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1
p. 20-57
LA MALADIE DE L'AMOUR.
Début :
L'Amour ne faisant pas moins parler de luy que la Mort / Les Graces venoient de laisser l'Amour entre les bras du [...]
Mots clefs :
Amour, Grâces, Destin, Beautés, Jeunesse, Maladie, Remèdes, Bonheur, Vénus, Hyménée , Plaisirs, Mercure, Éloignement, Temps, Raison
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texteReconnaissance textuelle : LA MALADIE DE L'AMOUR.
L'Amour ne faifant pas moins parler de luy que la Mort, adonnélieu depuis quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
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Résumé : LA MALADIE DE L'AMOUR.
Le texte relate une conversation entre l'Amour et les Grâces, suivie par l'intervention de Vénus et Mercure. L'Amour, épuisé par les ingratitudes et les comportements injustes des hommes, décide de se retirer et de se reposer. Les Grâces, inquiètes, lui préparent un lit de roses et tentent de le consoler. L'Amour exprime son désir de tranquillité et critique les hommes pour leur inconstance et leur ingratitude, refusant de revenir sur terre et préférant rester avec les Grâces. Vénus, furieuse de voir ses temples profanés, tente de convaincre son fils de revenir, mais sans succès. Mercure informe l'Amour des changements sur terre, où l'intérêt et la discorde règnent. L'Amour se réjouit de ces malheurs, trouvant son repos doux et agréable. La Raison intervient alors et demande à l'Amour de revenir pour rétablir l'ordre et la justice. Parallèlement, une conversation critique l'absence de l'Amour, qui a laissé le monde dans le chaos. La Raison et la Gloire rappellent l'importance de l'Amour, soulignant que sans lui, les exploits héroïques sont vains et que la valeur sans amour est aveugle et brutale. La Beauté, la Constance, la Galanterie et les Plaisirs se plaignent également de leur souffrance due à l'absence de l'Amour, qui a conduit à une débauche brutale parmi les jeunes gens. Touché par ces plaintes, l'Amour accepte de revenir à condition que la Raison et la Gloire l'accompagnent pour éviter les brutalités et les mauvaises interprétations. Les Grâces approuvent cette décision, promettant de ne plus abandonner l'Amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 168-187
« Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Début :
Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...]
Mots clefs :
Bretonne, Étranger, Jalousie, Belles, Rivales, Qu'en dira-t-on, Vertu, Plaisirs, Mari, Opéra, Divertissement, Rendez-vous, Tête à tête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Une Marquiſe du plus haut rang ( il en eft de toutesles ſor- tes ) mariée depuis fix ans àun des Principaux Officiers d'un fortgrandPrince , auroit d'affez méchantes heures à paffer par les frequens ſujets qu'il luydon- nede jalousie , fi elle n'avoit la prudence d'accommoder fon cœur à laneceffité deſa fortune.
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
W
112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
GALANT. 113
5
J
s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
14
-
GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
E
1
acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
10
16
dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
3
-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
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112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
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s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
14
-
GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
E
1
acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
10
16
dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
3
-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
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Résumé : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Le texte raconte l'histoire d'une marquise mariée depuis six ans à un officier principal d'un grand prince. Bien que son mari lui porte affection, il est souvent sujet à des accès de jalousie en raison de son penchant pour la galanterie. La marquise, consciente des dangers de l'éclat dans de tels commerces, décide de se divertir de ses rivales lorsqu'elle en découvre l'intrigue. Le mari de la marquise, le marquis, entretient une relation avec une belle Bretonne venue à la cour pour un procès. Cette femme, qui aime l'éclat et la gloire, ne se soucie pas du qu'en-dira-t-on tant qu'elle peut se justifier à ses propres yeux. Elle fréquente plusieurs amants, dont un conseiller, un bel esprit, et un étranger fortuné. Informée de cette liaison par des espions, la marquise cherche à se venger. Elle découvre que la Bretonne assistera à l'opéra dans la loge du roi, retenue par son mari. Déguisée, elle se place dans une loge opposée et observe la Bretonne en compagnie de l'étranger. Lors de l'entracte, elle engage la conversation et révèle publiquement les infidélités de la Bretonne, mettant en lumière ses différentes liaisons. La Bretonne, désespérée, tente de changer de sujet, mais l'étranger insiste pour en savoir plus. La marquise, bien informée par ses espions, détaille les aventures de la Bretonne, qui finit par être profondément humiliée. La marquise quitte l'opéra avant la fin de la représentation, laissant la Bretonne et l'étranger dans l'embarras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 281-2[91]
Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, que vous estes dans l'impatience de sçavoir [...]
Mots clefs :
Colbert, Fête des Sceaux, Divertir, Faste, Opéra d'Hermione, Plaisirs, Dames, Tables, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Je croy, Madame , que vous eftes dans l'impatience de ſça- voir ce qui s'eſt paſſé à la Feſte de Sceaux; il eſt temps de fa- tisfaire voſtre curioſité. Le
Roy voulant faire l'honneur à
M' Colbertd'y aller voir ſa bel- le Maiſon , choiſit le jour de cette Promenade ; & ce ſage Miniſtre en ayant eſté averty ,
ſe prépara àl'y recevoir en ze- léSujet qui attendſon Maître,
&un Maiſtre comme le Roy.
Il ne chercha point àfaire une de cesFeſtes ſomptueuſes dont l'exceſſive dépéſe n'attire ſou- vent que le deſordre,& qui fa- risfont plus l'ambition de ceux qui les donnent , qu'elles ne cauſent de plaisir à ceux pour quionles fait.Laprofufion qui s'y trouve ſemble n'appartenir
GALANT. 203 qu'aux Souverains ; & quand oncherche plus àdivertirqu'à faire bruit par le faſte , on s'at- tache moins à cequi coûte ex- traordinairement , qu'à ce qui doit paroiſtre agreable. C'eſt ceque fitMColbert aveccette prudence qui accompagnė toutes ſes actions. Il ſongea ſeulement à une Reception bienentenduë, &il voulut que la propreté,le bon ordre , &la diverſité des plaiſirs , tinſſent lieu de cette ſomptuoſité ex- traordinaire , qu'il n'eutpûja- mais porter affez loin , s'il l'eut voulu proportionner à la grace que luy faifoit le plus grand Prince duMonde.Cetheureux
jour venu , il fit aſſembler tous les Habitans dés le matin, leur
appris le deſſein que le Roy avoit de venir à Sceaux ; &
204 LE MERCVRE pour augmenter la joye qu'ils luy en firent paroiſtre , & leur donner lieu de garder long- temps le ſouvenirdel'honneur que Sa Majesté luy faiſoit , il leur dit qu'ils devoient payer une année de Taille au Roy ,
mais qu'ils fongeaſſent ſeule- ment à trouver dequoy ſatis- faire aux fix premiers mois , &
qu'ilpayeroitle reſte poureux.
Ils ſe retirerent fort ſatisfaits,
&ſe furent préparer àdonner des marques publiques de la joye qu'ils avoient de voir le Roy. Ce Prince n'en décou- vritpourtantrienaux environs de Sceaux, tout y eſtoit tran- quile , &l'on n'eut pas meſime dit en entrant dans la Maiſon
de M Colbert , qu'on y euſt fait aucuns préparatifs pourla Reception de Leurs Majeſtez.
Elles
GALANT. 205
10
10
후
el
Elles en voulurent voir d'abord les
Apartemens , dont les Ornemens &
les Meubles eſtoient dans cette merveilleuſe propreté , qui n'arreſte pas moins les yeux que l'extraordinaire magnificence. Onſepromenaen ſuite, &ce ne fut pas fans admirerplu- ſieurs endroits particuliers du Iardin.
LaPromenade fut interrompuë par le Divertiſſement du Prologue de l'O- péra d'Hermione , apres lequel on acheva de voir les raretez du Iardin.
LesPlaiſirs ſe rencontrerentpar tout.
D'un coſté il y avoit des Voix , des Inſtrumens de l'autre;&le tout eftant <
YON
court,agreable,dőné à propos,&fans eſtre attendu,divertiſſoitde plus d'une maniere ; point de confufion, &toû- joursnouvelle ſurpriſe.Ie nevous par- le pointdu Souper,tout yestoit digne de celuy qui le donnoit ; on ne peut rien dire de plus fort pour marquer une extreme propreté , jointe à tout ceque lesMets les mieux afſaiſonnez
peuvent avoir dedélicateſſe. M. Col- bert ſervit le Roy & la Reyne ; &
Monſeigneur le Dauphin fut ſervy_
Tome V. S
206 LE MERCVRE
parM leMarquisde Segnelay. Leurs Majeſtez s'eſtant aſſiſes , & aupres d'elles Monſeigneur le Dauphin,Ma- demoiselle d'Orleans , Madame la Grand' Ducheffe,&Mademoiſelle de
Blois; le Roy fit mettre àtable plu- ſieurs Dames , dont je ne m'engage pas àvous dire des noms ſelon leur rang. Ces Dames furent Mademoi- ſelle d'Elbeuf, Madame la Duchefſe
de Richelieu , Madame de Bethune,
Madame deMonteſpan , Madame la Mareſchale de Humieres, Madame la
Cõteffe deGuiche,Mad.de Thiange,
Mad. la Marquiſe de la Ferté , Mad.
d'Eudicour , Mad. Colbert , Mad. la Ducheffe de Chevreuſe , Madame la
Comteffe de S. Aignan , Madame la Marquiſe de Segnelay, & Mademoi- ſelle Colbert. Toutes ces Dames furent ſervies par les Gens de M Col- bert , le Roy n'ayant voulu donner cet ordre à aucun de ſes Officiers. Il
yavoitdeux autres Tablesend'autres Salles , àl'une deſquelles eſtoit M¹ le Duc, & à l'autre Mr le Prince de Conty,Mr de la Rocheſur-Yon fon
GALANT. 207 Frere, &M le Ducde Vermandois,
avec pluſieurs autres Perſonnes des plus qualifiées de la Cour. M le Duc deChevreuſe, &M le Comte de S.
Aignan , firent les honneurs de ces deux Tables. Le Soupé fut ſuivy d'un Feu d'Artifice admirable, qui divertit d'autant plus,que ce beau Lieu'eftant tout remplis d'Echos, le bruit que les Boëtes faifoient eſtoit redoublé de
toutes parts. Ce ne fut pas la ſeule furpriſe que caufa ce Feu ; il n'y avoit point d'apparence qu il y en dust avoirdans le lieu où il parut, & l'étonnement futgrandlors qu'on le vit brûler tout à coup, &qu'il ſe fit entendre. Les Villages eirconvoiſins commencerent alors à donner des
marquesde leurs allegreffe,& l'on en vit fortir enmeſmetemps un nombre infiny de Fuſées Volantes dans toute l'étenduë de l'Horiſon qui peut eftre veuë du Chafteau ; de maniere qu'on euſt dit que le Village de Sceaux ne vouloit pas ſeulement témoigner la joye qu'il reſſentoit de voir un fi grandRoy , mais encor que toute la
{
Sij
208 LE MERCVRE Nature vouloit contribuer à ſes plai
firs.
Le feu fut à peine finy, que toute laCourentradansl'Orangerie,où elle fut de nouveau agreablement ſurpri- ſe. Elle trouva dans le même endroit
où l'on avoit chanté quelques Airs de l'Opéra , un Theatre magnifique,
avecdes enfoncemens admirables. Il
paroifſoit avoir eſté mis là par en- chantement, àcauſe du peu de temps qu'on avoit eu pour le dreffer. M'le Bruny avoitdonné ſes ſoins, &rien n'y manquoit. La Phédre de Mº de Racine y fut repreſentée, &applau- die à fon ordinaire. Cette Fête parût finie avec la Comédie, & M² Colbert eut l'avantage d'entendre dire à Sa Majesté , qu'elle ne s'eſtoit jamais plus agreablement divertie. Apeine fut-elle horsduChâteau, qu'elle trou- vade nouvelles Fêtes,& vit briller de
nouveaux Feux. Tout estoit en joye,
on dançoit d'un coſté,on chantoitde l'autre. Les Hautbois ſe faiſoient entendre parmyles cris de Vive le Roy,
&les Violons ſembloient ſervir d'E-
1
Σ
S
F
di
ار
GALANT. 209
choàtous ces cris d'allegreffe. Iamais on ne vit de Nuit ſi bien éclairée ;
tous les Arbres eſtoient chargez de lumieres , & les Chemins eftoient
couverts de feüillées. Toutes les Paï-.
ſannes dançoient deſſous ; elles n'a- voient rien oublié de tout ce qui les
pouvoit rendre propres ; & quantité de Bourgeoiſes qui vouloient prendre part à la Feſte, s'eſtoient mêlées avec elles. Ce fut ainſi que Mª Colbert di- vertit le Roypar des ſurpriſes agrea- bles ,&des plaiſirs toûjours renaif- fans lesunsdes autres. Ses ordres furent executez avec tant de juſteſſe &
tant d'exactitude , que tout divertit également dans cette Feſte , & qu'il n'y eutpointde confufion. Onpeut dire qu'elle fut ſompcueufe,ſans faſte,
&abondante en toutes choſes , ſans
qu'il y euſt rien de ſuperflu.
Roy voulant faire l'honneur à
M' Colbertd'y aller voir ſa bel- le Maiſon , choiſit le jour de cette Promenade ; & ce ſage Miniſtre en ayant eſté averty ,
ſe prépara àl'y recevoir en ze- léSujet qui attendſon Maître,
&un Maiſtre comme le Roy.
Il ne chercha point àfaire une de cesFeſtes ſomptueuſes dont l'exceſſive dépéſe n'attire ſou- vent que le deſordre,& qui fa- risfont plus l'ambition de ceux qui les donnent , qu'elles ne cauſent de plaisir à ceux pour quionles fait.Laprofufion qui s'y trouve ſemble n'appartenir
GALANT. 203 qu'aux Souverains ; & quand oncherche plus àdivertirqu'à faire bruit par le faſte , on s'at- tache moins à cequi coûte ex- traordinairement , qu'à ce qui doit paroiſtre agreable. C'eſt ceque fitMColbert aveccette prudence qui accompagnė toutes ſes actions. Il ſongea ſeulement à une Reception bienentenduë, &il voulut que la propreté,le bon ordre , &la diverſité des plaiſirs , tinſſent lieu de cette ſomptuoſité ex- traordinaire , qu'il n'eutpûja- mais porter affez loin , s'il l'eut voulu proportionner à la grace que luy faifoit le plus grand Prince duMonde.Cetheureux
jour venu , il fit aſſembler tous les Habitans dés le matin, leur
appris le deſſein que le Roy avoit de venir à Sceaux ; &
204 LE MERCVRE pour augmenter la joye qu'ils luy en firent paroiſtre , & leur donner lieu de garder long- temps le ſouvenirdel'honneur que Sa Majesté luy faiſoit , il leur dit qu'ils devoient payer une année de Taille au Roy ,
mais qu'ils fongeaſſent ſeule- ment à trouver dequoy ſatis- faire aux fix premiers mois , &
qu'ilpayeroitle reſte poureux.
Ils ſe retirerent fort ſatisfaits,
&ſe furent préparer àdonner des marques publiques de la joye qu'ils avoient de voir le Roy. Ce Prince n'en décou- vritpourtantrienaux environs de Sceaux, tout y eſtoit tran- quile , &l'on n'eut pas meſime dit en entrant dans la Maiſon
de M Colbert , qu'on y euſt fait aucuns préparatifs pourla Reception de Leurs Majeſtez.
Elles
GALANT. 205
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Elles en voulurent voir d'abord les
Apartemens , dont les Ornemens &
les Meubles eſtoient dans cette merveilleuſe propreté , qui n'arreſte pas moins les yeux que l'extraordinaire magnificence. Onſepromenaen ſuite, &ce ne fut pas fans admirerplu- ſieurs endroits particuliers du Iardin.
LaPromenade fut interrompuë par le Divertiſſement du Prologue de l'O- péra d'Hermione , apres lequel on acheva de voir les raretez du Iardin.
LesPlaiſirs ſe rencontrerentpar tout.
D'un coſté il y avoit des Voix , des Inſtrumens de l'autre;&le tout eftant <
YON
court,agreable,dőné à propos,&fans eſtre attendu,divertiſſoitde plus d'une maniere ; point de confufion, &toû- joursnouvelle ſurpriſe.Ie nevous par- le pointdu Souper,tout yestoit digne de celuy qui le donnoit ; on ne peut rien dire de plus fort pour marquer une extreme propreté , jointe à tout ceque lesMets les mieux afſaiſonnez
peuvent avoir dedélicateſſe. M. Col- bert ſervit le Roy & la Reyne ; &
Monſeigneur le Dauphin fut ſervy_
Tome V. S
206 LE MERCVRE
parM leMarquisde Segnelay. Leurs Majeſtez s'eſtant aſſiſes , & aupres d'elles Monſeigneur le Dauphin,Ma- demoiselle d'Orleans , Madame la Grand' Ducheffe,&Mademoiſelle de
Blois; le Roy fit mettre àtable plu- ſieurs Dames , dont je ne m'engage pas àvous dire des noms ſelon leur rang. Ces Dames furent Mademoi- ſelle d'Elbeuf, Madame la Duchefſe
de Richelieu , Madame de Bethune,
Madame deMonteſpan , Madame la Mareſchale de Humieres, Madame la
Cõteffe deGuiche,Mad.de Thiange,
Mad. la Marquiſe de la Ferté , Mad.
d'Eudicour , Mad. Colbert , Mad. la Ducheffe de Chevreuſe , Madame la
Comteffe de S. Aignan , Madame la Marquiſe de Segnelay, & Mademoi- ſelle Colbert. Toutes ces Dames furent ſervies par les Gens de M Col- bert , le Roy n'ayant voulu donner cet ordre à aucun de ſes Officiers. Il
yavoitdeux autres Tablesend'autres Salles , àl'une deſquelles eſtoit M¹ le Duc, & à l'autre Mr le Prince de Conty,Mr de la Rocheſur-Yon fon
GALANT. 207 Frere, &M le Ducde Vermandois,
avec pluſieurs autres Perſonnes des plus qualifiées de la Cour. M le Duc deChevreuſe, &M le Comte de S.
Aignan , firent les honneurs de ces deux Tables. Le Soupé fut ſuivy d'un Feu d'Artifice admirable, qui divertit d'autant plus,que ce beau Lieu'eftant tout remplis d'Echos, le bruit que les Boëtes faifoient eſtoit redoublé de
toutes parts. Ce ne fut pas la ſeule furpriſe que caufa ce Feu ; il n'y avoit point d'apparence qu il y en dust avoirdans le lieu où il parut, & l'étonnement futgrandlors qu'on le vit brûler tout à coup, &qu'il ſe fit entendre. Les Villages eirconvoiſins commencerent alors à donner des
marquesde leurs allegreffe,& l'on en vit fortir enmeſmetemps un nombre infiny de Fuſées Volantes dans toute l'étenduë de l'Horiſon qui peut eftre veuë du Chafteau ; de maniere qu'on euſt dit que le Village de Sceaux ne vouloit pas ſeulement témoigner la joye qu'il reſſentoit de voir un fi grandRoy , mais encor que toute la
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Sij
208 LE MERCVRE Nature vouloit contribuer à ſes plai
firs.
Le feu fut à peine finy, que toute laCourentradansl'Orangerie,où elle fut de nouveau agreablement ſurpri- ſe. Elle trouva dans le même endroit
où l'on avoit chanté quelques Airs de l'Opéra , un Theatre magnifique,
avecdes enfoncemens admirables. Il
paroifſoit avoir eſté mis là par en- chantement, àcauſe du peu de temps qu'on avoit eu pour le dreffer. M'le Bruny avoitdonné ſes ſoins, &rien n'y manquoit. La Phédre de Mº de Racine y fut repreſentée, &applau- die à fon ordinaire. Cette Fête parût finie avec la Comédie, & M² Colbert eut l'avantage d'entendre dire à Sa Majesté , qu'elle ne s'eſtoit jamais plus agreablement divertie. Apeine fut-elle horsduChâteau, qu'elle trou- vade nouvelles Fêtes,& vit briller de
nouveaux Feux. Tout estoit en joye,
on dançoit d'un coſté,on chantoitde l'autre. Les Hautbois ſe faiſoient entendre parmyles cris de Vive le Roy,
&les Violons ſembloient ſervir d'E-
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choàtous ces cris d'allegreffe. Iamais on ne vit de Nuit ſi bien éclairée ;
tous les Arbres eſtoient chargez de lumieres , & les Chemins eftoient
couverts de feüillées. Toutes les Paï-.
ſannes dançoient deſſous ; elles n'a- voient rien oublié de tout ce qui les
pouvoit rendre propres ; & quantité de Bourgeoiſes qui vouloient prendre part à la Feſte, s'eſtoient mêlées avec elles. Ce fut ainſi que Mª Colbert di- vertit le Roypar des ſurpriſes agrea- bles ,&des plaiſirs toûjours renaif- fans lesunsdes autres. Ses ordres furent executez avec tant de juſteſſe &
tant d'exactitude , que tout divertit également dans cette Feſte , & qu'il n'y eutpointde confufion. Onpeut dire qu'elle fut ſompcueufe,ſans faſte,
&abondante en toutes choſes , ſans
qu'il y euſt rien de ſuperflu.
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Résumé : Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite du roi à la maison de Monsieur Colbert à Sceaux. Colbert, ayant été informé de la visite royale, se prépara en privilégiant la propreté, le bon ordre et la diversité des plaisirs, sans chercher à organiser une fête somptueuse. Le jour de la visite, il rassembla les habitants de Sceaux pour leur annoncer la venue du roi et leur offrir une réduction de la taille pour l'année. La visite du roi et de la reine se déroula sans signe apparent de préparation, mais ils découvrirent une maison et un jardin impeccables. La promenade fut agrémentée de divers divertissements, comme la représentation du prologue de l'opéra 'Hermione' et une visite des jardins. Le souper fut servi par Colbert lui-même, avec une grande propreté et délicatesse. Après le souper, un feu d'artifice impressionnant fut tiré, suivi d'une représentation de 'Phèdre' de Racine dans un théâtre improvisé. La nuit se poursuivit avec des danses, des chants et des illuminations, créant une atmosphère joyeuse et festive. La fête fut marquée par des surprises agréables et des plaisirs continus, sans confusion ni excès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 151-178
Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Début :
Deux Dames jeunes, belles, bien faites, spirituelles, & de qualité [...]
Mots clefs :
Bouquet, Dames, Couvent, Plaisirs, Prix, Jardin, Galanterie, Fête, Boîte, Ruban, Divertissement public, Masque, Incognito, Faux personnages, Iconnues, Tenants, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Deux Dames, jeunes , bel- les, bien faites, ſpirituelles,&
de qualité, ayant leurs raiſons pour paſſer quelque temps dans un Convent à cinq ou fix lieuës de Paris, apprirent il y a quelques jours avec joye,
qu'un jeune Marquis , qui a
une affez belle Maiſon dans
leur voiſinage , faifoit une ré- joüiſſance le lendemain , qui eftoit le jourde fa Feſte. Com- me la retraite ne leur a pas oſté l'eſprit d'enjoüement , &
qu'elles ne laiſſent échaper aucune occafion de ſe faire
GALANT. 107
des plaiſirs de tout ce qui en.
peut caufer d'innocens , elles fongerent à quelque galante rie qui leur pût donner part au Divertiſſement qui ſe pré-- paroit. Le ſoin qu'elles eurent
de s'en faire inſtruire , leur fit
découvrir qu'il confiftoit en un grand Repas que le Mar- quis donnoit à quelques -uns de ſes Amis, dont onne leur
pût dire que le nom de trois ,
& que ſur les cinq heures du foir on ſe devoit rendre
dans la Plaine , où il y avoit un Prix proposé pour celuy qui montreroit le plus d'adref- ſe à tirer. Heureuſement pour elles , les trois Conviez qu'on
leur nomma eftoient de leur
connoiffance , elles en ſca- voient les Intrigues. Il s'agif- foit d'une Feſte qu'on cele
108 LE MERCVRE
broit ; la coûtume veut qu'on
envoyedes Bouquets, &ce fut ce qui leur donna la penſée de ce qu'elles ſe réſolurentd'e- xecuter. Elles entrerent dans
le Jardin , choiſirent ce qu'el- les crûrent propre à leur def- fein , en firent quatre Bouquets differents , avec un Bil- letpour chacun de ceux àqui ils estoientdeſtinez ,enferme
rent le tout dans une Boëte ,
la cacheterent fort propre- ment , &y joignirent une Let- tre generale pour la Bande joyeuſe qu'elles estoient bien aiſes d'embarafſfer. En voicy Fadreffe & les termes..
GALANT. 1.09
LES INCONNUES,
AUX QUATRE TENANS de la Feſte de ***
NOUSCON Ous croyons, Braves Tenans,
de noſtre honneſteté, ayant l'avantage d'estre de vos Voisines , de contribuer par
quelque galanterie au plaisir que vous vous proposez de donner aujourd'huy àtout le Canton,pour
y faire plus dignement chommer voſtre Feste ; &comme vous estes quatre Amis fort unis en toutes chofes , nous craindrions de vous donner un juſte ſujet de vous plaindre de nostre injustice , ſi nous faiſions en ce rencontre aucune difference entre vous, C'est
ce qui nous oblige à vous en- voyeràchacun un Bouquet. Con
110 LE MERCURE
vons nous
fiderez-les bien , &vous verrez Sans doute qu'il nous a fallu y
fonger plus d'une fois pour vous en choisir de tels. Si nous pou- ma Sœur & moy ,
dérober demain d'une partie de Chaſſe où noussommes engagées,
nous irons voir avec quelques Amis le cas que vous faites de nos Prefens. Nous esperons que vous ne dédaignerezpas de les porter. Sur tout fi nous allons à
la Feſte, ne nous obligezpoint à
nous démaſquer, fi nous trouvons àpropos de ne le pas faire. Nous avons interest à n'estre pas con- nuës de tout le monde. Adieu.
Cefont vos Servantes &Amies,
LESDAMES DU MONT BRILLANT , à deux lieuës de chez Vous que vous voiſinez affez
rarement.Celaſoit dit en paſſant.
2
Le
GALANT.. III
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Le lendemainde grand ma tin ces deux belles Compa- gnesde fortune mirent la Let- tre & la Boëte entre les mains
d'un Homme inconnu qui ne manquoit pas d'adreſſe. Elles L'inſtruiſirent dece qu'il avoit à faire pour n'eſtre pas ſuivy ,
&luydonnerent ordre delaif- fer l'une & l'autre au premier qu'il trouveroit des Domeſtiques du jeune Marquis. La choſe réüffit comme on l'avoit
projettée. Le preſent fut ren- duauMarquis , fansqu'on luy puſt dire qui l'envoyoit. Ce- luyqui s'eneſtoit chargé , l'a- voit donné àunCocher pour ſon Maiſtre , & le Cocher ne s'eſtoit pas mis en peine d'en rien apprendre de plus. Le
Marquis ſe promenoit dans le Jardin avec ſes Amis ,quand Tome VI. K
112 LE MERCVRE
-
ce Preſent luy fut apporté.
C'eſtoit le jour de ſa Feſte.
Il ne douta point non plus qu'eux, que la Boëte ne fuft une marque du ſouvenir de quelqu'une de ſes Amies , &
dans cette penſée il receut avec plaifir les congratulations qu'ils luy en firent; mais il fut bien ſurpris, quand ayantjetté les yeux fur la Lettre , il vit qu'elle s'adreſſoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce
Titre luy fit aifément juger qu'il y avoit là de l'avanture.
Il en rit avec ſes Amis , la
Lettre fut leuë , &le myſtere leur enparut ſi plaiſant, qu'ils eurent impatience d'en voir la fuite. Ainfi quoy qu'ils dûf- ſent craindre de trouver quel- que folie dans la Boëte , ils ſe haterent del'ouvrir,fans qu'un
GALANT. 113 trou que ſe fit le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l'Epée d'un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de ſa bleffure , les puſt rendre moins empreſſez
àfatisfaire leur curiofité.Vous
rirezde ces circonstances,mais
elles font eſſentielles , parce qu'elles font vrayes , &je vous cõtenuëment les choſes comme elles font arrivées. A l'ouverture de la Boëte les Bouquets parurent. Ils étoientex traordinaires. Le premier qui en fut tire , eſtoit celuy du Maîtrede la Maiſon. Lesbelles Perſonnes qui les avoient mis par ordre dans la Boëte,
luy en avoient voulu faire T'honneur. Il conſiſtoit en un
beau Chardon noué d'un RuL
114 LE MERCURE
A
ban feüille-morte, avec ceBillet attaché autour.....
V
Oilà ,jeune Marquis un
petit Réveille-matin , pour
vous faire penser à voftre de- funteMaitreffe , qui cependant prend toute la part qu'elle doit à
tu magnificence dont vous faites parade enpublic. C'estune Vertu
qui ne manque jamais d'accom- pagner une belle Ame comme la voftre , à laquelle il ne man- que rien qu'un peu de veritable Amour, que nous voussouhaitons en bonnes Amies..
On plaiſanta fur ce Billet,
dont on chercha l'explication.
Je ne ſçay ſi elle fut trouvée,
mais je ſçay bien que le ſe- cond Bouquet qu'on tira étoit pour M le Comte de ***
GALANT. Hg
t
e
e.
Il eſtoit compofé de Sauge,
avec un Ruban vert , & ce
Billet.
C
E petit Ruban vert 3 cher
Comte , ne vous ofte pas tout-à-fait l'esperance de regagner les bonnes graces de vostre Maîtreſſe , &nous croyons que fi elle estoit perfuadée que vostre tendreſſe fust telle qu'elle la fou- haite,vous feriez heureux content. Espereztoûjours. 31
On luy applaudit fur PE pérance, &cependant on tira de la Boëte un Bouquet de Ruë , marqué pour un Cava- lier de la Troupe. UnRuban jaune qui le noioit , y tenoit ce Billet attache.hellier
30
116 LE MERCURE
Tous ne devez pas estre le
moins content de ce que vô- tre bonne fortune vous envoye le jaune , qui marque la pleinefatisfaction de vos Amours. Nous ne vous diſons rien de la Ruë ,
un Homme à bonne fortune com- me vous en peut quelquefois avoir beſoin. Si vous n'en sçavez pas l'explication, montrez-la à voſtre Maîtreffe. Elle vous dira fans
doute, que cela ne peutvenirque
des veritables Amies, &fort inzereßées pour vous.
On crût ceBilletmalicieux,
&chacun luy donna telle in- terpretation qu'il voulut , fans que le Cavalier qui entendoit raillerie s'en formalifaft, On
vint au dernier Bouquet , qui fe trouva une belle Ortie fleu
GALANT. 117
rie , noüée d'un Ruban couleur de chair paffé. Le Biller que ce Ruban enfermoit portoit le nomde Monfieur***,
que d'indiſpenſables affaires qui luy eſtoient inopinément furvenues , avoient empefche de venir au Rendez-vous. A
fon defaut , on ne voulut pas laiſſer le Bouquet ſans Maître,
&on pria un autre Comte ,
&un jeune Chevalier , qui avoient auſſi eſté priez de la Feſte , de voir entr'eux qui Faccepteroit. Ils s'en excuſeFent l'un &l'autre, &préten dirent que les termes duBillet
ne conviendroientpasà cequi leur pouvoit eſtre arrivé: On l'ouvrit , &ces paroles y fu- rent trouvées.
18 LE MERCURE
Nousne Ous ne voyons rien qui con- vienne mieuxàl'Amantdes
Onze mille Vierges, Monfieur ***
que cette agreable Ortie , pour moderer les chaleurs qu'il reffent
àcredit pour toutes les Belles.
:
Cesdivers Billets ſervirent
long-temps d'entretien à la Compagnie. Onſe mit àtable,
& les Tenans ne manquerent pas de boire à la fanté des Belles Inconnuës du Mont Brillant. Les ordres furent donnez
pour leur appreſter une ma- gnifique Collation quand elles viendroient à la Feſte , où l'on
ne douta point que l'impatien- ce de voir l'effet qu'auroit produit leurgalanterire ne les amenaſt. Cependant comme cesaimablesRecluſes n'étoient
GALANT. জ
119 pas enpouvoir defortirde leur Couvent , l'Avanture auroit finy là , fi le hazard qui ſe meſle prefquedetour, n'y euſt donnéordre.
1 Le grand chaud commen çant à ſe paffer, il y avoitdéja beaucoup de monde amafle dans la Plaine où l'on devoit
tirer pour leprix. LeComte&
leCavalierqui avoient eu part aux Bouquets , s'y estoient rendusdes premiers ,&ils rai- fonnoient enſemble fur l'incident de la Boëte , quandils ap- perçeurent deux Dames qui
コ
s'avançoient au petit galop avec deux Cavaliers , & en équipage à peu pres de Chaf- fereffes. Ils ne douterent point
S
a
qu'elles ne fuſſent les deux In- -connuës qu'ils attendoient , &
1 ils ſe confirmerent dans cette
1
120 LE MERCVRE
penſée en leur voyant mer- tre pied àterre, ce qu'elles fi- rent pourjoüir plus àleur aiſe duDivertiſſementpublic.Ou- tre l'intereſt particulier qu'ils avoient à nouer conversation
avecelles , la civilité ſeule les obligeoit à leur faire compli- ment,& ils le commencerent
par un remercîment de l'exa- Etitude qu'elles avoient euë à
venir s'acquiter de leur paro- le. Elles connurent d'abord
qu'on ſe méprenoit; mais com- me le Maſque les mettoit en feureté , elles ſe firent unplai- firde cette méprife , &voulant voir juſqu'où elle pourroit al- ler , elles répondirent d'une manierequi nedétrompa point les deux Tenans. Elles avoient
de l'eſprit ; un Rôle d'Avan- turieres leur parut plaiſant à
GALANT. 121
joüer , &elles n'eurent pasde peine à le ſoûtenir. Il fut dit mille choſes agreables de part &d'autre. Le Comte les affuraqu'ilgarderoit fort ſoigneu ſement le Ruban vert , & leur promit d'eſperer fur leur pa role. Le Cavalier fit avec
elles de ſon coſté une plai- ☐ ſanterie ſur la Ruë , & ny la Ruë , ny le Ruban vert ne les pûrent déconcerter. El- les ſe tirerent de toutpar des réponſes ambiguës ; & leurs Conducteurs qui ne parloient point , ne pouvoient s'empef- cher de rire de les voir fournir fi long-temps àun galima- tias , où ils eſtoient afſfurez qu'elles ne comprenoient rien non plus qu'eux. Enfin ſur le refus qu'elles firent de ſe dé- maſquer , &devenir au Châe
t
t
2
122 LE MERCURE
teau prendre la Collation qui leur eſtoit préparée, le Comte &leCavalier crûrentquec'é- toit au Marquis à faire les honneurs de ſa Feſte , & ils
coururent l'avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s'échaper ; elles n'avoient eu deſſein quede ſe divertiruneheure incognito , &
jugeant bienque le Marquis ,
oules feroit ſuivre , oules ob- ſerveroit de ſi pres , qu'il feroit difficilequ'il neles reconnuſt,
elles aimerent mieuxſe priver du plaiſir qu'elles avoient ef- pere, que de s'expoſer àfaire voir qu'elles avoient joüé de faux Perſonnages. Ainſi le Marquis ne les trouva plus quand il arriva , & il n'auroit pas ſçeuqui elles estoient , fans unGentilhõmequi ſurvint,&
qui
GALANT. 123
-
L
qui venant de les rencontrer,
leur dit que c'eſtoient ſes Sœurs , avec le Maryde l'une,
&un Amy. Comme il ne pa- rut aucune autre Damedu re
- ſte dujour, le Marquis , quoy qu'étonné de la promptitude de leur retraite , n'imputa qu'à elles la galanterie des Bou- quets ; & leur rendit viſite le lendemain avec les trois autres
Intéreſſez. Le galimatias s'y recommança. Elles en rirent quelque temps , mais enfin el- ☑les leur proteſterent ſi ſérieu- ſement qu'elles ne ſçavoient ce qu'on leur diſoit , que les Tenans furentobligez de cher- cher ailleurs leurs inconnuës.
Leur embarras ne ceffa point,
quelque recherche qu'ils fif- 5 ſent dans le voiſinage , juſqu'à ce qu'eſtant allez voir les deux
-Tome VI.
a
a
L
124 LE MERCVRE belles Recluſes au Couvent ,
ils connurent à quelques pa- roles de Sauge & de Chardon qui leur échapa, que c'eſtoient elles quilesavoient régalez de fi beaux Bouquets. Vn grand éclat de rire dont elles ne pû- rent ſe defendre , acheva de les perfuader. Ils en raillerent avec elles , & apres quelques legeres façons,elles leuravoue- rent ce qu'ils n'auroient peut- eſtre jamais ſçeu , fi elles ſe fuſſent obſtinées à le cacher
de qualité, ayant leurs raiſons pour paſſer quelque temps dans un Convent à cinq ou fix lieuës de Paris, apprirent il y a quelques jours avec joye,
qu'un jeune Marquis , qui a
une affez belle Maiſon dans
leur voiſinage , faifoit une ré- joüiſſance le lendemain , qui eftoit le jourde fa Feſte. Com- me la retraite ne leur a pas oſté l'eſprit d'enjoüement , &
qu'elles ne laiſſent échaper aucune occafion de ſe faire
GALANT. 107
des plaiſirs de tout ce qui en.
peut caufer d'innocens , elles fongerent à quelque galante rie qui leur pût donner part au Divertiſſement qui ſe pré-- paroit. Le ſoin qu'elles eurent
de s'en faire inſtruire , leur fit
découvrir qu'il confiftoit en un grand Repas que le Mar- quis donnoit à quelques -uns de ſes Amis, dont onne leur
pût dire que le nom de trois ,
& que ſur les cinq heures du foir on ſe devoit rendre
dans la Plaine , où il y avoit un Prix proposé pour celuy qui montreroit le plus d'adref- ſe à tirer. Heureuſement pour elles , les trois Conviez qu'on
leur nomma eftoient de leur
connoiffance , elles en ſca- voient les Intrigues. Il s'agif- foit d'une Feſte qu'on cele
108 LE MERCVRE
broit ; la coûtume veut qu'on
envoyedes Bouquets, &ce fut ce qui leur donna la penſée de ce qu'elles ſe réſolurentd'e- xecuter. Elles entrerent dans
le Jardin , choiſirent ce qu'el- les crûrent propre à leur def- fein , en firent quatre Bouquets differents , avec un Bil- letpour chacun de ceux àqui ils estoientdeſtinez ,enferme
rent le tout dans une Boëte ,
la cacheterent fort propre- ment , &y joignirent une Let- tre generale pour la Bande joyeuſe qu'elles estoient bien aiſes d'embarafſfer. En voicy Fadreffe & les termes..
GALANT. 1.09
LES INCONNUES,
AUX QUATRE TENANS de la Feſte de ***
NOUSCON Ous croyons, Braves Tenans,
de noſtre honneſteté, ayant l'avantage d'estre de vos Voisines , de contribuer par
quelque galanterie au plaisir que vous vous proposez de donner aujourd'huy àtout le Canton,pour
y faire plus dignement chommer voſtre Feste ; &comme vous estes quatre Amis fort unis en toutes chofes , nous craindrions de vous donner un juſte ſujet de vous plaindre de nostre injustice , ſi nous faiſions en ce rencontre aucune difference entre vous, C'est
ce qui nous oblige à vous en- voyeràchacun un Bouquet. Con
110 LE MERCURE
vons nous
fiderez-les bien , &vous verrez Sans doute qu'il nous a fallu y
fonger plus d'une fois pour vous en choisir de tels. Si nous pou- ma Sœur & moy ,
dérober demain d'une partie de Chaſſe où noussommes engagées,
nous irons voir avec quelques Amis le cas que vous faites de nos Prefens. Nous esperons que vous ne dédaignerezpas de les porter. Sur tout fi nous allons à
la Feſte, ne nous obligezpoint à
nous démaſquer, fi nous trouvons àpropos de ne le pas faire. Nous avons interest à n'estre pas con- nuës de tout le monde. Adieu.
Cefont vos Servantes &Amies,
LESDAMES DU MONT BRILLANT , à deux lieuës de chez Vous que vous voiſinez affez
rarement.Celaſoit dit en paſſant.
2
Le
GALANT.. III
1
Le lendemainde grand ma tin ces deux belles Compa- gnesde fortune mirent la Let- tre & la Boëte entre les mains
d'un Homme inconnu qui ne manquoit pas d'adreſſe. Elles L'inſtruiſirent dece qu'il avoit à faire pour n'eſtre pas ſuivy ,
&luydonnerent ordre delaif- fer l'une & l'autre au premier qu'il trouveroit des Domeſtiques du jeune Marquis. La choſe réüffit comme on l'avoit
projettée. Le preſent fut ren- duauMarquis , fansqu'on luy puſt dire qui l'envoyoit. Ce- luyqui s'eneſtoit chargé , l'a- voit donné àunCocher pour ſon Maiſtre , & le Cocher ne s'eſtoit pas mis en peine d'en rien apprendre de plus. Le
Marquis ſe promenoit dans le Jardin avec ſes Amis ,quand Tome VI. K
112 LE MERCVRE
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ce Preſent luy fut apporté.
C'eſtoit le jour de ſa Feſte.
Il ne douta point non plus qu'eux, que la Boëte ne fuft une marque du ſouvenir de quelqu'une de ſes Amies , &
dans cette penſée il receut avec plaifir les congratulations qu'ils luy en firent; mais il fut bien ſurpris, quand ayantjetté les yeux fur la Lettre , il vit qu'elle s'adreſſoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce
Titre luy fit aifément juger qu'il y avoit là de l'avanture.
Il en rit avec ſes Amis , la
Lettre fut leuë , &le myſtere leur enparut ſi plaiſant, qu'ils eurent impatience d'en voir la fuite. Ainfi quoy qu'ils dûf- ſent craindre de trouver quel- que folie dans la Boëte , ils ſe haterent del'ouvrir,fans qu'un
GALANT. 113 trou que ſe fit le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l'Epée d'un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de ſa bleffure , les puſt rendre moins empreſſez
àfatisfaire leur curiofité.Vous
rirezde ces circonstances,mais
elles font eſſentielles , parce qu'elles font vrayes , &je vous cõtenuëment les choſes comme elles font arrivées. A l'ouverture de la Boëte les Bouquets parurent. Ils étoientex traordinaires. Le premier qui en fut tire , eſtoit celuy du Maîtrede la Maiſon. Lesbelles Perſonnes qui les avoient mis par ordre dans la Boëte,
luy en avoient voulu faire T'honneur. Il conſiſtoit en un
beau Chardon noué d'un RuL
114 LE MERCURE
A
ban feüille-morte, avec ceBillet attaché autour.....
V
Oilà ,jeune Marquis un
petit Réveille-matin , pour
vous faire penser à voftre de- funteMaitreffe , qui cependant prend toute la part qu'elle doit à
tu magnificence dont vous faites parade enpublic. C'estune Vertu
qui ne manque jamais d'accom- pagner une belle Ame comme la voftre , à laquelle il ne man- que rien qu'un peu de veritable Amour, que nous voussouhaitons en bonnes Amies..
On plaiſanta fur ce Billet,
dont on chercha l'explication.
Je ne ſçay ſi elle fut trouvée,
mais je ſçay bien que le ſe- cond Bouquet qu'on tira étoit pour M le Comte de ***
GALANT. Hg
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e
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Il eſtoit compofé de Sauge,
avec un Ruban vert , & ce
Billet.
C
E petit Ruban vert 3 cher
Comte , ne vous ofte pas tout-à-fait l'esperance de regagner les bonnes graces de vostre Maîtreſſe , &nous croyons que fi elle estoit perfuadée que vostre tendreſſe fust telle qu'elle la fou- haite,vous feriez heureux content. Espereztoûjours. 31
On luy applaudit fur PE pérance, &cependant on tira de la Boëte un Bouquet de Ruë , marqué pour un Cava- lier de la Troupe. UnRuban jaune qui le noioit , y tenoit ce Billet attache.hellier
30
116 LE MERCURE
Tous ne devez pas estre le
moins content de ce que vô- tre bonne fortune vous envoye le jaune , qui marque la pleinefatisfaction de vos Amours. Nous ne vous diſons rien de la Ruë ,
un Homme à bonne fortune com- me vous en peut quelquefois avoir beſoin. Si vous n'en sçavez pas l'explication, montrez-la à voſtre Maîtreffe. Elle vous dira fans
doute, que cela ne peutvenirque
des veritables Amies, &fort inzereßées pour vous.
On crût ceBilletmalicieux,
&chacun luy donna telle in- terpretation qu'il voulut , fans que le Cavalier qui entendoit raillerie s'en formalifaft, On
vint au dernier Bouquet , qui fe trouva une belle Ortie fleu
GALANT. 117
rie , noüée d'un Ruban couleur de chair paffé. Le Biller que ce Ruban enfermoit portoit le nomde Monfieur***,
que d'indiſpenſables affaires qui luy eſtoient inopinément furvenues , avoient empefche de venir au Rendez-vous. A
fon defaut , on ne voulut pas laiſſer le Bouquet ſans Maître,
&on pria un autre Comte ,
&un jeune Chevalier , qui avoient auſſi eſté priez de la Feſte , de voir entr'eux qui Faccepteroit. Ils s'en excuſeFent l'un &l'autre, &préten dirent que les termes duBillet
ne conviendroientpasà cequi leur pouvoit eſtre arrivé: On l'ouvrit , &ces paroles y fu- rent trouvées.
18 LE MERCURE
Nousne Ous ne voyons rien qui con- vienne mieuxàl'Amantdes
Onze mille Vierges, Monfieur ***
que cette agreable Ortie , pour moderer les chaleurs qu'il reffent
àcredit pour toutes les Belles.
:
Cesdivers Billets ſervirent
long-temps d'entretien à la Compagnie. Onſe mit àtable,
& les Tenans ne manquerent pas de boire à la fanté des Belles Inconnuës du Mont Brillant. Les ordres furent donnez
pour leur appreſter une ma- gnifique Collation quand elles viendroient à la Feſte , où l'on
ne douta point que l'impatien- ce de voir l'effet qu'auroit produit leurgalanterire ne les amenaſt. Cependant comme cesaimablesRecluſes n'étoient
GALANT. জ
119 pas enpouvoir defortirde leur Couvent , l'Avanture auroit finy là , fi le hazard qui ſe meſle prefquedetour, n'y euſt donnéordre.
1 Le grand chaud commen çant à ſe paffer, il y avoitdéja beaucoup de monde amafle dans la Plaine où l'on devoit
tirer pour leprix. LeComte&
leCavalierqui avoient eu part aux Bouquets , s'y estoient rendusdes premiers ,&ils rai- fonnoient enſemble fur l'incident de la Boëte , quandils ap- perçeurent deux Dames qui
コ
s'avançoient au petit galop avec deux Cavaliers , & en équipage à peu pres de Chaf- fereffes. Ils ne douterent point
S
a
qu'elles ne fuſſent les deux In- -connuës qu'ils attendoient , &
1 ils ſe confirmerent dans cette
1
120 LE MERCVRE
penſée en leur voyant mer- tre pied àterre, ce qu'elles fi- rent pourjoüir plus àleur aiſe duDivertiſſementpublic.Ou- tre l'intereſt particulier qu'ils avoient à nouer conversation
avecelles , la civilité ſeule les obligeoit à leur faire compli- ment,& ils le commencerent
par un remercîment de l'exa- Etitude qu'elles avoient euë à
venir s'acquiter de leur paro- le. Elles connurent d'abord
qu'on ſe méprenoit; mais com- me le Maſque les mettoit en feureté , elles ſe firent unplai- firde cette méprife , &voulant voir juſqu'où elle pourroit al- ler , elles répondirent d'une manierequi nedétrompa point les deux Tenans. Elles avoient
de l'eſprit ; un Rôle d'Avan- turieres leur parut plaiſant à
GALANT. 121
joüer , &elles n'eurent pasde peine à le ſoûtenir. Il fut dit mille choſes agreables de part &d'autre. Le Comte les affuraqu'ilgarderoit fort ſoigneu ſement le Ruban vert , & leur promit d'eſperer fur leur pa role. Le Cavalier fit avec
elles de ſon coſté une plai- ☐ ſanterie ſur la Ruë , & ny la Ruë , ny le Ruban vert ne les pûrent déconcerter. El- les ſe tirerent de toutpar des réponſes ambiguës ; & leurs Conducteurs qui ne parloient point , ne pouvoient s'empef- cher de rire de les voir fournir fi long-temps àun galima- tias , où ils eſtoient afſfurez qu'elles ne comprenoient rien non plus qu'eux. Enfin ſur le refus qu'elles firent de ſe dé- maſquer , &devenir au Châe
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122 LE MERCURE
teau prendre la Collation qui leur eſtoit préparée, le Comte &leCavalier crûrentquec'é- toit au Marquis à faire les honneurs de ſa Feſte , & ils
coururent l'avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s'échaper ; elles n'avoient eu deſſein quede ſe divertiruneheure incognito , &
jugeant bienque le Marquis ,
oules feroit ſuivre , oules ob- ſerveroit de ſi pres , qu'il feroit difficilequ'il neles reconnuſt,
elles aimerent mieuxſe priver du plaiſir qu'elles avoient ef- pere, que de s'expoſer àfaire voir qu'elles avoient joüé de faux Perſonnages. Ainſi le Marquis ne les trouva plus quand il arriva , & il n'auroit pas ſçeuqui elles estoient , fans unGentilhõmequi ſurvint,&
qui
GALANT. 123
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L
qui venant de les rencontrer,
leur dit que c'eſtoient ſes Sœurs , avec le Maryde l'une,
&un Amy. Comme il ne pa- rut aucune autre Damedu re
- ſte dujour, le Marquis , quoy qu'étonné de la promptitude de leur retraite , n'imputa qu'à elles la galanterie des Bou- quets ; & leur rendit viſite le lendemain avec les trois autres
Intéreſſez. Le galimatias s'y recommança. Elles en rirent quelque temps , mais enfin el- ☑les leur proteſterent ſi ſérieu- ſement qu'elles ne ſçavoient ce qu'on leur diſoit , que les Tenans furentobligez de cher- cher ailleurs leurs inconnuës.
Leur embarras ne ceffa point,
quelque recherche qu'ils fif- 5 ſent dans le voiſinage , juſqu'à ce qu'eſtant allez voir les deux
-Tome VI.
a
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L
124 LE MERCVRE belles Recluſes au Couvent ,
ils connurent à quelques pa- roles de Sauge & de Chardon qui leur échapa, que c'eſtoient elles quilesavoient régalez de fi beaux Bouquets. Vn grand éclat de rire dont elles ne pû- rent ſe defendre , acheva de les perfuader. Ils en raillerent avec elles , & apres quelques legeres façons,elles leuravoue- rent ce qu'ils n'auroient peut- eſtre jamais ſçeu , fi elles ſe fuſſent obſtinées à le cacher
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Résumé : Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Le texte narre une aventure impliquant deux dames de qualité résidant dans un couvent près de Paris. Elles apprennent qu'un jeune marquis organise une fête à proximité et décident de participer. La fête consiste en un repas suivi d'un concours de tir. Les trois invités principaux étant de leur connaissance, elles choisissent de leur envoyer des bouquets accompagnés de billets mystérieux. Elles préparent quatre bouquets distincts, chacun avec un message personnalisé, et les font livrer anonymement au marquis. Le jour de la fête, les bouquets sont remis au marquis et à ses amis. Les messages, humoristiques et énigmatiques, suscitent la curiosité et les rires des invités. Par exemple, le bouquet du marquis contient un chardon symbolisant sa maîtresse absente, tandis que celui du comte de *** inclut de la sauge et un ruban vert, suggérant l'espoir de regagner les faveurs de sa maîtresse. Le soir même, deux dames masquées assistent à la fête mais refusent de se démasquer. Elles entretiennent la confusion en répondant de manière ambiguë aux questions des invités. Plus tard, un gentilhomme révèle que les dames masquées sont ses sœurs, mettant fin à l'énigme. Le marquis et ses amis rendent visite aux dames au couvent, où des indices les confirment comme étant les auteurs des bouquets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 106
REPROCHE DE N'AIMER point assez.
Début :
C'est pour vostre interest plutost que pour moy mesme, [...]
Mots clefs :
Amour, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPROCHE DE N'AIMER point assez.
REPROCHE DE N'AIMER
pointaffez.
7
C'est pour vostre interest plutoſtque pourmoy mesme ,
GALANT. 67
Que vous devez m'aimer autant que je
vous aime.
Sivostre amour estoit égal au mien
Vous gousteriez cent douceurs que je
gouste,
Vous vous feriez milleplaiſirs de rien.
Pour n'aimer pas affez voila ce qu'il en couste. 2
Ab, Philis , vousyperdez bien.
pointaffez.
7
C'est pour vostre interest plutoſtque pourmoy mesme ,
GALANT. 67
Que vous devez m'aimer autant que je
vous aime.
Sivostre amour estoit égal au mien
Vous gousteriez cent douceurs que je
gouste,
Vous vous feriez milleplaiſirs de rien.
Pour n'aimer pas affez voila ce qu'il en couste. 2
Ab, Philis , vousyperdez bien.
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6
p. 29-37
RUPTURE.
Début :
A dire le vray, Madame, c'est une terrible affaire que / Quoy qu'on ait dit jusqu'à ce jour, [...]
Mots clefs :
Amour, Changement, Lasser, Inconstance, Libertin, Désirs, Plaisirs, Commerce nouveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUPTURE.
A dire le vray , Madame,
c'eſt une terrible affaire que de s'obliger d'aimer par Contract.
Le cœur qui veut eſtre toûjours
18 LE MERCVRE
libre dans fon choix , & qui fe
plaiſt quelquefois à choiſir fou- vent,n'a pas delegeres contrain- tes à ſouffrir, quand le devoir luy rend l'amour neceffaire. Il faut ſe faire de grands efforts pourſe ſoſûmettredebonnegra- ce à ſa tyrannie , &c'eſt une vio- lence dont je doute que celuy qui a fait les Vers queje vous envoye s'accommodat aiſement.
Vous le connoiſſez. Il a plus d'eſprit qu'il neveutlaiffer croi-- re qu'il en a , & ce que vous allez lire vous perfuadera ſans peine qu'il tourne les chofes fi- nement. C'eſt tout ce que vous ſçaurez de luy. Il a tellement peur que cette petite Piece ne vous le faffe croire trop libertin en amour, qu'il ne me l'a don- néequ'en me faiſant promettre que je vous cachetois fon nom.
GALANT. 19
わわわわわわ
RVPTVRE.
Voy qu'on ait dit jusqu'à ce jour,
Le changement , Iris ,n'est pas unsi grand crime;
On paffe fort fouvent de l'estime àl'ay
mour,
Paſſonsdel'amour à l'eſtime.
Comme ilcommence ànous laffer Rompons les nœudsſecrets de notreins
telligence Aquoybonnouspicquerd'unefote con- Stance,
Qui ne fert plus qu'à nous emba
raffer ?
Quand le Cœur que charmoit un pan- chant agreable ,
N'enfaitplusſafelicité,
Doit-anle croirefi coupable
20 LE MERCVRE
Pour le voir s'affranchir du dégoust qui
l'accable
Enmanquant de fidelité ?
C'est une vertu chimérique Dont il faut reformer l'erreur ;
L'usage en paroit tyrannique ,
Etpourentretenirune amoureuse ardeur Ilfaut je-ne-fçay-quoy qui pique.
C'est là ce qui cauſe aux Amans
Cequepour la Perſonne aimée Ils ontdedoux empreſſemens ;
Etpourune Amebien charmée,
Que l'amour ad'appasdansles commencemens !
Commeil ne fait que naiſtre , il est ardent,fidelle ,
Tous luy plaiſt dans l'Objet qui cauſe ſesdefirs,
Et le premier éclat d'une ardeur mutuelle Rempliſſant ſes ſouhaits ,le comble de
plaisirs.
ア
GALANT. 21
Mais on languit, Iris , fans cette donce
amorce
Quenous preste la nouveauté ;
Et de la paſſion le temps détruit la
force,
Sansqu'on sefoit fait mesme une infidelité.
Ne souhaitant plus rien, on nesçait ou Seprendre , L
La ſympathie alors est d'un foible feL'Amour nefefait plus entendre ,
Et par un changement difficile àcom- prendre ,
On ceffe d'eftre heureuxparce qu'on l'est toûjours.
Oùsont ces douxtranſports où j'estois fi *fenfible ?
Vous lespartagiez avec moy ,
Rien ne vous estoit impoſſible
Quandvous croyiez devoir reconnoistre
mafoy.
22 LE MERCVRE
Nous avions chaque jour cent choses à
nous dire
Nous confondions tous nos defirs ;
S'ilfalloit nos quiter , Dieux , le cruel
martyre ,
Etqu'il nous coûtoit defoûpirs!
Mais l'absence pournous ceſſe d'eftre une
peine ,
Jene suis plus reſveur éloigné devos
yeux ,
Vous écoutez Damon , j'en conte àCelimene;
Etcommeenfin l'amour l'un pourl'autre
nous geſne ,
Nousquiter cefera le mieux.
L'inconstance apres tout estunvice com- mode.
De quelque bel Obiet qu'on puiſſe estre
charmé,
Il est bon deſuivre la mode,
Quiſoufrepeude temps que le cœurs'aca commode
GALAN T. 23 De l'habitude d'estre aimé.
Aforce defoins ,l'Amour s'use ,
Onn'ysçauroit trouver toniours lemesme appas ,
Et l'Etoile au beſoin nouspentfervir d'excufe ,
S'il est encordesdélicats
Quecettevieille erreur abuse ,
Qu'on doit aimer jusqu'au trépas.
Naffectons paint, Iris, d'avoir l'ame heroïque,
Unpeude foibleſſefied bien ,
Ceft de tres-bonne foy qu'avec vousje
m'explique,
Reprenezvostre cœur , je reprendray le mien.
Vous avezmille Amans, j'ay plus d'une Maistreffe,
Un commerce nouveau nous doit paroiſtredoux.
Croyez-moy, quelque Objet où nostre choix s'adreffe
24 LE MERCVRE Nous le verrons tous deuxsansen estre
jaloux.
c'eſt une terrible affaire que de s'obliger d'aimer par Contract.
Le cœur qui veut eſtre toûjours
18 LE MERCVRE
libre dans fon choix , & qui fe
plaiſt quelquefois à choiſir fou- vent,n'a pas delegeres contrain- tes à ſouffrir, quand le devoir luy rend l'amour neceffaire. Il faut ſe faire de grands efforts pourſe ſoſûmettredebonnegra- ce à ſa tyrannie , &c'eſt une vio- lence dont je doute que celuy qui a fait les Vers queje vous envoye s'accommodat aiſement.
Vous le connoiſſez. Il a plus d'eſprit qu'il neveutlaiffer croi-- re qu'il en a , & ce que vous allez lire vous perfuadera ſans peine qu'il tourne les chofes fi- nement. C'eſt tout ce que vous ſçaurez de luy. Il a tellement peur que cette petite Piece ne vous le faffe croire trop libertin en amour, qu'il ne me l'a don- néequ'en me faiſant promettre que je vous cachetois fon nom.
GALANT. 19
わわわわわわ
RVPTVRE.
Voy qu'on ait dit jusqu'à ce jour,
Le changement , Iris ,n'est pas unsi grand crime;
On paffe fort fouvent de l'estime àl'ay
mour,
Paſſonsdel'amour à l'eſtime.
Comme ilcommence ànous laffer Rompons les nœudsſecrets de notreins
telligence Aquoybonnouspicquerd'unefote con- Stance,
Qui ne fert plus qu'à nous emba
raffer ?
Quand le Cœur que charmoit un pan- chant agreable ,
N'enfaitplusſafelicité,
Doit-anle croirefi coupable
20 LE MERCVRE
Pour le voir s'affranchir du dégoust qui
l'accable
Enmanquant de fidelité ?
C'est une vertu chimérique Dont il faut reformer l'erreur ;
L'usage en paroit tyrannique ,
Etpourentretenirune amoureuse ardeur Ilfaut je-ne-fçay-quoy qui pique.
C'est là ce qui cauſe aux Amans
Cequepour la Perſonne aimée Ils ontdedoux empreſſemens ;
Etpourune Amebien charmée,
Que l'amour ad'appasdansles commencemens !
Commeil ne fait que naiſtre , il est ardent,fidelle ,
Tous luy plaiſt dans l'Objet qui cauſe ſesdefirs,
Et le premier éclat d'une ardeur mutuelle Rempliſſant ſes ſouhaits ,le comble de
plaisirs.
ア
GALANT. 21
Mais on languit, Iris , fans cette donce
amorce
Quenous preste la nouveauté ;
Et de la paſſion le temps détruit la
force,
Sansqu'on sefoit fait mesme une infidelité.
Ne souhaitant plus rien, on nesçait ou Seprendre , L
La ſympathie alors est d'un foible feL'Amour nefefait plus entendre ,
Et par un changement difficile àcom- prendre ,
On ceffe d'eftre heureuxparce qu'on l'est toûjours.
Oùsont ces douxtranſports où j'estois fi *fenfible ?
Vous lespartagiez avec moy ,
Rien ne vous estoit impoſſible
Quandvous croyiez devoir reconnoistre
mafoy.
22 LE MERCVRE
Nous avions chaque jour cent choses à
nous dire
Nous confondions tous nos defirs ;
S'ilfalloit nos quiter , Dieux , le cruel
martyre ,
Etqu'il nous coûtoit defoûpirs!
Mais l'absence pournous ceſſe d'eftre une
peine ,
Jene suis plus reſveur éloigné devos
yeux ,
Vous écoutez Damon , j'en conte àCelimene;
Etcommeenfin l'amour l'un pourl'autre
nous geſne ,
Nousquiter cefera le mieux.
L'inconstance apres tout estunvice com- mode.
De quelque bel Obiet qu'on puiſſe estre
charmé,
Il est bon deſuivre la mode,
Quiſoufrepeude temps que le cœurs'aca commode
GALAN T. 23 De l'habitude d'estre aimé.
Aforce defoins ,l'Amour s'use ,
Onn'ysçauroit trouver toniours lemesme appas ,
Et l'Etoile au beſoin nouspentfervir d'excufe ,
S'il est encordesdélicats
Quecettevieille erreur abuse ,
Qu'on doit aimer jusqu'au trépas.
Naffectons paint, Iris, d'avoir l'ame heroïque,
Unpeude foibleſſefied bien ,
Ceft de tres-bonne foy qu'avec vousje
m'explique,
Reprenezvostre cœur , je reprendray le mien.
Vous avezmille Amans, j'ay plus d'une Maistreffe,
Un commerce nouveau nous doit paroiſtredoux.
Croyez-moy, quelque Objet où nostre choix s'adreffe
24 LE MERCVRE Nous le verrons tous deuxsansen estre
jaloux.
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Résumé : RUPTURE.
Dans une correspondance, deux individus discutent de l'amour et de l'inconstance. L'auteur exprime la difficulté de s'obliger à aimer par contrat, soulignant que le cœur aspire à la liberté. Un poète, craignant d'être perçu comme trop libertin, a demandé que son nom reste caché. Le poème joint à la lettre explore les changements dans les sentiments amoureux, passant de l'estime à l'amour et vice versa. Il critique la fidélité absolue en amour, la qualifiant de vertu chimérique, et explique que la passion s'affaiblit avec le temps, même sans infidélité. L'auteur et son interlocutrice, Iris, constatent que leur amour s'est affaibli et décident de se séparer, trouvant l'inconstance plus commode. Ils reconnaissent que l'amour s'use avec le temps et qu'il est naturel de chercher de nouvelles affections. La lettre se conclut par une acceptation mutuelle de leur décision, chacun reprenant son cœur et acceptant de nouvelles relations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
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8
p. 121-131
ELEGIE.
Début :
Prendre ce party est une maniere fort honneste de dire [...]
Mots clefs :
Philis, Amour, Beauté, Vers, M. Ferrier, Ouvrage galant, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Pren- dre ce party eſt une maniere fort honneſte de dire adieu au
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
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Résumé : ELEGIE.
Le texte relate l'adieu honorable à un individu nommé Galant, qui a dédié sa vie à son prince. Cet adieu, bien que définitif en apparence, cache le fait que Galant n'a pas réellement pris sa retraite. Ses amis ont veillé à ce qu'il ne se soustraie pas à la reconnaissance qui lui est due. Galant est particulièrement apprécié pour son talent poétique et s'apprête à publier un ouvrage sur les manières d'acquérir l'estime du beau sexe. Une élégie en début d'ouvrage suggère que Galant partagera les secrets de l'amour et étendra la puissance de l'amour sur les cœurs. Dans cette élégie, Galant s'adresse à l'Amour, affirmant qu'il ne peut être esclave d'une maîtresse ingrate et qu'il maîtrise l'art de toucher les maîtresses cruelles. Il exprime son amour pour Philis, malgré son indifférence, et espère que l'Amour l'aidera à conquérir son cœur. Galant cite des exemples mythologiques où l'amour a triomphé, comme Hélène pour Paris et Julie pour Ovide. Il encourage Philis à ne pas craindre et à aimer, car le dieu Amour assure qu'elle sera aimée en retour. Le texte se conclut par une réflexion sur la brièveté de la vie et l'importance de profiter des plaisirs amoureux avant que la beauté ne s'efface.
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9
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
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10
p. 157-163
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont [...]
Mots clefs :
Sentiments, Fortune, Amant, Bonheur, Beauté, Martyre, Plaisirs, Larmes, Amour, Liberté, Voeux, Passion, Coeur, Agonie, Raison, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte, extrait du Mercure Galant de 1685, explore divers sentiments amoureux et dilemmes moraux. L'auteur compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les désirs sont immédiatement satisfaits et celui qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement son amour réciproque. Il préfère le bonheur immédiat, trouvant peu d'attrait à un amour longuement attendu. L'auteur évoque ensuite sa relation avec Sylvie, exprimant son désir de voir sa reconnaissance sans délai. Il compare cette situation à son amour pour Philis, qu'il voyait librement mais sans empressement, contrairement à maintenant où les obstacles augmentent ses désirs. Il réfléchit sur la nature de l'amour, affirmant qu'un amant est troublé et que la passion est plus forte lorsqu'elle est contrariée. Il se demande si un homme est excusable de sacrifier son honneur pour l'amour, concluant qu'il ne le serait pas. Enfin, l'auteur utilise une métaphore de la mort pour illustrer la difficulté de choisir entre deux amis en fin de vie, soulignant que son cœur s'intéresse davantage à Licidas, malgré la présence de Damon. Il conclut que son choix est dicté par l'utilité et la crainte de blesser Licidas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 201-202
XVI.
Début :
Dans un charmant sejour, où l'on voit les Zephirs [...]
Mots clefs :
Charmant, Zéphyrs, Plaisirs, Énigme, Quenouille, Filer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XVI.
XVI. DAns un charmant sejour
,
où ['OfZ.T
voit les Zephirs
D'une haleine Innocente & pure
Caresser en tout temps lesfleNrs & U
verdure,
Je goûte mille doux plaiftrs ;
Çyeft-là que des beautez. que contient
le Mercure
Je fais tous les mots la letbtre :
Et cest dans cet endroitsi propre pour
rêver
Que aune Enigme fort obscure
Jè cherche le vray [ens, & ne puis lé
trouver;
Plus je rêve plus je m'embrouille,
jilors a mon esprit je ne puis rien celer.
Je ne fais que le quereller,
L'injurier, luy chanter poüille.--
Va
,
luy dis-je en couroix , va prendre
une Qjenoiiille,
Tu n:spropre que pour filer.
Larcangc de Bourbon l'Archamb-aut,
Amant de Ciimene.
,
où ['OfZ.T
voit les Zephirs
D'une haleine Innocente & pure
Caresser en tout temps lesfleNrs & U
verdure,
Je goûte mille doux plaiftrs ;
Çyeft-là que des beautez. que contient
le Mercure
Je fais tous les mots la letbtre :
Et cest dans cet endroitsi propre pour
rêver
Que aune Enigme fort obscure
Jè cherche le vray [ens, & ne puis lé
trouver;
Plus je rêve plus je m'embrouille,
jilors a mon esprit je ne puis rien celer.
Je ne fais que le quereller,
L'injurier, luy chanter poüille.--
Va
,
luy dis-je en couroix , va prendre
une Qjenoiiille,
Tu n:spropre que pour filer.
Larcangc de Bourbon l'Archamb-aut,
Amant de Ciimene.
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Résumé : XVI.
Dans un cadre pastoral agréable, le narrateur savoure des plaisirs et admire les beautés décrites dans le Mercure. Il est cependant perturbé par une énigme insoluble. Plus il réfléchit, plus il s'embrouille. Il critique son esprit, le comparant à une quenouille, en référence à l'Arcanget de Bourbon l'Archambaut.
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12
p. 2[89]-[301]
DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
Début :
Il m'est tombé depuis peu entre les mains un ouvrage fort galant, / Les Muses. Petit Dieu de l'amour [...]
Mots clefs :
Muses, Cupidon, Dieu, Paix, Plaisirs, Empire, Amour, Coeur, Héros, Âme, Hymen, Compliments, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
il m'efltombê depuis peu entre les
mainsun Ouvrage fori galant, qui
futfait ily a quelques années ,sir le
mariage d'un Académicien de Villefranche
en Beaujolois. Il efl de M1
Mignêt de Bussy,de U mesme Académie.
DIALOGUE ENTRE LES
MUSES DE L'ACADEMIE
DE VLLLEFRANCHEET CUPIDON.
LES MUSES. P
Etit Dieu de £amour
Vous nom jouez, tout les jours quelque
tour:
Non content cCexercersur la terre &sur
Fonde
Vn empire AbJlIH.
Vout efles encore résolu
-'
De troubler le repos de nostre faix profonde:
Et mèprisant nos Chansons&vos
Jeux,
Vontvenez,près denos FontAines,
jivecque tous vosfeux
Pour en tarir les veines.
C UP IDON.
Belles & dottes Soeurs,pourquoy vont
plaignez-vous
Que dans voffresejourj'étende
ma puissance,
Têtu ceux quifontfournis a mon obèif*
sance,
Ont toujour' reffintylesplaisirslesplUl
doux?
llrieft point de lieuxsur Uterre
Qui ne reconlloij[ent mes Loix, JajfHiertü les plus grands Roys,
Et influes dans les Cieux le Maistre du
Tonnerre,
Ne ffauroit soùtenir mes plusfoibles
efforts,
Tlutonmesmeaumilieu du noirsejour
des morts, Bbij
OHtonne voit jamais que peine & que
martyre,
Reconnaît mon empire
Et mefait avecfoin sa cour.
Aprés cela les filles de mémoire,
Bleffint-elles leur gloire,
Defefoumettreau pouvoirdel'amour?
LES MUSES.
Non, non, filsde Venns, vos parolesfont
veinesy
On ne doit pointsur nostre Mont,
S*amuferkporterleschaînes^
D'un Dieu qui rarement a nos âprs répond,
Et cefi une pure chimere,
D'accorder les loixde Cithére,
Avec celles del'Hèlicon.
Ce riefi pat nostrefait dans nos douces
retraites,
D*estreamoureuses& coquettes;
Etst nom ressentons de tardeur dans nos
cfturs,
Ce nest que pour chanterteplus grand
des Painqnemrs,
Ilméritéseulnoflre zele,
Et ce rieft que pour luy quefont faits nos
Concerts,
Encore efi-ce bien peu riemployer tota nos
Airs,
A celèbrer les faits desa gloire immortelle,
Puis que tant d'autres coeurspleins de
force & etappas,
JnfcjHicy n'y fnfiffentpat.
Enfin des Mufes bien (enfîtes,
Doiventplntofldonnerleurschants &
leurs pensées,
jittxexploits glorieux cCun Héros triomphAnt
QriaHXVaintamusemens d'un jeune&
foible Enfant.
CUPiDo N.
Oüy, M'ifes, ie leconfeffe.
Ilfaut cjuinceffamment voflreTroupe
s'empresse,
Achanterde LOVlS,
Tous lesfaits inouïs:
Il riefi point de Héros qui par leur concurrence,
Bbiij
Puissent avecijue luy partager vos Chansons.
Les ayantfurpa/fezde toutes les façons,
Ilmérite luy seul•/avoir la préférence;
Et merme jurcjua moy,
Bien ro vntilafaitlaloy,
Quand par les vains efforts de mes traits,
derr.es chàrmes, ray voulu tingagtrau milieu des Hyvrrs,
Ou mes jeuxfont goûter mille plaisirs
divers;
Asuspendre le cours deses terribles armes.
Maisbiencjuavecraison ce plus grand
des Guerriers,
Meriteseuld'occuper leParnasse,
Mes Mirtes nefont pont de honteàses
Lauriers;
Maté ils leurs donnent plus de grace.
Les Chants
Quifont unis pourMars & pourma
A:ere,
Ne doivent pas moins plaire,
S'ilsn'enfont pat (ifiers, ils en font plut
touchans.
Ne vous fâchez, doncpasj Mufesprudes
& fages,
De me voirdansvostrefîjour,
Les Bellescomme vousa l'afpeElde lAmour
N'ont jamais estèsisauvages.
Je neveux point d'ailleurs
Faire bréche avos coeurs:
C'est un autre dessein qui vom plairasans
doute,
Si pour un seul moment
Vostre Troupe m'écoute.
Je ne viens feulement
Que pour votufaire part d'une douce nouvelle,
Unde vos Nourrlffons AUjJi tendrequheureux,
sceu par Cesfoins Amoureux,
Enflamerleceeitrd'une Belle: 1 Ilsdoivent au plutost s'unir des plus doux
noeuds,
Et l'Hymen se prépare à couronnerleurs-
- feux, « Bb iiij
Nereïentez-vou4 pas la joye,
Devoir un de vos chers Enfans,
Par des efforts heureux & triomphant
Maif/re d'une si riche proye,
Qf££ charge defiesferstantd'illuflres Captifs.
ji lafpeSi defts yeuxsi brillants &si
vifs,
Le Soleilaujji-tofl paroiss obscur &flm
bre,
Sesrayonsnefont pins qu'un nuage &
qu'une ombre,
Hé! quepo'irroit-ilfaireencet état fâcheux?
Ilfautbien malgré ly qu'un seul le cede
adeux,
Contre leurs doux regards ilneflpointde
coeur tendre
Qjtise puissedéfendre.
On diroit qu'elle <*fat au Lis comme an.
J'mm,
Un notable larcin;
PU;f que leur blancheurlllm égale,
Présdesonteinteiftoujoursfale,
La Rose mesmey perdson incarnat,
Vnautreplusviflesurmonte,
Et quoy quellefait rouge, en ce méchant
état
Onconnoit bien que ce nefl que de honte.
Sanscejje Fon yVoitl'image du Printemps,
Et certainspetitstrqui[ont surson
l'i'ége,
Font tazileasseuréque]aypris en partare
Pourmecouvrirdu mauvais temps.
Je sçay quelle a beaucoup d'autres beautez.
secrettes,
M;,s ce n'est pas dans vos retraites,
Où l';;nioit fairele portrait.
L'heureux Amant qui va s'en rendre
maiflre,
Voudra bien quelque jour peut-eflre,
YOUI en dépeindre quelque trait.
Pourcompoferun tout qui jette mille fiâmes
Danslesplusdures Amn,
L'esprit répond aux charmes deson corps,
Ma Aiere & la Nature en ont fait let
accords,
llneluy manquoit plus quun coeurunpen
fcnfible,
J'aytantfait parmesfoins,
Queje me fuisplacé dans toitssescoins,
Aprés quoyfen ayfait le poJfeJfenrpaisible,
Celuy qui tranrporté d'unesivive ardeur
Voui informe par moy d'unsi rare bonheur.
LES Muses.
Aimable Cupidtn, noj/re Troupe immortelle,
approuve le âeffein qui vom tient prés
deno-'M,
Et ressentaussibien quevous,
LepLiifirque produitvoflre douce nouvelle.
Nomvoulons par nos Airs celebrer le
brau jour,
Où l'Hymen rendra pinsdurables,
Les liensquaformel'Amour
Entre deux objets admirableç.
LOVISpendantun peudetemps
Notu permettra desuspendre les
chants,
Que nofire heureuse destinée,
NousfaitformerpourvanterfesExploit.^
Et nous pourrons donnertoutes nos vtix
Pour un sicharmant Himenée.
Cependant,petit Dieu,
Dépesche-vous d'abandonnerce lieu,
Allez plûtofl auprès de cette belle,
Aiderson tendre Amant a la rendrefidelle.
Allez.inrp'rera son coeur
L',ftime & la tendreJft"
Queméritentl'esprit, la douceur, la fitgejJe,
Deson heureux vainqueur.
Faites luy voir la vive image
Desafélicité,
Etlamoureux hommage,
QjSunsi digne Sujet va rendreasa
beduté.
Allez, dépefehez-vous, napportez plut d'exufes
C'est inutilement consumer tous vosfeux,
Et vos plus tendres jeux,
Ne peuvent qu'ennuyerles Mufes,
Vouiemploirez. bien mieux ces prètieux
momens,
Avecce beau couple£Amans
Sans Vous ils nefçauraient rienfaire,
Quelque (fortquehazarde en
leurfaveur,
Il n'a jammsassez. d'arleur,
Pourarriverau buJt.Iqui peut lesfatisfaire.
Compliment de Cupidon, fait à
Ja Belle.. de la partdes Miu
fcs, sur le sujet de son Mariage.
B
.'SlleJ quej'aimetendrement,
Parle ChoeurdesnenfSoeurs, ma bouche
efldestinée,
Four venirde leur part VOHSfaire compliment
Survofirecharmante Himenée.
Elles mesmes viendraient pour votale
faire en Corps,
Mais leurs jeuxsi paisibles
Ne leur rend pas loisibles,
De semblables efforts.
Depuis le temps qu'il cft, des Mufesy
Elles quittent peu leursejour,
Etsefont peur tfJûlOUrSexclufes
Desmyfieres d'amour.
Elles craindroient de voiriefurieux ravage,
Que tonferasur vos appas:
Mais quoy qu'ilsfnent mis au pillAge,
Belle Iris,n'en rougissez pa4,
Puts que les Mufes mesme,
Quelques grndes que soient leur crainte
& leurfro'deur,
Ne croiront pai offenserleurpudeur,
D'en avoirune joye extrémc;
Si ce ravageun jour pour leurs dosses lefons,
Peut leur fournirdes petits Nourriffons.
mainsun Ouvrage fori galant, qui
futfait ily a quelques années ,sir le
mariage d'un Académicien de Villefranche
en Beaujolois. Il efl de M1
Mignêt de Bussy,de U mesme Académie.
DIALOGUE ENTRE LES
MUSES DE L'ACADEMIE
DE VLLLEFRANCHEET CUPIDON.
LES MUSES. P
Etit Dieu de £amour
Vous nom jouez, tout les jours quelque
tour:
Non content cCexercersur la terre &sur
Fonde
Vn empire AbJlIH.
Vout efles encore résolu
-'
De troubler le repos de nostre faix profonde:
Et mèprisant nos Chansons&vos
Jeux,
Vontvenez,près denos FontAines,
jivecque tous vosfeux
Pour en tarir les veines.
C UP IDON.
Belles & dottes Soeurs,pourquoy vont
plaignez-vous
Que dans voffresejourj'étende
ma puissance,
Têtu ceux quifontfournis a mon obèif*
sance,
Ont toujour' reffintylesplaisirslesplUl
doux?
llrieft point de lieuxsur Uterre
Qui ne reconlloij[ent mes Loix, JajfHiertü les plus grands Roys,
Et influes dans les Cieux le Maistre du
Tonnerre,
Ne ffauroit soùtenir mes plusfoibles
efforts,
Tlutonmesmeaumilieu du noirsejour
des morts, Bbij
OHtonne voit jamais que peine & que
martyre,
Reconnaît mon empire
Et mefait avecfoin sa cour.
Aprés cela les filles de mémoire,
Bleffint-elles leur gloire,
Defefoumettreau pouvoirdel'amour?
LES MUSES.
Non, non, filsde Venns, vos parolesfont
veinesy
On ne doit pointsur nostre Mont,
S*amuferkporterleschaînes^
D'un Dieu qui rarement a nos âprs répond,
Et cefi une pure chimere,
D'accorder les loixde Cithére,
Avec celles del'Hèlicon.
Ce riefi pat nostrefait dans nos douces
retraites,
D*estreamoureuses& coquettes;
Etst nom ressentons de tardeur dans nos
cfturs,
Ce nest que pour chanterteplus grand
des Painqnemrs,
Ilméritéseulnoflre zele,
Et ce rieft que pour luy quefont faits nos
Concerts,
Encore efi-ce bien peu riemployer tota nos
Airs,
A celèbrer les faits desa gloire immortelle,
Puis que tant d'autres coeurspleins de
force & etappas,
JnfcjHicy n'y fnfiffentpat.
Enfin des Mufes bien (enfîtes,
Doiventplntofldonnerleurschants &
leurs pensées,
jittxexploits glorieux cCun Héros triomphAnt
QriaHXVaintamusemens d'un jeune&
foible Enfant.
CUPiDo N.
Oüy, M'ifes, ie leconfeffe.
Ilfaut cjuinceffamment voflreTroupe
s'empresse,
Achanterde LOVlS,
Tous lesfaits inouïs:
Il riefi point de Héros qui par leur concurrence,
Bbiij
Puissent avecijue luy partager vos Chansons.
Les ayantfurpa/fezde toutes les façons,
Ilmérite luy seul•/avoir la préférence;
Et merme jurcjua moy,
Bien ro vntilafaitlaloy,
Quand par les vains efforts de mes traits,
derr.es chàrmes, ray voulu tingagtrau milieu des Hyvrrs,
Ou mes jeuxfont goûter mille plaisirs
divers;
Asuspendre le cours deses terribles armes.
Maisbiencjuavecraison ce plus grand
des Guerriers,
Meriteseuld'occuper leParnasse,
Mes Mirtes nefont pont de honteàses
Lauriers;
Maté ils leurs donnent plus de grace.
Les Chants
Quifont unis pourMars & pourma
A:ere,
Ne doivent pas moins plaire,
S'ilsn'enfont pat (ifiers, ils en font plut
touchans.
Ne vous fâchez, doncpasj Mufesprudes
& fages,
De me voirdansvostrefîjour,
Les Bellescomme vousa l'afpeElde lAmour
N'ont jamais estèsisauvages.
Je neveux point d'ailleurs
Faire bréche avos coeurs:
C'est un autre dessein qui vom plairasans
doute,
Si pour un seul moment
Vostre Troupe m'écoute.
Je ne viens feulement
Que pour votufaire part d'une douce nouvelle,
Unde vos Nourrlffons AUjJi tendrequheureux,
sceu par Cesfoins Amoureux,
Enflamerleceeitrd'une Belle: 1 Ilsdoivent au plutost s'unir des plus doux
noeuds,
Et l'Hymen se prépare à couronnerleurs-
- feux, « Bb iiij
Nereïentez-vou4 pas la joye,
Devoir un de vos chers Enfans,
Par des efforts heureux & triomphant
Maif/re d'une si riche proye,
Qf££ charge defiesferstantd'illuflres Captifs.
ji lafpeSi defts yeuxsi brillants &si
vifs,
Le Soleilaujji-tofl paroiss obscur &flm
bre,
Sesrayonsnefont pins qu'un nuage &
qu'une ombre,
Hé! quepo'irroit-ilfaireencet état fâcheux?
Ilfautbien malgré ly qu'un seul le cede
adeux,
Contre leurs doux regards ilneflpointde
coeur tendre
Qjtise puissedéfendre.
On diroit qu'elle <*fat au Lis comme an.
J'mm,
Un notable larcin;
PU;f que leur blancheurlllm égale,
Présdesonteinteiftoujoursfale,
La Rose mesmey perdson incarnat,
Vnautreplusviflesurmonte,
Et quoy quellefait rouge, en ce méchant
état
Onconnoit bien que ce nefl que de honte.
Sanscejje Fon yVoitl'image du Printemps,
Et certainspetitstrqui[ont surson
l'i'ége,
Font tazileasseuréque]aypris en partare
Pourmecouvrirdu mauvais temps.
Je sçay quelle a beaucoup d'autres beautez.
secrettes,
M;,s ce n'est pas dans vos retraites,
Où l';;nioit fairele portrait.
L'heureux Amant qui va s'en rendre
maiflre,
Voudra bien quelque jour peut-eflre,
YOUI en dépeindre quelque trait.
Pourcompoferun tout qui jette mille fiâmes
Danslesplusdures Amn,
L'esprit répond aux charmes deson corps,
Ma Aiere & la Nature en ont fait let
accords,
llneluy manquoit plus quun coeurunpen
fcnfible,
J'aytantfait parmesfoins,
Queje me fuisplacé dans toitssescoins,
Aprés quoyfen ayfait le poJfeJfenrpaisible,
Celuy qui tranrporté d'unesivive ardeur
Voui informe par moy d'unsi rare bonheur.
LES Muses.
Aimable Cupidtn, noj/re Troupe immortelle,
approuve le âeffein qui vom tient prés
deno-'M,
Et ressentaussibien quevous,
LepLiifirque produitvoflre douce nouvelle.
Nomvoulons par nos Airs celebrer le
brau jour,
Où l'Hymen rendra pinsdurables,
Les liensquaformel'Amour
Entre deux objets admirableç.
LOVISpendantun peudetemps
Notu permettra desuspendre les
chants,
Que nofire heureuse destinée,
NousfaitformerpourvanterfesExploit.^
Et nous pourrons donnertoutes nos vtix
Pour un sicharmant Himenée.
Cependant,petit Dieu,
Dépesche-vous d'abandonnerce lieu,
Allez plûtofl auprès de cette belle,
Aiderson tendre Amant a la rendrefidelle.
Allez.inrp'rera son coeur
L',ftime & la tendreJft"
Queméritentl'esprit, la douceur, la fitgejJe,
Deson heureux vainqueur.
Faites luy voir la vive image
Desafélicité,
Etlamoureux hommage,
QjSunsi digne Sujet va rendreasa
beduté.
Allez, dépefehez-vous, napportez plut d'exufes
C'est inutilement consumer tous vosfeux,
Et vos plus tendres jeux,
Ne peuvent qu'ennuyerles Mufes,
Vouiemploirez. bien mieux ces prètieux
momens,
Avecce beau couple£Amans
Sans Vous ils nefçauraient rienfaire,
Quelque (fortquehazarde en
leurfaveur,
Il n'a jammsassez. d'arleur,
Pourarriverau buJt.Iqui peut lesfatisfaire.
Compliment de Cupidon, fait à
Ja Belle.. de la partdes Miu
fcs, sur le sujet de son Mariage.
B
.'SlleJ quej'aimetendrement,
Parle ChoeurdesnenfSoeurs, ma bouche
efldestinée,
Four venirde leur part VOHSfaire compliment
Survofirecharmante Himenée.
Elles mesmes viendraient pour votale
faire en Corps,
Mais leurs jeuxsi paisibles
Ne leur rend pas loisibles,
De semblables efforts.
Depuis le temps qu'il cft, des Mufesy
Elles quittent peu leursejour,
Etsefont peur tfJûlOUrSexclufes
Desmyfieres d'amour.
Elles craindroient de voiriefurieux ravage,
Que tonferasur vos appas:
Mais quoy qu'ilsfnent mis au pillAge,
Belle Iris,n'en rougissez pa4,
Puts que les Mufes mesme,
Quelques grndes que soient leur crainte
& leurfro'deur,
Ne croiront pai offenserleurpudeur,
D'en avoirune joye extrémc;
Si ce ravageun jour pour leurs dosses lefons,
Peut leur fournirdes petits Nourriffons.
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Résumé : DIALOGUE ENTRE LES MUSES DE L?ACADEMIE DE VILLEFRANCHE ET CUPIDON.
Le texte décrit un dialogue entre les Muses de l'Académie de Villefranche et Cupidon. Les Muses reprochent à Cupidon de troubler leur sérénité et de chercher à dominer leur domaine. Cupidon répond que son influence est partout, touchant même les dieux et les âmes des défunts. Les Muses refusent de se soumettre à l'amour, affirmant que leurs chants célèbrent les grands héros plutôt que les amours éphémères. Cupidon reconnaît la grandeur des héros mais insiste sur l'importance des exploits amoureux. Il annonce ensuite une bonne nouvelle : un jeune couple va se marier. Touchées, les Muses décident d'interrompre leurs chants pour célébrer cette union et demandent à Cupidon de les aider. Le poème est dédié à une jeune femme à l'occasion de son mariage. Il l'encourage à rejoindre une personne aimée et à aider un amant à conquérir son cœur par la douceur et la fidélité. Les Muses, bien qu'elles souhaitent féliciter la mariée, préfèrent éviter les excès amoureux et restent dans leurs jeux paisibles. Elles expriment néanmoins leur joie et leur espoir que ce mariage soit fécond. Le poème se conclut par un compliment des Muses, transmis par le narrateur, pour célébrer cette union charmante.
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13
p. 100-102
SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
Début :
Renonçons aux plaisirs, sortons du précipice ; [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Démon, Douceurs, Crime, Dieu, Plaisirs, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
SONNET
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
DE M DE RAYMOND,
Qui remporta le Soucy.
R
Enonçons aux plaifirs ,fortons
du précipice;
Dans un cruelpanchant leDemon nous
conduis,
Il vient couvrir nosyeux d'une éternelle
nuit,
Pour nousfaire trouver des douceurs
dans le vice.
GALANT. IOL
Se
Ce n'est plus dans mon ame oùſon
poifon fe gliffe ,
Et ce coeur que le crime a tant defois
féduit,
Détrompé maintenant, &par la Grace
inftruit,
Fait à Dieu de fes maux un entierſacrifice.
$2
Funeftes mouvemens , plaiſirs trop
criminels,
Je quitte vos appaspour des biens éternels,
Le Seigneur deformais fera toute ma
gloire.
52
On ne me verraplus à l'aimerfuf
pendu,
I iij.
102 MERCURE
Je garderay toûjours empreint en ma›
mémoire
Quiconque efpere en Dieu n'eft
jamais confondu .
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Résumé : SONNET DE Mr DE RAYMOND, Qui remporta le Soucy.
Le sonnet de M. de Raymond, 'Qui remporta le Soucy', décrit une descente dans le péché suivie d'un retour à la grâce divine. Le poète renonce aux plaisirs criminels pour rechercher des biens éternels et fait du Seigneur sa seule gloire. Il affirme ne plus se laisser séduire par les amours profanes et rappelle que ceux qui espèrent en Dieu ne sont jamais déçus.
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14
p. 334
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un second Air qui ne vous / Je suis aimé de celle que j'adore, [...]
Mots clefs :
Amour, Charme, Secret, Plaisirs, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vous envoye un fecond Air
qui ne vous déplaira pas.
AIR NOUVEAU..
E fuis aimé de celle que j'adore,
Jceltun charmant fecret qui n'est
fceu que de nous ,
Nos plaifirs font d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore,
Et que nous trompons les jaloux,
qui ne vous déplaira pas.
AIR NOUVEAU..
E fuis aimé de celle que j'adore,
Jceltun charmant fecret qui n'est
fceu que de nous ,
Nos plaifirs font d'autant plus doux,
Que tout le monde les ignore,
Et que nous trompons les jaloux,
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15
p. 93-97
PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Début :
Quoy que je ne sois pas habile, [...]
Mots clefs :
Peinture, Portrait, Yeux, Éclat, Feux, Charme, Bouche, Amants, Plaisirs, Éloges, Déesse, Coeur, Iris, Beauté, Coeurs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
PORTRAIT D'UNE DAME
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
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Résumé : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Le texte 'Portrait d'une Dame' présente Iris, une femme aux qualités exceptionnelles. Ses yeux possèdent un pouvoir divin, rendant leur regard presque invisible. Sa bouche, bien que parfois cruelle, offre des plaisirs à ses amants. Son teint est plus éclatant que les roses et les lis. Iris semble éternellement jeune, paraissant avoir quinze ou seize ans, alors qu'elle pourrait en avoir trente ou plus. Son esprit est galant, tendre et délicat, et son cœur est ouvert à l'amitié, la reconnaissance ou la pitié, mais elle évite l'amour. Sa présence éclaire les lieux, tandis que son absence les assombrit. Iris choisit ses amis avec soin, privilégiant la qualité à la quantité. Ses mérites et ses charmes suscitent admiration et amour au quotidien, forçant beaucoup à reconnaître ses qualités.
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16
p. 97-98
A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
Début :
Qu'il te faisoit beau voir dans le jour solemnel [...]
Mots clefs :
Carrousels, Ornement, Immortalité, Douceur, Courage, Honneur, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
jaurois voulu tepeindre,& d'un trait immortel
Exprimer tafierté,ta douceurjon courage,
Et donner aux François un modelle eternel
Me merite & d'honneur, en traçant ton
image.
Mais Minerve & Fallas de concert avec
toy, faifattt tous leurs plaisîrs des plaisirs de
ton Roy,
Semploientsefaireunjeu desfureursde
la guerre.
Mars ce Dieu sicruel d'accord avec la
Paix,
Luy quifait tout tremblersur rOnde &
sur la Terre,
Divertit partes foinsLOXJIS & ses
Su]ets.
AMOUREUX, de Digne, Avocat
au Parlement d'Aix.
Exprimer tafierté,ta douceurjon courage,
Et donner aux François un modelle eternel
Me merite & d'honneur, en traçant ton
image.
Mais Minerve & Fallas de concert avec
toy, faifattt tous leurs plaisîrs des plaisirs de
ton Roy,
Semploientsefaireunjeu desfureursde
la guerre.
Mars ce Dieu sicruel d'accord avec la
Paix,
Luy quifait tout tremblersur rOnde &
sur la Terre,
Divertit partes foinsLOXJIS & ses
Su]ets.
AMOUREUX, de Digne, Avocat
au Parlement d'Aix.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
Le poème est dédié à une personne anonyme, célébrant sa fierté, douceur et courage pour inspirer les Français. L'auteur, Amoureux de Digne, avocat au Parlement d'Aix, évoque des divinités comme Minerve, les Furies, Mars et la Paix, qui se divertissent avec le roi et ses sujets.
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17
p. 21-29
Ouvrage de M. de Cantenac. [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye un Ouvrage en Vers qui ne vous déplaira pas. [...]
Mots clefs :
Tyrans, Mortels, Faiblesse, Plaisirs, Amour, Malice, Imposture, Amants, Péril, Martyrs, Malheur, Châtiment, Fureurs, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvrage de M. de Cantenac. [titre d'après la table]
Je vous envoye un Ouvrage
en Vers qui ne vous
22 MERCURE
déplaira pas. Il eſt de M' de
Cantenac
, affez connu pardiverfes
Pieces qu'il a faites
auarefois. Celle-cy qui eft
contre l'Amour, marque fon
changement de profeffion .
Flir
Ier Tyran des Mortels , dont
l'aveugle puissance
Precipite la mort, & regle la naiffance,
Qui viens avec adreffe , & des traits
enchanteurs
Par la foibleffe hamaine , à l'empire:
des coeurs ;
Dicu des plaifirs du monde, &fource :
de mes peines,
Je t'abandonne , Amour , &je briſe
tes chaines.
Fe connois ta malice , & trompé mil-
Le fois ,
GALANT.
23
Je m'endurcis enfin au mépris de tes
loix .
Inhumain , dont la loy charmante à
la
nature ,
Met les fens en defordre , & l'ame à
la torture ,
Tes biens comme un éclair qu'on
voit fi toft finir,
Sont les fignes certains de la foudre
à venir.
Le dégoût qui les fuit en fait voir
P'impoffure,
Ce n'est qu'un faux brillant , qu'un
plaifir en peinture ,
Qu'un fot amusement , qu'une vaine
douceur ,
Qui des fens éblouis eft le charme
& l'erreur.
D'un faux bien toutefois l'ame préo-
сирее ,
S'égare en le cherchant , & vcut efire
trompée.
24 MERCURE
Et les foibles Amans paffent leurs
triftes jours
En de vaines langucurs & defolles
amours.
L'un foûpire en tremblant , &fon
efprit malade
•
Foudroit mourir cent fois pour une
douce oeillade.
Un autre pleure , prie , & meurt à
tout propos ;
Et perdant fa raison , fa bourse &
> Jon
repos,
Paffe
à poursuivré
un bien qu'il ne
Scauroit
atteindre
>
La nuit à fe morfondre , & lejour
à fe plaindre.
Quelqu'autre moins captif d'un objet
plus humain ,
Fait confifter fa gloire à luy baifer
la
main,
Et s'enchainant des noeuds de quilque
treffe blonde,
GALANT. 25
Préfere fa folie à l'empire du monde.
Par combien de perils , d'erreurs &
de tourmens
Vient- on au dernier but des plus heureux
Amans ?
Mais tous ces feux legers , qu'un moment
à fait naistre ,
Pareils à ceux de l'air , font moins à
difparoiftre,
Et j'en prens à témoin tant d'Epoux
malheureux ,
Qui fatiguent leur ame à rallumer
leurs feux.
Ces Martyrs immolez au chagrin domeftique,
Trouvent que leur fortune eft unbien
chimerique.
Ainfi voit- on des fleurs qui brillent
au Printemps >
Tromper par leur odeur le plus doux
de nos fens ;
Aouft 1685.
C
26 MERCURE
Et de leur riche émail n'eftant plus
embellies ,
Se flefrir par la main qui les avoit
cueillies.
D'où vient donc ce panchant d'une
amoureuse ardeur
Que la Nature imprime aufond de
noftre coeur ?
L'homme
agit - il en brute , &fa
raison perduë
Ne peut- elle combattre un poiſon qui
la tuë?
Oufi c'est un venin dont on ne peut
guerir ,
D'où vient qu'il nousfait naître auffi
bien mourir ?
que
Ah, que ce plaifir coûte , & que fes
triftes charmes
Ont remply l'Univers
de malheurs
& de larmes !
Ils ont donné des fers aux plus fiers
Conquerans.
GALANT. 27
Des Rois les plus benins , ils ontfait
des Tyrans,
D'un Sage un Idolatre, & d'un Saint
un Perfide ,
D'un Epoux un Bourreau , d'un Fils
un Parricide,
Et fouillant la Nature en leurs noirs
attentats,
Ont d'un fleuve de fang inondé les
Etats.
Quand le Ciel en couroux prepare
fon tonnerre
Aux tranfports criminels des amours
de la terre ,
Le bruit du châtiment eft à peine entendu
,
Et l'on court plus au mal , plus it eft
défendu.
Un plaifir n'est plus doux dés qu'il
est legitime ,
Le crime en eft le charme , & le char-
(me le crime.
Cij
28 MERCURE
Far l'orgueil des humains que
ne peut dompter,
Les loix ont fait le crime
peuvent l'ofter.
rien
& ne
En l'erreur de l'amour , la Nature eft
à plaindre.
Faloit - il tant de loix , où les doitelle
enfraindre ?
Si rien fur ce panchant ne la peut
retenir ,
Pourquoy
nous le donner , ou pourquoy
le punir ?
Mais ces defirs ardens des fureurs
amoureuſes ,
Sont d'un crime plus grand les fuites
malheureuſes ,
Et le Ciel a permispour punir nôtre
orgueil ,
Qu'un plaifir d'un moment fuſt pour
nous un écueil ;
Que l'homme en fes defirs, esclave
de foy mesme ,
GALANT. 29
De l'Amour fift un vice , &foüillaft
ce qu'il aime :
•
Et que rompant le frein de fa foible
raifon ,
D'un remcde innocent il fe fift un
poiſon.
Pour moy , qui vois l'écueil , & qui
crains le naufrage,
Echapé de la mer, je gagne le rivage.
Adieu , Superbe íru , je triomphe à
mon tour ,
L'Amant qui peut vous fuir , eft
maître de l'Amour.
en Vers qui ne vous
22 MERCURE
déplaira pas. Il eſt de M' de
Cantenac
, affez connu pardiverfes
Pieces qu'il a faites
auarefois. Celle-cy qui eft
contre l'Amour, marque fon
changement de profeffion .
Flir
Ier Tyran des Mortels , dont
l'aveugle puissance
Precipite la mort, & regle la naiffance,
Qui viens avec adreffe , & des traits
enchanteurs
Par la foibleffe hamaine , à l'empire:
des coeurs ;
Dicu des plaifirs du monde, &fource :
de mes peines,
Je t'abandonne , Amour , &je briſe
tes chaines.
Fe connois ta malice , & trompé mil-
Le fois ,
GALANT.
23
Je m'endurcis enfin au mépris de tes
loix .
Inhumain , dont la loy charmante à
la
nature ,
Met les fens en defordre , & l'ame à
la torture ,
Tes biens comme un éclair qu'on
voit fi toft finir,
Sont les fignes certains de la foudre
à venir.
Le dégoût qui les fuit en fait voir
P'impoffure,
Ce n'est qu'un faux brillant , qu'un
plaifir en peinture ,
Qu'un fot amusement , qu'une vaine
douceur ,
Qui des fens éblouis eft le charme
& l'erreur.
D'un faux bien toutefois l'ame préo-
сирее ,
S'égare en le cherchant , & vcut efire
trompée.
24 MERCURE
Et les foibles Amans paffent leurs
triftes jours
En de vaines langucurs & defolles
amours.
L'un foûpire en tremblant , &fon
efprit malade
•
Foudroit mourir cent fois pour une
douce oeillade.
Un autre pleure , prie , & meurt à
tout propos ;
Et perdant fa raison , fa bourse &
> Jon
repos,
Paffe
à poursuivré
un bien qu'il ne
Scauroit
atteindre
>
La nuit à fe morfondre , & lejour
à fe plaindre.
Quelqu'autre moins captif d'un objet
plus humain ,
Fait confifter fa gloire à luy baifer
la
main,
Et s'enchainant des noeuds de quilque
treffe blonde,
GALANT. 25
Préfere fa folie à l'empire du monde.
Par combien de perils , d'erreurs &
de tourmens
Vient- on au dernier but des plus heureux
Amans ?
Mais tous ces feux legers , qu'un moment
à fait naistre ,
Pareils à ceux de l'air , font moins à
difparoiftre,
Et j'en prens à témoin tant d'Epoux
malheureux ,
Qui fatiguent leur ame à rallumer
leurs feux.
Ces Martyrs immolez au chagrin domeftique,
Trouvent que leur fortune eft unbien
chimerique.
Ainfi voit- on des fleurs qui brillent
au Printemps >
Tromper par leur odeur le plus doux
de nos fens ;
Aouft 1685.
C
26 MERCURE
Et de leur riche émail n'eftant plus
embellies ,
Se flefrir par la main qui les avoit
cueillies.
D'où vient donc ce panchant d'une
amoureuse ardeur
Que la Nature imprime aufond de
noftre coeur ?
L'homme
agit - il en brute , &fa
raison perduë
Ne peut- elle combattre un poiſon qui
la tuë?
Oufi c'est un venin dont on ne peut
guerir ,
D'où vient qu'il nousfait naître auffi
bien mourir ?
que
Ah, que ce plaifir coûte , & que fes
triftes charmes
Ont remply l'Univers
de malheurs
& de larmes !
Ils ont donné des fers aux plus fiers
Conquerans.
GALANT. 27
Des Rois les plus benins , ils ontfait
des Tyrans,
D'un Sage un Idolatre, & d'un Saint
un Perfide ,
D'un Epoux un Bourreau , d'un Fils
un Parricide,
Et fouillant la Nature en leurs noirs
attentats,
Ont d'un fleuve de fang inondé les
Etats.
Quand le Ciel en couroux prepare
fon tonnerre
Aux tranfports criminels des amours
de la terre ,
Le bruit du châtiment eft à peine entendu
,
Et l'on court plus au mal , plus it eft
défendu.
Un plaifir n'est plus doux dés qu'il
est legitime ,
Le crime en eft le charme , & le char-
(me le crime.
Cij
28 MERCURE
Far l'orgueil des humains que
ne peut dompter,
Les loix ont fait le crime
peuvent l'ofter.
rien
& ne
En l'erreur de l'amour , la Nature eft
à plaindre.
Faloit - il tant de loix , où les doitelle
enfraindre ?
Si rien fur ce panchant ne la peut
retenir ,
Pourquoy
nous le donner , ou pourquoy
le punir ?
Mais ces defirs ardens des fureurs
amoureuſes ,
Sont d'un crime plus grand les fuites
malheureuſes ,
Et le Ciel a permispour punir nôtre
orgueil ,
Qu'un plaifir d'un moment fuſt pour
nous un écueil ;
Que l'homme en fes defirs, esclave
de foy mesme ,
GALANT. 29
De l'Amour fift un vice , &foüillaft
ce qu'il aime :
•
Et que rompant le frein de fa foible
raifon ,
D'un remcde innocent il fe fift un
poiſon.
Pour moy , qui vois l'écueil , & qui
crains le naufrage,
Echapé de la mer, je gagne le rivage.
Adieu , Superbe íru , je triomphe à
mon tour ,
L'Amant qui peut vous fuir , eft
maître de l'Amour.
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Résumé : Ouvrage de M. de Cantenac. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre accompagnant un ouvrage en vers de Monsieur de Cantenac, célèbre pour ses pièces, exprime son souhait de se libérer de l'amour, qu'il qualifie de tyran aveugle et malicieux. Il critique les souffrances et les erreurs engendrées par l'amour, comparant ses plaisirs à un éclat éphémère et trompeur. Les amoureux sont décrits comme des martyrs, passant leurs jours dans des langueurs vaines et des amours folles, souvent au détriment de leur raison et de leur repos. L'auteur met en lumière les dangers et les tourments associés à l'amour, capables de transformer même les personnes les plus sages en tyrans ou en criminels. Il interroge la nature humaine, incapable de résister à ce 'poison' malgré les lois et les avertissements. Enfin, l'auteur affirme avoir échappé à l'emprise de l'amour et triomphé de ses chaînes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 316-317
AIR NOUVEAU.
Début :
Le second Air nouveau que je vous envoye, est d'un / Fut-il jamais un plus charmant bonheur ! [...]
Mots clefs :
Bonheur, Philis, Plaisirs, Charmant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Le ſecond Air nouveau que je
vous envoye , eft d'un Autheur
fort celebre ,
GALANT. 317
AIR NOUVEAU.
Vt-il jamais un plus char
mant bonheur ! Fr
D'un vin cheify ma cave eft
pleine ,
Et ma Philis enfin fenfible à mon
ardeur,
Aprés tant de rigueurs ceffe d'eftre inhumaine.
Entre ces deux plaiſirs je partage
mon coeur
La nuit eft à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me réveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
vous envoye , eft d'un Autheur
fort celebre ,
GALANT. 317
AIR NOUVEAU.
Vt-il jamais un plus char
mant bonheur ! Fr
D'un vin cheify ma cave eft
pleine ,
Et ma Philis enfin fenfible à mon
ardeur,
Aprés tant de rigueurs ceffe d'eftre inhumaine.
Entre ces deux plaiſirs je partage
mon coeur
La nuit eft à Philis , le jour à ma
bouteille.
L'une & l'autre fans ceffe me réveille
,
Fut- il jamais un plus charmant
bonheur!
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19
p. 322-323
AIR NOUVEAU.
Début :
La Chanson nouvelle que je vous envoye / Que serviroit, helas ! au Printemps de paroistre ? [...]
Mots clefs :
Amour, Loisirs, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
La Chanfon nouvelle que
que je vous envoye , fera fans
doute de voftre gouft , puis
que les paroles font de Mademoiselle des Houlieres , &que M le Camus les a mifes
en air . Ainfi tout en eft de
bonne main.
AIR NOUVEAU.
ue ferviroit , belas ! ´au PrinQue temps de paroiftre ?
L'Amour n'y trouve plus de ces
charmans loisirs ,
Dont il eftoit toujours le maistre.
Son empire eft détruit ; à peine
fait- il naiftre
Dans les plus jeunes cœurs les plus
foibles defirs.
Non, le Printemps nepeutplus eftre.
La faifon des plaifirs
que je vous envoye , fera fans
doute de voftre gouft , puis
que les paroles font de Mademoiselle des Houlieres , &que M le Camus les a mifes
en air . Ainfi tout en eft de
bonne main.
AIR NOUVEAU.
ue ferviroit , belas ! ´au PrinQue temps de paroiftre ?
L'Amour n'y trouve plus de ces
charmans loisirs ,
Dont il eftoit toujours le maistre.
Son empire eft détruit ; à peine
fait- il naiftre
Dans les plus jeunes cœurs les plus
foibles defirs.
Non, le Printemps nepeutplus eftre.
La faifon des plaifirs
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Le texte présente 'Chanfon nouvelle', une chanson basée sur les paroles de Mademoiselle des Houlières et mise en musique par M. Camus. Elle reflète une désillusion face au printemps et à l'amour, soulignant que ces derniers ne procurent plus les mêmes plaisirs. L'amour ne suscite plus de désirs, rendant le printemps moins charmant. La chanson évoque ainsi la fin des plaisirs saisonniers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 310-313
Sur le chagrin d'une Dame.
Début :
D'où peut venir vostre tristesse, [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur le chagrin d'une Dame.
Sur le chagrin d'une
Dame.
D'où peut venir vostre
tristesse,
On voit encor sur vostre
teint
Le même fard dont la jeunesse
Dans vos plus beaux jours
l'avoit peint,
Avecassez d'égards la fortune
vous traite
Tout le monde vous fait la
cour
S'il est quelqu'autre bien
que vostre coeur souhaite,
On vous l'a dit cent fois,&
je vous le répete,
Il ne tiendra pas à l'Amour
Que vous ne soyez satis-
- faite.
joüissez enpaix desdouceurs,
Que vous promettent tous
vos charmes,
Et laissez la plainte & les
larmes
A ceux qui souffrent vos rigueurs.
Un jour viendra que la vieillesse
Enlevera tous nos plaisirs,
Sans laisser à nostre foiblesse,
Quela honte de nos desirs;
Quand nous aurons vieilly
sans faire aucun usage
Des biens mis sur nostre
passage :
Ce fera vainement que pour
nous soustenir,
Nous voudrons appeler la
raison ànostre aide,
Contre
Contre tous les chagrins
d'un sitriste avenir;
Iris il n'estpoint de remede
Qu'unagréablesouvenir.
Bannissez donc cet humeur
noire,
Et goustant les plaisirs présens,
Faites quelque galante Histoire,
Dont quelque jour vostre
mémoite,
Puisse réjoüir vos vieux
ans.
Dame.
D'où peut venir vostre
tristesse,
On voit encor sur vostre
teint
Le même fard dont la jeunesse
Dans vos plus beaux jours
l'avoit peint,
Avecassez d'égards la fortune
vous traite
Tout le monde vous fait la
cour
S'il est quelqu'autre bien
que vostre coeur souhaite,
On vous l'a dit cent fois,&
je vous le répete,
Il ne tiendra pas à l'Amour
Que vous ne soyez satis-
- faite.
joüissez enpaix desdouceurs,
Que vous promettent tous
vos charmes,
Et laissez la plainte & les
larmes
A ceux qui souffrent vos rigueurs.
Un jour viendra que la vieillesse
Enlevera tous nos plaisirs,
Sans laisser à nostre foiblesse,
Quela honte de nos desirs;
Quand nous aurons vieilly
sans faire aucun usage
Des biens mis sur nostre
passage :
Ce fera vainement que pour
nous soustenir,
Nous voudrons appeler la
raison ànostre aide,
Contre
Contre tous les chagrins
d'un sitriste avenir;
Iris il n'estpoint de remede
Qu'unagréablesouvenir.
Bannissez donc cet humeur
noire,
Et goustant les plaisirs présens,
Faites quelque galante Histoire,
Dont quelque jour vostre
mémoite,
Puisse réjoüir vos vieux
ans.
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Résumé : Sur le chagrin d'une Dame.
Le texte 'Sur le chagrin d'une Dame' explore la tristesse d'une femme malgré ses succès et l'admiration qu'elle reçoit. La dame est incitée à jouir des avantages de ses charmes et à laisser les plaintes à ceux qui souffrent de son indifférence. Le poème avertit contre la vieillesse, qui éclipsera les plaisirs et laissera seulement la honte des désirs non réalisés. Il souligne l'impuissance de la raison face aux chagrins futurs et l'absence de remède contre les souvenirs désagréables. La conclusion encourage la dame à abandonner sa mélancolie, à savourer les plaisirs actuels et à créer des souvenirs agréables pour sa vieillesse.
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21
p. 11-20
LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
Début :
De l'Or & de l'Argent le charme insurmontable [...]
Mots clefs :
Liberté, Charme, Ardeur , Plaisirs, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
LALIBERTE.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
Cantate nouvelle.
DEl'Or & de l'Argent le
charme insurmontable
Fait que tout retentit de
leur prix trop vanté:
Mais je pretens chanterun
bien plus estimable,
C'est l'innocente Liberté.
A ce projet tout m'écoute,
Tout s'accorde àmes desirs,
Et pour m'ouvrir une
route
Je vois voler les plaisirs.
0 douce liberté, qui peut
goûter tes charmes,
Ne voir point d'autre objet
digne de son ardeur,
Son coeur n'est point touché
du foin de la grandeur
Il sçait , en l'évitant s'épargner
mille allarmes.
Rien ne peut troubler son
bonheur, Jamaisen disputant un
chimérique honneur
;Un rival préferé ne fit
couler seslarmes.
0 douce liberté, qui peut
goûtertes charmes ,
Ne voit point d'autre objet
digne de son ardeur.
Dansunétattoûjours
tranquile
Il voit, sans se livrer à leurs
indignes fers,
La basse flatterie; & la
crainte servile
Prendresoin d'avilir les
coeurs de l'univers.
Sur la plus terrible des
Mers
Il voit à tout nôtre art la
fortune indocile
Nous presenter ses bords
de naufrages couverts,
Et son indépendance est
comme un sûr azile
Quile met à l'abri des plus
<fam»eux rev-ers. C'estcequ'ennos bois
l'oyseau chante
En fuyant la captivité,
Liberté, liberté.
Sans la liberté qui m'enchante
Un coeurest toûjoursagité.
Est-ce le bien qui nous
contente,
Et vaut-il tous les soins
dont ilest acheté?
Liberté, liberté.
C'est ce qu'en nos bois
l'oyseau chante.
Jusqu'où la liberté portet-
elle ses droits ?
A table qui suit d'autres
loix
Languira dans le plaisir
même,
Quoiqu'on trouve à s'y
trvoêirmune deou,ceur «x-
Un repas n'a rien de charmanc
Quand on s'y contraint
un moment.
Fuyez
,
fuyez tendre eI:J
clavage;
Pour mieux ressentir l'avantage
De se trouver en liberté,
Il fautêtre échapé du funeste
naufrage
Que l'on fait en suivant
une ingrate beauté.
Mais ô present du Ciel,
que même l'innocence
Ne peut nous assûrer dans
la jeune saison!
Toutt'attaque à la fois,
le sçavoir,l'ignorance,
Les moeurs, les préjugez,
les sens &la raison
Tout s'empresse à l'en,vy
de nous donner un
Maître;
Sile faux honneur ne peut
l'être,
Le plaisirsnoussoûmet
morce, -
L'interest avec plus de
force
Asservit nos coeurs pour
jamais.
La liberté qui nous appelle
Ne s'offrepoint sans les
plaisirs:
Mais on n'y peut courir
sans elle
Qu'ilsn'échappent à nos
desirs.
Sous le nom du devoir que
d'égards sur la terre
Nous rendent l'un de l'autre
esclaves malheureux!
L'opinion nous livre une.
éternelle guerre,
Et de tous nos liens c'est
le plus rigoureux.
Que d'écüeils,que de naufrages
Menacent la liberté!
Mais regagnons les rivages
Laissonsgronder les orages,
Dont je me vis agité :
Que les autres rendus sages"
Par ce bien que j'ai chanté
Connoissent les avantages
D'en jouir en fiîreré.
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Résumé : LA LIBERTÉ. Cantate nouvelle.
La cantate 'LALIBERTE' célèbre la liberté comme un bien supérieur à l'or et à l'argent. L'auteur exalte la liberté, la décrivant comme un état où le cœur est apaisé, loin des soucis de grandeur et des disputes pour des honneurs chimériques. La liberté permet d'éviter la flatterie, la crainte servile et les dangers des mers, offrant un refuge sûr contre les revers. Elle est comparée à un oiseau chantant dans les bois, symbolisant la fuite de la captivité. Sans liberté, le cœur reste agité. La liberté est associée au plaisir et à la tranquillité, contrastant avec les contraintes et les souffrances de l'esclavage. Le texte met en garde contre diverses menaces à la liberté, telles que le savoir, l'ignorance, les mœurs, les préjugés, les sens et la raison, qui peuvent asservir les cœurs. Il critique également les faux honneurs, les plaisirs, l'intérêt et l'opinion, qui rendent les hommes esclaves les uns des autres. Malgré les dangers, l'auteur encourage à regagner les rivages de la liberté et à profiter de ses avantages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 55-60
POUR UNE DAME qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
Début :
Cesse, charmante Iris, cesse de souhaitter [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sens, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR UNE DAME qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
POUR UNE DAME
qui avait demandé des
Vers àl'Auteur.
Cesse,charmante Iris,
cesse de souhaitter
Des Vers qu'Apollon
me refuse,
Etn'espere pas que ma
muse
Puisse à present te contenter;
Je ne fuis plus quoique
tu sasses,
Ce que j'étois dans mes
beaux jours,
Quand à la fuite des
Amours
Je badinois avec les
Graces.
C'est alors que j'aurois
chanté
Tous les charmes de
ta beauté,
Sur un ton si doux&
si tend re,
Que ton coeur par mes
sens
sens se laissant
émouvoir
Auroic presqu'autant
pris de plaisir à
m'entendre
Que mes yeux en ont à
te voir.
Cet heureux temps
n'est plus, excuse
ma foiblesse,
Tout ce que je puis fai- ,re,enrétat oùjesuis,
Cest de combattre les
ennuis
Que traîne avec soy la
vieillesse ;
Mon esprit plus timide,
& mon corps
plus pesant
Me font voir toutema
misere;
Je pleure le passé, je me
plains du present,
Et l'avenir me desespere.
Non, non, puisque les
cheveux gris
Ont fait fuir les jeux &
',: les s,,
* -.
Il ne faut point que je
t'ennuye ;
Quel agrément trouverois-
tu
A m'entendre prêcher,
d'un ton de Jeremie,
Qu'il n'etf aucun plaisir,
surlafinde sa vie,
Que celui d'avoir bien
vêcu?
Cependant c'est ce que
je pense,
Ce que chacun pense
'0
à son tour,
Ce que toi-même enfin
tu penseras un jour.
Heureuse! si tu peux
men croire par
avance,
Et si dés aujourd'huy,
faisant quelques
efforts,
Un sentiment si falutaire
T'arrache à des plaisirs
qui ne dureront
guere
Pour t'épargner de
longs remords.
qui avait demandé des
Vers àl'Auteur.
Cesse,charmante Iris,
cesse de souhaitter
Des Vers qu'Apollon
me refuse,
Etn'espere pas que ma
muse
Puisse à present te contenter;
Je ne fuis plus quoique
tu sasses,
Ce que j'étois dans mes
beaux jours,
Quand à la fuite des
Amours
Je badinois avec les
Graces.
C'est alors que j'aurois
chanté
Tous les charmes de
ta beauté,
Sur un ton si doux&
si tend re,
Que ton coeur par mes
sens
sens se laissant
émouvoir
Auroic presqu'autant
pris de plaisir à
m'entendre
Que mes yeux en ont à
te voir.
Cet heureux temps
n'est plus, excuse
ma foiblesse,
Tout ce que je puis fai- ,re,enrétat oùjesuis,
Cest de combattre les
ennuis
Que traîne avec soy la
vieillesse ;
Mon esprit plus timide,
& mon corps
plus pesant
Me font voir toutema
misere;
Je pleure le passé, je me
plains du present,
Et l'avenir me desespere.
Non, non, puisque les
cheveux gris
Ont fait fuir les jeux &
',: les s,,
* -.
Il ne faut point que je
t'ennuye ;
Quel agrément trouverois-
tu
A m'entendre prêcher,
d'un ton de Jeremie,
Qu'il n'etf aucun plaisir,
surlafinde sa vie,
Que celui d'avoir bien
vêcu?
Cependant c'est ce que
je pense,
Ce que chacun pense
'0
à son tour,
Ce que toi-même enfin
tu penseras un jour.
Heureuse! si tu peux
men croire par
avance,
Et si dés aujourd'huy,
faisant quelques
efforts,
Un sentiment si falutaire
T'arrache à des plaisirs
qui ne dureront
guere
Pour t'épargner de
longs remords.
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Résumé : POUR UNE DAME qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
L'auteur répond à une dame qui lui a demandé des vers. Il explique qu'il ne peut plus écrire comme autrefois en raison de son âge avancé et de la diminution de ses capacités poétiques. Il regrette de ne plus pouvoir célébrer la beauté de la dame avec la même douceur et tendresse. Il exprime sa tristesse face à la vieillesse, pleurant le passé, se plaignant du présent et désespérant de l'avenir. Conscient que ses cheveux gris ont éloigné les jeux et les grâces, il ne souhaite pas ennuyer la dame avec ses réflexions moroses. Cependant, il partage l'idée que le seul véritable plaisir à la fin de la vie est d'avoir bien vécu, une pensée que chacun finit par adopter. Il encourage la dame à embrasser cette sagesse dès maintenant pour éviter les remords futurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 41-54
QUESTION.
Début :
Quelle difference y a-t-il entre la tendresse & [...]
Mots clefs :
Amour, Tendresse, Coeur, Volupté, Plaisirs, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Quelle différencey at-
il entre la tendresse (;J' Famour?
REPONSE. ;
f
Le coeur faitlatendresse,
& l'imagination
fait l'amour. Il y a des
occasîons où les mouvejniens
du coeur, &: les
effets de l'imagination
font confondus. De
rout temps on a difpù-,!
té sur les mouvemens
du coeur & de l'esprit,.
ce font vrais sujets.
Les deux partis peu-,
vent avoir raison,
RElP0NSE;
Les Poëtes font en
possession de les confon- J
, dre,mais sans leur diC.
puter le droit d'expri- j
mer l'amour par le mot
de tendresse, & la ten-j
dresse par le mot d'amour,
je crois qu'il n'y
a personne qui n'en fasse
la difference, & tous
ceux qui d'abord sensibles
au mérite d'une jolie
femme, en deviennent
amoureux par degrez,
sçavent du moins
qu'ils étoient tendres
avant qued'être amoureux,
&que cet objet
avoit réveillé latendresse
dans leur coeur avant
que d'y former la pah
sion de amour.
La tendresse est pour
ainsï dire la trempe du
coeur, les uns aiment
plus, les autres moins
tendrement, & chacun,
aimeselon la convenance
de soncoeur.
L'amour est la tendresse
d'un coeur attaché
à un objet, la tendresse
est la qualité d'un«
coeur quin'atrend quunj
objet pour s'attacher.
Je ne sçai si ces définitions
paroîtront bien
justes dans un temps où
1 amour tient moins de
la tendresse que de la
volupté; aussi n'ai - je
pretendu parler que de
celui que la tendresse
produit. L'amour est la
plus naturelle & la plus
belle de toutes les passions,
parce que latendresseestla
plus naturelle
& la plus belle de
Doutes les qualitez du
soeur humain; parce
que la volupté l'a dégradée,
l'amour est une
passion qu'on cache,&
dont on rougit.
Si la tendresse feule
agissoit dans l'amour,
cette passion seroit la juste
mesure de la bonté,
de la noblesse, & de la
delicatesse des coeurs ;
& la decadence de cet
amour vient sans doute
des esprits les plus bornez
, qui incapables des
grandes idées
, &C dC$',¡
beauxsentimens , ne
trouvent de ressources
ni de plaisirs que dans
la volupté. Comme le
nombre des espritsmédiocres
estleplus grand
& le plus sort, la plûpart
des Dames se sont
tellement rangées de
leur party quelles se
passent maintenant fort
bien de tendresse, &C
1
quelles la regardent
comme imbécillitédans
ceux qui font en âge de
raison, & dans les jeunes
gens comme le &..
faut d'un usage qu'elles
esperent que l'âge & le
monde leur donnera. Ce
ne font point elles qui
confondront l'amour
avec la tendresse; j'en
foupçonnerois bien plûtôt
celles, qui malgré
le torrentde l'usage
soûtiennent encore
l'honneur d'une passions
que tant d'autres exemples
avilissent.
t i
1. Je suisbienéloigné de
penser que la race ensoit
efteinte
,
& quand j'ay
dit - que la pluspart des
femmes se rangeoient du
1 mauvais party, c'est que
leur nombre,fust-il mille
fois plus petit, me paroiftroit
tousjours trop
grand.Qiioyquilen soit,
rien ne fait plus d'honneuraux
femmes que la
tendressedeshommes, Se
pour moy j'yconçois de
grar dsplaisirs, & je suis
persuadéqueleplaisir lccret
que fait la lecture
des belles Tragedies k
des beaux Romans vient
de la tendresse qui y est
peinte. On est charmé de
retrouver en foy les mefmes
sentiments qu'on y
donne aux Héros.
L'âge d'or n'avoitrien
de si doux que l'union des
deux sexes
, par l'amour
que produit feulement la
[cndreffe; & le present le
plus funeste qu'on puft
leur faire estoit la volupté
que Pandore apporta,
& qui finit pour jamais
cet heureux temps. Pour
lors -
Les deux sexesefcoient
unis des plus beaux .,
noeuds ;
Ce qui pouvoit les rendre
1.
*heureux N'estoit jamais illégitime,
hmeuarpxenichmanteestoit leur
sPar la Jîmple nature ils
estoientvertueux;
Le re(pe£l, lam.ur
,
f5 l'estime
Estoientlesseuls lliieennss de
leursociété,
Et chacun possedoit sans
crime
Son plaisirsaliberté.-
Mais, ôfuneste barbarie!
Bientof tinfarne volupté
Vint troublerparsa tirannie
Lacommunefelicité.
La mutuellesympathie
Qui s'expliquoit dans tous
lescoeprs.,
Effrayée ai'ajpeéï de tant
defrenesie
NyfitplusJentirfies douceurs.
Sous les loix de cette trai- tresse
Le coeur ne connutplus les
innocents desirs,
Et tous les sens troublez,
d'une honteujeyvreffe
LLuuychroaivsiirresnetsplleaidsriorist. de
Depuiscetempsfatal3l'amant
(jf la maistresse
Que ce monstre unit en UT*
jour
Goustent lesplaisirs de l'amour
Sansgouster ceux de la
tendresse.
ENIGMES
Quelle différencey at-
il entre la tendresse (;J' Famour?
REPONSE. ;
f
Le coeur faitlatendresse,
& l'imagination
fait l'amour. Il y a des
occasîons où les mouvejniens
du coeur, &: les
effets de l'imagination
font confondus. De
rout temps on a difpù-,!
té sur les mouvemens
du coeur & de l'esprit,.
ce font vrais sujets.
Les deux partis peu-,
vent avoir raison,
RElP0NSE;
Les Poëtes font en
possession de les confon- J
, dre,mais sans leur diC.
puter le droit d'expri- j
mer l'amour par le mot
de tendresse, & la ten-j
dresse par le mot d'amour,
je crois qu'il n'y
a personne qui n'en fasse
la difference, & tous
ceux qui d'abord sensibles
au mérite d'une jolie
femme, en deviennent
amoureux par degrez,
sçavent du moins
qu'ils étoient tendres
avant qued'être amoureux,
&que cet objet
avoit réveillé latendresse
dans leur coeur avant
que d'y former la pah
sion de amour.
La tendresse est pour
ainsï dire la trempe du
coeur, les uns aiment
plus, les autres moins
tendrement, & chacun,
aimeselon la convenance
de soncoeur.
L'amour est la tendresse
d'un coeur attaché
à un objet, la tendresse
est la qualité d'un«
coeur quin'atrend quunj
objet pour s'attacher.
Je ne sçai si ces définitions
paroîtront bien
justes dans un temps où
1 amour tient moins de
la tendresse que de la
volupté; aussi n'ai - je
pretendu parler que de
celui que la tendresse
produit. L'amour est la
plus naturelle & la plus
belle de toutes les passions,
parce que latendresseestla
plus naturelle
& la plus belle de
Doutes les qualitez du
soeur humain; parce
que la volupté l'a dégradée,
l'amour est une
passion qu'on cache,&
dont on rougit.
Si la tendresse feule
agissoit dans l'amour,
cette passion seroit la juste
mesure de la bonté,
de la noblesse, & de la
delicatesse des coeurs ;
& la decadence de cet
amour vient sans doute
des esprits les plus bornez
, qui incapables des
grandes idées
, &C dC$',¡
beauxsentimens , ne
trouvent de ressources
ni de plaisirs que dans
la volupté. Comme le
nombre des espritsmédiocres
estleplus grand
& le plus sort, la plûpart
des Dames se sont
tellement rangées de
leur party quelles se
passent maintenant fort
bien de tendresse, &C
1
quelles la regardent
comme imbécillitédans
ceux qui font en âge de
raison, & dans les jeunes
gens comme le &..
faut d'un usage qu'elles
esperent que l'âge & le
monde leur donnera. Ce
ne font point elles qui
confondront l'amour
avec la tendresse; j'en
foupçonnerois bien plûtôt
celles, qui malgré
le torrentde l'usage
soûtiennent encore
l'honneur d'une passions
que tant d'autres exemples
avilissent.
t i
1. Je suisbienéloigné de
penser que la race ensoit
efteinte
,
& quand j'ay
dit - que la pluspart des
femmes se rangeoient du
1 mauvais party, c'est que
leur nombre,fust-il mille
fois plus petit, me paroiftroit
tousjours trop
grand.Qiioyquilen soit,
rien ne fait plus d'honneuraux
femmes que la
tendressedeshommes, Se
pour moy j'yconçois de
grar dsplaisirs, & je suis
persuadéqueleplaisir lccret
que fait la lecture
des belles Tragedies k
des beaux Romans vient
de la tendresse qui y est
peinte. On est charmé de
retrouver en foy les mefmes
sentiments qu'on y
donne aux Héros.
L'âge d'or n'avoitrien
de si doux que l'union des
deux sexes
, par l'amour
que produit feulement la
[cndreffe; & le present le
plus funeste qu'on puft
leur faire estoit la volupté
que Pandore apporta,
& qui finit pour jamais
cet heureux temps. Pour
lors -
Les deux sexesefcoient
unis des plus beaux .,
noeuds ;
Ce qui pouvoit les rendre
1.
*heureux N'estoit jamais illégitime,
hmeuarpxenichmanteestoit leur
sPar la Jîmple nature ils
estoientvertueux;
Le re(pe£l, lam.ur
,
f5 l'estime
Estoientlesseuls lliieennss de
leursociété,
Et chacun possedoit sans
crime
Son plaisirsaliberté.-
Mais, ôfuneste barbarie!
Bientof tinfarne volupté
Vint troublerparsa tirannie
Lacommunefelicité.
La mutuellesympathie
Qui s'expliquoit dans tous
lescoeprs.,
Effrayée ai'ajpeéï de tant
defrenesie
NyfitplusJentirfies douceurs.
Sous les loix de cette trai- tresse
Le coeur ne connutplus les
innocents desirs,
Et tous les sens troublez,
d'une honteujeyvreffe
LLuuychroaivsiirresnetsplleaidsriorist. de
Depuiscetempsfatal3l'amant
(jf la maistresse
Que ce monstre unit en UT*
jour
Goustent lesplaisirs de l'amour
Sansgouster ceux de la
tendresse.
ENIGMES
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Résumé : QUESTION.
Le texte distingue la tendresse et l'amour. La tendresse est décrite comme un mouvement du cœur, tandis que l'amour est le fruit de l'imagination. Les poètes confondent souvent ces deux sentiments, mais toute personne sensible reconnaît leur différence. La tendresse précède l'amour et est la qualité d'un cœur qui s'attache à un objet. L'amour est la tendresse d'un cœur attaché à un objet spécifique. L'auteur considère que l'amour véritable, produit par la tendresse, est la plus naturelle et la plus belle des passions. Cependant, la volupté a dégradé l'amour, le transformant en une passion cachée et source de honte. Cette décadence est attribuée aux esprits médiocres qui ne trouvent de plaisir que dans la volupté. La plupart des femmes, influencées par cet usage, se passent de tendresse et la considèrent comme une faiblesse. L'auteur espère que la tendresse des hommes fasse honneur aux femmes et que la lecture de belles tragédies et romans, où la tendresse est mise en avant, procure un plaisir secret. Dans l'âge d'or, l'union des sexes était basée sur l'amour produit par la tendresse. La volupté, apportée par Pandore, a mis fin à cet heureux temps en troublant la communion des cœurs et en rendant l'amour dépourvu de tendresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 64-68
CHANSON du Tabac.
Début :
D'où me vient cette sombre humeur ? [...]
Mots clefs :
Tabac, Chanson, Plaisirs, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON du Tabac.
Un demande s'il y a
de la difference entre ce
qu'on appelle s-aimer, k
ce qu'on appelle Amour
propre.
On s'estdéjà plaint
plufleursfois que je donnois
des Chansons anciennes
: mais on s'est
plaint bien plusencore de
ce que j'avois interrompu
la fuite de mes Chan-
[ans de Caractere que j'avois
promises au Public,
& qu'on y chante tout
autrement
autrementque je ne les
ay composces., parce que
je ne les ay jamais fait
noter.Cette derniere conïïderation
l'emportecar
elle est aidée de 1 envie
que j'ay de les mettre à
,.couvert de l'oubly & de refi'ropiement.
CHANSON
du Tabac.
D'où me vient cette fàmbre
humeur ?
Pourquoy mesfoiblesyeux
craignent-ils la lumiere?
Pourquoy suis-jeacablé
jd'eunetrisse langueur? n'ay point ma,
Tabatiere!
Point de Tabac, helas !
plaisir,santé,
Raison
,
vivacité,
"Tout avec mon Tabac est
reflesurma Table.
.Amyjëcourable,
,Le tien est-il bon»
detestable;,
Ulestparfumé.
.Adejim
,
adesim
, a de
simple Tabacjesuis
accoustume.
Cet autreestplus agreable.
Ah!qu'il est aimable!
Ah ! quelle 'Voluptél
Dieu du Tabac que tes
Autels
Soient encenses par les
- mortels.
Qué du plus noir Petun
mille Pipesfumantes
Tefournirent d'encens.
jQue les Beautez les plus
charmantes
Se barboüillent de tes pre.
sens.
Quetes doyens enchifrenez
Chantentdu neZ
T-esplaisirsforcenez
Et , que pour te rendre propuce,
Ton Temple retentisse
Ueterniiements
Et de reniflements.
Ton Temple retentisse
D'eternuements
Et de reniflements.
de la difference entre ce
qu'on appelle s-aimer, k
ce qu'on appelle Amour
propre.
On s'estdéjà plaint
plufleursfois que je donnois
des Chansons anciennes
: mais on s'est
plaint bien plusencore de
ce que j'avois interrompu
la fuite de mes Chan-
[ans de Caractere que j'avois
promises au Public,
& qu'on y chante tout
autrement
autrementque je ne les
ay composces., parce que
je ne les ay jamais fait
noter.Cette derniere conïïderation
l'emportecar
elle est aidée de 1 envie
que j'ay de les mettre à
,.couvert de l'oubly & de refi'ropiement.
CHANSON
du Tabac.
D'où me vient cette fàmbre
humeur ?
Pourquoy mesfoiblesyeux
craignent-ils la lumiere?
Pourquoy suis-jeacablé
jd'eunetrisse langueur? n'ay point ma,
Tabatiere!
Point de Tabac, helas !
plaisir,santé,
Raison
,
vivacité,
"Tout avec mon Tabac est
reflesurma Table.
.Amyjëcourable,
,Le tien est-il bon»
detestable;,
Ulestparfumé.
.Adejim
,
adesim
, a de
simple Tabacjesuis
accoustume.
Cet autreestplus agreable.
Ah!qu'il est aimable!
Ah ! quelle 'Voluptél
Dieu du Tabac que tes
Autels
Soient encenses par les
- mortels.
Qué du plus noir Petun
mille Pipesfumantes
Tefournirent d'encens.
jQue les Beautez les plus
charmantes
Se barboüillent de tes pre.
sens.
Quetes doyens enchifrenez
Chantentdu neZ
T-esplaisirsforcenez
Et , que pour te rendre propuce,
Ton Temple retentisse
Ueterniiements
Et de reniflements.
Ton Temple retentisse
D'eternuements
Et de reniflements.
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Résumé : CHANSON du Tabac.
Le texte traite de deux sujets principaux : la distinction entre 's'aimer' et 'amour propre', et les plaintes concernant les chansons anciennes. Les lecteurs ont regretté l'interruption de la publication des 'Chansons de Caractère' et les modifications apportées aux chansons, car l'auteur ne les avait jamais fait noter. Cette préoccupation est motivée par le désir de l'auteur de préserver ces chansons de l'oubli et de les republier. Le texte inclut également une chanson intitulée 'Chanson du Tabac'. Le narrateur y exprime une humeur mélancolique et triste due à l'absence de sa tabatière et de tabac. Il décrit divers types de tabac, préférant un tabac simple et habituel. La chanson se conclut par une prière aux 'mortels' d'encenser les autels du 'Dieu du Tabac', imaginant un culte où les beautés charmantes se barbouillent de tabac et où les doyens enchifrenés chantent les plaisirs forcés, accompagnés d'éternuements et de reniflements résonnant dans le temple du tabac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 249-264
Le Printemps glacé Idille.
Début :
Le Printemps suivi de Flore Des beaux jours & des Zephirs [...]
Mots clefs :
Printemps, Flore, Zéphyrs, Nature, Oiseaux, Plaisirs, Hiver, Rivages, Bergers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Printemps glacé Idille.
Le Printemps glacé
Idille.
Le Printemps fnivi de
Flore
Des beaux jours & des
Zepbirs
Avmt dela fait êclore
Dans nos Champs mille
plaisirs
Deja par de doux ramages
Les Oisèaux dans les
Boccazcs
Cha?ttoiern leurs tendres
langueurs
Et cejfmtd'e/trecaptives
Les Mayades sur leurs
rives
Voyoient naître mille
fleurs.
Déjà far ces fleurs
natfiantes
Les Bergers à leurs
Amantes
Racontoient le long du
jour
Combien la faison des
glaces
Avott couté de disgraces
Et de maux à leur
amour;
Enfin toute la nature
Pleine d'un ejpoir charmant
Du retour de la verdure
Marquoit joii ravtjfc*
ment.
Mais thyver impitoyable
Rend ce plaisir peu durable
Pour hanir le Printemps
il revientsurses pas
Par Us barbares outrages
On revoit sur nos rivages
Lesglaçons& lesfrimats
UAepsilonsur& terrible
ChaJJe le Zephir patjible
Et ravit à nos champs
leurs renaijjans Afpas.
Depuis que sa froide
haleine ji trihomphé des beaux
jours
Les plaisirs & les amours
Sont dt[parus dans la
Plysine
En retournant dans le
Hameau
Chaque Bergersedesespere
De s'y voir arraché dJ/auprés
desa Btrgere
PPaarrunchangement si t%,-i chaî2
nouveau.
Tandis que le Berger
pleure
Des rigeurs de la faison3
Le Laboureur à tonte
heure
En tremble poursamots
son
Voyant les écrits ell furie
Exercer le..r barbarie
Dans [es ftnilts Cuorcts
Troublé,rerrpli d'epouvanté
Il riofe plus compter la
recolte abondante
Qui l'avoit tantflate par
jes riches aprejh.
Eij7n par Vhorrible
Guerre
Que le fr. id fait sur la
Terre
Tout languit dans l'Univers
Et les Coteaux deja
verds
Quittant leur riante face
pour ceder à Ion horreur
On ne voitplus que la
trace
Des Autans pleins de
fureur.
Helas!ce triste ravage
Qui nous defoie sifort
hlt unefuneste Image
Des rigueurs de nojlre
fort
Lors'quâpres mille travtrfes
Et mille panes dtvtrfes
Nouscroyons n'avoirplus
àformerdefoubaits
Loin de voir couronner
nostre perseverance
J!~~ * Rend nos chagrins plus
vifs qu'ils ne furent
jamais.
Tel. que l'ambition
fate
Courant après les honneurs
Quelque foisalafin en
goûte les douceurs
Dans un rang éminent
ouon pouvoir éclate
Possedantyeu(onbonheur,
La fortune qui le joué
D'uninconjlant tour de
roue
Faitrincerfersa grandeur.
Vn autre dans le
Commerce
Faitsagloireblanchir
Sur teJfolr de s'enrichir
Il ness Mer qu'il ne
tratver(e
Maivgreamuillxe affreux tra-
Bravantles Vents &les
Ondes
Ilvif!telesdeux Mondes s(~ Sur ae frajjus l^atjî/')eaux
Et !orfanet'à main avare
Jîad,. } -1-", '1 ;,' 'f. rJ~ 14 i nomlr, u* amas
De ce quinaît defias rare
Da-ns tmes baarbartessCli-
Rempuaune douce a:ten-
- te
Qui h frite & qui l'enchante
Ilse remet sur la Ader
Alors un fougueux orage
A ses riches Vaisseaux
saif,ntfaire naoffrage
Il voit an fond des flots
f/oanep/poliiracbîemesr.
-
Vncoeur
Vncoeur- eexxeemmpptt des
De lamorne avarice &
de L'ambition
Oui fait toutesses delices
DJlt:ne tendrepuffion
N*apas plus de repos en
juvvatJt la tendreté
Que l'Avare craintif ny
que lt'ambitieux
ji peine sesfoins &ses
voeux
Ont touchéé ll''oobbjet qui le
blesle
Que de cet état charmant
Ilpajfe au malheur extreme
Devoir l'Ingrate quil
aime
En irJtj/ffant ses feux
courir au changernent.
C'est ainsi qu'en mille
maniérés
&aveugle& bigarre def
tin
Fait tourner nos plaisirs
en des douleurs ameres
Changeant tout eamoin
d'un matin
Mais sinos coeurs étoient
sans vices
Si nous nesuivionspoint - lesfollespajjions
Il neferoitfar nous malgrétous
(es caprices
Que defaiblesimprejfwns.
Ces Arbres dépouilleZ,
De leurs ch.r/muns feml- /:'f:S Ó, Ces fJ¡eZ.oÙ l'herbemeurt
& cceess'iriu-,:@[jea!vxgrrs',-i.c'~ee\'"f
JSïû'is donnent des leCOliS
en lt ..-,>( ?n:icts Unçaçet
r ~8 r,J 1-
¿, 3O1.- Ils Otit veufansfrémir j
1,.'JiJ ,",..- l. (.. ", l JJ
leurss^psisefpacez>
Quoique le rrintemps se
retire
Que l'hyver en comroux
reprenant Ion empire
Ravisse tonte* leurs beautés
Ils nefptccombent point
Jons tant de cruaute;:."
,DDan,zsnisci ceiiaattttoouûjjo0u14rrss
jCftitt-tii/ié?
Ces Cljcfncs reJifl-ant
aux Autels irrite^
~., .,,' ,J t L-~ ylîtendent desZcphirs le
J~ {/. f.. u 1 H~' ¿t. fJ ¡ J t¡;
retourfavorable.
,,,It J ".-J.I t.,/ .,., ,.,'.,¡Ie
Si co'mr.e eux cLins
1n'Is les revers
Dont lafjrtme nous ac-
c."v;;;e
Nousgardions un esprit
conjtant, inébranlable
Attendant en repos fil
changements divers
Notts v.-i-roris COHUrnotre vie Dans un état plus doux
& plus digne d'envie
Q^e si Con nous rendoit
jMaijïres de ÏVnivtrs.
Idille.
Le Printemps fnivi de
Flore
Des beaux jours & des
Zepbirs
Avmt dela fait êclore
Dans nos Champs mille
plaisirs
Deja par de doux ramages
Les Oisèaux dans les
Boccazcs
Cha?ttoiern leurs tendres
langueurs
Et cejfmtd'e/trecaptives
Les Mayades sur leurs
rives
Voyoient naître mille
fleurs.
Déjà far ces fleurs
natfiantes
Les Bergers à leurs
Amantes
Racontoient le long du
jour
Combien la faison des
glaces
Avott couté de disgraces
Et de maux à leur
amour;
Enfin toute la nature
Pleine d'un ejpoir charmant
Du retour de la verdure
Marquoit joii ravtjfc*
ment.
Mais thyver impitoyable
Rend ce plaisir peu durable
Pour hanir le Printemps
il revientsurses pas
Par Us barbares outrages
On revoit sur nos rivages
Lesglaçons& lesfrimats
UAepsilonsur& terrible
ChaJJe le Zephir patjible
Et ravit à nos champs
leurs renaijjans Afpas.
Depuis que sa froide
haleine ji trihomphé des beaux
jours
Les plaisirs & les amours
Sont dt[parus dans la
Plysine
En retournant dans le
Hameau
Chaque Bergersedesespere
De s'y voir arraché dJ/auprés
desa Btrgere
PPaarrunchangement si t%,-i chaî2
nouveau.
Tandis que le Berger
pleure
Des rigeurs de la faison3
Le Laboureur à tonte
heure
En tremble poursamots
son
Voyant les écrits ell furie
Exercer le..r barbarie
Dans [es ftnilts Cuorcts
Troublé,rerrpli d'epouvanté
Il riofe plus compter la
recolte abondante
Qui l'avoit tantflate par
jes riches aprejh.
Eij7n par Vhorrible
Guerre
Que le fr. id fait sur la
Terre
Tout languit dans l'Univers
Et les Coteaux deja
verds
Quittant leur riante face
pour ceder à Ion horreur
On ne voitplus que la
trace
Des Autans pleins de
fureur.
Helas!ce triste ravage
Qui nous defoie sifort
hlt unefuneste Image
Des rigueurs de nojlre
fort
Lors'quâpres mille travtrfes
Et mille panes dtvtrfes
Nouscroyons n'avoirplus
àformerdefoubaits
Loin de voir couronner
nostre perseverance
J!~~ * Rend nos chagrins plus
vifs qu'ils ne furent
jamais.
Tel. que l'ambition
fate
Courant après les honneurs
Quelque foisalafin en
goûte les douceurs
Dans un rang éminent
ouon pouvoir éclate
Possedantyeu(onbonheur,
La fortune qui le joué
D'uninconjlant tour de
roue
Faitrincerfersa grandeur.
Vn autre dans le
Commerce
Faitsagloireblanchir
Sur teJfolr de s'enrichir
Il ness Mer qu'il ne
tratver(e
Maivgreamuillxe affreux tra-
Bravantles Vents &les
Ondes
Ilvif!telesdeux Mondes s(~ Sur ae frajjus l^atjî/')eaux
Et !orfanet'à main avare
Jîad,. } -1-", '1 ;,' 'f. rJ~ 14 i nomlr, u* amas
De ce quinaît defias rare
Da-ns tmes baarbartessCli-
Rempuaune douce a:ten-
- te
Qui h frite & qui l'enchante
Ilse remet sur la Ader
Alors un fougueux orage
A ses riches Vaisseaux
saif,ntfaire naoffrage
Il voit an fond des flots
f/oanep/poliiracbîemesr.
-
Vncoeur
Vncoeur- eexxeemmpptt des
De lamorne avarice &
de L'ambition
Oui fait toutesses delices
DJlt:ne tendrepuffion
N*apas plus de repos en
juvvatJt la tendreté
Que l'Avare craintif ny
que lt'ambitieux
ji peine sesfoins &ses
voeux
Ont touchéé ll''oobbjet qui le
blesle
Que de cet état charmant
Ilpajfe au malheur extreme
Devoir l'Ingrate quil
aime
En irJtj/ffant ses feux
courir au changernent.
C'est ainsi qu'en mille
maniérés
&aveugle& bigarre def
tin
Fait tourner nos plaisirs
en des douleurs ameres
Changeant tout eamoin
d'un matin
Mais sinos coeurs étoient
sans vices
Si nous nesuivionspoint - lesfollespajjions
Il neferoitfar nous malgrétous
(es caprices
Que defaiblesimprejfwns.
Ces Arbres dépouilleZ,
De leurs ch.r/muns feml- /:'f:S Ó, Ces fJ¡eZ.oÙ l'herbemeurt
& cceess'iriu-,:@[jea!vxgrrs',-i.c'~ee\'"f
JSïû'is donnent des leCOliS
en lt ..-,>( ?n:icts Unçaçet
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¿, 3O1.- Ils Otit veufansfrémir j
1,.'JiJ ,",..- l. (.. ", l JJ
leurss^psisefpacez>
Quoique le rrintemps se
retire
Que l'hyver en comroux
reprenant Ion empire
Ravisse tonte* leurs beautés
Ils nefptccombent point
Jons tant de cruaute;:."
,DDan,zsnisci ceiiaattttoouûjjo0u14rrss
jCftitt-tii/ié?
Ces Cljcfncs reJifl-ant
aux Autels irrite^
~., .,,' ,J t L-~ ylîtendent desZcphirs le
J~ {/. f.. u 1 H~' ¿t. fJ ¡ J t¡;
retourfavorable.
,,,It J ".-J.I t.,/ .,., ,.,'.,¡Ie
Si co'mr.e eux cLins
1n'Is les revers
Dont lafjrtme nous ac-
c."v;;;e
Nousgardions un esprit
conjtant, inébranlable
Attendant en repos fil
changements divers
Notts v.-i-roris COHUrnotre vie Dans un état plus doux
& plus digne d'envie
Q^e si Con nous rendoit
jMaijïres de ÏVnivtrs.
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Résumé : Le Printemps glacé Idille.
Le texte 'Le Printemps glacé' explore les effets destructeurs de l'hiver sur la nature et les êtres humains. Le printemps, initialement porteur de plaisirs et de fleurs, voit ses promesses anéanties par le retour brutal de l'hiver. Les bergers et les laboureurs, désespérés, craignent pour leurs récoltes et leurs amours. La guerre et les rigueurs de la saison exacerbent cette détresse, transformant les paysages verdoyants en scènes de désolation. Le texte établit une comparaison entre cette situation et la fortune capricieuse, capable de renverser les honneurs et la richesse. Un commerçant, après avoir accumulé des richesses, peut voir ses navires sombrer. De même, un cœur amoureux peut passer des délices au malheur extrême en étant rejeté. Ces exemples illustrent comment les plaisirs peuvent se transformer en douleurs amères. Le texte conclut en soulignant que les cœurs sans vices, ne suivant pas les passions folles, ne seraient pas soumis aux caprices de la fortune. Les arbres et les fleuves, bien que dépouillés, résistent aux cruautés de l'hiver et attendent patiemment le retour du printemps, symbolisant une résilience et une constance face aux revers de la fortune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 73-77
SUR LA PAIX.
Début :
Dansez, Bergers, sous ces ombrages, [...]
Mots clefs :
Bergers, Paix, Chansons, Jouissance, Troupeaux, Plaisirs, Bocages
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX.
DAnsè Bergers,fous
cesombrages
Chantez, les douceurs de laPaix-,
Elle revient dans ces
bocages>
Elle ua comblernosJouhaits.
Preparez.., vos douces
musèttes
EnfleZ > ruos tendres cha~
tumeAuX
Que l'écho de vos chan-
Jonettes
Fajfe -retentir ces hameaux.
Buvons, fermons nos
bergeries,
Ouvrons nos caver.,nos
celliers
3 Comme l'eaucouleences
prairiess
Que levin coule en nos
-goziers,
NioslJarmes ri.Jontpas été,
vatnes
Le Cielfè rend a nos
jfoupirs:
Ne nous fbwvenons de
nos peines
Quepourmieuxgoûter
nos plaisirs.
CultiveZ. déformais
tranquiles,
Et nos vergers 3
eS vos
guerets5
Vous joüirez, des biens
utiles
Et de Bacchus f5 de
Cerés.
Ne craignez, plus que
par Bellonne
Aumeurtre, aupillage
animé,
Vennemi ravage , ou
moissonne
Le champ que vous aurez,
ftmé.
Le bruit eJ' la fureur
des armes
Ne menacent plus ces
coIl teaux5
Jeunes Bergeressàns allarmes
ConduiseZvosnombreux
trouPeaux.
Il nest plus de guerres
cruelles,
Pour eux ne craigneZ
que les loups3
Et pour 'Vous que les
infidelles Les indiscrets ,f5 les
jaloux,
cesombrages
Chantez, les douceurs de laPaix-,
Elle revient dans ces
bocages>
Elle ua comblernosJouhaits.
Preparez.., vos douces
musèttes
EnfleZ > ruos tendres cha~
tumeAuX
Que l'écho de vos chan-
Jonettes
Fajfe -retentir ces hameaux.
Buvons, fermons nos
bergeries,
Ouvrons nos caver.,nos
celliers
3 Comme l'eaucouleences
prairiess
Que levin coule en nos
-goziers,
NioslJarmes ri.Jontpas été,
vatnes
Le Cielfè rend a nos
jfoupirs:
Ne nous fbwvenons de
nos peines
Quepourmieuxgoûter
nos plaisirs.
CultiveZ. déformais
tranquiles,
Et nos vergers 3
eS vos
guerets5
Vous joüirez, des biens
utiles
Et de Bacchus f5 de
Cerés.
Ne craignez, plus que
par Bellonne
Aumeurtre, aupillage
animé,
Vennemi ravage , ou
moissonne
Le champ que vous aurez,
ftmé.
Le bruit eJ' la fureur
des armes
Ne menacent plus ces
coIl teaux5
Jeunes Bergeressàns allarmes
ConduiseZvosnombreux
trouPeaux.
Il nest plus de guerres
cruelles,
Pour eux ne craigneZ
que les loups3
Et pour 'Vous que les
infidelles Les indiscrets ,f5 les
jaloux,
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Résumé : SUR LA PAIX.
Le poème célèbre le retour de la paix dans les campagnes. Il invite les bergers à chanter les douceurs de la paix revenue et à préparer leurs musettes pour que l'écho de leurs chants résonne dans les hameaux. Le texte encourage à profiter des plaisirs de la vie, à cultiver les vergers et les champs, et à jouir des bienfaits de Bacchus et de Cérès. Les menaces de guerre et de pillage sont désormais écartées, permettant aux jeunes bergères de conduire leurs troupeaux sans crainte. Les seuls dangers restants sont les loups pour les troupeaux et les indiscrets, les infidèles et les jaloux pour les bergères.
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27
p. 156-166
EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
Début :
Un Envoyé du brillant Hymenée [...]
Mots clefs :
Hyménée , Vénus, Plaisirs, Beauté, Jeunesse, Flore, Amour, Mariée , Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
EXTRAIT
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
dela Gazette de Cithere,
le4. Decembre 1713.
Un Envoyédu brillant
Hymenèe
Paré defleurs, ût audiance
icy,
Venus étantdes Ris environnée
Ilfuat adlmnisàjileu.r.parler
Depuisl'Hymen de cel-
,
le dontla coupe
Fait l'enjouëment de la
table des Dieux;
PourcaJ pareil,sijamais
<vojlretroupe
SçûsanimerlesPlaisirs&
lesJeux,
Quelle y travaille avec tinfoinextreme3
Un jeune objet dans nos
rets efl tombé'
Aux yeux d'Hercule il
paroistroit Hebé,
Et je l'ay pris pour la
Jeunesse même;
Il a l'éclat de Flore au renouveau
Et de l' Aurore en ouvrant
sa Cariere,
Beauténaissante& reçue
au berceau
Ensurvivance auxappas
delaMere:
Sa Merefçutl'artdefer*
petuer
Ses traits charmans dans
sa bellefamille,
Lorsqu'ellefit bonne part à
safille
De les attraits sans les
diminuer:
Ainsi des mois l'inégale
Courriere
Et de ses feux, les autres
feux témoins
Du blond Phoebus em«.
prunte la lumiere
Tant que jamais Phoebus
en brille moins.
Le jeune objet que l'Hy.
1 "llnCe engage
Sous nul empire encore n'a
flechi,
Et cent beautez., fesoient
un douxpartage
De centtresorsdontilest
enrichi;
Il estluiseul plus maistre
en l'art de plaire
Que vostroisSoeurs, les
JHufes toutes neuf,
Pour dire plus, cejl trait
pour traitfa Mere.
A ce portrait ceji la jeune
Pleneuf
1 Dîtsurlechamp la Reine
D'*dmathonte9
C'estse moquer,c'est If-.
vant lasaison
Allerunir les jeuxà la
raison,
Et l'Hymenêe en devroit
avoir honte;
Dans mon couroux qu'estce
qui me retient
L'Ingrat qu'ilest, que je
ne le querelle;
Ravirsi-tost a. mais
il me souvient
Qu'encor sa Mereétoit
plus jeune qu'elle
Quand par l'amour son
contratfut signe,
Contrat si bon au bien de
nos affaires
Qj£à cet Hymen, ma samilleagagné
Une recrue deSoeurs
de freres,
Lajeune Iris ne m'en promet
pas moins;
Cherche l' Amour, q'iit
s'aime qu'ilj'apprëte,
Arelever l'Hymen de
tous ses soins,
Qu'il aide seulse mêler de
laseste,
Sur-tout au cas que la première
nuit
Le même toit mere &
fillerassemble;
jiti grand raport qu'ont
leurs attraits ensemble
L'Hymenpourroitse méprendrede
lit; -
Il passeroit pour d'autant
moinscoupable,
En commetant cette erreur
auflambeau
Qu'en pleinmidy duSoleil
le plus beau
Qui laseroit,seroitfort
pardonable;
On ne devroit qu'après
mûr examen
Marierfille ayantsijeune
mere
Etsans le soin que je
prend du mistere
Quel qui pro quo pouroit
faire l'Hymen.
jîllezj, mon fils, réglée
bien toutes choses,
Die- Citheréeàl'enfantamtiiïreux,
Venezcueillir sur mes le~
rvres de roses
Un doux basser pour ces
époux heureux;
Que ce baiser les remplisse
deflame,
Qui'l soit suivi du plus
fort de vos traits,
Et que portant jufyuau
fondde leurame
Ily demeure &m'enforte
jamais;
Et vous Seigneur,ditesà
l'Hymenee
Que s'il formoit toujours
depareils noeuds
Saplace ici luiseroit dcfi*
gné,e/
Avecles Ris, les Graces(7
lesFeux..
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Résumé : EXTRAIT de la Gazette de Cithere, le 4. Decembre 1713.
La Gazette de Cithère du 4 décembre 1713 relate une scène où l'Hyménée, dieu du mariage, est accueilli par Vénus et les Rires. L'Hyménée évoque une coupe qui réjouit la table des Dieux et exprime le désir de retrouver les plaisirs et les jeux. Il mentionne un jeune individu comparé à Hébé et à la jeunesse, avec la beauté de Flore et de l'Aurore, et des attraits hérités de sa mère. Ce jeune individu, non encore soumis à un quelconque empire, possède cent beautés et est comparé à la jeune Pleneuf, reconnue par la Reine d'Amathonte. L'Hyménée exprime son courroux mais se souvient que la mère du jeune individu était plus jeune lorsqu'elle s'est mariée par amour, ce qui a bénéficié à sa famille. Il appelle l'Amour à l'aider, surtout dans les cas où la première nuit assemble mère et fille sous le même toit, pour éviter toute erreur. Il conseille de bien examiner avant de marier une fille ayant une mère jeune. Enfin, il invite l'enfant amoureux à cueillir un baiser sur les lèvres de Cithérée pour les époux heureux, afin que ce baiser les remplisse de flamme et demeure à jamais dans leur âme.
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28
p. 106-141
Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Début :
Allons, Madame, encouragez moy à ne pas vous ennuyer. Jusqu'à [...]
Mots clefs :
Monde, Porte, Jour, Mari, Maison, Chambre, Confidence, Plaisirs, Hommes, Femme, Honneur, Fortune, Olympe , Temps, Heureux, Coeur, Amour, Dame, Amants, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Allons , Madame , encouragez
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
Fermer
29
p. 173-177
Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
On pouroit presque comparer un Mercure à un habit d'Arlequin ; [...]
Mots clefs :
Arlequin, Lyre, Récit, Muses, Plaisirs, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Npouroit prefque comparer
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
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30
p. 144-145
SARABANDE Par M. Dufreny.
Début :
Trompeur Amour, ta voix sans ceste appelle [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SARABANDE Par M. Dufreny.
SARABANDE
TR
Par M. Dufreny.
Rompeur Amour , ta voix fans
cefle appelle
Hymen , Hymen, pour combler nos
fouhaits ;
Hymen vient- il , tu fuis à tire- d'aile,
Ah ah ! c'est par l'Hymen que tu
nous fais
Lancer tes derniers trais.
On
MERCURE.
145
Ou tes liens,Hymen, font trop durables
,
Ou tes plaifirs devroient être moins
courts ,
Combien nous donnes - tu de jours
aimables ?
Un , deux , trois , tout au plus ,
fixent le cours
Des plus tendres Amours.
Credule Hymen , ta voix « en vain
rappelle
Amour , Amour , pour combler nos
fouhaits ;
Mais Amour et chien de Jean de
- Nivelle ,
Tais , tais , l'Hymen a beau courir
aprés ,
Il fait & rompt fes traits
TR
Par M. Dufreny.
Rompeur Amour , ta voix fans
cefle appelle
Hymen , Hymen, pour combler nos
fouhaits ;
Hymen vient- il , tu fuis à tire- d'aile,
Ah ah ! c'est par l'Hymen que tu
nous fais
Lancer tes derniers trais.
On
MERCURE.
145
Ou tes liens,Hymen, font trop durables
,
Ou tes plaifirs devroient être moins
courts ,
Combien nous donnes - tu de jours
aimables ?
Un , deux , trois , tout au plus ,
fixent le cours
Des plus tendres Amours.
Credule Hymen , ta voix « en vain
rappelle
Amour , Amour , pour combler nos
fouhaits ;
Mais Amour et chien de Jean de
- Nivelle ,
Tais , tais , l'Hymen a beau courir
aprés ,
Il fait & rompt fes traits
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31
p. 71-74
L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
Début :
L'Enfant aîlé, ce redoutable Sire, [...]
Mots clefs :
Empire, Princesse, Mémoire, Amour, Sceptre, Temple, Désirs, Plaisirs, Nymphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR CAPTIF, A S. A. S MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR Mr LE GRAND.
L'AMOURCAPTIF,
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
AS.A.S MADAME
LAPRINCESSEDECONTY.
PAR Mr LE GRAND.
L Enfantail,ce redoutable Sire,
Comme sç ;vcz., , par son Arc
glorieux
Tant rge¡JOilieJrwu:', xqui,des bords Sti-
Lesombre Roisoûmit àson Empire:
Ce Dieu,PRINCESSE,Artisan
d:vis yeux, Bride pour vous, sans oser vous le
dire;
Dtrezj ,comment, les nouvelles des
Dieux
Je puis fçavoir> Sufît, en ces bas
liCHX
Jhweur Jait tout desfilles de Alftiiorre:
Etd\i-:trepart,point ne tiens mon
hilloi/e.
VAmourna^urres ensonchar
ez.,4r
Vint uy bas par l'ordre desa mere
VOHÙmtfçavolrsifan Sceptre doré.
Sur Terre encor trouvoit culte sincere:
Registreprit lefier Dieude Cythere.
Pour tenir compte, ayant bien denombré,
De chaquetemple à Venus confllcrl.
Puis,devoit mettre aujft sur le Libelle,
Combien decoeurs adoroient l'lm.
mortelle:
Ainsi s'enva deson carquois paré,
FairerevuëAmournouveauBaréme
Par maint Paiscouroit comme un
Bohéirs.
Il fut ïtirpr,;,Peie vous dirai combien
Pasn'ytrouvaTempleCytherien
Tous les Servans de sa beautésu
pr:r,jc,
Etoient,Princesse
, en vôtre doux
Ilci ;
Su. pris , que dis-je?Amours'e
dnutoit bien:
Japrcrcyoït,quand ilvous eût for
mée,
£ujhr.niTjouilr,éstia mereen [croît de
T'iUjCHÏ
Toujours l'Enfant lui fait tour de
matois;
Quefip r elleilût l'amealarmee,
Fut consoléd'aprendre vosExploits:
Tout lui contoit la Déesse aux cent
voix , Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
,
De vos beauxjeux couroitsefaire
fête :
Ce Dieu vous vit, Princesse, Vautre
jour,
Plus belle encor que Venus ensa
Cour
» llvoi:s armay cen'est cas qui m'étonne
, A tous lescoeursvotre beauté tordor:
ne ;
De ses beaux traits , lui qui fçût
vous armer,
Put-il tarder* s'en laissercharmer:
jUais a;tre point causeicy majiir-
Pï',re,
Vert;: cjn formeentoutvotre Devise
, Au moins devolt alarmerses désirs:
Amourn'aimasinon pour les plaisirs,
Voire à Psiché lorsqu'il rendit Il
armes
Lefin matois contoitsursesfaveursm
pour VMts ,
Princesse
, ayant d'au
tres ardeurs
,Sa belle Nymphe il immole à vo
charmes:
Plus glorieux d'adorervosrigueursM
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32
p. 10[7]-150
REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
Début :
La Nouvelle Edition des Avantures de Telemaque, par feu M. de Fenelon / Il y a long-tems qu'on souhaitoit de voir dans toute leur [...]
Mots clefs :
Télémaque, Coeur, Plaisirs, Louanges, Aventures, Bonheur, Esprit, Ouvrages, Discours, Critique, Poésie, Amour, Réflexions, Idées, Homère, Beauté, Narrations, Imitation, Défauts, Curiosité, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS CRITIQUES SUR LES AVANTURES DE TELEMAQUE FILS D'ULISSE.
La Nouvelle Edition des Avantitres
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
de Telemaque
, par feu
M. de Fenelon Archevêque de
Cambray,conformeau Manuscrit
Orginal,a donné lieu aux Re-
Jo: flexions suvantes. Je crois tfJ.
teresserlacuriosité desLecteurs,
en les leur communiquant.
jRE,FLEXIONS CRITIQUES SUR
LESAVANTURES
l, DE TELEMAQUE
, FILS DULISSE.
L y a long
- rems qu'on souhaitoit
de voir dans toute leur
perfection
,
les Avamures de
Telemaque. La modestie sévére
& scrupulease de Mr deFenelon,
avoit condamné à ne voir jamais
le jour,de son vivant, ce fruit priq
cieux de sa jeunesse; & sans un KzHl
zard d'autant plus glorieux po~
lui
, qu'il le craignoit plus [incu-.£
semene; le Public ne comment
ceroit que d'aujourd'hui, à ajouton
aux autres ,Titres dont il a ren
connu (on mérire, celui d'un de
premiers Poëtes de son Siècle
Mais enfin
,
l'Ouvrage ain ni
échapéducabinet desonAuteunu
ne pouvoir être qu'une Copie immi
parfaite d'un excellent Originalls
Il ne servit même qu'à irriterIl
Curiosité des Connoisseurs. CZ)
qu'on tenoit dans les mains, regretter ce qui éroit encore sou
la clef, & si Mr de Fenelon n'a'L'i
voir été mille foisplus estimabld
& plus charmant dans sa personne
que dans ses Ecrits ; je ne sçai
les beaux Esprits naturellement
jaloux de leurs plaisirs lui auIJJ
roient facilement pardonné de:-?!
jours qui leur coutoient si cheria
C'est ce qui a fait rechercher avec
tant d'emprenemenc, cette nous
velle Edition, conforme au Manuscrit
Original,donc nous tommes
redevables a la Famille de l'Aueur
: Il est vrai que le mérité de
l'Ouvrage en assûroit le succés,
mais il faut avoüer aussi. que la
multitude prodigieuse des Editons,
qui en ont été faites en difserensendroits,
sembloit en avoir
.xanané le Public.
C'est cette nouvelle Edition,
qui a donnelieu à ces Réfléxions;
«lies sont au moins sinceres,si elles
rçie sont pas judicieuses.
On ne manquera pas de m'accuser
de témérité, d'oser toucher
sa. un Ouvrage consacré , par une
Tjcepucadon
de
plusieurs années,
5*&: qui a réiini en sa faveur, les
Partisans des Anciens &des Mot).
d.ernes. Mais quoi La Critique
BJie peur-elle tomber que sur des
Ecrivains méprisables? Loin de
nous cette idée sausse & servile:
) Qu'il me soit poumis de le dire,
s.après Mr de la Motte. *La Critique
employée sur les bons Auteurs,
est d'une utilité considéra-
,..;'Í"JUïS
forlediSs-C-it
merite d-js Ojvrj"^t
oc goût.
ble pour le Public. Qiiel- service
lui rendez-vous,en relevant des
fautes grossieres, dans des Livresqu'il
ne lit plus ? Montrez ce qu'il
y a de plus vicieux en Beau, dans
les meilleurs Ecrits; démêlez y
des défauts, qui danslafoule des
beautés,avoientéchapés aux yeux
vulgaires, vôtre Critique fera interessante
; & du moins, se fera-telle
lire par sa singularité. Une
Critique des Avantures deTelemaque
est peut-être téméraire,
mais une Critique de l'Acarie,ou
du Poëme de la Magdelaine, ne
pourroit manquer d'être ennuyeuse*,
& de tous les défauts, c'est -
celui qu'on doit éviter avec le plusde
foin : il en cit qui se réparent,
qui ont même leurs agremems,
comme les beautés ; mais il
n'arrive point qu'on ennuyé
& qu'on plaise: En voilà assés
pourma justification , entrons
enmariere. Il y a sans doute? de grandes
beautés répandues dansées six premien,
1
miers Livres de Telemaque, où
le jeune Heros raconte ses Avin,
.- tures à Calipso. Il sçait vous attendrir
par lerécit deses malheurs;
, on les partage avec lui, le Poëtc
échapeàlavûë, onne voit qu'un
fils infortuné
,
cherchant son pere
dans toute l'étenduë des Mers.
On le une dans tous les dangers
qu'il court; décrit-il une Tempête,
on croit être dans les horreurs du
naufrage. Tantôt on se prépare
àpénir avec lui en Sicile, tantôt
transortédansles déserts de l'Egypte
,onygoûte toutes les douceurs
de la vie pastorale : Ici on
se confond
,
à la vûë d'un jeune
Prince qui ne balance pas un moment,
entre la mort& le mensonge,
quelque leger qu'il puisse
être. Là on admire sa Vertu jusques
dans ses foiblesses; en un
mot, tout vit, tout estanimé dans
sa narration; je crois cependant,
y appercevoir un défaut, & j'esr
pere qu'on en conviendra avec
'u10i ; essayons de le faire [cmir.
Mentor est présent à cette aimable
conversation, &ses loüanges
n'y sontpas épargnées;c'estàlui
qu'on raporte la gloire de tous
les périls évités: Chaque circonstance
lui vaut un nouvel hommage
,son nom est continuellement
dans la bouche du jeune Hejros
; non content de raporter ses
Actions , la mémoire reconnoissante
deTelemaque lui rapelle
des Harangues entieres, dont-il
les accompagnoit. Il ne les prononce
qu'avec uneespéce de transport;
& si les louangesd'Achille
x répanduës dans toute l'Iliade,
ont fait penser à quelqu'uns qu'-
elles en étoient le dessein. Ne feroit-
on pas tenté de croire que l'éloge
de Mentor est devenu le fond
&ledessein du discours deTelemaque,&
que le recit de sesAvantures
n'en est quele prerexce; el peuprés
comme ceChrysippe, doncparle
Seneque, qui avoit composé un
Traité des Bienfaits, où appareniment
pour égayer sa matiere, il
il avoit fait entrer une infinité
d'Histoires fabuleuses
,
qui occupoient
la meilleure-Partie de son
Livre. Ita ut , dit Seneque ,
de
ratione dandi, accipendi , reddendiquebeneficii
fwco ¡ulmodùm
dicat, nec hisfabulas ,sedhæcfabulis
inserit.
Je n'éxamine pas, si ces loüanges
sont justes ; elles le sont
sans doute: Je demande si elles
font à leur place,& il n'y a nulle
consequence de l'un à l'autre.Pour
moi, s'il m'est permis de dire ce
.que)c-m pense, j'avoüeraifincéremène
, queles deux Rôles de
TelemaquePanégériste & de
Mentor tranquile Auditeur de ses
propres louanges, ne me paroissent
nullement pris dans la Nature.
, En effet, que lque avidité de
loüanges qu'on remarque dans la
plûpart des hommes, l'expérience
nous apprend, qu'on ne sçauroit
s'entendre lpiier long-tems;
sans rougir: On auroit honte de
laisser paraître au dehors, ce qu'-
ftn éprouve intérieurement, & de
déceler le moins du monde le
plaisir sécrét qu'on ressent, aurécit
de ses loüanges. Ceresteprécieux
de nôtre premiere nature, cet air
embarassé
, cette lueur de modestie
qui se répand sur le visage,peu
fidele en cela aux sentimens. du
ccetir, annonce bien hautement
l'injustice & la vanité de ces éloges;
aussi, la véritable politesse
a-t-elle banni de ta Société civiles,
ces Loüeurs importuns, qui
sans voile & sans détour, vous
accablent en face, de leursloüanges
effronrées; on y veut desménagemens
, comme dans les reproches;
on n'aime pour Panégyristes,
que ceux qui croient nous déplaire
en nous loüant; & les louanges ne
réussissent3qu'autant qu'onparoît
désespérer de leur succés.
La vérité de ces principes me
garantit la jtifleflè de leur application,
& je ne vois qu'une chose
qu'on y puisse raisonnablement
opposer.
Bien loin me dira-t-on, que ce
que vouscritiquez dans le récit
que fait Telemaque de ses Avannues,
soit un véritable défaut ,
on seroit choqué de ne l'y pas
trouver, on est sensiblement touché
de voir dans ce jeune Prince,
une reconnoissance si. vive pour
Mentor : Les loüanges qu'elle lui
dicte
, n'ont point de bornes,
parce qu'elle n'en a point elle même
; & le désordre apparent qui y
regne, estun effet de l'Art le plus
merveilleux.
Eclaircissons les choses. Si les
loüanges de Mentor étoient semées
, avec un peu moins de
lpermofauqsiuoendans le discoursdeTe-
, ce coeur tendre & reconnoissant
qu'on admire en lui ,
les justifieroit suffisamment; mais
elles se montent à un poinr qui ne
leur laisse plus d'Apologie, Telemaque,
par quelques traits vifs&
courts ,
meslez adroitement au
récit de ses Avantures
,
pouvoit
faire sentir la part qu'y avoi Meator
; c'est tout ce qu'éxigeoit de
lui une juste reconnoissance , ë#
cela étoit dans la Nature: Va-t-il
au delà, il blesse la politesse, 31
la vraisemblance est violée.
Et ce qu'on ajoute, que les
loüanges se mesurensur la reconnoissance
qui les dicte
,
n'est pas
absolument vrai; car, il est évident
qu'il y a plusieurs occasions
où elles feroient trés-mal employées.
- Mais, pour rendre ceciencore
plus sensible, & mettre la question
dans le point du dénoüement. Supposons
qu'un jeune Seigneur de
Qualité, de retour de l'Armée
aprés deux » ou trois Campagnes,
se trouve dans uneAce de
Gensdeconsidération, qui lui demandent
en présence d un Gouverneur
rage & éclairé, qui l'a
suivi dans tous ses voyages, une
Relation des principales Aélion5
où il s'est trouvé: Ne seroit-on
pas choqué de le voirinterromprechaque
moment, son discours,
';pai'- les louanges de ce Gouverneur,
& le Gouverneurlui-même,
s'il écoutoit aussi tranquillement
ilôtJe Relateur, que Mentor écoutoit
le fils d'Uliue
, ne seroit-il
pas un peu embarassé. de sa contenance
:Enverité
,
lorsqu'on se
met à sa place, on nesçauroit s'empêcher
de le plaindre, & pour peu
que la Scéne durât, on ne sçait
pas trop comment il s'en pourrait
tirer. Au lieu deces louanges don-
-
nées sans ménagemenr, quelques
mots flateurs amenésinfenfibler
ment par la suite. du discours &
devenus comme nécessaires, rendront
à ce fidele Ami, la justice
qui lui est duë,sans blesser sa delicatesse
: On applaudira égaler
ment &aumérite qui les obtient.
& àla reçonnoissance qui les distribue.
Mais en voilà, aijes sur cet
article;passons à autre chose,
On peur être grand Poëte, sans
être Versificaceur. Les Avantures
deTelemaque, & si j'ose dire ce
que j'en pense
,
l'Ode qu'on y t,
ajouté dans cette Edition, en dor
une preuve évidente. Les Toui
poëtiques& hardis, les Idéesgra
cieufes & touchantes, les Peir
tures fortes&animées que Mr d
Fenelon a répanduës dans son Poi
me, avec une espèce de prodige
lité, dédomagent avec usure d
la rime qui lui manque, & c'est
ce stile enchanteur , comme l'ap
pelle Mr de la Motte, si bon Juge
en fait de stile, qu'il doit une bo
ne partie de sa réputation. Qu'c
me permette cependant une ré
fléxion, Je l'emprunterai de
de la Motte même.
Il y a des distinctions à fai
entre le mérite d'un Ouvrage,
celui de son Auteur; l'estime <
l'un n'entraîne pas toujours cel
de l'autre ; prenons-donc gard
deles confondre. J'admire aVI
les autres, le stile de Telemaqui
Mais ,
j'avoue que mon admir
tion ne passe pas jusqu'à l'Auteui
du moins dans le même dégré
parce qu'il ne me paroît pas qu
;;'je du lui coûter bien des veilles:
a-t-il aujourd'hui un autre mé-
Jèite, que celui de la mémoire,
,loti tout au plus, celui d'une comioilation
judicieuse dans ces images
pompeuses, dans ces descriptions
poétiques ,
dont il a paré on Ouvrage:Ellesluifont moins
Êd'honneur,qu'à Virgile & à Homere,
& aux autres Poëtes anciens
,
à qui elles appartiennent
en propre: En ettec, l'invention
est:le fruit de l'imagination& du
genie ; l'imitation ne demande que
fdauigtoiit Q,, du ji.gemert ;ceiîe-ci ne d'ordinairefarlesesprits,,
~fait d'ordinaire {ur les e(prirs"
qu'une impression assés foible;
celle-là frape, ravir& transporte:
'L'Inventeur ne parcage nos sussages
avec personne, il nous charme
encore jusques dans son Imitateur.
Celui-ci au contraire, ne
fait qu'effleurer la cime du coeur,
il n'y porte qu'un plaisir presque
émoussé;&dont un retour secret
sur son modeie, achève bientôt;
delui dérober la gloire. Il nelui
suffit pas, s'il veut plaire, d'
galer
son
Original, il faut qui
venteur lui-même ,il scache
faire perdre de vue
, en le sup;
sant. D'où vient que MrDe
préaux,imitateur assidu des S
tyriques Romains,s'est fait un
grand nom? Il invente en imitan
Tout ce qu'il emprunte , reço
dans ses mains une forme nouvell
Il y crée des grâces originale
il éclipse les modéles dans un foi
d'idéesqu'ils sembloint avoir ép
rés: Il fait trouver encore,des be;
rés qui leur croient échapees,
leur c,oîre même devient la siens
Je reviens à M. de Fenelon,
j'avoue librement que ses livres
plus poëtiques, ne font pas ce
que j'admire le plus, il n'y im
que de fimplesexprclfions
,
& l'
vention n'a pas beaucoup de j
dans cette fone d'imitation.
Ces Reflexions sur le Stile de"
lemaque me conduisent naturel
ment à l'examen de ses Compa
sons; c'eit un champ fécond p
Critiquejmais que peut-onajqu- rà ce qu'ont écrit sur cette ma-
LeM.dela
Motte &.M.l'Abbé,
Terraflon*, aussi ne ferai-je que fui-
Vre les vues qu'ils nous ont donmiées:
Les critiques qu'ils ont faites
.des comparaisons de l'Iti.ulc,apwiquées
auPoëme deTelemaque?
re perdront gueres de leur force.
La premiere chose qui Ase pre-
Sente dans chaque comparaison
c.dlralliance de deux idées,entre>
lesquelles on veut du raporti& de
la reuemblance. Ces idées ainsi
mariées, composent une image qui
doit être noble & agréable, & liée
de telle forte à ce qui la précédé&
ce qui la fuit
2 que sans détourner
trop par.l'idéeaccessoire qu'elle
presente, l'attention voüee à l'idée
principale, elle repande dans la
narration, cette variété qui enfait
tout le prix.
Quelques Auteurs jaf loux de
* Le Pere l'Amy danssonArt
4eparler•
l'honneur des Anciens, avace
qu'on ne doit pas rechercherun
pdo'urnteexaét entre toutes lespa
comparaison avec le
dont on parle,&qu'on y peut fafl
entrer de certaines choses qui ifl
sontplacées que pour ornerl'l
ge : On aperce même pourexer
ple,la comparaison que fait Vil"
le de ce jeune Ligurien vaincu pas
Camille, avec une Colombe qu
est entre le serres d'un Epervie
Aprèsavoir dit ce qui est de princi
pal, & sur quoi tombe lacompa
raison : Il ajoute>
Tum cruor & vultus labuntur Ai,
athere penna.
Ce qui n'est point de là comparaison,
& qui ne fert qu'à faire uni
peinture d'une Colombe qui ed
déchirée par un Epervier.
Pour moi, je croisque c'est un
véritable défaut, & je me hazarde
à soûrenit que la beauté d'une
comparaison se mesureégalement
sur
lur les trois conditions que nous
venons, de marquer. Les Anciens,
dit-on, n'ont point connu cet arc
ingenieux, cette méthode de denail
qui consiste à ménager l'attentionde
l'esprit,en ne lui presentantque
des raports simples & faciles
à deméler : Leurs comparai-
Ions sont chargées de circonstances
étrangeres au sujet
, je l'avoüe
,mais je niela consequence
pqeua'oun en veut tirer. Et quoi ! Le
n'est-iljamais échapéà ces
grands Maîtres ! Les vrais agremens
ne se trouvent - ils que dans
leurs écrits, ou dans ceux qui les
copient servilement ? Ne nous y
trompons point , : L'estime aveugle
qui les croit inimitables,les honore
- moins que l'émulation éclairée qui
s'éfforce de lessurpasser& il n'y en
a point qui ne nous dise, avec le
Poëte Grec
.* Un encens superstitieux
,
* La Motte, dansl'Ode intitulé,
l'Ombred'Homere.
, Au Itcti de m'honorer, me blef}'^
choisis,toutn'est pasprécieux.
Il n'y ajamais û de véritables béai*
tez, ,si ellescessent de l'être, parc.
qu'elles sont nouvelles.
Depuis les Critiques d'Homere
on est asséspersuadé de cette ver
té. Le pompeux desordre &
magnificence confuse des comps
raisons de ce Poëte, n'ébloüit pli
que des yeux anciens;&lasimpli
té si analogue à l'esprit humain,<
est devenuë la propriété essentia le. ,.
Cependant, quand je dis qu'un
comparaison doit être simple,
n'en: pas qu'elle nepuisseabsolu
ment comprendre plusieurs ra
ports, lasimplicité dont je parle
est une simplicité de netteté qu
écarte la confusion, & non pas un
simplicité d'unité
,
qui reprouv
toute multiplicité; aucontraire,un
comparaisoncomposée de plusieur
raports détaillezavecordre&de
JicatefTe3 pourvu que d'ailleurs
n'y mêle rien d'étranger au sujet,
- fera plus piquante qu'une compa- raison plus simple & froidement
reguliere : Car, telle est la nature
de l'esprit de l'homme; une clarté
trop familière ne le blesse pas
moins qu'une obscurité affectée :
Pour lui plaire, il faut sçavoir accorder
entre elles sa vanité & sa
paresse,lamultiplicité de raports
nettement exposez, produit cet accord
si dificile, elle lui procure un
exercice moderé & cette douce
agitation quî n'est autre chose que
le plaisir.
Je ne crois pas devoirm'étendre
beaucoup surce que j'ai dit en Second
lieu, que les comparaisons
doiventêtre nobles & agréables.
On le sçait assès; ce qui est fins;
agrément
, nous rebute ,& nous -
effarouche:Ce qui est sans éleva-
-
tion,nous dégoûte& nous affadit;
on ne plaît qu'en attirant l'admiration
ou l'amour.
J'ai encore ajouté que lescomparaisons
doivent avoir un certain ac
cord avec ce qui les précéde&
quilessuit,&cela demande qu
que explication. Les comparais
qu'on employédans les QuVtal
de Poësie,n'y sont pour l'ordina
qu'à titre d'Images Poëtiques.
Poëte naturellement vif & f
gueux, reprouve la moderatior
mide & scrupuleuse du Philoso
qui n'admet que des fimilitu
exactes;safin principale estdeje
de la variété dans la narration,
sans le secours des comparaiso
courroit risque d'ennuyer par
uniformité,mais il y a là dessus
précaution à prendre. Dans le
cours,dit 1,[IluftteMr-Pascal
ne faut pas détournerl'esprit tl
chose à une autre ,
si ce n'est pot
délasser: mais dans le tems QL)
est àpropos, &non autrement.
qui veut délasser hort de proj
lasse. J'ose donc assurer, sui
ces principes, que cette préter
variété
, que les comparaisonpandcM
dans le discours, er
serrompt souvent la vivaci
,
flç.fert quelque fois, qu'a énerver
la narration.
Qu'on y prenne garde,il est
une. uniformitévive & animée
qui fixel'attention de l'esprit &
Je tient comme en suspens. Le
Poëte, par exemple,m'anonce
le combat de deux Héros:Je les
vois,ils s'aprocherit,ilssont aux
mains; si dans le fort de l'action,
il cherche à me distrairepar quelque
image riante, je perds ce
trÓùibJe precieux qui m'avoit saisi"
d'abord; le plaisir s'enfuit in.
sensiblement de mon coeur,& fait
place à un calme insipide ôe une
ennuyeuse tranquillité.
Mais,dira-t-on
, ce qui ne prelente
qu'une idee gracieuse 5c
touchante, peut -il jamais manquer
de nous plaire? ouï
,
sans
doute , & l'expérience nous est
un bon Garant,que tout ce qui
est agreable en soy, ne nous plaist
dpeass tcohuojsoeusrns.'oEnntepfofeitn"t,1da'apglruésmpeanrtt
personel & indépendant; elles ein»
pruntent de nous mêmes'e plaisir
qu'elle nous procurent;l'éclat
dont elles brillent à nos yeux &.
qui nous faitsi souventillusion,est
pour l'ordinaire nôtre propre ouvrage;
nous nous regardons dans;
un miroir & nôtreimage nous
ébloüit,l'impression que font sur
nous les objetsextérieurs indiferente
d'elle-même à la peine ou
au plaisir, reçoit sa détermination,
des dispositions differentes où cHef
nous trouve. Ce qui nousréjouit
dans un tems, nous irrite dans
un
autre. Dérangez un peu l'ordre &
pour ainsi dire, le sisteme de nos
plaisirs, vous leur ôtez toute leur
vivacité, & le nom mêmedeplaisir
: La Symphonie plaît fort entre
les Actesd'une Tragédie,elle:
délasse l'esprit d'une application
trop forte elle le tranquilise
mais pouroit - t'on la souffrir au
milieu d'une Scéne vive & interessan
te; il en est demême dans
nôtre sujet. A la vue de ce Combat
vivement décrit, une étinceldu
beau feu qui anime les
ombattants, passe dans l'âme
a lecteure;il est rempli de pensés
Martiales, qu'il ne veut point
erdre; acoûtumé au son bruyant
u Clairon & auton severe des
Combats, il dédaigné la simple
lusette & les airs doux & toulants
: Il attend avec impatienquel
fera le fore de ces deux
uerriers qu'il voit aux mains;
tremble pour des jours qui lui
ot devenus chers, il admire &
craint tout ensemble;& cette
ainte même fait son bonheur,
spectacle terrible des Combatnts
acharnés l'un sur l'autre, le
vit & l'enchante, &ilnesçauit
en détourner les yeux sans
ouleur.
Appliquons presentement ces
incipes aux comparaisons de
lemaque; je ne puis medifnser
d'en citer quelqu'unes,
oique je sçâche assez que les
mparaifons sont presque [OÛ.
urs ennuyeuses; je le feray le
moins désagreablement quumci
fera possible.
Le je Livre des Avatuer
de Telemaque passe assezcomcommunément
pour le plus beau
4e tout l'Ouvrage ; c'est celuioù
ilyale plus d'art, ÔCou il en
paroît le moins; lecoeur humain
y est dévoilé, on y littout le jeu
des passions, onles fuit dans leurs
replis les plus cachez, dans leurs
détours les plus imperceptibles
Les jalouses. fureurs de Calipso,
les foiblesses amoureuies de Telemaque
, y sont peinte-s avecdes
traits immortels; quel trouble !
quelSI remords s'élevent dans
le coeur de ce jeune Prince 1 Calypso,
Eucharis& Mentorse le
disputent tour à tour Minerve
& le fils de Venus en font le
Champ de leurs Combats
,
Minerve
même pavoît vaincuë; Mentor
le cedeàEucharis,&l'amitié
est immolée à l'amour. Au
fo~dde ce coeur amoli parces
plaisirs, la gresencedeMentor eonserve
encore un reite de sagesse
& de force; & Telemaque nel'y
voit qui regret;tropfoible pour
vaincre sa passion, trop fort
pours'yabandonner sans rémora
sannonte, sa vertu même fait
son suplice, celle de sonamy
ne lui inspire qu'un respect accablant
: Illecraint &ilnel'aime
plus, il n'oseroit cependant le
quitter, mais il beniroit mille
fois la main secourable qui l'enlevant
à sesyeux le livreroit a
toute sa passion. Quels coups de
pinceau ! Quel domage ? que ces
endroits si tendrement touchez
soient gârez; j'ose le dire, par
des comparaisonsou peu nobles,
oupeuresseinblantes Lorsquon
à quelque delicatesse. de goût, aime-
t-on à voir comparer la jalousie
de Calypso à la fureur d'une Lion.
ne ,
à qui on a enlevé ses pents :
Les peines quecause à Mentor la
conduite de Telemaque , a celles
que tessentit la mere qui le mit au
monde dans les douleurs de l'enfancement;
les Nymphes erran
tes & dispersées sur toutes les montagnes
à untroupeau de moutons;
que la rage des loups affamez a
mis en fuite loin du Berger? Ces"
idées répondent-elles à la not-k!lè
du sujet? Je ne m'amuserai pas à
montrer en détaille défaut de chacune
de ces comparaisons, le Lec.
teur les qualifiera bien lui-même ;
je les abandonne sans crainte à son
équité &àson discernement.
Dans le Livre 3e, le Poëte à l'imitation
de Virgile, décrit la descente
de son Heros auxEnfers.
Telemaque traveise le Tartare &
leschamps Elisées,il y apperçoit les
peines & les recompenses destinées
aux bons & aux mauvais Rois;
ceux-cy en proye aux Furies & à
leurs Esclaves mêmes, déplorent
avec des larmes améres les jours
de leur puissance, qui se fontévavanoiiis
comme un songe; lesflateries
serviles, les adorations sacrileges,
qu'ils ont exigées de leurs
Sujets, font la mesure des a£rIont(
qu'ilsessuvent ceux-là couchez
tranquillementsur les Rivesfleuries
du Lethé, joiiiffem sans epnui
d'un repos éternel. La Théologie
fabuleusedesAnciens-sur les Enfers,
est à Mf de renelon unesourcesecondé
d'instructions,pour le
jeunePrincequ'ilinstruisoit ; tout
devient moral entre sesmains ; les
Furies, dit - il
,
presentent aux
Rois qui ont abusé de leur Puifrance,
un miroir qui leur montre
toute la difformité de leurs vices ;
ce que la flaterie baffe &imerefiee)
,
honoroit du nom specieux d'amour
de la paix. de courage, de
magnificence, repand dans ce mi-
-
roir fidelle,sa veritable nature,&
paroît sous Ces propres livrées;c'est
molesse, sureur,& vanitégroffiére.
Rien de plus ingenieux que cette
fiction, mais écoutons la suite,
ilsse voyoïentsans cesse dans ce miroir,
dit le Poëte
,
ilsse trouvaient
,
plus horribles & plusmonstrueux
que n'est la Chimere vaincuë par
Bellsrophon,niL'HjdreJLc Lerne
_"bbatuë par Hercules, ni Cerben
même,quoiqu'il vomisse de ses tout
gueules béantes,unsang noir& venimeux
, qui est capable,d'empester
toute la Race des mortelsvivans sur
laTerre.Cettecomparaison,est-elle.
bien ressemblante
,
& n'y auroiL-ÎI
rien à y desirer ducôtéde la netteté
&de la noblesse ? J'avoüe sincerement
que je ne vois pas un grand
raport, entreune difformité route
spirituelle,& la laideur épouventable
d'un Montre, entre la molesse
& la lâcheté d'un Sardanapale&
l'horrible figure de Cerbere.
Le Livre 9e finit par la more
d'Adraste. Telemaque,dit Mrde
Penelon,le saisit d'une main victorieuse,&
renverse, comme un
cruel
,
Aquilon abbat les tendres
Jmo'flonsj qui dorent la campagne., Ne diroit-on pas que le Poëte voudroir
excirer la compassiond'Adraite,
& donner l'honeur del'action
de Telemaqueî
Au reste
, qu'on n'aille pas conclure
de ces critiques, que je blâme
sans
,
rfanS exception, lescomparaisons
du Poëme deTelemaque: l'en fuis
bien éloigné, & j'en citerois vo-
- lontiers qai me paroissent des mo-
- deles achevez en ce genre; mais
les beautez se sentent toûjours
mieux que les dessauts. Je dis seulement
que c'est un article, sur lequel
Homérea un peu égaré son
Imitateur : Heureusément Mr de
Fenelon va souvent tout seul, &
c'est à cette heureuseliberté qu'il
s'est donnée, de s'écarter de son
modèle, qu'il doit la gloire de l'avoir
surpassé :)e suis sûr même que
le goût fin & judicieux, qu'on a
toujours admiré dans ses écrits, se
revoltoit de tems en tems contre
une imitation
,
où le coeur avoit
plus de part que l'esprit. En general,
les Poëmes del'Odiffée & de-
Telemaquesesont tous deux
tort , mais d'une maniere bien
differente ; le Poète Grec gâte un
peulePoëte François, &lePoëte
François efface le Poëte Grec.
Mais legrand avantage de Mrde
Cambray surle Chantre d'Ilion,
est du côté de la Morale tagecependant, il faut ;l'avaovüaenr-,
où la différence des tems qui ont
vû naître les deux Poëtes,a beaucoup
contribué. Souvent celle
d'Homéren'est honnête pas digne d'un Payen, au lieu que celle
de Mr de Fenelon atoute la pureté
qu'exige le Christianisme. Peut-on
se lasser, par exemple, d'admirer
la Vertu deTelemaque; &nôtre
siécle fourniroit-il bien des Chrêtiens
dignes de lui être comparez Tout est Précepte,tout est Instruction
dans ce Poëme-salutaire, jusqu'aux
ornemens mêmes,& l'Auteur
doit être excepté de ce qu'on dit en general des Poëtes :Qu'ils
siont pointd'autre but dans leyrs
Ecrits, que celui de plaire. -
Après une execution si heureuse,
du glorieuxdessein de rendre la
Poësieinstructive, ilest étonnant
qu'ilse trouve encore des gensqui prétendent qu'on doit,cil qualité de
Poëte, facrificr le Moral & l'Utile
àl'Agréable. UnePoësie Philosophique
& raisonnée ne leur paroît
plus une vraye Poësie; c'est un
lecteur de cette trempe, qui s'adressantauPoëte
qui le veut instruire
,
* Abandonneaux Zenons ta Morale
glacée,
Dit-il, tu nous dois d'autres
forts
Et quitte le Parnasse, Eleve du
Lycée,
Si tu veux donner des leçons.
Les Arts,ajoute-t-on, ont des
limites qu'ils ne doivent point passer;
l'instruction n'estpoint du
ressort de la Poësie;qu'elle s'en
tienne donc à l'agrément.
De tels Raisonnemens sont la
honte de l'Esprit humain. Souvent
je ne crains point de le dire; rien
ne favorise plus le Lecteur des
* La Motte, Ode de la ra.
rieté,
Sciences & des Arts, que cettbl
pdreécaution servile&mal entenduë,
se resseter scrupuleusement
dans sa propre Sphere; on l'agrandit,
en faisant effort d'en sortir,
&iln'apartient qu'à desGenies
rares d'introduire dans les
Sciences,ce desordre heureux &
sensé
,
qui confondant leurs richesses
& leurs droits, leséleve à des
usages qu'elles ne connoissoient
pas; car elles setiennent toutes par
quelque côté; & à mesurequ'on
sçaura les raprocher, leur utilité
fera plus sensible : La plûpart
des choses doivent tout leur prix
à l'alliance qu'elles ont entre-elles;
l'utile austerité du Philosophe,mariée
à l'enjoüement du Poëte,produit
un plaisir vif& solide &flatte
agréablement l'imagination en
faveur de la Raison. C'est ce que
Mr de Fenelon a bien [end; il a
montré que la Poësie peut instruire
, & même à plus juste titre, que laPhilosophie. L'instruction est
ïfâturclleiiiçnt humiliante; U-YÛ»
qu'elle nous fait jetter sur nos désauts,
blesse l'amour propre; les
avis qu'elle nous fait entendre,irritent
la présomption : Elleest encore
ennuyeuse, parce qu'elle
nous rapelle à nôtre propre coeur,
&nous livre, pour me servir des
termes de Mr l'Abbé de Pons, à -
la considération de nôtre Etre personnel
,
inseparable de l'ennui. La
Philosophie a travaillé à lever ces
obstacles , la Poësie y a réussi : Déguisant
l'instruction fous le masque
riant de la Fable & de l'Allegorie,
elle ménage l'orguëil, en le trompant
, & le dérobe à l'ennui qui le
poursuit sans cesse par la diversité
des objets qu'elle lui presente.
Il faut cependant prendre garde
que l'Instruction ne se perde dans
la foule des orneiiieps; ils doivent
cacher sa nudité, sans la faire méconnoître
; elle doir paroître ornée
& embelie
,
& non pas i mprudemment
fardée.
Telle est la Morale de Telemaque
, agréable & solide toerte
ensemble, Elle prévientlecoeur
par ses attraits, avant que d'é-î
clairer l'esprit par sa lumiere
Au milieu des agrémens qui lui
prere« nt- une bbeau'té é, trangè, re,elIlle
conferve Cori éclat propre & indépendant
, elle se montre avec
pompe & avecgrace i- mais elle
se montretoûjours,& pour tout
dire en un mot ;avec l'Auteur
de l'excellent discours qui est présentement
à la tête de l'Ouvrage ; elle estsublime dans ses principes,
noble dans sesmotifs, universelle
dans ses usages.
Je souscris de bon coeur à ces
éloges, mais voici un sentiment
dont je ne sçaurois tomber d'acord
L'Auteur de la dissertation que
~je-rviens de citer, voulant faire
voir comment la Morale de Telemaque
est noble dans ses mo- tifs,avance qu'on doitregarder, comme une fausse Philosophie,
celle qui fait du plaisir, le seul
ressort du coeur de l'homme;pour
moi,je la crois fortraisonnable, lk:
voici mes raisons en peu de mots.
Le premier coup d'oeil jetté sur
lecoeur de l'homme, nous découvre
le désirqu'ilad'être hûreux :
- Les objets qui l'environnent, ne
l'interessent qu'à raison de ce bonheur
auquel il aspire: Inconstant
avec dignité, les biens particuliers
l'amusentsuccessivement,
sans l'attacher. Tout décele dans
nous ce mouvement invincible de
la félicité; le désespoir même,
ôcla haine le publient en leur maniere
; il est en meme tems,toutes
nos Passions, & selon ses divers
états; ilporte les noms differens,
de Crainte,dEspérance, de loye &c. ,
De là, il s'enfuit que l'homme
désirenécessairementleplaisir;
puisque le bonheur n'est autre que
le plaisir, ou du moins en est inséparable.
Or , peut-on s'empêcher de reconnoître
pour le seul ressort du
coeur de l'homme,ce qu'il désire
nécessairement,comme le but de
tous ses projets, & le terme de
tous ses travaux :Qu'on consulte
l'Ex périence;qu'on rentre aM
fond de son coeur, pour examiner
ce qui le gouverne : Qu'on infère
roge tous ses mouvemens, toutes
ses inclinations,le sentiment inteneur
nous apprendra mieux que
les raisonnemens les plus subtils
,
que nous agissons toûjours selon ce
qui nous fait le plus de plaisir ;
lors même qu'on se détermine à
ne point agir, ou que l'on attente
sur sa propre vie.
Ce n'est point précisementla
connoissance dela vérité ,c'est le
plaisir qu'elle nous procure, qui
nous rend formellement hûreux.
Saint Augustin qui connoissoit si
bien le coeur humain,est plein de
cette pensée. * Beata vita est3
dit ce grand Métaphysicien,gaudium
de veritate. Ce n'est pas
même en possedant, c'est en aimant-
que nous sommes hûreux
* Confess. lib. 10. cap. zj.
ifI- Beatus non ille dici potest,ditle
même Pere, qui non amàt qaoct
habet
,
etiamsi optimum fît. L'amour
estla mesure du bonheur;
mais la connoissance du Moins en - cette vie, ne produit point par
elle-même l'amour; & nous n'éprouvons
que trop, que l'esprit
n'est pas le maître du coeur. La vérité
ne nous paroît aimable qu'à
la faveur du plaisir qui l'accompagne
; elle n'a presque aucune
part à nos aébons, tant qu'elle
n'est qu'une simple lumiere, l'attrait
est toûjours plus pui/Tant'.
Video meliora, proboque
,
deterio-
'sasequor.
Une suite de cette Doctrine est
la réponse que fait Telemaque
dans le cinquiéme Livre,à la question
proposée en ces termes;
Qui estle plus malhûreux de tous
les hommes? Il vient d'abord un
Sage de l'Isle de Lesbos, qui dit;
le plusmalhûreux detous les hoin-
* De moribus Eccl. Cathol.
mes est celui qui croit l'être
, &-
toute l'Assemblée applaudit à la
sagesse de cette réponse. Telemaque
interrogé, répond à iontour
, que le plus malhûreux de
tous les hommes est un Royqui
croit êtrehûreux, en rendant les
autres misérables. Toute l'Assemblée
avoiie qu'il a vaincu. Le Sage
Lesbien & les vieillards de l'Isle
de Crete qui avoient fait la question,
déclarent qu'il a rencontré
le vrai sens deMinos.
Des suffrages si importans pour
cette répprie-,.nem'empêcheront
point de dire ce quej'en pense &
j'ose encore examiner, après des
Juges si illustres.
Premierement. On n'est malhûreux,
qu'à proportion qu'on est
mécontent de son sort: Placédans
la situation la plus facheuse, je
suis heureux,si je m'y trouve bien;
les desirs & les craintes qui nous
agitent tour à tour,sont la source
de nos malheurs : Voulez-vous
fixer ces desirs &dissiper cescrainkS,
faites qu'unchacun soitconfient
de ce qu'il possede.
-:-" Or,celui qui croit être heureux
r-n'dl-il pas content de f">n sort?
S'il n'enétoit pas content, il en
desireroit un autre, & le desir naturellement
inquiet, se faisant vivement
sentir, ne lui permettroit
;j>as de se croire heureux;mais bien
loin de cela, son coeur est fermé
aux voeux impatiens que forment
la foiblesse & l'indigence:Il goûte
, ce repos precieux, qui est le premier
apanage de la felicité. Les
craintes aussi bien que les vains
souhaits
, ne viennent point troubler
son bonheur,elles se dissipent
en leur naissance, & ne sçauroient
tenir long-tems contre le charme
present de l'illusion qui l'amuse.
Mais aucontraire,qui est plus
mécontent de son sort, que celui
qui croit être le plus malheureux
..de tous les hommes? En proye
aux desirs les plus violens, il ne
connoît plus lesdouceursde l'Esperance;
tout lui paroîtaimable,au
prix de -ce qu'il souffre, ou de ce
qu'il croit souffrir : Sous un twic superbe
, noyé dans les delices, il
envie au Laboureur l'humble
chaume qui le couvre, & la sueur
de son front: Que dis - je? Il ne
sçauroit plussouffrir la vie, &après
s'être épuisé en desirs
,
sur un bonheur
qui le fuit, il ose souhaiter le
plus grand des maux.
Secondement, on raisonne à peu
près de lamême maniere en Physique
& en Morale, de la Douleur
& du Plaisir.-Les sensations, disent
les Philosophes nouveaux, ne
font point dans les Objets quien
sont les occasions. Cette douce
harmonie qui semblesortir de ce -
Clavessin, que touche à vos yeux
une main legére
3
n'est point dans
ce Clavessinmême, c'est vôtre
Ame qui est harmonieuse;Assisi,,,
les conditions differentes qui partagent
les hommes, ne les rendent
point heureux
, ou malheureux
par elles mêmes; au fond, les
objets ne changent point; l'idée du bonheur
l' bonheur est gaiement presente à
tous les esprits
,
mais l'applica-
- tion est presque toujours différen-
"-- te. Ce n'est pas, commeje le viens
de dire,qu'il n'y ait dans les objets
mêmes, un fondement réel
de cette diverfiré , mais chacun les
envisage différemment, & cette
façon particulière de les envifa-
-
ger , varie, l'impression qu'ils
doivent faire, felon les différentes
sortes d'esprits
Troisiémement. Du moins ne
sçauroit-on nier, que l'idée d'un
malheur présent ne soit desagréasobilte
par elle-même, & qu'on ne malhûreux en quelque forte
dés qu'on croit l'être. Parconséquent,
on le fera d'autant plus,
qu'on fc l'imaginera plus fortement,&
si on croit l'être plus que
le reste des hommes, on fera le
plus malhûreux de tous les
hommes.
Ces principes font certains, &
il ne me paroît pas qu'on puisse
rien opposer de solide àcesraisonnemens
; mais venons à quelque
chose de plus sensible.
Qu'y a-t-il de plus malhûreux
aux yeux de la raison, que ces sous,
qui s'imaginent, tantôt posséder
d'immenses richesses, tantôtgouverner
des Royaumes & com- mander des Armées, quelquefois
mêmejoüir de la Vision béatisique?
A peinesont-ce encore des
hommes, on les éxile de la société
humaine; on les renferme dans
des lieux écartés, où chacun pendant, ce- est bien aise de les aller
voir, & de les entendre : Leur
convention a,je ne sçai quoi, de
triste &deridicule, qui nous fait
rire & gémir tout ensemble. Les
plus Sages mêmes y courent avec les autres; le séjour de la folie
devient poureux, une Ecole de
sagesse
: Ils s'y convainquent de la
foiblesse de cette raison qui nous
enorgueillit si fort; & ce qui est
le comble de la sagesse
, ils y apprennent
combien elle est prés de la folie.
Cependant
, ce fou qui croit
posseder d'immenses richesses, &
dont nous plaignons le sort, e!t.
hûreux
, & c'est à sa folie qu'il
doit son bonheur. Il joiiit de toutes
les douceurs d'une grande fortune
,
sans enavoir les inquiétudes
& lessoins;&quilui rendroit
la raison,même avec les trésors
qu'il croit posseder
,
diminuerait
nécessairement sa félicité. Preuve
bien naturelle, sije ne me trompe,
que l'opinion feule fait le bonheur,
& qu'on est hûreux,ou malhûreux)
dés qu'on croitl'être.
Je pourrais pousser plus loin ces
réfléxions,& il y auroit bien d'autres
choses à réprendre, & plus encore
à loiier dans Telemaque;
mais je n'ai point prétendu entrer
dans un éxamen suivi de tout le
Poême : Le bornes que je dois me
prescrire, ne me me le permettent
pas; il seroit cependant à souhaiter
que quelque main habile voulut
l'entreprendre; il en reviendrait
au Public une utilité considerable *,
l'ouvrage même n'en feroit pâi
moinsadmiré, mais il le feroit
avec plus deconnoissance.
Fermer
33
p. 50-51
BOUQUET.
Début :
Damon, c'est aujourd'hui qu'on célebre ta Fête... [...]
Mots clefs :
Fête, Plaisirs, Bêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
BOUQUET.
Damon , c'est aujourd'hui qu'on célebre
ta Fête ...
DE JUILLET. S
!
.
MaMuse, taisez-vous; vousn'êtes
:
qu'une bête..
N'est- ce pas un grand abus ,
Qu'une Fête en Vers prônée ?
C'estdire auxGens,chaqueannée
Qu'ils en ont une deplus.
Calcul toûjours triste à faire ;
Il nous condamne à Soustraire,
En nousfaisant ajoûter.
Damon , je nete convie
Qu'aux doux plaiſirs de la vie :
C'estce qu'onprendſans compter.
Damon , c'est aujourd'hui qu'on célebre
ta Fête ...
DE JUILLET. S
!
.
MaMuse, taisez-vous; vousn'êtes
:
qu'une bête..
N'est- ce pas un grand abus ,
Qu'une Fête en Vers prônée ?
C'estdire auxGens,chaqueannée
Qu'ils en ont une deplus.
Calcul toûjours triste à faire ;
Il nous condamne à Soustraire,
En nousfaisant ajoûter.
Damon , je nete convie
Qu'aux doux plaiſirs de la vie :
C'estce qu'onprendſans compter.
Fermer
34
p. 186
CHANSON.
Début :
Aprés m'avoir formé les plus aimables chaines, [...]
Mots clefs :
Chaînes, Amour, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
Fermer
35
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
Fermer
36
p. 48-52
A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Début :
Nous avons par dévers nous, Monsieur, tant de marques redoublées [...]
Mots clefs :
Souvenir, Agrément, Plaisirs, Mérite, Attraits, Lois, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
A Paris , le 16. Juillet 1717.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
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37
p. 134-135
REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
Début :
A L'amitiè Corine donne [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour, Désirs, Plaisirs, Faveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
-REPROCHES A Mhe. V....
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
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38
p. 20-35
CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Début :
Aprés avoir peint assez naturellement le mois dernier, le Caractére / Le Bourgeois à Paris, Madame, est un animal mixte, qui tient [...]
Mots clefs :
Bourgeois, Paris, Noblesse, Caractère, Politesse, Compliments, Peuple, Amitié, Argent, Dames, Marchands, Commerce, Bonté, Chrétien, Sévère, Plaisirs, Coquetterie, Moeurs, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Aprés avoir peint affez naturelleament
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
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que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
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LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
Fermer
39
p. 150-152
STATUTS DE L'ORDRE DE LA JOYE.
Début :
Frere François réjoüissant, [...]
Mots clefs :
Statuts, Salut, Désirs, Plaisirs, Abondance, Amourette, Misère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STATUTS DE L'ORDRE DE LA JOYE.
STATUTS
DE L'ORDRE DE LA JOYE.
ForandMarnFun Ordre Bachique ,
RERE François réjouiffant,
Ordrefameux &floriffant ,
Fondé pour la Santé publique.
ACEUX qui ce préfent Statut
Verront , ou entendront , SALUT.
Comme l'on fait que dans la vie
Chacun au gré de fes défirs
>
LE MERCURE
151
Cherche à fe faire des plaifirs
Selon que fon goût l'y convie.
Nous , qui voyons que nos beaux jours
Et l'hûreux tems de la jeuneſſe,
Fuyent avec tant de viteffe ,
Que rien n'en arrête le cours ;
Et voulans le
que
peu d'années
Qui nous conduisent à la mort ,
Soient tranquiles & fortunées
Malgré les caprices du Sort.
De notre certaine Science
Parmi la joye & l'abondance
Débaraffés de toutfouci,
,
Nous avons dans une Scéance ,
Dreffé les Statuts que voici .
DANS vôtre Augufte COMPAGNIE
Vous ne recevrez que des gens ,
Tous bien buvans & bien mangeans ,
Et qui ménent joyeuſe vie.
Meflez toujours dans vos repas
Les bons mots & les chansonnettes ,
Buvez razade aux Amourettes ;
Mais pourtant , ne vous foulez pas.
Quefi par malheur , quelque Frere
Venoit à perdre fa raifon ,
Prenez pitié de fa mifére
Et le menez dans fa maison.
Pour boire le Jus de la Treille
Servez- vous d'un verre bien net ;
,
152 LE MERCURE
Mais n'embouchez pas , la Bouteille :
Car , je fçai quel en est l'effet.
Je veux que deformais à Table ,
Chacun boive àfa volonté.
Les plaifirs n'ont rien d'agréable™
Qu'autant qu'on a de liberté.
Nefaites jamais violence
A ceux qui refufent du Vin ;
S'ils n'aiment pas ce Jus Divin ,
Ils en font bien la pénitence .
Dans mes Hôtels fi d'avanture ,
Un Frerefalit fes difcours
Par la moindre petite ordure ,
Je l'en bannis pour quinze jours.
Quefi ces peines redoublées
Sur lui ne font aucun effet ,
Toutes les Tables affemblées
Je veux que fon Procès foit fait.
Gardez- vous fur-tout de médire ,
Et lorfque vous ferez en train
De vous divertir & de rire ,
Ménagez toujours le Prochain.
Enfin , quand vous ferez des nôtres
Dans vos befoins fecourez- vous ;
Le plaifir de tous le plus doux
C'eft de faire celui des autres.
DE L'ORDRE DE LA JOYE.
ForandMarnFun Ordre Bachique ,
RERE François réjouiffant,
Ordrefameux &floriffant ,
Fondé pour la Santé publique.
ACEUX qui ce préfent Statut
Verront , ou entendront , SALUT.
Comme l'on fait que dans la vie
Chacun au gré de fes défirs
>
LE MERCURE
151
Cherche à fe faire des plaifirs
Selon que fon goût l'y convie.
Nous , qui voyons que nos beaux jours
Et l'hûreux tems de la jeuneſſe,
Fuyent avec tant de viteffe ,
Que rien n'en arrête le cours ;
Et voulans le
que
peu d'années
Qui nous conduisent à la mort ,
Soient tranquiles & fortunées
Malgré les caprices du Sort.
De notre certaine Science
Parmi la joye & l'abondance
Débaraffés de toutfouci,
,
Nous avons dans une Scéance ,
Dreffé les Statuts que voici .
DANS vôtre Augufte COMPAGNIE
Vous ne recevrez que des gens ,
Tous bien buvans & bien mangeans ,
Et qui ménent joyeuſe vie.
Meflez toujours dans vos repas
Les bons mots & les chansonnettes ,
Buvez razade aux Amourettes ;
Mais pourtant , ne vous foulez pas.
Quefi par malheur , quelque Frere
Venoit à perdre fa raifon ,
Prenez pitié de fa mifére
Et le menez dans fa maison.
Pour boire le Jus de la Treille
Servez- vous d'un verre bien net ;
,
152 LE MERCURE
Mais n'embouchez pas , la Bouteille :
Car , je fçai quel en est l'effet.
Je veux que deformais à Table ,
Chacun boive àfa volonté.
Les plaifirs n'ont rien d'agréable™
Qu'autant qu'on a de liberté.
Nefaites jamais violence
A ceux qui refufent du Vin ;
S'ils n'aiment pas ce Jus Divin ,
Ils en font bien la pénitence .
Dans mes Hôtels fi d'avanture ,
Un Frerefalit fes difcours
Par la moindre petite ordure ,
Je l'en bannis pour quinze jours.
Quefi ces peines redoublées
Sur lui ne font aucun effet ,
Toutes les Tables affemblées
Je veux que fon Procès foit fait.
Gardez- vous fur-tout de médire ,
Et lorfque vous ferez en train
De vous divertir & de rire ,
Ménagez toujours le Prochain.
Enfin , quand vous ferez des nôtres
Dans vos befoins fecourez- vous ;
Le plaifir de tous le plus doux
C'eft de faire celui des autres.
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40
p. 1147-1149
STANCES A Monsieur ....
Début :
Eole en ses antres afreux, [...]
Mots clefs :
Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : STANCES A Monsieur ....
STANCES
E ole
A Monfieur....
Ole en fes antres afreux ,
Retient des Aquilons les bruïantes haleines ;
Et déja les fleurs dans les plaines ,
Reçoivent le tribut des Zéphirs amoureux.
Déja les frilleufes Driades ,
Quittant avec plaifir l'écorce des Ormeaux ,
Iront bien-tôt fous leurs Roſeaux ,
Pour fuir l'ardeur du jour, rechercher les Naya
des.
Là , fur un Gafon verdoyant ,
Venus de quelques fleurs négligemment parée ,
A danfer paffe la foirée ;
Et fon fils d'un coup d'aîle applaudit en riant.
*
Ami , laiffe à la feule Aurole ,
Pour Cephale , en ce jour , verfer encor de
pleurs.
Aux plaifirs , ces doux enchanteurs
Devrois-tu préférer le foin qui te dévore.
I. Vel. Profite
1148 MERCURE DE FRANCE
Profite de l'inftant prefent ,
Et ne confume pas les jours de ta jeuneffe
A rechercher pour ta vieilleffe ,
Des plaifirs que tu peus goûter en ce moment.
Que nos jours ne foient pas ftériles :
Ils ne font compofez que de momens tres- courts,
Des ans compofez de ces jours ,
Les uns font trop douteux , les autres inutiles .
Ami , cherchons le feul repos ;
A fe s plaifirs heureux , icy tout nous invite
Demain peut-être du Cocite ,
Boirai-je chez Pluton les infernales eaux.
F
Livrée aux plus legers caprices ,
La mort n'a pas toujours de noirs avant-coureurs
:
Souvent l'on reffent fes fureurs ,
Au milieu des feftins & parmi les délices.
Quelquefois malgré fon couroux
Elle marche à pas lents , & fa main parricide
Remet à la langueur timide
Son poifon & fa faulx , pour nous porter fes
coups..
: I. Vol. Tout
JUIN.
I 149 1730.
Tout te craint , infléxible Parque ,
Sous les ruftiques toicts , au milieu des Forêts ,
Et dans fes fuperbes Palais ,
Tu frappes le Berger ainfi que le Monarque,
Laiffons tout frivole défir ;
Ne nous, repaiffons pas de nos vaines chimeres
Le temps fur fes aîles légeres
Fuit fans ceffe & nous laiffe un trifte repentir.
L'Abbé BoNNOT DE MABLY,
E ole
A Monfieur....
Ole en fes antres afreux ,
Retient des Aquilons les bruïantes haleines ;
Et déja les fleurs dans les plaines ,
Reçoivent le tribut des Zéphirs amoureux.
Déja les frilleufes Driades ,
Quittant avec plaifir l'écorce des Ormeaux ,
Iront bien-tôt fous leurs Roſeaux ,
Pour fuir l'ardeur du jour, rechercher les Naya
des.
Là , fur un Gafon verdoyant ,
Venus de quelques fleurs négligemment parée ,
A danfer paffe la foirée ;
Et fon fils d'un coup d'aîle applaudit en riant.
*
Ami , laiffe à la feule Aurole ,
Pour Cephale , en ce jour , verfer encor de
pleurs.
Aux plaifirs , ces doux enchanteurs
Devrois-tu préférer le foin qui te dévore.
I. Vel. Profite
1148 MERCURE DE FRANCE
Profite de l'inftant prefent ,
Et ne confume pas les jours de ta jeuneffe
A rechercher pour ta vieilleffe ,
Des plaifirs que tu peus goûter en ce moment.
Que nos jours ne foient pas ftériles :
Ils ne font compofez que de momens tres- courts,
Des ans compofez de ces jours ,
Les uns font trop douteux , les autres inutiles .
Ami , cherchons le feul repos ;
A fe s plaifirs heureux , icy tout nous invite
Demain peut-être du Cocite ,
Boirai-je chez Pluton les infernales eaux.
F
Livrée aux plus legers caprices ,
La mort n'a pas toujours de noirs avant-coureurs
:
Souvent l'on reffent fes fureurs ,
Au milieu des feftins & parmi les délices.
Quelquefois malgré fon couroux
Elle marche à pas lents , & fa main parricide
Remet à la langueur timide
Son poifon & fa faulx , pour nous porter fes
coups..
: I. Vol. Tout
JUIN.
I 149 1730.
Tout te craint , infléxible Parque ,
Sous les ruftiques toicts , au milieu des Forêts ,
Et dans fes fuperbes Palais ,
Tu frappes le Berger ainfi que le Monarque,
Laiffons tout frivole défir ;
Ne nous, repaiffons pas de nos vaines chimeres
Le temps fur fes aîles légeres
Fuit fans ceffe & nous laiffe un trifte repentir.
L'Abbé BoNNOT DE MABLY,
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Résumé : STANCES A Monsieur ....
Le texte présente des stances poétiques qui célèbrent la beauté de la nature et la fugacité du temps. Il commence par une description du printemps, avec les vents, les fleurs et les nymphes se réfugiant dans les roseaux. Vénus et Cupidon y dansent sur un gazon verdoyant. Le poète conseille à un ami de ne pas pleurer pour Céphale et de savourer les plaisirs présents, car les jours sont courts et les années éphémères. Il met en garde contre la mort, qui peut survenir à tout moment, même au milieu des festins. L'auteur invite à chercher le repos et les plaisirs heureux, car demain pourrait apporter des malheurs. La mort est décrite comme implacable, frappant indifféremment le berger et le monarque. Il exhorte à ne pas se reposer sur des désirs futiles et à profiter du temps qui passe rapidement, laissant peu de place au repentir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 1553-1555
ODE ANACREONTIQUE.
Début :
Sors de ton Isle de Cythere, [...]
Mots clefs :
Coeur, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE.
ODE ANACREONTIQUE.
Sors de ton Ifle de Cythere ,
Puiffant Dieu qui fais les heureux ;
Viens dans ce fejour folitaire ,
Suivi des Graces & des Jeux
M
Amour , c'est toi qui d'Epicure
Autrefois empruntant le nom",
Appris à fuivre la Nature ,
Méprisant l'altiere Raiſon.
M
1
Diij Viens
1554 MERCURE DE FRANCE
Vien , je t'ai confacré ma vie ,
Sous tes Loix range tous les coeurs ;
Je vois que la Philoſophie ,
N'offre que des plaifirs
trompeurs.
M
Il vaut bien mieux de fa Maîtreffe ,
Adorer les divins appas ,
Que courir après la Sagefſe ,
Qu'on cherche & qu'on ne trouve pas
Que fert que mon efprit avide ,
Parle , fi mon coeur le dément :
Oui , le coeur doit être mon guide ;
Il n'en eft point de plus charmant.
La fombre Morale , du Sage-
Fait le chimerique Portrait ,
Mais que vois-je dans cette image
Sinon que je fuis imparfait..
M
Pourquoi réfifter avec peine ,
A ce qu'infpirent nos defirs ?
Si l'on doit porter une chaîne ,
Que ce foit celle des plaifirs.
Cupidon , c'eft dans ton Ecole ,
Que
JUILLET. 1730. 1555
Que j'ay reçû ces doux avis ;
Acheve mon bonheur , cours , vole ,
Les redonner à ma Cloris.
D.C.
Sors de ton Ifle de Cythere ,
Puiffant Dieu qui fais les heureux ;
Viens dans ce fejour folitaire ,
Suivi des Graces & des Jeux
M
Amour , c'est toi qui d'Epicure
Autrefois empruntant le nom",
Appris à fuivre la Nature ,
Méprisant l'altiere Raiſon.
M
1
Diij Viens
1554 MERCURE DE FRANCE
Vien , je t'ai confacré ma vie ,
Sous tes Loix range tous les coeurs ;
Je vois que la Philoſophie ,
N'offre que des plaifirs
trompeurs.
M
Il vaut bien mieux de fa Maîtreffe ,
Adorer les divins appas ,
Que courir après la Sagefſe ,
Qu'on cherche & qu'on ne trouve pas
Que fert que mon efprit avide ,
Parle , fi mon coeur le dément :
Oui , le coeur doit être mon guide ;
Il n'en eft point de plus charmant.
La fombre Morale , du Sage-
Fait le chimerique Portrait ,
Mais que vois-je dans cette image
Sinon que je fuis imparfait..
M
Pourquoi réfifter avec peine ,
A ce qu'infpirent nos defirs ?
Si l'on doit porter une chaîne ,
Que ce foit celle des plaifirs.
Cupidon , c'eft dans ton Ecole ,
Que
JUILLET. 1730. 1555
Que j'ay reçû ces doux avis ;
Acheve mon bonheur , cours , vole ,
Les redonner à ma Cloris.
D.C.
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Résumé : ODE ANACREONTIQUE.
L''Ode Anacréontique' est un poème dédié à l'amour, incarné par le dieu Cupidon. Le poète invite Cupidon à quitter son île de Cythère pour un lieu solitaire, accompagné des Grâces et des jeux. Il voit en Cupidon l'incarnation des enseignements d'Épicure, qui prônent le suivi de la nature et le mépris de la raison. Le poète affirme avoir consacré sa vie à l'amour et souhaite que tous les cœurs soient soumis à ses lois, car la philosophie offre des plaisirs trompeurs. Il préfère adorer les charmes de l'amour plutôt que de chercher une sagesse inaccessible. Le cœur est présenté comme le guide le plus charmant, contrairement à la morale du sage, jugée chimérique et imparfaite. Le poète accepte de suivre ses désirs et de porter la chaîne des plaisirs. Il exprime son désir de redonner les doux avis reçus dans l'école de Cupidon à sa bien-aimée, Cloris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 1622-1633
Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 13. Juillet, la même Académie remit au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie [...]
Mots clefs :
Comédie ballet, Académie royale de musique, Théâtre, Musique, Le Carnaval et la Folie, Hymen, Plaisirs, Yeux, Chagrin, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 13. Juiller , la même Académie remit
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
au Théatre le Carnaval & la Folie, Comedie-
Balet , repréfenté pour la premiere
fois le 3. Janvier 1704. & reprife au mois
de May 1719. Les paroles font de M. de
la Motte , & la Mufique de M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi .
Cet Opera vient d'être executé avec
beaucoup de fuccès , & le Public a également
applaudi au Poëme & à la Mufique.
Au Prologue le Théatre repréfente les
Cieux où les Dieux font en Feftin . Fupiter
& Venus invitent toute la Troupe
immortelle à la joye par ce Duo.
Qu'a
JUILLET . 1730 1623
Qu'à nos voeux ici tout réponde.
Verfez-nous , verfez- nous la celefte Liqueur :
Verfez , que le Nectar enchante notre coeur ;
Qu'il y porte une paix profonde.
Venus fe levant de table , invite aux
plaifirs de l'Amour par ces Vers :
Goutons des plaifirs plus parfaits ,
Et que le tendre Amour à ſon tour nous inſpire ;
Regnez , Amour, regnez, raffemblez vos attraits ;
Triomphez, fur nos coeurs étendez votre empire ;
Mais qu'à fon gré chacun foupire :
Laiffez -nous le choix de vos Traits .
Momus fait fon office de Cenfeur ; Jupiter
lui ordonné de fe taire. Mercure
vient convier les Dieux à aller chercher
de nouveaux plaifirs fur la terre , où il
leur a preparé de nouvelles conquêtes ;
Momus , malgré l'ordre que Jupiter lui a
donné , continue à lâcher la cenfure.
Suivez, fuivez Mercure ; abandonnez les Cieux .
Livrez- vous aux plaifirs ; qu'envain la Gloire
gronde ,
L'Amour eft un plus digne objet ,
Aimez, il eft un Roi qui prend le foin du monde;
Jouiffez du loiſir qu'un Mortel vous a fait.
Ce dernier trait oblige Jupiterà
Gij exiler
1624 MERCURE DE FRANCE
à exiler Momus . Le Prologue n'a point
d'autre liaifon à la Piece que cet exil &
la defcente des Dieux fur la terre , à la
perfuafion de Mercure ; en effet Jupiter
& Venus doivent honorer de leur pre-
Tence l'Hymen du Carnaval & de la Folie .
Le Théatre repréfente au premier Acte
un Bois fleuri confacré à la Jeuneffe . Le
Carnaval partage fon coeur entre Bacchus
& l'Amour, & les prie tous deux de le
rendre heureux.
Momus exilé des Cieux , vient chercher
un azile chez le Carnaval , avec qui on le
fuppofe uni depuis long- temps . Le Carnaval
lui apprend qu'il aime la Folie , fille
"de Plutus , & de la Jeuneffe ; Momus applaudit
à fon choix ironiquement.
Plutus & la Jeuneffe amenent la pre
miere Fête de cet Acte ; le Théatre change
à la voix du Dieu des Richeffes : on
"voit un Palais magnifique s'élever , & les
Suivans de Plutus offrir leurs dons les plus
riches à la Jeuneffe. La Folie vient interrompre
la Fête. Elle fait connoître fon
mécontentement par ces Vers : ་
Ceffez , Jeux indifcrets , od manquoit la Folie ,
Qu'ici tout fe taiſe à ma voix ;
Je ne veux point fouffrir de Fête où l'on m'oublis;
at l'on ne doit ici vivre que
fous mes Loix. Loix
.
JUILLET. 1730. 1625
Elle dit à Plutus & à la Jeuneffe , qui
s'offenfent de fon audace:
Je dois la vie à votre amour ; "
Mais ne me comptez pas fous votre obéïffance ;
L'honneur de m'avoir mife au jour ,
Vous paye affez de ma naiffance.
Plutus & la Jeuneffe , pour l'appailer ,
font prêts à fe retirer ; elle les arrête en
leur difant que leur obéïffance lui fuffit,
& elle ranime la Fête par ces Vers .
Que votre regne recommence ;
r
Revenez, doux plaifirs , plaifirs , revenez tous ;
Mais revenez encor plus doux :
Vous languiffiez fans moi,brillez par ma preſence.
Après cette Fête qui eft encore plus
brillante que la premiere. Le Carnaval
prie Plutus & la Juneffe de confentir à
fon Hymen avec leur fille; ils lui font une
réponſe favorable ; il fe tourne vers la Folie
pour s'en applaudir avec elle , mais il
ne la trouve plus le confentement des
Auteurs de fa naiffance la fait difparoître.
Le Carnaval attribue cette fuite à fa pudeur
, & la va chercher pour faire écla
ter la joye à les yeux.
:
Au fecond Acte , le Théatre repréfente
une Campagne fertile. On voit fur le devant
d'un des côtez le Fleuve Lethé en-
Giij dormi
1626 MERCURE DE FRANCE
dormi für fon Urne , la Mer , & c . Le Carnaval
, rempli d'efperance , commence
l'Acte par ces Vers :
Sous les loix de l'Hymen je me range fans peine
Mon coeur y trouve des appas
Dieu du vin , n'en murmure pas ;
Tu dois t'applaudir de ma chaîne.
Les doux plaifirs qu'il prépare pour moi ,
Mettront le comble à ta victoire ;
Les fruits de mon Hymen ne naîtront que pour
toi ;
Bacchus , je les vouë à ta gloire.
La feconde Scene fait voir que le Carnaval
n'a point vû la Folie depuis la bruf
que difparition ; elle lui déclare qu'il ne
doit plus compter fur fon Hymen depuis
que Plutus & la Jeuneffe y ont donné un
plein confentement ; elle s'explique ainfi :
•
Non , non ; apprenez une fois
A connoître mieux la Folie ;
Je ne fuis point foumise aux loix
De ceux qui m'ont donné la vie :
Le contraire de leur envie ›
Détermine toûjours mon choix .
Non , non ; & c.
Cette Scene a paru très-brillante de la
de la Folie ; on ne doute point que part
l'AuJUILLET
. 1730. 1627
l'Auteur n'eût donné les mêmes gracesau
Carnaval ; mais par malheur ce Dieu des
Ris eft Amant & Amant maltraité , ce,
qui ne s'accorde pas avec fon caractere
qui ne doit refpirer que la joye . Il veut,
guérir de fon amour , la Folie lui confeille
de boire de l'eau fecourable du Lethé ; let
Carnaval veut mettre tout l'efpace des
Mers entre elle & lui , pour la mieux oublier.
La Folie y met obftacle pour n'avoir
pas la honte de fe voir quitter . Voici
comme elle s'exprime.
Ah ! n'ayons pas l'affront que l'on me quitte
Neptune , tu me dois l'hommage des Mortels ;
C'estmoi qui par leurs mains ai dreffé tes Autels;
Refufe ton Onde à fa fuite.
La Mer fe fouleve ; une troupe de Matelots
defcend d'un Vaiffeau échoué , ils
font vou de ne jamais fe rembarquer ; le
Fleuve Lethe leur offre le fecours de.
fes eaux pour leur faire oublier leur malheur.
A peine en ont - ils bû , qu'ils difent:
Embarquons -nous ; tout rit à nos defirs ;
Le vent propice nous feconde :
La Fortune & tous les plaiſirs ,
Nous attendent au bout du monde.
Prêts à fe rembarquer , la Folie vient
G iiij
les
1628 MERCURE DE FRANCE
les arrêter ; elle les accufe
d'ingratitude
& exige leurs hommages , pour prix des
biens dont elle feule leur tracel'image
ce qui donne lieu à une très-brillante Fête,
Jaquelle finie , le Carnaval veut fe réconcilier
avec la Folie & lui dit :
11 eft tems qu'à mes feux votre caprice cede ;
Commencez mes plaiſirs & terminez mes maux
La Folie lui répond :
Je vous laiffe avec le remede ;
Yos yeux vous ont appris le pouvoir de ces eaux.
Le Carnaval veut fuivre le confeil qu'elle
lui donne ; mais il croit que le vin lui
fera d'un plus grand fecours que les eaux
de Lethé. Il finit l'Acte par cette Chanfon
à boire , qui a fait beaucoup de plaifir.
Eteins mes feux , brife mes chaînes ;
Dieu du vin , guéris ma langueur.
Verfe à longs traits ta charmante liqueur ;
Et pour me venger de ma peine ,
Vien noyer l'Amour dans mon coeur.
Le troifiéme Acte a toûjours été applau
di , fur tout dans la Fête du Profeffeur de
Folie , qui paroît toûjours nouvelle , quoiqu'on
l'ait fouvent détachée de ce Balet
pour fervir d'ornement à d'autres.
Momus
JUILLET. 1730 , 1629
Momus ouvre la Scene & fait entendre
que rien ne peut éteindre l'amour du Carnaval
pour la Folie ; fon ami l'ayant prić
de le réconcilier avec elle ; il veut fe divertir
de cet emploi.
La Folie arrive ; Momus fe plaint à elle
de fa rigueur envers fon ami ; il lui fait
entendre que fon chagrin le rend mécon--
noiffable : la Folie fe rit du chagrin du
Carnaval , & loin de le plaindre , elle dite
Ah ! s'il en perdoit la raifon ,,
Que je le trouverois aimable !
Momus change de batterie & dit à la
Folie , que s'il l'avoit trouvée plus fenfible
à l'amour du Carnaval , il fe feroit
bien gardé de lui déclarer qu'il ne l'aime
plus . Ce menfonge lui réüffit ; la Folic
ne peut fouffrir fans dépit que fon Amant
fe foit guéri de fa paffion ; elle jette fa
marotte , comme étant devenue un ornement
inutile entre fes mains ; Momus la
ramaffe pour s'en fervir dans une nouvelle
malice qu'il médite ; cependant tou--
ché du chagrin de la Folie , qui s'eft jettée
fur un lit de verdure , il appelle fa
joyeuſe Bande qui compofe l'aimable Fête
dont on vient de parler. Le Choeur chante
ces Vers adreffez à la Folie,
Craignez de vous faire ; ›
Gy Um
1630 MERCURE DE FRANCE
Un trifte deftin :
Si vous voulez plaire ,
Chaffez le chagrin ;
Dès que l'on s'y livre,
On perd fes appas ;
Eh ! qui voudroit ſuivre ,
Deformais vos pas ?
Eft -il doux de vivre ,
Quand on ne plaît pas ?
La crainte de perdre fes attraits , fi naturelle
à fon fexe , oblige la Folie à reprendre
fa belle humeur ; elle égaye la Fête
. Le Profeffeur de Folie enfeigne à chanter
, à danfer & à rimer. Ces trois Actes
de Folie font compris dans ces deux Vers :
Cantate , ballate , rimate :
E della pazzia la perfettione .
La Folie ordonne à fa Suite de tranf
porter ces Chants & ces Danfes en quelqu'autre
lieu ; elle marche à la tête de ſa
riante Troupe ; Momus fait accroire au
Carnaval qu'il l'a fupplanté dans le coeur
de la Folie , & le prouve par fa marotte
qu'elle a mife entre les mains. Le Carnaval
s'abandonne à fa fureur. Il conjure le
Dieu des Frimats de le venger ; voici fur
quoi il fonde fa demande :
Toi, fombre & trifte Hyver, Divinité paillante
Siv
JUILLET. 1730. 1631
Si jamais fur tes pas j'ai conduit les plaifirs ,
Si par mes foins ton Regne enchante ,
Plus que le Regne heureux de Flore & des Zéphirs,
Reconnois mes faveurs au gré de mes dèfirs ;
Rends aujourd'hui ma vengeance éclatante.
Volez , rapides Aquilons ' ;
Faites fur ce Palais les effets de la foudre ,
Qu'il fe brife , qu'il tombe en poudre , &c.
. Les vents brifent le Palais.
و
Au quatriéme & dernier Acte , la Folie's'applaudit
du ravage des Aquilons ,
qui lui prouve que le Carnaval l'aime encore
puifqu'il fe venge . Le Carnaval ,
après quelques tranfports de colere , fait
de tendres reproches à la Folie , elle s'affoupit
par degrez à ces douces plaintes, &
fe jette fur un lit de gafon , en difant au
Carnaval :
Plaignez toûjours ainfi la rigueur de vos maux ;
Non ; le fommeil n'a point de fi puiffans pavots ;
C'eſt vainement que mes yeux s'en deffendent ; 1
Les Aquilons m'ont ôté le repos ;
Vos tendres plaintes me le rendent.
Cette infultante plaifanterie redouble
la fureur du Carnaval ; la Folie lui ré
pond fur le même ton :
G vj
Pour1632
MERCURE DE FRANCE
Pourquoi m'éveillez -vous ? contraignez vos mur
mures ,
Refpectez le repos que vous m'avez donné..
Momus vient ; le Carnaval dit à la Folie
que c'eft- là le Rival qu'elle lui prefere.
La Folie arrache à Momus le Sceptre qu'il
lui a pris par furprife dans l'Acte préce
dent. Momus avoue fa petite tracafferic
par cès Vers :
Je vous ai trompez l'un & l'autre :
Mais c'eft affez jouir de fon trouble & du vôtre..
Nous n'avons plus de regrets à former ,.
Et chacun a fuivi le penchant qui l'inſpire ;
Le vôtre étoit de vous aimer ;
Le mien étoit d'en rire.
;
Plutus & la Jeuneffe viennent dénouer
la Piece : ils témoignent leur colere fun
le ravage des Aquilons par ce Duo :-
Dieu cruel , fuyez de ces lieux ;
N'êtes-vous pas content de cet affreux ravage.
Fuyez , n'offrez plus à nos yeux ,
Un ennemi qui nous outrage , &c.
La Folie voyant qu'ils ne veulent plus
fon Hymen avec le Carnaval , leur dit
qu'elle le veut , & explique ainsi le motif.
de fa nouvelle volonté : .
i
Pour
JUILLET. 1730. 1638.
Pour couronner ſa flâme ,
Et trouver nos liens charmans ,
Voilà les fentimens ,
Où j'attendois votre ame.
Jupiter & Venus viennent par l'ordre
du Deftin , celebrer l'Hymen du Carnaval
& de la Folie. En faveur de cet Hy--
men Momus obtient fon rappel dans les
Cieux , à condition qu'il contraindra fon
humeur fatyrique ; Momus le promet par
ce dernier trait de fatyre :
La Fête & leur Hymen font fi dignes de vous ;
Le moyen d'en médire .
1
Le fuccès de ce Balet s'accroît de jour en
jour & n'a jamais été fi éclatant , la maniere
dont il eft executé n'y contribue pas
peu ; cela n'empêche pas qu'on ne rende
juftice au Poëme & à la Mufique ; l'ef
prit brille dans le premier , un agréable
amuſement y tient lieu d'interêt. Pour la
Mufique on là trouve d'une legereté charmante
& d'un gout exquis .
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Résumé : Le Carnaval & la Folie, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Carnaval et la Folie', une comédie-ballet créée par M. de la Motte pour les paroles et M. Destouches pour la musique. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 janvier 1704 et reprise en mai 1719, rencontrant un grand succès auprès du public qui a apprécié autant le poème que la musique. Le prologue se déroule dans les cieux, où les dieux célèbrent une fête. Jupiter et Vénus invitent les dieux à la joie, tandis que Momus, chargé de la censure, est réduit au silence par Jupiter. Mercure propose aux dieux de chercher de nouveaux plaisirs sur terre, où il leur a préparé de nouvelles conquêtes. Momus, malgré l'ordre de Jupiter, continue de critiquer, ce qui conduit à son exil. La pièce commence avec le Carnaval partagé entre Bacchus et l'Amour. Momus, exilé des cieux, trouve refuge auprès du Carnaval. La Folie, fille de Plutus et de la Jeunesse, interrompt une fête organisée par ses parents pour affirmer son désir de régner seule. Après une seconde fête plus brillante, le Carnaval demande la main de la Folie, mais celle-ci disparaît. Dans le second acte, le Carnaval, espérant toujours son union avec la Folie, est déçu par sa disparition. La Folie lui explique qu'elle n'est soumise à aucune loi et lui conseille de boire de l'eau du Léthé pour oublier son amour. Elle empêche ensuite des matelots de se rembarquer après qu'ils ont bu de cette eau. Le Carnaval termine l'acte par une chanson à boire. Le troisième acte est marqué par une fête de la Folie, où Momus tente de réconcilier le Carnaval et la Folie. La Folie, après avoir été égayée par la crainte de perdre ses attraits, ordonne à sa suite de transporter les chants et danses ailleurs. Momus trompe le Carnaval en lui faisant croire que la Folie l'a supplanté. Furieux, le Carnaval conjure l'hiver de le venger, ce qui conduit à la destruction d'un palais par les vents. Dans le quatrième acte, la Folie se réjouit de la vengeance du Carnaval. Après des reproches tendres, elle feint de dormir. Momus avoue sa tromperie. Plutus et la Jeunesse expriment leur colère contre le ravage des aquilons. La Folie affirme vouloir l'hymen avec le Carnaval. Jupiter et Vénus célèbrent finalement cet hymen, et Momus obtient son rappel dans les cieux à condition de modérer son humour satirique. Le succès de la pièce continue de croître, avec des éloges pour le poème et la musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 2142-2147
EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
Début :
De tout encens ennemi declaré, [...]
Mots clefs :
Mortels, Vertu, Innocence, Fleurs, Yeux, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
EPITRE
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
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Résumé : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
L'épître est destinée à l'Évêque de Grenoble et commence par l'expression de la réticence de l'auteur à louer le prélat, motivée par la modestie et le respect. L'auteur reconnaît les nombreuses vertus de l'évêque, notamment sa charité envers les pauvres et les faibles, sa sagesse, et son influence bénéfique sur le peuple. Pour illustrer ces qualités, l'auteur compare l'évêque à Pallas (Athéna), la déesse de la sagesse et de la vertu, qui descend sur terre pour enseigner la vertu aux hommes. Pallas est accompagnée des Grâces, des Vertus, des Plaisirs et des Muses, symbolisant respectivement la beauté, la joie et l'harmonie. L'épître met en avant les bienfaits de la vertu et condamne les vices tels que la flatterie, l'ambition et la haine. En conclusion, l'auteur établit une comparaison directe entre l'évêque et Pallas, soulignant que le prélat incarne la vérité et la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 256-657
SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
Début :
On a reçû des Lettres de Paris, [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Vénus, Fête, Édit, Statue, Grâces, Plaisirs, Autels, Iris
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
SUITE des Nouvelles de Paphos ,
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
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Résumé : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
En 1731, des nouvelles de Paris confirment la convalescence d'Iris. Les réactions divergent : L'Amour exprime une grande joie, tandis que sa mère reste froide. L'Amour organise trois jours de festivités dans ses domaines, incluant concerts, comédies, opéras, bals, jeux, festins et un feu d'artifice conçu par Vulcain. Ce dernier, mécontent de son épouse, voit là une opportunité de la mortifier. Lors de la fête, une statue d'Iris, vêtue de l'écharpe divine, sera placée et couronnée par les Grâces, entourée des Plaisirs. Des vers seront lus sur un piédestal de porphyre, soulignant que la beauté d'Iris mérite un culte et des autels.
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45
p. 1986-1987
CHANSON.
Début :
Riez, chantez, jeunesse aimable, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Plaisirs, Censure
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Riez , chantez , jeunesse aimable ,
Suivez vos innocens desirs ;
De
THE
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air de M.
SR.E.
C
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
A OUST. 1987 1731
.
De la censure inévitable ,
Vangez-vous d'un air agréable ,
Punissez- la par vos plaisirs.
Riez , chantez , jeunesse aimable ,
Suivez vos innocens desirs ;
De
THE
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Air de M.
SR.E.
C
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION8.
A OUST. 1987 1731
.
De la censure inévitable ,
Vangez-vous d'un air agréable ,
Punissez- la par vos plaisirs.
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46
p. 3077-3078
ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Début :
Naiade, trop longtemps cachée, [...]
Mots clefs :
Déesses, Tendresses, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
O DE.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
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Résumé : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Le poème célèbre la Fontaine des Jardins de Saint-Gengoulph en Valois. Il invite la Naïade à résider dans ces jardins, propriété d'Eugène et Climène. Le texte souhaite la présence de divinités comme Flore et Zéphyr pour égayer le lieu. La Naïade doit rendre hommage éternel aux maîtres par ses murmures. L'œuvre est signée Me du Chesnay.
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47
p. 59-61
CANTATE.
Début :
Le Printemps couronné de fleurs, [...]
Mots clefs :
Printemps, Plaisirs, Zéphyr, Amant, Charmes
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texteReconnaissance textuelle : CANTATE.
CANTAT E.
E Printemps couronné de fleurs ,
Ramenoit les plaisirs dans notre solitude ,
Quand dans un Bois épais pour trouver ses dous
ceurs ,
Je portai mon inquiétude :
Mais , hélas ! que je fus surpris !
Quel objet ! je trouvai la cruelle Climene
Quidormoit à l'ombre d'un Chêne :
Dij Elle
60 MERCURE DE FRANCE
Elle me paroissoit plus belle que Cypris.
Je restai long-temps immobile,
Charmé de son aspect , ébloui de ses traits :
Helas ! dis-je , comment peut- elle être tranquille
Après m'avoir ôté les douceurs de la paix ?
Zephirs, retenez vos haleines ;
Taisez- vous, aimables Oiseaux ;
Ne coulez plus, claires Fontaines ;
Climene dort sous ces Ormeaux.
Toi , Soleil arrêre ta course
Pour admirer ses doux attraits ;
Fleuve , remonte vers ta sourse
Nimphes , sortez de vos Forêts.
Zephirs , retenez vos haleines ,
Taisez-vous , aimables Oiseaux ,
Ne coulez plus , claires Fontaines
Climene dort sous ces Ormeaux.
Je m'exprimois ainsi , quand près de ma Bergere
Je vis le rédoutable amour
Ce petit Dieu lui fait la Cour ;
Sans doute qu'il la prend pour sa charmante Mere,
Molle
JANVIER. 1732.
Mollement étendu sur un gazon naissant ,
Aux Pavots de Morphée il se livre près d'elle ;
Mon cœur à son aspect cede au desir pressant
D'oser par son secours attendrir la cruelle.
Son Arc et son Carquois rempli de mille traits
Dont la blessure cause une éternelle peine ,
Et qu'il avoit forgés aux beaux yeux de Climene,,
Pendoient à ces Arbres épais.
Perçons le cœur de cette Belle ,
Dis-je alors , forçons-la de m'aimer en ce jour;;
Faisons-lui ressentir une atteinte mortelle
Armons-nous des traits de l'Amour.
Que cette inhumaine
Ressente la peine
Qu'on souffre en aimant
Qu'une même chaîne
Unisse Climent
Et son tendre Amant.
Fapproche , non sans peur , de ces terribles ar
mes ;
Je choisis un trait bien aigu
Et l'ajustant sur l'Arc tendu ,
J'en blesse rudement cet objet plein de charmes,
Helas ce coup me rend plus malheureux ex
cor ;
✪ de mon artifice esperance trop vaine !
Au lieu de m'armer d'un trait d'or ,
Je pris un trait de plomb, qui redoubla sa haine."
Diij MORT
E Printemps couronné de fleurs ,
Ramenoit les plaisirs dans notre solitude ,
Quand dans un Bois épais pour trouver ses dous
ceurs ,
Je portai mon inquiétude :
Mais , hélas ! que je fus surpris !
Quel objet ! je trouvai la cruelle Climene
Quidormoit à l'ombre d'un Chêne :
Dij Elle
60 MERCURE DE FRANCE
Elle me paroissoit plus belle que Cypris.
Je restai long-temps immobile,
Charmé de son aspect , ébloui de ses traits :
Helas ! dis-je , comment peut- elle être tranquille
Après m'avoir ôté les douceurs de la paix ?
Zephirs, retenez vos haleines ;
Taisez- vous, aimables Oiseaux ;
Ne coulez plus, claires Fontaines ;
Climene dort sous ces Ormeaux.
Toi , Soleil arrêre ta course
Pour admirer ses doux attraits ;
Fleuve , remonte vers ta sourse
Nimphes , sortez de vos Forêts.
Zephirs , retenez vos haleines ,
Taisez-vous , aimables Oiseaux ,
Ne coulez plus , claires Fontaines
Climene dort sous ces Ormeaux.
Je m'exprimois ainsi , quand près de ma Bergere
Je vis le rédoutable amour
Ce petit Dieu lui fait la Cour ;
Sans doute qu'il la prend pour sa charmante Mere,
Molle
JANVIER. 1732.
Mollement étendu sur un gazon naissant ,
Aux Pavots de Morphée il se livre près d'elle ;
Mon cœur à son aspect cede au desir pressant
D'oser par son secours attendrir la cruelle.
Son Arc et son Carquois rempli de mille traits
Dont la blessure cause une éternelle peine ,
Et qu'il avoit forgés aux beaux yeux de Climene,,
Pendoient à ces Arbres épais.
Perçons le cœur de cette Belle ,
Dis-je alors , forçons-la de m'aimer en ce jour;;
Faisons-lui ressentir une atteinte mortelle
Armons-nous des traits de l'Amour.
Que cette inhumaine
Ressente la peine
Qu'on souffre en aimant
Qu'une même chaîne
Unisse Climent
Et son tendre Amant.
Fapproche , non sans peur , de ces terribles ar
mes ;
Je choisis un trait bien aigu
Et l'ajustant sur l'Arc tendu ,
J'en blesse rudement cet objet plein de charmes,
Helas ce coup me rend plus malheureux ex
cor ;
✪ de mon artifice esperance trop vaine !
Au lieu de m'armer d'un trait d'or ,
Je pris un trait de plomb, qui redoubla sa haine."
Diij MORT
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Résumé : CANTATE.
Le poème 'Cantate E' relate une scène printanière où le narrateur, en quête de solitude, découvre Climène endormie sous un chêne. Ébloui par sa beauté, il est désarçonné par son indifférence. Il demande à la nature de se taire pour ne pas la réveiller. Il remarque ensuite le dieu Amour endormi près d'elle et décide d'utiliser ses flèches pour attendrir Climène. Cependant, en choisissant une flèche de plomb plutôt qu'une flèche d'or, il ne fait qu'accroître la haine de Climène à son égard, augmentant ainsi son propre malheur.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 426-429
IDILE.
Début :
Plus mon coeur amoureux vous presse de vous rendre, [...]
Mots clefs :
Tircis, Aminte, Bergère, Amour, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : IDILE.
I DILE.-
Tircis.
Lus mon cœur amoureux vous presse de vous s
rendre ,
Plus le vôtre abusé , s'obstine à se deffendre ,
Ainsi coulent nos plus beaux jours ;
Aminte.
Le Dieu d'amour fait trop verser de larmes;
Tircis.
Pour échapper au pouvoir de ses charmes
Vous cherchez mille vains détours.
Aminte.
Du doux Tyran qui cherche à me surprend
Je crains le dangereux poison ;
Je le fuis ; ai-je tort d'opposer ma raison ,
Auxpieges qu'il voudroit me tendre ?
Tircis
MARS. 17328 427
Tircis.
Bergere , craignez moins de vous y laisser
prendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et tendre !
L'Amour a des attraits qu'il faut avoir goutez
Pour pouvoir les comprendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et
tendre!
Ensemble.
Il faut chercher à se guérir ,
Des maux que cause une inhumaine ?
Plutôt que de mourir ,
On doit briser sa chaîne.
Tircis.
Mais si le puissant Dieu , Maître de l'Univers
Qui d'un coup de sa foudre,
Mit les Titans en poudre ,-
Tout inconstant qu'il est , vouloit porter vos fers
Pour venir sur l'herbette ,
Vous parler d'amourette ,
S'il quittoit sa brillante Cour;
Si pour gage dé son'amour ,
Il vous offroit un Sceptre au lieu d'une houlette,
Al'attrait d'un bonheur si doux, si glorieux,
Votre cœur pourroit- il ... , .
Aminte
428 MERCURE DE FRANCE
Aminte.
Ah! s'il étoit possible ,
Qu'Amour rendît mon cœur sensible ,
Le plus puissant de tous les Dieux,
Ne seroit pas l'Amant qui me plairoit le mieux,
Tircis
Que cet aveu flatte mon ame !
Le doux et tendre espoir qui conduit au plaisir ,
Aidé par l'amoureux desir ,
S'efforce à s'expliquer en faveur de ma flamme ;
Mais ce n'est point de l'espoir séducteur >
Aminte, c'est de vous que je voudrois apprendre
Qui seroit ce Rival si rempli de bonheur ,
Qui mieux que Jupiter auroit droit de prétendre
A l'Empire de votre cœur.
Aminte.
Un Berger fidele et tendre ,
S'il me pouvoit jurer une éternelle ardeur.
Tircis.
Je ne connoissois pas mon plus parfait bonheur ;
Aminte , vous m'aimiez vous chérissiez ma flamme !
Et je vous accusois d'une injuste rigueur 1
Ah ! si j'avois plutôt reconnu mon erreur
Que j'aurois épargné de tourmens à mon amèr
Mortelle Divinité,
Bergere
MARS. 1732. 429
Bergere que j'adore ,
'Ah ! vous m'ôtez ma liberté ,
Par des charmes plus doux encore,
Que l'éclat de la beauté.
Aminte.
In vous plaignant de ma froideurextrême ,
Berger , vous parliez autrement.
Tircis.
Si je ne parlois pas de même ;
C'est dans l'excès de mon toutment.
Ensemble.
Ledoux Ruisseau qui coule dans la Plaine ,
Suit son penchant , s'abandonne à son cours;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine ;
Aimons , allons où le desir nous mene;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours ;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine;
Aimons , allons où le desir nous mene ;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours.
Par M. de Balmary de Cabors,
Tircis.
Lus mon cœur amoureux vous presse de vous s
rendre ,
Plus le vôtre abusé , s'obstine à se deffendre ,
Ainsi coulent nos plus beaux jours ;
Aminte.
Le Dieu d'amour fait trop verser de larmes;
Tircis.
Pour échapper au pouvoir de ses charmes
Vous cherchez mille vains détours.
Aminte.
Du doux Tyran qui cherche à me surprend
Je crains le dangereux poison ;
Je le fuis ; ai-je tort d'opposer ma raison ,
Auxpieges qu'il voudroit me tendre ?
Tircis
MARS. 17328 427
Tircis.
Bergere , craignez moins de vous y laisser
prendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et tendre !
L'Amour a des attraits qu'il faut avoir goutez
Pour pouvoir les comprendre.
Quels doux plaisirs , quelles felicitez ,
Quand on aime un Berger discret , fidele et
tendre!
Ensemble.
Il faut chercher à se guérir ,
Des maux que cause une inhumaine ?
Plutôt que de mourir ,
On doit briser sa chaîne.
Tircis.
Mais si le puissant Dieu , Maître de l'Univers
Qui d'un coup de sa foudre,
Mit les Titans en poudre ,-
Tout inconstant qu'il est , vouloit porter vos fers
Pour venir sur l'herbette ,
Vous parler d'amourette ,
S'il quittoit sa brillante Cour;
Si pour gage dé son'amour ,
Il vous offroit un Sceptre au lieu d'une houlette,
Al'attrait d'un bonheur si doux, si glorieux,
Votre cœur pourroit- il ... , .
Aminte
428 MERCURE DE FRANCE
Aminte.
Ah! s'il étoit possible ,
Qu'Amour rendît mon cœur sensible ,
Le plus puissant de tous les Dieux,
Ne seroit pas l'Amant qui me plairoit le mieux,
Tircis
Que cet aveu flatte mon ame !
Le doux et tendre espoir qui conduit au plaisir ,
Aidé par l'amoureux desir ,
S'efforce à s'expliquer en faveur de ma flamme ;
Mais ce n'est point de l'espoir séducteur >
Aminte, c'est de vous que je voudrois apprendre
Qui seroit ce Rival si rempli de bonheur ,
Qui mieux que Jupiter auroit droit de prétendre
A l'Empire de votre cœur.
Aminte.
Un Berger fidele et tendre ,
S'il me pouvoit jurer une éternelle ardeur.
Tircis.
Je ne connoissois pas mon plus parfait bonheur ;
Aminte , vous m'aimiez vous chérissiez ma flamme !
Et je vous accusois d'une injuste rigueur 1
Ah ! si j'avois plutôt reconnu mon erreur
Que j'aurois épargné de tourmens à mon amèr
Mortelle Divinité,
Bergere
MARS. 1732. 429
Bergere que j'adore ,
'Ah ! vous m'ôtez ma liberté ,
Par des charmes plus doux encore,
Que l'éclat de la beauté.
Aminte.
In vous plaignant de ma froideurextrême ,
Berger , vous parliez autrement.
Tircis.
Si je ne parlois pas de même ;
C'est dans l'excès de mon toutment.
Ensemble.
Ledoux Ruisseau qui coule dans la Plaine ,
Suit son penchant , s'abandonne à son cours;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine ;
Aimons , allons où le desir nous mene;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours ;
Fuyons , fuyons une contrainte vaine;
Aimons , allons où le desir nous mene ;
Et qu'ainsi coulent nos beaux jours.
Par M. de Balmary de Cabors,
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Résumé : IDILE.
Le texte relate un dialogue entre Tircis et Aminte, deux personnages amoureux. Tircis souhaite rejoindre Aminte, mais celle-ci hésite, craignant les dangers de l'amour. Tircis vante les plaisirs de l'amour avec un berger fidèle et tendre. Aminte, bien que touchée, exprime ses doutes. Tircis imagine ensuite Jupiter déclarant son amour à Aminte, mais elle préfère un berger fidèle. Tircis, flatté, demande qui est ce rival. Aminte souhaite un berger capable de lui jurer un amour éternel. Tircis regrette ses erreurs passées et avoue son amour. Le dialogue se conclut par une réflexion sur la liberté et le désir, les personnages souhaitant suivre leurs penchants naturels et vivre leurs amours librement, loin des contraintes.
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49
p. 1028-1032
ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
Début :
Peut-être trouverez-vous étonnant, Monsieur, que j'entreprenne de [...]
Mots clefs :
Humeur capricieuse, Femme, Plaisirs, Caractère
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
LOGE de l'Humeur Capricieuse,
par M....
Eut-être trouverez- vous étonnant,
Monsieur , que j'entreprenne de fairol'éloge de l'humeur capricieuse. Ceprojet vous paroîtra nouveau,et ne manquera
pas de Critiques ; mais après plusieurs réAlexions sur les différens effets du caprice
dans toutes les actions de la vie , j'ai.reconnu qué cette humeur pouvoit former un
caractere qui se soutient également lors
qu'on l'a dans sa perfection. C'est aussi
de l'humeur parfaitement capricieuse
que je veux parler, non d'une humeur
foujours bourue , toujours brutale mais
de l'humeur inégale , tantôt gaye , tantôt
triste , quelquefois gracieuse et prévenante , quelquefois fiere et impolie.
,
La Femme me fournira plus aisément
un sujet convenable à mon dessein elle
a seule assez de vivacité assez de ce
feu céleste qui donne de l'élévation à
l'esprit , car il faut nécessairemt un
gérie audessus du commun pour être
capricieux ; il y a dans ce caractere un
merveilleux qui ne se dément jamais ,
et qui surprend toujours ; on peut donc
distinguer dans la femme deux espepeces
MA Y. 1732. 11029
·
6
mary
ces d'humeur capricieuses , l'une dans
le domestique , l'autre dans le monde. La
femme capricieuse dans le domestique est
alternativement en colere pour des bagatelles , tranquille et patiente pour des
choses essentielles ; tantôt elle a pour un
des airs de froideur et de hauteur
tantôt elle est soumise et empressée , et
l'accable de caresses ; elle se moque quelquefois des idées raisonnables qu'il à , et
est ingénieuse à lui déplaire ; quelquefois
elle est gracieuse, attirante;elle le prévient
sur tout un moment après elle le tourne en ridicule , le traite avec mépris , et.
par un changement inesperé elle lui donhe ensuite des marques d'une admiration,
et d'une estime particuliere.. Combien,
l'inconstance naturelle d'un mary n'est-elle point satisfaite avec un tel caractere. II,
a deux femmes dans une. La capricieuse
rend l'autre plus aimable en lui donnant
sans cesse la grace de la nouveauté; le caprice irrite les désirs d'un mary , le tient
entre l'esperance et la crainte , toujours
en suspens , toujours dans cette agitation,
qui empêche de tomber dans la tiedeur et
dans l'indolence; enfin il l'éxcite et le ranimeassez pour lui faireoublier ce qu'il peut
y avoir d'in ipide et d'ennuyeux dans la
longue habitude dumariage. Quel charme
I ÿj pour
1035 MERCURE DE FRANCE
pour un mary de trouver sa femme gaye
quand il craignoit de la trouver en coTere et de mauvaise humeur ! 11 est flaté
d'un bien auquel il ne s'attendoit pas ; il
s'en applaudit , il croit que c'est en sa faveur que s'est fait ce changement , et il
tombenécessairement d'accord en lui-même que les plaisirs ne sont sensibles qu'autant que le caprice en réveille le gout. La
Capricieuse dans le monde esttriste quand
les autres sont gayes , ou elle est gaye
avec tant d'excés qu'elle en déconcerte
les plus enjoüées : elle s'attache à certaines
personnes pendant deux ou trois jours ,
elle les voit d'un air d'amitié la plus sincere , et ne sçauroit les quitter : occupée
ensuite d'un nouvel objet , elle est un
mois sans leur parler , et loin de répondre à leurs honnêtetez et à leurs avances ,
elle les regarde comme si elle ne les avoit
jamais connuës ; elle est douce et flateuse
quelquefois , et quelquefois d'un commerce dur et rebutant : alors vous la verrez
ne pas même regarder ceux qui viennent
chez elle , ne les pas saluer , s'offenser des
politesses qu'on lui fera , prendre du
mauvais côté les choses qui ont deux faees ,se croire insultée quand elle ne l'est
point , et souffrir les choses les plus piquantes, sans s'en plaindre.
t
11
MAY 1732 1031
Il faut donc conclure par les agrémens
d'une femme capricieuse, que rien n'est si
charmant , rien n'est si aimable qu'une
femme parfaitement capricieuse. Pour
moi si le Ciel m'avoit destiné à passer
mes jours avec un aussi rare caractere , je
me croirois des mortels le plus fortunés
rien n'égaleroit la douceur d'une vie dont
les momens seroient si variez , que l'on
n'auroit le tems de s'affliger. pas
Personne n'ignore que ce qui nous tourmente le plus dans le monde , c'est la
Refléxion. On ne fait des reflexions que
quand on tombe dans l'indolence , et que
Poisiveté nous rend à nous- mêmes ; mais
avec une femme capricieuse est- il possible
de rentrer en soi - même? Ne nous occupe t'elle pas tous les instans de notre vie?
tantôt dans la crainte de la voir de mauvaise humeur , tantôt dans l'esperance de
la trouver gaye ; l'amour le plus parfait ,
la tendresse la plus vive pour une femme
"ordinaire , laisse encore du vuide dans le
cœur , et c'est ce vuide qui est trop souvent et si cruellement rempli par mille,
refléxions douloureuses qui naissent tantôt des dégoûts , tantôt des mouvemens.
de jalousie , et toûjours par l'inconstance.
On n'est point exposé à ces chagrins avec
une femme capricieuse ; aussi n'y auraI iij t'il
1032 MERCURE DE FRANCE
t'il jamais que le contraste perpetuel de
son humeur qui puisse remplir le cœur
de l'homme; c'est de cette source que
coule une source inépuisable de plaisirs ,
parce que comme il n'y a point de peines sans refléxions , de- même il n'y a que
des plaisirs où il n'y a point de peines
s'ils est donc vrai que ce soit dans le seul
commerce d'une femme capricieuse que
l'on trouve des plaisirs exempts de refléxions , conséquemment exempts de
peines ; il faut convenir que rien n'égale
le mérite d'une femme capricieuse , puisqu'il n'y a qu'elle qui puisse procurer.
P'homme des plaisirs solides et constans.
par M....
Eut-être trouverez- vous étonnant,
Monsieur , que j'entreprenne de fairol'éloge de l'humeur capricieuse. Ceprojet vous paroîtra nouveau,et ne manquera
pas de Critiques ; mais après plusieurs réAlexions sur les différens effets du caprice
dans toutes les actions de la vie , j'ai.reconnu qué cette humeur pouvoit former un
caractere qui se soutient également lors
qu'on l'a dans sa perfection. C'est aussi
de l'humeur parfaitement capricieuse
que je veux parler, non d'une humeur
foujours bourue , toujours brutale mais
de l'humeur inégale , tantôt gaye , tantôt
triste , quelquefois gracieuse et prévenante , quelquefois fiere et impolie.
,
La Femme me fournira plus aisément
un sujet convenable à mon dessein elle
a seule assez de vivacité assez de ce
feu céleste qui donne de l'élévation à
l'esprit , car il faut nécessairemt un
gérie audessus du commun pour être
capricieux ; il y a dans ce caractere un
merveilleux qui ne se dément jamais ,
et qui surprend toujours ; on peut donc
distinguer dans la femme deux espepeces
MA Y. 1732. 11029
·
6
mary
ces d'humeur capricieuses , l'une dans
le domestique , l'autre dans le monde. La
femme capricieuse dans le domestique est
alternativement en colere pour des bagatelles , tranquille et patiente pour des
choses essentielles ; tantôt elle a pour un
des airs de froideur et de hauteur
tantôt elle est soumise et empressée , et
l'accable de caresses ; elle se moque quelquefois des idées raisonnables qu'il à , et
est ingénieuse à lui déplaire ; quelquefois
elle est gracieuse, attirante;elle le prévient
sur tout un moment après elle le tourne en ridicule , le traite avec mépris , et.
par un changement inesperé elle lui donhe ensuite des marques d'une admiration,
et d'une estime particuliere.. Combien,
l'inconstance naturelle d'un mary n'est-elle point satisfaite avec un tel caractere. II,
a deux femmes dans une. La capricieuse
rend l'autre plus aimable en lui donnant
sans cesse la grace de la nouveauté; le caprice irrite les désirs d'un mary , le tient
entre l'esperance et la crainte , toujours
en suspens , toujours dans cette agitation,
qui empêche de tomber dans la tiedeur et
dans l'indolence; enfin il l'éxcite et le ranimeassez pour lui faireoublier ce qu'il peut
y avoir d'in ipide et d'ennuyeux dans la
longue habitude dumariage. Quel charme
I ÿj pour
1035 MERCURE DE FRANCE
pour un mary de trouver sa femme gaye
quand il craignoit de la trouver en coTere et de mauvaise humeur ! 11 est flaté
d'un bien auquel il ne s'attendoit pas ; il
s'en applaudit , il croit que c'est en sa faveur que s'est fait ce changement , et il
tombenécessairement d'accord en lui-même que les plaisirs ne sont sensibles qu'autant que le caprice en réveille le gout. La
Capricieuse dans le monde esttriste quand
les autres sont gayes , ou elle est gaye
avec tant d'excés qu'elle en déconcerte
les plus enjoüées : elle s'attache à certaines
personnes pendant deux ou trois jours ,
elle les voit d'un air d'amitié la plus sincere , et ne sçauroit les quitter : occupée
ensuite d'un nouvel objet , elle est un
mois sans leur parler , et loin de répondre à leurs honnêtetez et à leurs avances ,
elle les regarde comme si elle ne les avoit
jamais connuës ; elle est douce et flateuse
quelquefois , et quelquefois d'un commerce dur et rebutant : alors vous la verrez
ne pas même regarder ceux qui viennent
chez elle , ne les pas saluer , s'offenser des
politesses qu'on lui fera , prendre du
mauvais côté les choses qui ont deux faees ,se croire insultée quand elle ne l'est
point , et souffrir les choses les plus piquantes, sans s'en plaindre.
t
11
MAY 1732 1031
Il faut donc conclure par les agrémens
d'une femme capricieuse, que rien n'est si
charmant , rien n'est si aimable qu'une
femme parfaitement capricieuse. Pour
moi si le Ciel m'avoit destiné à passer
mes jours avec un aussi rare caractere , je
me croirois des mortels le plus fortunés
rien n'égaleroit la douceur d'une vie dont
les momens seroient si variez , que l'on
n'auroit le tems de s'affliger. pas
Personne n'ignore que ce qui nous tourmente le plus dans le monde , c'est la
Refléxion. On ne fait des reflexions que
quand on tombe dans l'indolence , et que
Poisiveté nous rend à nous- mêmes ; mais
avec une femme capricieuse est- il possible
de rentrer en soi - même? Ne nous occupe t'elle pas tous les instans de notre vie?
tantôt dans la crainte de la voir de mauvaise humeur , tantôt dans l'esperance de
la trouver gaye ; l'amour le plus parfait ,
la tendresse la plus vive pour une femme
"ordinaire , laisse encore du vuide dans le
cœur , et c'est ce vuide qui est trop souvent et si cruellement rempli par mille,
refléxions douloureuses qui naissent tantôt des dégoûts , tantôt des mouvemens.
de jalousie , et toûjours par l'inconstance.
On n'est point exposé à ces chagrins avec
une femme capricieuse ; aussi n'y auraI iij t'il
1032 MERCURE DE FRANCE
t'il jamais que le contraste perpetuel de
son humeur qui puisse remplir le cœur
de l'homme; c'est de cette source que
coule une source inépuisable de plaisirs ,
parce que comme il n'y a point de peines sans refléxions , de- même il n'y a que
des plaisirs où il n'y a point de peines
s'ils est donc vrai que ce soit dans le seul
commerce d'une femme capricieuse que
l'on trouve des plaisirs exempts de refléxions , conséquemment exempts de
peines ; il faut convenir que rien n'égale
le mérite d'une femme capricieuse , puisqu'il n'y a qu'elle qui puisse procurer.
P'homme des plaisirs solides et constans.
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Résumé : ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
Le texte 'Loge de l'Humeur Capricieuse' examine l'éloge de l'humeur capricieuse, un sujet susceptible de critiques. L'auteur distingue l'humeur capricieuse parfaite, qui alterne entre gaieté et tristesse, de l'humeur constamment brutale. Il considère la femme comme le modèle idéal de cette humeur, en raison de sa vivacité et de son esprit élevé. L'auteur identifie deux types de femmes capricieuses : celle du domaine domestique et celle du monde. La femme capricieuse à la maison est imprévisible, passant de la colère à la patience, de la froideur à la soumission. Elle satisfait l'inconstance naturelle de son mari en lui offrant une variété constante, évitant ainsi la monotonie du mariage. Dans le monde, elle est soit triste quand les autres sont gais, soit excessivement gaie, attachante un moment puis indifférente le suivant. L'auteur conclut que les agréments d'une femme capricieuse rendent la vie variée et exemptée de réflexions douloureuses. Une femme capricieuse occupe constamment l'esprit de son partenaire, alternant entre crainte et espoir, et évitant ainsi les chagrins liés à l'indolence et à la jalousie. Ainsi, le commerce avec une femme capricieuse procure des plaisirs solides et constants, exempts de peines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 1109-114
IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Début :
Heureux celui qui, sans affaires, [...]
Mots clefs :
Vie rustique, Champs, Plaisirs, Epodes, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
IMITATION de la seconde Ode
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
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Résumé : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Le texte imite la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace et célèbre les mérites de la vie rustique. Il met en scène un homme heureux qui cultive ses terres, évitant ainsi les tracas et les bruits de la ville. Cet homme vit en harmonie avec la nature, élevant des moutons et des bœufs, et profitant des fruits de son travail. Il prend plaisir à greffer des arbres, à récolter le miel des abeilles, et à soigner ses brebis. Selon les saisons, il trouve du contentement dans les activités agricoles et dans la simplicité de sa vie. En hiver, il chasse et pose des pièges pour se divertir. Il apprécie une vie modeste avec une épouse chaste qui s'occupe du ménage. Il préfère les aliments simples et sains, comme l'oseille et les olives, et se contente de peu pour être heureux. Il sacrifie un chevreau pour honorer les dieux et protège ses animaux des loups. Il se réjouit de voir ses animaux bien nourris et ses bœufs fatigués après le travail. Contrairement à l'usurier Alphius, il ne se laisse pas corrompre par l'argent et les affaires.
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