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1
p. 170-207
LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
Début :
Vous deviez, Madame, vous contenter du silence que je garday [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Opéra, Comédie, Racine, Théâtre, Corneille, Musique, Théâtre italien, Théâtre français, Tragédie, Auteurs, Spectacles, Molière, Poème, Mauvais goût, Spectateurs, Poésie, Anciens, Modernes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
LETTRE
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
La lettre traite de la dégradation du bon goût dans le théâtre et la musique contemporains. L'autrice regrette la perte du bon goût, qu'elle définit comme une harmonie entre l'esprit et la raison, et critique les spectacles modernes pour leur manque de sens commun. Elle attribue le succès de ces œuvres à la nouveauté et à la nostalgie de la comédie italienne, notant que le public privilégie des productions médiocres aux classiques de Corneille, Molière et Racine. Les femmes sont décrites comme les principales juges des pièces de théâtre, influençant ainsi les choix des auteurs. Le texte met également en lumière les difficultés rencontrées par les auteurs classiques pour obtenir le succès de leur vivant. Corneille, Molière et Racine ont tous été initialement critiqués ou mal reçus. Cependant, Monsieur de la Fosse est cité comme un auteur moderne ayant réussi à approcher la qualité des classiques avec des œuvres comme 'Polixène' et 'Thésée'. L'évolution du goût théâtral et musical est également abordée. Le public moderne préfère désormais des œuvres sophistiquées et artificielles, influencé par le mauvais goût italien. Lully et Quinault sont loués, bien que peu de leurs œuvres aient résisté à l'épreuve du temps. Les compositeurs modernes sont critiqués pour leur manque de goût et de sentiment, rendant leur musique forcée et barbare. Dans le domaine musical, les musiciens contemporains peinent à exprimer les émotions et simplifient les scènes, déformant ainsi les œuvres classiques. L'autrice prédit que les opéras modernes finiront par surpasser les anciens grâce à l'ajout de cantates et d'airs chantés par des voix distinguées, attirant un public qui préfère le joli et le comique au beau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 114-124
ARTICLE DES SPECTACLES.
Début :
Les Comédiens Italiens ayant voulu faire l'essai d'une Piéce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Arlequin, Applaudissements, Tragédie, Roi, Tyran, Action théâtrale, Veuve, Meurtre, Paysan, Crime, Plaintes, Reine, Exécution, Confidence, Vengeance, Terreur, Comédiens-Français, Rôles, Spectateurs, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES.
ATITICLE DES SPECTACLES.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
Es Comédiens Italiens ayant
voulu faire l'effai d'une Piéce
purement héroïque, fans l'Arlequin,
reprefenterent avec applaudiffement
ces jours paffés , la Tragédie
de Merope qu'ils donnerent gratis.
Comme cette Troupe fe propofe
de la jouer cet Hiver , je me contenterai
d'en expofer fimple ment
la Fable , dégage de toutes réfléxions
critiques , les refervant pour
ce tems-là.
Le fujer de la Tragédie de Merope
eft tiré d'Apollodore ; mais , les
fituations font l'ouvrage du MarDE
MAY.
IIS
quis Scipion Maffei.
Crefphonte de la race des Héraclides
étoit Roy de Meffenie dans
l'Achaye. Il avoit eu trois fils de
Merope. Poliphonne,un de fes Sujets
, confpira contre lui , le détrôna
& fit impitoyablement
maffacrer
après lui , deux de ſes enfans.
Le troifiéme , à qui l'Auteur donne
le nom de Crefphonte
, & qu'Apollodore
appelle Ægyptus , fut
dérobé à la fureur du Tyran par
les foins de Merope , qui le remit
entre les mains d'un vieux ferviteur
, dont la fidélité lui étoit connuë.
Quinze ans fe pafferent, avant
que ce jeune Prince qui n'en avoit
que trois , lorfqu'il échappa à la
cruauté de Poliphonne , pût demander
raifon du Meurtre de fon
pere, & de fes freres , & de l'ufurpation
de les Etats. C'eft ici l'époque
de l'Action Théatrale . Polyphonne
voyant que les Peuples
de Meffene,Capitale du Royaume,
faifoient tous les jours des Conjurations
contre lui , forma le def716
LE MERCURE
fein d'époufer Merope , pour s'acquerir
un droit au Trône ufurpé .
L'infortunée Veuve de Crefphonte
fremit à cette propofition , & éclata
en fanglants reproches . Pendant
une fi aigre converfation , Adrafte
entiérement dévoué au Tyran ,
lui amena un jeune Païfan accufé
d'avoir tué un homme auprés de
Meffene , & de l'avoir jetté dans
un Fleuve , pour dérober la connoiffance
de fon crime . Le jeune
Païfan confeffa le Meurtre ; mais ,
il tacha de justifier fon intention ,
en difant , qu'il n'avoit fait que
défendre fa vie contre un Brigand
qui l'avoit attaqué . L'Accufateur
qui avoit interêt à le faire périr ,
parce qu'il avoit trouvé fur lui , une
Bague d'un grand prix , qui flatoit
fon avarice , n'oublia rien pour irriter
le Tyran contre lui : Mais ,
Merope attendrie par un fécret
preffentiment , demanda fa grace ,
& l'obtint de Poliphonne. Cependant
, comme le fouvenir de fon
fils l'occupoit fans ceffe , & la te-
1
DE MAY. 117
}
noit dans une agitation éternelle.
Elle s'imagina que le prétendu
Brigand que le Païfan avoit peint
à peu près de fon âge , qui convenoit
à celui du jeune Crefphonte ,
& armé d'une maffuë , Armes ordinaires
des defcendans d'Hercule ,
Elle s'imagina , dis -je , que ce pou--
voit bien être fon fils qui avoit été
tué & jetté dans le Fleuve : Elle"
n'eut point de repos qu'elle ne fut
éclaircie. Eurife attaché à fes interefts
, lui promit d'interoger Adrafte
qui étoit de fes Amis. Cela
fut éxécuté fi hûreufement , ou
plûtôt fi malhûreufement pour Merope
, qu'Eurife lui apporta la Bague
qu'Adrafte avoir trouvée fur
Egifte ( c'étoit le nom du jeune
Païfan ) A la vûë de cette fatale Bague
, Merope frémit , elle la reconnoit
pour la même qu'elle avoit
donnée autrefois au vieux Polidore,
& qui devoit fervir un jour , à lui
faire reconnoître fon cher Cref=
phonte. Elle ne douta point que
Te Meurtrier ne l'eut dérobée pour
118 LE MERCURE
prix de fon crime . Elle en jura la
vengeance , & s'étant fait amener
le malhûreux & innocent Egifte
elle le fit garotter à fes yeux , & fe
fit donner une lance pour lui percer
le coeur. A ces funeftes apprêts
Egifte témoigna ſon étonnement ;
ne pouvant fléchir la Reine irritée ,
prêt à recevoir le coup mortel ;
il lui échappa quelques plaintes ,
qui fufpendirent la vengeance de
Merope ,furtout le nom de Polidore
,forti de fa bouche , lui fut
d'un grand fecours . La Reine en
fut frapée , & quelques momens
qu'elle perdit en éclairciffemens ,
furent caufe que Polyphonne furvint
à cette terrible éxécution , &
l'empêcha , ou du moins la fit remettre
à une autre fois . Les plaintes
qu'Egifte fait au Tyran de l'injuftice
de Merope , qui fait perir
ceux à qui il fait grace ; la colere
du Tyran fur cette attentat , & la
protection qu'il accorde ouvertement
au prétendu Criminel , per
fuadent à la Reine une intelligence
DE MAY.
119
dont elle commençoit à fe douter.
Un nouveau défir de vengeance
s'allume dans fon fein , & le fort
lui fournit bientôt une occafion
de la
confommer. Egifte ayant tout
à craindre d'une Reine irritée , &
ne fe fentant coupable d'aucun
crime , cherche à fe juftifier dans
fon efprit. Il s'adreffà à ſa Confidente
, qui pour mieux l'attirer
dans le piége , lui dit , que Merope .
n'eft plus fi irritée contre lui ; elle
lui promit de lui en dire davantage
, dès qu'elle fe fera débaraffée
d'un foin preffant qui l'appelle
ailleurs , & le prie de l'attendre.
Egifte lui jure de ne point fortir
de cet Appartement, d'a-t-il y pafferla
nuit;accablé de laffitude de fes
derniers travaux , il s'endort. Pendant
fon fommeil , Polydore vient,
introduit dans le Palais par Eurife
qu'il prie de le laiffer feul. Il
découvre un homme endormi, dont
les habits lui font naître la curiofité
d'examiner les traits de fon viſage ;
il approche , mais, entendant venir
120 LE MERCURE
quelqu'un,il fe retire. A peine s'eftil
retiré qu'Eimere trouvant Egifte
endormi , appelle la Reine , en lui
difant que tout favorife fa vengeance
. Merope vient un Poignard à la
main ; mais prête à frapper Egitte ,
elle fe fent arrêtée par un homme
qui , par le cri qu'il fait , éveille
Egifte , & lui donne le tems de fe
fauver de la fureur de fon Ennemie.
Merope au defeſpoir d'avoir
manqué fon coup , le veut faire
retomber fur celui qui l'a fufpendu ;
mais , cette nouvelle Victime de
fa vengeance le fait reconnoître
à elle , pour ce même Polydore
à qui elle commit autrefois le foin
de fon cher Crefphonte , & lui apprend
en même tems , que c'étoit
Crefphonte-même qu'elle alloit
immoler. La Surpriſe , la Terreur.,
la Joye, fe fuccédent tour à tour
dans le coeur de Merope ; le premier
mouvement de la Nature la
porte à aller embraffer fon fils ;
mais , Polydore lui repréfente fagement
, que ce feroit l'étouffer
en
DE MAY 121
l'embraffant , & que le moindre
éclat mettroit la vie de fon tils
dans un danger évident. (Merope
fe rend à fes raifons .
Polydore lui
prommet
d'éclaircir au jeune Crefphonte
, le myftere de fa Naiffance.
Il accomplit fa promeffe , un
moment après ;
Crefphonte , qui
avoit toujours cru que Polydore
fut fon pere , fent couler le fang
d'Hercules dans ſes veines , à mefure
qu'il apprend fon véritable
fort ,il veut courir à la
vengeance
de fon pere & de fes freres égorgez
par le Tyran ; mais , Polydore fe
jettant à fes pieds , le fait confentir
à fuivre les confeils que fon
âge & fon expérience lui infpirent.
Polyphonte
perfite dans le deffein
d'époufer
Merope , & lui fait ordonner
par Adrafte fon cruel Emiffaire
, d'aller au Temple , fous
peine de voir périr à les yeux ,
toutes les perfonnes qui lui font
les plus cheres . Merope fe livre à
fes volontés , comme une Victime
qu'on entraîne à l'Autel , réfolue
May 177.
L
122 LE MERCURE
de fe donner la mort , plûtôt que
d'époufer le Meurtrier de fon Epoux
& de fes enfans. Elle n'en est
pas pourtant reduite à cette fatale
extrémité. Le jeune Crefphonte
fon fils , trouve le moyen de fe
foustraire aux yeux de Polydore ,
en le faifant confentir au défir curieux
qu'il a d'aller voir la Pompe
qui fe prépare au Temple. Apeine
y eut-il entré , qu'il voit Merope
fa mere, approcher de l'Autel , avec
une paleur qui lui perce l'ame . Il
court lui - même à cet Aurel
où elle est prête de s'immoler , &
fe faififfant du couteau facré , il
en frappe le Tyran & Adrafte.
Merope déclare aux Peuples affemblez
, que celui qui vient de les
tirer d'un efclavage qu'ils ne fupportoient
qu'à regret , eft leur véritable
Roi, fils du bon Crefphonte,
dont la mémoire leur eft fi chere ;
il n'en faut pas d'avantage pour lui
attirer tous les coeurs,il eft proclamé
Roi, &le Tiran détesté après la mort,
comme il l'avoit été pendantfa vie.
>
DE MAY . 123
Ans vouloir entrer dans les raiqui
ont engagé l'Auteur de
>
Semiramis à faire interrompre cette
Tragédie , qui avoit déja foûtenu
fept reprefentations , les Comédiens
François , pour confoler le
Public du plaifir qu'il avoit à la
fuivre , ont remis fur leur Théatre
le Flateur , Comédie de Mr Rouf-
-feau , qui parut pour la premiere
fois , il y a près de 20 ans ; quoique
les Acteurs faffent , pour rechauffer
cette Piéce & que Mr
Quinault l'aîné fe furpaffe dans
le Rôle du Aateur ; elle n'eft
cependant pas auffi fuivie qu'ils s'en
étoient flatés. Mlle le Couvreur ,
nouvelle Actrice , qui a joué à la
Cour de Lorraine & à Strasbourg,
a attiré beaucoup plus de Spectateurs
dans Electre elle a été fort
applaudie ; cependant , avant que
de porter aucun jugement fur fon
mérite Théatrale ; il faut attendre
que quelques autres Piéces en décident
.
Les changemens qui ont été faits
Lij
124 LE MERCURE
de la part du Poëte & du Muficien ,
dans Hypermetre qui avoit été
fufpendue , ont été fort bien receus
des Amateurs de l'Opera ;
on continue à la repréſenter avec
fuccés . M. Gervais Auteur de la
Mufique , doit être fatisfait de tout
le bien qu'en difent les Connoiffeurs.
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3
p. 2303-2306
Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 10. Septembre, les Mariniers de la Pelleterie, joints avec quelques autres pour [...]
Mots clefs :
Jeu de l'Anguille, Naissance du duc d'Anjou, Fête, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le Dimanche 10. Septembre , les Mariniers de
la
27
2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
la
27
2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
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Résumé : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le 10 septembre, les mariniers de la Pelleterie, rejoints par d'autres, organisèrent une fête sur la Seine pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Cette fête se déroula entre le Pont au Change et le Pont Notre-Dame, un espace approprié pour les exercices nautiques. Les autorités firent retirer les bateaux des teinturiers pour libérer le canal. Les mariniers louèrent de grands bateaux remplis de chaises pour le public, dont les recettes couvrirent une partie des frais. Les arches des deux ponts furent bouchées, formant un grand carré bordé par des bateaux de spectateurs, ainsi que par les balcons et fenêtres des ponts et quais. Un grand bateau orné accueillit les Prévôt des Marchands, Échevins et autres officiers de la ville, ainsi que de nombreuses dames. Vers 15 heures, les mariniers commencèrent le jeu de la lance, divertissant les spectateurs par leurs différentes chutes dans l'eau. Les combattants de la lutte étaient sur de petits bateaux peints en rouge et bleu, avec des rameurs et tireurs de lance habillés de blanc et portant des cocardes assorties. Ils manœuvraient habilement leurs bateaux, se touchant vivement avec leurs lances, ce qui provoquait souvent des chutes. Deux combattants se distinguèrent par leur fermeté. Après plus d'une heure de divertissement, les mariniers se jetèrent dans l'eau, couvrant la surface de nageurs. Ils tirèrent ensuite au sort pour déterminer l'ordre de l'épreuve de l'anguille, attachée à une corde sur le quai de Gêvres. Le but était de saisir les entrailles de l'anguille avec les dents, le vainqueur étant celui qui emporterait le dernier morceau. La fête fut brièvement interrompue par la chute d'un échafaud trop faible. La fête se termina vers 18 heures avec des applaudissements pour le vainqueur, qui reçut sa récompense sur le bateau des Prévôt des Marchands et Échevins. M. le Cocq, commis pour le passage des ponts, joua un rôle clé dans l'organisation de cette fête, qui n'avait pas eu de pareille depuis 37 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2523-2536
SECONDE Partie de la Lettre sur la Tragedie d'Astrale.
Début :
Ce que je viens, Monsieur, de vous rappeller, n'est qu'une foible ébauche [...]
Mots clefs :
Spectateurs, Tragédie, Ton, Reine, Amour, Objection
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Partie de la Lettre sur la Tragedie d'Astrale.
SECONDE Partie de la Lettre sur la
Tragedie d'Astrale.
CE
que je viens , Monsieur , de vous
rappeller , n'est qu'une foible ébauche
du Portrait de mon Autheur favori ;
il ne fait appercevoir , jusques - là que le
germe des expressions et des sentimens
qui depuis l'ont rendu inimitable dans un
genre dont il a été le créateur , et dans lequel
il est encore aujourd'hui le desespoir de
tous ceux qui ont osé le prendre pour modelle:
J'ai des traits plus dignes de lui à
mettre sous vos yeux dans cette même Piece,
où vous m'annoncez qu'on a ri.Je ne citerai
que quelques endroits des principales
Scenes. Commençons par la cinquième
du 3º Acte , elle suit immédiatement celle
où l'on a ri , et les Spectateurs ont bien
changé
2524 MERCURE DE FRANCE
changé de sentiment à mesure que l'Auteur
a changé de ton . Le voicy donc dans
le ton tragique , ou pour mieux dire dans
un ton digne du grand Corneille.
Sychée , cru pere d'Astrate, apprenant
de lui que la conjuration est découverte ,
et entendant nommer les Principaux qui
y trempent , croit n'avoir plus rien à dissimuler
, et l'arrêtant sur le point qu'il
veut en aller instruire la Reine , lui parle
ainsi :
Je voi qu'il n'est plus temps qu'avec vous je déguise
,
Et qu'il faut vous montrer le Chef de l'entre
prise >
Celui qui du vrai Roy , connoît seul tout le sort;
Et qui contre la Reine a fait le plus d'effort, &c...
Connoissez- le , mon Fils , vous le voyez en moi
Astrate.
Ce pourroit-être vous ?
Sychée.
Oui , c'est moi , dont le zele ;
Pour le sang de nos Rois toujours ferme et fi
delle ,
Contre la Tyrannie a jusqu'à ce jour
Ligué les plus Puissans du peuple et de la Cour
& c.....
Vous me perdez ,,mon Fils , si vous parlez ;
Astrate
NOVEMBRE. 173 1. 2515
Astrate.
Hélasi
Je perds la Reine aussi , si je ne parle pas.
Sychée.
Sa perte avec la mienne entre t- elle eu balance?
&c . ..
Quoique l'Amour d'abord air pû vous inspirer ,
Contre tous ses efforts le sang doit m'assurer ,
&c.
Astrate lui promet d'obtenir
sá grace,
et l'invite à venir tout dire à la Reine.
C'est alors que Sychée lui répond avec
plus de fermeté :
Moi , trahir mes sermens ! mon Prince ! mes
amis !
Plutôt , si vous l'osez , trahissez - moi , mon
Fils.
Pensez
·
vous que l'appas du rang qu'on vous
presente ,
A cet infame prix me corrompe ou me tente ?
Connoissez mieux ma foy ; rien ne l'émou peut
voir;
Et je n'ai point de Fils si cher que mon devoir.
J'ai juré de vanger mon Maître légitime ,
De couronner son sang , de déthrôner le crime ;
D'af2526
MERCURE DE FRANCE
D'affranchir mon païs d'un empire odieux ,
Ou , du moins , de périr d'un trépas glorieux.
Dans un si grand dessein je suis inébranlable ;
11 faut qu'enfin la Reine , ou trébuche, ou m'accable
;
Que vous voyiez ses jours , ou les miens ter
minez ;
Et c'est à vous à voir quel parti vous prenez.
1strate.
Entre la Reine et vous , je n'en ai point à pren
dre ,
Que celui de vouloir tour à tour vous deffendre
Vous garder l'un de l'autre , et toujours me vanger
,
Du parti seulement où sera le danger , &c.
Vous n'avez pas encor besoin de mon secours ,
Seigneur , et de la Reine on va trancher les jours;
Avec le même soin que , comme Amant fidelle ,
Je vais , ou la sauver , ou périr avec elle ,
Je sçaurai , l'ayant mise à couvert de vos coups
Vous sauver , comme Fils , ou périr avec vous ;
Je n'examine point dans cette conjoncture
Qui doit vaincre où ceder , l'amour ou la na
ture ;
Sans juger qui des deux doit être plus puissant ,
Je regarde au péril et cours au plus pressant
N'aiNOVEMBRE.
1731. 252y
-
de
N'ay je pas eu raison , Monsieur ,
vous promettre des sentimens dignes du
grand Corneille? Et ne vous ai- je pas tenu
parole ? Démentez - moy , si vous l'osez.
Mais ce n'est pas encore là du plus beau ,
et la Piece va s'ennoblir et se fortifier par
dégrez. Passons à l'Acte quatrième.
Il y a deux Scenes dans cet Acte qui
peuvent tenir le premier rang entre les
plus interessantes. Vous sçavez , Monsieur,
de quoi il s'y agit. Sychée jusqu'icy ne
s'est montré aux yeux d'Astrate
que sous
le nom de son Pere ; mais apprenant de
lui qu'il vient d'obtenir de la Reine le
pardon de tous les conjurez , pourvû
qu'on lui livre le Fils du vrai Roy ; et
le voyant déterminé à lui ôter la vie de sa
propre main , lui fait connoître que cet
ennemi qu'il veut immoler à la Reine
n'est autre que lui- même . Je vous ai déja
cité ce qui est contenu dans les Tablettes
qu'il presente à Astrate ; j'y ajoute
seulement une circonstance que les Acteurs
apparemment n'observent pas ; j'en
juge par ce que vous m'avez dit vous
même dans votre lettre ; sçavoir , que ces
Tabletes qu'Astrate laisse tomber à terre
et que Sichée ne prend pas la précaution
de ramasser , pourroient tomber entre les
mains de quelqu'un qui les remit entre
celles
2528 MERCURE DE FRANCE
celles d'Astrate , lequel s'en serviroit à
se faire connoître à ses sujets pour
leur Roy , et à sauver Elisé en ` leur
apprenant l'interêt qu'il prend en ses
jours ; vous ajoutez encore qu'il se pourroit
faire qu'Astrate ne laissât point tomber
ces Tablettes si necessaires à Agenor
pour être toujours Maître du secret qu'il
vient de confier à ce malheurenx Prince.
Votre objection , Monsieur , est tres- sensée,
mais vous vous seriez épargné la peine
de la faire , si vous aviez lû la Piece telle
qu'elle est imprimée . Voici ce que l'Auteur
dit en cet endroit: Astrate lit dans
les Tablettes que Sychée lui montres et après
la lecture des Tablettes , il ajoûte : Astrate
continue , en rejettant les Tablettes :
Ah! d'un coup plus affreux peut - on être
percé ?
Je serois né du sang que la Reine a versé !
Quoi ? j'aurois à vanger par des Loix trop se
veres
Sur un si cher objet mon Pere et mes deux Fred
res ;
Et quand nos coeurs charmez , se croyoient tour
permis ,་
Malgré l'Amour et nous , nous serions ennemis ?
Sychée l'éclaircit si bien de cette funeste
vc-
1
NOVEMBRE. 1731 2529
te verité , qu'il ne lui laisse aucun lieu
d'en douter, ce qui l'oblige à dire :
Qu'à jamais ce secret n'est - il caché pour
-moi!
'Ah ! cruel , falloit-il , si je suis Fils du Roy ,
Pour me montrer la main qui fit périr mon
Pere
'Attendre que l'Amour me la rendît si chere ?
Et ne deviez - vous pas , pour le bien de mes
jours ,
Qu m'avertir plutôt , ou vous taire toujours .
Combien d'interêts Quinault n'a- t il
pas réunis dans cette Scene pour exciter
la pitié des Spectateurs Quand la seule reconnoissance
animeroit Astrate , n'en seroit-
ce pas assez pour épargner le sang
d'une Reine , qui vient de l'associer au
rang suprême , préférablement à un Prin .
ce de son sang à qui la couronne avoit
été promise , et sembloit si légitimement
dûë Mais cela ne suffit pas à Quinault
pour nous interesser ; il nous montre en
Astrate un Prince éperduement amoureux
et tendrement aimé ; l'amour le plus
ardent se joint à la plus juste reconnoissance
pour combattre la nature. Sychée
qui traite l'amour d'une maniere confor
nie à son âge , lui dit d'un ton ferme :
C La
2530 MERGURE DE FRANCE.
>
La vangeance d'un Pere à vous seul étoit dûë ;
Je vous l'ai reservée et l'heure en est venuë
L'objet vous en fut- il cent fois plus précieux
Levez le bras , Seigneur , et détournez les yeux ;
& c,
Songez que cet amour qui vous trouble et vous
gêne ,
Qui vous usurpe un coeur qui n'est dû qu'à la
haine ,
Cet amour qui vous guide au crime le plus
noir ,
Corrompt votre vertu , séduit votre devoir ;
Cet amour qui vous rend à vous- même perfide ;
Qui vous force à chérir une main parricide
Doit être icy pour vous le premier des Tyrans
Qu'il faut sacrifier au sang de vos parens .
Sychée voyant approcher la Reine , et
ne pouvant empêcher Astrate de lui parler
, le quitte en lui disant : qu'il va prendre
soin de sa gloire , malgré lui - même,
La Scene qui succede à celle- cy est encore
plus interressante. Les deux Personnes
qui doivent produire le plus grand
interêt y sont aux prises . En vain la nature
, le devoir et l'ambition conspirent à
séparer leurs coeurs ; l'Amour, tout dénué
d'esperance qu'il est , s'obstine à les unir
plus que jamais.
La
NOVEMBRE . 1731. 2531
La Reine demande à Astrate s'il a découvert
son ennemi : Il lui répond qu'il
a plus fait, et qu'il peut le lui livrer. Voici
ce qu'il ajoute :
Ce dernier Fils d'un Roy par vous même
égorgé ,
Ce Fils par son devoir à vous perdre engagé ,
Cette victime encore à vos jours necessaire ,
Ce malheureux vangeur d'un miserable Pere ,
D'une maison détruite , et d'un Sceptre envahi ,
Enfin cet ennemi tant craint , et tant hai ,
Dont nous cherchions la perte avec un soin extrême
,
Qui l'eût pú croire Hélas ! Madame , c'est
moi-même.
Quel coup mortel pour Elisé , quel
nouveau trouble pour Astrate ! Et quel
surcroît de terreur et de pitié pour les
Spectateurs ! Qui ne seroit pas attendri à
ces plaintes de la Reine ?
L'ingenieux couroux du ciel plein de vigueur ,
N'a que trop bien trouvé le foible de mon coeur.
J'aurois bravé mon sort , s'il ne m'eût poiut
trompée ;
Je ne m'en gardois pas par où j'en suis frappée.
De ce piege des Dieux qui se fut défié ≥
Mon coeur étoit sans doute assez fortifié
Cij contre
2532 MERCURE DE FRANCE
Contre tous les dangers qui menaçoient ma vie ,
11 ne l'étoit que trop contre un Peuple en furie ,
Contre les Dieux vangeurs , les Destins en couroux
Mais il ne l'étoit pas contre l'Amour et vous.
Je vous dérobe autant de beautez que
je supprime de Vers dans cette Scene.Vous
n'avez, Monsieur , qu'à la parcourir toute
entiere , pour voir si j'exagere ; mais je
m'apperçoi que ma Lettre passe les bornes
ordinaires ; je vais donc vous citer le plus
succinctement qu'il me sera possible,quel
ques traits du cinquième Acte.
Comme le Rôle de Sychée est sans contredit
le plus beau de la Piéce , et qu'on
y reconnoît le genre de celui de Palamede,
qui produit un effet si admirable dans l'E
lectre de M.de Crebillon.Je ne puis mieux
finir ma Lettre que par quelques Vers
que ce genereux Chef des conjurez dit
à Astrate , qui le menace de vanger sur
lui la mort de la Reine , s'il a été assez bar,
bare pour l'immoler. Voici sa réponse :
Je sçais que l'on reçoit souvent comme ung
injuré
Le zele trop exact de la foy la plus pure ;
Mais rien , en vous servant , ne peut me retenir ,
Je
NOVEMBRE. 1731. 2533
Je ferai mon devoir , dussiez-vous m'en punir ,
&c.
J'aime mon Maître assez , pour m'exposer sans
peine
Jusqu'à l'oser servir , au péril de sa haïne.
Et ma perte assurée , est après tous mes soins ,
L'injustice de lui, que mon coeur craint le moins
Quand j'aurai fait , Seigneur , tout ce que je dois
faire ,
Achevé ce que veut le Sang de votre Pere ;
Assuré votre gloire , et signalé ma foy ,
J'aurai crû vivre assez et pour vous et pour moi ;
Et si ma vie enfin , suivant mon zele extrême ,
Avanger votre sang , vous sert malgré vousmême
,
son tour Je mourrai trop content : si ma mort
Vous sert , selon vos voeux , à vanger votre
amour.
Je finis icy mes citations , pour répondre
à quelques objections que vous m'avez
faites.Le stile de Quinault dites- vous,
n'a pas cette force et cette noblesse que
demande la Tragedie , et vous le renvoyez
avec une espece de mépris à l'Opera ;
vous me faites bien voir par là que vous
avez adopté l'injuste idée qu'on s'est faite
de ce genre de Spectacle , que Quinault a
porté si haut ; mais je doute qu'il soit
plus facile de faire un bon
Opera
bone
C iij
1
2534 MERCURE DE FRANCE
bonne Tragedie ; Racine et Despreaux
l'ont voulu éprouver , et ce n'a été qu'à
leur honte ; ils oserent , dit- on , entreprendre
un Opera, pour supplanter Quinault
, mais à peine furent- ils entrez dans
la carriere , qu'ils l'abandonnerent ; leurs
partisans ne manqueront pas de dire ,
après eux , qu'ils eurent honte de l'avoir
entrepris et qu'ils jugerent le genre indigne
de leurs plumes ; quel rafinement de
Aatterie ! quelle ressource d'amour propre
! cependant Racine a bien fait voir
par le Lyrique qu'il a mis dans Esther et
dans Athalie , que ce n'étoit point là son
fort , et Despreaux nous a convaincu par
son Ode sur Namur , que son genie étoit
là hors de sa Sphere ; et que s'il avoit fait
un Opera sur ce ton , on auroit pû rẹtorquer
contre lui ce qu'il a dit contre les
Opera de Quinault , sçavoir ;
Et , jusqu'à je vous hais , tout s'y dit tendres
ment,
En disant au contraire :
Tout s'y dit durement , et jusqu'à je vous aime.
Vous ajoutez encore , Monsieur , que
les Héros de Quinault sont trop doucereux
; la solution de ce problême deman-
1
deroit
NOVEMBRE. 1731 . 2535
deroit une trop longue discussion ; et
puisque Racine a tant fait que d'ériger
l'amour en partie principale de ses Tragedies
, quoiqu'il ne soit que partie accessoire
dans celles de Corneille , et qu'il·
n'entre presque point du tout dans cellesdes
anciens ; je ne voi point qu'on doive
si fort ennoblir une passion qui n'est que
foiblesse ; d'ailleurs supposé que ce soit là
un deffaut dans Astrate ; c'est une heu
reuse faute , puisqu'elle l'a porté à s'attacher
uniquement à l'Opera ; ce n'est pas
qu'il desesperât de réussir dans le genre
qu'il voulut bien abandonner ; le succès
qu'il avoit eu dans le Faux-Tiberinus , et
dans Astrate , lui offroit assez de quoi se
consoler du peu de réussite de Pausanias,
et de Bellerofon ; de sorte que joignant à
cela sa Mere coquette , il pouvoit justement
se vanter de posseder trois genres ,
dont le moindre auroit suffi pour illustrer
un Auteur. Vous m'accuserez tant
qu'il vous plaira de trop de prévention .
Pour lui ,je vous ai déja dit que c'est mon
Auteur favori ; et d'ailleurs la préférence
que je lui donne est fondée sur des titres
qui me paroissent incontestables ; j'en ai
trop dit pour une Lettre , mais non pour
deffendre une gloire si solidement établie
et si injustement attaquée ; l'espere ,Mon-
Ciiij sicur,
2536 MERCURE DE FRANCE
sieur , que si vous faites un peu plus de
réfléxion sur cette apologie , que vous
n'en avez fait à la représentation d'Astrate
; vous vous rapprocherez de mon
sentiment : Je suis , rancune tenant , votre,
&c.
Tragedie d'Astrale.
CE
que je viens , Monsieur , de vous
rappeller , n'est qu'une foible ébauche
du Portrait de mon Autheur favori ;
il ne fait appercevoir , jusques - là que le
germe des expressions et des sentimens
qui depuis l'ont rendu inimitable dans un
genre dont il a été le créateur , et dans lequel
il est encore aujourd'hui le desespoir de
tous ceux qui ont osé le prendre pour modelle:
J'ai des traits plus dignes de lui à
mettre sous vos yeux dans cette même Piece,
où vous m'annoncez qu'on a ri.Je ne citerai
que quelques endroits des principales
Scenes. Commençons par la cinquième
du 3º Acte , elle suit immédiatement celle
où l'on a ri , et les Spectateurs ont bien
changé
2524 MERCURE DE FRANCE
changé de sentiment à mesure que l'Auteur
a changé de ton . Le voicy donc dans
le ton tragique , ou pour mieux dire dans
un ton digne du grand Corneille.
Sychée , cru pere d'Astrate, apprenant
de lui que la conjuration est découverte ,
et entendant nommer les Principaux qui
y trempent , croit n'avoir plus rien à dissimuler
, et l'arrêtant sur le point qu'il
veut en aller instruire la Reine , lui parle
ainsi :
Je voi qu'il n'est plus temps qu'avec vous je déguise
,
Et qu'il faut vous montrer le Chef de l'entre
prise >
Celui qui du vrai Roy , connoît seul tout le sort;
Et qui contre la Reine a fait le plus d'effort, &c...
Connoissez- le , mon Fils , vous le voyez en moi
Astrate.
Ce pourroit-être vous ?
Sychée.
Oui , c'est moi , dont le zele ;
Pour le sang de nos Rois toujours ferme et fi
delle ,
Contre la Tyrannie a jusqu'à ce jour
Ligué les plus Puissans du peuple et de la Cour
& c.....
Vous me perdez ,,mon Fils , si vous parlez ;
Astrate
NOVEMBRE. 173 1. 2515
Astrate.
Hélasi
Je perds la Reine aussi , si je ne parle pas.
Sychée.
Sa perte avec la mienne entre t- elle eu balance?
&c . ..
Quoique l'Amour d'abord air pû vous inspirer ,
Contre tous ses efforts le sang doit m'assurer ,
&c.
Astrate lui promet d'obtenir
sá grace,
et l'invite à venir tout dire à la Reine.
C'est alors que Sychée lui répond avec
plus de fermeté :
Moi , trahir mes sermens ! mon Prince ! mes
amis !
Plutôt , si vous l'osez , trahissez - moi , mon
Fils.
Pensez
·
vous que l'appas du rang qu'on vous
presente ,
A cet infame prix me corrompe ou me tente ?
Connoissez mieux ma foy ; rien ne l'émou peut
voir;
Et je n'ai point de Fils si cher que mon devoir.
J'ai juré de vanger mon Maître légitime ,
De couronner son sang , de déthrôner le crime ;
D'af2526
MERCURE DE FRANCE
D'affranchir mon païs d'un empire odieux ,
Ou , du moins , de périr d'un trépas glorieux.
Dans un si grand dessein je suis inébranlable ;
11 faut qu'enfin la Reine , ou trébuche, ou m'accable
;
Que vous voyiez ses jours , ou les miens ter
minez ;
Et c'est à vous à voir quel parti vous prenez.
1strate.
Entre la Reine et vous , je n'en ai point à pren
dre ,
Que celui de vouloir tour à tour vous deffendre
Vous garder l'un de l'autre , et toujours me vanger
,
Du parti seulement où sera le danger , &c.
Vous n'avez pas encor besoin de mon secours ,
Seigneur , et de la Reine on va trancher les jours;
Avec le même soin que , comme Amant fidelle ,
Je vais , ou la sauver , ou périr avec elle ,
Je sçaurai , l'ayant mise à couvert de vos coups
Vous sauver , comme Fils , ou périr avec vous ;
Je n'examine point dans cette conjoncture
Qui doit vaincre où ceder , l'amour ou la na
ture ;
Sans juger qui des deux doit être plus puissant ,
Je regarde au péril et cours au plus pressant
N'aiNOVEMBRE.
1731. 252y
-
de
N'ay je pas eu raison , Monsieur ,
vous promettre des sentimens dignes du
grand Corneille? Et ne vous ai- je pas tenu
parole ? Démentez - moy , si vous l'osez.
Mais ce n'est pas encore là du plus beau ,
et la Piece va s'ennoblir et se fortifier par
dégrez. Passons à l'Acte quatrième.
Il y a deux Scenes dans cet Acte qui
peuvent tenir le premier rang entre les
plus interessantes. Vous sçavez , Monsieur,
de quoi il s'y agit. Sychée jusqu'icy ne
s'est montré aux yeux d'Astrate
que sous
le nom de son Pere ; mais apprenant de
lui qu'il vient d'obtenir de la Reine le
pardon de tous les conjurez , pourvû
qu'on lui livre le Fils du vrai Roy ; et
le voyant déterminé à lui ôter la vie de sa
propre main , lui fait connoître que cet
ennemi qu'il veut immoler à la Reine
n'est autre que lui- même . Je vous ai déja
cité ce qui est contenu dans les Tablettes
qu'il presente à Astrate ; j'y ajoute
seulement une circonstance que les Acteurs
apparemment n'observent pas ; j'en
juge par ce que vous m'avez dit vous
même dans votre lettre ; sçavoir , que ces
Tabletes qu'Astrate laisse tomber à terre
et que Sichée ne prend pas la précaution
de ramasser , pourroient tomber entre les
mains de quelqu'un qui les remit entre
celles
2528 MERCURE DE FRANCE
celles d'Astrate , lequel s'en serviroit à
se faire connoître à ses sujets pour
leur Roy , et à sauver Elisé en ` leur
apprenant l'interêt qu'il prend en ses
jours ; vous ajoutez encore qu'il se pourroit
faire qu'Astrate ne laissât point tomber
ces Tablettes si necessaires à Agenor
pour être toujours Maître du secret qu'il
vient de confier à ce malheurenx Prince.
Votre objection , Monsieur , est tres- sensée,
mais vous vous seriez épargné la peine
de la faire , si vous aviez lû la Piece telle
qu'elle est imprimée . Voici ce que l'Auteur
dit en cet endroit: Astrate lit dans
les Tablettes que Sychée lui montres et après
la lecture des Tablettes , il ajoûte : Astrate
continue , en rejettant les Tablettes :
Ah! d'un coup plus affreux peut - on être
percé ?
Je serois né du sang que la Reine a versé !
Quoi ? j'aurois à vanger par des Loix trop se
veres
Sur un si cher objet mon Pere et mes deux Fred
res ;
Et quand nos coeurs charmez , se croyoient tour
permis ,་
Malgré l'Amour et nous , nous serions ennemis ?
Sychée l'éclaircit si bien de cette funeste
vc-
1
NOVEMBRE. 1731 2529
te verité , qu'il ne lui laisse aucun lieu
d'en douter, ce qui l'oblige à dire :
Qu'à jamais ce secret n'est - il caché pour
-moi!
'Ah ! cruel , falloit-il , si je suis Fils du Roy ,
Pour me montrer la main qui fit périr mon
Pere
'Attendre que l'Amour me la rendît si chere ?
Et ne deviez - vous pas , pour le bien de mes
jours ,
Qu m'avertir plutôt , ou vous taire toujours .
Combien d'interêts Quinault n'a- t il
pas réunis dans cette Scene pour exciter
la pitié des Spectateurs Quand la seule reconnoissance
animeroit Astrate , n'en seroit-
ce pas assez pour épargner le sang
d'une Reine , qui vient de l'associer au
rang suprême , préférablement à un Prin .
ce de son sang à qui la couronne avoit
été promise , et sembloit si légitimement
dûë Mais cela ne suffit pas à Quinault
pour nous interesser ; il nous montre en
Astrate un Prince éperduement amoureux
et tendrement aimé ; l'amour le plus
ardent se joint à la plus juste reconnoissance
pour combattre la nature. Sychée
qui traite l'amour d'une maniere confor
nie à son âge , lui dit d'un ton ferme :
C La
2530 MERGURE DE FRANCE.
>
La vangeance d'un Pere à vous seul étoit dûë ;
Je vous l'ai reservée et l'heure en est venuë
L'objet vous en fut- il cent fois plus précieux
Levez le bras , Seigneur , et détournez les yeux ;
& c,
Songez que cet amour qui vous trouble et vous
gêne ,
Qui vous usurpe un coeur qui n'est dû qu'à la
haine ,
Cet amour qui vous guide au crime le plus
noir ,
Corrompt votre vertu , séduit votre devoir ;
Cet amour qui vous rend à vous- même perfide ;
Qui vous force à chérir une main parricide
Doit être icy pour vous le premier des Tyrans
Qu'il faut sacrifier au sang de vos parens .
Sychée voyant approcher la Reine , et
ne pouvant empêcher Astrate de lui parler
, le quitte en lui disant : qu'il va prendre
soin de sa gloire , malgré lui - même,
La Scene qui succede à celle- cy est encore
plus interressante. Les deux Personnes
qui doivent produire le plus grand
interêt y sont aux prises . En vain la nature
, le devoir et l'ambition conspirent à
séparer leurs coeurs ; l'Amour, tout dénué
d'esperance qu'il est , s'obstine à les unir
plus que jamais.
La
NOVEMBRE . 1731. 2531
La Reine demande à Astrate s'il a découvert
son ennemi : Il lui répond qu'il
a plus fait, et qu'il peut le lui livrer. Voici
ce qu'il ajoute :
Ce dernier Fils d'un Roy par vous même
égorgé ,
Ce Fils par son devoir à vous perdre engagé ,
Cette victime encore à vos jours necessaire ,
Ce malheureux vangeur d'un miserable Pere ,
D'une maison détruite , et d'un Sceptre envahi ,
Enfin cet ennemi tant craint , et tant hai ,
Dont nous cherchions la perte avec un soin extrême
,
Qui l'eût pú croire Hélas ! Madame , c'est
moi-même.
Quel coup mortel pour Elisé , quel
nouveau trouble pour Astrate ! Et quel
surcroît de terreur et de pitié pour les
Spectateurs ! Qui ne seroit pas attendri à
ces plaintes de la Reine ?
L'ingenieux couroux du ciel plein de vigueur ,
N'a que trop bien trouvé le foible de mon coeur.
J'aurois bravé mon sort , s'il ne m'eût poiut
trompée ;
Je ne m'en gardois pas par où j'en suis frappée.
De ce piege des Dieux qui se fut défié ≥
Mon coeur étoit sans doute assez fortifié
Cij contre
2532 MERCURE DE FRANCE
Contre tous les dangers qui menaçoient ma vie ,
11 ne l'étoit que trop contre un Peuple en furie ,
Contre les Dieux vangeurs , les Destins en couroux
Mais il ne l'étoit pas contre l'Amour et vous.
Je vous dérobe autant de beautez que
je supprime de Vers dans cette Scene.Vous
n'avez, Monsieur , qu'à la parcourir toute
entiere , pour voir si j'exagere ; mais je
m'apperçoi que ma Lettre passe les bornes
ordinaires ; je vais donc vous citer le plus
succinctement qu'il me sera possible,quel
ques traits du cinquième Acte.
Comme le Rôle de Sychée est sans contredit
le plus beau de la Piéce , et qu'on
y reconnoît le genre de celui de Palamede,
qui produit un effet si admirable dans l'E
lectre de M.de Crebillon.Je ne puis mieux
finir ma Lettre que par quelques Vers
que ce genereux Chef des conjurez dit
à Astrate , qui le menace de vanger sur
lui la mort de la Reine , s'il a été assez bar,
bare pour l'immoler. Voici sa réponse :
Je sçais que l'on reçoit souvent comme ung
injuré
Le zele trop exact de la foy la plus pure ;
Mais rien , en vous servant , ne peut me retenir ,
Je
NOVEMBRE. 1731. 2533
Je ferai mon devoir , dussiez-vous m'en punir ,
&c.
J'aime mon Maître assez , pour m'exposer sans
peine
Jusqu'à l'oser servir , au péril de sa haïne.
Et ma perte assurée , est après tous mes soins ,
L'injustice de lui, que mon coeur craint le moins
Quand j'aurai fait , Seigneur , tout ce que je dois
faire ,
Achevé ce que veut le Sang de votre Pere ;
Assuré votre gloire , et signalé ma foy ,
J'aurai crû vivre assez et pour vous et pour moi ;
Et si ma vie enfin , suivant mon zele extrême ,
Avanger votre sang , vous sert malgré vousmême
,
son tour Je mourrai trop content : si ma mort
Vous sert , selon vos voeux , à vanger votre
amour.
Je finis icy mes citations , pour répondre
à quelques objections que vous m'avez
faites.Le stile de Quinault dites- vous,
n'a pas cette force et cette noblesse que
demande la Tragedie , et vous le renvoyez
avec une espece de mépris à l'Opera ;
vous me faites bien voir par là que vous
avez adopté l'injuste idée qu'on s'est faite
de ce genre de Spectacle , que Quinault a
porté si haut ; mais je doute qu'il soit
plus facile de faire un bon
Opera
bone
C iij
1
2534 MERCURE DE FRANCE
bonne Tragedie ; Racine et Despreaux
l'ont voulu éprouver , et ce n'a été qu'à
leur honte ; ils oserent , dit- on , entreprendre
un Opera, pour supplanter Quinault
, mais à peine furent- ils entrez dans
la carriere , qu'ils l'abandonnerent ; leurs
partisans ne manqueront pas de dire ,
après eux , qu'ils eurent honte de l'avoir
entrepris et qu'ils jugerent le genre indigne
de leurs plumes ; quel rafinement de
Aatterie ! quelle ressource d'amour propre
! cependant Racine a bien fait voir
par le Lyrique qu'il a mis dans Esther et
dans Athalie , que ce n'étoit point là son
fort , et Despreaux nous a convaincu par
son Ode sur Namur , que son genie étoit
là hors de sa Sphere ; et que s'il avoit fait
un Opera sur ce ton , on auroit pû rẹtorquer
contre lui ce qu'il a dit contre les
Opera de Quinault , sçavoir ;
Et , jusqu'à je vous hais , tout s'y dit tendres
ment,
En disant au contraire :
Tout s'y dit durement , et jusqu'à je vous aime.
Vous ajoutez encore , Monsieur , que
les Héros de Quinault sont trop doucereux
; la solution de ce problême deman-
1
deroit
NOVEMBRE. 1731 . 2535
deroit une trop longue discussion ; et
puisque Racine a tant fait que d'ériger
l'amour en partie principale de ses Tragedies
, quoiqu'il ne soit que partie accessoire
dans celles de Corneille , et qu'il·
n'entre presque point du tout dans cellesdes
anciens ; je ne voi point qu'on doive
si fort ennoblir une passion qui n'est que
foiblesse ; d'ailleurs supposé que ce soit là
un deffaut dans Astrate ; c'est une heu
reuse faute , puisqu'elle l'a porté à s'attacher
uniquement à l'Opera ; ce n'est pas
qu'il desesperât de réussir dans le genre
qu'il voulut bien abandonner ; le succès
qu'il avoit eu dans le Faux-Tiberinus , et
dans Astrate , lui offroit assez de quoi se
consoler du peu de réussite de Pausanias,
et de Bellerofon ; de sorte que joignant à
cela sa Mere coquette , il pouvoit justement
se vanter de posseder trois genres ,
dont le moindre auroit suffi pour illustrer
un Auteur. Vous m'accuserez tant
qu'il vous plaira de trop de prévention .
Pour lui ,je vous ai déja dit que c'est mon
Auteur favori ; et d'ailleurs la préférence
que je lui donne est fondée sur des titres
qui me paroissent incontestables ; j'en ai
trop dit pour une Lettre , mais non pour
deffendre une gloire si solidement établie
et si injustement attaquée ; l'espere ,Mon-
Ciiij sicur,
2536 MERCURE DE FRANCE
sieur , que si vous faites un peu plus de
réfléxion sur cette apologie , que vous
n'en avez fait à la représentation d'Astrate
; vous vous rapprocherez de mon
sentiment : Je suis , rancune tenant , votre,
&c.
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Résumé : SECONDE Partie de la Lettre sur la Tragedie d'Astrale.
La lettre traite de la tragédie 'Astrate' de Quinault. L'auteur rappelle à son destinataire qu'il n'a fait qu'esquisser le portrait de Quinault et promet de révéler des traits plus dignes de lui dans la pièce. Il cite des extraits de la cinquième scène du troisième acte, où Sychée, père d'Astrate, révèle sa véritable identité et ses intentions de venger le roi légitime. Sychée exprime son devoir envers son maître et son refus de trahir ses serments, malgré les supplications d'Astrate. La lettre met en avant la noblesse et la fermeté des sentiments exprimés par Sychée, comparables à ceux de Corneille. L'auteur passe ensuite à l'acte quatrième, où Sychée révèle à Astrate qu'il est le fils du roi légitime. Astrate est déchiré entre son amour pour la reine et son devoir de venger son père. La scène suivante montre la reine et Astrate, ce dernier révélant qu'il est l'ennemi qu'elle cherche à éliminer. La lettre souligne l'intensité dramatique et la profondeur des sentiments exprimés dans ces scènes. L'auteur défend le style de Quinault, souvent critiqué pour sa douceur, et souligne que même des auteurs comme Racine et Boileau ont échoué dans le genre de l'opéra. Il conclut en citant des vers de Sychée, illustrant son dévouement et son sens du devoir jusqu'à la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2993-2996
LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
Début :
L'Interêt que vous prenez, Monsieur, à tout ce qui nous regarde, m'engage [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Spectateurs, Actrices
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
LETTRE écrite de foigny , le 12.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
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Résumé : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
La lettre datée du 12 décembre 1731 décrit la représentation de la comédie 'Le Joueur' de Jean-François Regnard à Foigny. La pièce, déjà jouée le 26 novembre précédent, a été reprise le 10 décembre dans une salle du château, devant une assemblée distinguée composée de dames et seigneurs de renom, tels que le Commandeur de Vatange, le Marquis de Pelport et le Comte de Villefranche. Les acteurs, principalement issus de la noblesse, ont surpassé les attentes du public. Le rôle du Joueur a été particulièrement admiré pour sa diversité de caractères et son authenticité. Hector a excellé dans son rôle, caractérisé par sa naïveté et son instruction. Le père du Joueur a incarné un homme sage et moralisateur, tandis que le faux Marquis a joué un personnage vain et sans sentiment. Le Maître de Trictrac a rappelé le célèbre Desmares par son jeu plaisant. Les actrices ont également été remarquées pour leur talent. Angelique a montré une profonde émotion pour son amant, et la Comtesse a trompé le public par son jeu professionnel. Nerine a été applaudie pour son esprit et son expression, et Madame de la Ressource a joué un rôle naturel malgré son apparente simplicité. La représentation a été organisée par Madame de la Prée, veuve du Maréchal des Camps et Armées du Roi, et a été suivie de la pièce 'Le Retour imprévu' du même auteur. La salle, magnifiquement décorée, pouvait contenir environ sept cents personnes. Un bal et un grand souper ont suivi la représentation, avec des vins choisis jugés supérieurs à ceux d'autres provinces. La lettre mentionne également une ordonnance bachique publiée par des émules d'Auxerre, qualifiée de divertissante mais sans grande valeur. L'auteur de la lettre conclut en plaisantant sur cette querelle, qualifiée de 'Bachicomachie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 133-145
TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
Début :
Nous n'aurions pas tardé si long temps à donner l'Extrait d'une Tragédie qui [...]
Mots clefs :
Voltaire, Zaïre, Orosmane, Nérestan, Religion, Coeur, Lusignan, Lettre, Soudan, Amour, Mort, Chrétiens, Tragédie, Serment, Soeur, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
TRAGEDIE DE zArRE;
ï Extrait. '
NOus n'aurions pas tardési long temps
à donner l’Extait d'une Tragédie qui
a charmé la Cour et la Ville , si son inge
nieux Auteur n’eût prévenu »l’ardeuri
que nous avons de remplir nos engage
mens; on a vû dès la naissance de cette
Piece, ce que M. de Voltaire en a bien
voulu‘ communiquer au Public , inseré ‘ " '
dans le Mercure d’Août. Uimpressjon
de ce charment Poëmenous impose däauq
tres loix et nous engage à faire part au.
Public des divers jugemens qu'on en a
portez. ‘ .
zLe Sujet de cette Tragédie est si sim-Ê
pie,‘ que quelques lignes sufliront pour
tracer le plan de ce qui fait l’action prin
ci ale. Lustgnam, dernier Roy de Jeru
- sa cm, fut détrôné par Saladin , Pere
d'Oro:mane. De cin de ses Enfms qui
furent envelopperd
n’y en eut que deux qui échapperentà
la mort,- sgavoir , un garçon et une filles
‘ G iij le
ans sa disgrace, 1l
«m, MERCURE un FRANCE
le premier âgé de quatre ans et Pautre
encore q; berccauDrosmanc devint amooe
rcux de la fille, élevée dans la Religion
Musulmane et appellêe Zaîrg. IJAmour
du Soudàn alla jusquî la vouloir épouser;
Zaïre ne put refuser - son coeur à un
Amant si rendre et si genereux. Le frere
de cette aimable Princesse ravoir été éle
vé auprès d'elle dans le Serrail, sans la
connortre pour sa soeur et sans se con
noître lui-même pour fils de Lusignan.
I.e genereux Orosmane avoir consenti
qu’il allât chercher la rançon de dix Che
valiers Chrétiens. Neremm , c’est le nom
de ce frere de Zaïre, tint sa parole et.
ä-evint avec la rançon. Orosmane lui pro
mit-cenr Chevaliers Chrétiens,’ au lieu
d; dix qu’il en demandoit seulement;
mais il en exceptn Zaïre et Lusignani
Zaïre obtint la liberté de cc derniers on
le tira de son obscure prison , et à la far
veut d'une Croix que Zaïte portoir en
fotnxe de Bracelet depuis le jour de sa
naissance, et d’une blessure que Nerestan
avoir reçûë dans le sein, il les reconnut‘
pour. ses Enfans- Le combat qui se fait
entre la Religion cr Pamout, fournit
tous les beaux senrimeps dont cette Pic»
ce est rempiie. ‘Le serment que Zayrc a
fait entre les mains de Ncxesçan, de nul
point
a q l
‘ JANVIER; 173;: '13;
Ëeînt épouser Orosmanc qu'elle ne fût
aptisée, fait le noeud de la Piece , une
Lettre équivoque produit dans le coeur
du jaloux Orosmanc cette fureur qui en
fait la sanglante catastrophe : la Piece fi.
_nit par la mort que le Soudan se donne
après Pavolr donnée à. Pinnoccnt objet
de son amour. Voici la distribution des
Actes et des Scenes.
Fmime, Esclave Chrétienne et amie de
Z4Ïre,.ouvre la Scene et lui témoigna
lrsutprise où elle est de la voir si con
tente, mal ré l'esclavage ‘où elle est en
core et dbä Neresran lui a promis de la
retirer à son retour de Paris; Zaïre lui
ouvre son coeur et lui dit que le Soudan
Paime et doit Pépouset; Fatime lui rap.
elle qu’elle est ljui fait entendre nqéuee CFhérdéutciaerninoen;quZ'aeïlrlee
a reçûë dans la Cour d’Orosmane a prese
que cificé de son souvenir toutes les aug
tres idées. . -
Omsmana vient annoncer à Zaïrc son
prochain Couronnement; mais c’esr d'une
maniere à lui faire connoîrre que si elle
ne se donnoit à lui que par reconnoisi
sauce, il ne se croiroit pas heureux. Zaïre
‘ne lui marque pas moins de délicatesse
dans les sentimens de son coeur. On vient
annoncer Parrivéesde Ncrestan ; Gros..
- G iiij marre
n36‘ MERCURE DE FRANCE
mane ordonne qu’en le fasse entrer.- -
Nerestan fait entendre au Soudan qu’il
apporte la rançon dont il êtoit convenu
avec lui pour dix Chevaliers François,
et que n'ayant pas de quoi payer la sien
ne, il consent à reprendre ses premiers
fers. Orosmane pour ne se pas montrer
moins genereux qu’un Chrétien , lui olïre
cent Chevaliers et n’accepte point la ran
çon qu’il a apportée; mais il refuse la
liberté de Lusignan par raison d’Erar, et
celle de Zaïre par raison d’amour 5 Ne
restan l’accuse de manquer de parole;
Orosmane lui ordonne de se retirer; il
dit à Zaîre qu’il-va tout ordonner pour
leur hymen, après avoir donné au soin
du Trône quelques momens qu’il est fora
té de dérober à son amour.
Il fait entrevoir aux yeux de Caraimin,‘
son Confident , quelques marques d'une
jalousie naissante au sujet de Neresran 3
il ne veut pas pourtant descendre jus
qu’à convenir qu’il est jaloux d’un Chré
tien, mais il ne laisse pas de faire enten
dre ue s’il l’étoit jamais , il seroit capa
ble de" se porter à des extrémirez dont
il rejette sur le champ la funeste image,‘
et qui cependant commencent à préparer
les Spectateurs au crudeli: amer que l'Au-.
teur a mis à la tête de [impression de sa
"
‘
JA NVIER. 1733. 137
I
‘Châtillon, Chevalier François, et Na
mmn , commencent le second Acte .
Châtillon apprend avec douleur que Lu
sîgnan ne peut obtenir sa liberté; il ex
pose en Vers pompeux tout ce qui s’est
pasvé lors du détrônement de ce dernier
Roy de Jerusalcm.
‘Zaïre vient annoncer à Nerestan quelle
a obtenu la liberté de Lusignan . ce qui
est-le comble de la joye pour Châtillon
et pour lui. _ p ,
Lusignañ arrive , soutenu par deux Che
valiers François; ce venerable Vieillard"
attirê route l’attention des Spectateurs
par le récit de ses malheuÎ-s; ildéplorc
sur tout la perte de trois- de ses Eufans
massacrés a ses yeux , et de deux aurres=
réduits â Pesclavage ; il ignore leur sort,’
il en demande des nouvelles à 'Nc.'estan
et à Zaïrc , qui peuvent en avoir oiii par-Ï
let dans le Serrail, où ils ont été élevez‘
o h À
depuis leur enfance; il les reconnoit pour
ces mêmes Enfms dont il leur demande
des nouvelles. Cette reconnoissance est
une des plus touchantes qu’on ait vûës
sur la Scene, Lusignan demande en trem
blant à Zaïre, si elle est encore Chrétien
u - ' ’ 3
ne; Zaire lui déclare in enument qu elle
est Musulmane, mais el e lui promet un
heureux retour à la Religion de ses Ayeux.
t ‘ G y, C0:
1
_ 13s MERCURE Bananes
Çorasmin vient jette: de nouvelles allait-j
mes dans les coeurs de ces Chrétiens rasq
semblez; il leur ordonne de le suivre pour
rentrer dans leurs chaînes; Lusiguan les
exhorte à raffermir leur constance e; im
pose silence à Zaïre sur un secret qui
pourroit leur devenir funeste.
. Au troisième Acte, Orosnqane parlant
5. Corasmin , instruit les Spectateurs de q
la raispn pour laquelle i_l avoir révoqué
l'ordre qui avoir mis les Chrétiens en li-;
‘botté; ._ce' qui l’)? avoir porté , c’est qu’il
‘craignoît que l’Armée Navale des Franq
gais , qu’on avoir découverte , ne fût des.
tinée à reconquerir Jerusalem , erreur
donç il venoit.d’être tiré par de {idoles
avis, Corasmin veut en vain lui donnes
de nouvelles craintes, pour Fobliger à
ne point; ‘relâcher les Chrétiens; Oros.
mane lui répond que cîest à Zgïre qu’il
a a accordé leur liberté; il ajoûte qu’il n71
pû lui refuser la consolation de voir Ne
restan pour la dernier: fois. Orosmane
sort en ordonnant à Corasmin d’obéi'r à
‘Zaïre. Corasmin dit à Nerestan qu’il va,
lui envoyer Zaïre. '.
a Après un court Monologue de Nerestan;
Zaïre arrive. Cette Scene est une des plus
belles; Neresran reproche â sa soeur le_
son qu'elle fait àla glose de se famille‘? en
. a an
= JANVIER-ï 1733-‘ r39
abandonnant la Religion de ses Peres. Zaï
re lui promet de renoncer à la Religion
des Musulmans; mais elle ne se promet;
pas à elle-même de renoncer à son amour
pour Orosmane; elle demande à Nerestan
quelle peine la Religion des Chrétiens im
poseroit à une Amante qui épouseroit
un Musulman qu’elle aimeroit; cette de.
mande fait frémir Nctestan ; Zaïre lui
confesse qu’elle aime Orosmane et qu’elle
va Pépouser; elle lui dqmande la mort
pour prixtd’un aveu dont il est irrité; ne
pouvant rien de plus , il exige d"elle avec
serment qu’elle n épousera point Orosmaä
ne avant qu'elle air été inondée de Peau sa
luraire du Baptême, et c’est ce serment qui
- pÿoduit tout Pinterêt du reste de la Piece.
un délai qu’elle
_ erestan sort pour allier fermer les yeux
à Lusignan, dont les derniers transports
ont achevé d’épuiser le peu de forces qui‘
lui restaient. Zaïre fait un Monologue
très-touchant dans lequel l’Amour et la.
Religion se combattent.
p Orosmane vient presser-Zaïre de le
rendre heureux par son Hymen‘, elle est
interdite -, il ne sçait que penser des sen
timens confus u’de lui fait paraître;
(lui demande excite sa co
1ere ; elle ne peut soutenir S011 Courroux.
et le quitte de peut de Paugmenter. ar sa,
présence. ' i G Vj ros
‘r40 MERCURE DE FR ANGE:
Orosmane ne sçait à quoi attribuer Pé-Ï
tontiantaccueil que Zaïre vient de luî
faire ', la jalousie sïntroduit dans son’
aeurs il soupçonne Zaïre et Nerestan
d'une tendre ‘intelligence; il ordonne que
le Scrrail soit fermé aux Chrétiens. '
Fatime félicite Ze1ïre,au troisième Acte,‘
du bonheur qu’elle» est prête â goûter et
qui doit être le prix des combats dont
elle est déchirée. Zaïre lui fait connaître
par tout ce qu’elle dit , combien lui coû
tera le sacrifice qu'on exige d'elle. Elle l
voudroit se jetter aux pieds d’Otosmane,
et lui faire un aveu sincere des vrais sen
timens de son coeur et des obstacles que
sa Religion oppose à. Phymen qu’il lui
offre; Fatime lui fait connoître qu’elle
cxposeroit tous les Chrétiens à la fureur
du’ Soudan par un‘ aveu si funeste.
Orosmane vient livrer u_n nouvel assaut"
"au coeur de Zaïres il lui déclare qu’une
autre va monter au Trône qu’il lui avoir
destiné, Zaïre ne peut entendre cette mek
nace sans verser des larmes; Orosmane
en est attendri, il lui dit que la‘ menacé
qu’il vient de lui fait n’étoit qu’une fein-ä
te, et qu’elle n'a ét dictée que par le
desespoir où ses injustes rcfus l’on: plon
gé; il la prie de ne plus difllerer son bon-i
heurs elle se jette à ses pieds, et le prie
9
3.
J A N V IF. R‘. 1733Z titi
I n
à son tour de lui accorder le reste de ce‘
jour pour achever de se déterminer. Otos
mane y consent malgré lui; elle le quitte;
il est frappé d'une si prompte fuite; il
s’en console pourtant par Passurance qu'il
a (‘Hêtre aimé. -
Un de ses OH-iciers vient changer cette
sécurité en désespoir; il lui présente une
Lettre qu’on vient d'intercepter ', cette
t Lettre est de Nerestan,er s’adressc à Zaïse s‘
voici ce qu’elle contient :
Clxere Zaïre , il est temps de nous voir;
Il est vers la Mosquée une secrette issuë ,
_0t‘1 vous pouvez sans bruit et sans être apperçuë,
Tromper vogsurveillans , et remplir notre espoir;
Il faut vous hazarder, vous cohnoissez mon zeley
je vous attends ; je meurs si vous nîêtes fidele.
‘La lecture de cette Lettre équivoque rea
plonge le Soudan dans la plus horrible fir
reurgil veut faire expirer Ncrestan dans les
supplices, et poignarder Zaïre; il otdon-i
ne qu’on la fasse venirî troublé, irréwolu,
il-ne sçait plusâ uoi même que Zaïreclui esst'artroêûtjeor;urisl sefidflaaltet,e
et que Net: stan n’est qu’un témetaire qui
se croit aimé, parce quîl croit mériter
de l'être ; il ordonne à Corasmin de frite
rendre ce Billet à Zaïre 5 il se ‘repent de
Pavoiq
‘rai MERCURE DE FRANCE"
Pavoir mandée; il" la veut éviter, mais’
_ inutilement. j
Dans cette Scene Zaïre sort de sa moä
deration ordinaire ; les reproches et les
menaces du Sultan , qui ne s’étoit jamais
oublié jusques-là, lui donnent‘ une no-g
ble fiertéquî n'empêche pas qu’elle ne lui
avoüë qu’elle Paime; ce dernier aveu ache
ve d’irrirer le Sultan qui la croit perfidesil
_ la congédiget se prépare à la‘ plus horrible
vengeance, quoiqu'il. avoüe qu’il Faim:
encor plus que jamais.
Au cinquième Acte Otosmane commano‘
de à un Esclave de remettre entre les mains‘
de Zaïre la fatale Lettre qui est tombée
dansles siennes ,et lui ordonne de lui ren
dre un compte fidele de tout ce quiil
aura appris.
Zaïre vient avec Fatime ', PEsclave lui"
présente la Lettre ,_ comme un garant de
sa fidelité , elle la lit et lui dit:
Allez dire au Chrétien qui marche sur vos pas i
Q3: mon coeur aujonrrÿhui ne 1c trahira pas,
Q1: Farime-en ces lieux va bien-tôt Pinrroduirt.
Zaïre sort,- l‘Esclave rend compte de
sa commission a Orosmane, ce qm de
termine ce Sultan furieux à la plus bote
rible vengeance. Zaïre revient .- ellectar:
apercevoq
J A NV I E R.‘ 1713.‘ ‘r41
appercevoir Neresran dans Pobscurité;
quelques paroles trop tendres qui lui
échappent et qui conviennent aux sen-g,
timens qu'elle a pour ce cher frere, por
tent le jaloux Orosmane à la dernierÊ
fureur; il lui plonge un poignard dans
le sein , Neresran qu’sn ‘lui amene char.
gé de fers, fait un grand cri en voyant
sa soeur qui vient d’expirer; à ce cri dou
loureux et au nom de soeur, Orosmane
recormoit son crime; Nerestan lui de.
mande la mort; Orosmane ordonne qu’on
le remette en liberté et qu'on le ren
Ÿoye chez ses patens avec tous les
Chrétiens; il plonge dans son coeur le
fatal poignard encore fumant du sang
de sa chere Zaïre. ‘ '
Il ne reste lus qu’à faire. part à no;
Lecteurs des divers jugcmens que le Pu.
blic a portez sur cette Tragédie. Tous
les suffrages sont réünis en faveur de l’in—
rerêt qui y rcgne dans tous les Actes 5 ce
lui qu’on asenti dans la reconnoissance
est le plus generalement avoüé son a sçû
bon gré à M. de Voltaire d'avoir bien
voulu descendre de I’Epiquc au Dtamaæj
tique; on trouve même qu’il a porté la
cpmplaisancc un peu loin; sa Vcrsifica
tion n'a pas paru égale par tout, et le de-î
sordrc les passion; jettent ses princi
' ' - ' paux
o‘.,.
arrajMÈkélïfls DE FRANCE
ries
. b‘
.
r,’ «ipaux Acteurs semble , dit-on , avoir pas-Α
se jusquîr ses expressions; on auroit sou
haité que le caractere qu’il a d'abord don
né à‘ son Héros ne se tût as clé-menti
jusqrÿà plonger un poignar dans le sein
de sa Maîtresse; on a beau dire que la
jalousie ‘nïst pas une passion que la rai
son puisse dompter , c’étoit à PAureur,
disent les Critiques, à ne pas donner de"
pareilles assions aux personnages dont:
1l avoir onné une idée si avantageuse;
le serment qui fait le noeud de la Piece,
ajoûtent-ils , a un caractcre dîndiscretion
qu’en ne sgauroit excuser.» Ils trouvent
aussi que les divers voyages de Neresrarr
n'ont pas encore été assez bien débrouil
lez. Les Caracteres de Lusignan , de Chê
tilion et dé Neresran , ont été-fvora
blement reçûs; pour ce.ui de Zaïre, on.
l’a trouvé fort indécis; on ne sçait pas
si elle meurt Chrétienne ou Musulmane‘;
l’amour a tousours parû sa passion do
minante , et l'on a lit-u de douter que le
mon Dim qu’elle prononce en mou_rant ,
ait pû lui tenir lieu de Baptême ou de _
Contrition zNerestan fortifie ce doute par:
ces deux Vers qu’il adresse à. Orosmane.
p
Hélas ! elle oiîerisoit notre Dieu , notre Loy,
E: ce Dieu la punit «Pavois brûlé pour roi.
« Cette
u
J ANVI Ê R‘. 1733Z '14’.
. Cette Piece a été imprimée à Roüen et
se vend à Pari: , Q4) de: Azgnsiin: ,
chez. Bauche.
ï Extrait. '
NOus n'aurions pas tardési long temps
à donner l’Extait d'une Tragédie qui
a charmé la Cour et la Ville , si son inge
nieux Auteur n’eût prévenu »l’ardeuri
que nous avons de remplir nos engage
mens; on a vû dès la naissance de cette
Piece, ce que M. de Voltaire en a bien
voulu‘ communiquer au Public , inseré ‘ " '
dans le Mercure d’Août. Uimpressjon
de ce charment Poëmenous impose däauq
tres loix et nous engage à faire part au.
Public des divers jugemens qu'on en a
portez. ‘ .
zLe Sujet de cette Tragédie est si sim-Ê
pie,‘ que quelques lignes sufliront pour
tracer le plan de ce qui fait l’action prin
ci ale. Lustgnam, dernier Roy de Jeru
- sa cm, fut détrôné par Saladin , Pere
d'Oro:mane. De cin de ses Enfms qui
furent envelopperd
n’y en eut que deux qui échapperentà
la mort,- sgavoir , un garçon et une filles
‘ G iij le
ans sa disgrace, 1l
«m, MERCURE un FRANCE
le premier âgé de quatre ans et Pautre
encore q; berccauDrosmanc devint amooe
rcux de la fille, élevée dans la Religion
Musulmane et appellêe Zaîrg. IJAmour
du Soudàn alla jusquî la vouloir épouser;
Zaïre ne put refuser - son coeur à un
Amant si rendre et si genereux. Le frere
de cette aimable Princesse ravoir été éle
vé auprès d'elle dans le Serrail, sans la
connortre pour sa soeur et sans se con
noître lui-même pour fils de Lusignan.
I.e genereux Orosmane avoir consenti
qu’il allât chercher la rançon de dix Che
valiers Chrétiens. Neremm , c’est le nom
de ce frere de Zaïre, tint sa parole et.
ä-evint avec la rançon. Orosmane lui pro
mit-cenr Chevaliers Chrétiens,’ au lieu
d; dix qu’il en demandoit seulement;
mais il en exceptn Zaïre et Lusignani
Zaïre obtint la liberté de cc derniers on
le tira de son obscure prison , et à la far
veut d'une Croix que Zaïte portoir en
fotnxe de Bracelet depuis le jour de sa
naissance, et d’une blessure que Nerestan
avoir reçûë dans le sein, il les reconnut‘
pour. ses Enfans- Le combat qui se fait
entre la Religion cr Pamout, fournit
tous les beaux senrimeps dont cette Pic»
ce est rempiie. ‘Le serment que Zayrc a
fait entre les mains de Ncxesçan, de nul
point
a q l
‘ JANVIER; 173;: '13;
Ëeînt épouser Orosmanc qu'elle ne fût
aptisée, fait le noeud de la Piece , une
Lettre équivoque produit dans le coeur
du jaloux Orosmanc cette fureur qui en
fait la sanglante catastrophe : la Piece fi.
_nit par la mort que le Soudan se donne
après Pavolr donnée à. Pinnoccnt objet
de son amour. Voici la distribution des
Actes et des Scenes.
Fmime, Esclave Chrétienne et amie de
Z4Ïre,.ouvre la Scene et lui témoigna
lrsutprise où elle est de la voir si con
tente, mal ré l'esclavage ‘où elle est en
core et dbä Neresran lui a promis de la
retirer à son retour de Paris; Zaïre lui
ouvre son coeur et lui dit que le Soudan
Paime et doit Pépouset; Fatime lui rap.
elle qu’elle est ljui fait entendre nqéuee CFhérdéutciaerninoen;quZ'aeïlrlee
a reçûë dans la Cour d’Orosmane a prese
que cificé de son souvenir toutes les aug
tres idées. . -
Omsmana vient annoncer à Zaïrc son
prochain Couronnement; mais c’esr d'une
maniere à lui faire connoîrre que si elle
ne se donnoit à lui que par reconnoisi
sauce, il ne se croiroit pas heureux. Zaïre
‘ne lui marque pas moins de délicatesse
dans les sentimens de son coeur. On vient
annoncer Parrivéesde Ncrestan ; Gros..
- G iiij marre
n36‘ MERCURE DE FRANCE
mane ordonne qu’en le fasse entrer.- -
Nerestan fait entendre au Soudan qu’il
apporte la rançon dont il êtoit convenu
avec lui pour dix Chevaliers François,
et que n'ayant pas de quoi payer la sien
ne, il consent à reprendre ses premiers
fers. Orosmane pour ne se pas montrer
moins genereux qu’un Chrétien , lui olïre
cent Chevaliers et n’accepte point la ran
çon qu’il a apportée; mais il refuse la
liberté de Lusignan par raison d’Erar, et
celle de Zaïre par raison d’amour 5 Ne
restan l’accuse de manquer de parole;
Orosmane lui ordonne de se retirer; il
dit à Zaîre qu’il-va tout ordonner pour
leur hymen, après avoir donné au soin
du Trône quelques momens qu’il est fora
té de dérober à son amour.
Il fait entrevoir aux yeux de Caraimin,‘
son Confident , quelques marques d'une
jalousie naissante au sujet de Neresran 3
il ne veut pas pourtant descendre jus
qu’à convenir qu’il est jaloux d’un Chré
tien, mais il ne laisse pas de faire enten
dre ue s’il l’étoit jamais , il seroit capa
ble de" se porter à des extrémirez dont
il rejette sur le champ la funeste image,‘
et qui cependant commencent à préparer
les Spectateurs au crudeli: amer que l'Au-.
teur a mis à la tête de [impression de sa
"
‘
JA NVIER. 1733. 137
I
‘Châtillon, Chevalier François, et Na
mmn , commencent le second Acte .
Châtillon apprend avec douleur que Lu
sîgnan ne peut obtenir sa liberté; il ex
pose en Vers pompeux tout ce qui s’est
pasvé lors du détrônement de ce dernier
Roy de Jerusalcm.
‘Zaïre vient annoncer à Nerestan quelle
a obtenu la liberté de Lusignan . ce qui
est-le comble de la joye pour Châtillon
et pour lui. _ p ,
Lusignañ arrive , soutenu par deux Che
valiers François; ce venerable Vieillard"
attirê route l’attention des Spectateurs
par le récit de ses malheuÎ-s; ildéplorc
sur tout la perte de trois- de ses Eufans
massacrés a ses yeux , et de deux aurres=
réduits â Pesclavage ; il ignore leur sort,’
il en demande des nouvelles à 'Nc.'estan
et à Zaïrc , qui peuvent en avoir oiii par-Ï
let dans le Serrail, où ils ont été élevez‘
o h À
depuis leur enfance; il les reconnoit pour
ces mêmes Enfms dont il leur demande
des nouvelles. Cette reconnoissance est
une des plus touchantes qu’on ait vûës
sur la Scene, Lusignan demande en trem
blant à Zaïre, si elle est encore Chrétien
u - ' ’ 3
ne; Zaire lui déclare in enument qu elle
est Musulmane, mais el e lui promet un
heureux retour à la Religion de ses Ayeux.
t ‘ G y, C0:
1
_ 13s MERCURE Bananes
Çorasmin vient jette: de nouvelles allait-j
mes dans les coeurs de ces Chrétiens rasq
semblez; il leur ordonne de le suivre pour
rentrer dans leurs chaînes; Lusiguan les
exhorte à raffermir leur constance e; im
pose silence à Zaïre sur un secret qui
pourroit leur devenir funeste.
. Au troisième Acte, Orosnqane parlant
5. Corasmin , instruit les Spectateurs de q
la raispn pour laquelle i_l avoir révoqué
l'ordre qui avoir mis les Chrétiens en li-;
‘botté; ._ce' qui l’)? avoir porté , c’est qu’il
‘craignoît que l’Armée Navale des Franq
gais , qu’on avoir découverte , ne fût des.
tinée à reconquerir Jerusalem , erreur
donç il venoit.d’être tiré par de {idoles
avis, Corasmin veut en vain lui donnes
de nouvelles craintes, pour Fobliger à
ne point; ‘relâcher les Chrétiens; Oros.
mane lui répond que cîest à Zgïre qu’il
a a accordé leur liberté; il ajoûte qu’il n71
pû lui refuser la consolation de voir Ne
restan pour la dernier: fois. Orosmane
sort en ordonnant à Corasmin d’obéi'r à
‘Zaïre. Corasmin dit à Nerestan qu’il va,
lui envoyer Zaïre. '.
a Après un court Monologue de Nerestan;
Zaïre arrive. Cette Scene est une des plus
belles; Neresran reproche â sa soeur le_
son qu'elle fait àla glose de se famille‘? en
. a an
= JANVIER-ï 1733-‘ r39
abandonnant la Religion de ses Peres. Zaï
re lui promet de renoncer à la Religion
des Musulmans; mais elle ne se promet;
pas à elle-même de renoncer à son amour
pour Orosmane; elle demande à Nerestan
quelle peine la Religion des Chrétiens im
poseroit à une Amante qui épouseroit
un Musulman qu’elle aimeroit; cette de.
mande fait frémir Nctestan ; Zaïre lui
confesse qu’elle aime Orosmane et qu’elle
va Pépouser; elle lui dqmande la mort
pour prixtd’un aveu dont il est irrité; ne
pouvant rien de plus , il exige d"elle avec
serment qu’elle n épousera point Orosmaä
ne avant qu'elle air été inondée de Peau sa
luraire du Baptême, et c’est ce serment qui
- pÿoduit tout Pinterêt du reste de la Piece.
un délai qu’elle
_ erestan sort pour allier fermer les yeux
à Lusignan, dont les derniers transports
ont achevé d’épuiser le peu de forces qui‘
lui restaient. Zaïre fait un Monologue
très-touchant dans lequel l’Amour et la.
Religion se combattent.
p Orosmane vient presser-Zaïre de le
rendre heureux par son Hymen‘, elle est
interdite -, il ne sçait que penser des sen
timens confus u’de lui fait paraître;
(lui demande excite sa co
1ere ; elle ne peut soutenir S011 Courroux.
et le quitte de peut de Paugmenter. ar sa,
présence. ' i G Vj ros
‘r40 MERCURE DE FR ANGE:
Orosmane ne sçait à quoi attribuer Pé-Ï
tontiantaccueil que Zaïre vient de luî
faire ', la jalousie sïntroduit dans son’
aeurs il soupçonne Zaïre et Nerestan
d'une tendre ‘intelligence; il ordonne que
le Scrrail soit fermé aux Chrétiens. '
Fatime félicite Ze1ïre,au troisième Acte,‘
du bonheur qu’elle» est prête â goûter et
qui doit être le prix des combats dont
elle est déchirée. Zaïre lui fait connaître
par tout ce qu’elle dit , combien lui coû
tera le sacrifice qu'on exige d'elle. Elle l
voudroit se jetter aux pieds d’Otosmane,
et lui faire un aveu sincere des vrais sen
timens de son coeur et des obstacles que
sa Religion oppose à. Phymen qu’il lui
offre; Fatime lui fait connoître qu’elle
cxposeroit tous les Chrétiens à la fureur
du’ Soudan par un‘ aveu si funeste.
Orosmane vient livrer u_n nouvel assaut"
"au coeur de Zaïres il lui déclare qu’une
autre va monter au Trône qu’il lui avoir
destiné, Zaïre ne peut entendre cette mek
nace sans verser des larmes; Orosmane
en est attendri, il lui dit que la‘ menacé
qu’il vient de lui fait n’étoit qu’une fein-ä
te, et qu’elle n'a ét dictée que par le
desespoir où ses injustes rcfus l’on: plon
gé; il la prie de ne plus difllerer son bon-i
heurs elle se jette à ses pieds, et le prie
9
3.
J A N V IF. R‘. 1733Z titi
I n
à son tour de lui accorder le reste de ce‘
jour pour achever de se déterminer. Otos
mane y consent malgré lui; elle le quitte;
il est frappé d'une si prompte fuite; il
s’en console pourtant par Passurance qu'il
a (‘Hêtre aimé. -
Un de ses OH-iciers vient changer cette
sécurité en désespoir; il lui présente une
Lettre qu’on vient d'intercepter ', cette
t Lettre est de Nerestan,er s’adressc à Zaïse s‘
voici ce qu’elle contient :
Clxere Zaïre , il est temps de nous voir;
Il est vers la Mosquée une secrette issuë ,
_0t‘1 vous pouvez sans bruit et sans être apperçuë,
Tromper vogsurveillans , et remplir notre espoir;
Il faut vous hazarder, vous cohnoissez mon zeley
je vous attends ; je meurs si vous nîêtes fidele.
‘La lecture de cette Lettre équivoque rea
plonge le Soudan dans la plus horrible fir
reurgil veut faire expirer Ncrestan dans les
supplices, et poignarder Zaïre; il otdon-i
ne qu’on la fasse venirî troublé, irréwolu,
il-ne sçait plusâ uoi même que Zaïreclui esst'artroêûtjeor;urisl sefidflaaltet,e
et que Net: stan n’est qu’un témetaire qui
se croit aimé, parce quîl croit mériter
de l'être ; il ordonne à Corasmin de frite
rendre ce Billet à Zaïre 5 il se ‘repent de
Pavoiq
‘rai MERCURE DE FRANCE"
Pavoir mandée; il" la veut éviter, mais’
_ inutilement. j
Dans cette Scene Zaïre sort de sa moä
deration ordinaire ; les reproches et les
menaces du Sultan , qui ne s’étoit jamais
oublié jusques-là, lui donnent‘ une no-g
ble fiertéquî n'empêche pas qu’elle ne lui
avoüë qu’elle Paime; ce dernier aveu ache
ve d’irrirer le Sultan qui la croit perfidesil
_ la congédiget se prépare à la‘ plus horrible
vengeance, quoiqu'il. avoüe qu’il Faim:
encor plus que jamais.
Au cinquième Acte Otosmane commano‘
de à un Esclave de remettre entre les mains‘
de Zaïre la fatale Lettre qui est tombée
dansles siennes ,et lui ordonne de lui ren
dre un compte fidele de tout ce quiil
aura appris.
Zaïre vient avec Fatime ', PEsclave lui"
présente la Lettre ,_ comme un garant de
sa fidelité , elle la lit et lui dit:
Allez dire au Chrétien qui marche sur vos pas i
Q3: mon coeur aujonrrÿhui ne 1c trahira pas,
Q1: Farime-en ces lieux va bien-tôt Pinrroduirt.
Zaïre sort,- l‘Esclave rend compte de
sa commission a Orosmane, ce qm de
termine ce Sultan furieux à la plus bote
rible vengeance. Zaïre revient .- ellectar:
apercevoq
J A NV I E R.‘ 1713.‘ ‘r41
appercevoir Neresran dans Pobscurité;
quelques paroles trop tendres qui lui
échappent et qui conviennent aux sen-g,
timens qu'elle a pour ce cher frere, por
tent le jaloux Orosmane à la dernierÊ
fureur; il lui plonge un poignard dans
le sein , Neresran qu’sn ‘lui amene char.
gé de fers, fait un grand cri en voyant
sa soeur qui vient d’expirer; à ce cri dou
loureux et au nom de soeur, Orosmane
recormoit son crime; Nerestan lui de.
mande la mort; Orosmane ordonne qu’on
le remette en liberté et qu'on le ren
Ÿoye chez ses patens avec tous les
Chrétiens; il plonge dans son coeur le
fatal poignard encore fumant du sang
de sa chere Zaïre. ‘ '
Il ne reste lus qu’à faire. part à no;
Lecteurs des divers jugcmens que le Pu.
blic a portez sur cette Tragédie. Tous
les suffrages sont réünis en faveur de l’in—
rerêt qui y rcgne dans tous les Actes 5 ce
lui qu’on asenti dans la reconnoissance
est le plus generalement avoüé son a sçû
bon gré à M. de Voltaire d'avoir bien
voulu descendre de I’Epiquc au Dtamaæj
tique; on trouve même qu’il a porté la
cpmplaisancc un peu loin; sa Vcrsifica
tion n'a pas paru égale par tout, et le de-î
sordrc les passion; jettent ses princi
' ' - ' paux
o‘.,.
arrajMÈkélïfls DE FRANCE
ries
. b‘
.
r,’ «ipaux Acteurs semble , dit-on , avoir pas-Α
se jusquîr ses expressions; on auroit sou
haité que le caractere qu’il a d'abord don
né à‘ son Héros ne se tût as clé-menti
jusqrÿà plonger un poignar dans le sein
de sa Maîtresse; on a beau dire que la
jalousie ‘nïst pas une passion que la rai
son puisse dompter , c’étoit à PAureur,
disent les Critiques, à ne pas donner de"
pareilles assions aux personnages dont:
1l avoir onné une idée si avantageuse;
le serment qui fait le noeud de la Piece,
ajoûtent-ils , a un caractcre dîndiscretion
qu’en ne sgauroit excuser.» Ils trouvent
aussi que les divers voyages de Neresrarr
n'ont pas encore été assez bien débrouil
lez. Les Caracteres de Lusignan , de Chê
tilion et dé Neresran , ont été-fvora
blement reçûs; pour ce.ui de Zaïre, on.
l’a trouvé fort indécis; on ne sçait pas
si elle meurt Chrétienne ou Musulmane‘;
l’amour a tousours parû sa passion do
minante , et l'on a lit-u de douter que le
mon Dim qu’elle prononce en mou_rant ,
ait pû lui tenir lieu de Baptême ou de _
Contrition zNerestan fortifie ce doute par:
ces deux Vers qu’il adresse à. Orosmane.
p
Hélas ! elle oiîerisoit notre Dieu , notre Loy,
E: ce Dieu la punit «Pavois brûlé pour roi.
« Cette
u
J ANVI Ê R‘. 1733Z '14’.
. Cette Piece a été imprimée à Roüen et
se vend à Pari: , Q4) de: Azgnsiin: ,
chez. Bauche.
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Résumé : TRAGEDIE DE ZAYRE, Extrait.
La tragédie 'Zaïre' de Voltaire a suscité un grand intérêt à la cour et dans la ville. L'intrigue se concentre sur Lustignam, dernier roi de Jérusalem, détrôné par Saladin, père d'Orosmane. Deux enfants de Lustignam survivent : un garçon et une fille, Zaïre. Élevée dans la religion musulmane, Zaïre devient l'objet de l'amour d'Orosmane. Son frère, Neresman, est également élevé dans le sérail sans connaître ses origines. Orosmane accepte de libérer Neresman en échange de la rançon de dix chevaliers chrétiens. Zaïre obtient la liberté de son père grâce à une croix et une blessure reconnaissables. Le conflit central de la pièce oppose la religion et l'amour. Zaïre promet à Neresman de ne pas épouser Orosmane avant d'être baptisée. Une lettre ambiguë déclenche la jalousie d'Orosmane, menant à une tragédie où il tue Zaïre et se donne la mort. Les critiques soulignent que Voltaire aborde des sujets philosophiques, bien que certains trouvent sa complaisance excessive. La vérification de ses principes est jugée inégale et suscite des passions. Les critiques reprochent à Voltaire d'avoir donné à son héros des expressions trop passionnées et d'avoir fait évoluer son caractère de manière excessive, notamment en le faisant passer de la jalousie à un acte violent. Ils estiment également que le serment central de la pièce est indécent et inexcusable. Les personnages de Lusignan, Chétillon et Nérestan sont bien accueillis, tandis que celui de Zaïre est perçu comme indécis. Les critiques se demandent si Zaïre meurt en tant que chrétienne ou musulmane, et doutent que son amour pour Dieu puisse remplacer un baptême ou une contrition. Nérestan renforce ce doute par des vers adressés à Orosmane. La pièce a été imprimée à Rouen et se vend à Paris chez Bauche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1638-1651
Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 18 Juillet, les Comédiens François représenterent pour la premiere fois, la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Pélopée, Comédie-Française, Thyeste, Atrée, Sostrate, Égisthe, Vers, Amour, Mort, Dieux, Fils, Eurymédon, Hymen, Père, Secours, Yeux, Vengeance, Secret, Coeur, Spectateurs, Billet
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texteReconnaissance textuelle : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 Juillet , les Comédiens François représenterent
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
Fermer
Résumé : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 juillet 1733, les Comédiens Français présentèrent pour la première fois la tragédie 'Pélopée', écrite par le Chevalier Pellegrin. La pièce, tirée des récits de Servius, Lactance et Hygin, fut accueillie avec enthousiasme. Hygin relate deux versions des événements : dans la première, Pinceste commet l'inceste volontairement après une prédiction oraculaire ; dans la seconde, Thyeste viole sa fille Pélopée sans la reconnaître. La pièce adopte cette dernière version et y ajoute des correctifs pour la décence théâtrale. Au premier acte, Sostrate, gouverneur d'Agyste, recherche le prince Ægysthe, échappé de la forêt où il a été élevé par une chèvre. Il rencontre Arcas, qui lui apprend que Thyeste, frère d'Atrée, a remporté des victoires grâce à Tyndare, roi de Sparte. Cependant, un jeune inconnu, Ægysthe, a récemment ramené la victoire à Atrée. Thyeste, désespéré, a défié ce jeune homme à un combat singulier. Sostrate reconnaît en Ægysthe son fils et cherche à l'avertir sans révéler son secret. Atrée révèle à Eurimedon que Pélopée, qu'il considère comme sa fille, est en réalité la fille de Thyeste. Il espère que le mariage de Pélopée avec Ægysthe détournera Tyndare du parti de Thyeste. Dans le second acte, Pélopée, accompagnée de Phoenice, sa confidente, attend Ægysthe. Elle révèle son mariage secret avec Thyeste et un songe prémonitoire où elle voit son fils menacé d'inceste et de parricide. Elle confie cet enfant à Sostrate, qui l'élève sans lui révéler son origine. Pélopée convainc Ægysthe de ne pas combattre Thyeste, mais Atrée, soupçonnant la vérité, ordonne à sa garde de la suivre. Au troisième acte, Thyeste, prisonnier, apprend qu'Atrée veut le tuer. Il révèle à Arbate qu'il a ordonné l'exécution de sa fille pour éviter l'inceste prédit par l'oracle. Pélopée informe Thyeste qu'Atrée propose la paix en échange de son mariage. Thyeste refuse, craignant de déshonorer Tyndare. Ægysthe, venu annoncer les menaces contre Thyeste, promet de le défendre. Atrée arrive et exige des explications d'Ægysthe, qui finit par le supplier. Dans le quatrième acte, Atrée expose son plan de vengeance, visant à faire périr ses ennemis les uns par les autres. Il feint de consentir à l'union de Pélopée et Thyeste pour manipuler Ægysthe. Ægysthe, après avoir appris que Sostrate retient Pélopée, libère Thyeste et lui révèle qu'il est son rival. Sostrate intervient alors pour révéler la vérité : Pélopée est la mère d'Ægysthe, et Atrée prévoit de tuer Ægysthe. Dans le cinquième acte, Atrée annonce à Pélopée la mort de Thyeste, mais elle révèle ensuite à Atrée que Thyeste était son époux. Ægysthe apprend alors que Thyeste est son père et que Pélopée est sa mère. Sostrate informe Ægysthe de l'arrivée des renforts de Tyndare. Finalement, Atrée, mourant, révèle à Thyeste que Pélopée est sa fille, confirmant ainsi les prédictions divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 170
« Après une courte interruption, qui a paru longue aux Sectateurs de la Comédie [...] »
Début :
Après une courte interruption, qui a paru longue aux Sectateurs de la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Coraline, Marie Anne Véronèse, Arlequin, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Après une courte interruption, qui a paru longue aux Sectateurs de la Comédie [...] »
A
Près une courte interruption , qui a
paru longue aux Sectateurs de laCom
médie Italienne , la jeune Coraline a reparu
fur le Théatre dans differentes Piéces de
Lazzis ,& fon retour a été fêté par des applaudiffemens
réiterés ..
وہ
Une Comédie , intitulée : Coraline Arlequin
, Arlequin Coraline , fut ſuivie d'un
Ballet Pittorefque , dont la repréſentation
a réjoüi infiniment les Spectateurs : en voici
le ſujet. Arlequin à la fin de la Piéce reçoit
une lettre de Bergame , qui lui apprend la
mort de toute fa famille.Un moment après
il la voit deſcendre d'une montagne ; le
Docteur ſon oncle , chargé d'une valiſe
conduit la Caravane ; les Cousins , Coufines
, Freres & Soeurs de tout âge le ſuivent
deux à deux; il les embraſſe chacun à leur
tour , & leur témoigne comiquement la
joye qu'il reffent.Ce Spectacle agréable, qui
méritoit une foule de Spectateurs , étoit
terminé par differentes Danſes , qui marquoient
l'habileté des Exécutans ,& leGé
nie du Compoſiteur.
Près une courte interruption , qui a
paru longue aux Sectateurs de laCom
médie Italienne , la jeune Coraline a reparu
fur le Théatre dans differentes Piéces de
Lazzis ,& fon retour a été fêté par des applaudiffemens
réiterés ..
وہ
Une Comédie , intitulée : Coraline Arlequin
, Arlequin Coraline , fut ſuivie d'un
Ballet Pittorefque , dont la repréſentation
a réjoüi infiniment les Spectateurs : en voici
le ſujet. Arlequin à la fin de la Piéce reçoit
une lettre de Bergame , qui lui apprend la
mort de toute fa famille.Un moment après
il la voit deſcendre d'une montagne ; le
Docteur ſon oncle , chargé d'une valiſe
conduit la Caravane ; les Cousins , Coufines
, Freres & Soeurs de tout âge le ſuivent
deux à deux; il les embraſſe chacun à leur
tour , & leur témoigne comiquement la
joye qu'il reffent.Ce Spectacle agréable, qui
méritoit une foule de Spectateurs , étoit
terminé par differentes Danſes , qui marquoient
l'habileté des Exécutans ,& leGé
nie du Compoſiteur.
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9
p. 153
« DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Début :
DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Spectateurs, Applaudissements, Violon, Spectacle, Talents
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texteReconnaissance textuelle : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
DANS ANS le dernier Mercure , à l'Article du Concert
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
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Résumé : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Le dernier numéro du Mercure a omis de mentionner M. Vogin, violoniste ayant interprété en avril un concerto de sa composition au Concert Spirituel. Sa performance a été bien accueillie par le public, confirmant ainsi les jugements positifs sur ses talents et sa capacité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
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11
p. 208-209
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON n'a point donné de nouveautés sur le Théâtre de la Comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièces, Peuple, Spectateurs, Menuet, Contredanse, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En juin 1763, le Théâtre de la Comédie Italienne n'a pas présenté de nouvelles pièces depuis le précédent volume, mais une œuvre est attendue pour célébrer la paix, avec un poème de M. Favart et une musique de M. Philidor. Le 22 juin, lors des réjouissances publiques, trois pièces ont été données gratuitement : 'Les Caquets' en trois actes, 'Le Retour d'Arlequin' en un acte, et 'Le Bucheron' en un acte, suivi du ballet des Pierrots. Cette programmation variée montre l'effort des acteurs pour offrir divers genres au public. La représentation a commencé à 11 heures du matin et s'est terminée vers 15 heures. Les spectateurs, nombreux, ont applaudi et dansé pendant les entractes et après les pièces. Malgré l'affluence, tout s'est déroulé dans l'ordre. L'ouverture du théâtre a été marquée par une symphonie de M. Dauvergne, accompagnée de timbales et de cors-de-chasse, suscitant un grand plaisir et des applaudissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 153-157
Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Début :
Nous avons déja dit que la décoration de ce feu étoit élevée au milieu de la [...]
Mots clefs :
Feu, Artifice, Ville, Spectateurs, Terrasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Defcription du Feu d'Artifice ordonné
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
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13
p. 5-15
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
Début :
LES exemples dignes d'être imités, Monsieur, ne peuvent être ni trop tôt [...]
Mots clefs :
Manière, Élèves, Spectateurs, Guerriers, Assemblée, Exercice, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIB
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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