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1
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
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texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
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1
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]