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1
p. 7-79
DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
Début :
Messieurs, Les grandes difficultez qui m'embarassent depuis longtemps sur les [...]
Mots clefs :
Religion, Ministre, Véritable Église, Abjuration, Humilité, Dieu, Prière, Méditation, Députés, Écritures, Synode, Communion, Controverse, Bible, Foi, Jésus, Salut, Obscurité, Chrétiens, Saint-Esprit, Connaissances, Explications, Doctrine, Parole de Dieu, Enseignement, Livres d'Évangiles, Autorité divine, Immortalité, Prophètes, Morale, Dogme, Sentiments, Conscience, Fidèles, Consistoire
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
DISCOURS
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
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Résumé : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
M. Gilly expose son retour à l'Église catholique, motivé par des raisons de conscience et de crainte de Dieu. Initialement convaincu de la suffisance de l'Écriture pour guider la foi, il a découvert des contradictions et des ambiguïtés après des études approfondies et des disputes avec les Remontrants. L'Écriture, isolée de l'intelligence publique de l'Église, ne peut être la seule règle de foi en raison de ses obscurités et de ses multiples interprétations possibles. Les théologiens utilisent des clés d'interprétation pour expliquer l'Écriture, reconnaissant que certaines doctrines ne sont pas établies par l'Écriture seule. Gilly souligne que l'Écriture ne contient pas clairement toutes les vérités essentielles de la foi chrétienne. L'Ancien Testament ne suffit pas à reconnaître l'autorité divine de ses livres ni à contenir clairement des dogmes essentiels comme l'immortalité de l'âme ou la résurrection des corps. Le Nouveau Testament, bien que contenant des vérités essentielles, ne couvre pas toute la doctrine chrétienne de manière évidente. Des pratiques comme le baptême des enfants ou la célébration du dimanche ne trouvent pas de réponses évidentes dans l'Écriture seule. La confusion dans l'interprétation des Écritures conduit à des divisions dans le christianisme. Pour pallier ces difficultés, Gilly propose de compléter l'Écriture par la tradition et l'intelligence publique de l'Église. Il soutient que l'Écriture seule ne suffit pas comme règle unique de croyance et d'action, et qu'il est crucial d'ajouter la tradition universelle, attestée par le consentement unanime des chrétiens. Cette tradition est vue comme le seul moyen sûr et divin pour guider les fidèles. Les écrits anciens étant sujets à diverses interprétations, le témoignage unanime de l'Église est essentiel pour connaître les livres sacrés, les miracles de Jésus-Christ et les enseignements des apôtres. Gilly exprime sa soumission à la foi catholique romaine, seule communion respectant ce principe. Cette déclaration a été faite lors d'un synode réunissant des députés des consistoires de Touraine, d'Anjou et du Maine, au sein de la religion prétendue réformée. Le discours de M. Gilly n'a pas été interrompu, peut-être en raison de la gravité et de l'éducation des participants, de la présence de M. d'Autichamp représentant Sa Majesté, ou de la surprise causée par cette action audacieuse et inattendue. Aucune réponse n'a suivi le discours.
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2
p. 190
VI.
Début :
La Parque pour filer les jours du Grand LOUIS, [...]
Mots clefs :
Parque, Louis le Grand, Fil, Lys, Quenouille, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VI.
VI. LA Parque pour filer les jours du
Grand LOUIS.
A beau tourner le -fi-l -que sans ceffi elle
mONille,
Les Lysfontaudejfnsdesloix de laQuenouille,
Et par mille Exploits intrkis,
Plus que Cefar&quAlexandre,
A limmortalité ce Héros doit preten
i dre.
L'ArcangedeLion, Amant
d'Arianne.
Grand LOUIS.
A beau tourner le -fi-l -que sans ceffi elle
mONille,
Les Lysfontaudejfnsdesloix de laQuenouille,
Et par mille Exploits intrkis,
Plus que Cefar&quAlexandre,
A limmortalité ce Héros doit preten
i dre.
L'ArcangedeLion, Amant
d'Arianne.
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3
p. 97-98
A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
Début :
Qu'il te faisoit beau voir dans le jour solemnel [...]
Mots clefs :
Carrousels, Ornement, Immortalité, Douceur, Courage, Honneur, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
jaurois voulu tepeindre,& d'un trait immortel
Exprimer tafierté,ta douceurjon courage,
Et donner aux François un modelle eternel
Me merite & d'honneur, en traçant ton
image.
Mais Minerve & Fallas de concert avec
toy, faifattt tous leurs plaisîrs des plaisirs de
ton Roy,
Semploientsefaireunjeu desfureursde
la guerre.
Mars ce Dieu sicruel d'accord avec la
Paix,
Luy quifait tout tremblersur rOnde &
sur la Terre,
Divertit partes foinsLOXJIS & ses
Su]ets.
AMOUREUX, de Digne, Avocat
au Parlement d'Aix.
Exprimer tafierté,ta douceurjon courage,
Et donner aux François un modelle eternel
Me merite & d'honneur, en traçant ton
image.
Mais Minerve & Fallas de concert avec
toy, faifattt tous leurs plaisîrs des plaisirs de
ton Roy,
Semploientsefaireunjeu desfureursde
la guerre.
Mars ce Dieu sicruel d'accord avec la
Paix,
Luy quifait tout tremblersur rOnde &
sur la Terre,
Divertit partes foinsLOXJIS & ses
Su]ets.
AMOUREUX, de Digne, Avocat
au Parlement d'Aix.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE SAINT AIGNAN, Sonnet sur le Carrousel.
Le poème est dédié à une personne anonyme, célébrant sa fierté, douceur et courage pour inspirer les Français. L'auteur, Amoureux de Digne, avocat au Parlement d'Aix, évoque des divinités comme Minerve, les Furies, Mars et la Paix, qui se divertissent avec le roi et ses sujets.
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4
p. 19-23
L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Début :
Descendez de la double cime, [...]
Mots clefs :
Temps, Héros, Muses, Gloire, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
iLM MMO RT'AL it e'
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
PAR LES MUSES. '
O D E.
TVEicendez de la doutfle cime ,
J*-^ Chastes soeurs: venez m'inspirer* 1. .. I
Je cede à l'ardeur qui m'anime : . .. .' . .1
.C'est vous que je veux celebrer. : ;
.Si vous approuvez mon audace ,
Tels que ceux d'Homere & d'Horace,
Mes vers vont charmer jios neveux.
C'est vôtre gloir.\que je chante i
Accourez donc, Troupe íça vante,
Venez & remplissez mes voeux.
les plus grands Heros de la terre ,
Toujours avec avidité , , ... ^
ÍEc dans la paix dans la guerre.» }. . h.
.Ont cherché l'Immortalité-: . ; . . j[
Mille Monarques , dont l'HiUoiíf.-
K'a pas celebré la memoire, . h í. '. >.
Ont laissé de beaux monumens; ' ?).jt.
Ils ont ciû que ces édifices « . w . í'- <
2 p MERCURE. DE FRANCE.
A leur ambition propices ,
Les feroient. triompher du temps.
Vain propos ! frivole esperance /
le temps de tout victorieux ,
Bien.tôt, malgré leur résistance,
Les a dérobez à nos yeux.
Les ans aux plus grands noms funestes ,
Npus ont enlevé ces beaux restes ;
Nous Jes cherchons : foins superflus !
Mais leur marbre fut.il durable ,
C'est un monument déplorable :
Il nous apprend qu'ils ne font plus.
Jaloux d'obtenir la victoire .
Dans les champs du terrible Mars .
D'autres ont. mis toute leur gloire ,
A voler dans tous les hazards.
Audace vaine i avec leur vie ,
Leur gloire s'est évanouie ;
On ne fçait rien de ces combats ,
Oiì remplis d'une ardeur guerriere^
Couverts de sang & de poussiere ,
Ils ont affronté le trépas.
J Att V TE ïC Ï7t4.
Si de vous , Miifes, avouée .
I>'uri Poete la' docte voix , )
A les celebrer dévouée ,
Avoit chanté leurs beaux exploits }
Vantez du couchant à l'Aurore ,
Parmi nous ils vivroient encore i
Sans craindre l'injure des ans ,
les faits qu'enfant* leur courage,
Vainqueurs passeroient d'âge en âgé
Jusqu'à leurs derniers descendans.
Seriez.vous ctfnnus'íans les Muscs' ,
Vaillans défenseurs d'Ilion ,<
Et voiís dòrìt lès'fátales.ruses*
Causerent sa destruction';
Heros.* dontTheris fut fa mere ',
Que serois.tu: fans un' Homere î
Tes exploits seroienrdans l'oubli;
Envaiiv tu fus infatigable :
Sans les vers ton nom peu durable y
Seroit fous Troye enseveli.
C'est envain , ô Soeurs immortelles ,
* Athillt.
B iij
*i MERCURE DE FRANCE.
Qu'un Heros par tout redouté ,
Prétend fans l'appui de vos aîles
Passer ì la posterité. .
Fut. il mille fois plus grand homme,
Que ceux de la Grece & de Rome ,
Qu'un Hector, qu'un Agamennort.,
Sous fa puissance par la guerre
Eut.il rangé toute la terre ,
Le temps abolira son nom.
Cette Déesse aveugle & triste',
Qui détruit tout dans l'univers ,'
Xa mort à. qui rien ne résiste,
Ne peut attenter fur vos vers,
Par vous bravent là main des Parques ,
les plus fier* , les plus doux Monarques'.
Vous les dérobez à leurs coups;
Ces noires filles des lieux sombres ,
Des lieux habitez, par les ombres ,
N'ont aucun empire fur vous.
Les Heros & les Heroïnes,
Qui vous ont sçâ favoriser,.
Ont trouvé des bouches divines i
. f Á 'N V 1ER xii±
Prêtes à les éterniser.'
Tu leur fus toujours favorable ,
Grand Roy , * dpnt le bras redoutable ,
Fit par tout triompher les lys ;
Du temps' peux. tu Craindre l'outrage?
Reçois' un immortel hommage ,
Les Muses te dosent ce prix.'
Roy , qu'on voit courir fur les traces £
í>es Achilles & des Cesars','
Comblez les Muses de vos graces ,
Fixez fur elles vos regards,
Justes arbitres de fa gloire
feules au Temple de memoire,-
Eller font vivre les grands coeurs i
Sans elles , têtes couronnées ,
Ne croyez pas que des années ,
Vos noms puissent être vainqueurs.
P. I. S. J.
*LotiisXlV.
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Résumé : L'IMMORTALITÉ PAR LES MUSES. ODE.
Le poème s'adresse aux Muses pour invoquer leur inspiration afin de célébrer la gloire des héros et des monarques. L'auteur souligne que les exploits des grands hommes, bien que commémorés par des monuments, sont voués à disparaître avec le temps. Il affirme que seule la poésie, soutenue par les Muses, peut garantir l'immortalité des actions héroïques. Le texte mentionne que des héros comme ceux d'Homère et d'Horace ont été immortalisés par leurs vers. Il critique ceux qui cherchent la gloire par les armes ou les monuments, car ces efforts sont vains face à l'inexorable passage du temps. Les Muses sont présentées comme les seules capables de défier les Parques et d'assurer la postérité des grands noms. Le poème se conclut par un hommage à un roi, dont les exploits sont comparés à ceux d'Achille et des Césars, et dont la gloire est éternisée par les Muses.
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5
p. 2510-2511
PLAINTE de Calliope à Madame de Loste.
Début :
Quoi! serez-vous toujours indocile et rebelle [...]
Mots clefs :
Plainte, Indocile, Rebelle, Calliope, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE de Calliope à Madame de Loste.
PLAINTE de Calliope à Madame
Q
de Loste.
Voi ! serez-vous toujours indocile et re belle
Aux transports que j'excite en vous ?-
Je ne m'attendois pas qu'un Poëte fémelle
Irritat ainsi mon courroux.
Envain ai- je tenté de monter votre Lyre,
Elle est muette sous vos doigts.
J'inspirois à mon fils ce que je vous inspire ,.
Il se faisoit suivre des bois.
Sapho, Bernard, Deshoulieres , la Vigne.
N'ont répeté que mes chansons ;
Depuis quel tems , helas ! ne serois-je plus digne
Qu'on fut docile à mes leçons?
On peut comme autrefois les écouter encoreLaissez-vous vaincre à mes efforts ,
Et faites admirer du Couchant à l'Aurore
De vos Chants les nouveaux accords! {
Le Ciel vous accorda les talens nécessaires
Pour exceller dans l'art des Vers.
Vous pourriés méprisant les routes ordinaires
Suivre Pindare dans les airs.
Volés , si vous voulés , d'une aîle moins rapide
Prenés la Flute et le Hautbois ,
Chanter
NOVEMBRE. 1732. 2511
Chantez , les Prés , les Champs : cessez d'être ti mide ›
Calliope elle- même échauffe votre voix.
Peut-être craignés vous de passer pour sa- yante ; 1
·
Combien de femmes l'ont été ?
Comme elles , si l'amour de la gloire vous
tente ,
Courés à l'immortalité.
Par M. Chaband.
Q
de Loste.
Voi ! serez-vous toujours indocile et re belle
Aux transports que j'excite en vous ?-
Je ne m'attendois pas qu'un Poëte fémelle
Irritat ainsi mon courroux.
Envain ai- je tenté de monter votre Lyre,
Elle est muette sous vos doigts.
J'inspirois à mon fils ce que je vous inspire ,.
Il se faisoit suivre des bois.
Sapho, Bernard, Deshoulieres , la Vigne.
N'ont répeté que mes chansons ;
Depuis quel tems , helas ! ne serois-je plus digne
Qu'on fut docile à mes leçons?
On peut comme autrefois les écouter encoreLaissez-vous vaincre à mes efforts ,
Et faites admirer du Couchant à l'Aurore
De vos Chants les nouveaux accords! {
Le Ciel vous accorda les talens nécessaires
Pour exceller dans l'art des Vers.
Vous pourriés méprisant les routes ordinaires
Suivre Pindare dans les airs.
Volés , si vous voulés , d'une aîle moins rapide
Prenés la Flute et le Hautbois ,
Chanter
NOVEMBRE. 1732. 2511
Chantez , les Prés , les Champs : cessez d'être ti mide ›
Calliope elle- même échauffe votre voix.
Peut-être craignés vous de passer pour sa- yante ; 1
·
Combien de femmes l'ont été ?
Comme elles , si l'amour de la gloire vous
tente ,
Courés à l'immortalité.
Par M. Chaband.
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Résumé : PLAINTE de Calliope à Madame de Loste.
Dans une plainte adressée à une femme poète non nommée, Calliope, la muse de la poésie épique, exprime son mécontentement face à l'indocilité de cette poète, qui ne répond pas à ses inspirations. Calliope rappelle que des figures célèbres comme Sapho, Bernard, Deshoulières et La Vigne ont été inspirées par elle et ont répété ses chansons. Elle déplore que, de nos jours, on ne soit plus aussi docile à ses leçons. Calliope encourage la poète à laisser ses efforts porter fruit et à faire admirer ses chants du coucher au lever du soleil. Elle souligne que le ciel a doté cette femme des talents nécessaires pour exceller dans l'art des vers. Calliope l'incite à suivre Pindare ou, si elle préfère, à utiliser la flûte et le hautbois pour chanter les prés et les champs. Elle reconnaît que la poète pourrait craindre d'être qualifiée de savante, mais rappelle que de nombreuses femmes l'ont été avant elle. Calliope l'encourage à courir vers l'immortalité si l'amour de la gloire la tente. Le texte est signé par M. Chaband et daté de novembre 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 878-883
LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
Début :
MONSIEUR, J'apprends avec une surprise extrême les bruits que [...]
Mots clefs :
Âme, Sentiments, Corps, Matière, Immortalité, Assertion, Religion, Proposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
LETTRE écrite à M. Baron , Doyen
de la Faculté de Medecine de Paris
par M. de Lepine , Docteur , Régent de
la même Faculté , au sujet d'une These
qui a pour titre , An à functionum
integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le
buitiéme Fanvier 1733. aux Ecoles de
Médecine.
MONSIEUR ,
J'apprens avec une surprise extrême
les bruits que l'on répand contre moi au
sujet d'une These que j'ai faite et à laquel'e
j'ai présidé le huitiéme Janvier de
la présente année , qui a pour titre : An
à functionum integritate mentis Sanitas ?
Rien n'est plus douloureux pour un
homme élevé dans des sentimens d'honneur
et de Religion , qui selon moi doivent
être inséparables , que de se voir attaqué
sur une matiere , où le simple soupçon
donne toujours là plus sensible atteinte
à notre réputation ; ainsi je m'estimerois
le plus malheureux des hommes ,
si je n'avois une ressource dans l'équité
de ceux qui sont en état de juger avec
con,
MAY. 1733. 879
connoissance de cause , et ce sont eux
que je me flatte de convaincre de la
pureté
et de l'orthodoxie des més sentimens.
Les objections qui me cont revenues
se réduisent à deux principales .
La premiere , d'avoir choisi une matiere
qui m'ait engagé à parler de l'Ame ,
de son essence et de ses opérations.
La seconde , d'avoir paru mettre en
problême sa spiritualité et son immortalité.
Je réponds à la premiere objection ,
que jusqu'ici dans nos Ecoles , sans que
personne l'ait trouvé mauvais , on a traité
la même matiere comme un point de
Physiologie très - important sous differens
titres . An mens sana in Corpore sano ? An
principium facultatum Anima ? & c.
Mais outre l'importance du sujet en
general , un motif particulier m'a déterminé
à le choisir. Beaucoup de gens sont
prévenus que tous les accidens qui dérangent
la tête de tant de differentes manieres
, en nous ôtant la liberté sont
des maladies qui attaquent réellement
l'esprit , et que si en même temps les
autres fonctions du Corps sont en bon
état , la Médecine ne peut être d'aucun
secours. ,
C
,
I
Par
$80 MERCURE DE FRANCE
Par une suite de préjugé on a vû dans
tous les temps enfermer des personnes
alienées , sans que leur famille ait daigné
faire les moindres tentatives pour
leur guérison.
De si tristes avantures m'ont excité à
combattre une erreur si préjudiciable au
Public , en faisant voir que les maladies
dont il s'agit , et que l'on croit avoir leur
siege dans l'ame même , ne sont que dans
les organes du corps , quelque bien disposez
qu'ils soient à tous autres égards ;
c'est dans ce sens qu'il faut entendre le
titre de ma These : An à functionum integritate
mentis Sanitas ?
Ayant à prouver que les prétendus dérangemens
de l'Esprit sont seulement de
vrais dérangemens
des parties internes du
Corps , telles que les Nerfs dans leurs
origines et dans leurs communications
,
j'établis pour principe certain que l'ame
ne peut être susceptible des altérations
que la corruption fait subir à la matiere,
c'est ce que je dis en termes formels , lig.
34. du quatrième Cor. p. 3. Num aëris constitutio
potest aliquid in Substantiam cogitantem
? Num terra venenati halitus vale
bunt eam corrumpere ? Absit
Cette proposition est une conséquence
nécessaire de l'Assertion qui est dans mon
premier
MAY. 1733 . 881
premier Corollaire touchant la Nature
de l'Ame. C'est là que je tâche d'exprimer
son Essence , et de la distinguer de
celle du Corps dans la définition que je
donne de la Vie. Communio est rei extensæ,
mobilis , que occupat spatium , que mutat
subinde locum , cum substantia que nullius
loci est capax , que proin sedem mutare nequit
, et tamen quocumque volueris illicò
transvolat.
Cette Assertion suffiroit pour me justifier
contre la seconde objection , elle
est décisive , elle ne renferme aucune
équivoque, et exclut toute espece de doute
: cependant on prétend en faire naître
l'idée sur ses paroles du premier Corol.
Num extensa et solida gaudeat trinâ dimentione
, roganti , non esse corpoream difficulter
probaveris ; At corpoream esse longè
difficilius demonstraveris. Je vous prie ,
Monsieur , de remarquer ici deux choses;
la premiere, qu'il ne s'y agit que de. preuves
philosophiques ; la seconde, que cette
proposition est d'un genre tout different
de celui des Assertions.
in-
Je compare seulement deux sentimens
contraires ; et avant que de donner ma
véritable réponse , je commence par
diquer le plus probable, en faisant remarquer,
que , si d'un côté il n'est pas aisé
C de
882 MERCURE DE FRANCE
"
de prouver l'immatérialité de l'ame , de
l'autre il est , sans comparaison , plus dif
ficile d'en démontrer la matérialité.
Je ne fais donc ici qu'exposer le dou
te ; mais je le résous ensuite , ou du
moins j'explique clairement ce que j'en
pense , lorsque je dis ailleurs ( ce qui est
vraiment Assertion ) que l'ame est une
substance pensante , qui ne peut être contenue
en aucun licu , et sur laquelle la
constitution de l'air n'a aucun pouvoir :
d'où il suit clairement qu'elle est spirituelle
; et par conséquent je suis bien éloigné
d'affirmer qu'on ne puisse prouver
ce que je regarde moi-même , et ce que
je donne comme absolument certain .
Pour ce qui regarde l'immortalité de
l'ame , il est vrai que je dis de Platon
Concupivit potiùs , quàm demonstravit z
mais la Religion pourroit- elle admettre
la démonstration qu'il s'imagine en donner
dans le Phedon , lorsqu'il dit que
l'ame étant à elle-même la cause de son
mouvement , elle ne peut jamais finir ?
Cer illustre Philosophe a pensé plus
conformément aux principes de la vraye
Religion dans le Timée, où il assure que
la seule volonté du Dieu suprême donne
l'immortalité à tous les êtres intelligens.
Après une justification aussi précise que
celle- cy ,
MAY. 1733. 883
celle-cy , si quelqu'un pouvoit encore
prétendre que dans la proposition Num
extensa , &c. je mets en problême la spiritualité
de l'ame , je desavoue non seu
lement , mais je déteste le sentiment qu'il
m'attribue , en suppliant les Juges équitables
de remarquer qu'il est formellementdétruit
par les deux Assertions, Substantia
cogitans , p. 3. Cor. 4. 1. 35. et
nullius loci capax , p . 1. Cor. 1. ligne derniere
, que j'ai rapportées.
Quoique je doute que mes expressions
ayent une interprétation si odieuse , je
suis sensiblement affligé si elles ont pû
y donner lieu ; et quelque témoignage
que je me rende à moi - même de l'intégrité
de ma foi et de la pureté de mes
intentions , je me reconnoîtrai coupable,
si l'on peut me convaincre , d'avoir parlé
d'une maniere à me faire soupçonner de
l'être mais le sentiment de ma conscience
me rassure , n'ayant jamais riem
pensé ni écrit que de conforme aux sentimens
de l'Eglise Catholique, Apostolique
et Romaine , dans le sein de laquelle
je veux vivre et mourir,
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentimens
d'estime , de considération et de
respect possible , &c.
A Paris , le 4. Avril 1733 .
de la Faculté de Medecine de Paris
par M. de Lepine , Docteur , Régent de
la même Faculté , au sujet d'une These
qui a pour titre , An à functionum
integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le
buitiéme Fanvier 1733. aux Ecoles de
Médecine.
MONSIEUR ,
J'apprens avec une surprise extrême
les bruits que l'on répand contre moi au
sujet d'une These que j'ai faite et à laquel'e
j'ai présidé le huitiéme Janvier de
la présente année , qui a pour titre : An
à functionum integritate mentis Sanitas ?
Rien n'est plus douloureux pour un
homme élevé dans des sentimens d'honneur
et de Religion , qui selon moi doivent
être inséparables , que de se voir attaqué
sur une matiere , où le simple soupçon
donne toujours là plus sensible atteinte
à notre réputation ; ainsi je m'estimerois
le plus malheureux des hommes ,
si je n'avois une ressource dans l'équité
de ceux qui sont en état de juger avec
con,
MAY. 1733. 879
connoissance de cause , et ce sont eux
que je me flatte de convaincre de la
pureté
et de l'orthodoxie des més sentimens.
Les objections qui me cont revenues
se réduisent à deux principales .
La premiere , d'avoir choisi une matiere
qui m'ait engagé à parler de l'Ame ,
de son essence et de ses opérations.
La seconde , d'avoir paru mettre en
problême sa spiritualité et son immortalité.
Je réponds à la premiere objection ,
que jusqu'ici dans nos Ecoles , sans que
personne l'ait trouvé mauvais , on a traité
la même matiere comme un point de
Physiologie très - important sous differens
titres . An mens sana in Corpore sano ? An
principium facultatum Anima ? & c.
Mais outre l'importance du sujet en
general , un motif particulier m'a déterminé
à le choisir. Beaucoup de gens sont
prévenus que tous les accidens qui dérangent
la tête de tant de differentes manieres
, en nous ôtant la liberté sont
des maladies qui attaquent réellement
l'esprit , et que si en même temps les
autres fonctions du Corps sont en bon
état , la Médecine ne peut être d'aucun
secours. ,
C
,
I
Par
$80 MERCURE DE FRANCE
Par une suite de préjugé on a vû dans
tous les temps enfermer des personnes
alienées , sans que leur famille ait daigné
faire les moindres tentatives pour
leur guérison.
De si tristes avantures m'ont excité à
combattre une erreur si préjudiciable au
Public , en faisant voir que les maladies
dont il s'agit , et que l'on croit avoir leur
siege dans l'ame même , ne sont que dans
les organes du corps , quelque bien disposez
qu'ils soient à tous autres égards ;
c'est dans ce sens qu'il faut entendre le
titre de ma These : An à functionum integritate
mentis Sanitas ?
Ayant à prouver que les prétendus dérangemens
de l'Esprit sont seulement de
vrais dérangemens
des parties internes du
Corps , telles que les Nerfs dans leurs
origines et dans leurs communications
,
j'établis pour principe certain que l'ame
ne peut être susceptible des altérations
que la corruption fait subir à la matiere,
c'est ce que je dis en termes formels , lig.
34. du quatrième Cor. p. 3. Num aëris constitutio
potest aliquid in Substantiam cogitantem
? Num terra venenati halitus vale
bunt eam corrumpere ? Absit
Cette proposition est une conséquence
nécessaire de l'Assertion qui est dans mon
premier
MAY. 1733 . 881
premier Corollaire touchant la Nature
de l'Ame. C'est là que je tâche d'exprimer
son Essence , et de la distinguer de
celle du Corps dans la définition que je
donne de la Vie. Communio est rei extensæ,
mobilis , que occupat spatium , que mutat
subinde locum , cum substantia que nullius
loci est capax , que proin sedem mutare nequit
, et tamen quocumque volueris illicò
transvolat.
Cette Assertion suffiroit pour me justifier
contre la seconde objection , elle
est décisive , elle ne renferme aucune
équivoque, et exclut toute espece de doute
: cependant on prétend en faire naître
l'idée sur ses paroles du premier Corol.
Num extensa et solida gaudeat trinâ dimentione
, roganti , non esse corpoream difficulter
probaveris ; At corpoream esse longè
difficilius demonstraveris. Je vous prie ,
Monsieur , de remarquer ici deux choses;
la premiere, qu'il ne s'y agit que de. preuves
philosophiques ; la seconde, que cette
proposition est d'un genre tout different
de celui des Assertions.
in-
Je compare seulement deux sentimens
contraires ; et avant que de donner ma
véritable réponse , je commence par
diquer le plus probable, en faisant remarquer,
que , si d'un côté il n'est pas aisé
C de
882 MERCURE DE FRANCE
"
de prouver l'immatérialité de l'ame , de
l'autre il est , sans comparaison , plus dif
ficile d'en démontrer la matérialité.
Je ne fais donc ici qu'exposer le dou
te ; mais je le résous ensuite , ou du
moins j'explique clairement ce que j'en
pense , lorsque je dis ailleurs ( ce qui est
vraiment Assertion ) que l'ame est une
substance pensante , qui ne peut être contenue
en aucun licu , et sur laquelle la
constitution de l'air n'a aucun pouvoir :
d'où il suit clairement qu'elle est spirituelle
; et par conséquent je suis bien éloigné
d'affirmer qu'on ne puisse prouver
ce que je regarde moi-même , et ce que
je donne comme absolument certain .
Pour ce qui regarde l'immortalité de
l'ame , il est vrai que je dis de Platon
Concupivit potiùs , quàm demonstravit z
mais la Religion pourroit- elle admettre
la démonstration qu'il s'imagine en donner
dans le Phedon , lorsqu'il dit que
l'ame étant à elle-même la cause de son
mouvement , elle ne peut jamais finir ?
Cer illustre Philosophe a pensé plus
conformément aux principes de la vraye
Religion dans le Timée, où il assure que
la seule volonté du Dieu suprême donne
l'immortalité à tous les êtres intelligens.
Après une justification aussi précise que
celle- cy ,
MAY. 1733. 883
celle-cy , si quelqu'un pouvoit encore
prétendre que dans la proposition Num
extensa , &c. je mets en problême la spiritualité
de l'ame , je desavoue non seu
lement , mais je déteste le sentiment qu'il
m'attribue , en suppliant les Juges équitables
de remarquer qu'il est formellementdétruit
par les deux Assertions, Substantia
cogitans , p. 3. Cor. 4. 1. 35. et
nullius loci capax , p . 1. Cor. 1. ligne derniere
, que j'ai rapportées.
Quoique je doute que mes expressions
ayent une interprétation si odieuse , je
suis sensiblement affligé si elles ont pû
y donner lieu ; et quelque témoignage
que je me rende à moi - même de l'intégrité
de ma foi et de la pureté de mes
intentions , je me reconnoîtrai coupable,
si l'on peut me convaincre , d'avoir parlé
d'une maniere à me faire soupçonner de
l'être mais le sentiment de ma conscience
me rassure , n'ayant jamais riem
pensé ni écrit que de conforme aux sentimens
de l'Eglise Catholique, Apostolique
et Romaine , dans le sein de laquelle
je veux vivre et mourir,
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentimens
d'estime , de considération et de
respect possible , &c.
A Paris , le 4. Avril 1733 .
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Résumé : LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
M. de Lepine, Docteur et Régent de la Faculté de Médecine de Paris, adresse une lettre à M. Baron, Doyen de la même faculté, en réponse aux critiques concernant une thèse soutenue le 8 janvier 1733, intitulée 'An à functionum integritate mentis Sanitas?'. M. de Lepine exprime sa surprise face aux rumeurs le visant et affirme sa pureté et orthodoxie. Les objections principales portent sur le choix du sujet, qui traite de l'âme, de son essence et de ses opérations, ainsi que sur la mise en problème de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme. M. de Lepine justifie son choix en soulignant l'importance du sujet en physiologie et en médecine, notamment pour combattre l'erreur selon laquelle les troubles mentaux seraient des maladies de l'âme plutôt que du corps. Il affirme que les troubles mentaux sont des dérangements des organes du corps, comme les nerfs, et non de l'âme. Il établit que l'âme ne peut être altérée par la corruption de la matière, une proposition qu'il considère comme une conséquence nécessaire de l'assertion sur la nature de l'âme. Il distingue l'âme du corps dans la définition de la vie et affirme que l'âme est une substance pensante, spirituelle et immortelle, conforme aux principes de la religion catholique. M. de Lepine conclut en désavouant toute interprétation odieuse de ses propos et en affirmant son intégrité et sa foi. Il exprime son désir de vivre et mourir dans le sein de l'Église Catholique, Apostolique et Romaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
7
p. 55-68
LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
Début :
L'honneur que vous m'avez fait depuis long-tems, Messieurs, de m'admettre [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Opéra, Ouvrages, Ouvrage, Contes, Pièces fugitives, Lettres, Esprit, Immortalité, Article, Estime, Réputation, Auteurs, Extraits, Talents, Intérêt, Mercures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
LETTRE de M. aux Auteurs du Mer-
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
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8
s. p.
ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Début :
CIEL ! quel Colosse admirable [...]
Mots clefs :
Amour, déité, Lyre, Immortalité, Art, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
ODE
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
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Résumé : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Le poème 'ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI' a été publié en avril 1763. Il célèbre la statue équestre du roi Louis XV, comparée à une divinité et au soleil des Rhodiens. L'auteur exprime son admiration et sa reconnaissance envers le roi, qu'il nomme 'LOUIS LE BIEN-AIMÉ'. Le poème met en avant les artistes Goor, Bouchardon et Pigalle, impliqués dans la création de la statue. Il souligne l'importance des arts, inspirés par l'amour, et leur rôle dans la célébration des rois protecteurs des arts. Des figures historiques comme Alexandre le Grand et Pline sont mentionnées, soulignant l'impact durable des œuvres d'art. Le texte critique les barbares destructeurs et loue les villes célèbres pour leurs contributions culturelles. Le poème est dédié aux autorités de Paris, notamment le Prévôt des Marchands, les Échevins et le Marquis de Marigni, et exprime le désir de célébrer dignement les rois de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 29
VERS de D.... à sa Maîtresse.
Début :
Tu crains que le destin, ô ma Divinité ! [...]
Mots clefs :
Destin, Divinité, Amant, Immortalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de D.... à sa Maîtresse.
VERS de D.... à fa Maîtreffe.
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
To crains que le deftin , ô ma Divinité ! Ꭲ
Ne t'enlève un amant que tu rendis fidéle ?
Et tu lui refuſes , cruelle ,
De jouir avec toi de l'immortalité !
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10
p. 21-24
STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
Début :
Dans cette enceinte, ô ma patrie ! [...]
Mots clefs :
Georges-Louis Leclerc de Buffon, Apollon, Immortalité, Nature, Insectes, Serpents, Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
STANCES à M. de Buffon , fur fon paf
fage dans fa patrie ; par M. Baillot
fuppléant au College : envoyées à l'Académie
& lues dans la féance publique ,
leLe s Août
DANS
1773,
ANS Cette enceinte , ô ma patrie !
Lève , lève un front triomphant ;
Réjouis- toi , mère chérie ,
Voici ton plus illuſtre enfant.
C'eft dans tonfein qu'avec la vie
Il puifa fonbrillant génie ;
Célèbre avec moi fes fuccès :
Heureux berceau de fon enfance ,
Tu donnas un Pline à la France ;
Ton nom ne périra jamais,
Jetons des fleurs fur fon paffage ,
Accourez tous , ôCitoyens !
Venez lui rendre un juſte hommage
Venez unir vos yeux aux miens.
Ah ! mon coeur treflaille à fa vue !
Sans doute votre ame eft émue
Comme la mienne en l'écoutant.
O jour le plus beau de ma vie !
J'ai fatisfait ma noble envie ,
J'ai vu Buffon ..... je fuis content.
22
MERCURE
DE
FRANCE
.
Afon afpect majeune lyre
Rend fous mes doigts des fons plus doux :
C'est lui..... je cède à mon délire !
C'eſt lui qui s'affied parmi nous.
Buffon , dont les fçavans ouvrages
Enleveront tous les fuffrages
De la jufte Postérité ;
Buffon , que , dès fon vivant même ,
A marqué de fon (ceau fuprême
La main de l'immortalité.
Qu'ilfera cher à la penſée
De ces favoris d'Apollon ,
Ce jour où leur nouveau Licée
S'ouvre pour recevoir Buffon ,
Comme le dieu de l'harmonie
Charme les Nymphes d'Aonie
Par les accens mélodieux ;
Avec quelle éloquence active
Il rend notre oreille attentive ,
Et peint la Nature à nos yeux !
Dans les entrailles de la terre
Il defcend jufqu'à ces métaux ,
Source funefte & falutaire
Et de nos biens & de nos maux.
Il les épie à leur naiflance,
Les fuit de l'oeil avec conftanee ,
Marquefureux l'effet du temps
FEVRIER . 1774 . 2}
Et, faififlant chaque nuance ,
Pour nous découvrir leur effence ,
Il remonte à leurs élémens .
Que fon exemple nous enflamme ,
Elèves du facré Vallon !
Eft-il pour éveiller notre ame,
Eft-il un plus noble aiguillon ?
Voyons , voyons d'un oeil tranquille
L'eflaim bourdonnant & futile
Des infectes de l'Hélicon ;
Et , lors qu'ils fiffleront de rage ,
Si l'un de nous fe décourage
Qu'iljette un regard ſur Buffon,
Contre lui l'Envie animée
Dreffe fes ferpens meurtriers ;
En vain fa bouche envenimée
Tente de fouiller fes lauriers ,
L'entendez vous défefpérée ,
De fes couleuvres entourée
Mugir fous les pas de Buffon ?
Tandis qu'oubliant ſa victoire
Il vole au temple de Mémoire
Cueillir la palme d'Apollon .
Ainfi périt l'Hydre indomptable
Qui de Lerne infeftoit les bords ;
D'Alcide le bras redoutable
Triompha de fes vains efforts
24 MERCURE DE FRANCE.
Sa fable devient ton hiſtoire ,
Elprit divin , qui vers la gloire
A pris un vol audacieux ;
Que te font les cris inutiles
De tous ces odieux reptiles ,
Quand tu t'élances dans les Cieux ?
Un jour , par un fort invincible
Notre globe qu'il a décrit ,
Tombera fous la faulx terrible
Du monftre aîlé qui nous pourfuit ;
Mais tandis que, foule inactive ,
Nous végérerons fur larive
Des froides ondes du Léthé ,
Cet aftre brillant de lumière ,
Dans fon immortelle carrière
Roulera fans être arrêté.
fage dans fa patrie ; par M. Baillot
fuppléant au College : envoyées à l'Académie
& lues dans la féance publique ,
leLe s Août
DANS
1773,
ANS Cette enceinte , ô ma patrie !
Lève , lève un front triomphant ;
Réjouis- toi , mère chérie ,
Voici ton plus illuſtre enfant.
C'eft dans tonfein qu'avec la vie
Il puifa fonbrillant génie ;
Célèbre avec moi fes fuccès :
Heureux berceau de fon enfance ,
Tu donnas un Pline à la France ;
Ton nom ne périra jamais,
Jetons des fleurs fur fon paffage ,
Accourez tous , ôCitoyens !
Venez lui rendre un juſte hommage
Venez unir vos yeux aux miens.
Ah ! mon coeur treflaille à fa vue !
Sans doute votre ame eft émue
Comme la mienne en l'écoutant.
O jour le plus beau de ma vie !
J'ai fatisfait ma noble envie ,
J'ai vu Buffon ..... je fuis content.
22
MERCURE
DE
FRANCE
.
Afon afpect majeune lyre
Rend fous mes doigts des fons plus doux :
C'est lui..... je cède à mon délire !
C'eſt lui qui s'affied parmi nous.
Buffon , dont les fçavans ouvrages
Enleveront tous les fuffrages
De la jufte Postérité ;
Buffon , que , dès fon vivant même ,
A marqué de fon (ceau fuprême
La main de l'immortalité.
Qu'ilfera cher à la penſée
De ces favoris d'Apollon ,
Ce jour où leur nouveau Licée
S'ouvre pour recevoir Buffon ,
Comme le dieu de l'harmonie
Charme les Nymphes d'Aonie
Par les accens mélodieux ;
Avec quelle éloquence active
Il rend notre oreille attentive ,
Et peint la Nature à nos yeux !
Dans les entrailles de la terre
Il defcend jufqu'à ces métaux ,
Source funefte & falutaire
Et de nos biens & de nos maux.
Il les épie à leur naiflance,
Les fuit de l'oeil avec conftanee ,
Marquefureux l'effet du temps
FEVRIER . 1774 . 2}
Et, faififlant chaque nuance ,
Pour nous découvrir leur effence ,
Il remonte à leurs élémens .
Que fon exemple nous enflamme ,
Elèves du facré Vallon !
Eft-il pour éveiller notre ame,
Eft-il un plus noble aiguillon ?
Voyons , voyons d'un oeil tranquille
L'eflaim bourdonnant & futile
Des infectes de l'Hélicon ;
Et , lors qu'ils fiffleront de rage ,
Si l'un de nous fe décourage
Qu'iljette un regard ſur Buffon,
Contre lui l'Envie animée
Dreffe fes ferpens meurtriers ;
En vain fa bouche envenimée
Tente de fouiller fes lauriers ,
L'entendez vous défefpérée ,
De fes couleuvres entourée
Mugir fous les pas de Buffon ?
Tandis qu'oubliant ſa victoire
Il vole au temple de Mémoire
Cueillir la palme d'Apollon .
Ainfi périt l'Hydre indomptable
Qui de Lerne infeftoit les bords ;
D'Alcide le bras redoutable
Triompha de fes vains efforts
24 MERCURE DE FRANCE.
Sa fable devient ton hiſtoire ,
Elprit divin , qui vers la gloire
A pris un vol audacieux ;
Que te font les cris inutiles
De tous ces odieux reptiles ,
Quand tu t'élances dans les Cieux ?
Un jour , par un fort invincible
Notre globe qu'il a décrit ,
Tombera fous la faulx terrible
Du monftre aîlé qui nous pourfuit ;
Mais tandis que, foule inactive ,
Nous végérerons fur larive
Des froides ondes du Léthé ,
Cet aftre brillant de lumière ,
Dans fon immortelle carrière
Roulera fans être arrêté.
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Résumé : STANCES à M. de Buffon, sur son passage dans sa patrie ; par M. Baillot, suppléant au Collége ; envoyées à l'Académie & lues dans la séance publique, le 5 Août 1773.
Le texte est une ode dédiée à Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste français, écrite par M. Baillot et lue publiquement le 1er août 1773. Le poème célèbre les succès et la carrière illustre de Buffon, soulignant son génie et ses contributions scientifiques. Il exprime la fierté nationale et invite les citoyens à honorer cet homme éminent. Le texte met en avant l'impact durable des travaux de Buffon, qui seront reconnus par la postérité. Il décrit également l'éloquence et la capacité de Buffon à expliquer la nature et les processus géologiques. Le poème encourage les élèves à s'inspirer de l'exemple de Buffon et à rester indifférents aux critiques jalouses. Enfin, il compare Buffon à Hercule, triomphant de l'envie et des obstacles, et prédit que son œuvre brillera éternellement, contrairement à ceux qui végètent dans l'inaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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