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1
s. p.
L'AGE D'OR.
Début :
QU'êtes-vous devenu, tempes heureux, âge d'or ? [...]
Mots clefs :
Âge d'or, Nature, Plaisir, Campagne, Temps heureux
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texteReconnaissance textuelle : L'AGE D'OR.
LAGE D'O R..
U'êtes- vous devenu , temps het
reux , âge d'or ,
Où regnoient les plaisirs , amis de l'innocence ?
De ce siecle pervers, quand je vois la licence ,
Non , je n'espere plus de vous revoir encor
Temps heureux , âge d'or !
Monesprit prévenu , prend pour de beffes fables,
Ce que l'on dit de vos douceurs ;
A ij LA
S.H.P
414 MERCURE DE FRANCE.
La corruption de nos mœurs
A mes yeux obsturcis les rend presque incroïa bles.
Je les croirois plus veritables ,
Si nous étions meilleurs.
Heureux ceux que le Ciel fit naître ,
Dans le cours fortuné , d'un âge si charmant §
Leur vie étoit simple et champêtre ,
Mais ils vivoient tranquillement.
Ils étoient simples , sans bassesse ;
Champêtres , sans rusticité ,
Villageois , sans grossiereté ;
Riches , sans de grands biens , délicats sans mol-→
lesse.
Plus Philosophes que Bergers ,
Fils avoient des Moutons, le soin de les con duire ,
Leur faisoit éviter les funestes dangers
Que l'oisiveté peut produire.
Chez eux point de Palais , de rustiques maisons
Leur servoient d'habitations ;
Maisons , dont la seule nature ,
Avoit souvent conduit toute l'Architecture.
Lc
MARS. 17323- 485
Le Lait de Teurs Brebis , étoit leur nourriture
De la Laine qu'ils en tiroient
Its filloient des habits , sans argent , sans do
rure ;
La propreté faisoit la plus riche parure
Des vétemens qui les couvroïent
Modestes , sans être timides ,
Ils étoient , sans ramper , humbles dans leurs
discours ;
Des hommes fourbes et perfides ,"
Ils ignoroient encor les dangereux détours",
Hélas ! ne pouvions-nous les ignorer toujours
Les Concerts que formoient leur Musique
champêtre ,
Etoient un doux plaisir pour eux',
Dans l'Art de l'harmonie , ils avoient eu pour
Maître ,
Apollon , descendu des Cieux.
Pourquoi des sentimens si beaux , sirespectables
Des cœurs de leurs Neveux , se sont-ils effacez
Ah ! pourquoi nos Bergers ne sont-ils point sem blables , •
Aux Bergers des siecles passez ?
A inj J'auro
418 MERCURE DE FRANCE
J'aurois déja quitté là Ville ,
Pour aller vivre et mourir avec eux ;
La Campagne , séjour tranquille ,
Me serviroit de sûr azyle ,
Contre les faux attraits d'un Monde dangereux.
P. R
U'êtes- vous devenu , temps het
reux , âge d'or ,
Où regnoient les plaisirs , amis de l'innocence ?
De ce siecle pervers, quand je vois la licence ,
Non , je n'espere plus de vous revoir encor
Temps heureux , âge d'or !
Monesprit prévenu , prend pour de beffes fables,
Ce que l'on dit de vos douceurs ;
A ij LA
S.H.P
414 MERCURE DE FRANCE.
La corruption de nos mœurs
A mes yeux obsturcis les rend presque incroïa bles.
Je les croirois plus veritables ,
Si nous étions meilleurs.
Heureux ceux que le Ciel fit naître ,
Dans le cours fortuné , d'un âge si charmant §
Leur vie étoit simple et champêtre ,
Mais ils vivoient tranquillement.
Ils étoient simples , sans bassesse ;
Champêtres , sans rusticité ,
Villageois , sans grossiereté ;
Riches , sans de grands biens , délicats sans mol-→
lesse.
Plus Philosophes que Bergers ,
Fils avoient des Moutons, le soin de les con duire ,
Leur faisoit éviter les funestes dangers
Que l'oisiveté peut produire.
Chez eux point de Palais , de rustiques maisons
Leur servoient d'habitations ;
Maisons , dont la seule nature ,
Avoit souvent conduit toute l'Architecture.
Lc
MARS. 17323- 485
Le Lait de Teurs Brebis , étoit leur nourriture
De la Laine qu'ils en tiroient
Its filloient des habits , sans argent , sans do
rure ;
La propreté faisoit la plus riche parure
Des vétemens qui les couvroïent
Modestes , sans être timides ,
Ils étoient , sans ramper , humbles dans leurs
discours ;
Des hommes fourbes et perfides ,"
Ils ignoroient encor les dangereux détours",
Hélas ! ne pouvions-nous les ignorer toujours
Les Concerts que formoient leur Musique
champêtre ,
Etoient un doux plaisir pour eux',
Dans l'Art de l'harmonie , ils avoient eu pour
Maître ,
Apollon , descendu des Cieux.
Pourquoi des sentimens si beaux , sirespectables
Des cœurs de leurs Neveux , se sont-ils effacez
Ah ! pourquoi nos Bergers ne sont-ils point sem blables , •
Aux Bergers des siecles passez ?
A inj J'auro
418 MERCURE DE FRANCE
J'aurois déja quitté là Ville ,
Pour aller vivre et mourir avec eux ;
La Campagne , séjour tranquille ,
Me serviroit de sûr azyle ,
Contre les faux attraits d'un Monde dangereux.
P. R
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Résumé : L'AGE D'OR.
Le texte évoque l'âge d'or, une période idéalisée caractérisée par les plaisirs et l'innocence. Le narrateur exprime son désarroi face à la corruption des mœurs actuelles, qui rend improbable la douceur de cette époque. Il imagine une vie simple et champêtre, où les gens vivaient paisiblement, modestes et humbles, ignorant la perfidie. Leur existence était marquée par la simplicité, la propreté et la philosophie. Ils se contentaient de peu, utilisant les ressources naturelles pour leur subsistance et leur vêture. Leur musique, inspirée par Apollon, apportait un doux plaisir. Le narrateur regrette la perte de ces valeurs et aspire à vivre comme les bergers des siècles passés, loin des dangers de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 416-426
RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
Début :
Il faudroit être d'un génie bien singulier, si je [...]
Mots clefs :
Physique, Acousmate d'Ansacq, Liquide, Matière, Fermentation, Vapeurs, Mouvement, Corps
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
REPONSE aux Réflexions de M.Lalonat de Sonlaines , Avocat au Parlement de Paris , sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq , dans le Mercure de
France , du mois de Novembre 1731.
L faudroit être d'un génie bien singulier , si je me refusois à ce que M. Lalouat de Soulaines désire de moi ; sçavoir,
que je dissipe les doutes et les scrupules
Philosophiques, que mon explication de
l'Akousmate d'Ansacq a jettés dans son
esprit. Un concurrent qui en agit avec
tant d'honnêteté et de politesse , mérite
qu'on ne néglige rien pour le satisfaire.
,
J'aurai d'abord l'honneur de lui dire ,
par rapport à sa premiere observation
qu'il n'a pas lieu d'être embarassé sur ce
quej'ai dit qu'il y avoit des fermentations
froides
A
“
MARS. 1732 417
froides , s'il souhaite de s'en convaincre
il peut voir dans le Livre des Expériences Physiques , que M. Poliniere a donné
au public, la 77 Experience , où il rapporte , qu'en mettant dans l'Esprit de Vitriol du Sel armoniac , si l'on y plonge la
Boule d'un Thermométre , pendant que
ces deux choses fermentent , l'Esprit de
vin descend au même instant considérablement , ce qui est une preuve incontestable qu'il y a des Fermentations froides.
Le même Auteur en donne l'explication ,
et il dit peu après , qu'il y a long-temps
qu'on a remarqué ces Fermentations froides. On les a , ajoute- t-il , souvent regardées comme contraires à l'opinion commune, qui est , que la chaleur consiste
dans le mouvement.
Enfin, pour parler plus précisément ,
par rapport à mon systême , énoncé dans
mon Explication ; je dis , avec un Auteur
moderne , que je reconnois , ainsi que je
l'ai exposé , deux sortes de fermentations;
sçavoir , celles que j'appelle chaudes , et
qui se fontavec une chaleur sensible, telle
que celle qui me pensa autrefois brûler
les doigts , pour avoir jetté quelques
clouds de fer dans une Phiole de verre ou
j'avois mis de l'Eau-forte , et que je tenois
dans ma main & et d'autres fermentations
A iiij froides
418 MERCURE DE FRANCE
froides , c'est à-dire , qui se font sans cha
leur sensible , telle que celle du Vinaigre,
avec le Corail , les Coquillages et sembla
Bles Alcalis. C'est sur ces principes , que
j'ai attribué à la premiere sorte de fermentation, formée dans un nuage , la cause du Tonnerre ; et à la seconde , formée
aussi dans un nuage , la cause des bruits
qu'on entend quelquefois dans l'air.
En ce qui touche sa seconde Observation , j'ai dit, et je le dis encore, avec tous
les Physiciens de nos jours , que la matie
re subtile par son mouvement tourbillonant , agitant continuellement les parties
essentielles des liquides , et en mêmetemps celles qui s'y trouvent quelquefois
mélangées , quoiqu'éthérogenes , est la
seule cause de leur fluidité, et par occasion,
celle des fermentations qui se font dans
ces liquides, par le mélange de ces parties
hétérogenes qui peuvent s'y trouver. S'il
étoit vrai , comme le dit M. Laloüat de
Soulaines , que les parties des fluides fussent longues,contigues , couchées les unes
sur les autres , la matiere subtile n'ayant
qu'un libre passage entre chaque partie ,
et que ces parties n'eussent pointde pores,
comme il le veut; il s'ensuivroit , qu'à
raison de leur contiguité , étant d'ailleurs
couchées les unes sur les autres , loin de
former
MARS: 1732. 419
former des corps liquides par leur tours
billonement continuel , elles en forme
roient de solides , puisqu'elles seroient
dans le repos ; et faute d'avoir des pores ,
pour laisser passer librement la matiere
éthérée qui produit la lumiere , elles ren- droient tous les corps liquides opaques.
Je crois que M.Lalouat comprend bien
que quand j'ai parlé de la fermentation
froide du Vin et du Cidre , et que pour
l'expliquer j'ai dit , que la matiere subtile
fait seule la liquidité des fluides , et que
j'ai ajouté , qu'agitant continuellement
leurs parties grossieres et tartareuses , &c.
je n'entendois parler que du Vin et du
Cidre , desquels seuls j'expliquois la fer
mentation , et non des liquides en general , tels qu'ils peuvent être dans leur pureté essentielle. Il faut avouer qu'il s'est
glissé une faute de Copisté dans cet endroit , et qu'il devoit y avoir de ces finides , et non simplement des fluides ; mais
la chose se trouve réparée huit lignes
plus bas , où je conclus que c'est l'action
de ces parties fines contre les grossieres
qui cause la fermentation de ces liquides ,
sçavoir, du Vin et du Cidre , dont il étoit
uniquement question . -
9
Je suis surpris , que quand je dis que
les vapeurs emportent avec elles , dans
Av Pair
420 MERCURE DE FRANCE
:
Pair , quantité de parties simplementterestres , qui contiennent aussi de l'air , et
quantité d'autres , purement salines cela
ait jetté de la confusion à son égard , sur la
nature des vapeurs et de l'air car il expli
que lui- même dans sa troisième et derniere Reflexion , comment les vapeurs et
les exhalaisons s'élevent dans l'air , et je
ne crois pas qu'il ignore , qu'on entend
par vapeurs les parties aqueuses qui s'élevent dans l'air , et par les exhalaisons , les
parties terrestres qui s'y élevent de même,
soit qu'elles soient simplement terrestres
ou salines , ou sulphureuses. Je ne dis
donc que ce que tout le monde sçait , et
qu'il n'ignore pas lui- même ; car pour la
nature de l'air , j'en pense comme tous les
Physicions modernes, ainsi je ne vois pas ,
ce qui dans mes paroles , a pu jetter de la confusion , si ce n'est ce que je dis , que
les parties terrestres qui sont enlevées ,
avec les vapeurs , contiennent de l'air , et .
c'est surquoi je m'expliquerai , en répon- dant à sa troisiéme Reflexion.
Après ce que je viens d'exposer pour
servir de premier éclaircissement aux
doutes de M. Lalotat , je vais répondre
à sa premiere Refléxion , et je dis , que la
premiere consequence qu'il tire de l'idée
que je donne de la fermentation , n'est
pas
MARS. 1732. 421
pas juste ; car quoique je dise qu'il y a
des fermentations froides dans les liquides , comme je l'ai prouvé , je n'ai jamais
dit que cela arrivât quand ces liquides
étoient dans la pureté qui leur est essen❤
tielle , comme lorsque l'eau et l'air song
parfaitement purs ; mais bien quand il s'y
trouve des corps étrangers , qui mettent
obstacle au mouvement naturel et ordi
naire que la matiere subtile entretient
dans ces liquides , pour former leur li
quidité. Les liquides ne peuvent dond
pas fermenter toujours ni en toute saison;
puisqu'il n'y a pas toujours en eux des
corps qui mettent obstacle au libre mou
vement de la matiere subtile. Je n'ai garde de penser que la fermentation soit
occasionnée la matiere subtile , com- par
me il paroît me l'attribuer. Je sçai bien
que son mouvement est continuel ; j'ai
dit seulement que ce qui occasionnoit la
fermentation des liquides , tels que le vin
et le Cidre, c'étoient les parties grossieres
et tartareuses , qui, dans ces liquides ,
mettoient par occasion un obstacle au
mouvement de la matiere subtile.
Comment M. de Soulaines entend- il
que si dans les fermentations froides des
liquides , l'effet de la matiere subtile étoit
de pousser les parties les plus fines dans
A vj les
422 MERCURE DE FRANCE
les pores des plus grossieres , il s'en ensuivroit une condensation ou diminution
de volume ? Peut- il ignorer que la fe
mentation ne se fait que pourbriser , dissoudre , subtiliser et éloigner les parties
grossieres des liquides qui mettent obsta
cle au mouvement de la matiere subtile ?
Parconsequent , si les fines sont poussées
dans les pores des plus grossieres , ce n'est
pas pour y rester, mais pour les diviser
et les rompre , comme un coin qu'on enfonce violemment dans du bois l'ouvre
et le divise , la fermentation des liquides
n'y peut donc causer ni condensation
ni diminution de volume.
Pour répondre à la seconde Refléxion ,
je dis qu'elle me paroît fort inutile 3 premierement , parce que les trois inconveniens qu'il croyoit s'ensuivre de mon Systême , de la fermentation des liquides, ne
subsiste pas , comme je viens de le fairevoir. Secondement , parce que les trois
causes qu'il apporte de cette fermentation, n'ont rien de vrai-semblable qu'en
ce qui a quelque rapport à ce que j'en'
ai dit, conjointement avec tous les Physiciens modernes.
Car dans la fermentation ce n'est pas
la matiere subtile , comme il le prétend,
qui augmente son mouvement ,
il est
toujours
&
MAR S. 1732 423
toujours le même ; mais rencontrant des
obstacles dans son mouvement , c'est alors
qu'elle pousse , agite , brise , chasse ces
corps qui lui résistent , et voilà ce qui
cause le trouble qui se fait dans les li
quides pendant les fermentations. Pourquoi y chercher des parties grasses et enz trelassées ? Se trouve- til des parties gras
ses dans le vinaigre qui fermente avec le
Corail , les yeux d'Ecrevisses et sembla
bles Alcalis? Que signifie cette augmen
tation de force que prend la matiere sub
tile lorsqu'elle frappe les Globules du
second Element ? Selon tous les Cartésiens , n'est-elle pas elle- même composée du premier et du second Element ? (a)
Enfin, quel est ce corps étrangerqui pousse la matiere subtile , qu'on donne pour
troisiéme cause de la fermentation , et
qu'onsuppose plus puissant que cette mariere subtile ? J'avoue que je ne le con →
pas , et que tout cela n'est pas assez
clair et intelligible , pour me faire changer de sentiment.
nois
Je n'ai rien à dire sur la premiere Par
tic de la troisiéme Refléxion , puisqu'elle
ne sert qu'à justifier qu'il s'éleve dans
Fair des vapeurs et des exhalaisons dont
(a) Regis. Syst. de Philos. Tom. I. Part 2.
Chap. 9.
rout
424 MERCURE DE FRANCE
tout le monde convient , ce qui fait l'es
sentiel de mon Explication . Il s'agit seulement de répondre à la conclusion tirée de cette Refléxion ; sçavoir , que les
parties qui composent les vapeurs sont
trop fines pour être poreuses et pour pou,
voir parconsequent contenir de l'air. A
quoi je dirai d'abord , qu'elles ne sont
pas toûjours si fines qu'on se l'imagine ¿
puisque les parties terrestres qui s'élevent
avec les vapeurs , sont si sensibles , que
retombant avec la pluye , elles déposent
dans les Réservoirs un veritable limon
Chambon , dans ses Principes de Physique , dit qu'en Pologne on voit souvent,
pendant l'hyver le Nitre qui a été enlevé.
avec les vapeurs , tomber en forme de
nege. La même chose est aussi quelquefois arrivée à l'égard du Souffre. Wormius a donné la Relation d'une pluye
qui tomba à Copenhague le 16. May,
1646. laquelle outre l'odeur du Souffre
dont elle infectoit tout le monde , laissa..
sur la terre tant de poudre sulphureuse
qu'on la pouvoit aisément ramasser ; ce
qui démontre que les parties des corps
terrestres qui s'élevent dans l'air avec les
Vapeurs , ne sont pas toujours si fines
qu'on peut s'imaginer..
Enfin , si fines qu'elles puissent être
MARS. 17322 425
elles
pas
il faut néanmoins qu'elles soient toûjours
poreuses, car si elles ne l'étoient pas,
seroient alors exactement compactes et
solides; dans ce cas , selon les loix cons
tantes de la pesanteur respective des corps
solides et des liquides , leur petit volume
l'emporteroit de force , à raison de sa
grande solidité, sur un égal volume de l'air
qui est très- fluide ; ainsi l'air n'auroit
assez de force pour les enlever de la terre,
et beaucoup moins encore pour les soutenir su penduës dans sa masse ; comme
un morceau de bois très dur et très solide ne peut pas aisément s'élever dans
l'eau et y nâger , ainsi que fait sans peine
un morceau de liege très- poreux , quoi.
qu'il soit d'un volume égal à celui de ce
bois dur.
Or comme les particules terrestres qui '
s'élevent avec les vapeurs et qui retombent avec la pluye , ne sont pas si excessivement fines , puisqu'elles forment
un limon sensible , rien n'empêche que
leurs pores étant plus ouverts , ils ne
puissent contenir de l'air ; la facilité qu'elles ont à s'y élever et à s'y soutenir aussi
aisément qu'elles font , est une preuve,
non seulement qu'elles sont poreuses ,
mais que penetrées de l'air , il les soutient d'autant plus aisément , que son
poids
426 MERCURE DE FRANCE
poids est plus puissant que le leur.-
J'espere qu'après tous ces éclaircissemens , M. Laloüat de Soulaines sera satisfait , au moins doit-il demeurer persuadé que je n'ai rien négligé pour lui
donner des marques de ma bonne volonté à son égard; et que je suis et serai tou
jours plein d'estime pour sa capacité et
pour son mérite.
France , du mois de Novembre 1731.
L faudroit être d'un génie bien singulier , si je me refusois à ce que M. Lalouat de Soulaines désire de moi ; sçavoir,
que je dissipe les doutes et les scrupules
Philosophiques, que mon explication de
l'Akousmate d'Ansacq a jettés dans son
esprit. Un concurrent qui en agit avec
tant d'honnêteté et de politesse , mérite
qu'on ne néglige rien pour le satisfaire.
,
J'aurai d'abord l'honneur de lui dire ,
par rapport à sa premiere observation
qu'il n'a pas lieu d'être embarassé sur ce
quej'ai dit qu'il y avoit des fermentations
froides
A
“
MARS. 1732 417
froides , s'il souhaite de s'en convaincre
il peut voir dans le Livre des Expériences Physiques , que M. Poliniere a donné
au public, la 77 Experience , où il rapporte , qu'en mettant dans l'Esprit de Vitriol du Sel armoniac , si l'on y plonge la
Boule d'un Thermométre , pendant que
ces deux choses fermentent , l'Esprit de
vin descend au même instant considérablement , ce qui est une preuve incontestable qu'il y a des Fermentations froides.
Le même Auteur en donne l'explication ,
et il dit peu après , qu'il y a long-temps
qu'on a remarqué ces Fermentations froides. On les a , ajoute- t-il , souvent regardées comme contraires à l'opinion commune, qui est , que la chaleur consiste
dans le mouvement.
Enfin, pour parler plus précisément ,
par rapport à mon systême , énoncé dans
mon Explication ; je dis , avec un Auteur
moderne , que je reconnois , ainsi que je
l'ai exposé , deux sortes de fermentations;
sçavoir , celles que j'appelle chaudes , et
qui se fontavec une chaleur sensible, telle
que celle qui me pensa autrefois brûler
les doigts , pour avoir jetté quelques
clouds de fer dans une Phiole de verre ou
j'avois mis de l'Eau-forte , et que je tenois
dans ma main & et d'autres fermentations
A iiij froides
418 MERCURE DE FRANCE
froides , c'est à-dire , qui se font sans cha
leur sensible , telle que celle du Vinaigre,
avec le Corail , les Coquillages et sembla
Bles Alcalis. C'est sur ces principes , que
j'ai attribué à la premiere sorte de fermentation, formée dans un nuage , la cause du Tonnerre ; et à la seconde , formée
aussi dans un nuage , la cause des bruits
qu'on entend quelquefois dans l'air.
En ce qui touche sa seconde Observation , j'ai dit, et je le dis encore, avec tous
les Physiciens de nos jours , que la matie
re subtile par son mouvement tourbillonant , agitant continuellement les parties
essentielles des liquides , et en mêmetemps celles qui s'y trouvent quelquefois
mélangées , quoiqu'éthérogenes , est la
seule cause de leur fluidité, et par occasion,
celle des fermentations qui se font dans
ces liquides, par le mélange de ces parties
hétérogenes qui peuvent s'y trouver. S'il
étoit vrai , comme le dit M. Laloüat de
Soulaines , que les parties des fluides fussent longues,contigues , couchées les unes
sur les autres , la matiere subtile n'ayant
qu'un libre passage entre chaque partie ,
et que ces parties n'eussent pointde pores,
comme il le veut; il s'ensuivroit , qu'à
raison de leur contiguité , étant d'ailleurs
couchées les unes sur les autres , loin de
former
MARS: 1732. 419
former des corps liquides par leur tours
billonement continuel , elles en forme
roient de solides , puisqu'elles seroient
dans le repos ; et faute d'avoir des pores ,
pour laisser passer librement la matiere
éthérée qui produit la lumiere , elles ren- droient tous les corps liquides opaques.
Je crois que M.Lalouat comprend bien
que quand j'ai parlé de la fermentation
froide du Vin et du Cidre , et que pour
l'expliquer j'ai dit , que la matiere subtile
fait seule la liquidité des fluides , et que
j'ai ajouté , qu'agitant continuellement
leurs parties grossieres et tartareuses , &c.
je n'entendois parler que du Vin et du
Cidre , desquels seuls j'expliquois la fer
mentation , et non des liquides en general , tels qu'ils peuvent être dans leur pureté essentielle. Il faut avouer qu'il s'est
glissé une faute de Copisté dans cet endroit , et qu'il devoit y avoir de ces finides , et non simplement des fluides ; mais
la chose se trouve réparée huit lignes
plus bas , où je conclus que c'est l'action
de ces parties fines contre les grossieres
qui cause la fermentation de ces liquides ,
sçavoir, du Vin et du Cidre , dont il étoit
uniquement question . -
9
Je suis surpris , que quand je dis que
les vapeurs emportent avec elles , dans
Av Pair
420 MERCURE DE FRANCE
:
Pair , quantité de parties simplementterestres , qui contiennent aussi de l'air , et
quantité d'autres , purement salines cela
ait jetté de la confusion à son égard , sur la
nature des vapeurs et de l'air car il expli
que lui- même dans sa troisième et derniere Reflexion , comment les vapeurs et
les exhalaisons s'élevent dans l'air , et je
ne crois pas qu'il ignore , qu'on entend
par vapeurs les parties aqueuses qui s'élevent dans l'air , et par les exhalaisons , les
parties terrestres qui s'y élevent de même,
soit qu'elles soient simplement terrestres
ou salines , ou sulphureuses. Je ne dis
donc que ce que tout le monde sçait , et
qu'il n'ignore pas lui- même ; car pour la
nature de l'air , j'en pense comme tous les
Physicions modernes, ainsi je ne vois pas ,
ce qui dans mes paroles , a pu jetter de la confusion , si ce n'est ce que je dis , que
les parties terrestres qui sont enlevées ,
avec les vapeurs , contiennent de l'air , et .
c'est surquoi je m'expliquerai , en répon- dant à sa troisiéme Reflexion.
Après ce que je viens d'exposer pour
servir de premier éclaircissement aux
doutes de M. Lalotat , je vais répondre
à sa premiere Refléxion , et je dis , que la
premiere consequence qu'il tire de l'idée
que je donne de la fermentation , n'est
pas
MARS. 1732. 421
pas juste ; car quoique je dise qu'il y a
des fermentations froides dans les liquides , comme je l'ai prouvé , je n'ai jamais
dit que cela arrivât quand ces liquides
étoient dans la pureté qui leur est essen❤
tielle , comme lorsque l'eau et l'air song
parfaitement purs ; mais bien quand il s'y
trouve des corps étrangers , qui mettent
obstacle au mouvement naturel et ordi
naire que la matiere subtile entretient
dans ces liquides , pour former leur li
quidité. Les liquides ne peuvent dond
pas fermenter toujours ni en toute saison;
puisqu'il n'y a pas toujours en eux des
corps qui mettent obstacle au libre mou
vement de la matiere subtile. Je n'ai garde de penser que la fermentation soit
occasionnée la matiere subtile , com- par
me il paroît me l'attribuer. Je sçai bien
que son mouvement est continuel ; j'ai
dit seulement que ce qui occasionnoit la
fermentation des liquides , tels que le vin
et le Cidre, c'étoient les parties grossieres
et tartareuses , qui, dans ces liquides ,
mettoient par occasion un obstacle au
mouvement de la matiere subtile.
Comment M. de Soulaines entend- il
que si dans les fermentations froides des
liquides , l'effet de la matiere subtile étoit
de pousser les parties les plus fines dans
A vj les
422 MERCURE DE FRANCE
les pores des plus grossieres , il s'en ensuivroit une condensation ou diminution
de volume ? Peut- il ignorer que la fe
mentation ne se fait que pourbriser , dissoudre , subtiliser et éloigner les parties
grossieres des liquides qui mettent obsta
cle au mouvement de la matiere subtile ?
Parconsequent , si les fines sont poussées
dans les pores des plus grossieres , ce n'est
pas pour y rester, mais pour les diviser
et les rompre , comme un coin qu'on enfonce violemment dans du bois l'ouvre
et le divise , la fermentation des liquides
n'y peut donc causer ni condensation
ni diminution de volume.
Pour répondre à la seconde Refléxion ,
je dis qu'elle me paroît fort inutile 3 premierement , parce que les trois inconveniens qu'il croyoit s'ensuivre de mon Systême , de la fermentation des liquides, ne
subsiste pas , comme je viens de le fairevoir. Secondement , parce que les trois
causes qu'il apporte de cette fermentation, n'ont rien de vrai-semblable qu'en
ce qui a quelque rapport à ce que j'en'
ai dit, conjointement avec tous les Physiciens modernes.
Car dans la fermentation ce n'est pas
la matiere subtile , comme il le prétend,
qui augmente son mouvement ,
il est
toujours
&
MAR S. 1732 423
toujours le même ; mais rencontrant des
obstacles dans son mouvement , c'est alors
qu'elle pousse , agite , brise , chasse ces
corps qui lui résistent , et voilà ce qui
cause le trouble qui se fait dans les li
quides pendant les fermentations. Pourquoi y chercher des parties grasses et enz trelassées ? Se trouve- til des parties gras
ses dans le vinaigre qui fermente avec le
Corail , les yeux d'Ecrevisses et sembla
bles Alcalis? Que signifie cette augmen
tation de force que prend la matiere sub
tile lorsqu'elle frappe les Globules du
second Element ? Selon tous les Cartésiens , n'est-elle pas elle- même composée du premier et du second Element ? (a)
Enfin, quel est ce corps étrangerqui pousse la matiere subtile , qu'on donne pour
troisiéme cause de la fermentation , et
qu'onsuppose plus puissant que cette mariere subtile ? J'avoue que je ne le con →
pas , et que tout cela n'est pas assez
clair et intelligible , pour me faire changer de sentiment.
nois
Je n'ai rien à dire sur la premiere Par
tic de la troisiéme Refléxion , puisqu'elle
ne sert qu'à justifier qu'il s'éleve dans
Fair des vapeurs et des exhalaisons dont
(a) Regis. Syst. de Philos. Tom. I. Part 2.
Chap. 9.
rout
424 MERCURE DE FRANCE
tout le monde convient , ce qui fait l'es
sentiel de mon Explication . Il s'agit seulement de répondre à la conclusion tirée de cette Refléxion ; sçavoir , que les
parties qui composent les vapeurs sont
trop fines pour être poreuses et pour pou,
voir parconsequent contenir de l'air. A
quoi je dirai d'abord , qu'elles ne sont
pas toûjours si fines qu'on se l'imagine ¿
puisque les parties terrestres qui s'élevent
avec les vapeurs , sont si sensibles , que
retombant avec la pluye , elles déposent
dans les Réservoirs un veritable limon
Chambon , dans ses Principes de Physique , dit qu'en Pologne on voit souvent,
pendant l'hyver le Nitre qui a été enlevé.
avec les vapeurs , tomber en forme de
nege. La même chose est aussi quelquefois arrivée à l'égard du Souffre. Wormius a donné la Relation d'une pluye
qui tomba à Copenhague le 16. May,
1646. laquelle outre l'odeur du Souffre
dont elle infectoit tout le monde , laissa..
sur la terre tant de poudre sulphureuse
qu'on la pouvoit aisément ramasser ; ce
qui démontre que les parties des corps
terrestres qui s'élevent dans l'air avec les
Vapeurs , ne sont pas toujours si fines
qu'on peut s'imaginer..
Enfin , si fines qu'elles puissent être
MARS. 17322 425
elles
pas
il faut néanmoins qu'elles soient toûjours
poreuses, car si elles ne l'étoient pas,
seroient alors exactement compactes et
solides; dans ce cas , selon les loix cons
tantes de la pesanteur respective des corps
solides et des liquides , leur petit volume
l'emporteroit de force , à raison de sa
grande solidité, sur un égal volume de l'air
qui est très- fluide ; ainsi l'air n'auroit
assez de force pour les enlever de la terre,
et beaucoup moins encore pour les soutenir su penduës dans sa masse ; comme
un morceau de bois très dur et très solide ne peut pas aisément s'élever dans
l'eau et y nâger , ainsi que fait sans peine
un morceau de liege très- poreux , quoi.
qu'il soit d'un volume égal à celui de ce
bois dur.
Or comme les particules terrestres qui '
s'élevent avec les vapeurs et qui retombent avec la pluye , ne sont pas si excessivement fines , puisqu'elles forment
un limon sensible , rien n'empêche que
leurs pores étant plus ouverts , ils ne
puissent contenir de l'air ; la facilité qu'elles ont à s'y élever et à s'y soutenir aussi
aisément qu'elles font , est une preuve,
non seulement qu'elles sont poreuses ,
mais que penetrées de l'air , il les soutient d'autant plus aisément , que son
poids
426 MERCURE DE FRANCE
poids est plus puissant que le leur.-
J'espere qu'après tous ces éclaircissemens , M. Laloüat de Soulaines sera satisfait , au moins doit-il demeurer persuadé que je n'ai rien négligé pour lui
donner des marques de ma bonne volonté à son égard; et que je suis et serai tou
jours plein d'estime pour sa capacité et
pour son mérite.
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Résumé : RÉPONSE aux Réflexions de M. Laloüat de Soulaines, Avocat au Parlement de Paris, sur l'Explication Physique que M. Capperon a donnée de l'Akousmate d'Ansacq, dans le Mercure de France, du mois de Novembre 1731.
Le texte est une réponse de M. Capperon aux réflexions de M. Lalouat de Soulaines concernant l'explication physique de l'Akousmate d'Ansacq, publiée dans le Mercure de France en novembre 1731. Capperon reconnaît l'honnêteté et la politesse de Soulaines et accepte de dissiper les doutes philosophiques soulevés. Capperon commence par aborder la question des fermentations froides, qu'il justifie en se référant à des expériences décrites par M. Poliniere. Il distingue deux types de fermentations : les fermentations chaudes, accompagnées de chaleur sensible, et les fermentations froides, sans chaleur sensible, comme celles du vinaigre avec le corail ou les coquillages. Il attribue au premier type la cause du tonnerre et au second, les bruits dans l'air. Ensuite, Capperon discute de la matière subtile et son rôle dans la fluidité des liquides et les fermentations. Il réfute l'idée que les parties des fluides soient longues et contiguës, ce qui empêcherait leur fluidité et les rendrait opaques. Il précise que ses explications sur la fermentation du vin et du cidre ne concernent pas les liquides en général mais ces liquides spécifiques. Capperon s'étonne que Soulaines ait été confus par sa description des vapeurs et de l'air, soulignant que les vapeurs contiennent des parties terrestres et salines. Il explique que les particules terrestres, bien que fines, sont poreuses et peuvent contenir de l'air, ce qui leur permet de s'élever et de se maintenir dans l'atmosphère. Enfin, Capperon espère que ces éclaircissements satisferont Soulaines et réaffirme son estime pour sa capacité et son mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 426-429
IDILE.
Début :
Plus mon coeur amoureux vous presse de vous rendre, [...]
Mots clefs :
Tircis, Aminte, Bergère, Amour, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDILE.
I DILE.-
Tircis.
Lus mon cœur amoureux vous presse de vous s
rendre ,
Plus le vôtre abusé , s'obstine à se deffendre ,
Ainsi coulent nos plus beaux jours ;
Aminte.
Le Dieu d'amour fait trop verser de larmes;
Tircis.
Pour échapper au pouvoir de ses charmes
Vous cherchez mille vains détours.
Aminte.
Du doux Tyran qui cherche à me surprend
Je crains le dangereux poison ;
Je le fuis ; ai-je tort d'opposer ma raison ,
Auxpieges qu'il voudroit me tendre ?
Tircis
MARS. 17328 427
Tircis.
Bergere , craignez moins de vous y laisser
prendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et tendre !
L'Amour a des attraits qu'il faut avoir goutez
Pour pouvoir les comprendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et
tendre!
Ensemble.
Il faut chercher à se guérir ,
Des maux que cause une inhumaine ?
Plutôt que de mourir ,
On doit briser sa chaîne.
Tircis.
Mais si le puissant Dieu , Maître de l'Univers
Qui d'un coup de sa foudre,
Mit les Titans en poudre ,-
Tout inconstant qu'il est , vouloit porter vos fers
Pour venir sur l'herbette ,
Vous parler d'amourette ,
S'il quittoit sa brillante Cour;
Si pour gage dé son'amour ,
Il vous offroit un Sceptre au lieu d'une houlette,
Al'attrait d'un bonheur si doux, si glorieux,
Votre cœur pourroit- il ... , .
Aminte
428 MERCURE DE FRANCE
Aminte.
Ah! s'il étoit possible ,
Qu'Amour rendît mon cœur sensible ,
Le plus puissant de tous les Dieux,
Ne seroit pas l'Amant qui me plairoit le mieux,
Tircis
Que cet aveu flatte mon ame !
Le doux et tendre espoir qui conduit au plaisir ,
Aidé par l'amoureux desir ,
S'efforce à s'expliquer en faveur de ma flamme ;
Mais ce n'est point de l'espoir séducteur >
Aminte, c'est de vous que je voudrois apprendre
Qui seroit ce Rival si rempli de bonheur ,
Qui mieux que Jupiter auroit droit de prétendre
A l'Empire de votre cœur.
Aminte.
Un Berger fidele et tendre ,
S'il me pouvoit jurer une éternelle ardeur.
Tircis.
Je ne connoissois pas mon plus parfait bonheur ;
Aminte , vous m'aimiez vous chérissiez ma flamme !
Et je vous accusois d'une injuste rigueur 1
Ah ! si j'avois plutôt reconnu mon erreur
Que j'aurois épargné de tourmens à mon amèr
Mortelle Divinité,
Bergere
MARS. 1732. 429
Bergere que j'adore ,
'Ah ! vous m'ôtez ma liberté ,
Par des charmes plus doux encore,
Que l'éclat de la beauté.
Aminte.
In vous plaignant de ma froideurextrême ,
Berger , vous parliez autrement.
Tircis.
Si je ne parlois pas de même ;
C'est dans l'excès de mon toutment.
Ensemble.
Ledoux Ruisseau qui coule dans la Plaine ,
Suit son penchant , s'abandonne à son cours;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine ;
Aimons , allons où le desir nous mene;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours ;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine;
Aimons , allons où le desir nous mene ;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours.
Par M. de Balmary de Cabors,
Tircis.
Lus mon cœur amoureux vous presse de vous s
rendre ,
Plus le vôtre abusé , s'obstine à se deffendre ,
Ainsi coulent nos plus beaux jours ;
Aminte.
Le Dieu d'amour fait trop verser de larmes;
Tircis.
Pour échapper au pouvoir de ses charmes
Vous cherchez mille vains détours.
Aminte.
Du doux Tyran qui cherche à me surprend
Je crains le dangereux poison ;
Je le fuis ; ai-je tort d'opposer ma raison ,
Auxpieges qu'il voudroit me tendre ?
Tircis
MARS. 17328 427
Tircis.
Bergere , craignez moins de vous y laisser
prendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et tendre !
L'Amour a des attraits qu'il faut avoir goutez
Pour pouvoir les comprendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et
tendre!
Ensemble.
Il faut chercher à se guérir ,
Des maux que cause une inhumaine ?
Plutôt que de mourir ,
On doit briser sa chaîne.
Tircis.
Mais si le puissant Dieu , Maître de l'Univers
Qui d'un coup de sa foudre,
Mit les Titans en poudre ,-
Tout inconstant qu'il est , vouloit porter vos fers
Pour venir sur l'herbette ,
Vous parler d'amourette ,
S'il quittoit sa brillante Cour;
Si pour gage dé son'amour ,
Il vous offroit un Sceptre au lieu d'une houlette,
Al'attrait d'un bonheur si doux, si glorieux,
Votre cœur pourroit- il ... , .
Aminte
428 MERCURE DE FRANCE
Aminte.
Ah! s'il étoit possible ,
Qu'Amour rendît mon cœur sensible ,
Le plus puissant de tous les Dieux,
Ne seroit pas l'Amant qui me plairoit le mieux,
Tircis
Que cet aveu flatte mon ame !
Le doux et tendre espoir qui conduit au plaisir ,
Aidé par l'amoureux desir ,
S'efforce à s'expliquer en faveur de ma flamme ;
Mais ce n'est point de l'espoir séducteur >
Aminte, c'est de vous que je voudrois apprendre
Qui seroit ce Rival si rempli de bonheur ,
Qui mieux que Jupiter auroit droit de prétendre
A l'Empire de votre cœur.
Aminte.
Un Berger fidele et tendre ,
S'il me pouvoit jurer une éternelle ardeur.
Tircis.
Je ne connoissois pas mon plus parfait bonheur ;
Aminte , vous m'aimiez vous chérissiez ma flamme !
Et je vous accusois d'une injuste rigueur 1
Ah ! si j'avois plutôt reconnu mon erreur
Que j'aurois épargné de tourmens à mon amèr
Mortelle Divinité,
Bergere
MARS. 1732. 429
Bergere que j'adore ,
'Ah ! vous m'ôtez ma liberté ,
Par des charmes plus doux encore,
Que l'éclat de la beauté.
Aminte.
In vous plaignant de ma froideurextrême ,
Berger , vous parliez autrement.
Tircis.
Si je ne parlois pas de même ;
C'est dans l'excès de mon toutment.
Ensemble.
Ledoux Ruisseau qui coule dans la Plaine ,
Suit son penchant , s'abandonne à son cours;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine ;
Aimons , allons où le desir nous mene;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours ;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine;
Aimons , allons où le desir nous mene ;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours.
Par M. de Balmary de Cabors,
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Résumé : IDILE.
Le texte relate un dialogue entre Tircis et Aminte, deux personnages amoureux. Tircis souhaite rejoindre Aminte, mais celle-ci hésite, craignant les dangers de l'amour. Tircis vante les plaisirs de l'amour avec un berger fidèle et tendre. Aminte, bien que touchée, exprime ses doutes. Tircis imagine ensuite Jupiter déclarant son amour à Aminte, mais elle préfère un berger fidèle. Tircis, flatté, demande qui est ce rival. Aminte souhaite un berger capable de lui jurer un amour éternel. Tircis regrette ses erreurs passées et avoue son amour. Le dialogue se conclut par une réflexion sur la liberté et le désir, les personnages souhaitant suivre leurs penchants naturels et vivre leurs amours librement, loin des contraintes.
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4
p. 430-434
LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
Début :
Pour l'intelligence de cette Lettre, il faut sçavoir que [...]
Mots clefs :
Eaux , Nouvelle source, Barèges, Bains de Barège, Guérisons extraordinaires, Minéraux, Analyse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
LETTRE de M. de Couffilts , Medecin
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
de Barege , écrite à M. Chevillard
Fontainier du Roy , sur la Découverte ´
d'une nouvelle Source , &c..
Our l'intelligence de cette Lettre , il Pourfaut sçavoir que les Eaux de Barege ,
dans les Pyrenées , dont les excellentes
qualitez et les merveilleux effets ne sont
ignorez de personne , se perdoient depuis quelque temps , et sembloient , pour
ainsi- dire , vouloir rentrer dans le sein
de la Terre. M. Dangervilliers en ayant
eû avis et sçachant combien ces Eaux sont
particulierement salutaires aux Officiers
et à tous les gens de guerre qui exposent leur vie pour le service du Roy
pria M. le Duc d'Antin , de jetter les yeux
sur quelque personne habile et entenduë
sur le fait des Eaux , capable de faire la
recherche en question et le rétablissement
parfait des Bains de Barege. Le Duc d'Antin lui envoya aussi- tôt le sieur Chevillard , Fontainier du Roy à Meudon , d'une capacité reconnue , lequel partit pour
les Pyrenées au mois de Juin dernier
et fut de retour au mois de Septembre ,
après
MARS. 17320 431
après avoir fait , non-seulement la recherche et la réunion des anciennes Eaux en
plus grande abondance qu'auparavant ,
mais encore la découverte heureuse d'une
nouvelle Source qui a déja operé des guérisons extraordinaires et presque subites.'
C'est de quoi M. Couffilts , Medecin des
Eaux de Barege , instruit le sieur Chevillard par la Lettre qu'on va lire.
Le succès de vos peines et de votre
Ouvrage en ce Pays- cy , Monsieur , st
trop grand , sur tout par la découverte
que vous avez faite de la Source Minerale qui produit tous les jours des effets
admirables , pour ne vous pas informer
des heureuses suites de vore travail . Je
vous dirai d'abord que l'Eau de la nouvelle Source a un grand gout de fer et
de souffre ; j'estime qu'elle charrie d'autres Mineraux , mais qui sont si bien liez
ensemble , qu'on ne peut guere les distinguer par le goût ni par l'odorat , les
premiers etant dominants , ce qui mérite
qu'on en fasse faire l'Analyse par quelque
habile Artiste.
A l'égard des effets , cette Eau purge
des uns par les premieres voyes , par les
urines et par les transpiration ; elle fait
vomir les autres et les soulage de même,
donnant à tous un grand appetit.
Ma
432 MERCURE DE FRANCE
Ma Lettre seroit trop longue si je vous
faisois l'énumeration de toutes les guérisons parfaites qui sont de ma connoissance ; des Malades sur tout qui avoient
des obstructions aux Visceres. Je me contenterai de vous parler sommairement de
trois personnes.
La premiere est un Prêtre Arragonois
de la Ville d'Aorle , que la réputation de
la nouvelle Source a fait venir ici. Il
souffroit depuis long-temps d'une tumeur squirreuse au foye , et avoit tenté
inutilement tous les Remedes de la Medecine Espagnole. Après neufjours d'usage de ces Eaux , pendant lesquels je
purgeai deux fois le Malade avec la Rhu
barbe et la Mane seulement , la tumeur
s'est entierement fonduë , et il s'est retiré
parfaitement guéri. J'ai reçû depuis peu
une de ses Lettres , par laquelle il me
marque qu'il jouit d'une santé parfaite
et qu'il doit sa guérison aux Eaux de cette
Source.
En second lieu , un Domestique du
Comte de Montaigu , atteint depuis
long- temps d'une maladie de langueur
qui l'avoit rendu éthique , à cause , sans
doute , des obstructions de ses Visceres ,
ayant accompagné son Maître à Barege
fur conseillé de boire aussi de cette Eau,
ce
MARS. 1132. 433
S
S
ce qu'il a pratiqué avec tant de succès ,
qu'il a été pareillement et radicalement
guéri.
>
Enfin le sieur Gertoux , Marchand et
Habitant de la Valée d'Aure , qui souffroit des Obstructions considerables au
Foye et au Pancreas se trouvant aux
Eaux de Bagneres , qu'il prenoit sans aucun succès , les quitta pour venir essayer
de cette nouvelle Source; je n'osai pas
le lui conseiller, voyant sa bile répanpar tout le corps , et craignant quelfâcheux accident ; cependant au bout
de huit jours d'usage de cette Eau, ils'apperçut comme moi , que la bile avoit
repris sa circulation naturelle , et que les
Obstructions étoient fondues par la force
des Mineraux ; en un mot, il s'est retire
en parfaite santé.
duë
que
Jay crû, Monsieur , devoir vous faire
će petit détail pour votre satisfaction particuliere et pour l'interêt du Public , qui
ne sçauroit trop tôt être informé des ef
fets merveilleux de cette nouvelle Découverte. Je suis , &c.
A Lus en Barege , le 2. Novembre 1781,
Nous invitons M. Couffilts , au nom
du Public , de travailler ou de faire travailler le plutôt qu'il lui sera possible
434 MERCURE DE FRANCE
à l'Analyse de ces Eaux , Operation dont
il reconnoît lui- même la necessité , et
que nous publierons avec plaisir , s'il veut
bien nous en faire part.
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Résumé : LETTRE de M. de Couffilts, Medecin de Barege, écrite à M. Chevillard, Fontainier du Roy, sur la Découverte d'une nouvelle Source, &c.
La lettre de M. de Couffilts, médecin des Eaux de Barege, adressée à M. Chevillard, fontainier du Roy, rapporte la découverte d'une nouvelle source à Barege. Les Eaux de Barege, réputées pour leurs vertus thérapeutiques, avaient cessé de couler, ce qui inquiétait M. Dangervilliers en raison de leurs bienfaits pour les officiers et les soldats. À la demande de M. Dangervilliers, le Duc d'Antin envoya M. Chevillard enquêter sur place. Chevillard se rendit à Barege en juin et revint en septembre, ayant non seulement restauré les anciennes sources, mais aussi découvert une nouvelle source minérale aux effets remarquables. L'eau de cette nouvelle source présente un goût prononcé de fer et de soufre et contient probablement d'autres minéraux. Elle possède des propriétés purgatives, stimule l'appétit et soulage divers maux. M. Couffilts mentionne plusieurs guérisons spectaculaires, notamment celle d'un prêtre souffrant d'une tumeur au foie, d'un domestique atteint de langueur, et d'un marchand souffrant d'obstructions au foie et au pancréas. Ces guérisons rapides et complètes attestent de l'efficacité de la nouvelle source. M. Couffilts suggère de réaliser une analyse chimique des eaux pour mieux comprendre leurs propriétés.
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5
p. 434-437
EPITAPHE Du Frere Hilarion, Capucin au Convent du Croisic, en Bretagne. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, à son Oncle, M. de P** A** Conseiller du Roy, Pere spirituel des Capucins du Croisic.
Début :
Cy gist le Frere Hilarion ; [...]
Mots clefs :
Frère capucin, Mort, Couvent, Oncle
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texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE Du Frere Hilarion, Capucin au Convent du Croisic, en Bretagne. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, à son Oncle, M. de P** A** Conseiller du Roy, Pere spirituel des Capucins du Croisic.
EPITAPHE
Du Frere Hilarion , Capucin au Convent
du Croisic , en Bretagne. Par Me de
Malcrais de la Vigne , à son Oncle,
M. de P. ** A ** Conseiller du Roy,
Pere spirituel des Capucins du Croisico
Cy gist le Frere Hilarion §
C'étoit un digne Personnage.
Nul autre avec tant d'avantage,
N'honora sa Profession.
Encloîtré dès son plus jeune âge ,
Ce fut dans l'Ordre Capucin ,
Qu'il mit ses talens en usage.
Sans impudence il fut badin;
Sans être Cafard il fut sages
Mérite assurément divin ;
Chez le Capuchonné Lignage.
Il ne fit jamais du Latin ,
Le long er dur apprentissage ;
Mais à l'aide de maint lopin,
Qu'il
MARS. 1732. 435
•
Qu'il goboit par fois au passage,
Et qu'il citoit sans jargonnage
On l'eût prit pour un Calepin.
Pour peu qu'il eût sçû davantage,
Du Convent on l'eût fait Gardien ;
Et certes plus homme de bien ,
Ne méritoit ce haut étage.
Il attiroit par beau langage,
Froment , Orge , Avoine au Moulin.
Et la Cloche au premier dreliu ,
Lui disoit si c'étoit du pain ,
Qu'on apportoit, ou du Fromage ;
Fût-il à manger son Potage ,
A la porte il voloit soudain.
Et Froc à bas , d'un front serain ,
Recevoit le friand message ;
Puis demandoit d'un air humain ,
Comment fait- on dans le ménage?
Le monde au Logis est-il sain ?
Votre Procès va- t'il son train ?
Que dit-on dans le voisinage ?
O le beau temps ! point de nuage ,
Le Soleil se leve matin.
L'Almanach Nantois ,
pour certain ,
Promet , s'il ne vient point d'Orage ,
Un Eté fertile en tout grain ,
Une Automne abondante en vin.
Le Printemps l'est en Pâturage.
B D'ailleurs
1
426 MERCURE DE FRANCE
D'ailleurs le Proverbe ou l'Adage ,
Dit que gras Avril et chaud May
Amenent le Bled au balay ;
Mais , mon Dieu , qu'à notre dommage
S'est changé le temps ancien
Le Peuple est devenu Payen ,
Et de la Ville et du Village
Il ne nous vient presque plus rien
Ni provision , ni chauffage.
Aujourd'hui nous mourrions de faim ,
Si votre bienfaisante main,
N'avoit apporté son suffrage.
Puis adieu , bon jour , grandmerci,
Le Donneur retournoit ainsi ,
Très-satisfait de son voyage..
Il étoit Portier , Cuisinier ,
Sommelier , Quêteur , Jardinier ,
Tous les Arts furent son partage ,
Sa mort m'a causé des regrets ,
Je l'aimois pour son caractere ,
Et de mes intimes secrets ,
Il fut souvent dépositaire.
Combien de notre Hilarion ,
A tous ceux de sa Nation ,
Sa perte a dû paroître amere !
Quoique cet excellent garçon ,
Dans l'Ordre n'ait été qu'un Frere ,
Il pouvoit être, avec raison ,
Des
Des
SAIS
CARAL 2
EIA
Æ
SPFAV
A AV
T
MARS. 17328 437
Des autres appellé le Pere.
Cher Oncle , Pere et Défenseur
Des Capucins de cette Ville ,
Toi, qui d'une aumône fertile ,
Fais sur eux pleuvoir la douceur ,
Examine si dans mon stile ,
J'ai sçu faire un Portrait naif,
Du Frere aimable , à qui la vie ,
Par le sort fut trop tôt ravie ;
J'ai laissé le genre plaintif ,
"Et suivi le récreatif,
Pour bannir ma mélancolie.
Du Frere Hilarion , Capucin au Convent
du Croisic , en Bretagne. Par Me de
Malcrais de la Vigne , à son Oncle,
M. de P. ** A ** Conseiller du Roy,
Pere spirituel des Capucins du Croisico
Cy gist le Frere Hilarion §
C'étoit un digne Personnage.
Nul autre avec tant d'avantage,
N'honora sa Profession.
Encloîtré dès son plus jeune âge ,
Ce fut dans l'Ordre Capucin ,
Qu'il mit ses talens en usage.
Sans impudence il fut badin;
Sans être Cafard il fut sages
Mérite assurément divin ;
Chez le Capuchonné Lignage.
Il ne fit jamais du Latin ,
Le long er dur apprentissage ;
Mais à l'aide de maint lopin,
Qu'il
MARS. 1732. 435
•
Qu'il goboit par fois au passage,
Et qu'il citoit sans jargonnage
On l'eût prit pour un Calepin.
Pour peu qu'il eût sçû davantage,
Du Convent on l'eût fait Gardien ;
Et certes plus homme de bien ,
Ne méritoit ce haut étage.
Il attiroit par beau langage,
Froment , Orge , Avoine au Moulin.
Et la Cloche au premier dreliu ,
Lui disoit si c'étoit du pain ,
Qu'on apportoit, ou du Fromage ;
Fût-il à manger son Potage ,
A la porte il voloit soudain.
Et Froc à bas , d'un front serain ,
Recevoit le friand message ;
Puis demandoit d'un air humain ,
Comment fait- on dans le ménage?
Le monde au Logis est-il sain ?
Votre Procès va- t'il son train ?
Que dit-on dans le voisinage ?
O le beau temps ! point de nuage ,
Le Soleil se leve matin.
L'Almanach Nantois ,
pour certain ,
Promet , s'il ne vient point d'Orage ,
Un Eté fertile en tout grain ,
Une Automne abondante en vin.
Le Printemps l'est en Pâturage.
B D'ailleurs
1
426 MERCURE DE FRANCE
D'ailleurs le Proverbe ou l'Adage ,
Dit que gras Avril et chaud May
Amenent le Bled au balay ;
Mais , mon Dieu , qu'à notre dommage
S'est changé le temps ancien
Le Peuple est devenu Payen ,
Et de la Ville et du Village
Il ne nous vient presque plus rien
Ni provision , ni chauffage.
Aujourd'hui nous mourrions de faim ,
Si votre bienfaisante main,
N'avoit apporté son suffrage.
Puis adieu , bon jour , grandmerci,
Le Donneur retournoit ainsi ,
Très-satisfait de son voyage..
Il étoit Portier , Cuisinier ,
Sommelier , Quêteur , Jardinier ,
Tous les Arts furent son partage ,
Sa mort m'a causé des regrets ,
Je l'aimois pour son caractere ,
Et de mes intimes secrets ,
Il fut souvent dépositaire.
Combien de notre Hilarion ,
A tous ceux de sa Nation ,
Sa perte a dû paroître amere !
Quoique cet excellent garçon ,
Dans l'Ordre n'ait été qu'un Frere ,
Il pouvoit être, avec raison ,
Des
Des
SAIS
CARAL 2
EIA
Æ
SPFAV
A AV
T
MARS. 17328 437
Des autres appellé le Pere.
Cher Oncle , Pere et Défenseur
Des Capucins de cette Ville ,
Toi, qui d'une aumône fertile ,
Fais sur eux pleuvoir la douceur ,
Examine si dans mon stile ,
J'ai sçu faire un Portrait naif,
Du Frere aimable , à qui la vie ,
Par le sort fut trop tôt ravie ;
J'ai laissé le genre plaintif ,
"Et suivi le récreatif,
Pour bannir ma mélancolie.
Fermer
Résumé : EPITAPHE Du Frere Hilarion, Capucin au Convent du Croisic, en Bretagne. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, à son Oncle, M. de P** A** Conseiller du Roy, Pere spirituel des Capucins du Croisic.
L'épitaphe rend hommage au Frère Hilarion, un capucin du couvent du Croisic en Bretagne. Rédigée par Me de Malcrais de la Vigne pour son oncle, M. de P. ** A **, conseiller du roi et père spirituel des capucins, elle loue les qualités et les actions du Frère Hilarion. Entré dans l'ordre capucin dès son jeune âge, il se distinguait par son caractère badin et sage. Bien qu'il n'ait pas reçu de formation en latin, il maîtrisait suffisamment la langue pour être apprécié. Polyvalent, il remplissait divers rôles au couvent, tels que portier, cuisinier, sommelier, quêteur et jardinier. Il était également connu pour son accueil chaleureux et ses conversations engageantes avec les visiteurs, qui apportaient souvent des provisions au couvent. Sa mort a été perçue comme une grande perte pour la communauté. L'auteur exprime ses regrets et souligne l'importance du Frère Hilarion, malgré son statut de frère et non de père dans l'ordre. L'épitaphe se conclut par une réflexion sur la générosité de l'oncle envers les capucins et sur le choix de l'auteur de présenter un portrait réjouissant plutôt que plaintif du défunt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 437-452
EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
Monseigneur, L'accüeil dont V.A.S. m'a honoré à mon [...]
Mots clefs :
Médaille antique, Carausius, Tutele, Figure, Légende, Cote, Divinité, Empereur, Temple
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Medaille
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
MARS J
es
1-
de
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E.AE
fé
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uni
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côté
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aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
|-
ai
es
ur
at
is,
ela
éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
450
S
n
je
le
He
us
Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
antique très singuliere de Carausius ,
Empereur des anciens Bretons , au temps de Diocletien et de Maximien-Hercule ,
adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine,
Prince Souverain de Dombes , &c. Par
M. Genebrier , Docteur en Medecine.
MONSEIGNEUR,
L'accueil dont V. A. S. m'a honoré à
mon retour d'Angleterre , la maniere distinguée dont elle a b en voulu me communiquer elle-même , et à Versailles et
Bij à
38 MERCURE DE FRANCE
à Sceaux , ses differens Cabinets de Mé,
dailles antiques , et la permission qu'elle
m'a accordée de décrire celles qui pou
voient entrer dans mes vûës Litteraires
sont des effets d'unebonté digne deV.A.S
mais trop marquez pour moi , pour ne
pas rechercher l'occasion de les publier.
' ose donc mefatter , Monseigneur , que
V. A. S. ne trouvera pas mauvais que je
fasse paroître cet Ecrit sous vos auspices.
Je l'ai composé au sujet d'une Médaille
antique du Héros bes Bretons , dont j'ai
déja eu l'honneur d'entretenir V. A, S.
Cette Médaille interesse particulierement
la gloire d'une de nos plus anciennes
Villes de France , Ville autrefois et encore aujourd'hui très celebre , et qui
étant la Capitale du Gouvernement de
Monseigneur le Comte d'Eu , Prince qui
marche si dignement sur vos traces , doit
aussi interesser V. A. S.
Cette Médaille est de petit bronze et
assez bien conservée , elle est d'un Métail jaune , qui est rare dans les Médailles
de ce temps- là . Je la croyois d'abord unique , mais M. l'Abbé de Rothelin en a
trouvé depuis peu une autre qui n'est que
de cuivre rouge. Elle représente d'un côté
la tête de l'Empereur Carausius , couronnée de rayons , avec la Légende ordinaire.
Imp
MARS J
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1-
de
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E.AE
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côté
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aire
Imp.
>
. 1732 439
Imp. Carausius P. F. Aug. Et au revers
pour Legende , Tutela Aug. La Tutele
d'Auguste. Pour Type la figure d'une
femme debout , tournée du côté droit
vétuë d'une robe longue abbattue , don't
ún bout ramené du côté droit par devant et retroussé sur le bras gauche , va
encore descendre jusqu'aux pieds. Certe
figure tient de la main droite une patere
sur un Autel où il y a du feu , et de la
gauche elle soutient par le bas une Corne
d'abondance , couchée sur le bras du mê- me côté.
Parmi beaucoup de Médailles antiques
que j'ai vûës dans un assez grand nombre de Cabinets en differens Royaumes,
par ordre et sous les auspices de S. A. R.
feuë Madame , et que j'ai décrites , je
n'en ai jamais trouvé que deux differentes du haut Empire , avec la Legende
TVTELA , &C.
La premiere est une Médaille de Vespasien , et la seconde de Nerva.
Au revers de la Médaille de Vespasien , il y a pour Legende Tutela Augusti S. C. et pour Type , la figure d'une
femme assise , tournée du côté droit , qui
impose la main droite sur la tête de Tite,
qui est devant elle au côté droit , ayant
fe bras gauche négligemment appuyé sur
Biij les
440 MERCURE DE FRANCE
les épaules de Domitien , qui est aussi
debout de l'autre côté , la face tournée
differemment. Ce qui nous marque que
ces deux jeunes Princes s'étoient , pour ainsi dire voüés à cette Divinité Tutele
et qu'ils s'étoient mis sous sa protection.
3
Au revers de la Médaille de Nerva ,
il y a pour Legende Tutela Italia S. C.
La Tutele de l'Italie. Pour Type , la figure de l'Empereur assis , de gauche à
droite , sur une Chaise Curule , qui tend
la main droite à deux petits enfans , garçon et fille , qui sont debout à ses pieds ,
et qui lui sont présentez par l'Italie personifiée sous la figure d'une femme aussi
debout derriere eux , pour faire entendre
que ce Prince s'étoit déclaré le Pere et le
Protecteur des enfans orphelins de l'un
et l'autre Sexe, C'est ce qui paroît confirmé par un Passage de Xiphilin , * qui
rapporte que ce Prince assigna des Terres
estimées quinze cent mille dragmes pour
la subsistance des Citoyens qui étoient
dans la necessité.
A l'égard de la Médaille de Carausius,
il- y a pour Legende au revers , Tutela
Aug. à peu près comme dans la Médaille de Vespasien , et non pas Tutela
Italia , comme dans celle de Nerva ; mais
* Dans la Vie de Nerva.
au
MARS. 17321 441
e
|-
ai
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ur
at
is,
ela
éela
ais
au
au lieu que sur la Médaille de Vespasien,
on y voit trois figures représentées , et
que sur celle de Nerva , on en voit quatre,
il ne se trouve qu'une seule figure sur
la Médaille de Carausius , comme je l'ai
décrite au commencement; ce qui forme
un troisiéme Type different sur les Médailles de ce genre.
Boissart , dans le troisiéme Tome de
ses Antiquitez , nous a donné la figure
de la Déesse Tutilina , sous l'habit d'une
venerable Matrone debout , le derriere
de la tête voilé , dont la robe descend
jusques aux pieds. On voit au côté droit
auprès d'elle un tronc d'arbre qu'un Serpent entortille ; et au-dessous de la figure est écrit en gros caractere , TVTILINAE. S, ce qui nous apprend que la figure qui est représentée sur ce bas- relief,
avoit été consacrée à la Tutiline sous ce
Type. *
Cette Divinité avoit un Autel à Rome
sur le Mont Aventin , comme Varron le
remarque dans sa Ménippée. Cette der-
* S. Augustin , dans le 4. Livre de la Cité de
Dieu , Chap. 8. fait mention de la Déesse Tutiline , comme de la Sur- Intendante des Grains
après la récolte. Frumentis vero collectis atque reconditis , ut tutò servarentur Deam Tutilinam praposuerunt.
B iiij niere
442 MERCURE DE FRANCE
niere figure est encore differente de celle
qui est représentée sur notre Médaille de
Carausius , elle ne ressemble point non
plus à la figure de la Tutele qui est sur
la Médaille de Vespasien , où cette Divinité est assise dans une attitude majestueuse , ayant deux jeunes Princes debout à ses côtez.
Pour ce qui regarde la Médaille de
Nerva, ce n'est point la Divinité Tutele
qui est représentée sur son revers ; c'est
l'Empereur Nerva lui- même qui y est
appellé la Tutele de l'Italie , et avec jus- tice , pour les raisons que nous avons rapportées plus haut.
Ainsi le Type de la Médaille de Carausius avec TVTELA AVG..ne revient à aucun de tous ces Types. C'est , comme on
l'a dit , une figure toute particuliere. Elle
sacrifie sur un Autel , où il y a du feu ,
sur lequel elle répand une Patere pleine
de quelque liqueur propre au Sacrifice ,
tenant de la main gauche une Corne d'abondance.
Ne seroit- ce point là , Monseigneur
le Génie Tutelaire de la Ville et du Port
de Boulogne sur l'Ocean , ou bien celui
de la Ville et du Port de Bourdeaux ?
Ce sont , comme V.A.S. le sçait, deux
Ports et deux Villes qui ont été autrefois
MARS. 17320 443
fois très- considerables , soit par leur propre situation , soit par les grands Evenemens qui y sont arrivez du temps des Romains.
•
La premiere est aujourd'hui la Capitale
du Boulonnois , Peuple qu'on appelloit
autrefois les Morins.
La seconde est la Capitale de la Guyen:
ne , Province que Ptolomée appelle Aqui
tania.
Par rapport à Boulogne , j'ai prouvé dans le corps de mon Ouvrage sur Carausius , que cette Ville fût d'abord comme le Magazin general et l'Arcenal de
cet Empereur, et qu'il en fit une des plus
fortes Places qu'il eûr sur les Côtes Maritimes des Gaules , et qu'elle soutint un
Siege presqu'aussi long que le fut le fameux Siege de Troye.
Le Génie Tutelaire en ce sens sur les
Médailles de Carausius , ne conviendroit
peut-être pas mal à Boulogne ; cet Autel,
ces Parfums , cette Paterre , désigneroient
les Sacrifices qui furent faits dans cette
Ville pour la prosperité des Armes , et
pour l'heureux succès de la Flotte de cet
Empereur.LaCorne d'abondance que tient
cette Figure , marqueroit la quantité suffisante de toutes les munitions necessaires
pour la deffense et pour la sureté de cette
Place. Les Tours dont elle paroît couronBv néc
444 MERCURE DE FRANCE
née , désigneroient la force de ses murailles , qui devoient être bien considérables ,
puisque le Rhéteur Euménius ( a) , dans
un de ses Panégyriques en fait mention ;
en les appellant Gessoriacenses muros , les
Murs de Gessoriac , parce que cette Ville
a aussi été appellée , Gessoriacum navale
à cause de la renommée de son Port , que
je prétends être le fameux Por.us Iccius
des Anciens.
Pour revenir à notre Médaille. Pline le
jeune en parlant des Sacrifices qui furenţ
faits à la proclamation de Nerva , nous
fournit un passage qui semble l'expliquer
encore dans un sens qui ne seroit point
incompatible à quelque Ville qu'on voulut la donner. Diem , dit-il , in quem
Tutela Generis humani felicissima successione translata est debita religione celebravimus, commendantes Diis Imperii Authoribus , et vota publica et gaudia.
C'est peut être , Monseigneur , ce que
les Monetaires nous auroient voulu faire
entendre par ce Type et par cette Légende , par cet Autel et par ces Sacrifices.
Pour marquer à la posterité qu'à son
avenement à l'Empire , les Gaulois et les
Bretons de son parti , s'étoient religieu-
(a) Panegyr. à Constantius César , chap. 4.
sement
MARS. 1732. 445
sement acquittez d'un devoir essentiel
envers Carausius , qu'ils venoient de reconnoître pour Empereur , et qu'ils regardoient comme l'objet de leurs vœux et
la Tutele du genre humain , dans le mê
me sens qu'Horace,dans une de ses Odes*,
donne ce titre à Auguste.
OTutela prasens
Italia, Dominaque Roma.
C'est dans la même pensée que Nerva
est appellé , Tutela Italia sur la Médaille ,
dont nous avons déja décrit le revers , et
dont la Légende est tirée de ces deux Vers
d'Horace.
Mais la Médaille de Carausius , avec
Tutela Aug.au revers , accompagnée d'un
Type nouveau , et jusques icy inconnu ;
paroît nous marquer encore quelque chose de plus , et elle pourroit s'entendre
d'une Divinité Topique , et propre à un
lieu particulier.
L'Autel , sur ce revers nous marque
que la Tutele avoit aussi ses Autels , ses
Temples et ses Sacrifices particuliers du
temps de Carausius , et que le culte de la
Tutele , étant Romain d'origine , s'étoit
* Ode 14. Carmin. lib. 4.
B vj ré
446 MERCURE DE FRANCE.
répandu dans l'étendue de ses Etats , dans
la grande Bretagne , dans nos Gaules et
dans d'autres Provinces, comme celui des
autres Dieux , dont V. A. S. sçait que le
culte s'étendoit , à mesure que les Romains avançoient leurs conquêtes.
Pour venir à la Ville de Bourdeaux
l'Inscription antique qui y fut trouvée ,
et que voici , prouve invinciblement
le culte de la Tutele y étoit établi,
TVTELÆ
AVG.
LASCIVOS CANIL:
EX VOTO
L. D. EX. D. D.
que
C'est l'accomplissement d'un vœu solemnel , fait à la Turele d'Auguste , par
un particulier, nommé Lascivus Canilius.
Les dernieres Lettres initiales de cette
Inscription , L. D. EX. D. D. signifient
que le Sol lui en avoit été assigné par un
Décret exprès des Décurions de la Ville.
Locus datus ex Decreto Decurionum. Ce
qui fait voir en passant que Bourdeaux
joüissoit pour lors du droit de Colonie
Romaine, et qu'elle avoit adopté le culte
de cette Divinité. Elle y avoit un Temple
MARS. 1732 447
܂ܐ
>
ple des plus superbes , dans lequel cette
Inscription fut trouvée , selon Tristan.
Ce Temple subsistoit encore presqu'en
son entier en 1700.avant que Louis XIV.
de glorieuse mémoire , l'eut fait détruire
pour en faire une Esplanade devant le
Château Trompette. C'étoit un Péristyle,
à quatre Angles droits , long de 87 pieds,
et large de 62. selon Elie Vinet , ou de
63 , selon Merula , dans sa Géographie
page 426. Ce Temple avoit six Colonnes
en face dans sa largeur, et huit Colonnes
à chaque côté dans sa longueur ; ce qui
faisoit en tout une colonnade de 24 Colonnes , de l'Ordre Corinthien , dont il
en restoit encore 18 sur pied , dans le
temps que Vinet publia ses Notes sur Ausone. Les Colonnes de ce Temple étoient
d'une hauteur si considérable qu'elles do
minoient sur tous les plus hauts Edifices
de la Ville ; ce qui peut avoir été en partie cause de sa destruction. Au dessous de
ce Temple il y avoit des Voutes et des
Caves qui étoient d'un ouvrage aussi ancien. On s'en servoit pour y conserver du
Vin , selon quelques Auteurs.
La démolition d'un monument si superbe et si respectable par son anciennete , ne laissa pas d'exciter les regrets de
quelques amateurs de l'Antiquité , gens
qui
448 MERCURE DE FRANCE
qui ne s'embarassent guere de politique.
Ces regrets furent même accompagnez
des larmes d'un des plus sçavans Antiquaires (a) de ce temps- là. Ce qui donna
occasion aux Vers , qui furent imprimez
dans le Mercurede Mars 1702.que V.A.S.
ne sera peut-être pas fâchée de voir icy.
99
55
Pourquoi démolit-on ces Colomnes des
Dieux ?
Ouvrage des Césars , Monument Tutclaire ,
Depuis plus de mille ans , que le temps les re- vére ,
Elles s'élevoient jusqu'aux Cieux.
»Il faut que leur orgueil , cede à la Forteresse
» Où Mars pour nous veille sans cesse.
Son redoutable Mur , Edifice Royal ,
Ne doit point souffrir de Rival.
Ainsi il ne nous reste plus aujourd'hui
aucun vestige de ce fameux Temple de
la Tutele, qu'un triste souvenir de sa ruine..
Mais que dis- je, Monseigneur, ce Temple n'est pas entierement détruit , et l'idée de ce superbe Edifice ne sera jamais tout à-fait effacée de la mémoire des hommes. Le même Vinet nous en a heureusement conservé le Dessein. C'est dans ses
sçavantes Notes sur Ausone , où j'ai eu
( a ) M. Spon.
la
MARS. 1732. 449
ul
de
ne,
cm.
l'imais
ɔmceu5 ses
eu
la 1
la satisfaction de le voir représenté sous
le nom de Palais ou de Piliers de Tutele,
C'est ainsi qu'on l'appelloit vulgairement , à cause de sa magnificence égale à
celle des Palais des Rois. C'étoit , sans
doute , non un Palais , mais un Temple
consacré à la Tutele , ou au Genie Tutelaire de la Ville et du Port de Bourdeaux,
comme l'Inscription antique , que nous
venons de rapporter plus haut , et qui y
fut trouvée , le prouve invinciblement.
Quoique tous les Dieux pussent être
Dieux Tuteles , soit male , ou femelle ,
V. A. S. sçait cependant que chaque Nation ou Peuplade s'en choisissoit un particulier , qu'elle invoquoit comme son
Génie , son Protecteur , et son Dieu Tutele. Chaque Vaisseau avoit aussi son Dieu
Tutele particulier.
Or c'est du Dieu Tutele de la Ville de
Bourdeaux que je crois qu'on doit entendre l'Inscription : Tutela Aug. & c. qui y
fut trouvée.
C'est de Bourdeaux que je crois aussi
qu'il faut entendre la Légende : Tutela
Aug. qui est sur la Médaille de Carausius;
et il est beaucoup plus à présumer , que
la figure qui esr sur notre Médaille, peut
être la mêmequi étoit adorée dans ceTemple
450 MERCURE DE FRANCE
ple de Bourdeaux , et que c'étoit- là la
Divinité Tutele de la Ville.
En effet , Carausius étant Maître de la
Mer, comme il l'étoit , je ne fais aucun
doute , qu'il ne se fut aussi emparé de la
Ville et du Port de Bourdeaux. Cette
Ville , aussi-bien que Boulogne , lui étoit
de trop grande importance pour la négliger. Son Port , qui étoit autrefois au
milieu de la Ville , étoit aussi un des plus
superbes , suivant ces Vers d'Ausone :
"Per mediumque Urbis Fontani fluminis al veum
Quem Pater Oceanus refluo quum impleverit astu.
» Adlabi totum spectabis classibus aquor.
Carausius avoit en ces deux Villes deux
clefs pour sortir et pour entrer dans les
Gaules , suivant que ses affaires tourneroient , bien ou mal ; dans l'expédition
qu'il projettoit de la grande Bretagne.
C'est de Bourdeaux et de ses Citoyens
que je pense qu'il faut entendre en partie
un Passage d'Eumenius , où il est dit que
Carausius emmena avec lui , en la grande
Bretagne , plusieurs Marchands des GauIes. Contractis ad Dilectum Mercatoribus
*
Galli
MAR S.. 1732.
450
S
n
je
le
He
us
Gallicanis;parce que cette Ville a toujours
été en grand commerce , sur tout avec
ces Insulaires.
Enfin Bourdeaux est la Ville où je crois
que notre Médaillea pû avoir été frappée,
les raisons que nous venons d'en raporter.
par
Peut- être cette Ville, puissante comme
elle étoit,et parTerre et par Mer,à l'exemple de Boulogne, fut- elle une des premieres à saisir cette occasion , pour secoüer
le joug des deux autres Empereurs Romains. V. A. S. sçait qu'il n'y avoit pas
long- temps que la Ville de Bourdeaux
s'étoit soustraite à l'obéïssance de Gallien,
et que du Gouverneur de la Province
dont elle étoit la Capitale , elle avoit fait
un Empereur , nommé Tetricus , qui prit
la Pourpre à Bourdeaux , où il faisoit sa
résidence ordinaire.
On voit encore à Bourdeaux , parmi les
autres Antiquitez, les ruines d'un Amphithéatre , nommé vulgairement , le Palais
de Gallien , qui pouvoit y avoir fait quelque séjour avant la révolte de Tétricus.
Cela fait voir le rang distingué que tenoit autrefois cette Ville Maritime de la
Province d'Aquitaine , ou de la Guienne,
comme on l'appelle aujourd'hui.
Cette Ville ancienne ne s'étoit pas seu
lement
452 MERCURE DE FRANCE
lement renduë recommandable par son
commerce dans les extrémitez des Mers ,
même du temps d'Auguste , comme Strabon , qui vivoit sous ce Prince, nous l'assure. Elle s'est encore rendue celebre par
le grand nombre de Sçavans qui y ont
fleuri , comme on le peut voir dans les
Vers d'Ausone. Mais ce n'est point icy le
lieu d'en parler.
Ce que j'ai dit , Monseigneur, en faveur
de cette Ville , paroît suffire pour l'expliIcation de notre Médaille de Carausius
avec la Légende , Tutela Aug. ,
Légende inconnue jusques icy dans les
Médailles du bas Empire , et dont le Type n'est pas moins singulier , ni moins
digne de l'attention des Antiquaires.
Ce sont- là , Monseigneur , les conjectures que j'ai crû pouvoir hazarder , et
que je soûmets entierement à votre décision. Je ne sçai si V. A. S. les trouvera
assez solidement appuyées ; mais elles serviront du moins à exciter la curiosité
des Sçavans sur ce sujet , et elles seront
un témoignage public de la Protection
jose dire , de la Tutele particuliere , dont vous honorez les Sciences et les Gens de
Lettres , ainsi que du profond respect et
de la reconnoissance parfaite avec laquelle
je serai toute ma vie , &c.
A Paris , ce 15 Février 1732.
Fermer
Résumé : EXPLICATION d'une Medaille antique très singuliere de Carausius, Empereur des anciens Bretons, au temps de Diocletion et de Maximien-Hercule, adressée à S.A.S. M. le Duc du Maine, Prince Souverain de Dombes, &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte, rédigé par M. Genebrier, Docteur en Médecine, présente une médaille antique en bronze dédiée à Carausius, Empereur des anciens Bretons. Cette médaille, unique en son genre, représente Carausius couronné de rayons au recto, avec la légende 'Imp. Carausius P. F. Aug.' et au verso, une femme debout tenant une patère et une corne d'abondance, accompagnée de la légende 'Tutela Aug.' Cette médaille se distingue des autres médailles antiques connues, comme celles de Vespasien et Nerva, qui portent également la légende 'Tutela'. La médaille de Carausius pourrait être liée à Boulogne-sur-Mer ou Bordeaux, deux villes importantes à l'époque romaine. Boulogne-sur-Mer était un arsenal et une place forte de Carausius, tandis que Bordeaux possédait un temple dédié à la Tutele, comme le montre une inscription antique. La médaille pourrait symboliser le génie tutélaire de l'une de ces villes, représentant les sacrifices et les abondances nécessaires à leur défense et prospérité. Le texte mentionne également des détails sur les autres médailles antiques et les divinités tutélaires, soulignant l'importance historique et culturelle de ces objets. La médaille de Carausius, portant l'inscription 'Tutela Aug.', est probablement liée à Bordeaux, ville stratégique pour Carausius en raison de son port et de son importance commerciale. Bordeaux a également été un centre de rébellion contre les empereurs romains, avec l'ascension de Tetricus. La ville est riche en antiquités, comme les ruines d'un amphithéâtre, et a été célèbre pour son commerce et ses savants, notamment Ausone. Le texte conclut en soumettant ces conjectures à l'appréciation de son destinataire, soulignant l'importance historique et culturelle de Bordeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 453-457
EPITHALAME, A M. le Comte de Marigny-Pribrac, sur le Mariage de Mademoiselle de Tyard-Bragny, sa petite-fille, et petite-niéce de M. le Cardinal de Bissy, avec M. le Comte de la Magdelaine Ragny.
Début :
Un jour, las d'écouter les plaintes et les voeux, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Minerve, Bragny, Déesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME, A M. le Comte de Marigny-Pribrac, sur le Mariage de Mademoiselle de Tyard-Bragny, sa petite-fille, et petite-niéce de M. le Cardinal de Bissy, avec M. le Comte de la Magdelaine Ragny.
EPITH ALAME,
AM.le Comte de Marigny-Pibrac , ( a )
sur le Mariage de Mademoiselle de
Tyard - Bragny , sa petite-fille , et petiteniéce de M. le Cardinal de Bissy , avec
M.le Comte de la Magdelaine Ragny.
N jour , las d'écouter les plaintes et les vœux ,
Des Epoux asservis sous un joug rigoureux ,
Jupiter au Dieu d'Hymenée
Reprocha vivement leur triste destinée.
Oui , c'est vous , lui dit-il , qui causez leurs mal- heurs ,
Lorsque sans consulter leurs panchans-, leurs humeurs ,
Vous osez à Plutus en faire un Sacrifice :
Moi - même tous les jours , grace à votre ca⇒
price ,
J'éprouve des chagrins que j'ai peine à bannir , `
( a ) M. de Pibrac , Chancelier de Marguerite
de Valois , Reine de Navarre , Président et Conseiller au Conseil du Roy , connu par ses diverses Ambassades et par ses fameux Quatrains , est le BisAyeul do M, le Comte de Marigny-Pibrac.
De
454 MERCURE DE FRANCE
Et ma foudre cent fois auroit dû vous punir ;
De m'avoir choisi pour Epouse >
Junon, ma propre sœur , querelleuse et jalouse.
L'Hymen tremble à ces mots altiers ;
L'Amour par un souris, en témoigne sa joye ,
Aux dépens de l'Hymen , l'Amour rit volon
tiers.
Eh-bien ! vous le il faut voyez ,
l'on que pourvoye ,
Dit le Dieu de Cythere , aux maux que vous causez ,
Mon Frere , tant d'Epoux que vous tyrannisez
D'un regret éternel ne seroient point la proye,
Si nous n'étions pas divisez.
Pour rendre heureux les cœurs , je vous ouvre
une voye ,
C'est de souffrir, qu'à l'avenir .
Je vous livre tous ceux que vous devrez unir.
Aux conseils de l'Amour, qui cherche à le
séduire
L'Hymen étoit prêt à souscrire ,
Quand Minerve élevant sa voix ,
´Arrêtez , lui dit-elle , est- ce ainsi qu'on oublie
Que croire l'Amour seul , c'est croire la Folie ?
Des Sujets que sans aucun choix ,
L'Hymen par Cupidon , voit ranger sous ses loix&
L'aveugle
MARS. 1732. 455
L'aveugle passion est à peine assouvie ,
Que tout leur feu s'éteint , que le dégoût s'en,
suit:
L'Epouse à son réveil funeste ,
Voit que le tendre Amant s'enfuit ,
Et que l'Epoux fâcheux lui reste.
De vos Fêtes, Hymen , ce n'est pas qu'à mon tour ,
Je prétende bannir le Dieu de la tendresse ,
Non ; mais n'invitez pas l'Amour sans la Sa
gesse,
Ni la Sagesse sans l'Amour,
Jupiter applaudit à la sage Déesse ,
Minerve , Hymen , Amour , que votre haine cesse ,
Et tous trois à mes yeux courez vous embrasser ;
Je veux , dit- il , je veux que dès cette journée ,
Pallas marque à l'Amour les Cœurs qu'il faut
blesser
Pour les assujettir aux loix de l'Hymenée.
J'ai déja fait un choix , reprend soudain Pallas ;
Et l'Amour et PHymen n'ont qu'à suivre mes
pas
De la voûte étoilée , on voit ces Dieux des- cendre :
D'un yol léger ils vont se rendre
Chez
455 MERCURE DE FRANCE
Chez Ragny , qui croissant à l'ombre des Lau- riers ,
Cueillis par ses Ayeux guerriers ,
S'exerçoit sans relâche Gloire ,
→ aux Vertus que la
Grave éternellement au Temple de Mémoire.
Pallas d'un air plein de douceur ,
Lui tient , en l'abordant , ce langage flateur.
Mortel , chéri des Dieux , reconnoissez Minerve.
Je viens vous annoncer que le Ciel vous réserve
Pour faire bientôt le bonheur
D'une sage Beauté qui doit faire le vôtre ;
Les liens dont l'Hymen vous joindra l'un et
l'autre ,
Suivront l'offre de votre cœur.
Courez , allez trouver cette aimable Mortelle ,
Elle est digne de vous , comme vous digne delle.
C'est la jeune Bragny , qui paroît ignorer
Tous les attraits divers qui la font adorer.
Je ne vous vante point son ancienne noblesse ,
Ce mérite étranger charme peu le Sagesse ;
Mais pour être assûré des vertus de Bragny,
Apprenez qu'elle sort du sang de Marigny.
Ragný párt à ces mots. Minerve sur ses tračės
Conduit l'Amour , l'Hymen , les Plaisirs et les
Graces ;
Il
MARS. 1732. 457
1 joint Bragny, lui parle , elle ose l'écouter ;
Son extrême délicatesse ,
Ne lui défend pas d'accepter
L'hommage d'un Mortel , guidé par la Sagesse.
De cet heureux instant , l'Amour sçait profiter ,
il prend son arc , il tire , et tous deux i les blesse
De traits qui dans leurs cœurs ouverts à la tendresse ,
Font naître des transports, jusqu'alors inconnus;
Et PHymen secondant l'ardeur qui les entraîne ,
Compose pour eux une chaîne
De la Ceinture de Vénus.
Ovous, qui recevez en ce jour agréable,
De leur douce union un pur contentement
Trop heureux , Marigny , ne doutez nullement
Que leur félicité ne soit invariable ,
Puisque par la vertu d'un Hymen si charmant
Leur amour sera sage , et leur sagesse aimable.
Par M. CocQUARD, Avocat au
Parlement de Dijon.
AM.le Comte de Marigny-Pibrac , ( a )
sur le Mariage de Mademoiselle de
Tyard - Bragny , sa petite-fille , et petiteniéce de M. le Cardinal de Bissy , avec
M.le Comte de la Magdelaine Ragny.
N jour , las d'écouter les plaintes et les vœux ,
Des Epoux asservis sous un joug rigoureux ,
Jupiter au Dieu d'Hymenée
Reprocha vivement leur triste destinée.
Oui , c'est vous , lui dit-il , qui causez leurs mal- heurs ,
Lorsque sans consulter leurs panchans-, leurs humeurs ,
Vous osez à Plutus en faire un Sacrifice :
Moi - même tous les jours , grace à votre ca⇒
price ,
J'éprouve des chagrins que j'ai peine à bannir , `
( a ) M. de Pibrac , Chancelier de Marguerite
de Valois , Reine de Navarre , Président et Conseiller au Conseil du Roy , connu par ses diverses Ambassades et par ses fameux Quatrains , est le BisAyeul do M, le Comte de Marigny-Pibrac.
De
454 MERCURE DE FRANCE
Et ma foudre cent fois auroit dû vous punir ;
De m'avoir choisi pour Epouse >
Junon, ma propre sœur , querelleuse et jalouse.
L'Hymen tremble à ces mots altiers ;
L'Amour par un souris, en témoigne sa joye ,
Aux dépens de l'Hymen , l'Amour rit volon
tiers.
Eh-bien ! vous le il faut voyez ,
l'on que pourvoye ,
Dit le Dieu de Cythere , aux maux que vous causez ,
Mon Frere , tant d'Epoux que vous tyrannisez
D'un regret éternel ne seroient point la proye,
Si nous n'étions pas divisez.
Pour rendre heureux les cœurs , je vous ouvre
une voye ,
C'est de souffrir, qu'à l'avenir .
Je vous livre tous ceux que vous devrez unir.
Aux conseils de l'Amour, qui cherche à le
séduire
L'Hymen étoit prêt à souscrire ,
Quand Minerve élevant sa voix ,
´Arrêtez , lui dit-elle , est- ce ainsi qu'on oublie
Que croire l'Amour seul , c'est croire la Folie ?
Des Sujets que sans aucun choix ,
L'Hymen par Cupidon , voit ranger sous ses loix&
L'aveugle
MARS. 1732. 455
L'aveugle passion est à peine assouvie ,
Que tout leur feu s'éteint , que le dégoût s'en,
suit:
L'Epouse à son réveil funeste ,
Voit que le tendre Amant s'enfuit ,
Et que l'Epoux fâcheux lui reste.
De vos Fêtes, Hymen , ce n'est pas qu'à mon tour ,
Je prétende bannir le Dieu de la tendresse ,
Non ; mais n'invitez pas l'Amour sans la Sa
gesse,
Ni la Sagesse sans l'Amour,
Jupiter applaudit à la sage Déesse ,
Minerve , Hymen , Amour , que votre haine cesse ,
Et tous trois à mes yeux courez vous embrasser ;
Je veux , dit- il , je veux que dès cette journée ,
Pallas marque à l'Amour les Cœurs qu'il faut
blesser
Pour les assujettir aux loix de l'Hymenée.
J'ai déja fait un choix , reprend soudain Pallas ;
Et l'Amour et PHymen n'ont qu'à suivre mes
pas
De la voûte étoilée , on voit ces Dieux des- cendre :
D'un yol léger ils vont se rendre
Chez
455 MERCURE DE FRANCE
Chez Ragny , qui croissant à l'ombre des Lau- riers ,
Cueillis par ses Ayeux guerriers ,
S'exerçoit sans relâche Gloire ,
→ aux Vertus que la
Grave éternellement au Temple de Mémoire.
Pallas d'un air plein de douceur ,
Lui tient , en l'abordant , ce langage flateur.
Mortel , chéri des Dieux , reconnoissez Minerve.
Je viens vous annoncer que le Ciel vous réserve
Pour faire bientôt le bonheur
D'une sage Beauté qui doit faire le vôtre ;
Les liens dont l'Hymen vous joindra l'un et
l'autre ,
Suivront l'offre de votre cœur.
Courez , allez trouver cette aimable Mortelle ,
Elle est digne de vous , comme vous digne delle.
C'est la jeune Bragny , qui paroît ignorer
Tous les attraits divers qui la font adorer.
Je ne vous vante point son ancienne noblesse ,
Ce mérite étranger charme peu le Sagesse ;
Mais pour être assûré des vertus de Bragny,
Apprenez qu'elle sort du sang de Marigny.
Ragný párt à ces mots. Minerve sur ses tračės
Conduit l'Amour , l'Hymen , les Plaisirs et les
Graces ;
Il
MARS. 1732. 457
1 joint Bragny, lui parle , elle ose l'écouter ;
Son extrême délicatesse ,
Ne lui défend pas d'accepter
L'hommage d'un Mortel , guidé par la Sagesse.
De cet heureux instant , l'Amour sçait profiter ,
il prend son arc , il tire , et tous deux i les blesse
De traits qui dans leurs cœurs ouverts à la tendresse ,
Font naître des transports, jusqu'alors inconnus;
Et PHymen secondant l'ardeur qui les entraîne ,
Compose pour eux une chaîne
De la Ceinture de Vénus.
Ovous, qui recevez en ce jour agréable,
De leur douce union un pur contentement
Trop heureux , Marigny , ne doutez nullement
Que leur félicité ne soit invariable ,
Puisque par la vertu d'un Hymen si charmant
Leur amour sera sage , et leur sagesse aimable.
Par M. CocQUARD, Avocat au
Parlement de Dijon.
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Résumé : EPITHALAME, A M. le Comte de Marigny-Pribrac, sur le Mariage de Mademoiselle de Tyard-Bragny, sa petite-fille, et petite-niéce de M. le Cardinal de Bissy, avec M. le Comte de la Magdelaine Ragny.
Le poème épithalame célèbre le mariage de Mademoiselle de Tyard-Bragny, petite-fille et nièce du Cardinal de Bissy, avec le Comte de la Magdelaine Ragny. Il commence par une plainte de Jupiter à Hyménée, qui reproche à ce dernier de sacrifier les sentiments des époux au profit de la richesse. L'Amour et Minerve interviennent alors. L'Amour suggère de laisser les époux choisir leurs partenaires, tandis que Minerve met en garde contre les dangers de suivre uniquement la passion. Jupiter décide que l'Amour et Hyménée doivent suivre les conseils de la sagesse incarnée par Minerve. Minerve descend sur Terre et annonce au Comte de Ragny qu'il est destiné à épouser une jeune femme sage et vertueuse, Mademoiselle de Tyard-Bragny. Elle vante les mérites de Bragny, soulignant son origine noble et ses vertus. Minerve conduit ensuite l'Amour et Hyménée auprès de Bragny, qui accepte les hommages de Ragny. L'Amour les blesse de ses flèches, et Hyménée les unit par une chaîne symbolisant leur amour et leur sagesse. Le poème se termine par une bénédiction pour les époux, assurant que leur union sera heureuse et durable grâce à la combinaison de l'amour et de la sagesse.
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8
p. 458-463
QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
Début :
Fait N. Daluimar, originaire de la Paroisse de S. Martin [...]
Mots clefs :
Actes, Parlement de Paris, Domicile, Consentement, Arrêt, Abus de mariage, Paroisse
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
QUESTIONjugée au Parlement de
Paris , par Arrest du 21 Fevrier 17320
sur un appel comme d'abus de Mariage.
AIT. N. Daluimar , originaire de la
Paroisse de S. Martin de Nigel , Diocèse de Chartres , épousa en 1718. la
Dlle Tauvay. Contrat de Mariage , du
mois de Mars. Acte de célébration de la
même année. Par le Contrat , signé de
quatre témoins,il s'est dit demeurant ruë
de la Calende , Paroisse de S. Germain le
Vieux. Le Mariage a été célébré à S. Benoît , Paroisse de la fille , après une publication de Bancs faite à S. Benoît, et une
autre , en la Paroisse de S. Germain le
Vieux. On a prétendu au contraire , que
Daluimar étoit domicilié sur la Paroisse
de S. Martin de Nigel , au Païs Chartrain,
lors de son Mariage , et que dès qu'il ne
paroissoit point de consentement du
Curé de cette Paroisse , le Mariage étoit
abusif.
M. Joli de Fleury , Avocat General ,
portant la parole en cette cause , a distingué deux objets : la question de Droit er
la question de Fait. ·
Suc
MARS. 1732 459
a
u
de
1
Sur la question de Droit , il dit qu'il
étoit inutile de remonter aux Loix faites
par les Papes , et aux Capitulaires de nos
Rois ; que nous avions là - dessus une Loy
nouvelle, qui étoit l'Ordonnance de 1639 .
Cette Ordonnance veutque l'on fasse une
publication de Bans dans les deux Paroisses des Contractans Elle veut de plus que
l'Acte de Célébration soit signé de quatre
témoins. Le motifde cette Loy est d'obla vier à la Clandestinité des Mariages. Elle
veut que les personnes qui ont interêt de
ue s'opposer à un Mariage , ayent un Ministre sur qui ils se puissent reposer. Si on
ne demande que la présence d'un Curé ,
les Contractans ne manqueront pas d'éviter le Curé qui pourroit les traverser.
Le même esprit regne dans l'Edit de 1697.
Cet Editrequiert dans les Mariages le con-
-oisse sentement du Curé des Parties qui conrain, tractent; il nedit pas le consentement du
il ne Curé de l'une des Parties , mais des Part duties ; par consequent il faut le consenteétoit ment des deux Curez.
le
Bepu
une
le
que
conti
Quand nous parlons de ce concours de
neral, Curez , nous ne demandons pas ,
distin- nua-t-il , la présence des deux Curez
roitet mais seulement le consentement des deux.
Ce consentement se peut constater de
Sur trois manieres. On peut prendre un Acte
C du
460 MERCURE DE FRANCE,
du Curé, portant son consentement, premiere voie. Secondement , on peut demander la permission à l'Evêque , qui
tiendroit lieu du consentement du Curé,
Enfin ce concours est encore suffisamment marqué par la publication des
Bancs dans les deux Paroisses,
Une troisiéme Loy , qui peut nous ser
vir de regle , c'est l'Arrêt de 1697. par lequelonjugea le concours des deux Curez
necessaire. Il est vrai que l'on s'est depuis
écarté de l'Edit , dans l'Arrêt de 1707,
parceque dans ce temps-là on n'avoit plus
les motifs de l'Edit si présens,
Après avoir établi la nécessité du concours , il enfaut revenir à la question de
Fait , peut- être celle- cy se décidera-t-elle
indépendamment de la question de Droit,
Deux Actes authentiques attestent le
domicile de Dalvimar sur la Paroisse de
S. Germain le Vieux , un Contrat de Mariage de 1718.et un Acte de celebration de
la mêmeannée. Il est constant qu'il faut
donner la provision à ces Actes , si l'on
ne rapporte pas la preuve du contraire.
Il est vrai aussi que si on les combat
par des piéces de quelque consideration ,
ces Actes pourroient fort- bien ne se pas
soûtenir; mais d'autre côté, jusqu'à ce
qu'il en paroisse les Actes subsistent dans
Leur
M.ARS. 1732. 461
de
de
ut
OD
Dat
pas
an
leur entier et dans toute leur faveur. On
pourroit dire que ces Actes sont bien plus
propres à prouver le domicile present
que le domicile antérieur ; du moins le
font- ils présumer , et on doit s'en reposer sur la foy de ces Actes , jusqu'à ce
qu'ils soient renyersez. Il est à observer.
que l'Acte de célébration est signé de quatre témoins.
A ces deux Actes qu'oppose- t-on ? Un
Bail, passé hors de Paris en 1727. un Acte.
passé entre les habitans ; un Extrait des
Rôles des Tailles , par lequel il paroît que
Dalvimar a payé la Taille depuis 1716.
jusqu'en 1727.
-Le Bail ne peut être d'aucune considération , il a été passé dans un temps
posterieur de plusieurs années au Mariages on ne doit pas avoir plus d'égard à.
l'Acte passé pardevant Notaires , par le
quel plusieurs habitans déposent du domicile de Dalvimar à Nigel. Cet Acte
ne peut tenir lieu que d'une preuve testimoniale. Quant à l'Extrait du Rôle des
Tailles , il semble d'abord qu'on en pourroit conclure que Dalvimar ne demeuroit
point à Paris en 1718. puisqu'il a payé la
Taille depuis 1716 jusqu'en 1727. Cette
continuité de payement semble supposer
une continuité de domicile , mais cepen
Cij dant
462 MERCURE DE FRANCE
dant elle ne prouve pas absolument le
domicile ; on est encore sujet au Rôle des
Tailles pendant dix ans , malgré la translation de domicile. Dalvimar peut avoir
eu son domicile à Paris en 1718. et cependant avoir payé la Taille : il pouvoit être
encore dans les dix ans de sa translation
de domicile.
Mais , dira-t-on , il ne rapporte point
d'autres Actes pour constater son domicile , que le Contrat et l'Acte de célébration de son Mariage , point de quittance
de Capitation. Ce défaut d'Acte est tout
au plus une preuve négative. D'ailleurs
il se peut faire qu'il n'ait été inquiété ni ;
pour la taxe des Pauvres , ni pour la Cam
pitation,
Par ces considérations M. l'Avocat Ge
neral de Fleury a conclu , à ce que sans
avoir égard à la Requête de la Partie de
M Paillet des Brunieres ( Avocat de l'appellant ) faisant droit sur l'appel comme
d'abus , il fut dit qu'il n'y avoit abus.
Les Conclusions ont été suivies ; cependant M. le Premier Président est retourné aux voix , et a dit que la Cour s'étoit
déterminée par le point de Fait ; qu'il étoit
chargé d'avertir le Barreau que quand la
question se présenteroit dans le Droit
elle jugeroit pour la nécessité du con..
Cours
1
.
MARS. 173.23 463
cours des deux Curez. M. Sarrazin plaidoit pour la validité du Mariage
Paris , par Arrest du 21 Fevrier 17320
sur un appel comme d'abus de Mariage.
AIT. N. Daluimar , originaire de la
Paroisse de S. Martin de Nigel , Diocèse de Chartres , épousa en 1718. la
Dlle Tauvay. Contrat de Mariage , du
mois de Mars. Acte de célébration de la
même année. Par le Contrat , signé de
quatre témoins,il s'est dit demeurant ruë
de la Calende , Paroisse de S. Germain le
Vieux. Le Mariage a été célébré à S. Benoît , Paroisse de la fille , après une publication de Bancs faite à S. Benoît, et une
autre , en la Paroisse de S. Germain le
Vieux. On a prétendu au contraire , que
Daluimar étoit domicilié sur la Paroisse
de S. Martin de Nigel , au Païs Chartrain,
lors de son Mariage , et que dès qu'il ne
paroissoit point de consentement du
Curé de cette Paroisse , le Mariage étoit
abusif.
M. Joli de Fleury , Avocat General ,
portant la parole en cette cause , a distingué deux objets : la question de Droit er
la question de Fait. ·
Suc
MARS. 1732 459
a
u
de
1
Sur la question de Droit , il dit qu'il
étoit inutile de remonter aux Loix faites
par les Papes , et aux Capitulaires de nos
Rois ; que nous avions là - dessus une Loy
nouvelle, qui étoit l'Ordonnance de 1639 .
Cette Ordonnance veutque l'on fasse une
publication de Bans dans les deux Paroisses des Contractans Elle veut de plus que
l'Acte de Célébration soit signé de quatre
témoins. Le motifde cette Loy est d'obla vier à la Clandestinité des Mariages. Elle
veut que les personnes qui ont interêt de
ue s'opposer à un Mariage , ayent un Ministre sur qui ils se puissent reposer. Si on
ne demande que la présence d'un Curé ,
les Contractans ne manqueront pas d'éviter le Curé qui pourroit les traverser.
Le même esprit regne dans l'Edit de 1697.
Cet Editrequiert dans les Mariages le con-
-oisse sentement du Curé des Parties qui conrain, tractent; il nedit pas le consentement du
il ne Curé de l'une des Parties , mais des Part duties ; par consequent il faut le consenteétoit ment des deux Curez.
le
Bepu
une
le
que
conti
Quand nous parlons de ce concours de
neral, Curez , nous ne demandons pas ,
distin- nua-t-il , la présence des deux Curez
roitet mais seulement le consentement des deux.
Ce consentement se peut constater de
Sur trois manieres. On peut prendre un Acte
C du
460 MERCURE DE FRANCE,
du Curé, portant son consentement, premiere voie. Secondement , on peut demander la permission à l'Evêque , qui
tiendroit lieu du consentement du Curé,
Enfin ce concours est encore suffisamment marqué par la publication des
Bancs dans les deux Paroisses,
Une troisiéme Loy , qui peut nous ser
vir de regle , c'est l'Arrêt de 1697. par lequelonjugea le concours des deux Curez
necessaire. Il est vrai que l'on s'est depuis
écarté de l'Edit , dans l'Arrêt de 1707,
parceque dans ce temps-là on n'avoit plus
les motifs de l'Edit si présens,
Après avoir établi la nécessité du concours , il enfaut revenir à la question de
Fait , peut- être celle- cy se décidera-t-elle
indépendamment de la question de Droit,
Deux Actes authentiques attestent le
domicile de Dalvimar sur la Paroisse de
S. Germain le Vieux , un Contrat de Mariage de 1718.et un Acte de celebration de
la mêmeannée. Il est constant qu'il faut
donner la provision à ces Actes , si l'on
ne rapporte pas la preuve du contraire.
Il est vrai aussi que si on les combat
par des piéces de quelque consideration ,
ces Actes pourroient fort- bien ne se pas
soûtenir; mais d'autre côté, jusqu'à ce
qu'il en paroisse les Actes subsistent dans
Leur
M.ARS. 1732. 461
de
de
ut
OD
Dat
pas
an
leur entier et dans toute leur faveur. On
pourroit dire que ces Actes sont bien plus
propres à prouver le domicile present
que le domicile antérieur ; du moins le
font- ils présumer , et on doit s'en reposer sur la foy de ces Actes , jusqu'à ce
qu'ils soient renyersez. Il est à observer.
que l'Acte de célébration est signé de quatre témoins.
A ces deux Actes qu'oppose- t-on ? Un
Bail, passé hors de Paris en 1727. un Acte.
passé entre les habitans ; un Extrait des
Rôles des Tailles , par lequel il paroît que
Dalvimar a payé la Taille depuis 1716.
jusqu'en 1727.
-Le Bail ne peut être d'aucune considération , il a été passé dans un temps
posterieur de plusieurs années au Mariages on ne doit pas avoir plus d'égard à.
l'Acte passé pardevant Notaires , par le
quel plusieurs habitans déposent du domicile de Dalvimar à Nigel. Cet Acte
ne peut tenir lieu que d'une preuve testimoniale. Quant à l'Extrait du Rôle des
Tailles , il semble d'abord qu'on en pourroit conclure que Dalvimar ne demeuroit
point à Paris en 1718. puisqu'il a payé la
Taille depuis 1716 jusqu'en 1727. Cette
continuité de payement semble supposer
une continuité de domicile , mais cepen
Cij dant
462 MERCURE DE FRANCE
dant elle ne prouve pas absolument le
domicile ; on est encore sujet au Rôle des
Tailles pendant dix ans , malgré la translation de domicile. Dalvimar peut avoir
eu son domicile à Paris en 1718. et cependant avoir payé la Taille : il pouvoit être
encore dans les dix ans de sa translation
de domicile.
Mais , dira-t-on , il ne rapporte point
d'autres Actes pour constater son domicile , que le Contrat et l'Acte de célébration de son Mariage , point de quittance
de Capitation. Ce défaut d'Acte est tout
au plus une preuve négative. D'ailleurs
il se peut faire qu'il n'ait été inquiété ni ;
pour la taxe des Pauvres , ni pour la Cam
pitation,
Par ces considérations M. l'Avocat Ge
neral de Fleury a conclu , à ce que sans
avoir égard à la Requête de la Partie de
M Paillet des Brunieres ( Avocat de l'appellant ) faisant droit sur l'appel comme
d'abus , il fut dit qu'il n'y avoit abus.
Les Conclusions ont été suivies ; cependant M. le Premier Président est retourné aux voix , et a dit que la Cour s'étoit
déterminée par le point de Fait ; qu'il étoit
chargé d'avertir le Barreau que quand la
question se présenteroit dans le Droit
elle jugeroit pour la nécessité du con..
Cours
1
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MARS. 173.23 463
cours des deux Curez. M. Sarrazin plaidoit pour la validité du Mariage
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Résumé : QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
En 1732, une affaire de mariage fut jugée au Parlement de Paris. Antoine Daluimar, originaire de la paroisse de Saint-Martin de Nigel, diocèse de Chartres, avait épousé Mademoiselle Tauvay en 1718. Le contrat de mariage, signé par quatre témoins, indiquait que Daluimar résidait rue de la Calende, paroisse de Saint-Germain le Vieux. Le mariage fut célébré à Saint-Benoît, paroisse de la fiancée, après des publications de bans dans cette paroisse et à Saint-Germain le Vieux. L'appel contestait la validité du mariage, affirmant que Daluimar était domicilié à Saint-Martin de Nigel et que le curé de cette paroisse n'avait pas consenti au mariage. M. Joli de Fleury, avocat général, distingua deux questions : celle du droit et celle du fait. Sur la question du droit, il cita l'ordonnance de 1639 et l'édit de 1697, qui exigent des publications de bans dans les deux paroisses des contractants et le consentement des curés des deux paroisses. Sur la question du fait, Daluimar était attesté comme résidant à Saint-Germain le Vieux par le contrat de mariage et l'acte de célébration. Les preuves opposées, telles qu'un bail et un extrait des rôles des tailles, étaient jugées insuffisantes ou non pertinentes. La cour conclut qu'il n'y avait pas abus et que le mariage était valide.
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9
p. 463-465
REMERCIEMENT A MADAME D....
Début :
Quand à Marot Dame bonne et gentille [...]
Mots clefs :
Marot, Vers, Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIEMENT A MADAME D....
REMERCIMENT
Qu
A MADAME D ...
Uand à Marot Dame bonne et gentille
Par bons repas donnoit allegement ,
Pour elle alors Marot de sa Mandille
Tiroit en Vers gentil Remerciment ,
Vers dont un pied valoit une pistole ,
Vers, comme on dit faits tous au petit point
Moi qui ne fus jamais à son école ,
Ne puis donner Vers marquez à son coin ;
Car pour tel cas faudroit avoir sa plume 5
Et tel qui veut sans elle l'imiter ,
S'agite en vain , puis se fâche et s'enthume ,
Mal dangereux. Ce fut pour l'éviter ,
Que m'enhardis à faire un coup de tête.
Voulant avoir pour vous gentil propos,
Droit àMarot j'offris humble Requête ,
Qui seul en fit digne de votre los.
Affectant donc air de condoleance ,
Pour que sa plume il daignât me prêter ,.
Je lui tirai très-bas ma réverence ,
Mais d'un seul mot il sçût bien m'arrêter ;
Ciij Scachez
464 MERCURE DE FRANCE
Sçachez qu'un jour la Parque meurtriere .
Lorsqu'à rimer je prénois mes ébats,
Lorgnant son coup pour m'étendre en la biere ,
Du même coup mit ma plume en éclats.
Or avec moi périt beau badinage , G
Bien que depuis on ait vû maints Marmots
A qui mieux mieux, affecter mon langage ,
En excroquant quelqu'un de mes vieux mots.
Très bien le sçais ; mais souffre qu'on s'explique.
Sire Marot : si mon dit te déplaît , -
Toujours pourras au bas de ma supplique
Mettre un néant , dissiper mes projets.
Si donc ne puis avoir ta plume ancienne ,
Encor est-il remede à ce malheur ;
Nepeux-tu pas du moins tailler la mienne ?
Je sçaurai bien m'en faire ensuite honneur.
Ah ! pour si peu ne te veux éconduire ,
Me dit Marot , d'un visage serein ,
'Ainsi soit fait, si beaux Vers veux déduire.
Il me la taille et me la met en main.
S'il m'eût offert les ducats de sa bourse,
Je n'aurois pas trouvé mon sort si beau,
Tant bien croyois qu'alloient couler de source ,
Ode , Sonnet , Madrigal , ou Rondeau.
Mais par malheur la plume étoit trop fine.
J'écris du dos , pardevant , de travers ,
Tout m'étoit un; dont fis piteuse mine ,
Jamais ne pus mettre ensemble deux Vers.
Sur
MARS. 1732: 465
Sur quoi Marot me voyant si mal faire ,
Dit les gros mots , se mit en grand esmoy :
Quitte , dit-il , ces armes , pauvre hére ,
Si tu ne peux t'en servir comme moi;
A tes amis fais compliment en Prose ,
Sans faire Vers tu peux parler raison :
Car sur les tiens je crains fort qu'on ne glose ,
Crois-moi , l'avis est pour toi de saison.
Je conviendrai que j'aurois de m'y rendre,
Et qu'en tel cas m'eût été plus prudent ,
Si sans rimer vous eusse fait entendre ,
Comment m'avint tant piteux accident ;
Mais peu m'en chaut qu'on dise avec justice
Que ne suis pas bon Versificateur ;
Pour vous, croyez si m'êtes plus propice ,
Que mon esprit est duppe de mon cœur.
ENVO r.
Si vous mesurez ces miens Carmes ;
Avec l'Equerre d'Apollon ,
Iceux seront sans valuë et sans charmes
Et n'y trouverez rien de bon.
Mais prenez une autre balance ,
Vous en connoîtrez la valeur ,
Pour Mere ils ont tendre reconnoissance ,
Et leur Papa s'appelle Cœur.
Qu
A MADAME D ...
Uand à Marot Dame bonne et gentille
Par bons repas donnoit allegement ,
Pour elle alors Marot de sa Mandille
Tiroit en Vers gentil Remerciment ,
Vers dont un pied valoit une pistole ,
Vers, comme on dit faits tous au petit point
Moi qui ne fus jamais à son école ,
Ne puis donner Vers marquez à son coin ;
Car pour tel cas faudroit avoir sa plume 5
Et tel qui veut sans elle l'imiter ,
S'agite en vain , puis se fâche et s'enthume ,
Mal dangereux. Ce fut pour l'éviter ,
Que m'enhardis à faire un coup de tête.
Voulant avoir pour vous gentil propos,
Droit àMarot j'offris humble Requête ,
Qui seul en fit digne de votre los.
Affectant donc air de condoleance ,
Pour que sa plume il daignât me prêter ,.
Je lui tirai très-bas ma réverence ,
Mais d'un seul mot il sçût bien m'arrêter ;
Ciij Scachez
464 MERCURE DE FRANCE
Sçachez qu'un jour la Parque meurtriere .
Lorsqu'à rimer je prénois mes ébats,
Lorgnant son coup pour m'étendre en la biere ,
Du même coup mit ma plume en éclats.
Or avec moi périt beau badinage , G
Bien que depuis on ait vû maints Marmots
A qui mieux mieux, affecter mon langage ,
En excroquant quelqu'un de mes vieux mots.
Très bien le sçais ; mais souffre qu'on s'explique.
Sire Marot : si mon dit te déplaît , -
Toujours pourras au bas de ma supplique
Mettre un néant , dissiper mes projets.
Si donc ne puis avoir ta plume ancienne ,
Encor est-il remede à ce malheur ;
Nepeux-tu pas du moins tailler la mienne ?
Je sçaurai bien m'en faire ensuite honneur.
Ah ! pour si peu ne te veux éconduire ,
Me dit Marot , d'un visage serein ,
'Ainsi soit fait, si beaux Vers veux déduire.
Il me la taille et me la met en main.
S'il m'eût offert les ducats de sa bourse,
Je n'aurois pas trouvé mon sort si beau,
Tant bien croyois qu'alloient couler de source ,
Ode , Sonnet , Madrigal , ou Rondeau.
Mais par malheur la plume étoit trop fine.
J'écris du dos , pardevant , de travers ,
Tout m'étoit un; dont fis piteuse mine ,
Jamais ne pus mettre ensemble deux Vers.
Sur
MARS. 1732: 465
Sur quoi Marot me voyant si mal faire ,
Dit les gros mots , se mit en grand esmoy :
Quitte , dit-il , ces armes , pauvre hére ,
Si tu ne peux t'en servir comme moi;
A tes amis fais compliment en Prose ,
Sans faire Vers tu peux parler raison :
Car sur les tiens je crains fort qu'on ne glose ,
Crois-moi , l'avis est pour toi de saison.
Je conviendrai que j'aurois de m'y rendre,
Et qu'en tel cas m'eût été plus prudent ,
Si sans rimer vous eusse fait entendre ,
Comment m'avint tant piteux accident ;
Mais peu m'en chaut qu'on dise avec justice
Que ne suis pas bon Versificateur ;
Pour vous, croyez si m'êtes plus propice ,
Que mon esprit est duppe de mon cœur.
ENVO r.
Si vous mesurez ces miens Carmes ;
Avec l'Equerre d'Apollon ,
Iceux seront sans valuë et sans charmes
Et n'y trouverez rien de bon.
Mais prenez une autre balance ,
Vous en connoîtrez la valeur ,
Pour Mere ils ont tendre reconnoissance ,
Et leur Papa s'appelle Cœur.
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Résumé : REMERCIEMENT A MADAME D....
Le poème est adressé à Madame D..., à qui l'auteur exprime sa gratitude pour son hospitalité. L'auteur compare sa capacité poétique à celle de Clément Marot, un poète célèbre, et reconnaît qu'il ne peut atteindre la même excellence. Il relate une rencontre avec Marot, durant laquelle il lui demande de lui prêter sa plume pour écrire des vers en l'honneur de Madame D... Marot refuse, expliquant que sa plume a été détruite par la Parque, mais accepte de tailler celle de l'auteur. Cependant, la plume est trop fine et l'auteur ne parvient pas à écrire correctement. Marot lui conseille alors d'écrire en prose. L'auteur conclut en affirmant que, bien que ses vers ne soient pas parfaits, ils sont empreints de reconnaissance et d'amour pour sa mère.
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10
p. 466-484
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Début :
MESSIEURS, Le zele de la Personne qui demande des Mémoires [...]
Mots clefs :
Périgueux, Neuilly, Martyrologue, Évêque, Lettre, Apôtres, Corps, Ossements, Diocèse, Patron, Saint Front, Reliques, Clergé de Paris
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons,
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
Fermer
Résumé : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'Avril 1731, visant à clarifier les informations concernant Saint Front et la ville de Neuilly-Saint-Front. L'auteur reconnaît les difficultés à distinguer la vérité parmi les légendes et les obscurités. Il corrige d'abord une erreur en affirmant que Neuilly-Saint-Front est une petite ville située à six lieues de Soissons, et non un village. Neuilly-Saint-Front est décrite comme une ville bien structurée avec deux paroisses : Saint Front et Saint Kemy. L'église Saint Front, dont la partie orientale date du treizième siècle, est située dans un château fortifié. La ville est habitée par des marchands et des artisans, et les habitants considèrent Saint Front comme leur patron et l'Apôtre de la ville, célébrant sa fête le 25 octobre. Le texte mentionne également une église dédiée à Saint Front à Cône-sur-Loire, où les reliques sont conservées depuis plusieurs siècles. L'auteur conteste l'idée que ces reliques appartiennent à Saint Front de Périgueux, en se basant sur des preuves historiques et des visites épiscopales. Il suggère que les reliques de Neuilly pourraient provenir de l'église de Cône, et non de Périgueux. L'auteur souligne les erreurs et les légendes entourant la figure de Saint Front, et invite les habitants de Neuilly à reconsiderer leurs croyances à la lumière des faits historiques. Le texte traite également de la confusion entre Saint Front, évêque de Périgueux, et Saint Frond, un ermite. Les deux saints ont des cultes distincts mais sont souvent confondus. Saint Front est célébré le 25 octobre, mais ses actions et miracles sont parfois attribués à Saint Frond. Les écrits de Symphorien Guyon et Corvaisier distinguent les deux saints, précisant que Saint Frond, également appelé Fludualdus, vivait au sixième siècle et n'était pas l'évêque de Périgueux. Le culte de Saint Frond est célébré à Cône-sur-Loire et dans d'autres régions comme le Diocèse du Mans et celui d'Amiens. Les auteurs anciens reconnaissent la distinction entre les deux saints, soulignant l'importance de la critique historique pour démêler les faits. Les auteurs perigourdins, malgré les critiques, restent attachés à la tradition locale selon laquelle Saint Front aurait été le premier évêque de Périgueux et un disciple de Saint Pierre. Cette tradition est défendue avec ferveur, même face aux objections historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 485-487
LE SEREIN ET LA LINOTE. FABLE.
Début :
Un Serein, jeune, beau, chantoit dans un bocage; [...]
Mots clefs :
Serein, Linotte, Amour
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texteReconnaissance textuelle : LE SEREIN ET LA LINOTE. FABLE.
LE SEREIN ET LA LINOTE,
FABLE.
UN Sereim , jeune , beau , chantoit dans un
bocage ;
Les Rossignols étoient jaloux
De la douceur de son ramage.
Malgré leur dépit et leur rage ,
Pour l'entendre , ils se taisoient tous.
Il apperçut une Linote ,
Dont l'air étoit vif, tendre et doux ;'
Dans ce Bois , lui dit-il , belle , que faites vous ?
Je ne fais rien ; si je sçavois la notte
Que je chanterois tendrement !
Lui répondit, en soûpirant , la belle ,
Avec un désir si charmant ,
Repliqua le Serein , brúlant d'amour pour elle
Que vous apprendrez promptement !
Sij'osois vous prier que sous ce verd feüillage
Je vous donnasse des leçons , 8
Bientôt vous charmeriez par vos tendres
chansons
Tous les Oiseaux du voisinage ,
Ah ! dit-elle , d'un ton flateur ,
Sera-ce assez de ma reconnoissance
Dij Pour
486 MERCURE DE FRANCE
Pour vous payer d'une telle faveur
C'est-là , je crois , la récompense
Que vous devez attendre de mon cœur.
Le Serein généreux et tendre ,
Par ses soupirs lui fit comprendre ,
Qu'il souhaittoit lui plaire seulement;
Qu'il ne vouloit d'autre païment
Que le doux plaisir de l'entendre
Chanter mélodieusement.
L'accord fut fait dans le moment.
En peu de temps elle scut la Musique ,
L'Amour est un Maître charmant ;
Quand à montrer , ce Dieu s'applique,
Que l'on apprend facilement !
D'abord que le Serein vit l'aimable Linotte
Se servir avec sentiment
Des charmes touchans de la notte ,
Vous chantez aussi-bien que moi,
Lui dit-il , recevez ma foy ,
C'est le prix que je veux , d'avoir scû vous inse
truire ;
La Linotte se prit à rire.
Cet aveu , lui dit- elle , est tout-à- fait nouveau ¿
Je vous croyois plus de cerveau ;
Grand mercy de votre Musique.
Adicu. Mon tendre coeur s'explique
En faveur d'un jeune Moineau,
Aux Champs , dans les Cours , dans les
Villes Tandis
MARS. 11327 487
Tandis que nous sommes utiles ,
Nous sommes toujours bien reçus ,
Mais d'abord que notre présence,
Semble exiger de la reconnoissance ,
On nous fuir , nous ne plaisons plus
M. L'AFFICHARD.
FABLE.
UN Sereim , jeune , beau , chantoit dans un
bocage ;
Les Rossignols étoient jaloux
De la douceur de son ramage.
Malgré leur dépit et leur rage ,
Pour l'entendre , ils se taisoient tous.
Il apperçut une Linote ,
Dont l'air étoit vif, tendre et doux ;'
Dans ce Bois , lui dit-il , belle , que faites vous ?
Je ne fais rien ; si je sçavois la notte
Que je chanterois tendrement !
Lui répondit, en soûpirant , la belle ,
Avec un désir si charmant ,
Repliqua le Serein , brúlant d'amour pour elle
Que vous apprendrez promptement !
Sij'osois vous prier que sous ce verd feüillage
Je vous donnasse des leçons , 8
Bientôt vous charmeriez par vos tendres
chansons
Tous les Oiseaux du voisinage ,
Ah ! dit-elle , d'un ton flateur ,
Sera-ce assez de ma reconnoissance
Dij Pour
486 MERCURE DE FRANCE
Pour vous payer d'une telle faveur
C'est-là , je crois , la récompense
Que vous devez attendre de mon cœur.
Le Serein généreux et tendre ,
Par ses soupirs lui fit comprendre ,
Qu'il souhaittoit lui plaire seulement;
Qu'il ne vouloit d'autre païment
Que le doux plaisir de l'entendre
Chanter mélodieusement.
L'accord fut fait dans le moment.
En peu de temps elle scut la Musique ,
L'Amour est un Maître charmant ;
Quand à montrer , ce Dieu s'applique,
Que l'on apprend facilement !
D'abord que le Serein vit l'aimable Linotte
Se servir avec sentiment
Des charmes touchans de la notte ,
Vous chantez aussi-bien que moi,
Lui dit-il , recevez ma foy ,
C'est le prix que je veux , d'avoir scû vous inse
truire ;
La Linotte se prit à rire.
Cet aveu , lui dit- elle , est tout-à- fait nouveau ¿
Je vous croyois plus de cerveau ;
Grand mercy de votre Musique.
Adicu. Mon tendre coeur s'explique
En faveur d'un jeune Moineau,
Aux Champs , dans les Cours , dans les
Villes Tandis
MARS. 11327 487
Tandis que nous sommes utiles ,
Nous sommes toujours bien reçus ,
Mais d'abord que notre présence,
Semble exiger de la reconnoissance ,
On nous fuir , nous ne plaisons plus
M. L'AFFICHARD.
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Résumé : LE SEREIN ET LA LINOTE. FABLE.
La fable 'Le Serein et la Linote' narre l'histoire d'un serein, un oiseau jeune et talentueux, qui chante dans un bocage. Les rossignols, jaloux de son talent, se taisent pour l'écouter. Le serein remarque une linote et lui propose de lui apprendre à chanter. La linote accepte sans montrer de reconnaissance. Après quelques leçons, la linote chante aussi bien que le serein, mais refuse de reconnaître ses efforts. Elle avoue préférer un jeune moineau. La morale de la fable est que tant que l'on est utile, on est bien reçu, mais dès que l'on attend de la reconnaissance, on est fui et ne plaît plus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 487-492
LETTRE de M.L.B. écrite à M***, au sujet de l'Ordonnance de Bacchus, inserée dans le Mercure de Septembre 1731.
Début :
Il en faut convenir, Monsieur; l'Ordonnance Bacchique de Mrs [...]
Mots clefs :
Ordonnance bacchique, Bacchus, Vins de Joigny, Vigne
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.L.B. écrite à M***, au sujet de l'Ordonnance de Bacchus, inserée dans le Mercure de Septembre 1731.
LETTRE de M. L. B. écrite à M***, au
sujetde l'Ordonnance de Bacchus , inseréc
dans le Mercure de Septembre 1731.
I
L en faut convenir , Monsieur'; l'Or
d'Auxerre
est tout-à- fait plaisante ; pour moi je l'ar
fort goûtée. Cette Piece, quoiqu'en récri
mination de la Lettre du mois de Janvier 1731, publiée dans le Mercure de Février suivant , ne laisse pas de donner un'
petit coup aux Vins de Joigny, et de faire'
en même-temps un parfait éloge de ceux
d'Auxerre. Il faut croire que Bacchus étoit
en débauche le soir qu'il fit cette Piece.
Quoiqu'il en soit , ce Dieu s'est visiblement laissé surprendre , et je crois que vous en conviendrez.
J'ai sollicité mon ami qui a écrit la'
Lettre du mois de Février dernier de pré
senterune Requête civile à cette Divinité ,
Diij ten
88 MERCURE DE FRANCE
tendante à faire connoître qu'on a abusé
de sa complaisance et de sa situation , et à
ce qu'il lui plût , par les raisons déduires en la Requête , d'annuler ladite Or
donnance ; ce faisant , déclarer les Vins
d'Auxerre au moins égaux à ceux de Joigny, &c.
Cet ami m'a fait réponse , que si l'Université où veulent , envoyer M' d'Auxerre , est l'Areopage de Bacchus , il n'y
sera jamais qu'un Ecolier , en comparaison d'eux. Cecy me paroît clair , et dit
sans allusion , d'une Ecole à l'autre. Je
crois , au reste , 'que vous seriez bien-aise
d'avoir le défaut qu'on reproche dans
l'Ordonnance , à l'Auteur de cette Lettre
de Février 1731. et que vous ne seriez
pas fâché de n'avoir , comme lui , que
27 ans , quand même vous devriez perdre une partie des connoissances que vous
vous avez acquises avec les années supé- rieures à cet âge.
Permettez -moi donc de répondre ici
quelque chose pour lui. Je ne m'amuserai pas à éplucher scrupuleusement cette
Ordonnance ; il me suffira de soûtenir
ainsi qu'on l'a déja fait voir , que le terrain des côtes de Joigny est propre par
excellence pour la Vigne. Le public en
>
auroit
MARS. 1732. 489
auroit mieux jugé, et aussi favorablement
que de celui d'Auxerre , si l'Ordonnance
de Bacchus eut rapporté les témoignages
assurez de ceux qui se sont particulierement appliquez à connoître le sol propre
à la Vigne,comme sont les Auteurs, dont
s'est servi mon ami dans sa Lettre déja
citée. Peut-on ne pas être frappé de celui de Virgile ; et après lui , de ce qu'en a
écrit récemment le fameux P. Vaniere ?
On auroit souhaitté une réponse exacte
sur les citations de ces célébres Auteurs ,
au lieu des propos vagues qui sont enchassez dans l'Ordonnance Bacchique, sur
la moienne , la superieure et la basse region de l'air ; discours qui sentent trop le
Copernic , et qui conviendroient mieux
dans un Traité d'Astronomie qu'au sujet
dont il est icy question.
L'Auteur de l'Ordonnance s'évapore
ensuite en digressions inutiles , telles que
les lui fournit son rêve , ou son voyage
chimérique ; il dit qu'un certain soir du
mois de Février les du vin ne que vapeurs
lui montoient pas trop à la tête ; il parcourut bien du païs , &c. mais ce voyage
ne seroit-il pas plutôt produit par une
trop longue diette , dont les effets sont
bien plus dangereux que les vapeurs bacchiques ; les abstinences et les jeûnes ne Diiij val-
490 MERCURE DE FRANCE
vallent rien pour les Gens de Lettres ; ils
doivent en craindre les suites. Nous en
voyons des exemples funestes.
Je pourrois bien dire icy quelque chose du Langage de ces deux Villes ; j'ai séjourné plusieurs années en l'une et en
l'autre ; je ne me suis pas apperçu quetes
Bourgeois de l'une et de l'autre Ville fissent des fautes notables en parlant.Quant
au petit peuple , ce n'est pas seulement à
Joigny qu'on remarque, avec notre Critique , qu'il parle mal on en pourroit dire
autant d'Auxerre, où le bas peuple use de
termes assez risibles , jusqu'à appeller une
Hotte , un Benatron ; il vous semblera
sans doute , être transporté dans la Lousianne , parmi les Sauvages , à entendre
ce mot barbare , sans parler de plusieurs
autres aussi hétéroclites ; ensorte qu'il y
auroit pour le moins autant à plaisanter
sur le Patois des Artisans et des Mancuvres d'Auxerre, que sur celui de Joigny.
On ne répondra rien à la Note prise du
P. Labbe , et imprimée dans le Mercure
d'Aoust, pag. 1930. DolosiSenonenses, &c.I †
me semble qu'on ne peut l'appliquer àJoigny, sans faire beaucoup de violence à la
Topographie , en comprenant cette Ville
dans les environs de Sens. Cependant
Joigny est à 6 lieues d'Auxerre , et à 7 de
Sens.
MARS. 1732. 491
à
Sens. C'est donc à Mrs deSens à la réfuter.
Une autre Note fort hazardée
l'Ordonnance en question , est que les
Vins d'Auxerre se sont vendus jusqu'à
140 liv. et ceux de Joigny , 80 liv. le plus
haut prix. Je ne veux pas m'exposer
encourir la peine portée dans cette Or
donnance. Je ne veux pas , dis-je , contester sur ce prix ainsi fixé par le Voyageur Bacchique , mais un fait certain et
bien connu me servira de réponse ;
c'est que le meilleur Vin s'est vendu à
Auxerre , une bonne partie de l'année
18 deniers la pinte. Le moindre Vin de
Joigny au contraire, ne s'y est jamais ven→
du moins de 3 ou 4 sols , et toute déduc--
tion faite des droits des Aydes , qui sont
plus forts à Joigny qu'à Auxerre , le Vin
s'est toujours vendu le double à Joigny.
On ne doit jamais disputer contre des
faits.
,
On conviendra bien que les Vins de
Joigny ne se gardent pas autant que des
gros Vins ou des Rappez ; il suffit que nos
Vins se conservent bons pendant 2 et 3 %
ans , pour qu'on puisse les transporter par
tout où l'on voudra ; on pourroit même
leur donner 2 et 3 ans de plus de garde
en les faisant cuver davantage ; mais les
Experts en Vinsfins, prétendent que cette
Dv façon
492 MERCURE DE FRANCE
façon ôte la qualité au Vin. On ne peut,
ay reste , reprocher aux Bourgeois de Joigny de droguer leur Vin , il est toujours
naturel et sans aucun mélange; il est vrai
qu'il a la qualité de se marier; qualité que
quelques Marchands de Vin , bons connoisseurs , sçavent tres- bien mettre en
usage.
Admirons , en finissant , l'Auteur de
l'Ordonnance , de s'approprier , comme
il fait , sans scrupule , les Païs voisins , en
comprenant dans le Territoire d'Auxerre
tous les Vignobles de dix lieuës à la ronde ; il s'égare même jusques dans les Vignes de Dijon, mais cela n'a pas besoin de
réfutation. Commeje me persuade M.que
vous êtes parfaitement neutre dans la querelle qui est entre ces deux Villes , je me
flatte aussi que vous voudrez bien faire
inserer cette Lettre dans le même Livre,.
où je sçai qu'on n'affecte aucune partialité ,, pour
désabuser
le Public
des impres
sions
qu'auroit
pû faire
l'Ordonnance
de
Bacchus
, sur l'esprit
de ceux
qui ne connoissent
pas assez
l'excellence
des Vins
de Joigny
. Je suis , &c.
Le 12 Decembre 1731.
sujetde l'Ordonnance de Bacchus , inseréc
dans le Mercure de Septembre 1731.
I
L en faut convenir , Monsieur'; l'Or
d'Auxerre
est tout-à- fait plaisante ; pour moi je l'ar
fort goûtée. Cette Piece, quoiqu'en récri
mination de la Lettre du mois de Janvier 1731, publiée dans le Mercure de Février suivant , ne laisse pas de donner un'
petit coup aux Vins de Joigny, et de faire'
en même-temps un parfait éloge de ceux
d'Auxerre. Il faut croire que Bacchus étoit
en débauche le soir qu'il fit cette Piece.
Quoiqu'il en soit , ce Dieu s'est visiblement laissé surprendre , et je crois que vous en conviendrez.
J'ai sollicité mon ami qui a écrit la'
Lettre du mois de Février dernier de pré
senterune Requête civile à cette Divinité ,
Diij ten
88 MERCURE DE FRANCE
tendante à faire connoître qu'on a abusé
de sa complaisance et de sa situation , et à
ce qu'il lui plût , par les raisons déduires en la Requête , d'annuler ladite Or
donnance ; ce faisant , déclarer les Vins
d'Auxerre au moins égaux à ceux de Joigny, &c.
Cet ami m'a fait réponse , que si l'Université où veulent , envoyer M' d'Auxerre , est l'Areopage de Bacchus , il n'y
sera jamais qu'un Ecolier , en comparaison d'eux. Cecy me paroît clair , et dit
sans allusion , d'une Ecole à l'autre. Je
crois , au reste , 'que vous seriez bien-aise
d'avoir le défaut qu'on reproche dans
l'Ordonnance , à l'Auteur de cette Lettre
de Février 1731. et que vous ne seriez
pas fâché de n'avoir , comme lui , que
27 ans , quand même vous devriez perdre une partie des connoissances que vous
vous avez acquises avec les années supé- rieures à cet âge.
Permettez -moi donc de répondre ici
quelque chose pour lui. Je ne m'amuserai pas à éplucher scrupuleusement cette
Ordonnance ; il me suffira de soûtenir
ainsi qu'on l'a déja fait voir , que le terrain des côtes de Joigny est propre par
excellence pour la Vigne. Le public en
>
auroit
MARS. 1732. 489
auroit mieux jugé, et aussi favorablement
que de celui d'Auxerre , si l'Ordonnance
de Bacchus eut rapporté les témoignages
assurez de ceux qui se sont particulierement appliquez à connoître le sol propre
à la Vigne,comme sont les Auteurs, dont
s'est servi mon ami dans sa Lettre déja
citée. Peut-on ne pas être frappé de celui de Virgile ; et après lui , de ce qu'en a
écrit récemment le fameux P. Vaniere ?
On auroit souhaitté une réponse exacte
sur les citations de ces célébres Auteurs ,
au lieu des propos vagues qui sont enchassez dans l'Ordonnance Bacchique, sur
la moienne , la superieure et la basse region de l'air ; discours qui sentent trop le
Copernic , et qui conviendroient mieux
dans un Traité d'Astronomie qu'au sujet
dont il est icy question.
L'Auteur de l'Ordonnance s'évapore
ensuite en digressions inutiles , telles que
les lui fournit son rêve , ou son voyage
chimérique ; il dit qu'un certain soir du
mois de Février les du vin ne que vapeurs
lui montoient pas trop à la tête ; il parcourut bien du païs , &c. mais ce voyage
ne seroit-il pas plutôt produit par une
trop longue diette , dont les effets sont
bien plus dangereux que les vapeurs bacchiques ; les abstinences et les jeûnes ne Diiij val-
490 MERCURE DE FRANCE
vallent rien pour les Gens de Lettres ; ils
doivent en craindre les suites. Nous en
voyons des exemples funestes.
Je pourrois bien dire icy quelque chose du Langage de ces deux Villes ; j'ai séjourné plusieurs années en l'une et en
l'autre ; je ne me suis pas apperçu quetes
Bourgeois de l'une et de l'autre Ville fissent des fautes notables en parlant.Quant
au petit peuple , ce n'est pas seulement à
Joigny qu'on remarque, avec notre Critique , qu'il parle mal on en pourroit dire
autant d'Auxerre, où le bas peuple use de
termes assez risibles , jusqu'à appeller une
Hotte , un Benatron ; il vous semblera
sans doute , être transporté dans la Lousianne , parmi les Sauvages , à entendre
ce mot barbare , sans parler de plusieurs
autres aussi hétéroclites ; ensorte qu'il y
auroit pour le moins autant à plaisanter
sur le Patois des Artisans et des Mancuvres d'Auxerre, que sur celui de Joigny.
On ne répondra rien à la Note prise du
P. Labbe , et imprimée dans le Mercure
d'Aoust, pag. 1930. DolosiSenonenses, &c.I †
me semble qu'on ne peut l'appliquer àJoigny, sans faire beaucoup de violence à la
Topographie , en comprenant cette Ville
dans les environs de Sens. Cependant
Joigny est à 6 lieues d'Auxerre , et à 7 de
Sens.
MARS. 1732. 491
à
Sens. C'est donc à Mrs deSens à la réfuter.
Une autre Note fort hazardée
l'Ordonnance en question , est que les
Vins d'Auxerre se sont vendus jusqu'à
140 liv. et ceux de Joigny , 80 liv. le plus
haut prix. Je ne veux pas m'exposer
encourir la peine portée dans cette Or
donnance. Je ne veux pas , dis-je , contester sur ce prix ainsi fixé par le Voyageur Bacchique , mais un fait certain et
bien connu me servira de réponse ;
c'est que le meilleur Vin s'est vendu à
Auxerre , une bonne partie de l'année
18 deniers la pinte. Le moindre Vin de
Joigny au contraire, ne s'y est jamais ven→
du moins de 3 ou 4 sols , et toute déduc--
tion faite des droits des Aydes , qui sont
plus forts à Joigny qu'à Auxerre , le Vin
s'est toujours vendu le double à Joigny.
On ne doit jamais disputer contre des
faits.
,
On conviendra bien que les Vins de
Joigny ne se gardent pas autant que des
gros Vins ou des Rappez ; il suffit que nos
Vins se conservent bons pendant 2 et 3 %
ans , pour qu'on puisse les transporter par
tout où l'on voudra ; on pourroit même
leur donner 2 et 3 ans de plus de garde
en les faisant cuver davantage ; mais les
Experts en Vinsfins, prétendent que cette
Dv façon
492 MERCURE DE FRANCE
façon ôte la qualité au Vin. On ne peut,
ay reste , reprocher aux Bourgeois de Joigny de droguer leur Vin , il est toujours
naturel et sans aucun mélange; il est vrai
qu'il a la qualité de se marier; qualité que
quelques Marchands de Vin , bons connoisseurs , sçavent tres- bien mettre en
usage.
Admirons , en finissant , l'Auteur de
l'Ordonnance , de s'approprier , comme
il fait , sans scrupule , les Païs voisins , en
comprenant dans le Territoire d'Auxerre
tous les Vignobles de dix lieuës à la ronde ; il s'égare même jusques dans les Vignes de Dijon, mais cela n'a pas besoin de
réfutation. Commeje me persuade M.que
vous êtes parfaitement neutre dans la querelle qui est entre ces deux Villes , je me
flatte aussi que vous voudrez bien faire
inserer cette Lettre dans le même Livre,.
où je sçai qu'on n'affecte aucune partialité ,, pour
désabuser
le Public
des impres
sions
qu'auroit
pû faire
l'Ordonnance
de
Bacchus
, sur l'esprit
de ceux
qui ne connoissent
pas assez
l'excellence
des Vins
de Joigny
. Je suis , &c.
Le 12 Decembre 1731.
Fermer
Résumé : LETTRE de M.L.B. écrite à M***, au sujet de l'Ordonnance de Bacchus, inserée dans le Mercure de Septembre 1731.
La lettre de M. L. B. adressée à M*** traite de l'Ordonnance de Bacchus, publiée dans le Mercure de Septembre 1731. L'auteur trouve cette ordonnance plaisante mais critique ses propos vagues et ses digressions inutiles. L'Ordonnance critique les vins de Joigny tout en louant ceux d'Auxerre, ce que M. L. B. conteste en suggérant que Bacchus, le dieu du vin, a été trompé. Il demande à un ami d'envoyer une requête à Bacchus pour annuler cette ordonnance et déclarer les vins d'Auxerre au moins égaux à ceux de Joigny. M. L. B. souligne que le terrain des côtes de Joigny est excellent pour la vigne et que le public aurait mieux jugé si l'ordonnance avait inclus des témoignages d'experts. Il cite Virgile et le Père Vanière pour appuyer son argument. La lettre aborde également des aspects linguistiques, notant que les habitants des deux villes font des fautes de langage. L'auteur réfute une note de l'Ordonnance concernant les prix de vente des vins, affirmant que les vins de Joigny se vendent à des prix plus élevés et sont de meilleure qualité. Enfin, M. L. B. admire l'audace de l'auteur de l'Ordonnance qui s'approprie les vignobles voisins et espère que sa lettre sera publiée pour désabuser le public des impressions fausses sur les vins de Joigny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 495-504
RÉPONSE à une Lettre écrite de Toulouze, inserée dans le Mercure du mois d'Aoust 1731. page 1922. au sujet de la Philosophie Hermetique.
Début :
L'On ne répondra qu'à deux articles de la [...]
Mots clefs :
Mercure philosophique, Agent, Soleil, Science, Métaux, Corps sec, Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à une Lettre écrite de Toulouze, inserée dans le Mercure du mois d'Aoust 1731. page 1922. au sujet de la Philosophie Hermetique.
RE'PONSE à une Lettre écrite de Toulouze, inserée dans le Mercure du mois
d'Aoust 1731. page 1922. au sujet de la
Philosophie Hermetique.
L'altre Anonime de Toulouse.
'Onne répondra qu'à deux articles de
Premierement ; que son Mercure ou Vif
argent commun et Venal , quelque épu
ré qu'il soit , n'est point le premier Mer--
cure actif des Philosophes , ni leur semence, et qu'il ne peut en cet état pro-.
duire par lui-même l'Or phisique , comme il l'assure ; et cela , parce qu'il n'en´
contient point, et que nulle chose ne peutdonner ce qu'elle n'a pas. Le Mercure devenu vierge et mondifie , ne se peut précipi
ter enforme de terre par aucun feu, dit Helmont, à cause de sa trop grande simplicité,
pourlaquelle on le compare à l'Element de
l'eau. Il auroit dû voir dans le roʻchap.
de Philalette , de son Entrée ouverte, qu'il
faut introduire dans le Mercure un feu sulfureux , actif, capable de pourir l'or ; et que·
parcette préparation le Mercure est herma
frodite , àcause de ce soufre , qui renferme
en même-temps en lui un principe qui est tout
496 MERCURE DE FRANCE
tout ensemble actifet passif, moyennant lequel il se coagule soi- même , étant aidé senlement d'une chaleur convenable ; c'est
pourquoi dans le chap. suivant, il dit ,
que la vie du Mercure est dans le seul soufre Metallique, caché dans la Maison d'Aries. Et dans cet autre Passage du même
Auteur , dans son Commentaire sur la
Lettre de Riplée , au Roy Edouard , où
il dit : Sachez que le Mercure a en lui un
soufre qui n'est pas actif; notre Art consiste
àmultiplier en lui un soufre vifet actif, lequel vient des reins de notre corps hermafrodite , dont le pere est un Métal , et la
mere un Mineral. Voilà qui est bien
clair ? Si l'Anonime connoissoit la composition de ce corps , qui est le premier
Rebis , et son usage ; il n'auroit pas assûré
que l'Artiste ne crez rien de nouveau, car
la premiere opération est de composer le
Chaos , le Rebis ou Corps hermafrodite ,
pour nétoyer le Mercure , et lui ajouter
par la même opération , ce qui lui manque. Rebis, dit Bernard Trévisan à Thomas de Boulogne , est la premiere chose en
cet œuvre , c'est pourquoi Phil. dans le
Commentaire cité, dit- il , n'y a qu'une seu
le liqueur convenable à notre ture , laquelle
n'est tirée d'aucune chose , que la nature ay?
formé , mais d'une substance composée par
Part
MARS. 17321 1 497
l'art du Philosophe. Notre Art donc , ajoute-t- il , est de joindre deux principes , ( un
dans lequel le soufre , et l'autre dans lequel le
sel de nature abonde ) , qui pourtant ne sont
pas parfaits , ni toutefois imparfaits entierement, etpar consequent peuvent, par notre
Art , être changez on exaltez , ( ce que ne
peut être et qui sera entierement parfait ) et
puis par le Mercure commun , extraire du
composé , non le poids , mais la vertu fermentative , qui engendre dans le Mercure
commun une race plus noble qu'elle même, qui
est notre vraie hermafrodite. Or cette hermafrodite icy est un corps fluide , sous
forme de Vif-argent ; mais le premier
qui a animé ce second , est un corps sec:
et pulverisable ; c'est l'enfant hermafro
dite dont Phil. décrit la composition dans
son 7 ch. de l'Entrée ouverte , lequel est
seul capable de nettoyer le vif- argent de
sa lépre , et en même temps de l'impreigner du soufre spirituel embrional et
potentiel de l'or physique , contenu dans
le premier Rebis ou Chaos. Cela est conforme à la pratique de B. Trévisan et à
celle d'Espagner , qui d'un commun accord ne se sont pas contentez de rendre
le Mercure homogéne , mais ils ont cru
qu'il falloit , par la même opération , lui
ajouter ce qui lui manque, qui est le soufre
498 MERCURE DE FRANCE
ด
fre spirituel Metallique , et comme ap
puyé d'un double soûtien Métallique , ils eussent un Mercure double et animé
qu'ils n'ont pas cru seulement être l'unique clefnécessaire pour ouvrir le Palais
du Roy; mais ils l'ont persuadé aux au-~
tres avec autant de force que de science , non seulement n'ayant point admis
le Mercure simple , mais l'ayant totalement rejetté. Le premier se déclare ou
vertement dans l'Epître à T. de B. à las
pénultiéme page , et le 2ª , dans les §. 47--
et 54.
Voilà assez d'autoritez pour prouver
àl'Auteur anonime que son Mercure n'a
point les qualitez de celui des Phylosophes , que Phil. nomme dans le 1. ch. de
son Entrée ouverte : Or bland crud semence femine, dans laquelle l'or jette la›
sienne.
,
Nous voilà arrivé au second article à ›
réfuter. L'Anonime prétend que son prétendu Mercure homogéne , mondifié de
sa lépre ou tache originelle , étant joint à
l'or , donnera la Médecine qui transmuëi
des Métaux imparfaits en or. Il permet
tra qu'on lui représente, que pour pareil→
le chose peut-être , il faudroit que son ' ,
simple Mercure fut capable de dissoudre radicalement l'or , ce qui ne peut être ” .
puisque
MARS. 1732. 499
puisque le veritable Mercure Phylosophi
que,quelque bien animé et travaillé qu'il
soit ,joint à l'or , attendroit , dit Philalette , sans être changé , la fin du monde.
L'Anonime auroit dû apprendre de Gebert
qu'ily a trois principes de Métaux ; l'Ar-.
gent- vif, le Soufre et son compar l'Arsenic}
ainsi donc ; il supprime de sa pratique
l'Arsenic, qui est le troisiéme principe ,
qu'il ne connoît pas apparemment , sans
lequel la dissolution de l'or est impossible, et c'est de ce troisiéme principe dont
les Phylosophes ne parlent qu'énigmati
quement, et non du Mercure animécomme le prétend l'anonime, duquel, au con- .
traire , ils parlent tres- clairement. Phil.
qui est un des Phylosophes modernes ,
qui a écrit le plus clairement , dit dans
son Vademecum : Notre Lune qui represente la femelle , est d'une race Saturnienne,
taquelle a contracté mariage avec un Dieu
Belliqueux ; elle est appellée Arsenic , parce
qu'elle teint l'or en blancheur , déchire ses
membres et le rend fluxible à la moindre chaleur, comme du Mercure , l'argent du vulgaire est masculin et agit comme mâle ; it
peut être employé au deffaut de l'or ; mais
cette Lune , qui est femelle , et qui est don→
née pourfemme au Soleil ( dans la production du Magistere ) n'estpas un corps , mais HIE
350172
oo MERCURE DE FRANCE
un pur chaos , et un esprit merveilleux ; et
quoiqu'il puisse passer pour un corps , il est
cependant vivant et vivifiant , c'est pourquoi cette Lune est chez les Phylosophes appellée substance moyenne; au regard du Mer
cure, elle peut être appellée Corps et au re- ;
gard de l'Oret de l'Argent, elle est un espritz
C'est notre Soufre crud et immaturé, et`unMercure vifet coagulé , quoique non fixe ; il est
l'unique et le plus grand secret de notre art
et tous les Enigmes que les Phylosophes ont
inventez , ne l'ont été qu'à dessein de le cacher. Voilà une ample description de l'Ar
senic des Philosophes , ou de leur Lune
femme du Soleil. Riplée dit : Trois subs- tances ne font que deux natures , terre et eaus
à quoi Phil. ajoute dans son Commentaire; l'Homme et la Femme sont deux corps ou
terre. Dans son Vademecum , parlant de
la proportion des poids , il dit : Soyez
attentif, prenez du corps parfait , blanc et
roage (lequel represente le mâle) une partie ;
de notre Arsenic ( qui tient lieu defemelle Y
deux ou trois parties , de l'eau de notre mer ,
quatre parties on plus.
Riplée , dans ses 12 portes , dit , que le
Mâle Rouge , la femme blanche , sont faits
un , mariez par l'esprit de vie. Item : Elle
est appellée Eau-de-Vie Metallique , parce
qu'elle donne vie et santé aux Métaux
moris ,
MARS. 1732. Sor
morts , et conjoint par mariage l'homme rouge , avec la femme blanche, c'est- à-dire avec
le Soleil et la Lune. Item , Mettez dans un
verre toutes ces matieres ( quoique trois en
nombre , toutefois c'est une seule chose) et les
laissez putrefier. Finissons cet article , par
cette question que fait Riplée : Qu'est- ce
que l'hommerouge ? qu'est- ce lafemme blanche? qu'est-ce que l'esprit de vie ?
Artephius désigne aussi trois matieres
Dans cette eau, dit-il , le corps qui est fait
de deux corps, du Soleil et de la Lune , s'enfle , se dilate , grossit. Item. Notre Vinaigre
susdit se mêle avecle Soleil et la Lune.Item.
L'Esprit est la vertu mineralle des deux
corps et de l'eau. Item. De ces trois ensemble unis,se fait notre Pierre, c'est- à- dire, du
Soleil , de la Lune et du Mercure.Finissons
par dire que le Bain , le Roy et la Reine
d'Artephius sont trois substances distinques l'une de l'autre , le Bain est le Mercure animé , le Roy est l'or ou l'argent
et la Reine est l'Arsenic ou la Lune des
Phylosophes , non pas l'argent vulgaire ,
qui est un mâle , comme l'enseigne le
Cosmopolite , ch. 10. lorsqu'il dit : Les
Ports du Corps'ouvrent dans notre eau, qui
ne mouille point les mains; le Corps est le
Soleil , qui donne sa semence , et c'est notre
Lune qui la reçoit , non l'argent vulgaire.
Flamel
02 MERCURE DE FRANCE
Flamel parle aussi de trois substances”,
forsqu'il dit : Ce sont ces deux Dragons sur
lesquels Fason versa le jus, préparé parMedée. Item , la dissolution de nos Corps proa
cede de ligucité pontique de notre Mercure.
Item , je t'ai fait peindre un Corps , une
Ame, et un Esprit , pour te montrer que le
Soleil , la Lune et Mercure sont résuscitez
en cette opération.
Bernard Trévisan dit à T.de Boulogne :
Si l'or se décuit dans l'argent vif, la cause
de sa dissolution est l'humidité de l'argent
vif, restrainte par la dancité d'une terre ho
mogéne , qui est de semblable nature : On
s'apperçoit aisément que ce sujet est un
Corps sec , different de l'Or et du Mereure , lequel est la troisiéme matière en
question , ( dont il est parlé dans le Trai
té du Sel, qu'on attribue au Cosmopolite,
en ces termes: Quand cette Pierre Satur
nienne aurd resserré l'Eau Mercurielle , qui
est le pur feu de l'or , enclos et emprisonné
dans leprofond d'un sel congelé. ) Item, dans
le Mercure sefait la conjonction des deux semences masculine et feminine. Phil. Entrée
ouverte , ch. 18. dit : Quelque procedé que
tu suives des deux, tu nepeuxrienfaire, sans
lefeu le plus approchant du Soleil et de la
Lune; je t'avertis que par ce feu - là , il net
faut entendre que notre Fourneau secret. C'est
de
MARS. 1732.
503
de ce feu dont il parle , ch. 20. lorsqu'il
dit: Des aussi-tôt que la Pierre aura senti
sonfeu , le Soufre et le Mercure se fondront
et seront fluents sur le feu.Or ce premierfeu
n'est pas le second, qui est l'exterieur ; en
un mot , ce feu est celui dont parle Pontanus , lequel dit , que faute de le connoître , iferra deux cens fois. Riplée le
nomme Lyon vert. Flamel , Dragon Babilonien,c'est la moyenne substance d'Artephius,le Garde- Porte du Trévisan. Jean
d'Espagnet le loue comme étant un feu
secret. Le Grand Rosaire l'appelle la Racine de l'Art.Finissons par ce passage que
Philalette rapporte dans son Vademe
cum : Lorsque ces trois especes sont jointes
ensemble en poids convenable , après une
longue attente etpleine depatience, elles donneront ce seul et unique principe, qui contient
en lui tout ce qui est requis pour notre Pierre.
Nous finitons par prier les curieux qui
pourroient écrire sur ce sujet, de ne point
tomber dans le défaut de l'Anonime qui
n'a cité aucun passage des Phylosophes ,
pour prouver ce qu'il avance , sans quoi
on ne repondra point à de pareils écrits ;
nous avons évité cette négligence et pris
soin de ne citer que des passages d'Auteurs dont les ouvrages sont fort connus,
Nous nous flatons d'avoir démontré, sui- vant
504 MERCURE DE FRANCE
vant ces Auteurs , 1°. que le Mercure pur
et homogene , sans être animé d'un or
potentiel , n'est point le premier Mercure des Philosophes ; et 2° . que le Mercure même vrayment philosophique ne
dissout point l'or , s'il n'est aidé d'une
substance moyenne nommée par Pontanus feu , sans lequel tout travail est
inutile en cet Art.
d'Aoust 1731. page 1922. au sujet de la
Philosophie Hermetique.
L'altre Anonime de Toulouse.
'Onne répondra qu'à deux articles de
Premierement ; que son Mercure ou Vif
argent commun et Venal , quelque épu
ré qu'il soit , n'est point le premier Mer--
cure actif des Philosophes , ni leur semence, et qu'il ne peut en cet état pro-.
duire par lui-même l'Or phisique , comme il l'assure ; et cela , parce qu'il n'en´
contient point, et que nulle chose ne peutdonner ce qu'elle n'a pas. Le Mercure devenu vierge et mondifie , ne se peut précipi
ter enforme de terre par aucun feu, dit Helmont, à cause de sa trop grande simplicité,
pourlaquelle on le compare à l'Element de
l'eau. Il auroit dû voir dans le roʻchap.
de Philalette , de son Entrée ouverte, qu'il
faut introduire dans le Mercure un feu sulfureux , actif, capable de pourir l'or ; et que·
parcette préparation le Mercure est herma
frodite , àcause de ce soufre , qui renferme
en même-temps en lui un principe qui est tout
496 MERCURE DE FRANCE
tout ensemble actifet passif, moyennant lequel il se coagule soi- même , étant aidé senlement d'une chaleur convenable ; c'est
pourquoi dans le chap. suivant, il dit ,
que la vie du Mercure est dans le seul soufre Metallique, caché dans la Maison d'Aries. Et dans cet autre Passage du même
Auteur , dans son Commentaire sur la
Lettre de Riplée , au Roy Edouard , où
il dit : Sachez que le Mercure a en lui un
soufre qui n'est pas actif; notre Art consiste
àmultiplier en lui un soufre vifet actif, lequel vient des reins de notre corps hermafrodite , dont le pere est un Métal , et la
mere un Mineral. Voilà qui est bien
clair ? Si l'Anonime connoissoit la composition de ce corps , qui est le premier
Rebis , et son usage ; il n'auroit pas assûré
que l'Artiste ne crez rien de nouveau, car
la premiere opération est de composer le
Chaos , le Rebis ou Corps hermafrodite ,
pour nétoyer le Mercure , et lui ajouter
par la même opération , ce qui lui manque. Rebis, dit Bernard Trévisan à Thomas de Boulogne , est la premiere chose en
cet œuvre , c'est pourquoi Phil. dans le
Commentaire cité, dit- il , n'y a qu'une seu
le liqueur convenable à notre ture , laquelle
n'est tirée d'aucune chose , que la nature ay?
formé , mais d'une substance composée par
Part
MARS. 17321 1 497
l'art du Philosophe. Notre Art donc , ajoute-t- il , est de joindre deux principes , ( un
dans lequel le soufre , et l'autre dans lequel le
sel de nature abonde ) , qui pourtant ne sont
pas parfaits , ni toutefois imparfaits entierement, etpar consequent peuvent, par notre
Art , être changez on exaltez , ( ce que ne
peut être et qui sera entierement parfait ) et
puis par le Mercure commun , extraire du
composé , non le poids , mais la vertu fermentative , qui engendre dans le Mercure
commun une race plus noble qu'elle même, qui
est notre vraie hermafrodite. Or cette hermafrodite icy est un corps fluide , sous
forme de Vif-argent ; mais le premier
qui a animé ce second , est un corps sec:
et pulverisable ; c'est l'enfant hermafro
dite dont Phil. décrit la composition dans
son 7 ch. de l'Entrée ouverte , lequel est
seul capable de nettoyer le vif- argent de
sa lépre , et en même temps de l'impreigner du soufre spirituel embrional et
potentiel de l'or physique , contenu dans
le premier Rebis ou Chaos. Cela est conforme à la pratique de B. Trévisan et à
celle d'Espagner , qui d'un commun accord ne se sont pas contentez de rendre
le Mercure homogéne , mais ils ont cru
qu'il falloit , par la même opération , lui
ajouter ce qui lui manque, qui est le soufre
498 MERCURE DE FRANCE
ด
fre spirituel Metallique , et comme ap
puyé d'un double soûtien Métallique , ils eussent un Mercure double et animé
qu'ils n'ont pas cru seulement être l'unique clefnécessaire pour ouvrir le Palais
du Roy; mais ils l'ont persuadé aux au-~
tres avec autant de force que de science , non seulement n'ayant point admis
le Mercure simple , mais l'ayant totalement rejetté. Le premier se déclare ou
vertement dans l'Epître à T. de B. à las
pénultiéme page , et le 2ª , dans les §. 47--
et 54.
Voilà assez d'autoritez pour prouver
àl'Auteur anonime que son Mercure n'a
point les qualitez de celui des Phylosophes , que Phil. nomme dans le 1. ch. de
son Entrée ouverte : Or bland crud semence femine, dans laquelle l'or jette la›
sienne.
,
Nous voilà arrivé au second article à ›
réfuter. L'Anonime prétend que son prétendu Mercure homogéne , mondifié de
sa lépre ou tache originelle , étant joint à
l'or , donnera la Médecine qui transmuëi
des Métaux imparfaits en or. Il permet
tra qu'on lui représente, que pour pareil→
le chose peut-être , il faudroit que son ' ,
simple Mercure fut capable de dissoudre radicalement l'or , ce qui ne peut être ” .
puisque
MARS. 1732. 499
puisque le veritable Mercure Phylosophi
que,quelque bien animé et travaillé qu'il
soit ,joint à l'or , attendroit , dit Philalette , sans être changé , la fin du monde.
L'Anonime auroit dû apprendre de Gebert
qu'ily a trois principes de Métaux ; l'Ar-.
gent- vif, le Soufre et son compar l'Arsenic}
ainsi donc ; il supprime de sa pratique
l'Arsenic, qui est le troisiéme principe ,
qu'il ne connoît pas apparemment , sans
lequel la dissolution de l'or est impossible, et c'est de ce troisiéme principe dont
les Phylosophes ne parlent qu'énigmati
quement, et non du Mercure animécomme le prétend l'anonime, duquel, au con- .
traire , ils parlent tres- clairement. Phil.
qui est un des Phylosophes modernes ,
qui a écrit le plus clairement , dit dans
son Vademecum : Notre Lune qui represente la femelle , est d'une race Saturnienne,
taquelle a contracté mariage avec un Dieu
Belliqueux ; elle est appellée Arsenic , parce
qu'elle teint l'or en blancheur , déchire ses
membres et le rend fluxible à la moindre chaleur, comme du Mercure , l'argent du vulgaire est masculin et agit comme mâle ; it
peut être employé au deffaut de l'or ; mais
cette Lune , qui est femelle , et qui est don→
née pourfemme au Soleil ( dans la production du Magistere ) n'estpas un corps , mais HIE
350172
oo MERCURE DE FRANCE
un pur chaos , et un esprit merveilleux ; et
quoiqu'il puisse passer pour un corps , il est
cependant vivant et vivifiant , c'est pourquoi cette Lune est chez les Phylosophes appellée substance moyenne; au regard du Mer
cure, elle peut être appellée Corps et au re- ;
gard de l'Oret de l'Argent, elle est un espritz
C'est notre Soufre crud et immaturé, et`unMercure vifet coagulé , quoique non fixe ; il est
l'unique et le plus grand secret de notre art
et tous les Enigmes que les Phylosophes ont
inventez , ne l'ont été qu'à dessein de le cacher. Voilà une ample description de l'Ar
senic des Philosophes , ou de leur Lune
femme du Soleil. Riplée dit : Trois subs- tances ne font que deux natures , terre et eaus
à quoi Phil. ajoute dans son Commentaire; l'Homme et la Femme sont deux corps ou
terre. Dans son Vademecum , parlant de
la proportion des poids , il dit : Soyez
attentif, prenez du corps parfait , blanc et
roage (lequel represente le mâle) une partie ;
de notre Arsenic ( qui tient lieu defemelle Y
deux ou trois parties , de l'eau de notre mer ,
quatre parties on plus.
Riplée , dans ses 12 portes , dit , que le
Mâle Rouge , la femme blanche , sont faits
un , mariez par l'esprit de vie. Item : Elle
est appellée Eau-de-Vie Metallique , parce
qu'elle donne vie et santé aux Métaux
moris ,
MARS. 1732. Sor
morts , et conjoint par mariage l'homme rouge , avec la femme blanche, c'est- à-dire avec
le Soleil et la Lune. Item , Mettez dans un
verre toutes ces matieres ( quoique trois en
nombre , toutefois c'est une seule chose) et les
laissez putrefier. Finissons cet article , par
cette question que fait Riplée : Qu'est- ce
que l'hommerouge ? qu'est- ce lafemme blanche? qu'est-ce que l'esprit de vie ?
Artephius désigne aussi trois matieres
Dans cette eau, dit-il , le corps qui est fait
de deux corps, du Soleil et de la Lune , s'enfle , se dilate , grossit. Item. Notre Vinaigre
susdit se mêle avecle Soleil et la Lune.Item.
L'Esprit est la vertu mineralle des deux
corps et de l'eau. Item. De ces trois ensemble unis,se fait notre Pierre, c'est- à- dire, du
Soleil , de la Lune et du Mercure.Finissons
par dire que le Bain , le Roy et la Reine
d'Artephius sont trois substances distinques l'une de l'autre , le Bain est le Mercure animé , le Roy est l'or ou l'argent
et la Reine est l'Arsenic ou la Lune des
Phylosophes , non pas l'argent vulgaire ,
qui est un mâle , comme l'enseigne le
Cosmopolite , ch. 10. lorsqu'il dit : Les
Ports du Corps'ouvrent dans notre eau, qui
ne mouille point les mains; le Corps est le
Soleil , qui donne sa semence , et c'est notre
Lune qui la reçoit , non l'argent vulgaire.
Flamel
02 MERCURE DE FRANCE
Flamel parle aussi de trois substances”,
forsqu'il dit : Ce sont ces deux Dragons sur
lesquels Fason versa le jus, préparé parMedée. Item , la dissolution de nos Corps proa
cede de ligucité pontique de notre Mercure.
Item , je t'ai fait peindre un Corps , une
Ame, et un Esprit , pour te montrer que le
Soleil , la Lune et Mercure sont résuscitez
en cette opération.
Bernard Trévisan dit à T.de Boulogne :
Si l'or se décuit dans l'argent vif, la cause
de sa dissolution est l'humidité de l'argent
vif, restrainte par la dancité d'une terre ho
mogéne , qui est de semblable nature : On
s'apperçoit aisément que ce sujet est un
Corps sec , different de l'Or et du Mereure , lequel est la troisiéme matière en
question , ( dont il est parlé dans le Trai
té du Sel, qu'on attribue au Cosmopolite,
en ces termes: Quand cette Pierre Satur
nienne aurd resserré l'Eau Mercurielle , qui
est le pur feu de l'or , enclos et emprisonné
dans leprofond d'un sel congelé. ) Item, dans
le Mercure sefait la conjonction des deux semences masculine et feminine. Phil. Entrée
ouverte , ch. 18. dit : Quelque procedé que
tu suives des deux, tu nepeuxrienfaire, sans
lefeu le plus approchant du Soleil et de la
Lune; je t'avertis que par ce feu - là , il net
faut entendre que notre Fourneau secret. C'est
de
MARS. 1732.
503
de ce feu dont il parle , ch. 20. lorsqu'il
dit: Des aussi-tôt que la Pierre aura senti
sonfeu , le Soufre et le Mercure se fondront
et seront fluents sur le feu.Or ce premierfeu
n'est pas le second, qui est l'exterieur ; en
un mot , ce feu est celui dont parle Pontanus , lequel dit , que faute de le connoître , iferra deux cens fois. Riplée le
nomme Lyon vert. Flamel , Dragon Babilonien,c'est la moyenne substance d'Artephius,le Garde- Porte du Trévisan. Jean
d'Espagnet le loue comme étant un feu
secret. Le Grand Rosaire l'appelle la Racine de l'Art.Finissons par ce passage que
Philalette rapporte dans son Vademe
cum : Lorsque ces trois especes sont jointes
ensemble en poids convenable , après une
longue attente etpleine depatience, elles donneront ce seul et unique principe, qui contient
en lui tout ce qui est requis pour notre Pierre.
Nous finitons par prier les curieux qui
pourroient écrire sur ce sujet, de ne point
tomber dans le défaut de l'Anonime qui
n'a cité aucun passage des Phylosophes ,
pour prouver ce qu'il avance , sans quoi
on ne repondra point à de pareils écrits ;
nous avons évité cette négligence et pris
soin de ne citer que des passages d'Auteurs dont les ouvrages sont fort connus,
Nous nous flatons d'avoir démontré, sui- vant
504 MERCURE DE FRANCE
vant ces Auteurs , 1°. que le Mercure pur
et homogene , sans être animé d'un or
potentiel , n'est point le premier Mercure des Philosophes ; et 2° . que le Mercure même vrayment philosophique ne
dissout point l'or , s'il n'est aidé d'une
substance moyenne nommée par Pontanus feu , sans lequel tout travail est
inutile en cet Art.
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Résumé : RÉPONSE à une Lettre écrite de Toulouze, inserée dans le Mercure du mois d'Aoust 1731. page 1922. au sujet de la Philosophie Hermetique.
Le texte est une réponse à une lettre anonyme publiée dans le Mercure d'août 1731. L'auteur anonyme soutient que le mercure commun, même épuré, ne peut produire de l'or physique car il manque de soufre actif. Selon lui, le véritable mercure des philosophes doit être préparé avec un feu sulfureux pour devenir hermaphrodite, c'est-à-dire contenir à la fois un principe actif et passif, permettant ainsi au mercure de se coaguler et de produire de l'or. L'auteur anonyme est critiqué pour son ignorance de la composition du premier Rebis, un corps hermaphrodite essentiel à la première opération alchimique. Cette opération consiste à composer le Chaos ou Rebis pour purifier le mercure et lui ajouter ce qui lui manque. Plusieurs auteurs, comme Philalèthe et Bernard Trévisan, sont cités pour appuyer cette vision. Le texte réfute également l'idée que le mercure homogène, même épuré, puisse transmuter les métaux en or sans l'aide d'une substance moyenne, l'arsenic. L'arsenic est décrit comme un principe essentiel, souvent mentionné de manière énigmatique par les philosophes. Il est nécessaire pour dissoudre l'or et permettre la transmutation. Plusieurs auteurs alchimiques, comme Riplée, Artephius, et Flamel, sont cités pour expliquer la nécessité de trois substances (le Soleil, la Lune, et le Mercure) et de leur conjonction par un feu secret pour réussir l'opération alchimique. Le texte se termine en invitant les curieux à citer des passages des philosophes pour prouver leurs affirmations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 504
EXPLICATION du Logogryphe Latin du Mercure de Janvier.
Début :
Mensis, Ensis, Mens, Ens, sunt, sua, verba reperta. [...]
Mots clefs :
Mensis
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe Latin du Mercure de Janvier.
EXPLICATION du Logogryphe
Latin du Mercure de Janvier.
Mensis , Ensis , Mens , Ens , sunt sua
verba reperta,
Latin du Mercure de Janvier.
Mensis , Ensis , Mens , Ens , sunt sua
verba reperta,
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15
p. 504
AUTRE Explication du même Logogryphe.
Début :
Votr Logogryphe Latin, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE Explication du même Logogryphe.
AUTRE Explication du même
Logogryphe.
Curin UrinMense tuum , proponis solvere nodum&
Si prodit nodum,terminus ipse tuum.
Votre Logogryphe Latin , '
Me paroît délicat et fin ,
Plein de difficultez , mais vous avez beau faire ,
Malgré vos soins je mapperçois ,
Que je puis l'expliquer dans le terme d'un Mois g
Il ne me faut qu'un Dictionnaire.
Logogryphe.
Curin UrinMense tuum , proponis solvere nodum&
Si prodit nodum,terminus ipse tuum.
Votre Logogryphe Latin , '
Me paroît délicat et fin ,
Plein de difficultez , mais vous avez beau faire ,
Malgré vos soins je mapperçois ,
Que je puis l'expliquer dans le terme d'un Mois g
Il ne me faut qu'un Dictionnaire.
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16
p. 505
QUATRAIN.
Début :
Pour terminer vos innocentes ruses, [...]
Mots clefs :
Nom
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texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN.
QUATRAIN.
Pour terminer vos innocentes ruses ,
Je suis le seul à Aix de qui le nom unit ,
Les armes des Geans et le séjour des Muses ,
Vous pouvez me connoître et j'en ai assez dit.
Pour terminer vos innocentes ruses ,
Je suis le seul à Aix de qui le nom unit ,
Les armes des Geans et le séjour des Muses ,
Vous pouvez me connoître et j'en ai assez dit.
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17
p. 505
« La Chandelle, Cartouche et Lamproye, sont les mots de l' [...] »
Début :
La Chandelle, Cartouche et Lamproye, sont les mots de l' [...]
Mots clefs :
Mots
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texteReconnaissance textuelle : « La Chandelle, Cartouche et Lamproye, sont les mots de l' [...] »
La Chandelle , Cartouche et Lamproye
sont les mots de l'Enigme et des deux
Logogriphes du Mercure de Février
sont les mots de l'Enigme et des deux
Logogriphes du Mercure de Février
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19
p. 505-506
LOGOGRYPHE.
Début :
Cinq lettres font mon tout, et ce tout une graine, [...]
Mots clefs :
Pépin
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
C
Inq lettres font mon tout , et ce tout une
graine ,
Du moins je crois pouvoir me baptiser ainsi ,
De mon chef formez ma bedaine ,
Et puis faites le reversi ;
Sans moi vous ne sçauriez ajuster de parure..
Voulez vous voir un arbre aussi ?
Après m'avoir rendu mapremiere nature;
Ostez
foo MERCURE DE FRANCE
Otez deux parts , c'est où gist l'encloueure.
Estes- vous curieux d'un changement nouveau?
Je vous ferai voir un tonneau ;
Mais il faut pour cela retrancher ma finale,
Et que mes membres quatre et deux ,
Pour cet effet changent entre eux ;
Ce n'est pas tout , dans cet ordre j'étale ;'
Encore un autre objet composé d'un tuyau ,
Au bout duquel est un certain fourneau ;.
En cet état sequestrez ma troisiéme ,
Il doit vous rester un oyseau ;
Rassemblez tout enfin vous conviendrez vous même ,
Qu'un Royaume m'a vâ porter le Diadême
C
Inq lettres font mon tout , et ce tout une
graine ,
Du moins je crois pouvoir me baptiser ainsi ,
De mon chef formez ma bedaine ,
Et puis faites le reversi ;
Sans moi vous ne sçauriez ajuster de parure..
Voulez vous voir un arbre aussi ?
Après m'avoir rendu mapremiere nature;
Ostez
foo MERCURE DE FRANCE
Otez deux parts , c'est où gist l'encloueure.
Estes- vous curieux d'un changement nouveau?
Je vous ferai voir un tonneau ;
Mais il faut pour cela retrancher ma finale,
Et que mes membres quatre et deux ,
Pour cet effet changent entre eux ;
Ce n'est pas tout , dans cet ordre j'étale ;'
Encore un autre objet composé d'un tuyau ,
Au bout duquel est un certain fourneau ;.
En cet état sequestrez ma troisiéme ,
Il doit vous rester un oyseau ;
Rassemblez tout enfin vous conviendrez vous même ,
Qu'un Royaume m'a vâ porter le Diadême
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20
p. 506
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis Italien, j'ai ventre, queuë et tête, [...]
Mots clefs :
Montferrat
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texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND LOGOGRYPHE.
E suis Italien , j'ai ventre , queuë et tête ,
Et je ne suis homme ni bête ;
Toi qui ne trouves rien d'obscur
A me deviner je t'invite ,
Lecteur, ma tête est grosse et ma queue est petite,
Pour mon ventre il est toûjours dur.
E suis Italien , j'ai ventre , queuë et tête ,
Et je ne suis homme ni bête ;
Toi qui ne trouves rien d'obscur
A me deviner je t'invite ,
Lecteur, ma tête est grosse et ma queue est petite,
Pour mon ventre il est toûjours dur.
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21
p. 506-508
TROISIEME LOGOGRYPHE.
Début :
Sept membres font mon tout, je regne dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Balance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIEME LOGOGRYPHE.
TROISIEME LOGOGRYPHE.
Ept membres.font mon tout , je regne dans Septeles Cieux ,
Et suis chez les Humains pour rendre la justice ,
1, 2. et 3. enfans d'un aimable caprice
Cupidon
MARS. 1732 507 Cupidon , Thalia , président à mes Jeux ,
1. et. 2. retranchés , je mis la France en deüil,
Faisant passer son Roi des plaisirs au Cercueil.
2. 3. 1. 4 et 5. joins- y 7. et la gloire ,
Que m'acquit mon pinceau , fait vivre ma me
moire ,
6. et 4. 1. et- 2. 3. et 7. quellequefois ,
Le bon gout est forcé de souscrire à mes loix.
1. 4. 2. et 3. plein d'un audace extrême ,
M'érigeant des Autels , je bravai Dieu lui- même,
2. 1. 7. 3. plaignez mon malheureux destin ,
Je succombe accablé par un frere inhumain ,
6. 2. 1. 4. et 5. 7. enfin , la dorure ,
N'étale point chez moison éclat imposteur
Tout y respire , la Nature ,
La simplicité , la candeur.
6. 2. 1. 3. et 7. en Mer je suis atile ,
6. 2. §. 4. et 3. mille Fleuves divers ,
Procurant aux Humains un commerce facile ,
Par des chemins nouveaux viennent joindre le
Mers
6. 4. 5. et 2. Jesus , par complaisance ,
Chez moi montra l'effort de sa toute puissance ,
Quelle foule de mots vient encor m'appliquer ;
Mais sans combinaison je vais les indiquer ;-
L'armure d'un Oyseau , une Plaine liquide
Un écueil dangereux , un ingrat , un perfide ,
Un temps, une peine , un Poisson ,
E Le
508 MERCURE DE FRANCE
Le Beaupere d'un Patriarche ,
Un Pont flottant , parconsequent sans Arche,
Unlieu sombre qui sert quelquefois de prison."
Ept membres.font mon tout , je regne dans Septeles Cieux ,
Et suis chez les Humains pour rendre la justice ,
1, 2. et 3. enfans d'un aimable caprice
Cupidon
MARS. 1732 507 Cupidon , Thalia , président à mes Jeux ,
1. et. 2. retranchés , je mis la France en deüil,
Faisant passer son Roi des plaisirs au Cercueil.
2. 3. 1. 4 et 5. joins- y 7. et la gloire ,
Que m'acquit mon pinceau , fait vivre ma me
moire ,
6. et 4. 1. et- 2. 3. et 7. quellequefois ,
Le bon gout est forcé de souscrire à mes loix.
1. 4. 2. et 3. plein d'un audace extrême ,
M'érigeant des Autels , je bravai Dieu lui- même,
2. 1. 7. 3. plaignez mon malheureux destin ,
Je succombe accablé par un frere inhumain ,
6. 2. 1. 4. et 5. 7. enfin , la dorure ,
N'étale point chez moison éclat imposteur
Tout y respire , la Nature ,
La simplicité , la candeur.
6. 2. 1. 3. et 7. en Mer je suis atile ,
6. 2. §. 4. et 3. mille Fleuves divers ,
Procurant aux Humains un commerce facile ,
Par des chemins nouveaux viennent joindre le
Mers
6. 4. 5. et 2. Jesus , par complaisance ,
Chez moi montra l'effort de sa toute puissance ,
Quelle foule de mots vient encor m'appliquer ;
Mais sans combinaison je vais les indiquer ;-
L'armure d'un Oyseau , une Plaine liquide
Un écueil dangereux , un ingrat , un perfide ,
Un temps, une peine , un Poisson ,
E Le
508 MERCURE DE FRANCE
Le Beaupere d'un Patriarche ,
Un Pont flottant , parconsequent sans Arche,
Unlieu sombre qui sert quelquefois de prison."
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