Résultats : 135 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
51
p. 164-165
« Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Début :
Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...]
Mots clefs :
Vers, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Vous me demandez en
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
Fermer
52
p. 3-10
Prelude magnifique [titre d'après la table]
Début :
Volages Filles du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Divinités, Muses, Historien, Bacchus, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Olages Filles du
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
Fermer
Résumé : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée aux Muses, l'auteur exprime son souhait de se libérer de leur influence. Il évoque les lieux mythologiques associés aux Muses, tels que les cavernes et les rochers, mais choisit de se tourner vers des divinités plus puissantes comme Bacchus et l'Amour. L'auteur reproche aux Muses leur ingratitude et leur incapacité à inspirer réellement les poètes. Il souligne que nombreux sont ceux qui, attirés par la promesse d'immortalité des Muses, ont fini par être méprisés et isolés, souvent qualifiés de fous ou de parasites. En conséquence, l'auteur décide de ne plus leur rendre hommage et de se consacrer à d'autres sources d'inspiration. Il se contentera de relater objectivement les œuvres littéraires sans y participer activement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
Fermer
Résumé : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Le texte présente un abrégé historique d'une dissertation de M. de Menage sur l'origine des sonnets dédiés à la belle Matineuse. Les poètes grecs n'ont jamais comparé l'Aurore ou le Soleil à une belle personne rencontrée au lever du jour. Cette comparaison apparaît d'abord chez Quintus Catulus, poète romain de la fin de la République, dont les vers sont conservés par Cicéron. Un autre poète latin anonyme a également utilisé cette comparaison. En Italie, Pétrarque et Annibal Caro ont traduit l'épigramme de Catulus. Caro est particulièrement connu pour son sonnet sur ce thème. Antonio Francesco Rainério et Marcello Giovanetti ont également écrit des œuvres inspirées de Catulus, bien que jugées inférieures à celles de Caro et Rainério. En France, Olivier de Magny et M. de Meziriac ont traduit l'épigramme de Catulus en sonnets. De Magny vivait sous les règnes d'Henri II et Charles IX, tandis que M. de Meziriac, savant et académicien, a imité soit l'épigramme de Catulus, soit le sonnet de Caro, ou les deux. Plusieurs sonnets français s'inspirent de l'épigramme de Catulus ou du sonnet de Caro, centrés sur la beauté féminine comparée à celle du soleil ou de l'aurore. Monsieur de Balzac demanda à Monsieur de Voiture de traduire un sonnet, ce qu'il fit malgré ses réticences initiales. Desportes, Monsieur de Malleville, Monsieur Tristan et l'Abbé Testu ont également écrit des sonnets sur ce thème. Le texte mentionne aussi des œuvres littéraires et des descriptions poétiques de scènes mythologiques, comme celles impliquant Bacchus, Pomone, Diane et Endymion. Il conclut en comparant les œuvres modernes à celles des auteurs classiques, notant que les premières n'ont pas atteint le même niveau de gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
54
p. 221
« Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Début :
Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...]
Mots clefs :
Vers, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Pour vous , Meffieurs , qui
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
Fermer
55
p. 312-313
« Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Début :
Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...]
Mots clefs :
Vers, Pays étrangers, Port de Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Pendant que nous ſommes
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
Fermer
Résumé : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
L'auteur recommande de visiter les ruines du port de Dunkerque lors d'un séjour aux Pays Étrangers. La démolition du port a été relatée par plusieurs publications comme les Gazettes Galantes, le Mercure et Verdun. Un habitant de Dunkerque a exprimé sa tristesse par des vers latins, jugés beaux par l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
56
p. 13-22
EPISTRE AUX MUSES.
Début :
Non, je ne sçaurois plus douter de ma disgrace, [...]
Mots clefs :
Muses, Parnasse, Rime, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AUX MUSES.
EP1STKE
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
Fermer
Résumé : EPISTRE AUX MUSES.
Dans sa plainte aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la perte de son inspiration poétique. Il regrette l'absence des Muses, qui autrefois lui inspiraient des vers élégants et sublimes. Désormais, ses écrits lui semblent forcés ou pesants, et il craint de produire des œuvres médiocres. Il souligne la difficulté de créer des vers ni contraints par la métrique ni dénués de sens. L'auteur se remémore les moments où les Muses lui permettaient de surmonter ses maux par la beauté de ses poèmes. Il accuse les Muses de cruauté, se demandant pourquoi elles l'ont habitué à des plaisirs doux avant de le priver de cette joie. Il affirme n'abuser jamais de la poésie pour des fins immorales. Le texte met en lumière l'importance de la poésie dans divers aspects de la vie, comme les communications divines, les déclarations amoureuses et les éloges célèbres. Enfin, l'auteur apprend que les Muses ont accordé leur faveur à une princesse illustre, ce qui le ravit et l'inspire à nouveau, notamment par l'esprit de Sceaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
57
p. 247-259
Réponse sçavante de M. D. L. H. à la critique de M. D. R. [titre d'après la table]
Début :
Je ne me serois jamais attendu, Monsieur, qu'on m'eût accusé [...]
Mots clefs :
Vers, Césure, Latin, Horace, Poésie latine, Auteurs, Poète, Distique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse sçavante de M. D. L. H. à la critique de M. D. R. [titre d'après la table]
Je ne mt (crois jamais attendu3
Monficuf
s
qu'on m'eût aceuse
de beveuë, quand j'ay mis
sur le compte deSanteudle DistiqueÇuivant
qui efl au bas d'un
Portrait du Royen Estampe.
Vicit inacceffis confias rupibus
arces
Miraris! pa Rhenumhicsibi
fecit iter.
Santotius Victorinus.
On s'étonne que je riaye pas
juge que ces vers nepourvoient pas
tftre de luy, efl ceparce queVicit9
eJlun terme impropreeeConfifas
un barbarisme, ce Poètey, efloit
sujetJ on a chanté pendant plus
de quinze ans l'hymne de S.Jean
où il avoit employé Refeeata
pour RefeGta. Vousvoqu'il
nefloit pas heureux en supins
y efl-ceparce que lapenséeelffaujfe,
on n'en dit rien,mais feulement
quelle nesspas dans toutsonjour;
c'est doncparce que l'on s'imagine
que le fécond vers eflplus vicieux
que le premier , commesi un bon
Poëte ne pouvoit pas faire deux
méchans vers de fuite, e moy
je métonne que sur desifoibles
raisons, on ait donné un dementi
aufeu Chevalier de Linck, Ù*
ditfeusieur Gantrel
,
l'un a gravé
l'eflampe & les vers, avec le
nom deSanteùil, l'autre l'aimprimée
à Paris : on sçait jufytes
où alloitlasensibilitédeSantend
sursa, réputationauroit-ilsouffert
qu'a ses yeux on luy tût
juppoféunDitfiqueplacé dans un
endroit si brillant,pourmoy jt
n'aypointl'art de détruirepar de
frivoles conjectures
) un telargn*
ment.
Ces vers, dit on, ne peuvent
venir que d'un Poète du païs dit
Wordd, ou a-t-:» on appris que Ille
Adidy n'en fournisse que d'excel.
Uns:siN-aples a donné un Sa*
meZAr ÏEcojfe a produit un
Bachamar luy seulen vaut une
légion:sils'agijjoit d'un Sonnet
François3l'applicationferoitjufle;
mais pourquoy croire que les glaces
du Nordy ontrepoidy la veine
Poetiqueyest-ilbienconfiant qua
Salamanque on tourne mieux un
1ers qu'aLcide, cefiinjulter de
gayttéde coeur despeuples qui cultivent
le Lxtin avec tant d'ajjtduité.
V; nons aux observations.
L'Auteur
>
felon vous, efi
un homme de Pais qui efi fort
Jçavant,fut voflre paroleJ je
luy crois beaucoup d'habileté, rien
ne luyéchape des sciences lesplus
abjiraites ; mais pour les minuties
de la Grammaire Latine,ilefl
évident qu'il les a oubliées, la
perte nesspasgrande;cest, dit-il,
ne pas Jçavoir les regles de la
PotfieLatine, que defeander les
Pentamètres par des Anpeftes,
/ilauoitfait réflexion que ces
'Vers s'appellent Pentametrès^parce
qu'ils font comp()(è de cinq
pieds, il Je feroit épargne cette
fausse remarques ilfaut qu'il y
aitlong-temps quil naît luson
Defpautereyil avoit appart mmtnt
quelque chose dé mieux àfaire,
écoutons nojlreMaigre.
Pentametrum vulc quinquc
pedes tertius esto
Spondeus, quartus quinquc
Anapestus.
LAuteur du Regia Parnaflï* sexpliquedemesme. LA Jccifion
est precifeâairfi le Pentamctrede
Santeud est regulier, & riest
pasplus "vicieuxqu'un bexametre
ouil y a un barbarismeycest .) pourquOYJeny ay rien rtprzs.
Lafeconde man:ere de mefurerun
Pentameire,cestde laisser
une cesureaprès les deux premiers
pieds: quand on mefureroit
de rmfme- celuy de Santeüil
,
la
premièresillabe de Rhenum,ftrviroit
de cejfure; en cela il n'a fait
que copier les plusgrands originaux.
Collaque & os, oculosque ilhus
ore premam
DitOvide.
Troja virûm
,
& virtutum
omnium acerba cinis
Dit Carulle.
Etplus loin, illamasslgit odore,
iste perit podagrâ.
Le Pentametre de Santtiln'cft
donc point sans cefure
J comme
on l'a avancesans reflexion, &
ilJe trouve appuyéd'exemples irréparables
.: il efl vray que des
Grammairiens pretendent que le
vers en eflmoins beau,quand III.)
ceJure efi suivie d'uneEhjïon;
mais on n'a jamais dit que pour
cela un vers feit t'rjitieu)I, la remarque
mesme me paroiss peu
feure par une raison de parité que
je tire du vers A 1 jetireduversAsclepiade
,
il efi
composé d'un SpondEe, de deux
choriambes,d'un Pyrrihique, ou
d'un Iambe
y
Despauterey efl
formel.
Mecenas Aravis Edite Regibus.
D'autres le composentd'un
Spondée3 d'un Daélyle, d'une
Cesure & de deux Daéiyles:or
en n'a jamais dit qu'un vers Asclepiadefutvitieux,
nymesme
moins beau3 quand la Cesure efi
suivie J'uneElision.
Exegi monumentumre perennius.
Horacenen a pas fait de plus
beau) & celuy de Santrüille paroiflroit
de mesme, si on nefloit
pas dans l'habitudedescander les
Pentametres en les lisantsur la
Cesure, qui tft ordinairement la
derniereftllabe du mot, iljemble
"Joir des fautereaux de Clavejjtn
qui montent & qui defeendent,
on feroit mieux de future la maniere
des Grammairiensy qui lisent
lesvers de fuite, imitateurs en
cela des anciens, cela se prouve
par les vus d'Horace, où fou-
'lient la derniere sillabe d'un vers
tft jointe avec lapremierejïlUbe
du vers suivant.
Jenecomprenspasqu1il manque
une longue3 àcaufideïEcbhpfii;
c'cfi pourmoy un Enigme & un
Paradoxe du College, pour ne
rien dire de pis. Remontons a
l'HeXametrc..
J'avois douté que vincere
arces sur Latin, on trouve du
temps de Ciceron,vinccre oppida3
& dans Eutrope vincerc
ur bes, parcourons le Difliquerefondu.
Stravit inaccessis structasin
rupibus
rupibus arces.
Quid ni ? pr Rhenum sic fibi
fecititer.
, Le changement de confifas
en stru£tas, efl aussi heureux
qu'il efl difficile ; car je doutefortque
confinsadjefhffetrouve
dans les Auteurs du temps d'Augufte
; des gens pointilleux- demanderoient
si sternere arces
riefi pas une exprejjton de mefmc
trtmpe on tcmploye avec tant
de confiance, quejeparierois pour
son antiquité; tantjefuis de bonne
composition. Le quid ny?e ben
trovato:, tll'emporte infiniment
sur Miraris, mais rien riefi dp,
laforce du fie, le Roy, dues vous,
a renversé des forteresses bafltes
surdes rochers inaccejjtbles,pourquoy
nont etest ainsi quils'efl
ouvert un chemin à travers le
Rhin.
Siceflchanger de figure
> ou
développer la pensee de Santeml>
je m'en rapporte aux connoisseurs,
lesréflexions nous meneroient
trop loin. Vous niave% invité>
Afonfieur, a répondre, infinfihlement
c'etf une dissertation, je
sens bien quelleferaennuyeuse
aux personnes qui ne cherchent
que l'agréable, la matiere efltrifle,
je riaypu l'égayer, 9 répandre
des lfeurs sur un sujetsi herissé
titépines. D. L. j.
Monficuf
s
qu'on m'eût aceuse
de beveuë, quand j'ay mis
sur le compte deSanteudle DistiqueÇuivant
qui efl au bas d'un
Portrait du Royen Estampe.
Vicit inacceffis confias rupibus
arces
Miraris! pa Rhenumhicsibi
fecit iter.
Santotius Victorinus.
On s'étonne que je riaye pas
juge que ces vers nepourvoient pas
tftre de luy, efl ceparce queVicit9
eJlun terme impropreeeConfifas
un barbarisme, ce Poètey, efloit
sujetJ on a chanté pendant plus
de quinze ans l'hymne de S.Jean
où il avoit employé Refeeata
pour RefeGta. Vousvoqu'il
nefloit pas heureux en supins
y efl-ceparce que lapenséeelffaujfe,
on n'en dit rien,mais feulement
quelle nesspas dans toutsonjour;
c'est doncparce que l'on s'imagine
que le fécond vers eflplus vicieux
que le premier , commesi un bon
Poëte ne pouvoit pas faire deux
méchans vers de fuite, e moy
je métonne que sur desifoibles
raisons, on ait donné un dementi
aufeu Chevalier de Linck, Ù*
ditfeusieur Gantrel
,
l'un a gravé
l'eflampe & les vers, avec le
nom deSanteùil, l'autre l'aimprimée
à Paris : on sçait jufytes
où alloitlasensibilitédeSantend
sursa, réputationauroit-ilsouffert
qu'a ses yeux on luy tût
juppoféunDitfiqueplacé dans un
endroit si brillant,pourmoy jt
n'aypointl'art de détruirepar de
frivoles conjectures
) un telargn*
ment.
Ces vers, dit on, ne peuvent
venir que d'un Poète du païs dit
Wordd, ou a-t-:» on appris que Ille
Adidy n'en fournisse que d'excel.
Uns:siN-aples a donné un Sa*
meZAr ÏEcojfe a produit un
Bachamar luy seulen vaut une
légion:sils'agijjoit d'un Sonnet
François3l'applicationferoitjufle;
mais pourquoy croire que les glaces
du Nordy ontrepoidy la veine
Poetiqueyest-ilbienconfiant qua
Salamanque on tourne mieux un
1ers qu'aLcide, cefiinjulter de
gayttéde coeur despeuples qui cultivent
le Lxtin avec tant d'ajjtduité.
V; nons aux observations.
L'Auteur
>
felon vous, efi
un homme de Pais qui efi fort
Jçavant,fut voflre paroleJ je
luy crois beaucoup d'habileté, rien
ne luyéchape des sciences lesplus
abjiraites ; mais pour les minuties
de la Grammaire Latine,ilefl
évident qu'il les a oubliées, la
perte nesspasgrande;cest, dit-il,
ne pas Jçavoir les regles de la
PotfieLatine, que defeander les
Pentamètres par des Anpeftes,
/ilauoitfait réflexion que ces
'Vers s'appellent Pentametrès^parce
qu'ils font comp()(è de cinq
pieds, il Je feroit épargne cette
fausse remarques ilfaut qu'il y
aitlong-temps quil naît luson
Defpautereyil avoit appart mmtnt
quelque chose dé mieux àfaire,
écoutons nojlreMaigre.
Pentametrum vulc quinquc
pedes tertius esto
Spondeus, quartus quinquc
Anapestus.
LAuteur du Regia Parnaflï* sexpliquedemesme. LA Jccifion
est precifeâairfi le Pentamctrede
Santeud est regulier, & riest
pasplus "vicieuxqu'un bexametre
ouil y a un barbarismeycest .) pourquOYJeny ay rien rtprzs.
Lafeconde man:ere de mefurerun
Pentameire,cestde laisser
une cesureaprès les deux premiers
pieds: quand on mefureroit
de rmfme- celuy de Santeüil
,
la
premièresillabe de Rhenum,ftrviroit
de cejfure; en cela il n'a fait
que copier les plusgrands originaux.
Collaque & os, oculosque ilhus
ore premam
DitOvide.
Troja virûm
,
& virtutum
omnium acerba cinis
Dit Carulle.
Etplus loin, illamasslgit odore,
iste perit podagrâ.
Le Pentametre de Santtiln'cft
donc point sans cefure
J comme
on l'a avancesans reflexion, &
ilJe trouve appuyéd'exemples irréparables
.: il efl vray que des
Grammairiens pretendent que le
vers en eflmoins beau,quand III.)
ceJure efi suivie d'uneEhjïon;
mais on n'a jamais dit que pour
cela un vers feit t'rjitieu)I, la remarque
mesme me paroiss peu
feure par une raison de parité que
je tire du vers A 1 jetireduversAsclepiade
,
il efi
composé d'un SpondEe, de deux
choriambes,d'un Pyrrihique, ou
d'un Iambe
y
Despauterey efl
formel.
Mecenas Aravis Edite Regibus.
D'autres le composentd'un
Spondée3 d'un Daélyle, d'une
Cesure & de deux Daéiyles:or
en n'a jamais dit qu'un vers Asclepiadefutvitieux,
nymesme
moins beau3 quand la Cesure efi
suivie J'uneElision.
Exegi monumentumre perennius.
Horacenen a pas fait de plus
beau) & celuy de Santrüille paroiflroit
de mesme, si on nefloit
pas dans l'habitudedescander les
Pentametres en les lisantsur la
Cesure, qui tft ordinairement la
derniereftllabe du mot, iljemble
"Joir des fautereaux de Clavejjtn
qui montent & qui defeendent,
on feroit mieux de future la maniere
des Grammairiensy qui lisent
lesvers de fuite, imitateurs en
cela des anciens, cela se prouve
par les vus d'Horace, où fou-
'lient la derniere sillabe d'un vers
tft jointe avec lapremierejïlUbe
du vers suivant.
Jenecomprenspasqu1il manque
une longue3 àcaufideïEcbhpfii;
c'cfi pourmoy un Enigme & un
Paradoxe du College, pour ne
rien dire de pis. Remontons a
l'HeXametrc..
J'avois douté que vincere
arces sur Latin, on trouve du
temps de Ciceron,vinccre oppida3
& dans Eutrope vincerc
ur bes, parcourons le Difliquerefondu.
Stravit inaccessis structasin
rupibus
rupibus arces.
Quid ni ? pr Rhenum sic fibi
fecititer.
, Le changement de confifas
en stru£tas, efl aussi heureux
qu'il efl difficile ; car je doutefortque
confinsadjefhffetrouve
dans les Auteurs du temps d'Augufte
; des gens pointilleux- demanderoient
si sternere arces
riefi pas une exprejjton de mefmc
trtmpe on tcmploye avec tant
de confiance, quejeparierois pour
son antiquité; tantjefuis de bonne
composition. Le quid ny?e ben
trovato:, tll'emporte infiniment
sur Miraris, mais rien riefi dp,
laforce du fie, le Roy, dues vous,
a renversé des forteresses bafltes
surdes rochers inaccejjtbles,pourquoy
nont etest ainsi quils'efl
ouvert un chemin à travers le
Rhin.
Siceflchanger de figure
> ou
développer la pensee de Santeml>
je m'en rapporte aux connoisseurs,
lesréflexions nous meneroient
trop loin. Vous niave% invité>
Afonfieur, a répondre, infinfihlement
c'etf une dissertation, je
sens bien quelleferaennuyeuse
aux personnes qui ne cherchent
que l'agréable, la matiere efltrifle,
je riaypu l'égayer, 9 répandre
des lfeurs sur un sujetsi herissé
titépines. D. L. j.
Fermer
58
p. 70-160
EXTRAIT
Début :
Vous ne trouverez pas mauvais, Monsieur, qu'en observant / [...]
Mots clefs :
Dame, Traduction, Lettre, M. de la Motte, Madame Dacier, Parallèle, Anciens, Modernes, Douleur, Dieu, Dieux, Poésie, Homère, Iliade, Achille, Héros, Agamemnon, Orgueil, Jupiter, Vers, Thétis, Grecs, Coeur, Mots, Livre, Sceptre, Divin poète, Prix, Honneur, Chiens, Beauté, Pleurs, Fille, Peine, Courroux, Conseils, Déesse, Prière, Image, Abbé Régnier, Vieillard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT
Voicy
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
Fermer
59
p. 157-165
Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le même jour six de ce mois la rentrée des Académies [...]
Mots clefs :
Académies, Muses, Vers, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire curieuse de la nouvelle découverte d'une Académie nouvelle. [titre d'après la table]
Le même jour fix de ce
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
mois la rentrée des Académies
ſe fit. Un autre que moy paf
58 MERCURE
ſeroit legerement ſur cetarti
cle , & ne croiroit peut- être
pas cette nouvelle affez inte
reffante, pour ofer en allonger
lescirconstances; mais n'allons
pas fi vite , Meſſieurs,j'ay à ce
ſujet une hiſtoire importante
àvous faire.
A propos d'Academies
nous ſommes depuis longtems
dans l'ignorance ,&c'eſt
grand dommage que tout le
monde ne ſcache pas encore ,
qu'outre l'Academie Françoiſe
, celle des Sciences , des Infcriptions
, des Lanterniſtes de
Toulouſe ,& des Sçavants-de
GALANT .
ة ر و
Bordeaux & d'Angers , Nous
en avons depuis pluſieurs années
une à Paris tres fameuſe,
tres floriflante , & je voudrois,
pour timer du moins , ofer dire
à telle fin que de raiſon,
tres-galante; mais quoyque je
n'y entende pas de fineſſe ,
j'aurois peur qu'on me reprochât
la liberté de l'équivoque ,
& j'aimerois preſque autant
voir mon Livre profané ,
livré au dernier fupplice , que
cenſuré par cette illuftre Académie.
&
ob Muſtre , Meſſieurs , vous
dis-je , par les belles & bonnes
160 MERCURE
qualitez des perſonnes de l'un
&dc l'autre ſexe qui la compoſent
, par l'éclat des Ouvra,
ges qui ſortent de ſon ſein ,
& par le merite de ſes membres.
Je vous diray l'hiſtoire de
fon eſtabliſſement &de ſes revolutions
, quand ces grands
myſteres feront venus à ma
connoiffance , ce que je ſçay le
mieux à preſent , c'eſt le nom
qu'elle porte ,& ceux qu'elle a
pris dans ſa naiſſance . In principio.
Elle fut appellée l'Aſſemblée
des Cinthiens & Cinthiennes
. Ce mot tire lon
étymologie
GALANT 16
1
étymologie d'un certain nom
de Cinthie que les Poëtes donnerent
, dit on , autrefois à
Diane. Voyez Menage. Chap...
P.... V.... L. &c.
Elle fut depuis appelléc
l'Aſſemblée des Pierides , mais
ce ſobriquet ne luy reſta pas
longtems , une Muſe d'entre
elles , qui vaut mille fois mieux
que je ne peux vous dire , ſe
fouvint à propos que ces Demoiſelles
Pierides , filles du
vieux Roy Pierre ( M. l'Abbé
Grafieru diroit Pierus , par veneration
pourles Anciens ) avoient
eſté des temeraires , des babil-
May 1715.
162 MERCURE
lardes qu'Apollon , Diane ſa
foeur , & les Muſes en courroux
avoient metamorphoſées
en Pics : elle fit faire cette
remarque à l'Académie , qui
aprés avoir opiné longtems ſi
l'on ſe pareroit encore d'un titre
auſh injurieux , ſoumit enfin
cette déciſion àla pluralité
des voix : on fut aux ſcrutins
dansune coeffe ,& enfin tous
les fuffrages réünis , il fut jugé
que ce miferable nom feroit
profcrit , & en même tems
deffendu de l'employer jamais
en Vers ni en Profe , pour
quelque raiſon ou prétexte
GALANT. 163
que ce pût eſtre , de quelque
qualité&condition qu'on fur.
Cependant il falloit un nom à
la Compagnie ,&c'eſtoit bien
la moindre choſe. Il y furà
l'inſtant procedé , & l'affaire
pro prodigieuſement revûë , épiloguée
, examinée ,il fut conclu
que cette Affemblée s'appelleroit
dorénavant l'Affemblée
des Heliconides ( comme
qui diroit habitantes du Mont
Helicon , que tout le monde
connoîtaujourd'huy autant&
plus que le Mont Valerien. )
Item le Domicile de l'Académic
fut nommé le Mont de la
Oij
164 MERCURE
Lune , parce que le liensou
cette élcctiona eſté faite, eft ,
dit on , dequatre ou cinq toiſes
plus võiſin de la Lune que
la plaine de Vaugirardim
Vous prenez peut-eftrececy
pour une fiction , Meffieurs ,
mais degrace dérrompez vous
fur ma parole , & ſçachez qu'-
on fait dans cette Académic
des éloges ,des compliments,
des Livres & des Traductions
en Profe , en Vers , en François
, en Latin ,& de touthors
duGrec. En un mot malgré le
ton ferieux fur lequel j'ay
monté la nouvelle découverte
ر
JGALANT. 165
de cette Académie , il en font
de fort bons Ouvrages . En
voicy la preuveropst
Fermer
60
p. 127-129
Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Ne vous semble-t-il pas, Mademoiselle, que l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Vers, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Ne vous semblet-il pas,
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
Fermer
61
p. 227-231
Vers de Madame V..... à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d Orleans, Regent du Royaume.
Début :
J'ai déja eû l'honneur de vous dire, qu'il ne tenoit qu'à / Apollon il es temps : prends toy même ta Lyre, [...]
Mots clefs :
Régent, Ouvrage, Vers, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers de Madame V..... à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d Orleans, Regent du Royaume.
Jay déja cû l'honneur de
vous dire ,qu'il ne tenoit qu'à
moyde remplir mon volume
desEloges qu'on m'a envoyé
ce mois cy,à la gloire deMon.
fieur le Regent. Si cela m'avoir
eſté poſſible , je l'aurois fait
pour la fatisf. Etion de tous
ceux qui ſe ſont efforcez de
luy marquer leur zele ; mais
pluſieurs confiderations m'ont
déterminé à fupprimertous ces
ouvrages , à l'exception nean228
MERCURE
moins de celui cy que je ſerois
tres fâché de mettre au rebut.
Il a deux qualitez eſſentielles
qui le rendent au moins digne
deparoître au jour. La premierec'est
qu'il ne contient que
des veritez exprimées avec
nobleffe & fimplicité; & la
ſeconde c'eſt qu'il eſt de la
main d'une belleDame , digne
par les graces & par ſon elprit
de toute l'attention où l'on
eſt porré naturellement ,pat le
merite de ſes ouvrages .
GALANT. 229
{
Vers de Madame V .....
à Son Alteffe RoyaleMonſeigneur
le Duc d Orleans ,
Regent du Royaume.
Apollon il est temps : prends
toy même ta Lyre ,
1
D'inspirer les mortels , à preſent
c'est trop peu ;
Celebres par des chants pleins de
ton divin feu
Le Prince que la France admire,
C'eſt luy qui par de fages Loix
S'attire les coeurs des François,
Il va rétablir l'abondance ,
La bonnefay, la confiance s
230 MERCURE
Enfin reparoiſtra ce métal précieux
Que l'on croyoit rentré dans le
٠٢١١٠ feinde laterre,
Et dont l'absence fait autant de
malheureux
Qu'une trop longue trop
cruelleguerre.
Dieu des Vers chante à nos neveux
Combien ce Princefit d'heureux;
Pourmoy defes vertus charmée
A celebrer fon Nom je me fens
animée.
Comme Sapho , que ne fais -je
des Vers
Pour apprendre à tout l'Univers
GALANT. 231
;
-
Que l'Auguste Regent de
France
Poffde luy ſeul laſcience ,
Les rares qualitez , les talens
merveilleux
Qui firent jadis tant de Dieux.
vous dire ,qu'il ne tenoit qu'à
moyde remplir mon volume
desEloges qu'on m'a envoyé
ce mois cy,à la gloire deMon.
fieur le Regent. Si cela m'avoir
eſté poſſible , je l'aurois fait
pour la fatisf. Etion de tous
ceux qui ſe ſont efforcez de
luy marquer leur zele ; mais
pluſieurs confiderations m'ont
déterminé à fupprimertous ces
ouvrages , à l'exception nean228
MERCURE
moins de celui cy que je ſerois
tres fâché de mettre au rebut.
Il a deux qualitez eſſentielles
qui le rendent au moins digne
deparoître au jour. La premierec'est
qu'il ne contient que
des veritez exprimées avec
nobleffe & fimplicité; & la
ſeconde c'eſt qu'il eſt de la
main d'une belleDame , digne
par les graces & par ſon elprit
de toute l'attention où l'on
eſt porré naturellement ,pat le
merite de ſes ouvrages .
GALANT. 229
{
Vers de Madame V .....
à Son Alteffe RoyaleMonſeigneur
le Duc d Orleans ,
Regent du Royaume.
Apollon il est temps : prends
toy même ta Lyre ,
1
D'inspirer les mortels , à preſent
c'est trop peu ;
Celebres par des chants pleins de
ton divin feu
Le Prince que la France admire,
C'eſt luy qui par de fages Loix
S'attire les coeurs des François,
Il va rétablir l'abondance ,
La bonnefay, la confiance s
230 MERCURE
Enfin reparoiſtra ce métal précieux
Que l'on croyoit rentré dans le
٠٢١١٠ feinde laterre,
Et dont l'absence fait autant de
malheureux
Qu'une trop longue trop
cruelleguerre.
Dieu des Vers chante à nos neveux
Combien ce Princefit d'heureux;
Pourmoy defes vertus charmée
A celebrer fon Nom je me fens
animée.
Comme Sapho , que ne fais -je
des Vers
Pour apprendre à tout l'Univers
GALANT. 231
;
-
Que l'Auguste Regent de
France
Poffde luy ſeul laſcience ,
Les rares qualitez , les talens
merveilleux
Qui firent jadis tant de Dieux.
Fermer
62
p. 278-281
A MADAME V. sur des Vers imprimez dans le Mercure de Septembre, & qu'elle a composez à la loüange de Monseigneur le Duc d'Orleans.
Début :
Un Vieillard habitant une affreuse Campagne, [...]
Mots clefs :
Vers, Régent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME V. sur des Vers imprimez dans le Mercure de Septembre, & qu'elle a composez à la loüange de Monseigneur le Duc d'Orleans.
A MADAME V.
furdes Vers imprimez dans
le Mercure de Septembre ,
& qu'elle a compoſez à la
loüange de Monseigneur le
4
Ducd'Orleans.
Un Vieillard habitant une
affreuse Campagne ,
Qui ne connoist Vallon,, nysçaGALANT.
279
vante montagne,
L'esprit auſſi glacé que nos
Champs les byvers ,
S'en vient àpas tremblans rendre
hommage à vos Vers.
Ils ontjenesçayquoy, de délicat,
de tendre ,
Ils enlevent les coeurs, on ne peut
s'en d'effendre ,
Et pour les comparer , à ne s'y
tromper pas,
Ils reffemblent partout à vos di-
८ wins appas..
La rime , la raiſon , cei beureux
affemblage
-
280 MERCURE
Debeaux mots, de bonfens, pu-
: retéde langage,
Tout est juste en vos Vers , &
tous nos beaux eſprits
Conviennent qu'on ne peut en
eſtimer le prix.
Amante d'Apollon ,luy même
il vous inſpire ,
Il vous conduit la main quand
vous voulez écrire, 4
Des Dieux , ou du Regent tracez
vous les Portraits ?
Partout , à chaque Vers , on re.
connoiſtſes traits.
Phoebus aime,dit- on , les neuf
doctes
GALANT. 281 /
doctes pucelles ;
Mais je gagerois bien qu'il vous
aime plus qu'elles ,
Et le voyant agir comme ilfait
avec vous ,
Qu'au Parnaße bien- toft ilfera
de jaloux !
ॐ
T. S. V. P.
furdes Vers imprimez dans
le Mercure de Septembre ,
& qu'elle a compoſez à la
loüange de Monseigneur le
4
Ducd'Orleans.
Un Vieillard habitant une
affreuse Campagne ,
Qui ne connoist Vallon,, nysçaGALANT.
279
vante montagne,
L'esprit auſſi glacé que nos
Champs les byvers ,
S'en vient àpas tremblans rendre
hommage à vos Vers.
Ils ontjenesçayquoy, de délicat,
de tendre ,
Ils enlevent les coeurs, on ne peut
s'en d'effendre ,
Et pour les comparer , à ne s'y
tromper pas,
Ils reffemblent partout à vos di-
८ wins appas..
La rime , la raiſon , cei beureux
affemblage
-
280 MERCURE
Debeaux mots, de bonfens, pu-
: retéde langage,
Tout est juste en vos Vers , &
tous nos beaux eſprits
Conviennent qu'on ne peut en
eſtimer le prix.
Amante d'Apollon ,luy même
il vous inſpire ,
Il vous conduit la main quand
vous voulez écrire, 4
Des Dieux , ou du Regent tracez
vous les Portraits ?
Partout , à chaque Vers , on re.
connoiſtſes traits.
Phoebus aime,dit- on , les neuf
doctes
GALANT. 281 /
doctes pucelles ;
Mais je gagerois bien qu'il vous
aime plus qu'elles ,
Et le voyant agir comme ilfait
avec vous ,
Qu'au Parnaße bien- toft ilfera
de jaloux !
ॐ
T. S. V. P.
Fermer
63
p. 41-44
Critique des Vers de M. de la Motte. Vol. 2. page 313.
Début :
Iliade Françoise, livre 8. combat entre Sarpedon, fils de Jupiter, [...]
Mots clefs :
Vers, Sarpédon, Achille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Critique des Vers de M. de la Motte. Vol. 2. page 313.
Critique des Vers de M. de la
Motte. Vol. 2. page 313.
Iliade Françoiſe , livre 8. combat
entre Sarpedon, fils deJupiter,
&Patrocle , amy d'Achile.
La Victoire autour d'eux , vole
d'une aîle agile ,
Du fils de Jupiter, paſſe à l'ami
d'Achile,
Et presqu'en même instant , plus
prompte que l'éclair,
Vade l'ami d'Achile aufils deFupiter.
Sarpedon plie enfin de fon peril
extrême ,
Jupiter dans les Cieux tremble &
fremit luy même :
Decembre 1715 . D
42
Quoy, mon fils , de la mort tufubirois
les Loix?
Sur ceux que j'ay fait naistre at'elle
encer des droits ?
Songez , luy dit Junon , que le
Ciel vous contemple ;
Ne donnezpointauxDieux cedan
?
gereux exemple;
Laiſſez , laißez mourir ceux qui
font nezmortels ;
Le tombeau leur est dû , comme à
nous les Autels.
Ma douleur , répond-il,
Sez vous le dire ;
doit af-
Monfils n'est point sauvé,puisque
mon coeurfoupire.
Esclave du deftin , j'ensubis la
rigueur.
Ildit : Sarpedon tombe , & Patrocle
eftvainqueur.
Ecoutons le Critique... Il y a là
de la contradiction , mauvaiſe
43
traduction,idées contraires à celles
des ancienstems , en un mot
des fautes fans nombre. Vol. 2.
page 313.
Iliade Françoife , livre 9. Les
Troyens aſſemblent un Confeil
aprèsune Bataille perduë .
Les Troyens allarmez affemblent
un Confeil;
Que vont-ils devenir au retourdu
Soleil;
L'audace des plus fiers paroît decouragée
;
Achile s'estfait voir ; leurfortune
est changée.
Enfin Polidamas , le plus ſage
d'entr'eux ,
Luy,pour qui l'avenir n'a rien de
tenebreux ,
A qui dans ies Confeils aucun ne le
Dij
44
dispute,
Qui concerte un projet, commeHector
l'execute ,
Auffi prudent alors , qu'ille parut
toûjours ,
AuxTroyens confternez adreſſe ce
discours.
EcoutonsM. Fourmont. M.de
laMotte
nefent-ilpas: 1 .Quece
Vers, qui concerteun projet comme
Hectorl'execute, estun Vers badin?
2. Qu'il ôte en même temsàPolidamas
la valeur , &à Hector la
prudence.
Motte. Vol. 2. page 313.
Iliade Françoiſe , livre 8. combat
entre Sarpedon, fils deJupiter,
&Patrocle , amy d'Achile.
La Victoire autour d'eux , vole
d'une aîle agile ,
Du fils de Jupiter, paſſe à l'ami
d'Achile,
Et presqu'en même instant , plus
prompte que l'éclair,
Vade l'ami d'Achile aufils deFupiter.
Sarpedon plie enfin de fon peril
extrême ,
Jupiter dans les Cieux tremble &
fremit luy même :
Decembre 1715 . D
42
Quoy, mon fils , de la mort tufubirois
les Loix?
Sur ceux que j'ay fait naistre at'elle
encer des droits ?
Songez , luy dit Junon , que le
Ciel vous contemple ;
Ne donnezpointauxDieux cedan
?
gereux exemple;
Laiſſez , laißez mourir ceux qui
font nezmortels ;
Le tombeau leur est dû , comme à
nous les Autels.
Ma douleur , répond-il,
Sez vous le dire ;
doit af-
Monfils n'est point sauvé,puisque
mon coeurfoupire.
Esclave du deftin , j'ensubis la
rigueur.
Ildit : Sarpedon tombe , & Patrocle
eftvainqueur.
Ecoutons le Critique... Il y a là
de la contradiction , mauvaiſe
43
traduction,idées contraires à celles
des ancienstems , en un mot
des fautes fans nombre. Vol. 2.
page 313.
Iliade Françoife , livre 9. Les
Troyens aſſemblent un Confeil
aprèsune Bataille perduë .
Les Troyens allarmez affemblent
un Confeil;
Que vont-ils devenir au retourdu
Soleil;
L'audace des plus fiers paroît decouragée
;
Achile s'estfait voir ; leurfortune
est changée.
Enfin Polidamas , le plus ſage
d'entr'eux ,
Luy,pour qui l'avenir n'a rien de
tenebreux ,
A qui dans ies Confeils aucun ne le
Dij
44
dispute,
Qui concerte un projet, commeHector
l'execute ,
Auffi prudent alors , qu'ille parut
toûjours ,
AuxTroyens confternez adreſſe ce
discours.
EcoutonsM. Fourmont. M.de
laMotte
nefent-ilpas: 1 .Quece
Vers, qui concerteun projet comme
Hectorl'execute, estun Vers badin?
2. Qu'il ôte en même temsàPolidamas
la valeur , &à Hector la
prudence.
Fermer
64
p. 44-48
« On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Début :
On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...]
Mots clefs :
M. Fourmont, Madame Dacier, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Onne doutera nullement aprés
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
Fermer
65
p. 51-56
EPITRE DE Mr AROUET A M***
Début :
Ayant reconnu que l'ordre que je me suis prescrit dans / O Vous l'Anacreon du Temple ! [...]
Mots clefs :
Temple, Volupté, Vers, Château, Esprits, Dieux, Apollon, Oraison, Chapelle, Coeur, Ombre, Épicurien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mr AROUET A M***
AYant reconnu que l'ordre que
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
Fermer
66
p. 5-59
REFLEXIONS SUR LA POËSIE FRANCOISE, OÙ L'ON EXAMINE En quoy consiste ce qui fait le Caractere propre du Vers François, & ce qui la distingue essentiellement la Prose.
Début :
Comme le reproche le plus spécieux qu'on ait fait à la Poësie [...]
Mots clefs :
Vers, Prose, Poésie, Langue, Phrase, Racine, Effets, Transpositions, Caractères, Rime, Césure, Cadence, Vers français, Règles, Discours, Hémistiche, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR LA POËSIE FRANCOISE, OÙ L'ON EXAMINE En quoy consiste ce qui fait le Caractere propre du Vers François, & ce qui la distingue essentiellement la Prose.
REFLEXIONS
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
Fermer
67
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Me voici enfin arrivé au bout d'une carriere, que j'ai [...]
Mots clefs :
Courage, Succès, Audace, Public, Zèle, Recueil, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT-PROPOS . '
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
ME voici enfin arrivé
au bout d'une carriere,
que j'ai peut - être fournie
avec plus de courage que de
fuccés. Ily a un an que de mois
en mois , je publie un nouveau
Livre : F'ai peine à concevoir,
comment j'ai pu contracter un
pareil engagement. Mais , pour
fçavoir, fi je dois aujourd'huy
me reprocher cette Audace ,
m'en applaudir 3 il faudroit que
lesjugemens que le Public a porté
de mon travail, me pûffent être
révelés. Or , un Auteur eft ra-
си
Aij
AVANT-PROPOS.
rement informé de l'opinion que
fon Ouvrage a donnée de lui
dans le monde. Les Perfonnes
qui m'honorent de leur amitié
félicitent en vain ; j'ai raiſon
decraindre, que la bien- veillance
ne leurfaffe trop d'illufion en ma
faveur. Mais , oferai-je le dire ;
les Perfonnes d'un rang & d'un
mérite trés diftingué me font garants,
que mon Ouvrage n'apas
êté defagréable au Public : En
m'engageant à le continuer , je
céde à leurs confeils : Je me complais
même à les confidérer comme
des ordres : Voilà mon Bail
renouvellé.
a
Je promets au Public,fur lafoy
Zele , queje me rendrai
de
mon
de plus en plus digne de fon indulgence
AVANT-PROPOS. *
,
grace
Je meflare , que quelques Per
fonnes connues dans la Littera
ture continueront d'enrichir
mes Recueils de ces Differtations
utilles, où l'on trouve des vérités
neuves , dévelopées dévelopées avec gr
des Principes Philofophiques préfentés
à l'efprit fans aucune of
tentation Pédantefque . Le R.
P. D. C. continuera pendant
quelques mois,à donnerpar morceaux
dis - joints , fon Systême
complet fur la Poefie Françoife.
Je n'ai pas été malhûreux jufqu'à
préfent en Piéces de Vers.
Fe ferai enforte que rien ne m'échape
à l'avenir , de ce que nôtre
Parnaffe produira de bon .
A l'égard des Nouvelles , foir
de France ou des Païs Etrangers;
A iij
AVANT- PROPOS .
elles ne peuvent être " également
abondantes & fingulieres . Les
Evenemens mémorables, les Révolutions
intérreffantes nefe dif
tribuans pas à proportion égale
dans tousles mois. Ainfi,pourvû
quejefache recueillirpar la voye
de mes
qui fera arrivé de remarquable
dans l'Europe, & que je ne perde
pas de vue l'Hiftoire Parifienne ;
je croirai avoir fait tout mon
devoir.
correfpondances , tout ce
Fe demande , à titre de juftice,
qu'on on me faffe grace de quelques .
fautes , qui êchapent néceſſairement
à quiconque corrige les
Epreuves imprimées . Je promets
de donner toute l'attention que
demande ce foin particulier.
Fermer
68
p. 7-69
EXAMEN DES TRANSPOSITIONS PERMISES, Ou défenduës dans le stile Poëtique.
Début :
Quand je ne me serois pas engagé dans ma Dissertation précédente, [...]
Mots clefs :
Transpositions, Génitif, Ablatif, Datif, Pluriel, Singulier, Vers, Verbe, Phrases, Langue, Construction, Poésie, Règles, Style, Lecteur, Qualité, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXAMEN DES TRANSPOSITIONS PERMISES, Ou défenduës dans le stile Poëtique.
EXAMEN
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
Fermer
69
p. 861-868
LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Début :
Quel Profane sur le Parnasse, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Génie, Muses, Vers, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
LA POESIE ,
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
Fermer
Résumé : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Le texte est une ode dédiée à M. de la Faye, membre de l'Académie Française, écrite par M. Richer. L'auteur commence par inviter les Muses à chanter leur propre gloire et à inspirer ses vers. Il décrit l'état primitif de l'humanité, marqué par la violence et l'absence de lois, avant l'avènement de l'harmonie et de la poésie. La poésie, personnifiée par les Muses, est présentée comme une force capable de civiliser les hommes, de les rendre plus justes et de les guider vers des mœurs plus douces. L'ode met en avant les vertus de la poésie, qui non seulement divertit mais éduque également en illustrant les conséquences des vices et en célébrant la vertu. Les grands poètes comme Pindare et Homère sont cités pour leur capacité à immortaliser les exploits des héros. L'auteur critique ceux qui méprisent la poésie et loue Racine pour son art. Il conclut en affirmant que la poésie, malgré ses contraintes, charme l'oreille et la raison, et qu'elle a toujours été admirée par l'humanité depuis ses origines. L'ode se termine par une louange à M. de la Faye et à sa lyre fidèle, preuve de la puissance des beaux vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
70
p. 2878-2887
La Henriade, nouvelle édition. Poëme. [titre d'après la table]
Début :
LA HENRIADE, nouvelle édition revûë, corrigée & augmentée de beaucoup, [...]
Mots clefs :
Henriade, Yeux, Dieux, Poème, Auteur, Ouvrage, Coeur, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Henriade, nouvelle édition. Poëme. [titre d'après la table]
LA HENRIADE , nouvelle édition , revûë
, corrigée & augmentée de beaucoup,
11. Vol..
avec
DECEMBRE. 1730. 2879
avec des notes. A Londres , chez Jérôme
Bold-Truth , à la Vérité. 1730. in 8. de
349 pages , fans la Préface , qui en contient
24. Cette Edition , à laquelle il n'y
a rien à fouhaiter pour la correction & la
beauté des caracteres & du papier , que
l'Auteur donne proprement reliée ; & une
autre in 4° . avec des Eftampes , qui eft actuellement
fous preffe , feront délivrées
aux Soufcripteurs , fans qu'ils ayent aucun
payement à faire.
On trouve dans la Préface de cette Edition
in 8 °. l'Hiftoire abregée , écrite de
main de Maître , des Evénemens fur lefquels
eft fondée la Fable du Poëme de la.
Henriade ; l'Idée de ce Poëme & l'efprit
dans lequel il a été compofé. Mais pour
ne point alterer la pureté du ftyle , ni la
force & la grace de la diction , prenons
de la Préface même ce que nous croyons
en devoir mettre fous les yeux de nos
Lecteurs.
ג כ
Ce Poëme fut commencé en l'année
» 1717. M. de Voltaire n'avoit alors que
» 19. ans , & quoiqu'il eût fait déja la
Tragédie d'Oedipe , qui n'avoit pas en-
» core été reprefentée , il étoit très incapable
de faire un Poëme Epique à cet
» âge ; auffi ne commença- t'il la Henria-
» de que dans le deffein de fe procurer
» un fimple amufement dans un tems &
»
II. Vol.
dans
2880 MERCURE DE FRANCE
» dans un lieu où il ne pouvoit guere
» faire que des Vers. Il avoit alors le malheur
d'être prifonnier par Lettre de
» Cachet dans la Baftille . Il n'eft pas inu
tile de dire que la calomnie qui lui
» avoit attiré cette difgrace ayant été
» reconnuë , lui valut des bienfaits de la
>> Cour , ce qui fert également à la jufti-
» fication de l'Auteur & du Gouverne
» ment & c .
>>
L'Auteur ayant été près d'un an en
prifon , fans papier & fans livres , il y
» compofa plufieurs Ouvrages , & les re-
» tint de mémoire , La Henriade fut le feut
qu'il écrivit au fortir de la Baftille ; il
n'en avoit alors fait que fix Chants ,
» dont il ne reste aujourd'hui que le fe-
» cond , qui contient les Maffacres de la
» S. Barthelemi. Les cinq autres étoient
» très foibles , & ont été depuis travaillés
fur
un autre plan ; mais il n'a jamais pû
>> rien changer à ce fecond Chant qui eft
» encore peut- être le plus fort de tous
» l'Ouvrage.
» En l'année 1723. il parut une Edition
de la Henriade fous le nom de La Ligues
>>> L'Ouvrage
étoit informe , tronqué ,
» plein de lacunes. Il y manquoit
un
Chant , & les autres étoient déplacés.
» De plus , il étoit annoncé comme un
Poëme Epique.
>>
II. Vol. En
DÉCEMBRE. 1730. 2881
En l'année 1726. l'Auteur étant en
» Angleterre, y trouva une protection ge-
>> nerale & des encouragemens qu'il n'au-
>> roit jamais pû efperer ailleurs . On y fa-
» vorifa l'impreffion d'un Ouvrage Fran-
» çois , écrit avec liberté & d'un Poëme
» plein de verités , fans flatterie.
»
La Henriade parut donc alors pour
la
>> premiere fois fous fon veritable nom ,
» en dix Chants , & ce fut d'après les
>> Editions de Londres que furent faites
depuis celles d'Amfterdam, de la Haye,
» & de Geneve toutes inconnues en
>> France.
>>
L'Auteur ayant encore fait depuis de
» grands changemens à la Henriade , don-
» ne aujourd'hui cette nouvelle Edition
» comme moins mauvaiſe que toutes les
précedentes ; mais comme fort éloignée
» de la perfection dont il ne s'eft jamais
» Aatté d'approcher.
Ce Poëme , compofé de dix Chants
commence ainſi :
Je chante le Heros qui regna fur la France ,
Et par droit de conquête , & par droit de naiffance
,
Qui par le malheur même apprit à gouverner,
Perfecuté long- tems , fçut vaincre & pardonner,
Confondit & Mayenne , & la Ligue & Libere ,
Et fut de fes Sujets le Vainqueur & le Pere.
II. Vol.
Un
2882 MERCURE DE FRANCE
Un des plus confiderables changemens
eft à la page 205. du Chant feptiéme :
le voici :
Dans le centre éclatant de ces orbes îmmenfes
,
Qui n'ont pû nous cachér leur marche & leurs
diſtances ,
Luit ces Aftres du jour par Dieu même allumé ,
Qui tourne autour de foi fur fon axe enflamé.
De lui partent fans fin des torrens de lumiere ;
Il donne en ſe montrant la vie à la matiere ,
Et difpenfe les jours , les faifons & les ans
A des Mondes divers autour de lui flotans.
Ces Aftres affervis à la loi qui les preffe ,
S'attirent dans leur courſe * & s'évitent fans ceffe,
Et fervant l'un à l'autre & de regle & d'appui
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui.
Au delà de leurs cours , & loin dans cet eſpace
Où la matiere nage , & que Dieu feul embraffe ,
Sont des Soleils fans nombre & des Mondes fans
fin ;
Dans cet abîme immenſe il leur ouvre un chemin.
Par delà tous ces Cieux le Dieu des Cieux réfide;
C'est là que le Heros fuit fon celefte guide ;
* Que l'on admette l'attraction de l'illuftre
M. Nevvton , toujours demeure- t'il certain que
les Globes celeftes s'approchant s'éloignant
tour à tour , paroient s'attirer & s'éviter.
II. Vol. C'est
DECEMBRE. 1730. 2883
C'eft là que font formés tous ces efprits divers
Qui rempliffent les corps , & peuplent l'Univers;
Là font après la mort nos ames replongées ,
De leur prifon groffiere à jamais degagées ;
Un Juge incorruptible y raffemble à ſes pieds
Ces immortels Efprits que fon foufle a créés.
C'eft cet Etre infini qu'on fert & qu'on ignore ;
Sous cent noms differens le Monde entier l'adore.
Du haut de l'Empirée il entend nos clameurs ;
Il regarde en pitié ce long amas d'erreurs ,
Ces Portraits infenfés que l'humaine ignorance
Fait avec pieté de fa fageffe immenſe.
La mort auprés de lui , fille affreuſe du tems ,
De ce trifte Univers conduit les habitans ;
Elle amene à la fois les Bonzes , les Bracmanes
Du grand Confucius les Difciples profanes ,
Des antiques Perfans les fecrets fucceffeurs ,
De Zoroaftre encor aveugles fectateurs ,
Les pâles habitans de ces froides Contrées
Qu'affiegent de glaçons les mers hiperborées ,
Ceux qui de l'Amerique habitent les Forêts ,
Du pere du menfonge innombrables Sujets .
Eclairés à l'inftant , ces morts dans le filence
En Perfe les Guebres ont une Religion à
part , qu'ils prétendent être la Religion fondée
par Zoroastre , & qui paroit moins folle que
les autres fuperftitions humaines , puifqu'ils
rendent un culte fecret an Soleil , comme à
une image du Createur.
IL. Vol-
Atten
2884 MERCURE DE FRANCE
Attendent en tremblant l'éternelle ſentence :
Dieu qui voit à la fois , entend & connoit tout ,
D'un coup d'oeil les punit , d'un coup d'oeil les
abfout.
Henri n'approcha pas vers le Trône invifible .
D'où part à chaque inftant ce Jugement terrible,
Où Dieu prononce à tous les arrêts éternels ,
Qu'ofent prévoir envain tant d'orgueilleux Mor
tels.
Quelle eft , difoit Henri , s'interrogeant luimême
,
Quelle eft de Dieu fur eux la Juftice fuprême ?
Ce Dieu les punit- il d'avoir fermé leurs yeux
» Aux clartés que lui-même il plaça fi loin d'eux;
» Pourroit-il les juger tel qu'un injufte Maître
Sur la Loi des Chrétiens qu'ils n'ont point pu
>> connoître ?
Non , Dieu nous a créés , Dieu nous veut fauver
tous ;
» Par tout il nous inftruit , par tout il parle à
» nous ;
»Il
grave en tous les coeurs la loi de la nature
Seule à jamais la même , & feule toujours pure ;
Sur cette Loi , fans doute , il juge les Payens ,
» Et fi leur coeur fut jufte , ils ont été Chrétiens,
Tandis que du Heros la raifon confonduë
Portoit fur ce miftere une indifcrete vuë ,
Aux pieds du Trone même une voix s'entendit ,
Le Ciel s'en ébranla , l'Univers en frémit ,
II. Vol.
Ses
DECEMBRE . 1730. 2885
Ses accens reffembloient à ceux de ce Tonnerre
Quand du Mont Sinaï Dieu parloit à la Terre :
Le Choeur des Immortels fe tût pour l'écouter
Et chaque Aftre en fon cours allá la repeter:
A ta foible raifon garde- toi de te rendre :
Dieu t'a fait pour l'aimer , & non pour le come
»prendre.
» Invifible à tes yeux , qu'il regne dans ton coeur,
» Il pardonne aux Humains une invincible er
» reur ;
Mais il punit auffi toute erreur volontaire.
Mortel , ouvre les yeux quand fon Soleil t'é
claire.
Henri paffe à l'inftant auprès d'un Globe affreux,
Rebut de la Nature , aride , tenebreux :
Ciel d'où partent ces cris , ces cris épouventa-
!
bles ,
Ces torrens de fumée , & ces feux effroyables ?
Quels Monftres , dit Bourbon , volent dans ces
climats ?
›
Quels gouffres enflamés s'entr'ouyent fous mes
pas !
Ọ mon fils , vous voyez les portes de l'abîme
Creufé par la Jufticè , habité par le crimé :
Suivez - moi , les chemins en font toujours ou
verts ;
Ils marchent auffi-tôt aux portes des Enfers. *
* Les Theologiens n'ont pas decidé comme
un article de foi que l'Enfer fut au centre de
la Terre , ainsi qu'il étoit dans la Theologie
AIR Voka
La
2886 MERCURE DE FRANCE
Là git la fombre Envie à l'oeil timide & louche
Verfant fur des lauriers les poifons de fa bouche
Le jour bleffe fes yeux dans l'ombre étincelans ,
Trifte Amante des Morts , elle hait les Vivans.
Elle apperçoit Henri , fe détourne & foupire :
Auprès d'elle est l'Orgueil qui ſe plaît & s'admire
La Foibleffe au teint pâle , aux regards abbatus ,
Tiran qui cede au crime , & détruit les vertus ,
L'Ambition fanglante , inquiéte , égarée ,
De Trônes , de Tombeaux , d'Eſclaves entourée
La tendre Hipocrifie aux yeux pleins de douceur
( Le Ciel eft dans fes yeux , l'Enfer eft dans fon
coeur )
Le faux zele étalant fes barbares maximes
Et l'Interêt enfin , pere de tous les crimes.
Les autres changemens font de 20. ou
30. Vers , & le trouvent répandus dans
tout l'Ouvrage. En voici un au Chant
quatrième, page 125.
「
..... Loin ... des pompes mondaines ,
Des temples confacrés aux vanités humaines
Dont l'appareil fuperbe impofe à l'Univers.
L'humble Religion fe cache en des deferts ,
Elle y vit avec Dieu dans une paix profonde ,
Cependant que fon nom profané dans le monde
Payenne quelques- uns l'ont placé dans le
Soleil on l'a mis ici dans un Globe deftiné
uniquement à cet usage.
1
11. Vol.
E4
DECEMBRE. 1730. 2887
*
Eft le prétexte faint des fureurs des Tirans ,
Le bandeau du Vulgaire & le mépris des Grands
Souffrir eft fon deftin , benir eft fon partage :
Elle prie en fecret pour l'ingrat qui l'outrage.
Sans ornement , fans art , belle de ſes attraits ,
Sa modefte beauté fe dérobe à jamais
Aux hypocrites yeux de la foule importune
Qui court à fes Autels encenfer la fortune &c.``
Ce beau Poëme eft terminé par ces
Vers :
Tout le peuple changé dans ce jour falutaire
Reconnoît fon vrai Roi , fon Vainqueur & fon
Pere.
Dès lors on admira ce Regne fortuné ,
Et commencé trop tard , & trop tôt terminé.
L'Eſpagnol en trembla ; juſtement deſarmée ,
Rome adopta Bourbon , Rome s'en vit aimée ;
La Difcorde rentra dans l'éternelle Nuit :
A reconnoitre un Roi Mayenne fut réduit ,
Et foumettant enfin fon coeur & fes Provinces
Fut le meilleur fujet du plus jufte des Princes.
, corrigée & augmentée de beaucoup,
11. Vol..
avec
DECEMBRE. 1730. 2879
avec des notes. A Londres , chez Jérôme
Bold-Truth , à la Vérité. 1730. in 8. de
349 pages , fans la Préface , qui en contient
24. Cette Edition , à laquelle il n'y
a rien à fouhaiter pour la correction & la
beauté des caracteres & du papier , que
l'Auteur donne proprement reliée ; & une
autre in 4° . avec des Eftampes , qui eft actuellement
fous preffe , feront délivrées
aux Soufcripteurs , fans qu'ils ayent aucun
payement à faire.
On trouve dans la Préface de cette Edition
in 8 °. l'Hiftoire abregée , écrite de
main de Maître , des Evénemens fur lefquels
eft fondée la Fable du Poëme de la.
Henriade ; l'Idée de ce Poëme & l'efprit
dans lequel il a été compofé. Mais pour
ne point alterer la pureté du ftyle , ni la
force & la grace de la diction , prenons
de la Préface même ce que nous croyons
en devoir mettre fous les yeux de nos
Lecteurs.
ג כ
Ce Poëme fut commencé en l'année
» 1717. M. de Voltaire n'avoit alors que
» 19. ans , & quoiqu'il eût fait déja la
Tragédie d'Oedipe , qui n'avoit pas en-
» core été reprefentée , il étoit très incapable
de faire un Poëme Epique à cet
» âge ; auffi ne commença- t'il la Henria-
» de que dans le deffein de fe procurer
» un fimple amufement dans un tems &
»
II. Vol.
dans
2880 MERCURE DE FRANCE
» dans un lieu où il ne pouvoit guere
» faire que des Vers. Il avoit alors le malheur
d'être prifonnier par Lettre de
» Cachet dans la Baftille . Il n'eft pas inu
tile de dire que la calomnie qui lui
» avoit attiré cette difgrace ayant été
» reconnuë , lui valut des bienfaits de la
>> Cour , ce qui fert également à la jufti-
» fication de l'Auteur & du Gouverne
» ment & c .
>>
L'Auteur ayant été près d'un an en
prifon , fans papier & fans livres , il y
» compofa plufieurs Ouvrages , & les re-
» tint de mémoire , La Henriade fut le feut
qu'il écrivit au fortir de la Baftille ; il
n'en avoit alors fait que fix Chants ,
» dont il ne reste aujourd'hui que le fe-
» cond , qui contient les Maffacres de la
» S. Barthelemi. Les cinq autres étoient
» très foibles , & ont été depuis travaillés
fur
un autre plan ; mais il n'a jamais pû
>> rien changer à ce fecond Chant qui eft
» encore peut- être le plus fort de tous
» l'Ouvrage.
» En l'année 1723. il parut une Edition
de la Henriade fous le nom de La Ligues
>>> L'Ouvrage
étoit informe , tronqué ,
» plein de lacunes. Il y manquoit
un
Chant , & les autres étoient déplacés.
» De plus , il étoit annoncé comme un
Poëme Epique.
>>
II. Vol. En
DÉCEMBRE. 1730. 2881
En l'année 1726. l'Auteur étant en
» Angleterre, y trouva une protection ge-
>> nerale & des encouragemens qu'il n'au-
>> roit jamais pû efperer ailleurs . On y fa-
» vorifa l'impreffion d'un Ouvrage Fran-
» çois , écrit avec liberté & d'un Poëme
» plein de verités , fans flatterie.
»
La Henriade parut donc alors pour
la
>> premiere fois fous fon veritable nom ,
» en dix Chants , & ce fut d'après les
>> Editions de Londres que furent faites
depuis celles d'Amfterdam, de la Haye,
» & de Geneve toutes inconnues en
>> France.
>>
L'Auteur ayant encore fait depuis de
» grands changemens à la Henriade , don-
» ne aujourd'hui cette nouvelle Edition
» comme moins mauvaiſe que toutes les
précedentes ; mais comme fort éloignée
» de la perfection dont il ne s'eft jamais
» Aatté d'approcher.
Ce Poëme , compofé de dix Chants
commence ainſi :
Je chante le Heros qui regna fur la France ,
Et par droit de conquête , & par droit de naiffance
,
Qui par le malheur même apprit à gouverner,
Perfecuté long- tems , fçut vaincre & pardonner,
Confondit & Mayenne , & la Ligue & Libere ,
Et fut de fes Sujets le Vainqueur & le Pere.
II. Vol.
Un
2882 MERCURE DE FRANCE
Un des plus confiderables changemens
eft à la page 205. du Chant feptiéme :
le voici :
Dans le centre éclatant de ces orbes îmmenfes
,
Qui n'ont pû nous cachér leur marche & leurs
diſtances ,
Luit ces Aftres du jour par Dieu même allumé ,
Qui tourne autour de foi fur fon axe enflamé.
De lui partent fans fin des torrens de lumiere ;
Il donne en ſe montrant la vie à la matiere ,
Et difpenfe les jours , les faifons & les ans
A des Mondes divers autour de lui flotans.
Ces Aftres affervis à la loi qui les preffe ,
S'attirent dans leur courſe * & s'évitent fans ceffe,
Et fervant l'un à l'autre & de regle & d'appui
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui.
Au delà de leurs cours , & loin dans cet eſpace
Où la matiere nage , & que Dieu feul embraffe ,
Sont des Soleils fans nombre & des Mondes fans
fin ;
Dans cet abîme immenſe il leur ouvre un chemin.
Par delà tous ces Cieux le Dieu des Cieux réfide;
C'est là que le Heros fuit fon celefte guide ;
* Que l'on admette l'attraction de l'illuftre
M. Nevvton , toujours demeure- t'il certain que
les Globes celeftes s'approchant s'éloignant
tour à tour , paroient s'attirer & s'éviter.
II. Vol. C'est
DECEMBRE. 1730. 2883
C'eft là que font formés tous ces efprits divers
Qui rempliffent les corps , & peuplent l'Univers;
Là font après la mort nos ames replongées ,
De leur prifon groffiere à jamais degagées ;
Un Juge incorruptible y raffemble à ſes pieds
Ces immortels Efprits que fon foufle a créés.
C'eft cet Etre infini qu'on fert & qu'on ignore ;
Sous cent noms differens le Monde entier l'adore.
Du haut de l'Empirée il entend nos clameurs ;
Il regarde en pitié ce long amas d'erreurs ,
Ces Portraits infenfés que l'humaine ignorance
Fait avec pieté de fa fageffe immenſe.
La mort auprés de lui , fille affreuſe du tems ,
De ce trifte Univers conduit les habitans ;
Elle amene à la fois les Bonzes , les Bracmanes
Du grand Confucius les Difciples profanes ,
Des antiques Perfans les fecrets fucceffeurs ,
De Zoroaftre encor aveugles fectateurs ,
Les pâles habitans de ces froides Contrées
Qu'affiegent de glaçons les mers hiperborées ,
Ceux qui de l'Amerique habitent les Forêts ,
Du pere du menfonge innombrables Sujets .
Eclairés à l'inftant , ces morts dans le filence
En Perfe les Guebres ont une Religion à
part , qu'ils prétendent être la Religion fondée
par Zoroastre , & qui paroit moins folle que
les autres fuperftitions humaines , puifqu'ils
rendent un culte fecret an Soleil , comme à
une image du Createur.
IL. Vol-
Atten
2884 MERCURE DE FRANCE
Attendent en tremblant l'éternelle ſentence :
Dieu qui voit à la fois , entend & connoit tout ,
D'un coup d'oeil les punit , d'un coup d'oeil les
abfout.
Henri n'approcha pas vers le Trône invifible .
D'où part à chaque inftant ce Jugement terrible,
Où Dieu prononce à tous les arrêts éternels ,
Qu'ofent prévoir envain tant d'orgueilleux Mor
tels.
Quelle eft , difoit Henri , s'interrogeant luimême
,
Quelle eft de Dieu fur eux la Juftice fuprême ?
Ce Dieu les punit- il d'avoir fermé leurs yeux
» Aux clartés que lui-même il plaça fi loin d'eux;
» Pourroit-il les juger tel qu'un injufte Maître
Sur la Loi des Chrétiens qu'ils n'ont point pu
>> connoître ?
Non , Dieu nous a créés , Dieu nous veut fauver
tous ;
» Par tout il nous inftruit , par tout il parle à
» nous ;
»Il
grave en tous les coeurs la loi de la nature
Seule à jamais la même , & feule toujours pure ;
Sur cette Loi , fans doute , il juge les Payens ,
» Et fi leur coeur fut jufte , ils ont été Chrétiens,
Tandis que du Heros la raifon confonduë
Portoit fur ce miftere une indifcrete vuë ,
Aux pieds du Trone même une voix s'entendit ,
Le Ciel s'en ébranla , l'Univers en frémit ,
II. Vol.
Ses
DECEMBRE . 1730. 2885
Ses accens reffembloient à ceux de ce Tonnerre
Quand du Mont Sinaï Dieu parloit à la Terre :
Le Choeur des Immortels fe tût pour l'écouter
Et chaque Aftre en fon cours allá la repeter:
A ta foible raifon garde- toi de te rendre :
Dieu t'a fait pour l'aimer , & non pour le come
»prendre.
» Invifible à tes yeux , qu'il regne dans ton coeur,
» Il pardonne aux Humains une invincible er
» reur ;
Mais il punit auffi toute erreur volontaire.
Mortel , ouvre les yeux quand fon Soleil t'é
claire.
Henri paffe à l'inftant auprès d'un Globe affreux,
Rebut de la Nature , aride , tenebreux :
Ciel d'où partent ces cris , ces cris épouventa-
!
bles ,
Ces torrens de fumée , & ces feux effroyables ?
Quels Monftres , dit Bourbon , volent dans ces
climats ?
›
Quels gouffres enflamés s'entr'ouyent fous mes
pas !
Ọ mon fils , vous voyez les portes de l'abîme
Creufé par la Jufticè , habité par le crimé :
Suivez - moi , les chemins en font toujours ou
verts ;
Ils marchent auffi-tôt aux portes des Enfers. *
* Les Theologiens n'ont pas decidé comme
un article de foi que l'Enfer fut au centre de
la Terre , ainsi qu'il étoit dans la Theologie
AIR Voka
La
2886 MERCURE DE FRANCE
Là git la fombre Envie à l'oeil timide & louche
Verfant fur des lauriers les poifons de fa bouche
Le jour bleffe fes yeux dans l'ombre étincelans ,
Trifte Amante des Morts , elle hait les Vivans.
Elle apperçoit Henri , fe détourne & foupire :
Auprès d'elle est l'Orgueil qui ſe plaît & s'admire
La Foibleffe au teint pâle , aux regards abbatus ,
Tiran qui cede au crime , & détruit les vertus ,
L'Ambition fanglante , inquiéte , égarée ,
De Trônes , de Tombeaux , d'Eſclaves entourée
La tendre Hipocrifie aux yeux pleins de douceur
( Le Ciel eft dans fes yeux , l'Enfer eft dans fon
coeur )
Le faux zele étalant fes barbares maximes
Et l'Interêt enfin , pere de tous les crimes.
Les autres changemens font de 20. ou
30. Vers , & le trouvent répandus dans
tout l'Ouvrage. En voici un au Chant
quatrième, page 125.
「
..... Loin ... des pompes mondaines ,
Des temples confacrés aux vanités humaines
Dont l'appareil fuperbe impofe à l'Univers.
L'humble Religion fe cache en des deferts ,
Elle y vit avec Dieu dans une paix profonde ,
Cependant que fon nom profané dans le monde
Payenne quelques- uns l'ont placé dans le
Soleil on l'a mis ici dans un Globe deftiné
uniquement à cet usage.
1
11. Vol.
E4
DECEMBRE. 1730. 2887
*
Eft le prétexte faint des fureurs des Tirans ,
Le bandeau du Vulgaire & le mépris des Grands
Souffrir eft fon deftin , benir eft fon partage :
Elle prie en fecret pour l'ingrat qui l'outrage.
Sans ornement , fans art , belle de ſes attraits ,
Sa modefte beauté fe dérobe à jamais
Aux hypocrites yeux de la foule importune
Qui court à fes Autels encenfer la fortune &c.``
Ce beau Poëme eft terminé par ces
Vers :
Tout le peuple changé dans ce jour falutaire
Reconnoît fon vrai Roi , fon Vainqueur & fon
Pere.
Dès lors on admira ce Regne fortuné ,
Et commencé trop tard , & trop tôt terminé.
L'Eſpagnol en trembla ; juſtement deſarmée ,
Rome adopta Bourbon , Rome s'en vit aimée ;
La Difcorde rentra dans l'éternelle Nuit :
A reconnoitre un Roi Mayenne fut réduit ,
Et foumettant enfin fon coeur & fes Provinces
Fut le meilleur fujet du plus jufte des Princes.
Fermer
Résumé : La Henriade, nouvelle édition. Poëme. [titre d'après la table]
Le texte présente une nouvelle édition de 'La Henriade' de Voltaire, publiée en décembre 1730 à Londres. Cette édition, en format in-8, compte 349 pages et est accompagnée d'une préface de 24 pages. Elle est également disponible en format in-4 avec des estampes et sera livrée aux souscripteurs sans frais supplémentaires. La préface inclut une histoire abrégée des événements sur lesquels est fondée la fable du poème, ainsi que l'idée et l'esprit du poème. Voltaire a commencé 'La Henriade' en 1717 à l'âge de 19 ans, alors qu'il était prisonnier à la Bastille. Il a écrit plusieurs œuvres en prison, dont 'La Henriade', initialement composée de six chants. Seul le second chant, traitant des massacres de la Saint-Barthélemy, a été conservé. Une première édition informelle et tronquée est parue en 1723 sous le nom de 'La Ligue'. En 1726, Voltaire a trouvé en Angleterre un soutien général et a publié 'La Henriade' sous son véritable nom, en dix chants. Depuis, il a apporté de nombreux changements au poème, considérant cette nouvelle édition comme la moins mauvaise des précédentes, bien qu'elle soit encore loin de la perfection. Le poème commence par une description du héros Henri IV et de ses exploits. Il inclut des réflexions sur la justice divine et le sort des âmes après la mort. Voltaire a également modifié certains passages pour inclure des références à des concepts scientifiques, comme l'attraction newtonienne. Le poème se termine par la reconnaissance d'Henri IV comme roi légitime et la soumission de ses adversaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
71
p. 734-735
Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE, dessinée d'après nature, et [...]
Mots clefs :
Insectes d'Europe, Chenilles, Vers, Papillons, Mouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
Fermer
Résumé : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Le texte mentionne deux ouvrages historiques. Le premier, 'Histoire des Insectes d'Europe', par Marie Sibille Merian, décrit la génération et les métamorphoses des insectes et leurs aliments. Traduit par Jean Marret, il est publié à Amsterdam en 1730. Le second, 'Histoire de Dannemack' par M. des Roches, couvre la période avant et après l'établissement de la monarchie dans cette région. Publié en six volumes à Amsterdam en 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
72
p. 965-969
LA RENOMMÉE, ODE.
Début :
Nymphe qui d'une aîle legere, [...]
Mots clefs :
Vers, Nymphe, Guerrier intrépide, Plagiaires, Ruisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RENOMMÉE, ODE.
LA RENOMME'E,
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
Fermer
Résumé : LA RENOMMÉE, ODE.
Le poème 'LA RENOMMÉE', publié dans le Mercure de France en avril 1731, personnifie la Renommée comme une messagère ailée qui parcourt l'univers pour annoncer les succès divers. Elle est capable de suspendre le temps et d'immortaliser les noms grâce à ses 'cent bouches immortelles'. Le texte explore les motivations des guerriers et des savants, soulignant que la quête de la Renommée anime leurs actions. Il met en parallèle des figures historiques comme Virgile et Scipion, illustrant comment leurs vertus et leurs exploits leur ont assuré une place éternelle dans l'estime des hommes. Cependant, le poème critique l'orgueil humain qui cherche une récompense posthume, jugée vaine et inutile. Il encourage les auteurs à redoubler leurs efforts pour mériter une Renommée authentique et à mépriser les plagiaires. Le poème se conclut par un appel à la persévérance et à la quête de la gloire légitime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
73
p. 1198-1199
VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Début :
Illustre Favori de Thémis et des Muses, [...]
Mots clefs :
Fête, Favori, Talents, Vertus, Accueil, Médecine, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
VERS
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
Fermer
Résumé : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Monsieur Cocquard, avocat au Parlement de Dijon, adresse une lettre à Monsieur le Président Bouhier, membre de l'Académie Française, pour sa fête. Il s'excuse de ne pouvoir lui rendre hommage en personne en raison de son médecin, Purgon, qui le retient. Cocquard souhaite néanmoins célébrer les talents, les vertus et l'accueil gracieux de Bouhier. Il regrette de ne pas être inspiré par Apollon, le dieu des vers, mais plutôt par le dieu de la médecine. Il mentionne l'impossibilité de cueillir des fleurs pour orner son hommage, ne trouvant que quelques acorus indignes. Selon Ovide, Apollon est à la fois le dieu des vers et de la médecine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
74
p. 1275-1279
LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Début :
Je reprends aujourd'hui la Lire [...]
Mots clefs :
Lyre, Vers, Plaisir, Volupté sauvage, Chrétien, Léthargie, Allégresse, Volupté paisible, Sages désirs, Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
LE PLAISIR EPURE.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
Fermer
Résumé : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Le texte 'Le Plaisir Epuré' célèbre les bienfaits du plaisir sur l'âme et le cœur. L'auteur, guidé par une ardeur juvénile, distingue les voluptés sauvages, condamnées par Épicure, des douceurs du plaisir chrétien, qui élèvent l'âme et régulent le cœur. Le plaisir est présenté comme une force vitale apportant joie, allégresse et une ivresse séduisante. Il dissipe les ombres des nuits sombres et permet de jouir d'une lumière pure. Le plaisir est aussi un remède contre les ennuis et les maux, préparant le cœur à de nouveaux transports et renforçant les liens d'amitié et de société. L'auteur évoque des moments de réflexion solitaire dans la nature, où il conserve son innocence, ainsi que des moments de convivialité en société. Il conclut en soulignant que le plaisir charme la vie et inspire des désirs sages, tout en étant conscient de la brièveté de l'existence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
75
p. 75
A MADEMOISELLE DU MALCRAIS DE LA VIGNE, Sur son Ode en Prose.
Début :
Quelques difficultez, Malcrais, que l'Art t'oppose, [...]
Mots clefs :
Triomphe, Talents, Prose, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DU MALCRAIS DE LA VIGNE, Sur son Ode en Prose.
A MADEMOISELLE
DU MALCRAIS DE LA VIGNE ,
Sur son Ode en Prose.
Uelques difficultez , Malcrais , que l'Art
t'oppose ,
Tu sçais en triompher par tes talens divers ;
Tu sçais être sublime , et mesurée en Prose ,
Ou libre , et naturelle en Vers.
DU MALCRAIS DE LA VIGNE ,
Sur son Ode en Prose.
Uelques difficultez , Malcrais , que l'Art
t'oppose ,
Tu sçais en triompher par tes talens divers ;
Tu sçais être sublime , et mesurée en Prose ,
Ou libre , et naturelle en Vers.
Fermer
76
p. 265-274
ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
Début :
Ce n'est point en ces Vers, cher Lecteur, que j'aspire [...]
Mots clefs :
Vers, Pleurs, Père, Mort, Tombe, Douleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
ODE
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
Fermer
Résumé : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
L'ode est un poème écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne en mémoire de son père, le maire doyen de la ville du Croisic en Bretagne. Le texte exprime la douleur intense de la poétesse face à la perte de son père, qu'elle décrit comme un homme savant, ingénieux et dévoué à sa famille et à sa patrie. Elle évoque son désespoir et son désir de rejoindre son père dans la mort, tout en étant terrassée par des visions effrayantes. Le poème détaille également les qualités de son père, son engagement envers les lois et les nécessiteux, ainsi que son amour pour sa patrie. La poétesse mentionne que son père laisse derrière lui treize enfants, quatre sœurs et neuf frères, dont plusieurs sont en mer et ignorent encore la tragédie. Elle apprend également la mort de son frère, capitaine sur une frégate, victime de la fureur de la mort. Elle implore Dieu de protéger sa mère, veuve depuis peu, et de lui accorder une longue vie heureuse. Enfin, elle adresse ses remerciements à M. des Landes, Contrôleur Général de la Marine et membre de l'Académie Royale des Sciences, pour son soutien et sa compassion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
77
p. 463-465
REMERCIEMENT A MADAME D....
Début :
Quand à Marot Dame bonne et gentille [...]
Mots clefs :
Marot, Vers, Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIEMENT A MADAME D....
REMERCIMENT
Qu
A MADAME D ...
Uand à Marot Dame bonne et gentille
Par bons repas donnoit allegement ,
Pour elle alors Marot de sa Mandille
Tiroit en Vers gentil Remerciment ,
Vers dont un pied valoit une pistole ,
Vers, comme on dit faits tous au petit point
Moi qui ne fus jamais à son école ,
Ne puis donner Vers marquez à son coin ;
Car pour tel cas faudroit avoir sa plume 5
Et tel qui veut sans elle l'imiter ,
S'agite en vain , puis se fâche et s'enthume ,
Mal dangereux. Ce fut pour l'éviter ,
Que m'enhardis à faire un coup de tête.
Voulant avoir pour vous gentil propos,
Droit àMarot j'offris humble Requête ,
Qui seul en fit digne de votre los.
Affectant donc air de condoleance ,
Pour que sa plume il daignât me prêter ,.
Je lui tirai très-bas ma réverence ,
Mais d'un seul mot il sçût bien m'arrêter ;
Ciij Scachez
464 MERCURE DE FRANCE
Sçachez qu'un jour la Parque meurtriere .
Lorsqu'à rimer je prénois mes ébats,
Lorgnant son coup pour m'étendre en la biere ,
Du même coup mit ma plume en éclats.
Or avec moi périt beau badinage , G
Bien que depuis on ait vû maints Marmots
A qui mieux mieux, affecter mon langage ,
En excroquant quelqu'un de mes vieux mots.
Très bien le sçais ; mais souffre qu'on s'explique.
Sire Marot : si mon dit te déplaît , -
Toujours pourras au bas de ma supplique
Mettre un néant , dissiper mes projets.
Si donc ne puis avoir ta plume ancienne ,
Encor est-il remede à ce malheur ;
Nepeux-tu pas du moins tailler la mienne ?
Je sçaurai bien m'en faire ensuite honneur.
Ah ! pour si peu ne te veux éconduire ,
Me dit Marot , d'un visage serein ,
'Ainsi soit fait, si beaux Vers veux déduire.
Il me la taille et me la met en main.
S'il m'eût offert les ducats de sa bourse,
Je n'aurois pas trouvé mon sort si beau,
Tant bien croyois qu'alloient couler de source ,
Ode , Sonnet , Madrigal , ou Rondeau.
Mais par malheur la plume étoit trop fine.
J'écris du dos , pardevant , de travers ,
Tout m'étoit un; dont fis piteuse mine ,
Jamais ne pus mettre ensemble deux Vers.
Sur
MARS. 1732: 465
Sur quoi Marot me voyant si mal faire ,
Dit les gros mots , se mit en grand esmoy :
Quitte , dit-il , ces armes , pauvre hére ,
Si tu ne peux t'en servir comme moi;
A tes amis fais compliment en Prose ,
Sans faire Vers tu peux parler raison :
Car sur les tiens je crains fort qu'on ne glose ,
Crois-moi , l'avis est pour toi de saison.
Je conviendrai que j'aurois de m'y rendre,
Et qu'en tel cas m'eût été plus prudent ,
Si sans rimer vous eusse fait entendre ,
Comment m'avint tant piteux accident ;
Mais peu m'en chaut qu'on dise avec justice
Que ne suis pas bon Versificateur ;
Pour vous, croyez si m'êtes plus propice ,
Que mon esprit est duppe de mon cœur.
ENVO r.
Si vous mesurez ces miens Carmes ;
Avec l'Equerre d'Apollon ,
Iceux seront sans valuë et sans charmes
Et n'y trouverez rien de bon.
Mais prenez une autre balance ,
Vous en connoîtrez la valeur ,
Pour Mere ils ont tendre reconnoissance ,
Et leur Papa s'appelle Cœur.
Qu
A MADAME D ...
Uand à Marot Dame bonne et gentille
Par bons repas donnoit allegement ,
Pour elle alors Marot de sa Mandille
Tiroit en Vers gentil Remerciment ,
Vers dont un pied valoit une pistole ,
Vers, comme on dit faits tous au petit point
Moi qui ne fus jamais à son école ,
Ne puis donner Vers marquez à son coin ;
Car pour tel cas faudroit avoir sa plume 5
Et tel qui veut sans elle l'imiter ,
S'agite en vain , puis se fâche et s'enthume ,
Mal dangereux. Ce fut pour l'éviter ,
Que m'enhardis à faire un coup de tête.
Voulant avoir pour vous gentil propos,
Droit àMarot j'offris humble Requête ,
Qui seul en fit digne de votre los.
Affectant donc air de condoleance ,
Pour que sa plume il daignât me prêter ,.
Je lui tirai très-bas ma réverence ,
Mais d'un seul mot il sçût bien m'arrêter ;
Ciij Scachez
464 MERCURE DE FRANCE
Sçachez qu'un jour la Parque meurtriere .
Lorsqu'à rimer je prénois mes ébats,
Lorgnant son coup pour m'étendre en la biere ,
Du même coup mit ma plume en éclats.
Or avec moi périt beau badinage , G
Bien que depuis on ait vû maints Marmots
A qui mieux mieux, affecter mon langage ,
En excroquant quelqu'un de mes vieux mots.
Très bien le sçais ; mais souffre qu'on s'explique.
Sire Marot : si mon dit te déplaît , -
Toujours pourras au bas de ma supplique
Mettre un néant , dissiper mes projets.
Si donc ne puis avoir ta plume ancienne ,
Encor est-il remede à ce malheur ;
Nepeux-tu pas du moins tailler la mienne ?
Je sçaurai bien m'en faire ensuite honneur.
Ah ! pour si peu ne te veux éconduire ,
Me dit Marot , d'un visage serein ,
'Ainsi soit fait, si beaux Vers veux déduire.
Il me la taille et me la met en main.
S'il m'eût offert les ducats de sa bourse,
Je n'aurois pas trouvé mon sort si beau,
Tant bien croyois qu'alloient couler de source ,
Ode , Sonnet , Madrigal , ou Rondeau.
Mais par malheur la plume étoit trop fine.
J'écris du dos , pardevant , de travers ,
Tout m'étoit un; dont fis piteuse mine ,
Jamais ne pus mettre ensemble deux Vers.
Sur
MARS. 1732: 465
Sur quoi Marot me voyant si mal faire ,
Dit les gros mots , se mit en grand esmoy :
Quitte , dit-il , ces armes , pauvre hére ,
Si tu ne peux t'en servir comme moi;
A tes amis fais compliment en Prose ,
Sans faire Vers tu peux parler raison :
Car sur les tiens je crains fort qu'on ne glose ,
Crois-moi , l'avis est pour toi de saison.
Je conviendrai que j'aurois de m'y rendre,
Et qu'en tel cas m'eût été plus prudent ,
Si sans rimer vous eusse fait entendre ,
Comment m'avint tant piteux accident ;
Mais peu m'en chaut qu'on dise avec justice
Que ne suis pas bon Versificateur ;
Pour vous, croyez si m'êtes plus propice ,
Que mon esprit est duppe de mon cœur.
ENVO r.
Si vous mesurez ces miens Carmes ;
Avec l'Equerre d'Apollon ,
Iceux seront sans valuë et sans charmes
Et n'y trouverez rien de bon.
Mais prenez une autre balance ,
Vous en connoîtrez la valeur ,
Pour Mere ils ont tendre reconnoissance ,
Et leur Papa s'appelle Cœur.
Fermer
Résumé : REMERCIEMENT A MADAME D....
Le poème est adressé à Madame D..., à qui l'auteur exprime sa gratitude pour son hospitalité. L'auteur compare sa capacité poétique à celle de Clément Marot, un poète célèbre, et reconnaît qu'il ne peut atteindre la même excellence. Il relate une rencontre avec Marot, durant laquelle il lui demande de lui prêter sa plume pour écrire des vers en l'honneur de Madame D... Marot refuse, expliquant que sa plume a été détruite par la Parque, mais accepte de tailler celle de l'auteur. Cependant, la plume est trop fine et l'auteur ne parvient pas à écrire correctement. Marot lui conseille alors d'écrire en prose. L'auteur conclut en affirmant que, bien que ses vers ne soient pas parfaits, ils sont empreints de reconnaissance et d'amour pour sa mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
78
p. 1887-1891
RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Début :
Toy, dont la voix brillante a volé sur nos Rives, [...]
Mots clefs :
Voix brillante, Art de plaire, Charles XII, Henry IV, Vers, Science, Esprits, Muses, Beaux-arts, Captivité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
REPONSE
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
Fermer
Résumé : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Dans une lettre datée du 15 août 1732, Voltaire adresse à Madame de Malcrais de la Vigne deux de ses œuvres, 'L'Henriade' et 'L'Histoire de Charles XII'. Il exprime son admiration pour la muse de Madame de Malcrais et partage ses aspirations et talents variés. Voltaire mentionne avoir écrit des vers dès son jeune âge, inspiré par Apollon. Il décrit ses multiples intérêts, allant de la poésie à la peinture, en passant par la musique et la philosophie. Il admire les œuvres de Raphaël, Poussin, Campra, Mouret, Destouches, ainsi que les danseurs Camargo et Sallé. Voltaire s'intéresse également aux découvertes scientifiques de Newton et aux pensées de Pascal, bien qu'il critique les rigueurs extrêmes de ce dernier. Il conclut en affirmant que, malgré ses efforts pour remplir ses jours de divers plaisirs et arts, il ne peut remplacer l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
79
p. 2703-2704
BOUQUET à Madlle Therese M... de Sens, le jour de sa Fête.
Début :
Loin des bords de l'Yonne arrose, [...]
Mots clefs :
Bouquet, Fête, Zéphyr, Vers, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET à Madlle Therese M... de Sens, le jour de sa Fête.
BOUQUET à Madlle Therese M....
de Sens , le jour de sa Fête.
Loin des bords que l'Yonne arrose ,
Pour former un Bouquet digné d'orner to sein ,
L'Amante de Zephire envain ,
Me présente en ces lieux et le Lys et la Rose.
Therese , est- ce de fleurs dont je dois te con
vrir?
Ton teint fait honte aux dons de Flore ;
Les trésors qu'elle fait éclore,
Un jour les voit naître et mourir ;
Et de Sens à Châlons j'ai vû six fois l'A
rore
Baigner de pleurs la voye où je devois courir.
Que t'offrirai-je donc , pour tenir ma pro
messe ?
Des vers la Saone et le Permesse
Ne coulent pas également.
Mon cœur il te jura sa constance à Varci
les ;
*
* Petit Village à trois lieïes de Seng
1. Vob Et
2701 MERCURE DE FRANCE
Et trois baisers cücillis sur tes levres vermeil
les
Furent le prix de ce serment.
Faut-il qu'une absence cruelle
Mette obstacle en ce jour à mes tendres de
sirs !
Ah ! M………… quand je viens t'offrir le même zele >
Que n'ai-je les mêmes plaisirs .
M. de Broglio , de Martegues en Provence
de Sens , le jour de sa Fête.
Loin des bords que l'Yonne arrose ,
Pour former un Bouquet digné d'orner to sein ,
L'Amante de Zephire envain ,
Me présente en ces lieux et le Lys et la Rose.
Therese , est- ce de fleurs dont je dois te con
vrir?
Ton teint fait honte aux dons de Flore ;
Les trésors qu'elle fait éclore,
Un jour les voit naître et mourir ;
Et de Sens à Châlons j'ai vû six fois l'A
rore
Baigner de pleurs la voye où je devois courir.
Que t'offrirai-je donc , pour tenir ma pro
messe ?
Des vers la Saone et le Permesse
Ne coulent pas également.
Mon cœur il te jura sa constance à Varci
les ;
*
* Petit Village à trois lieïes de Seng
1. Vob Et
2701 MERCURE DE FRANCE
Et trois baisers cücillis sur tes levres vermeil
les
Furent le prix de ce serment.
Faut-il qu'une absence cruelle
Mette obstacle en ce jour à mes tendres de
sirs !
Ah ! M………… quand je viens t'offrir le même zele >
Que n'ai-je les mêmes plaisirs .
M. de Broglio , de Martegues en Provence
Fermer
Résumé : BOUQUET à Madlle Therese M... de Sens, le jour de sa Fête.
Dans une lettre poétique adressée à Mademoiselle Thérèse, probablement à l'occasion de sa fête, l'auteur exprime son désir de lui offrir un bouquet digne d'elle. Il compare Thérèse à la beauté des fleurs, soulignant que son teint surpasserait même les dons de Flore. L'auteur mentionne ses voyages entre Sens et Châlons, marqués par des pleurs. Il se demande quel présent offrir à Thérèse pour tenir sa promesse, évoquant la constance de son cœur jurée à Varcilly, un petit village près de Sens. Il rappelle trois baisers échangés comme preuve de ce serment. L'auteur exprime sa frustration face à une absence cruelle qui l'empêche de lui offrir ses tendres désirs en ce jour spécial. La lettre est signée par M. de Broglio, de Martegues en Provence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
80
p. 422-423
A MLLE ROSE de S... N... en lui envoyant des Vers Provençaux.
Début :
Dans l'aimable Saison où les Ris et les Graces [...]
Mots clefs :
Rose, Vers, Jeux, Beau, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE ROSE de S... N... en lui envoyant des Vers Provençaux.
A MLLE ROSE de S ... N ... en
lui envoyant des Vers Provençaux.
Ans l'aimable Saison où les Ris et les Gráces
S'empressent , jeune Rose , à marcher sur vos
traces ;
Dois -je me flatter que des Vers ,
Enfans engourdis d'une Muse ,
Qui compte déja trente hyvers ,
Seront pour vous des jeux où votre esprit s'amuse
?
Mais songez que ces jeux ont emprunté de vous ,
Ce qu'ils ont d'amusant , ce qu'ils ont d'agréable;
Passe- temps d'une Enfance aimable ,
Vous devez passer jusqu'à nous .
Recevez , belle Rose , un légitime hommage ,
Je ne viens vous offrir que votre propre Ouvrage.
Pour bannir l'Art et son secours ,
Je vais me servir du langage ,
Dont se servoient les Troubadours ,
Qui les premiers sur ce Rivage ,
Ont mis en rime des Discours.
Vous qui nâquites toute belle ,
Vous qu'on ne sçauroit voir sans qu'on en soit
épris ,
Qui serez du beau Sexe à jamais le moż
dele ,
SouMARS.
1733
423
Soutenez mes accords , animez mes esprits
D'une beauté toûjours nouvelle ;
Heureux , si je la fais passer en mes Ecrits !
Mille Rivaux jaloux respecteront ma gloire ,
Mes Vers vainqueurs de l'Onde noire ,
A l'abri de votre beau noin ,
Loin de l'Empire de Pluton ,
Iront au Temple de Memoire.
lui envoyant des Vers Provençaux.
Ans l'aimable Saison où les Ris et les Gráces
S'empressent , jeune Rose , à marcher sur vos
traces ;
Dois -je me flatter que des Vers ,
Enfans engourdis d'une Muse ,
Qui compte déja trente hyvers ,
Seront pour vous des jeux où votre esprit s'amuse
?
Mais songez que ces jeux ont emprunté de vous ,
Ce qu'ils ont d'amusant , ce qu'ils ont d'agréable;
Passe- temps d'une Enfance aimable ,
Vous devez passer jusqu'à nous .
Recevez , belle Rose , un légitime hommage ,
Je ne viens vous offrir que votre propre Ouvrage.
Pour bannir l'Art et son secours ,
Je vais me servir du langage ,
Dont se servoient les Troubadours ,
Qui les premiers sur ce Rivage ,
Ont mis en rime des Discours.
Vous qui nâquites toute belle ,
Vous qu'on ne sçauroit voir sans qu'on en soit
épris ,
Qui serez du beau Sexe à jamais le moż
dele ,
SouMARS.
1733
423
Soutenez mes accords , animez mes esprits
D'une beauté toûjours nouvelle ;
Heureux , si je la fais passer en mes Ecrits !
Mille Rivaux jaloux respecteront ma gloire ,
Mes Vers vainqueurs de l'Onde noire ,
A l'abri de votre beau noin ,
Loin de l'Empire de Pluton ,
Iront au Temple de Memoire.
Fermer
Résumé : A MLLE ROSE de S... N... en lui envoyant des Vers Provençaux.
En 1733, 'SouMARS' adresse une lettre poétique à Mlle Rose de S... N..., comparant cette dernière à une rose, symbole de jeunesse et de beauté. L'auteur espère que ses vers provençaux, bien que écrits par une muse âgée, divertiront et amuseront Mlle Rose. Il souligne que ses vers tirent leur charme de la personne même de Mlle Rose. Il se propose d'utiliser le langage des troubadours, les premiers poètes provençaux, et de bannir l'artifice. L'auteur loue la beauté et le charme de Mlle Rose, affirmant qu'elle sera à jamais le modèle du beau sexe. Il souhaite que ses écrits soient inspirés par la beauté de Mlle Rose et trouvent une place durable dans le Temple de la Mémoire, loin des rivaux jaloux et des dangers représentés par Pluton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
81
p. 760
« Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
Début :
Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...]
Mots clefs :
Vers, Vente, Huguet de Semonville, Roussel, Digues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de
Semonville, Doyen du Parlement , se distribuë
chez Martin et Guerin , Libraires , ruë S. Jacques.
La vente de cette Bibliotheque se fera en détail
au commencement du mois de May prochain.
On apprend de la Haye , qu'Adrien Moetjens,
a mis en vente une seconde Edition des Observations
sur les Vers de Mer. Par M. Roussel ,
Membre de la Societé Royale des Sciences de
Berlin , augmentée de près de la moitié , l'Auteur
y ayant joint une Description des Digues et un
Examen des expédiens et remedes contre les Vers.
On trouve dans cette Edition trois Planches ,
dont une ajoûtéc , contient le Plan et le Profil
d'une Digue.
Semonville, Doyen du Parlement , se distribuë
chez Martin et Guerin , Libraires , ruë S. Jacques.
La vente de cette Bibliotheque se fera en détail
au commencement du mois de May prochain.
On apprend de la Haye , qu'Adrien Moetjens,
a mis en vente une seconde Edition des Observations
sur les Vers de Mer. Par M. Roussel ,
Membre de la Societé Royale des Sciences de
Berlin , augmentée de près de la moitié , l'Auteur
y ayant joint une Description des Digues et un
Examen des expédiens et remedes contre les Vers.
On trouve dans cette Edition trois Planches ,
dont une ajoûtéc , contient le Plan et le Profil
d'une Digue.
Fermer
Résumé : « Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
La bibliothèque de M. Huguet de Semonville sera vendue en mai chez Martin et Guerin. Adrien Moetjens publie une seconde édition des 'Observations sur les Vers de Mer' de M. Roussel, augmentée de moitié, avec des descriptions de digues et des remèdes contre les vers. Elle inclut trois planches, dont une nouvelle sur une digue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
82
p. 875-877
LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
Début :
Il y a long-temps, Madame, que vous m'avez demandé le Portrait de / A la plus touchante Beauté, [...]
Mots clefs :
Portrait, Mlle Malcrais de La Vigne, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
LETTRE de M. D.... à Mad. la
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
La lettre de M. D.... à Madame la Marquise de Saint A... traite de l'envoi du portrait en vers de Mlle Malcrais de la Vigne. La Marquise avait demandé ce portrait depuis longtemps, mais des obstacles, notamment la rareté des peintres de talent en Basse-Bretagne, ont retardé sa réalisation. M. D.... souligne la nécessité d'un artiste exceptionnel pour peindre une personne distinguée. En l'absence de tel artiste, il propose un portrait en vers, qu'il reconnaît moins expressif qu'une peinture. Le portrait en vers décrit Mlle Malcrais de la Vigne comme une personne à la beauté touchante et à l'air délicat, évitant la fierté malgré ses talents. Elle apprécie les vers inspirés par le génie, trouve du plaisir dans la lecture choisie et sait couronner les écrivains brillants. Elle pense avec sagesse à un âge où cela est rare et se défend avec jugement contre les badinages amoureux. Elle sait également cacher son esprit et laisse douter de ses approbations ou désapprobations. Enfin, elle allie bon sens et bon cœur, offrant une image naïve et véritable de sa personnalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
83
p. 1353-1355
VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
Début :
En qualité de Suivant d'Apollon, [...]
Mots clefs :
Princesse, Muse, Voltaire, Vers, Goût, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
VERS à S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine , par M. Clement , Receveur
des Tailles de Dreux.
EN qualité de Suivant d'Apollon
Je vous dois , Illustre PRINCESSE,
II. Vol.
E ij Un
1354 MERCURE DE FRANCE
Un compliment où regne la finesse ,
Et le feu du sacré Vallon.
Elevé loin du Sanctuaire,
Où le bon goût seul est admis ,
Je sçai trop qu'il ne m'est permis ,
Que d'admirer et de me taire ;
Mais quoiqu'infiniment soumis ,
Ne peut on sans être Voltaire ,
Par un effort digne de plaire ,
S'offrir à vos regards surpris.
Je gouverne aisément ma Muse ,
Et malgré sa legereté ,
Pour empêcher qu'on ne l'accuse ,
D'imprudente vivacité ,
J'arrête ici sa témeraire audace ,
Et je l'avertis sagement ,
De paroître avec enjoüement ,
Et d'éviter le jargon tout de glace ,
D'éloges rebattus , exprimez foiblement.
Je désire donc simplement ,
Qu'elle se présente avec grace ,
Et que du moins , PRINCESSE , ce moment ,
Şoit pour vous un amusement.
Qu'au milieu d'une Cour délicate et paisible;
Vous vous souveniez quelquefois ,
Qu'asservi sous vos douces Loix ,
Le Druide le moins sensible ,
Se ranime , et déja des accens de sa voix ,
II. Vol.
De
JUIN. 1733. 1355
ल
+
Du grand nom de Condé fait retentir nos bois.
Tout beau , Muse , qu'allez - vous dire
Est-ce donc là le souverain Empire ,
De ma raison sur vous jusqu'à ce jour.
Imitez La Fontaine , et des traits de l'Amour,
Chantez seulement la puissance ;
Si je flattois votre imprudence ,
Bien -tôt de ma Princesse adorant les vertus ,
Vous parleriez des divins attributs ,
Dont Apollon honora sa naissance.
De tels objets respectez la grandeur ;
Et ne rompez votre silence ,
Que pour annoncer le bonheur,
Qui doit bien- tôt ramener sa présence.
Peignez aussi le Plaisir enchanteur ,
Revolant vers Annet , et de Fêtes charmantes ,
Lui-même être l'ordonnateur
Recherchez , Muse , sa faveur ,
Tout brille sous ses mains sçavantes ,
Et sans craindre Voltaire , allez dire par tout ,
Qu'en ces dieux seulement est le Temple du
Goût.
du Maine , par M. Clement , Receveur
des Tailles de Dreux.
EN qualité de Suivant d'Apollon
Je vous dois , Illustre PRINCESSE,
II. Vol.
E ij Un
1354 MERCURE DE FRANCE
Un compliment où regne la finesse ,
Et le feu du sacré Vallon.
Elevé loin du Sanctuaire,
Où le bon goût seul est admis ,
Je sçai trop qu'il ne m'est permis ,
Que d'admirer et de me taire ;
Mais quoiqu'infiniment soumis ,
Ne peut on sans être Voltaire ,
Par un effort digne de plaire ,
S'offrir à vos regards surpris.
Je gouverne aisément ma Muse ,
Et malgré sa legereté ,
Pour empêcher qu'on ne l'accuse ,
D'imprudente vivacité ,
J'arrête ici sa témeraire audace ,
Et je l'avertis sagement ,
De paroître avec enjoüement ,
Et d'éviter le jargon tout de glace ,
D'éloges rebattus , exprimez foiblement.
Je désire donc simplement ,
Qu'elle se présente avec grace ,
Et que du moins , PRINCESSE , ce moment ,
Şoit pour vous un amusement.
Qu'au milieu d'une Cour délicate et paisible;
Vous vous souveniez quelquefois ,
Qu'asservi sous vos douces Loix ,
Le Druide le moins sensible ,
Se ranime , et déja des accens de sa voix ,
II. Vol.
De
JUIN. 1733. 1355
ल
+
Du grand nom de Condé fait retentir nos bois.
Tout beau , Muse , qu'allez - vous dire
Est-ce donc là le souverain Empire ,
De ma raison sur vous jusqu'à ce jour.
Imitez La Fontaine , et des traits de l'Amour,
Chantez seulement la puissance ;
Si je flattois votre imprudence ,
Bien -tôt de ma Princesse adorant les vertus ,
Vous parleriez des divins attributs ,
Dont Apollon honora sa naissance.
De tels objets respectez la grandeur ;
Et ne rompez votre silence ,
Que pour annoncer le bonheur,
Qui doit bien- tôt ramener sa présence.
Peignez aussi le Plaisir enchanteur ,
Revolant vers Annet , et de Fêtes charmantes ,
Lui-même être l'ordonnateur
Recherchez , Muse , sa faveur ,
Tout brille sous ses mains sçavantes ,
Et sans craindre Voltaire , allez dire par tout ,
Qu'en ces dieux seulement est le Temple du
Goût.
Fermer
Résumé : VERS à S. A. S. Madame la Duchesse du Maine, par M. Clement, Receveur des Tailles de Dreux.
Le poème est adressé à Madame la Duchesse du Maine par M. Clément, Receveur des Tailles de Dreux, qui se présente comme Suivant d'Apollon. L'auteur reconnaît l'illustre statut de la Duchesse et exprime son admiration et sa soumission. Il souhaite que sa muse se présente avec grâce, évitant les éloges rebattus, et que ses vers soient un amusement pour la Duchesse. L'auteur espère qu'elle se souviendra de lui, même au sein de sa cour délicate et paisible. Il mentionne le nom prestigieux de Condé et invite sa muse à imiter La Fontaine en chantant la puissance de l'amour. Le poème se conclut par une évocation du plaisir enchanteur et des fêtes charmantes, soulignant que le véritable goût réside dans ces moments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
84
p. 1638-1651
Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 18 Juillet, les Comédiens François représenterent pour la premiere fois, la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Pélopée, Comédie-Française, Thyeste, Atrée, Sostrate, Égisthe, Vers, Amour, Mort, Dieux, Fils, Eurymédon, Hymen, Père, Secours, Yeux, Vengeance, Secret, Coeur, Spectateurs, Billet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 Juillet , les Comédiens François représenterent
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
Fermer
Résumé : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 juillet 1733, les Comédiens Français présentèrent pour la première fois la tragédie 'Pélopée', écrite par le Chevalier Pellegrin. La pièce, tirée des récits de Servius, Lactance et Hygin, fut accueillie avec enthousiasme. Hygin relate deux versions des événements : dans la première, Pinceste commet l'inceste volontairement après une prédiction oraculaire ; dans la seconde, Thyeste viole sa fille Pélopée sans la reconnaître. La pièce adopte cette dernière version et y ajoute des correctifs pour la décence théâtrale. Au premier acte, Sostrate, gouverneur d'Agyste, recherche le prince Ægysthe, échappé de la forêt où il a été élevé par une chèvre. Il rencontre Arcas, qui lui apprend que Thyeste, frère d'Atrée, a remporté des victoires grâce à Tyndare, roi de Sparte. Cependant, un jeune inconnu, Ægysthe, a récemment ramené la victoire à Atrée. Thyeste, désespéré, a défié ce jeune homme à un combat singulier. Sostrate reconnaît en Ægysthe son fils et cherche à l'avertir sans révéler son secret. Atrée révèle à Eurimedon que Pélopée, qu'il considère comme sa fille, est en réalité la fille de Thyeste. Il espère que le mariage de Pélopée avec Ægysthe détournera Tyndare du parti de Thyeste. Dans le second acte, Pélopée, accompagnée de Phoenice, sa confidente, attend Ægysthe. Elle révèle son mariage secret avec Thyeste et un songe prémonitoire où elle voit son fils menacé d'inceste et de parricide. Elle confie cet enfant à Sostrate, qui l'élève sans lui révéler son origine. Pélopée convainc Ægysthe de ne pas combattre Thyeste, mais Atrée, soupçonnant la vérité, ordonne à sa garde de la suivre. Au troisième acte, Thyeste, prisonnier, apprend qu'Atrée veut le tuer. Il révèle à Arbate qu'il a ordonné l'exécution de sa fille pour éviter l'inceste prédit par l'oracle. Pélopée informe Thyeste qu'Atrée propose la paix en échange de son mariage. Thyeste refuse, craignant de déshonorer Tyndare. Ægysthe, venu annoncer les menaces contre Thyeste, promet de le défendre. Atrée arrive et exige des explications d'Ægysthe, qui finit par le supplier. Dans le quatrième acte, Atrée expose son plan de vengeance, visant à faire périr ses ennemis les uns par les autres. Il feint de consentir à l'union de Pélopée et Thyeste pour manipuler Ægysthe. Ægysthe, après avoir appris que Sostrate retient Pélopée, libère Thyeste et lui révèle qu'il est son rival. Sostrate intervient alors pour révéler la vérité : Pélopée est la mère d'Ægysthe, et Atrée prévoit de tuer Ægysthe. Dans le cinquième acte, Atrée annonce à Pélopée la mort de Thyeste, mais elle révèle ensuite à Atrée que Thyeste était son époux. Ægysthe apprend alors que Thyeste est son père et que Pélopée est sa mère. Sostrate informe Ægysthe de l'arrivée des renforts de Tyndare. Finalement, Atrée, mourant, révèle à Thyeste que Pélopée est sa fille, confirmant ainsi les prédictions divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
85
p. 1748-1751
L'INDISCRETION. CANTATE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Reine des Airs, pompeuse Aurore, [...]
Mots clefs :
Échos, Vers, Thémire, Zéphyrs, Lenteur, Coeur, Peindre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INDISCRETION. CANTATE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
L'INDISCRETION..
CANT ATE.
Par Me de Malcrais de la Vigne ,
du Croisic en Bretagne.
REine Eine des Airs , pompeuse Aurore ,
Que vous restez long- temps au lit d'un vieu
Epoux !!
Sortez du sein des flots ; la Belle que j'adore ,
Thémire en ces Vallons doit paroître avec vous¿
Je vais entre ses bras , en dépit des jaloux ,
Gouter les dons qu'Amour pour moi seul fi☛
éclore
Mömens délicieux , momens trop attendus ,,
Vous voila donc enfin rendus.
Parfumez ces lieux , fleurs brillantes ¿ ›
Badinez avec les Zéphirs ,
Faites sur vos tiges flotantes ,
Le prélude de mes plaisirs. -
Chantez mon bonheur par avance
Atroupez-vous , petits Oiseaux ;;
Ruisseaux , allez en diligence ,
Le dire à mes tristes Rivaux ;
44
Arbres
A O UST. 1733
1745 Arbres, à travers vos rameaux ,
Laissez voir aux Dieux ma victoire
Que tous les témoins de mes maux ,
Le soient aujourd'hui de ma gloire. -
+
L'aimable Lisidor triomphoit en ces mots §.
D'un avant-goût charmant son ame possedée 5 ,
Caressoit sa flateuse idée ; ·
L'espoir tranquillement le berçoit sur ses flots.
Quand l'Aurore à la fin déployant dans la nuë ,,
Des trésors d'Orient le superbe appareil ,
Le surprit, le troubla n'offrant point à sa vûë,
Celle qu'il aimoit mieux revoir que le Soleil.
Ah ! cria-t'il tout haut , que vous tardez , Thé
mire ? ...
Paresseuse arrivez ™, arrivez™, ou j'expire
Auriez-vous à l'Amour préferé le sommeil à ?
Zéphirs , volez vers ma Maîtresse ,,
Peignez-lui l'état de mon coeur , »
Echos , rappellez- la sans cesse , ›
En lui reprochant sa lenteur.
Thémire ne vient point encore ;' ;
Le sommeil s'en est emparé ; ›
Thémire ... ah ! la soif me dévore,,
Quand je devrois m'être enyyré. -
Zephirs, yolez vers ma Maîtrese ,,
Peignez
1750 MERCURE DE FRANCE
Peignez-lui l'état de mon coeur ;
Echos , rappellez - la sans cesse ,
En lui reprochant sa lenteur.
La Bergere arrivoit à travers la Ramée ;
Son nom qui raisonnoit dans l'air ,
Etonna de fort loin son oreille allarmée.
De haine et de dépit cette Amante animée ,
Aux yeux de l'Indiscret s'offrit comme un éclair
Adieu , dit-elle , adieu , montant sur la Colline ,
Et courant à grands pas vers la maison voisine ,
Puisque des biens fondez sur un frivole espoir ,
Ta voix a sçû parler aux Echos du Boccage ,
Perfide , s'ils étoient jamais en ton pouvoir,
Tu l'aurois bien-tôt dit aux Echos du Village.
Amans , sur tout soyez discrets ,
L'Art d'aimer est l'Art de se taire ;
N'apprenez pas même aux Forêts ,
Le nom des ravissans Objets ,
A qui vous vous flattez de plaire,
Les Ruisseaux rouleront
Des Ondes indiscrettes
Les Oiseaux chanteront
Vos douces amourettes
D
Les fleurs , comme autrefois ,
Cessant d'être muettes ,
RetrouA
O UST. 1751 1733
Retrouveront leur voix ,
Pour conter vos fleurettes.
Amans , sur tout soyez discrets , &c.
CANT ATE.
Par Me de Malcrais de la Vigne ,
du Croisic en Bretagne.
REine Eine des Airs , pompeuse Aurore ,
Que vous restez long- temps au lit d'un vieu
Epoux !!
Sortez du sein des flots ; la Belle que j'adore ,
Thémire en ces Vallons doit paroître avec vous¿
Je vais entre ses bras , en dépit des jaloux ,
Gouter les dons qu'Amour pour moi seul fi☛
éclore
Mömens délicieux , momens trop attendus ,,
Vous voila donc enfin rendus.
Parfumez ces lieux , fleurs brillantes ¿ ›
Badinez avec les Zéphirs ,
Faites sur vos tiges flotantes ,
Le prélude de mes plaisirs. -
Chantez mon bonheur par avance
Atroupez-vous , petits Oiseaux ;;
Ruisseaux , allez en diligence ,
Le dire à mes tristes Rivaux ;
44
Arbres
A O UST. 1733
1745 Arbres, à travers vos rameaux ,
Laissez voir aux Dieux ma victoire
Que tous les témoins de mes maux ,
Le soient aujourd'hui de ma gloire. -
+
L'aimable Lisidor triomphoit en ces mots §.
D'un avant-goût charmant son ame possedée 5 ,
Caressoit sa flateuse idée ; ·
L'espoir tranquillement le berçoit sur ses flots.
Quand l'Aurore à la fin déployant dans la nuë ,,
Des trésors d'Orient le superbe appareil ,
Le surprit, le troubla n'offrant point à sa vûë,
Celle qu'il aimoit mieux revoir que le Soleil.
Ah ! cria-t'il tout haut , que vous tardez , Thé
mire ? ...
Paresseuse arrivez ™, arrivez™, ou j'expire
Auriez-vous à l'Amour préferé le sommeil à ?
Zéphirs , volez vers ma Maîtresse ,,
Peignez-lui l'état de mon coeur , »
Echos , rappellez- la sans cesse , ›
En lui reprochant sa lenteur.
Thémire ne vient point encore ;' ;
Le sommeil s'en est emparé ; ›
Thémire ... ah ! la soif me dévore,,
Quand je devrois m'être enyyré. -
Zephirs, yolez vers ma Maîtrese ,,
Peignez
1750 MERCURE DE FRANCE
Peignez-lui l'état de mon coeur ;
Echos , rappellez - la sans cesse ,
En lui reprochant sa lenteur.
La Bergere arrivoit à travers la Ramée ;
Son nom qui raisonnoit dans l'air ,
Etonna de fort loin son oreille allarmée.
De haine et de dépit cette Amante animée ,
Aux yeux de l'Indiscret s'offrit comme un éclair
Adieu , dit-elle , adieu , montant sur la Colline ,
Et courant à grands pas vers la maison voisine ,
Puisque des biens fondez sur un frivole espoir ,
Ta voix a sçû parler aux Echos du Boccage ,
Perfide , s'ils étoient jamais en ton pouvoir,
Tu l'aurois bien-tôt dit aux Echos du Village.
Amans , sur tout soyez discrets ,
L'Art d'aimer est l'Art de se taire ;
N'apprenez pas même aux Forêts ,
Le nom des ravissans Objets ,
A qui vous vous flattez de plaire,
Les Ruisseaux rouleront
Des Ondes indiscrettes
Les Oiseaux chanteront
Vos douces amourettes
D
Les fleurs , comme autrefois ,
Cessant d'être muettes ,
RetrouA
O UST. 1751 1733
Retrouveront leur voix ,
Pour conter vos fleurettes.
Amans , sur tout soyez discrets , &c.
Fermer
Résumé : L'INDISCRETION. CANTATE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le poème 'L'INDISCRETION' de Me de Malcrais de la Vigne raconte l'histoire de Lisidor, qui attend impatiemment Thémire, la femme qu'il aime. Lisidor invite la nature, les fleurs, les zéphyrs et les oiseaux à célébrer son bonheur imminent. Il imagine déjà les moments délicieux qu'il passera avec Thémire, malgré la jalousie des rivaux. Cependant, à son réveil, Thémire n'est pas là. Désespéré, Lisidor appelle les zéphyrs et les échos pour qu'ils la rappellent. Thémire apparaît finalement, mais furieuse d'avoir été surprise par l'indiscrétion de Lisidor. Elle lui reproche son manque de discrétion et s'enfuit. Le poème se conclut par une mise en garde aux amants : ils doivent être discrets pour éviter que leurs secrets ne soient révélés par la nature elle-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
86
p. 1974-1975
RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Début :
Ceux qui me connoîtront, et verront la peinture, [...]
Mots clefs :
Portrait, Louer, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
RE'PONSE de Mlle de Malerais de
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
Fermer
Résumé : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Mlle de Malerais de la Vigne répond à M. D... au sujet d'un portrait en vers publié dans le Mercure de May. Elle reconnaît que l'amitié embellit ses traits et que les vers de M. D... décrivent son âme avec tranquillité. Elle avoue être émue par ses talents, soulignant que l'éloge est touchant lorsqu'il vient de quelqu'un loué partout. La date est septembre 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
87
p. 2233-2249
Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le premier Octobre la premiere [...]
Mots clefs :
Hippolyte, Thésée, Diane, Phèdre, Aricie, Amour, Père, Enfers, Mort, Monstre, Fils, Dieux, Vers, Théâtre, Destin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
' Académie Royale de Musique donna
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
Fermer
Résumé : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 1er octobre, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de la tragédie en musique 'Hippolyte et Aricie'. Le poème est de M. le Chevalier Pellegrin et la musique de M. Rameau. Le public a accueilli favorablement cet opéra, laissant espérer de nombreuses représentations. Le prologue, inspiré par Hygin, se déroule dans la forêt d'Érymanthe. Diane y évoque la victoire d'Hercule sur un monstre et l'invincibilité de l'amour. Jupiter descend et annonce que l'amour régnera partout, sauf un jour par an, éclairé par le flambeau de l'Hymen. Diane, obéissant au destin, quitte la scène. Dans la tragédie, Aricie, princesse des Pallantides, expose sa situation dans un monologue. Hippolyte assure Aricie de son indignation face à la violence de Phèdre, ordonnée par Thésée. Phèdre félicite Aricie sur sa future gloire, mais Aricie refuse ces vœux forcés. Diane descend et menace Phèdre, protégeant Hippolyte et Aricie. Phèdre, jalouse, se livre à ses transports. Arcas annonce que Thésée est descendu aux Enfers. Thésée, tourmenté par une Furie, expose ses malheurs à Pluton, qui le renvoie devant les juges des Enfers. Thésée implore Neptune, qui lui permet de revenir sur terre. Les Parques révèlent à Thésée que les Enfers l'attendent chez lui. Au troisième acte, Phèdre prie Vénus. Hippolyte, venu sur ordre de Phèdre, refuse ses avances. Phèdre, déçue, jure la mort d'Aricie. Thésée arrive et, rappelant la prédiction des Parques, ordonne à Enone de révéler la vérité. Enone accuse Phèdre d'amour funeste. Thésée, désespéré, invoque Neptune pour la mort d'Hippolyte. Au quatrième acte, Hippolyte, en exil, expose sa situation à Aricie. Ils décident de se marier et prient Diane. Une tempête apporte un monstre marin. Hippolyte combat le monstre, mais disparaît. Aricie, évanouie, est secourue par Phèdre, informée de la mort d'Hippolyte. Dans le cinquième acte, il est révélé que Phèdre est morte après avoir innocenté Hippolyte devant Thésée, son père. Thésée, désespéré, tente de se suicider mais est arrêté par Neptune, qui lui annonce qu'Hippolyte a été sauvé par Diane et que Thésée est puni pour son injustice. La scène change ensuite pour montrer Aricie, qui pleure la perte d'Hippolyte. Diane apparaît, ramène Hippolyte à la vie et les unit avec Aricie. La musique de l'opéra est décrite comme difficile mais bien exécutée, avec des performances remarquables des acteurs et musiciens. Le poète et le musicien sont loués pour leur travail, notamment pour les airs caractéristiques, les tableaux et les chœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
88
p. 2506-2507
BOUQUET.
Début :
Vite un Bouquet pour la jeune Julie ; [...]
Mots clefs :
Bouquet, Amour, Julie, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
BOUQUET.
V Ite un Bouquet pour la jeune Julie ;
Allons , Amour , c'est sa Fête demain ?
Bon
NOVEMBRE. 1733. 2507.
Bon , J'aime assez ces Eillets , ce Jasmin ;
Mais en Bouquets , chacun a sa folie :
La mienne , Amour , .est celle des Rimeurs ;
Toujours des Vers accompagnent mes fleurs
Vingt seulement ? j'ose te les prescrire.
Eh ! quel objet peut les mériter mieux ?
Dans son esprit , que toi- seul peus décrire ,
Regne le feu qui brille dans ses yeux ;
Ce sont des Tours neufs , vifs , ingénieux ;
C'est le talent d'a nuser sans médire ;
?
Bref , c'est .... mais quoi ! tu me laisses tout
dire !
Refuses-tu de remplir mon espoir?
J'entens , Amour , sur le coeur de la belle ,
Ton air , tes traits ont été sans pouvoir ,
Et ton orgueil est irrité contr'elle.
Dieu trop jaloux ! eh ! bien suis ton projet;
Au lieu de Vers ( l'offre sera nouvelle )
Julie aura ton dépit pour Bouquet.
ENVOY.
De la fierté qu'en vous l'on voit paroître ,
Si Cupidon quelque jour est vainqueur ,
Belle D ... ne le faites connoître ,
Qu'en me prenant pour son vangeur.
V Ite un Bouquet pour la jeune Julie ;
Allons , Amour , c'est sa Fête demain ?
Bon
NOVEMBRE. 1733. 2507.
Bon , J'aime assez ces Eillets , ce Jasmin ;
Mais en Bouquets , chacun a sa folie :
La mienne , Amour , .est celle des Rimeurs ;
Toujours des Vers accompagnent mes fleurs
Vingt seulement ? j'ose te les prescrire.
Eh ! quel objet peut les mériter mieux ?
Dans son esprit , que toi- seul peus décrire ,
Regne le feu qui brille dans ses yeux ;
Ce sont des Tours neufs , vifs , ingénieux ;
C'est le talent d'a nuser sans médire ;
?
Bref , c'est .... mais quoi ! tu me laisses tout
dire !
Refuses-tu de remplir mon espoir?
J'entens , Amour , sur le coeur de la belle ,
Ton air , tes traits ont été sans pouvoir ,
Et ton orgueil est irrité contr'elle.
Dieu trop jaloux ! eh ! bien suis ton projet;
Au lieu de Vers ( l'offre sera nouvelle )
Julie aura ton dépit pour Bouquet.
ENVOY.
De la fierté qu'en vous l'on voit paroître ,
Si Cupidon quelque jour est vainqueur ,
Belle D ... ne le faites connoître ,
Qu'en me prenant pour son vangeur.
Fermer
Résumé : BOUQUET.
Le poème 'BOUQUET', daté de novembre 1733, est dédié à une jeune femme nommée Julie à l'occasion de sa fête. L'auteur souhaite lui offrir un bouquet, mais préfère accompagner les fleurs de vers. Il apprécie les œillets et le jasmin, mais valorise davantage ses écrits. Julie est décrite comme ayant un esprit brillant et ingénieux, capable de s'amuser sans médire. Cependant, l'auteur exprime son irritation face à l'indifférence de Julie envers l'amour. Il suggère alors de lui offrir le dépit de l'amour comme bouquet. Dans l'envoi, l'auteur met en garde contre la fierté de Julie et propose de se venger si Cupidon, le dieu de l'amour, venait à triompher un jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
89
p. 2678-2692
L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique a remis pour la quatriéme fois au Théatre [...]
Mots clefs :
Issé, Amour, Apollon, Hilas, Coeur, Philémon, Nymphe, Fête, Vers, Académie royale de musique, Théâtre, Gloire, Dragon, Pastorale, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique a res
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
mis pour la quatrième fois au Théatre
Issé , Pastorale Héroïque . Depuis l'année
1697. qu'elle parut pour la premiere
fois , on l'a reprise en 1708. et en 17194
et toujours avec plus de succès , cette
derniere reprise est des plus brillantes.
C'est le premier Ouvrage de deux jeunes
Auteurs , qui semblent se disputer
à qui entrera avec plus de vivacité dans
une carriere qu'ils ont depuis remplie
avec beaucoup d'éclat. M. de la Mothe
qui a fait le Poëme , qu'on croit antérieur
à celui de l'Europe Galante , n'y
dément pas le nom dejeune Homere , qu'il
se donne dans son Epitre Dédicatoire ,
où il choisit Monseigneur le Duc de
Bourgogne pour son Achille ; la gloire
qu'il s'est acquise depuis , a justifié son
ambition naissante ; on remarque que
son stile dans Issé n'est pas tout- à- fait
aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup
d'autres Ouvrages qui lui ont assuré l'im
mortalité qu'il se proposoit pour prix
de ses travaux ; mais on en esr dédom
1. Vol
magt
DECEMBRE. 1733. 2679
magé par le plus beau feu qu'Apollon
puisse inspirer à un jeune Eleve.
M. Destouches , Auteur de la Musique ,
non moins avide de gloire , fait voir
dans cette Pastorale , qu'on peut dès
le premier pas faire douter si l'on pourra
se surpasser dans la suite ; son génie et
son goût s'y déployent tout entiers
rien de plus naturel que son chant , rien
de plus vif que ses peintures , sur tout
rien de plus flatteur que son récitatif.
Voilà le témoignage que la voix publique
nous excite à rendre , sur le mérite
des deux Auteurs de cette Pastorales
en voici l'Extrait .
La Fable du Jardin des Hesperides a
fourni à l'ingénieux Auteur de cette Pastorale
, le sujet d'un Prologue Allegorique.
La Paix que LOUIS LE GRAND
accorda à l'Europe , en est l'objet ; nous
ne pouvons donner une plus juste intelligence
de l'allégorie en question ,
qu'en nous servant des propres termes
de M. de, la Mothe . Les voicy.
Ce Prologue est une allégorie dont il est
aisé de découvrir les rapports. Le Jardin
des Hesperides représente l'Abondance ; le
Dragon qui en deffend l'entrée , y signifie
la Guerre , qui , suspendant le Commerce,
ferme aux Peuples qu'elle divise la voye
1. Vol.
do
2680 MERCURE DE FRANCE
de l'Abondance ; enfin Hercule , qui par
la
défaite du Dragon , rend ce Fardin accessible
à tout le monde , est l'image exacte du
Roy , qui n'a vaincu tant de fois que pour
pouvoir terminer la Guerre et rendre à ses
Peuples et à ses Voisrns , l'abondance qu'ils
souhaitoient.
Passons à l'action Théatrale.
Le Théatre représente le Jardin des Hesperides
; les Arbres sont chargez de fruits
d'or; et l'on découvre dans le fonds l'en
trée de ce Jardin deffendue par un Dragon
qui vomit incessamment des flammes.
La premiere Hesperide expose le sujet
par ces Vers :
Nous jouissons ici d'une douceur profonde ;
L'abondance en ces lieux regne de toutes parts;
Nos Bois et nos Vergers offrent à nos regards
Les seuls biens qu'adore le monde ;
Leurs fruits sont enviez du reste des Humains ;
Mais nous ne craignons rien du désir qui les
presse ;
Et ce Dragon veille sans cesse ,
Pour sauver nos trésors de leurs profanes mains.
Elle invite ses soeurs et tous les Habitans
de ce Jardin précieux à chanter le
bonheur dont ils jouissent. On entend
un bruit de guerre ; la premiere Hespeide
excite le Dragon à mettre en pieces
I. Vol. la
DECEMBRE . 1733. 268 i
téméraire Mortel qui vient chercher
La mort; Hercule combat le Dragon , et
en triomphe ; il rassure les Hesperides
par ces Vers :
Craignez-vous que mon bras vienne vous asservir,
Et faire de vos fruits un injuste pillage ?
Non ; je ne viens pas les ravir ;
Mais je veux que le monde avec vous les partage,
Jupiter vient confirmer la promesse
d'Hercule et lui parle ainsi :
Que ton bras se repose, ainsi que mon Tonnerre
Mon fils , termine tes travaux ;
Jouis toi- même du repos
Que ta valeur donne à la Terre.
Il rassemble les Peuples effrayez , qui
témoignent leur joye par ane Féte éclatante.
Jupiter termine ce charmant Pro
logue par ces Vers adressez à Hercule ,
c'est-à- dire au Héros de la France .
Alcide , ce grand jour marqué par la Victoire ,
Assure à l'Univers le sort le plus charmant ;
Plus d'un heureux évenement ,
En doit à l'avenir consacrer la memoire ,
Quand par un effort genereux ,
Ton bras vient aux Mortels rendre une Paix
profonde
5. Vol.
L'Hymenés
2682 MERCURE DE FRANCE
L'Hymenée et l'Amour joignant des plus beaux
noeuds ,
Deux coeurs formez pour le bonheur du monde.
De cette auguste Fête Apollon prend le soin ;
Viens avec tous les Dieux en être le témoin.
Tout le monde sent bien que Jupiter
annonce ici l'Hymen glorieux auquel
nous devons notre auguste Maître.
AU PREMIER ACTE , Apollon sous le
nom de Philemon , se plaint de l'Amour
qui ne l'a jamais blessé de ses Traits que
pour le rendre malheureux ; il se rappelle
la rigueur de Daphné et se reproche
de gémir encore sous de mêmes loix .
Pan , déguisé en Berger , lui conseille
de ne plus cacher sa Divinité aux yeux
d'Issé dont il est épris ; Apollon lui
répond qu'il ne veut devoir le coeur de
cette Nymphe qu'à son amour ; voyant
venir Issé , il se retire pour surprendre
son secret sans être apperçû . Issé , dans
un tendre Monologue , regrette la perte
de son heureuse indifference.
>
Doris soupçonne Issé d'aimer Hylas;
la Nymphe la laisse dans son erreur et
lui fait entendre la nouvelle situation
de son coeur par ces Vers :
Mes jours couloient dans les plaisirs ;
Je goûtois à la fois la paix et l'innocence ,
1. Vol et
DECEMBRE. 1733 2683
Et mon coeur satisfait de son indifference ,
Vivoit sans crainte et sans desirs ;
Mais depuis que l'Amour l'a rendu trop sensible,
Les plaisirs l'ont abandonné ;
Quel changement ! ô Ciel ! est- il possible ?
Non, ce n'est plus ce coeur si content , si paisible;
C'est un coeur tout nouveau que l'Amour m'a
donné.
On entend un bruit d'Instrumens s
Doris apprend à Issé que c'est une Fête
qu'Hilas a fair préparer pour elle.
La Suite d'Hilas représente les Néreïdes
et les Nymphes de Diane , conduites
par l'Amour et les Plaisirs, Hilas déclare
son amour à Issé par ces Vers :
L'Amour a tout soumis à ses loix souveraines ;
Il fait sentir ses feux dans l'humide séjour ;
Il blesse de ses traits , il charge de ses chaînes ,
La fiere Diane à son tour ;
Mais il n'est pas content de sa victoire ;
Le coeur d'Issé manque à sa gloire,
L'objet de cette Fête c'est d'inviter
Issé à aimer. Après la Fête la Nymphe
répond à Hilas :
Autant que je le puis , je résiste aux Amours ;
De leurs traits dangereux je redoute l'atteinte ;
Heureuse si ma crainte
2. Vol. M'an
2684 MERCURE DE FRANCE
M'en deffendoit toujours.
Cette réponse équivoque laisse un peu
d'esperance à Hilas .
Le Théatre représente au second Acte,
le Palais d'Issé et ses Jardins ; Issé se plaint
de l'Amour , et le prie de s'adresser à
d'autres coeurs qui se feroient un plaisir
de se rendre. Doris l'avertit que Philemon
s'avance.
Issé voudroit fuir la présence de Philemon
; mais ce Dieu , transformé en Berger,
Parrête. Cette Scene est très interessante
et très - bien dialoguée ; voici les
Vers qui la terminent.
Issé.
Cessez une ardeur si pressante ;
Je ne veux plus vous écouter .
Apollon.
'Arrêtez, Nymphe trop charmante,
Issé.
Non ; laissez - moi vous éviter.
Apollon.
Vous me fuyez et je vous aime !
Issé.
Je fuis l'Amour quand je vous fuis.
Apollon.
Dissipez le trouble où je suis,
I. Vol.
Issér
1
DECEMBRE. 1733. 2685
Issé.
N'augmentez pas celui qui m'agite moi- même.
Apollon.
Rendez-vous à mes feux.
Issé.
Ne tentez plus mon coeux,
Apollon.
Pourquoi craindre d'aimer.
Issé.
On doit craindre un
Vainqueur.
Apollon suit Issé , qui se retire. L'Acte
Eniroir ici , s'il n'y falloit une Fête ; l'Au
teur y supplée par un Episode ; Pan arrête
Doris , et lui parle d'amour , mais
sur un ton bien different de celui dont
Apellon vient d'en parler à Issé ; il sagit
d'un amour volage ; des Bergers , des
Bergeres et des Pâtres , viennent par
son ordre celebrer le plaisir d'être in ,
constans.
Au troisiéme Acte , Apollon dit à
Pan , que, tout aimé qu'il se croit de la
tendre Issé , il n'est pas encore parfaitement
heureux; il exprime ainsi ce qu'il
souhaite :
Je ne borne point mes desirs ,
A l'imparfait bonheur d'une flamme vulgaire ;
1. Vol.
G. Acheve
2686 MERCURE DE FRANCE
Acheve, acheve, Amour , de combler mes plaisirs;
Tu sçais ce qui te reste à faire,
Il dit à Pan, qui paroît surpris de voir
la celebre Forêt de Dodone , dont les
Arbres rendent des Oracles , qu'Issé doit
les consulter , et que par l'Oracle qu'ils
vont rendre , il sçaura si cette Nymphe
est digne de son amour. Il se retire avec
Pan à l'approche d'Hilas.
Hilas se plaint de l'Amour dont Issé
lui ; voici com- brûle pour un autre que
ment il s'exprime :
Sombres Déserts, témoins de mes tristes regrets;
Rien ne manque plus à ma peine.
Mes cris ont fait cent fois retentir ces Forêts ,
De la froideur d'une inhumaine ;
Hélas ! que n'est- ce encor le sujet qui m'amenę?
L'ingrate , de l'Amour ressent enfin les traits ;
Un perfide penchant l'entraîne.
Sombres Déserts , &c.
Issé qui vient consulter Dodone , veut
éviter la présence d'Hilas ; ce Berger l'arrête
pour se plaindre de l'amour qu'elle
sent pour un autre ; le Monologue et
le Dialogue font également honneur au
Poëte et au Musicien ; les plaintes d'Hilas
obligent Issé de se retirer , il la suit ,
Et le Théare resteroit vuide sans le se-
I. Vol. Cours
DECEMBRE. 1733. 2687
cours de l'Episode ; Pan et Doris se parlent
toujours sur le même ton ; ils conviennent
enfin de s'engager l'un à l'autre
le moins qu'ils pourront , ce qu'ils
font connoître par ce Duo :
Cédons à nos tendres désirs ;
Qu'un heureux penchant nous entraîne ;
Et que l'Amour laisse aux plaisirs
Le soin de serrer notre chaîne.
Leur convention étant faite, on reprend'
le fil de l'action principale ; les Prêtres
et les Prêtresses de Dodone viennent celebrer
leurs sacrez mysteres , et satisfaire le
desir curieux d'Issé , qui vient avec eux ,
et qui leur a déja fait entendre ce qu'el.e
souhaite. Rien n'est si beau que l'invccation
de Dodone ; le Poëte et le Musicien
s'y sont également surpassez ; " lcs
Rameaux mysterieux rendent enfin cet
Oracle :
3
Issé doit s'enflammer de l'ardeur la plus belle ;
Apollon veut être aimé d'elle.
Cet Oracle porte un coup fatal à l'a
mour que la Nymphe sent pour le faux
Philemon ; elle ne laisse pas d'assister à
la Fête qu'on celebre en l'honneur da
choix d'Apollon .
1. Vol. Gi
Le
1688 MERCURE DE FRANCE
Le Théatre représente au quatriéme
Acte une Grotte . Issé vient se plaindre
de la Loi fatale que l'Oracle de Dodone
vient de lui imposer ; ce Monologue.est
des plus touchants , tant par les paroles
que par la Musique ; il finit par cette
résolution d'Issé :
Vainement , Apollon , votre grandeur suprême
Fera luire à mes yeux ce qu'elle a de plus doux;
Je ne changerai pas pour vous ,
Le fidelle Berger que j'aime,
Le sommeil , accompagné des Songes ;
de Zephirs et de Nymphes , vient inviter
Issé au repos ; elle s'endort ; après
les danses , le Sommeil parle ainsi aux
Songes ;
Songes , pour Apollon , signalez votre zele ;
Il veut de cette Nymphe , éprouver tout l'amour,
Tracez à ses esprits une image fidelle
De la gloire du Dieu du jour,
Hilas vient déplorer son sort par un
Monologue , qui exprime tout l'amour
qu'il a pour Issé , qu'il trouve endormie ;
après ce récit , dont tous les Spectateurs
sont justement enchantez , Issé se reveil
le en sursaut , et dit ;
I.Vola
Qu'ai-je
DECEMBRE.
17332689
Qu'ai- je pensé quel songe est venu me séduire
?
J'ai cru voir Apollon quitter les cieux pour
moi ;
Je me trouvois sensible à l'ardeur qui l'inspire #
Un mutuel amour engageoit notre foy ,
Hélas ! cher Philemon , pour qui seul je sou
pire ,
Ne me reprochez point ces songes impuissans
Mon coeur n'a point de part à l'erreur de mes
sens.
Hilas frappé de la victoire que Philemon
remporte sur Apollon même dans
le coeur d'Issé , quitte cette Nymphe
pour jamais. Pan vient apprendre à İssé
que Philemon , instruit de l'Oracle de
Dodonne , se livre au désespoir ; Issé lui
demande où elle pourra le trouver pour
le rassurer ; Pan lui répond qu'il l'alaissé
dans le prochain Bocage . Issé part
sur le champ , pour aller secourir son
Amant, et finit ce bel Acte par ce Vers :
Vole , Amour , sui mes pas, et vien le rassurer.
Le Théatre représente au cinquième
'Acte , une Solitude. Doris commence
l'Acte , et Pan en remplit la seconde Scece
avec elle ; mais comme cela coupe l'action
dans l'endroit le plus interressant ,
nos Lecteurs ne trouveront pas mauvais
I.Vol. Giij que
2690 MERCURE DE FRANCE
que nous ne suivions pas exactement ce
Poëme ; nous passons donc à Appollon
et à Issé , pour qui tous les coeurs s'inté
ressent. Apollon jouit pleinement de la
victoire qu'il remporte sur lui - même ;
Issé n'oublie rien pour détruire les feintes
allarmes de son cher Philemon ; il
lui fait entendre ses frayeurs secrettes ,
par ces Vers :
Les noeuds
que l'Amour a formez ,
Vont être brisez par la gloire ;
Pardonnez mes transporss jaloux , &c.
La tendre Issé lui répond :
Je ne la connois point cette gloire fatale ;
Mon coeur ne reconnoit que vous ,
Ils se disent ensemble :
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement ;
Si vous m'aimiez de même ;
Mon sort seroit charmant.
&c.
On trouve que ce Duo étoit mieux
amené dans la premiere Edition ; il venoit
après ces Vers qu'Issé adressoit à son
cher Philemon :
Un vain espoir vous séduit et vous charme §
Et moi , je crains incessamment ,
I. Vol. Votre
DECEMBRE . 1733 2694
"
Votre amour espere aisément ,
Et le mien aisément s'allarme ,
Que nous aimons différemment !
C'est moi qui vous aime ,
Le plus tendrement.
Apollon fait enfin la derniere épreuve
du coeur d'Issé ; le Théatre change et représente
un Palais magnifique. On voit
les Heures qui descendent des Cieux sur
des nuages; Issé ne peut soûtenir ce spectacle
; elle tremble pour son Amant, elle
le presse de fuir avec elle , pour se dérober
à la fureur d'un Dieu jaloux ; Apollon
ne peut plus tenir contre des preuves
si éclatantes d'une fidelité inébranlable
; il se jette aux pieds d'Issé et lui
fait connoître que le Dieu qu'elle craint ',
et le Berger qu'elle aime , ne sont qu'une
même personne ; les Heures forment la
fête de ce dernier Acte , et cette aimable
Pastorale finit par un Choeur des plus
brillans.
On auroit souhaité qu'une action si interessante
ne fut pas coupée par un
Episode dont elle pourroit se passer absolument.
On doit même présumer que
M. de la Mothe s'est défié de lui- même,
quand il a appellé ce galant hors d'auvre
à son secours ; on croit même que s'il
1. Vol. Giiij avoit
2692 MERCURE DE FRANCE
avoit d'abord mis sa Pastorale en cinq
Actes , il l'auroit traitée plus séricusement
, et n'auroit pas rappellé hors de
saison ,une forme de Poëme Lyrique , dont
les Italiens sont les créateurs , que leur
premier imitateur avoit d'abord adoptée
; mais à laquelle il renonça après son
troisiéme Opera , parce qu'il s'apperçut
bien que les François ne s'en accommodoient
pas. Au reste cette Pastotale est
generalement approuvée ; et l'exécution
répond parfaitement à la bonté de l'Ouvrage.
La Dlle le Maure ne brille pas
moins dans le Rôle d'Issé , qu'elle avoit
fait dans celui d'Oriane , dans Amadis .
Fermer
Résumé : L'Opéra d'Issé, Extrait, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Musique a représenté pour la quatrième fois l'œuvre 'Issé, Pastorale Héroïque' au Théâtre. Cette pastorale, créée en 1697, a été reprise en 1708 et 1719, chaque représentation rencontrant un succès croissant. La dernière reprise est particulièrement brillante. 'Issé' est le premier ouvrage de deux jeunes auteurs, M. de la Mothe et M. Destouches, qui ont tous deux brillamment entamé leur carrière. M. de la Mothe, auteur du poème, est comparé à un jeune Homère dans son épître dédicatoire à Monseigneur le Duc de Bourgogne. Son style dans 'Issé' n'est pas aussi correct que dans d'autres œuvres, mais il est marqué par un 'beau feu' inspiré par Apollon. M. Destouches, compositeur de la musique, démontre dès cette œuvre un génie et un goût remarquables, avec un chant naturel, des peintures vives et un récitatif flatteur. L'intrigue de 'Issé' s'inspire de la fable du Jardin des Hespérides, symbolisant l'abondance accordée par Louis le Grand à l'Europe après la paix. Le prologue allégorique représente le jardin défendu par un dragon (la guerre) et Hercule (le roi) qui vainc le dragon pour rendre l'abondance accessible. L'action se déroule dans le jardin des Hespérides, où les nymphes jouissent d'une abondance protégée par un dragon. Hercule combat et vainc le dragon, permettant à tous de partager les fruits du jardin. Jupiter confirme la promesse d'Hercule et annonce une fête pour célébrer la paix. Dans le premier acte, Apollon, sous le nom de Philemon, se plaint de l'amour qui le rend malheureux. Pan lui conseille de révéler son identité à Issé, dont il est épris. Issé, dans un monologue, regrette la perte de son indifférence. Doris, une amie, soupçonne Issé d'aimer Hylas. Hylas organise une fête pour déclarer son amour à Issé, mais elle résiste à ses avances. Le deuxième acte se déroule dans le palais d'Issé et ses jardins. Issé se plaint de l'amour et prie de ne pas être visée. Apollon, déguisé en berger, la retient et lui déclare son amour. Issé tente de fuir, mais Apollon la suit. Un épisode avec Pan et Doris interrompt la scène. Dans le troisième acte, Apollon exprime son désir de voir Issé partager son amour. Il consulte l'oracle de Dodone pour connaître les sentiments d'Issé. Hylas, désespéré, se plaint de l'amour non partagé d'Issé. L'oracle révèle qu'Issé doit aimer Apollon, ce qui la contrarie. Le quatrième acte montre Issé se plaindre de la loi imposée par l'oracle. Elle s'endort et rêve d'Apollon. À son réveil, elle trouve Hylas qui se lamente. Pan informe Issé du désespoir de Philemon, et elle part le rassurer. Le cinquième acte se déroule dans une solitude. Apollon et Issé expriment leurs sentiments. Issé rassure Philemon sur ses frayeurs secrètes, et ils se réconcilient. Dans la scène finale, Apollon teste la fidélité d'Issé. Un palais magnifique apparaît sur scène, avec les Heures descendant des cieux. Issé, inquiète pour son amant, le presse de fuir. Apollon, convaincu de sa fidélité, révèle qu'il est à la fois le dieu qu'elle craint et le berger qu'elle aime. Les Heures célèbrent cette révélation, et la pastorale se termine par un chœur brillant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
90
p. 184-185
LES DAMES de la Ville du Saint Esprit à Madame la Contesse du R.....
Début :
Il paroît, aimable Comtesse, [...]
Mots clefs :
Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DAMES de la Ville du Saint Esprit à Madame la Contesse du R.....
LES DAMES de la Ville du Sains
Esprit à Madame la Contesse du R.....
IL paroît , aimable Comtesse ,
Aux Vers qui de ta part nous ont été rendus
Que les pas que tu fais sur les bords du Permesse
Ne furent jamais pas perdus.
On y reconnoît le génie ,
Qui préside au sacré vallon ;
Le Tour , la Raison , l'Harmonie ;
Tout semble partir d'Apollon.
C'est lui qui te prête sa Lire
Pour former des Accords si remplis de douceurs
' est de lui que vient le délire
D'où naissent ces Enfans avoüez de neuf Soeurs
Si comme toi nous avions l'avantage
De parler dignement le langage des Dieux ,
Cent fois en ta faveur nous aurions fait usage
D'un talent aussi précieux .
Cent fois sur pegaze montées ,
Nous aurions trouvé aux yeux
grace
du Dic
des Vers ;
Tes Louanges par nous auroient été chantées ,
Et sur l'aîle des Vents portées,
Auroient parcouru l'Univers
C'est
JANVIER . 1734. 185
>
C'est ainsi , Madame , que tâchant
d'imiter votre stile , car nous ne sçaurions
nous proposer un plus parfait modele
, et nous appropriant même quel
ques-uns de vos Vers , nous prônerions
par tout votre Beauté , votre Esprit et
la nature a si ces graces sans nombre que
libéralement répandues sur votre personne
; nous joindrions à votre Eloge
célui de M. le Comte votre illustre
Epoux moins recommandable par sa
naissance et par son rang que par
les rares
qualitez que le Ciel lui a départies.
Nous aurions sur tout plaisir , Madame ,
à nous étendre sur la bonté de vos coeurs,
qui se sont attirez tous les nôtres : mais
comme les routes du Parnasse nous sont
peu connuës , nous laisserons aux nonrrissons
des Muses à traiter cette nobit
matiere ; nous contentant de vous témoi
gner en Langue vulgaire que nous sommes
fort sensibles à l'honneur de vetre
souvenir , que nous supportons impatiemment
votre absence , et qu'il nous
tarde extrémement de vous revoir en ce
Pays , pour vous faire notre cour ; c'est
avec ses sentimens accompagnés de beaucoup
de respect et de zele , que nous
sommes & c.
Esprit à Madame la Contesse du R.....
IL paroît , aimable Comtesse ,
Aux Vers qui de ta part nous ont été rendus
Que les pas que tu fais sur les bords du Permesse
Ne furent jamais pas perdus.
On y reconnoît le génie ,
Qui préside au sacré vallon ;
Le Tour , la Raison , l'Harmonie ;
Tout semble partir d'Apollon.
C'est lui qui te prête sa Lire
Pour former des Accords si remplis de douceurs
' est de lui que vient le délire
D'où naissent ces Enfans avoüez de neuf Soeurs
Si comme toi nous avions l'avantage
De parler dignement le langage des Dieux ,
Cent fois en ta faveur nous aurions fait usage
D'un talent aussi précieux .
Cent fois sur pegaze montées ,
Nous aurions trouvé aux yeux
grace
du Dic
des Vers ;
Tes Louanges par nous auroient été chantées ,
Et sur l'aîle des Vents portées,
Auroient parcouru l'Univers
C'est
JANVIER . 1734. 185
>
C'est ainsi , Madame , que tâchant
d'imiter votre stile , car nous ne sçaurions
nous proposer un plus parfait modele
, et nous appropriant même quel
ques-uns de vos Vers , nous prônerions
par tout votre Beauté , votre Esprit et
la nature a si ces graces sans nombre que
libéralement répandues sur votre personne
; nous joindrions à votre Eloge
célui de M. le Comte votre illustre
Epoux moins recommandable par sa
naissance et par son rang que par
les rares
qualitez que le Ciel lui a départies.
Nous aurions sur tout plaisir , Madame ,
à nous étendre sur la bonté de vos coeurs,
qui se sont attirez tous les nôtres : mais
comme les routes du Parnasse nous sont
peu connuës , nous laisserons aux nonrrissons
des Muses à traiter cette nobit
matiere ; nous contentant de vous témoi
gner en Langue vulgaire que nous sommes
fort sensibles à l'honneur de vetre
souvenir , que nous supportons impatiemment
votre absence , et qu'il nous
tarde extrémement de vous revoir en ce
Pays , pour vous faire notre cour ; c'est
avec ses sentimens accompagnés de beaucoup
de respect et de zele , que nous
sommes & c.
Fermer
Résumé : LES DAMES de la Ville du Saint Esprit à Madame la Contesse du R.....
En janvier 1734, une lettre est adressée à Madame la Contesse du R. Les auteurs y louent son génie et son talent poétique, qu'ils comparent à une inspiration divine, similaire à celle d'Apollon. Ils expriment leur admiration pour ses vers et souhaitent pouvoir chanter ses louanges comme les dieux. La beauté, l'esprit et les nombreuses grâces de la comtesse sont également admirés, ainsi que les qualités exceptionnelles de son époux, le comte. Les auteurs regrettent leur absence et expriment leur impatience de la revoir pour lui rendre hommage. La lettre se conclut par des sentiments de respect et de zèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
p. 451-460
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
Début :
Je sçai, Madame, que vous vous interessez pour tout ce qui regarde la [...]
Mots clefs :
Idylle, Naissance de Jésus-Christ, M. Bouvart, Communauté de l'Enfant Jésus, Anges, Bergers, Dieu, Naissance, Gloire, Choeur d'anges, Démons, Univers, Jésus, Enfant, Vers, Adorer, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
LETTRE de M... à Madame de ...
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
au sujet d'une Idylle sur la Naissance
de Jesus Christ , divisée en trois Entrées,
mise en Musique par M. Bouvart , et
chantée par les Dlles élevées dans la
Communauté de l'Enfant Jesus , le 14 .
Février 1734. dédiée à M. le Curé de
S. Sulpice , imprimée à Paris chez
Thibout , 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
J
>
E sçai , Madame , que vous vous in
teressez pour tout ce qui regarde la
Pieté et la Religion ; j'ai crû que vous
ne seriez pas fâchée que je vous fisse
part d'une Idylle sur la Naissance de
N. S. Jesus - Christ , mise en Musique , et
que les Dlles élevées dans la Maison de
l'Enfant Jesus ont chantée ces jours passez
avec tout l'applaudissement possible ;
Vous voyez que M. le Curé de S. Sulpice,
en procurant à ces Dlles une éducation
qui lui fait tant d'honneur , ne se sert.
que de moyens dignes de sa pieté et propres
à former leur coeur et leur esprit
à la vertu et au culte de Dieu . Voici
une idée de ce petit Poëme , dont il n'a
été tiré que peu d'Exemplaires.
L'Idylle
452 MERCURE DE FRANCE
L'Idylle a trois Parties ou Entrées.
La premiere a pour objet l'Empire du
Démon dans le Monde et sur les hommes
jusqu'à la Naissance du Sauveur
qu'un Ange annonce au Démon avec
la destruction, de son Empire. La seconde
, représente les Bergers tout occuppez
à rendre leurs hommages au Sauveur
, dont un Choeur d'Anges vient de
leur apprendre la Naissance. Et la troisiéme
représente l'Adoration des Rois
Mages .
Satan ouvre la premiere Entrée , en
invitant les Démons à se réjouir de la
victoire qu'ils ont remportée sur l'hom
me , et à détruire cet Ouvrage de Dieu
qui est la cause de tous leurs maux. Il
s'exprime en ces termes.
O vous , de mes fureurs Ministres redoutables ,
Vous qui fites trembler les Cieux ,
Vous , des Mortels ennemis implacables ,
Démons , faites briller votre zele à mes yeux.
Les Démons s'unissent à lui pour chanter
leur victoire sur l'homme qu'ils ont
soumis au peché et à la mort. Satan poursuit
en déclarant que c'est pour avoir
refusé d'adorer un Mortel que toute leur
gloire a été changée en une nuit éternelle
; il continue :
Périsse
MARS 1734. 453
Périsse la Race execrable
Qui fut la source de nos maux ;
Ne nous lassons jamais de troubler son repos;
Plus que nous , rendons- la coupable.
Le Choeur des Démons répete les mêmes
Vers. Les Démons font ensuite une
énumeration des maux et des punitions
qu'ils ont attirés sur l'homme ,jusqu'à
faire repentir Dieu de l'avoir créé ; Sa- ,
tan leur ordonne ensuite de se répandre
par tout l'Univers et d'accroître encore
leur Empire et les maux du Genre humain
: en voici les paroles.
Volez de toutes parts , sortez de vos abîmes ;
Dispersez-vous dans les airs ,
Et remplissez l'Univers
De malheurs , de trouble et de crimes.
Les Démons répondent par les mêmes
Vers : Volons de toutes parts , & c, et ils
s'y disposent en effet lorsqu'un Ange ,
précede d'une Symphonie de triomphe ,
les arrête et leur annonce la Naissance
du Sauveur qui doit détruire leur Empire
, rétablir la paix dans l'Univers et
se faire adorer des Nations . Sitan se retire
en prononçant ce blasphême.
Non, non , il veut en vain détruire ma puissance;
454 MERCURE DE FRANCE
En vain il veut sauver les Humains de nos coups;
Eux -mêmes, plus ingrats, plus perfides que nous,
Signaleront bien - tôt leur desobéissance ;
Et seront les premiers à braver son courroux.
Après quoi Satan et ses Démons se
retirent , tandis que l'Ange de Paix conjure
le Liberateur des hommes , qui ne
descend que pour les sauver , de détourner
de dessus eux les malheurs dont ils
sont menacez , et de ne frapper de ses
coups que les têtes superbes de leurs jaloux
ennemis.
Un Choeur d'Anges termine cette Entrée
par ces Vers .
Le Sauveur vient de naître.
Que les Enfers , que la Terre et les Cieux ,
Que tout s'empresse à reconnoître
Cet Enfant glorieux.
La deuxième Entrée est composée de
quatre Bergers , de deux Bergeres , d'un
Choeur de Bergers et d'un Choeur d'Anges.
Les Bergers commencent et se déclarent
mutuellement la surprise où ils
sont de voir la Nature toute changée ;
la nuit éclairée , les agrémens du Printemps
et de l'Automne réunis dans la
saison de Hyver . Les quatre Bergers
s'écrient ensemble :
Comme
MARS. 1734. 455
Comme vous , chers amis , je ne sçaurois comprendre
Le prodige nouveau qui vient frapper nos yeux.
Ces effets surprenans doivent nous faire attendre
Le plus rare bienfait des Cieux.
Ils entendent en effet une Symphonie ,
suivie bien- tôt d'un Choeur d'Anges qui
rendent gloire à Dieu et qui annoncent
la Paix à la Terre , en publiant l'auguste
Naissance du Fils du Très - Haut . La Crêche
paroît en même - temps , et les Bergers
s'entredeniandent quel est cet admirable
Enfant qu'ils apperçoivent couché
dans la Crêche . Ils apprennent d'un
Ange que c'est le Fils de Dieu , le Messie
tant desiré , qui vient porter lui- même
la peine de mort que méritent les hommes.
Il les exhorte ensuite à venir lui
rendre leurs respects.
Bergers , empressez-vous , hâtez - vous d'adores
Celui qui vient vous retirer
D'un triste esclavage.
Sous ces rustiques toîts abbaissant son pouvoir,
C'est de vous qu'il veut recevoir
Le premier hommage.
Le Choeur des Anges et celui des Bergers
répetent :
Ac456
MERCURE DE FRANCE
Accourons , * accourons, hâtons- nous d'adorer
Celui qui vient nous retirer , &c .
Les Bergers et les Bergeres expriment
ensuite leur joye et leurs voeux , et ne
veulent plus chanter que ce Liberateur ,
qui fera desormais l'objet de leursChants,
&c . et ils lui offriront des Sacrifices proportionnez
à leur pouvoir . Cette Entrée
finit par ces Vers d'un Choeur d'Anges
et des Bergers .
'Animons - nous de nouvelles ardeurs
Ne cessons point de chanter la victoire
•
Du Dieu dont la bonté vient finir nos malheurs
;
Que par tout l'Univers on celebre sa gloire ,
Qu'il triomphe de tous les coeurs .
Les trois Mages marquent leur étonnement
, en ouvrant la troisiéme Entrée , de
ne plus voir l'Astre qui les avoit conduits
et qui leur avoit fait esperer de pouvoir
adorer le vrai Dieu devenu Enfant , ils
ajoûtent tous trois :
Mais ici rien ne se présente
Qui puise découvrir sa demeure brillante ;
Les Anges disent , accourez , bátez- vous.& c .
Les Anges disent , animez- vous .
Ni
MARS. 1734. 457
Ni Temple , ni Palais ne s'offrent à nos yeux ;
La pauvreté regne en tous lieux.
Un Ange leur découvre ce Mystere
par ces Vers.
Le Maître tout-puissant de la Terre et de l'Onde,
Par son humilité profonde ,
Vient confondre à jamais les Mortels orgueilleux,
Et dans l'état le plus vil à leurs yeux ,
Il est plus grand que tous les Rois duMonde,
La Crêche reparoît , et les Mages témoignent
qu'ils croyent aux paroles de
l'Ange et au Mystere qu'il leur annonce.
L'Ange leur adresse ensuite ces paroles .
Que ce Dieu si charmant de ses divine's flâmes ,
Embraze désormais vos ames ;
Qu'il regne sur vos coeurs ; qu'à l'envi les Mortels
De toutes parts lui dressent des Autels .
Les Choeurs des Anges et des Rois répetent
la même chose. Chacun des Rois
fait son présent et explique les rapports
qu'il a avec les Mysteres de l'Homme-
Dieu. Après quoi un Ange chante cette
Cantatille pour exhorter les Rois à publier
la gloire de leur Liberateur.
Que tout reconnoisse la gloire
C Du
458
MERCURE
DE
FRANCE
Du seul Maître de l'Univers
Il a remporté la victoire
Sur le Monde et sur les Enfers.
Descendez de vos Trônes ,
Kois , abbaissez vos Sceptres à ses piedss
Si devant lui vous vous humiliez
Il affermira vos Couronnes .
Que tout reconnoisse , &c .
Un autre Ange ajoûte :
Rois fortunez , dont Jesus a fait choix .
Four venir les premiers adorer sa Puissance ;
Avec nous unissez vos voix .
Allez dans l'Univers annoncer la Naissance ,
Et la gloire du Roy des Rois.
Le Choeur des Anges et des Rois finie
lá Piece en répetant ces derniers Vers :
-
Allons dans l'Univers annoncer là Naissance
Et la gloire du Roy des Rois..
Voilà , Madame une idée de cette
Idylle , dont l'Auteur est M. Morand
d'Arles , dont on a vû plusieurs Pieces
dans differens Mercures ; vous connoissez
, sans doute , M. Bouvard , qui a mis
ces Vers en Musique ; il est très - connu
* Les Anges disent , allez , &c.
par
MARS 1734.
459
par beaucoup d'Ouvrages ; l'Opera de
Meduse , de sa composition , eut un
grand succès dans sa nouveauté en 1702.
Il doit , dit- on , être repris l'Automne
prochain. Cet Auteur a cessé depuis
long-temps de travailler pour le Théatre,
et il s'est livré à des occupations plus
Religieuses. Il a fait voir dans cette Idylle
que la Musique n'est jamais plus susceptible
de force et de grandeur que
lorsqu'elle est employée à accompagner
les louanges du Seigneur ; et l'on a admiré
avec justice , que n'ayant que de jeunes
filles à faire chanter , et par consequent
que des voix presque égales , il ait pû
faire des Chours aussi beaux et aussi
travaillez que ceux dont cet Ouvrage est
rempli .
Je n'ai pas besoin , Madame , de vous
parler de l'illustre Pasteur auquel cette
Idylle est dédiée , et de vous informer
du mérite d'un homme universellement
estimé et respecté. Vous sçavez qu'entre
les beaux Etablissemens auxquels sa charité
est occupée tous les jours , celui de
l'Enfant Jesus , où trente Demoiselles de
condition sont élevées de- même qu'à
S. Cyr , tient, sans doute, le second rang,
pour ne rien dire de plus. Permettezmoi
de transcrire ici ce qu'en dit l'Epitre
Cij
Dé
460 MERCURE DE FRANCE
Dédicatoire qui est à la tête de ce petit
Ouvrage. La Maison de l'Enfant Jesus
» attire déja les voeux d'un nombre in-
>> fini de Familles , à qui la fortune n'a
» laissé pour tout bien que le souvenir
» de leur gloire passée. C'est-là , sur tout,
>> que l'on découvre toute l'étenduë de
»ce vaste Génie, qui vous faisant embras-
» ser les plus grandes choses , ne vous
» laisse pas pourtant dédaigner d'entrer
» dans les plus petites . C'est de-là que
» de jeunes Dlles , élevées suivant leur
» naissance , apprennent à préferer les
abbaissemens et l'humilité de la Reli
» gion , au vain éclat et aux fausses gran-
» deurs du Monde , et à n'employer les
» talens dont le Ciel a pû les orner , qu'à
» la gloire du souverain Maître. C'est- là
» que la Poësie et la Musique sanctifiées ,
paroissent dans le même esprit de ceux
» qui ne les ont inventez que pour mieux
celebrer la Grandeur du Très- Haut. Je
suis , Madame , avec respect , &c.
A Paris le 24. Février 1734.
Fermer
Résumé : LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
La lettre de M... à Madame de... décrit une idylle sur la Naissance de Jésus-Christ, composée en trois parties et mise en musique par M. Bouvart. Cette idylle a été interprétée par les demoiselles de la Communauté de l'Enfant Jésus le 14 février 1734 et dédiée à M. le Curé de Saint-Sulpice. L'œuvre a été imprimée à Paris chez Thibout en 1734 sous forme de brochure in-4 de 16 pages. L'idylle se structure en trois sections. La première partie relate la domination du Démon sur les hommes jusqu'à la venue du Sauveur, annoncée par un ange. La seconde partie met en scène les bergers rendant hommage au Sauveur, dont la naissance est proclamée par un chœur d'anges. La troisième partie illustre l'adoration des Rois Mages. L'auteur de l'idylle est M. Morand d'Arles, et la musique a été composée par M. Bouvart, célèbre pour son opéra 'Méduse'. L'œuvre souligne la puissance de la musique lorsqu'elle est utilisée pour louer le Seigneur. La lettre met également en lumière le mérite de M. le Curé de Saint-Sulpice et l'éducation pieuse des demoiselles de la Maison de l'Enfant Jésus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
LETTRE de M... à Madame de ... au sujet d'une Idylle sur la Naissance de Jesus Christ, divisée en trois Entrées, mise en Musique par M. Bouvart, et chantée par les Dlles élevées dans la Communauté de l'Enfant Jesus, le 14. Février 1734. dédiée à M. le Curé de S. Sulpice, imprimée à Paris, chez Thibout, 1734. Broch. in 4. de 16 pages.
92
p. 539-541
Eloge de Mlle l'Heritier de Villandon, [titre d'après la table]
Début :
MARIE-JEANNE L'HERITIER DE VILLANDON, reçuë à l'Académie des Jeux [...]
Mots clefs :
Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, Ouvrages, Prose, Paris, Traduction, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge de Mlle l'Heritier de Villandon, [titre d'après la table]
MARIE - JEANNE L'HERITIER DE VILLANDON
, reçue à l'Académie des Jeux
Floraux de Toulouse , en 1696.ct à celle
des Ricovrati de Padouë , en 1697. née à
Paris,y mourut le 25 Février , âgée d'environ
70 ans , et elle fut inhumée dans
l'Eglise de S. Nicolas des Champs , sa
Paroisse.
Cette illustre Fille a honoré son sexe
par son bon caractere , par son sçavoir ,
par ses talens pour la Poësie et par quan
tité d'Ouvrages qu'elle a donnez au Public.
Elle étoit bienfaisante , l'humeur douce
et complaisante , amie solide et genereuse
; sa conversation étoit aisée , agréable
, modeste et retenue sur ce qui pouvoit
lui attirer des loüanges.
Tous les Dimanches et les Mercredis
de chaque semaine , il se formoit chez
elle de petites assemblées de Gens d'esprit
et de mérite , qui charmez de son caractere
et de ses lumieres , se faisoient un
plaisir de cultiver son amitié . Elle étoit ,
honorable et quoiqu'assez mal partagée
des biens de la fortune , elle ne laissoit
de donner ces jours la une petite pas
F vj
Col340
MERCURE DE FRANCE
Collation , dont la propreté , l'ordre et
les manieres gracieuses faisoient toute la
magnificence.
Mlle l'Héritier étoit amie particuliere
de l'Illustre Mlle Scudery. Elle fit après
sa mort son Apothéose : Ouvrage en Prose
, mêlé de Vers , et imprimé en 1702 .
en un vol. in 12.
Elle avoit donné en 1698. un vol . in
12. d'Oeuvres mêlées , en Vers et en Prose.
Ses autres Ouvrages sont , La Tour té-
Hébreuse , ou l'Histoire de Richard I. Roy
d'Angleterre , surnommé, Coeur de Lion ;
Contes Anglois. vol. in 12. 1705.
La Pompe Dauphine; Ouvrage en Prose,
et en Vers , vol. in 12. 1711 .
Le Tombeau de M. le Dauphin , Duc de
Bourgogne , en Vers , brochure in 4.17 12 .
Les Caprices du Destin, vol. in 12. 718 .
Traduction des Epîtres Héroïques d'Ovide
; sçavoir , seize traduites en Vers , et
cinq en Prose, vol . in 12. 1732. Tous ses
Ouvrages ont été imprimez à Paris.
Mlle l'Héritier étoit fille de Nicolasl'Héritier,
Parisien , Seigneur de Nouvellon
et de Villandon , Historiographe du
Roy , mort au mois d'Août 1680. Auteur
de la Tragédie d'Hercule furieux , et de
celle de S. Louis , et de quelques autres
Piéces de Poësies : Nous avons de lui
une
MARS. 1734.
54F
A
une Traduction des Annales de Grotius
vol. in fol. imprimée à Amsterdam. Il a
donné aussi un Livre , sous ce Titre : Tableau
Historique des prinoipaux Evenemens
de la Monarchie Françoise , vol. in 12. Paris ,
1669. et a laissé d'autres Ouvrages Ma
nuscrits,
Le Sr des Roches a gravé le Portrait
de Mlle l'Heritier et celui de son Pere
en Buste ovale , avec des Vers au bas .
, reçue à l'Académie des Jeux
Floraux de Toulouse , en 1696.ct à celle
des Ricovrati de Padouë , en 1697. née à
Paris,y mourut le 25 Février , âgée d'environ
70 ans , et elle fut inhumée dans
l'Eglise de S. Nicolas des Champs , sa
Paroisse.
Cette illustre Fille a honoré son sexe
par son bon caractere , par son sçavoir ,
par ses talens pour la Poësie et par quan
tité d'Ouvrages qu'elle a donnez au Public.
Elle étoit bienfaisante , l'humeur douce
et complaisante , amie solide et genereuse
; sa conversation étoit aisée , agréable
, modeste et retenue sur ce qui pouvoit
lui attirer des loüanges.
Tous les Dimanches et les Mercredis
de chaque semaine , il se formoit chez
elle de petites assemblées de Gens d'esprit
et de mérite , qui charmez de son caractere
et de ses lumieres , se faisoient un
plaisir de cultiver son amitié . Elle étoit ,
honorable et quoiqu'assez mal partagée
des biens de la fortune , elle ne laissoit
de donner ces jours la une petite pas
F vj
Col340
MERCURE DE FRANCE
Collation , dont la propreté , l'ordre et
les manieres gracieuses faisoient toute la
magnificence.
Mlle l'Héritier étoit amie particuliere
de l'Illustre Mlle Scudery. Elle fit après
sa mort son Apothéose : Ouvrage en Prose
, mêlé de Vers , et imprimé en 1702 .
en un vol. in 12.
Elle avoit donné en 1698. un vol . in
12. d'Oeuvres mêlées , en Vers et en Prose.
Ses autres Ouvrages sont , La Tour té-
Hébreuse , ou l'Histoire de Richard I. Roy
d'Angleterre , surnommé, Coeur de Lion ;
Contes Anglois. vol. in 12. 1705.
La Pompe Dauphine; Ouvrage en Prose,
et en Vers , vol. in 12. 1711 .
Le Tombeau de M. le Dauphin , Duc de
Bourgogne , en Vers , brochure in 4.17 12 .
Les Caprices du Destin, vol. in 12. 718 .
Traduction des Epîtres Héroïques d'Ovide
; sçavoir , seize traduites en Vers , et
cinq en Prose, vol . in 12. 1732. Tous ses
Ouvrages ont été imprimez à Paris.
Mlle l'Héritier étoit fille de Nicolasl'Héritier,
Parisien , Seigneur de Nouvellon
et de Villandon , Historiographe du
Roy , mort au mois d'Août 1680. Auteur
de la Tragédie d'Hercule furieux , et de
celle de S. Louis , et de quelques autres
Piéces de Poësies : Nous avons de lui
une
MARS. 1734.
54F
A
une Traduction des Annales de Grotius
vol. in fol. imprimée à Amsterdam. Il a
donné aussi un Livre , sous ce Titre : Tableau
Historique des prinoipaux Evenemens
de la Monarchie Françoise , vol. in 12. Paris ,
1669. et a laissé d'autres Ouvrages Ma
nuscrits,
Le Sr des Roches a gravé le Portrait
de Mlle l'Heritier et celui de son Pere
en Buste ovale , avec des Vers au bas .
Fermer
Résumé : Eloge de Mlle l'Heritier de Villandon, [titre d'après la table]
Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon, née à Paris, fut reçue à l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 1696 et à celle des Ricovrati de Padoue en 1697. Elle décéda à environ 70 ans et fut inhumée dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. L'Héritier se distingua par son bon caractère, son savoir et ses talents pour la poésie. Elle publia plusieurs ouvrages, dont 'L'Apothéose' en 1702, 'Œuvres mêlées' en 1698, 'La Tour té-Hébreuse' en 1705, 'La Pompe Dauphine' en 1711, 'Le Tombeau de M. le Dauphin' en 1712, 'Les Caprices du Destin' en 1718, et la traduction des 'Épîtres héroïques d'Ovide' en 1732. Bienfaisante, douce et généreuse, elle recevait régulièrement des assemblées de personnes d'esprit chez elle. Elle était amie avec Mlle Scudéry et fille de Nicolas L'Héritier, historiographe du roi, auteur de tragédies, de poèmes et d'une traduction des 'Annales de Grotius'. Les portraits de L'Héritier et de son père furent gravés par le Sr des Roches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
93
p. 582-585
JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
Début :
Flatté de l'accueil favorable, [...]
Mots clefs :
Princesse, Apollon, Cour, Vers, Duchesse du Maine, Mademoiselle du Maine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
JUGEMENT du veritable Apollon
sur le Prologue représenté le 21. Février
devant S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine.
A S. A. S. Mademoiselle du Maine .
FLatté de l'accueil favorable ,
Que l'autre jour mon Apollon
Reçut dans la Cour respectable ,
Dont le bon goût et la décision
Marque à chacun son rang dans le sacré Vallon ,
Même auprès du Dieu du Parnasse
Je croïois hardiment pouvoir prendre ma place ,
Et je courois m'y présenter.
Mais ce Dieu m'arrêtant , que prétend ton audace
?
Me dit - il , et par où penses - tu mériter
L'immortel avantage
D'habiter ce brillant séjour ?
D'une Minerve et de sa Cour ,
N'en viens-je pas d'obtenir le suffrage ?
Lui dis -je ; et voilà mon Ouvrage.
Il le prend , il le lit ; je suis assez content ,
Répond-il , du dessein , des tours et des pensées,
Qui ne sont point embarrassées ;
L'Allégorie est noble et le stile élegant.
Mais j'apperçois une bévuë ,
Qui
MARS .
583
1734.
Qui marque peu de jugement ,
Et qui de cette Cour aura frappé la vûë.
Tu parles assez dignement ,
J'en conviens , de la Mere ,
Et des Fils et du Pere ;
Mais quel est ton aveuglement !
Tu ne dis rien d'une Princesse >
Dont les appas , les vertus , la sagesse ,
Retracent si fidellement
Les hautes qualitez de sa Maison illustre ,
Et même en relevent le lustre.
Un oubli si grossier te chasse de ces Lieux ,
Et ne sçauroit trouver grace devant mes yeux.
Si par oubli , Seigneur , j'avois commis ce crime,
Répliquai- je en tremblant , confus , désesperé ,
Ton courroux seroit légitime.
Dès long- temps j'avois admiré
Tous les glorieux avantages ,
Qui pour cette Princesse exigent nos hommages ;
Même en secret je m'étois préparé
A demander bien-tôt ton assistance ,
Pour pouvoir mieux les exalter ;
Pour elle seule , un jour je prétendois chanter.
Je dois le dire encor , cet injuste silence
Ne vient ici que de mon ignorance ;
Je fus embarassé ; la Déesse des Arts
Nayant jamais eu de Famille ,
Je n'osai dans mes Vers lui donner une fille .
Hi
Le
584 MERCURE DE FRANCE
Le scrupule est plaisant ! reprend- il : le Dien
Mars
Eut - il jamais d'Epouse ?
Tu viens pourtant de parler de ses Fils.
Les Héros à ses Loix soumis ,
Dont la valeur , de gloire et de grandeur jalouse,
Asservit de fiers ennemis ,
De ce terrible Dieu n'ont - ils pas pris naissance ?
Lui dis - je ; oui , répond - il ; ainsi les grands
esprits
Qui chérissent les Arts , les Talents , la Science ,
Et par qui dans tous lieux on les voit triomphants
,
De Minerve sont les Enfants :
Et tes excuses sont frivoles.
Mais sans tant de détours , tu pouvois aisément,
Et même en très- peu de paroles ,
Tourner ton Compliment :
Dès l'abord Melpomene même
Auroit pû ... je t'entens ; tu viens de m'inspires
Par quel heureux moyen je pourrai réparer
Mon imprudence extrême ! .... *
Je crains pourtant,dit -il , que ce qu'en ces instants ,
Tu pourrois ajoûter à ton premier Ouvrage ,
Ne paroissant à contretemps ,
Ne te soit d'aucun avantage.
* C'est en consequence de cet ordre d'Apollon
que les trois Vers qui regardent cette Princesse ont
été ajoûtez à la premiere Scene du Prologue,
Mais
MAR S. 1734.
585
Mais n'importe , fais tes efforts ;
Que ton zele s'empresse
A fléchir la Princesse
Par de nouveaux accords ;
En un mot , obtiens- en ta grace ,
Ou ne parois jamais sur le Parnasse.
Ainsi , Princesse , dans tes mains ,
Tu tiens aujourd'hui mes destins ,
Prononce mon Arrêt ; mais prends soin de ma
gloire ;
Place-moi , tu le peux , au Temple de Menioire ,
Songe que désormais mes Chants harmonieux
Publieront tes bienfaits et ta gloire en tous lieux.
Que dis-je ? quelle erreur ! quel fol orgueil m'anime
!
Ma Lire est - elle assez sublime ,
Pour chanter un sujet et si noble et si grand !
Je m'allarmois à tort ; il t'est indifferent ,
Que j'ose de ton nom ou parler ou le taire :
Pour avoir pû , Princesse , te déplaire ,
Il faudroit que mes Vers fussent d'un autre prix;
Que l'immortalité devenant leur salaire ,
Fat assurée à mes Ecrits.
sur le Prologue représenté le 21. Février
devant S. A. S. Madame la Duchesse
du Maine.
A S. A. S. Mademoiselle du Maine .
FLatté de l'accueil favorable ,
Que l'autre jour mon Apollon
Reçut dans la Cour respectable ,
Dont le bon goût et la décision
Marque à chacun son rang dans le sacré Vallon ,
Même auprès du Dieu du Parnasse
Je croïois hardiment pouvoir prendre ma place ,
Et je courois m'y présenter.
Mais ce Dieu m'arrêtant , que prétend ton audace
?
Me dit - il , et par où penses - tu mériter
L'immortel avantage
D'habiter ce brillant séjour ?
D'une Minerve et de sa Cour ,
N'en viens-je pas d'obtenir le suffrage ?
Lui dis -je ; et voilà mon Ouvrage.
Il le prend , il le lit ; je suis assez content ,
Répond-il , du dessein , des tours et des pensées,
Qui ne sont point embarrassées ;
L'Allégorie est noble et le stile élegant.
Mais j'apperçois une bévuë ,
Qui
MARS .
583
1734.
Qui marque peu de jugement ,
Et qui de cette Cour aura frappé la vûë.
Tu parles assez dignement ,
J'en conviens , de la Mere ,
Et des Fils et du Pere ;
Mais quel est ton aveuglement !
Tu ne dis rien d'une Princesse >
Dont les appas , les vertus , la sagesse ,
Retracent si fidellement
Les hautes qualitez de sa Maison illustre ,
Et même en relevent le lustre.
Un oubli si grossier te chasse de ces Lieux ,
Et ne sçauroit trouver grace devant mes yeux.
Si par oubli , Seigneur , j'avois commis ce crime,
Répliquai- je en tremblant , confus , désesperé ,
Ton courroux seroit légitime.
Dès long- temps j'avois admiré
Tous les glorieux avantages ,
Qui pour cette Princesse exigent nos hommages ;
Même en secret je m'étois préparé
A demander bien-tôt ton assistance ,
Pour pouvoir mieux les exalter ;
Pour elle seule , un jour je prétendois chanter.
Je dois le dire encor , cet injuste silence
Ne vient ici que de mon ignorance ;
Je fus embarassé ; la Déesse des Arts
Nayant jamais eu de Famille ,
Je n'osai dans mes Vers lui donner une fille .
Hi
Le
584 MERCURE DE FRANCE
Le scrupule est plaisant ! reprend- il : le Dien
Mars
Eut - il jamais d'Epouse ?
Tu viens pourtant de parler de ses Fils.
Les Héros à ses Loix soumis ,
Dont la valeur , de gloire et de grandeur jalouse,
Asservit de fiers ennemis ,
De ce terrible Dieu n'ont - ils pas pris naissance ?
Lui dis - je ; oui , répond - il ; ainsi les grands
esprits
Qui chérissent les Arts , les Talents , la Science ,
Et par qui dans tous lieux on les voit triomphants
,
De Minerve sont les Enfants :
Et tes excuses sont frivoles.
Mais sans tant de détours , tu pouvois aisément,
Et même en très- peu de paroles ,
Tourner ton Compliment :
Dès l'abord Melpomene même
Auroit pû ... je t'entens ; tu viens de m'inspires
Par quel heureux moyen je pourrai réparer
Mon imprudence extrême ! .... *
Je crains pourtant,dit -il , que ce qu'en ces instants ,
Tu pourrois ajoûter à ton premier Ouvrage ,
Ne paroissant à contretemps ,
Ne te soit d'aucun avantage.
* C'est en consequence de cet ordre d'Apollon
que les trois Vers qui regardent cette Princesse ont
été ajoûtez à la premiere Scene du Prologue,
Mais
MAR S. 1734.
585
Mais n'importe , fais tes efforts ;
Que ton zele s'empresse
A fléchir la Princesse
Par de nouveaux accords ;
En un mot , obtiens- en ta grace ,
Ou ne parois jamais sur le Parnasse.
Ainsi , Princesse , dans tes mains ,
Tu tiens aujourd'hui mes destins ,
Prononce mon Arrêt ; mais prends soin de ma
gloire ;
Place-moi , tu le peux , au Temple de Menioire ,
Songe que désormais mes Chants harmonieux
Publieront tes bienfaits et ta gloire en tous lieux.
Que dis-je ? quelle erreur ! quel fol orgueil m'anime
!
Ma Lire est - elle assez sublime ,
Pour chanter un sujet et si noble et si grand !
Je m'allarmois à tort ; il t'est indifferent ,
Que j'ose de ton nom ou parler ou le taire :
Pour avoir pû , Princesse , te déplaire ,
Il faudroit que mes Vers fussent d'un autre prix;
Que l'immortalité devenant leur salaire ,
Fat assurée à mes Ecrits.
Fermer
Résumé : JUGEMENT du veritable Apollon sur le Prologue représenté le 21. Février devant S. A. S. Madame la Duchesse du Maine. A S. A. S. Mademoiselle du Maine.
Le texte relate un jugement d'Apollon concernant un prologue représenté le 21 février devant Madame la Duchesse du Maine et Mademoiselle du Maine. L'auteur du prologue, ayant reçu un accueil favorable, espérait obtenir une place auprès du Dieu du Parnasse. Apollon lui demande comment il mérite cet honneur. L'auteur mentionne avoir obtenu le suffrage d'une Minerve et de sa cour. Apollon examine l'ouvrage, le trouvant bien conçu mais notant une erreur grave : l'oubli de mentionner une princesse dont les vertus et la sagesse sont remarquables. L'auteur, confus, explique que cet oubli est dû à son ignorance. Apollon rétorque que même Mars, sans épouse, a des fils et des héros soumis à ses lois. Il conseille à l'auteur de réparer son erreur en ajoutant des vers en l'honneur de la princesse et menace de le bannir du Parnasse s'il ne parvient pas à obtenir la grâce de la princesse. L'auteur reconnaît son orgueil et affirme que ses vers ne peuvent déplaire à la princesse, sauf s'ils étaient dignes d'immortalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
94
p. 849-850
RÉPONSE à M. Servin, par Mlle de Malcrais de la Vigne, sur son Apothéose anticipée, qu'il a donnée dans le Mercure de Mars.
Début :
En lisant les apprets flateurs [...]
Mots clefs :
Apothéose, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à M. Servin, par Mlle de Malcrais de la Vigne, sur son Apothéose anticipée, qu'il a donnée dans le Mercure de Mars.
RE'PONSE à M. Servin , par Mlle de
Malcrais de la Vigne , sur son Apothéose
anticipée , qu'il a donnée dans le
Mercure de Mars.
EN lisant les apprets flateurs
De la future Apothéose ,
Dopt
850 MERCURE DE FRANCE
Dont tu veux m'assurer dans tes Vers enchanteurs
>
Je n'ai pu m'empêcher de sentir quelque chose
De ces doux mouvemens qui chatouillent les
coeurs.
Je tremble pourtant et je n'ose
M'y laisser trop aller ; je crains qu'un tel honneur
,
Contre une Muse encor naissante ,
Ne mette de mauvaise humeur
La Troupe jalouse et sçavante ,
Par qui sur l'Hélicon sont formez les Concerts
Dont les brillants accords charment tout l'U
nivers.
Poëte ingenieux je rends grace à ton zele i
Mais si je vole à l'immortalité ,
Ce ne peut être que sur Paîle
De tes Vers obligeans , dont la posterité ,
Loüera le tour et la beauté.
Malcrais de la Vigne , sur son Apothéose
anticipée , qu'il a donnée dans le
Mercure de Mars.
EN lisant les apprets flateurs
De la future Apothéose ,
Dopt
850 MERCURE DE FRANCE
Dont tu veux m'assurer dans tes Vers enchanteurs
>
Je n'ai pu m'empêcher de sentir quelque chose
De ces doux mouvemens qui chatouillent les
coeurs.
Je tremble pourtant et je n'ose
M'y laisser trop aller ; je crains qu'un tel honneur
,
Contre une Muse encor naissante ,
Ne mette de mauvaise humeur
La Troupe jalouse et sçavante ,
Par qui sur l'Hélicon sont formez les Concerts
Dont les brillants accords charment tout l'U
nivers.
Poëte ingenieux je rends grace à ton zele i
Mais si je vole à l'immortalité ,
Ce ne peut être que sur Paîle
De tes Vers obligeans , dont la posterité ,
Loüera le tour et la beauté.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à M. Servin, par Mlle de Malcrais de la Vigne, sur son Apothéose anticipée, qu'il a donnée dans le Mercure de Mars.
Mlle de Malcrais de la Vigne remercie M. Servin pour ses éloges mais exprime des réserves sur son apothéose anticipée. Elle craint la jalousie des autres muses et poètes. Elle reconnaît le talent de M. Servin et espère que la postérité louera ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
95
p. 1784-1786
EPITRE, A Monsieur Darnaud.
Début :
Pour répondre, Darnaud, à ta galante Epitre, [...]
Mots clefs :
Apollon, Vers, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A Monsieur Darnaud.
EPITRE ,
A Monfieur Darnaud,
Pour répondre , Darnaud , à ta galante Epitre ,
Si , comme à toi , Venus me dreffoit mon Pupître ,
Apollon , comme à toi , me dicteroit des Vers,
Qu'admireroit tout l'Univers.
Mais , vrai difciple d'Epicure,
Contente de pourvoir à mes autres befoins ,
Venus pour moi ne prend tels foins .
Je fuis donc la fimple Nature ,
( Non celle- là , qui fait les Sçavans confommés ,
Çes Auteurs , fi fort renommés ;
Non celle qui fait un Poëte ,
Comme toi , digne des leçons
Qu'Apoflon
A OU´S T. 1744. 1785
Qu'Apollon fait aux heureux nourriffons ,
Dont il prétend orner la tête
Du Laurier immortel , qui couronne fon front ,
Et qu'on moiffonne au double Mont , )
Mais celle qui nous fait connoître
Pour quelle fin elle nous a fait naître ,
Qui nous apprend qu'il faut jouir ,
Que l'inftant , qui fuit , & qui paffe
Eft en effet paffé , pour ne plus revenir ,
Et ne laiffe après lui d'autre fruit , d'autre trace ;
Qu'un incommode fouvenir.
Voilà inon Maître . Arnaud , dis - moi de grace ,
Eft-ce celui- là que tu fers?
Oui , mais ce n'eft celui qui t'inſpire ces Vers ,
Qui te procurent notre hommage ,
Ces Vers qu'un jeune homme à ton âge
Sçait lire à peine , & que tu fais ,
Ce font morceaux finis que tes premiers Effais,
Que ne puis-je du moins louer ce que j'admire
Mais la Nature , qui m'inſpire ,
Ne m'a doué de ce talent.
La louange eft un Don d'Apollon , qui te guide ,'
Qui t'apprend à chanter & les travaux d'Alcide
Et la gloire d'un Conquérant ;
A peindre les plaifirs où l'Amour nous invite ,
A mettre fur la Scéne un Héros , un Amant ,
A louer un ami charmé de ton mérite ,
Et qui t'eftime infiniment.
Mais
1786 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce n'eft fur ce point qu'il faut que je réponde
A l'Epitre que je reçois.
Soumis & docile à ta voix
Qu'on m'applaud fſe , ou qu'on me fronde ,
Je me rendrai demain à l'endroit indiqué ,
A l'heure que tu m'as marqué .
Mais comment y mener tout le charmant Cortége
Qu'as demandé ? Las ! les plaifirs ,
Les ris , les jeux font- ils gens de Collége ?
Je n'y connois que des défirs.
Engeance incommode & maudite ,
Qui du foir au matin fans ceffe nous agite.
Avec moi je les menerai ,
Et, point ne me feront à charge ;
€
En te voyant je les fatisferai :
Mais lorsque je te quitterai ,
Ils reviendront , les cruels , à la charge ,
Et plus ne m'abandonneront
Ains toujours me tourmenteront ,
Jufqu'à ce que dans ma Cellule
Tu revienne appaifer leur indifcrete ardeur ;
Viens donc , Darnaud , fans façon , fans ſcrupule ¿
Chés ton ami , chés ton admirateur .
A Monfieur Darnaud,
Pour répondre , Darnaud , à ta galante Epitre ,
Si , comme à toi , Venus me dreffoit mon Pupître ,
Apollon , comme à toi , me dicteroit des Vers,
Qu'admireroit tout l'Univers.
Mais , vrai difciple d'Epicure,
Contente de pourvoir à mes autres befoins ,
Venus pour moi ne prend tels foins .
Je fuis donc la fimple Nature ,
( Non celle- là , qui fait les Sçavans confommés ,
Çes Auteurs , fi fort renommés ;
Non celle qui fait un Poëte ,
Comme toi , digne des leçons
Qu'Apoflon
A OU´S T. 1744. 1785
Qu'Apollon fait aux heureux nourriffons ,
Dont il prétend orner la tête
Du Laurier immortel , qui couronne fon front ,
Et qu'on moiffonne au double Mont , )
Mais celle qui nous fait connoître
Pour quelle fin elle nous a fait naître ,
Qui nous apprend qu'il faut jouir ,
Que l'inftant , qui fuit , & qui paffe
Eft en effet paffé , pour ne plus revenir ,
Et ne laiffe après lui d'autre fruit , d'autre trace ;
Qu'un incommode fouvenir.
Voilà inon Maître . Arnaud , dis - moi de grace ,
Eft-ce celui- là que tu fers?
Oui , mais ce n'eft celui qui t'inſpire ces Vers ,
Qui te procurent notre hommage ,
Ces Vers qu'un jeune homme à ton âge
Sçait lire à peine , & que tu fais ,
Ce font morceaux finis que tes premiers Effais,
Que ne puis-je du moins louer ce que j'admire
Mais la Nature , qui m'inſpire ,
Ne m'a doué de ce talent.
La louange eft un Don d'Apollon , qui te guide ,'
Qui t'apprend à chanter & les travaux d'Alcide
Et la gloire d'un Conquérant ;
A peindre les plaifirs où l'Amour nous invite ,
A mettre fur la Scéne un Héros , un Amant ,
A louer un ami charmé de ton mérite ,
Et qui t'eftime infiniment.
Mais
1786 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce n'eft fur ce point qu'il faut que je réponde
A l'Epitre que je reçois.
Soumis & docile à ta voix
Qu'on m'applaud fſe , ou qu'on me fronde ,
Je me rendrai demain à l'endroit indiqué ,
A l'heure que tu m'as marqué .
Mais comment y mener tout le charmant Cortége
Qu'as demandé ? Las ! les plaifirs ,
Les ris , les jeux font- ils gens de Collége ?
Je n'y connois que des défirs.
Engeance incommode & maudite ,
Qui du foir au matin fans ceffe nous agite.
Avec moi je les menerai ,
Et, point ne me feront à charge ;
€
En te voyant je les fatisferai :
Mais lorsque je te quitterai ,
Ils reviendront , les cruels , à la charge ,
Et plus ne m'abandonneront
Ains toujours me tourmenteront ,
Jufqu'à ce que dans ma Cellule
Tu revienne appaifer leur indifcrete ardeur ;
Viens donc , Darnaud , fans façon , fans ſcrupule ¿
Chés ton ami , chés ton admirateur .
Fermer
96
p. 2043-2046
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
La suite des Portraits des Hommes Illustres dans les Arts & dans les Sciences contin[u]ë de paroître [...]
Mots clefs :
Portraits, Hommes illustres, Vers, Roi, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLE S.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
Fermer
97
p. 2066
L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 15, ils donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle en Vers, & [...]
Mots clefs :
Comédie, Roi, Vers, Nation, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15 , ils donnerent la premiere repré
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
Fermer
98
p. 42
« Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
Début :
Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Vers, Recueil, Collection, Bibliothèque du roi, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
D
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
Fermer
99
p. 55
SUR LA CONVALESCENCE DU ROI, RONDEAU.
Début :
Vive le Roi, crioit toute la France, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Vive le roi, Grands, Petits, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA CONVALESCENCE DU ROI, RONDEAU.
SUR LA CONVALESCENCE DU ROI,
V
RONDEAU.
Ive le Roi , crioit toute la France
Lorſque Louis , par ſa convalefcence
Yrappelloit les Plaiſirs & les Jeux ,
Qu'avoitbannis le mal trop dangereux ,
Dont on craignoit pour lui la violence.
:
Grands& Petits , lors égaux dans leurs voeux,
Soir&matin ſe redifoient entr'eux ,
Or Béniſſons la divine clemence ;
Vive le Roi .
Grands & Petits , la Poëtique Engeance,
Dans ces inftans pour rimer ſi chanceux ,
Ne s'oublia : Vers , tant mous que nerveux
On vit courir , n'ayant d'autre élégance
Que d'être ornés de ce refrain heureux ,
Vive le Roi.
د
ParM. Jacques, Marchand Evantailliste
ruë Mouffetar.
V
RONDEAU.
Ive le Roi , crioit toute la France
Lorſque Louis , par ſa convalefcence
Yrappelloit les Plaiſirs & les Jeux ,
Qu'avoitbannis le mal trop dangereux ,
Dont on craignoit pour lui la violence.
:
Grands& Petits , lors égaux dans leurs voeux,
Soir&matin ſe redifoient entr'eux ,
Or Béniſſons la divine clemence ;
Vive le Roi .
Grands & Petits , la Poëtique Engeance,
Dans ces inftans pour rimer ſi chanceux ,
Ne s'oublia : Vers , tant mous que nerveux
On vit courir , n'ayant d'autre élégance
Que d'être ornés de ce refrain heureux ,
Vive le Roi.
د
ParM. Jacques, Marchand Evantailliste
ruë Mouffetar.
Fermer
100
p. 59-62
DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
Début :
Quoi, verrai-je toujours des sottises en France ? [...]
Mots clefs :
Vers, Grand, Roi, Héros, Trône, Louis-François de Bourbon-Conti, Univers, Amour, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, Sur les Evenemens de l'année 1744.
DISCOURS EN VERS ,
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
Sur les Evenemens de l'année 1744.
Quoi , verrai-je toujours des fottiſes en France
Diſoit l'hyver dernier, d'un ton plein d'importance,
Timon , qui , du paflé profond admirateur ,
Du préſent qu'il ignore eſt l'éternel frondeur !
Pourquoi , s'écrioit-il , le Roi va -t'il en Flandre ?
Quelle étrange Vertu qui s'obſtine à défendre
Les débris dangereux du Trône des Césars ,
Contre l'Or des Anglais , & le Fer des Houzards a
Dans le jeune CONTY quel excès de folie ,
D'eſcalader les Monts qui gardent l'Italie ,
Et d'attaquer , vers Nice , un Roi Victorieux ,
Sur ces Sommets glacés dont le front touche aux
Cieux ?
Pour franchir ces amas de neiges éternelles ,
Dedale à cet Icare a- t'il prêté ſes aîles ?
A-t'il reçû du moins dans ſon deſſein fatal ,
Pour brifer les Rochers le ſecret d'Annibale
Il parle & CONTY vole. Une ardente jeuneſſe,
Voyant peu les dangers que voit trop la vieilleſſe;
Se précipite en foule autour de ſon Héros :
Du Var qui s'épouvante on traverſe les flots ;
DeTorrensen Rochers ,de Montagne en Abyme,
60 MERCURE DE FRANCE.
Des Alpes en couroux on aſſiége la cime ;
On y brave la foudre : On voit de tous côtés
Et la Nature , & l'Art , & l'Ennemi domptés ,
CONTY qu'on cenſuroit ,& que l'Univers love ,
Eſt un autre Annibal qui n'a point de Capoüe.
Critiques orgueilleux, Frondeurs , en est- ce aſſés ?
Avec Nice & Demont vous voilà terraſſés.
Mais, tandis que ſous lui les Alpes s'applaniffent,
Que fur les Flots voiſins lesAnglois en frémiſſent,
Vers les bords de l'Escaut LOUIS fait tour
trembler ;
Le Batave s'arrête , & craint de le troubler .
Miniſtres , Géneraux , ſuivent d'un même zéle ,
Da Conſeil aux dangers,leur Prince & leur modéle.
L'Ombre du GRAND CONDE' , l'Ombre du GRAND
LOUIS ,
Dans les Champs de la Flandre ont reconnu leur
Fils :
L'Envie alors ſe tait ; la Médifance admire.
Zoile, un jour du moins , renonce à la Satyre ;
Et le vieux Nouvelliſte , une canne à la main ,
Trace au Palais Royal Yore, Furne & Menin .
Ainfi , lorſqu'à Paris la tendre Melpomene
De quelque Ouvrage heureux vient embellir la
Scéne ,
En dépit des flets de cent Auteurs malins ,
Le Spectateur ſenſible applaudit des deux mains ;
Aini
NOVEMBRE. 61
1744.
Ainfi , malgré Buffy , ſes chansons , & fa haine ,
Nos Ayeux admiroient Luxembourg & Turenne.
Le Français , quelquefois , eſt léger & moqueur ,
Mais toujours le Mérite eut des droits ſur ſon coeur,
Son oeil perçant &juſte eſt prompt àle connoître ,
Il l'aime en ſon égal ; il l'adore en ſon Maître.
La Vertu ſur le Trône eſt en ſon plus beau jour ,
Et l'exemple du Monde en eſt auſſi l'amour.
Nous l'avons bien prouvé, quand la Fiévre fatale,
A l'oeil creux, au tein ſombre, à la marche inégale,
Attaqua dans ſon lit, de ſes tremblantes mains,
Au fortir des Combats , le plus grand des Humains,
Jadis Germanicus fit verſer moins de larmes ;
L'Univers éploré reſſentit moins d'allarmes ,
Et goûta moins l'excès de ſa félicité ,
Lorſqu'Antonin mourant , reparut en ſanté.
Dans nos emportemens de douleur & de joye ,
Le coeur ſeul a parlé ; l'amour ſeul le déploye.
Paris n'a jamais vû de tranſports ſi divers ,
Tant de Feux d'artifice , & fi peu de bons Vers,
Autrefois, & GRAND ROI ! les Filles de Mémoire,
Chantant au pied du Trône,en égaloient la gloire.
Que nous dégénérons de ce tems ſi chéri !
L'éclat du Tiône augmente, & le nôtre eſt flétri.
Oma Proſe & mes Vers, gardez - vous de paroître.
Il eſt dur d'ennuyer ſon Héros & ſon Maître :
I. Vol. D
62 MERCURE DE FRANCE.
Cependant nous avons la noble vanité
De mener les Héros à l'immortalité ;
Nous nous trompons beaucoup ; un koi juſte &
qu'on aime ,
Va ſans nous à la gloire, &doit tout à lui-même,
Chaque âge le benit ; le Vieillard , expirant ,
De ce Prince , à ſon Fils fait l'éloge en pleuranta
Le Fils , éternifant des Images ſi cheres ,
Raconte à les Neveux le bonheur de leurs Peres ,
Et ce nom dont la Terre aime à s'entretenir ,
Eſt porté par l'Amour aux fiécles à venir.
Si pourtant , & GRAND ROI ! quelqu'eſprit moins
vulgaire ,
Des voeux de tout un Peuple interpréte fincère
S'élevant juſqu'à Vous par le grand Art des Vers ;
Oſoit , ſans vous flater , vous peindre à l'Univers
Peut-être on vous verroit , ſéduit par l'harmonie
Pardonner à l'Eloge en faveur du Génie ;
Peut- être d'un regard le Parnaſſe excité ,
De ſon luſtre terni reprendroit la beauté.
L'oeil du Maître peut tout ; c'eſt lui qui rend la vie
Au Mérite expirant ſous les dents de l'Envie ;
C'eſt lui dont les rayons ont cent fois éclairé
Le modeſte Talent , dans la foule ignoré.
Un Roi qui ſçait régner , nous fait ce que nou
fommes :
Les regards d'un Héros produiſent des Grands
Hommes.
ParM. de Voltaire.
Fermer