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1
p. 197-275
Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Début :
Il y a long-temps qu'on préparoit tout ce qui estoit [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Comte, Armes, Couronne, Édouard, Fils, Marquis, Baron, Archevêques, Autel, Seigneurs, Royaume, Cérémonie, Procession, Noblesse, Majesté, Sceptre, Dignité, Vicomte, Prince, Hérauts, Chapelle, Croix, Ornements, Palais, Héritiers, Velours, Habits, Couronnement, Charge, Prières, Acclamations, Services, Duc, Clercs
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texteReconnaissance textuelle : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Il y along- temps qu'on préparoit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
tout ce qui eftoit neceffaire
pour la Cerémonie du
Couronnemét du Roy d'Anleterre.
Elle fut faite avec
le 23. d'Avril,
rande
pompe
fte de Saint
Georges
felon
l'ancien
Calendrier
, & felon
nous
le 3. de ce mois
.Tous
les
Seigneurs
& principaux
Offi
ciers
avoient
efté
avertis
de fe
tenir
prefts
, pour
y paroiſtre
felon
le rang
que leur
Dignité
leur
donne
. La
préféance
en
tre les Pairs
d'Angleterre
eft
R iij
198 MERCURE
reglée de cette maniere . Aprés
les Princes du Sang, c'eſt
à dire aprés les Fils , Petits
Fils , Freres , Oncles & Neveux
du Roy , ( car l'on ne reconnoit
pas ceux qui font
d'un degré plus éloigné , ) les
Ducs ont la premiere place .
Aprés eux vont les Marquis,
puis les Fils aifnez des Ducs,
enfuite les Comtes , les Fils
aifnez des Marquis , les puifnez
des Ducs , les Vicomtes ;
les Fils aifnez des Comtes , les
Fils puifnez des Marquis ; les
Barons ; les Fils aifnez des
Vicomtes , les Fils puifnez des
GALANT. 199
Comtes
les Fils aifnez des
Barons ; les Fils puifnez
des
Vicomtes
, & les puifnez des
Barons. Le nombre des
Lords , ou Seigneurs Temporels
en Angleterre eſt prefentement
de 170. ou environ
; fçavoir , dix Ducs , trois
Marquis , foixante huit Comtęs
, neuf Vicomtes , & foixante
& dix-huit Barons, Le
jour du Couronnement
étant
arrivé , le Roy & la Reyne firent
le matin leurs Devotions
en particulier, & s'étát rendus
enfuite de Witheal au Palais
de Weſtminſter ; ils allerent à
R iiij
200 MERCURE
l'Appartement du Prince , &
de là à la Chambre des Seigneurs.
Les Officiers de tous
les Ordres s'y eftoient affemainfi
que les Pairs ,
.blez
mais fans aucun de leurs Fils
qui ne prirent point de rangdans
cette Ceremonie . Ils :
eftoient tous reveftus des hai
bits de leur Dignité , ainfi
que les Dames , & les autres
Perfonnes à qui quelque fonction
appartenoit. Sur les
onze heures , leurs Majeftez :
defcendirent dans la grande
Salle de ce Palais , & fe pla
cerent furun Trône quiavoit
GALANT. 201
efté preparé fous un Dais.
L'Habit du Roy eftoit de Velours
Cramoify , fouré d'hermine.
Il avoit un Bonnet de
mefme , & la Reyne eftoit
revétuë d'un Manteau Royal .
Le Duc de Grafton , grand
Conneftable
, ayant pris des
mains du Maiftre ou Garde.
des Joyaux , l'Epée de l'Etat,
l'Epée appelée Curtana , qui
eft courte , & fans pointe , &
deux autres Epées pointues
dans leursFourreaux , les dóna
au Duc d'Ormond ,grad Stevvard
, ou grand Senéchal du
Royaume , & ce Duc les mit
202 MERCURE
fur une Table devant le Roy.
La mefme chofe fut faite des
Eperons d'or. Le grand Conneftable
eft le fixiéme grand
Officier d'Angleterre ,Sopou
voir eftoit anciennement d'une
ſi vaſte eftéduë, qu'aprés la
mort d'Edouard Bohun , Duc
de Bukinkan , dernier Conneftable
, on jugea qu'il eftoit
trop grand pour un Sujet;
mais depuis ce temps-là à l'occafion
des Couronnemens
,
ou des Combats folemnels ,
on fait un grand Conneftable
pour cette fois là feulement.
Le Comte de Nort
GALANT. 203
humberland le fut au Couronnement
du dernier Roy,
ainfi que Robert , Comte de
Lindſey,au Combat folemnel
quife fit en 1631. entré Rey &
Rameſey. Le grand Stevvart
, eft le dernier des huit
gráds Officiers d'Angleterre.
Cette importante Charge a
efté ſupprimée à caufe qu'elle
donnoit un pouvoir qui approchoit
trop de celuy du
Roy. Le dernier qui l'ait poffedée
en titre d'Office , & comme
par droit de fucceffion
heréditaire , fut Henry de
Bullinarooc Fils & heritier de
204 MERCURE
ce grand Duc de Lanclaftre,
Jean de Gand , qui a efté Roy
d'Angleterre. Depuis ce
temps- là , on n'a fait un grand
Stevvard , que pour affifter
au Sacre des Roys . En ver
tu de cette Charge , il tientla
Séance folemnelle dans fa
Cour du Roy à Weſtminſter ,
où il reçoit toutes les Requê
tes des Gentilhommes qui
prétendent devoir fervir à
cette Ceremonie , à caufe des
Fiefs qu'ils tiennent . On fait
auffi un grand Stevvard,
quand un Pair du Royaume,
fa Femme , ou fa Veuve font
GALANT 205
accuſez de trahifon . C'eft luy
qui les juge . Pendant le Procez
, il eft affis fous un Dais,
& ceux qui parlent à luy , le
traitent de Votre Grace.
Tant qu'il a la qualité de
Stevvard , il porte à la main
un Bâton blanc . Sa Charge
finit avec le Procez , & alors il
rompt le Bâton.
Le Doyen & les Chanoines
de Weftminſter apporte
rent en Proceffion folemnelle
de l'Eglife Collégiale à la
grande Salle du Palais de
Westminster , les Couronnes
& les autres marques de la
206 MERCURE
Royauté. Ils eftoient précedez
des Pourfuivans , He-
Faults , & Roys d'Armes , devant
leſquels marchoient les
Muficiens de la Chapelle en
Manteaux d'Ecarlate , & des
Chantres du Chapitre en Surplis.
Le Doyen portoit la
Couronne de S. Edouard , &
les Chanoines portoient deux
Sceptres , l'un orné d'une
Croix , & l'autre d'une Colombe
, avec le Globe orné
auffi d'une Croix , & le Bâton
de Saint Edouard . Tous s'arreſterent
à l'entrée de cette
Salle pour faire une profonde
GALANT. 207
réverence à leurs Majeſtez,
& ils en firent une autre au
milieu . Les Chantres qui s'étoient
avancez deux à deux ,
s'ouvrirent en haye pour
donner paffage au Doyen &
aux Chanoines , qui s'approcherent
du Trône précedez
par les Herauts , & par les
Roys d'Armes. Ils firent une
troifiéme réverence au Roy,
en luy preſentant la Couronne
, & les autres marques de
la Dignité Royale. Le grand
Conneftable qui les receut de
deurs mains , les mit entre
celles du grand Senéchal , &
208 MERCURE
ce dernier les mit furla Table
auprés des Epées.
Le nom de S. Edouard doit
eftre fi fouvent employé dans
le recit que j'ay à vous faire,
que je croy devoir vous en
dire quelque chofe . Il eftoit
Fils d'Ethelred , defcendu du
Roy Egbert, Prince d'un fort
grand mérite , qui vers l'an
801. reünit en un feul Etat
fous le nom d'Ergleland , qui
veut dire Angleterre , les fept
Royaumes que l'on avoit établis
en l'Ifle , & qui estoient
gouvernez chacun par des
Roys particuliers . On les ap
GALANT. 209
pelloit de Kent , de Nortumberland
, de Suffex , d'Effex ,
de Mercie , de Wetfex , &
d'Eftangle. Les Guerres excitées
par les Danois
, ayant
obligé le Prince Edouard,
auffi - bien que fon Frere Alfred
, tous deux nez d'une
feconde Femme d'Ethelred,
nommée Emme , Soeur de
Richard Duc de Normandie,
à chercher azile en ce Païs
là , il y demeura jusqu'à ce
qu'il fut rappellé en Angle
Terre , pour remplir le Trône :
qu'avoient occupé les Prédedeffeurs:
Gadyvin Comte-
May 1685.
,
Sp
210 MERCURE
Anglois , alla le chercher en
Normandie , pour diffiper le
bruit qui couroit , que dans
le deffein de faire regner fon
Fils Harald, il avoit fait affaffi
ner Alfred , que les Anglais
avoient apelle d'abord, comme
l'aîné des Fils d'Ethelred,
& qui fut tué fur le chemin,
lors qu'il eftoit preft de rentrer
à Londres. Edouard
ayant efté couronné en 1044
époufa la Fille de Godvvin,
nommée Edgite. Quelque
temps apres , Euſtache Comte
de Boulogne, qui avoit époufé
la Soeur d'Edouard eftant
J
GALANT. 211
paſſé en Angleterre , receut
quelque outrage en la perfonne
de fes Officiers , dans
la Ville de Cantorbery. Le
Royvoulut vanger cet affront
fur les Habitans. Godvvin
en prit le party , & n'ayant
pû eftre le plus fort , il fut
contraint de fe retirer en
Flandre. Il trouva enfin
moyen de calmer l'orage , &
de fe remettre dans les bon
nes graces du Roy , mais il
en jouit fort peu de temps..
Eftant un jour à fa Table,
& quelqu'un ayant parlé de
la mort du Prince Alfred , il
Sij
212 MERCURE
s'apperceut qu'Edouard jetta
l'oeil fur luy en foûpirant. Il
prit ce regard pour un reproche
, & dit que fes Ennemis
l'avoient foupçonné de
ce Parricide , mais qu'il prioit
Dieu que le morceau qu'il.
avoit dans la bouche l'étran
glaft , s'il eftoit coupable. II.
tomba mort fans le pouvoiravaler
, & Dieu permit que
fon propre jugement fuſt exécuté
fur l'heure, Edouard eut
quantité de guerres , qui fe
terminérent préfque toûjours
à fon avantage, mais comme
il n'eftoit pas né pour les ArGALANT.
213
mes , fes Capitaines en remportérent
toute la gloire. Il
vefcut dans une perpetuelle
continence avec la Femme;
& ſe ſouvenant des affiftances
qu'il avoit receues pendant
fon exil de Guillaume
Duc de Normandie , il luy
laiffa fa Couronne. Il mourut
le 4. de Janvier 1066. Le Pape
Alexandre III. le fit mettre
au Catalogue des Saints , à
caufe de les vertus , & des
miracles qui fe faifoient continuellement
à fon Tombeau.
La Couronne, & toutes les
autres marques de la Royauté
214 MERCURE
ayant efté diſtribuées par le
Roy mefme à ceux qu'il
nomma pour les porter , la
marche
commença par les
Tambours & par les Trom
petes , qui alloient quatre à
quatre de front. Les premiers.
eftoient fuivis du Tambour
Major, & les derniers du Premier
Trompete . Apres eux
venoient les fix Clercs de la
Chancellerie , les quatre plus
jeunes d'abord , & les deux
Anciens enfuite. Ils précé
doient les quarante -huit Cha
pelains ordinaires ou Aumôniers
du Roy , qui font la
GALANT. 215
plupart Docteurs en Theolo
gie, & le plus fouvent Doyens
ou Chanoines
. Ily en a quatre
qui fervent par mois , &
qui prefchent le Dimanche
& les jours de Fefte dans la
Chapelle en préſence du Roy..
Ils prefchent auffi pour le
Commun le matin de cha
que Dimanche. Ces Chape
lains précédoient les Aldermans
ou Echevins de Lon
dres, qui marchoient comme
eux quatre à quatre avec les
autres Officiers de Ville cha
cun en fon rang , ainfi que
les douzeMaiftres de la Chan
216 MERCURE
cellerie , & les Sergens ou
Conſeillers en Loy. Le Solliciteur
Genéral , & l'Attorney
ou Procureur Genéral de Sa
Majefté marchoient enſem
ble , & les deux plus anciens
Sergens de Loy de mefme.
On voyoit paroiſtre enfuite,
auffi quatre à quatre , les
Ecuyers du Corps , dont l'offi
ce eft de garder le Roy pen.
dant la nuit , de pofer la
Garde , & de donner le Mot,
& apres eux , les Gentilshom
mes de la Chambre Privée,
qui font au nombre de qua
ranto-huit, & qui fervent par
Quartier.
GALANT. 217
>
Quartier. Il s'en trouve toûjours
douze auprés du Roy
dans fon Palais , & dehors
tant qu'il eft à pied . Ils le
fervent , & portent la Viande
quand il mange dans laChambre
Privée , ou dans l'Antichambre.
Il y en a toûjours
deux qui couchent dans l'Antichambre.
Ils fervent auffi
aux Audiences des Ambaffadeurs
. Les quatreMaiſtres des
Requeftes marchoient apres
eux, fuivis des Juges & Chefs
de Juftice. Enfuite venoient
les Pages de la Mufique de la
Chapelle duRoy , lesChantres
May 1685.
T
218 MERCURE
de Weſtminſter , les Gentilshommes
de la Chapelle du
Roy, les douzeChanoines & le
Doyen de l'Eglife Cathedrale
de Weſtminſter, en Surplis &
avec leurs Habits de Choeur,
le Maître ou Garde desJoyaux
du Roy , & les Confeillers
d'Etat qui ne font point Pairs
du Royaume. Apres ceux - là
venoient deux Officiers d'Armes
, qui précédoient les Baronnes
ou Femmes desLords,
reveftuës de Robes de Velours
cramoifi, fourrées d'Hermine.
Elles eftoient fuivies
des Barons , Pairs du RoyauGALANT.
219
1
me , veftus auffi de Robes
de Velours cramoify , avec
leurs Bonnets de même Erofe
fourrez d'Herminé, qu'ils por-
I toient à la main . Tous les
Barons n'eftoient pas autrefois
Pairs du Royaume , mais
: feulement ceux qui tenoient
du Roy une Baronnie entiere
composée de treize Fiefs &
- un tiers , relevant directement
de la Couronne. Chaque
Fief eftoit de vingt livres
fterlin , cela faifoit quatre cens
marcs , & celuy qui poffedoit
cette fomme , eftoit
convié de ſe trouver au Par-
Tij
220 MERCURE
lement ; mais aujourd'huy
l'Heritier d'un Baron devient
Baron , quand mefme il ne
poffederoit point la valeur de
quatre cens marcs. Le Roy
fait quelquefois des Barons
par un fimple Acte , en les
conviant de venir prendre
féance au Parlement dans la
Chambre Haute ; mais le plus
fouvent il le fait par Lettres
Patentes.
Les Barons étoient fuivis des
Evefques chacun en Habit Epifcopal.
Celuy de Londres a
le premier rang , aprés les Archevefques
de Cantorbery &
GALANT. 221
5
d'York , puis les Evefques de
Durha & deWinchester.Tous
les autres prennent rang ſefon
l'ordre de leur Confecration
, fi ce n'eft que quel
qu'un d'eux foit fait Chancelier,
Treforier, Garde du Privé
Sceau , ou Secretaire d'Etat, ce
qui arrivoit fouvent autrefois,
l'intégrité de leur vie les faifant
juger plus propres à ces
Fonctions , que les Laïques .
Quand un Evefque eft fait
Chancelier , il prend place
immediatement aprés l'Archevefque
de Cantorbery, &
celuy d'York. S'il eft Secre
Tiij
222 MERCURE
taire d'Etat , il a rang aprés
l'Evefque de Wincheſter.
Tous les Evefques ont Séance
en la Chambre Haute du
Parlement , comme Barons
& Pairs du Royaume , &
font Lords , où Seigneurs fpirituels.
Deux autres Officiers
d'Armes fuivoient les Evelques
, & précedoient les Vicomteffes
, qui marchoient
devant les Vicomtes. Ceuxcy
avoient des Robes de Velours
doublées d'hermines,
& tenoient leurs Couronnes
à la main . Le Roy fair un
GALANT. 223
Vicomte par des Lettres Patentes
. Quelques- uns tiennent
que Jean Beaumont a
eu le premier cette qualité,
& qu'elle luy fut donnée par
Henry VI. dans la dix - huitiéme
année de fon Regne.
Cependant on trouve que
dés le Regne de Henry V.
Robert Brent fut fait Vicomte.
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Sommerfet & de
Cheſter , avec leurs Cottes
d'Armes , marchoient devant
les Comteffes , qui estoient
en Robes de Velours. Les
Tiiij
224 MERCURE
Comtes venoient enfuite en
Robes longues d'Ecarlate , &
fourrées , la queuë portée à
chacun par un Gentilhomme
, avec les Bonnets de
mefme , & une petite Cou .
ronne à la main . Tous les
Comtes d'Angleterre font
nommez des Provinces , Villes
ou Places , dont ils portent
le Titre , à la réſerve de
deux , dont l'un eft perfonnel
; fçavoir le Comte Maré
chal d'Angleterre , & l'autre
eft particulier à l'Illuftre Famille
de Rivers , dont l'aisné
porte le Titre de Comte. Le
GALANT. 225
Roy fait un Comte en luy
mettant l'Epée au cofté , un
Manteau de Comte , un Bonnet
fur la tefte , & fes Lettres
Patentes entre les mains .
Aprés venoient les Marquifes
, précedées de deux
Herauts d'Armes du Titre de
Richemont & de Windfor;
puis les Marquis en Robes
de Cerémonies , & tenant
leurs Couronnes à la main.
Marchio ou Marquis eftoit
autrefois ainfi nommé du
Gouvernement des Marches
ou Frontieres . Le premier
Marquis qu'ait eu l'Angleter
226 MERCURE
re , fut Robert Vere Comte
d'Oxford , qui fut fait Marquis
de Dublin fous Henry
II. On fait un Marquis en
luy ceignant l'Epée au cofté.
& en luy mettant un Bonnet
avec une Couronne de Marquis
fur la tefte,
Deux Herauts d'Armes
du Titre de Lancaftre &
d'York marchoient devant
les Ducheffes. Les Ducs fuivoient
, couverts du Manteau
Ducal avec leurs Couronnes
à la main . Leurs
queues eftoient plus longues
que celles des autres , & fou-
>
GALANT. 227
tenues de deux Gentils -hom
mes. Les Ducs eftoient an
ciennement Genéraux ou
Conducteurs A d'Armée en
temps de Guerre , ou Gardiens
des Frontieres , & Gou-.
verneurs de Province en
temps de Paix. Apres cela
on les leur donna en Fief
pour les tenir à vie , & enfin
ils furent faits heréditaires &
titulaires . Edouard furnommé
le Prince noir , a efté le
premier Duc d'Angleterre,
aprés Guillaume le Conquerant.
Ce fut Edouard III . qui
le fit Duc. Le Roy crée un
228 MERCURE
Duc par fes Lettres Patentes,
en luy mettant l'Epée au côté
, un Bonnet avec une Cou
ne Ducale fur la tefte , & une
Verge d'or en la main.
Les differens degrez de
la Nobleffe d'Angleterre font
diftinguez par leurs Titres &
par les marques d'honneur.
On donne au Duc le Titre
de Grace , & en luy écrivant
on l'appelle tres-puiſſant & no
ble Prince. On appelle un
Marquis & un Comte tresnoble
& puiffant Seigneur ; un
Vicomte , veritablement noble
puiffant Seigneur , & un Ba.
GALANT. 229
.
ron veritablement noble Seigneur.
Leurs Couronnes font
toutes differentes , & cela
seft obfervé au Sacre du
Roy. La Couronne des Barons
eft un Cercle ou Bour
let à fix Perles ; celle des Vicomtes
un Chapelet de Perles
fans nombre ; celle des
Comtes un Cercle d'or à hau
tes pointes foûtenant des
Perles, celle des Marquis une
groffe Perle , & une ovale de
feuilles de Fraifier , & les
Couronnes des Ducs font des
Fleurons , ou des feuillages
fans Perles. Ils font auffi di230
MERCURE
ftinguez dans leurs Habits
de Čerémonie par les bordures
fur les épaules de leurs
Mantelines. Un Baron n'en
a que deux ; un Vicomte en
a deux & demy ; un Comté,
trois , un Marquis trois & demy
, & un Duc qua trẻ .
Les deux Herauts d'Armes
qu'on appelle Provinciaux
, & qui font du Titre
de Clarence , & de Norroy,
marchoient devant le Comte
de Clarendon Garde du
Sceau Privé , & le Marquis
d'Hallifax Préfident du Confeil
Privé faifant une meſme
GALANT. 231
ligne. Ils eftoient ſuivis du
Comte de Rocheſter grand
Treforier , & de l'Archevefque
d'York , qui faifoient une
autre ligne, & qui précedoient
Milord North , Garde du
grand Sceau , & l'Archeveſ
que de Cantorbery premier
Pair , & Primat du Royaume.
Aprés eux marchoient deux
Gentilshommes
, reprefentant
les Ducs d'Aquitaine &
de Normandie. Avant le re
gne des Saxons en Angleterre
les Chrétiens Bretons
avoient trois Archeveſques
,
fçavoir , de Londres , d'York,
>
232 MERCURE
Le
& de Caerleon , grande Ville
en ce temps - là fur la Riviere
d'Ufke , en la partie la plus
Meridionale de Galles.
Siege Epifcopal de Londres
& celuy de Caerleon furent
transferez , l'un à Cantorbery
à cauſe de Saint Auguftin
le Moine , qui y preſcha le
premier l'Evangile aux Saxons
Payens,& l'autre à Saint
Davids en la Province de
Pembroc. Ce dernier fut
enfuite affujetty tout à fait au
Siege de Cantorbery , & depuis
ce temps-là il n'y a cu
que deux Archevelques en
GALANT. 233
Angleterre , celuy de Cantorbery,
& celuy d'York . L'Archevefque
de Cantorbery
eftoit autrefois confideré
comme la feconde Perfonne
du Royaume , il avoit rang
avant les Princes du Sang. Il
eft aujourd'huy
le premier
Pair d'Angleterre , & aprés la
Famille Royale , il précede
non feulement les Ducs, mais
auffi tous les grands Officiers.
Ceft à luy à couronner le
Roy. L'Evefque de Londres
-eft fon Doyen Provincial,,
-Evefque de Wincheſter fon
Chancelier , & V'Evefque de
May 168.5.
V.
234 MERCURE
4
Rochefter fon Chapelain.
L'Archevefque d'York eft la
feconde Perfonne dans l'Eglife
d'Angleterre. Il a encore
la préfeance devant tous les
Ducs qui ne font pas du Sang
Royal , & devát tous les grads
Officiers du Royaume,à la réferve
du grand Chancelier.
Aprés ceux que j'ay nommez
marchoient le Vice-
Chambellan & le grand
Chambellan de la Reyne,,
qui eftoient fuivis du Comte
de Dorſet portant la Baguet
te d'Yvoire , ou le petit Sceptre
de Sa Majefté, du Comte
GALANT. 235
Rutland portant fon grand
Sceptre , & du Duc de Beaufort
portant fa Couronne..
Les Sergens d'Armes , & les
Gentilshommes Penfionnaires
fuivoient en haye dess
deux coſtez , & diviſez par
Brigades. Ils précedoient la
Reyne qui marchoit fous un
Dais , porté par feize Barons
des cinq Ports. Elle eftoit reveftue
des Habits Royaux,,
& avoit un Cercle d'or fur la
refte. La jeune Ducheffe
de Norfole portoit fa queue
avec quatre Filles de Com--
tes.. Les Evefques de Lon
V ij
236 MERCURE
dres & de Wincheſter mar
choient à cofté de cette Prin
ceffe , qui eftoit ſuivie de
deux Dames d'honneur , &
de deux Femmes de la Chambre
du lit.
Enfuite on voyoit paroiſtre
les Seigneurs qu'on avoit
chargez des marques de la
Royauté du Roy. Le Baſton
de S. Edouard eftoit porté
par le Comte d'Aylesbury ;
les Eperons par Milord Grey,
& le Sceptre orné d'une Croix,
par le Comte de Pertebo
roug. Ils marchoient tous
trois fur la meſme Ligne. Le
GALANT. 237
Comte de Pembrok portoit
la troifiéme Epée , le Comte
de Derby portoit la feconde,
& le Comte de Shrevvbury
qui marchoit entre les deux,
portoit celle qu'on appelle
Curtana , autrement l'Epée
fans pointe. Garter, premier
Roy d'Armes , venoit apres
eux , entre le Grand Huiffier
du Parlement , appellé de la
Verge noire, & Milord Maire
de Londres. Ce dernier eftoit
reveftu de fa Robe d'Ecarlate
, & portoit la Maffe de
la Ville. Le Comte de Lindfey
fuivoit feul en qualité de
238 MERCURE
Grand Chambellan . C'eſt le
cinquiéme Grand Officier
d'Angleterre. Quand on couronne
le Roy , on luy donne
quarante
aunes de Velours
cramoify pour une Robe , &
avant que le Roy fe leve le:
jour du Couronnement , il
luy apporte fa Chemiſe , fa
Coëfe , & fa Robe ; apres.
qu'il l'a habillé , il a pour
fon Droit le Lit , les Meu
bles de la Chambre du Lit,
& tout fon Deshabillé . Aux:
Cerémonies du Couronne..
ment , il porte la Coëfe , les
Gands , & le Linge dont le
GALANT. 239
Roy fe fert , comme l'Epée
& le Fourreau , les Piéces d'or
que le Roy doit offrir à l'Autel
, la Robe Royale , & la
Couronne. Il le fert tout ce
jour-là , en luy donnant à
laver devant & apres dîner,
& prend pour fon . Droit le
Baffin , & la Serviette. Les
Comtes d'Oxford ont pof
fedé long - temps cette Dignité
depuis le temps du Roy
Henry I. par une espece de
fuceffion heréditaire ; mais
aux deux derniers Couronnemens,
ces Cerémonies ont
efté faites par les Comtes de
240 MERCURE
Lindley, qui prétendent que
la Dignité de Grand Chambellan
leur eft deuë , comme
defcendus d'une Fille , Heri .
tiere univerfelle .
Le Comte de Lindfey étoit
fuivy du Comte d'Oxford ,
portant l'Epée de l'Etat, entre
le Duc de Grafton , Grand
Conneftable , & le Duc de
Norfolk , Grand Maréchal.
Ceux- cy précédoient le Duc
d'Ormond, Grand Seneſchal,
portant la Couronne de Saint
Edouard , & marchant entre
·les Ducs d'Albemarle & de
Sommerfet
. Le premier por
toit
GALANT 241
toit le Sceptre , audeffus duquel
il y a une Colombe,
& l'autre le Globe orné d'une
Croix .
Le Roy reveſtu de ſes Habits
Royaux fourrez d'Hermine
, & ayant un Bonnet
de Velours fur la tefte , marchoit
apres ces Seigneurs
fous un magnifique
Dais,
porté comme celuy de la
Reyne , par feize Barons des
cinq Ports. Il avoit à ſes côtez
les Evefques de Durham
& de Bathe . Quatre Fils aîne z
de Comtes, affiftez du Grand
Maistre de la Garderobe
, por-
May 1685.
X
242 MERCURE
toient la Queue du Manteau
Royal de Sa Majefte. Derriere
le Roy eftoit le Duc
de
Northumberland
, Capitaine
des Gardes du Corps ,
entre le Comte de Huntingdon
Capitaine de la Compagnie
des Gentilshommes Penfionnaires
, & le Vicomte
Grandifon , Capitaine des
Yeomans ou Gardes de la
Manche. Milord Churchil,
Gentilhomme de la Chambre
du Lit du Roy , marchoit
feul. Il eftoit fuivy de deux
Valets de Chambre de Sa
Majefté , & ceux- là des YeoGALANT
243
mans ou Gardes de la Manche
qui fermoient la Marche .
Les Sergens d'Armes marchoient
en haye devant le
Roy & devant la Reyne , &
les Gentilshommes
Penfionnaires
marchoient de mefme
à cofté des Dais de leurs Majeftez.
Tous ceux qui estoient
de cette marche avoient les
Habits de Cerémonie
qui appartiennent
à leurs Dignitez
ou à leurs Charges . Ils alloient
à pied fur un Drap
bleu , étendu depuis les marches
du Trône qui eftoit
dans la grande Salle de Weſt-
X ij
244 MERCURE
minfter jufqu'à l'Eglife . Tout
ce paffage eftoit enfermé de
Balustrades , & gardé par les
Gardes du Corps , & par les
Gardes à pied du Roy. On
appelle Yeomans en Angleterre
ceux qui font aprés la petite
Nobleffe . Ce font les premiers
du Peuple.Le mot Yeoman
qui fignifie commun , femble
venir du mot Flamand Yemant,
qui veut dire quelqu'un.
Das la Cour du Roy, il fignifie
un Officier qui tient le milieu
entre le Sergent & le Groom.
Les Grooms de la Chambre
du Lit font tous Ecuyers,
GALANT. 245
mais au deffous de la qualité
de Chevalier. Leur Office eft
de fervir le Roy dans la
Chambre , de l'habiller & de
le deshabiller.
"
La Nobleffe & toutes les
autres Perfonnes s'eftant placées
dans l'Eglife felon leur
rang , leurs Majeſtez monterent
fur un grand Théatre,
& aprés avoir fait quelques
Prieres en fe tournant du côté
de l'Orient , Elles prirent
place fur les Fauteuils qu'on
leur avoit préparez . On chanta
quelques Moters en Mufique
, & pour s'acquitter de
Y üj
246 MERCURE
l'ancienne Ceremonie appellée
Reconnoiffance , l'Ar
chevefque de Cantorbery
s'avança devant l'Autel , &
dit à la Nobleffe. Voicy Fac
ques II. Heritier legitime de
Charles II. Roy d'Angleterre,
Ecoffe & Irlande. Vous tous
icy affemblez , voulez- vous le
recevoir pour voftre Roy ? A peine
eut- il achevé , que tous
les Pairs & le Peuple poufferent
un grand cry qui témoignoit
leur difpofition à luy
rendre hommage. L'Arche
vefque repeta encore deux
fois les mefmes paroles aux
GALANT. 247
deux coftez du Choeur pour
fe faire entendre à tous les
Affiftans , & à chaque fois le
Roy fe levoit , & fe tournoit
vers le Peuple du mefme côté
que l'Archevefque. Toute
l'Eglife retentit toûjours des
mefmes acclamations . Enfuite
leurs Majeftez conduites
par les Evefques s'approcherent
de l'Autel , où Elles firent
leur premiere offrande .
C'eftoit une piece de Drap
d'or , & une Maffe d'or du
poids d'une livre , que leur
prefenta le Treforier de leur
Maiſon , & que receut l'Ar-
X iiij
* 248 MERCURE
chevefque , auquel les marques
de la Dignité Royale:
furent auffi preſentées par
tous les Seigneurs qui les
portoient. Alors deux Eveſques
, chanterent les Litanies
eftant à
fur
les
pregenoux
fur
les
miers degrez de l'Autel , &
le Choeur leur répondit. Le
Doyen de Weſtminſter eftoit
auffi à genoux auprés du
Roy à fa gauche. Cela éſtant
fait , le Docteur Turner Evefque
d'Ely , & grand Aumônier
, monta en Chaire , &
parla fort éloquemment de
l'excellence du GouverneGALANT.
249·
ment Monarchique . Il remontra
au Peuple combien
il. devoit s'eftimer heureux
de le voir entre les mains
d'un Roy dont les vertus , &
les rares qualitez luy eftoient
fi bien connues , luy reprefentant
la fidelité qu'il luy devoit
, & faiſant connoiftre en
à Sa Majesté
mefme
temps
fes
obligations
envers
Dieu
,
& envers
les Sujets
. Le Sermon
finy
, le Roy
oſta
ſon
Bonnet
fourré
d'hermine
, &
l'Archevefque
de Cantorbery
luy vint
demander
s'il luy
plaifoit
de prefter
le Serment
250 MERCURE
ordinaire . Ce Prince ayant répondu
qu'il le vouloit , un E
vefque leut la Requeſte du
Clergé , pour la confervation
de fes Privileges , & Sa Majefté
y répondit favorablement.
Les deux Evefques qui
avoient déja affifté le Roy,
l'ayant ramené à l'Autel , il y
prefta le Serment que prêtent
les Roys d'Angleterre
lors qu'on les couronne , &
fut reconduit à fon Prié Dieu.
On portoit l'Epée Royale
élevée devant luy.. On chan-i
ta le Veni Creator qui fut com
mencé par deux Evefques,
GALANT. 251
& achevé par la Mufique.
Aprés quelques autres Prieres
que prononça le Prélat
Officiant , Sa Majeſté ſe rapprocha
de l'Autel
& le
Comte de Lindſey , grand
Chambellan , le dépouilla des
Habits Royaux , par deffous
- lefquels il y en avoit d'au
tres , où eftoient des ouvertures
fermées d'Agrafes aux
endroits qu'on devoit oindre.
Ces Habits furent remis dans
la Chapelle de Saint Edouard .
Le Roy s'eftant mis fur le Fauteüil
qu'on avoit placé du
cofté du Nord , entre l'Autel
252 MERCURE
& la Chaife de S. Edouard ,
qui eftoit couverte de Drap
d'Or , le Doyen de Weftminfter
apporta l'Ampoulle,
& verfa quelques goutes
d'Huile dans la Cuiller. L'Archevefque
de Cantorbery en
oignit le Roy aux paumes des
mains en forme de Croix. Il
continua par l'eftomach , &
par la place qui eft entre les
épaules ; puis il oignit les
épaules mefmes , & acheva
par les bras & par le haut de
la tefte. Le Doyen de Weftminfter
effuya les onctions,
& referma les Agrafes où il y
GALANT. 253
>
en avoit. Les Prieres qui fe
difoient pendant ce temps . là
eftant finies , il fut reveftu
d'Habits partie Royaux , partie
Pontificaux. Le Doyen de
Westminster luymit une coef.
fe fur la tefte,aprés quoy il luy
donna la Dalmatique , & la
Supertunique de Drap d'or,
avec les Brodequins & les
Sandales en broderie qu'il prit
fur l'Autel.Il y prit aufli les Eperons
qu'il approcha ſeulement
des talons du Roy , &
les remit en leur place. Enfuite
le grand Chambellan
donna l'Epée Royale à l'Ar254
MERCURE
chevefque de Cantorbery qui
la pofa fur l'Autel , & prononça
une Oraifon , ce qui eftant
fait, il la donna à Sa Majefté,
en luy difant en Latin , Recevez
l'Epée de la main des Evef
ques. Le grand Chambellan
luy ayant ceint cette Epée , le
Doyen de
Weſtminſter
prefenta
l'Etole tiffuë d'orà l'Archevefque
, qui la mit au col
du Roy. Enfin , on apporta
le Manteau Royal de Drap
d'or , & l'on prononça des
Oraiſons particulieres fur chacun
des Ornemens Royaux
dont Sa Majesté fut reveſtuë.
$
GALANT. 255
Ce font ceux du Roy Saint
Edouard , confervez avec
beaucoup de foin depuis plus
de fix cens ans dans la grande
Garderobe. Aprés cela , le
Roy fut conduit à un Siege de
Pierre,qui eft laChaife ancienne
de ce mefme S.qu'on avoit
pofée au milieu du Choeur . Sa
Majefté s'y eftant affife , l'Archevefque
de Cantorbery prit
fur l'Autel la Couronne de
Saint Edouard , qu'il benit
par une courte Priere . Trois
heures fonnerent dans le
temps qu'il la luy mit fur la
tefte. Alors les Tambours &
256 MERCURE
les Trompettes ſe joignant
aux acclamations de toute la
Nobleffe & du Peuple , qui
cria plufieurs fois , Dien fau
ve le Roy , firent retentir
toute l'Eglife . Ce Spectacle
parut d'autant plus augufte,
qu'en mefme temps les Ducs ,
les Marquis , les Comtes , les
Vicomtes , les Barons & les
Roys d'Armes , mirent auſſi
leur Bonnets & leurs Couronnes
. Au fignal qui fut
donné , le Canon du Parc
de S. James , & celuy de la
Tour de Londres , annoncérent
à la Ville le Couronne-
>
GALANT. 257
ment du Roy par plufieurs
décharges. Ce furent par tout
des cris qui marquoient la
joye du Peuple . L'Archevêque
de Cantorbery mit enfuite
l'Anneau benit au quatriéme
doigt de Sa Majeſté,
qui receut les Gands de fil
des mains du Grand Chambellan
. Ce mefme Grand
Chambellan déceignit l'Epée
au Roy , & la porta en of
frande fur l'Autel Le Chambellan
de la Maiſon Royale la
racheta auffi toft , & elle fur
portée nuë devant Sa Majeſté
jufqu'à la fin de cette Ceré
May 1685. Y
258 MERCURE
monie. Le Seigneur de Worfcop
dans le Comté de No.
tingham , préſenta au Roy un
riche Gand. Il le mit à fa main
droite, & ceGentilhomme par
le droit de fon Fief , foûtint
cependant le bras de Sa Majefté.
Il ne reftoit plus que
les deux Sceptres . L'Archevefque
de Cantorbery les pric
fur l'Autel , & mit en la main
droite du Roy celuy qui eftoit
orné d'une Croix , & dans
la main gauche , celuy au deſfus
duquel eftoit la Colombe.
Sa Majefté à genoux , tenant
ces deux Sceptres reGALANT.
259
ceut la Benédiction ordinarre
, & alla enfuite à l'Autel
faire fa feconde Offrande . C'é
toit une piece d'or pefant un
Mare , qu'Elle prefenta dans
un Baffin.
3 Le Roy s'eftant remis dans
la Chaife de Saint Edouard , il
fe fit un grand filence.Il avoit
la Verge & le Sceptre en
main , le Globe à l'un de fes
coftez , & de l'autre les trois
Epées , portées par autant de
Comtes , hautes , & nuës ,
mais rompuës à demy , pour
fignifier la mifericorde. Alors
l'Archevefque de Cantorbery
Y
ij
260 MERCURE
fe mit à genoux devant Sa
Majefté , qui receut fa foûmiffion
& le baifa . L'Arche
vefque d'York , & tous les
Evelques & Prébendaires firent
aprés luy la meſme chofe
. On chanta le Te Deum , &
lors qu'il fut achevé , le Roy
monta fur un Trône magnifique
, dreffé au milieu du
Théatre . Ce fut là que les
Prélats & les Seigneurs luy
7
vinrent prefter Serment de
fidelité en fe mettant à genoux
, & le baifant à la joue .
Les Pairs du Royaume luy
rendant hommage , tous
GALANT. 261
felon leur rang , touchoient
de la main droite le cofté
gauche de fa Couronne . Cependant
le Treforier de fa
Maifon jettoit au Peuple des
Médailles d'or & d'argent,
ce qui faifoit redoubler les
cris de Vive le Roy Jacques II.
Le Garde du grand Sceau
proclama le Pardon accordé
par Sa Majesté à fes Sujets.
Il eftoit accompagné du premier
Roy d'Armes , de deux
Herauts , & de l'Huiffier à la
Verge noire .
L'Archevefque de Cantorbery
couronna enfuite la
262 MERCURE
t
ReyneMarie, &en même teps
toutes les Dames mirent leurs
Courónes fur leurs teftes ainfi
que les Seigneurs avoient fait
lors qu'on avoit couronné le
Roy. Cette Princeffe receur
le Bâton d'Yvoire & le grand
Sceptre , & fut conduite à
fon Siege fur le Trône. Cela
eſtant fait , & l'Archevefque
ayant finy la Solemnité par
Ja Benédiction , Leurs Majeftez
allerent à la Chapelle de
S. Edouard , oùle Roy remit
fa Couronne entre les mains
de l'Archevefque de Cantorbery
, qui la pofa fur l'AuGALANT.
263
tel. Il entra de là dans le
Veftibule, où le grand Chambellan
le dépouilla des Habits
Coyaux , qu'il délivra au
Doyen de Weſtminſter , &
Je reveftit d'autres tres- riches
de Velours Violet , préparez
pour ce jour là . Avec ce
nouvel Habit Sa Majesté ſe
rendit à la grande Salle de
Weftminster , ayant fur la
tefte la grande Couronne
couverte de Pierreries
Sceptre dans la main droite,
& le Globe dans la gauche.
Il n'y eut aucun changement
dans l'ordre de cette marche,
E
•
le
264 MERCURE
finon que leurs Majeſtez , les
Seigneurs & les Dames
avoient leurs Couronnes fur
leurs teftes , & que les Pairs
qui avoient porté les marques
de la Royauté , marchoient
felon le rang de leur
dignité . A l'entrée de leurs
Majeſtez dans ce Palais , les
fanfares des Trompettes recommencerent
avec le bruit
des Tambours . Elles furent
conduites fous le Dais juf
qu'au bout de la grande Salle,
où diverfes Tables avoient
eſté ſervies avant que l'on
fuft venu , excepté celle de
leurs
GALANT. 265
leurs Majeftez , qui fe retirerent
pendant quelque
temps dans une Chambre
voifine. Cette Salle capable
de contenir plus de trente
mille Perfonnes , eftoit tenduë
de riches Tapifferies , &
environnéed Amphitheatres
.
Le Peuple fut placé dans les
plus bas , & les Gens de qualité
& les Dames occuperent les
plus élevez . Lors qu'il fallut
fervir laTable duRoy ,les Contrôleurs
, les autres Officiers
de bouche , avec des Robes
& des Toques de Velours
noir , & fix Sergens d'Armes
May 1685.
Z
266 MERCURE
s'avancerent les premiers.
Les Plats du premier Service
furent portez chacun par
deux Chevaliers des Bains,
conduits par le grand Sené.
chal , ayant le grand Conne
ftable à fa droite , & le grand
Maréchal à fa gauche , tous
trois à cheval , leurs Couronnes
Ducales en tefte , & fuivis
de plufieurs Officiers de
Bouche.
>
Ce premier Service ayant
efté mis fur Table , aux chamades
des Tambours & des
Trompettes , Leurs Majeftez
en leurs Habits Royaux enGALANT.
267
trerent dans la Salle , ayant
la Couronne fur la tefte , &
le Sceptre dans la main. Elles
eftoient précedées de trois
Seigneurs qui portoient cha
cun une Epée nue. Le Roy
fe mit à Table aprés avoir la
vé les mains , & il fut fervy
en cette occafion par le
Grand Chambellan , & deux
autres Comtes , qui tenoient
l'Eguiere , le Baffin & la Serviete
, accompagnez de Sergens
d'armes. Les deux
Ecuyers du Corps fe place.
rent aux pieds de Sa Majeſté,
& les Officiers de fa Maiſon
Zij
268 MERCURE
autour de la Table , avec les
Seigneurs & les Dames , les
Ecuyers tranchans , & les
Comtes portant les Coupes.
Le Seigneur d'Addigton
dans le Comté de Surrey,
fervit un potage fur la Table
de leurs Majeftez , fuivant le
droit de fon Fief. Il eftoit conduit
par le grandChambellan.
Le Royayant demandé à boire
, le Seigneur de Widmondeley
dans le Comté d'Herfort
, luy en preſenta dans
une Coupe de Vermeil doré,
qui luy fut donnée pour récompenfe,
GALANT. 269
;
furent
On avoit dreffé plufieurs
autres Tables . Ala premiere
qui eftoit à droite.
traitez les Barons des Cinq
Ports d'Angleterre , avec les
Maiftres & Secretaires de la
Chancellerie à la feconde
qui eftoit à gauche , les Gouverneurs
& les Aldermans,
avec quelques - uns des principaux
Bourgeois de Londres ;
à la troifiéme auffi à droite ,
les Evefques , Juges & Barons
de l'Echiquier , & à la
quatriéme encore à gauche ,
les Pairs & autres Grands du
Royaume. Il y en eut auff
Z üj
270 MERCURE
pour les Dames , & toutes
ces Tables furent fervies.
avec une fomptuofité veritablement
Royale.
Avant le fecond Service ,
le Chevalier Charles Dymoke
, Champion du Roy , armé
de toutes pieces , & le
Cafque en tefte orné de plumes
entra dans la Salle ,
monté fur un tres -beau Cheval
blanc , & precedé de deux
Trompettes du premier
Trompette , d'un Sergent
d'Armes , d'un Ecuyer portant
l'Ecu aux Armes du
Champion , d'un autre E-
›
GALANT. 271
euyer portant fa Lance , &
d'Yorc Heraut d'Armes . II
eftoit accompagné
du Grand
Conneftable
, & du Grand
Maréchal
, auffi à Cheval , &
il faifoit cette fonction , à
cauſe de fon Fief de Scrivelsby
dans le Comté de Lincoln.
Aprés que les Trompettes
eurent fonné ,le Heraut
fit le Défien ces termes
, felon
ce qui fe pratique en Angleterre
en pareilles Ceremonies
. Il n'eft aucun , de quelque
condition
qu'il puiffe eftre , qui
que noftre Souverain Seigneur
Jacques II. Roy d'Angleofe
dire
Z iiij
272 MERCURE
terre , Ecoffe & Irlande , Frere
legitime heritier du feu Roy
Charles II. ne doit pas eftre couronné
, à qui ſon Champion icy
prefent , ne foit preft d'en donner
le démenty , & de juſtifier par la
voye des armes, & corps à corps,
qu'il eft un Traiftre. Auffi toft
le Champion jetta fon Gantelet
à terre , & perſonne ne
l'ayant ramaffé , il luy fut
rendu par le Heraut. Le mel
me Défi fut fait encore deux
fois dans le milieu de la Salle
avec les mefmes Cerémonies
, aprés quoy le Champ
luy fut adjugé. Les Officiers
GALANT 273
ayant enfuite prefenté du Vin
au Roy dans une Coupe de
Vermeil doré , Sa Majesté en
but une partie à la fanté de
fon Champion , & luy envoya
le refte. Le Champion
defcendit de Cheval, & ayant
receu la Coupe des mains de
l'Echanfon , il but à la Santé
du Roy aprés avoir fait trois
profondes réverences , & emporta
la Coupe felon la coûtume.
Si toft qu'il fut forty
de la Salle , les Pourfuivans
,
Herauts , & Roys d'Armes y
entrerent. Ils firent trois ré
vérences en s'arreftant au
274 MERCURE
bout de la Salle , au milieu
& au pied de l'Eſtrade , devant
la Table du Roy , &
Garter premier Roy d'Armes
ayant enfuite crié Largeffe
trois fois , proclama le Roy
en Latin , en François , & en
Anglois. Il fit la mefme cho
fe au milieu & au bout de la
Salle.
Le fecond Service fut aporté
par les Gentilhommes Penfionnaires,
deux à chaque Plat
come au premier. En mefme
teps Milord Maire de Londres
prefenta à boire au Roy dans
une autre Coupe d'or cou
1
GALANT. 275
verte ; dont Sa Majefté luy fit
prefent , comme de l'Eguiere
dans laquelle il luy avoit
apporté de l'eau. Il y eut un
troifiëme Service , & l'on tient
l'on fervit plus de 700 que
Plats. Le Deffert fut magnifique
, & remply de quantité
de machines de Paftes & de
Sucre, que les Italiens, qui en
font beaucoup, nómentTriom
phi. Aprés le Feftin leurs Majeftez
revinrent à Witheal
aux acclamations du Peuple.
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Résumé : Couronnement du Roy d'Angleterre, contenant plusieurs particularitez qui n'ont point encore esté sceuës, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation et le déroulement du couronnement du roi d'Angleterre, initialement prévu pour le 23 avril selon l'ancien calendrier, soit le 3 avril selon le calendrier actuel. Environ 170 seigneurs, classés par rang hiérarchique incluant princes du sang, ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, furent convoqués. Le jour du couronnement, le roi et la reine se rendirent au palais de Westminster, où ils prirent place sous un dais. Divers objets royaux furent remis par le duc de Grafton au duc d'Ormond, et les insignes royaux furent apportés en procession par le doyen et les chanoines de Westminster. Le texte mentionne également l'histoire des rois d'Angleterre, soulignant l'unification des sept royaumes de l'île de Bretagne et les conflits avec les Danois. Édouard, fils d'Ethelred, monta sur le trône après avoir trouvé refuge en France et épousa Edgite, fille de Godwin. Édouard mourut le 4 janvier 1066 et fut canonisé par le pape Alexandre III. La cérémonie de couronnement de Jacques II est détaillée : une procession de Westminster Hall à l'église, la demande de l'archevêque de Cantorbéry à l'assemblée, l'onction avec de l'huile sainte, la remise des symboles de pouvoir, et le couronnement avec la couronne de Saint Édouard. Les nobles et les rois d'armes mettent leurs bonnets et couronnes, et le canon annonce la couronne du roi à la ville. Après le serment et l'offrande, les pairs rendent hommage au roi, et des médailles sont distribuées au peuple. La reine Marie est ensuite couronnée, suivie d'un banquet à Westminster Hall.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 140-144
Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
Début :
Les lettres de Palerme du mois de Janvier portent qu'on [...]
Mots clefs :
Roi de Sicile, Reine de Sicile, Archevêque, Palerme, Évêques, Chapelle, Sceptre
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
Ceremonie du CouronnementduRoy
eftdela
Reine de Sicile.
Les lettres de Palerme
du mois de Janvier portent
qu'on fit le z*. Decembre à
Palerme la ceremonie du
Couronnement du Roy Ôc
de laReine de Sicile. L'Archevêque
-
de Palerme fit
cette fonction,assisté des
Evêques de Mazzara, de
Syracuse & de Cefalu. LEglise
Metropolitaine étoit
ornée magnifiquemene,
& on prepara un trône pour
le Roy du côté de l'Evangile,
& un pour la Reine
quiavoitundegrédemoins.
Les ornemens royaux avoient
été mis dans une
Chapelle voisine. Sur les
quinze heures d'Italie leurs
Majestezse rendirent àl'Eglise.
Le Roy de Sicile alla
d'abord dans une Chapelle
prendre des habits militaires,&
àl'entrée du Choeur
il fut reçû par deux Evêques
qui le conduisirent à l'autel,
où il file presentéàl'Archevêque,
auquel ils demanderent
qu'il le couronnât. D'abord
on lui presenta la Prosession
de Foy,qu'il fiten
mettant la main sur les Evãgiles.
On recita les prieres
prescrites dans lePontifical,
durant lesquelles le Roy étoit
à genoux prosterné sur
descarreaux.Aprés la benediâimlil
se leva, & se mit à
genoux devant l'Archevêque,
qui lui fit les onctions
sur le bras droit & entre les
épaules LaMesse futcommencée,
&au Graduelle
Roy alla dans la Chapelle se
revêtir du manteau royal.
Aprés le Graduel, l'Archevêque
s'assit,la mitre en tête;
le Roy descendit du trône,
&conduit par les deux
Evêques, il reçut à genoux
l'épée nuë,&la rendit à l'Archevêque,
qui l'aïantfaitremettre
dans le fourreau, la
lui ceignit. Sa Maj. la tira;&
l'ayant élevée, la remit de
même.Puis leRoy à genoux
reçut la couronne,que l'Archevêque
lui mit sur la tête
y & le sceptre en main. Le
grand Ecuyer porta l'épée
devant le Roy,lorsque l'Archevêque,
accompagné des
deux Assistans le cõduisit ôc
le plaça sur le trône, après
quoy le TeDeumfut chanté.
La Reine fut couronnéeensuite,
reçut les onctions,puis
elle fut revêtuë du manteau
royal. A l'Offertoire, leurs
Maj. allerentàl'offrande, la
couronne en tête ôc le sceptre
en main.Ces ceremonies
furentaccompagnéesd'une
triple salve d'artillerie.
eftdela
Reine de Sicile.
Les lettres de Palerme
du mois de Janvier portent
qu'on fit le z*. Decembre à
Palerme la ceremonie du
Couronnement du Roy Ôc
de laReine de Sicile. L'Archevêque
-
de Palerme fit
cette fonction,assisté des
Evêques de Mazzara, de
Syracuse & de Cefalu. LEglise
Metropolitaine étoit
ornée magnifiquemene,
& on prepara un trône pour
le Roy du côté de l'Evangile,
& un pour la Reine
quiavoitundegrédemoins.
Les ornemens royaux avoient
été mis dans une
Chapelle voisine. Sur les
quinze heures d'Italie leurs
Majestezse rendirent àl'Eglise.
Le Roy de Sicile alla
d'abord dans une Chapelle
prendre des habits militaires,&
àl'entrée du Choeur
il fut reçû par deux Evêques
qui le conduisirent à l'autel,
où il file presentéàl'Archevêque,
auquel ils demanderent
qu'il le couronnât. D'abord
on lui presenta la Prosession
de Foy,qu'il fiten
mettant la main sur les Evãgiles.
On recita les prieres
prescrites dans lePontifical,
durant lesquelles le Roy étoit
à genoux prosterné sur
descarreaux.Aprés la benediâimlil
se leva, & se mit à
genoux devant l'Archevêque,
qui lui fit les onctions
sur le bras droit & entre les
épaules LaMesse futcommencée,
&au Graduelle
Roy alla dans la Chapelle se
revêtir du manteau royal.
Aprés le Graduel, l'Archevêque
s'assit,la mitre en tête;
le Roy descendit du trône,
&conduit par les deux
Evêques, il reçut à genoux
l'épée nuë,&la rendit à l'Archevêque,
qui l'aïantfaitremettre
dans le fourreau, la
lui ceignit. Sa Maj. la tira;&
l'ayant élevée, la remit de
même.Puis leRoy à genoux
reçut la couronne,que l'Archevêque
lui mit sur la tête
y & le sceptre en main. Le
grand Ecuyer porta l'épée
devant le Roy,lorsque l'Archevêque,
accompagné des
deux Assistans le cõduisit ôc
le plaça sur le trône, après
quoy le TeDeumfut chanté.
La Reine fut couronnéeensuite,
reçut les onctions,puis
elle fut revêtuë du manteau
royal. A l'Offertoire, leurs
Maj. allerentàl'offrande, la
couronne en tête ôc le sceptre
en main.Ces ceremonies
furentaccompagnéesd'une
triple salve d'artillerie.
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Résumé : Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
En décembre, le couronnement du roi et de la reine de Sicile eut lieu à Palerme. L'Archevêque de Palerme, assisté des Évêques de Mazzara, de Syracuse et de Cefalu, officia dans l'église métropolitaine ornée pour l'occasion. À quinze heures, leurs Majestés se rendirent à l'église. Le roi, vêtu d'habits militaires, fut conduit à l'autel par deux évêques. Il reçut la profession de foi en posant la main sur les Évangiles et pria à genoux. Après la bénédiction et les onctions, il se revêtit du manteau royal et reçut l'épée, la couronne et le sceptre. Le Te Deum fut chanté. La reine fut ensuite couronnée, reçut les onctions et fut revêtue du manteau royal. À l'Offertoire, leurs Majestés allèrent à l'offrande, couronnés et sceptre en main, accompagnés d'une triple salve d'artillerie.
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3
p. 70-160
EXTRAIT
Début :
Vous ne trouverez pas mauvais, Monsieur, qu'en observant / [...]
Mots clefs :
Dame, Traduction, Lettre, M. de la Motte, Madame Dacier, Parallèle, Anciens, Modernes, Douleur, Dieu, Dieux, Poésie, Homère, Iliade, Achille, Héros, Agamemnon, Orgueil, Jupiter, Vers, Thétis, Grecs, Coeur, Mots, Livre, Sceptre, Divin poète, Prix, Honneur, Chiens, Beauté, Pleurs, Fille, Peine, Courroux, Conseils, Déesse, Prière, Image, Abbé Régnier, Vieillard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT
Voicy
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.
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4
p. 203-204
AUTRE.
Début :
Je ne suis fait que pour les mains, [...]
Mots clefs :
Sceptre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je ne fuis pAtquepour les
mains,
Des premiers Maistres des humains
, Epoux d*unerichefemelle
Onme voit rarementsans Elle;
L'usage contraire à nos Loix
Nous separe en quelques endroits.
Le Droit aujourd'huy dans la
France
DElleavecmoy crnfe l'absènce.
Mais que nous sommesbientous
deux!
Surunfront jeune & gracieux
Onvoitmon Epoujepavoîtrèx
Et moyjefuisoitje dois tftre.
Je ne fuis pAtquepour les
mains,
Des premiers Maistres des humains
, Epoux d*unerichefemelle
Onme voit rarementsans Elle;
L'usage contraire à nos Loix
Nous separe en quelques endroits.
Le Droit aujourd'huy dans la
France
DElleavecmoy crnfe l'absènce.
Mais que nous sommesbientous
deux!
Surunfront jeune & gracieux
Onvoitmon Epoujepavoîtrèx
Et moyjefuisoitje dois tftre.
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5
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
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6
p. 71-74
L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
Début :
L'Enfant aîlé, ce redoutable Sire, [...]
Mots clefs :
Empire, Princesse, Mémoire, Amour, Sceptre, Temple, Désirs, Plaisirs, Nymphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
L'AMOURCAPTIF,
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
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7
p. 63
AUTRE.
Début :
Mon pouvoir en impose aux seigneurs les plus grands ; [...]
Mots clefs :
Sceptre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
MON pouvoir
ONpouvoir
en impofe aux feigneurs
les plus
grands ;
Mais , admirable effet de la métamorphofe !
Dans l'ordre de mes pieds , dérangeant quelque
chofe ,
Je nefais plus peur qu'aux enfans.
Par le même.
MON pouvoir
ONpouvoir
en impofe aux feigneurs
les plus
grands ;
Mais , admirable effet de la métamorphofe !
Dans l'ordre de mes pieds , dérangeant quelque
chofe ,
Je nefais plus peur qu'aux enfans.
Par le même.
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