Onne doutera nullement aprés
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN