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1
p. 45-49
LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
Début :
De tous les Dieux que la Fable [...]
Mots clefs :
Fable, Panthéon, Bacchus, Gloire, Temples, Combats, Querelles, Sagesse, Déesses
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texteReconnaissance textuelle : LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
LE PANTHEON BACHIQUE
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
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Résumé : LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
Le texte 'Le Panthéon Bachique' est une ode à Bacchus, le dieu du vin, considéré comme le seul véritable dieu parmi les divinités de la mythologie. L'auteur loue Bacchus pour sa capacité à apaiser les chagrins et à rendre la vie plus agréable. Contrairement à d'autres dieux tels que Jupiter, Neptune, Pluton, Mars, Minerve, Vulcain, Plutus et Momus, dont les domaines ou actions sont jugés moins bénéfiques ou même négatifs, Bacchus est présenté sous un jour favorable. Le poème compare également Bacchus à l'amour et à Apollon, affirmant que le vin inspire plus de poètes que l'eau de la source sacrée d'Hélicon. L'auteur conclut en célébrant Bacchus comme le plus grand des dieux, capable de rendre les repas agréables et de combler les besoins humains mieux que les autres divinités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 3077-3078
ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Début :
Naiade, trop longtemps cachée, [...]
Mots clefs :
Déesses, Tendresses, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
O DE.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
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Résumé : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Le poème célèbre la Fontaine des Jardins de Saint-Gengoulph en Valois. Il invite la Naïade à résider dans ces jardins, propriété d'Eugène et Climène. Le texte souhaite la présence de divinités comme Flore et Zéphyr pour égayer le lieu. La Naïade doit rendre hommage éternel aux maîtres par ses murmures. L'œuvre est signée Me du Chesnay.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 107-126
Le Jugement de Pâris, poëme en quatre chants ; par M. Imbert. in 8o avec figures, prix 4 l. 16 s. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Pissot, libraire, quai de Conti.
Début :
Malgré la décadence de la poësie, malgré les progrès du mauvais goût encouragé [...]
Mots clefs :
Pâris, Vénus, Barthélemy Imbert, Junon, Amour, Auteur, Talent, Esprit, Amant, Coeur, Antiquité, Déesses, Mots, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Le Jugement de Pâris, poëme en quatre chants ; par M. Imbert. in 8o avec figures, prix 4 l. 16 s. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Pissot, libraire, quai de Conti.
LeJugementdeParis, počine en quatre
chants; par M. Imbert. in 8º avecfigu
res , prix 4 1. 16 f. A Amſterdam;
&fe trouve à Paris, chez Piffot , li
braire , quai de Conti.
Malgré ladécadencedelapoësie, mal
gré les progrès dumauvaisgoût encoura
gé par la ligue des auteurs médiocres
qu'un même intérêt aréunis, il s'élève
detems entems de vrais talens qui per
cent la foule& attirent les regards des
connaiſſeurs. Ce qu'on peut remarquer
c'eſt que les talens véritables ſont tous
nourrisdu lait de l'antiquité. Tel était
l'auteur du poëmede Narciſſe qui mal
heureuſement ajointune ſi mauvaiſe fa
bleàun ſtyle excellent, &a brodé ſi ri
chement un canevas ſipauvre &fi mal
choiſi. Tel eſt lejeuneauteurquis'eſt an
Evj
103 MERCURE DE FRANCE.
noncé ſi avantageuſement par quelques
eſſais de traductions des métamorphoſes.
Tel eſt aujourd'hui M. Imbert qui a ſu
trouver de nouvelles richeſſesdans l'une
des mines de l'antiquité qui ſemblaient
être les plus épuisées& rajeunir un ſujet
qui paraiſlaitufé. Tous ces écrivains font
formés par l'étudedesanciens , noncette
étudeſervile quifaitdes pédans ſansgoût
&fansgénie , mais celle qui ajoute aux
dons naturels & rectifie l'eſprit ſans l'ap
peſantir.
On ne fera pas à M. Imbert le même
reproche qu'à M. Malfilâtre. Sa fable eſt
plus heureuſe, l'ordonnance de ſon poë
me eſt plus ſage. Ses chants ſont bien
remplis, les ornemens bien imaginés&
biendiftribués. A l'égard du ſtyle , le lec
teur éclairé en pourrajuger lui même par
les morceauxquenousciterons.
Ondoits'attendrequelapoëſiedefcrip
tivetient beaucoup deplace dans cetou
vrageoù l'actionn'enpeuttenirbeaucoup.
Le poëte peint tout cequ'il rencontre;
mais ſes couleurs font auſſi variées que
brillantes. LeportraitdePâris trouve na
turellement ſa place au commencement
dupremierchant.
Parmi ſes fils ſur leTroyenrivage
JUILLET. 1772. 109
LebonPriam, pèrede ſesſujets,
Voyait Paris, charmant, jeune & volage ,
Couler ſes joursdansle ſeindela paix ,
Les dépenſer en amoureux projets ,
Et ſelivrer aux erreursdubelâge.
Parles talens il ornait ſabeauté ,
DeTerpſicoreil avaitla ſoupleſſe,
D'unpiedliantgliſſait avec molleſſe,
Ouvoltigeait aveclégereté.
Souvent l'écho ſe plaiſait à redire
Deſeschanſons le tour harmonieux,
Etſousſesdoigts il animait ſa lyre
Qui ſoupirait des ſonsvoluptueux.
Suit une deſcription de l'été, étince
lante de poësie.
Loindes gémeaux lecanceremporté
Touchait alors aubout de ſa carrière.
L'ardent lion ſedreſſe avec fierté ,
Enrugiſſantil franchit la barrière ,
Oufrémiſlait ſonorgeuilirrité,
Et ſecouant ſon épaiſſe crinière,
Vient ranimer les fureurs de l'Eté.
L'Etéjaloux decerivald'Hercule,
Detous les feux armelacanicule,
Guideſa marche , & la flammeàlamain
Tel qu'un géantil franchitles montagnes:
Ses pieds brûlans ont flétri les campagnes,
EtdeÇibèleilembraſe le ſein.
110 MERCURE DE FRANCE.
Pâris ſemble mépriſer l'amour& ſe li
vrertout entieràla chaſſe.
VersleScamandreorgueilleux il s'avance.
Surſeshabits la ſuperbe opulence
N'étalait point un faſte éblouiſſant.
Mais plus modeſte& non moinsféduiſant ;
L'art avoit pris une airde négligence.
Sachevelure en longs anneaux flottans
Surſon carquois tombe avecnonchalance ,
Et s'abandonne aucapricedes vents.
Tel &moins beau, versla forêtprochaine,
JeuneAdonis tudérigeais tespas ,
Quand de Paphos l'aimable ſouveraine
Quitta les cieux pour voler dans tes bras.
Ceprince, hierles délicesde Troye
Eſtdevenu la terreur des forêts.
De l'œil àpeine ila guidé ſes traits,
Queletrépas vole& fondſurſaproie.
Aſes regards rienn'échappe aujourd'hui.
Ileſt par-tout , tantôt le trait rapide
Fuit dans lesairs , cherche l'oiſeau timide ,
L'atteint, leperce & retombe avec lui.
Tantôt lecerfde bruyère enbruyère,
Mêlant toujours ſeslarmes à ſon ſang ,-Secoue cu vain la fléche meurtrière
Qu'aveclamortil portedans leflanc.
Cependant Mercure, lecaducée dans
JUILLET. 1772. 11
la main, defcend vers Paris &lui ap
prend que laDiſcordepourſe venger de
n'avoir pas étéinvitéeaux nôces deThé
tis , ajettéſur la table dufeſtinune pom
me où étaientécrit ces mots, àlaplus
belle; que la jalouſie &les rivalités trou.
blentl'Olympe; qu'enfin ons'eſt arrêté à
choiſir entre trois déeſſes , & que pour
avoirunjugementplus impartial , on eſt
convenude s'enrapporteràunhomme ;
quele choix eſt tombé furlui & qu'on
n'appellera pas de ſon arrêt. Bientôt le
Zéphir qui rafraîchit la campagne an
noncel'arrivéedestroisdéeffles.
Maistout-à-coupl'amant delanature,
Zéphir s'éveille , &desairs qu'il épure
Chaſlantbientôt l'été morne &brûlant ,
Avec ſon aîleil ſéme la verdure
Sur la forêt qu'iltapiſſe en volant.
Desarbres verds déjà l'ombre incertaine
FondfurParis&s'étend verslaplaine.
L'ambre plus purexhale ſes odeurs;
Ungazon frais couvre laterre ardente,
Etfait jaillir unemoifion defleurs
Pournuancer fa robeverdoyante.
Desfruitsvermeils chargent legrenadier;
Sur les buiſlons laroſe ſebalance,
Etl'oranger fierdefonopulence,
i
:
{
112 MERCURE DE FRAN CE.
Mêle ſonoràl'ordu citronnier.
La violette ici brille dans l'herbe ,
Ales côtés ſur un arbre voifin
Lavignemonte& court vaine& ſuperbe
Prèsducédra ſuſpendre leraiſin.
Onreconnaîtdansces détails la main
duvrai poëtequi anime &embellittout.
la toilettedes trois rivales eſt encore au
deſſus. C'eſt un morceaud'unebeauté ſu
périeure , malgré quelques légères ta
ches.
L'arteſt un dieu qu'au Cielmême on implore.
Onlechéritquand on eſt ſans appas.
Quandon eſtbelle, on lechérit encore.
Junonparaît, faſtueuſe beauté
Qui s'embellitd'unegracenouvelle.
Lediamant dans l'or pur incruſté
Mêleſes feuxàlapourpre immortelle.
Sa noble écharpe à réplis onduleux
Ceint la déelle &retombe avecgrace.
Divintiſlu dontla ſplendeurefface
Le coloris de cet arc lumineux ,
Quipeintla nue& les airsqu'ilembraſſe.
Reine ſuperbe , elleale frontparé
D'un diadême oùl'éclatd'un or pâle
Ranimeun fond tendrement azuré ,
Etdans ſamainbrille unſceptred'opâle.
ว
JUILLET. 1772. 113
Pallas ornée avec ſimplicité ,
N'eſt pas moins belle avec moinsd'opulenee.
Dans ſes regards une douce fierté ,
Dans ſaparure une ſage élégance.
Balancent bien, Junon, ta majeſté.
Unvoileblanc , monument de ſagloire,
Sert ſesattraits enmarquantſa pudeur ;
Voile charmant où d'undoigtcréateur
Deſontriompheclletraça l'hiſtoire.
L'œil étonné voit fa lance d'airain
Frapper la terre, avecunlongmurmure,
Etl'olivier quijaillit de ſon ſein
Agire encor ſa bruyante verdure.
Afonoreille on ſuſpenditennœuds
Desboucles d'or errantes &captives;
Etdes brillans d'un verd faible&douteux
Ceignent ſon front, façonnés en olives.
Sous ſes habits avec art négligés,
Vénus paraît dédaigner l'artifice;
Les fleurs,le mytteornent l'humble édifice
Deſescheveux enboucles partagés.
L'unedes ſœursqui veillentauprèsd'elle ,
(C'eſt Aglaé) d'abord après lebain ,
Sous le tiflu d'unegaze infidelle
Avaitcaché les tréſors de ſon ſein.
Maisdes odeurs l'eſſencela plus pure
Avait déjà parfumé ſes atours ,
Quandon plaça ladivine ceinture ,
Qui ſertd'azyle & detrône aux amours.
114 MERCURE DE FRANCE.
Parmi lesplis de cemagique ouvrage
Erretoujours uneſſain deplaiſirs ,
Lesdoux attraits &les ardens deſirs ,
Les ris , les jeux , le charmant badinage,
Les vœux ſecrets, lesdétours innocens ,
Lefeintconrroux & les agaceries ,
Piéges adroits qui ſurprennentlesſens ,
Etlivrent l'ame aux douces revêries.
Nous croyons que leslecteurs feront
auffi fatisfaits que nous de l'imagination
quirègne dans ce tableau , quoiqu'on ait
puyremarquerquelquesfautes.C'eſt une
idéeheureuſe&d'un goûtantique d'avoir
peint ſurlevoilede Minerve la naiſſance
del'olivier; mais il ne falloit pas parler
d'unlong murmure que la toile ne peut
jamaistendre.
Pâtis, frappé d'abord de labeautédes
ttois déeſſes , déclare enfin qu'il ne peut
juger des appas que laparure cache àſes
yeux. Ses propoſitions bleſſent l'orgueil
de Junon, lamodeſtie de Pallas, &flat
tent l'amour propre de Vénus. Pâris les
quittepourleurlaiſſerletemsde ſedéter
miner; c'eſt la findupremier chant.
La vanité l'emporte,&lesdéeſſes pa
raiſſent devant leurjugedans toutl'éclat
deleur beauté. Il tombe dans un autre
JUILLET. 1772. 115
embarras. L'admiration & livreſſe fuf
pendent ſonjugement;ildemandegrace,
il veut qu'on luidonneletemsde revenir
àlui pour prononcer. Cependant il offre
à ſouper aux trois divinités , dans un
temple conſacréà l'Amour&qui vit éle
ver ſon enfance loinde lacourdeTroye.
Il promet de décider le lendemain. On
ſe ſépare. Il paſſe la nuitdans l'agitation ,
l'incertitude &les défirs;enfin ilprétend
faire la conquête d'une des trois déeſſes
qu'il doit juger. Il neſe croit pas moins
aimable qu'Endymion , &nelescroitpas
plus ſages que Diane. Ilſeleve pleinde
ceprojet. Næris, l'une des jeunes eſcla
ves qui le ſervent, luiconteàfon reveil
unehiſtoire galante oùDiane couronne
l'amourd'un berger. Cetteanecdorefem
ble faite pourl'encourager,& c'eft, com
meonle voit, un épiſodetrès- agréable
&très-bienplacé. LeTroyenſe pare &
ſediſpoſeàparaîtredevantle déeſſes.
Autroiſième chantPârisſe rendfur un
belvedère qui doit être le théâtre de la
ſcène déciſive. Junon vient l'y trouver ,
&pourluidonnerune idéedeſa puiſſan.
ce&desricheſſesdontelle peutle com
bler, elle transforme le belvédère enun
palaismagique.
116 MERCURE DE FRANCE.
Lediamant&ladouceargentine,
L'ardent rubis , le ſaphir orgueilleux ,
Tout ces brillans , foſſiles précieux ,
D'autres encorde céleſte origine ,
Et réſervés pour le palaisdesdieux ,
Artiſtement façonnés en étoiles ,
Souscettevoûte où ſepeignent les cieux,
Feraient pâlir ces aſtres radieux ,
Qui de la nuitpercentlesſombres voiles.
Delamesd'or leſol eſt parqueté ;
Le pur argents'arrondit en colonnes ,
Etdesbandeaux,desſceptres ,des couronnes,
Brillent ſans ordre épars à loncôté.
Junon lui promet toutes ces récom
penſes , ſi elle obtient le prix; mais s'il
lui eſt refuſé, elle trace le tableau prophé
tique des malheurs qui fondront fur
Troye, fur Priam &fur ſarace. Tout eft
circonstancié depuis l'enlevement d'Hé
léne juſqu'à la mort de Priam. Il ſemble
que Junontienne lelivre des deſtins , &
l'on pourrait lui dire que puiſqu'elle lit
fi biendans ce livre, elle devrait bieny
voir qu'elle n'aura pas la pomme; mais
il nefautpas raiſonner ſi rigoureuſement
avec l'ancienne mythologie , & le poëre
nepouvaitpas ſe refuſer cetableau qui
JUILLE T. 1772. 117
contraſte avec les peintures tiantes dont
le reſte dupoëme eſt rempli.
Pâris refuſe tous lesdonsde Junon , &
ne veutd'autre prixqu'elle même. Junon
indignéede ſon audace, lui déclare que
le ſeul moyen d'en obtenir le pardon ,
eſt de lui décerner la pomme. Elle le
quitte. Minerve vient&faitparaître aux
yeuxdePârisletempledes arts.Ce grand
ſpectacle qu'elle étale , ſon diſcours& fes
promeſſes, bienloinde toucherPâris qui
était ſur le point de lui faire la même
déclaration qu'à Junon , produiſent ſur
lui un effet aſſez ſingulier.
Acedilcours degrands mots hériſſe,
Il croit ouir unelangue étrangère,
Etlent déjàſon cœur vuide&glacé.
Etrangeeffet ! cet amour téméraire
Qu'on vit braver menace, orgueil, prière,
Par la morale eſt ſoudain terraflé.
Il laiſſe en paix cette froideſageſſe;
Etledégoût ſuccéde à ſon ardeur.
Plus dedefir , plus d'aveu; ladéeſſe ,
Graceàl'ennui,garantit ſapudeur.
La même ſincérité quinous a dicté les
juſtes éloges que méritait M. Imbert ,
nous oblige d'obſerver combien il s'eſt
118 MERCURE DE FRANCE.
mépris en mêlant ſi mal-à-propos aux
peintures attachantes de l'antiquité le
perfiflage moderne, ſi rarement plaiſant
&preſque toujours dégoûtant & froid.
C'eſt certainement une faute grave d'a
vilir unde ſesprincipaux perſonnages&
derendre ridicule ladéeſſe des arts &de
la ſageſſe. Pallas nedoit point tenir un
difcours de grands mots hériffé, &cela eſt
ſi vrai que le diſcours qu'elle tientdans
lepoëme n'eſt rien moins queridicule&
ne doit point inſpirerle dégoûtnil'ennui,
Ladéeſſe des arts nedoit pointparler une
langue étrangère àParis que l'antiquité
nous repréſente comme unhommedif
tingué pardes talens agréables, & com
poſant des chanſons pour les Dames
Troyennesſur ſalyre voluptueuſe.
Grataquefæminis
Imbelli cithará carmina divides.
HOR.
Pallas devait lui inſpirerdu reſpect,
&non pasdudégoût. L'auteur a voulu
foutenir ici le caractère qu'il donne àPa
ris, dont il ditdans lepremierchant :
Infecte aílé , papillonde toilette ,
Il poſlédoit la chroniquedujour
JUILLET. 1772. 119
Savaitàfondlamode&l'étiquette.
vif, enjoué , fertile en jolis riens ,
Jamaisfavant , craignantdeleparaître.
Brefil étaità la cour des Troyens,
Cequ'on appelle enFranceunpetit maître.
Mais c'eſt encore une faute dans M.
Imbert d'avoir donné ce caractère au hé
rosde ſonpoëme. Pourquoi lui attribuer
destravers , lorſqu'il faut lerendre inté
reſſant ? fi M. Imberteûtſongé combien
unpetitmaîtrequipeutamuſer unmoment
dans une comédie , eſtun minceperſon
nage dansun poëme, il eut rendu Pâris
amoureuxdeVénusdès lepremier chant,
au lieu d'atendre juſqu'au quatrième , &
delui faireconcevoir lesprojets d'un fat.
Cette idée de donner la pomme à celle
dont il ferait la conquête , &de riſquer
la même entrepriſe ſur les trois rivalesa
pû paraîtreplaiſante àl'auteur; mais dans
unpoëme dontletoneſtengénéral noble
&ſérieux , cetteſaillie comique faitune
diſparate choquante& ôte toutintérêt au
caractère de Paris. Si l'auteur ſe rend à
l'avis de tous les amateurs éclairés qui
s'intéreſſent à ſes talens & àſes ſuccès ,
il corrigera cettepartiede fon ouvrage&
ferade Pâris un homme très-voluptueux
120 MERCURE DE FRANCE.
&très- paſſionné, peu touchédes gran
deurs queJunon lui propoſe,reſpectant
beaucoup la ſageſſe& lesarts , maistrou
vantqu'ils ne ſuffiſentpas pour le bon
heur , &n'enviſageant ce bonheur que
dans la poſſeſſion de Vénus qu'il préfére
à la puiſſance , à la ſageſſe &aux arts.
Revenons.
Vénus tranſportelesdélices dePaphos
ſousles yeuxde Pâris. Il céde àl'impref.
ſionde cettedouce magie. Il ſent lebe
ſoin du plaiſir. Il aime Vénus; il fait l'a
veudeſon amour,&promet la pomme
àla déeſle pour prixde ſesfaveurs. Vé
nusl'écoute ſanscolère; maisellene veut
pasqu'il doive ſa victoire à l'intérêt ou à
la vanité. Plus délicate que Pâris , elle
veut d'abord qu'il prononce en juge, &
qu'il attende comme amantce que l'a
mourvoudra bien lui accorder.
Le quatrième chant nous repréſente
Pâris plus épris deVénusdepuisles eſpé
rances qu'il lui adonnées. Vénus elle
mêmepartage ſa paſſion. L'amourableſſé
ſa mère, elleporteletraitdansſon cœur.
Cechant nous offredes peintures char
mantes.
Enviſitant les corbeillesde Flore,
Vénus rêvait comme on rêve enaimant.
De
JUILLET. 1772. 121
Defleur enfleurun inſtinctqu'elle ignore
Guideſes pas vers ceux deſonamant.
Deux cœurs épris ſe fuiraientvainement ;
Sans le ſavoir, ilsſe cherchentencore.
Va, cours , Pâris ; Vénus cueilledes fleurs;
Préviens les vœux; compoſeuneguirlande ,
Et ſans nourrir d'impuiſſantes douleurs ,
Porteà ſes pieds tes vœux &ton offrande.
Il part, il vole. Aveugledans ſon choix ,
Il ſaiſit tout; ſi ſamain trop hâtée
Cueille une roſe, elle en effeuille trois,
Impatient, il ſe trouble, & trois fois
Avecla fleur la tige eſt emportée.
Seule irritant l'œil jaloux de Pâris ,
Tu n'ıras point embellirce qu'il aime ,
Tendre anémone où reſpire Adonis ,
Où cet amant ſe ſurvit à lui-même.
Pâris aux pieds de Vénuslai préſente
le bouquet qu'il vientde cueillir. Vénus
veut le fuir & reſte près de lui. Iljure
qu'il ſera refpectueux. Il s'affied à ſes
pieds.
L'un des oiſeaux que Vénus a nourris ,
Vient à leurs yeux étaler ſon plumage;
Priſmevivantdes couleurs de l'Iris ,
Vole au tourd'eux , bât de l'aîle & plusſage;
Vaſe poſerdans le ſein de Cypris.
Touteftbaisé, l'oiſeau tendre & folâtre
1. Vol.ン
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Erre par-tour, roucoulant, becquetant,
Feint d'échapper, va ,revient àl'inſtant ,
Etdela queueépanoüit l'albâtre.
Souvent de l'aîle il ſemble, amant jaloux ,
Couverle ſein de labelle déeſle.
Souvent l'oileau bailé ſur lesgenoux
De l'amant mêmealarme la tendretle.
Bannis l'effroi dont ton cœur eſt frappé ,
Heureux amant, ton triomphe s'apprête.
Sous ce plumage amour enveloppé ,
Ates tranſports vient livrer taconquête.
Ledieu malin uſant d'un doux loiſir
Etplus hardi par fa métamorphoſe,
En ſejouantla diſpoſe au plaiſir ,
Etde ſonbec, dansſes lévresde roſe,
Fait circuler tousles feux du defir.
Soudain Vénus s'attendrit & foupire.
Son œildéjà de plaiſir enivré
Cherche le prince & l'enflamme & l'attire,
Pâris ſe trouble, & fon cœur pénétré
Demeure enproie auxflammes du délire.
Desdeux amans lerangeſt confondu.
Plus debarrière entre le Ciel & l'homme.
Unfrais nuage autourd'eux étendu
D'unor fluide adéjà fait un dôme ;
Et cet arrêtdans l'aireſt entendu;
Pâris triomphe& Vénusa la pomme.
L'Echo frappé répondàcette voix ;
Tous lesamoursinvitéspar leurfrère,
:
1772.
JUILLET.
Volentſur l'heure &vuident ſon carquois;
Cent traits de feudécochés àla fois
Enſecroifant traverſent l'hémisphère.
Telquandl'hymen parnos vœuxréclamé
Brûlenos Roisde ſesflammes fécondes ,
Desmains de l'art le ſalpêtre allumé,
Sediviſant en fléches vagabondes ,
Vole&descieux fend l'azur enflammé.
Vénusjouit; toutreſſent ſonivreſſe.
Sous lesglaçons la tremblantevieilleſſe
Retrouve encor la chaleurdu printems.
Unfeu précoce enhardit la jeuneſſe
Et les époux reſſemblent aux amans.
123
On voit que M. Imbert a dans ſon
ſtyle beaucoup d'élégance , un heureux
choix de mots, de laverve , de l'imagi
nation , & qu'il nelui manque que ce
degré dematurité,&cette fûreté de goût
que le temsſeul peutdonner& qu'il ac
querra d'autant plus aisémentqu'il étu
diera le natureldesanciens&qu'il évite
ra avec plusde ſoin l'affectation& le faux
bel eſprit , aujourd'huitrop à la mode.
Cepoëme eſt ſuivide poëſiesdiverſes
dontpluſieurs font très agréables. Tels
ſont par exemple des contes de huit ou
dixvers , narrés avec rapidité&avec pré
ciion.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Au pauvre Jean, prochaine baſtonnade
Etait promiſe; iln'allait qu'à tâtons ,
Il ne rêvait , ne voyait que bâtons ;
Tousles recoins cachaient quelque embuſcade.
Bâtons unjours'eſcrimant ſur ſa peau
Firent beaubruit; maisJeanloindeſeplaindre;
Ah!bon, dit il , rajuſtant ſon manteau;
Dieu ſoit béni; jen'aiplus rien àcraindre.
En voici un autre dontla tournure eſt
imitéed'une épigramme de Rouſſeau.
Unlavantaſſe, eſprit froid&péſant,
Voulait un jour déprimer un poëte ;
Lors il plaiſante en fort mauvais plaiſant,
Etrit toutſeuldesbons motsqu'illui jette.
Eſprit ſavant, diſait cet érudit,
C'eſtgrand malheur que tu foisun ignare.
Hommeſavant, repritl'autre, homme rare,
C'eſtgrand malheurque tu manquesd'eſprit.
On trouve auſſi quelques fables. Les
deux meilleures font le Pécher&le Pay
Jan&fonfils.
Il feroit à fouhaiter que l'auteur retran
châtde fon receuil dans une nouvelle
éditionpluſieurs morceaux qui ne font
pasdignes de fon talent,une épître aux
Muſes ,un dialogue entre Molière & Poin
finet,le bouquet de l'Amitié,ThérefeDanet
JUILLET. 1772. 125
àEuphémie, &c. M.Imbert a cruceſujet
intereſſant & il ne l'eſt que trop. Mais il
auraitdû faire réflexion quedansla bou.
chede cesinfortunésdont le malheur eſt
fi réel & fi proche denous, un langage
poëtique qu'ils n'ont jamais pû tenir, fi
étranger àleurétat & à leur fituation , eſt
abfolument fans illuſion & fans intérêt.
D'ailleurs il fautbien ſe garder de faire
dire des chofes communes aux grandes
douleurs&ThéreſeDanetn'enditguères
d'autres. La meilleurede ces pièces fugi
tives eſtune epître de l'auteurà un poëme
Sansgravure.
Allez, mes vers, troupe légère ,
Doux enfans dela volupté.
Allez de ma témérité
Trouverla peine ou le ſalaire,
La mortou l'immortalité.
Vous murmurez; dieux quel augure!
Mais jedevine; aſſurément
Leburin cauſe ce murmure.
Vous voudriez modeſtement
Emprunter fa riche impoſture,
Et ſuppléer adroitement
Ala beauté par la parure.
OCiel! quel air d'austérité !
Medirez-vous ; quoi ! ta fierté
Brave tout juſqu'à l'étiquette!
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Mais c'eſt folie envérité.
Voit- on une muſe ainſi faite
Soutenir avec dignité
Et le coup-d'œil de labeauté
Etlegrandjourdela toilette ?
Ah!quelle affreuſe nudité!
S'écriera la jeune coquette.
Quoicelaparle volupté !
Vite, emportez-moi ceſquelette,
J'en ai tout le cœur attriſté.
Souventpour fuirun tel outrage,
Omesvers !onſepare envain.
LePublic pour nouseſt d'airain,
EtLongueil & fonartdivin
Hâtent ſouvent notre naufrage.
Je l'ai vu ce Public malin
Perfifler d'un air inhumain
Legraveur , l'auteur& l'ouvrage.
Eh!moinsd'apprêt, c'eſt leplusſage:
N'allonspasmériter enfin
Son fuffrage par leburin,
Maisle burin par ſon fuffrage.
Quandvous aurez ſu réuffir ;
Sous uneparure étrangère ,
Vouspourrez vous enorgueillir.
Rienne meſſiedà quifaitplaire.
Quandon déplaît, on abeaufaire ,
Etſe parer , c'eſt s'enlaidir.
chants; par M. Imbert. in 8º avecfigu
res , prix 4 1. 16 f. A Amſterdam;
&fe trouve à Paris, chez Piffot , li
braire , quai de Conti.
Malgré ladécadencedelapoësie, mal
gré les progrès dumauvaisgoût encoura
gé par la ligue des auteurs médiocres
qu'un même intérêt aréunis, il s'élève
detems entems de vrais talens qui per
cent la foule& attirent les regards des
connaiſſeurs. Ce qu'on peut remarquer
c'eſt que les talens véritables ſont tous
nourrisdu lait de l'antiquité. Tel était
l'auteur du poëmede Narciſſe qui mal
heureuſement ajointune ſi mauvaiſe fa
bleàun ſtyle excellent, &a brodé ſi ri
chement un canevas ſipauvre &fi mal
choiſi. Tel eſt lejeuneauteurquis'eſt an
Evj
103 MERCURE DE FRANCE.
noncé ſi avantageuſement par quelques
eſſais de traductions des métamorphoſes.
Tel eſt aujourd'hui M. Imbert qui a ſu
trouver de nouvelles richeſſesdans l'une
des mines de l'antiquité qui ſemblaient
être les plus épuisées& rajeunir un ſujet
qui paraiſlaitufé. Tous ces écrivains font
formés par l'étudedesanciens , noncette
étudeſervile quifaitdes pédans ſansgoût
&fansgénie , mais celle qui ajoute aux
dons naturels & rectifie l'eſprit ſans l'ap
peſantir.
On ne fera pas à M. Imbert le même
reproche qu'à M. Malfilâtre. Sa fable eſt
plus heureuſe, l'ordonnance de ſon poë
me eſt plus ſage. Ses chants ſont bien
remplis, les ornemens bien imaginés&
biendiftribués. A l'égard du ſtyle , le lec
teur éclairé en pourrajuger lui même par
les morceauxquenousciterons.
Ondoits'attendrequelapoëſiedefcrip
tivetient beaucoup deplace dans cetou
vrageoù l'actionn'enpeuttenirbeaucoup.
Le poëte peint tout cequ'il rencontre;
mais ſes couleurs font auſſi variées que
brillantes. LeportraitdePâris trouve na
turellement ſa place au commencement
dupremierchant.
Parmi ſes fils ſur leTroyenrivage
JUILLET. 1772. 109
LebonPriam, pèrede ſesſujets,
Voyait Paris, charmant, jeune & volage ,
Couler ſes joursdansle ſeindela paix ,
Les dépenſer en amoureux projets ,
Et ſelivrer aux erreursdubelâge.
Parles talens il ornait ſabeauté ,
DeTerpſicoreil avaitla ſoupleſſe,
D'unpiedliantgliſſait avec molleſſe,
Ouvoltigeait aveclégereté.
Souvent l'écho ſe plaiſait à redire
Deſeschanſons le tour harmonieux,
Etſousſesdoigts il animait ſa lyre
Qui ſoupirait des ſonsvoluptueux.
Suit une deſcription de l'été, étince
lante de poësie.
Loindes gémeaux lecanceremporté
Touchait alors aubout de ſa carrière.
L'ardent lion ſedreſſe avec fierté ,
Enrugiſſantil franchit la barrière ,
Oufrémiſlait ſonorgeuilirrité,
Et ſecouant ſon épaiſſe crinière,
Vient ranimer les fureurs de l'Eté.
L'Etéjaloux decerivald'Hercule,
Detous les feux armelacanicule,
Guideſa marche , & la flammeàlamain
Tel qu'un géantil franchitles montagnes:
Ses pieds brûlans ont flétri les campagnes,
EtdeÇibèleilembraſe le ſein.
110 MERCURE DE FRANCE.
Pâris ſemble mépriſer l'amour& ſe li
vrertout entieràla chaſſe.
VersleScamandreorgueilleux il s'avance.
Surſeshabits la ſuperbe opulence
N'étalait point un faſte éblouiſſant.
Mais plus modeſte& non moinsféduiſant ;
L'art avoit pris une airde négligence.
Sachevelure en longs anneaux flottans
Surſon carquois tombe avecnonchalance ,
Et s'abandonne aucapricedes vents.
Tel &moins beau, versla forêtprochaine,
JeuneAdonis tudérigeais tespas ,
Quand de Paphos l'aimable ſouveraine
Quitta les cieux pour voler dans tes bras.
Ceprince, hierles délicesde Troye
Eſtdevenu la terreur des forêts.
De l'œil àpeine ila guidé ſes traits,
Queletrépas vole& fondſurſaproie.
Aſes regards rienn'échappe aujourd'hui.
Ileſt par-tout , tantôt le trait rapide
Fuit dans lesairs , cherche l'oiſeau timide ,
L'atteint, leperce & retombe avec lui.
Tantôt lecerfde bruyère enbruyère,
Mêlant toujours ſeslarmes à ſon ſang ,-Secoue cu vain la fléche meurtrière
Qu'aveclamortil portedans leflanc.
Cependant Mercure, lecaducée dans
JUILLET. 1772. 11
la main, defcend vers Paris &lui ap
prend que laDiſcordepourſe venger de
n'avoir pas étéinvitéeaux nôces deThé
tis , ajettéſur la table dufeſtinune pom
me où étaientécrit ces mots, àlaplus
belle; que la jalouſie &les rivalités trou.
blentl'Olympe; qu'enfin ons'eſt arrêté à
choiſir entre trois déeſſes , & que pour
avoirunjugementplus impartial , on eſt
convenude s'enrapporteràunhomme ;
quele choix eſt tombé furlui & qu'on
n'appellera pas de ſon arrêt. Bientôt le
Zéphir qui rafraîchit la campagne an
noncel'arrivéedestroisdéeffles.
Maistout-à-coupl'amant delanature,
Zéphir s'éveille , &desairs qu'il épure
Chaſlantbientôt l'été morne &brûlant ,
Avec ſon aîleil ſéme la verdure
Sur la forêt qu'iltapiſſe en volant.
Desarbres verds déjà l'ombre incertaine
FondfurParis&s'étend verslaplaine.
L'ambre plus purexhale ſes odeurs;
Ungazon frais couvre laterre ardente,
Etfait jaillir unemoifion defleurs
Pournuancer fa robeverdoyante.
Desfruitsvermeils chargent legrenadier;
Sur les buiſlons laroſe ſebalance,
Etl'oranger fierdefonopulence,
i
:
{
112 MERCURE DE FRAN CE.
Mêle ſonoràl'ordu citronnier.
La violette ici brille dans l'herbe ,
Ales côtés ſur un arbre voifin
Lavignemonte& court vaine& ſuperbe
Prèsducédra ſuſpendre leraiſin.
Onreconnaîtdansces détails la main
duvrai poëtequi anime &embellittout.
la toilettedes trois rivales eſt encore au
deſſus. C'eſt un morceaud'unebeauté ſu
périeure , malgré quelques légères ta
ches.
L'arteſt un dieu qu'au Cielmême on implore.
Onlechéritquand on eſt ſans appas.
Quandon eſtbelle, on lechérit encore.
Junonparaît, faſtueuſe beauté
Qui s'embellitd'unegracenouvelle.
Lediamant dans l'or pur incruſté
Mêleſes feuxàlapourpre immortelle.
Sa noble écharpe à réplis onduleux
Ceint la déelle &retombe avecgrace.
Divintiſlu dontla ſplendeurefface
Le coloris de cet arc lumineux ,
Quipeintla nue& les airsqu'ilembraſſe.
Reine ſuperbe , elleale frontparé
D'un diadême oùl'éclatd'un or pâle
Ranimeun fond tendrement azuré ,
Etdans ſamainbrille unſceptred'opâle.
ว
JUILLET. 1772. 113
Pallas ornée avec ſimplicité ,
N'eſt pas moins belle avec moinsd'opulenee.
Dans ſes regards une douce fierté ,
Dans ſaparure une ſage élégance.
Balancent bien, Junon, ta majeſté.
Unvoileblanc , monument de ſagloire,
Sert ſesattraits enmarquantſa pudeur ;
Voile charmant où d'undoigtcréateur
Deſontriompheclletraça l'hiſtoire.
L'œil étonné voit fa lance d'airain
Frapper la terre, avecunlongmurmure,
Etl'olivier quijaillit de ſon ſein
Agire encor ſa bruyante verdure.
Afonoreille on ſuſpenditennœuds
Desboucles d'or errantes &captives;
Etdes brillans d'un verd faible&douteux
Ceignent ſon front, façonnés en olives.
Sous ſes habits avec art négligés,
Vénus paraît dédaigner l'artifice;
Les fleurs,le mytteornent l'humble édifice
Deſescheveux enboucles partagés.
L'unedes ſœursqui veillentauprèsd'elle ,
(C'eſt Aglaé) d'abord après lebain ,
Sous le tiflu d'unegaze infidelle
Avaitcaché les tréſors de ſon ſein.
Maisdes odeurs l'eſſencela plus pure
Avait déjà parfumé ſes atours ,
Quandon plaça ladivine ceinture ,
Qui ſertd'azyle & detrône aux amours.
114 MERCURE DE FRANCE.
Parmi lesplis de cemagique ouvrage
Erretoujours uneſſain deplaiſirs ,
Lesdoux attraits &les ardens deſirs ,
Les ris , les jeux , le charmant badinage,
Les vœux ſecrets, lesdétours innocens ,
Lefeintconrroux & les agaceries ,
Piéges adroits qui ſurprennentlesſens ,
Etlivrent l'ame aux douces revêries.
Nous croyons que leslecteurs feront
auffi fatisfaits que nous de l'imagination
quirègne dans ce tableau , quoiqu'on ait
puyremarquerquelquesfautes.C'eſt une
idéeheureuſe&d'un goûtantique d'avoir
peint ſurlevoilede Minerve la naiſſance
del'olivier; mais il ne falloit pas parler
d'unlong murmure que la toile ne peut
jamaistendre.
Pâtis, frappé d'abord de labeautédes
ttois déeſſes , déclare enfin qu'il ne peut
juger des appas que laparure cache àſes
yeux. Ses propoſitions bleſſent l'orgueil
de Junon, lamodeſtie de Pallas, &flat
tent l'amour propre de Vénus. Pâris les
quittepourleurlaiſſerletemsde ſedéter
miner; c'eſt la findupremier chant.
La vanité l'emporte,&lesdéeſſes pa
raiſſent devant leurjugedans toutl'éclat
deleur beauté. Il tombe dans un autre
JUILLET. 1772. 115
embarras. L'admiration & livreſſe fuf
pendent ſonjugement;ildemandegrace,
il veut qu'on luidonneletemsde revenir
àlui pour prononcer. Cependant il offre
à ſouper aux trois divinités , dans un
temple conſacréà l'Amour&qui vit éle
ver ſon enfance loinde lacourdeTroye.
Il promet de décider le lendemain. On
ſe ſépare. Il paſſe la nuitdans l'agitation ,
l'incertitude &les défirs;enfin ilprétend
faire la conquête d'une des trois déeſſes
qu'il doit juger. Il neſe croit pas moins
aimable qu'Endymion , &nelescroitpas
plus ſages que Diane. Ilſeleve pleinde
ceprojet. Næris, l'une des jeunes eſcla
ves qui le ſervent, luiconteàfon reveil
unehiſtoire galante oùDiane couronne
l'amourd'un berger. Cetteanecdorefem
ble faite pourl'encourager,& c'eft, com
meonle voit, un épiſodetrès- agréable
&très-bienplacé. LeTroyenſe pare &
ſediſpoſeàparaîtredevantle déeſſes.
Autroiſième chantPârisſe rendfur un
belvedère qui doit être le théâtre de la
ſcène déciſive. Junon vient l'y trouver ,
&pourluidonnerune idéedeſa puiſſan.
ce&desricheſſesdontelle peutle com
bler, elle transforme le belvédère enun
palaismagique.
116 MERCURE DE FRANCE.
Lediamant&ladouceargentine,
L'ardent rubis , le ſaphir orgueilleux ,
Tout ces brillans , foſſiles précieux ,
D'autres encorde céleſte origine ,
Et réſervés pour le palaisdesdieux ,
Artiſtement façonnés en étoiles ,
Souscettevoûte où ſepeignent les cieux,
Feraient pâlir ces aſtres radieux ,
Qui de la nuitpercentlesſombres voiles.
Delamesd'or leſol eſt parqueté ;
Le pur argents'arrondit en colonnes ,
Etdesbandeaux,desſceptres ,des couronnes,
Brillent ſans ordre épars à loncôté.
Junon lui promet toutes ces récom
penſes , ſi elle obtient le prix; mais s'il
lui eſt refuſé, elle trace le tableau prophé
tique des malheurs qui fondront fur
Troye, fur Priam &fur ſarace. Tout eft
circonstancié depuis l'enlevement d'Hé
léne juſqu'à la mort de Priam. Il ſemble
que Junontienne lelivre des deſtins , &
l'on pourrait lui dire que puiſqu'elle lit
fi biendans ce livre, elle devrait bieny
voir qu'elle n'aura pas la pomme; mais
il nefautpas raiſonner ſi rigoureuſement
avec l'ancienne mythologie , & le poëre
nepouvaitpas ſe refuſer cetableau qui
JUILLE T. 1772. 117
contraſte avec les peintures tiantes dont
le reſte dupoëme eſt rempli.
Pâris refuſe tous lesdonsde Junon , &
ne veutd'autre prixqu'elle même. Junon
indignéede ſon audace, lui déclare que
le ſeul moyen d'en obtenir le pardon ,
eſt de lui décerner la pomme. Elle le
quitte. Minerve vient&faitparaître aux
yeuxdePârisletempledes arts.Ce grand
ſpectacle qu'elle étale , ſon diſcours& fes
promeſſes, bienloinde toucherPâris qui
était ſur le point de lui faire la même
déclaration qu'à Junon , produiſent ſur
lui un effet aſſez ſingulier.
Acedilcours degrands mots hériſſe,
Il croit ouir unelangue étrangère,
Etlent déjàſon cœur vuide&glacé.
Etrangeeffet ! cet amour téméraire
Qu'on vit braver menace, orgueil, prière,
Par la morale eſt ſoudain terraflé.
Il laiſſe en paix cette froideſageſſe;
Etledégoût ſuccéde à ſon ardeur.
Plus dedefir , plus d'aveu; ladéeſſe ,
Graceàl'ennui,garantit ſapudeur.
La même ſincérité quinous a dicté les
juſtes éloges que méritait M. Imbert ,
nous oblige d'obſerver combien il s'eſt
118 MERCURE DE FRANCE.
mépris en mêlant ſi mal-à-propos aux
peintures attachantes de l'antiquité le
perfiflage moderne, ſi rarement plaiſant
&preſque toujours dégoûtant & froid.
C'eſt certainement une faute grave d'a
vilir unde ſesprincipaux perſonnages&
derendre ridicule ladéeſſe des arts &de
la ſageſſe. Pallas nedoit point tenir un
difcours de grands mots hériffé, &cela eſt
ſi vrai que le diſcours qu'elle tientdans
lepoëme n'eſt rien moins queridicule&
ne doit point inſpirerle dégoûtnil'ennui,
Ladéeſſe des arts nedoit pointparler une
langue étrangère àParis que l'antiquité
nous repréſente comme unhommedif
tingué pardes talens agréables, & com
poſant des chanſons pour les Dames
Troyennesſur ſalyre voluptueuſe.
Grataquefæminis
Imbelli cithará carmina divides.
HOR.
Pallas devait lui inſpirerdu reſpect,
&non pasdudégoût. L'auteur a voulu
foutenir ici le caractère qu'il donne àPa
ris, dont il ditdans lepremierchant :
Infecte aílé , papillonde toilette ,
Il poſlédoit la chroniquedujour
JUILLET. 1772. 119
Savaitàfondlamode&l'étiquette.
vif, enjoué , fertile en jolis riens ,
Jamaisfavant , craignantdeleparaître.
Brefil étaità la cour des Troyens,
Cequ'on appelle enFranceunpetit maître.
Mais c'eſt encore une faute dans M.
Imbert d'avoir donné ce caractère au hé
rosde ſonpoëme. Pourquoi lui attribuer
destravers , lorſqu'il faut lerendre inté
reſſant ? fi M. Imberteûtſongé combien
unpetitmaîtrequipeutamuſer unmoment
dans une comédie , eſtun minceperſon
nage dansun poëme, il eut rendu Pâris
amoureuxdeVénusdès lepremier chant,
au lieu d'atendre juſqu'au quatrième , &
delui faireconcevoir lesprojets d'un fat.
Cette idée de donner la pomme à celle
dont il ferait la conquête , &de riſquer
la même entrepriſe ſur les trois rivalesa
pû paraîtreplaiſante àl'auteur; mais dans
unpoëme dontletoneſtengénéral noble
&ſérieux , cetteſaillie comique faitune
diſparate choquante& ôte toutintérêt au
caractère de Paris. Si l'auteur ſe rend à
l'avis de tous les amateurs éclairés qui
s'intéreſſent à ſes talens & àſes ſuccès ,
il corrigera cettepartiede fon ouvrage&
ferade Pâris un homme très-voluptueux
120 MERCURE DE FRANCE.
&très- paſſionné, peu touchédes gran
deurs queJunon lui propoſe,reſpectant
beaucoup la ſageſſe& lesarts , maistrou
vantqu'ils ne ſuffiſentpas pour le bon
heur , &n'enviſageant ce bonheur que
dans la poſſeſſion de Vénus qu'il préfére
à la puiſſance , à la ſageſſe &aux arts.
Revenons.
Vénus tranſportelesdélices dePaphos
ſousles yeuxde Pâris. Il céde àl'impref.
ſionde cettedouce magie. Il ſent lebe
ſoin du plaiſir. Il aime Vénus; il fait l'a
veudeſon amour,&promet la pomme
àla déeſle pour prixde ſesfaveurs. Vé
nusl'écoute ſanscolère; maisellene veut
pasqu'il doive ſa victoire à l'intérêt ou à
la vanité. Plus délicate que Pâris , elle
veut d'abord qu'il prononce en juge, &
qu'il attende comme amantce que l'a
mourvoudra bien lui accorder.
Le quatrième chant nous repréſente
Pâris plus épris deVénusdepuisles eſpé
rances qu'il lui adonnées. Vénus elle
mêmepartage ſa paſſion. L'amourableſſé
ſa mère, elleporteletraitdansſon cœur.
Cechant nous offredes peintures char
mantes.
Enviſitant les corbeillesde Flore,
Vénus rêvait comme on rêve enaimant.
De
JUILLET. 1772. 121
Defleur enfleurun inſtinctqu'elle ignore
Guideſes pas vers ceux deſonamant.
Deux cœurs épris ſe fuiraientvainement ;
Sans le ſavoir, ilsſe cherchentencore.
Va, cours , Pâris ; Vénus cueilledes fleurs;
Préviens les vœux; compoſeuneguirlande ,
Et ſans nourrir d'impuiſſantes douleurs ,
Porteà ſes pieds tes vœux &ton offrande.
Il part, il vole. Aveugledans ſon choix ,
Il ſaiſit tout; ſi ſamain trop hâtée
Cueille une roſe, elle en effeuille trois,
Impatient, il ſe trouble, & trois fois
Avecla fleur la tige eſt emportée.
Seule irritant l'œil jaloux de Pâris ,
Tu n'ıras point embellirce qu'il aime ,
Tendre anémone où reſpire Adonis ,
Où cet amant ſe ſurvit à lui-même.
Pâris aux pieds de Vénuslai préſente
le bouquet qu'il vientde cueillir. Vénus
veut le fuir & reſte près de lui. Iljure
qu'il ſera refpectueux. Il s'affied à ſes
pieds.
L'un des oiſeaux que Vénus a nourris ,
Vient à leurs yeux étaler ſon plumage;
Priſmevivantdes couleurs de l'Iris ,
Vole au tourd'eux , bât de l'aîle & plusſage;
Vaſe poſerdans le ſein de Cypris.
Touteftbaisé, l'oiſeau tendre & folâtre
1. Vol.ン
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Erre par-tour, roucoulant, becquetant,
Feint d'échapper, va ,revient àl'inſtant ,
Etdela queueépanoüit l'albâtre.
Souvent de l'aîle il ſemble, amant jaloux ,
Couverle ſein de labelle déeſle.
Souvent l'oileau bailé ſur lesgenoux
De l'amant mêmealarme la tendretle.
Bannis l'effroi dont ton cœur eſt frappé ,
Heureux amant, ton triomphe s'apprête.
Sous ce plumage amour enveloppé ,
Ates tranſports vient livrer taconquête.
Ledieu malin uſant d'un doux loiſir
Etplus hardi par fa métamorphoſe,
En ſejouantla diſpoſe au plaiſir ,
Etde ſonbec, dansſes lévresde roſe,
Fait circuler tousles feux du defir.
Soudain Vénus s'attendrit & foupire.
Son œildéjà de plaiſir enivré
Cherche le prince & l'enflamme & l'attire,
Pâris ſe trouble, & fon cœur pénétré
Demeure enproie auxflammes du délire.
Desdeux amans lerangeſt confondu.
Plus debarrière entre le Ciel & l'homme.
Unfrais nuage autourd'eux étendu
D'unor fluide adéjà fait un dôme ;
Et cet arrêtdans l'aireſt entendu;
Pâris triomphe& Vénusa la pomme.
L'Echo frappé répondàcette voix ;
Tous lesamoursinvitéspar leurfrère,
:
1772.
JUILLET.
Volentſur l'heure &vuident ſon carquois;
Cent traits de feudécochés àla fois
Enſecroifant traverſent l'hémisphère.
Telquandl'hymen parnos vœuxréclamé
Brûlenos Roisde ſesflammes fécondes ,
Desmains de l'art le ſalpêtre allumé,
Sediviſant en fléches vagabondes ,
Vole&descieux fend l'azur enflammé.
Vénusjouit; toutreſſent ſonivreſſe.
Sous lesglaçons la tremblantevieilleſſe
Retrouve encor la chaleurdu printems.
Unfeu précoce enhardit la jeuneſſe
Et les époux reſſemblent aux amans.
123
On voit que M. Imbert a dans ſon
ſtyle beaucoup d'élégance , un heureux
choix de mots, de laverve , de l'imagi
nation , & qu'il nelui manque que ce
degré dematurité,&cette fûreté de goût
que le temsſeul peutdonner& qu'il ac
querra d'autant plus aisémentqu'il étu
diera le natureldesanciens&qu'il évite
ra avec plusde ſoin l'affectation& le faux
bel eſprit , aujourd'huitrop à la mode.
Cepoëme eſt ſuivide poëſiesdiverſes
dontpluſieurs font très agréables. Tels
ſont par exemple des contes de huit ou
dixvers , narrés avec rapidité&avec pré
ciion.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Au pauvre Jean, prochaine baſtonnade
Etait promiſe; iln'allait qu'à tâtons ,
Il ne rêvait , ne voyait que bâtons ;
Tousles recoins cachaient quelque embuſcade.
Bâtons unjours'eſcrimant ſur ſa peau
Firent beaubruit; maisJeanloindeſeplaindre;
Ah!bon, dit il , rajuſtant ſon manteau;
Dieu ſoit béni; jen'aiplus rien àcraindre.
En voici un autre dontla tournure eſt
imitéed'une épigramme de Rouſſeau.
Unlavantaſſe, eſprit froid&péſant,
Voulait un jour déprimer un poëte ;
Lors il plaiſante en fort mauvais plaiſant,
Etrit toutſeuldesbons motsqu'illui jette.
Eſprit ſavant, diſait cet érudit,
C'eſtgrand malheur que tu foisun ignare.
Hommeſavant, repritl'autre, homme rare,
C'eſtgrand malheurque tu manquesd'eſprit.
On trouve auſſi quelques fables. Les
deux meilleures font le Pécher&le Pay
Jan&fonfils.
Il feroit à fouhaiter que l'auteur retran
châtde fon receuil dans une nouvelle
éditionpluſieurs morceaux qui ne font
pasdignes de fon talent,une épître aux
Muſes ,un dialogue entre Molière & Poin
finet,le bouquet de l'Amitié,ThérefeDanet
JUILLET. 1772. 125
àEuphémie, &c. M.Imbert a cruceſujet
intereſſant & il ne l'eſt que trop. Mais il
auraitdû faire réflexion quedansla bou.
chede cesinfortunésdont le malheur eſt
fi réel & fi proche denous, un langage
poëtique qu'ils n'ont jamais pû tenir, fi
étranger àleurétat & à leur fituation , eſt
abfolument fans illuſion & fans intérêt.
D'ailleurs il fautbien ſe garder de faire
dire des chofes communes aux grandes
douleurs&ThéreſeDanetn'enditguères
d'autres. La meilleurede ces pièces fugi
tives eſtune epître de l'auteurà un poëme
Sansgravure.
Allez, mes vers, troupe légère ,
Doux enfans dela volupté.
Allez de ma témérité
Trouverla peine ou le ſalaire,
La mortou l'immortalité.
Vous murmurez; dieux quel augure!
Mais jedevine; aſſurément
Leburin cauſe ce murmure.
Vous voudriez modeſtement
Emprunter fa riche impoſture,
Et ſuppléer adroitement
Ala beauté par la parure.
OCiel! quel air d'austérité !
Medirez-vous ; quoi ! ta fierté
Brave tout juſqu'à l'étiquette!
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Mais c'eſt folie envérité.
Voit- on une muſe ainſi faite
Soutenir avec dignité
Et le coup-d'œil de labeauté
Etlegrandjourdela toilette ?
Ah!quelle affreuſe nudité!
S'écriera la jeune coquette.
Quoicelaparle volupté !
Vite, emportez-moi ceſquelette,
J'en ai tout le cœur attriſté.
Souventpour fuirun tel outrage,
Omesvers !onſepare envain.
LePublic pour nouseſt d'airain,
EtLongueil & fonartdivin
Hâtent ſouvent notre naufrage.
Je l'ai vu ce Public malin
Perfifler d'un air inhumain
Legraveur , l'auteur& l'ouvrage.
Eh!moinsd'apprêt, c'eſt leplusſage:
N'allonspasmériter enfin
Son fuffrage par leburin,
Maisle burin par ſon fuffrage.
Quandvous aurez ſu réuffir ;
Sous uneparure étrangère ,
Vouspourrez vous enorgueillir.
Rienne meſſiedà quifaitplaire.
Quandon déplaît, on abeaufaire ,
Etſe parer , c'eſt s'enlaidir.
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Résumé : Le Jugement de Pâris, poëme en quatre chants ; par M. Imbert. in 8o avec figures, prix 4 l. 16 s. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Pissot, libraire, quai de Conti.
Le texte critique le poème 'Le Jugement de Paris' en quatre chants, écrit par M. Imbert. Malgré la décadence générale de la poésie, des talents authentiques subsistent, inspirés par l'étude de l'antiquité. L'auteur reconnaît le style excellent de M. Imbert, bien que la fable soit parfois faible. Le poème met en scène Paris, fils de Priam, décrit comme charmant et volage, passionné par la chasse et la musique. L'action se déroule en été, avec des descriptions poétiques de la nature et des activités de Paris. Mercure informe Paris d'un concours entre trois déesses pour déterminer la plus belle. La nature réagit à leur arrivée, et chaque déesse est détaillée. Junon, par exemple, est décrite avec une beauté fastueuse et majestueuse. Les déesses Junon, Minerve et Vénus apparaissent devant Paris, chacune tentant de le convaincre de lui attribuer la pomme d'or. Junon montre à Paris un voile blanc symbolisant sa gloire et raconte la légende de la naissance de l'olivier. Minerve présente un temple des arts. Vénus, parée de fleurs et de myrtes, dédaigne l'artifice. Troublé par la beauté des déesses, Paris décide de prendre du temps pour réfléchir. Junon tente de le séduire avec des richesses et des bijoux, mais Paris refuse les offres de Junon et Minerve, trouvant cette dernière froide et ennuyeuse. La critique reproche à M. Imbert plusieurs erreurs et incohérences, notamment la représentation ridicule et ennuyeuse de Pallas Athéna et le caractère inadapté de Paris, décrit comme un 'petit maître'. Le texte suggère que Paris aurait dû être représenté comme un homme voluptueux et passionné. La scène culminant avec l'union de Vénus et Paris est louée pour son élégance et son imagination. L'écriture de M. Imbert est décrite comme élégante, avec un choix heureux de mots, mais manque encore de maturité et de sûreté de goût. La critique suggère de retirer certains morceaux de la prochaine édition et loue l'épître à un poème sans gravure comme la meilleure pièce fugitive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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