tout cela me paroît prouver
invinciblement ce que j'ai voulu dire , que les Italiens
ne cherchent guères dans la Mufique que le
plaifir de l'oreille..
M. Marmontel dit encore que fi notre goût en
mulique fe perfectionne , nous voudrons avoir tous
les ans des Opéras nouveaux comme de nouvelles étoffes .
Voilà l'effet de la mufique réduit clairement à depures
fenfations ; je n'aurois jamais imaginé que le fuccès
des ouvrages de génie ne fût qu'une affaire de mode
& que le plus touchant & le plus aimable de tous les
arts pût être comparé à l'induftrie de nos fabricans.
M. M. réfume enfin de ces différentes confidéra
DE FRANCE. 67
tions , que c'eft par l'abondance des belles chofes que
les Italiens fe dégoûtent des belles chofes , & que c'eft
par indigence que nous ne nous laffons pas d'applau--
dir ce que nous trouvons beau.
Il réfulte de cette théorie , que l'innombrable multitude
de fonnets dont l'Italie abonde , doit dégoûter
des fonnets de Pétrarque les oreilles délicates des
Italiens ; & que dans le tems où l'Italie avoit plus de
grands peintres qu'elle n'a aujourd'hui de grands
muficiens , les tableaux nouveaux devroient leur faire
oublier ceux de Michel- Ange & de Raphaël.
On fait tous les ans à Paris plus de tragédies
que les Comédiens n'en peuvent ou n'en veulent
jouer ; mais quoique nous aimions la nouveauté autant
qu'aucun peuple du monde , j'efpère que notre
goût en poéfie ne fe perfectionnera jamais au point
de préférer ce qui eft nouveau à ce qui eft beau
jufqu'à oublier les tragédies de Racine & de Voltaire
, & à ne vouloir plus voir au théâtre François
que ces tragédies modernes , fi fort vantées par leurs
auteurs & applaudies par leurs amis.
M. M. compare les fuccès des Opéras de M. Gluck ,
à ceux qu'avoient nos anciens Opéras quand nous ne
connoifions que notre mufique; il ne fait pas attention
que ceux qui applaudiffent aujourd'hui Iphigénie &
Orphée, ont entendu Ernelinde, Céphale, Roland, &
nos meilleurs Opéras Comiques, qui tous, ſelon lui, ſont
purement de la musique Italienne adaptée à des paro-
Les françoifes.
M. M. répond qu'on a été obligé cet Eté de retirer
Iphigénie , & qu'Orphée a été réduit à des recettes
de 4 & de soo liv. ; cela pourroit arriver à des Opéras
joués en étépour la centième ou la cent- cinquantième
fois. Cependant Iphigénie & Orphée foutiennent
encore l'Opéra , & jamais il n'y a eu une recette
de 400 liv., ni même de 700 liv. Je fuis étonné
que M. M. fe permette de pareils moyens de critique.
68 MERCURE
Je ne fuis pas moins étonné qu'il perſiſte à vouloir
que chacunfe nomme en difputant fur les arts. Il voudroit
favoir fi je n'ai , comme lui , que de l'instinct ,
ou fi je fais accompagner une baffe , afin de juger
quel eft le degré d'autorité que je mérite.
Eh ! qu'importe le nom de celui qui ne demande
point qu'on l'en croie en rien fur fa parole, qui ne dogmatife
point,qui motive fes opinions & difcute des faits?
Quoi! le public aura befoin de ſavoir ſi je fuis favant
ou ignorant pour juger fi j'ai tort ou raiſon ? Et mes
Lecteurs ayant néceffairement des opinions trèsdiverfes
fur mon favoir faire , chacun d'eux aura
donc néceffairement , fur le fond de la queftion , une
opinion différente de celle de tous les autres ! Voilà
un moyen tout nouveau d'éclaircir les difputes.
Si j'avois la puérile vanité, ou, fi l'on veut, l'humilité
de mettre mon nom à quelques pages écrites à la hâte
fur une querelle paffagère de Mufique , M. M. pourroit
favoir que ce n'eft pas feulement dans les Concerts
de Paris que j'ai entendu de la Mufique Italienne
, comme il le dit ; mais que j'ai vu exécuter
de beaux Opéras de Sacchini , de Bach , &c . par de
très-habiles virtuofes, fur le théâtre d'une des grandes
capitales de l'Europe ; il fauroit que je n'ai jamais
été , comme il le fait entendre , enthoufiafte de Rameau
& de Mondonville ; il pourroit même fe fouvenir
qu'en difputant quelquefois avec lui fur la
Mufique Italienne & la Mufique Françoife , ce
n'étoit pas moi qui défendois les opéras de Rameau
& de Mondenville. Mais le Public n'en feroit pas
plus à portée de nous juger, & j'aurois le défavantage
de n'oppofer qu'un nom obfcur au nom juftement
célèbre de M. Marmontel ; ce feroit combattre avec
des armes trop inégales.
Dans la littérature comme au barreau , il me
femble que fi les Juges ne connoiffoient point le
nom des plaideurs , les procès n'en feroient pas plus
DE FRANCE. 69
mal jugés. C'est ce que je me propofe d'examiner
dans une autre occafion. En attendant, je prendrai la
liberté de dire à M. M. comme Nicomède ,
Seigneur , fi j'ai raifon , qu'importe qui je fois ?
Fermer
Résumé : Réponse à la Lettre de M. MARMONTEL, insérée dans le Mercure du 5 Septembre.
La lettre répond à une critique de M. Marmontel publiée dans le Mercure du 5 septembre. L'auteur reconnaît l'utilité des disputes pour éclaircir certains points, mais craint qu'elles ne fatiguent le public sans l'éclairer. Il défend Christoph Willibald Gluck, considéré comme le créateur du véritable système de musique dramatique, après des attaques injustes. La controverse a été relancée par Marmontel, qui a cité une lettre du Père Martini critiquant Gluck. L'auteur cite une lettre plus ancienne de Martini louant Gluck de manière élogieuse. Il souligne que ses observations sur la musique visaient à rendre les disputes littéraires plus utiles et intéressantes. L'auteur se défend des accusations de Marmontel, affirmant qu'il n'a jamais cherché à le désobliger. Il critique l'usage excessif de figures de style et de comparaisons vagues dans l'essai du Prince Beloselski sur la musique, tout en reconnaissant la compétence de ce dernier. La discussion porte également sur des critiques des œuvres de compositeurs tels que Vinci, Pergolèse et Piccinni. L'auteur refuse de critiquer l'œuvre de Vinci et conteste l'utilisation de comparaisons et de métaphores pour évaluer la musique. Il affirme que le pathétique et l'éloquence ne sont pas synonymes, citant des exemples comme Démosthène et Bossuet. L'auteur critique Piccinni, affirmant que ce dernier sacrifie parfois le sens des paroles à la symétrie musicale. La controverse se concentre aussi sur la définition des repos dans la phrase musicale, l'auteur expliquant que le second vers de l'air 'Oui, je le dois' est séparé par un repos final. Il aborde également une critique concernant un monologue de Roland, corrigeant une erreur attribuée à M. de la Harpe. L'auteur souligne la divergence d'opinions entre lui-même et Marmontel, qui s'appuie sur l'autorité de Piccinni. La discussion porte sur la perception de la musique italienne et française, soutenant que les œuvres musicales qui ne visent qu'à flatter les sens ne plaisent pas longtemps. Il critique la théorie de Marmontel sur l'inconstance des Italiens envers la musique et exprime son inquiétude que le goût musical en France puisse se perfectionner au point de privilégier la nouveauté. Enfin, l'auteur refuse de se nommer dans cette dispute, estimant que les opinions doivent être jugées sur leur mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
Fermer
Résumé : De PARIS, le 17 Décembre.
Le document du 17 décembre à Paris mentionne des rumeurs de paix entre l'Angleterre et les États-Unis, confirmées par le roi d'Angleterre. Les négociations avec les États-Unis sont conditionnées par un accord préalable avec la France. En Inde, M. de Suffren semble avoir l'avantage. Sa flotte pourrait être en mer, tandis que le comte de Buffy est en mission de négociation. Les Anglais, grâce à leurs établissements dans le Malabar, reçoivent des nouvelles plus rapidement. Une corvette royale a accosté en France avec le maréchal de camp Du Chilleau, et la frégate La Joséphine rapporte des préparatifs pour une expédition au Cap. Un bâtiment parlementaire avec des prisonniers français est arrivé à Saint-Malo depuis New York. Les dernières troupes pour l'Amérique ont quitté Brest le 8 décembre, et le comte d'Estaing est arrivé à Madrid le 22 novembre. À Paris, on espère une paix prochaine, mais les préparatifs militaires continuent à Cadix. Un officier, Gourgue, a résisté aux chaloupes anglaises et doit recevoir la Croix de Saint-Louis. À Amiens, des mesures ont été prises pour lutter contre la mendicité, réduisant ainsi le nombre de mendiants. À Marseille, un prix est offert pour le meilleur plan d'éducation. Une aurore boréale a été observée à La Rochelle le 7 novembre. En Provence, le vent de Mistral a causé des dégâts en octobre. Un édit royal de décembre 1782 crée dix millions de rentes perpétuelles pour financer les dépenses de guerre. Le document détaille également les modalités de délivrance et de gestion des titres financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer