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1
p. 68-72
A MADAME *** En luy envoyant un Cartaut de Muscat, au lieu de Bouquet, le jour de sa Feste.
Début :
Je vous envoye deux Lettres de Mr Vignier de Richelieu. / Je suis bien fâché, Illustre & Charmante Reyne, de ce que [...]
Mots clefs :
Reine, Illustre, Fleurs, Bacchus, Ennemi, Brillante, Belle, Bonheur, Liqueur
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME *** En luy envoyant un Cartaut de Muscat, au lieu de Bouquet, le jour de sa Feste.
Je vous envoye deux Lettres
de M' Vignier de Richelieu
. Elles font d'un Caractere
GALANT. 69
à ne vous déplaire pas. L'une
à eftre écrite à une Dame , qui
ayant eu la Féve la veille des
Roys , fut nommée la Reyne
Marteffinde
..
52:SSS25ES : 5225555
A MADAME ***
Enluy envoyant unCartaut de Mufcat,
au lieu de Bouquet , le jour
defa Fefte.
E fuis bien fâché , Illuftre &
Charmante Reyne , de ce que
voftre Fefte arrive dans une Sai
fon où il n'y a pas de Fleurs affez
belles pour vous faire unBouquet .
Je fçay bien qu'en tout Temps,
70 MERCURE
L'Efté , l'Hyver, l'Automne , & le ?
Printemps,
Le Parnaffe a des Fleurs, mais helas,
quelle peine!
Quand on croit bien choisir, il arrive
Souvent,
Que loin d'avoir touché le coeur
d'une inhumaine,
Autant en emporte le Vent. "-
Je me fuis donc moins attaché é
à la forme qu'à la matiere du à
Bouquet. On ne me prendrà pass
fans doute pour un Galant de
Flore. On croira pluftoft que
Bacchus eft mon Patron, .
Mais qu'il le foit, ou qu'il ne le foit
peint,
Honnyfoit qui peut en mefdire;
Iefuisfriand au dernier points.
>
GALANT. 71
Du Fruit qui croit dansfou Em
pine.
Le froid eft l'ennemy des
Fleurs , & on les méprife dés
qu'elles ont perdu leur éclat ;
mais il n'en est pas de mefme de
ce charme des Humains. Plus il
géle , & plus il a de brillant & de
force pour fe faire aymer
.
C'eft une verité connuë,
Qu'ilfçaitparfa vive couleur,
Charmer d'abord la vuë
Et gagner enfuite le coeur.
J'efpere , Belle Reyne , que
vous en ferez l'épreuve .
Et que vostre gouft delicat,
M'aura pas de regret auchangez ·
72 MERCURE
Si je vous donne un Cartaut de
Mufcat,
Pour un Bouquet de fleur d'orange.
Quand vous ferez à Table avec
ces heureuſes Perfonnes que vous
avez honorées , des plus confiderables
Charges de voftre Cour,
ce ne vous fera pas un petit plaifir
de voir que toutes,
En beuvant de cette Liqueur,
Entonneront à voftre honneur,
Des Chansons à douzaine,
Qui toutes auront pour Refrein ,
Rien n'eftfi beau que noftre Reyne,
Et rien n'eftfi bon que fon Vin.
de M' Vignier de Richelieu
. Elles font d'un Caractere
GALANT. 69
à ne vous déplaire pas. L'une
à eftre écrite à une Dame , qui
ayant eu la Féve la veille des
Roys , fut nommée la Reyne
Marteffinde
..
52:SSS25ES : 5225555
A MADAME ***
Enluy envoyant unCartaut de Mufcat,
au lieu de Bouquet , le jour
defa Fefte.
E fuis bien fâché , Illuftre &
Charmante Reyne , de ce que
voftre Fefte arrive dans une Sai
fon où il n'y a pas de Fleurs affez
belles pour vous faire unBouquet .
Je fçay bien qu'en tout Temps,
70 MERCURE
L'Efté , l'Hyver, l'Automne , & le ?
Printemps,
Le Parnaffe a des Fleurs, mais helas,
quelle peine!
Quand on croit bien choisir, il arrive
Souvent,
Que loin d'avoir touché le coeur
d'une inhumaine,
Autant en emporte le Vent. "-
Je me fuis donc moins attaché é
à la forme qu'à la matiere du à
Bouquet. On ne me prendrà pass
fans doute pour un Galant de
Flore. On croira pluftoft que
Bacchus eft mon Patron, .
Mais qu'il le foit, ou qu'il ne le foit
peint,
Honnyfoit qui peut en mefdire;
Iefuisfriand au dernier points.
>
GALANT. 71
Du Fruit qui croit dansfou Em
pine.
Le froid eft l'ennemy des
Fleurs , & on les méprife dés
qu'elles ont perdu leur éclat ;
mais il n'en est pas de mefme de
ce charme des Humains. Plus il
géle , & plus il a de brillant & de
force pour fe faire aymer
.
C'eft une verité connuë,
Qu'ilfçaitparfa vive couleur,
Charmer d'abord la vuë
Et gagner enfuite le coeur.
J'efpere , Belle Reyne , que
vous en ferez l'épreuve .
Et que vostre gouft delicat,
M'aura pas de regret auchangez ·
72 MERCURE
Si je vous donne un Cartaut de
Mufcat,
Pour un Bouquet de fleur d'orange.
Quand vous ferez à Table avec
ces heureuſes Perfonnes que vous
avez honorées , des plus confiderables
Charges de voftre Cour,
ce ne vous fera pas un petit plaifir
de voir que toutes,
En beuvant de cette Liqueur,
Entonneront à voftre honneur,
Des Chansons à douzaine,
Qui toutes auront pour Refrein ,
Rien n'eftfi beau que noftre Reyne,
Et rien n'eftfi bon que fon Vin.
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Résumé : A MADAME *** En luy envoyant un Cartaut de Muscat, au lieu de Bouquet, le jour de sa Feste.
Le texte présente deux lettres de M. Vignier de Richelieu, écrites dans un style galant. La première lettre est destinée à une dame surnommée la Reine Martessinde, à l'occasion de sa fête. L'auteur regrette de ne pouvoir lui offrir un bouquet de fleurs en raison de la saison. Il lui envoie donc un cartaut de muscat, soulignant que, bien que les fleurs soient éphémères, le charme humain perdure et peut conquérir les cœurs. Il espère que la reine appréciera ce présent et que ses invités chanteront en son honneur lors d'un repas, répétant que 'rien n'est beau que notre Reine, et rien n'est bon que son vin'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 138-146
Lettre en Prose & en Vers à Mademoiselle de Scudery, sur la mort de son Perroquet. [titre d'après la table]
Début :
Le nom de Vertron me fait souvenir d'une Lettre que / MADEMOISELLE. En lisant le Mercure j'apprens la triste nouvelle [...]
Mots clefs :
Perroquet, Mort, Vers, Lettre, Impromptu
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texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en Vers à Mademoiselle de Scudery, sur la mort de son Perroquet. [titre d'après la table]
Le nom de Vertron me
fait fouvenir d'une Lettre que
vous ferez bien aife de voir.
Il l'a écrite à l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , fur la
mort de fon Perroquet .
MADEMOISELLE
En lifant le Mercure jap
prens la trifte nouvelle de la
mort de voſtre inimitable Perroquet.
En verité je prens tou
te la part qu'un Ami doit
prendre à la perte d'un oiſeau
ཡནམའོི་་ི་
GALNIM 139
de fon illuftre Amie , qui en
faifoit le plus doux de fes
plaifirs.
Confolez vous du Perroquet,
Recevez en un en peinture;
OV
Celay cyn'a point de caquet,
Mais ilplaira par fa figure.
Je ne doute point que les
Mufes Françoiles , & les Italiennes,
parmy lefquelles vous
brillez , ne vous témoignent
leur fenfibilité pour ce qui
vous touche ; & certes ,
Mademoiselle
, fi Pithagore , ce
Philofophe fameux , Auteur de
la Metempficofe , revenoit
dans le nouveau Siecle , il ai
Mij
146 MERCURE
meroit mieux que fon ame
paffaft dans le corps de votre
Perroquet , pour le ranimer ,
& pour vous réjouir , que dans
celuy d'un cheval qu'il prétend
avoir efté. Mais fans nous ar
refter icy à combattre fon
opinion de la
tranfmigration
drs Ames , il faut avouër , Mademoiſelle
, que voſtre Perroquet
eftoit un joly animal.
Pardonnez à ce mor échapé,
& excufez moy , fi je parle
ainfi d'une petite befte qui
avoit tant d'efprits , int
Je le dis en une parole ,
*3)Qui n'en auroit à voſtre écoles
GALANT. 140
Que Perfe ceffe de nous
vanter dans le Prologue de
fes Satires un certain Perroquet,
qui avoit appris à don
ner tous les matins le bon jour
à fon Maistre. Levoftre quien
faifoit de même , en pronon
çant fi diftinctement le beau
noni de fa chere Maiftreffe ,
SAPHO , aura des Epitaphes
& des Eloges Funebres , comme
en a eu celuy de Madame
de Foix , lequel , fi j'ay bonne
memoire , mourut le 6. Février
1682. Toutes les perfonnes
qui ont l'avantage d'avoir
avec yous un commerce de
14ª MERCURE
Vers , ne manqueront Pas d'en
faire. Je juge que vostre agréa
ble Fauvette ſe confolera aifément
de n'avoir plus un fi
dangereux Rival , qui partageoit
vos momens de loifir &
voftre coeur.
Les Oiseaux , foit dans l'air , ou
no bien dans une cage ,
N'aiment , non plus que nous , un
femblable partage.
939523
Le Sonnet de M ' l'Abbé
de Poiffy , fur le fujet de voſtre
perte , eftoit digne de voftre
réponſe , rien n'eft plus fpirituel
de part & d'autre,
GALANT. 143
Votre Oifeaufurpaffoul'Aigle de
Jupiter ;
Pour vous feule Apollon fe fair
Pharmacopole.
En langage divinje ne fuis qu'un
Frater ,
Mais Poißy pour les Vers eft un
Xantre
Nicole .
Je ne sçaurois achever ce Sonnet
fur de vieilles rimes , que
ce galant Abbé vient de rem .
plir de nouvelles penfêes avec
tant de fuccés .
Pour l'efprit, pour le coeur point de
captivité:
En Vers comme en amourje veux
ma liberté,
144 MERCURE
Cependant pour vous plaire ,
Mademoiſelle, j'ay tâché d'ac.
corder dans cet Impromptu la
Rime avec la Raiſon ; jugezen
, je vous prie , fouveraine
ment , vous qui fçûtes toujours
fi bien unir l'une & l'autre
dans vos Ouvrages.
Enfin il n'eft donc plus celuy , dont
le
ramage , [ nuit.
Sapho, vous charmoit jour ,
Faloufe de cet avantage,
La fiere Parque l'a détruit .
Que ne puis je avec vous parta .
ger l'heritage!
Vous garderiez fa plume , &
j'auroisfon langage ;
Le
GALANT 45
Le vostre fçait charmer le plus
grand des Humains ;
Sans eftre tout parfait rien ne fort
de vos mains.
Si vous me faites l'honneur de
répondre à ma Lettre , je demeure
dans l'lfle des Perro
quets , proche Meſdemoiſelles
de Tronchot .
Celuy de ces aimables Soeurs
Parfa voix charme les oreilles,
Ses Maiftreffes, ces deux Merveilles
,
Par leurs appas charment les
voeurs.
Soyez perfuadée , Mademoitelle
, que dans le ferieux ,
Septembre 1699.
N
146 MERCURE
comme dans la bagatelle , je
ne manqueray jamais de vous
marquer ou ma doulenr , ou
ma joye , prenant intereſt à
tout ce qui vous regarde , en
qualité de voſtre , &c.
fait fouvenir d'une Lettre que
vous ferez bien aife de voir.
Il l'a écrite à l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , fur la
mort de fon Perroquet .
MADEMOISELLE
En lifant le Mercure jap
prens la trifte nouvelle de la
mort de voſtre inimitable Perroquet.
En verité je prens tou
te la part qu'un Ami doit
prendre à la perte d'un oiſeau
ཡནམའོི་་ི་
GALNIM 139
de fon illuftre Amie , qui en
faifoit le plus doux de fes
plaifirs.
Confolez vous du Perroquet,
Recevez en un en peinture;
OV
Celay cyn'a point de caquet,
Mais ilplaira par fa figure.
Je ne doute point que les
Mufes Françoiles , & les Italiennes,
parmy lefquelles vous
brillez , ne vous témoignent
leur fenfibilité pour ce qui
vous touche ; & certes ,
Mademoiselle
, fi Pithagore , ce
Philofophe fameux , Auteur de
la Metempficofe , revenoit
dans le nouveau Siecle , il ai
Mij
146 MERCURE
meroit mieux que fon ame
paffaft dans le corps de votre
Perroquet , pour le ranimer ,
& pour vous réjouir , que dans
celuy d'un cheval qu'il prétend
avoir efté. Mais fans nous ar
refter icy à combattre fon
opinion de la
tranfmigration
drs Ames , il faut avouër , Mademoiſelle
, que voſtre Perroquet
eftoit un joly animal.
Pardonnez à ce mor échapé,
& excufez moy , fi je parle
ainfi d'une petite befte qui
avoit tant d'efprits , int
Je le dis en une parole ,
*3)Qui n'en auroit à voſtre écoles
GALANT. 140
Que Perfe ceffe de nous
vanter dans le Prologue de
fes Satires un certain Perroquet,
qui avoit appris à don
ner tous les matins le bon jour
à fon Maistre. Levoftre quien
faifoit de même , en pronon
çant fi diftinctement le beau
noni de fa chere Maiftreffe ,
SAPHO , aura des Epitaphes
& des Eloges Funebres , comme
en a eu celuy de Madame
de Foix , lequel , fi j'ay bonne
memoire , mourut le 6. Février
1682. Toutes les perfonnes
qui ont l'avantage d'avoir
avec yous un commerce de
14ª MERCURE
Vers , ne manqueront Pas d'en
faire. Je juge que vostre agréa
ble Fauvette ſe confolera aifément
de n'avoir plus un fi
dangereux Rival , qui partageoit
vos momens de loifir &
voftre coeur.
Les Oiseaux , foit dans l'air , ou
no bien dans une cage ,
N'aiment , non plus que nous , un
femblable partage.
939523
Le Sonnet de M ' l'Abbé
de Poiffy , fur le fujet de voſtre
perte , eftoit digne de voftre
réponſe , rien n'eft plus fpirituel
de part & d'autre,
GALANT. 143
Votre Oifeaufurpaffoul'Aigle de
Jupiter ;
Pour vous feule Apollon fe fair
Pharmacopole.
En langage divinje ne fuis qu'un
Frater ,
Mais Poißy pour les Vers eft un
Xantre
Nicole .
Je ne sçaurois achever ce Sonnet
fur de vieilles rimes , que
ce galant Abbé vient de rem .
plir de nouvelles penfêes avec
tant de fuccés .
Pour l'efprit, pour le coeur point de
captivité:
En Vers comme en amourje veux
ma liberté,
144 MERCURE
Cependant pour vous plaire ,
Mademoiſelle, j'ay tâché d'ac.
corder dans cet Impromptu la
Rime avec la Raiſon ; jugezen
, je vous prie , fouveraine
ment , vous qui fçûtes toujours
fi bien unir l'une & l'autre
dans vos Ouvrages.
Enfin il n'eft donc plus celuy , dont
le
ramage , [ nuit.
Sapho, vous charmoit jour ,
Faloufe de cet avantage,
La fiere Parque l'a détruit .
Que ne puis je avec vous parta .
ger l'heritage!
Vous garderiez fa plume , &
j'auroisfon langage ;
Le
GALANT 45
Le vostre fçait charmer le plus
grand des Humains ;
Sans eftre tout parfait rien ne fort
de vos mains.
Si vous me faites l'honneur de
répondre à ma Lettre , je demeure
dans l'lfle des Perro
quets , proche Meſdemoiſelles
de Tronchot .
Celuy de ces aimables Soeurs
Parfa voix charme les oreilles,
Ses Maiftreffes, ces deux Merveilles
,
Par leurs appas charment les
voeurs.
Soyez perfuadée , Mademoitelle
, que dans le ferieux ,
Septembre 1699.
N
146 MERCURE
comme dans la bagatelle , je
ne manqueray jamais de vous
marquer ou ma doulenr , ou
ma joye , prenant intereſt à
tout ce qui vous regarde , en
qualité de voſtre , &c.
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3
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
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Résumé : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Dans une lettre, Me Gravelot félicite deux amis pour leur capacité à jouir des plaisirs honnêtes durant les fêtes. Leur récit synodique a profondément inspiré sa muse. Il compare sa situation à celle des convives joyeux de la Croix de Lorraine, soulignant que la tristesse de leur absence stimule sa créativité. Il admire leurs nombreuses admiratrices et leur philosophie amoureuse, les comparant aux désirs décrits par Horace. Gravelot avoue s'ennuyer dans son environnement actuel, ayant volontairement évité certaines connaissances pour ne pas regretter davantage ses amis absents. Pour se consoler, il se tourne vers des auteurs comme Montaigne, Rabelais, La Fontaine et Saint-Amant, trouvant en eux le vrai, l'agréable et l'utile. Il apprécie aussi Voiture, Pavillon, Rousseau et La Motte, bien qu'il reconnaisse que ses amis maîtrisent mieux ces sujets. Solitaire, il passe ses journées et nuits seul, se promenant parfois dans des lieux tranquilles pour observer la nature et laisser sa muse chanter l'heureux négligé des campagnes. Il exprime son admiration pour les bocages reculés, chéris des amants, et rappelle un serment fait à Vénus concernant Sylvie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 48-52
A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Début :
Nous avons par dévers nous, Monsieur, tant de marques redoublées [...]
Mots clefs :
Souvenir, Agrément, Plaisirs, Mérite, Attraits, Lois, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
A Paris , le 16. Juillet 1717.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
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Résumé : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Dans une lettre datée du 16 juillet 1717, l'auteur s'excuse pour son retard de réponse, justifié par l'attente d'une inspiration poétique. Il reconnaît humblement que ses vers ne peuvent égaler ceux du destinataire, mais les écrit par reconnaissance. L'auteur rectifie également la perception du destinataire concernant les plaisirs de l'auteur et de son entourage, affirmant qu'ils ne sont ni aussi intenses ni aussi fréquents. La lettre mentionne la disparition des 'Climènes', femmes inspirées par les Muses et l'Amour, et loue 'Uranie' sans privilégier le destinataire. L'auteur évoque la mort récente de Chapelle, dont l'esprit continue d'inspirer des rimes. La lettre se conclut par une promesse de discuter de divers sujets, y compris les dieux et les rois, tout en respectant les lois de la prudence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1719-1723
LETTRE en Vers & en Prose, de M..... écrite à un de ses Amis à la Campagne.
Début :
Pour les Amans l'absence est un tourment terrible; [...]
Mots clefs :
Pays, Amis, Procès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Vers & en Prose, de M..... écrite à un de ses Amis à la Campagne.
LETTREenVers & en Prose, de M.....
écriteà undeses Amis à la Campagne.
pour
les Amans l'abſence eft un tourment ter
rible ;
C'eft ce quetousles jours on lit dans lesRomans;
Je croyois de ce mal l'Amant feul fufceptible ;
Mais j'aprends aujourd'hui de mon cœur trop fen
fible ,
Qu'il bleffe les Amis ainfi que les Amans.
Quel ennui , quel suplice extrême
D'être éloigné de ce qu'onaime
L'efpace d'un jour feulement !
Qui l'eût dit qu'àmon cœur trop tendre
Tondépart dût causer un fi cruel tourment à
Quandj'avois le plaifir de te voir , de t'entendre ,
Il eft vrai , mon bonheur étoit doux & charmant
Mais je n'euffe pas crû qu'à ce contentement
Nul autre ne fût comparable ;
Rientoutefois , hélas ! n'étoit plus véritable.
D'un bien quel'on poffede on ignore le prix ;
Aforce d'enjouir il devient moins aimable ;
Mais l'abſence foudain réveillant nos eſprits ,
Sçait bientôt nous punir de ce dégoût coupable.
Oui,Monsieur,il est vrai , en Prose com
me enVers, que l'abfence d'unAmi tel que
B vj
Yous
1720 MERCURE DE FRANCE
vous , m'afflige extrêmement. Encore si
c'étoit là tout mon chagrin , l'esperance que
vous me donnez d'un prompt retour , pour
roit me consoler. Mais le Diable qui neveut
pas que je sois malheureux à demi , vient
de mesusciter un Procès dans lequel je pen
se qu'il ne voit goute lui-même. Vous fça
vez quel Monftre c'cft qu'un Procès , & s'il
en faut deux pour faire perdre la tête à un
homme comme moi, quiignore si Cujas eft
Allemand ou François.
Voir un avide Procureur
Solliciter vingt fois un Raporteur ,
Eleverjufqu'au Ciel fon efprit, fes lumieres ,
Defcendre aux plus viles prieres ,
Pour faire mettre au néant un Apel ;
Oujirtoujours citer le Code & le Digefte ,
Ç'eft, àmon fens, le fort le plus funefte
Quepuiffe fur la Terre effuyer un Mortel,
Ajoûtez à mon malheur la bizarrerie de
maClimene , qui souvent m'aime le matin,
& mehaitle soir , au point de ne pouvoir
souffrir ma présence.
Je croyois mettre la plume àla main pour
ne m'occuper que de vous ; mai je n'ai pû
passer outre, sans me décharger de mon
chagrin , envous l'aprenant. A présent que
queje pense avoirdit tout ce qui me concer
ne
A OUST. 1740 1721
ne,je vais tout de bon vous entretenir de ce
quivous interesse. Je dis donc quela fuc
ceffion qui vous eft échûë..... Mais me voilà
déjaarrêté au premier pas. Dois-je vouscon
soler de la perte que vous venez de faire de
Monsieur?... Dois-je me réjouiravecvousdu
bien qu'il vous laisse par sa mort ? Je crois
enattendant votre décision , que les écus &
les belles Terres que vous laisse après 70. an
nées de jouissance , un parent que vous n'a
vez jamais vû, auront plus de force
pour
siper votre inquietude , que toutes les belles
Sentences Grecques & Latines que je pour
dis
,
rois vous citer fur la néceffité de la mort. Au
refte en fidele & veritable Ami , je veux
être de moitiéavec vous ;& comme je par
tagerai votre douleur au moindre figne que
vous me donnerez qu'il faudra pleurer ,
de même je prétens partager le trésor du
bon-homme , auffi-bien la bonne fortune
eft elle plus difficile à foûtenir que la mau
vaife. De plus , puifque toutdoit être com
munentre nous, & queje m'offre fi géne
reusement àvous décharger d'une partie de
vos biens , il eft jufte que vous preniez fur
votre compte une partie de mes maux. Vous
ne fçauriez refufer d'y confentir : c'est unc
Loireçûë dans le Pays de l'amitié , Pays que
vous parcourez infatigablement , & où vous
avez planté des colomnes plus durables, que
celle
$
1722 MERCURE DE FRANCE
celles d'Hercules , je parle de votre attache
ment pourvos Amis. Pays qui eft d'une très
petite étendue , & fort peu connu dans le
fiécle où nous fommes , quoique plufieurs
perfonnes prennent pour lui tout ce qui en
a l'aparence. Pays quele monde credule, qui
penfe y avoir fait de grandes découvertes
quoiqu'il n'y ait jamais abordé ,
2
Par une illusion fatale
Metsous la Zone glaciale.
Pays qui de l'Hiver ne connoît pas les Loix.
Pays dont le froid & la nége
Sort exilés dans tous les mois ,
L'Antipode de la Norvege.
Pays isolé , Pays chaud ,
Pays desert , Pays que brûle
Toujours l'ardente Canicule ;
Pays , pour finir en un mot ,
Que dans notre courserapide ;
Nousplaçons , vous & moi fous la Zone torride.
45
C'eft-à- dire , pour parler plus clairement ,
que les véritables Amis s'aiment d'un amour
mutuel, qu'ils embraffent avec chaleur les
interêts de leurs Amis. Mais je ne m'aper
çois pas , que quelque peu d'efpace qu'ait ce
Pays , je ne laiffe pas de m'y égarer. Je re
viens donc à cette Loi fondamentale qui y
eft
AOUST. 1740. 1723
eft en vigueur,de poffeder tout en commun;
&pour la mettre enpratique , je vais faire
le
partage de mesmaux. Je vous cede pour
votre lot , les foins & les embarras de mon
,
Procès. Auffi- bien , grace au terroir Nor
mand, où vous avez fuçé la plus fine fleur
de la Chicane , vous êtes plus au fait de la
Procedure que moi , qui pariai l'autre jour
bonnement , qu'Ulpien avoit aidé Juftinien
dans fes Inftitutes. Pour moi , qui ai plus
decourage & defermeté que vous , je con
tinuerai à me charger des rigueurs de la ca
pricieuse Climene.
Je fuis , &c.
écriteà undeses Amis à la Campagne.
pour
les Amans l'abſence eft un tourment ter
rible ;
C'eft ce quetousles jours on lit dans lesRomans;
Je croyois de ce mal l'Amant feul fufceptible ;
Mais j'aprends aujourd'hui de mon cœur trop fen
fible ,
Qu'il bleffe les Amis ainfi que les Amans.
Quel ennui , quel suplice extrême
D'être éloigné de ce qu'onaime
L'efpace d'un jour feulement !
Qui l'eût dit qu'àmon cœur trop tendre
Tondépart dût causer un fi cruel tourment à
Quandj'avois le plaifir de te voir , de t'entendre ,
Il eft vrai , mon bonheur étoit doux & charmant
Mais je n'euffe pas crû qu'à ce contentement
Nul autre ne fût comparable ;
Rientoutefois , hélas ! n'étoit plus véritable.
D'un bien quel'on poffede on ignore le prix ;
Aforce d'enjouir il devient moins aimable ;
Mais l'abſence foudain réveillant nos eſprits ,
Sçait bientôt nous punir de ce dégoût coupable.
Oui,Monsieur,il est vrai , en Prose com
me enVers, que l'abfence d'unAmi tel que
B vj
Yous
1720 MERCURE DE FRANCE
vous , m'afflige extrêmement. Encore si
c'étoit là tout mon chagrin , l'esperance que
vous me donnez d'un prompt retour , pour
roit me consoler. Mais le Diable qui neveut
pas que je sois malheureux à demi , vient
de mesusciter un Procès dans lequel je pen
se qu'il ne voit goute lui-même. Vous fça
vez quel Monftre c'cft qu'un Procès , & s'il
en faut deux pour faire perdre la tête à un
homme comme moi, quiignore si Cujas eft
Allemand ou François.
Voir un avide Procureur
Solliciter vingt fois un Raporteur ,
Eleverjufqu'au Ciel fon efprit, fes lumieres ,
Defcendre aux plus viles prieres ,
Pour faire mettre au néant un Apel ;
Oujirtoujours citer le Code & le Digefte ,
Ç'eft, àmon fens, le fort le plus funefte
Quepuiffe fur la Terre effuyer un Mortel,
Ajoûtez à mon malheur la bizarrerie de
maClimene , qui souvent m'aime le matin,
& mehaitle soir , au point de ne pouvoir
souffrir ma présence.
Je croyois mettre la plume àla main pour
ne m'occuper que de vous ; mai je n'ai pû
passer outre, sans me décharger de mon
chagrin , envous l'aprenant. A présent que
queje pense avoirdit tout ce qui me concer
ne
A OUST. 1740 1721
ne,je vais tout de bon vous entretenir de ce
quivous interesse. Je dis donc quela fuc
ceffion qui vous eft échûë..... Mais me voilà
déjaarrêté au premier pas. Dois-je vouscon
soler de la perte que vous venez de faire de
Monsieur?... Dois-je me réjouiravecvousdu
bien qu'il vous laisse par sa mort ? Je crois
enattendant votre décision , que les écus &
les belles Terres que vous laisse après 70. an
nées de jouissance , un parent que vous n'a
vez jamais vû, auront plus de force
pour
siper votre inquietude , que toutes les belles
Sentences Grecques & Latines que je pour
dis
,
rois vous citer fur la néceffité de la mort. Au
refte en fidele & veritable Ami , je veux
être de moitiéavec vous ;& comme je par
tagerai votre douleur au moindre figne que
vous me donnerez qu'il faudra pleurer ,
de même je prétens partager le trésor du
bon-homme , auffi-bien la bonne fortune
eft elle plus difficile à foûtenir que la mau
vaife. De plus , puifque toutdoit être com
munentre nous, & queje m'offre fi géne
reusement àvous décharger d'une partie de
vos biens , il eft jufte que vous preniez fur
votre compte une partie de mes maux. Vous
ne fçauriez refufer d'y confentir : c'est unc
Loireçûë dans le Pays de l'amitié , Pays que
vous parcourez infatigablement , & où vous
avez planté des colomnes plus durables, que
celle
$
1722 MERCURE DE FRANCE
celles d'Hercules , je parle de votre attache
ment pourvos Amis. Pays qui eft d'une très
petite étendue , & fort peu connu dans le
fiécle où nous fommes , quoique plufieurs
perfonnes prennent pour lui tout ce qui en
a l'aparence. Pays quele monde credule, qui
penfe y avoir fait de grandes découvertes
quoiqu'il n'y ait jamais abordé ,
2
Par une illusion fatale
Metsous la Zone glaciale.
Pays qui de l'Hiver ne connoît pas les Loix.
Pays dont le froid & la nége
Sort exilés dans tous les mois ,
L'Antipode de la Norvege.
Pays isolé , Pays chaud ,
Pays desert , Pays que brûle
Toujours l'ardente Canicule ;
Pays , pour finir en un mot ,
Que dans notre courserapide ;
Nousplaçons , vous & moi fous la Zone torride.
45
C'eft-à- dire , pour parler plus clairement ,
que les véritables Amis s'aiment d'un amour
mutuel, qu'ils embraffent avec chaleur les
interêts de leurs Amis. Mais je ne m'aper
çois pas , que quelque peu d'efpace qu'ait ce
Pays , je ne laiffe pas de m'y égarer. Je re
viens donc à cette Loi fondamentale qui y
eft
AOUST. 1740. 1723
eft en vigueur,de poffeder tout en commun;
&pour la mettre enpratique , je vais faire
le
partage de mesmaux. Je vous cede pour
votre lot , les foins & les embarras de mon
,
Procès. Auffi- bien , grace au terroir Nor
mand, où vous avez fuçé la plus fine fleur
de la Chicane , vous êtes plus au fait de la
Procedure que moi , qui pariai l'autre jour
bonnement , qu'Ulpien avoit aidé Juftinien
dans fes Inftitutes. Pour moi , qui ai plus
decourage & defermeté que vous , je con
tinuerai à me charger des rigueurs de la ca
pricieuse Climene.
Je fuis , &c.
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Résumé : LETTRE en Vers & en Prose, de M..... écrite à un de ses Amis à la Campagne.
Dans une lettre adressée à ses amis à la campagne, l'auteur exprime la douleur de l'absence, comparant la souffrance des amants à celle des amis séparés. Il souligne que l'absence permet de mesurer la valeur des personnes chères et des biens possédés. L'auteur mentionne également un procès qui le préoccupe ainsi que l'attitude capricieuse de sa compagne, Climène. La lettre évoque ensuite la succession d'un parent éloigné, qui laisse des biens à l'auteur et au destinataire. L'auteur propose de partager ces biens et les soucis, insistant sur l'importance de l'amitié et de la solidarité mutuelle. Il décrit l'amitié comme un pays isolé et ardent, où les vrais amis partagent tout. Enfin, il décide de céder à son ami les tracas liés à son procès, se réservant les difficultés avec Climène.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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