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1
p. 151-178
Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Début :
Deux Dames jeunes, belles, bien faites, spirituelles, & de qualité [...]
Mots clefs :
Bouquet, Dames, Couvent, Plaisirs, Prix, Jardin, Galanterie, Fête, Boîte, Ruban, Divertissement public, Masque, Incognito, Faux personnages, Iconnues, Tenants, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Deux Dames, jeunes , bel- les, bien faites, ſpirituelles,&
de qualité, ayant leurs raiſons pour paſſer quelque temps dans un Convent à cinq ou fix lieuës de Paris, apprirent il y a quelques jours avec joye,
qu'un jeune Marquis , qui a
une affez belle Maiſon dans
leur voiſinage , faifoit une ré- joüiſſance le lendemain , qui eftoit le jourde fa Feſte. Com- me la retraite ne leur a pas oſté l'eſprit d'enjoüement , &
qu'elles ne laiſſent échaper aucune occafion de ſe faire
GALANT. 107
des plaiſirs de tout ce qui en.
peut caufer d'innocens , elles fongerent à quelque galante rie qui leur pût donner part au Divertiſſement qui ſe pré-- paroit. Le ſoin qu'elles eurent
de s'en faire inſtruire , leur fit
découvrir qu'il confiftoit en un grand Repas que le Mar- quis donnoit à quelques -uns de ſes Amis, dont onne leur
pût dire que le nom de trois ,
& que ſur les cinq heures du foir on ſe devoit rendre
dans la Plaine , où il y avoit un Prix proposé pour celuy qui montreroit le plus d'adref- ſe à tirer. Heureuſement pour elles , les trois Conviez qu'on
leur nomma eftoient de leur
connoiffance , elles en ſca- voient les Intrigues. Il s'agif- foit d'une Feſte qu'on cele
108 LE MERCVRE
broit ; la coûtume veut qu'on
envoyedes Bouquets, &ce fut ce qui leur donna la penſée de ce qu'elles ſe réſolurentd'e- xecuter. Elles entrerent dans
le Jardin , choiſirent ce qu'el- les crûrent propre à leur def- fein , en firent quatre Bouquets differents , avec un Bil- letpour chacun de ceux àqui ils estoientdeſtinez ,enferme
rent le tout dans une Boëte ,
la cacheterent fort propre- ment , &y joignirent une Let- tre generale pour la Bande joyeuſe qu'elles estoient bien aiſes d'embarafſfer. En voicy Fadreffe & les termes..
GALANT. 1.09
LES INCONNUES,
AUX QUATRE TENANS de la Feſte de ***
NOUSCON Ous croyons, Braves Tenans,
de noſtre honneſteté, ayant l'avantage d'estre de vos Voisines , de contribuer par
quelque galanterie au plaisir que vous vous proposez de donner aujourd'huy àtout le Canton,pour
y faire plus dignement chommer voſtre Feste ; &comme vous estes quatre Amis fort unis en toutes chofes , nous craindrions de vous donner un juſte ſujet de vous plaindre de nostre injustice , ſi nous faiſions en ce rencontre aucune difference entre vous, C'est
ce qui nous oblige à vous en- voyeràchacun un Bouquet. Con
110 LE MERCURE
vons nous
fiderez-les bien , &vous verrez Sans doute qu'il nous a fallu y
fonger plus d'une fois pour vous en choisir de tels. Si nous pou- ma Sœur & moy ,
dérober demain d'une partie de Chaſſe où noussommes engagées,
nous irons voir avec quelques Amis le cas que vous faites de nos Prefens. Nous esperons que vous ne dédaignerezpas de les porter. Sur tout fi nous allons à
la Feſte, ne nous obligezpoint à
nous démaſquer, fi nous trouvons àpropos de ne le pas faire. Nous avons interest à n'estre pas con- nuës de tout le monde. Adieu.
Cefont vos Servantes &Amies,
LESDAMES DU MONT BRILLANT , à deux lieuës de chez Vous que vous voiſinez affez
rarement.Celaſoit dit en paſſant.
2
Le
GALANT.. III
1
Le lendemainde grand ma tin ces deux belles Compa- gnesde fortune mirent la Let- tre & la Boëte entre les mains
d'un Homme inconnu qui ne manquoit pas d'adreſſe. Elles L'inſtruiſirent dece qu'il avoit à faire pour n'eſtre pas ſuivy ,
&luydonnerent ordre delaif- fer l'une & l'autre au premier qu'il trouveroit des Domeſtiques du jeune Marquis. La choſe réüffit comme on l'avoit
projettée. Le preſent fut ren- duauMarquis , fansqu'on luy puſt dire qui l'envoyoit. Ce- luyqui s'eneſtoit chargé , l'a- voit donné àunCocher pour ſon Maiſtre , & le Cocher ne s'eſtoit pas mis en peine d'en rien apprendre de plus. Le
Marquis ſe promenoit dans le Jardin avec ſes Amis ,quand Tome VI. K
112 LE MERCVRE
-
ce Preſent luy fut apporté.
C'eſtoit le jour de ſa Feſte.
Il ne douta point non plus qu'eux, que la Boëte ne fuft une marque du ſouvenir de quelqu'une de ſes Amies , &
dans cette penſée il receut avec plaifir les congratulations qu'ils luy en firent; mais il fut bien ſurpris, quand ayantjetté les yeux fur la Lettre , il vit qu'elle s'adreſſoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce
Titre luy fit aifément juger qu'il y avoit là de l'avanture.
Il en rit avec ſes Amis , la
Lettre fut leuë , &le myſtere leur enparut ſi plaiſant, qu'ils eurent impatience d'en voir la fuite. Ainfi quoy qu'ils dûf- ſent craindre de trouver quel- que folie dans la Boëte , ils ſe haterent del'ouvrir,fans qu'un
GALANT. 113 trou que ſe fit le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l'Epée d'un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de ſa bleffure , les puſt rendre moins empreſſez
àfatisfaire leur curiofité.Vous
rirezde ces circonstances,mais
elles font eſſentielles , parce qu'elles font vrayes , &je vous cõtenuëment les choſes comme elles font arrivées. A l'ouverture de la Boëte les Bouquets parurent. Ils étoientex traordinaires. Le premier qui en fut tire , eſtoit celuy du Maîtrede la Maiſon. Lesbelles Perſonnes qui les avoient mis par ordre dans la Boëte,
luy en avoient voulu faire T'honneur. Il conſiſtoit en un
beau Chardon noué d'un RuL
114 LE MERCURE
A
ban feüille-morte, avec ceBillet attaché autour.....
V
Oilà ,jeune Marquis un
petit Réveille-matin , pour
vous faire penser à voftre de- funteMaitreffe , qui cependant prend toute la part qu'elle doit à
tu magnificence dont vous faites parade enpublic. C'estune Vertu
qui ne manque jamais d'accom- pagner une belle Ame comme la voftre , à laquelle il ne man- que rien qu'un peu de veritable Amour, que nous voussouhaitons en bonnes Amies..
On plaiſanta fur ce Billet,
dont on chercha l'explication.
Je ne ſçay ſi elle fut trouvée,
mais je ſçay bien que le ſe- cond Bouquet qu'on tira étoit pour M le Comte de ***
GALANT. Hg
t
e
e.
Il eſtoit compofé de Sauge,
avec un Ruban vert , & ce
Billet.
C
E petit Ruban vert 3 cher
Comte , ne vous ofte pas tout-à-fait l'esperance de regagner les bonnes graces de vostre Maîtreſſe , &nous croyons que fi elle estoit perfuadée que vostre tendreſſe fust telle qu'elle la fou- haite,vous feriez heureux content. Espereztoûjours. 31
On luy applaudit fur PE pérance, &cependant on tira de la Boëte un Bouquet de Ruë , marqué pour un Cava- lier de la Troupe. UnRuban jaune qui le noioit , y tenoit ce Billet attache.hellier
30
116 LE MERCURE
Tous ne devez pas estre le
moins content de ce que vô- tre bonne fortune vous envoye le jaune , qui marque la pleinefatisfaction de vos Amours. Nous ne vous diſons rien de la Ruë ,
un Homme à bonne fortune com- me vous en peut quelquefois avoir beſoin. Si vous n'en sçavez pas l'explication, montrez-la à voſtre Maîtreffe. Elle vous dira fans
doute, que cela ne peutvenirque
des veritables Amies, &fort inzereßées pour vous.
On crût ceBilletmalicieux,
&chacun luy donna telle in- terpretation qu'il voulut , fans que le Cavalier qui entendoit raillerie s'en formalifaft, On
vint au dernier Bouquet , qui fe trouva une belle Ortie fleu
GALANT. 117
rie , noüée d'un Ruban couleur de chair paffé. Le Biller que ce Ruban enfermoit portoit le nomde Monfieur***,
que d'indiſpenſables affaires qui luy eſtoient inopinément furvenues , avoient empefche de venir au Rendez-vous. A
fon defaut , on ne voulut pas laiſſer le Bouquet ſans Maître,
&on pria un autre Comte ,
&un jeune Chevalier , qui avoient auſſi eſté priez de la Feſte , de voir entr'eux qui Faccepteroit. Ils s'en excuſeFent l'un &l'autre, &préten dirent que les termes duBillet
ne conviendroientpasà cequi leur pouvoit eſtre arrivé: On l'ouvrit , &ces paroles y fu- rent trouvées.
18 LE MERCURE
Nousne Ous ne voyons rien qui con- vienne mieuxàl'Amantdes
Onze mille Vierges, Monfieur ***
que cette agreable Ortie , pour moderer les chaleurs qu'il reffent
àcredit pour toutes les Belles.
:
Cesdivers Billets ſervirent
long-temps d'entretien à la Compagnie. Onſe mit àtable,
& les Tenans ne manquerent pas de boire à la fanté des Belles Inconnuës du Mont Brillant. Les ordres furent donnez
pour leur appreſter une ma- gnifique Collation quand elles viendroient à la Feſte , où l'on
ne douta point que l'impatien- ce de voir l'effet qu'auroit produit leurgalanterire ne les amenaſt. Cependant comme cesaimablesRecluſes n'étoient
GALANT. জ
119 pas enpouvoir defortirde leur Couvent , l'Avanture auroit finy là , fi le hazard qui ſe meſle prefquedetour, n'y euſt donnéordre.
1 Le grand chaud commen çant à ſe paffer, il y avoitdéja beaucoup de monde amafle dans la Plaine où l'on devoit
tirer pour leprix. LeComte&
leCavalierqui avoient eu part aux Bouquets , s'y estoient rendusdes premiers ,&ils rai- fonnoient enſemble fur l'incident de la Boëte , quandils ap- perçeurent deux Dames qui
コ
s'avançoient au petit galop avec deux Cavaliers , & en équipage à peu pres de Chaf- fereffes. Ils ne douterent point
S
a
qu'elles ne fuſſent les deux In- -connuës qu'ils attendoient , &
1 ils ſe confirmerent dans cette
1
120 LE MERCVRE
penſée en leur voyant mer- tre pied àterre, ce qu'elles fi- rent pourjoüir plus àleur aiſe duDivertiſſementpublic.Ou- tre l'intereſt particulier qu'ils avoient à nouer conversation
avecelles , la civilité ſeule les obligeoit à leur faire compli- ment,& ils le commencerent
par un remercîment de l'exa- Etitude qu'elles avoient euë à
venir s'acquiter de leur paro- le. Elles connurent d'abord
qu'on ſe méprenoit; mais com- me le Maſque les mettoit en feureté , elles ſe firent unplai- firde cette méprife , &voulant voir juſqu'où elle pourroit al- ler , elles répondirent d'une manierequi nedétrompa point les deux Tenans. Elles avoient
de l'eſprit ; un Rôle d'Avan- turieres leur parut plaiſant à
GALANT. 121
joüer , &elles n'eurent pasde peine à le ſoûtenir. Il fut dit mille choſes agreables de part &d'autre. Le Comte les affuraqu'ilgarderoit fort ſoigneu ſement le Ruban vert , & leur promit d'eſperer fur leur pa role. Le Cavalier fit avec
elles de ſon coſté une plai- ☐ ſanterie ſur la Ruë , & ny la Ruë , ny le Ruban vert ne les pûrent déconcerter. El- les ſe tirerent de toutpar des réponſes ambiguës ; & leurs Conducteurs qui ne parloient point , ne pouvoient s'empef- cher de rire de les voir fournir fi long-temps àun galima- tias , où ils eſtoient afſfurez qu'elles ne comprenoient rien non plus qu'eux. Enfin ſur le refus qu'elles firent de ſe dé- maſquer , &devenir au Châe
t
t
2
122 LE MERCURE
teau prendre la Collation qui leur eſtoit préparée, le Comte &leCavalier crûrentquec'é- toit au Marquis à faire les honneurs de ſa Feſte , & ils
coururent l'avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s'échaper ; elles n'avoient eu deſſein quede ſe divertiruneheure incognito , &
jugeant bienque le Marquis ,
oules feroit ſuivre , oules ob- ſerveroit de ſi pres , qu'il feroit difficilequ'il neles reconnuſt,
elles aimerent mieuxſe priver du plaiſir qu'elles avoient ef- pere, que de s'expoſer àfaire voir qu'elles avoient joüé de faux Perſonnages. Ainſi le Marquis ne les trouva plus quand il arriva , & il n'auroit pas ſçeuqui elles estoient , fans unGentilhõmequi ſurvint,&
qui
GALANT. 123
-
L
qui venant de les rencontrer,
leur dit que c'eſtoient ſes Sœurs , avec le Maryde l'une,
&un Amy. Comme il ne pa- rut aucune autre Damedu re
- ſte dujour, le Marquis , quoy qu'étonné de la promptitude de leur retraite , n'imputa qu'à elles la galanterie des Bou- quets ; & leur rendit viſite le lendemain avec les trois autres
Intéreſſez. Le galimatias s'y recommança. Elles en rirent quelque temps , mais enfin el- ☑les leur proteſterent ſi ſérieu- ſement qu'elles ne ſçavoient ce qu'on leur diſoit , que les Tenans furentobligez de cher- cher ailleurs leurs inconnuës.
Leur embarras ne ceffa point,
quelque recherche qu'ils fif- 5 ſent dans le voiſinage , juſqu'à ce qu'eſtant allez voir les deux
-Tome VI.
a
a
L
124 LE MERCVRE belles Recluſes au Couvent ,
ils connurent à quelques pa- roles de Sauge & de Chardon qui leur échapa, que c'eſtoient elles quilesavoient régalez de fi beaux Bouquets. Vn grand éclat de rire dont elles ne pû- rent ſe defendre , acheva de les perfuader. Ils en raillerent avec elles , & apres quelques legeres façons,elles leuravoue- rent ce qu'ils n'auroient peut- eſtre jamais ſçeu , fi elles ſe fuſſent obſtinées à le cacher
de qualité, ayant leurs raiſons pour paſſer quelque temps dans un Convent à cinq ou fix lieuës de Paris, apprirent il y a quelques jours avec joye,
qu'un jeune Marquis , qui a
une affez belle Maiſon dans
leur voiſinage , faifoit une ré- joüiſſance le lendemain , qui eftoit le jourde fa Feſte. Com- me la retraite ne leur a pas oſté l'eſprit d'enjoüement , &
qu'elles ne laiſſent échaper aucune occafion de ſe faire
GALANT. 107
des plaiſirs de tout ce qui en.
peut caufer d'innocens , elles fongerent à quelque galante rie qui leur pût donner part au Divertiſſement qui ſe pré-- paroit. Le ſoin qu'elles eurent
de s'en faire inſtruire , leur fit
découvrir qu'il confiftoit en un grand Repas que le Mar- quis donnoit à quelques -uns de ſes Amis, dont onne leur
pût dire que le nom de trois ,
& que ſur les cinq heures du foir on ſe devoit rendre
dans la Plaine , où il y avoit un Prix proposé pour celuy qui montreroit le plus d'adref- ſe à tirer. Heureuſement pour elles , les trois Conviez qu'on
leur nomma eftoient de leur
connoiffance , elles en ſca- voient les Intrigues. Il s'agif- foit d'une Feſte qu'on cele
108 LE MERCVRE
broit ; la coûtume veut qu'on
envoyedes Bouquets, &ce fut ce qui leur donna la penſée de ce qu'elles ſe réſolurentd'e- xecuter. Elles entrerent dans
le Jardin , choiſirent ce qu'el- les crûrent propre à leur def- fein , en firent quatre Bouquets differents , avec un Bil- letpour chacun de ceux àqui ils estoientdeſtinez ,enferme
rent le tout dans une Boëte ,
la cacheterent fort propre- ment , &y joignirent une Let- tre generale pour la Bande joyeuſe qu'elles estoient bien aiſes d'embarafſfer. En voicy Fadreffe & les termes..
GALANT. 1.09
LES INCONNUES,
AUX QUATRE TENANS de la Feſte de ***
NOUSCON Ous croyons, Braves Tenans,
de noſtre honneſteté, ayant l'avantage d'estre de vos Voisines , de contribuer par
quelque galanterie au plaisir que vous vous proposez de donner aujourd'huy àtout le Canton,pour
y faire plus dignement chommer voſtre Feste ; &comme vous estes quatre Amis fort unis en toutes chofes , nous craindrions de vous donner un juſte ſujet de vous plaindre de nostre injustice , ſi nous faiſions en ce rencontre aucune difference entre vous, C'est
ce qui nous oblige à vous en- voyeràchacun un Bouquet. Con
110 LE MERCURE
vons nous
fiderez-les bien , &vous verrez Sans doute qu'il nous a fallu y
fonger plus d'une fois pour vous en choisir de tels. Si nous pou- ma Sœur & moy ,
dérober demain d'une partie de Chaſſe où noussommes engagées,
nous irons voir avec quelques Amis le cas que vous faites de nos Prefens. Nous esperons que vous ne dédaignerezpas de les porter. Sur tout fi nous allons à
la Feſte, ne nous obligezpoint à
nous démaſquer, fi nous trouvons àpropos de ne le pas faire. Nous avons interest à n'estre pas con- nuës de tout le monde. Adieu.
Cefont vos Servantes &Amies,
LESDAMES DU MONT BRILLANT , à deux lieuës de chez Vous que vous voiſinez affez
rarement.Celaſoit dit en paſſant.
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Le
GALANT.. III
1
Le lendemainde grand ma tin ces deux belles Compa- gnesde fortune mirent la Let- tre & la Boëte entre les mains
d'un Homme inconnu qui ne manquoit pas d'adreſſe. Elles L'inſtruiſirent dece qu'il avoit à faire pour n'eſtre pas ſuivy ,
&luydonnerent ordre delaif- fer l'une & l'autre au premier qu'il trouveroit des Domeſtiques du jeune Marquis. La choſe réüffit comme on l'avoit
projettée. Le preſent fut ren- duauMarquis , fansqu'on luy puſt dire qui l'envoyoit. Ce- luyqui s'eneſtoit chargé , l'a- voit donné àunCocher pour ſon Maiſtre , & le Cocher ne s'eſtoit pas mis en peine d'en rien apprendre de plus. Le
Marquis ſe promenoit dans le Jardin avec ſes Amis ,quand Tome VI. K
112 LE MERCVRE
-
ce Preſent luy fut apporté.
C'eſtoit le jour de ſa Feſte.
Il ne douta point non plus qu'eux, que la Boëte ne fuft une marque du ſouvenir de quelqu'une de ſes Amies , &
dans cette penſée il receut avec plaifir les congratulations qu'ils luy en firent; mais il fut bien ſurpris, quand ayantjetté les yeux fur la Lettre , il vit qu'elle s'adreſſoit aux quatre Tenans. La nouveauté de ce
Titre luy fit aifément juger qu'il y avoit là de l'avanture.
Il en rit avec ſes Amis , la
Lettre fut leuë , &le myſtere leur enparut ſi plaiſant, qu'ils eurent impatience d'en voir la fuite. Ainfi quoy qu'ils dûf- ſent craindre de trouver quel- que folie dans la Boëte , ils ſe haterent del'ouvrir,fans qu'un
GALANT. 113 trou que ſe fit le Marquis par un faux pas fur le pommeau de l'Epée d'un Gentilhomme de la Compagnie , ny le fang qui fortoit de ſa bleffure , les puſt rendre moins empreſſez
àfatisfaire leur curiofité.Vous
rirezde ces circonstances,mais
elles font eſſentielles , parce qu'elles font vrayes , &je vous cõtenuëment les choſes comme elles font arrivées. A l'ouverture de la Boëte les Bouquets parurent. Ils étoientex traordinaires. Le premier qui en fut tire , eſtoit celuy du Maîtrede la Maiſon. Lesbelles Perſonnes qui les avoient mis par ordre dans la Boëte,
luy en avoient voulu faire T'honneur. Il conſiſtoit en un
beau Chardon noué d'un RuL
114 LE MERCURE
A
ban feüille-morte, avec ceBillet attaché autour.....
V
Oilà ,jeune Marquis un
petit Réveille-matin , pour
vous faire penser à voftre de- funteMaitreffe , qui cependant prend toute la part qu'elle doit à
tu magnificence dont vous faites parade enpublic. C'estune Vertu
qui ne manque jamais d'accom- pagner une belle Ame comme la voftre , à laquelle il ne man- que rien qu'un peu de veritable Amour, que nous voussouhaitons en bonnes Amies..
On plaiſanta fur ce Billet,
dont on chercha l'explication.
Je ne ſçay ſi elle fut trouvée,
mais je ſçay bien que le ſe- cond Bouquet qu'on tira étoit pour M le Comte de ***
GALANT. Hg
t
e
e.
Il eſtoit compofé de Sauge,
avec un Ruban vert , & ce
Billet.
C
E petit Ruban vert 3 cher
Comte , ne vous ofte pas tout-à-fait l'esperance de regagner les bonnes graces de vostre Maîtreſſe , &nous croyons que fi elle estoit perfuadée que vostre tendreſſe fust telle qu'elle la fou- haite,vous feriez heureux content. Espereztoûjours. 31
On luy applaudit fur PE pérance, &cependant on tira de la Boëte un Bouquet de Ruë , marqué pour un Cava- lier de la Troupe. UnRuban jaune qui le noioit , y tenoit ce Billet attache.hellier
30
116 LE MERCURE
Tous ne devez pas estre le
moins content de ce que vô- tre bonne fortune vous envoye le jaune , qui marque la pleinefatisfaction de vos Amours. Nous ne vous diſons rien de la Ruë ,
un Homme à bonne fortune com- me vous en peut quelquefois avoir beſoin. Si vous n'en sçavez pas l'explication, montrez-la à voſtre Maîtreffe. Elle vous dira fans
doute, que cela ne peutvenirque
des veritables Amies, &fort inzereßées pour vous.
On crût ceBilletmalicieux,
&chacun luy donna telle in- terpretation qu'il voulut , fans que le Cavalier qui entendoit raillerie s'en formalifaft, On
vint au dernier Bouquet , qui fe trouva une belle Ortie fleu
GALANT. 117
rie , noüée d'un Ruban couleur de chair paffé. Le Biller que ce Ruban enfermoit portoit le nomde Monfieur***,
que d'indiſpenſables affaires qui luy eſtoient inopinément furvenues , avoient empefche de venir au Rendez-vous. A
fon defaut , on ne voulut pas laiſſer le Bouquet ſans Maître,
&on pria un autre Comte ,
&un jeune Chevalier , qui avoient auſſi eſté priez de la Feſte , de voir entr'eux qui Faccepteroit. Ils s'en excuſeFent l'un &l'autre, &préten dirent que les termes duBillet
ne conviendroientpasà cequi leur pouvoit eſtre arrivé: On l'ouvrit , &ces paroles y fu- rent trouvées.
18 LE MERCURE
Nousne Ous ne voyons rien qui con- vienne mieuxàl'Amantdes
Onze mille Vierges, Monfieur ***
que cette agreable Ortie , pour moderer les chaleurs qu'il reffent
àcredit pour toutes les Belles.
:
Cesdivers Billets ſervirent
long-temps d'entretien à la Compagnie. Onſe mit àtable,
& les Tenans ne manquerent pas de boire à la fanté des Belles Inconnuës du Mont Brillant. Les ordres furent donnez
pour leur appreſter une ma- gnifique Collation quand elles viendroient à la Feſte , où l'on
ne douta point que l'impatien- ce de voir l'effet qu'auroit produit leurgalanterire ne les amenaſt. Cependant comme cesaimablesRecluſes n'étoient
GALANT. জ
119 pas enpouvoir defortirde leur Couvent , l'Avanture auroit finy là , fi le hazard qui ſe meſle prefquedetour, n'y euſt donnéordre.
1 Le grand chaud commen çant à ſe paffer, il y avoitdéja beaucoup de monde amafle dans la Plaine où l'on devoit
tirer pour leprix. LeComte&
leCavalierqui avoient eu part aux Bouquets , s'y estoient rendusdes premiers ,&ils rai- fonnoient enſemble fur l'incident de la Boëte , quandils ap- perçeurent deux Dames qui
コ
s'avançoient au petit galop avec deux Cavaliers , & en équipage à peu pres de Chaf- fereffes. Ils ne douterent point
S
a
qu'elles ne fuſſent les deux In- -connuës qu'ils attendoient , &
1 ils ſe confirmerent dans cette
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120 LE MERCVRE
penſée en leur voyant mer- tre pied àterre, ce qu'elles fi- rent pourjoüir plus àleur aiſe duDivertiſſementpublic.Ou- tre l'intereſt particulier qu'ils avoient à nouer conversation
avecelles , la civilité ſeule les obligeoit à leur faire compli- ment,& ils le commencerent
par un remercîment de l'exa- Etitude qu'elles avoient euë à
venir s'acquiter de leur paro- le. Elles connurent d'abord
qu'on ſe méprenoit; mais com- me le Maſque les mettoit en feureté , elles ſe firent unplai- firde cette méprife , &voulant voir juſqu'où elle pourroit al- ler , elles répondirent d'une manierequi nedétrompa point les deux Tenans. Elles avoient
de l'eſprit ; un Rôle d'Avan- turieres leur parut plaiſant à
GALANT. 121
joüer , &elles n'eurent pasde peine à le ſoûtenir. Il fut dit mille choſes agreables de part &d'autre. Le Comte les affuraqu'ilgarderoit fort ſoigneu ſement le Ruban vert , & leur promit d'eſperer fur leur pa role. Le Cavalier fit avec
elles de ſon coſté une plai- ☐ ſanterie ſur la Ruë , & ny la Ruë , ny le Ruban vert ne les pûrent déconcerter. El- les ſe tirerent de toutpar des réponſes ambiguës ; & leurs Conducteurs qui ne parloient point , ne pouvoient s'empef- cher de rire de les voir fournir fi long-temps àun galima- tias , où ils eſtoient afſfurez qu'elles ne comprenoient rien non plus qu'eux. Enfin ſur le refus qu'elles firent de ſe dé- maſquer , &devenir au Châe
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122 LE MERCURE
teau prendre la Collation qui leur eſtoit préparée, le Comte &leCavalier crûrentquec'é- toit au Marquis à faire les honneurs de ſa Feſte , & ils
coururent l'avertir de leur arrivée. Les Dames prirent ce temps pour s'échaper ; elles n'avoient eu deſſein quede ſe divertiruneheure incognito , &
jugeant bienque le Marquis ,
oules feroit ſuivre , oules ob- ſerveroit de ſi pres , qu'il feroit difficilequ'il neles reconnuſt,
elles aimerent mieuxſe priver du plaiſir qu'elles avoient ef- pere, que de s'expoſer àfaire voir qu'elles avoient joüé de faux Perſonnages. Ainſi le Marquis ne les trouva plus quand il arriva , & il n'auroit pas ſçeuqui elles estoient , fans unGentilhõmequi ſurvint,&
qui
GALANT. 123
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qui venant de les rencontrer,
leur dit que c'eſtoient ſes Sœurs , avec le Maryde l'une,
&un Amy. Comme il ne pa- rut aucune autre Damedu re
- ſte dujour, le Marquis , quoy qu'étonné de la promptitude de leur retraite , n'imputa qu'à elles la galanterie des Bou- quets ; & leur rendit viſite le lendemain avec les trois autres
Intéreſſez. Le galimatias s'y recommança. Elles en rirent quelque temps , mais enfin el- ☑les leur proteſterent ſi ſérieu- ſement qu'elles ne ſçavoient ce qu'on leur diſoit , que les Tenans furentobligez de cher- cher ailleurs leurs inconnuës.
Leur embarras ne ceffa point,
quelque recherche qu'ils fif- 5 ſent dans le voiſinage , juſqu'à ce qu'eſtant allez voir les deux
-Tome VI.
a
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L
124 LE MERCVRE belles Recluſes au Couvent ,
ils connurent à quelques pa- roles de Sauge & de Chardon qui leur échapa, que c'eſtoient elles quilesavoient régalez de fi beaux Bouquets. Vn grand éclat de rire dont elles ne pû- rent ſe defendre , acheva de les perfuader. Ils en raillerent avec elles , & apres quelques legeres façons,elles leuravoue- rent ce qu'ils n'auroient peut- eſtre jamais ſçeu , fi elles ſe fuſſent obſtinées à le cacher
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Résumé : Histoire des quatre Bouquets. [titre d'après la table]
Le texte narre une aventure impliquant deux dames de qualité résidant dans un couvent près de Paris. Elles apprennent qu'un jeune marquis organise une fête à proximité et décident de participer. La fête consiste en un repas suivi d'un concours de tir. Les trois invités principaux étant de leur connaissance, elles choisissent de leur envoyer des bouquets accompagnés de billets mystérieux. Elles préparent quatre bouquets distincts, chacun avec un message personnalisé, et les font livrer anonymement au marquis. Le jour de la fête, les bouquets sont remis au marquis et à ses amis. Les messages, humoristiques et énigmatiques, suscitent la curiosité et les rires des invités. Par exemple, le bouquet du marquis contient un chardon symbolisant sa maîtresse absente, tandis que celui du comte de *** inclut de la sauge et un ruban vert, suggérant l'espoir de regagner les faveurs de sa maîtresse. Le soir même, deux dames masquées assistent à la fête mais refusent de se démasquer. Elles entretiennent la confusion en répondant de manière ambiguë aux questions des invités. Plus tard, un gentilhomme révèle que les dames masquées sont ses sœurs, mettant fin à l'énigme. Le marquis et ses amis rendent visite aux dames au couvent, où des indices les confirment comme étant les auteurs des bouquets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 170-172
ENVOY D'UN RUBAN jaune à Mademoiselle Philinire, & d'un Ruban à Mademoiselle Climene, par un volage qui donne quelquefois des preferences, & jamais d'exclusions.
Début :
Depuis peu un Candidat de cette Académie, attentif à / Le merite chez moy souvent par preference [...]
Mots clefs :
Ruban
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texteReconnaissance textuelle : ENVOY D'UN RUBAN jaune à Mademoiselle Philinire, & d'un Ruban à Mademoiselle Climene, par un volage qui donne quelquefois des preferences, & jamais d'exclusions.
Depuis peu un Candidat de
ectte Académie , attentif à
faire ſa Cour à deux des principales
Muſes dont il poſtule
les voix , leur fit cet Envoy.
GALANT. 171
છ છ ????????????
ENVOY D'UN RUBAN
jaune à Mademoiselle
Philinire , & d'un Ruban verd.
à Mademoiselle Climene ,
par un volage qui donne
Aquelquefois des preferences
,& jamais d'exclufions .
Le merite chez moy ſouvent
parpreference
Determinemon coeurfur le choix
d'un objet;
Ainsi de Philinire admirant la
fcience
Seule elle est de mes chants aujourd'huy
leſujet.
Pij
172 MERCURE
Et par deux neuds divers expliquant
ma pensée, prod
Dujaune à Philinire , à Climene
du verd,
Je donne de moy- même une
Image tracée
Pour l'une un coeur d'été , pour
l'autre un coeur d'hiver.
ectte Académie , attentif à
faire ſa Cour à deux des principales
Muſes dont il poſtule
les voix , leur fit cet Envoy.
GALANT. 171
છ છ ????????????
ENVOY D'UN RUBAN
jaune à Mademoiselle
Philinire , & d'un Ruban verd.
à Mademoiselle Climene ,
par un volage qui donne
Aquelquefois des preferences
,& jamais d'exclufions .
Le merite chez moy ſouvent
parpreference
Determinemon coeurfur le choix
d'un objet;
Ainsi de Philinire admirant la
fcience
Seule elle est de mes chants aujourd'huy
leſujet.
Pij
172 MERCURE
Et par deux neuds divers expliquant
ma pensée, prod
Dujaune à Philinire , à Climene
du verd,
Je donne de moy- même une
Image tracée
Pour l'une un coeur d'été , pour
l'autre un coeur d'hiver.
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Résumé : ENVOY D'UN RUBAN jaune à Mademoiselle Philinire, & d'un Ruban à Mademoiselle Climene, par un volage qui donne quelquefois des preferences, & jamais d'exclusions.
Le poème 'Envoi d'un ruban' est adressé à deux muses, Mademoiselle Philinire et Mademoiselle Climène, par un candidat de l'Académie. Le poète exprime ses préférences changeantes, admirant la science de Philinire. Il utilise des rubans jaunes pour Philinire, symbolisant un 'cœur d'été', et verts pour Climène, représentant un 'cœur d'hiver'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 946-959
MODES.
Début :
On sçait depuis long-temps que c'est une nécessité d'être à la mode, & [...]
Mots clefs :
Mode, Cheveux, Perruques, Porter, Dames, Soie, Argent, Gaze, Coiffure, Boucles, Ruban, Couleur, Brodée, Coiffures, Garniture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MODES.
MODE S.
&
N fçait depuis long-temps que c'eft
une neceffité d'être à la mode ,
qu'on ne peut s'en difpenfer fans paffer
pour ridicule. On ofe dire que la Mode
exerce fa tyrannie fur la parure & ſur
l'ajustement , comme l'ufage exerce la
fienne fur le langage ; & on peut ajoûter
que rien n'eft ridicule de tout ce
qui peut être autorifé par la mode , de
inême que tout paroît dégoûtant & bizarre
, quand la Mode n'y a pas mis fon
attache.
Nous employerons donc nos foins pour
ne laiffer échaper aucune Mode fans la
remarquer , pas même de celles qu'il
faut faifir dans le moment qu'elles paroiffent
, car il y en a qui fe montrent
à peine au grand jour , & qui font pref
que en même temps effacées par d'autres
Modes naiffantes , qui font une impreffion
plus heureuſe & de plus de
durée. On efpere d'être fecouru par
quelques perfonnes intelligentes fur ces
matieres , qui feront allertes fur les Modes
nouvelles , & qui nous en inftrui- L
ront
MA Y. 1726. 947
ront ; nous croyons d'ailleurs , que les
amateurs outrez des Modes nouvelles
& qui rencheriffent toujours fur elles ,
fourniront dequoi égayer & enrichir cet
article.
Dans un Livre nouveau qui paroît
depuis l'année paffée , * l'Auteur s'étend
beaucoup fur la Mode ; il remarque
entr'autres chofes qu'elle conduit & remue
tout en France . » O l'hiftoire cu-
» rieuſe , dit- il , que celle de la Mode
» des François , fi nous en avions une !
» & que cette Divinité meriteroit bien
>> d'avoir un Temple dans un pays où
» elle eft adorée fi religieufement ! à
>> moins qu'on ne veuille faire fon Tem-
» ple deParis où elle donne fes loix, & où
» tous s'affemblent pour fe profterner de-
» vant elle & lui faire des offrandes. Les
» François , ajoûte- t'il , y vont pour fe
» former , & ceux qui n'ont jamais été
à Paris , ne font que des Francois in-
>> formes , des Provinciaux que les au-
» tres dédaignent. Les Etrangers de mê-
» me y accourent de tous côtez pour fe
façonner , pour prendre un titre de.
» merite , un exterieur , & des habits
qui impofent chez eux , & dont l'hon-
» neur retombe fur les François . Par cet
"
Lettres fur les Anglois & les François , &
fur les Voyages, 3. vol.in 12.
en-
1
948 MERCURE DE FRANCE
» endroit, par les manieres , & par les ha-
» bits , les François ne font pas éloignez
» de la Monarchie uni verfelle , ſe voyant
» tout foumis , fi ce n'eft l'indomptable
>> Eſpagnol .
Cuneta terrarum fubata .
Prater atrocem animum Catonis.
» Ce qui ne doit gueres moins les con-
» tenter , que fi les hommes leur étoient
>> foumis dans un autre fens , puifque les
" manieres & les habits font une chofe
» capitale chez eux .
Il faut avouer que les Dames , furtout,
ont un grand pouvoir pour mettre en
credit en France tout ce qu'elles favorifent.
Elles donnent le prix à la nouveauté
, mais auffi on peut dire que c'eft
à ce Sexe qu'on doit la legereté qui domine
prefque par tout dans ce pays , où
il femble que l'étendart de l'inconftance
fe déploye , & qui infpire à toute l'Europe
cette prodigieufe demangeaifon de
changer. Ici les habits & les ajuſtemens
ont beau être bien faits , bien entendus
& n'être point ufez , s'ils ne font plus
à la mode , ils font rejettez , & on n'oferoit
les porter .
Dans le dernier article des Modes , on
que
les hommes ne portoient pref
a dit
que
MAY. 1726. 949
que plus le chapeau que fous le bras , &
cela eft vrai , mais quand dans quelque
occafion on le met fur la tête , on le porte
de la maniere qu'on a vû dans l'Eftampe
gravée à la fin de cet article. Ces
Chapeaux font quelquefois bordez d'un
Point d'Espagne d'or ou d'argent .
Les Perruques le plus en vogue font
noüées ; on en porte beaucoup en
bourfe ; la frifure en eft moutonnée
c'est- à- dire , en petites boucles , qui forment
comme deux oreilles d'Epagneulss
& ces bourfes font fort variées & differemment
ornées . La queue prend fouvent
la place de la bourfe , principalement
chez les jeunes gens qui portent
leurs cheveux .
Les Perruques à la Chanceliere font
à demi longues. Les Perruques pour
monter à cheval font fort courtes , &
nouées avec un petit ruban noir par derriere
, avec une boucle pendante. On en
voit auffi beaucoup de naturelles & en
cadenettes , que les jeunes gens portent
avec un petit toupet de cheveux qu'ils
laiffent croître fur le front , & qu'on
couvre d'une prodigieufe quantité de
poudre. On voit auffi en Eté quantité
de petites Perruques , qui ne different
gueres des Perruques d'Abbé , ce ſont
proprement des Perruques de Cabinet ,
Qu
950 MERCURE DE FRANCE .
ou de deshabillé , qu'on appelle des Bon
nets.
La derniere Mode des Perruques naturelles
, c'eft de les porter en boucles
pendantes par derriere , qui fe partagent
vers l'épaule , & font une double boucle
pendante en devant ; & même aux petites
Perruques en bourfe , les côtez fe
terminent en bas par une boucle pendante.
On fait le devant de toutes les Perruques
fort, bas & fort ouverts .
Il ne s'offre pas grande chofe à dire
prefentement fur l'ajuftement des Hommes
, après ce que nous en avons dit dans
le Mercure de Fevrier. On remarquera
cependant à l'égard des Culottes , qu'on
les porte toujours très-étroites , & boutonnées
à côté du genouil. Les jeunes
gens , en affez grand nombre , ont fupprimé
la roulure du bas , dont une jarretiere
bouclée , qui tient à la Culotte,
a pris la place. Cette Mode n'a pas fait
fortune à la Cour.
On porte toujours des Bas à coins bro
dez d'or ou d'argent. Pour les Souliers,
ils font ordinairement fans paton , &
plutôt arondis que carrez ; les talons
extrêmement bas ; les gens de la taille
la plus mediocre s'affujettiffent à cette
Mode. Les hommes du bel air portent
des boucles de diamant. Les boucles d'ar
gent
MA Y. 1726. 951
gent & affez grandes , font encore fort
à la mode. Venons à ce qui regarde les
Dames. On ne pourra pas s'empêcher
de s'étendre unpeu davantage fur ce qui
les regarde . Leurs ajuftemens font trop
compliquez & trop nombreux, pour pouvoir
les décrire en peu de mots .
La Mantille que les Dames ont tant
portée cet hyver fur leurs épaules , eſt
une espece de grand Fichu à trois poin-
, dont celle de derriere eft arrondie.
On les fait ordinairement de velours ,
ou de drap écarlate , bordées d'un galon
ou d'une broderie d'or. C'eſt un orne,
ment très utile pour garantir du froid le
col , la gorge & les épaules . Les femmes
de bon air s'en brident le deffous du
menton , aprés l'avoir tortillée , enforte
que des deux longues pointes , l'une pend
par devant & l'autre par derriere. On
trouve que cela a fort bonne grace. Quelques
Actrices de la Comedie Françoife
ont déja introduit cette Mode fur le
Theatre dans des rôles comiques , &
même dans des rôles ferieux.
La Palatine , dont la Mantille a pris
la place dans le temps de gelée , a déja
plus de cinquante ans d'ancienneté . Elle
doit fa fortune àune grande Princeffe ,
de la Maiſon Palatine , qui la mit en vogue
952 MERCURE DE FRANCE .
gue après fon mariage , * & on croit que
ce fut par un efprit de modeftie , & pour
bannir les Mouchoirs de col tranfparens,
qui ne s'accommodoient gueres avec la
pudeur. Les Palatines étoient alors fort
amples,& taillées en forme de Mouchoir
de col , pour couvrir & tenir chaudement
la gorge & les épaules.
Celles qui ont été le plus en regne
l'hyver dernier , taillées à la Mode d'àprefent
, étoient de Martre , de peaux de
Cigne , de plumes d'Autruche , furtout
en noir , de plumes de Cocq teintes en
couleur de feu. On en fait auffi qu'on
appelle de Fougere , parce qu'il y a des
ornemens qui imitent la feuille de cette
plante c'est une espece de Campane ,
faite avec de la foye platte & cordonnée .
On en voit auffi de Chenilles , & c.
Les Palatines ou Fichus pour l'Eté ,
font de Mouffeline brodée ou peinte , de
Gaze rayée , & de Blondes de foye , avec
des Moulinets , des Pompons , & des
Sourcis d'hanneton autour.
On en a porté qu'on appelloit des Follettes
, faites avec des bandes de toille
blanche éfilée , de taffetas , effrangées &
tortillées. On en voit de gaze brodée en
or , en argent & en foye ; on en fait auffi
avec des franges de toutes couleurs .
* Feu Madame,
Tá.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Papillon
and
MAY. 1726.
953
Tâchons maintenant de donner une
idée jufte des differens ornemens de têtes
des Dames d'à-prefent , fans defcendre
, s'il eft poffible , dans un trop grand
détail. L'Eftampe ci - jointe fervira de
fupplément.
La grande Coëffure eft baffe fur le
front , haute fur les tempes , en diminuant
fur les oreilles , avec tout le chignon
bouclé , ou tapé . Les Dames qui
ont confervé leurs cheveux longs derriere
, mais il y en a bien peu , les relevent
fur la tête , le chignon paroît uni,
& on fait un rang de boucles au- deffous.
On appelle cette derniere façon de ſe
coeffer , cû nud.
On met , dans la Cocffure de grand
apparat , des fleurs artificielles du côté
gauche , ou des diamans & des fiches ,
où bouts de rubans arrondis en forme
d'anneaux , qu'on attache dans les che
veux . On en met auffi du côté droit
mais en plus petite quantité. On a grand
foin que la couleur des fleurs & des rubans
foit avantageufement affortie avec
la couleur du teint de la perfonne qui
s'en pare.
La derniere Mode dans les grandes
Coëffures , c'eft de ne point mettre de
Garniture du tout . On place feulement
un bec , fait d'une belle dantelle , fur les
front,
954 MERCURE DE FRANCE.
front avec le fond de même. A la
,
Cour ce bec eft de dentelle noire & le
fond auffi.
L'Indécife , ou Equivoque , eft une
Coëffure où il paroît un peu moins de
cheveux que dans la grande Coëffure .
La Garniture eſt montée ſur un bonnet
piqué , ou fur un Cabochon . * On y met
quelquefois un petit bouquet de fleurs
ou un quadrille en deux fur le côté
gauche , & un fur le côté droit , quand
il y en a deux fur le gauche. Les cheveux
font bouclez , ou frifez . Cette Coëffure
n'eft plus à la mode.
que , &
La demi- Indécife , ou demi - Equivodiffere
de la Coëffure précedente ,
en ce qu'elle eft plus en devant
qu'elle laiffe voir encore moins de cheveux
. Dans celle- ci on met des Fontanges
faites d'un ruban qui fait le tour de
la tête , & vient fur le haut former plufieurs
anneaux ou fiches , le ruban conſervant
toujours fa largeur.
Les Coeffures qu'on appelle en Papillon
, en Chien fou , à oreilles d'Epa-
Le Cabochon eft fait comme un Bonnet
piqué , fort pointu vers le front. Il eft fait de
taffetas de diverfes couleurs , de gaze rayée , ou
unie & peinte , où l'on met; pour ornement ,de
la chenille , du clinquant d'or ou d'argent ,
& c.
gneuls ,
MAY. 1726. 955
gneuls , ne dépendent que de la Garniture
qui avance beaucoup vers l'oeil &
fuit de l'oreille. On ne porte plus gueres
de ces Coëffures.
Dans la Coëffure en Marrons , tous les
cheveux font bouclez .
On appelle Coëffure en Vergette , lorf
que les cheveux font coupez affez courts ,
fans être frifez.
En Bichon , ou bichonné , c'eſt d'avoir
les cheveux coupez par derriere , faifant
la queuë de Canard .
*
Il y a plufieurs manieres de fe coëffer
en negligé , & on y employe differentes
fortes de Garnitures , dont le
détail feroit trop long. Terminons celuici
par la derniere Mode ; c'eft la Dormeufe
. On appelle de ce nom une Garniture
un peu pliffée de deux pieces qui
tiennent enſemble , par le moyen
de la
quelle on laifle voir fort peu de cheveux
. On met ordinairement un ruban
plus large qu'une Fontange , noüé en
négligé , formant deux cornes , plus couchées
que les fiches , une de chaque côté
du bec de la cornette . Ce ruban fait
le tour de la tête , & fe vient renouer.
fous le menton en défefpoir , ou s'attache
le long de chaque barbe , & forme
un quadrille au bout.
Beaucoup de Dames , qui ne veulent
point
956 MERCURE DE FRANCE .
point s'affujettir à fe faire frifer , ot
qui n'en ont pas le temps & la commodité
, trouvent un grand fecours dans
des Tours de cheveux , qu'on fait exprès
pour toutes fortes de Coëffures , imitans
parfaitement le naturel . On les coëffe
fur une Poupée avec la Garniture &
tous les accompagnemens , après quoi
une femme n'a gueres plus de peine à
fe coëffer qu'un homme en a à mettre
fa Perruque. La Dlle Peromet , qui travaille
ces Tours de cheveux avec beau
coup d'art , & qui en a un grand debit
demeure rue de la Harpe , vis - à - vis la
Croix de fer. Elle fait auffi des Croiflants
pour regarnir les tempes , & des tempes
feulement , quand on a le chignon
affez garni .
On ne met de Coëffe que très rarement
avec les grandes Coëffures ; &
quand on en met une, elle eft attachée de
maniere qu'elle ne couvre point les cheveux.
Les Coeffes font en Hyver de taf
fetas mince & leger , & en Eté de gaze
rayée.
Les Garnitures de jour en negligé &
autres , fe font de Mouffeline rayée &
unie , avec des dantelles & fans dantelles
en Mouffeline brodée , & en Linon
uni & rayé , & avec de la dantele. On
porte beaucoup de Garnitures toutes de
1
danMA
Y. 1726. 957
dantelles de Malines , d'Angleterre , à
fefton , à bride , & à raifeau. On en
porte de gaze brodée & rayée à feſtons ,
avec de l'effilé pour le deuil , de Marly
brodé & feftonné , &c. On en fait
auffi de blondes de foye differemment
ornées , à une piece & à deux pieces .
Les Cocffes & Bagnolettes d'Hyver
font de velours , de peluches, de chenilles
, & de fatin fans envers. On met
aux Bagnolettes une dantelle de foye
noire tout autour .
Les Bagnolettes d'Eté font ordinairement
de gaze blanche mouchetée , avec
une dantelle de fil ou blonde de foye ;
quelques -unes font de Marly, ou entierement
de point.
Les Gans le plus generalement en ufage
font les Gans blancs de peau , de fil,
& de foye , dans les habillemens ferieux ,
On porte auffi des Mitaines fimples , &
en Hyver des Mitaines fourrées qui ne
couvrent point la main , ces dernieres
font bordées de peaux de Martre , d'Hermine
, de Fouine , &c. on les appelle
plus communément des Mitons. Ce font
proprement des Amadis ou bouts de manches
, avec des boutons de pierrerie ou
autres . Il en a paru fur la fin de l'Hy
ver dernier , qui au lieu de fourrures
étoient bordez de certaines plumes frifées
958 MERCURE DE FRANCE.
fées de diverfes couleurs , qu'on appelloit
des Barbichets.
Les boucles d'oreille font d'une & de
deux pieces , en perle & en diamant
mais on y ajoûte des girandoles de trois
pieces , des mêmes pierres , ou de pier
res de couleur .
On porte des Coliers de perles , de
diamans , & d'autres pierreries , mais les
Coliers de grenats font le plus à la mode.
Les Dames qui ont un peu trop d'embonpoint
, portent au lieu de Colier un Papillon
de diamans. On porte auffi des
Bracelets de perles & de diamans .
Les Echarpes d'Hyver font de velours
noir , garnies d'Hermine , doublées de
couleur de feu & brodées en or ; de fatin
brodé en or & en argent , ornées de
chenilles , avec de la dantelle noire autour
, & le corps de la même dantelle.
Il y en a qui font entierement de raifeau
d'or, ou d'argent , ou de dantelle noire
; les plus communes font de taffetas
avec des franges .
Les Echarpes d'Eté font de gaze rayée
de toutes fortes de couleurs , garnies de
blondes en feftons & autres figures , extrêmement
variées , & ornées de fougere
, de chenilles , de moulinets & de
pompons. On en voit qui font entierement
de blondes de foye blanche.
Les
MAY. 1726. 959
Les Jupes n'ont aujourd'hui d'autre ornement
qu'une frange au bas , faite de
ces nauds qui fervent d'amufement aux
Dames , aux Spectacles & à la promenade
, où on les voit, la Navette à la main ,
y travailler avec beaucoup de prefence
d'efprit.
Les Tabliers fe font de raiſeau d'or &
d'argent , ou de quelque étoffe riche ou
brodée mais on n'en voit gueres qu'aux
jeunes perfonnes & aux Marchandes ; on
ne porte ni Tablier , ni Echarpe en Robe
volante .
›
Les Souliers font à prefent plus à la
mode que les Mules ; ils font d'étofe
chamarrez ou brodez , avec la piece renverfée
fur la boucle.
&
N fçait depuis long-temps que c'eft
une neceffité d'être à la mode ,
qu'on ne peut s'en difpenfer fans paffer
pour ridicule. On ofe dire que la Mode
exerce fa tyrannie fur la parure & ſur
l'ajustement , comme l'ufage exerce la
fienne fur le langage ; & on peut ajoûter
que rien n'eft ridicule de tout ce
qui peut être autorifé par la mode , de
inême que tout paroît dégoûtant & bizarre
, quand la Mode n'y a pas mis fon
attache.
Nous employerons donc nos foins pour
ne laiffer échaper aucune Mode fans la
remarquer , pas même de celles qu'il
faut faifir dans le moment qu'elles paroiffent
, car il y en a qui fe montrent
à peine au grand jour , & qui font pref
que en même temps effacées par d'autres
Modes naiffantes , qui font une impreffion
plus heureuſe & de plus de
durée. On efpere d'être fecouru par
quelques perfonnes intelligentes fur ces
matieres , qui feront allertes fur les Modes
nouvelles , & qui nous en inftrui- L
ront
MA Y. 1726. 947
ront ; nous croyons d'ailleurs , que les
amateurs outrez des Modes nouvelles
& qui rencheriffent toujours fur elles ,
fourniront dequoi égayer & enrichir cet
article.
Dans un Livre nouveau qui paroît
depuis l'année paffée , * l'Auteur s'étend
beaucoup fur la Mode ; il remarque
entr'autres chofes qu'elle conduit & remue
tout en France . » O l'hiftoire cu-
» rieuſe , dit- il , que celle de la Mode
» des François , fi nous en avions une !
» & que cette Divinité meriteroit bien
>> d'avoir un Temple dans un pays où
» elle eft adorée fi religieufement ! à
>> moins qu'on ne veuille faire fon Tem-
» ple deParis où elle donne fes loix, & où
» tous s'affemblent pour fe profterner de-
» vant elle & lui faire des offrandes. Les
» François , ajoûte- t'il , y vont pour fe
» former , & ceux qui n'ont jamais été
à Paris , ne font que des Francois in-
>> formes , des Provinciaux que les au-
» tres dédaignent. Les Etrangers de mê-
» me y accourent de tous côtez pour fe
façonner , pour prendre un titre de.
» merite , un exterieur , & des habits
qui impofent chez eux , & dont l'hon-
» neur retombe fur les François . Par cet
"
Lettres fur les Anglois & les François , &
fur les Voyages, 3. vol.in 12.
en-
1
948 MERCURE DE FRANCE
» endroit, par les manieres , & par les ha-
» bits , les François ne font pas éloignez
» de la Monarchie uni verfelle , ſe voyant
» tout foumis , fi ce n'eft l'indomptable
>> Eſpagnol .
Cuneta terrarum fubata .
Prater atrocem animum Catonis.
» Ce qui ne doit gueres moins les con-
» tenter , que fi les hommes leur étoient
>> foumis dans un autre fens , puifque les
" manieres & les habits font une chofe
» capitale chez eux .
Il faut avouer que les Dames , furtout,
ont un grand pouvoir pour mettre en
credit en France tout ce qu'elles favorifent.
Elles donnent le prix à la nouveauté
, mais auffi on peut dire que c'eft
à ce Sexe qu'on doit la legereté qui domine
prefque par tout dans ce pays , où
il femble que l'étendart de l'inconftance
fe déploye , & qui infpire à toute l'Europe
cette prodigieufe demangeaifon de
changer. Ici les habits & les ajuſtemens
ont beau être bien faits , bien entendus
& n'être point ufez , s'ils ne font plus
à la mode , ils font rejettez , & on n'oferoit
les porter .
Dans le dernier article des Modes , on
que
les hommes ne portoient pref
a dit
que
MAY. 1726. 949
que plus le chapeau que fous le bras , &
cela eft vrai , mais quand dans quelque
occafion on le met fur la tête , on le porte
de la maniere qu'on a vû dans l'Eftampe
gravée à la fin de cet article. Ces
Chapeaux font quelquefois bordez d'un
Point d'Espagne d'or ou d'argent .
Les Perruques le plus en vogue font
noüées ; on en porte beaucoup en
bourfe ; la frifure en eft moutonnée
c'est- à- dire , en petites boucles , qui forment
comme deux oreilles d'Epagneulss
& ces bourfes font fort variées & differemment
ornées . La queue prend fouvent
la place de la bourfe , principalement
chez les jeunes gens qui portent
leurs cheveux .
Les Perruques à la Chanceliere font
à demi longues. Les Perruques pour
monter à cheval font fort courtes , &
nouées avec un petit ruban noir par derriere
, avec une boucle pendante. On en
voit auffi beaucoup de naturelles & en
cadenettes , que les jeunes gens portent
avec un petit toupet de cheveux qu'ils
laiffent croître fur le front , & qu'on
couvre d'une prodigieufe quantité de
poudre. On voit auffi en Eté quantité
de petites Perruques , qui ne different
gueres des Perruques d'Abbé , ce ſont
proprement des Perruques de Cabinet ,
Qu
950 MERCURE DE FRANCE .
ou de deshabillé , qu'on appelle des Bon
nets.
La derniere Mode des Perruques naturelles
, c'eft de les porter en boucles
pendantes par derriere , qui fe partagent
vers l'épaule , & font une double boucle
pendante en devant ; & même aux petites
Perruques en bourfe , les côtez fe
terminent en bas par une boucle pendante.
On fait le devant de toutes les Perruques
fort, bas & fort ouverts .
Il ne s'offre pas grande chofe à dire
prefentement fur l'ajuftement des Hommes
, après ce que nous en avons dit dans
le Mercure de Fevrier. On remarquera
cependant à l'égard des Culottes , qu'on
les porte toujours très-étroites , & boutonnées
à côté du genouil. Les jeunes
gens , en affez grand nombre , ont fupprimé
la roulure du bas , dont une jarretiere
bouclée , qui tient à la Culotte,
a pris la place. Cette Mode n'a pas fait
fortune à la Cour.
On porte toujours des Bas à coins bro
dez d'or ou d'argent. Pour les Souliers,
ils font ordinairement fans paton , &
plutôt arondis que carrez ; les talons
extrêmement bas ; les gens de la taille
la plus mediocre s'affujettiffent à cette
Mode. Les hommes du bel air portent
des boucles de diamant. Les boucles d'ar
gent
MA Y. 1726. 951
gent & affez grandes , font encore fort
à la mode. Venons à ce qui regarde les
Dames. On ne pourra pas s'empêcher
de s'étendre unpeu davantage fur ce qui
les regarde . Leurs ajuftemens font trop
compliquez & trop nombreux, pour pouvoir
les décrire en peu de mots .
La Mantille que les Dames ont tant
portée cet hyver fur leurs épaules , eſt
une espece de grand Fichu à trois poin-
, dont celle de derriere eft arrondie.
On les fait ordinairement de velours ,
ou de drap écarlate , bordées d'un galon
ou d'une broderie d'or. C'eſt un orne,
ment très utile pour garantir du froid le
col , la gorge & les épaules . Les femmes
de bon air s'en brident le deffous du
menton , aprés l'avoir tortillée , enforte
que des deux longues pointes , l'une pend
par devant & l'autre par derriere. On
trouve que cela a fort bonne grace. Quelques
Actrices de la Comedie Françoife
ont déja introduit cette Mode fur le
Theatre dans des rôles comiques , &
même dans des rôles ferieux.
La Palatine , dont la Mantille a pris
la place dans le temps de gelée , a déja
plus de cinquante ans d'ancienneté . Elle
doit fa fortune àune grande Princeffe ,
de la Maiſon Palatine , qui la mit en vogue
952 MERCURE DE FRANCE .
gue après fon mariage , * & on croit que
ce fut par un efprit de modeftie , & pour
bannir les Mouchoirs de col tranfparens,
qui ne s'accommodoient gueres avec la
pudeur. Les Palatines étoient alors fort
amples,& taillées en forme de Mouchoir
de col , pour couvrir & tenir chaudement
la gorge & les épaules.
Celles qui ont été le plus en regne
l'hyver dernier , taillées à la Mode d'àprefent
, étoient de Martre , de peaux de
Cigne , de plumes d'Autruche , furtout
en noir , de plumes de Cocq teintes en
couleur de feu. On en fait auffi qu'on
appelle de Fougere , parce qu'il y a des
ornemens qui imitent la feuille de cette
plante c'est une espece de Campane ,
faite avec de la foye platte & cordonnée .
On en voit auffi de Chenilles , & c.
Les Palatines ou Fichus pour l'Eté ,
font de Mouffeline brodée ou peinte , de
Gaze rayée , & de Blondes de foye , avec
des Moulinets , des Pompons , & des
Sourcis d'hanneton autour.
On en a porté qu'on appelloit des Follettes
, faites avec des bandes de toille
blanche éfilée , de taffetas , effrangées &
tortillées. On en voit de gaze brodée en
or , en argent & en foye ; on en fait auffi
avec des franges de toutes couleurs .
* Feu Madame,
Tá.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
Papillon
and
MAY. 1726.
953
Tâchons maintenant de donner une
idée jufte des differens ornemens de têtes
des Dames d'à-prefent , fans defcendre
, s'il eft poffible , dans un trop grand
détail. L'Eftampe ci - jointe fervira de
fupplément.
La grande Coëffure eft baffe fur le
front , haute fur les tempes , en diminuant
fur les oreilles , avec tout le chignon
bouclé , ou tapé . Les Dames qui
ont confervé leurs cheveux longs derriere
, mais il y en a bien peu , les relevent
fur la tête , le chignon paroît uni,
& on fait un rang de boucles au- deffous.
On appelle cette derniere façon de ſe
coeffer , cû nud.
On met , dans la Cocffure de grand
apparat , des fleurs artificielles du côté
gauche , ou des diamans & des fiches ,
où bouts de rubans arrondis en forme
d'anneaux , qu'on attache dans les che
veux . On en met auffi du côté droit
mais en plus petite quantité. On a grand
foin que la couleur des fleurs & des rubans
foit avantageufement affortie avec
la couleur du teint de la perfonne qui
s'en pare.
La derniere Mode dans les grandes
Coëffures , c'eft de ne point mettre de
Garniture du tout . On place feulement
un bec , fait d'une belle dantelle , fur les
front,
954 MERCURE DE FRANCE.
front avec le fond de même. A la
,
Cour ce bec eft de dentelle noire & le
fond auffi.
L'Indécife , ou Equivoque , eft une
Coëffure où il paroît un peu moins de
cheveux que dans la grande Coëffure .
La Garniture eſt montée ſur un bonnet
piqué , ou fur un Cabochon . * On y met
quelquefois un petit bouquet de fleurs
ou un quadrille en deux fur le côté
gauche , & un fur le côté droit , quand
il y en a deux fur le gauche. Les cheveux
font bouclez , ou frifez . Cette Coëffure
n'eft plus à la mode.
que , &
La demi- Indécife , ou demi - Equivodiffere
de la Coëffure précedente ,
en ce qu'elle eft plus en devant
qu'elle laiffe voir encore moins de cheveux
. Dans celle- ci on met des Fontanges
faites d'un ruban qui fait le tour de
la tête , & vient fur le haut former plufieurs
anneaux ou fiches , le ruban conſervant
toujours fa largeur.
Les Coeffures qu'on appelle en Papillon
, en Chien fou , à oreilles d'Epa-
Le Cabochon eft fait comme un Bonnet
piqué , fort pointu vers le front. Il eft fait de
taffetas de diverfes couleurs , de gaze rayée , ou
unie & peinte , où l'on met; pour ornement ,de
la chenille , du clinquant d'or ou d'argent ,
& c.
gneuls ,
MAY. 1726. 955
gneuls , ne dépendent que de la Garniture
qui avance beaucoup vers l'oeil &
fuit de l'oreille. On ne porte plus gueres
de ces Coëffures.
Dans la Coëffure en Marrons , tous les
cheveux font bouclez .
On appelle Coëffure en Vergette , lorf
que les cheveux font coupez affez courts ,
fans être frifez.
En Bichon , ou bichonné , c'eſt d'avoir
les cheveux coupez par derriere , faifant
la queuë de Canard .
*
Il y a plufieurs manieres de fe coëffer
en negligé , & on y employe differentes
fortes de Garnitures , dont le
détail feroit trop long. Terminons celuici
par la derniere Mode ; c'eft la Dormeufe
. On appelle de ce nom une Garniture
un peu pliffée de deux pieces qui
tiennent enſemble , par le moyen
de la
quelle on laifle voir fort peu de cheveux
. On met ordinairement un ruban
plus large qu'une Fontange , noüé en
négligé , formant deux cornes , plus couchées
que les fiches , une de chaque côté
du bec de la cornette . Ce ruban fait
le tour de la tête , & fe vient renouer.
fous le menton en défefpoir , ou s'attache
le long de chaque barbe , & forme
un quadrille au bout.
Beaucoup de Dames , qui ne veulent
point
956 MERCURE DE FRANCE .
point s'affujettir à fe faire frifer , ot
qui n'en ont pas le temps & la commodité
, trouvent un grand fecours dans
des Tours de cheveux , qu'on fait exprès
pour toutes fortes de Coëffures , imitans
parfaitement le naturel . On les coëffe
fur une Poupée avec la Garniture &
tous les accompagnemens , après quoi
une femme n'a gueres plus de peine à
fe coëffer qu'un homme en a à mettre
fa Perruque. La Dlle Peromet , qui travaille
ces Tours de cheveux avec beau
coup d'art , & qui en a un grand debit
demeure rue de la Harpe , vis - à - vis la
Croix de fer. Elle fait auffi des Croiflants
pour regarnir les tempes , & des tempes
feulement , quand on a le chignon
affez garni .
On ne met de Coëffe que très rarement
avec les grandes Coëffures ; &
quand on en met une, elle eft attachée de
maniere qu'elle ne couvre point les cheveux.
Les Coeffes font en Hyver de taf
fetas mince & leger , & en Eté de gaze
rayée.
Les Garnitures de jour en negligé &
autres , fe font de Mouffeline rayée &
unie , avec des dantelles & fans dantelles
en Mouffeline brodée , & en Linon
uni & rayé , & avec de la dantele. On
porte beaucoup de Garnitures toutes de
1
danMA
Y. 1726. 957
dantelles de Malines , d'Angleterre , à
fefton , à bride , & à raifeau. On en
porte de gaze brodée & rayée à feſtons ,
avec de l'effilé pour le deuil , de Marly
brodé & feftonné , &c. On en fait
auffi de blondes de foye differemment
ornées , à une piece & à deux pieces .
Les Cocffes & Bagnolettes d'Hyver
font de velours , de peluches, de chenilles
, & de fatin fans envers. On met
aux Bagnolettes une dantelle de foye
noire tout autour .
Les Bagnolettes d'Eté font ordinairement
de gaze blanche mouchetée , avec
une dantelle de fil ou blonde de foye ;
quelques -unes font de Marly, ou entierement
de point.
Les Gans le plus generalement en ufage
font les Gans blancs de peau , de fil,
& de foye , dans les habillemens ferieux ,
On porte auffi des Mitaines fimples , &
en Hyver des Mitaines fourrées qui ne
couvrent point la main , ces dernieres
font bordées de peaux de Martre , d'Hermine
, de Fouine , &c. on les appelle
plus communément des Mitons. Ce font
proprement des Amadis ou bouts de manches
, avec des boutons de pierrerie ou
autres . Il en a paru fur la fin de l'Hy
ver dernier , qui au lieu de fourrures
étoient bordez de certaines plumes frifées
958 MERCURE DE FRANCE.
fées de diverfes couleurs , qu'on appelloit
des Barbichets.
Les boucles d'oreille font d'une & de
deux pieces , en perle & en diamant
mais on y ajoûte des girandoles de trois
pieces , des mêmes pierres , ou de pier
res de couleur .
On porte des Coliers de perles , de
diamans , & d'autres pierreries , mais les
Coliers de grenats font le plus à la mode.
Les Dames qui ont un peu trop d'embonpoint
, portent au lieu de Colier un Papillon
de diamans. On porte auffi des
Bracelets de perles & de diamans .
Les Echarpes d'Hyver font de velours
noir , garnies d'Hermine , doublées de
couleur de feu & brodées en or ; de fatin
brodé en or & en argent , ornées de
chenilles , avec de la dantelle noire autour
, & le corps de la même dantelle.
Il y en a qui font entierement de raifeau
d'or, ou d'argent , ou de dantelle noire
; les plus communes font de taffetas
avec des franges .
Les Echarpes d'Eté font de gaze rayée
de toutes fortes de couleurs , garnies de
blondes en feftons & autres figures , extrêmement
variées , & ornées de fougere
, de chenilles , de moulinets & de
pompons. On en voit qui font entierement
de blondes de foye blanche.
Les
MAY. 1726. 959
Les Jupes n'ont aujourd'hui d'autre ornement
qu'une frange au bas , faite de
ces nauds qui fervent d'amufement aux
Dames , aux Spectacles & à la promenade
, où on les voit, la Navette à la main ,
y travailler avec beaucoup de prefence
d'efprit.
Les Tabliers fe font de raiſeau d'or &
d'argent , ou de quelque étoffe riche ou
brodée mais on n'en voit gueres qu'aux
jeunes perfonnes & aux Marchandes ; on
ne porte ni Tablier , ni Echarpe en Robe
volante .
›
Les Souliers font à prefent plus à la
mode que les Mules ; ils font d'étofe
chamarrez ou brodez , avec la piece renverfée
fur la boucle.
Fermer
4
p. 2311-2321
MODES.
Début :
Ce qui frappe le plus la vûë & ce qui marque davantage le pouvoir [...]
Mots clefs :
Modes, Mode, Dames, Couleurs, Argent, Perruque, Ruban, Cheveux, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : MODES.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
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5
p. 2321-2324
MODES ANCIENNES, &c.
Début :
Il ne sera peut-être pas hors de propos, après avoir parlé des nouvelles Modes, de dire quelque [...]
Mots clefs :
Modes, Perruque, Dame, Argent, Couleurs, Robes, Femmes, Cheveux, Ruban, Étoffes
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texteReconnaissance textuelle : MODES ANCIENNES, &c.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
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Résumé : MODES ANCIENNES, &c.
Dans les années 1730, la mode féminine est marquée par l'usage des paniers, des structures portées sous les jupons pour élargir la silhouette. Ces paniers, d'une ampleur inédite, sont adoptés depuis près de 20 ans par les femmes de tous milieux sociaux. Fabriqués avec des cercles de baleine, plus flexibles et légers que les matériaux précédents, les paniers à coudes, plus larges par le haut, sont particulièrement en vogue. Avant l'usage des paniers, les femmes de théâtre utilisaient des jupons appelés 'criardes' pour maintenir leurs jupons en place. Les paniers actuels sont faits de toile ou de taffetas et ornés de rubans et de cercles de baleine. Les prix varient selon les matériaux et les ornements. Les taffetas d'été sont de couleurs variées et baroques, souvent glacés. Les robes de coton brodées et doublées de rose sont à la mode, ainsi que les mantilles, accessoires modestes mais pratiques. Les coiffures restent simples, avec des garnitures de blonde et des fleurs imitant le naturel. Les éventails sont très grands, et les bas sont souvent brodés. Les souliers sont blancs, demi-arondis à l'anglaise, avec un talon épais. Pour les hommes, les chapeaux sont petits et retroussés, souvent bordés de galon ou de point d'Espagne. Les perruques imitant les cheveux naturels sont en vogue, notamment les perruques en bourse ou en queue. Les perruques à l'espagnole sont moins populaires, et les perruques bichons sont portées pour se protéger du froid. Les boursettes sont larges et hautes, attachées près des cheveux. Les cols de mouffeline remplacent les cravates, et les jabots de chemise servent de cravate.
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7
p. 102
ENIGME.
Début :
Je suis de toutes les couleurs, [...]
Mots clefs :
Ruban
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis de toutes les couleurs ,
Et ma famille eft innombrable ;
L'art me fait imiter le coloris des fleurs
Mais mon éclat eſt plus durable .
Je fuis fouvent ami des jeux & des plaifirs
Lorfque je fuis mis à la gêne
Je fais briller le teint de la jeune Climene ,
Et je pare le fein de la charmante Iris.
J'infpire quelquefois une humeur fombre & noire ;
J'accompagne en tous lieux la triſteſſe & la mort.
Je fais encore plus , Lecteur , peux-tu le croire ?
( Juge à ce trait de mon bizarre fort . ).
Quoique inventé pour embellir les Graces ,
De Bellone je fuis les dangereuſes traces ;
Et dans ces jours affreux déteftés des humains ,
Intrépide guerrier , on me voit dans tes mains .
Par M. de Sainte- Croix .
E fuis de toutes les couleurs ,
Et ma famille eft innombrable ;
L'art me fait imiter le coloris des fleurs
Mais mon éclat eſt plus durable .
Je fuis fouvent ami des jeux & des plaifirs
Lorfque je fuis mis à la gêne
Je fais briller le teint de la jeune Climene ,
Et je pare le fein de la charmante Iris.
J'infpire quelquefois une humeur fombre & noire ;
J'accompagne en tous lieux la triſteſſe & la mort.
Je fais encore plus , Lecteur , peux-tu le croire ?
( Juge à ce trait de mon bizarre fort . ).
Quoique inventé pour embellir les Graces ,
De Bellone je fuis les dangereuſes traces ;
Et dans ces jours affreux déteftés des humains ,
Intrépide guerrier , on me voit dans tes mains .
Par M. de Sainte- Croix .
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8
p. 102
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du second volume de Décembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du second volume du Mercure de Decembre est le Ruban [...]
Mots clefs :
Ruban, Lessive, Mousquetaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mots de l'Enigme & des Logogriphes du second volume de Décembre, [titre d'après la table]
LE mot de l'Enigme du fecond volume
du Mercure de Decembre eft le Rubar.
Celui du premier Logogryphe eft Mouſque
taire , dans lequel on trouve Rome , Remus
, Troye , Marius , tins , Tours , trois ,
quatre , rofe , monſquet. Celui du fecond eſt
Leffive , où l'on trouve effieu , veffie , fie
du Mercure de Decembre eft le Rubar.
Celui du premier Logogryphe eft Mouſque
taire , dans lequel on trouve Rome , Remus
, Troye , Marius , tins , Tours , trois ,
quatre , rofe , monſquet. Celui du fecond eſt
Leffive , où l'on trouve effieu , veffie , fie
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9
p. 35
VERS A Mademoiselle *** caressant un CHAT, & lui mettant en forme de laisse un ruban couleur de feu.
Début :
Eh ! quoi, l'animal le plus traître, [...]
Mots clefs :
Chat, Ruban
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Mademoiselle *** caressant un CHAT, & lui mettant en forme de laisse un ruban couleur de feu.
VERS
A Mademoiselle *** careſſant un CHAT ,
& lui mettant en forme de laiffe un ruban
couleur de feu.
EH ! quoi , l'animal le plus traître 2
Un chat , par vous , Themire , eft careffé !
De vous voir abuſer des attraits qu'il fit naître ,
L'amour jaloux eft offenfé.
Le moyen d'échapper à fa jufte vengeance ,
C'eft de lui réſerve: deformais vos faveurs :
Songez , pour vous punir de tant de complaifance,
Qu'il peut pouffer ce chat à de noires fureurs.
Lorsque vous l'avez pris , il a levé la patte :
C
J'ai craint , j'ai frémi , belle ingrate !
Dangereux fentiment de moi- même vainqueur !
Qu'on doit redouter ce qui flate ....
Ah ! ce noeud de ruban , dont la vive couleur ,
Au naturel peint l'amoureufe ardeur ,
Et dont ornoit fon cou votre main délicate ,
Eft le noeud qui lia mon coeur t
J. F. G.
De Chartrait , près de Melun.
A Mademoiselle *** careſſant un CHAT ,
& lui mettant en forme de laiffe un ruban
couleur de feu.
EH ! quoi , l'animal le plus traître 2
Un chat , par vous , Themire , eft careffé !
De vous voir abuſer des attraits qu'il fit naître ,
L'amour jaloux eft offenfé.
Le moyen d'échapper à fa jufte vengeance ,
C'eft de lui réſerve: deformais vos faveurs :
Songez , pour vous punir de tant de complaifance,
Qu'il peut pouffer ce chat à de noires fureurs.
Lorsque vous l'avez pris , il a levé la patte :
C
J'ai craint , j'ai frémi , belle ingrate !
Dangereux fentiment de moi- même vainqueur !
Qu'on doit redouter ce qui flate ....
Ah ! ce noeud de ruban , dont la vive couleur ,
Au naturel peint l'amoureufe ardeur ,
Et dont ornoit fon cou votre main délicate ,
Eft le noeud qui lia mon coeur t
J. F. G.
De Chartrait , près de Melun.
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Résumé : VERS A Mademoiselle *** caressant un CHAT, & lui mettant en forme de laisse un ruban couleur de feu.
Un poème de J. F. G. de Chartrait près de Melun exprime la jalousie d'un poète envers une demoiselle caressant un chat. Il voit dans l'animal un traître et craint sa vengeance. Le ruban rouge sur le chat symbolise l'amour ardent et a lié son cœur. Le poète conseille à la demoiselle de ne plus montrer de complaisance envers le chat.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 211-212
AVIS très-intéressant au Public.
Début :
Les accidens funestes dont on entend parler continuellement, surtout dans la saison [...]
Mots clefs :
Chasse, Canons, Ouvrage, Ruban, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS très-intéressant au Public.
Av.1s très-intéreffant au Public
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
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Résumé : AVIS très-intéressant au Public.
Le texte aborde les accidents fréquents liés à l'utilisation des fusils, notamment lors des chasses, et les réflexions sur la sécurité du public. Les canons à rubans, bien que connus depuis longtemps, n'ont pas été adoptés en raison de leur temps de fabrication, de leur coût élevé et des difficultés techniques. Les artisans ont préféré les fusils à platine, souvent en fer, qui sont encore plus défectueux. Une fabrique de canons à rubans a été créée dans la cour des Corderies du Temple à Paris. Ces canons sont forgés à partir de vieilles ferrailles chauffées à haute température, ce qui les rend doux et sans impuretés. Ils sont légers, bien dressés et résistent aux charges de poudre et de plomb. Leur solidité est prouvée par des épreuves répétées avec des charges importantes. Le public est invité à visiter la fabrique pour constater la solidité de ces canons. Une machine permet de percer six canons simultanément. Les canons sont disponibles chez M. Defcourtieux, marchand rue Saint-Denis à Paris.
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