Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 281-2[91]
Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, que vous estes dans l'impatience de sçavoir [...]
Mots clefs :
Colbert, Fête des Sceaux, Divertir, Faste, Opéra d'Hermione, Plaisirs, Dames, Tables, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Je croy, Madame , que vous eftes dans l'impatience de ſça- voir ce qui s'eſt paſſé à la Feſte de Sceaux; il eſt temps de fa- tisfaire voſtre curioſité. Le
Roy voulant faire l'honneur à
M' Colbertd'y aller voir ſa bel- le Maiſon , choiſit le jour de cette Promenade ; & ce ſage Miniſtre en ayant eſté averty ,
ſe prépara àl'y recevoir en ze- léSujet qui attendſon Maître,
&un Maiſtre comme le Roy.
Il ne chercha point àfaire une de cesFeſtes ſomptueuſes dont l'exceſſive dépéſe n'attire ſou- vent que le deſordre,& qui fa- risfont plus l'ambition de ceux qui les donnent , qu'elles ne cauſent de plaisir à ceux pour quionles fait.Laprofufion qui s'y trouve ſemble n'appartenir
GALANT. 203 qu'aux Souverains ; & quand oncherche plus àdivertirqu'à faire bruit par le faſte , on s'at- tache moins à cequi coûte ex- traordinairement , qu'à ce qui doit paroiſtre agreable. C'eſt ceque fitMColbert aveccette prudence qui accompagnė toutes ſes actions. Il ſongea ſeulement à une Reception bienentenduë, &il voulut que la propreté,le bon ordre , &la diverſité des plaiſirs , tinſſent lieu de cette ſomptuoſité ex- traordinaire , qu'il n'eutpûja- mais porter affez loin , s'il l'eut voulu proportionner à la grace que luy faifoit le plus grand Prince duMonde.Cetheureux
jour venu , il fit aſſembler tous les Habitans dés le matin, leur
appris le deſſein que le Roy avoit de venir à Sceaux ; &
204 LE MERCVRE pour augmenter la joye qu'ils luy en firent paroiſtre , & leur donner lieu de garder long- temps le ſouvenirdel'honneur que Sa Majesté luy faiſoit , il leur dit qu'ils devoient payer une année de Taille au Roy ,
mais qu'ils fongeaſſent ſeule- ment à trouver dequoy ſatis- faire aux fix premiers mois , &
qu'ilpayeroitle reſte poureux.
Ils ſe retirerent fort ſatisfaits,
&ſe furent préparer àdonner des marques publiques de la joye qu'ils avoient de voir le Roy. Ce Prince n'en décou- vritpourtantrienaux environs de Sceaux, tout y eſtoit tran- quile , &l'on n'eut pas meſime dit en entrant dans la Maiſon
de M Colbert , qu'on y euſt fait aucuns préparatifs pourla Reception de Leurs Majeſtez.
Elles
GALANT. 205
10
10
후
el
Elles en voulurent voir d'abord les
Apartemens , dont les Ornemens &
les Meubles eſtoient dans cette merveilleuſe propreté , qui n'arreſte pas moins les yeux que l'extraordinaire magnificence. Onſepromenaen ſuite, &ce ne fut pas fans admirerplu- ſieurs endroits particuliers du Iardin.
LaPromenade fut interrompuë par le Divertiſſement du Prologue de l'O- péra d'Hermione , apres lequel on acheva de voir les raretez du Iardin.
LesPlaiſirs ſe rencontrerentpar tout.
D'un coſté il y avoit des Voix , des Inſtrumens de l'autre;&le tout eftant <
YON
court,agreable,dőné à propos,&fans eſtre attendu,divertiſſoitde plus d'une maniere ; point de confufion, &toû- joursnouvelle ſurpriſe.Ie nevous par- le pointdu Souper,tout yestoit digne de celuy qui le donnoit ; on ne peut rien dire de plus fort pour marquer une extreme propreté , jointe à tout ceque lesMets les mieux afſaiſonnez
peuvent avoir dedélicateſſe. M. Col- bert ſervit le Roy & la Reyne ; &
Monſeigneur le Dauphin fut ſervy_
Tome V. S
206 LE MERCVRE
parM leMarquisde Segnelay. Leurs Majeſtez s'eſtant aſſiſes , & aupres d'elles Monſeigneur le Dauphin,Ma- demoiselle d'Orleans , Madame la Grand' Ducheffe,&Mademoiſelle de
Blois; le Roy fit mettre àtable plu- ſieurs Dames , dont je ne m'engage pas àvous dire des noms ſelon leur rang. Ces Dames furent Mademoi- ſelle d'Elbeuf, Madame la Duchefſe
de Richelieu , Madame de Bethune,
Madame deMonteſpan , Madame la Mareſchale de Humieres, Madame la
Cõteffe deGuiche,Mad.de Thiange,
Mad. la Marquiſe de la Ferté , Mad.
d'Eudicour , Mad. Colbert , Mad. la Ducheffe de Chevreuſe , Madame la
Comteffe de S. Aignan , Madame la Marquiſe de Segnelay, & Mademoi- ſelle Colbert. Toutes ces Dames furent ſervies par les Gens de M Col- bert , le Roy n'ayant voulu donner cet ordre à aucun de ſes Officiers. Il
yavoitdeux autres Tablesend'autres Salles , àl'une deſquelles eſtoit M¹ le Duc, & à l'autre Mr le Prince de Conty,Mr de la Rocheſur-Yon fon
GALANT. 207 Frere, &M le Ducde Vermandois,
avec pluſieurs autres Perſonnes des plus qualifiées de la Cour. M le Duc deChevreuſe, &M le Comte de S.
Aignan , firent les honneurs de ces deux Tables. Le Soupé fut ſuivy d'un Feu d'Artifice admirable, qui divertit d'autant plus,que ce beau Lieu'eftant tout remplis d'Echos, le bruit que les Boëtes faifoient eſtoit redoublé de
toutes parts. Ce ne fut pas la ſeule furpriſe que caufa ce Feu ; il n'y avoit point d'apparence qu il y en dust avoirdans le lieu où il parut, & l'étonnement futgrandlors qu'on le vit brûler tout à coup, &qu'il ſe fit entendre. Les Villages eirconvoiſins commencerent alors à donner des
marquesde leurs allegreffe,& l'on en vit fortir enmeſmetemps un nombre infiny de Fuſées Volantes dans toute l'étenduë de l'Horiſon qui peut eftre veuë du Chafteau ; de maniere qu'on euſt dit que le Village de Sceaux ne vouloit pas ſeulement témoigner la joye qu'il reſſentoit de voir un fi grandRoy , mais encor que toute la
{
Sij
208 LE MERCVRE Nature vouloit contribuer à ſes plai
firs.
Le feu fut à peine finy, que toute laCourentradansl'Orangerie,où elle fut de nouveau agreablement ſurpri- ſe. Elle trouva dans le même endroit
où l'on avoit chanté quelques Airs de l'Opéra , un Theatre magnifique,
avecdes enfoncemens admirables. Il
paroifſoit avoir eſté mis là par en- chantement, àcauſe du peu de temps qu'on avoit eu pour le dreffer. M'le Bruny avoitdonné ſes ſoins, &rien n'y manquoit. La Phédre de Mº de Racine y fut repreſentée, &applau- die à fon ordinaire. Cette Fête parût finie avec la Comédie, & M² Colbert eut l'avantage d'entendre dire à Sa Majesté , qu'elle ne s'eſtoit jamais plus agreablement divertie. Apeine fut-elle horsduChâteau, qu'elle trou- vade nouvelles Fêtes,& vit briller de
nouveaux Feux. Tout estoit en joye,
on dançoit d'un coſté,on chantoitde l'autre. Les Hautbois ſe faiſoient entendre parmyles cris de Vive le Roy,
&les Violons ſembloient ſervir d'E-
1
Σ
S
F
di
ار
GALANT. 209
choàtous ces cris d'allegreffe. Iamais on ne vit de Nuit ſi bien éclairée ;
tous les Arbres eſtoient chargez de lumieres , & les Chemins eftoient
couverts de feüillées. Toutes les Paï-.
ſannes dançoient deſſous ; elles n'a- voient rien oublié de tout ce qui les
pouvoit rendre propres ; & quantité de Bourgeoiſes qui vouloient prendre part à la Feſte, s'eſtoient mêlées avec elles. Ce fut ainſi que Mª Colbert di- vertit le Roypar des ſurpriſes agrea- bles ,&des plaiſirs toûjours renaif- fans lesunsdes autres. Ses ordres furent executez avec tant de juſteſſe &
tant d'exactitude , que tout divertit également dans cette Feſte , & qu'il n'y eutpointde confufion. Onpeut dire qu'elle fut ſompcueufe,ſans faſte,
&abondante en toutes choſes , ſans
qu'il y euſt rien de ſuperflu.
Roy voulant faire l'honneur à
M' Colbertd'y aller voir ſa bel- le Maiſon , choiſit le jour de cette Promenade ; & ce ſage Miniſtre en ayant eſté averty ,
ſe prépara àl'y recevoir en ze- léSujet qui attendſon Maître,
&un Maiſtre comme le Roy.
Il ne chercha point àfaire une de cesFeſtes ſomptueuſes dont l'exceſſive dépéſe n'attire ſou- vent que le deſordre,& qui fa- risfont plus l'ambition de ceux qui les donnent , qu'elles ne cauſent de plaisir à ceux pour quionles fait.Laprofufion qui s'y trouve ſemble n'appartenir
GALANT. 203 qu'aux Souverains ; & quand oncherche plus àdivertirqu'à faire bruit par le faſte , on s'at- tache moins à cequi coûte ex- traordinairement , qu'à ce qui doit paroiſtre agreable. C'eſt ceque fitMColbert aveccette prudence qui accompagnė toutes ſes actions. Il ſongea ſeulement à une Reception bienentenduë, &il voulut que la propreté,le bon ordre , &la diverſité des plaiſirs , tinſſent lieu de cette ſomptuoſité ex- traordinaire , qu'il n'eutpûja- mais porter affez loin , s'il l'eut voulu proportionner à la grace que luy faifoit le plus grand Prince duMonde.Cetheureux
jour venu , il fit aſſembler tous les Habitans dés le matin, leur
appris le deſſein que le Roy avoit de venir à Sceaux ; &
204 LE MERCVRE pour augmenter la joye qu'ils luy en firent paroiſtre , & leur donner lieu de garder long- temps le ſouvenirdel'honneur que Sa Majesté luy faiſoit , il leur dit qu'ils devoient payer une année de Taille au Roy ,
mais qu'ils fongeaſſent ſeule- ment à trouver dequoy ſatis- faire aux fix premiers mois , &
qu'ilpayeroitle reſte poureux.
Ils ſe retirerent fort ſatisfaits,
&ſe furent préparer àdonner des marques publiques de la joye qu'ils avoient de voir le Roy. Ce Prince n'en décou- vritpourtantrienaux environs de Sceaux, tout y eſtoit tran- quile , &l'on n'eut pas meſime dit en entrant dans la Maiſon
de M Colbert , qu'on y euſt fait aucuns préparatifs pourla Reception de Leurs Majeſtez.
Elles
GALANT. 205
10
10
후
el
Elles en voulurent voir d'abord les
Apartemens , dont les Ornemens &
les Meubles eſtoient dans cette merveilleuſe propreté , qui n'arreſte pas moins les yeux que l'extraordinaire magnificence. Onſepromenaen ſuite, &ce ne fut pas fans admirerplu- ſieurs endroits particuliers du Iardin.
LaPromenade fut interrompuë par le Divertiſſement du Prologue de l'O- péra d'Hermione , apres lequel on acheva de voir les raretez du Iardin.
LesPlaiſirs ſe rencontrerentpar tout.
D'un coſté il y avoit des Voix , des Inſtrumens de l'autre;&le tout eftant <
YON
court,agreable,dőné à propos,&fans eſtre attendu,divertiſſoitde plus d'une maniere ; point de confufion, &toû- joursnouvelle ſurpriſe.Ie nevous par- le pointdu Souper,tout yestoit digne de celuy qui le donnoit ; on ne peut rien dire de plus fort pour marquer une extreme propreté , jointe à tout ceque lesMets les mieux afſaiſonnez
peuvent avoir dedélicateſſe. M. Col- bert ſervit le Roy & la Reyne ; &
Monſeigneur le Dauphin fut ſervy_
Tome V. S
206 LE MERCVRE
parM leMarquisde Segnelay. Leurs Majeſtez s'eſtant aſſiſes , & aupres d'elles Monſeigneur le Dauphin,Ma- demoiselle d'Orleans , Madame la Grand' Ducheffe,&Mademoiſelle de
Blois; le Roy fit mettre àtable plu- ſieurs Dames , dont je ne m'engage pas àvous dire des noms ſelon leur rang. Ces Dames furent Mademoi- ſelle d'Elbeuf, Madame la Duchefſe
de Richelieu , Madame de Bethune,
Madame deMonteſpan , Madame la Mareſchale de Humieres, Madame la
Cõteffe deGuiche,Mad.de Thiange,
Mad. la Marquiſe de la Ferté , Mad.
d'Eudicour , Mad. Colbert , Mad. la Ducheffe de Chevreuſe , Madame la
Comteffe de S. Aignan , Madame la Marquiſe de Segnelay, & Mademoi- ſelle Colbert. Toutes ces Dames furent ſervies par les Gens de M Col- bert , le Roy n'ayant voulu donner cet ordre à aucun de ſes Officiers. Il
yavoitdeux autres Tablesend'autres Salles , àl'une deſquelles eſtoit M¹ le Duc, & à l'autre Mr le Prince de Conty,Mr de la Rocheſur-Yon fon
GALANT. 207 Frere, &M le Ducde Vermandois,
avec pluſieurs autres Perſonnes des plus qualifiées de la Cour. M le Duc deChevreuſe, &M le Comte de S.
Aignan , firent les honneurs de ces deux Tables. Le Soupé fut ſuivy d'un Feu d'Artifice admirable, qui divertit d'autant plus,que ce beau Lieu'eftant tout remplis d'Echos, le bruit que les Boëtes faifoient eſtoit redoublé de
toutes parts. Ce ne fut pas la ſeule furpriſe que caufa ce Feu ; il n'y avoit point d'apparence qu il y en dust avoirdans le lieu où il parut, & l'étonnement futgrandlors qu'on le vit brûler tout à coup, &qu'il ſe fit entendre. Les Villages eirconvoiſins commencerent alors à donner des
marquesde leurs allegreffe,& l'on en vit fortir enmeſmetemps un nombre infiny de Fuſées Volantes dans toute l'étenduë de l'Horiſon qui peut eftre veuë du Chafteau ; de maniere qu'on euſt dit que le Village de Sceaux ne vouloit pas ſeulement témoigner la joye qu'il reſſentoit de voir un fi grandRoy , mais encor que toute la
{
Sij
208 LE MERCVRE Nature vouloit contribuer à ſes plai
firs.
Le feu fut à peine finy, que toute laCourentradansl'Orangerie,où elle fut de nouveau agreablement ſurpri- ſe. Elle trouva dans le même endroit
où l'on avoit chanté quelques Airs de l'Opéra , un Theatre magnifique,
avecdes enfoncemens admirables. Il
paroifſoit avoir eſté mis là par en- chantement, àcauſe du peu de temps qu'on avoit eu pour le dreffer. M'le Bruny avoitdonné ſes ſoins, &rien n'y manquoit. La Phédre de Mº de Racine y fut repreſentée, &applau- die à fon ordinaire. Cette Fête parût finie avec la Comédie, & M² Colbert eut l'avantage d'entendre dire à Sa Majesté , qu'elle ne s'eſtoit jamais plus agreablement divertie. Apeine fut-elle horsduChâteau, qu'elle trou- vade nouvelles Fêtes,& vit briller de
nouveaux Feux. Tout estoit en joye,
on dançoit d'un coſté,on chantoitde l'autre. Les Hautbois ſe faiſoient entendre parmyles cris de Vive le Roy,
&les Violons ſembloient ſervir d'E-
1
Σ
S
F
di
ار
GALANT. 209
choàtous ces cris d'allegreffe. Iamais on ne vit de Nuit ſi bien éclairée ;
tous les Arbres eſtoient chargez de lumieres , & les Chemins eftoient
couverts de feüillées. Toutes les Paï-.
ſannes dançoient deſſous ; elles n'a- voient rien oublié de tout ce qui les
pouvoit rendre propres ; & quantité de Bourgeoiſes qui vouloient prendre part à la Feſte, s'eſtoient mêlées avec elles. Ce fut ainſi que Mª Colbert di- vertit le Roypar des ſurpriſes agrea- bles ,&des plaiſirs toûjours renaif- fans lesunsdes autres. Ses ordres furent executez avec tant de juſteſſe &
tant d'exactitude , que tout divertit également dans cette Feſte , & qu'il n'y eutpointde confufion. Onpeut dire qu'elle fut ſompcueufe,ſans faſte,
&abondante en toutes choſes , ſans
qu'il y euſt rien de ſuperflu.
Fermer
Résumé : Description de la Feste de Sceaux. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite du roi à la maison de Monsieur Colbert à Sceaux. Colbert, ayant été informé de la visite royale, se prépara en privilégiant la propreté, le bon ordre et la diversité des plaisirs, sans chercher à organiser une fête somptueuse. Le jour de la visite, il rassembla les habitants de Sceaux pour leur annoncer la venue du roi et leur offrir une réduction de la taille pour l'année. La visite du roi et de la reine se déroula sans signe apparent de préparation, mais ils découvrirent une maison et un jardin impeccables. La promenade fut agrémentée de divers divertissements, comme la représentation du prologue de l'opéra 'Hermione' et une visite des jardins. Le souper fut servi par Colbert lui-même, avec une grande propreté et délicatesse. Après le souper, un feu d'artifice impressionnant fut tiré, suivi d'une représentation de 'Phèdre' de Racine dans un théâtre improvisé. La nuit se poursuivit avec des danses, des chants et des illuminations, créant une atmosphère joyeuse et festive. La fête fut marquée par des surprises agréables et des plaisirs continus, sans confusion ni excès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer