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51
p. 827-831
« Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
Début :
Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Évêque, Église, Messe, Sermon
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texteReconnaissance textuelle : « Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
Le s. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en preſence
du Prévôt dès Marchands & des Echevins , en la
maniere accoûtumée. Le fonds de ce mois s'eſt
I ij trouvé
828 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1447450 livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus, conformement à la Lifte
generale qui en a été rendue publique,
Le Vendredy - Saint 7. de ce mois , le Roy &
la Reine entendirent le Sermon de la Paffion de
l'Evêque de Cifteron; S. M. affifta enfuite à lOffice
, & alla à l'Adoration de la Croix. La Reine
entendit l'Office dans la Tribune. Le foir L. M.
affifterent à l'Office des Tenebres , chanté par la
Mufique.
Le 8. le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit en ceremonie à l'Eglife de
la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe & com
munia par les mains de l'Evêque de Metz , fon
premier Aumônier. Enfuite S. M. toucha un
grand nombre de Malades. Le foir , le Roi & fa
Reine affifterent dans la Chapelle du Château ,
aux Complies & au Salut , pendant lequel l'o
Filii fut chanté par la Mufique.
1
<
Le jour de Pâques , 9 de ce mois , L. M. entendirent
dans la même Chapelle la grande Meſſe
celebrée pontificalement par l'Evêque de Tulles ,
& chantée par la Mufique .
L'après - midi , elles affifterent à la Prédication
de l'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia.
Le Roy a donné au Maréchal du Bourg le
Gouvernement de la Haute & Baffe Alface ; &
celui de la Ville de Strasbourg au Maréchal Duc
de Barwick.
Le 17. dé ce mois , le Roy partit de Verfailles
à 'onze heures du matin , pour aller doucher au
Château de Petit- Bourg , & le lendemain à Fontainebleau
, où S. M. doit demeurer quelque
temps.
Le 10. de ce mois , le Roy prit le deuil pour
AVRIL. 1730. 829
Le 11.
la mort de l'Electrice Douairiere de Baviere.
pendant la Meffe du Roy ; l'Archevêque
de Bordeaux prêta ferment de fidelité entre
les mains de S. M.
Le 16. l'Abbé de Saleon , nommé par le Roy à
l'Evêché d'Agen, fut facré à Paris , dans la Chapelle
de l'Archevêché , par l'Evêque de Xaintes ,
affifté des Evêques de Châlons fur Saone & de
Tarbe.
Le 13. de ce mois , le Roy fit dans la Plaine
des Sablons , la Revue des Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes. S. M. leur fit faire
PExercice , & enfuite les vit défiler.
.
M. Mocenigo , Ambaffadeur de la République
de Venife , arrivé à Paris le 4. de ce mois , alla à
Verfailles le 11. avec M. Zacharie Canal , Ambaffadeur
de la même République, auquel il fuccede
; & il eut audience particuliere du Roy , de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , étant
conduit par M. Hebert , Introducteur des Ambaffadeurs.
: On mande de Lille que l'on y fit le z 1. de ce
mois , daus l'Eglife des RR.PP. Dominicains , les
Obfeques de Benoît XIII . Souverain Pontife &
Religieux Profès du même Ordre , avec beaucoup
de pompe & de magnificence. Le Pere Theodore
Chevalier , Religieux du même Couvent , y prononça
l'Eloge Funebre du deffunt Pape, avec une
éloquence qui lui merita un applaudiffement univerfel.
Le 24. de ce mois , la Reine partit de Verſailles
vers le midi , pour aller coucher au Château de
Petit- Bourg , d'où S. M. fe rendit le lendemain
à Fontainebleau.
Le 1. de ce mois , le Concert Spirituel continua
au Château des Tuilleries , & a été donné
tous les jours , jufques & compris le Dimanche
I iij
de
830 MERCURE DE FRANCE
de Quasimodo. On y a chanté les plus beaux
Motets de feu M. de la Lande , & differens petits
Motets nouveaux , convenables au temps de Pâques
, de la compofition des Sieurs Mouret , le
Maire & du Bouffet , qui ont été très-goutez ;
les Diles Erremans , le Maure & Petitpas y ont
chanté differens Recits , avec applaudiffement.
On a executé auffi plufieurs Concerto fur le Violon
, la Flute & le Hautbois , avec autant de vivacité
que de précifion. Le Concert ne recommencera
que le 18. May , jour de la Fête de
PAfcenfion.
Le 22. Avril & les deux jours fuivans , les
Capucins de la rue S. Honoré , celebrerent avec
grande folemnité , la fête de la Beatification du
bienheureux Fidel de Sigmariny , Religieux de
leur Ordre.
On celebre tous les ans , le jour du Dimanche
de Quasimodo , dans l'Eglife du grand Couvent
des Cordeliers, une Fête que les Chevaliers Voya
geurs Palmiers de l'Archi - Confrairie Royale du
S. Sepulcre , établie dans cette Eglife , rendent
folemnelle par une Proceffion publique d'un
grand nombre de Religieux & de tous les Confreres
portant des Palmes , parmi lefqnels il s'en
trouve quelques- uns qui ont fait le voyage de
Jerufalem. Ils font précedez de Trompettes,Timbales
& Hautbois.
La Meffe fe chante ce jour - là en Grec,& après
l'Evangile on y prêche en la même langue.
A la Proceffion qui fe fit le 16. de ce mois, les
Confreres délivrerent proceffionnellement des
Prifons de cette Ville , 48. prifonniers pour dettes,
qui fe trouverent entre les deux Guichets du
grand Châtelet , & affifterent à la Proceffion depuis
ce lieu jufqu'à l'Eglife du S. Sepulchre ,
rue S. Denis , & delà aux Cordeliers , où ils enrendirent.
AVRIL. 1730. 831
tendirent la Meffe & le Sermon. Du Syndicat de
M. de la Mare, & de l'adminiftration des Sieurs
Breval , Razoir , Dubuy & Harmont.
Ce pieux & charitable établiffement , applaudi
des Magiftrats , fut fait l'année 1727. par les
foins de M. Louis - Policarpe Jarry Marchand
Epicier , Juré Contrôleur de la Marchandiſe de
Foin , ancien Guidon de ladite Confrairie , des
quêtes faites chez les Confreres & Soeurs , & autres
Bienfaiteurs , par les Sieurs Boucher , Salvia,"
le Vaffeur , Tréforier & David le Gros , Notables
Bourgeois , de ladite Confrairie , choifis
par ledit fieur Jarry , Inftituteur de cette bonne
oeuvre & reçu pardevant M. le Lieutenant Civil.
Le nombre des Prifonniers ne fut la premiere
année que de fix ; en 1728. de 15. en 1729. de
14. & à la délivrance des Captifs des RR. PP.de
la Merci , accompagnans la Proceſſion,en ont délivré
fix , des deniers de leur charité.
Rentes de l'Hôtel de Ville , fut tirée en preſence
du Prévôt dès Marchands & des Echevins , en la
maniere accoûtumée. Le fonds de ce mois s'eſt
I ij trouvé
828 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1447450 livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les
Lots qui leur font échus, conformement à la Lifte
generale qui en a été rendue publique,
Le Vendredy - Saint 7. de ce mois , le Roy &
la Reine entendirent le Sermon de la Paffion de
l'Evêque de Cifteron; S. M. affifta enfuite à lOffice
, & alla à l'Adoration de la Croix. La Reine
entendit l'Office dans la Tribune. Le foir L. M.
affifterent à l'Office des Tenebres , chanté par la
Mufique.
Le 8. le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit en ceremonie à l'Eglife de
la Paroiffe , où S. M. entendit la Meffe & com
munia par les mains de l'Evêque de Metz , fon
premier Aumônier. Enfuite S. M. toucha un
grand nombre de Malades. Le foir , le Roi & fa
Reine affifterent dans la Chapelle du Château ,
aux Complies & au Salut , pendant lequel l'o
Filii fut chanté par la Mufique.
1
<
Le jour de Pâques , 9 de ce mois , L. M. entendirent
dans la même Chapelle la grande Meſſe
celebrée pontificalement par l'Evêque de Tulles ,
& chantée par la Mufique .
L'après - midi , elles affifterent à la Prédication
de l'Evêque de Cifteron , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia.
Le Roy a donné au Maréchal du Bourg le
Gouvernement de la Haute & Baffe Alface ; &
celui de la Ville de Strasbourg au Maréchal Duc
de Barwick.
Le 17. dé ce mois , le Roy partit de Verfailles
à 'onze heures du matin , pour aller doucher au
Château de Petit- Bourg , & le lendemain à Fontainebleau
, où S. M. doit demeurer quelque
temps.
Le 10. de ce mois , le Roy prit le deuil pour
AVRIL. 1730. 829
Le 11.
la mort de l'Electrice Douairiere de Baviere.
pendant la Meffe du Roy ; l'Archevêque
de Bordeaux prêta ferment de fidelité entre
les mains de S. M.
Le 16. l'Abbé de Saleon , nommé par le Roy à
l'Evêché d'Agen, fut facré à Paris , dans la Chapelle
de l'Archevêché , par l'Evêque de Xaintes ,
affifté des Evêques de Châlons fur Saone & de
Tarbe.
Le 13. de ce mois , le Roy fit dans la Plaine
des Sablons , la Revue des Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes. S. M. leur fit faire
PExercice , & enfuite les vit défiler.
.
M. Mocenigo , Ambaffadeur de la République
de Venife , arrivé à Paris le 4. de ce mois , alla à
Verfailles le 11. avec M. Zacharie Canal , Ambaffadeur
de la même République, auquel il fuccede
; & il eut audience particuliere du Roy , de
la Reine & de Monfeigneur le Dauphin , étant
conduit par M. Hebert , Introducteur des Ambaffadeurs.
: On mande de Lille que l'on y fit le z 1. de ce
mois , daus l'Eglife des RR.PP. Dominicains , les
Obfeques de Benoît XIII . Souverain Pontife &
Religieux Profès du même Ordre , avec beaucoup
de pompe & de magnificence. Le Pere Theodore
Chevalier , Religieux du même Couvent , y prononça
l'Eloge Funebre du deffunt Pape, avec une
éloquence qui lui merita un applaudiffement univerfel.
Le 24. de ce mois , la Reine partit de Verſailles
vers le midi , pour aller coucher au Château de
Petit- Bourg , d'où S. M. fe rendit le lendemain
à Fontainebleau.
Le 1. de ce mois , le Concert Spirituel continua
au Château des Tuilleries , & a été donné
tous les jours , jufques & compris le Dimanche
I iij
de
830 MERCURE DE FRANCE
de Quasimodo. On y a chanté les plus beaux
Motets de feu M. de la Lande , & differens petits
Motets nouveaux , convenables au temps de Pâques
, de la compofition des Sieurs Mouret , le
Maire & du Bouffet , qui ont été très-goutez ;
les Diles Erremans , le Maure & Petitpas y ont
chanté differens Recits , avec applaudiffement.
On a executé auffi plufieurs Concerto fur le Violon
, la Flute & le Hautbois , avec autant de vivacité
que de précifion. Le Concert ne recommencera
que le 18. May , jour de la Fête de
PAfcenfion.
Le 22. Avril & les deux jours fuivans , les
Capucins de la rue S. Honoré , celebrerent avec
grande folemnité , la fête de la Beatification du
bienheureux Fidel de Sigmariny , Religieux de
leur Ordre.
On celebre tous les ans , le jour du Dimanche
de Quasimodo , dans l'Eglife du grand Couvent
des Cordeliers, une Fête que les Chevaliers Voya
geurs Palmiers de l'Archi - Confrairie Royale du
S. Sepulcre , établie dans cette Eglife , rendent
folemnelle par une Proceffion publique d'un
grand nombre de Religieux & de tous les Confreres
portant des Palmes , parmi lefqnels il s'en
trouve quelques- uns qui ont fait le voyage de
Jerufalem. Ils font précedez de Trompettes,Timbales
& Hautbois.
La Meffe fe chante ce jour - là en Grec,& après
l'Evangile on y prêche en la même langue.
A la Proceffion qui fe fit le 16. de ce mois, les
Confreres délivrerent proceffionnellement des
Prifons de cette Ville , 48. prifonniers pour dettes,
qui fe trouverent entre les deux Guichets du
grand Châtelet , & affifterent à la Proceffion depuis
ce lieu jufqu'à l'Eglife du S. Sepulchre ,
rue S. Denis , & delà aux Cordeliers , où ils enrendirent.
AVRIL. 1730. 831
tendirent la Meffe & le Sermon. Du Syndicat de
M. de la Mare, & de l'adminiftration des Sieurs
Breval , Razoir , Dubuy & Harmont.
Ce pieux & charitable établiffement , applaudi
des Magiftrats , fut fait l'année 1727. par les
foins de M. Louis - Policarpe Jarry Marchand
Epicier , Juré Contrôleur de la Marchandiſe de
Foin , ancien Guidon de ladite Confrairie , des
quêtes faites chez les Confreres & Soeurs , & autres
Bienfaiteurs , par les Sieurs Boucher , Salvia,"
le Vaffeur , Tréforier & David le Gros , Notables
Bourgeois , de ladite Confrairie , choifis
par ledit fieur Jarry , Inftituteur de cette bonne
oeuvre & reçu pardevant M. le Lieutenant Civil.
Le nombre des Prifonniers ne fut la premiere
année que de fix ; en 1728. de 15. en 1729. de
14. & à la délivrance des Captifs des RR. PP.de
la Merci , accompagnans la Proceſſion,en ont délivré
fix , des deniers de leur charité.
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Résumé : « Le 5. la Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville, fut tirée en presence [...] »
En avril 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu. Le 7 avril, le roi et la reine ont assisté à un sermon sur la Passion, suivi de l'office et de l'adoration de la Croix. Le lendemain, le roi, portant le grand Collier de l'Ordre du Saint-Esprit, a assisté à la messe, communié et touché un grand nombre de malades. Le jour de Pâques, le 9 avril, ils ont entendu la grande messe célébrée par l'évêque de Tulle et ont assisté à une prédication et aux vêpres. La Lotterie pour le Remboursement des Rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée en présence du Prévôt des Marchands et des Échevins, distribuant 1 447 450 livres aux rentiers. Le roi a nommé le Maréchal du Bourg gouverneur de la Haute et Basse Alsace et le Maréchal Duc de Barwick gouverneur de Strasbourg. Le 17 avril, le roi est parti de Versailles pour Fontainebleau. Le 10 avril, il a pris le deuil pour la mort de l'Électrice Douairière de Bavière. Le 16 avril, l'abbé de Saleon a été sacré évêque d'Agen à Paris. Le 13 avril, le roi a passé en revue les régiments des Gardes Françaises et Suisses. L'ambassadeur de la République de Venise, M. Mocenigo, est arrivé à Paris et a été reçu à Versailles. À Lille, les obsèques de Benoît XIII ont été célébrées avec pompe. Le 24 avril, la reine est partie de Versailles pour Fontainebleau. Le Concert Spirituel a continué au Château des Tuileries jusqu'au dimanche de Quasimodo, avec des motets et des concertos appréciés. Les Capucins de la rue Saint-Honoré ont célébré la fête de la béatification du bienheureux Fidèle de Sigmaringen. Le dimanche de Quasimodo, les Chevaliers Voyageurs Palmiers de l'Archi-Confrérie Royale du Saint-Sépulcre ont organisé une procession et une messe en grec. Le 16 avril, 48 prisonniers pour dettes ont été libérés lors d'une procession organisée par la confrérie du Saint-Sépulcre, un établissement créé en 1727 par Louis-Policarpe Jarry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 1035-1037
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Début :
Le 12. de ce mois la Bourgeoisie de Metz s'étant assemblée, avec la permission du Lieutenant [...]
Mots clefs :
Évêque, Casernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
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Résumé : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Le 12 mars 1730, la bourgeoisie de Metz, avec l'autorisation du Lieutenant du Roi, s'est réunie pour remercier le Duc de Coislain, Évêque de Metz, d'avoir construit des casernes et des pavillons sur la Place du Champ-à-Seille. En 1727, l'Évêque avait déjà financé des bâtiments pour aider le peuple. Actuellement, il entreprend de nouveaux travaux pour loger trois bataillons, malgré les coûts élevés des matériaux dus aux nouvelles fortifications ordonnées par le Comte de Belle-Isle. Les bourgeois ont exprimé leur gratitude, soulignant qu'ils ne s'attendaient pas à une telle générosité si tôt. Depuis 1727, l'Évêque a également agrandi la Maison du Refuge pour les filles de vie scandaleuse et achevé un séminaire pour éduquer vingt jeunes pauvres, moitié Français, moitié Allemands. Il a aussi aidé les prisonniers pour dettes, notamment ceux arrêtés pour contrebande. Le 14 mars, les trois ordres de la ville ont également remercié l'Évêque pour ses aumônes. Les travaux devraient être achevés dans un an, formant une place pavée de 55 toises sur 32, avec des grilles de fer et deux fontaines. Une description des premières casernes a été publiée dans le Mercure de 1728. L'Évêque a choisi une inscription biblique pour le séminaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 2223-2232
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des hommes illustres dans la République des Lettres [...]
Mots clefs :
Mémoires, Histoire des hommes illustres, République des Lettres, Armée, Roi, Évêque, Jean de Sponde, Cardinal, Pape, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pourfervir à l'Hiftoire des
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
Fermer
Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le volume XI des mémoires pour l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, publié à Paris en 1730, présente les vies de trente-sept savants, parmi lesquels Prosper Alpin, Annius de Viterbe et Henri de Sponde, évêque de Pamiers. Henri de Sponde naquit le 6 janvier 1568 à Mauleon, dans le Pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn. Son père, secrétaire et conseiller de la reine de Navarre Jeanne d'Albret, l'éleva dans le calvinisme. Sponde fit ses études à Orthez, où il apprit le latin et le grec, puis voyagea en Écosse et étudia le droit civil et canonique. En 1599, à l'âge de vingt-sept ans, il abjura le calvinisme et se convertit au catholicisme, influencé par les écrits de Bellarmin et du Perron ainsi que par l'exemple de son frère aîné. Devenu prêtre en 1606, Sponde se lia d'amitié avec le cardinal Baronius et entreprit d'abréger ses annales. Il revint à Paris en 1606, mais retourna à Rome où il fut chargé de la révision des expéditions du Tribunal de la Pénitencerie. En 1626, le roi Louis XIII le nomma évêque de Pamiers. Sponde s'appliqua à procurer le salut des âmes et à rétablir la discipline dans son diocèse. Il mourut à Toulouse le 18 mai 1643, à l'âge de 75 ans. Ses œuvres principales incluent 'Les Cimetières sacrés' et les 'Annales ecclésiastiques' de Baronius en abrégé. Il laissa également des ordonnances synodales et un petit livre intitulé 'Le Magot Genevois'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 667-679
MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Début :
Je vous envoyer, Monsieur, les Mémoires que vous m'avez demandés au [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Évêque, Amiens, Canonisation, Médecine, Sorbonne, Prélat, Épitaphe, Université de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
MEMOIRES HISTORIQUES
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
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Résumé : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Le texte présente les mémoires historiques de personnalités originaires du Comté d'Eu, distinguées par leur vertu, science et valeur. L'auteur, M. Capperon, ancien doyen de J. S. Maxent, répond à une demande de mémoires sur ces individus. Geoffroi, second du nom, évêque d'Amiens, né à Eu à la fin du XIIe siècle, est le premier personnage mentionné. Son nom de famille était le Valet ou le Varlet, et il était fils d'un bourgeois de Eu. Geoffroi se distingua par son érudition et devint docteur en théologie et en médecine à Paris. Il fut élu évêque d'Amiens en 1223 et participa à diverses assemblées et conciles. Il régla l'organisation de l'Hôtel-Dieu d'Amiens et supervisa la construction de la cathédrale. Il mourut en 1238. Le texte mentionne également Jean, évêque d'Auxerre, né au Bourg de Blangy dans le Comté d'Eu. Il fut docteur à la Maison de Navarre et participa à des assemblées doctrinales. Il devint évêque d'Auxerre en 1338 et mourut en 1344. D'autres savants du Comté d'Eu sont cités, comme Michel d'Eu, Jean Daval, Jean Avril, et le Père Mithon, tous distingués par leurs contributions académiques et spirituelles. Le texte mentionne également des œuvres littéraires et historiques écrites par des natifs du Comté, comme des vies de saints et des histoires des Comtes d'Eu. Le texte évoque également un docteur de Sorbonne et théologal de Noyon qui, en 1701, décida d'abandonner sa patrie, ses biens et sa dignité pour se rendre en Chine afin de convertir les infidèles de cet empire. Il s'embarqua au Port-Louis le 5 février 1701 et, après cinq mois et quatorze jours de navigation, arriva à Pondichéry sur la côte de Coromandel. Cependant, malgré ses efforts pour apprendre la langue chinoise et son zèle missionnaire, il tomba malade peu après une grande cérémonie à Pondichéry et mourut. Ses compagnons de voyage témoignèrent de son dévouement et de sa piété. Enfin, le texte mentionne François Augustin Gouche, né à Eu, qui fut élu abbé de la Trappe en 1727 et était connu pour sa piété, ses austérités et sa prudence. La suite des mémoires est annoncée pour le mois suivant.
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55
p. 749-750
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
Début :
Nous vous prions, Messieurs, de nous procurer quelque éclaircissement sur [...]
Mots clefs :
Évêque, Confesseur, Calendrier du Bréviaire, Église paroissiale, Traduction italienne, Prélat
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons,
au sujet d'un Saint inconnu.
Nou
Ous vous prions , Messieurs , de
nous procurer quelque éclaircissement
sur un Saint dont nous ne connoissons
guéres que le nom ; c'est S. Front ,
qui est appellé Evêque et Confesseur dans
le Calendrier du Breviaire de Soissons ,
où l'on en fait memoire le 25. Octobre.
Comm. S. Frontonis , Episcop. et Confess.
Il. y a dans le même Diocèse un Village
assez considerable , dont l'Eglise Paroissiale
est sous l'invocation de ce Saint. Le
Fiij Village
750 MERCURE DE FRANCE
Village en porte le même nom ; c'est sans
doute pour le distinguer de plusieurs autres
Neüillis , qu'on le nomme communement
Neüilli S. Front.
J'ai quelque legere idée d'avoir vû
ce nom dans d'autres Calendriers , mais
bien differemment. Si quelques Sçavans
vouloient bien nous donner quelque chose
de clair là - dessus , nous leur en serions
Très- reconnoissans ; leurs recherches feront
plaisir à plusieurs personnes qui por
tent ce nom là , et qui seront ravis de voir
leur Patron tiré de l'obscurité où il étoit
resté jusqu'à present.
au sujet d'un Saint inconnu.
Nou
Ous vous prions , Messieurs , de
nous procurer quelque éclaircissement
sur un Saint dont nous ne connoissons
guéres que le nom ; c'est S. Front ,
qui est appellé Evêque et Confesseur dans
le Calendrier du Breviaire de Soissons ,
où l'on en fait memoire le 25. Octobre.
Comm. S. Frontonis , Episcop. et Confess.
Il. y a dans le même Diocèse un Village
assez considerable , dont l'Eglise Paroissiale
est sous l'invocation de ce Saint. Le
Fiij Village
750 MERCURE DE FRANCE
Village en porte le même nom ; c'est sans
doute pour le distinguer de plusieurs autres
Neüillis , qu'on le nomme communement
Neüilli S. Front.
J'ai quelque legere idée d'avoir vû
ce nom dans d'autres Calendriers , mais
bien differemment. Si quelques Sçavans
vouloient bien nous donner quelque chose
de clair là - dessus , nous leur en serions
Très- reconnoissans ; leurs recherches feront
plaisir à plusieurs personnes qui por
tent ce nom là , et qui seront ravis de voir
leur Patron tiré de l'obscurité où il étoit
resté jusqu'à present.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Soissons, au sujet d'un Saint inconnu.
Une lettre écrite à Soissons demande des éclaircissements sur un saint nommé Front. Ce saint est identifié comme évêque et confesseur dans le calendrier du Breviaire de Soissons, où il est commémoré le 25 octobre. Dans le diocèse de Soissons, un village nommé Neuilli possède une église paroissiale dédiée à ce saint. Pour éviter la confusion avec d'autres villages du même nom, ce village est souvent appelé Neuilli Saint-Front. L'auteur mentionne avoir vu le nom de ce saint dans d'autres calendriers, mais sous des formes différentes. Il espère que des érudits pourront fournir des informations plus précises, ce qui serait utile pour les personnes portant ce nom et souhaitant en savoir plus sur leur patron.
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56
p. 792-794
BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Début :
Vous ne serez sans doute pas fâché, Monsieur, d'apprendre [...]
Mots clefs :
Conversion, Religion mahométane, Esclave, Tyrannie, Les lumières de l'Évangile, Turquie, Évêque, Baptême
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texteReconnaissance textuelle : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
BAPTESME solemnellement adminiftré à
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
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Résumé : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Le texte décrit le baptême solennel d'une famille mahométane à Toulon, relaté dans une lettre du 14 mars 1731. François Brailli, originaire d'Abbeville en Picardie, avait été capturé en 1719 et emmené à Constantinople. En 1722, il avait renié sa foi chrétienne et épousé une femme tartare mahométane. Touché par des remords et la grâce divine, Brailli décida de revenir au christianisme et s'enfuit en France avec sa famille. À Toulon, après une période de quarantaine, Brailli et sa famille furent conduits à l'Hôpital Général pour instruction religieuse. La femme et les deux enfants furent baptisés en présence des autorités locales et religieuses, dont l'évêque et les consuls. La cérémonie, marquée par une procession et un repas à l'Hôtel de Ville, suscita une grande joie et charité parmi les habitants de Toulon.
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57
p. 2261-2266
Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Jean Bouhier, nouvel Evêque de Dijon, fût sacré le Dimanche 16. de ce [...]
Mots clefs :
Évêque, Dijon, Érection, Église collégiale de Saint-Étienne, Chantre
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texteReconnaissance textuelle : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
M. Jean Bouhier , nouvel Evêque de
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
Dijon , fût sacré le Dimanche 16. de ce
mois , par M. l'Archevêque de Paris dans
la Chapelle de l'Archevêché , assisté des
Ev. de S. Papoul et de Tarbes. Il prêta
serment le 23. enrre les mains de S. M.
Le Roi avoit demandé au Pape l'érection
de cet Evêché , dès l'année 1723
et y avoit nommé le même Abbé Bouhier
, qui étoit Doyen de la Sainte Chapelle
de Dijon . On a établi le Siege de
cet Evêché dans l'Eglise Collegiale de
S. Etienne de la même Ville ; et on lui a
donné pour revenu les Manses Abba◄
tiales de S. Etienne et de Bese. "
Il s'est fait presqu'en même temps un
autre établissement d'un autre genre dans
la même Province de Bourgogne ; c'est
l'érection d'un Chapitre dans l'Eglise
Prieurale Nôtre Dame de la Ville de
Semur, Capitale du Pays d'Auxois , Dio-
-
cèse
2262 MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun comme cette Eglise est
de Fondation Royale , et magnifiquement
bâtie , le Roy en fit solliciter à
Rome dès 1724. la sécularisation , et l'érection
en Collegiale. Le Pape accorda la
demande du Roy , au mois de Septembre
de l'année passée ; et il en a fait expédier
la Bulle le mois de Juin dernier.
Ce Chapitre doit être composé d'une
Dignité de Doyen , d'un Personnat de
Chantre , et de dix autres Prebendes Canoniales
simples. Le Roy par son Brevet
du 12. Octobre 1724. pour contribuer
à la Dotation de ce nouveau Chapitre
, a consenti à l'union du Prieuré de
Bar , qui étoit de sa nomination , dans
le même Diocèse d'Autun , à ladite Eglise
, en se reservant la disposition du Personnat
de Chantre avec sa Prébende
Canoniale , et de trois autres Prebendes .
Canoniales simples dont Sa Majesté
vient de disposer pour la premiere fois.
Le Prieur de cette Eglise , D. N. Maurel,
est fait par la Bulle , Doyen de ce nouveau
Chapitre.
>
Voici le Mandement du Vicaire Général
de Dijon , pour faire des Prieres &c.
A
.
NTOINE Bernard Gagne , Prêtre , Docteur
en Théologie , Doyen de l'Eglise Cathédrale
de S. Etienne de Dijon , Vicaire Général
SEPTEMBRE. 1731. 2263
ral et Official de Monseigneur l'Illustrissime et
Révérendissime Jean Bouhier , premier Evêque
de Dijon ; Au Clergé Séculier et Régulier , et à
tous les Fidéles de ce nouveau Diocèse : Salut en
J. C. Nôtre-Seigneur .
C'est Dieu , Mes très - chers Freres , qui donne
dans sa Miséricorde des Evêques selon son
coeur , pour dispenser le Pain de vie et la Science
du Salut ? C'est lui qui disposant des Thrones
et des Couronnes , place de sa main sur les premiers
Siéges de l'Eglise ceux qu'il destine à cons
duire et à juger les Tribus d'Israël ; c'est sur
eux que le Prince des Pasteurs se répose de la sû
reté de son Troupeau ; ils sont le sel de la Terre
qui n'éprouve point la corruption , mais qui
en garantit ; la lumiere du monde qui ne s'éteint
point , mais qui forme le beau jour de la Foi
au milieu des ténébres de ce siècle , des Anges
Tutelaires , des Esprits agissans , occupez de la
sollicitude des Eglises. Le don d'un bon Pasteur,
d'un Saint Evêque , est le plus riche present de
la magnificence du Seigneur , et la marque la
plus sensible de sa protection sur un Peuple qu'il
veut favoriser ; elle va vous éclairer , Mes Freres
, cette lumiere brillante , cette grace qui sera
la source des bienfaits les plus signalez . Eglise
naissante , vous êtes sur le point d'éprouver les
complaisances de vôtre céleste Epoux ; il vous
réservoit dans ses trésors un Evêque formé pour
vous , comme vous venez d'être formés pour
lui. Pontife pris d'entre vous il est établi
pour
vous auprès de Dieu , en tout ce qui regarde son
culte et la sanctification de vos ames il est le
premier qui se presente à vous avec le titre et là
tendresse d'un Pere ; puissiez - vous être reçûs
les premiers dans son sein avec l'amour et la do→
>
cilité
2264 MERCURE DE FRANCE
>
cilité des Enfans ! Oüy , Mes Freres , nous le
répetons avec une sainte joye , élevé qu'il est à
l'Episcopat,par le choix d'un Roy plein de sagesse
et de zele pour la Religion , qui s'est rendu sensible
à nos voeux empressez et à nos justes désirs ;
il est donné pour Peré à la Patrie dont il tient
la naissance il en a fait la gloire et l'honneur
dans les Dignitez qu'il a remplies ; il en va être
l'édification et la félicité dans les travaux de l'Apostolat
, qu'il entreprend pour elle ; mais pour
consacrer par l'esprit de J. C. des sentimens fondez
dans la Nature , et si justement meritez ; au
même jour que nôtre Prélat doit s'incliner sous
la main des Pontifes pour recevoir l'Onction sacrée
, et la plénitude du Sacerdoce , prosternonsnous
devant la Majesté toute- puissante , afin
qu'elle répande sur lui les abondantes effusions
de sa Grace. Que les cris du Troupeau soient
portez avec les voeux du Pasteur jusqu'au Trône
suprême ! Que la fumée de l'Encens et l'odeur
du Sacrifice s'élevent de l'Autel , et pénétrent les
Cieux , pour attirer les dons qui font les saints
Evêques , et les benedictions du Chef qui se répandent
sur le corps auquel il préside ! Enfin
mettons-nous en état par les dispositions de nos
coeurs , et par la ferveur de nos Prieres , de voir
renouveller parmi nous ce qui se passa lorsque
le Grand-Prêtre parût pour la premiere fois dans
le Tabernacle avec l'éclat et la splendeur du
Vêtement Sacré , tel ,dit l'Ecriture , qu'il n'y en
avoit jamais eû de semblable en Majesté : Sie
pulchra non fuerunt antè ipsum talia ad originem.
Tout Israël étoit dans la terreur et le
respect autour du Tabernacle , où Moyse luymême
n'osoit entrer : Nec poterat Moyses ingredi
tectum foederis ; tandis que l'Huile sainte
>
couloit
SEPTEMBRE . 1731. 2265
:
couloit de la main du Prophête sur la tête du
Pontife Fundens super caput Aaron unxit
eum et consecravit , et que du haut des Cieux ,
le Seigneur applaudissoit par des miracles à
l'onction de son Christ et à la Religion de son
Peuple Operuit nubes Tabernaculum testimonii
, et gloria Domini implevit illud.
A ces Causes , après en avoir conféré avec nos
Vénérables Freres les Chanoines et Chapitre de
l'Eglise Cathédrale ; Nous ordonnons que le
Dimanche seize Septembre , jour fixé pour la
cérémonie du Sacre de Monseigneur l'Illustrissime
et Réverendissime Jean Bouhier , premier
Evêque de Dijon , le Très- Saint Sacrement sera
exposé au son de toutes les cloches dans toutes
les Eglises de la Ville , exemptes ou non exemptes
, depuis sept heures du matin jusqu'à six
heures du soir , et dans celles de la Campagne ,
pendant la Grand'Messe et les Vêpres seule
ment ; qu'on chantera pour l'exposition, Sa
lutaris Hostia , &c. puis le Ps. 131. Memento ,
Domine David. le . Elegit eum Dominus &c.
et l'Oraison pro electo Episcopo ; qu'à l'heure
convenable il sera célébré une Messe solemnelle
comme elle est marquée dans le Missel Romain ,
In Anniversario Electionis seu Consecrationis
Episcopi , avec mémoire du Dimanche , ce qui
sera observé dans toutes les Messes basses ; que le
soir pour la Benediction , on chantera l'Hymne
Pange lingua , le y. et l'Oraison du Très - Saint
Sacrement , le R. Posui adjutorium super Potentem
, avec le Gloria Patri &c. le . et l'Oraison
comme cy- dessus , Pro electo Episcopo ;
le Ps . xix. Exaudiat te Dominus , avec la Collecte
pour le Roy aprés la Benediction on
chantera le Te Deum , suivi de deux Oraisons de
K
?
la
2266 MERCURE DE FRANCE
la Sainte Trinité , et d'Actions de Graces au son
de toutes les Cloches , qui annonceront la veille
à midi et à sept heures du soir cette sainte Cé¬
rémonie.
Nous invitons tous les Fidéles de s'unir aux
Ministres du Sanctuaire , dans les voeux et sacrifices
qu'ils offriront , en se disposant eux - mêmes
pour participer en ce jour à la Divine Eucharistie
, qui est le lien sacré et le centre de l'u
nion du Pasteur au Troupeau.
Conservons , mes très-chers Freres une réconnoissance
éternelle , et un respect sincere
pour cette Roche précieuse dont nous avons été
taillez , la sainte Eglise de Langres qui nous a
enfantez et nourris en J. C. Eglise si vénerable .
par son antiquité , par ses titres par tant de
saints Evêques qui l'ont gouvernée , et par l'illustre
Prélat qui occupe aujourd'hui le Siege
Et sera nôtre present Mandement publié le
Dimanche , précedent aux Prônes des Paroisses
et affiché aux Portes des Eglises . Donné à Dijon,
sous nôtre seing , celui du Secretaire de Monsei
gneur l'Evêque , et le contrescel de ses armes
ce 6. Septembre 1731. Gagne Vicaire General.
Mathieu , Secretaire.
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Résumé : Nouvel Evêque de Dijon, et Mandement &c. [titre d'après la table]
En 1731, deux événements significatifs ont marqué la province de Bourgogne. Le 16 septembre, Jean Bouhier a été sacré évêque de Dijon par l'archevêque de Paris, assisté des évêques de Saint-Papoul et de Tarbes. Cette nomination avait été demandée par le roi au pape dès 1723 pour l'érection de cet évêché. Le siège épiscopal a été établi dans l'église collégiale Saint-Étienne de Dijon, avec les revenus des manse abbatiales de Saint-Étienne et de Bese. Parallèlement, en 1724, le roi avait sollicité la sécularisation et l'érection en collégiale de l'église prieurale Notre-Dame de Semur, capitale du pays d'Auxois, diocèse d'Autun. Le pape a accordé cette demande en septembre 1730, et la bulle a été expédiée en juin 1731. Ce nouveau chapitre est composé d'une dignité de doyen, d'un personnat de chantre, et de dix autres prébendes canoniales simples. Le roi a contribué à la dotation de ce chapitre en unissant le prieuré de Bar à cette église, tout en se réservant la disposition de certaines prébendes. Le vicaire général de Dijon, Antoine Bernard Gagne, a publié un mandement appelant à des prières et des cérémonies pour célébrer le sacre de Jean Bouhier. Il a souligné l'importance de ce nouvel évêque pour le diocèse naissant et a invité tous les fidèles à participer aux offices religieux prévus pour le jour du sacre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 2832-2834
Vie, Eloge et Opuscules de P. Danès. [titre d'après la table]
Début :
Il se debite à Paris, chez Quillau, rvë Galande, et Bauche, Quay des Augustins, [...]
Mots clefs :
Abrégé historique, Évêque, Latinité, Éloge du Mensonge
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texteReconnaissance textuelle : Vie, Eloge et Opuscules de P. Danès. [titre d'après la table]
Il se debite à Paris , chez Quillau , rvë
Galande , et Bauche , Quay des Augustins ,
un Livre in 4. de 184. pages , sans nom
d'Auteur , qui a pour titre : Vies , Eloges,
et Opuscules de Pierre Danés , Evêque de
Lavaur, Ambassadeur de François I. an
Concile de Trente , Precepteur et Confesseur
de François I.
Le titre de ce Livre annonce les trois
Parties dont il est composé.
La premiere est un Abregé Historique
de la Vie celebre de P. Danés , Evêque de
Lavaur , il y est parlé entr'autres choses
de l'institution du College Royal à Paris,
pour enseigner les Langues sçavantes, & c.
de l'affaire de Ramus , de son caractere ,
&c. de la celebration du Concile de
Trente , et de ce qui s'y est passé de considerable
pendant le temps que Danés
a assisté.
Y
La seconde Partie est un Recueil d'Extraits
des Ouvrages de plus de trente ce-
Febres Ecrivains qui ont parlé assez au
long de P. Danés , entr'autres Erasmes ,
Ronsard , Joachim du Bellay , le Prési
dent de Thou , &c. On y a pas oublié
1. Vol. POraison
DECEMBRE 1731. 2833
'Oraison Funebre de P. Danés , prononcée
par Genebrand , à S. Germain des
Prez , le 27. Avril 1577. qui est pleine
de Remarques sçavantes et curieuses , et
qui étoit devenue très - rare.
Dans la troisiéme Partie on a ramassé
le peu d'Opuscules de P. Danés , qu'on
a pû trouver. La Lettre Latine de ce Sçavant
,
adressée à l'Abbé de S. Ambroise .
et le Manifeste Latin qu'il a fait en faveur
de François I. contre Charles - Quint,
ont déja été donnez au Public par les
sçavans Alde , Manuce et Henry Etienne,
comme des Chefs - d'oeuvres d'Eloquence
et de belle Latinité.
On a ajoûté deux Memoires concernant
Jacques Danés , parent de Pierre, Evêque
de Toulon , &c. qui est mort en odeur
de sainteté le 5. Juin 1662. Un de ces
Memoires a été envoyé de Toulon .
Les Portraits des deux Prélats y sont
gravez de bonne main et d'après de bons
Originaux. Ce Livre , qui est bien imprimé
, se vent 4. livres relié.
REPONSE à l'Eloge du Mensonge , par
celui de la Verité. Par M. R ... Brochure
in 12. Prix sept sols. A Paris , che
·P. Morisset , rue S. Facques , 1731 .
Je Vol ŞER2834
MERCURE DE FRANCE
SERMONS DU P. HUBERT , Prêtre de
l'Oratoire , pour le Carême , pour l'Avent
, et sur differens sujets . 6. vol . in 12 .
A Paris , chez Cailleau , Place du Pont
S. Michel , Sangrain , Quay de Gêvres
Chardon , rue S. Severin , Gissey , ruë
de la Bouclerie , Bordelet et Henry , ruë
S. Jacques , 1731 .
HISTOIRE des Rois de Chypre de la
Maison de Lusignan , et des differentes
guerres qu'ils ont eues contre les Sarrazins
et les Genois. Traduite de l'Italien
du Chevalier Henry Giblet , Cypriot ,
2. vol. in 12. A Paris , chez André Caillean
et Guill. Saugrain , 1732.
LES AVANTURES du Sultan Jakaya ,
ou le Triomphe de l'Amour sur l'Ambition
, Anecdotes secretes de la Cour
Othomane , divisée en deux Parties. Par
M. le C. D. V. dédiées à M. le Chevalier
d'Orleans. A Paris , chez Guill. Denis
David , rue du Hurpoix , et Jacq. Clousier
, rue S. Jacques , 1732.
Galande , et Bauche , Quay des Augustins ,
un Livre in 4. de 184. pages , sans nom
d'Auteur , qui a pour titre : Vies , Eloges,
et Opuscules de Pierre Danés , Evêque de
Lavaur, Ambassadeur de François I. an
Concile de Trente , Precepteur et Confesseur
de François I.
Le titre de ce Livre annonce les trois
Parties dont il est composé.
La premiere est un Abregé Historique
de la Vie celebre de P. Danés , Evêque de
Lavaur , il y est parlé entr'autres choses
de l'institution du College Royal à Paris,
pour enseigner les Langues sçavantes, & c.
de l'affaire de Ramus , de son caractere ,
&c. de la celebration du Concile de
Trente , et de ce qui s'y est passé de considerable
pendant le temps que Danés
a assisté.
Y
La seconde Partie est un Recueil d'Extraits
des Ouvrages de plus de trente ce-
Febres Ecrivains qui ont parlé assez au
long de P. Danés , entr'autres Erasmes ,
Ronsard , Joachim du Bellay , le Prési
dent de Thou , &c. On y a pas oublié
1. Vol. POraison
DECEMBRE 1731. 2833
'Oraison Funebre de P. Danés , prononcée
par Genebrand , à S. Germain des
Prez , le 27. Avril 1577. qui est pleine
de Remarques sçavantes et curieuses , et
qui étoit devenue très - rare.
Dans la troisiéme Partie on a ramassé
le peu d'Opuscules de P. Danés , qu'on
a pû trouver. La Lettre Latine de ce Sçavant
,
adressée à l'Abbé de S. Ambroise .
et le Manifeste Latin qu'il a fait en faveur
de François I. contre Charles - Quint,
ont déja été donnez au Public par les
sçavans Alde , Manuce et Henry Etienne,
comme des Chefs - d'oeuvres d'Eloquence
et de belle Latinité.
On a ajoûté deux Memoires concernant
Jacques Danés , parent de Pierre, Evêque
de Toulon , &c. qui est mort en odeur
de sainteté le 5. Juin 1662. Un de ces
Memoires a été envoyé de Toulon .
Les Portraits des deux Prélats y sont
gravez de bonne main et d'après de bons
Originaux. Ce Livre , qui est bien imprimé
, se vent 4. livres relié.
REPONSE à l'Eloge du Mensonge , par
celui de la Verité. Par M. R ... Brochure
in 12. Prix sept sols. A Paris , che
·P. Morisset , rue S. Facques , 1731 .
Je Vol ŞER2834
MERCURE DE FRANCE
SERMONS DU P. HUBERT , Prêtre de
l'Oratoire , pour le Carême , pour l'Avent
, et sur differens sujets . 6. vol . in 12 .
A Paris , chez Cailleau , Place du Pont
S. Michel , Sangrain , Quay de Gêvres
Chardon , rue S. Severin , Gissey , ruë
de la Bouclerie , Bordelet et Henry , ruë
S. Jacques , 1731 .
HISTOIRE des Rois de Chypre de la
Maison de Lusignan , et des differentes
guerres qu'ils ont eues contre les Sarrazins
et les Genois. Traduite de l'Italien
du Chevalier Henry Giblet , Cypriot ,
2. vol. in 12. A Paris , chez André Caillean
et Guill. Saugrain , 1732.
LES AVANTURES du Sultan Jakaya ,
ou le Triomphe de l'Amour sur l'Ambition
, Anecdotes secretes de la Cour
Othomane , divisée en deux Parties. Par
M. le C. D. V. dédiées à M. le Chevalier
d'Orleans. A Paris , chez Guill. Denis
David , rue du Hurpoix , et Jacq. Clousier
, rue S. Jacques , 1732.
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Résumé : Vie, Eloge et Opuscules de P. Danès. [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication à Paris d'un livre intitulé 'Vies, Éloges, et Opuscules de Pierre Danés, Évêque de Lavaur, Ambassadeur de François I au Concile de Trente, Précepteur et Confesseur de François I.' Ce livre, édité par Quillau et Bauche, situé au Quay des Augustins, compte 184 pages et est divisé en trois parties. La première partie offre un abrégé historique de la vie de Pierre Danés, incluant des détails sur l'institution du Collège Royal à Paris, l'affaire de Ramus, et les événements du Concile de Trente. La deuxième partie rassemble des extraits d'écrivains ayant parlé de Pierre Danés, tels qu'Érasme, Ronsard, et Joachim du Bellay, ainsi qu'une oraison funèbre prononcée par Genebrand en 1577. La troisième partie présente les opuscules de Pierre Danés, dont une lettre latine à l'Abbé de Saint-Ambroise et un manifeste en faveur de François I contre Charles Quint. Le livre inclut également des mémoires sur Jacques Danés, parent de Pierre, et des portraits gravés des deux prélats. Le livre est bien imprimé et se vend 4 livres relié. Le texte mentionne aussi d'autres publications, telles que des sermons du Père Hubert, une histoire des Rois de Chypre, et un récit intitulé 'Les Aventures du Sultan Jakaya.'
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59
p. 298-313
LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
Début :
Je ne sçai, Monsieur, par quel hazard le Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure, Manuscrit, Chronique, Helinand, Diocèse, Évêque, Ordonnance, Saint inconnu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
XXXX XXXXXXXXXX
LETTRE de M. d'Auvergne , Avocat en
Parlement, an sujet d'un Saint inconnu, et
des Fragments de la Chronique d'Helinand , Moine de Froimont.
J
E ne sçai , Monsieur , par quel hazard
le Mercure de Fevrier m'avoit échapé.
Assurément je n'aurois pas differé tant de
mois , si j'en avois été plutôt instruit , à
répondre à l'invitation obligeante qui m'y
a été faite , ( p. 334. ) pat un Sçavant de
Bourgogne , de rechercher ce que l'on
croit ici de saint Nerlin , et ce qui reste de
de la Chronique d'Helinand.
Pour ce qui est de saint Nerlin , il est
entierement ignoré dans le Diocèse de
Beauvais. A la Tour du Lay même , dont
il passe néanmoins pour être le Patron
on n'en connoît autre chose que le nom :
Encore n'y a-t'il pas bien long- tems que.
le souvenir y en étoit entierement perdu .
On n'y reconnoissoit pour Patron qu'un
saint Robert , non pas celui qui a été a été pre
mier Abbé de Cîteaux , et dont on fait
memoire le 29. Janvier , mais un autre
dont on celebroit la Fête le 21. Avril.
La reputation de ce dernier étoit mon-
>
tée
FEVRIER 1732.
299
>
tée à un très- haut degré dans les environs
De mêmeque l'Auteur de la Lettre sur ta
Secheresse , inserée dans le Mercure de
Septembre , paroft soupçonner que saint
Etienne a reçû , par préference aux autres Bien-heureux , le don de faire distri
buer la pluye aux Pays qui lui en demandent , on croyoit , dans les Paroisses
voisines de la Tour du Lay , que le prétendu saint Robert avoit le privilege specifique de guerir de la Fievre ceux qui
avoient la devotion de passer sous un
Tombeau qu'on prenoit pour le sien , et
de boire de l'eau d'une Fontaine qui se
conserve dans le Jardin du Prieuré. On
accouroit donc en foule pour faire très- serieusement ces deux ceremonies.
Le bruit éclatant de ce culte engagea
M. de S. Agnan,alors Evêque de Beauvais,
à en prendre connoissance. Il donna la
commission àM. le Roy, Curé de Persan,
tant à titre d'homme Lettré, qu'en qualité
de Promoteur Rural du Doyenné, de faire
unevisite dans l'Eglise du Prieuré du Lay.
De son côté , il fit faire des recherches à
l'Abbaye du Bec d'où dépend le Prieuré ; ce fut dans les Archives de cette Abbaye que se trouva le nom de S. Nerlin.
Quant à la visite de M. le Roy , elle fut
à cet égard des plus infructueuses. Il me
E iiij man
300 MERCURE DE FRANCE
mande qu'il n'a pas découvert que l'on ait
jamais fait , en quelque jour que ce fût, ni
Office , ni Memoire de ce saint , et qu'il
n'y en a , ni Legende , ni Collecte. De
sorte, Monsieur , que sans le titre de fondation du Prieuré, qui s'est trouvé à l'Abbaye du Bec , votre sçavant ami auroit sçû
avant nous qu'il y a eu un saint Nerlin.
C'est aussi apparemment tout au plus ce
dont M. de Saint Agnan lui-mêmea bien
pû s'assurer.
Car 1 ° . dans l'Ordonnance qu'il a renduë
le 12. Novembre 1727. tant pour faire
cesser le culte du faux saint Robert , que
pour nous apprendre que ce Robert , de
qui est le Tombeau qu'on veneroit , étoit
un Moine crû fils du Fondateur ; ni dans
la Lettre Pastorale dont il a accompagné
son Ordonnance , il n'a pas indiqué de
jour de Fête pour saint Nerlin , ni detitre
sous lequel on dût l'honorer. Effectivementon n'en fait point encore de memoire ; je me suis fait confirmer cela par le
Desservant du Prieuré , où , conformément aux derniers Ordres , il n'y a plus
d'autre Fête de Patron que celle de la
Vierge , le jour de la Nativité.
2. L'Ordonnance insinuë que la fondation du Prieuré a été faite sous l'Invocation de la Sainte Vierge et de saint Neslin
FEVRIER 1732 301
lin conjointement. Et la Lettre Pastorale
porte que cette Eglise fondée par un
Comte de Beaumont petit-Fils de France
(peut-être faut-il dire arriere-petit- Fils )
nereconnoissoit dans les premieres années
de son établissement d'autre Patron que
la Sainte Vierge , et que ce ne fut que
dans la suite qu'on y en ajouta un second
sous le nom de saint Nerlin, Ces deux exposez renferment une contradiction ma
nifeste. Pour la lever , M. le Roi m'a renvoyé à l'Abbaye du Bec : et j'y renvoye à
mon tour la Personne à qui je voudrois
pouvoir donner par moi- même de plus
grands éclaircissemens.
Il se pourroit faire que le nom du Saint,
dont il est en peine, eut, comme bien d'au
tres,été alteré. Je ne parle pointde la ci
tation que M. Eccard dans ses notes sur
les LoixRipuaires, p.2 14. a faite d'une histoire intitulée,Vita S. Nili. Qu'on en ait
fait saint Nilin , et par corruption saint
Nerlin , ce seroit peut être une conjecture qui paroîtroit trop tirée. Mais je trouve
dans une Charte de 1072. qu'un Chanoine de Compiegne qui étoit en même tems
un des deux Curés de saint Vaast de Beau
vais , s'appelloit Nevelon , et dans une
autre de 125o. que le Seigneur de Ronquerolles portoit aussialors le même nom.
By 711
302 MERCURE DE FRANCE
Il y a d'autant plus de vrai- semblance que
c'étoit le veritable nom du Patron dela
Tour du Lay , que-le Village de Ronque
rolles n'est qu'à une lieuë de distance de
ce Prieuré. Ces deux Chartes sont à la
suite des Memoires d'Antoine Loisel sur le
Beauvaisis. Je passe à l'article d'Helinand.
Les Fragmens de la Chronique de ce
Moine , qui a fleuri au commencement
du treiziéme siecle , et qui est aussi méprisé par Gabriel Naude(a ) que Vincent
de Beauvais , qui a néanmoins copié toutes les fables d'Helinand , en est estimé ; ces fragmens , dis- je , se conservent
veritablement dans l'Abbaye de Froidmont. Mais ils y sont d'une si mauvaise
écriture que le celebre Godefroy Hermant,
et un autre Chanoine de Beauvais son contemporain et aussi amateur d'antiquitez
n'en ont presque rien pû déchifrer. Sans
doute , l'Exemplaire que le Pere Labbe
marquequi faisoit partie des Livres quela
Reine Christine de Suede a fait acheter en
France de M. Petau, Conseiller, étoit beaucoup plus lisible..
Pour suppléer au défaut de ces deux Manuscrits , qui ne peuvent être d'ailleurs
que très- imparfaits , puisque , dès le mi-
(a ) Apologiepour les grands hommes soupçonnér de Magie, ch. 1. et 2-1.
lieu
FEVRIER. 1732. 353
nous و
lieu du même siecle dans lequel l'ouvra
ge a été composé , les differentes parties
en étoient déja toutes dispersées , ainsi
que l'assure Vincent de Beauvais
avons le Miroir Historial de ce dernier
qui y a fait entrer la meilleure partie de
ce qu'il a rassemblé de la Chronique d'Helinand par qui il n'avoit été précedé que
d'assez peu d'années. Voilà apparemment
où le curieux anonyme a lû autrefois ce
que sa memoire lui rappelle d'effrayant
dans le de l'Akousmate d'Ansacq genre
et ce qui , si on pouvoit y ajouter foi , seroit propre à confirmer ce qu'il pense
que,comme saint Paul assure que l'air est
rempli de Démons , ils peuvent fort bien.
s'attrouper de tems en tems, pour faire un
carillon semblable à celui que l'on prétend avoir entendu à Ansacq.
4
Le langagé d'une ancienne Traduction
Françoise du Miroir Historial sera beaucoup plus convenable à l'ingenuité des
Histoires sur lesquelles Helinand fondoit
ce systême , que ne le seroit telle autre
Traduction que ce fût de l'Original Latin .
Voici donc un premier trait qui se trouve
au liv. 3. du Copiste d'Helinand , chapitre 12.
» Chrétien vit tout le Couvent ( de
»l'Aumône Ordre de Cîteaux ) être enEvj vironné
304 MERCURE DE FRANCE
>> que il y
"
>
» vironné des Diables , et étoient si grant
» multitude que ils couvroient tout quanil y avoit entre le Ciel et la Terre.
» Et quant il les vit , il dit , Sire Dieu
que peut ce être qui pourra échaper ce
péril , et dont il oit une voix qui lui di-
» soit:Celui qui aura humilité pourrabien
»être délivréde toutes ces lats. Et unpou
» après vint une clarté du Ciel pardevers
»Orient. Et quant les mauvais esprits la
>> sentirent , ils s'évanoüirent , et ces glo-
» rieux qui étoient en l'aer en celle lumiere
»approcherent au lieu où ces Saints hom-
»mes étoientet le resplendirent du Soleil.
» Et en celle clarté apparut la Roine des
Anges , &c.
Jusques- là ce ne sont que des figures ,
et des figures de Démons qui ne donnent
de terreur que par leur aspect , mais quir
ne font point de tintamare. Plus bas les
ames des morts se mêlent avec les autres
esprits Aëriens. Si M. Pierquin avoit fçû.
ces faits , il les auroit peut- être mis en
usage dans la Dissertation qu'il a faite (a) .
sur le retour des ames. Quoiqu'il en soit,
voici d'abord , pour n'avancer que par degrès , une simple apparition dans le goût
de celle dont M. l'Abbé de saint Pierre a
fait inserer le recit , avec son explication
(a) Journal de Verdun , Janvier 1729. -
Physiqu
FEVRIER. 1732. 365
Physique, dans les Memoires de Trévoux
de Janvier 1726. L'histoire de cette an
cienne apparition est au chap, 118. du Li- \
vre cité de Vincent de Beauvais.
Il y est raconté que » Jean Chanoine de
»l'Eglise d'Orliens et ung Clerc nommê
»Noëlqui étoit dispensateur de son Hos-
»tel , avoient fait alliance en secret, que le
» premier d'eux qui mourroit , se il povoit
>> reviendroit dedans trente jours à son
>> Compaignon. Et quant il se apparoîtroiť
à lui il ne lui feroit point de paour ,
>> mais l'admonesteroit souëf et bellement
»et lui diroit de son état. « Après cet exposé , on fait ainsi détailler par le Chanoine lui-même ce que son Clerc mort'
lui est revenu dire , avec l'équipage dans
lequel il l'á vû.
» Et la nuit prouchaine ensuivante (la
>> mort de Noël ) ainsi comme je me répo-
»soye en mon lit veillant, et le lymeignon
>> ardoit devant moi en la lampe , car j'ai
>> toujours accoustumé à fuyr tenebres par
»> nuit, Noël mon Clerc vint et se tint de-
» vant moi, et étoit vestu comme il mesem-
» bloit et étoit advis, d'une chappe à pluye
» très- belle de couleur de plomb. Et je ne
» fus de rien épovanté. Et le congneu moult
» bien, et me prins à esjoyr de ce que il estoit si hastivement revenu de oultre les
monts
306 MERCURE DE FRANCE
,
» monts et lui dis. Noël bien vienges tu ,
» n'est pas l'Archediacre revenu. Non
» dit- il , Sire , mais je suis revenu tout seul
ǝ selon la chose establie , car je suis mort;
w'n'ayez doubte , car je ne vous feray nulle
23paour mais je vous prie que vous me
» secourez , car je suis en grans tourmens.
»Et pourquoi, dis je, vous vesquites assez
» honnestement avec moi ? et il dit , Sire ,
il est vrayque il me fût moult bien seau-
»jourd'hui je n'eusse esté sous prins d'ire,
» et que je ne me fusse pas commandé aux-
» Diables. Je vous pry que vous admon-
» nestez à tous ceux quevous pouvez que
>> ils nefacent pas ainsi.Car qui se comman-
>> de aux Diables il leur donne puissance
>> sus soy , ainsi comme moi très-malheu-
>> reux fis. Car ils eurent tantôt puissance
» de moi noyer. Et pour ce suis-je seule-
» ment tourmenté , car j'estois bien con-
>> fez de tous mes pechiez et je rencheu ent >> ce mal. »
Le traité d'entre le Chanoine d'Orleans
et son Clerc fut , comme on le voit , bien
mieux executé que celui des deux Ecoliers
de Vallognes dont il est parlé dans l'endroit cité des Memoires de Trevoux. L'essentiel de l'une et de l'autre convention
consistoit également dans la promesse que
celui qui mourroit le premier reviendroit
dire
FEVRIER. 1732% 307*
dire des nouvelles de son sort. Le petic
Desfontaines l'un des deux Enfans de Vallognes ne tint parole que sur l'article du
retour , mais on eut beau lui faire des
questions , s'il étoit sauvé , s'il étoit damné , s'il étoit en Purgatoire , si son Camarade étoit en état de grace , s'il le suivroit
de prês , on ne pût pas le faire cesser de
conter ses avantures d'Ecolier , ni l'engager à répondre sur les articles importants
pour lesquels seuls il avoit promis d'apparoître. Ce procedé , comme l'a remarqué
M. l'Abbé de saint Pierre , n'est ni honnête , ni digne d'un ami. La conduite du
Domestique d'Orleans fut bien plus civile , et de bien meilleure foi. Il apparut ,.
non pas comme Desfontaines nud et à micorps, mais tel qu'il avoit vêcu, et deplus
en habillemens somptueux de ceremonie,.
sans causer la moindre frayeur. Il rendit
un compte exact du triste état danslequel
il étoit tombé. L'interrogeoit - on , il ré
pondoit à tout avec complaisance et avec
justesse. C'est son Maître qui l'assure
dans la suite de sa Narration.
» Et à doncje lui demanday.Comment as
»tu si belle Chappe; si tu es en tourmens?
>> Sire , dit-il , cette Chappe qui est si belle
» ainsi comme il vous est advis , m'est
plus pesante et plus griefve queune tourse
368 MERCURE DE FRANCE
»se elle étoit mise sus moy , mais cette
beautéest l'esperance quej'ai d'avoir par
>>don pour la confession que je fis se j'ai
secours .... Et en se disant il s'évanouit
en pleurant
» J'ai dit cette chose » continue l'Auteur de la Chronique dans le chapitre suivant, " pour ce que il appère par ce dont
l'erreur de Virgile print son commence-
» ment des Ames des Trepassez que il ap-
» pelle Heroas , disant que ils ont celle
même cure , après la mort de Chevaux,
» de Chariots et d'Armes que ils avoient
»quant ils vivoient de laquelle chose ra-
>>comptoittrès certainement exemple.Eze
baudus , mon Parain , jadis Chambellan
»de Henry ( a ) Archevesque de Rheins.
Voilà l'évenement qui approche le plus
de celui d'Anfac.
DS
>> Si disoit ( Ezebaudus ) Monseigneur
l'Arcevesque de Rheims Monseigneur
>>si m'envoyoit à Arras. Et comme environ midy nous approuchissions en un
» Bois moi et mon varlet qui alloit devant
>> moi et chevauchoit plustóst , afin qué
»il me appareille logis. Il oyt grant tu-
>> multe en ce Bois et aussi comme frainte
»de divers Chevaux et sons d'Armures
ct aussi comme voix de grant multitude
(a ) Fils de Louis le Grás
de
FEVRIER 17320 309
deforce de Gens qui batailloient. Et donc
celui épouvanté retourna tantost à moi,
>> lui et son cheval.Et quant je lui demandai
» pourquoi il retournoit , il repondit. Je
» nepuis faire ne pour verge,ne pour espe-
>> ron que mon cheval passe oultre. Moyet
» lui sommes si espoventés que nous n'o-
»sons passer oultre. Car j'ai veu et ouy
»merveilles. Car ce Bois est tout plein de
>> Diables et de Ames des Trespassez, car je
>>les ai ouys crier et dire. Nous avonsja en
»nostre compaignie le Prevost d'Aire et
>> nous aurons prouchainement l'Arceves-
»que de Rheims. Et je respondi à ce. Fai-
»son le signe de la Croix et passon outre
>> hardiement. Et comme je alloye devant
»et je venisse au Bois , ces Ombres s'en
» estoient ja allés et toutesfois oi jeaucunes
voixconfuses , et frainte d'Armes et fre-
>> mir de Chevaux , mais ne je ne vi les *
»Ombres , neje ne pû entendre les voix.
» Et quant nous retournasmes de là, nous
» trouvasmes ja l'Arcevesque qui tiroit à
» sa derniere fin , ne depuis que ces voix
»furent oyes il ne vesquit que xv. jours. «<
Telle est la conclusion de l'histoire ,
ne reste plus qu'à rapporter la consequen
qu'en tiroit Helinand. La voici.
» Et de la apparoit il quels les Chevaux
sontsusquoi les Amesdes Trepassez che- vauchent
310 MERCURE DE FRANCE
>> vauchent aucunes fois, car ce sont Diables qui se transforment en Chevaux. Et
>> ceuxqui sont dessus sont très male curées
Ames chargées de pechiez aussi comme
» d'aucunes Armures et d'Ecus et de Heaumés,mais à la verité de la chose ils sont
»ainsi enlaidis de leurs pechiez et char-
» giez de telle chose selon le dit du Pro-
» phete. Ils descendront en Enfer avec
»leurs Armes. C'est- à- dire avec leurs
» membres , car ils firent Armes de iniqui-
»té en pechié , et ne les voulurent pas
و
faire Armes de droiture en Dieu. Il est
»certain que le Cheval est beste orgueil-
»leuse et fiere , et convoiteur de dissen-
>tions et batailles , chault en Luxure et
»puissant , et les Diables transformés en
» Chevaux , signifient que ceuxqui sicens
se esjoyssoient au Mondeen telles mau-
>> vaistiés. <«
Si cela étoit il faudroit croire que les
Morts dont les Ames se sont rassemblées
à Ansacq avoient mené une vie plus tranquille , moins ambitieuse et moins agitée
que ceux dont les Ombres se sont depuis
faitentendre vers laSuisse. Le bruit de ceux
ci ressembloit à une bataille des plus acharnées. (a ) Avec les autres au contraire on
n'a entendu ni Armes ni Chevaux ; ils ne
(a) Merc. deDecembre 1730. Vol. 2. p. 2839.'
faisoient
FEVRIER. 1732 311
faisoient que causer , rire et jouer des Instrumens. ( b )
Des Manes dont l'occupation est si gracieuse et si réjoüisante font vraisemblablement une classe diferente de ces Lar
ves ou Estries qu'Helinand decide ailleurs
n'être autre chose fors l'Ombre des Ames
damnées ou des malins Esprits , qui , selon
se quedit Saint Hierome, ontde nature d'espoenter petits enfans et de murmurer en liew
tenebreux.
Ces Larves , Larva , sont rendus dans
les anciens Dictionnaires par le mot de
Loups - Guroux qu'Etienne Pasquier n'a
pas oublié,fet dont les Nourrices fontencore des histoires. Il en trouve une semblable dans Vincent de Beauvais , liv. 2.1
ch. 96. Elle pourra servir à l'instruction
de l'Anonyme , qui dans le premier volume du Mercure de Juin ( p. 1344. ) demande l'origine de plusieurs Proverbes et
entr'autres de celui, connu comme le LoupGris.
"
Je me remembre bien » dit Helinand dans
» l'endroit cité ce que j'ai oui compter ,
» quant j'estois enfant de plusieurs que
»pour verité il estoit Villain du Ter- ung
» roüerdeBeauvaisà qui saFemme lavoit las
»testequi vosmithors parla boucheune des
( b) Ibid. p. 2807. et suiv.-
joinctures
312 MERCURE DE FRANCE,
joinctures de la main d'un Enfant. Et
>>l'opinion du commun du Pays estoit que
»il avoit esté transformé löng - tems en
>> Loup et celle opinion fut confirmée par »le vomissement des membres de l'En-
>>fant. «<
Je n'extrais plus de cette Chronique
qu'un dernier fait plus vrai- semblable par
la conformité qu'il a avec deux autres que MM.de S. André et Doison ont attesté et
expliqué, l'un dans ses Lettres sur les Malefices p. 221. et l'autre , aux Memoires de
Trevoux du mois d'Avril 1725.
Ces deux Medecins ont publié qu'une
Fille d'Orbec & une Religieuse de Tournay avoient rendu par les jambes , par la
poitrine , par la Gorge,par le dessous de
Foreille , une grande quantité d'Epingles.
Vincent de Bauvais,liv. 28.c.126. rappor
te d'après Helinand , que de son tems on
avoit vû sortir du bras d'une Fille de saint
Simphorien, au Diocése de Lyon, plus de
trente Aiguilles de fer,ausquelles succederent pendant plus d'un an de petites Broches de bois. La difference entre ces trois
Histoires ne consiste gueres que dans le
merveilleux. Dans la Religieuse de Tour
nay les Epingles laiffent chacune leur
playe. Dans la Fille de Lyon , ainsi que
dans celle d'Orbec , à peine les Aiguilles
étoient
FEVRIER. 1732. 313 .
étoient elles hors du bras ou de quelque
autre endroit du corps qu'on ne voyoit
plus par où elles étoient échapées. L'une
avoue qu'elle a plusieurs fois avalé des
Epingles. Chez les autres , l'accident étoit
l'effet de la Magie de deux Sorciers que
l'on connoissoit bien. Si cette opinion n'a
pas eu l'approbation de M. de saint André , du moins elle a emporté le suffrage
du bon Hélinand.
Pour revenir au Phénomene d'Ansacq,
Gaffarel,aux chap. 3. et 12. de ses Curiosi
tez inoüies , en réunit un affez bon nombre d'à-peu-près semblables à celui- là , et
il en distingue de deux sortes. Les uns
formés exprès par le Souverain Etre pour
nous avertir de quelque désastre prochain.
Les autres qui , suivant l'explication que
divers Physiciens en ont faites dans le
cours de cette année , ne viennent que de
la disposition fortuite de l'air et des nuës.
Le bruit d'Ansacq , s'il a été réel , ne
pourra être rangé que dans la derniere de
ces deux classes , puisque nous ne l'avons
vû suivi d'aucun évenement d'importance dont on puisse dire qu'il ait été le présage. Je suis , Monsieur , &c.
A Beauvais , le 13. Decembre 1731,
Co
14 MERCURE DE FRANCE,
1
LETTRE de M. d'Auvergne , Avocat en
Parlement, an sujet d'un Saint inconnu, et
des Fragments de la Chronique d'Helinand , Moine de Froimont.
J
E ne sçai , Monsieur , par quel hazard
le Mercure de Fevrier m'avoit échapé.
Assurément je n'aurois pas differé tant de
mois , si j'en avois été plutôt instruit , à
répondre à l'invitation obligeante qui m'y
a été faite , ( p. 334. ) pat un Sçavant de
Bourgogne , de rechercher ce que l'on
croit ici de saint Nerlin , et ce qui reste de
de la Chronique d'Helinand.
Pour ce qui est de saint Nerlin , il est
entierement ignoré dans le Diocèse de
Beauvais. A la Tour du Lay même , dont
il passe néanmoins pour être le Patron
on n'en connoît autre chose que le nom :
Encore n'y a-t'il pas bien long- tems que.
le souvenir y en étoit entierement perdu .
On n'y reconnoissoit pour Patron qu'un
saint Robert , non pas celui qui a été a été pre
mier Abbé de Cîteaux , et dont on fait
memoire le 29. Janvier , mais un autre
dont on celebroit la Fête le 21. Avril.
La reputation de ce dernier étoit mon-
>
tée
FEVRIER 1732.
299
>
tée à un très- haut degré dans les environs
De mêmeque l'Auteur de la Lettre sur ta
Secheresse , inserée dans le Mercure de
Septembre , paroft soupçonner que saint
Etienne a reçû , par préference aux autres Bien-heureux , le don de faire distri
buer la pluye aux Pays qui lui en demandent , on croyoit , dans les Paroisses
voisines de la Tour du Lay , que le prétendu saint Robert avoit le privilege specifique de guerir de la Fievre ceux qui
avoient la devotion de passer sous un
Tombeau qu'on prenoit pour le sien , et
de boire de l'eau d'une Fontaine qui se
conserve dans le Jardin du Prieuré. On
accouroit donc en foule pour faire très- serieusement ces deux ceremonies.
Le bruit éclatant de ce culte engagea
M. de S. Agnan,alors Evêque de Beauvais,
à en prendre connoissance. Il donna la
commission àM. le Roy, Curé de Persan,
tant à titre d'homme Lettré, qu'en qualité
de Promoteur Rural du Doyenné, de faire
unevisite dans l'Eglise du Prieuré du Lay.
De son côté , il fit faire des recherches à
l'Abbaye du Bec d'où dépend le Prieuré ; ce fut dans les Archives de cette Abbaye que se trouva le nom de S. Nerlin.
Quant à la visite de M. le Roy , elle fut
à cet égard des plus infructueuses. Il me
E iiij man
300 MERCURE DE FRANCE
mande qu'il n'a pas découvert que l'on ait
jamais fait , en quelque jour que ce fût, ni
Office , ni Memoire de ce saint , et qu'il
n'y en a , ni Legende , ni Collecte. De
sorte, Monsieur , que sans le titre de fondation du Prieuré, qui s'est trouvé à l'Abbaye du Bec , votre sçavant ami auroit sçû
avant nous qu'il y a eu un saint Nerlin.
C'est aussi apparemment tout au plus ce
dont M. de Saint Agnan lui-mêmea bien
pû s'assurer.
Car 1 ° . dans l'Ordonnance qu'il a renduë
le 12. Novembre 1727. tant pour faire
cesser le culte du faux saint Robert , que
pour nous apprendre que ce Robert , de
qui est le Tombeau qu'on veneroit , étoit
un Moine crû fils du Fondateur ; ni dans
la Lettre Pastorale dont il a accompagné
son Ordonnance , il n'a pas indiqué de
jour de Fête pour saint Nerlin , ni detitre
sous lequel on dût l'honorer. Effectivementon n'en fait point encore de memoire ; je me suis fait confirmer cela par le
Desservant du Prieuré , où , conformément aux derniers Ordres , il n'y a plus
d'autre Fête de Patron que celle de la
Vierge , le jour de la Nativité.
2. L'Ordonnance insinuë que la fondation du Prieuré a été faite sous l'Invocation de la Sainte Vierge et de saint Neslin
FEVRIER 1732 301
lin conjointement. Et la Lettre Pastorale
porte que cette Eglise fondée par un
Comte de Beaumont petit-Fils de France
(peut-être faut-il dire arriere-petit- Fils )
nereconnoissoit dans les premieres années
de son établissement d'autre Patron que
la Sainte Vierge , et que ce ne fut que
dans la suite qu'on y en ajouta un second
sous le nom de saint Nerlin, Ces deux exposez renferment une contradiction ma
nifeste. Pour la lever , M. le Roi m'a renvoyé à l'Abbaye du Bec : et j'y renvoye à
mon tour la Personne à qui je voudrois
pouvoir donner par moi- même de plus
grands éclaircissemens.
Il se pourroit faire que le nom du Saint,
dont il est en peine, eut, comme bien d'au
tres,été alteré. Je ne parle pointde la ci
tation que M. Eccard dans ses notes sur
les LoixRipuaires, p.2 14. a faite d'une histoire intitulée,Vita S. Nili. Qu'on en ait
fait saint Nilin , et par corruption saint
Nerlin , ce seroit peut être une conjecture qui paroîtroit trop tirée. Mais je trouve
dans une Charte de 1072. qu'un Chanoine de Compiegne qui étoit en même tems
un des deux Curés de saint Vaast de Beau
vais , s'appelloit Nevelon , et dans une
autre de 125o. que le Seigneur de Ronquerolles portoit aussialors le même nom.
By 711
302 MERCURE DE FRANCE
Il y a d'autant plus de vrai- semblance que
c'étoit le veritable nom du Patron dela
Tour du Lay , que-le Village de Ronque
rolles n'est qu'à une lieuë de distance de
ce Prieuré. Ces deux Chartes sont à la
suite des Memoires d'Antoine Loisel sur le
Beauvaisis. Je passe à l'article d'Helinand.
Les Fragmens de la Chronique de ce
Moine , qui a fleuri au commencement
du treiziéme siecle , et qui est aussi méprisé par Gabriel Naude(a ) que Vincent
de Beauvais , qui a néanmoins copié toutes les fables d'Helinand , en est estimé ; ces fragmens , dis- je , se conservent
veritablement dans l'Abbaye de Froidmont. Mais ils y sont d'une si mauvaise
écriture que le celebre Godefroy Hermant,
et un autre Chanoine de Beauvais son contemporain et aussi amateur d'antiquitez
n'en ont presque rien pû déchifrer. Sans
doute , l'Exemplaire que le Pere Labbe
marquequi faisoit partie des Livres quela
Reine Christine de Suede a fait acheter en
France de M. Petau, Conseiller, étoit beaucoup plus lisible..
Pour suppléer au défaut de ces deux Manuscrits , qui ne peuvent être d'ailleurs
que très- imparfaits , puisque , dès le mi-
(a ) Apologiepour les grands hommes soupçonnér de Magie, ch. 1. et 2-1.
lieu
FEVRIER. 1732. 353
nous و
lieu du même siecle dans lequel l'ouvra
ge a été composé , les differentes parties
en étoient déja toutes dispersées , ainsi
que l'assure Vincent de Beauvais
avons le Miroir Historial de ce dernier
qui y a fait entrer la meilleure partie de
ce qu'il a rassemblé de la Chronique d'Helinand par qui il n'avoit été précedé que
d'assez peu d'années. Voilà apparemment
où le curieux anonyme a lû autrefois ce
que sa memoire lui rappelle d'effrayant
dans le de l'Akousmate d'Ansacq genre
et ce qui , si on pouvoit y ajouter foi , seroit propre à confirmer ce qu'il pense
que,comme saint Paul assure que l'air est
rempli de Démons , ils peuvent fort bien.
s'attrouper de tems en tems, pour faire un
carillon semblable à celui que l'on prétend avoir entendu à Ansacq.
4
Le langagé d'une ancienne Traduction
Françoise du Miroir Historial sera beaucoup plus convenable à l'ingenuité des
Histoires sur lesquelles Helinand fondoit
ce systême , que ne le seroit telle autre
Traduction que ce fût de l'Original Latin .
Voici donc un premier trait qui se trouve
au liv. 3. du Copiste d'Helinand , chapitre 12.
» Chrétien vit tout le Couvent ( de
»l'Aumône Ordre de Cîteaux ) être enEvj vironné
304 MERCURE DE FRANCE
>> que il y
"
>
» vironné des Diables , et étoient si grant
» multitude que ils couvroient tout quanil y avoit entre le Ciel et la Terre.
» Et quant il les vit , il dit , Sire Dieu
que peut ce être qui pourra échaper ce
péril , et dont il oit une voix qui lui di-
» soit:Celui qui aura humilité pourrabien
»être délivréde toutes ces lats. Et unpou
» après vint une clarté du Ciel pardevers
»Orient. Et quant les mauvais esprits la
>> sentirent , ils s'évanoüirent , et ces glo-
» rieux qui étoient en l'aer en celle lumiere
»approcherent au lieu où ces Saints hom-
»mes étoientet le resplendirent du Soleil.
» Et en celle clarté apparut la Roine des
Anges , &c.
Jusques- là ce ne sont que des figures ,
et des figures de Démons qui ne donnent
de terreur que par leur aspect , mais quir
ne font point de tintamare. Plus bas les
ames des morts se mêlent avec les autres
esprits Aëriens. Si M. Pierquin avoit fçû.
ces faits , il les auroit peut- être mis en
usage dans la Dissertation qu'il a faite (a) .
sur le retour des ames. Quoiqu'il en soit,
voici d'abord , pour n'avancer que par degrès , une simple apparition dans le goût
de celle dont M. l'Abbé de saint Pierre a
fait inserer le recit , avec son explication
(a) Journal de Verdun , Janvier 1729. -
Physiqu
FEVRIER. 1732. 365
Physique, dans les Memoires de Trévoux
de Janvier 1726. L'histoire de cette an
cienne apparition est au chap, 118. du Li- \
vre cité de Vincent de Beauvais.
Il y est raconté que » Jean Chanoine de
»l'Eglise d'Orliens et ung Clerc nommê
»Noëlqui étoit dispensateur de son Hos-
»tel , avoient fait alliance en secret, que le
» premier d'eux qui mourroit , se il povoit
>> reviendroit dedans trente jours à son
>> Compaignon. Et quant il se apparoîtroiť
à lui il ne lui feroit point de paour ,
>> mais l'admonesteroit souëf et bellement
»et lui diroit de son état. « Après cet exposé , on fait ainsi détailler par le Chanoine lui-même ce que son Clerc mort'
lui est revenu dire , avec l'équipage dans
lequel il l'á vû.
» Et la nuit prouchaine ensuivante (la
>> mort de Noël ) ainsi comme je me répo-
»soye en mon lit veillant, et le lymeignon
>> ardoit devant moi en la lampe , car j'ai
>> toujours accoustumé à fuyr tenebres par
»> nuit, Noël mon Clerc vint et se tint de-
» vant moi, et étoit vestu comme il mesem-
» bloit et étoit advis, d'une chappe à pluye
» très- belle de couleur de plomb. Et je ne
» fus de rien épovanté. Et le congneu moult
» bien, et me prins à esjoyr de ce que il estoit si hastivement revenu de oultre les
monts
306 MERCURE DE FRANCE
,
» monts et lui dis. Noël bien vienges tu ,
» n'est pas l'Archediacre revenu. Non
» dit- il , Sire , mais je suis revenu tout seul
ǝ selon la chose establie , car je suis mort;
w'n'ayez doubte , car je ne vous feray nulle
23paour mais je vous prie que vous me
» secourez , car je suis en grans tourmens.
»Et pourquoi, dis je, vous vesquites assez
» honnestement avec moi ? et il dit , Sire ,
il est vrayque il me fût moult bien seau-
»jourd'hui je n'eusse esté sous prins d'ire,
» et que je ne me fusse pas commandé aux-
» Diables. Je vous pry que vous admon-
» nestez à tous ceux quevous pouvez que
>> ils nefacent pas ainsi.Car qui se comman-
>> de aux Diables il leur donne puissance
>> sus soy , ainsi comme moi très-malheu-
>> reux fis. Car ils eurent tantôt puissance
» de moi noyer. Et pour ce suis-je seule-
» ment tourmenté , car j'estois bien con-
>> fez de tous mes pechiez et je rencheu ent >> ce mal. »
Le traité d'entre le Chanoine d'Orleans
et son Clerc fut , comme on le voit , bien
mieux executé que celui des deux Ecoliers
de Vallognes dont il est parlé dans l'endroit cité des Memoires de Trevoux. L'essentiel de l'une et de l'autre convention
consistoit également dans la promesse que
celui qui mourroit le premier reviendroit
dire
FEVRIER. 1732% 307*
dire des nouvelles de son sort. Le petic
Desfontaines l'un des deux Enfans de Vallognes ne tint parole que sur l'article du
retour , mais on eut beau lui faire des
questions , s'il étoit sauvé , s'il étoit damné , s'il étoit en Purgatoire , si son Camarade étoit en état de grace , s'il le suivroit
de prês , on ne pût pas le faire cesser de
conter ses avantures d'Ecolier , ni l'engager à répondre sur les articles importants
pour lesquels seuls il avoit promis d'apparoître. Ce procedé , comme l'a remarqué
M. l'Abbé de saint Pierre , n'est ni honnête , ni digne d'un ami. La conduite du
Domestique d'Orleans fut bien plus civile , et de bien meilleure foi. Il apparut ,.
non pas comme Desfontaines nud et à micorps, mais tel qu'il avoit vêcu, et deplus
en habillemens somptueux de ceremonie,.
sans causer la moindre frayeur. Il rendit
un compte exact du triste état danslequel
il étoit tombé. L'interrogeoit - on , il ré
pondoit à tout avec complaisance et avec
justesse. C'est son Maître qui l'assure
dans la suite de sa Narration.
» Et à doncje lui demanday.Comment as
»tu si belle Chappe; si tu es en tourmens?
>> Sire , dit-il , cette Chappe qui est si belle
» ainsi comme il vous est advis , m'est
plus pesante et plus griefve queune tourse
368 MERCURE DE FRANCE
»se elle étoit mise sus moy , mais cette
beautéest l'esperance quej'ai d'avoir par
>>don pour la confession que je fis se j'ai
secours .... Et en se disant il s'évanouit
en pleurant
» J'ai dit cette chose » continue l'Auteur de la Chronique dans le chapitre suivant, " pour ce que il appère par ce dont
l'erreur de Virgile print son commence-
» ment des Ames des Trepassez que il ap-
» pelle Heroas , disant que ils ont celle
même cure , après la mort de Chevaux,
» de Chariots et d'Armes que ils avoient
»quant ils vivoient de laquelle chose ra-
>>comptoittrès certainement exemple.Eze
baudus , mon Parain , jadis Chambellan
»de Henry ( a ) Archevesque de Rheins.
Voilà l'évenement qui approche le plus
de celui d'Anfac.
DS
>> Si disoit ( Ezebaudus ) Monseigneur
l'Arcevesque de Rheims Monseigneur
>>si m'envoyoit à Arras. Et comme environ midy nous approuchissions en un
» Bois moi et mon varlet qui alloit devant
>> moi et chevauchoit plustóst , afin qué
»il me appareille logis. Il oyt grant tu-
>> multe en ce Bois et aussi comme frainte
»de divers Chevaux et sons d'Armures
ct aussi comme voix de grant multitude
(a ) Fils de Louis le Grás
de
FEVRIER 17320 309
deforce de Gens qui batailloient. Et donc
celui épouvanté retourna tantost à moi,
>> lui et son cheval.Et quant je lui demandai
» pourquoi il retournoit , il repondit. Je
» nepuis faire ne pour verge,ne pour espe-
>> ron que mon cheval passe oultre. Moyet
» lui sommes si espoventés que nous n'o-
»sons passer oultre. Car j'ai veu et ouy
»merveilles. Car ce Bois est tout plein de
>> Diables et de Ames des Trespassez, car je
>>les ai ouys crier et dire. Nous avonsja en
»nostre compaignie le Prevost d'Aire et
>> nous aurons prouchainement l'Arceves-
»que de Rheims. Et je respondi à ce. Fai-
»son le signe de la Croix et passon outre
>> hardiement. Et comme je alloye devant
»et je venisse au Bois , ces Ombres s'en
» estoient ja allés et toutesfois oi jeaucunes
voixconfuses , et frainte d'Armes et fre-
>> mir de Chevaux , mais ne je ne vi les *
»Ombres , neje ne pû entendre les voix.
» Et quant nous retournasmes de là, nous
» trouvasmes ja l'Arcevesque qui tiroit à
» sa derniere fin , ne depuis que ces voix
»furent oyes il ne vesquit que xv. jours. «<
Telle est la conclusion de l'histoire ,
ne reste plus qu'à rapporter la consequen
qu'en tiroit Helinand. La voici.
» Et de la apparoit il quels les Chevaux
sontsusquoi les Amesdes Trepassez che- vauchent
310 MERCURE DE FRANCE
>> vauchent aucunes fois, car ce sont Diables qui se transforment en Chevaux. Et
>> ceuxqui sont dessus sont très male curées
Ames chargées de pechiez aussi comme
» d'aucunes Armures et d'Ecus et de Heaumés,mais à la verité de la chose ils sont
»ainsi enlaidis de leurs pechiez et char-
» giez de telle chose selon le dit du Pro-
» phete. Ils descendront en Enfer avec
»leurs Armes. C'est- à- dire avec leurs
» membres , car ils firent Armes de iniqui-
»té en pechié , et ne les voulurent pas
و
faire Armes de droiture en Dieu. Il est
»certain que le Cheval est beste orgueil-
»leuse et fiere , et convoiteur de dissen-
>tions et batailles , chault en Luxure et
»puissant , et les Diables transformés en
» Chevaux , signifient que ceuxqui sicens
se esjoyssoient au Mondeen telles mau-
>> vaistiés. <«
Si cela étoit il faudroit croire que les
Morts dont les Ames se sont rassemblées
à Ansacq avoient mené une vie plus tranquille , moins ambitieuse et moins agitée
que ceux dont les Ombres se sont depuis
faitentendre vers laSuisse. Le bruit de ceux
ci ressembloit à une bataille des plus acharnées. (a ) Avec les autres au contraire on
n'a entendu ni Armes ni Chevaux ; ils ne
(a) Merc. deDecembre 1730. Vol. 2. p. 2839.'
faisoient
FEVRIER. 1732 311
faisoient que causer , rire et jouer des Instrumens. ( b )
Des Manes dont l'occupation est si gracieuse et si réjoüisante font vraisemblablement une classe diferente de ces Lar
ves ou Estries qu'Helinand decide ailleurs
n'être autre chose fors l'Ombre des Ames
damnées ou des malins Esprits , qui , selon
se quedit Saint Hierome, ontde nature d'espoenter petits enfans et de murmurer en liew
tenebreux.
Ces Larves , Larva , sont rendus dans
les anciens Dictionnaires par le mot de
Loups - Guroux qu'Etienne Pasquier n'a
pas oublié,fet dont les Nourrices fontencore des histoires. Il en trouve une semblable dans Vincent de Beauvais , liv. 2.1
ch. 96. Elle pourra servir à l'instruction
de l'Anonyme , qui dans le premier volume du Mercure de Juin ( p. 1344. ) demande l'origine de plusieurs Proverbes et
entr'autres de celui, connu comme le LoupGris.
"
Je me remembre bien » dit Helinand dans
» l'endroit cité ce que j'ai oui compter ,
» quant j'estois enfant de plusieurs que
»pour verité il estoit Villain du Ter- ung
» roüerdeBeauvaisà qui saFemme lavoit las
»testequi vosmithors parla boucheune des
( b) Ibid. p. 2807. et suiv.-
joinctures
312 MERCURE DE FRANCE,
joinctures de la main d'un Enfant. Et
>>l'opinion du commun du Pays estoit que
»il avoit esté transformé löng - tems en
>> Loup et celle opinion fut confirmée par »le vomissement des membres de l'En-
>>fant. «<
Je n'extrais plus de cette Chronique
qu'un dernier fait plus vrai- semblable par
la conformité qu'il a avec deux autres que MM.de S. André et Doison ont attesté et
expliqué, l'un dans ses Lettres sur les Malefices p. 221. et l'autre , aux Memoires de
Trevoux du mois d'Avril 1725.
Ces deux Medecins ont publié qu'une
Fille d'Orbec & une Religieuse de Tournay avoient rendu par les jambes , par la
poitrine , par la Gorge,par le dessous de
Foreille , une grande quantité d'Epingles.
Vincent de Bauvais,liv. 28.c.126. rappor
te d'après Helinand , que de son tems on
avoit vû sortir du bras d'une Fille de saint
Simphorien, au Diocése de Lyon, plus de
trente Aiguilles de fer,ausquelles succederent pendant plus d'un an de petites Broches de bois. La difference entre ces trois
Histoires ne consiste gueres que dans le
merveilleux. Dans la Religieuse de Tour
nay les Epingles laiffent chacune leur
playe. Dans la Fille de Lyon , ainsi que
dans celle d'Orbec , à peine les Aiguilles
étoient
FEVRIER. 1732. 313 .
étoient elles hors du bras ou de quelque
autre endroit du corps qu'on ne voyoit
plus par où elles étoient échapées. L'une
avoue qu'elle a plusieurs fois avalé des
Epingles. Chez les autres , l'accident étoit
l'effet de la Magie de deux Sorciers que
l'on connoissoit bien. Si cette opinion n'a
pas eu l'approbation de M. de saint André , du moins elle a emporté le suffrage
du bon Hélinand.
Pour revenir au Phénomene d'Ansacq,
Gaffarel,aux chap. 3. et 12. de ses Curiosi
tez inoüies , en réunit un affez bon nombre d'à-peu-près semblables à celui- là , et
il en distingue de deux sortes. Les uns
formés exprès par le Souverain Etre pour
nous avertir de quelque désastre prochain.
Les autres qui , suivant l'explication que
divers Physiciens en ont faites dans le
cours de cette année , ne viennent que de
la disposition fortuite de l'air et des nuës.
Le bruit d'Ansacq , s'il a été réel , ne
pourra être rangé que dans la derniere de
ces deux classes , puisque nous ne l'avons
vû suivi d'aucun évenement d'importance dont on puisse dire qu'il ait été le présage. Je suis , Monsieur , &c.
A Beauvais , le 13. Decembre 1731,
Co
14 MERCURE DE FRANCE,
1
Fermer
Résumé : LETTRE de M. d'Auverge, Avocat en Parlement, au sujet d'un Saint inconnu, et des Fragments de la Chronique d'Helinand, Moine de Froimont.
M. d'Auvergne, avocat au Parlement, répond à une invitation publiée dans le Mercure de février en abordant deux sujets principaux : saint Nerlin et les fragments de la Chronique d'Hélinand. Concernant saint Nerlin, il est inconnu dans le diocèse de Beauvais. À la Tour du Lay, dont il est supposé être le patron, seul son nom est connu, et ce souvenir est récent. Auparavant, le saint patron était saint Robert, célébré le 21 avril. Ce saint Robert était réputé pour guérir de la fièvre ceux qui passaient sous son tombeau et buvaient de l'eau d'une fontaine du prieuré. L'évêque de Beauvais, M. de Saint-Agnan, a enquêté sur ce culte et a découvert le nom de saint Nerlin dans les archives de l'abbaye du Bec. Cependant, aucune fête ni légende n'est associée à saint Nerlin, et le culte de saint Robert a été supprimé. Pour ce qui est de la Chronique d'Hélinand, moine du XIIIe siècle, ses fragments sont conservés à l'abbaye de Froidmont mais sont difficilement lisibles. Vincent de Beauvais a copié les fables d'Hélinand dans son 'Miroir Historial'. Le texte mentionne également des apparitions et des récits de fantômes tirés de la Chronique, comme l'histoire d'un chanoine d'Orléans et de son clerc, qui se sont promis de se revoir après la mort. Le clerc est apparu à son maître pour lui parler de son état tourmenté après sa mort. Le texte relate également un événement surnaturel vécu par un archevêque de Reims et son valet près d'Arras. Vers midi, ils entendirent des bruits de tumulte, de chevaux et d'armures, ainsi que des voix dans un bois. Le valet, effrayé, revint en déclarant avoir vu des diables et des âmes des trépassés. L'archevêque, après avoir fait le signe de la croix, continua son chemin et ne vit rien, mais entendit des voix confuses. Plus tard, ils trouvèrent l'archevêque de Reims mourant, qui décéda quinze jours après avoir entendu ces voix. Helinand, un chroniqueur, interpréta cet événement en affirmant que les âmes des trépassés pouvaient chevaucher sous forme de diables transformés en chevaux. Ces âmes, chargées de péchés, étaient représentées avec des armures et des écus. Il souligna également que les chevaux symbolisaient l'orgueil et la luxure. Le texte compare cet événement à d'autres phénomènes surnaturels, comme des bruits de bataille ou des voix dans des lieux différents. Il mentionne également des cas de personnes ayant expulsé des épingles ou des aiguilles par divers orifices du corps, attribués à la magie ou à des sorciers. Enfin, le texte discute des interprétations possibles de ces phénomènes, distinguant ceux qui seraient des avertissements divins de ceux causés par des conditions atmosphériques fortuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 466-484
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Début :
MESSIEURS, Le zele de la Personne qui demande des Mémoires [...]
Mots clefs :
Périgueux, Neuilly, Martyrologue, Évêque, Lettre, Apôtres, Corps, Ossements, Diocèse, Patron, Saint Front, Reliques, Clergé de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
REPONSE à la Lettre écrite de Soissons,
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
sur SaintFront, inserée dans le Mercure
d'Avril 1731.
MESSIESSIEURS ,
Le zele de la Personne qui demande
'des Mémoires sur S. Front , est très louable ;il est juste de le seconder. Il paroît
qu'elle seroit fâchée qu'on lui en envoyât
de faux , ou qu'on s'expliquât d'une maniere qui ne décidât rien. Cependant
il sera difficile de découvrir la verité
dans une chose si incertaine et si enveloppée d'obscuritez. Je ne me flatte pas
de l'enrichir beaucoup ; mais au moins
L'exposition que je ferai de ma disette ,
pourra contribuer à éclaircir un jour ce
qui paroît couvert de tant de nuages ,
si dès-à- present on n'a pas de quoi les
dissiper. Les hommes , comme dit M.Baillet, à l'occasion de S. Front de Perigueux,
peuvent bien tirer la verité des tenebres,
mais il n'est pas en leur pouvoir de la
créer. Ainsi il ne faut pas que le Curieux
de Soissons s'attende à la production d'une Légende bien circonstanciée. C'est
beaucoup
MARS. 1732. 467
beaucoup qu'on puisse lui indiquer l'état de son Saint, et le Siecle auquel il a vécu.
Je ne puis deviner la raison qu'a eû
cette Personne , dont vous avez imprimé
la Lettre dans le Mercure d'Avril , de
prendre Neuilly - Saint - Front pour un
Village. C'est veritablement une petite
Ville ; et celle de Soissons n'en étant éloignée que de six lieuës , je ne trouve pas
que son ignorance soit pardonnable , ni
qu'elle rende suffisamment justice à ce lieu,
en le qualifiant de Village assez conside
rable. Ne seroit- ce point à l'imitation de
ce Bourguignon , qui n'ayant jamais été à
Avallon , prenoit cette Ville pour une
Bicoque , tandis qu'il y a bien des Villes
Episcopales en France qui n'en approchent pas Je ne fais cette remarque en
passant , que parce que c'est dans un Livre imprimé dans le siecle présent , que la Ville d'Avallon a été ainsi maltraitée.
Le mot de Bicoque , étoit appliqué fort
injurieusement.
Comme c'est ce Neuilly Soissonnois
qui a donné occasion à la Lettre qu'on
vous a écrite , je croi qu'il n'y a pas de mal de commencer par le venger et d'en
tracer d'abord une legere idée. Ce Neuilly
est situé dans un fond qui est cependant
C v
ly
assez
468 MERCURE DE FRANCE
1
3.
+
assez découvert , sur tout du côté du
Couchant , et dont la vûë se termine vers
le Midy,à un petit Côteau , au haut duquel est l'ancienne Eglise de l'Hôpital. II
est composé de deux Paroisses ; sçavoir ,
Saint Front , qui est une Eglise dont la
partie Orientale est d'une structure du
treiziéme siecle ou un peu plus , le reste
étant plus nouveau et d'Architecture
seulement erriciastique. Elle est renfermée dans le Château et elle s'y trou
ve seule avec un ou deux bâtimens.
Ce Château est dans le goût de ces Forteresses qu'on bâtissoit il y a six ou sept
cens ans. Il est de forme ronde , environné de Fossez pleins d'eau et flanqué
de plusieurs grosses Tours à cinquante
l'une de l'autre. La seconde Paroisse pas
est S. Kemy, Eglise bâtie dans le Fauxbourg du côté du Septentrion , mais d'une antiquité au moins égale à ce qu'il y
a de plus ancien dans celle de S. Front.
Cette derniere Paroisse comprend dans
son territoire la partie Septentrionale de
la Ville. Les rues de ce lieu sont larges ,
propres , bien pavées , les maisons assezbien rangées et peuplées de toute sorte
de Marchands et d'Artisans. le Château
qui est dans le plus bas de la Ville , est Fenfermé entierement dans les murs qui
la
MARS. 469 1732. .
1
la ferment وet. ces murs sont encore passablement bons et élevez , à cause de la
commodité du grais qui n'est pas rare en
ces quartiers- là . Voilà d'abord ce que j'avois à dire touchant ce Neuilly, pour prouver que ce n'est pas un Village. Aussi
est-il qualifié de Ville dans le Dictionnaire Universel de la France , qui y compte
1792. Habitans.
Les Ecclesiastiques de S. Front m'apprirent lorsque j'y passai, que c'est le premier Evêque de Perigueux , qu'ils regardent comme leur Patron. On y débite
que ce Saint est l'Apôtre de Neuilly , éga
lement comme de Perigueux. Je ne sçai
même si l'on ne met pas Neüilly en premier lieu , comme si ce Saint fût venu
y annoncer la Foy avant que d'aller à
Perigueux. On avoit dit la même chose
à M. l'Abbé Chastelain , Chanoine de l'Eglise de Paris , lorsqu'il y passa l'an 1682.-
et ce Sçavant, sans approfondir alors cette
matiere , déclara assez ce qu'il en pensoit,
en marquant que ce Saint pouvoit n'être
venu à Neuilly que par quelqu'une de ses
Reliques. Le 25. Octobre jour du culte
de l'Apôtre du Périgord , étant la Fête
de Neuilly , cela confirme encore les
Habitans dans leur opinion ; mais il y a
plus , c'est que du côté Méridional de
C vj l'E-
470 MERCURE DE FRANCE
l'Eglise on montre un vitrage où l'on
apperçoit en peinture quelques traits de
la L gende de l'Evêque de Perigueux , le
reste ayant été détruit par l'injure des
tenips. J'y vis en effet la représentation
du Miracle de la Phiole , qu'on dit être
descendue du Ciel pendant que ce Saint
celebroit la Messe ; mais par malheur ce
Vitrage n'a tout au plus que deux cens
ans. On m'assura que cette Phiole étoit
autrefois conservée à Neuilly , et qu'elle
a été perduë ou cassée ; desorte que tout
ce qu'on y conserve aujourd'hui de ce
Saint consiste dans un article des doigts
à quoi on ajoûta qu'outre la Fête du 25.
Octobre,il y en a encore une autre qu'on
appelle la Tranflation , laquelle se celebre le second Dimanche d'après Pâques.
Le nom de S. Front ayant été fameux
dans ce Pays- là , il n'est pas étonnant :
qu'on l'ait donné au Baptême à plusieurs
Enfans. On le trouve aussi dans les Registres Baptistaires de la Paroisse du Fauxbourg de Cône sur Loire , par la raison
que je vais rapporter.
Avant que de passer par Nülly , je
sçavois que dans le Diocèse d'Auxerre il
y a une très-ancienne Eglise sous l'invocation d'un S. Front. Son Edifice est presqu'entierement du onziéme siecle ; le Peuple
MARS. 1732. 471
ple de la Ville de Cône app lie communément cette Eglise du nom de S. Aignan,
et c'est l'erection d'un Prieuré dans la
même Eglise, qui a fait ce changement de'
dénomination. J'avois vû le Manuscrit
de cette Eglise , qui contient l'Office du
S. Patron. Il a deux cens ans ou environ
d'antiquité et il est ainsi désigné : En ce
Cayer est comprins la Legende et l'Office de
Chant de Monsieur S Front , dont les Reliques de tout son digne Corps sont cyens ,
hors la haute partie de son Chef qui est en
Perigord , dont il fut premier Evêque envoyé de Rome par Monsieur S. Pierre l'Apore , premier Pape de Rome , et avec ledit
S. Front , ung Prêtre son Disciple nommé
Georges , lesquels cheminant l'espace de trois
jours , Georges déceda et fut ensepulturé par
ledit S. Front, lequel dolent s'en retourna ,
&c. Il est inutile de dire le reste , ni de
marquer que l'Office qui suit contient la
Legende rapportée dans le Mercure de ³
Juillet dernier , pages 1670. 71. et 72. et
qu'elle est rédigée dans un style qui ressent tout à- fait la barbarie des anciens
Perigourdins. Ceci suffit pour faire voir
que les Villes de Cône et de Neuilly ont
fait venir du Perigord l'Office de saint
Front, croyant que leur Saint étoit ce
prétendu Disciple de J. C. Mais on ne
-
peut
472 MERCURE DE FRANCE
peut prouver que cette créance soit plus
ancienne que de deux ou trois siecles dans
ces deux Villes , et quand même elle seroit plus ancienne , elle n'en seroit pas
pour cela plus veritable ; c'est pourquoi
j'espere qu'en démontrant qu'à Cône on
a été dans l'erreur lorsqu'on a crû que
le S. Front , ancien Patron de l'Eglise du
Fauxbourg , est l'Evêque de Perigueux, je
pourrai inspirer quelque doute sur le
même article aux Habitans de Neuilly ,
qui sont bien plus éloignez de la Ville
de Perigueux , que ne le sont les Habi
tans de Cône.
Il est constant que l'on conserve à Cô
ne , dans l'Eglise en question , presque
tous les Ossemens qui composent un
corps humain , et qu'ils y sont regardez
comme formant le Corps d'un S. Front,
suivant l'Inscription du Livre dont je
viens de parler. Je parle sur ce ton pour
avoir vû ces saintes Reliques et pour être
assuré qu'en l'an 1622. François de Donadieu Evêque d'Auxerre , les visita
dans leur ancienne Châsse , et les appronva; je suis même certain qu'il y a quel
ques portions de la tête. Or c'est une
chose très- clairement prouvée dans l'Histoire des Evêques de Perigueux , publiée
par Jean du Puy en 1629. que le Corps
.
entier
MARS. 1732. 473
*
entier et le Chef de S. Front , premier
Evêque de Perigueux , furent conservez
à Perigueux même jusqu'à-ce que les
Calvinistes ayant porté la Châsse à un
Château voisin de la Dordogne , les jetterent dans la Riviere l'an 1575. Done
le Corps presque entier , conservé à Cô
ne , n'est nullement celui de S. Front de
Perigueux. Je suis persuadé par l'ardeur
que les Perigourdins témoignent et qu'ils
ont toujours témoignée depuis les siecles
d'ignorance à perpetuer dans la pureté
de son Original la prétendue Vie de
S. Front , qu'à plus forte raison ils ont
toûjours dû montrer un zele bien plus
ardent pour ne pas souffrir qu'on fit des
distractions si notables du Corps de
leur S.Apôtre, et qu'on emportât ailleurs
la partie inferieure de la tête avec les
dents , le femur , le tibia , les os ischion
illion , les vertebres , les côtes , les phalanges, rotules de genou , calcaneum , &c.
و
Puis donc qu'on est encore en état de
montrer tous ces Ossemens à Cône , et
que M. l'Evêque d'Auxerre déclara en
1622. que l'étoffe qui les renferme contenoit cette Inscription , De sancto FronVoyez le second Tome de son Livre, intitulé
l'Etat de l'Eglise du Perigord , aux pages 91. 139%
151. et 203. suivant l'Edition de l'an 1716.
tone
474 MERCURE DE FRANCE
tone , c'est une marque certaine que les
deux Corps sont differens ; à moins qu'on
ne dise que quelqu'un auroit pris en 1575
dans la Riviere de Dordogne les Ossemens de S. Front , et les auroit portez à
Cône. Mais c'est ce qui ne peut être ;
premierement, parce qu'il est impossible.
de réunir en un seul endroit d'une eau
courante tant d'Ossemens, même très- pe
tits , et que d'ailleurs il seroit bien difficile de les prendre secretement ; secondement , parce que l'étoffe qui enveloppe
les Ossemens de S Front de Cône est
plus ancienne que les guerres des Calvinistes ; il y en a même qui est d'un travail de cinq ou six cens ans. Outre cela,
la Tradition touchant la presence du,
Corps de S. Front à Cône, est bien anterieure aux guerres des Calvinistes , ce
qui se prouve par le titre qui se lit à la
tête de son ancien Office , dont j'ai rap "
porté cy-dessus le commencement.
Etant donc suffisamment prouvé qu'à
Cône sur Loire , on a été dans l'illusion
depuis quelques siecles , en prenant les
Reliques qu'on y possede pour celles de
S. Front de Perigueux , et en chantant en
son honneur un Office entierement tiré
de la Legende fabuleuse du Périgord et
le chantant le 25. Octobre, jour auquel
on
MAR S. 1732. 475
on honore à Perigueux l'Apôtre de la
Ville ; c'est un exemple qui doit faire
beaucoup appréhender qu'il n'en soit demême de la Tradition de Neuilly , où
l'on prend pareillement l'Evêque de Perigueux pour Patron , comme s'il n'avoit
jamais existé qu'un S. Front , et que tout
dût retourner à l'augmentation du culte
de celui de Perigord.
Je suis en état d'en indiquer un autre
aux Habitans de Neuilly ; mais je prévois
qu'étant accoutumez à entendre raconter
par des Prédicateurs trop crédulés , toutes les fictions de la Legende si judicieu
sement rejettée de nos jours , ils au
ront de la peine à revenir de leurs
préjugez. Souvent le desir d'avoir un
Panégyrique propre pour un S. Patron ,
et d'en chanter un Office plenier , fait
qu'on donne , tête baissée , dans quantité
de fables qui fournissent une ample matiere aux Orateurs et aux Poëtes. J'avoie
qu'il n'est pas impossible qu'on ait eu à
Neully quelques Reliques d'un S. Front ,
mais il est plus vrai- semblable qu'on l'au
ra obtenue de l'Eglise de son nom à Cô
ne , que de celle de Perigueux. Quelques.
Connoisseurs en anciennes Forteresses
croyent que le Château de Cône et celui
de Neuilly, sont du même temps , com- me
476 MERCURE DE FRANCE
me étant également construits en forme
ronde dans un lieu aquatique , et flanquez de plusieurs Tours rondes ; de sorte
qu'ils nous fournissent par là matiere à
conjecturer qu'un certain Hugues , Seigneur dans le Pays du Maine , qui se rendit maître du Château de Cône au XII.
siecle , pourroit bien avoir aussi possedé
celui de Neuilly et avoir tiré de l'Eglise
de Cône de quoi faire un présent à celle
de cet autre Château. On sçait que les
anciens Seigneurs aimoient à enrichir
leurs Terres de ces précieux restes , qu'ils
regardoient , avec raison , comme des
trésors inestimables. Jean , Moine de Marmoutier , Auteur contemporain , parle
de ce Hugues le Manceau , et l'appelle
HugoCenomannicus. Comme donc il avoit
des Terres dans le Maine, et qu'il y a eu un
S. Front Solitaire en ces Pays-là , il semble qu'on pourroit avoir des vûës sur ce
Saint ; ou bien , s'il est faux que ce soit
dans le Diocèse du Mans que soit mort
un S. Hermite du nom de Front , et qu'il
soit decedé plutôt proche Cône sur Loire,
comme Nithard le laisse à penser en appellant ce lieu Sanctus- Fludnaldus , dès le
neuvième siècle , il résultera de- là que
c'est le transport d'une partie de ses ReLiques fait au Diocèse du Mans , qui y
aura
MARS. 17328 477 Y
aura établi son culte , et qui aura fait
croire qu'il y avoit vécu en Solitaire comme tant d'autres.
Quoiqu'il en soit , la Tradition étoit
autrefois à Orleans , que ses Reliques y
avoient passé, et on en celebroit encore
la memoire il n'y a pas plus de cent ans
dans l'Eglise de S. Benoît du Retour , où
il étoit représenté en habit de Religieux.
Ce que Symphorien Guyon , dans son
Histoire d'Orleans, (a) et Corvaisier, dans
celle des Evêques du Mans , (b) écrivent
sur un S. Gaud et un S. Frond , son Compagnon , qui au sortir du Monastere de
S. Memin proche Orleans , embrasserent
la vie Eremitique , est très - probable ,
mais leurs noms ne sont ni Gallus ni
Fronto. L'un avoit nom Godoaldus , -èt
l'autre Fludualdus. Le culte du premier
appellé Gaud , a éclaté à Yevre , sur les
confins des Diocèses d'Orleans et de Sens,
et il est marqué dans tous les anciens Calendriers et Martyrologes de Sens au 6.
Juin sous le nom de Godoaldus Confessor.
Celui du second a été celebre à Cône
plus qu'il n'est aujourd'hui ; on y voit
par d'anciens Manuscrits en Langue vulgaire , que son nom étoit écrit , non pas
Front , mais Frond, ce qui dénote un ori-
(a) Page 466. (b) Page 140
gine
478 MERCURE DE FRANCE
gine venant de Fludualdus , dont la premiere syllabe souffroit dans notre Langue le même changement qu'on a fait
ailleurs de Flocellus en Froncean.
Les deux Ecrivains que je viens de
nommer , quoique vivans avant que la
Critique fut au point qu'elle est de nos
jours , n'ont pas laissé de blâmer ceux
qui prenoient ce S. Frond Solitaire pour
l'Evêque de Perigueux , et ils ont soutenu qu'ils étoient fort differens. Guyon
assure que le Solitaire vivoit au sixième
siecle. Corvaisier ne craint pas de dire que
le Voyage et les Avantures de S. Front de
Perigueux sont plus fabuleuses que vraisemblables , et il se plaint après M. du
Bosquet , de l'ignorance ou de la negligence
des anciens Ecrivains , qui sans faire distinction des temps , confondent en une seule
Vie toutes les diverses actions de ceux qui
portoient un semblable nom. Il auroit pú
ajoûter que de-là est venue la méprise
par laquelle ceux qui avoient intention
d'honorer S. Front le Solitaire ou simple
Confesseur , lui ont choisi le 25. Octobre jour de la Mort de S. Front , Evêque de Perigueux. C'est ce qui est arrivé,
non seulement à Cône sur Loire , mais
encore au Diocèse du Mans , où ce saint
Hermite est l'un des Patrons de la Ville
et
MARS. 1732. 479
et du voisinage de Dom- Front en basse
Normandie , qui en a pris le nom , au
lieu de celui que cette Ville portoit auparavant , lequel paroîtroit aujourd'hui
ridicule , au moins en Latin. Je sçai encore qu'au Diocèse d'Amiens , dans le
voisinage de Roye , il y a un Village appellé Dom-Front , où l'on voit un Chef
de bois doré , qui contient des Reliques ,
auxquelles il y avoit concours le 25. Octobre , et cependant le Saint n'est représenté que comme Prêtre , et non comme
Evêque. Que sçais - je si on n'est pas dans
la même erreur à Suzemont au Diocèse
de Toul , où un S. Front est pareillement
Patron , suivant le Pouillé du Pere Benoit ?
+ La question seroit à present de démê
ler dans la Vie de l'Evêque de Perigueux,
ce qui a été emprunté des Actions du
S. Solitaire , dont le nom vulgaire se
trouve aujourd'hui limé de maniere à n'être pas pas different pour la prononciation ;
car il se peut faire enrore qu'on ait appliqué à notre Fludualdus , des actions de
S. Fronton de Nitrie ou d'Egypte. Je ne
me flatte donc pas d'apprendre à notre
Curieux du Pays Soissonnois , de quoi
faire une longue Legende de son Saint.
Ce n'est pas là ce qu'il demande , mais
seu
480 MERCURE DE FRANCE
seulement qu'on lui donne quelque chose
de moins décrié que ce qu'on a debité de
S. Front de Perigueux. Je suis fâché de
lui laisser ignorer les actions de notre
S. Confesseur ; mais si le Saint a été véritablement Solitaire , il n'est pas surprenant que sa vie ait été inconnue , et que
ce ne soient que les Miracles d'après sa
mort qui l'ayent rendu celebre , sans que
les Fideles ayent fait grande attention au
jour de son décès. Je croirois que la Fête
de S. Frond de Cône auroit été autrefois celebrée au mois d'Avril , le jour que
les Martyrologes marquent S. Fronton de
Nitrie , et que c'est encore en memoire
de ce culte que l'usage a resté d'honorer
S. Frond à Neuilly , l'un des Dimanches
d'après Pâques. Mais je n'ose encore rien
prononcer d'assuré là-dessus.
Ce que je puis ajoûter à cette Lettre
pour vous marquer que j'ai fait usage des
Livres du Perigord que vous m'avez envoyez , est que plus je lis ces nouveaux
Auteurs Perigourdins , tel qu'est le Livre du Pere du Ray , Récolet , et la Dissertation de M. de la Serre , cy-devant
Superieur du Seminaire de Perigueux, imprimée en 1728. plus je suis surpris de
leur attachement scrupuleux à des Histoires qui furent rejettées comme fausses
des
MARS. 1732. 481
ès l'onziéme siecle , et dont ils ne trou
veront des deffenseurs que parmi ceux à
qui on apprend dès la jeunesse à faire des
especes d'Actes de Foi sur la Tradition
de la Mission de S. Front par S. Pierre.
N'est-ce pas en effet vouloir renfermer
cette créance dans les limites du Diocèse
de Perigueux , que d'exiger qu'on regarde l'Eglise Chrétienne de Perigueux comme la plus ancienne des Gaules , et qu'on
croye que les Perigourdins ont été les
premiers appellez à la Foy avant les Habitans de Marseille , deLyon, de Vienne
&c? C'est ce que signifie clairement cette
exclamation qui termine un abregé de la
Vie de S. Front , imprimé à Perigueux
L'an 1728. en forme de Meditation : Quel
sujet n'avons-nous point de louer Dien !
Quelle reconnoissance ne devons-nous point
à son adorable Providence , de nous avoir
appellé les premiers à la Foy , et de nous
avoir donné un des Disciples de son Fils
N. S. J. C. pour établir dans ce lieu une
des premieres Eglises Chrétiennes ! La critique peut bien former contre nous toutes les
objections qu'elle voudra ; mais elle ne sera
pas capable de nous faire, abandonner notre
Tradition. La gloire que nous avons d'avoir été les premiers appellez à la Religion
Chrétienne est trop grande pour ne la pas conserver
482 MERCURE DE FRANCE
conserver très- cherement , et il faut esperer
que notre Saint conservera par sa protec- "
tion auprès de Dieu , l'Eglise qu'il a formée avec tant de travaux. Quelle seroit notre
ingratitude , ô mon Dieu , si nous étions capables d'oublier la preference que vous nous
avez donnée surtant d'autres Provinces qui
paroissent plus considerables ! Mais quelle
seroit notre lâcheté , si nous abandonnions
une Tradition si honorable et reconnuë par
tous les Martyrologes anciens et nouveaux !
Il est fâcheux qu'on n'ait pas inspiré
il y a trente-cinq ans au Clergé de Paris
de pareilles résolutions pour empêcher
qu'on n'abandonnât l'opinion de l'Aréopagisme du premier Evêque de cette Ville.
Je doute fort que le sçavant Pere Sirmond , Jesuite , eût pû tenir son sérieux,
s'il avoit vû une matiere de cette nature
mise en style de Méditation sur l'article
de S. Denis de Paris , et en apostrophant
la divine Majesté et la souveraine Verité ,
lui citer les Martyrologes avec les Aréopagitiques d'Hilduin. Čar enfin ( n'en déplaise à l'Auteur Perigourdin ) il falloit
donc en parlant à celui qui connoît
tout, faire exception du plus ancien des
Martyrologes , qui est celui qu'on appelle de S. Jerôme , et n'y pas compren
dre les deux plus nouveaux, qui sont
و
celui
MARS. 1732 483
celui de l'illustre M. Chastelain , imprimé
en 1709. et celui de l'Eglise de Paris ,
publié en 1727. Outre que les deux
crochets marquez par M. Chastelain , pour
exclure du Texte du Martyrologe de Baronius , la Mission de S. Front par Saint
Pierre , signifient qu'il n'y ajoûtoit aucune créance , je vous ferai encore part
de cet Anecdote en finissant. Cet excellent Connoisseur avoit vû bien des milliers de Legendes de Saints , il en avoit
trouvé de fausses , de douteuses , de falsifiées ; mais il a écrit de sa propre main
à la marge d'un exemplaire du Martyrologe Romain au 25. Octobre, que les
Actes de S. Front , Evêque de Perigueux,
sont de tous ceux qu'il a jamais vûs
les plus mal-adroitement inventez , puisqu'on y met un Duc de Lorraine du
temps de Neron. S'il avoue dans son
premier Bimestre imprimé , que Bollandus croyoit S. Front du premier siecle; (a)
il ajoûte aussi- tôt que ce Jesuite n'avoit
pas encore démêlé les anciennes Traditions d'avec celle des moyens siecles.
comme ont excellemment fait depuis luí
Henschenius , Papebroc , Janning , et
Cardon , ses Associez ou ses Successeurs.
Ce sçavant Chanoine a' encore laissé par
(2) Au 2. Janvier , page 43.
D écrit
484 MERCURE DE FRANCE
écrit un trait tout singulier qui revient
à S. Front de Perigueux. C'est en parlant
de S. Fronton de Nitrie , qui mourut
sous l'Empereur Gratien, Il marque qu'un
Auteur appellé Lezana , en fait un Carme
ce que font aussi Coria et d'autres de cet
Ordre ; que l'un de ces Ecrivains assure
sérieusement que ce S. Fronton a été Disciple de S. Jean-Baptiste, et troisiéme General des Carmes ; et qu'après avoir bâti
la premierede toutes les Eglises de laVierge, il a été fait Evêque de Perigueux, puis
est allé demeurer au Desert de Nitrie , et
est mort âgé de cent trente et un an , l'an
de Notre-Seigneur 153. S'il y avoit des
Carmes à Perigueux , ils prendroient sans
doute part à ce petit trait d'Histoire, qui
paroît les affilier en quelque sorte au
•Clergé de ce Diocèse. Mais en voilà assez
sur cette matiere , et peut- être plus que le
Curieux de Soissons n'en demande. Je
suis , &c.
Ce 12. Decembre 1731 .
Fermer
Résumé : REPONSE à la Lettre écrite de Soissons, sur Saint Front, inserée dans le Mercure d'Avril 1731.
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'Avril 1731, visant à clarifier les informations concernant Saint Front et la ville de Neuilly-Saint-Front. L'auteur reconnaît les difficultés à distinguer la vérité parmi les légendes et les obscurités. Il corrige d'abord une erreur en affirmant que Neuilly-Saint-Front est une petite ville située à six lieues de Soissons, et non un village. Neuilly-Saint-Front est décrite comme une ville bien structurée avec deux paroisses : Saint Front et Saint Kemy. L'église Saint Front, dont la partie orientale date du treizième siècle, est située dans un château fortifié. La ville est habitée par des marchands et des artisans, et les habitants considèrent Saint Front comme leur patron et l'Apôtre de la ville, célébrant sa fête le 25 octobre. Le texte mentionne également une église dédiée à Saint Front à Cône-sur-Loire, où les reliques sont conservées depuis plusieurs siècles. L'auteur conteste l'idée que ces reliques appartiennent à Saint Front de Périgueux, en se basant sur des preuves historiques et des visites épiscopales. Il suggère que les reliques de Neuilly pourraient provenir de l'église de Cône, et non de Périgueux. L'auteur souligne les erreurs et les légendes entourant la figure de Saint Front, et invite les habitants de Neuilly à reconsiderer leurs croyances à la lumière des faits historiques. Le texte traite également de la confusion entre Saint Front, évêque de Périgueux, et Saint Frond, un ermite. Les deux saints ont des cultes distincts mais sont souvent confondus. Saint Front est célébré le 25 octobre, mais ses actions et miracles sont parfois attribués à Saint Frond. Les écrits de Symphorien Guyon et Corvaisier distinguent les deux saints, précisant que Saint Frond, également appelé Fludualdus, vivait au sixième siècle et n'était pas l'évêque de Périgueux. Le culte de Saint Frond est célébré à Cône-sur-Loire et dans d'autres régions comme le Diocèse du Mans et celui d'Amiens. Les auteurs anciens reconnaissent la distinction entre les deux saints, soulignant l'importance de la critique historique pour démêler les faits. Les auteurs perigourdins, malgré les critiques, restent attachés à la tradition locale selon laquelle Saint Front aurait été le premier évêque de Périgueux et un disciple de Saint Pierre. Cette tradition est défendue avec ferveur, même face aux objections historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 2797-2803
LES DAMNEZ DE NEVERS, A M. Richard de Soultrai, Maître des Comptes à Nevers, Auteur de l'Ode sur la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de Nivernois de Guy-Coquille.
Début :
Bocace, ton heureuse veine [...]
Mots clefs :
Coeur, Charbonnier, Damnés de Nevers, Plaisirs, Prince Hervé, Périr, Évêque, Confesseur, Soultrai
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texteReconnaissance textuelle : LES DAMNEZ DE NEVERS, A M. Richard de Soultrai, Maître des Comptes à Nevers, Auteur de l'Ode sur la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de Nivernois de Guy-Coquille.
LES DAMNEZ DE NEVERS ,
A M. Richard de Soultrai , Maître des
Comptes à Nevers , Auteur de l'Ode sur
la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de
Nivernois de Guy- Coquille.
Bocace , ton heureuse veine
Chanta les Damnez de Ravenne
A ton exemple dans ces Vers
Chantons les Damnez de Nevers ,
Nevers , mon séjour , mon azile ,
Païs charmant où j'ai reçû le jour ,
Nevers , où jadis tint sa Cour ,
Le Comte Hervé, Prince doux et facile ,
II. Vol.
Qui
2798 MERCURE DE FRANCE
Qui fit régner dans notre Ville
Les Jeux , les Plaisirs et l'Amour ;
Or il advint qu'emporté par la Chasse ,
Et de ses Chiens ayant perdu la voix ,
Lè bon Hervé s'égara dans un Bois ;
De son chemin il cherche envain la trace ;
Plus il s'avance et plus il s'embarasse ;
La nuit survient , autre calamité ,
Un feu paroît dans cette obscurité ,
Devers ce feu le Prince s'achemine.
Bref au travers de mainte épine
Il vient enfin au lieu tant souhaité ;
Ce lieu , c'étoit d'un Charbonnier la loge
Et le fourneau ; chez cet Hôte se loge
Le triste Hervé de crainte d'avoir pis ;
Le Manant fait les honneurs du logis
Avec un cœur vraiment digne d'éloge ;
Au Prince il sert des pommes , du pain bis ,
Eau surtout claire , en faisant mainte excuse.
En vrai Chasseur Hervé trouva tout bon;
Car dame faim Cuisiniere dont use
Tout charbonnier , apprêta , ce dit- on ,
Le beau repas du faiseur de charbon ;
Après souper le Charbonnier honnête
Céde son lit , quel lit , bon Dieu !
Un peu de foin sert en ce lieu
De lit au Prince ; il éleve sa tête
III. Vol. SMF
DECEMBRE. 1732. 2799
LA
DE
Sur un caillou qui lui sert d'oreiller ;
Ce n'est pas tout , comme il croit sommeil.
ler ,
Il voit venir d'une vitesse extrême
Un homme noir montant cheval de même
Cet homme tient un poignard en sa main ,
Et méne en trousse une fille éplorée ,
Veut la meurtrir ; mais d'une ame assûrée
Hervé s'oppose à ce dessein ;
Prince , par un effort trop vain ,
Dit l'homme noir , tu terniras ta gloire ,
Respecte ici les ordres du destin ,
Retien ton bras , écoute mon histoire ,
J'avois quinze ans , si j'ai bonne mémoire ,
Quand je suivis les étendards
De ton Ayeul , le preux Comte Guillaume ;
Sous ce grand Chefj'ai bravé les hazards ,
J'ai parcouru vingt fois tout le Royaume
En combattant , mais pendant les hyvers
Je m'arrêtois avec lui dans Nevers ;
Là , je servis cette beauté cruelle ,
Ce cœur ingrat dont le tien prend pitié ,
Mais je ne pus gagner son amitié ;
Les petits soins , l'amour tendre et fidele ,
Les dons , les pleurs , ne pûrent la toucher;
Pour moi toujours elle fût un rocher ;
Dans ma douleur d'une main criminelle
Pour finir mes tristes amours ,
11. vol.
J'ai
2800 MERCURE DE FRANCE
1
J'ai tranché moi- même mes jours ,
Soudain dans la flamme éternelle
Je suis tombé , je le mérite bien ,
Mais la mort qui n'épargne rien ,
A fait périr à son tour l'inhumaine;
Pour me venger de sa rigueur ,
Ici tous les mois je l'amene ,
Et de ce fer je lui perce le cœur.
Le Revenant ne parla davantage ,
Mais consomma son triste ouvrage ;
Car sur le champ il étendit la main
Par les cheveux il prit la patiente ,
Pour la punir de son dédain ,
Malgré ses cris , il lui perça le sein ,
Et puis encor toute vivante
Il la plongea dans la fournaise ardente ,
Et se brûla lui-même au même feu ;
D'effroi , d'horreur Hervé reste immobile,
Lorsque le jour parût un peu ,
Incontinent le Prince plus tranquille
Au Charbonnier fait son adieu ,
Monte à cheval et pique vers la Ville ,
Neregrettant la chere ni le lieu ;
A ses Barons Hervé conta l'histoire ,
Tous se signoient , faisant semblant de croire ;
On manda soudain le Prélat
Qu'on vît bien-tôt arriver sur sa mule ;
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2801
Le bon Evêque plus crédule
Dit qu'il falloit assembler son Senat ;
Dans ce conseil n'étoient jeunes cervelles ,
Point n'écoutoit Abbés coquets
Moins assidus aux Temples qu'aux ruelles ,
Mais bien Vieillards venerables , discrets
Qui ne suivoient les doctrines
L'adroit Senat ayant déliberé ,
nouvelles.
Dît qu'il falloit pour expier l'offense
Fonder Convent , mais Convent ayant manse
Abbatiale , ou bien un Prieuré
De Grammont ou de Premontré ;
Ainsi fut fait , une belle Abbaye
Par Hervé fût et dotée et bâtie ;
Pour réparer forfait tant odieux
Moines au Chour disent toujours Matine ,
De chants dévots font retentir les cieux ,
Fors dans le tems qu'ils sont à la cuisine ;
Bref , soyés sûr qu'au Prince Fondateur
Ils en donnent sur ma parole
Pour son argent ; n'en rendront une obole ;
Ce n'est point tout teur
maint grand Prédica
Dans ses Sermons récita notre histoire ,
Et fit pleurer son Auditoire ;
* Du tems du Comte Hervé l'heresie Albigeoise voisfait quelques progrès dans Nevers,
II. Vol. Ainsi
2802 MERCURE DE FRANCE
Ainsi fut fait par maint beau Confesseur ,
Si que le cas Dames sçavoient par cœur ,
L'horrible cas Dames tant bien aprirent ,
Qu'à la parfin toutes se convertirent ,
Et de leur cœur déchasserent soudain
Triste fierté , rigueur , dédain ,
Se faisant même une douce habitude
De clémence et de gratitude ;
Depuis ce tems les superbes Guerriers
Ne trouvent plus dans ces lieux d'inhumai nes ,
Amans heureux sont ici par milliers ,
Témoins * et Bretagne et Touraine ;
Tous ces Amans , grace à la vision ,
N'éprouvent point de tristes destinées ,
Dames croiroient être damnées ,
Si de leurs feux n'avoient compassion ,
Si quelqu'une à leur passion
Est quelquefois un peu severe ,
Soudain sa cousine ou sa mere
La menace de l'homme noir ,
Ele croit l'entendre ou le voir ,
Enfin ce bienheureux usage ,
Malgré les peres , les époux ,
S'est conservé jusques à nous,
Et durera bien davantage ;
* Bretagne et Touraine sont deux Régimens qui
ont été engarnison àNevers,
II. Vel. Des
DECEMBRE. 1732. 2807
Des Guerriers ce sont là les droits ;
Mais quant à nous autres Bourgeois
Nous n'en usons , c'est grand-dommage,
Les rigueurs sont notre partage ;
Soultrai , si j'avois vos talens ,
Je ne me plaindrois pas des refus de nos Belles ,
Ou , m'en plaignant enfin j'emploirois des ac
cens ,
si gracieux et si touchans
Que je pourrois bientôt les rendre moins cruel- les ,
Et leur prouver qu'à tous égards
Apollon en amour vaut souvent mieux que Mars ;
De ce récit quelle est donc la morale?
Parmi la Fable il faut des veritez ,
Dira quelqu'un , car sans moralités
Tel conte n'est qu'un objet de scandale ;
Moraliser est pour moi terre australe
Or moralise qui voudra
;
Sans morale , ma foi , le Conte finira :
Mais, Soultrai , qui de la sagesse
Possede toute la richesse
De sa morale un trait nous restera ,
En attendant je mets un bel et catera.
Pierre de Frasnai , Trésorier de France
à Moulins.
You 11. Vol.
D
A M. Richard de Soultrai , Maître des
Comptes à Nevers , Auteur de l'Ode sur
la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de
Nivernois de Guy- Coquille.
Bocace , ton heureuse veine
Chanta les Damnez de Ravenne
A ton exemple dans ces Vers
Chantons les Damnez de Nevers ,
Nevers , mon séjour , mon azile ,
Païs charmant où j'ai reçû le jour ,
Nevers , où jadis tint sa Cour ,
Le Comte Hervé, Prince doux et facile ,
II. Vol.
Qui
2798 MERCURE DE FRANCE
Qui fit régner dans notre Ville
Les Jeux , les Plaisirs et l'Amour ;
Or il advint qu'emporté par la Chasse ,
Et de ses Chiens ayant perdu la voix ,
Lè bon Hervé s'égara dans un Bois ;
De son chemin il cherche envain la trace ;
Plus il s'avance et plus il s'embarasse ;
La nuit survient , autre calamité ,
Un feu paroît dans cette obscurité ,
Devers ce feu le Prince s'achemine.
Bref au travers de mainte épine
Il vient enfin au lieu tant souhaité ;
Ce lieu , c'étoit d'un Charbonnier la loge
Et le fourneau ; chez cet Hôte se loge
Le triste Hervé de crainte d'avoir pis ;
Le Manant fait les honneurs du logis
Avec un cœur vraiment digne d'éloge ;
Au Prince il sert des pommes , du pain bis ,
Eau surtout claire , en faisant mainte excuse.
En vrai Chasseur Hervé trouva tout bon;
Car dame faim Cuisiniere dont use
Tout charbonnier , apprêta , ce dit- on ,
Le beau repas du faiseur de charbon ;
Après souper le Charbonnier honnête
Céde son lit , quel lit , bon Dieu !
Un peu de foin sert en ce lieu
De lit au Prince ; il éleve sa tête
III. Vol. SMF
DECEMBRE. 1732. 2799
LA
DE
Sur un caillou qui lui sert d'oreiller ;
Ce n'est pas tout , comme il croit sommeil.
ler ,
Il voit venir d'une vitesse extrême
Un homme noir montant cheval de même
Cet homme tient un poignard en sa main ,
Et méne en trousse une fille éplorée ,
Veut la meurtrir ; mais d'une ame assûrée
Hervé s'oppose à ce dessein ;
Prince , par un effort trop vain ,
Dit l'homme noir , tu terniras ta gloire ,
Respecte ici les ordres du destin ,
Retien ton bras , écoute mon histoire ,
J'avois quinze ans , si j'ai bonne mémoire ,
Quand je suivis les étendards
De ton Ayeul , le preux Comte Guillaume ;
Sous ce grand Chefj'ai bravé les hazards ,
J'ai parcouru vingt fois tout le Royaume
En combattant , mais pendant les hyvers
Je m'arrêtois avec lui dans Nevers ;
Là , je servis cette beauté cruelle ,
Ce cœur ingrat dont le tien prend pitié ,
Mais je ne pus gagner son amitié ;
Les petits soins , l'amour tendre et fidele ,
Les dons , les pleurs , ne pûrent la toucher;
Pour moi toujours elle fût un rocher ;
Dans ma douleur d'une main criminelle
Pour finir mes tristes amours ,
11. vol.
J'ai
2800 MERCURE DE FRANCE
1
J'ai tranché moi- même mes jours ,
Soudain dans la flamme éternelle
Je suis tombé , je le mérite bien ,
Mais la mort qui n'épargne rien ,
A fait périr à son tour l'inhumaine;
Pour me venger de sa rigueur ,
Ici tous les mois je l'amene ,
Et de ce fer je lui perce le cœur.
Le Revenant ne parla davantage ,
Mais consomma son triste ouvrage ;
Car sur le champ il étendit la main
Par les cheveux il prit la patiente ,
Pour la punir de son dédain ,
Malgré ses cris , il lui perça le sein ,
Et puis encor toute vivante
Il la plongea dans la fournaise ardente ,
Et se brûla lui-même au même feu ;
D'effroi , d'horreur Hervé reste immobile,
Lorsque le jour parût un peu ,
Incontinent le Prince plus tranquille
Au Charbonnier fait son adieu ,
Monte à cheval et pique vers la Ville ,
Neregrettant la chere ni le lieu ;
A ses Barons Hervé conta l'histoire ,
Tous se signoient , faisant semblant de croire ;
On manda soudain le Prélat
Qu'on vît bien-tôt arriver sur sa mule ;
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2801
Le bon Evêque plus crédule
Dit qu'il falloit assembler son Senat ;
Dans ce conseil n'étoient jeunes cervelles ,
Point n'écoutoit Abbés coquets
Moins assidus aux Temples qu'aux ruelles ,
Mais bien Vieillards venerables , discrets
Qui ne suivoient les doctrines
L'adroit Senat ayant déliberé ,
nouvelles.
Dît qu'il falloit pour expier l'offense
Fonder Convent , mais Convent ayant manse
Abbatiale , ou bien un Prieuré
De Grammont ou de Premontré ;
Ainsi fut fait , une belle Abbaye
Par Hervé fût et dotée et bâtie ;
Pour réparer forfait tant odieux
Moines au Chour disent toujours Matine ,
De chants dévots font retentir les cieux ,
Fors dans le tems qu'ils sont à la cuisine ;
Bref , soyés sûr qu'au Prince Fondateur
Ils en donnent sur ma parole
Pour son argent ; n'en rendront une obole ;
Ce n'est point tout teur
maint grand Prédica
Dans ses Sermons récita notre histoire ,
Et fit pleurer son Auditoire ;
* Du tems du Comte Hervé l'heresie Albigeoise voisfait quelques progrès dans Nevers,
II. Vol. Ainsi
2802 MERCURE DE FRANCE
Ainsi fut fait par maint beau Confesseur ,
Si que le cas Dames sçavoient par cœur ,
L'horrible cas Dames tant bien aprirent ,
Qu'à la parfin toutes se convertirent ,
Et de leur cœur déchasserent soudain
Triste fierté , rigueur , dédain ,
Se faisant même une douce habitude
De clémence et de gratitude ;
Depuis ce tems les superbes Guerriers
Ne trouvent plus dans ces lieux d'inhumai nes ,
Amans heureux sont ici par milliers ,
Témoins * et Bretagne et Touraine ;
Tous ces Amans , grace à la vision ,
N'éprouvent point de tristes destinées ,
Dames croiroient être damnées ,
Si de leurs feux n'avoient compassion ,
Si quelqu'une à leur passion
Est quelquefois un peu severe ,
Soudain sa cousine ou sa mere
La menace de l'homme noir ,
Ele croit l'entendre ou le voir ,
Enfin ce bienheureux usage ,
Malgré les peres , les époux ,
S'est conservé jusques à nous,
Et durera bien davantage ;
* Bretagne et Touraine sont deux Régimens qui
ont été engarnison àNevers,
II. Vel. Des
DECEMBRE. 1732. 2807
Des Guerriers ce sont là les droits ;
Mais quant à nous autres Bourgeois
Nous n'en usons , c'est grand-dommage,
Les rigueurs sont notre partage ;
Soultrai , si j'avois vos talens ,
Je ne me plaindrois pas des refus de nos Belles ,
Ou , m'en plaignant enfin j'emploirois des ac
cens ,
si gracieux et si touchans
Que je pourrois bientôt les rendre moins cruel- les ,
Et leur prouver qu'à tous égards
Apollon en amour vaut souvent mieux que Mars ;
De ce récit quelle est donc la morale?
Parmi la Fable il faut des veritez ,
Dira quelqu'un , car sans moralités
Tel conte n'est qu'un objet de scandale ;
Moraliser est pour moi terre australe
Or moralise qui voudra
;
Sans morale , ma foi , le Conte finira :
Mais, Soultrai , qui de la sagesse
Possede toute la richesse
De sa morale un trait nous restera ,
En attendant je mets un bel et catera.
Pierre de Frasnai , Trésorier de France
à Moulins.
You 11. Vol.
D
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Résumé : LES DAMNEZ DE NEVERS, A M. Richard de Soultrai, Maître des Comptes à Nevers, Auteur de l'Ode sur la Jeunesse. Conte tiré de l'Histoire de Nivernois de Guy-Coquille.
Le texte 'Les Damnez de Nevers' est un conte inspiré de l'histoire des Nivernois, rédigé par Guy-Coquille et dédié à Richard de Soultrai, Maître des Comptes à Nevers. L'œuvre commence par une invocation à Boccace, célèbre pour ses récits, et se concentre sur le Comte Hervé de Nevers, connu pour son règne marqué par les jeux, les plaisirs et l'amour. Un jour, le Comte Hervé, perdu lors d'une chasse, trouve refuge chez un charbonnier. Pendant la nuit, il assiste à une scène surnaturelle où un homme noir, ancien soldat de son aïeul, venge sa mort en tuant une femme cruelle qui l'avait rejeté. Hervé tente d'intervenir mais est averti par le spectre de ne pas s'opposer au destin. Le lendemain, Hervé retourne en ville et raconte l'histoire à ses barons. Un prélat est convoqué et décide de fonder un couvent pour expier l'offense. L'histoire devient célèbre et influence les femmes de Nevers, les incitant à adopter des comportements plus cléments et reconnaissants. Le conte se termine par une réflexion sur la morale, suggérant que chaque récit doit contenir des vérités. L'auteur, Pierre de Frasnai, Trésorier de France à Moulins, conclut en laissant la morale à ceux qui souhaitent l'interpréter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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63
p. 1071-1077
LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Vous avez vû, MONSIEUR, sur la fin de ma derniere Lettre, la résolution [...]
Mots clefs :
François Picquet, Lettre, Alep, Église, Consul, Religion, Sujet, Temps, Baron, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre de M.... à M. de..., Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, relate la vie de Messire François Picquet. En raison de la disgrâce du Pacha Mortasa et des menaces à sa sécurité, le Conseil de M. Picquet décide de quitter Alep pour la France. Cependant, des motifs religieux retardent son départ de deux ans. Durant cette période, les gouverneurs persécutent les chrétiens, qui montrent une grande patience et foi. M. Picquet se distingue par son zèle et sa piété en faveur des chrétiens persécutés. Le Consul d'Alep, toujours prêt à aider la religion et ses ministres, accueille deux grands évêques, M. de la Motte-Lambert et M. Ignace Cotolendi, qui œuvrent à l'évangélisation des régions reculées de l'Orient. M. Picquet les considère comme des apôtres et les soutient dans leur mission. Le 10 décembre 1660, M. Picquet reçoit la tonsure cléricale à Alep des mains de l'Archevêque André des Syriens. Avant de partir pour Rome, il assiste à l'abjuration du schisme et de l'hérésie par le Patriarche des Grecs, Macaire, qui reconnaît l'Église Romaine comme la seule véritable. M. Picquet quitte finalement Alep en 1662 et arrive à Rome au début du mois de mars. Son successeur, M. François Baron, est décrit comme vertueux et intelligent, et poursuit l'œuvre de M. Picquet avec succès. La lettre mentionne également des mémoires sur M. Baron, dont la véracité est contestée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
64
p. 1615-1622
RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
Début :
L'Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture, renferme plusieurs choses curieuses, [...]
Mots clefs :
Évêque, Entrée, Amiens, Seigneur, Rivery, Cahors, Cessac, Seigneurs, Sentence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
REPONSE à M. D. L. R. sur un
Mémoire venu d'Amiens , au sujet de
quelques cérémonies de la premiere Entrée
des Evêques de cette Ville.
L'E
' Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture
, renferme plusieurs choses curieuses ,
mais qui ne m'ont paru devoir agréer au Lecteur
qu'autant qu'il y aura un ordre plus méthodique
dans les matieres qui le composent.
M. Boullanger de Rivery est bien- aise que le
Public soit informé dans le temps de la vacance
du Siége Episcopal d'Amiens , de ce qui doit
Giiij être
1616 MERCURE DE FRANCE
être pratiqué à l'Entrée du futur Evêque , et sur
tout de la part qu'il doit prendre lui- même à
cette cérémonie. Ce qu'il marque dans cet Ecrit,
auquel il donne le nom de Manifeste , se voit
représenté à Amiens, dans une Tapisserie de l'Eglise
de S.Firmin le Confès . L'on y voit l'Entrée
d'un Evêque d'Amiens, dans sa ville Episcopale;
à son Joyeux Avenement. Le Prélat est monté
sur une Mule ; le Seigneur de Rivery portant
l'Ecu de ses Armes ( qui sont de Gueules à trois
pals de vair , au franc quartier d'or ) tient la
bride de la Mule , et conduit ainsi l'Evêque,suivi
de la Noblesse et du Peuple.On nous laisse ignorer
dans cet Ecrit les autres circonstances de
cette cérémonie ; mais on n'oublie point de remarquer
que le Seigneur de Rivery ayant servi
le Prélat à la descente de sa monture , est en
droit de revendiquer la Mule , comme à lui appartenante
, et même la Vaisselle servie aux Festins
de ce jour solemuel.
Cet usage ancien , attesté par M de la Morliere
, Chanoine de la Cathédrale d'Amiens et
Historiographe du Païs a été pratiqué dans
les Entrées de Messire Antoine de Créqui , le
1 Janvier 1564. dans celle de M. Geoffroy de la
Marthonie , le 25 Mars 1577. de M. François
le Febvre de Caumartin , le 1 Juillet 1618 et
trois Evêques depuis ce temps - là , qui sont
M. Favre , M. Feydeau de Brou et M Pierre
Sabatier, le dernier décédé , ont reconnu ce droit
du Seigneur de Rivery
Pour ce qui est de son origine , M Boullanger
de Rivery en fait la date bien ancienne dans
son Imprimé , puisqu'il ne craint point de remonter
jusqu'à S. Firmin , premier Evêque d'Amiens.
Sans le suivre dans les preuves qu'il a
apporté
JUILLET. 1733. 1617
apporté , que ce S. Apôtre du Païs a été le premier
Auteur des Institutions de Fiefs, dans la Ville
et Diocèse d'Amiens ; il me permettra de commencer
par douter de tout ce qu'il dit , qu'on
peut tirer tant des Chartes de l'Hôtel de Ville
de l'Evêché , et du Chapitre , que de celles des Seigneurs
de Picquigny et du Vidame d'Amiens .
En effet , si on y trouve ce qu'il dit y être ;
sçavoir , que de Puissans Seigneurs temporels
qui ne reconnoissoient aacun Souverain ni Seigneur
au dessus d'eux , voulurent bien avoüer tenir
leurs Terres et Seigneuries de S. Firmin ; et que
ce Saint Evêque , en reconnoissance , chargea
ses successeurs , lorsqu'ils recevroient le même
hommage à leur premiere Entrée, de gratifier le
principal de ces Seigneurs , de l'Anneau d'or
qu'ils porteroient au doigt ; et l'un des autres ,
de la monture sur laquelle ils feroient cette Entrée
, ce sont des faits sujets à revision , et sur
lesquels la Critique peut avoir de quoi s'exercer.
Il peut d'abord paroître extraordinaire
qu'un Evêque mort martyr , sous l'Empire de
Dioclétien , eut eu la derniere volonté qu'on lui
prête.
Au reste , je ne doute pas plus du droit qu'ont
le Vidame d'Amiens , et le Seigneur de Rivery
sur l'Anneau et sur la Mule de l'Evêque, qui fait
sa premiere Entrée â Amiens , que de celui qu'a
l'Evêque d'exiger d'eux l'hommage et la soumission
qui sont d'ancienne tradition ; je regarde
ces droits comme imprescriptibles de part
et d'autre , ainsi que le dit M. de Rivery ; mais
je suis persuadé qu'il ne convient aucunement
d'en faire remonter l'Epoque au troisiéme ou
quatrième siècle.
Ce qu'il dit dès le commencement de son Ma-
G v nifeste
16 : 3 MERCURE DE FRANCE
>
nifeste , touchant l'Eglise de Rome , qui étane.
opprimée par les Lombards se choisit des
Avouez ou Deffenseurs , même parmi les Têtes
Couronnées , et ce qu'il ajoute plus bas , touchant
les Evêques et les Monasteres , qui se
choisirent pareillement des Deffenseurs pour les
proteger contre les incursions des Tyrans ou
des Barbares , peut suffire pour fixer à quelques.
siecles près , l'origine de ces devoirs respectifs
et mutuels , entre les Seigneurs Ecclesiastiques,
et les seigneurs Laïques. Vous touchez , M.quel
que choses de ces Avouez, qu'on appelloit Porte-
Oriflammes ou Porte- Etendards , dans votre Jour
nal de Mars dernier , à la page 480 .
" Les exemples que M. Boullanger de Rivery.
apporte pour appuyer l'usage qui s'observe as
Amiens , sont excellens pour insinuer qu'il ne
conviendroit point de l'abolir. Il extrait de la
Gazette de France , du 9 May 1701. que le Pape
Cement XI . monta à Cheval dans le Jardin de
son Palais , le & Avril 1701. et qu'il s'exerça
pour la Cavalcade qu'il devoit faire le lende
main , jour de son 'Entrée publique , que le Prince
de Parme tint la bride du Cheval , et le Connêtable
l'Etrier il ajoute qu'il y est aussi marqué
, que le Duc de Parme est le Grand Gonfalonier
de l'Eglise , pourquoi il écartele par un
Pal de Gueules au Gonfalon Papal , c. M. de
Rivery trouve du rapport , entre les Armoiries
de la Tapisserie de S. Firmin , citée cy- dessus ,
et celles de ce Grand Gonfalonier ; mais on n'a
pas besoin de cela pour prouver les honneurs
que des Seigneurs séculiers se sont toujours plu
a rendre aux Evêques dans le temps de leur
reception.
•
Ce qu'il rapporte du Baron de Cessac au
Comté
JUILLET. 1733. 1619
Somté de Cahors est plus pressant. Quand un
Evêque de Cahors fait son Entrée solemnelle à
P'Evêché , ce Baron va.au devant de lui , hors
la Ville ; l'ayant rencontré àun certain Endroit.
marqué , il met pied à terre; après l'avoir salué ,
nuë tête et sans manteau , il prend la Mule de
P'Evêque par la bride , le conduit à l'Eglise Cathedrale
, de là au Palais Episcopal , où il s'arrête
pour le servir à table durant son diner, après
lequel il se retire avec la Mnle et le Buffet qui lui
appartiennent et lui sont acquis.
Cette soumission fut faite en 1604. par le
Baron de Cessac , et Messire Antoine Popinian
lors Evêque de Cahors ; mais elle fut suivie d'un
Procès entr'eux aux Requêtes du Palais de Toulouze
, sur ce que le sieur de Cessac prétendoit
que le Buffet dont l'Evêque s'étoit servi , n'étoit
point conforme et sortable à la célébrité de l'Acte
ni à la magnificence du Festin .
Surquoi intervint Sentence , le 15 May 1604.
qui ordonne qu'il sera procédé à l'estimation
des Droits par Experts ; eu égard à la qualité
des Parties , la célébrité de l'Acte , et la magnificence
du Festin. Estimation faite en conséquence
par Experts , à la somme de 3123 liv.sur quoi
autre Sentence , qui condamne l'Evêque à payer
pareille somme. Sentence qui fut confirmée par
Arrêt du même Parlement du Toulouse.
En 1627 23 ans après , M. Pierre de Habert ,
nouvellement pourvû de cet Evêché , ayant fait
son Entrée en la Ville de Cahors , sans avoit appellé
M. Pierre de Casilhac , Baron de Cessaç.
Autre Instance , aux Requêtes dn Palais , de la
part du Baron , qui demande , contre l'Evêque ,
condamnation de la somme de 3123 liv. pour ex
au lieu de la valeur de ses droits.
Gvj L'E1520
MERCURE DE FRANCE
;
L'Evêque soutient que c'est chose purement
du Seigneur , d'appeller son Vassal à pareille
cérémonie ; que d'ailleurs l'Entrée qu'il a faite
dans la Ville de Cahors n'étoit pas solemnelle
que le Clergé ne s'y étoit pas trouvé en Procession
, nonobstant quoi , par Sentence du 20 Fevrier
1530. il est condamné à payer au sieur de
Cessac la somme demandée , à la charge par lui
de se trouver à une Entrée plus solemnelle , si le
sieur Evêque en vouloit faire ; sans pouvoir prétendre
autres droits.
L'Evêque ayant appellé de cette Sentence , et
conclu sur Procês par écrit , aux Enquêtes , suz
la question de sçavoir , si le Baron de Cessac
qui devoit rendre ce service au sieur Evêque à sa
premiere Entrée , étoit en droit de contraindre
le sieur Evêque de l'accepter.
Par Arrêt du Parlement de Toulouze , rendu
le S Juillet 1630 au rapport de M. Olive Dumesnil
, Conseiller ; il fut jugé que l'obligation
du Seigneur et du Vassal est réciproque , qu'un
même lien mutuel les lie tous deux, quoique par
des devoirs différens ; notamment , dit l'Autheur
en cette rencontre , où tout l'honneur se réfere à
l'Evêque.
Il est dit par l'Arrêt qu'il a été bien jugé par
la Sentence dont étoit appel , et ledit sieur Evêque
condamné à payer ladite somme de 3123 liv .
si mieux il n'aime faire une Entrée plus solemnelle.
Ces Arrêts sont rapportez au long par M Olive
Dumesnil , en ses Questions Notables , Liv.
2. Chap. 8.
Les Institutions et formalitez prescrites entre
l'Evêque de Cahors , et le Baron de Cessac , pour
la cérémonie de l'Entrée de l'Evêque , en la Ville .
Capitale de Cahors. se trouvent pareilles, communes
JUILLET . 1733. 16: 1
nes et relatives à ce qui s'observe , et a été observé
en pareil cas , pour la cérémonie de l'Entrée de
l'Evêque d'Amiens, dans sa Ville Capitale, pareilles
feodalitez , pareils motifs , parité de raisons
, et par conséquent pareil jugement, mêmes
droits , même décision : Übi eadem ratio, ibi idem
jus. C'est ainsi que s'exprime M. de Rivery dans
son Manifeste.
Il y touche incidemment l'usage qui est observé
communément par les Evêques , qui est de
donner des repas aux Chanoines à certains jours
de l'année. Il dit que la Jurisprudence des Arrêts
a jugé ces Festins obligatoires à la nouvelle Entrée:
Ad comparandum favorem populi et militum.
De plus , que par Arrêt du Parlement de
Paris , du 16 May 1346. l'Evêque d'Angers a été
condamné à faire cinq ou six Festins par an à
son Chapitre ; et qu'un particulier même , qui
est l'Archiprêtre, fit condamner l'un de ses Successeurs
dans le même Evêchê , l'an 1385 , à lui
payer le jour de S Yves , l'évaluation d'un semblable
Festin .
very
"
Comme il m'a paru que le Seigneur de Ris'attachoit
à faire connoître au Public les
prérogatives attachées à sa Terre , j'ai été surpris
qu'il n'ait rien dit de la Chasse aux Cygnes,
qui est Seigneuriale en ce Pais- là, selon la Morliere
, Historien d'Amiens ; et qui n'appartient
selon lui , qu'à l'Evêque d'Amiens , au Chapitre,
à l'Abbé de Corbie , au Vidame , à cause de
Dours , Village situé sur la Riviere de Seine , au
Seigneur de Rivery , et à celui de Blangy sur
Somme.Vous en lirez , avec plaisir , un récit abregé
, dans l'Ouvrage de ce Chanoine , page 139 .
édition de 1622. in 8. Informez-vous , s'il vous
plaît , si cet usage subsiste encore ; et supposé
que
1622 MERCURE DE FRANCE
que cela soit , je vous invite à assigner à Mercure
une Séance sur la Riviere de Somme , entre
Ambons et Corbie , le premier Mardy d'Aoust ,
qui sera le quatrième jour du mois en la présente
année 1733. pour y voir les Baillifs des six
Seigneurs , cy-dessus nommez , s'acquitter de
leur devoir..
↓
Vous y verrez ( si l'usage n'est pas aboli ) six
graves Magistrats , se faire apporter toutes les
couvées de Cygnes , avec les peres et meres, dans
le Village de la Motte; et là suivant qu'on trou
ve les Peres de famille marquez , on marque de
même les Enfans . La couvée dont le pere se trouve
marqué d'une Crosse , au côté droit du bec
est censée appartenir à M. l'Evêquè , et son Baillif
fait matquer de même toute la filiation . La
marque du Chapitre est une Croix ; celle de
l'Abbé de Corbie , une Clef , celle du Vidame est
un Ecusson appliqué des deux côtez du bec du
Cygne , au lieu que le Seigneur de Blangy ne
l'applique que du côté gauche . Pour ce qui est da
Seigneur de Rivery , la marque qu'il fait apposer
par son Baillif , est une simple barre de travers
, sur le bec de l'Oyseau . C'est toujours un
Privilege singulier pour ce Seigneur de pouvoir
réunir son Baillif avec ceux de l'Evêque , đu Chapitre
de l'Abbé de Corbie, et du Vidame, pour
juger une cause aussi importante que l'est celle
du nombre des couvées des Cygnes qui se baignent
dans la Riviere de Somme , et le public ne
sera pas fàché d'en être informé. Je suis ,
&c.
Mémoire venu d'Amiens , au sujet de
quelques cérémonies de la premiere Entrée
des Evêques de cette Ville.
L'E
' Ecrit dont vous m'avez prié de faire la lecture
, renferme plusieurs choses curieuses ,
mais qui ne m'ont paru devoir agréer au Lecteur
qu'autant qu'il y aura un ordre plus méthodique
dans les matieres qui le composent.
M. Boullanger de Rivery est bien- aise que le
Public soit informé dans le temps de la vacance
du Siége Episcopal d'Amiens , de ce qui doit
Giiij être
1616 MERCURE DE FRANCE
être pratiqué à l'Entrée du futur Evêque , et sur
tout de la part qu'il doit prendre lui- même à
cette cérémonie. Ce qu'il marque dans cet Ecrit,
auquel il donne le nom de Manifeste , se voit
représenté à Amiens, dans une Tapisserie de l'Eglise
de S.Firmin le Confès . L'on y voit l'Entrée
d'un Evêque d'Amiens, dans sa ville Episcopale;
à son Joyeux Avenement. Le Prélat est monté
sur une Mule ; le Seigneur de Rivery portant
l'Ecu de ses Armes ( qui sont de Gueules à trois
pals de vair , au franc quartier d'or ) tient la
bride de la Mule , et conduit ainsi l'Evêque,suivi
de la Noblesse et du Peuple.On nous laisse ignorer
dans cet Ecrit les autres circonstances de
cette cérémonie ; mais on n'oublie point de remarquer
que le Seigneur de Rivery ayant servi
le Prélat à la descente de sa monture , est en
droit de revendiquer la Mule , comme à lui appartenante
, et même la Vaisselle servie aux Festins
de ce jour solemuel.
Cet usage ancien , attesté par M de la Morliere
, Chanoine de la Cathédrale d'Amiens et
Historiographe du Païs a été pratiqué dans
les Entrées de Messire Antoine de Créqui , le
1 Janvier 1564. dans celle de M. Geoffroy de la
Marthonie , le 25 Mars 1577. de M. François
le Febvre de Caumartin , le 1 Juillet 1618 et
trois Evêques depuis ce temps - là , qui sont
M. Favre , M. Feydeau de Brou et M Pierre
Sabatier, le dernier décédé , ont reconnu ce droit
du Seigneur de Rivery
Pour ce qui est de son origine , M Boullanger
de Rivery en fait la date bien ancienne dans
son Imprimé , puisqu'il ne craint point de remonter
jusqu'à S. Firmin , premier Evêque d'Amiens.
Sans le suivre dans les preuves qu'il a
apporté
JUILLET. 1733. 1617
apporté , que ce S. Apôtre du Païs a été le premier
Auteur des Institutions de Fiefs, dans la Ville
et Diocèse d'Amiens ; il me permettra de commencer
par douter de tout ce qu'il dit , qu'on
peut tirer tant des Chartes de l'Hôtel de Ville
de l'Evêché , et du Chapitre , que de celles des Seigneurs
de Picquigny et du Vidame d'Amiens .
En effet , si on y trouve ce qu'il dit y être ;
sçavoir , que de Puissans Seigneurs temporels
qui ne reconnoissoient aacun Souverain ni Seigneur
au dessus d'eux , voulurent bien avoüer tenir
leurs Terres et Seigneuries de S. Firmin ; et que
ce Saint Evêque , en reconnoissance , chargea
ses successeurs , lorsqu'ils recevroient le même
hommage à leur premiere Entrée, de gratifier le
principal de ces Seigneurs , de l'Anneau d'or
qu'ils porteroient au doigt ; et l'un des autres ,
de la monture sur laquelle ils feroient cette Entrée
, ce sont des faits sujets à revision , et sur
lesquels la Critique peut avoir de quoi s'exercer.
Il peut d'abord paroître extraordinaire
qu'un Evêque mort martyr , sous l'Empire de
Dioclétien , eut eu la derniere volonté qu'on lui
prête.
Au reste , je ne doute pas plus du droit qu'ont
le Vidame d'Amiens , et le Seigneur de Rivery
sur l'Anneau et sur la Mule de l'Evêque, qui fait
sa premiere Entrée â Amiens , que de celui qu'a
l'Evêque d'exiger d'eux l'hommage et la soumission
qui sont d'ancienne tradition ; je regarde
ces droits comme imprescriptibles de part
et d'autre , ainsi que le dit M. de Rivery ; mais
je suis persuadé qu'il ne convient aucunement
d'en faire remonter l'Epoque au troisiéme ou
quatrième siècle.
Ce qu'il dit dès le commencement de son Ma-
G v nifeste
16 : 3 MERCURE DE FRANCE
>
nifeste , touchant l'Eglise de Rome , qui étane.
opprimée par les Lombards se choisit des
Avouez ou Deffenseurs , même parmi les Têtes
Couronnées , et ce qu'il ajoute plus bas , touchant
les Evêques et les Monasteres , qui se
choisirent pareillement des Deffenseurs pour les
proteger contre les incursions des Tyrans ou
des Barbares , peut suffire pour fixer à quelques.
siecles près , l'origine de ces devoirs respectifs
et mutuels , entre les Seigneurs Ecclesiastiques,
et les seigneurs Laïques. Vous touchez , M.quel
que choses de ces Avouez, qu'on appelloit Porte-
Oriflammes ou Porte- Etendards , dans votre Jour
nal de Mars dernier , à la page 480 .
" Les exemples que M. Boullanger de Rivery.
apporte pour appuyer l'usage qui s'observe as
Amiens , sont excellens pour insinuer qu'il ne
conviendroit point de l'abolir. Il extrait de la
Gazette de France , du 9 May 1701. que le Pape
Cement XI . monta à Cheval dans le Jardin de
son Palais , le & Avril 1701. et qu'il s'exerça
pour la Cavalcade qu'il devoit faire le lende
main , jour de son 'Entrée publique , que le Prince
de Parme tint la bride du Cheval , et le Connêtable
l'Etrier il ajoute qu'il y est aussi marqué
, que le Duc de Parme est le Grand Gonfalonier
de l'Eglise , pourquoi il écartele par un
Pal de Gueules au Gonfalon Papal , c. M. de
Rivery trouve du rapport , entre les Armoiries
de la Tapisserie de S. Firmin , citée cy- dessus ,
et celles de ce Grand Gonfalonier ; mais on n'a
pas besoin de cela pour prouver les honneurs
que des Seigneurs séculiers se sont toujours plu
a rendre aux Evêques dans le temps de leur
reception.
•
Ce qu'il rapporte du Baron de Cessac au
Comté
JUILLET. 1733. 1619
Somté de Cahors est plus pressant. Quand un
Evêque de Cahors fait son Entrée solemnelle à
P'Evêché , ce Baron va.au devant de lui , hors
la Ville ; l'ayant rencontré àun certain Endroit.
marqué , il met pied à terre; après l'avoir salué ,
nuë tête et sans manteau , il prend la Mule de
P'Evêque par la bride , le conduit à l'Eglise Cathedrale
, de là au Palais Episcopal , où il s'arrête
pour le servir à table durant son diner, après
lequel il se retire avec la Mnle et le Buffet qui lui
appartiennent et lui sont acquis.
Cette soumission fut faite en 1604. par le
Baron de Cessac , et Messire Antoine Popinian
lors Evêque de Cahors ; mais elle fut suivie d'un
Procès entr'eux aux Requêtes du Palais de Toulouze
, sur ce que le sieur de Cessac prétendoit
que le Buffet dont l'Evêque s'étoit servi , n'étoit
point conforme et sortable à la célébrité de l'Acte
ni à la magnificence du Festin .
Surquoi intervint Sentence , le 15 May 1604.
qui ordonne qu'il sera procédé à l'estimation
des Droits par Experts ; eu égard à la qualité
des Parties , la célébrité de l'Acte , et la magnificence
du Festin. Estimation faite en conséquence
par Experts , à la somme de 3123 liv.sur quoi
autre Sentence , qui condamne l'Evêque à payer
pareille somme. Sentence qui fut confirmée par
Arrêt du même Parlement du Toulouse.
En 1627 23 ans après , M. Pierre de Habert ,
nouvellement pourvû de cet Evêché , ayant fait
son Entrée en la Ville de Cahors , sans avoit appellé
M. Pierre de Casilhac , Baron de Cessaç.
Autre Instance , aux Requêtes dn Palais , de la
part du Baron , qui demande , contre l'Evêque ,
condamnation de la somme de 3123 liv. pour ex
au lieu de la valeur de ses droits.
Gvj L'E1520
MERCURE DE FRANCE
;
L'Evêque soutient que c'est chose purement
du Seigneur , d'appeller son Vassal à pareille
cérémonie ; que d'ailleurs l'Entrée qu'il a faite
dans la Ville de Cahors n'étoit pas solemnelle
que le Clergé ne s'y étoit pas trouvé en Procession
, nonobstant quoi , par Sentence du 20 Fevrier
1530. il est condamné à payer au sieur de
Cessac la somme demandée , à la charge par lui
de se trouver à une Entrée plus solemnelle , si le
sieur Evêque en vouloit faire ; sans pouvoir prétendre
autres droits.
L'Evêque ayant appellé de cette Sentence , et
conclu sur Procês par écrit , aux Enquêtes , suz
la question de sçavoir , si le Baron de Cessac
qui devoit rendre ce service au sieur Evêque à sa
premiere Entrée , étoit en droit de contraindre
le sieur Evêque de l'accepter.
Par Arrêt du Parlement de Toulouze , rendu
le S Juillet 1630 au rapport de M. Olive Dumesnil
, Conseiller ; il fut jugé que l'obligation
du Seigneur et du Vassal est réciproque , qu'un
même lien mutuel les lie tous deux, quoique par
des devoirs différens ; notamment , dit l'Autheur
en cette rencontre , où tout l'honneur se réfere à
l'Evêque.
Il est dit par l'Arrêt qu'il a été bien jugé par
la Sentence dont étoit appel , et ledit sieur Evêque
condamné à payer ladite somme de 3123 liv .
si mieux il n'aime faire une Entrée plus solemnelle.
Ces Arrêts sont rapportez au long par M Olive
Dumesnil , en ses Questions Notables , Liv.
2. Chap. 8.
Les Institutions et formalitez prescrites entre
l'Evêque de Cahors , et le Baron de Cessac , pour
la cérémonie de l'Entrée de l'Evêque , en la Ville .
Capitale de Cahors. se trouvent pareilles, communes
JUILLET . 1733. 16: 1
nes et relatives à ce qui s'observe , et a été observé
en pareil cas , pour la cérémonie de l'Entrée de
l'Evêque d'Amiens, dans sa Ville Capitale, pareilles
feodalitez , pareils motifs , parité de raisons
, et par conséquent pareil jugement, mêmes
droits , même décision : Übi eadem ratio, ibi idem
jus. C'est ainsi que s'exprime M. de Rivery dans
son Manifeste.
Il y touche incidemment l'usage qui est observé
communément par les Evêques , qui est de
donner des repas aux Chanoines à certains jours
de l'année. Il dit que la Jurisprudence des Arrêts
a jugé ces Festins obligatoires à la nouvelle Entrée:
Ad comparandum favorem populi et militum.
De plus , que par Arrêt du Parlement de
Paris , du 16 May 1346. l'Evêque d'Angers a été
condamné à faire cinq ou six Festins par an à
son Chapitre ; et qu'un particulier même , qui
est l'Archiprêtre, fit condamner l'un de ses Successeurs
dans le même Evêchê , l'an 1385 , à lui
payer le jour de S Yves , l'évaluation d'un semblable
Festin .
very
"
Comme il m'a paru que le Seigneur de Ris'attachoit
à faire connoître au Public les
prérogatives attachées à sa Terre , j'ai été surpris
qu'il n'ait rien dit de la Chasse aux Cygnes,
qui est Seigneuriale en ce Pais- là, selon la Morliere
, Historien d'Amiens ; et qui n'appartient
selon lui , qu'à l'Evêque d'Amiens , au Chapitre,
à l'Abbé de Corbie , au Vidame , à cause de
Dours , Village situé sur la Riviere de Seine , au
Seigneur de Rivery , et à celui de Blangy sur
Somme.Vous en lirez , avec plaisir , un récit abregé
, dans l'Ouvrage de ce Chanoine , page 139 .
édition de 1622. in 8. Informez-vous , s'il vous
plaît , si cet usage subsiste encore ; et supposé
que
1622 MERCURE DE FRANCE
que cela soit , je vous invite à assigner à Mercure
une Séance sur la Riviere de Somme , entre
Ambons et Corbie , le premier Mardy d'Aoust ,
qui sera le quatrième jour du mois en la présente
année 1733. pour y voir les Baillifs des six
Seigneurs , cy-dessus nommez , s'acquitter de
leur devoir..
↓
Vous y verrez ( si l'usage n'est pas aboli ) six
graves Magistrats , se faire apporter toutes les
couvées de Cygnes , avec les peres et meres, dans
le Village de la Motte; et là suivant qu'on trou
ve les Peres de famille marquez , on marque de
même les Enfans . La couvée dont le pere se trouve
marqué d'une Crosse , au côté droit du bec
est censée appartenir à M. l'Evêquè , et son Baillif
fait matquer de même toute la filiation . La
marque du Chapitre est une Croix ; celle de
l'Abbé de Corbie , une Clef , celle du Vidame est
un Ecusson appliqué des deux côtez du bec du
Cygne , au lieu que le Seigneur de Blangy ne
l'applique que du côté gauche . Pour ce qui est da
Seigneur de Rivery , la marque qu'il fait apposer
par son Baillif , est une simple barre de travers
, sur le bec de l'Oyseau . C'est toujours un
Privilege singulier pour ce Seigneur de pouvoir
réunir son Baillif avec ceux de l'Evêque , đu Chapitre
de l'Abbé de Corbie, et du Vidame, pour
juger une cause aussi importante que l'est celle
du nombre des couvées des Cygnes qui se baignent
dans la Riviere de Somme , et le public ne
sera pas fàché d'en être informé. Je suis ,
&c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à M. D. L. R. sur un Mémoire venu d'Amiens, au sujet de quelques cérémonies de la premiere Entrée des Evêques de cette Ville.
Le texte est une réponse à M. D. L. R. concernant un mémoire sur les cérémonies de l'entrée des évêques à Amiens. L'auteur, M. Boullanger de Rivery, souligne que le document, bien que riche en informations, manque d'ordre méthodique. Il souhaite informer le public des pratiques lors de l'entrée d'un nouvel évêque, en mettant en avant son propre rôle dans cette cérémonie. Cette tradition est illustrée par une tapisserie de l'église Saint-Firmin, montrant l'évêque monté sur une mule, conduit par le Seigneur de Rivery tenant la bride. Après la descente de l'évêque, le Seigneur de Rivery revendique la mule et la vaisselle des festins. Cet usage est attesté par plusieurs entrées épiscopales, notamment celles de Messire Antoine de Créqui en 1564, Geoffroy de la Marthonie en 1577, et François le Febvre de Caumartin en 1618. M. Boullanger de Rivery fait remonter cette tradition à Saint Firmin, premier évêque d'Amiens. Cependant, l'auteur exprime des doutes sur l'authenticité de cette origine ancienne et les preuves apportées. Le texte mentionne également des exemples similaires à Cahors, où le Baron de Cessac conduit l'évêque et revendique des droits sur la mule et la vaisselle. Des litiges judiciaires ont confirmé ces droits réciproques entre les seigneurs laïques et ecclésiastiques. L'auteur note aussi l'usage de la chasse aux cygnes, un privilège partagé par plusieurs seigneurs, dont le Seigneur de Rivery. Il invite à une séance pour observer cette tradition et en informer le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
65
p. 1764-1771
LETTRE écrite d'Auxerre, à M.... sur cette expression : Faire le déposuit, et sur les Bâtons des Confreries.
Début :
Vous me marquez, Monsieur, la peine où vous êtes de comprendre [...]
Mots clefs :
Deposuit, Bâton, Confréries, Verset, Vêpres, Bâtons, Paris, Évêque, Magnificat, Règlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Auxerre, à M.... sur cette expression : Faire le déposuit, et sur les Bâtons des Confreries.
LETTRE écrite d'Auxerre , à M. ...
sur cette expression : Faire le déposuit ,
et sur les Bâtons des Confreries.
Ous me marquez , Monsieur , la
peine où vous êtes de comprendre
le sens d'un ancien Reglement de Saint
Jacques de l'Hôpital de Paris , dont on
vous afait voir une copie ; et quoique ce
Reglement n'ait que 230 ans ou environ ,
il contient , dites - vous , certains usages
que vous n'entendez pas , et dont vous
souhaiteriez avoir l'explication. Selon ce
Reglement le Crieur est tenu , avant la
» Fête Monseigneur S. Jacques , d'aller
>> par la Ville à tout sa Clochette , et ves-
» tu de son Corset , crier la Confrairie.
» Item , doit à chaque Pelerin et Peleri-
»> ne quatre épingles pour attacher les
» quatre Cornets des Mantelets des hom-
» mes et les Chapeaux de fleurs des Fem--
» mes ; les Pelerins au Cueur , les Peleri-
» nes hors le Cueur . Item , doit May et
herbes vertes pour la jonchée. Et après
le dîner on porte le Bâton au Cueur , et l'a
est le Trésorier , qui chante et fait le Dé-
» posuit. » Vous demandez ce que c'est
"'
» que
AOUST. 1733. 1765
que faire le Deposuit. On dit bien en
France : Faire le Pain - beni , faire la Saint
Martin . On disoit autrefois, faire les Anges
, faire les trois Maries ,faire le Defruc
in , et même faire les Rois , pour signifier
que trois Ecclesiastiques étoient habillez
en maniere de Rois le jour de l'Epiphanie.
Mais il n'étoit pas plus rare d'y faire
le Deposuit. Ce n'est que le non- usage
qui a fit perdre de vûë la signification
de ce langage . Je vous prie d'avoir attention
à la pénultiéme ligne du Reglement;
elle sert à donner le dénouement de la
cérémonie du Deposuit. ( On porte le Bâton
au Cueur. )
C'est que dans les Confreries , outre
l'Image du S. Patron , placée ordinairement
au dessus des Autels des Eglises ,
ou dans quelque niche , et qu'il est impossible
de transporter , il y en avoit une
petite , que chacun des Confreres étoit
tenu de conserver chez lui pendant un
an à tour de Rôle , et cette Image au retour
de la Fêre, chaque année , étoit mise
sur la Table des Trésoriers ou Receveurs
de la Confrerie, dans la Nef de l'Eglise ,
ou même au Vestibule ; et afiu qu'elle
ne fut pas portée rustiquement par les
rues , mais avec dignité , on avoit un Bâ
ton , orné et embelli selon le temps , au
D iiij
bout
1766 MERCURE DE FRANCE
bout duquel on la portoit élevée ; et même
depuis cette Image resta ainsi posée
sur le Bâton même , qu'on orna dans la
suite de Fuzeaux , garnis de Fleurs et de
Rubans , et on eut soin de la couvrir
d'un petit Plafond ou d'une Arcade en
forme de Coquille ..
Les Bâtons modernes des Chantres de
plusieurs Eglises sont des diminutifs de
ces Bâtons de Confreries pour la forme ; il
n'y a que dans quelques-unes que l'on a
conservé l'ancien usage de les terminer
en Pommeau , en figure d'Oiseau , ou en
bec de Corbin , sans mettre aucun Saint
dessus . Mais venons au Deposuit. Le Magnificat
des Vêpres étant commencé , રે
T'approche du Verset :Deposuit potentes de
sede celui qui avoit rendu ou rapporté
le Bâton , sortoit de Charge ; et à ces paroles
suivantes : Et exaltavit humiles, on
mettoit en place celui à qui c'étoit le tour
de le prendre. Il y avoit quelques variétez
là- dessus selon les Païs ; mais presque
dans toute la France on avoit imaginé
que ce Verset du Magnificat exprimeroit
fort bien la céremonie ; l'un descendoit
en sortant de charge , et l'autre
montoit en y entrant.
;
Il y avoit des Endroits où c'étoit aux
Prêtres à faire cette espece d'installation;
d'au
AOUST. 1733. 1767
d'autres , où celui qui quittoit le Bâton
le mettoit entre les mains de celui qui lui
succedoit. Il paroît qu'à S. Jacques de
l'Hôpital c'étoit le Trésorier qui installoit
le nouveau Bâtonnier , et qui déposoit
l'ancien , en chantant Deposuit , ou'
bien c'étoit celui qui rendoit le Bâton
qu'on appelloit du nom de Trésorier.
Mais en quelques sens que vous le preniez
, soit qu'il installât et mît en place
ou qu'il cedât seulement sa place à un
autre , cela s'appelloit faire le Deposuit..
Dans le Diocèse dont je suis , je sçai que,
jusques bien avant dans le dernier siécle
le Deposuit étoit un Verset si distingué
dans le Magnifieit des secondes Vêpres
d'une Confrerie , qu'aussi - tôt qu'on le
commençoit , celui qui finissoit son année
de Bâtonnier , mettoit le Bâton entre
les mains de celui qui entroit en Charge ,
et à l'instant on sortoit du Choeur et les
Confreres alloient conduire le Bâ:on et
le Bâtonnier jusques dans sa maison.
剩
De vous dire si le Clergé étoit de cette
Procession , c'est ce que je ne sçai pas :
A Paris c'étoit l'usage au milieu de l'avant-
dernier siécle ; mais j'ai reconnu
par un grand nombre d'Ordonnances
Episcopales, faites vers l'an 16 20 et 1622 .
qne l'on finissoit ces jours- là les Vêpres
D.v ex:
1768 MERCURE DE FRANCE
ex abrupto , à Deposuit inclusivement ;
ce qui fut condamné avec raison par
M. de Donadieu , noire Evêque , qui
prescrit de finir les Vêpres à l'ordinaire ;
ce mauvais usage de cesser l'Office à ce
Verset , et de ne le pas continuer , mais
d'entonner tout d'un coup le Te Deum ,
ne pouvoit venir que de la complaisance
de quelques Ecclesiastiques , qui pour un´
leger interêt s'avillissoient jusqu'à aller
conduire des Laïques chez eux , et rendoient
ainsi ces Larques les maîtres des
cérémonies ; de même qu'on a vu encore
de nos jours , des ignares et non - lettrez
qui ont osé s'immiscer de montrer les
Rubriques à leurs Prêtres , et de regler
P'Office divin à leur fantaisie.
Comme un abus invetéré ne peut être
aboli que peu à peu et par la suite du
temps , qu'arriva-t- il de ces deffenses ?
On acheva les Vêpres ; mais après qu'el
les furent dites , on recommençoit le Magnificat
de nouveau , pour faire la cérémonie
; et afin d'avoir occasion de chanter
ce Cantique en entier, on trouva qu'il
étoit plus à propos de ne délivrer le Bâvon
à celui qui devoit le prendre , qu'au
Verset : Suscepit Israël , mais c'étoit toujours
à Deposuit que se faisoit l'abdication
de la Charge du Bâtonnier précédent.
AOUST. 1733. 1769
dent. Voici les termes d'un des Statuts
Synodaux , du 6 May 1642. Nous avions
alors pour Evêque Pierre de Broc. Pendant
que les Baons de Confrerie seront exposez
pour être encheris , l'on ne chantera
Magnificat , et n'appliquera- t- on point ces
Versets Deposuit et Suscepit àla délivranse
d'iceux ; ains , on chantera quelque Antienne
et Répons avec l'Oraison propre en
bonneur du Saint duquel on celebre la fête.
Que l'usage de faire ainsi le Deposuit fur
ancien , c'est ce qui paroît par le Régle
ment d'une des plus anciennes Confrexies
que je connoisse. C'e t celle de la
Fête du premier Janvier , qu'on appelloit
en quelques li ux La Fête des Foux &
Eudes de Sully , Evêque de Paris , ne
voulant et n'osant peut-ut-être pas Fabolir
sout à fait , se contenta de lui prescrire
certaines bornes , er statua pour ce qui
étoit des secondes Vêpres , que le Verset
Deposuit seroit dit tout au plus cinq fois à
et que si le Bâton étoit p is par quel
qu'un , alors on insererot le Te Deum
dans les Vêpres qui seroient terminées
par celui qui les auroit commencées
Deposuit quinquies ad plus dicetur loco
suo , er , si captus fuerit baculus , finito Te
Deum , consummabuntur Vespera ab eo
quofuerant inchoata.
*...
D vj
Co
1770 MERCURE DE FRANCE
Ce Statut qui est de l'an 1198 nous ap
prend l'antiquité des Bâtons des Confre
ries ; mais il nous insinue en même tems
qu'à Paris l'usage avoit été jusqu'alors
de chanter le Verset Deposuit tout autant
de fois qu'il étoit necessaire , jusqu'à ce
que quelqu'un eut pris le Bâton. Le Re
glement de l'Evêque restraint ce nombre
à cinq fois , en supposant qu'il pouvoir
arriver que le Bâton ne fut pas pris ; mais
il permet , au cas qu'il soit accepté , que
ie Te Deum. soit placé dans les Vêpres en
action de graces. Il semble par cet exposé
, que faire alors le Deposuit , étoit de
présenter le Baton pendant qu'on chante
le Verset Deposuit. Je ne sçai si je vous
mets au fait de ce langage, comme j'y suis;
moi , qui dès ma jeunesse , ait été accou
tumé à entendre faire des encheres sur
ces Batons des Saints après l'Office fini .
Voilà , au reste , une espece de Baton à
inserer dans le Glossaire de M.du Cange,
sous le titre de Baculus Confratriarum ou
Festivitatum. J'ai été surpris de ne le pas
trouver dans la nouvelle Edition qui
vient de paroître , non plus que le Defructus
, dont j'ai donné une ample explication
dans le Mercure de Février
1726. pag. 218.-
Je ne suis pas sorti des limites de l'ang
cienne
AOUST. 1733- 1771
cienne Province de Sens , pour ne pas
trop m'étendre en remarques sur cet usage
de faire le Deposuit ; vous pourrez apprendre
dans la suite , quelle étoit la pra
tique de quelques autres Provinces . Voici
les termes des Staturs du Synode de Paris-
1557. que j'ai cité cy dessus : Baculorum
eum imaginibus conductum ad domos Late
corum cum turba Sacerdotum Laïcorum mimorum
districtè.. .inhibemus . (fol.1 . n.18 . ),
Le P. le Brun a paru croire dans son Livre
contre les Comédiens que l'on faisoit des
boufonneries de Théatre en ces sortes,
d'occasions ; mais , non ; il est seulement
vrai que pour la conduite de ces Batons , il
y avoit des Violons qui joüoient des airs
d'Eglise , et les Farceurs ne sont nommez
dans ce Statut , que parce que souvent on
se servoit d'eux pour enen jouer, mais alors
ils étoient habillez modestement et de la
même maniere que l'on a pû en voir en
certains Pays encore de nos jours , à la
Procession de la Fête-Dieu , avant que le
tems fut venu d'y regarder de plus près.
Je suis , Monsieur , & c.
Ce 10 Avril 1733 .
sur cette expression : Faire le déposuit ,
et sur les Bâtons des Confreries.
Ous me marquez , Monsieur , la
peine où vous êtes de comprendre
le sens d'un ancien Reglement de Saint
Jacques de l'Hôpital de Paris , dont on
vous afait voir une copie ; et quoique ce
Reglement n'ait que 230 ans ou environ ,
il contient , dites - vous , certains usages
que vous n'entendez pas , et dont vous
souhaiteriez avoir l'explication. Selon ce
Reglement le Crieur est tenu , avant la
» Fête Monseigneur S. Jacques , d'aller
>> par la Ville à tout sa Clochette , et ves-
» tu de son Corset , crier la Confrairie.
» Item , doit à chaque Pelerin et Peleri-
»> ne quatre épingles pour attacher les
» quatre Cornets des Mantelets des hom-
» mes et les Chapeaux de fleurs des Fem--
» mes ; les Pelerins au Cueur , les Peleri-
» nes hors le Cueur . Item , doit May et
herbes vertes pour la jonchée. Et après
le dîner on porte le Bâton au Cueur , et l'a
est le Trésorier , qui chante et fait le Dé-
» posuit. » Vous demandez ce que c'est
"'
» que
AOUST. 1733. 1765
que faire le Deposuit. On dit bien en
France : Faire le Pain - beni , faire la Saint
Martin . On disoit autrefois, faire les Anges
, faire les trois Maries ,faire le Defruc
in , et même faire les Rois , pour signifier
que trois Ecclesiastiques étoient habillez
en maniere de Rois le jour de l'Epiphanie.
Mais il n'étoit pas plus rare d'y faire
le Deposuit. Ce n'est que le non- usage
qui a fit perdre de vûë la signification
de ce langage . Je vous prie d'avoir attention
à la pénultiéme ligne du Reglement;
elle sert à donner le dénouement de la
cérémonie du Deposuit. ( On porte le Bâton
au Cueur. )
C'est que dans les Confreries , outre
l'Image du S. Patron , placée ordinairement
au dessus des Autels des Eglises ,
ou dans quelque niche , et qu'il est impossible
de transporter , il y en avoit une
petite , que chacun des Confreres étoit
tenu de conserver chez lui pendant un
an à tour de Rôle , et cette Image au retour
de la Fêre, chaque année , étoit mise
sur la Table des Trésoriers ou Receveurs
de la Confrerie, dans la Nef de l'Eglise ,
ou même au Vestibule ; et afiu qu'elle
ne fut pas portée rustiquement par les
rues , mais avec dignité , on avoit un Bâ
ton , orné et embelli selon le temps , au
D iiij
bout
1766 MERCURE DE FRANCE
bout duquel on la portoit élevée ; et même
depuis cette Image resta ainsi posée
sur le Bâton même , qu'on orna dans la
suite de Fuzeaux , garnis de Fleurs et de
Rubans , et on eut soin de la couvrir
d'un petit Plafond ou d'une Arcade en
forme de Coquille ..
Les Bâtons modernes des Chantres de
plusieurs Eglises sont des diminutifs de
ces Bâtons de Confreries pour la forme ; il
n'y a que dans quelques-unes que l'on a
conservé l'ancien usage de les terminer
en Pommeau , en figure d'Oiseau , ou en
bec de Corbin , sans mettre aucun Saint
dessus . Mais venons au Deposuit. Le Magnificat
des Vêpres étant commencé , રે
T'approche du Verset :Deposuit potentes de
sede celui qui avoit rendu ou rapporté
le Bâton , sortoit de Charge ; et à ces paroles
suivantes : Et exaltavit humiles, on
mettoit en place celui à qui c'étoit le tour
de le prendre. Il y avoit quelques variétez
là- dessus selon les Païs ; mais presque
dans toute la France on avoit imaginé
que ce Verset du Magnificat exprimeroit
fort bien la céremonie ; l'un descendoit
en sortant de charge , et l'autre
montoit en y entrant.
;
Il y avoit des Endroits où c'étoit aux
Prêtres à faire cette espece d'installation;
d'au
AOUST. 1733. 1767
d'autres , où celui qui quittoit le Bâton
le mettoit entre les mains de celui qui lui
succedoit. Il paroît qu'à S. Jacques de
l'Hôpital c'étoit le Trésorier qui installoit
le nouveau Bâtonnier , et qui déposoit
l'ancien , en chantant Deposuit , ou'
bien c'étoit celui qui rendoit le Bâton
qu'on appelloit du nom de Trésorier.
Mais en quelques sens que vous le preniez
, soit qu'il installât et mît en place
ou qu'il cedât seulement sa place à un
autre , cela s'appelloit faire le Deposuit..
Dans le Diocèse dont je suis , je sçai que,
jusques bien avant dans le dernier siécle
le Deposuit étoit un Verset si distingué
dans le Magnifieit des secondes Vêpres
d'une Confrerie , qu'aussi - tôt qu'on le
commençoit , celui qui finissoit son année
de Bâtonnier , mettoit le Bâton entre
les mains de celui qui entroit en Charge ,
et à l'instant on sortoit du Choeur et les
Confreres alloient conduire le Bâ:on et
le Bâtonnier jusques dans sa maison.
剩
De vous dire si le Clergé étoit de cette
Procession , c'est ce que je ne sçai pas :
A Paris c'étoit l'usage au milieu de l'avant-
dernier siécle ; mais j'ai reconnu
par un grand nombre d'Ordonnances
Episcopales, faites vers l'an 16 20 et 1622 .
qne l'on finissoit ces jours- là les Vêpres
D.v ex:
1768 MERCURE DE FRANCE
ex abrupto , à Deposuit inclusivement ;
ce qui fut condamné avec raison par
M. de Donadieu , noire Evêque , qui
prescrit de finir les Vêpres à l'ordinaire ;
ce mauvais usage de cesser l'Office à ce
Verset , et de ne le pas continuer , mais
d'entonner tout d'un coup le Te Deum ,
ne pouvoit venir que de la complaisance
de quelques Ecclesiastiques , qui pour un´
leger interêt s'avillissoient jusqu'à aller
conduire des Laïques chez eux , et rendoient
ainsi ces Larques les maîtres des
cérémonies ; de même qu'on a vu encore
de nos jours , des ignares et non - lettrez
qui ont osé s'immiscer de montrer les
Rubriques à leurs Prêtres , et de regler
P'Office divin à leur fantaisie.
Comme un abus invetéré ne peut être
aboli que peu à peu et par la suite du
temps , qu'arriva-t- il de ces deffenses ?
On acheva les Vêpres ; mais après qu'el
les furent dites , on recommençoit le Magnificat
de nouveau , pour faire la cérémonie
; et afin d'avoir occasion de chanter
ce Cantique en entier, on trouva qu'il
étoit plus à propos de ne délivrer le Bâvon
à celui qui devoit le prendre , qu'au
Verset : Suscepit Israël , mais c'étoit toujours
à Deposuit que se faisoit l'abdication
de la Charge du Bâtonnier précédent.
AOUST. 1733. 1769
dent. Voici les termes d'un des Statuts
Synodaux , du 6 May 1642. Nous avions
alors pour Evêque Pierre de Broc. Pendant
que les Baons de Confrerie seront exposez
pour être encheris , l'on ne chantera
Magnificat , et n'appliquera- t- on point ces
Versets Deposuit et Suscepit àla délivranse
d'iceux ; ains , on chantera quelque Antienne
et Répons avec l'Oraison propre en
bonneur du Saint duquel on celebre la fête.
Que l'usage de faire ainsi le Deposuit fur
ancien , c'est ce qui paroît par le Régle
ment d'une des plus anciennes Confrexies
que je connoisse. C'e t celle de la
Fête du premier Janvier , qu'on appelloit
en quelques li ux La Fête des Foux &
Eudes de Sully , Evêque de Paris , ne
voulant et n'osant peut-ut-être pas Fabolir
sout à fait , se contenta de lui prescrire
certaines bornes , er statua pour ce qui
étoit des secondes Vêpres , que le Verset
Deposuit seroit dit tout au plus cinq fois à
et que si le Bâton étoit p is par quel
qu'un , alors on insererot le Te Deum
dans les Vêpres qui seroient terminées
par celui qui les auroit commencées
Deposuit quinquies ad plus dicetur loco
suo , er , si captus fuerit baculus , finito Te
Deum , consummabuntur Vespera ab eo
quofuerant inchoata.
*...
D vj
Co
1770 MERCURE DE FRANCE
Ce Statut qui est de l'an 1198 nous ap
prend l'antiquité des Bâtons des Confre
ries ; mais il nous insinue en même tems
qu'à Paris l'usage avoit été jusqu'alors
de chanter le Verset Deposuit tout autant
de fois qu'il étoit necessaire , jusqu'à ce
que quelqu'un eut pris le Bâton. Le Re
glement de l'Evêque restraint ce nombre
à cinq fois , en supposant qu'il pouvoir
arriver que le Bâton ne fut pas pris ; mais
il permet , au cas qu'il soit accepté , que
ie Te Deum. soit placé dans les Vêpres en
action de graces. Il semble par cet exposé
, que faire alors le Deposuit , étoit de
présenter le Baton pendant qu'on chante
le Verset Deposuit. Je ne sçai si je vous
mets au fait de ce langage, comme j'y suis;
moi , qui dès ma jeunesse , ait été accou
tumé à entendre faire des encheres sur
ces Batons des Saints après l'Office fini .
Voilà , au reste , une espece de Baton à
inserer dans le Glossaire de M.du Cange,
sous le titre de Baculus Confratriarum ou
Festivitatum. J'ai été surpris de ne le pas
trouver dans la nouvelle Edition qui
vient de paroître , non plus que le Defructus
, dont j'ai donné une ample explication
dans le Mercure de Février
1726. pag. 218.-
Je ne suis pas sorti des limites de l'ang
cienne
AOUST. 1733- 1771
cienne Province de Sens , pour ne pas
trop m'étendre en remarques sur cet usage
de faire le Deposuit ; vous pourrez apprendre
dans la suite , quelle étoit la pra
tique de quelques autres Provinces . Voici
les termes des Staturs du Synode de Paris-
1557. que j'ai cité cy dessus : Baculorum
eum imaginibus conductum ad domos Late
corum cum turba Sacerdotum Laïcorum mimorum
districtè.. .inhibemus . (fol.1 . n.18 . ),
Le P. le Brun a paru croire dans son Livre
contre les Comédiens que l'on faisoit des
boufonneries de Théatre en ces sortes,
d'occasions ; mais , non ; il est seulement
vrai que pour la conduite de ces Batons , il
y avoit des Violons qui joüoient des airs
d'Eglise , et les Farceurs ne sont nommez
dans ce Statut , que parce que souvent on
se servoit d'eux pour enen jouer, mais alors
ils étoient habillez modestement et de la
même maniere que l'on a pû en voir en
certains Pays encore de nos jours , à la
Procession de la Fête-Dieu , avant que le
tems fut venu d'y regarder de plus près.
Je suis , Monsieur , & c.
Ce 10 Avril 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite d'Auxerre, à M.... sur cette expression : Faire le déposuit, et sur les Bâtons des Confreries.
En août 1733, une lettre rédigée à Auxerre répond à une demande d'explication sur un ancien règlement de la confrérie de Saint-Jacques de l'Hôpital de Paris, daté d'environ 230 ans plus tôt. Ce règlement décrit plusieurs pratiques, notamment le rôle du crieur avant la fête de Saint-Jacques, la distribution d'épingles aux pèlerins, et la préparation de jonchées pour la cérémonie. La lettre se concentre principalement sur l'explication de l'expression 'faire le déposuit,' une cérémonie où le bâton de la confrérie est porté au cœur de l'église. Ce bâton, souvent orné et surmonté d'une image sainte, est transmis d'un confrère à un autre lors du verset 'Deposuit' du Magnificat des vêpres. Cette cérémonie marque la fin du mandat d'un confrère et l'entrée en fonction d'un nouveau. La lettre mentionne également les variations de cette pratique selon les régions et les époques, soulignant l'antiquité et la diversité des usages associés aux bâtons des confréries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
66
p. 1983-1988
MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
Début :
On lit dans les Actes de S. Aignan, Evêque d'Orleans, recueillis par la [...]
Mots clefs :
Saint Aignan, Orléans, Évêque, Église, Corps, Sépulture, Enterrer, Clovis, Translation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
MEMOIRE de M.... sur le Liew
de la Sépulture de S. Aignan , Evêque
d'Orleans.
N lit dans les Actes de S. Aignan ,
Evêqued'Orleans , recueillis par la
Saussaye ( 1 ) et par Hubert , dans
ses Preuves sur les Antiquitez de saint
Aignan , et inserées en partie dans le Ŕecueil
de Surius , que ce saint Evêque
qui mourut en 453. fut d'abord enterré
dans l'Eglise de S. Laurent des Orgerils
et y fut long- temps l'objet de la veneration
des Fideles , jusqu'à ce qu'on le
transporta de l'autre côté de la Ville
dans l'Eglise qui porte aujourd'hui son
nom ( 2 ) et qui étoit alors dédiée à l'Apôtre
S. Pierre.
Ce fait néanmoins n'est rien moins que
probable ; et sans vouloir s'inscrire en
faux contre les Actes qui le rapportent ,
et qui ne sont pas d'une authenticité
irreprochable ,il suffit de lire les Auteurs:
anciens qui nous ont parlé de S. Aignan,
(1) Annal. Eccles . Aurel.
(2 ) Autrefois cette Eglise qui se trouve mains
tenant dans la Ville , en étoit hors.
D vj pour
1984 MERCURE DE FRANCE
pour voir que le Corps de ce grand Saint
n'a jamais changé de place , et qu'il a tou
jours été dans l'Eglise ( 1 ) qui porte son
nom , et où l'on conserve encore ce qui
* pû échapper de ses précieuses Reliques.
à l'impieté des Calvinistes, dans les troubles
de 1562 .
Le silence de quelques uns de ces Au
teurs sur le lieu de la sépulture de notre
Saint , ne prouve rien pour l'Eglise
de S. Laurent , au contraire ce silence
n'auroit- il pas quelque chose de surprenant
, si en effet le Corps de S. Aignan
eût été d'abord enterré ailleurs que dans
PEglise qui portoit son nom de leur
temps ? et ce temps étoit- il si éloigné de
celui du saint Evêque , qu'ils eussent pû
ignorer un fait de cette nature ?
Car enfin ces précieuses Reliques n'ont
pû changer ainsi de place sans bruit et
sans éclat. Il falloit traverser la Ville
dans toute sa longueur d'Occident en
Orient , et la Tranflation dut être fort
solemnelle ; supposé donc , ce qui n'est
gueres croyable , qu'on en fût venu jusqu'à
ignorer le temps de cette Tranflation
, comment auroit- on pû perdre st
tôt le souvenir de la Tranflation même
(1) Cette Eglise est dans le Fauxbourg Ocoi
dental de la Ville, sur le bord de la Loire.
CeSEPTEMBRE
. 1733. 1989
Cependant il se trouve non- seulement
que personne n'en fait mention , mais
'on ne nous en dit pas même le moindre
mot qui puisse faire rien conjecturer
de semblable .( 1 ) Leodebod , Abbé de
S. Aignan et Fondateur de l'Abbaye de
S. Benoît sur Loire , sous le Regne de
Clovis II. parle ainsi de l'Eglise de saint
Aignan Dum me divina pietas Basilica
Domini Aniani , ubi ipse Dominus in corpore
requiescit , Abbati sublimatum honore,
& c. et plus bas : Monasterium sancti
Petri adificare delibero , ubi jam dictus vir
Dei sanctus videlicet Prasul Anianus , con
dignè jacet tumulatus . ( 2 ) Fredegaire , parlant
du Serment de fidelité que Godin
fils de Warnachaire , Maire du Palais
de Bourgogne sous Clotaire II . devoit
prêter sur les Reliques de S. Aignan ,
dit simplement : Ut Aurelianis in Ecclesia
sancti Aniani .... sacramentum impleturus
adiret. Gregoire ( 3 ) de Tours dit
que Namatius , Evêque d'Orleans , mort
à la fin du sixiéme siecle , fut enterré
dans l'Eglise de S. Aignan : Corpusculum
ejus ad urbem suam delatum in Basilica
* ( 1 ) Duchesne , Tom. 4. Hist. Franc. page
39. c.
(2 ) N. 54. p. 63.2.
(3) Lag. & 18: p. 437
saneta
1936 MERCURE DE FRANCE
...
sancti Aniani Confessoris sepultum est. ( 1)
L'Auteur anonime de la Vie de S. Mesmin
, qui écrivoit , comme l'on croit
au septiéme siecle , dit que S. Euspice
fut enterré dans l'Eglise de S. Aignan ,
auprès du Corps de S. Aignan même
et à sa droite : Visum est . ut in bea
tissimi Aniani Ecclesiam Corpus ejus transferretur
, et ad dextram partem corporis ejus
dem sanctissimi viri poneretur. Il ajoûte :
Quum placuisset ut per medium civitatis
sancia Reliquia portarentur.... et ventum
esset ad portam Orientalem ejuslem urbis .
que transmittit ad Monasterium sancti
Aniani , & c.
On voit clairement ici et sans équivoque
, que le Corps de S. Aignan étoit
dans l'Eglise de S. Aignan , et que cette
Eglise étoit à l'Orient de la Ville d'Or
léans , du côté diametramelement opposé
à celle de S Laurent , qui est à
Occident. Or S. Euspice vivoit sous.
Clovis I. Donc le Corps de S. Aignan
reposoit dès ce temps - là dans l'Eglise
qui porte aujourd'hui son ' nom , sans
qu'il paroisse encore qu'il y eût été
transporté d'ailleurs . Un témoignage du
même temps , quoique peut- être moins
recevable dans l'esprit de plusieurs , se
(4) Mabill. Act. SS . Ben. T. 1. p. 535. n. 18.
tire
SEPTEMBRE. 1733. 1987
tire de la vie de sainte Geneviève , ( 1 )
écrite dix - huit ans après sa mort et du
Mile que cette Sainte fit à Orleans
dans l'Eglise de S. Aignan : In sancti
Antani Basilica. Quand on voudroit
s'inscrire en faux contre le Miracle , il
demeureroit toujours vrai que du temps
de cet Historien , l'Eglise qui porte aujour
d'hui le nom de S. Aignan , renfermoit
le Corps de ce saint Evêque.. Dans quel
temps donc y aura - t'il été transporté ?
On ne peut guere compter que cinquante
ans d'intervalle entre la mort de saint
Aignan et le commencement du Regne
de Clovis I. Sera -ce du temps de Clovis
même , et par les ordres de ce Prince ,
comme le prétend Gubert ? Mais quelle
preuve en a- t'on ? aucune . Disons mieux,
il n'y a aucune preuve , pas même le
moindre indice de Tranflation ,
soit depuis
, soit devant Clovis ; mais on a contre
ce sentiment quelque chose de plus
positif, et il est aisé de prouver que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'il est combattu
par une Tradition contraire .
Un ancien Manuscrit ( 2 ) parlant de
la Translation de S. Baudifle à Orleans ,
( 1) Manuscrit de l'Abbaye de sainte Geneviève..
(2 ) Manuscrit de la Bibliotheque du Roy , N° ..
XXXVIII, qui a appartenu à M. Duchesne...
dit
1988 MERCURE DE FRANCE
dit que S. Aignan en apporta le Corps
de Nismes à Orleans , et qu'il le déposa
dans l'Eglise de S. Pierre , où il
même enterré depuis : Anianus... Baudelii..
Corpus.... in Ecclesia Beati Petri extra
muros civitatis Aureliana recondit in qua
et ipse post modum repositus est . Or , jamais
l'Eglise de S. Laurent n'a porté le
nom de S. Pierre ; c'est donc dans celle
de S. Aignan que l'Auteur veut dire que
S.Baudille a été transporté , et par conséquent
il croyoit que S. Aignan lui -même
n'avoit point été enterré ailleurs. C'en est
assez pour récuser l'autorité des Actes
de ce S. Evêque , lorsqu'ils avancent qu'il
fut enterré dans l'Eglise de S. Laurent.
Aussi les Freres de sainte Marthe, qui ont
suivi exactement la Saussaye et Guyon
dans leur Catalogue des Evêques d'Or-
Jeans , se sont bien gardez de s'en rapporter
à eux au sujet de la sépulture
de S. Aignan : Tumulatus est , disent ces
Illustres Freres , in ade sancti Petri Apos
toli , nunc dicta ab ejus nomine Regalis
Collegiata sancti Aniani in urbe.
de la Sépulture de S. Aignan , Evêque
d'Orleans.
N lit dans les Actes de S. Aignan ,
Evêqued'Orleans , recueillis par la
Saussaye ( 1 ) et par Hubert , dans
ses Preuves sur les Antiquitez de saint
Aignan , et inserées en partie dans le Ŕecueil
de Surius , que ce saint Evêque
qui mourut en 453. fut d'abord enterré
dans l'Eglise de S. Laurent des Orgerils
et y fut long- temps l'objet de la veneration
des Fideles , jusqu'à ce qu'on le
transporta de l'autre côté de la Ville
dans l'Eglise qui porte aujourd'hui son
nom ( 2 ) et qui étoit alors dédiée à l'Apôtre
S. Pierre.
Ce fait néanmoins n'est rien moins que
probable ; et sans vouloir s'inscrire en
faux contre les Actes qui le rapportent ,
et qui ne sont pas d'une authenticité
irreprochable ,il suffit de lire les Auteurs:
anciens qui nous ont parlé de S. Aignan,
(1) Annal. Eccles . Aurel.
(2 ) Autrefois cette Eglise qui se trouve mains
tenant dans la Ville , en étoit hors.
D vj pour
1984 MERCURE DE FRANCE
pour voir que le Corps de ce grand Saint
n'a jamais changé de place , et qu'il a tou
jours été dans l'Eglise ( 1 ) qui porte son
nom , et où l'on conserve encore ce qui
* pû échapper de ses précieuses Reliques.
à l'impieté des Calvinistes, dans les troubles
de 1562 .
Le silence de quelques uns de ces Au
teurs sur le lieu de la sépulture de notre
Saint , ne prouve rien pour l'Eglise
de S. Laurent , au contraire ce silence
n'auroit- il pas quelque chose de surprenant
, si en effet le Corps de S. Aignan
eût été d'abord enterré ailleurs que dans
PEglise qui portoit son nom de leur
temps ? et ce temps étoit- il si éloigné de
celui du saint Evêque , qu'ils eussent pû
ignorer un fait de cette nature ?
Car enfin ces précieuses Reliques n'ont
pû changer ainsi de place sans bruit et
sans éclat. Il falloit traverser la Ville
dans toute sa longueur d'Occident en
Orient , et la Tranflation dut être fort
solemnelle ; supposé donc , ce qui n'est
gueres croyable , qu'on en fût venu jusqu'à
ignorer le temps de cette Tranflation
, comment auroit- on pû perdre st
tôt le souvenir de la Tranflation même
(1) Cette Eglise est dans le Fauxbourg Ocoi
dental de la Ville, sur le bord de la Loire.
CeSEPTEMBRE
. 1733. 1989
Cependant il se trouve non- seulement
que personne n'en fait mention , mais
'on ne nous en dit pas même le moindre
mot qui puisse faire rien conjecturer
de semblable .( 1 ) Leodebod , Abbé de
S. Aignan et Fondateur de l'Abbaye de
S. Benoît sur Loire , sous le Regne de
Clovis II. parle ainsi de l'Eglise de saint
Aignan Dum me divina pietas Basilica
Domini Aniani , ubi ipse Dominus in corpore
requiescit , Abbati sublimatum honore,
& c. et plus bas : Monasterium sancti
Petri adificare delibero , ubi jam dictus vir
Dei sanctus videlicet Prasul Anianus , con
dignè jacet tumulatus . ( 2 ) Fredegaire , parlant
du Serment de fidelité que Godin
fils de Warnachaire , Maire du Palais
de Bourgogne sous Clotaire II . devoit
prêter sur les Reliques de S. Aignan ,
dit simplement : Ut Aurelianis in Ecclesia
sancti Aniani .... sacramentum impleturus
adiret. Gregoire ( 3 ) de Tours dit
que Namatius , Evêque d'Orleans , mort
à la fin du sixiéme siecle , fut enterré
dans l'Eglise de S. Aignan : Corpusculum
ejus ad urbem suam delatum in Basilica
* ( 1 ) Duchesne , Tom. 4. Hist. Franc. page
39. c.
(2 ) N. 54. p. 63.2.
(3) Lag. & 18: p. 437
saneta
1936 MERCURE DE FRANCE
...
sancti Aniani Confessoris sepultum est. ( 1)
L'Auteur anonime de la Vie de S. Mesmin
, qui écrivoit , comme l'on croit
au septiéme siecle , dit que S. Euspice
fut enterré dans l'Eglise de S. Aignan ,
auprès du Corps de S. Aignan même
et à sa droite : Visum est . ut in bea
tissimi Aniani Ecclesiam Corpus ejus transferretur
, et ad dextram partem corporis ejus
dem sanctissimi viri poneretur. Il ajoûte :
Quum placuisset ut per medium civitatis
sancia Reliquia portarentur.... et ventum
esset ad portam Orientalem ejuslem urbis .
que transmittit ad Monasterium sancti
Aniani , & c.
On voit clairement ici et sans équivoque
, que le Corps de S. Aignan étoit
dans l'Eglise de S. Aignan , et que cette
Eglise étoit à l'Orient de la Ville d'Or
léans , du côté diametramelement opposé
à celle de S Laurent , qui est à
Occident. Or S. Euspice vivoit sous.
Clovis I. Donc le Corps de S. Aignan
reposoit dès ce temps - là dans l'Eglise
qui porte aujourd'hui son ' nom , sans
qu'il paroisse encore qu'il y eût été
transporté d'ailleurs . Un témoignage du
même temps , quoique peut- être moins
recevable dans l'esprit de plusieurs , se
(4) Mabill. Act. SS . Ben. T. 1. p. 535. n. 18.
tire
SEPTEMBRE. 1733. 1987
tire de la vie de sainte Geneviève , ( 1 )
écrite dix - huit ans après sa mort et du
Mile que cette Sainte fit à Orleans
dans l'Eglise de S. Aignan : In sancti
Antani Basilica. Quand on voudroit
s'inscrire en faux contre le Miracle , il
demeureroit toujours vrai que du temps
de cet Historien , l'Eglise qui porte aujour
d'hui le nom de S. Aignan , renfermoit
le Corps de ce saint Evêque.. Dans quel
temps donc y aura - t'il été transporté ?
On ne peut guere compter que cinquante
ans d'intervalle entre la mort de saint
Aignan et le commencement du Regne
de Clovis I. Sera -ce du temps de Clovis
même , et par les ordres de ce Prince ,
comme le prétend Gubert ? Mais quelle
preuve en a- t'on ? aucune . Disons mieux,
il n'y a aucune preuve , pas même le
moindre indice de Tranflation ,
soit depuis
, soit devant Clovis ; mais on a contre
ce sentiment quelque chose de plus
positif, et il est aisé de prouver que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'il est combattu
par une Tradition contraire .
Un ancien Manuscrit ( 2 ) parlant de
la Translation de S. Baudifle à Orleans ,
( 1) Manuscrit de l'Abbaye de sainte Geneviève..
(2 ) Manuscrit de la Bibliotheque du Roy , N° ..
XXXVIII, qui a appartenu à M. Duchesne...
dit
1988 MERCURE DE FRANCE
dit que S. Aignan en apporta le Corps
de Nismes à Orleans , et qu'il le déposa
dans l'Eglise de S. Pierre , où il
même enterré depuis : Anianus... Baudelii..
Corpus.... in Ecclesia Beati Petri extra
muros civitatis Aureliana recondit in qua
et ipse post modum repositus est . Or , jamais
l'Eglise de S. Laurent n'a porté le
nom de S. Pierre ; c'est donc dans celle
de S. Aignan que l'Auteur veut dire que
S.Baudille a été transporté , et par conséquent
il croyoit que S. Aignan lui -même
n'avoit point été enterré ailleurs. C'en est
assez pour récuser l'autorité des Actes
de ce S. Evêque , lorsqu'ils avancent qu'il
fut enterré dans l'Eglise de S. Laurent.
Aussi les Freres de sainte Marthe, qui ont
suivi exactement la Saussaye et Guyon
dans leur Catalogue des Evêques d'Or-
Jeans , se sont bien gardez de s'en rapporter
à eux au sujet de la sépulture
de S. Aignan : Tumulatus est , disent ces
Illustres Freres , in ade sancti Petri Apos
toli , nunc dicta ab ejus nomine Regalis
Collegiata sancti Aniani in urbe.
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Résumé : MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
Le texte traite de la sépulture de saint Aignan, évêque d'Orléans, décédé en 453. Selon les Actes de saint Aignan, recueillis par la Saussaye et Hubert, le saint aurait été initialement inhumé dans l'église de Saint-Laurent des Orgerils avant d'être transféré dans l'église dédiée à saint Pierre, aujourd'hui connue sous le nom de saint Aignan. Toutefois, cette version est contestée par un mémorialiste qui affirme que le corps de saint Aignan n'a jamais été déplacé et a toujours reposé dans l'église portant son nom. Plusieurs auteurs anciens, tels que Leodebod, abbé de Saint-Aignan, et Grégoire de Tours, confirment que les reliques de saint Aignan se trouvaient dans l'église Saint-Aignan. Le silence de certains auteurs sur un éventuel transfert est interprété comme une preuve que le corps du saint n'a jamais été déplacé. Un ancien manuscrit mentionne que saint Aignan a apporté le corps de saint Baudille à Orléans et l'a déposé dans l'église de Saint-Pierre, où il aurait lui-même été enterré. Cela renforce l'idée que l'église de Saint-Laurent n'a jamais été impliquée. Les Frères de Sainte-Marthe, dans leur catalogue des évêques d'Orléans, confirment également que saint Aignan a été enterré dans l'église Saint-Pierre, aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Aignan. Ces témoignages convergent pour affirmer que la sépulture de saint Aignan n'a pas été déplacée et se trouve dans l'église dédiée à son nom.
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67
p. 2078-2084
BENEFICES DONNEZ par le Roy.
Début :
Le 25. Juillet, la Coadjutorerie de l'Abbaye de Notre Dame de Meaux, [...]
Mots clefs :
Abbaye, Diocèse, Évêque, Roi, Paris, Rouen, Vicaire général, Abbé commandataire, Ordre de Cîteaux
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
BENEFICES DONNEZ
par le Roy.
E 25. Juillet , la Coadjutorerie de
LAbbaye de Notre - Dame de Meaux ,
en faveur de la Dame de Bonnardy ,
Prieure
SEPTEMBRE. 1733. 2079
Prieure perpetuelle du Convent de Mondenis
, du consentement de la Dame
Pajot, Abbesse de cette Abbaye.
L'Abbaye de Chazeaux , à Lyon , vacante
par le décès de la Dame de Silvecanne
, en faveur de la Dame de Beaumont
, Prieure des Religieuses Benedicfines
de Cognac.
;
L'Abbaye Réguliere de Barbery , vacante
par la démission de Dom Fitsharbert
, en faveur de Dom Lambelin , Prieur
de l'Abbaye de Royaumont.
L'Abbaye de S. Paul de Besançon ;
vacante par le décès de M. de Beauffremont
, en faveur de M. Boisot.
L'Abbaye de S. Taurin , vacante par
le décès de M. le Normant , Evêque d'Evreux
, en faveur de M. d'Harcourt ,
Doyen de Notre- Dame de Paris.
L'Abbaye de S. Liguaire , vacante par
le décès du dernier Titulaire Comman
dataire , en faveur de M. de Foudras
Evéque de Poitiers .
L'Abbaye Royale du Lis , prés de Me
lun , Diocèse de Sens , vacante par là
mort de Madame d'Apremont , a été
donnée à Madame ... Crapadot ,
Prieure des Benedictines de Provins.
Le 28. Août , le Roy a nommé , aux
Archevêchez et Evêchez suivans.
H vi A
2080 MERCURE DE FRANCE
A l'Archevêché de Rouen , vacant du
18. Avril dernier , par la mort de Louis
de la Vergne de Tressan , l'Evêque et
Comte de Châlons , premier Aumônier
de la Reine , à la charge de 5800. livres
de pension . Il se nomme Nicolas de Saulx
de Tavanes , est né le 19.Septembre 1650 .
et a été d'abord Chanoine de S. Jean ,
et Comte de Lyon. Il fut député de la
Province de Sens à l'Assemblée generale
du Clergé de France de 1715. et Promoteur
de cette Assemblée , reçû Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris ,
le 18. Mars 1716. pourvû de l'Abbaye
du Mont S. Benoît , Ordre de S. Augustin
, Diocèse de Besançon , le 23. Octobre
1717. et étant Vicaire Général dé
Pontoise , le Roy le nomma le 8. Janvier
1721 à l'Evêché de Châlons , Com.
té- Pairie de France. Il fut Sacré le 9.
Novembre suivant dans l'Eglise des
Théatins à Paris , par l'ancien Evêque
de Fréjus , aujourdhui Cardinal , assisté
des Evêques d'Avranches et de Mirepoix,
et le 11. du même mois il prêta Serment .
de fidelité entre les mains du Roy , en
présence du Duc d'Orleans Régent. Il
prit séance au Parlement en qualité de
Pair de France , après avoir prêté le Serment
accoûtumé >, le 4. Décembre, 1721.
assista
SEPTEMBRE . 1733 208r
assista au Sacre du Roy le 25. Octobre
1722. y réprésentant l'Evêque Duc de
Langres , absent ; donna la Bénediction
Nuptiale au Duc et à la feüe Duchesse
d'Orleans , dans son Château de Sarry ,
le 14. Juillet 1724. obtint le 12. Mars
1725. l'Abbaye de S. Michel en Thiera
che , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Laon ; fut nommé au mois de May suivant
premier Aumônier de la Reine , et
fut député de la Province de Reims à
l'Assemblée generale du Clergé , tenue
en la même année à Paris . Il est fils de
Charles-Marie de Saulx , Comte de Ta
vannes et de Beaumont , Grand- Bailly
de Dijon , et Lieutenant Général au Gou
vernement de Bourgogne , mort le 28.
Juin 1793. âgé de 54. ans , et de feüe
D. Marie Catherine d'Aguesseau , mortë
le 25. Janvier 1729. âgée de 66. ans ,
soeur de Henry- François d'Aguesseau ,
Chancelier de France.
I A l'Evêché de Metz , Suffragant de
Tréves , vacant du 28. Novembre 1732.
par le décès de Henry- Charles du Cambour
, Duc de Coiflin , Pair de France ,
Evêque Comte de Noyon , Claude de
5. Simon , né le 20. Septembre 1695. à
ว่า charge de 10300. livres de pension
legnel fut nommé Abbé Commandataire
de
2082 MERCURE DE FRANCE
de l'Abbaye de Jumieges , Ordre S.Benoît,
Diocèse de Rouen , le 20. Janvier 116.
et Evêque- Comte de Noyon , Pair de
France , au mois de Juillet 1731. Il fut
sacré le 15. Juin 1732. dans l'Eglise du
Noviciat des Dominicains à Paris , par
1'Archevêque de Rouen , assisté des Evê
ques d'Usés et de Bayeux , et il préta
Serment et prit séance au Parlement dé
Paris , en qualité de Pair de France , le
12. Janvier 1733. Il est fils de feu Titus-
Eustache de S. Simon , Seigneur de Falvy
sur Somme , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoises , et Brigadier des Armées
du Roy , mort le premier Septembre
1712. âgé de 58. ans , et de D. Claire
Eugenie d'Hauterive , de Villesecq .
A l'Evêché de Châlons , Comté- Pairie
de France , Suffragant de Reims , vacant
par la tranflation du dernier Titulaire
à Rouen , Claude Antoine de Choiseul ;
Prêtre du Diocèse de Langres , né le
premier Novembre 1697 Licentié en
Théologie de la Faculté de Paris , de la
Maison et Societé de Navarre , et Vicaire
General de Gabriel Florent de Choiseul ,
Evêque de Mendes , son oncle. Il fur
fait Aumônier du Roy au mois de Juil
let 1728. assista à l'Assemblée du Clergé
de France , tenue en 1736. en qualité de
l'un
武
SEPTEMBRE. 1733. 2083
l'un des Députez de la Province d'Albi,
et obtint au mois de Jain de la même
année , l'Abbaye de N. D. de Bolbonne
Ordre de Cîteaux , Diocèse de Mirepoix
, qui fut préconisée et proposée pour
lui à Rome par le Cardinal Ottoboni
les 2. Octobre 1730. et 21. May 1731. Ik
est fils de feu Antoine Cleriadus de Choi
şeul- Beaupré , Seigneur d'Aillecourt , ap
pellé le Comte de Choiseul , Lieutenant
General au Gouvernement de Champagne
, Bailly de Chaumont et de Vitry ;
et Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , mort le 19. Avril 1726. âgé de
62 ans , er de D. Anne - Françoise de
Barillon de Morangis , sa veuve.
A l'Evêché de Noyon , Comté- Pairie
de France , Suffragant de Reims , vacant
par la tranflation du dernier Titulaire
celui de Metz , Jean - François de la
Cropte de Bourzac , Prêtre du Diocèse de
Paris, d'une Famille noble de la Province
du Limosin , Vicaire Géneral de Limoges
, et nommé au mois d'Octobre 1729 .
Abbé Commandataire de l'abbaye de
S. Martial de Limoges , qui fut préconisée
et proposée pour lui à Rome le 23 .
Décembre 1729. et le 24. Juillet 1730 .
A celui d'Amiens , Suffragant de Keims,'
vacant du 20. Janvier 1733. par la mort
de
2084 MERCURE DE FRANCE
de Pierre Sabatier , Louis- François- Gabriel
d'Orleans de la Motte , Prêtre , Vi
caire Génerál du Diocèse de Senez , nommé
à cette Place par l'Archevêque d'Embrun
, au lieu de Jean d'Yse de Saleon ,
devenu Evêque d'Agen , et reconnu en
cette qualité par le Chapitre de Senez ,
le 27. Juin 1729. l'Abbaye de Sellieres ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Troyes ,
lui fut donnée au mois de Décemb. 173 1 .
Et à l'Evêché d'Evreux , Suffragant de
Rouen , vacant du 7. May dernier , par
le décès de Jean le Normant , Pierre-
Jules - Cesar de Rochechouart , Prêtre
du Diocèse d'Orleans , Vicaire Géneral
de ce Diocèse , et Prieur Commandataire
de S. Lo de Rolien , pourvû de ce Bénefice
au mois de Décembre 1724. fils
de Louis de Rochechouart , Seigneur.de
Montigny et du Monceau en Beauce ,
de même Maison que les Ducs de Mortemart
, et d'Elizabeth de Cugnac de
Joui , sa femme.
par le Roy.
E 25. Juillet , la Coadjutorerie de
LAbbaye de Notre - Dame de Meaux ,
en faveur de la Dame de Bonnardy ,
Prieure
SEPTEMBRE. 1733. 2079
Prieure perpetuelle du Convent de Mondenis
, du consentement de la Dame
Pajot, Abbesse de cette Abbaye.
L'Abbaye de Chazeaux , à Lyon , vacante
par le décès de la Dame de Silvecanne
, en faveur de la Dame de Beaumont
, Prieure des Religieuses Benedicfines
de Cognac.
;
L'Abbaye Réguliere de Barbery , vacante
par la démission de Dom Fitsharbert
, en faveur de Dom Lambelin , Prieur
de l'Abbaye de Royaumont.
L'Abbaye de S. Paul de Besançon ;
vacante par le décès de M. de Beauffremont
, en faveur de M. Boisot.
L'Abbaye de S. Taurin , vacante par
le décès de M. le Normant , Evêque d'Evreux
, en faveur de M. d'Harcourt ,
Doyen de Notre- Dame de Paris.
L'Abbaye de S. Liguaire , vacante par
le décès du dernier Titulaire Comman
dataire , en faveur de M. de Foudras
Evéque de Poitiers .
L'Abbaye Royale du Lis , prés de Me
lun , Diocèse de Sens , vacante par là
mort de Madame d'Apremont , a été
donnée à Madame ... Crapadot ,
Prieure des Benedictines de Provins.
Le 28. Août , le Roy a nommé , aux
Archevêchez et Evêchez suivans.
H vi A
2080 MERCURE DE FRANCE
A l'Archevêché de Rouen , vacant du
18. Avril dernier , par la mort de Louis
de la Vergne de Tressan , l'Evêque et
Comte de Châlons , premier Aumônier
de la Reine , à la charge de 5800. livres
de pension . Il se nomme Nicolas de Saulx
de Tavanes , est né le 19.Septembre 1650 .
et a été d'abord Chanoine de S. Jean ,
et Comte de Lyon. Il fut député de la
Province de Sens à l'Assemblée generale
du Clergé de France de 1715. et Promoteur
de cette Assemblée , reçû Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris ,
le 18. Mars 1716. pourvû de l'Abbaye
du Mont S. Benoît , Ordre de S. Augustin
, Diocèse de Besançon , le 23. Octobre
1717. et étant Vicaire Général dé
Pontoise , le Roy le nomma le 8. Janvier
1721 à l'Evêché de Châlons , Com.
té- Pairie de France. Il fut Sacré le 9.
Novembre suivant dans l'Eglise des
Théatins à Paris , par l'ancien Evêque
de Fréjus , aujourdhui Cardinal , assisté
des Evêques d'Avranches et de Mirepoix,
et le 11. du même mois il prêta Serment .
de fidelité entre les mains du Roy , en
présence du Duc d'Orleans Régent. Il
prit séance au Parlement en qualité de
Pair de France , après avoir prêté le Serment
accoûtumé >, le 4. Décembre, 1721.
assista
SEPTEMBRE . 1733 208r
assista au Sacre du Roy le 25. Octobre
1722. y réprésentant l'Evêque Duc de
Langres , absent ; donna la Bénediction
Nuptiale au Duc et à la feüe Duchesse
d'Orleans , dans son Château de Sarry ,
le 14. Juillet 1724. obtint le 12. Mars
1725. l'Abbaye de S. Michel en Thiera
che , Ordre de S. Benoît , Diocèse de
Laon ; fut nommé au mois de May suivant
premier Aumônier de la Reine , et
fut député de la Province de Reims à
l'Assemblée generale du Clergé , tenue
en la même année à Paris . Il est fils de
Charles-Marie de Saulx , Comte de Ta
vannes et de Beaumont , Grand- Bailly
de Dijon , et Lieutenant Général au Gou
vernement de Bourgogne , mort le 28.
Juin 1793. âgé de 54. ans , et de feüe
D. Marie Catherine d'Aguesseau , mortë
le 25. Janvier 1729. âgée de 66. ans ,
soeur de Henry- François d'Aguesseau ,
Chancelier de France.
I A l'Evêché de Metz , Suffragant de
Tréves , vacant du 28. Novembre 1732.
par le décès de Henry- Charles du Cambour
, Duc de Coiflin , Pair de France ,
Evêque Comte de Noyon , Claude de
5. Simon , né le 20. Septembre 1695. à
ว่า charge de 10300. livres de pension
legnel fut nommé Abbé Commandataire
de
2082 MERCURE DE FRANCE
de l'Abbaye de Jumieges , Ordre S.Benoît,
Diocèse de Rouen , le 20. Janvier 116.
et Evêque- Comte de Noyon , Pair de
France , au mois de Juillet 1731. Il fut
sacré le 15. Juin 1732. dans l'Eglise du
Noviciat des Dominicains à Paris , par
1'Archevêque de Rouen , assisté des Evê
ques d'Usés et de Bayeux , et il préta
Serment et prit séance au Parlement dé
Paris , en qualité de Pair de France , le
12. Janvier 1733. Il est fils de feu Titus-
Eustache de S. Simon , Seigneur de Falvy
sur Somme , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoises , et Brigadier des Armées
du Roy , mort le premier Septembre
1712. âgé de 58. ans , et de D. Claire
Eugenie d'Hauterive , de Villesecq .
A l'Evêché de Châlons , Comté- Pairie
de France , Suffragant de Reims , vacant
par la tranflation du dernier Titulaire
à Rouen , Claude Antoine de Choiseul ;
Prêtre du Diocèse de Langres , né le
premier Novembre 1697 Licentié en
Théologie de la Faculté de Paris , de la
Maison et Societé de Navarre , et Vicaire
General de Gabriel Florent de Choiseul ,
Evêque de Mendes , son oncle. Il fur
fait Aumônier du Roy au mois de Juil
let 1728. assista à l'Assemblée du Clergé
de France , tenue en 1736. en qualité de
l'un
武
SEPTEMBRE. 1733. 2083
l'un des Députez de la Province d'Albi,
et obtint au mois de Jain de la même
année , l'Abbaye de N. D. de Bolbonne
Ordre de Cîteaux , Diocèse de Mirepoix
, qui fut préconisée et proposée pour
lui à Rome par le Cardinal Ottoboni
les 2. Octobre 1730. et 21. May 1731. Ik
est fils de feu Antoine Cleriadus de Choi
şeul- Beaupré , Seigneur d'Aillecourt , ap
pellé le Comte de Choiseul , Lieutenant
General au Gouvernement de Champagne
, Bailly de Chaumont et de Vitry ;
et Lieutenant Géneral des Armées du
Roy , mort le 19. Avril 1726. âgé de
62 ans , er de D. Anne - Françoise de
Barillon de Morangis , sa veuve.
A l'Evêché de Noyon , Comté- Pairie
de France , Suffragant de Reims , vacant
par la tranflation du dernier Titulaire
celui de Metz , Jean - François de la
Cropte de Bourzac , Prêtre du Diocèse de
Paris, d'une Famille noble de la Province
du Limosin , Vicaire Géneral de Limoges
, et nommé au mois d'Octobre 1729 .
Abbé Commandataire de l'abbaye de
S. Martial de Limoges , qui fut préconisée
et proposée pour lui à Rome le 23 .
Décembre 1729. et le 24. Juillet 1730 .
A celui d'Amiens , Suffragant de Keims,'
vacant du 20. Janvier 1733. par la mort
de
2084 MERCURE DE FRANCE
de Pierre Sabatier , Louis- François- Gabriel
d'Orleans de la Motte , Prêtre , Vi
caire Génerál du Diocèse de Senez , nommé
à cette Place par l'Archevêque d'Embrun
, au lieu de Jean d'Yse de Saleon ,
devenu Evêque d'Agen , et reconnu en
cette qualité par le Chapitre de Senez ,
le 27. Juin 1729. l'Abbaye de Sellieres ,
Ordre de Citeaux , Diocèse de Troyes ,
lui fut donnée au mois de Décemb. 173 1 .
Et à l'Evêché d'Evreux , Suffragant de
Rouen , vacant du 7. May dernier , par
le décès de Jean le Normant , Pierre-
Jules - Cesar de Rochechouart , Prêtre
du Diocèse d'Orleans , Vicaire Géneral
de ce Diocèse , et Prieur Commandataire
de S. Lo de Rolien , pourvû de ce Bénefice
au mois de Décembre 1724. fils
de Louis de Rochechouart , Seigneur.de
Montigny et du Monceau en Beauce ,
de même Maison que les Ducs de Mortemart
, et d'Elizabeth de Cugnac de
Joui , sa femme.
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Résumé : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
En juillet 1733, plusieurs bénéfices ecclésiastiques ont été attribués par le roi. La coadjutorerie de l'Abbaye de Notre-Dame de Meaux a été accordée à la Dame de Bonnardy, Prieure. La Dame Pajot, Abbesse de l'Abbaye de Mondenis, a consenti à la nomination de la Dame de Bonnardy comme Prieure perpétuelle de ce couvent. L'Abbaye de Chazeaux à Lyon, vacante après le décès de la Dame de Silvecanne, a été donnée à la Dame de Beaumont, Prieure des Religieuses Bénédictines de Cognac. L'Abbaye Régulière de Barbery, vacante par la démission de Dom Fitsharbert, a été attribuée à Dom Lambelin, Prieur de l'Abbaye de Royaumont. L'Abbaye de Saint-Paul de Besançon, vacante après le décès de M. de Beauffremont, a été donnée à M. Boisot. L'Abbaye de Saint-Taurin, vacante après le décès de M. le Normant, Évêque d'Évreux, a été attribuée à M. d'Harcourt, Doyen de Notre-Dame de Paris. L'Abbaye de Saint-Liguaire, vacante après le décès du dernier Titulaire Commandataire, a été donnée à M. de Foudras, Évêque de Poitiers. L'Abbaye Royale du Lis, près de Melun, vacante après la mort de Madame d'Apremont, a été attribuée à Madame Crapadot, Prieure des Bénédictines de Provins. Le 28 août 1733, le roi a nommé plusieurs évêques. Nicolas de Saulx de Tavannes a été nommé à l'Archevêché de Rouen, vacant depuis le 18 avril 1733. Claude de Saint-Simon a été nommé à l'Évêché de Metz, vacant depuis le 28 novembre 1732. Claude Antoine de Choiseul a été nommé à l'Évêché de Châlons. Jean-François de la Cropte de Bourzac a été nommé à l'Évêché de Noyon. Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Motte a été nommé à l'Évêché d'Amiens. Pierre-Jules-César de Rochechouart a été nommé à l'Évêché d'Évreux.
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68
p. 2737-2739
BENEFICES ACCORDEZ par le Roy le 13. Décembre 1733.
Début :
L'Abbaye Commendataire de S. Sever, vacante par le décès de M. la Grange, en faveur [...]
Mots clefs :
Décès, Prêtre, Vicaire, Démission, Évêque, Abbaye
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES ACCORDEZ par le Roy le 13. Décembre 1733.
BENEFICES ACCORDEZ
par le Roy le 13. Décembre 1733 .
L'Abbaye Commandataire de S. Sever , vacante
par le décès de M. la Grange , en fa
veur de M. de Chamillart.
Celle de Bonneval , vacante par le décès de
M. de Tressan , Archevêque de Rouen , en faveur
de M. de Jumillac , Prêtre et Grand-Vicaire
de Chartres.
Celle de l'Espau , vacante par le décès de M. de
Tressan , Archevêque de Rouen , en faveur de
M. du Hardaż d'Hauteville , Bachelier en Théologie.
Celle de Fontmorigny , vacante par le décès
de M. de Viantais , en faveur de M. Bernard
Couet , Prêtre et Vicaire General de Paris .
Celle de la Chapelle aux Planchers , vacante par
le décès de M. de Viantais , en faveur de M. Fusée
de Voisenon , Prêtre et Doyen de la Cathédrale
de Boulogne.
Celle d'Echalis , vacante par le décès de M. de
Courtenay , en faveur de M. de S. Julien de
S. Pierre.
Celle de S. Pierre d'Auxerre , vacante par le
décès de M. de Courtenay , en faveur de M. de
Ja Chabrerie , Prêtre et Chanoine de Perigueux.
Celle de Dalon , vacante par le décès de M. de
Vignau , en faveur de M. Certain , Prêtre ,
teur de Sorbonne.
Celle de Turpenay , vacante par le décès de
M. de Vignau , en faveur de-M. de Vienay.
en
Celle de la Clarté-Dieu , Ordre de Citeaux .
vacante par le décès de M. de la Hartelloire ,
faveur de M. de Giry de S. Cyr , Prêtre, Vicaire
General de Tours
I. Vol. I iij Celle
2738 MERCURE DE FRANCE
Celle du Jard , vacante par le décès du M. de
Longueruë , en faveur de M. Chaumont de la
Galezieres :
? Celle de Sept- Fontaines vacante par le décès
de M. de Longuerue , en faveur de M. du Resnel.
Celle de Simorre , vacante par le décès de
M. du Puget , en faveur de M. Xavier-Joseph du
Puget.
Celle de Sauve- Majeur , vacante par le décès
de M. Charpin de S. Romans , en faveur de
M. Charpin de Fougerolles , à la charge des
pensions créées sur ladite Abbaye.
Celle d'Essommes , vacanté par le décès de
M. Néel , en faveur de M. Néel , prêtre , Conseiller
au Parlement de Rouen.
Celle de Silly , vacante par la démission pure
et simple de M. Néel , en faveur de M. du Barail .
Celle de la Honce , vacante par la démission
pure et simple de M. de la Vieuville , Evêque de
Bayonne , en faveur de M. Dartaguierte , Prêtre
Vicaire General de Bayonne.
Celle de la Frenade , vacante par la démission
pure et simple de M. Savalerie , en faveur de
M. de Grossoles.
Celle de S. André de Vienne , vacante par le
décès dé M Sicault , Evêque de Sinope , en faveur
de M. Vayre.
Celle de Donlieu , vacante par le décès de
M. Sicault , Evêque de Sinope , en faveur de
M. de la Rocheaymon .
Celle de Landais , vacante par le décès de
M. Herault , en faveur de M. Jacquemet Gautier
, Prêtre et Grand- Vicaire de Bourges ; à la
charge d'ane pension annuelle et viagere de deux
mille livres , en faveur de M. Jean Paignon ,
Chanoine de S. Marcel à Paris.
I. Vol Le
DECEMBRE. 1733 2739
Le Prieuré Commandataire , Conventuel et
Electif de S. Just vacant par le décès de M, de
Gamaches , en faveur de M. Louis Français de
Mornay , ancien Evêque de Quebec.
L'Abbaye de Vernaison à Valence , vacante par
le décès de la Dame de Bayanne , en faveur de
Madame de Langon.
Le Prieuré Conventuel et Electif de Vausse ,
vacant par la démission de M. Petitbenoist , en
faveur de M. Hyacinte Petitbenoist .
Le Prieuré Conventuel et Electif de Prevessin ,
vacant par le décès de M. le Grand , en faveur
de M. de Carrion.
par le Roy le 13. Décembre 1733 .
L'Abbaye Commandataire de S. Sever , vacante
par le décès de M. la Grange , en fa
veur de M. de Chamillart.
Celle de Bonneval , vacante par le décès de
M. de Tressan , Archevêque de Rouen , en faveur
de M. de Jumillac , Prêtre et Grand-Vicaire
de Chartres.
Celle de l'Espau , vacante par le décès de M. de
Tressan , Archevêque de Rouen , en faveur de
M. du Hardaż d'Hauteville , Bachelier en Théologie.
Celle de Fontmorigny , vacante par le décès
de M. de Viantais , en faveur de M. Bernard
Couet , Prêtre et Vicaire General de Paris .
Celle de la Chapelle aux Planchers , vacante par
le décès de M. de Viantais , en faveur de M. Fusée
de Voisenon , Prêtre et Doyen de la Cathédrale
de Boulogne.
Celle d'Echalis , vacante par le décès de M. de
Courtenay , en faveur de M. de S. Julien de
S. Pierre.
Celle de S. Pierre d'Auxerre , vacante par le
décès de M. de Courtenay , en faveur de M. de
Ja Chabrerie , Prêtre et Chanoine de Perigueux.
Celle de Dalon , vacante par le décès de M. de
Vignau , en faveur de M. Certain , Prêtre ,
teur de Sorbonne.
Celle de Turpenay , vacante par le décès de
M. de Vignau , en faveur de-M. de Vienay.
en
Celle de la Clarté-Dieu , Ordre de Citeaux .
vacante par le décès de M. de la Hartelloire ,
faveur de M. de Giry de S. Cyr , Prêtre, Vicaire
General de Tours
I. Vol. I iij Celle
2738 MERCURE DE FRANCE
Celle du Jard , vacante par le décès du M. de
Longueruë , en faveur de M. Chaumont de la
Galezieres :
? Celle de Sept- Fontaines vacante par le décès
de M. de Longuerue , en faveur de M. du Resnel.
Celle de Simorre , vacante par le décès de
M. du Puget , en faveur de M. Xavier-Joseph du
Puget.
Celle de Sauve- Majeur , vacante par le décès
de M. Charpin de S. Romans , en faveur de
M. Charpin de Fougerolles , à la charge des
pensions créées sur ladite Abbaye.
Celle d'Essommes , vacanté par le décès de
M. Néel , en faveur de M. Néel , prêtre , Conseiller
au Parlement de Rouen.
Celle de Silly , vacante par la démission pure
et simple de M. Néel , en faveur de M. du Barail .
Celle de la Honce , vacante par la démission
pure et simple de M. de la Vieuville , Evêque de
Bayonne , en faveur de M. Dartaguierte , Prêtre
Vicaire General de Bayonne.
Celle de la Frenade , vacante par la démission
pure et simple de M. Savalerie , en faveur de
M. de Grossoles.
Celle de S. André de Vienne , vacante par le
décès dé M Sicault , Evêque de Sinope , en faveur
de M. Vayre.
Celle de Donlieu , vacante par le décès de
M. Sicault , Evêque de Sinope , en faveur de
M. de la Rocheaymon .
Celle de Landais , vacante par le décès de
M. Herault , en faveur de M. Jacquemet Gautier
, Prêtre et Grand- Vicaire de Bourges ; à la
charge d'ane pension annuelle et viagere de deux
mille livres , en faveur de M. Jean Paignon ,
Chanoine de S. Marcel à Paris.
I. Vol Le
DECEMBRE. 1733 2739
Le Prieuré Commandataire , Conventuel et
Electif de S. Just vacant par le décès de M, de
Gamaches , en faveur de M. Louis Français de
Mornay , ancien Evêque de Quebec.
L'Abbaye de Vernaison à Valence , vacante par
le décès de la Dame de Bayanne , en faveur de
Madame de Langon.
Le Prieuré Conventuel et Electif de Vausse ,
vacant par la démission de M. Petitbenoist , en
faveur de M. Hyacinte Petitbenoist .
Le Prieuré Conventuel et Electif de Prevessin ,
vacant par le décès de M. le Grand , en faveur
de M. de Carrion.
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Résumé : BENEFICES ACCORDEZ par le Roy le 13. Décembre 1733.
Le 13 décembre 1733, le roi a attribué plusieurs abbayes et prieurés devenus vacants à la suite de décès ou de démissions. Parmi les abbayes concernées figurent Saint-Sever, Bonneval, l'Espau, Fontmorigny, la Chapelle aux Planchers, Échalis, Saint-Pierre d'Auxerre, Dalon, Turpenay, la Clarté-Dieu, le Jard, Sept-Fontaines, Simorre, Sauve-Majeur, Essommes, Silly, la Honce, la Frenade, Saint-André de Vienne, Donlieu et Landais. Les nouveaux bénéficiaires incluent M. de Chamillart, M. de Jumillac, M. du Hardas d'Hauteville, M. Bernard Couet, M. Fusée de Voisenon, M. de Saint-Julien de Saint-Pierre, M. de Ja Chabrerie, M. Certain, M. de Viennay, M. de Giry de Saint-Cyr, M. Chaumont de la Galazière, M. du Resnel, M. Xavier-Joseph du Puget, M. Charpin de Fougerolles, M. Néel, M. du Barail, M. Dartaguierte, M. de Grossoles, M. Vayre, M. de la Rocheaymon et M. Jacquemet Gautier. De plus, le prieuré de Saint-Just a été attribué à M. Louis Français de Mornay, l'abbaye de Vernaison à Madame de Langon, le prieuré de Vausse à M. Hyacinte Petitbenoist et le prieuré de Prévessin à M. de Carrion.
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69
p. 609-612
Assemblée Generale du Clergé, [titre d'après la table]
Début :
Le 22 Février, l'Assemblée Générale du Clergé, après avoir élu pour Président [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Roi, Évêque, Cardinal de Fleury, Archevêque, Clergé, Paris, Prélats
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texteReconnaissance textuelle : Assemblée Generale du Clergé, [titre d'après la table]
E 22 Février, l'Assemblée Générale du
Clergé , après avoir élu pour Président
l'Archevêque de Paris , l'Archevêque
de Vienne , l'Evêque de Châlons sur
Saone , et l'Evêque de Vabres; l'Abbé de
Brissac , pour Secretaire , et l'Abbé de
Chabannes pour Promoteur; choisit pour
premier Président le Cardinal de Fleury ,
Ministre d'Etat , et le même jour l'Assemblée
lui envoya des Députez pour
le prier d'accepter ce choix .
Le
24 les Prélats et autres Députez ,
I v qui
10 MERCURE DE FRANCE
qui composent l'Assemblée Générale du
Clergé , allerent à Marly , rendre leurs
respects au Roy ; ils s'assemblerent dans
l'appartement du Château qui leur avoit
été destiné , et le Comte de Maurepas ;
Sécretaire d'Etat , étant venu les prendre
pour les présenter au Roy,ils furent con
duits à l'Audience de Sa Majesté par le
Marquis de Brézé, Grand - Maître des Cé
rémonies , et par M. Desgranges , Maître
des Cérémonies , avec les honneurs qui
se rendent au Clergé lorsqu'il est en
Corps ; les Gardes du Corps étant en
haye et sous les Armes , et les deux Batans
des Portes étans ouverts, le Cardinal
de Fleury , Premier Président de l'Assemblée
, alla se joindre aux Députez
dans l'appartement où ils s'étoient assemblez
, et il marcha à leur tête, à la droite
des Archevêques de Paris et de Vienne.
L'Archevêque de Paris fit au Roy un
Discours tres éloquents et lorsque Sa
Majesté y cut répondu , le Cardinal de
Fleury présenta au Roy chaque Député
en particulier.
Après l'Audience du Roy , les mêmes
Députez , ayant le Cardinal de Fleury à
leur tête , eurent l'honneur de complimenter
la Reine et ils allerent le même
jour à Versailles rendre leurs respects
Monsigncur k Dauphin.
MARS. 1734. 611
Le 27 , M. Fagon , Conseiller d't tat
Ordinaire et du Conseil Royal des Finances
; le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat ; M. de Courson , Conseiller
d'Etat Ordinaire et du Conseil Royal des
Finances ; M. d'Ormesson , Conseiller
d'Etat et Intendant des Finances , et M.
Orry , Contrôleur General des Finances,
Commissaires du Roy , allerent à l'Assemblée
Generale du Clergé , où ils furent
reçus avec les cérémonies ordinaires
; ils demanderent aux Députez , au
nom de Sa Majesté , un secours de douza
millions de livres , qui fut unanimement
accordé .
Le 4 de ce mois , le Cardinal de Fleury,
Ministre d'Etat , alla présider à l'Assemblée
du Clergé , qui ayant été informée
de son arrivée dans l'Eglise des Grands
Augustins , députa pour aller le recevoir,
l'Archevêque de Rouen , l'Evêque de
Vabres , l'Evêque de S. Paul trois Châteaux
, l'Evêque de Glandeve , l'Evêque
de B zas l'Evêque Comte de Beauvais , et
les Abbez de Bouillé , de Crussol , de Sades ,
de S. Aulaire, de la Farre, et de Montiller.
Ces Députez allérent audevant du Cardinal
de Fleury jusqu'à l'Eglise , d'où
ils le conduisirent dans la Salle de l'Assemblée.
Il y prit sa place de Premier Fré
I vj sident
612 MERCURE DE FRANCE
sident, et il fit un Discours très éloquent,
auquel l'Archevêque de Paris répondit
au nom de l'Assemblée. Le Cardinal de
Fleury tint la Séance , et lorsqu'elle fut
finie , il fut reconduit par plusieurs des
Prélats de l'Assemblée.
L'Assemblée ayant fini ses Séances , les
Prélats et les autres Députez qui la composent
, se rendirent à Versailles le 19
de ce mois , et ils eurent audience du
Roy avec les cérémonies observées le 24
du mois dernier , dont on vient de parler.
L'Archevêque de Tours , à la tête des
Prélats , harangua le Roy avec beaucoup
d'Eloquence.
Clergé , après avoir élu pour Président
l'Archevêque de Paris , l'Archevêque
de Vienne , l'Evêque de Châlons sur
Saone , et l'Evêque de Vabres; l'Abbé de
Brissac , pour Secretaire , et l'Abbé de
Chabannes pour Promoteur; choisit pour
premier Président le Cardinal de Fleury ,
Ministre d'Etat , et le même jour l'Assemblée
lui envoya des Députez pour
le prier d'accepter ce choix .
Le
24 les Prélats et autres Députez ,
I v qui
10 MERCURE DE FRANCE
qui composent l'Assemblée Générale du
Clergé , allerent à Marly , rendre leurs
respects au Roy ; ils s'assemblerent dans
l'appartement du Château qui leur avoit
été destiné , et le Comte de Maurepas ;
Sécretaire d'Etat , étant venu les prendre
pour les présenter au Roy,ils furent con
duits à l'Audience de Sa Majesté par le
Marquis de Brézé, Grand - Maître des Cé
rémonies , et par M. Desgranges , Maître
des Cérémonies , avec les honneurs qui
se rendent au Clergé lorsqu'il est en
Corps ; les Gardes du Corps étant en
haye et sous les Armes , et les deux Batans
des Portes étans ouverts, le Cardinal
de Fleury , Premier Président de l'Assemblée
, alla se joindre aux Députez
dans l'appartement où ils s'étoient assemblez
, et il marcha à leur tête, à la droite
des Archevêques de Paris et de Vienne.
L'Archevêque de Paris fit au Roy un
Discours tres éloquents et lorsque Sa
Majesté y cut répondu , le Cardinal de
Fleury présenta au Roy chaque Député
en particulier.
Après l'Audience du Roy , les mêmes
Députez , ayant le Cardinal de Fleury à
leur tête , eurent l'honneur de complimenter
la Reine et ils allerent le même
jour à Versailles rendre leurs respects
Monsigncur k Dauphin.
MARS. 1734. 611
Le 27 , M. Fagon , Conseiller d't tat
Ordinaire et du Conseil Royal des Finances
; le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat ; M. de Courson , Conseiller
d'Etat Ordinaire et du Conseil Royal des
Finances ; M. d'Ormesson , Conseiller
d'Etat et Intendant des Finances , et M.
Orry , Contrôleur General des Finances,
Commissaires du Roy , allerent à l'Assemblée
Generale du Clergé , où ils furent
reçus avec les cérémonies ordinaires
; ils demanderent aux Députez , au
nom de Sa Majesté , un secours de douza
millions de livres , qui fut unanimement
accordé .
Le 4 de ce mois , le Cardinal de Fleury,
Ministre d'Etat , alla présider à l'Assemblée
du Clergé , qui ayant été informée
de son arrivée dans l'Eglise des Grands
Augustins , députa pour aller le recevoir,
l'Archevêque de Rouen , l'Evêque de
Vabres , l'Evêque de S. Paul trois Châteaux
, l'Evêque de Glandeve , l'Evêque
de B zas l'Evêque Comte de Beauvais , et
les Abbez de Bouillé , de Crussol , de Sades ,
de S. Aulaire, de la Farre, et de Montiller.
Ces Députez allérent audevant du Cardinal
de Fleury jusqu'à l'Eglise , d'où
ils le conduisirent dans la Salle de l'Assemblée.
Il y prit sa place de Premier Fré
I vj sident
612 MERCURE DE FRANCE
sident, et il fit un Discours très éloquent,
auquel l'Archevêque de Paris répondit
au nom de l'Assemblée. Le Cardinal de
Fleury tint la Séance , et lorsqu'elle fut
finie , il fut reconduit par plusieurs des
Prélats de l'Assemblée.
L'Assemblée ayant fini ses Séances , les
Prélats et les autres Députez qui la composent
, se rendirent à Versailles le 19
de ce mois , et ils eurent audience du
Roy avec les cérémonies observées le 24
du mois dernier , dont on vient de parler.
L'Archevêque de Tours , à la tête des
Prélats , harangua le Roy avec beaucoup
d'Eloquence.
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Résumé : Assemblée Generale du Clergé, [titre d'après la table]
Le 22 février, l'Assemblée Générale du Clergé élit plusieurs membres pour des postes clés, dont le Cardinal de Fleury comme premier Président. Des députés sont envoyés pour le prier d'accepter ce choix. Le 24 février, les prélats et députés se rendent à Marly pour rendre hommage au roi, conduits par le Marquis de Brézé et M. Desgranges. L'Archevêque de Paris prononce un discours, et le Cardinal de Fleury présente chaque député au roi. Après l'audience, les députés complimentent la reine et le Dauphin à Versailles. Le 27 février, des commissaires du roi demandent un secours de douze millions de livres à l'Assemblée Générale du Clergé, qui l'accorde unanimement. Le 4 mars, le Cardinal de Fleury préside une séance de l'Assemblée, où il prononce un discours auquel l'Archevêque de Paris répond. Le 19 mars, les prélats et députés se rendent à Versailles pour une audience royale, où l'Archevêque de Tours harangue le roi avec éloquence.
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70
p. 670-686
LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
Début :
Ce ne sont pas toujours les Villes Episcopales qui sont en état de fournir [...]
Mots clefs :
Abbaye Saint-Philibert de Tournus, Tournus, Abbé, Auteur, Abbaye, Monastère, Religieux, Saint Philibert, Comte de Chalon, Église, Moines, Évêque, Cour, Saint Valérien, Roi, Anciens
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
LETTRE de M..... au sujet de la
nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye
de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son
Eminence M. le Cardinal de Fleury ;
Abbé de Tournus .
CE
E ne sont pas toujours les Villes
Episcopales qui sont en état de fournir
une matiere suffisante pour composer
de gros volumes d'Histoire . Souvent
en recherchant ce qu'il y a à dire d'une
Ville qui n'a commencé que par un simple
Château , et où dans la suite il s'est
étaAVRIL.
1734.
671
établi un Monastere , on trouve une plus
ample moisson qu'on ne croyoit , et enfin
de quoi former un volume complet.
C'est ce qui est arrivé à la Ville de Tournus
en Bourgogne , dont un Chanoine
vient de publier l'Histoire.
L'Auteur remonte jusqu'à l'origine de
la Ville , pour donner une connoissance
entiere du sujet qu'il traite. Tournus
étoit du Païs des Eduens ; c'étoit une
espece de Grenier ou de Magazin , qui
est appellé , Horreum Castrense , dans les
Actes de S. Valerien . Le martyre de ce
Saint rendit ce lieu encore plus célébre.
Il est nommé Tinurtium , Tenurcium , Ternocium
, Trinorcium , dans des Auteurs du
4. 5. et 6e siécles , et souvent avec le substantif
castrum.
On ne sçait pas bien en quel temps it
commença à y avoir un Monastere sur
le Tombeau de S. Valérien ; mais il étoit
déja ancien au 1x. siecle , lorsque l'Abbé
des Moines de Nermoutier , refugiez en
Auvergne , passant par Tournus , trouva
l'endroit si agréable , qu'il prit tous les
moyens de persuader aux anciens Religieux
de permettre que ses Moines vinssent
demeurer avec eux , pour ne faire
tous ensemble qu'une même Communauté.
De là vint l'accroissement de cette
Cij Ab-
·
672 MERCURE DE FRANCE
Abbaye , puisqu'alors elle augmenta en
biens comme en Religieux. Charles le
Chauve confirma la réunion de tous les
Prieurez de Nermoutier et autres dépendences
, à l'Eglise de Tournus , et il y
ajouta d'autres biens tres - considérables;
Apparemment le nom de la Sainte Vier-
. ge , et celui de S. Valerien , anciens Patrons
du lieu , commencerent alors à être
éclypsez par celui de S. Filibert , dont la
' nouvelle Colonie venoit d'y apporter les
Reliques .
C'est depuis ce temps - là que M.Juenin ,
Auteur de cette Histoire , donne une Liste
très -curieuse des Abbez de ce Monastere
; ceux des siècles précédens étant restez
inconnus . Géilon , auteur de la réünion
des deux Maisons , est le premier
dont il parle. Il rapporte à son temps , la
donation d'un Privilége accordé par le
Pape Jean VIII. au Concile de Troyes ,
et deux de Louis le Begue , de l'an 878 .
Cet Abbé étoit doté d'un si grand mérite
qu'il fut fait Evêque de Langres après
la mort d'Isaac. On croit que ce fut lui
qui tira de Tournus les Corps de S. Vétérin
et de S. Léonard , pour les donner
au Monastere de Corbigny.Sous Gautier,
second Abbé , est une suite de donations.
Le troisième , nommé Blitgaire , obtint
du
AVRIL . 1734 673
du Prince Eudes , le droit de faire battre
Monnoye.
L'Auteur représente icy deux sortes de
ces Monnoyes battuës à Tournus. A l'une
on lit d'un côté : scs VALERIANVS , et de
l'autre côté : TORNVCIO CASTRO . L'autre
Monnoye ne paroît pas si ancienne. Le
nom de S. Filibert y est écrit d'une maniere
corrompuë , puisqu'on y lit , S. PHILIBERTI
MONETA , comme si un nom purement
Teutonique pouvoit venir du
Grec. Ce fut aussi de son tems qu'on
croît qu'Adalger, Evêque d'Autun , mourut
à Tournus ; mais s'il n'y mourut pas,
il est certain qu'il y fut inhumé , à moins
que la Pierre où on lit Adalgerius hic
quiescit Episcopus , n'eût été apportée
d'ailleurs. La mort de cet Evêque avoit
fait du bruit : Un Moine de Flavigny
soupçonné d'en être l'Auteur , fut obligé
de se purger par la reception de la sainte
Eucharistie.La Communauté de Tournus
grossit encore sous Hervé , quatriéme
Abbé. Les Moines de S. Florent le vieux ,
en Anjou , craignant les courses des Normans
, vinrent se refugier chez eux avec
le Corps de leur S. Patron . Il est vrai
qu'ils n'y firent pas une longue réſidence
, mais ils furent toujours obligez de
laisser à Tournus leurs Reliques , et ils
Ciij ne
674 MERCURE DE FRANCE
ne purent les t'avoir que vers l'an 946.
par un effet de la subtilité de l'un d'entr'eux
.
Quoique la Ville eut été brûlée en
937. par des Barbares venus de Scythie
le Monastere qui étoit dans le Château
ne se ressentit pas beaucoup de ce malheur.
Il ne falloit pas alors des sommes
considérables pour la nourriture des Religieux
, puisque dans uue donation que
leur fit l'Archevêque de Besançon en 945 ,
il est dit que les Serviteurs de Dieu s'occupoient
à cultiver la terre. L'Abbaye préservée
de l'incendie , fut fatiguée vers le
même temps , par les poursuites de Gilbert,
Comte de Châllon ; ce qui fit que
les Moines prirent la résolution de quitter
le Lieu et de s'en aller avec le Corps
de S.Filibert et leurs autres Reliques , jusqu'à
S. Pourçain en Auvergne. Plusieurs
Evêques s'assemblérent à Tournus en
949. pour chercher les moyens de faire
revenir cés sacrez trésors ; ils revinrent en
effet , et quatre Evêques allerent audevant
jusqu'à un quart de lieuë de la ville.
De -là l'origine de plusieurs Processions
qui venoient autrefois à Tournus après
l'Ascension , des Diocèses de Besançon ,
de Mâcon, de Châllon et d'Autun . Il peut
paroître surprenant que les Evêques n'eussent
AVRIL. 1734.
675
sent pas songé à dédommager la Ville de
Tournus de la perte du Corps de S. Filibert,
par celui de S. Valerien . Il étoit toujours
resté dans un Cercueil de Pierre ,
dont ils auroient pû le tirer . Mais il ne le
fut que par l'Abbé Etienne. La cérémonie
est icy tres-bien détaillée , et l'Historien
la fixe au Dimanche 26 Janvier 76.
L'Abbaye de Tournus fut brûlée le 16
Octobre de l'an 1006.par un accident im
prévu ; et l'Eglise réparée de nouveau fut
consacrée l'an 1019. Hugues , Evêque
d'Auxerre , qui étoit Comte de Châllon ,
fit aux Moines des donations considérables
à l'occasion de cette cérémonie , et en
reconnoissance ils lui prétêrent la Banniere
de S Filibert , dont il avoit besoin
dans les Guerres qu'il soûtenoit pour lcs
intérêts du Roy Robert.L'Auteur en parlant
de S Ardaing qui est compté pour
13 Abbé de Tournus , attribue à S. Odilon
de Cluni , ce que M. Chastelain dans
son Martyrologe ( I Bémestre, 11 Février,
page 6 24. ) dit de S. Ardaing. L'un assure
que c'est à S. Odilon que l'Empereur
S. Henry envoya sa Couronne ; l'autre
écrit , que ce fut à l'Abbé de Tournus . Il
paroît que M. Juenin , qui n'oublie rien
de ce qui concerne le culte des Saints de
son Abbaye , n'a pas été informé qu'il est
C iiij ho676
MERCURE DE FRANCE
honoré, particulierement dans le Prieuré
de S. Syphorien d'Autun , qu'il y a en
cette Eglise une Chapelle de son nom ,
avec des Reliques , et un Puits proche de
l'Eglise , où on lit autour du bord : LE
PUITS SAINTARDAN.La politesse de l'Abbé
Guillaume de Jaligny fut poussée jusqu'au
point qu'il ne pouvoit souffrir que
les Bourgeois ou Bourgeoises de Tournus
se présentassent devant lui avec des habits.
négligez ; il leur en faisoit des reproches ,
et si c'étoit par indigence , il les secouroit.
Pierre , le 16 ° Abbé, reçut en 1105 ,
une Bulle qui lui permettoit de dire à la
Messe le Gloria in excelsis, le jour de l'Annonciation
, sans doute , parce que cette
Fête tombe le plus souvent en Carême
où alors ce Cantique ne se disoit pas aux
Fêtes , quoiqu'il n'y en eut que fort peu ,
dans le temps du grand jeûne .
Depuis le 12 siècle , l'Histoire est plei .
ne d'Actes de donations, accords , transactions
, échanges , confirmations de
droits , concessions de nouveaux droits ,
aux Habitans de Tournus. On y remarque
, pag. 132. que le Roy Loüis le Jeune
fut obligé de venir à Tournus pour accorder
les habitans avec l'Abbé, quoique
les contestations n'eussent pas été poussées
au point que l'avoient été celles de
l'Abbé
AVRIL 1734. 677
, 1245 . V
Ï'Abbé de Vezelay , contre ses habitans .
Outre les deux incendies dont il a été
parlé plus haut , il en survint un troisiéme
vers l'an On eut besoin des
aumônes des Fideles , pour la réparation
des dégats qu'il avoit causés. Les Moines
de Tournus se servirent de toutes les
voyes imaginables pour en attirer . Ils obtinrent
même de l'Abbé Général de Citeaux
des Lettres de recommandation ,
par lesquelles il promettoit à tous ceux
qui leur feroient quelque aumône, d'avoir
part aux suffrages de son Ordre. Ces quêtes
faites par des Moines , jointes à la séparation
de leur Mense , d'avec la Mense
Abbatiale , ne contribuerent pas peu à
introduire le relâchement parmi eux ,
aussi bien que l'érection des Offices
Claustraux en titre. Cependant ces Religieux
n'avoient encore alors par repas ,
qu'une portion de Fromage et trois Oeufs
où du poisson à l'équivalent ; cette simplicité
dans la nourriture dura jusqu'à ce
Î'Abbé Renaud augmenta la pitance en
1253. et permit d'augmenter la portion
de viande des malades de l'Infirmerie.
L'Auteur nous apprend qu'en blanchissant
dans ces derniers temps l'Eglise de
Tournus , on a effacé quelques monumens
des Abbez du 13siccle , et d'un
-
C v Sei68
MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Montbelet . C'est une chose
que les Supérieurs des Lieux devroient
soigneusement empêcher. On rompt , on
brise , on efface , on détruit tout , et souvent
personne ne se plaint. Ceux qui aiment
à détruire , devroient au moins retenir
des copies figurées des anciens Monumens
avant que de les livrer au bras séculier.
C'est une réfléxion que M. Juenin
nous a laissé à faire.
En 1318 , l'Abbé fit avec Eudes IV.Duc
de Bourgogne un Traité , qu'on peut
voir à la page 176.Les droits du Maréchal
de l'Abbaye en 1334. sont curieux à lire.
Le premier Dimanche du Carême n'y est
pas nommé Brandonum , mais Bordarum ;
l'Auteur n'oublie point , lorsqu'il en est
au temps du Roy Jean , de dire que ce
Prince vint à Tournus en 1362. et qu'il y
confirma aux Religieux le droit de Pêche
dans la Rivire de Saone. Le reste de ce
qui se passa à Tournus au 14° siecle , finit
par un fait plus interessant. C'est l'érection
d'une Commune que les Bourgeois
tenterent encore, comme ils l'avoient fait
au 12 ° siècle, mais ils succomberent encore
cette fois ; l'Arrêt est de l'an 1399. La
Ville fut prise et pillée en 1422. par les
Troupes du Dauphin de France que l'on
nommoit les Armagnacs , et cette prise occaAVRIL.
1734. 679
casionna , dit l'Auteur , un mal qui n'est
pas encore entierement cessé. Il veut parler
de certains procès au sujet des usages
d'un Village voisin nommé Arbigny . On
voit aux années 1447 et aux suivantes , les
différens qui furent mus alors entre l'Evêque
diocésain , qui est celui de Châllon
et les Abbez de Tournus , touchant la
Jurisdiction .
?
Les Abbez Commandataires eurent lieu
à Tournus comme ailleurs , au commencement
du 16 siécle ; le premier fut Robert
de Lénoncourt, mort Archevêque de
Reims , lequel fit du bien à l'Abbaye. En
1501. Jean de Châllon , Prince d'Orange,
vint avec sa femme en dévotion à Tournus
, promettant à Dieu , que s'il leur
accordoit un fils ,ils le nommeroient Filbert.
Cet Enfant obtenu dans l'année- même
fut depuis le fameux Philibert , Prince
d'Orange , Vice Roy de Naples , pour
Charles- Quint , lequel quitta la France
pour une raison , rapportée par Gollut *.
Charles III. Duc de Savoye , ayant imité
en 1527 , la piété de Jean de Châllon , obtint
aussi du ciel , par l'intercession de
* Selon cet Auteur , dans ses Mémoires , sur la
Franche- Comté,ilfut cho qué étant à Fontainebleau,
qu'ont l'eutfait sortir de son logis ponrfaire place à
un Nonce du Pape.
C vj
S.
1
680 MERCURE DE FRANCE
Ş. Filibert , un fils qui porta le nom de
ce Saint. Cette dévotion des Princes ne
peut servir qu'à condamner les Auteurs
de quelques nouveaux Bréviaires ,qui ont
supprimé tout à fait du Calendrier le
nom de S. Filibert.
·
Une remarque curieuse que M. Juenin
insére dans son Histoire , quoiqu'elle regarde
plus naturellement l'Histoire de
Mâcon , est qu'en 1518 , le Pont de Mâcon
menaçant ruine , l'Evêque ne donna
permission de faire gras le Lundy et
Mardy qui précedent le jour des Cendres
et d'user de laitages pendant le Carême ,
qu'à ceux qui contribueroient aux réparations
de ce Port. Il faut entendre l'Auteur
rapporter lui - même un fait qu'il a
tiré des preuves des libertez de l'Eglise
Gallicane.Ce fait est de l'an 1530. » Frere
» Jean de Trappes , dit de la Graverote
» Moine de Tournus mais Aumônier
» de Pairie en Bourgogne , fut trouvé le
de Juin à Paris , en la Salle du Pa-
» lais , vétu d'une maniere un peu extra-
» vagante pour un Moine. Il avoit un
» Pourpoint de Satin , une Robbe dou-
» blée de damas et un Froc de serge de
» soye. Il fut arrêté par des Huissiers de
» la Cour , et mené au Parquet des Gens
» du Roy. Ayant été mandé en ladite
»
27
,
>> Cour
AVRIL 1734 681
» Cour , après qu'il y eut été interrogé ;
» et que les Gens du Roy eurent été oüis,
» la Cour lui enjoignit de se conformer
» dans son habit aux autres Religieux
» de S. Benoît , lui fit inhibitions et dé
>> fenses sur peine de mille livres d'a-
» mende , de plus paroître au Palais avec
» un habit , tel que celui dans lequel il
» avoit été arrêté , ou avec tel autre ha-
>> bit qui ne conviendroit point à un Religieux
de son Ordre. La Cour ordonna
» outre cela qu'il fut mené au Monastere
» de S. Martin des Champs , pour y de-
» meurer ce jour-là , et y être admonesté
» de bien vivre. Le lendemain il présenta
» Requête à la Cour , pour qu'il lui fut
33
33
permis de se retirer en fon Abbaye de
>> Tournus ; sur quoi la Cour ordonna
» que le Prieur de S. Martin des Champs
» le feroit habiller selon son état ; que
»pour cet effet , il feroit vendre les ha-
» bits dont il étoit vêtu , et que le surplus
de l'argent seroit distribué aux
» pauvres ; après quoi il seroit mis hors
» du Monastere .
>>
M. Juenin dit qu'il ne connoît point
le Monastere de Pairie,dont ce Religieux
étoit Aumônier. Il y a grande apparence
que c'est celui de Paroy ou Parey , dont
le nom aura été mal orthographié. C'est
un
682 MERCURE DE FRANCE
un Prieuré de l'Ordre de Cluny , au
Diocèse d'Autun.
A l'occasion du différend qui s'éleva¸
sur la Pêche , sous le Cardinal de Tournon
, on fit à Tournus des recherches
des Bornes anciennes dans la Riviere de
Saone. On y trouva en 1548. une Pierre
longue de quatre pieds , et large de deux ,
sur laquelle étoient figurez deux personnages
que l'Historien de Tournus a fait
graver. La premiere figure qui est à droite
de l'autre , représente , à ce qu'il prétend
, un Religieux . Il a un Oyseau sur
le poing de la main droite , et il paroît
tenir de la main gauche une espece de
Corbeille ; l'autre figure paroît représenter
un jeune Seigneur. L'Auteur est persuadé
que cette Pierre avoit servi à marquer
les limites du droit de Pêche que
Hugues de Châllon , Evêque d'Auxerre,
avoit donné à ce Monastere au 11 siècle ,
et il croit que la Corbeille ovale , qui a
un manche semblable à celui d'une Raquette
, est pour figurer celle qui renfermoit
le titre de cette donation . Mais comme
l'Oyseau de la main droite démontre
surement le droit de Chasse , il s'ensuit
aussi que l'instrument d'Ozier , placé
dans l'autre main , est plutôt une espece
d'Engin destiné pour la Pêche ; et qu'ainså
AVRIL 1734 683'
si la figure de ce Moine représente le droit
de Chasse et de Pêche réunis ensemble.
C'est à quoi il y a d'autant plus d'apparence
, que la Pierre a dû être placée sur
le bord de la Riviere , avant que la rapidité
des Eaux eût entraîné les terres qui
la soutenoient.
Je ne suivrai point cet Auteur dans
ce qu'il rapporte de la guerre des Huguenots
et de celle de la Ligue , relativement
à Tournus . Il s'étend aussi beaucoup
à raconter l'Histoire de la sécularization
de cette Abbaye , qui fut faite
il y a environ cenr dix ans , à l'exemple
de celle de S. Etienne de Dijon et
de S. Pierre de Vienne. Cette nouvelle
Collégiale reçut en 1632. des Statuts
de M. de Neufchese , Evêque de Challon.
On fait remarquer parmi les Eyenemens
singuliers de ia Ville de Tournus
, que la peste y ayant été comme
ailleurs en 1630. ou environ , les Ha-,
bitans se voüerent à S. Charles , Archevêque
de Milan , à l'exemple de ceux
de Challon , et qu'on y fit voeu de chommer
sa Fête. C'est ce qui fait voir que
quelquefois les Saints nouveaux préjudicient
aux anciens , comme l'a dit Nicolas
de Clamengis , puisque presque partout
ailleurs les voeux faits à l'occasion
de
384 MERCURE DE FRANCE
de la peste se réunissoient dans l'augmentation
du culte de Saint Sebastien et
dans celui de. S. Roch.
que
Le reste de cette Histoire n'est qu'un
narré des changemens arrivez dans le
Pays , et autres Evenemens peu interessants
, tels la réunion de l'Aumônerie
de l'Abbaye à l'Hôpital du lieu ;
la dérogation qui fut faite aux droits de
l'Abbé par la création des Maire , Assesseurs
, &c. de Tournus ; differentes
décorations de l'Eglise , passages extraordinaires
, comme celui des Religieux de
la Trappe qui alloient s'établir en Toscane.
Ce fait est de l'an 1705. Le Lecteur
peut cependant y voir avec édification
, l'endroit où M. Juenin marque
la bonne réception que leur fir le Cardinal
de Bouillon , Abbé de Tournus ;
et comment les Chanoines , entez sur
les anciens Moines , parurent les regarder
comme une espece de Confreres.
Tout ce qu'il raconte depuis ce tempsrécent
pour nous y arrêter.
là est trop
Comme l'Auteur a mis à la tête de
son Ouvrage un Plan et un Profil de
la Ville et de l'Abbaye de Tournus , il
donne aussi à la fin des Pieces du même
genre. On y voit aussi un plan géométral
de l'Eglise de S.Filibert et de l'Eglise
AVRIL. 1734.
685
glise souterraine. Il ne croit pas cellecy
si ancienne que l'a crû Dom Martenne
, et il peut avoir raison. Il n'a
pas oublié non plus de donner dans le
corps de l'Ouvrage le dessein d'un Eventail
de vélin très ancien , qui servoit dans
les Saints Mysteres pour chasser les Mouches
qui auroient incommodé le Prêtre.
Ce meuble aisé à transporter , venoit ,
sans doute , du Monastere de Nermoutier
en Bretagne , selon qu'il est aisé d'en
juger par le nom de S. Philibert et de
S. Martin de Vertou , qui s'y lisent, pendant
que celui de S. Valerien n'y paroît
en aucun endroit . On voit parmi les
Pieces justificatives de cette Histoire ,
qui sont en 339. pages , les Vies de saint
Valerien , de S. Marcel Martyr de Challon
une Chronique de Tournus , qui
n'a jamais été publiée ; une Description
curieuse conservée dans l'Eglise de saint
Marcel de Cayret , au Diocèse d'Uzés .
On y trouve aussi la Vie , les Tranflations
et les Miracles de S. Filibert , où
l'on ne trouve point le trait fabuleux
qui a tant décrié la Légende de ce Saint.
>
Il est à souhaiter que l'exemple de
l'Historien de Tournus soit suivi , et que
dans chacune des Eglises Collegiales qui
ont succedé à d'anciens Monasteres , if
Se
686 MERCURE DE FRANCE
se trouve un Sujet aussi zelé que le paroît
M. Juenin , pour faire connoître la
celebrité des Lieux , et pour en conserver
à la posterité tous les monumens
qui sont dignes d'attention . Je suis , &c.
A A .... le 10. Octobre 1733.
nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye
de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son
Eminence M. le Cardinal de Fleury ;
Abbé de Tournus .
CE
E ne sont pas toujours les Villes
Episcopales qui sont en état de fournir
une matiere suffisante pour composer
de gros volumes d'Histoire . Souvent
en recherchant ce qu'il y a à dire d'une
Ville qui n'a commencé que par un simple
Château , et où dans la suite il s'est
étaAVRIL.
1734.
671
établi un Monastere , on trouve une plus
ample moisson qu'on ne croyoit , et enfin
de quoi former un volume complet.
C'est ce qui est arrivé à la Ville de Tournus
en Bourgogne , dont un Chanoine
vient de publier l'Histoire.
L'Auteur remonte jusqu'à l'origine de
la Ville , pour donner une connoissance
entiere du sujet qu'il traite. Tournus
étoit du Païs des Eduens ; c'étoit une
espece de Grenier ou de Magazin , qui
est appellé , Horreum Castrense , dans les
Actes de S. Valerien . Le martyre de ce
Saint rendit ce lieu encore plus célébre.
Il est nommé Tinurtium , Tenurcium , Ternocium
, Trinorcium , dans des Auteurs du
4. 5. et 6e siécles , et souvent avec le substantif
castrum.
On ne sçait pas bien en quel temps it
commença à y avoir un Monastere sur
le Tombeau de S. Valérien ; mais il étoit
déja ancien au 1x. siecle , lorsque l'Abbé
des Moines de Nermoutier , refugiez en
Auvergne , passant par Tournus , trouva
l'endroit si agréable , qu'il prit tous les
moyens de persuader aux anciens Religieux
de permettre que ses Moines vinssent
demeurer avec eux , pour ne faire
tous ensemble qu'une même Communauté.
De là vint l'accroissement de cette
Cij Ab-
·
672 MERCURE DE FRANCE
Abbaye , puisqu'alors elle augmenta en
biens comme en Religieux. Charles le
Chauve confirma la réunion de tous les
Prieurez de Nermoutier et autres dépendences
, à l'Eglise de Tournus , et il y
ajouta d'autres biens tres - considérables;
Apparemment le nom de la Sainte Vier-
. ge , et celui de S. Valerien , anciens Patrons
du lieu , commencerent alors à être
éclypsez par celui de S. Filibert , dont la
' nouvelle Colonie venoit d'y apporter les
Reliques .
C'est depuis ce temps - là que M.Juenin ,
Auteur de cette Histoire , donne une Liste
très -curieuse des Abbez de ce Monastere
; ceux des siècles précédens étant restez
inconnus . Géilon , auteur de la réünion
des deux Maisons , est le premier
dont il parle. Il rapporte à son temps , la
donation d'un Privilége accordé par le
Pape Jean VIII. au Concile de Troyes ,
et deux de Louis le Begue , de l'an 878 .
Cet Abbé étoit doté d'un si grand mérite
qu'il fut fait Evêque de Langres après
la mort d'Isaac. On croit que ce fut lui
qui tira de Tournus les Corps de S. Vétérin
et de S. Léonard , pour les donner
au Monastere de Corbigny.Sous Gautier,
second Abbé , est une suite de donations.
Le troisième , nommé Blitgaire , obtint
du
AVRIL . 1734 673
du Prince Eudes , le droit de faire battre
Monnoye.
L'Auteur représente icy deux sortes de
ces Monnoyes battuës à Tournus. A l'une
on lit d'un côté : scs VALERIANVS , et de
l'autre côté : TORNVCIO CASTRO . L'autre
Monnoye ne paroît pas si ancienne. Le
nom de S. Filibert y est écrit d'une maniere
corrompuë , puisqu'on y lit , S. PHILIBERTI
MONETA , comme si un nom purement
Teutonique pouvoit venir du
Grec. Ce fut aussi de son tems qu'on
croît qu'Adalger, Evêque d'Autun , mourut
à Tournus ; mais s'il n'y mourut pas,
il est certain qu'il y fut inhumé , à moins
que la Pierre où on lit Adalgerius hic
quiescit Episcopus , n'eût été apportée
d'ailleurs. La mort de cet Evêque avoit
fait du bruit : Un Moine de Flavigny
soupçonné d'en être l'Auteur , fut obligé
de se purger par la reception de la sainte
Eucharistie.La Communauté de Tournus
grossit encore sous Hervé , quatriéme
Abbé. Les Moines de S. Florent le vieux ,
en Anjou , craignant les courses des Normans
, vinrent se refugier chez eux avec
le Corps de leur S. Patron . Il est vrai
qu'ils n'y firent pas une longue réſidence
, mais ils furent toujours obligez de
laisser à Tournus leurs Reliques , et ils
Ciij ne
674 MERCURE DE FRANCE
ne purent les t'avoir que vers l'an 946.
par un effet de la subtilité de l'un d'entr'eux
.
Quoique la Ville eut été brûlée en
937. par des Barbares venus de Scythie
le Monastere qui étoit dans le Château
ne se ressentit pas beaucoup de ce malheur.
Il ne falloit pas alors des sommes
considérables pour la nourriture des Religieux
, puisque dans uue donation que
leur fit l'Archevêque de Besançon en 945 ,
il est dit que les Serviteurs de Dieu s'occupoient
à cultiver la terre. L'Abbaye préservée
de l'incendie , fut fatiguée vers le
même temps , par les poursuites de Gilbert,
Comte de Châllon ; ce qui fit que
les Moines prirent la résolution de quitter
le Lieu et de s'en aller avec le Corps
de S.Filibert et leurs autres Reliques , jusqu'à
S. Pourçain en Auvergne. Plusieurs
Evêques s'assemblérent à Tournus en
949. pour chercher les moyens de faire
revenir cés sacrez trésors ; ils revinrent en
effet , et quatre Evêques allerent audevant
jusqu'à un quart de lieuë de la ville.
De -là l'origine de plusieurs Processions
qui venoient autrefois à Tournus après
l'Ascension , des Diocèses de Besançon ,
de Mâcon, de Châllon et d'Autun . Il peut
paroître surprenant que les Evêques n'eussent
AVRIL. 1734.
675
sent pas songé à dédommager la Ville de
Tournus de la perte du Corps de S. Filibert,
par celui de S. Valerien . Il étoit toujours
resté dans un Cercueil de Pierre ,
dont ils auroient pû le tirer . Mais il ne le
fut que par l'Abbé Etienne. La cérémonie
est icy tres-bien détaillée , et l'Historien
la fixe au Dimanche 26 Janvier 76.
L'Abbaye de Tournus fut brûlée le 16
Octobre de l'an 1006.par un accident im
prévu ; et l'Eglise réparée de nouveau fut
consacrée l'an 1019. Hugues , Evêque
d'Auxerre , qui étoit Comte de Châllon ,
fit aux Moines des donations considérables
à l'occasion de cette cérémonie , et en
reconnoissance ils lui prétêrent la Banniere
de S Filibert , dont il avoit besoin
dans les Guerres qu'il soûtenoit pour lcs
intérêts du Roy Robert.L'Auteur en parlant
de S Ardaing qui est compté pour
13 Abbé de Tournus , attribue à S. Odilon
de Cluni , ce que M. Chastelain dans
son Martyrologe ( I Bémestre, 11 Février,
page 6 24. ) dit de S. Ardaing. L'un assure
que c'est à S. Odilon que l'Empereur
S. Henry envoya sa Couronne ; l'autre
écrit , que ce fut à l'Abbé de Tournus . Il
paroît que M. Juenin , qui n'oublie rien
de ce qui concerne le culte des Saints de
son Abbaye , n'a pas été informé qu'il est
C iiij ho676
MERCURE DE FRANCE
honoré, particulierement dans le Prieuré
de S. Syphorien d'Autun , qu'il y a en
cette Eglise une Chapelle de son nom ,
avec des Reliques , et un Puits proche de
l'Eglise , où on lit autour du bord : LE
PUITS SAINTARDAN.La politesse de l'Abbé
Guillaume de Jaligny fut poussée jusqu'au
point qu'il ne pouvoit souffrir que
les Bourgeois ou Bourgeoises de Tournus
se présentassent devant lui avec des habits.
négligez ; il leur en faisoit des reproches ,
et si c'étoit par indigence , il les secouroit.
Pierre , le 16 ° Abbé, reçut en 1105 ,
une Bulle qui lui permettoit de dire à la
Messe le Gloria in excelsis, le jour de l'Annonciation
, sans doute , parce que cette
Fête tombe le plus souvent en Carême
où alors ce Cantique ne se disoit pas aux
Fêtes , quoiqu'il n'y en eut que fort peu ,
dans le temps du grand jeûne .
Depuis le 12 siècle , l'Histoire est plei .
ne d'Actes de donations, accords , transactions
, échanges , confirmations de
droits , concessions de nouveaux droits ,
aux Habitans de Tournus. On y remarque
, pag. 132. que le Roy Loüis le Jeune
fut obligé de venir à Tournus pour accorder
les habitans avec l'Abbé, quoique
les contestations n'eussent pas été poussées
au point que l'avoient été celles de
l'Abbé
AVRIL 1734. 677
, 1245 . V
Ï'Abbé de Vezelay , contre ses habitans .
Outre les deux incendies dont il a été
parlé plus haut , il en survint un troisiéme
vers l'an On eut besoin des
aumônes des Fideles , pour la réparation
des dégats qu'il avoit causés. Les Moines
de Tournus se servirent de toutes les
voyes imaginables pour en attirer . Ils obtinrent
même de l'Abbé Général de Citeaux
des Lettres de recommandation ,
par lesquelles il promettoit à tous ceux
qui leur feroient quelque aumône, d'avoir
part aux suffrages de son Ordre. Ces quêtes
faites par des Moines , jointes à la séparation
de leur Mense , d'avec la Mense
Abbatiale , ne contribuerent pas peu à
introduire le relâchement parmi eux ,
aussi bien que l'érection des Offices
Claustraux en titre. Cependant ces Religieux
n'avoient encore alors par repas ,
qu'une portion de Fromage et trois Oeufs
où du poisson à l'équivalent ; cette simplicité
dans la nourriture dura jusqu'à ce
Î'Abbé Renaud augmenta la pitance en
1253. et permit d'augmenter la portion
de viande des malades de l'Infirmerie.
L'Auteur nous apprend qu'en blanchissant
dans ces derniers temps l'Eglise de
Tournus , on a effacé quelques monumens
des Abbez du 13siccle , et d'un
-
C v Sei68
MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Montbelet . C'est une chose
que les Supérieurs des Lieux devroient
soigneusement empêcher. On rompt , on
brise , on efface , on détruit tout , et souvent
personne ne se plaint. Ceux qui aiment
à détruire , devroient au moins retenir
des copies figurées des anciens Monumens
avant que de les livrer au bras séculier.
C'est une réfléxion que M. Juenin
nous a laissé à faire.
En 1318 , l'Abbé fit avec Eudes IV.Duc
de Bourgogne un Traité , qu'on peut
voir à la page 176.Les droits du Maréchal
de l'Abbaye en 1334. sont curieux à lire.
Le premier Dimanche du Carême n'y est
pas nommé Brandonum , mais Bordarum ;
l'Auteur n'oublie point , lorsqu'il en est
au temps du Roy Jean , de dire que ce
Prince vint à Tournus en 1362. et qu'il y
confirma aux Religieux le droit de Pêche
dans la Rivire de Saone. Le reste de ce
qui se passa à Tournus au 14° siecle , finit
par un fait plus interessant. C'est l'érection
d'une Commune que les Bourgeois
tenterent encore, comme ils l'avoient fait
au 12 ° siècle, mais ils succomberent encore
cette fois ; l'Arrêt est de l'an 1399. La
Ville fut prise et pillée en 1422. par les
Troupes du Dauphin de France que l'on
nommoit les Armagnacs , et cette prise occaAVRIL.
1734. 679
casionna , dit l'Auteur , un mal qui n'est
pas encore entierement cessé. Il veut parler
de certains procès au sujet des usages
d'un Village voisin nommé Arbigny . On
voit aux années 1447 et aux suivantes , les
différens qui furent mus alors entre l'Evêque
diocésain , qui est celui de Châllon
et les Abbez de Tournus , touchant la
Jurisdiction .
?
Les Abbez Commandataires eurent lieu
à Tournus comme ailleurs , au commencement
du 16 siécle ; le premier fut Robert
de Lénoncourt, mort Archevêque de
Reims , lequel fit du bien à l'Abbaye. En
1501. Jean de Châllon , Prince d'Orange,
vint avec sa femme en dévotion à Tournus
, promettant à Dieu , que s'il leur
accordoit un fils ,ils le nommeroient Filbert.
Cet Enfant obtenu dans l'année- même
fut depuis le fameux Philibert , Prince
d'Orange , Vice Roy de Naples , pour
Charles- Quint , lequel quitta la France
pour une raison , rapportée par Gollut *.
Charles III. Duc de Savoye , ayant imité
en 1527 , la piété de Jean de Châllon , obtint
aussi du ciel , par l'intercession de
* Selon cet Auteur , dans ses Mémoires , sur la
Franche- Comté,ilfut cho qué étant à Fontainebleau,
qu'ont l'eutfait sortir de son logis ponrfaire place à
un Nonce du Pape.
C vj
S.
1
680 MERCURE DE FRANCE
Ş. Filibert , un fils qui porta le nom de
ce Saint. Cette dévotion des Princes ne
peut servir qu'à condamner les Auteurs
de quelques nouveaux Bréviaires ,qui ont
supprimé tout à fait du Calendrier le
nom de S. Filibert.
·
Une remarque curieuse que M. Juenin
insére dans son Histoire , quoiqu'elle regarde
plus naturellement l'Histoire de
Mâcon , est qu'en 1518 , le Pont de Mâcon
menaçant ruine , l'Evêque ne donna
permission de faire gras le Lundy et
Mardy qui précedent le jour des Cendres
et d'user de laitages pendant le Carême ,
qu'à ceux qui contribueroient aux réparations
de ce Port. Il faut entendre l'Auteur
rapporter lui - même un fait qu'il a
tiré des preuves des libertez de l'Eglise
Gallicane.Ce fait est de l'an 1530. » Frere
» Jean de Trappes , dit de la Graverote
» Moine de Tournus mais Aumônier
» de Pairie en Bourgogne , fut trouvé le
de Juin à Paris , en la Salle du Pa-
» lais , vétu d'une maniere un peu extra-
» vagante pour un Moine. Il avoit un
» Pourpoint de Satin , une Robbe dou-
» blée de damas et un Froc de serge de
» soye. Il fut arrêté par des Huissiers de
» la Cour , et mené au Parquet des Gens
» du Roy. Ayant été mandé en ladite
»
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,
>> Cour
AVRIL 1734 681
» Cour , après qu'il y eut été interrogé ;
» et que les Gens du Roy eurent été oüis,
» la Cour lui enjoignit de se conformer
» dans son habit aux autres Religieux
» de S. Benoît , lui fit inhibitions et dé
>> fenses sur peine de mille livres d'a-
» mende , de plus paroître au Palais avec
» un habit , tel que celui dans lequel il
» avoit été arrêté , ou avec tel autre ha-
>> bit qui ne conviendroit point à un Religieux
de son Ordre. La Cour ordonna
» outre cela qu'il fut mené au Monastere
» de S. Martin des Champs , pour y de-
» meurer ce jour-là , et y être admonesté
» de bien vivre. Le lendemain il présenta
» Requête à la Cour , pour qu'il lui fut
33
33
permis de se retirer en fon Abbaye de
>> Tournus ; sur quoi la Cour ordonna
» que le Prieur de S. Martin des Champs
» le feroit habiller selon son état ; que
»pour cet effet , il feroit vendre les ha-
» bits dont il étoit vêtu , et que le surplus
de l'argent seroit distribué aux
» pauvres ; après quoi il seroit mis hors
» du Monastere .
>>
M. Juenin dit qu'il ne connoît point
le Monastere de Pairie,dont ce Religieux
étoit Aumônier. Il y a grande apparence
que c'est celui de Paroy ou Parey , dont
le nom aura été mal orthographié. C'est
un
682 MERCURE DE FRANCE
un Prieuré de l'Ordre de Cluny , au
Diocèse d'Autun.
A l'occasion du différend qui s'éleva¸
sur la Pêche , sous le Cardinal de Tournon
, on fit à Tournus des recherches
des Bornes anciennes dans la Riviere de
Saone. On y trouva en 1548. une Pierre
longue de quatre pieds , et large de deux ,
sur laquelle étoient figurez deux personnages
que l'Historien de Tournus a fait
graver. La premiere figure qui est à droite
de l'autre , représente , à ce qu'il prétend
, un Religieux . Il a un Oyseau sur
le poing de la main droite , et il paroît
tenir de la main gauche une espece de
Corbeille ; l'autre figure paroît représenter
un jeune Seigneur. L'Auteur est persuadé
que cette Pierre avoit servi à marquer
les limites du droit de Pêche que
Hugues de Châllon , Evêque d'Auxerre,
avoit donné à ce Monastere au 11 siècle ,
et il croit que la Corbeille ovale , qui a
un manche semblable à celui d'une Raquette
, est pour figurer celle qui renfermoit
le titre de cette donation . Mais comme
l'Oyseau de la main droite démontre
surement le droit de Chasse , il s'ensuit
aussi que l'instrument d'Ozier , placé
dans l'autre main , est plutôt une espece
d'Engin destiné pour la Pêche ; et qu'ainså
AVRIL 1734 683'
si la figure de ce Moine représente le droit
de Chasse et de Pêche réunis ensemble.
C'est à quoi il y a d'autant plus d'apparence
, que la Pierre a dû être placée sur
le bord de la Riviere , avant que la rapidité
des Eaux eût entraîné les terres qui
la soutenoient.
Je ne suivrai point cet Auteur dans
ce qu'il rapporte de la guerre des Huguenots
et de celle de la Ligue , relativement
à Tournus . Il s'étend aussi beaucoup
à raconter l'Histoire de la sécularization
de cette Abbaye , qui fut faite
il y a environ cenr dix ans , à l'exemple
de celle de S. Etienne de Dijon et
de S. Pierre de Vienne. Cette nouvelle
Collégiale reçut en 1632. des Statuts
de M. de Neufchese , Evêque de Challon.
On fait remarquer parmi les Eyenemens
singuliers de ia Ville de Tournus
, que la peste y ayant été comme
ailleurs en 1630. ou environ , les Ha-,
bitans se voüerent à S. Charles , Archevêque
de Milan , à l'exemple de ceux
de Challon , et qu'on y fit voeu de chommer
sa Fête. C'est ce qui fait voir que
quelquefois les Saints nouveaux préjudicient
aux anciens , comme l'a dit Nicolas
de Clamengis , puisque presque partout
ailleurs les voeux faits à l'occasion
de
384 MERCURE DE FRANCE
de la peste se réunissoient dans l'augmentation
du culte de Saint Sebastien et
dans celui de. S. Roch.
que
Le reste de cette Histoire n'est qu'un
narré des changemens arrivez dans le
Pays , et autres Evenemens peu interessants
, tels la réunion de l'Aumônerie
de l'Abbaye à l'Hôpital du lieu ;
la dérogation qui fut faite aux droits de
l'Abbé par la création des Maire , Assesseurs
, &c. de Tournus ; differentes
décorations de l'Eglise , passages extraordinaires
, comme celui des Religieux de
la Trappe qui alloient s'établir en Toscane.
Ce fait est de l'an 1705. Le Lecteur
peut cependant y voir avec édification
, l'endroit où M. Juenin marque
la bonne réception que leur fir le Cardinal
de Bouillon , Abbé de Tournus ;
et comment les Chanoines , entez sur
les anciens Moines , parurent les regarder
comme une espece de Confreres.
Tout ce qu'il raconte depuis ce tempsrécent
pour nous y arrêter.
là est trop
Comme l'Auteur a mis à la tête de
son Ouvrage un Plan et un Profil de
la Ville et de l'Abbaye de Tournus , il
donne aussi à la fin des Pieces du même
genre. On y voit aussi un plan géométral
de l'Eglise de S.Filibert et de l'Eglise
AVRIL. 1734.
685
glise souterraine. Il ne croit pas cellecy
si ancienne que l'a crû Dom Martenne
, et il peut avoir raison. Il n'a
pas oublié non plus de donner dans le
corps de l'Ouvrage le dessein d'un Eventail
de vélin très ancien , qui servoit dans
les Saints Mysteres pour chasser les Mouches
qui auroient incommodé le Prêtre.
Ce meuble aisé à transporter , venoit ,
sans doute , du Monastere de Nermoutier
en Bretagne , selon qu'il est aisé d'en
juger par le nom de S. Philibert et de
S. Martin de Vertou , qui s'y lisent, pendant
que celui de S. Valerien n'y paroît
en aucun endroit . On voit parmi les
Pieces justificatives de cette Histoire ,
qui sont en 339. pages , les Vies de saint
Valerien , de S. Marcel Martyr de Challon
une Chronique de Tournus , qui
n'a jamais été publiée ; une Description
curieuse conservée dans l'Eglise de saint
Marcel de Cayret , au Diocèse d'Uzés .
On y trouve aussi la Vie , les Tranflations
et les Miracles de S. Filibert , où
l'on ne trouve point le trait fabuleux
qui a tant décrié la Légende de ce Saint.
>
Il est à souhaiter que l'exemple de
l'Historien de Tournus soit suivi , et que
dans chacune des Eglises Collegiales qui
ont succedé à d'anciens Monasteres , if
Se
686 MERCURE DE FRANCE
se trouve un Sujet aussi zelé que le paroît
M. Juenin , pour faire connoître la
celebrité des Lieux , et pour en conserver
à la posterité tous les monumens
qui sont dignes d'attention . Je suis , &c.
A A .... le 10. Octobre 1733.
Fermer
Résumé : LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
La lettre traite de l'histoire de la ville et de l'abbaye de Saint-Filibert de Tournus, dédiée au Cardinal de Fleury. L'auteur met en avant la richesse historique des villes non épiscopales comme Tournus. L'histoire de la ville remonte à l'époque des Éduens, avec des mentions dans divers textes anciens. Le martyre de Saint-Valérien a rendu le lieu célèbre, conduisant à l'établissement d'un monastère sur son tombeau. Au IXe siècle, des moines de Nermoutier ont rejoint la communauté, augmentant ainsi les biens et les religieux de l'abbaye. Charles le Chauve a confirmé cette union et ajouté des biens considérables. L'histoire de l'abbaye est marquée par des donations, des privilèges et des événements marquants, tels que des incendies et des conflits avec les comtes et les évêques. Plusieurs abbés notables sont mentionnés, ainsi que des faits historiques comme des processions et des donations royales. La lettre critique également la destruction de monuments anciens lors de rénovations et mentionne des événements du XVIe siècle, comme la visite de Jean de Châlon et la dévotion des princes pour Saint-Filibert. Par ailleurs, un religieux fut arrêté et conduit au monastère de Saint-Martin-des-Champs pour y être admonesté. Il demanda ensuite à être transféré à l'abbaye de Tournus, ce que la Cour accepta. Le monastère de Pairie, dont ce religieux était aumônier, est identifié comme étant probablement celui de Paroy ou Parey, un prieuré de l'Ordre de Cluny dans le diocèse d'Autun. En 1548, des recherches sur les bornes anciennes dans la rivière Saône à Tournus révélèrent une pierre gravée représentant un religieux et un jeune seigneur. Cette pierre marquait les limites du droit de pêche accordé au monastère par Hugues de Châllon, évêque d'Auxerre, au XIe siècle. Elle figurait également le droit de chasse et de pêche réunis. Le texte mentionne également des événements historiques à Tournus, comme la peste de 1630 et les vœux faits à saint Charles, archevêque de Milan. Il évoque la sécularisation de l'abbaye de Tournus, qui reçut des statuts en 1632. Divers changements et événements mineurs sont également relatés, comme la réunion de l'aumônerie de l'abbaye à l'hôpital local et la création de maires et d'assesseurs à Tournus. L'auteur de l'ouvrage sur l'histoire de Tournus inclut des plans et des profils de la ville et de l'abbaye, ainsi que des pièces justificatives telles que des vies de saints, des chroniques et des descriptions curieuses. Il est souhaité que d'autres historiens suivent l'exemple de M. Juenin pour conserver et faire connaître les monuments dignes d'attention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 838-849
LETTRE de M. L*** Ch. et S. d'Auxerre, aux Auteurs du Mercure de France, touchant la Sépulture de saint Agnan, Evêque d'Orleans.
Début :
Il y a, Messieurs, plus de trente ans qu'un sçavant Ecclesiastique d'Orleans, [...]
Mots clefs :
Saint Aignan, Sépulture, Orléans, Évêque, Église, Saint Laurent, Nom, Translation, Saint Pierre, Saints, Églises, Roi Robert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L*** Ch. et S. d'Auxerre, aux Auteurs du Mercure de France, touchant la Sépulture de saint Agnan, Evêque d'Orleans.
LETTRE de M. L *** Ch . et S.
d'Auxerre , aux Auteurs du Mercure de
France , touchant la Sépulture de saint
Agnan , Evêque d'Orleans.
Lya , Messieurs , plus de trente ans
leans , nommé M. le Brun , avoit composé
une ample Dissertation sur la Sépulture
de S. Agnan , dont on vous a envoyé
un Extrait , que vous avez publié
dans
MAY
839
་
1734
dans le Mercure de Septembre dernier .
Ainsi je ne croi pas que celui de qui vous
tenez cet Extrair , se fasse honneur de
la Dissertation. Je la conserve écrite de
la main de l'Auteur , avec la copie d'une
Lettre que M. Baillet lui écrivit en conséquence
de la communication qu'il lui
en donna. Certe Piece servit aussi à Orleans
à détromper tous ceux qui voulurent
en prendre communication . Je
suis bien aise que vous en ayez publié
l'essentiel.
C'est en effet une erreur grossiere de
croire que S. Agnan ait été inhumé dans
l'Eglise de S Laurent , qui est située à
l'Occident de la Ville d'Orleans . Outre
Is témoignages tirez du Testament de
eodebode , de la Vie de S. Mémin , de
celle de S. Euspice , que M. le Brun a
fait valoir , il s'en présente encore un
plus formel , qui n'est pas venu à sa
connoissance , et dont on ne peut éluder
la force , quelque antiquité qu'on s'avise
de donner à la Tranflation prétenduë
du Saint Corps d'une Eglise de S Laurent
, bâtie à l'Occident d'Orleans , en
celle de S. Pierre , bâtie à l'Orient. Cette
Tranflation doit passer pour chimerique,
dès-là qu'on lit dans une Vie authentique
de S. Agnan , qu'après son décès
A iiij un
842 MERCURE DE FRANCE
de S. Laurent à l'Occid.nt d'Orleans ,
laquelle est appellée S. Laurent des Orge
rils ,mais je me croi assez fondé pour soutenir
qu'il y en a eu une autre du nom
du même Saint , du côté Oriental. Si
dans Orleans il a existé jusqu'à cinq ou
six Eglises du nom de Saint Pierre ,
deux sous le titre de Saint Jean , et deux
sous celui de S. Germain d'Auxerre ;
quelle impossibilité y a-t'il qu'il n'y ait
aussi existé deux Eglises du nom de saint
Laurent N'y a- t'il pas eû de- même à
Paris deux Eglises du nom de S. Vincent,
Martyr d'Espagne ? Combien de Villes
où il y a plus d'une Eglise du titre de
S. Martin ou de quelqu'autre Saint célebre
?
Une preuve qu'il y a eu pendant quelques
siecles une Eglise ou Oratoire de
S. Laurent dans le Champ de Tétrade à
l'Orient d'Orleans et sur le Territoire de
l'Eglise qui a porté depuis le nom de
S. Agnan , est , que la memoire de ce saint
Martyr est distinguée de temps immémorial
de celle des autres Saints étrangers
, dans l'Eglise de S. Agnan même.
Dans le Catalogue des dix- neuf Autels
que l'on y érigea lorsque le Roy Robert
fit rebâtir à neuf cette Eglise , on voit
qu'après l'Autel principal sous l'invoca
tion
MAY. 1734.
843
tion de S. Pierre et S. Paul , celui de
S. Benoît et celui de S. Euverte , c'est
celui de S. Laurent qui suit immédiate
ment , par distinction au dessus de ceux
qui portoient le nom de S. Sauveur , de
Notre- Dame , de S. Jean , de S. Michel,
qui ne sont nommez qu'après. Je ne
prétens point qu'il y ait eu dans l'étenduë
du Champ de Tétrade , ni autour
de l'Eglise de S. Pierre , dite depuis saint
Agnan , autant d'Eglises qu'on érigea
d'Autels dans le nouvel Edifice achevé
l'an 1029. mais au moins y en avoit- il
eu d'érigez sous l'invocation de ceux qui
y sont nommez les premiers avant Notre
-Seigneur et la Sainte Vierge .
Helgaud , Moine de Fleury , ne parlet'il
pas d'une Eglise de S. Martin comme
existante sous le Roy Robert , laquelle
étoit une Chapelle à l'extremité du Cloftre
de S. Agnan , et qui n'existe plus ? Il
ne faut donc pasjuger des siecles passez par
les choses qui subsistent de nos jours , ni
croire qu'il n'y a jamais eu à Orleans
qu'une seule Eglise de S. Laurent , parce
qu'on n'en voit qu'une aujourd'hui . Il
doit y en avoir existé une autre à l'Orient
de la Cité ; et c'est cette Eglise aujourd'ui
inconnue et dans l'oubli , qui
sert de fondement à la Tradition d'Or-
A vj leans
844 MERCURE DE FRANCE
leans , que le Corps de S. Agnan a été
transferé de l'Eglise de S. Laurent en celle
qui a depuis porté son nom.
Lorsque le Corps de ce saint Evêque furt
remué pour la premiere fois , il a pû se
faire qu'il reposoit alors dans un Oratoire
ou petite Eglise de S. Laurent , bâtie
dans le Champ de Tétrade , et que
de- là , vû le peu d'éloignement , le Tombeau
tel qu'il étoit , ait été transporté dans
l'Eglise de S. Pierre , qui étoit le principal
Edifice entre ceux de ce Champ . La
petite Eglise de S. Laurent ayant ensuite
été détruite comme inutile , ou étant tombée
de vétusté , il sera arrivé depuis , lorsqu'on
parloit de la Tranflation du Corps.
de S. Agnan , que le Peuple aura attribué
à l'Eglise de S. Laurent des Orgerils ,
ce qui ne convenoit , dans la verité , qu'à
P'Oratoire de S. Laurent , qui avoit été
situé dans la partie toute opposée . Ainsi
se forment souvent les Traditions populaires.
On attribuë à l'objet existant , ce
qui n'avoit été dit ou écrit que de l'objet
détruit ou anéanti ; et pendant que personne
ne produit des preuves de la méprise
, l'erreur prend racine , elle s'autorise
ensuite de son antiquité , trouve
des Protecteurs dans les Habitans du Lieu
qu le nom se conserve , et il faur user
après
MAY. 1734 845
après cela de mille ménagemens pour les
faire revenir de la bévûe où la simplicité
de leurs prédécesseurs les avoit jettez.
M. Baillet n'a pas voulu adopter la nouvelle
Tradition de S. Laurent au Fauxbourg
Occidental d'Orleans . Le Pere de
Longueval , Jesuite , ne déterminant
point la situation de l'Eglise de S. Laurent
, a évité de la favoriser ouvertement.
Quoique la Tranflation du Corps de
S. Agnan du premier lieu de sa Sépulture
dans le lieu qui portoit le nom de
Basilique de S. Pierre , n'eût pas été d'un
grand trajet , et qu'elle n'ait peut- être
été que d'un jet de pierre , elle a cependant
été écrite dans les anciens Martyrologes
et Calendriers , parce qu'elle a été
assez remarquable pour ces temps - là où
les remuemens des Corps des Saints ne
se faisoient gueres que lorsqu'une Eglise
menaçoit ruine ou qu'elle étoit trop petite
pour le concours qui se faisoit à leurs
Tombeaux. On la croit du commencement
du septiéme siecle. L'Ombre de
M. Thiers auroit pû l'ajouter aux exemples
de Tranflations de Saints Confesseurs
qui autorisent sa rétractation * sur celle
de S. Firmin le Confès d'Amiens , outre
1
Cette rétractation est imprimée dans le Mersure:
de Juin x7.3.1 IĮ. volume.
celles
846 MERCURE DE FRANCE
celles de S. Vaast d'Arras , qui fut faite
dans le même siecle par S. Aubert , l'un
de ses Successeurs , et celle de S. Maximin
, Evêque de Tréves , faite aussi alors
par S. Hidulfe , Corevêque de ce Siege.
Je ne parle pas de quelques autres plus
anciennes , telle que celle des Saints Evêques
de Verdun , prédecesseurs de S. Airy
, faite par lui -même au sixiéme siecle ,
ni de celle de S. Gatien , premier Evêque
de Tours , faite par S. Martin.
On doit compter parmi les Martyrologes
où la premiere Tranfiation du Corps
de S. Agnan se trouve , outre celui de
Bede , deux autres qui ont été publiez
par Dom Martene , l'un au troisiéme vofume
de ses Anecdotes , page 1556. où
on lit Aurelianis Translatio S. Aniani ;
l'autre au sixième tome de son ample Col
lection , page 708. où se lit ce qui suit :
In civitate Aurelianis Tranflatio Corporis
S. Aniani Episcopi , et liberatio civitatis
ipsius à Hunnis. Les deux premiers sont
anterieurs au Roy Robert. Le troisiéme
a été écrit de son temps ; mais il copie
le fait de la premiére Transflation , et
non pas celle qui fut faite sous son Regne
l'an 1029. M. de Tillemont s'étonnoit
en 1697. que dans le Breviaire d'Orleans
, publié en 1693 , par M. de Coiſlin ,
l'on
MAY. 1734. 847
l'on ne parlât au XIV. Juin , que de la
Tranflation faite sous le Roy Robert :
et sa surprise étoit bien fondée . Il auroit
fallu en effet parler en ce jour d'abord
de la délivrance de la Ville d'Orleans
des mains des Huns , qui est le premier
Evenement remarquable , par rapport à
ce qui regarde S. Agnan . Puisque la Tradition
étoit il y a neuf cent ans ou mille
ans , que cette délivrance étoit arrivée
le 14. Juin , il étoit bon d'en conserver
la memoire à ce jour et de ne la pas porter
au 17. de Novembre , jour de la mort
du saint Evêque , comme on m'a assuré
qu'elle y a été portée avec son ancien
nom de Fête du Miracle. Secondement ,
il étoit à propos d'y inserer le souvenir
de la premiere Tranflation , au moins
d'une maniere generale ; puisque c'est
elle probablement qui a été la cause pour
laquelle on choisit en 1029. le 14 , et le
Is. Juin faire la seconde et pour
pour
proceder à la Dédicace de la nouvelle
Basilique , dont il ne reste plus aujourd'hui
que les Souterrains.
Ce sont autant de corrections qu'on
auroit pû faire dans la nouvelle Edition
du Breviaire d'Orleans de l'an 1731. mais
au lieu de cela , les Réviseurs ont mieux
aimé rétablir dans la Legende de S. Agnan
l'expres
848 MERCURE DE FRANCE
l'expression , qui avoit fait naître ancien
nement l'erreur populaire , que M. le
Brun des Marettes a combattuë et queje
combats après lui par un texte dont
on aura de la peine à éluder la force.
Ce deffaut d'exactitude dans les Légendes
locales , se trouve aussi accompagné
du retranchement de l'Office de plusieurs
Saints Locaux . Je me contenterai pour
le présent de nommer S. Aunaire , fameux
Evêque , né au VI . siecle dans la
Ville d'Orleans , mort le 25. Septembre ,
et d'y ajoûter une Fête que les Auteurs
du IX. siecle qualifioient de celebre dans
toutes les Eglises des Gaules au 1. Octobre,
laquelle étoit en memoire d'un Saint ,
qui en passant par Orleans au V.- siecle ,
y avoit operé deux Miracles rapportez
dans les Manuscrits de la Cathédrale
même. Tant que les Calendriers des nouveaux
Breviaires particuliers , ne seront
pas fondez sur les Histoires locales , les
imperfections y seront inévitables .
Il est temps maintenant de vous donner
la Lettre que M. Baillet écrivoit
le 16. Décembre 1703. à M. le Brun ,
duquel je vous ai parlé ; les plus petites
Productions de la plume des grands
Hommes , sont toujours bonnes à recueillir..
»Ja
MAY. 1734. 849
t
it
es
To
33
» Je suis fâché , M. que le mois de
» Novembre soit achevé pour la réim-
» pression , car je me serois fait un plai-
» sir et un devoir de profiter de ce que
» vous remarquez au sujet du lieu de la
Sépulture de S. Agnan , et de l'emploi
qu'il eut à S. Laurent avant son Epis-
» copat ; et je n'aurois point fait difficul-
» té de changer le titre équivoque d'A-
» bé , quoique l'on pût l'entendre d'un
» Superieur ou Pasteur de Paroisse , sans
prétendre qu'il y eût des Moines. Il
>> me paroît que les autres endroits sur
»quoi tombent vos Remarques , peuvent
» s'expliquer favorablement et subsister
»comme je les ai mis sans préjudice de
la verité des faits , autant qu'on peut
» faire foy sur l'autorité humaine. Je
n suis , &c .
と
2
Ce 17. Novembre 1733 .
d'Auxerre , aux Auteurs du Mercure de
France , touchant la Sépulture de saint
Agnan , Evêque d'Orleans.
Lya , Messieurs , plus de trente ans
leans , nommé M. le Brun , avoit composé
une ample Dissertation sur la Sépulture
de S. Agnan , dont on vous a envoyé
un Extrait , que vous avez publié
dans
MAY
839
་
1734
dans le Mercure de Septembre dernier .
Ainsi je ne croi pas que celui de qui vous
tenez cet Extrair , se fasse honneur de
la Dissertation. Je la conserve écrite de
la main de l'Auteur , avec la copie d'une
Lettre que M. Baillet lui écrivit en conséquence
de la communication qu'il lui
en donna. Certe Piece servit aussi à Orleans
à détromper tous ceux qui voulurent
en prendre communication . Je
suis bien aise que vous en ayez publié
l'essentiel.
C'est en effet une erreur grossiere de
croire que S. Agnan ait été inhumé dans
l'Eglise de S Laurent , qui est située à
l'Occident de la Ville d'Orleans . Outre
Is témoignages tirez du Testament de
eodebode , de la Vie de S. Mémin , de
celle de S. Euspice , que M. le Brun a
fait valoir , il s'en présente encore un
plus formel , qui n'est pas venu à sa
connoissance , et dont on ne peut éluder
la force , quelque antiquité qu'on s'avise
de donner à la Tranflation prétenduë
du Saint Corps d'une Eglise de S Laurent
, bâtie à l'Occident d'Orleans , en
celle de S. Pierre , bâtie à l'Orient. Cette
Tranflation doit passer pour chimerique,
dès-là qu'on lit dans une Vie authentique
de S. Agnan , qu'après son décès
A iiij un
842 MERCURE DE FRANCE
de S. Laurent à l'Occid.nt d'Orleans ,
laquelle est appellée S. Laurent des Orge
rils ,mais je me croi assez fondé pour soutenir
qu'il y en a eu une autre du nom
du même Saint , du côté Oriental. Si
dans Orleans il a existé jusqu'à cinq ou
six Eglises du nom de Saint Pierre ,
deux sous le titre de Saint Jean , et deux
sous celui de S. Germain d'Auxerre ;
quelle impossibilité y a-t'il qu'il n'y ait
aussi existé deux Eglises du nom de saint
Laurent N'y a- t'il pas eû de- même à
Paris deux Eglises du nom de S. Vincent,
Martyr d'Espagne ? Combien de Villes
où il y a plus d'une Eglise du titre de
S. Martin ou de quelqu'autre Saint célebre
?
Une preuve qu'il y a eu pendant quelques
siecles une Eglise ou Oratoire de
S. Laurent dans le Champ de Tétrade à
l'Orient d'Orleans et sur le Territoire de
l'Eglise qui a porté depuis le nom de
S. Agnan , est , que la memoire de ce saint
Martyr est distinguée de temps immémorial
de celle des autres Saints étrangers
, dans l'Eglise de S. Agnan même.
Dans le Catalogue des dix- neuf Autels
que l'on y érigea lorsque le Roy Robert
fit rebâtir à neuf cette Eglise , on voit
qu'après l'Autel principal sous l'invoca
tion
MAY. 1734.
843
tion de S. Pierre et S. Paul , celui de
S. Benoît et celui de S. Euverte , c'est
celui de S. Laurent qui suit immédiate
ment , par distinction au dessus de ceux
qui portoient le nom de S. Sauveur , de
Notre- Dame , de S. Jean , de S. Michel,
qui ne sont nommez qu'après. Je ne
prétens point qu'il y ait eu dans l'étenduë
du Champ de Tétrade , ni autour
de l'Eglise de S. Pierre , dite depuis saint
Agnan , autant d'Eglises qu'on érigea
d'Autels dans le nouvel Edifice achevé
l'an 1029. mais au moins y en avoit- il
eu d'érigez sous l'invocation de ceux qui
y sont nommez les premiers avant Notre
-Seigneur et la Sainte Vierge .
Helgaud , Moine de Fleury , ne parlet'il
pas d'une Eglise de S. Martin comme
existante sous le Roy Robert , laquelle
étoit une Chapelle à l'extremité du Cloftre
de S. Agnan , et qui n'existe plus ? Il
ne faut donc pasjuger des siecles passez par
les choses qui subsistent de nos jours , ni
croire qu'il n'y a jamais eu à Orleans
qu'une seule Eglise de S. Laurent , parce
qu'on n'en voit qu'une aujourd'hui . Il
doit y en avoir existé une autre à l'Orient
de la Cité ; et c'est cette Eglise aujourd'ui
inconnue et dans l'oubli , qui
sert de fondement à la Tradition d'Or-
A vj leans
844 MERCURE DE FRANCE
leans , que le Corps de S. Agnan a été
transferé de l'Eglise de S. Laurent en celle
qui a depuis porté son nom.
Lorsque le Corps de ce saint Evêque furt
remué pour la premiere fois , il a pû se
faire qu'il reposoit alors dans un Oratoire
ou petite Eglise de S. Laurent , bâtie
dans le Champ de Tétrade , et que
de- là , vû le peu d'éloignement , le Tombeau
tel qu'il étoit , ait été transporté dans
l'Eglise de S. Pierre , qui étoit le principal
Edifice entre ceux de ce Champ . La
petite Eglise de S. Laurent ayant ensuite
été détruite comme inutile , ou étant tombée
de vétusté , il sera arrivé depuis , lorsqu'on
parloit de la Tranflation du Corps.
de S. Agnan , que le Peuple aura attribué
à l'Eglise de S. Laurent des Orgerils ,
ce qui ne convenoit , dans la verité , qu'à
P'Oratoire de S. Laurent , qui avoit été
situé dans la partie toute opposée . Ainsi
se forment souvent les Traditions populaires.
On attribuë à l'objet existant , ce
qui n'avoit été dit ou écrit que de l'objet
détruit ou anéanti ; et pendant que personne
ne produit des preuves de la méprise
, l'erreur prend racine , elle s'autorise
ensuite de son antiquité , trouve
des Protecteurs dans les Habitans du Lieu
qu le nom se conserve , et il faur user
après
MAY. 1734 845
après cela de mille ménagemens pour les
faire revenir de la bévûe où la simplicité
de leurs prédécesseurs les avoit jettez.
M. Baillet n'a pas voulu adopter la nouvelle
Tradition de S. Laurent au Fauxbourg
Occidental d'Orleans . Le Pere de
Longueval , Jesuite , ne déterminant
point la situation de l'Eglise de S. Laurent
, a évité de la favoriser ouvertement.
Quoique la Tranflation du Corps de
S. Agnan du premier lieu de sa Sépulture
dans le lieu qui portoit le nom de
Basilique de S. Pierre , n'eût pas été d'un
grand trajet , et qu'elle n'ait peut- être
été que d'un jet de pierre , elle a cependant
été écrite dans les anciens Martyrologes
et Calendriers , parce qu'elle a été
assez remarquable pour ces temps - là où
les remuemens des Corps des Saints ne
se faisoient gueres que lorsqu'une Eglise
menaçoit ruine ou qu'elle étoit trop petite
pour le concours qui se faisoit à leurs
Tombeaux. On la croit du commencement
du septiéme siecle. L'Ombre de
M. Thiers auroit pû l'ajouter aux exemples
de Tranflations de Saints Confesseurs
qui autorisent sa rétractation * sur celle
de S. Firmin le Confès d'Amiens , outre
1
Cette rétractation est imprimée dans le Mersure:
de Juin x7.3.1 IĮ. volume.
celles
846 MERCURE DE FRANCE
celles de S. Vaast d'Arras , qui fut faite
dans le même siecle par S. Aubert , l'un
de ses Successeurs , et celle de S. Maximin
, Evêque de Tréves , faite aussi alors
par S. Hidulfe , Corevêque de ce Siege.
Je ne parle pas de quelques autres plus
anciennes , telle que celle des Saints Evêques
de Verdun , prédecesseurs de S. Airy
, faite par lui -même au sixiéme siecle ,
ni de celle de S. Gatien , premier Evêque
de Tours , faite par S. Martin.
On doit compter parmi les Martyrologes
où la premiere Tranfiation du Corps
de S. Agnan se trouve , outre celui de
Bede , deux autres qui ont été publiez
par Dom Martene , l'un au troisiéme vofume
de ses Anecdotes , page 1556. où
on lit Aurelianis Translatio S. Aniani ;
l'autre au sixième tome de son ample Col
lection , page 708. où se lit ce qui suit :
In civitate Aurelianis Tranflatio Corporis
S. Aniani Episcopi , et liberatio civitatis
ipsius à Hunnis. Les deux premiers sont
anterieurs au Roy Robert. Le troisiéme
a été écrit de son temps ; mais il copie
le fait de la premiére Transflation , et
non pas celle qui fut faite sous son Regne
l'an 1029. M. de Tillemont s'étonnoit
en 1697. que dans le Breviaire d'Orleans
, publié en 1693 , par M. de Coiſlin ,
l'on
MAY. 1734. 847
l'on ne parlât au XIV. Juin , que de la
Tranflation faite sous le Roy Robert :
et sa surprise étoit bien fondée . Il auroit
fallu en effet parler en ce jour d'abord
de la délivrance de la Ville d'Orleans
des mains des Huns , qui est le premier
Evenement remarquable , par rapport à
ce qui regarde S. Agnan . Puisque la Tradition
étoit il y a neuf cent ans ou mille
ans , que cette délivrance étoit arrivée
le 14. Juin , il étoit bon d'en conserver
la memoire à ce jour et de ne la pas porter
au 17. de Novembre , jour de la mort
du saint Evêque , comme on m'a assuré
qu'elle y a été portée avec son ancien
nom de Fête du Miracle. Secondement ,
il étoit à propos d'y inserer le souvenir
de la premiere Tranflation , au moins
d'une maniere generale ; puisque c'est
elle probablement qui a été la cause pour
laquelle on choisit en 1029. le 14 , et le
Is. Juin faire la seconde et pour
pour
proceder à la Dédicace de la nouvelle
Basilique , dont il ne reste plus aujourd'hui
que les Souterrains.
Ce sont autant de corrections qu'on
auroit pû faire dans la nouvelle Edition
du Breviaire d'Orleans de l'an 1731. mais
au lieu de cela , les Réviseurs ont mieux
aimé rétablir dans la Legende de S. Agnan
l'expres
848 MERCURE DE FRANCE
l'expression , qui avoit fait naître ancien
nement l'erreur populaire , que M. le
Brun des Marettes a combattuë et queje
combats après lui par un texte dont
on aura de la peine à éluder la force.
Ce deffaut d'exactitude dans les Légendes
locales , se trouve aussi accompagné
du retranchement de l'Office de plusieurs
Saints Locaux . Je me contenterai pour
le présent de nommer S. Aunaire , fameux
Evêque , né au VI . siecle dans la
Ville d'Orleans , mort le 25. Septembre ,
et d'y ajoûter une Fête que les Auteurs
du IX. siecle qualifioient de celebre dans
toutes les Eglises des Gaules au 1. Octobre,
laquelle étoit en memoire d'un Saint ,
qui en passant par Orleans au V.- siecle ,
y avoit operé deux Miracles rapportez
dans les Manuscrits de la Cathédrale
même. Tant que les Calendriers des nouveaux
Breviaires particuliers , ne seront
pas fondez sur les Histoires locales , les
imperfections y seront inévitables .
Il est temps maintenant de vous donner
la Lettre que M. Baillet écrivoit
le 16. Décembre 1703. à M. le Brun ,
duquel je vous ai parlé ; les plus petites
Productions de la plume des grands
Hommes , sont toujours bonnes à recueillir..
»Ja
MAY. 1734. 849
t
it
es
To
33
» Je suis fâché , M. que le mois de
» Novembre soit achevé pour la réim-
» pression , car je me serois fait un plai-
» sir et un devoir de profiter de ce que
» vous remarquez au sujet du lieu de la
Sépulture de S. Agnan , et de l'emploi
qu'il eut à S. Laurent avant son Epis-
» copat ; et je n'aurois point fait difficul-
» té de changer le titre équivoque d'A-
» bé , quoique l'on pût l'entendre d'un
» Superieur ou Pasteur de Paroisse , sans
prétendre qu'il y eût des Moines. Il
>> me paroît que les autres endroits sur
»quoi tombent vos Remarques , peuvent
» s'expliquer favorablement et subsister
»comme je les ai mis sans préjudice de
la verité des faits , autant qu'on peut
» faire foy sur l'autorité humaine. Je
n suis , &c .
と
2
Ce 17. Novembre 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. L*** Ch. et S. d'Auxerre, aux Auteurs du Mercure de France, touchant la Sépulture de saint Agnan, Evêque d'Orleans.
M. L*** répond à une publication du Mercure de France concernant la sépulture de saint Agnan, évêque d'Orléans. Il mentionne que M. le Brun avait rédigé une dissertation sur ce sujet, dont un extrait avait été publié dans le Mercure de Septembre 1734. M. L*** possède cette dissertation manuscrite ainsi qu'une lettre de M. Baillet à ce sujet. La lettre rectifie une erreur selon laquelle saint Agnan aurait été inhumé dans l'église de Saint-Laurent à l'ouest d'Orléans. Plusieurs témoignages, dont ceux du testament de Chrodebode, de la vie de saint Mémin et de saint Euspice, ainsi qu'une vie authentique de saint Agnan, démontrent que cette croyance est erronée. Une église de Saint-Laurent existait également à l'est d'Orléans, et il était courant qu'une ville possède plusieurs églises portant le même nom. L'auteur soutient que le corps de saint Agnan a été transféré d'un oratoire de Saint-Laurent situé dans le champ de Tétrade à l'église de Saint-Pierre, qui est devenue par la suite l'église Saint-Agnan. Cette translation est attestée par des martyrologes et calendriers anciens, et elle est datée du début du septième siècle. La confusion populaire a attribué cette translation à l'église de Saint-Laurent des Orgerils, située à l'ouest, alors qu'elle concernait un oratoire à l'est. M. Baillet et le père de Longueval n'ont pas adopté la tradition erronée de la translation du corps de saint Agnan. L'auteur critique également le Breviaire d'Orléans de 1731 pour avoir omis de mentionner la première translation et la délivrance de la ville d'Orléans des Huns, événements liés à saint Agnan. Il conclut en mentionnant une lettre de M. Baillet à M. le Brun, datée du 16 décembre 1703, qui reconnaît les remarques de M. le Brun sur la sépulture de saint Agnan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
72
p. 1081-1089
LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
Début :
Vous êtes très-occupé, Monsieur, à revoir le Breviaire de l'Eglise [...]
Mots clefs :
Légende, Sorbonne, Église, Docteur, Bréviaire, Évêque, Sainte Hélène, Cas, Sous-chantre, Docteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
LETTRE de M. **** à M..
l'Abbé✶✶✶ Chanoine de l'Eglise de......
au sujet d'une Legende déclarée fausse ct
digne de suppression par plusieurs Docteurs
de Sorbonne.
V
Ous êtes très- occupé , Monsieur ;
à revoir le Breviaire de l'Eglise
de *** et vous voulez le purger de
quantité de Fables qui se sont glissées
dans les Legendes . C'est aussi par où l'on
doit commencer lorsqu'on procede à la
reformation de ces sortes d'Ouvrages La
1. Vol. close
TO82 MERCURE DE FRANCE
chose a été recommandée dans tant de
Conciles , que j'ai été surpris qu'on eût
attendu si long-tems. Je ne sçai , au reste, si
vous y aurez beaucoup de satisfaction.
Outre que cette étude est assez seche ,
elle est sujette quelquefois à certaines
traverses ; la lumiere ne peut souvent se
faire place dans les tenebres sans quelque
coup d'éclat il y a des assauts à essuyer
et quelquefois même des injures. Je veux
vous divertir à cette occasion d'une Histoire
arrivée il y a quinze ans dans une
Ville que vous connoissez particuliere-
Ment. La premiere atteinte qu'un des
Membres qui composent le Chapitre , osa
donner à un Breviaire qui y servoit depuis
48. ans fut d'attaquer la Legende
d'une Sainte Helene. Ayant proposé en
yain la supposition de cette Legende , il
demanda l'avis à d'habiles Docteurs de
Sorbonne , et leur envoya la Legende
avec l'énoncé des choses dites publiquement
en consequence de la proposition .
Je vous fais part de la feuille trouvée en
Original dans les papiers d'un Curieux,
qui contient la Legende et la resolution
du cas . Ce cas vous frappera par sa singularités
mais quand l'obstination est singuliere
, il semble qu'il faut aussi employer
des remedes singuliers.
,
I. Vol. Copie
JUIN. 1734. 1083
Copie d'une feuille signée par cinq Doc
teurs de Sorbonne l'an 1718.
cùm
Sancta Helena Virginis, illuftri in gratia
genere,nata quanta sanctionis vita integritas
futura esset , apparuit. Episcopus enim matrem
invisens , nescio quid cygneum vicina
jam morte cecinisse fertur , et ventrem ejus
acervum tritici liliis vallatum appellasse ; et
prolata ad latus manu lilii florem videns,
dixisse , sicut lilium inter spinas , sic amica
mea inter filias. In ipso vero partu
mater ad congugem ire juberetur, ex utero vox
filia matrem ire prohibentis audita est.
Emisso partu Episcopus multa secundis om
nibus prastans , Helenam , id est lampadem,
merito dictamsignificavit . Cum populus pluviamjam
sex mensibus optaret , infantulam
incunis sub dio jacere præcipiens totâ nocte
cum populo Dominum precatus , sic pluviam
obtinuit , ut intactas cunas miratus sit. Plebs
tanto miraculo commota , in ipso cunarum
loco
præeunte Episcopo , Ecclefiam certantibus
omnium stu liis brevi construxit , et cujus
bonori dedicaretur ambigentibus , Helenagracili
voce exu'nis matris Maria Virgini
dedicandam esse respondit. Ipso die
Pentecostes jam septennem lustratibus undis
abluente Episcopo , columba toto spectante
I. Vol.
popula
1084 MERCURE DE FRANCE
populo qui confluxerat , annulum aureum
Helene digito inseruit.
Multis aliis miraculis Dominus Helenam
sibi despondisse testatus est. Ipso Palmarum
die , cum de more ramum gestans processisset
, ramus ex floribus mala punica
produxisse stupentibus turbis visus est et
grana puniceo colore rubentia populus universus
cum stupore vidit , deglutiit : quibus
surdi , muti , claudi et alii compluribus
morbis debilitati recuperatâ sanitate gratias
Christo reddiderunt. Prater patrem gravissimo
dentium dolore cruciatum , plures alios
sadem rabie furentes imposito capitis velo sanavit.
Quarto Nonas Maii quibus ad coelestem
sponsum commigravit , tantus liliorum.
atque rosarum imber de coelo in urbem in
qua obierat cecidit , ut Athenas etiam licet
dissitas odore suavissimo compleret. Tanta
Virginis corpus adhuc incorruptum ex Gra
cis circa annum 1209. advectum Ecclesia
Trescensis conservat ; ad cujus cultum singulari
pietate motus ex tota Dioecesi aliisque
locis populi concursus singulis annis fieri
solet.
>
Le Souchantre de l'Eglise où on lit
cette Legende , voyant que l'Evêque du
lieu l'a supprimée par tout le Diocèse ,
l'Evêque de l'Eglise où est le Corps appellé
de Sainte Helene , l'a fait aussi re-
I. Vgl.
tran
JUIN. 1734 1085
que
trancher du Breviaire de cette Eglise , et
les Vicaires Generaux de la Metropole
, dont l'une et l'autre Eglise sont suffragantes
, trouvent fort mauvais que l'on
continue à la lire dans la Cathedrale , lur
donnant même des qualifications quifont
de la peine à entendre , a proposé aux
Chapitres Generaux d'imiter l'exemple de
M. l'Evêque et de la retrancher de la lecture
publique. Mais quoiqu'il fût sûr que
la plupart des Chanoines la trouvoient
insupportable , voire même impudente' ,
il n'a pas réussi , parce qu'on n'a pas voulu
recevoir sa proposition; et ce qui a empêché
de faire opiner du fond , est qu'un
Docteur de Sorbonne et quelques Docteurs
de ..... ont dit , que si on ôtoit
cette Legende,ce ne seroit jamais fait , et
que tous les jours on trouveroit de pareils
défauts dans le Breviaire. Le Docteur
de Sorbonne a même ouvert la voye
d'une excellente défaite . Car quoique le
Souchantre n'eût allegué dans sa proposition
que l'autorité des personnes qui rejettent
cette Legende , et les periodes du
commencement qui blessent les oreilles
chastes , ce Docteur s'étendit fort au long
pour prouver que l'argument negatif est
de peu de poids, et que c'est celui dont se
servent les Calvinistes pour prouver que
I. Vol.
le
1086 MERCURE DE FRANCE
le culte des Images n'avoit pas lieu dans
les premiers siecles . Il ajoûta même , et
en cela il fut appuyé par un Docteur de....
que
5
si l'on retranchoit cette Legende , il
faudroit retrancher par la même raison le
Cantique des Cantiques et tous les endroits
de l'Ecriture , où il est parlé de generation
. Un autre ajoûta ces paroles
comme de la Genese : Et non cognovit
eam , et dit qu'il ne les faudroit plus lire
à l'Eglise si on ôtoit celles de la Legende.
On a donc continué de la dire encore cette
année ; mais le Prêtre qui la lisoit le fit
si rapidement , qu'à peine put - on l'entendre
, ne voulant pas rendre intelligibles
des paroles si indignes de l'Eglise.
Ce qu'il y a de fort étrange dans le
procedé du Docteur qui mene une bonne
partie de cette Compagnie , c'est que
justement c'est lui même qui deux ans auparavant
a empêché par la force de l'argument
negatif, qu'on n'admit pour Reliques
un corps venu de Catacombes de
Rome,à cause que la Legende qui se trouva
dans le coffre envoyé de Rome paroissoit
fabuleuse , n'étant aucunement appuyée
, ni par les Historiens , ni par les
Martyrologes. Cette Sainte Helene est
dans le même cas : Elle vient des Cimetieres
de la Grece , mais elle est incon-
I. Vol. nuë
JUIN. 1734. 1087
nue dans tous les Menées et les Meneloges.
La difference qu'il y a , est que son
culte est reçû depuis cinq cens ans , et
qu'elle a eu le malheur d'avoir des Historieus
peu chastes et peu modestes , au
lieu que la Sainte Alexandra , apportée
depuis peu de Rome , n'a point encore
eu de culte , quoique la Legende qu'on
lui a fabriquée n'ait rien de scandaleux.
Resolution du Cas.
Le Conseil soussigné , qui a vû l'exposé
ci- dessus , est d'avis que la Legengende
ci dessus rapportée n'étant nullelement
autorisée , et paroissant fabriquée
à plaisir par un Legendaire , doit être retranchée
de l'Office de l'Eglise en question
; que l'Evêque a très bien fait de la
supprimer,que le Souchantre fait son devoir
en empêchant qu'elle ne soit lûë
dans l'Eglise , et que ceux qui persistent
à la soutenir sont des rebelles ou des ignorans.
Déliberé à Paris ce 13. Juillet 1718.
Signé , Du Pin , Docteur de Sorbonne.
La décision du mois de Septembre
suivant est dans les mêmes termes , sinon
que quelqu'un des quatre Docteurs qui
se joignirent à M. Du Pin , raya le dernier
membre de la déliberation . De sorte
qu'elle est conçûë en ces peu de mots .
I.Vol.
Le
1088 MERCURE DE FRANCE
Le Conseil soussigné qui a vû l'exposé
ci dessus , est d'avis que la Legende
ci - dessus rapportée n'étant nullement autorisée
, et paroissant fabriquée à plaisir
par quelque Legendaire , doit être retranchée
de l'Office en question ; que l'Evêque
a très- bien fait de la supprimer ; que
le Souchantre fait son devoir en empêchant
qu'elle ne soit lûe dans l'Eglise.....
Déliberé à Paris le 9. Septembre 1718.
Signé , Hideux , Sindic , Lambert , Quinot
, L. Ellies du Pin , Auvray.
Vous avec vû , M. bien des questions
historiques traitées dans le cas de M. de
Sainte-Beuve ; mais je suis persuadé que
vous n'en avez jamais vû une semblable.
Celle-ci est originale en son genre. Je
vous divertirois bien davantage, si je vous
rapportois les scénes qui se passerent lorsqu'on
commença à impugner les paroles
d'une Messe de Notre- Dame des Neiges ,
qui est uniquement dans un Graduel écrit
à la main , et qui n'a jamais eu place dans
le Missel. L'Introïte commençoit ainsi :
Placuit divina providentia et le Pseaume
de cet Introïte étoit : Contra naturam temporis
aër nimiafrigoris congelatione constringitur
: et tanta nubium conftipatione dempsatur.
Jugez de la piece par l'échantillon .
Il étoit besoin le jour que cela se chantoit,
I. Vol.
que
JUIN, 1734 1089
que les Choristes s'armassent du serieux
le plus glaçant , pour ne pas blesser la
modestie en prononçant de si beaux textes.
On m'a appris depuis que la confection
d'un nouveau Breviaire a fait retrancher
tout cela , et qu'il n'y a plus de fables
dans l'Office de cette Eglise. Mais
que ceux qui ont travaillé à expulser toutes
les simplicités et tous les mensonges ,
n'ont pas été les maîtres de conserver des
anciens rites tout ce qu'il étoit à propos
de conserver. Je souhaite qu'on puisse dire
bien-tôt de celle pour laquelle vous
travaillez , que non - seulement vous y
avez retabli la verité et la sincerité dans
les Legendes , mais aussi la pureté et l'antiquité
dans les rites . Je suis , &c.
l'Abbé✶✶✶ Chanoine de l'Eglise de......
au sujet d'une Legende déclarée fausse ct
digne de suppression par plusieurs Docteurs
de Sorbonne.
V
Ous êtes très- occupé , Monsieur ;
à revoir le Breviaire de l'Eglise
de *** et vous voulez le purger de
quantité de Fables qui se sont glissées
dans les Legendes . C'est aussi par où l'on
doit commencer lorsqu'on procede à la
reformation de ces sortes d'Ouvrages La
1. Vol. close
TO82 MERCURE DE FRANCE
chose a été recommandée dans tant de
Conciles , que j'ai été surpris qu'on eût
attendu si long-tems. Je ne sçai , au reste, si
vous y aurez beaucoup de satisfaction.
Outre que cette étude est assez seche ,
elle est sujette quelquefois à certaines
traverses ; la lumiere ne peut souvent se
faire place dans les tenebres sans quelque
coup d'éclat il y a des assauts à essuyer
et quelquefois même des injures. Je veux
vous divertir à cette occasion d'une Histoire
arrivée il y a quinze ans dans une
Ville que vous connoissez particuliere-
Ment. La premiere atteinte qu'un des
Membres qui composent le Chapitre , osa
donner à un Breviaire qui y servoit depuis
48. ans fut d'attaquer la Legende
d'une Sainte Helene. Ayant proposé en
yain la supposition de cette Legende , il
demanda l'avis à d'habiles Docteurs de
Sorbonne , et leur envoya la Legende
avec l'énoncé des choses dites publiquement
en consequence de la proposition .
Je vous fais part de la feuille trouvée en
Original dans les papiers d'un Curieux,
qui contient la Legende et la resolution
du cas . Ce cas vous frappera par sa singularités
mais quand l'obstination est singuliere
, il semble qu'il faut aussi employer
des remedes singuliers.
,
I. Vol. Copie
JUIN. 1734. 1083
Copie d'une feuille signée par cinq Doc
teurs de Sorbonne l'an 1718.
cùm
Sancta Helena Virginis, illuftri in gratia
genere,nata quanta sanctionis vita integritas
futura esset , apparuit. Episcopus enim matrem
invisens , nescio quid cygneum vicina
jam morte cecinisse fertur , et ventrem ejus
acervum tritici liliis vallatum appellasse ; et
prolata ad latus manu lilii florem videns,
dixisse , sicut lilium inter spinas , sic amica
mea inter filias. In ipso vero partu
mater ad congugem ire juberetur, ex utero vox
filia matrem ire prohibentis audita est.
Emisso partu Episcopus multa secundis om
nibus prastans , Helenam , id est lampadem,
merito dictamsignificavit . Cum populus pluviamjam
sex mensibus optaret , infantulam
incunis sub dio jacere præcipiens totâ nocte
cum populo Dominum precatus , sic pluviam
obtinuit , ut intactas cunas miratus sit. Plebs
tanto miraculo commota , in ipso cunarum
loco
præeunte Episcopo , Ecclefiam certantibus
omnium stu liis brevi construxit , et cujus
bonori dedicaretur ambigentibus , Helenagracili
voce exu'nis matris Maria Virgini
dedicandam esse respondit. Ipso die
Pentecostes jam septennem lustratibus undis
abluente Episcopo , columba toto spectante
I. Vol.
popula
1084 MERCURE DE FRANCE
populo qui confluxerat , annulum aureum
Helene digito inseruit.
Multis aliis miraculis Dominus Helenam
sibi despondisse testatus est. Ipso Palmarum
die , cum de more ramum gestans processisset
, ramus ex floribus mala punica
produxisse stupentibus turbis visus est et
grana puniceo colore rubentia populus universus
cum stupore vidit , deglutiit : quibus
surdi , muti , claudi et alii compluribus
morbis debilitati recuperatâ sanitate gratias
Christo reddiderunt. Prater patrem gravissimo
dentium dolore cruciatum , plures alios
sadem rabie furentes imposito capitis velo sanavit.
Quarto Nonas Maii quibus ad coelestem
sponsum commigravit , tantus liliorum.
atque rosarum imber de coelo in urbem in
qua obierat cecidit , ut Athenas etiam licet
dissitas odore suavissimo compleret. Tanta
Virginis corpus adhuc incorruptum ex Gra
cis circa annum 1209. advectum Ecclesia
Trescensis conservat ; ad cujus cultum singulari
pietate motus ex tota Dioecesi aliisque
locis populi concursus singulis annis fieri
solet.
>
Le Souchantre de l'Eglise où on lit
cette Legende , voyant que l'Evêque du
lieu l'a supprimée par tout le Diocèse ,
l'Evêque de l'Eglise où est le Corps appellé
de Sainte Helene , l'a fait aussi re-
I. Vgl.
tran
JUIN. 1734 1085
que
trancher du Breviaire de cette Eglise , et
les Vicaires Generaux de la Metropole
, dont l'une et l'autre Eglise sont suffragantes
, trouvent fort mauvais que l'on
continue à la lire dans la Cathedrale , lur
donnant même des qualifications quifont
de la peine à entendre , a proposé aux
Chapitres Generaux d'imiter l'exemple de
M. l'Evêque et de la retrancher de la lecture
publique. Mais quoiqu'il fût sûr que
la plupart des Chanoines la trouvoient
insupportable , voire même impudente' ,
il n'a pas réussi , parce qu'on n'a pas voulu
recevoir sa proposition; et ce qui a empêché
de faire opiner du fond , est qu'un
Docteur de Sorbonne et quelques Docteurs
de ..... ont dit , que si on ôtoit
cette Legende,ce ne seroit jamais fait , et
que tous les jours on trouveroit de pareils
défauts dans le Breviaire. Le Docteur
de Sorbonne a même ouvert la voye
d'une excellente défaite . Car quoique le
Souchantre n'eût allegué dans sa proposition
que l'autorité des personnes qui rejettent
cette Legende , et les periodes du
commencement qui blessent les oreilles
chastes , ce Docteur s'étendit fort au long
pour prouver que l'argument negatif est
de peu de poids, et que c'est celui dont se
servent les Calvinistes pour prouver que
I. Vol.
le
1086 MERCURE DE FRANCE
le culte des Images n'avoit pas lieu dans
les premiers siecles . Il ajoûta même , et
en cela il fut appuyé par un Docteur de....
que
5
si l'on retranchoit cette Legende , il
faudroit retrancher par la même raison le
Cantique des Cantiques et tous les endroits
de l'Ecriture , où il est parlé de generation
. Un autre ajoûta ces paroles
comme de la Genese : Et non cognovit
eam , et dit qu'il ne les faudroit plus lire
à l'Eglise si on ôtoit celles de la Legende.
On a donc continué de la dire encore cette
année ; mais le Prêtre qui la lisoit le fit
si rapidement , qu'à peine put - on l'entendre
, ne voulant pas rendre intelligibles
des paroles si indignes de l'Eglise.
Ce qu'il y a de fort étrange dans le
procedé du Docteur qui mene une bonne
partie de cette Compagnie , c'est que
justement c'est lui même qui deux ans auparavant
a empêché par la force de l'argument
negatif, qu'on n'admit pour Reliques
un corps venu de Catacombes de
Rome,à cause que la Legende qui se trouva
dans le coffre envoyé de Rome paroissoit
fabuleuse , n'étant aucunement appuyée
, ni par les Historiens , ni par les
Martyrologes. Cette Sainte Helene est
dans le même cas : Elle vient des Cimetieres
de la Grece , mais elle est incon-
I. Vol. nuë
JUIN. 1734. 1087
nue dans tous les Menées et les Meneloges.
La difference qu'il y a , est que son
culte est reçû depuis cinq cens ans , et
qu'elle a eu le malheur d'avoir des Historieus
peu chastes et peu modestes , au
lieu que la Sainte Alexandra , apportée
depuis peu de Rome , n'a point encore
eu de culte , quoique la Legende qu'on
lui a fabriquée n'ait rien de scandaleux.
Resolution du Cas.
Le Conseil soussigné , qui a vû l'exposé
ci- dessus , est d'avis que la Legengende
ci dessus rapportée n'étant nullelement
autorisée , et paroissant fabriquée
à plaisir par un Legendaire , doit être retranchée
de l'Office de l'Eglise en question
; que l'Evêque a très bien fait de la
supprimer,que le Souchantre fait son devoir
en empêchant qu'elle ne soit lûë
dans l'Eglise , et que ceux qui persistent
à la soutenir sont des rebelles ou des ignorans.
Déliberé à Paris ce 13. Juillet 1718.
Signé , Du Pin , Docteur de Sorbonne.
La décision du mois de Septembre
suivant est dans les mêmes termes , sinon
que quelqu'un des quatre Docteurs qui
se joignirent à M. Du Pin , raya le dernier
membre de la déliberation . De sorte
qu'elle est conçûë en ces peu de mots .
I.Vol.
Le
1088 MERCURE DE FRANCE
Le Conseil soussigné qui a vû l'exposé
ci dessus , est d'avis que la Legende
ci - dessus rapportée n'étant nullement autorisée
, et paroissant fabriquée à plaisir
par quelque Legendaire , doit être retranchée
de l'Office en question ; que l'Evêque
a très- bien fait de la supprimer ; que
le Souchantre fait son devoir en empêchant
qu'elle ne soit lûe dans l'Eglise.....
Déliberé à Paris le 9. Septembre 1718.
Signé , Hideux , Sindic , Lambert , Quinot
, L. Ellies du Pin , Auvray.
Vous avec vû , M. bien des questions
historiques traitées dans le cas de M. de
Sainte-Beuve ; mais je suis persuadé que
vous n'en avez jamais vû une semblable.
Celle-ci est originale en son genre. Je
vous divertirois bien davantage, si je vous
rapportois les scénes qui se passerent lorsqu'on
commença à impugner les paroles
d'une Messe de Notre- Dame des Neiges ,
qui est uniquement dans un Graduel écrit
à la main , et qui n'a jamais eu place dans
le Missel. L'Introïte commençoit ainsi :
Placuit divina providentia et le Pseaume
de cet Introïte étoit : Contra naturam temporis
aër nimiafrigoris congelatione constringitur
: et tanta nubium conftipatione dempsatur.
Jugez de la piece par l'échantillon .
Il étoit besoin le jour que cela se chantoit,
I. Vol.
que
JUIN, 1734 1089
que les Choristes s'armassent du serieux
le plus glaçant , pour ne pas blesser la
modestie en prononçant de si beaux textes.
On m'a appris depuis que la confection
d'un nouveau Breviaire a fait retrancher
tout cela , et qu'il n'y a plus de fables
dans l'Office de cette Eglise. Mais
que ceux qui ont travaillé à expulser toutes
les simplicités et tous les mensonges ,
n'ont pas été les maîtres de conserver des
anciens rites tout ce qu'il étoit à propos
de conserver. Je souhaite qu'on puisse dire
bien-tôt de celle pour laquelle vous
travaillez , que non - seulement vous y
avez retabli la verité et la sincerité dans
les Legendes , mais aussi la pureté et l'antiquité
dans les rites . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
La lettre de M. **** à M. traite de la révision du Breviaire de l'Église de ***, visant à éliminer les fables et légendes erronées. L'auteur exprime sa surprise face au retard de cette tâche et mentionne les difficultés rencontrées, notamment les résistances et les injures. Il relate un incident survenu quinze ans auparavant dans une ville connue, où un membre du Chapitre avait attaqué la légende de Sainte Hélène, présente dans le Breviaire depuis 48 ans. Cette légende, jugée indécente et fabuleuse, avait été supprimée par l'évêque du diocèse et le souchantre de l'église où se trouvait le corps de Sainte Hélène. Malgré les avis des docteurs de Sorbonne et des vicaires généraux, la légende continuait d'être lue dans la cathédrale en raison de l'opposition de certains chanoines et docteurs. La légende de Sainte Hélène, rapportée dans une feuille signée par cinq docteurs de Sorbonne en 1718, décrivait divers miracles et événements miraculeux associés à Sainte Hélène. La décision finale des docteurs de Sorbonne fut de supprimer cette légende, jugée fabriquée et non autorisée. La lettre se conclut par un souhait que le nouveau Breviaire rétablisse la vérité, la sincérité, la pureté et l'antiquité dans les rites et les légendes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
73
p. 2343-2344
Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
Début :
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont signalé aussi leur zéle, & dès qu'on y fut assûré que le Roi [...]
Mots clefs :
Évêque, Roi, Maire, Te Deum, Tables, Angoulême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont fignalé
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
Fermer
74
p. 65-66
ANGOULESME.
Début :
Dès que l'Evêque d'Angoulême apprit l'heureuse nouvelle de la guérison du Roi, [...]
Mots clefs :
Angoulême, Évêque, Miracle, Paysans, Peuple, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANGOULESME.
ANGOULESME.
Dès que l'Evêque d'Angoulême apprit
l'heureuſe nouvelle de la guérifon du Roi ,
il fit illuminer le clocher de la Cathédrale ,
pour informerpromptement de ce Miracle
,
Diij,
66 MERCURE DE FRANCE.
les Payſans des Villages voiſins, qui chaque
jour venoient en pleurs ſçavoir l'état de la
ſanté de leur Souverain. Toutes les actions
de graces furent renduës avec ſolemnité par
l'Eglife, le Magiſtrat& laBourgeoisie. L'Evêque
fit ſervir cinq tables abondantes&
délicates , & pendant ce repas il fit prodiguer
au Peuple des vivres , du pain & de
l'argent. Le Maire & divers Particuliers firentdreffer
des tables dans leurs ruës, où les
paſſans étoient gracieuſement admis.
Dès que l'Evêque d'Angoulême apprit
l'heureuſe nouvelle de la guérifon du Roi ,
il fit illuminer le clocher de la Cathédrale ,
pour informerpromptement de ce Miracle
,
Diij,
66 MERCURE DE FRANCE.
les Payſans des Villages voiſins, qui chaque
jour venoient en pleurs ſçavoir l'état de la
ſanté de leur Souverain. Toutes les actions
de graces furent renduës avec ſolemnité par
l'Eglife, le Magiſtrat& laBourgeoisie. L'Evêque
fit ſervir cinq tables abondantes&
délicates , & pendant ce repas il fit prodiguer
au Peuple des vivres , du pain & de
l'argent. Le Maire & divers Particuliers firentdreffer
des tables dans leurs ruës, où les
paſſans étoient gracieuſement admis.
Fermer
75
p. 61-83
ELOGE HISTORIQUE De M. le Cardinal de Rohan, lû le 15 Novembre 1749, dans l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
L'ouvrage suivant a été imprimé dans une Ville de Province, d'où il nous a / Armand-Gaston-Maximilien de Rohan, Cardinal Prêtre de la Sainte [...]
Mots clefs :
Cardinal de Rohan, Lettres, Strasbourg, Saverne, Roi, Nom, Roi, Prince, Rome, Abbé de Soubise, Église, Évêque, Alsace, Empire, Prince de Soubise, Palais, Bibliothèque, Académie, Charmes, Mérite, Allemagne, Religion, Magnificence
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE HISTORIQUE De M. le Cardinal de Rohan, lû le 15 Novembre 1749, dans l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Lo
'Ouvrage fuivant a été imprimé dans
une Ville de Province , d'où il nous
a été envoyé . Comme il n'eft guéres répandu
, nous nous croyons autorités à l'inferer
dans notre Journal. La lecture de ce
morceau convaincra tout le Royaume que
M. de Bougainville écrit avec le naturel ,
l'élégance, & la dignité qui conviennent à
l'importante place qu'il occupe.
ELOGE HISTORIQUE
De M. le Cardinal de Rohan , lû le 15 Novembre
1749 , dans l'Aſſemblée publique
de l'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles-Lettres.
A
-
Rmand Gafton - Maximilien de
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte
Eglife Romaine du Titre de la Trinité
du Mont , Evêque & Prince de Strasbourg,
62 MERCURE DE FRANCE.
Landgrave d'Alface , Prince du Saint Empire
, Grand Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint Efprit , Proviſeur
de Sorbonne , Abbé de Saint Waft
d'Arras , de la Chaiſe- Dieu , & de Foigny ,
l'un des Quarante de l'Académie Françoife,
& Honoraire de celle des Belles Lettres ,
naquit à Paris le 26 Juin 1674. Il étoit
le quatriéme fils de François , Prince de
Rohan- Soubife , & d'Anne de Chabot ,
fille aînée d'Henri de Chabot , Duc de
Rohan.
Une figure noble , & dont les traits heureux
fembloient formés par les graces , fut
le moindre des préfens qu'il reçut de la
Nature. Elle lui prodigua fes dons les plus
précieux . Aux faillies d'une imagination
brillante , aux agrémens d'un efprit vif &
jufte , fe joignit tout ce qui peut annoncer
un coeur fenfible , vertueux , bienfaifant;
& le germe de ces qualités aimables ,
qui devoient le rendre fi cher à la Société,
fe développa rapidement avec l'âge . Son
enfance fut l'aurore d'un beau jour.
L'éducation feconda fes talens naturels.
Ses études eurent un fuccès , dont l'éclat
n'eft point effacé par celui qui couvre le
refte de fa vie. La Ville de Bourges , où il
les commença fous les yeux du Prince de
Soubife , fon pere , Gouverneur de Berry ,
JUI N. 1751 .
63
en partage la gloire avec le Collége de
Harcourt , où il vint les achever. Les
charmes de cette Littérature agréable ,
dont nous cueillons les prémices dans le
cours des Humanités , ne l'empêcherent
pas de fentir le mérite réel de la Philofophie.
Cependant il falloit alors une gran
de pénétration pour le reconnoître , au
travers des ronces , dont cette Science étoit
hérifiée. Il l'envifagea , comme une introduction
à la Théologie , vers laquelle il
tournoit toutes les vues , pour fe difpofer
à l'Etat Eccléfiaftique.
Son rang , qui le mettoit en droit d'afpirer
avec fuccès aux plus hautes dignités
de l'Eglife , ne lui parut pas une difpenfe
des qualités néceffaires pour les remplir.
Quoique pouvant fe repofer fur fa uaiffance
, l'Abbé de Soubife voulut ne rien
devoir au nom qu'il portoit , & für en
quelque forte de tout obtenir , il eut la
noble prétention de tout mériter . L'eftime
générale qu'il s'étoit acquife dans fes
premieres études le fuivit en Sorbonne .
Tous ceux qui couroient avec lui cette
longue & laborieufe carriere , charmés de
fa politeffe , admiroient fon application .
Il étoit en même tems leurs délices & leur
modéle.
La Théologie , de toutes les Sciences la
64 MERCURE DE FRANCE .
plus noble & la plus importante , eft peutêtre
aufli la plus difficile . Mais que ne peut
l'opiniâtreté du travail , foutenue par un
jugement folide , une mémoire heureuſe ,
un génie élevé ? Les progrès de M. l'Abbé
de Soubife furent rapides & brillans . Sa
premiere Théfe eft du mois de Mars 1696.
Il la foutint couvert , avec tous les honneurs
, qu'on ne défere qu'aux Princes
iffus de Maifons Souveraines . Cet Acte ,
où fon érudition eut fes Maîtres eux -mêmes
pour admirateurs , mit dans un nouveau
jour le talent fingulier qu'il avoit
pour la parole.
Il en donna des preuves encore plus
frappantes deux ans après , dans le Panégyrique
de Louis XIV , qu'il prononça
comme Prieur de Sorbonne Panégyrique
comparable à celui de Trajan ; mais dont
l'Auteur connoiffoit mieux que Pline la
véritable éloquence . La fienne avoit cette
noble fimplicité qui fait en tout genre le
caractére effentiel du beau . Ce difcours
enleva tous les fuffrages , & la Traduction
Françoife qu'on en fit fur le champ , multiplia
les éloges : le talent de l'Orateur parut
égaler la grandeur du fujet.
* Ces honneurs confiftent à parler couvert , à être
ganté , & à être traité de Sereniffime Princeps , tant
par le Président de la Théfe ,' que par les Bacheliers,
qui argumentent.
JUIN. 1751. 65
La Renommée porta dans l'Europe fçavante
le nom de M. l'Abbé de Soubife .
Ces traits de fa jeuneffe font d'autant plus
remarquables , que l'idée qu'ils donnoient
de fon caractére , contribua beaucoup à
fon élevation . Ce fut autant fon mérite
que fa naiffance , qui le fit élire en 1701 ,
Coadjuteur de Strasbourg.
Cette Ville importante étoit alors une
nouvelle conquête pour la France & pour
la Religion. Louis XIV , en la réuniflant
à fa Couronne , venoit de la faire rentrer
dans le fein de l'Eglife Romaine . Sous les
aufpices de ce Prince , les Catholiques
avcient ti 1681 repris poncion de la
Cathédrale , ufurpée depuis plus d'un fiécle
par les Proteftans. Mais , quoique la
Réforme eût ceffé d'être dominante dans
fes murs , elle y confervoit toujours un
parti confidérable. L'Univerfité tenoit
hautement pour elle , avec la moitié des
Citoyens. Cette divifion formoit comme
deux Villes dans l'enceinte d'une feule .
L'invafion du Luthéranifme & les guerres,
dont l'Alface étoit depuis long- tems le
théatre , avoient de plus introduit des abus
fans nombre , dans la difcipline & dans les
moeurs. Enfin les Evêques de Strasbourg ,
Souverains au delà du Rhin , faifoient partie
du Corps Germanique . Ils avoient
66 MERCURE DE FRANCE.
féance dans la Diette générale ; & tirés
prefque tous des plus grandes Maifons de
I'Empire , ils étoient à la tête du Chapitre,
le plus noble de l'Allemagne .
Pour occuper une telle place dans de
pareilles circonstances , il falloit un homme
, dont l'extraction répondît à celle de
fes Prédéceffeurs ; qui , fans rien devoir à
fon titre , pût tenir par lui- même un rang
diftingué dans une République de Souverains
, qui joignant au don de repréfenter
,toutes les vertus folides , foutînt par
fa magnificence l'éclat du nom François ,
& le fit chérir par fon affabilité : il falloit
un Prélat , dont le zéle pour la Religion ,
& la difcipline Eccléfiaftique , fût réglé
par la prudence ; qui fe regardant moins ,
comme le Chef d'un parti , que comme le
Pere d'enfans divifés , protégeât les uns ,
fans bleffer la tolérance qu'il devoit aux
autres , & fçût , au défaut de l'unanimité ,
maintenir la paix : qui fenfible au plaifir
d'être aimé , fût perfuadé que le vrai , pour
fubjuguer utilement les efprits , doit triom
pher des coeurs.
On vit ce Prélat dans M. l'Abbé de
Soubife . Toutes les qualités qu'il réuniffoit
firent tomber fur lui le choix du Roi , de
l'Evêque & du Chapitre . Le Cardinal de
Furftemberg , en l'adoptant , le facra dans
JUIN. 1751. 67
P'Eglife Abbatiale de Saint Germain - des-
Prez. L'Alface applaudit à cette Election .
Elle vit avec plaifir un Siége, fouvent occupé
par des Archiducs , par des Princes
de Lorraine , de Brandebourg & de Baviere,
à la veille d'être rempli par un Evêque
de la Maifon de Rohan ; de cette ancienne
Maiſon , l'une des premieres du
Royaume , & qui , depuis tant de fiécles ,
joint à fa propre grandeur , celle donnent
les Alliances les plus auguftes .
L'évenement juftifia les efperances que
la Province avoit conçues. Le Coadju
reur , devenu Titulaire en 1704 , fçut fe
montrer à la fois Evêque & Prince. ra w
que
nie
vit foûtenir la dignité de fon Siége , avec
une nobleffe , qui lui mérita l'eftime & la
confidération de toute l'Allemagne ; corriger
les abus ; rendre au Service Divin fa
majeftueufe décence ; rétablir dans fon
Diocéfe l'ordre & la tranquillité ; ménager
les prétentions de la Réforme , en confervant
avec vigueur les droits de la Religion
Catholique . Le nombre des Proteftans eft
à préfent beaucoup moindre , & diminue
dejour en jour. Pour les ramener , il n'employa
jamais que la douceur , les liberalités
, la raifon , & cet heureux don qu'il eur
toujours de plaire & de perfuader. Je ne
dois qu'indiquer ici ces faits intére ffans : le
68 MERCURE DE FRANCE .
détail en appartient à l'Hiftoire Eccléfiaftique
d'Alface.
Ce feroit encore attenter aux droits des
Hiftoriens de l'Eglife , que de m'étendre
fur la part importante qu'il eut en France
aux affaires de la Religion , vers la fin du
dernier Regne & fous la minorité du Roi.
On fçait que fur la nomination de Louis
XIV , Clément XI le créa Cardinal en
1712 ; que Grand Aumônier de France en
1713 , il fut un des Préfidens de l'Affemblée
extraordinaire , convoquée pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus ; qu'en
qualité de Chef de la Commiffion , il ſe
Change du
dan
rapport & que le Corps ref
pectable auquel il rendit compte , en louant
fon zéle , admira fon éloquence .
La mort de Clément XI ouvrit en
1721 , une brillante carriere aux talens
politiques de M. le Cardinal de Rohan. Il
étoit en chemin pour Rome , où il alloit
réfider au nom du Roi . Cette nouvelle
lui fit hâter fa marche. Il entra au Conclave
le z Avril , & le 8 Mai fuivant , Innocent
XIII fut élû. La part qu'eut à cette
élection le Cardinal de Rohan , ſon mérite
perfonnel , fa réputation , fa magnificence
, fixerent fur lui tous les yeux dans la
Capitale du Monde Chrétien . On s'y rappelle
encore les pieufes largeffes qu'il fit
JUIN. 1751 69
à l'occafion de la convalefcence du Roi.
L'éclat qui l'environnoit fut un fpectacle
pour une Ville où les grands fpectacles
font fi communs , & qui les aime encore ,
comme elle les aimoit fous le regne d'Augufte.
Mais en trême tems que ces dehors '
pompeux repaifoient l'avide curiofité des
Habitans de Rome , fon affabilité , les
charmes de fon efprit , la protection qu'il
accordoit au mérite , & l'ufage qu'il fit
pendant fon féjour de la confiance du Souverain
Pontife lui concilioient tous les
coeurs.
Le Sacré Collège , qui dans le Conclave
avoit vû briller fa pénétration & fon habileté
, eut fouvent depuis occafion d'admirer
fes connoiffances & la jufteffe de
fon efprit . Il en donna particulierement
des preuves dans une affaire importante ,
dont l'examen étoit du reffort d'une Congrégation
où le Pape l'avoit fait entrer.
M. le Cardinal de Rohan , s'étant apperçu
qu'on s'écartoit du point de la queſtion ,
prit la parole , & fon avis forma celui du
Tribunal. Comme l'italien ne lui étoit pas
encore familier , il eut recours dans cette
rencontre à la Langue Latine , & charma
fes Auditeurs par la facilité de l'expreffion ,
en même tems qu'il les perfuada par la
force du raifonnement. Les Cardinaux
73 MERCURE DE FRANCE.
étrangers que la vacance du Saint Siége
avoit attirés en grand nombre à Rome ,
reçurent le Chapeau dans un Confiftoire
folemnel , où M. le Cardinal de Rohan ,
qui fe trouvoit à leur tête , fit au nom de
tous un difcours , hautement applaudi de
cette augufte Affemblée. Celui , par lequel
il prit congé du Pape au mois de Décembre
, ne le fut pas moins. Il étoit devenu
le fujet des entretiens de Rome , & l'on
s'apperçut long- tems du vuide qu'y laiſſa
fon départ.
Tous les Princes d'Italie , dont il traverſa
les Etats , en reprenant la route de
France , fe féliciterent d'être fur fon paffage.
Le Duc de Parme alla au devant de
lui. Le Roi de Sardaigne le reçut en Prince
; & dans les honneurs , dont par tout
on le combla , il eut le plaifir fenfible de
voir fa perfonne diftinguée de fon rang.
Cette réputation qu'il s'étoit acquife
pendant fon premier féjour , il l'a foûtenue
, & même augmentée dans les trois
voyages qu'il a faits depuis , pour l'Election
de Benoît XIII , de Clément XII , &
du Pape , aujourd'hui regnant . Son entrée
dans Rome étoit une efpéce de triomphe ,
où la joye de le revoir éclattoit par mille
applaudillemens. A ces marques de fatisfaction
fuccédoient bientôt les regrets de
JUIN. 1751. 71
le perdre. Mais en s'éloignant il étoit fûr
de n'être pas oublié . Son nom fera longtems
cher aux Citoyens de Rome.
Ce nom ne l'eft pas moins aux Amateurs
des Lettres, M. le Cardinal de Rohan les
a chéris , protégés , encouragés par fes bienfaits.
11 leur faifoit un accueil , d'autant
plus fatisfaifant pour eux , que fon goût
leur étoit connu. Quoique le torrent des
affaires parût l'entraîner , il avoit fçû dérober
à fes occupations affez de tems pour
acquerir de nouvelles connoiffances , &
pour cultiver les genres d'étude aufquels
la jeuneffe s'étoit confacrée. Les Sçavans
même de profeffion trouvoient à profiter
auprès de lui . Toujours affez inftruit pour
les entendre , il l'éroit fouvent affez pour
leur faire des objections , pour leur donner
des vûes fines & lumineufes , pour
propofer à leurs recherches des objets curieux
& nouveaux . La politeffe & le ton
d'égalité , qui regnoit fans affectation dans
ces entretiens , faifoient prefque perdre de
vûe le Cardinal Evêque de Strasbourg ,
pour ne montrer que l'Académicien .
Ce titre , dont fe paroit un homme revêtu
des plus éminentes dignités , étoit
moins un hommage qu'une juftice , que
la République des Lettres avoit crû lui
devoir. Nous avons déja cité plufieurs oc72
MERCURE
DE FRANCE
.
cafions où fon éloquence parut avec éclat.
Elles ne font les feules ; & nous pou- pas
vons donner les mêmes éloges à tous les
difcours qu'il a prononcés dans l'exercice
de fes diverfes fonctions ; entre autres à
ceux , dont il accompagna la célébration
du Mariage du Roi , qu'il fit à Strasbourg,
& dont il renouvella la Cérémonie à Fontainebleau
, comme Grand Aumônier de
France .
Cet Art de manier la parole , d'afſujettir
au ton du fujet un ftyle toujours noble
& pur ,
eft un des traits qui caractériſent
M. le Cardinal de Rohan. Il étoit , à ce
titre feul , un des principaux ornemens de
l'Académie Françoife , dans laquelle il prit
féance le 31 Janvier 1704 ; jour heureux
& brillant pour cette Compagnie , où fon
entrée rétablit le calme , troublé depuis
quelque tems par un de ces orages , que
les paffions excitent dans les Sociétés Littéraires
, comme dans les autres .
pour
ainli
Dès 1701 , le Roi l'avoit mis au
nombre des Honoraires
, qu'il donnoit à
l'Académie
des Belles Lettres , par le Ré
glement , qui la renouvella
dire , en lui faifant prendre une forme
plus ftable & plus réguliere . Il en fut nommé
Préfident en 1712 , & continué l'année
ſuivante . Nos Regiſtres parlent fouvent
JUIN
73
1751.
vent alors de l'ardeur & de l'émulation
qu'entretenoient dans nos Affemblées fa
préfence , & le goût qu'il marquoit pour
les objets de nos travaux. Quoique l'eftime
foit un tribut , dont le fçavoir & les
talens ne peuvent êrre fruftrés fans injuftice
, c'eſt un tribut flatteur , que reçoivent
toujours avec reconnoiffance ceux qui feroient
le plus en droit de l'exiger. Mais
il les flatte furtout de la part d'un homme
qu'ils admirent eux-mêmes , & qui , fait
pour fixer leurs regards , paroît s'occuper
d'eux. C'eft alors une véritable récompenfe
, dont leur amour propre fent tout le
prix ; & le defir de la mériter , en animant
leurs efforts , eft une des fources de leurs
faccès.
M. le Cardinal de Rohan , prodigue de
cette eftime , fi capable d'encourager les
gens de Lettres , en a fouvent aidé plufieurs
à l'obtenir , par les fecours qu'ils
puifoient dans fa Bibliothéque , l'une des
plus nombreufes & des mieux choilies.
qui foient en Europe . Celle de M. de
Thou , poffedée depuis par M. le Préfident
de Menars , en compofe le fonds.
Elle étoit prête à fe difperfer en 1701
& la France auroit vû paffer dans de
mains étrangeres une partie de ce tréfos ,
amaffé par un de fes plus grands Hommes ,
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE .
fi le goût de M. l'Evêque de Strasbourg
pour les Lettres ne nous l'eût conſervé. Il
l'acheta dans le fort d'une guerre opiniâtre
& ruineufe . Les follicitations de M.
l'Abbé de Boiffy , qu'il s'étoit attaché dès
le tems de fa Licence , & qui fut depuis
Affocié de l'Académie , contribuerent à le
déterminer.
Ce Recueil étoit renommé pour les
belles reliûres , pour les excellentes édi
tions , & furtout pour les Livres en grand
papier , que M. de Thou poffedoit feul. Il
avoit fçu fe les procurer par un moyen,
qui fuppofe la curiofité d'un Amateur , &
le crédit d'un Magiftrat généralement efti
mé. 11 envoyoit aux Miniftres du Roi ,
dans les differentes Cours , le plus beau
papier qu'on eût alors , pour faire tirer un,
ou quelquefois deux exemplaires des meil
leurs ouvrages qui s'imprimoient chez les
Etrangers. Ses vûes ne fe bornoient pas
à cet objet , qui n'eft après tout , qu'une
fingularité plus remarquable qu'utile. Il
s'étoit propofé de former une Bibliothé
que univerfelle.
M. le Cardinal de Rohan fuivit princi
palement fur cet article le plan du Fonda
teur. Malgré les dépenfes néceffaires &
continuelles qu'il faifoit dans fon Diocéle,
& par tout où l'exigeoit fon état , il n'á
·
JUIN.
75
1751
ceffé d'augmenter cette collection , déja
très-nombreuſe. L'accroiffement qu'elle a
reçu par les foins , eft fi confidérable , que
l'ancien fonds en fait aujourd'hui la moindre
portion . Entre autres articles importans
, elle offre une fuite des meilleurs ouvrages
compofés fur le Droit public , dont
l'étude eft très-Aloriffante en Allemagne.
Le nombre , la condition , la rareté des
Livres qui forment cette Bibliothéque ,
f'ordre même dans lequel ils font difpofés,
tout annonce le goût de celui qui la poffedoit
; & c'est moins pour lui que pour
elle qu'il fembloit avoir conftruit le Palais
dont elle occupe une partie,
Peu de tems après fon retour de Rome
en 1722 , M. le Cardinal de Rohan ou .
vrit fa Bibliothéque à des Conférences ,
où regnoient fous fes aufpices la politeffe ,
l'efprit & l'érudition . Dom Calmer , Dom
Bernard de Monfaucon , le Pere de Tournemine
, & plufieurs autres de nos plus
célébres Littérateurs s'y trouvoient à des
jours marqués , pour s'entretenir fur des
matieres de Critique ou d'Hiftoire . Il préfidoit
quelquefois lui-même à ces fçavantes
Affemblées , où chacun , obligé de remplir
à fon tour une féance entiere , choififoit
à fon gré le fujer de fa differtation.
Mais ce que nous ne pouvons trop re-
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
marquer dans un éloge littéraire , c'eſt
l'accès que les Sçavans de tout état , &
principalement les Eccléfiaftiques
›
→ ont
toujours eu dans cette Bibliothèque . Elle
s'ouvroit pour eux à toute heure : ils y
trouvoient outre les Livres dont ils
avoient befoin , toutes les facilités néceffaires
pour le travail . M. le Cardinal de
Rohan , qui pendant fon féjour à Paris
venoit de tems en tems la viſiter , étoit
charmé d'y rencontrer des Lecteurs . Il fe
faifoit un plaifir de les queftionner fur
l'objet de leurs études , & de les encoura
ger par l'intérêt qu'il paroifoit y prendre.
Les gens de Lettres n'avoient pas feulement
la liberté d'emprunter les Livres , &
de les garder à loifir . S'ils en demandoient
quelques-uns qui ne fuffent pas dans la
Bibliothéque , on les achetoit fur le champ,
pour leur en procurer la lecture. Le zéle
du Bibliothéquaire fecondoit de fi louables
difpofitions. M. l'Abbé Oliva fatisfaifoit
en les fuivant , fon goût pour les
Lettres.
C'est à les foins , & à la liberalité de M.
le Cardinal de Rohan , que le Public doit
1 ,édition de plufieurs Lettres du Pogge
Florentin , & de fon Traité fur les viciffi
indes de la Fortune : ouvrage curieux , dont
le manufcrit appartenoit au Cardinal Ot
JUIN. 1751. 77
toboni. L'Italie recéle peut-être encore un
grand nombre d'écrits de fes plus illuftres
- Sçavans , dont la connoiffance jetteroit un
nouveau jour fur l'Hiftoire des derniéts
fiéeles , fi l'exemple de M. le Cardinal de
Rohan trouvoit beaucoup d'imitateurs.
Ce morceau du Pogge , qu'il fit imprimer
à les frais , parut en 1723 fous fes
aufpices. C'est une forte d'hommage qu'il
a reçu plus d'une fois , & dont il fat toujours
redevable à la réputation qu'il s'étoit
acquife dans l'Europe. De tous les
ouvrages qui lui furent dédiés , je ne citerai
que le Tréfor des Anecdotes du Pere
Martenne ; les Antiquités de l'Eglife d'Efpagne
, & la Traduction Italienne de nos
Mémoires , dont le premier volume parut
à Venife en 17 ; o . La flatterie n'eut aucune
part à ces témoignages publics d'une
jufte reconnoiffance . Les gens de Lettres
pouvoient- ils en avoir trop pour un Amateur
illuftre , qui s'attachoit à former unte
Bibliothéque immenfe pour leur ufage ,
autant que pour le fien à Il en avoit deux
autres , dont il étoit plus fouvent à portée
de jouir , l'une à Strasbourg , & l'autre à
Saverne .
?
En effet , Strasbourg & Saverne ont été
Ies lieux de fa réfidence ordinaire ; & c'eft
la furtout qu'il étoit grand , fi c'eft mériter
D iij.
78 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , que d'être affable avec dignité
magnifique avec économie , zélé fans intolérance
, modéré fans foibleffe , ferme
& prudent , ami de la paix & confervateur
de l'ordre . Nous avons déja parlé de
ce qu'il a fait dans fon Diocéfe , où les
foins ont rétabli la régularité . Son départ
y répandoit la trifteffe : on l'eût regardé
comme un malheur public, fans l'efperance
d'un retour prochain. Il rentroit au bruit
des acclamations , & la joye qu'infpiroit
fa préfence,étoit peinte dans tous les yeux.
Son Palais toujours ouvert , étoit toujours
rempli. Au milieu de cette affluence , M.
le Cardinal de Rohan s'occupoit , comme
s'il eût été dans une profonde folitude.
Ce concours le charmoit fans le diftraire.
Ceux qui l'abordoient , au lieu d'une au
dience , trouvoient un entretien plein de
bonté . Il s'intéreſfoit à leur fituation ; il
accommodoit leurs differends. L'air obli
geant , dont il accordoit une grace en relevoit
le prix ; & la peine qu'il témoignoit
à refufer confoloit de fes refus ; il étoit le
lien & l'arbitre des familles , des Corps
des differens partis . Quoiqu'il ait fçû défendre
fes prérogatives avec vigueur , fon
Chapitre conferva toujours avec lui l'union
la plus parfaite.
Dans la difcuffion des matieres les plus
>
И
79
JUIN.
1751.
épineufes , on admiroit fa douceur , fa pénétration
, la jufteffe de fes idées . D'un
coup d'oeil il faififfoit le point de la queftion
, & fans s'arrêter aux branches , il
s'attachoit aux difficultés effentielles . La
raifon , qui pour convaincre les hommes
a befoin de les féduire , ne fut jamais fi
feduifante que dans fa bouche. Les graces
de fa perfonne , la nobleſſe de ſa diction ,
l'élégance toujours naturelle des tours qu'il
employoit , cette politeffe qui proportionnoit
fon langage au rang , au mérite , aux
circonstances , tout concouroit à lui donner
fur les efprits un empire , dont il ne
fe fervoit fouvent , que pour faire goûter
des confeils utiles , ou des partis avanta
geux. C'étoit un Enchanteur aimable , qui
n'abufoit point de fes charmes; & c'eſt à
ce caractére , à cette conduite qu'il a dû
Feftime & l'amour des peuples confiés à
fes foins , tandis que fa magnificence attiroit
fur lui les regards des Etrangers.
M. le Cardinal de Rohan , placé fur la
plus importante de nos frontieres entre
deux Peuples puiffans & rivaux , fembloit
être chargé de repréſenter la France auprès
de l'Allemagne. Perfonne n'étoit plus fait
pour réuffir dans cette brillante fonction..
La beauté de les jardins & de fes Palais ,
orués par tous les Arts , donnoit une haute-
Diiij
Bo MERCURE DE FRANCE.
idée de notre goût : fes manieres faifoient
aimer nos moeurs : & la grandeur du Sujet
annonçoit la Majefté du Souverain . Ses
correfpondances continuelles avec les Princes
de l'Empire , les ont fouvent mis à
portée de lui donner des marques des fentimens
qu'ils avoient pour lui. Il étoit
dans l'habitude de leur faire des préfens ,
& d'en recevoir d'eux . Les Princes de
Waldeck , de Bade , de Darmstadt ,, & des
Deuxponts venoient pafler plufieurs jours
avec lui . L'Electeur de Cologne lui rendit
vifite en 1739 , & trouva Saverne au - deſſus
de fa réputation.
Cette eftime , dont jouiffoit M. le Cardinal
de Rohan , ne ſe bornoit point à des
démonftrations vagues & paffageres. Il en
a fçu tirer en plufieurs rencontres des avantages
réels ; mais furtout s'en fervir pour
remettre fon Siége en poffeffion de fes plus
beaux droits. En 1721 , il obtint de l'Empereur
l'Inveftiture des Etats que l'Evêché
de Strasbourg poffede en Allemagne ; &
reconnu par cette cérémonie Membre de
l'Empire , il reprit dans la Diette générale
une féance , dont les deux Evêques précédens
n'avoient pas joui.
Si la fplendeur dans laquelle il vivoic
n'eût été qu'une vaine décoration , faite
uniquement pour les yeux , ce ne feroit
JUI N. 1751. 81
pas un fujet d'éloge. Mais fa magnificence
n'étoit point un abus des richeffes. Ce n'étoit
ni cette pompe frivole , dont l'éclat
eft inutile à ceux qu'il éblouit , ni ce fafte
odieux que le Sage méprife , & que le vul →
gaire contemple en murmurant. Bienfai
fante & liberale , elle allioit les dehors de
la repréſentation avec le foulagement des
malheureux : elle entretenoit les Arts &
l'induftrie ; elle répandoit dans l'Alface
l'abondance & la joye. Les Eccléfiaftiques ,
les Militaires , les gens de Lettres étoient
admis à la table & logés dans fon Palais ,
forfqu'ils vouloient y faire quelque féjour.
Il fuffifoit de lui être préfenté , pour y demeurer
auffi long- tems que la néceffité des
affaires , les charmes du lieu , ceux de la
fociété pouvoient y retenir ; & l'on en fortoit
plein de reconnoiffance , pour faire
place à d'autres qui devoient y trouver les
mêmes agrémens : Les foldats ennemis
retenus prifonniers pendant la guerre aux
environs de Strasbourg , ont reffenti les
effets de fa généreufe compaffion . Hommes
, femmes , enfans , il ' les a fair venir
dans fon Palais ; & les a confolés dans leur
mifére par des fecours de toute efpéce.
Saverne étoit un Temple confacré par la
grandeur à l'hofpitalité.
.
A
François & Guillaume de Furftemberg
Dav
82 MERCURE DE FRANCE.
avoient conftruit ce fuperbe édifice , mais
il doit tous les embelliffemens à M. le Cardinal
de Rohan . Le Palais Epifcopal de
Strasbourg eft fon ouvrage. Il l'a commencé
en 1730 , & tous les connoiffeurs
en admirent l'élegance & la nobleffe .
Cependant , malgré tant de dépenſes ,
les revenus de l'Evêché font augmentés
confidérablement . Il avoit trouvé fon
Diocéfe dans cet état de défordre que de-.
voient produire l'anarchie dans laquelle il:
avoit long- tems gémi , l'abſence de fes
Evêques , & le mêlange des Religions. Il
le laiffe réglé, tranquille , rétabli dans ſon
ancien luftre , embelli de bâtimens fomptueux.
Ne pouvoit- il pas à quelques égards .
s'approprier la réflexion que fit Auguftefur
l'état où Rome étoit , lorfqu'il prit les
rénes de l'Empire , & fur celui dans lequel
à fa mort il laiffa cette Capitale du monde ?
Mais plus heureux que ce Prince , il a ce
qu'Augufte ne put ou ne voulut pas avoir,
un fucceffeur digne de lui , formé par fes
foins , héritier de fon nom , de fes qualités
aimables , de fon goût pour la Littérature,
& dont les vertus confoleront l'Alface .
Quoique M. le Cardinal de Rohan fût
fujet à de fréquentes attaques de goute ,
la bonté de fon tempéramment fembloit
lui promettre des jours plus longs. Une
JUIN. 17316 83
maladie que d'abord on ne crut pas mortelle
l'emporta prefque fubitement au mois
de Juillet dernier , dans la foixantefeizième
année de fon âge. Il est mort
pleuré de fa famille , d'un grand nombre
d'amis illuftres , d'un peuple nombreux
dont il fut les délices , & regretté d'un
Souverain , digne de regner fur les plus .
grands hommes . C'est une vraie perte , a dit
le Roi en apprenant fa mort. Le Cardinal
de Rohan a bien fervi l'Etat ; il étoit bon Citoyen
grand Seigneur , je n'ai jamais été
harangué par perfonne qui m'ait plû davantage.
'Ouvrage fuivant a été imprimé dans
une Ville de Province , d'où il nous
a été envoyé . Comme il n'eft guéres répandu
, nous nous croyons autorités à l'inferer
dans notre Journal. La lecture de ce
morceau convaincra tout le Royaume que
M. de Bougainville écrit avec le naturel ,
l'élégance, & la dignité qui conviennent à
l'importante place qu'il occupe.
ELOGE HISTORIQUE
De M. le Cardinal de Rohan , lû le 15 Novembre
1749 , dans l'Aſſemblée publique
de l'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles-Lettres.
A
-
Rmand Gafton - Maximilien de
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte
Eglife Romaine du Titre de la Trinité
du Mont , Evêque & Prince de Strasbourg,
62 MERCURE DE FRANCE.
Landgrave d'Alface , Prince du Saint Empire
, Grand Aumônier de France , Commandeur
de l'Ordre du Saint Efprit , Proviſeur
de Sorbonne , Abbé de Saint Waft
d'Arras , de la Chaiſe- Dieu , & de Foigny ,
l'un des Quarante de l'Académie Françoife,
& Honoraire de celle des Belles Lettres ,
naquit à Paris le 26 Juin 1674. Il étoit
le quatriéme fils de François , Prince de
Rohan- Soubife , & d'Anne de Chabot ,
fille aînée d'Henri de Chabot , Duc de
Rohan.
Une figure noble , & dont les traits heureux
fembloient formés par les graces , fut
le moindre des préfens qu'il reçut de la
Nature. Elle lui prodigua fes dons les plus
précieux . Aux faillies d'une imagination
brillante , aux agrémens d'un efprit vif &
jufte , fe joignit tout ce qui peut annoncer
un coeur fenfible , vertueux , bienfaifant;
& le germe de ces qualités aimables ,
qui devoient le rendre fi cher à la Société,
fe développa rapidement avec l'âge . Son
enfance fut l'aurore d'un beau jour.
L'éducation feconda fes talens naturels.
Ses études eurent un fuccès , dont l'éclat
n'eft point effacé par celui qui couvre le
refte de fa vie. La Ville de Bourges , où il
les commença fous les yeux du Prince de
Soubife , fon pere , Gouverneur de Berry ,
JUI N. 1751 .
63
en partage la gloire avec le Collége de
Harcourt , où il vint les achever. Les
charmes de cette Littérature agréable ,
dont nous cueillons les prémices dans le
cours des Humanités , ne l'empêcherent
pas de fentir le mérite réel de la Philofophie.
Cependant il falloit alors une gran
de pénétration pour le reconnoître , au
travers des ronces , dont cette Science étoit
hérifiée. Il l'envifagea , comme une introduction
à la Théologie , vers laquelle il
tournoit toutes les vues , pour fe difpofer
à l'Etat Eccléfiaftique.
Son rang , qui le mettoit en droit d'afpirer
avec fuccès aux plus hautes dignités
de l'Eglife , ne lui parut pas une difpenfe
des qualités néceffaires pour les remplir.
Quoique pouvant fe repofer fur fa uaiffance
, l'Abbé de Soubife voulut ne rien
devoir au nom qu'il portoit , & für en
quelque forte de tout obtenir , il eut la
noble prétention de tout mériter . L'eftime
générale qu'il s'étoit acquife dans fes
premieres études le fuivit en Sorbonne .
Tous ceux qui couroient avec lui cette
longue & laborieufe carriere , charmés de
fa politeffe , admiroient fon application .
Il étoit en même tems leurs délices & leur
modéle.
La Théologie , de toutes les Sciences la
64 MERCURE DE FRANCE .
plus noble & la plus importante , eft peutêtre
aufli la plus difficile . Mais que ne peut
l'opiniâtreté du travail , foutenue par un
jugement folide , une mémoire heureuſe ,
un génie élevé ? Les progrès de M. l'Abbé
de Soubife furent rapides & brillans . Sa
premiere Théfe eft du mois de Mars 1696.
Il la foutint couvert , avec tous les honneurs
, qu'on ne défere qu'aux Princes
iffus de Maifons Souveraines . Cet Acte ,
où fon érudition eut fes Maîtres eux -mêmes
pour admirateurs , mit dans un nouveau
jour le talent fingulier qu'il avoit
pour la parole.
Il en donna des preuves encore plus
frappantes deux ans après , dans le Panégyrique
de Louis XIV , qu'il prononça
comme Prieur de Sorbonne Panégyrique
comparable à celui de Trajan ; mais dont
l'Auteur connoiffoit mieux que Pline la
véritable éloquence . La fienne avoit cette
noble fimplicité qui fait en tout genre le
caractére effentiel du beau . Ce difcours
enleva tous les fuffrages , & la Traduction
Françoife qu'on en fit fur le champ , multiplia
les éloges : le talent de l'Orateur parut
égaler la grandeur du fujet.
* Ces honneurs confiftent à parler couvert , à être
ganté , & à être traité de Sereniffime Princeps , tant
par le Président de la Théfe ,' que par les Bacheliers,
qui argumentent.
JUIN. 1751. 65
La Renommée porta dans l'Europe fçavante
le nom de M. l'Abbé de Soubife .
Ces traits de fa jeuneffe font d'autant plus
remarquables , que l'idée qu'ils donnoient
de fon caractére , contribua beaucoup à
fon élevation . Ce fut autant fon mérite
que fa naiffance , qui le fit élire en 1701 ,
Coadjuteur de Strasbourg.
Cette Ville importante étoit alors une
nouvelle conquête pour la France & pour
la Religion. Louis XIV , en la réuniflant
à fa Couronne , venoit de la faire rentrer
dans le fein de l'Eglife Romaine . Sous les
aufpices de ce Prince , les Catholiques
avcient ti 1681 repris poncion de la
Cathédrale , ufurpée depuis plus d'un fiécle
par les Proteftans. Mais , quoique la
Réforme eût ceffé d'être dominante dans
fes murs , elle y confervoit toujours un
parti confidérable. L'Univerfité tenoit
hautement pour elle , avec la moitié des
Citoyens. Cette divifion formoit comme
deux Villes dans l'enceinte d'une feule .
L'invafion du Luthéranifme & les guerres,
dont l'Alface étoit depuis long- tems le
théatre , avoient de plus introduit des abus
fans nombre , dans la difcipline & dans les
moeurs. Enfin les Evêques de Strasbourg ,
Souverains au delà du Rhin , faifoient partie
du Corps Germanique . Ils avoient
66 MERCURE DE FRANCE.
féance dans la Diette générale ; & tirés
prefque tous des plus grandes Maifons de
I'Empire , ils étoient à la tête du Chapitre,
le plus noble de l'Allemagne .
Pour occuper une telle place dans de
pareilles circonstances , il falloit un homme
, dont l'extraction répondît à celle de
fes Prédéceffeurs ; qui , fans rien devoir à
fon titre , pût tenir par lui- même un rang
diftingué dans une République de Souverains
, qui joignant au don de repréfenter
,toutes les vertus folides , foutînt par
fa magnificence l'éclat du nom François ,
& le fit chérir par fon affabilité : il falloit
un Prélat , dont le zéle pour la Religion ,
& la difcipline Eccléfiaftique , fût réglé
par la prudence ; qui fe regardant moins ,
comme le Chef d'un parti , que comme le
Pere d'enfans divifés , protégeât les uns ,
fans bleffer la tolérance qu'il devoit aux
autres , & fçût , au défaut de l'unanimité ,
maintenir la paix : qui fenfible au plaifir
d'être aimé , fût perfuadé que le vrai , pour
fubjuguer utilement les efprits , doit triom
pher des coeurs.
On vit ce Prélat dans M. l'Abbé de
Soubife . Toutes les qualités qu'il réuniffoit
firent tomber fur lui le choix du Roi , de
l'Evêque & du Chapitre . Le Cardinal de
Furftemberg , en l'adoptant , le facra dans
JUIN. 1751. 67
P'Eglife Abbatiale de Saint Germain - des-
Prez. L'Alface applaudit à cette Election .
Elle vit avec plaifir un Siége, fouvent occupé
par des Archiducs , par des Princes
de Lorraine , de Brandebourg & de Baviere,
à la veille d'être rempli par un Evêque
de la Maifon de Rohan ; de cette ancienne
Maiſon , l'une des premieres du
Royaume , & qui , depuis tant de fiécles ,
joint à fa propre grandeur , celle donnent
les Alliances les plus auguftes .
L'évenement juftifia les efperances que
la Province avoit conçues. Le Coadju
reur , devenu Titulaire en 1704 , fçut fe
montrer à la fois Evêque & Prince. ra w
que
nie
vit foûtenir la dignité de fon Siége , avec
une nobleffe , qui lui mérita l'eftime & la
confidération de toute l'Allemagne ; corriger
les abus ; rendre au Service Divin fa
majeftueufe décence ; rétablir dans fon
Diocéfe l'ordre & la tranquillité ; ménager
les prétentions de la Réforme , en confervant
avec vigueur les droits de la Religion
Catholique . Le nombre des Proteftans eft
à préfent beaucoup moindre , & diminue
dejour en jour. Pour les ramener , il n'employa
jamais que la douceur , les liberalités
, la raifon , & cet heureux don qu'il eur
toujours de plaire & de perfuader. Je ne
dois qu'indiquer ici ces faits intére ffans : le
68 MERCURE DE FRANCE .
détail en appartient à l'Hiftoire Eccléfiaftique
d'Alface.
Ce feroit encore attenter aux droits des
Hiftoriens de l'Eglife , que de m'étendre
fur la part importante qu'il eut en France
aux affaires de la Religion , vers la fin du
dernier Regne & fous la minorité du Roi.
On fçait que fur la nomination de Louis
XIV , Clément XI le créa Cardinal en
1712 ; que Grand Aumônier de France en
1713 , il fut un des Préfidens de l'Affemblée
extraordinaire , convoquée pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus ; qu'en
qualité de Chef de la Commiffion , il ſe
Change du
dan
rapport & que le Corps ref
pectable auquel il rendit compte , en louant
fon zéle , admira fon éloquence .
La mort de Clément XI ouvrit en
1721 , une brillante carriere aux talens
politiques de M. le Cardinal de Rohan. Il
étoit en chemin pour Rome , où il alloit
réfider au nom du Roi . Cette nouvelle
lui fit hâter fa marche. Il entra au Conclave
le z Avril , & le 8 Mai fuivant , Innocent
XIII fut élû. La part qu'eut à cette
élection le Cardinal de Rohan , ſon mérite
perfonnel , fa réputation , fa magnificence
, fixerent fur lui tous les yeux dans la
Capitale du Monde Chrétien . On s'y rappelle
encore les pieufes largeffes qu'il fit
JUIN. 1751 69
à l'occafion de la convalefcence du Roi.
L'éclat qui l'environnoit fut un fpectacle
pour une Ville où les grands fpectacles
font fi communs , & qui les aime encore ,
comme elle les aimoit fous le regne d'Augufte.
Mais en trême tems que ces dehors '
pompeux repaifoient l'avide curiofité des
Habitans de Rome , fon affabilité , les
charmes de fon efprit , la protection qu'il
accordoit au mérite , & l'ufage qu'il fit
pendant fon féjour de la confiance du Souverain
Pontife lui concilioient tous les
coeurs.
Le Sacré Collège , qui dans le Conclave
avoit vû briller fa pénétration & fon habileté
, eut fouvent depuis occafion d'admirer
fes connoiffances & la jufteffe de
fon efprit . Il en donna particulierement
des preuves dans une affaire importante ,
dont l'examen étoit du reffort d'une Congrégation
où le Pape l'avoit fait entrer.
M. le Cardinal de Rohan , s'étant apperçu
qu'on s'écartoit du point de la queſtion ,
prit la parole , & fon avis forma celui du
Tribunal. Comme l'italien ne lui étoit pas
encore familier , il eut recours dans cette
rencontre à la Langue Latine , & charma
fes Auditeurs par la facilité de l'expreffion ,
en même tems qu'il les perfuada par la
force du raifonnement. Les Cardinaux
73 MERCURE DE FRANCE.
étrangers que la vacance du Saint Siége
avoit attirés en grand nombre à Rome ,
reçurent le Chapeau dans un Confiftoire
folemnel , où M. le Cardinal de Rohan ,
qui fe trouvoit à leur tête , fit au nom de
tous un difcours , hautement applaudi de
cette augufte Affemblée. Celui , par lequel
il prit congé du Pape au mois de Décembre
, ne le fut pas moins. Il étoit devenu
le fujet des entretiens de Rome , & l'on
s'apperçut long- tems du vuide qu'y laiſſa
fon départ.
Tous les Princes d'Italie , dont il traverſa
les Etats , en reprenant la route de
France , fe féliciterent d'être fur fon paffage.
Le Duc de Parme alla au devant de
lui. Le Roi de Sardaigne le reçut en Prince
; & dans les honneurs , dont par tout
on le combla , il eut le plaifir fenfible de
voir fa perfonne diftinguée de fon rang.
Cette réputation qu'il s'étoit acquife
pendant fon premier féjour , il l'a foûtenue
, & même augmentée dans les trois
voyages qu'il a faits depuis , pour l'Election
de Benoît XIII , de Clément XII , &
du Pape , aujourd'hui regnant . Son entrée
dans Rome étoit une efpéce de triomphe ,
où la joye de le revoir éclattoit par mille
applaudillemens. A ces marques de fatisfaction
fuccédoient bientôt les regrets de
JUIN. 1751. 71
le perdre. Mais en s'éloignant il étoit fûr
de n'être pas oublié . Son nom fera longtems
cher aux Citoyens de Rome.
Ce nom ne l'eft pas moins aux Amateurs
des Lettres, M. le Cardinal de Rohan les
a chéris , protégés , encouragés par fes bienfaits.
11 leur faifoit un accueil , d'autant
plus fatisfaifant pour eux , que fon goût
leur étoit connu. Quoique le torrent des
affaires parût l'entraîner , il avoit fçû dérober
à fes occupations affez de tems pour
acquerir de nouvelles connoiffances , &
pour cultiver les genres d'étude aufquels
la jeuneffe s'étoit confacrée. Les Sçavans
même de profeffion trouvoient à profiter
auprès de lui . Toujours affez inftruit pour
les entendre , il l'éroit fouvent affez pour
leur faire des objections , pour leur donner
des vûes fines & lumineufes , pour
propofer à leurs recherches des objets curieux
& nouveaux . La politeffe & le ton
d'égalité , qui regnoit fans affectation dans
ces entretiens , faifoient prefque perdre de
vûe le Cardinal Evêque de Strasbourg ,
pour ne montrer que l'Académicien .
Ce titre , dont fe paroit un homme revêtu
des plus éminentes dignités , étoit
moins un hommage qu'une juftice , que
la République des Lettres avoit crû lui
devoir. Nous avons déja cité plufieurs oc72
MERCURE
DE FRANCE
.
cafions où fon éloquence parut avec éclat.
Elles ne font les feules ; & nous pou- pas
vons donner les mêmes éloges à tous les
difcours qu'il a prononcés dans l'exercice
de fes diverfes fonctions ; entre autres à
ceux , dont il accompagna la célébration
du Mariage du Roi , qu'il fit à Strasbourg,
& dont il renouvella la Cérémonie à Fontainebleau
, comme Grand Aumônier de
France .
Cet Art de manier la parole , d'afſujettir
au ton du fujet un ftyle toujours noble
& pur ,
eft un des traits qui caractériſent
M. le Cardinal de Rohan. Il étoit , à ce
titre feul , un des principaux ornemens de
l'Académie Françoife , dans laquelle il prit
féance le 31 Janvier 1704 ; jour heureux
& brillant pour cette Compagnie , où fon
entrée rétablit le calme , troublé depuis
quelque tems par un de ces orages , que
les paffions excitent dans les Sociétés Littéraires
, comme dans les autres .
pour
ainli
Dès 1701 , le Roi l'avoit mis au
nombre des Honoraires
, qu'il donnoit à
l'Académie
des Belles Lettres , par le Ré
glement , qui la renouvella
dire , en lui faifant prendre une forme
plus ftable & plus réguliere . Il en fut nommé
Préfident en 1712 , & continué l'année
ſuivante . Nos Regiſtres parlent fouvent
JUIN
73
1751.
vent alors de l'ardeur & de l'émulation
qu'entretenoient dans nos Affemblées fa
préfence , & le goût qu'il marquoit pour
les objets de nos travaux. Quoique l'eftime
foit un tribut , dont le fçavoir & les
talens ne peuvent êrre fruftrés fans injuftice
, c'eſt un tribut flatteur , que reçoivent
toujours avec reconnoiffance ceux qui feroient
le plus en droit de l'exiger. Mais
il les flatte furtout de la part d'un homme
qu'ils admirent eux-mêmes , & qui , fait
pour fixer leurs regards , paroît s'occuper
d'eux. C'eft alors une véritable récompenfe
, dont leur amour propre fent tout le
prix ; & le defir de la mériter , en animant
leurs efforts , eft une des fources de leurs
faccès.
M. le Cardinal de Rohan , prodigue de
cette eftime , fi capable d'encourager les
gens de Lettres , en a fouvent aidé plufieurs
à l'obtenir , par les fecours qu'ils
puifoient dans fa Bibliothéque , l'une des
plus nombreufes & des mieux choilies.
qui foient en Europe . Celle de M. de
Thou , poffedée depuis par M. le Préfident
de Menars , en compofe le fonds.
Elle étoit prête à fe difperfer en 1701
& la France auroit vû paffer dans de
mains étrangeres une partie de ce tréfos ,
amaffé par un de fes plus grands Hommes ,
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE .
fi le goût de M. l'Evêque de Strasbourg
pour les Lettres ne nous l'eût conſervé. Il
l'acheta dans le fort d'une guerre opiniâtre
& ruineufe . Les follicitations de M.
l'Abbé de Boiffy , qu'il s'étoit attaché dès
le tems de fa Licence , & qui fut depuis
Affocié de l'Académie , contribuerent à le
déterminer.
Ce Recueil étoit renommé pour les
belles reliûres , pour les excellentes édi
tions , & furtout pour les Livres en grand
papier , que M. de Thou poffedoit feul. Il
avoit fçu fe les procurer par un moyen,
qui fuppofe la curiofité d'un Amateur , &
le crédit d'un Magiftrat généralement efti
mé. 11 envoyoit aux Miniftres du Roi ,
dans les differentes Cours , le plus beau
papier qu'on eût alors , pour faire tirer un,
ou quelquefois deux exemplaires des meil
leurs ouvrages qui s'imprimoient chez les
Etrangers. Ses vûes ne fe bornoient pas
à cet objet , qui n'eft après tout , qu'une
fingularité plus remarquable qu'utile. Il
s'étoit propofé de former une Bibliothé
que univerfelle.
M. le Cardinal de Rohan fuivit princi
palement fur cet article le plan du Fonda
teur. Malgré les dépenfes néceffaires &
continuelles qu'il faifoit dans fon Diocéle,
& par tout où l'exigeoit fon état , il n'á
·
JUIN.
75
1751
ceffé d'augmenter cette collection , déja
très-nombreuſe. L'accroiffement qu'elle a
reçu par les foins , eft fi confidérable , que
l'ancien fonds en fait aujourd'hui la moindre
portion . Entre autres articles importans
, elle offre une fuite des meilleurs ouvrages
compofés fur le Droit public , dont
l'étude eft très-Aloriffante en Allemagne.
Le nombre , la condition , la rareté des
Livres qui forment cette Bibliothéque ,
f'ordre même dans lequel ils font difpofés,
tout annonce le goût de celui qui la poffedoit
; & c'est moins pour lui que pour
elle qu'il fembloit avoir conftruit le Palais
dont elle occupe une partie,
Peu de tems après fon retour de Rome
en 1722 , M. le Cardinal de Rohan ou .
vrit fa Bibliothéque à des Conférences ,
où regnoient fous fes aufpices la politeffe ,
l'efprit & l'érudition . Dom Calmer , Dom
Bernard de Monfaucon , le Pere de Tournemine
, & plufieurs autres de nos plus
célébres Littérateurs s'y trouvoient à des
jours marqués , pour s'entretenir fur des
matieres de Critique ou d'Hiftoire . Il préfidoit
quelquefois lui-même à ces fçavantes
Affemblées , où chacun , obligé de remplir
à fon tour une féance entiere , choififoit
à fon gré le fujer de fa differtation.
Mais ce que nous ne pouvons trop re-
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
marquer dans un éloge littéraire , c'eſt
l'accès que les Sçavans de tout état , &
principalement les Eccléfiaftiques
›
→ ont
toujours eu dans cette Bibliothèque . Elle
s'ouvroit pour eux à toute heure : ils y
trouvoient outre les Livres dont ils
avoient befoin , toutes les facilités néceffaires
pour le travail . M. le Cardinal de
Rohan , qui pendant fon féjour à Paris
venoit de tems en tems la viſiter , étoit
charmé d'y rencontrer des Lecteurs . Il fe
faifoit un plaifir de les queftionner fur
l'objet de leurs études , & de les encoura
ger par l'intérêt qu'il paroifoit y prendre.
Les gens de Lettres n'avoient pas feulement
la liberté d'emprunter les Livres , &
de les garder à loifir . S'ils en demandoient
quelques-uns qui ne fuffent pas dans la
Bibliothéque , on les achetoit fur le champ,
pour leur en procurer la lecture. Le zéle
du Bibliothéquaire fecondoit de fi louables
difpofitions. M. l'Abbé Oliva fatisfaifoit
en les fuivant , fon goût pour les
Lettres.
C'est à les foins , & à la liberalité de M.
le Cardinal de Rohan , que le Public doit
1 ,édition de plufieurs Lettres du Pogge
Florentin , & de fon Traité fur les viciffi
indes de la Fortune : ouvrage curieux , dont
le manufcrit appartenoit au Cardinal Ot
JUIN. 1751. 77
toboni. L'Italie recéle peut-être encore un
grand nombre d'écrits de fes plus illuftres
- Sçavans , dont la connoiffance jetteroit un
nouveau jour fur l'Hiftoire des derniéts
fiéeles , fi l'exemple de M. le Cardinal de
Rohan trouvoit beaucoup d'imitateurs.
Ce morceau du Pogge , qu'il fit imprimer
à les frais , parut en 1723 fous fes
aufpices. C'est une forte d'hommage qu'il
a reçu plus d'une fois , & dont il fat toujours
redevable à la réputation qu'il s'étoit
acquife dans l'Europe. De tous les
ouvrages qui lui furent dédiés , je ne citerai
que le Tréfor des Anecdotes du Pere
Martenne ; les Antiquités de l'Eglife d'Efpagne
, & la Traduction Italienne de nos
Mémoires , dont le premier volume parut
à Venife en 17 ; o . La flatterie n'eut aucune
part à ces témoignages publics d'une
jufte reconnoiffance . Les gens de Lettres
pouvoient- ils en avoir trop pour un Amateur
illuftre , qui s'attachoit à former unte
Bibliothéque immenfe pour leur ufage ,
autant que pour le fien à Il en avoit deux
autres , dont il étoit plus fouvent à portée
de jouir , l'une à Strasbourg , & l'autre à
Saverne .
?
En effet , Strasbourg & Saverne ont été
Ies lieux de fa réfidence ordinaire ; & c'eft
la furtout qu'il étoit grand , fi c'eft mériter
D iij.
78 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , que d'être affable avec dignité
magnifique avec économie , zélé fans intolérance
, modéré fans foibleffe , ferme
& prudent , ami de la paix & confervateur
de l'ordre . Nous avons déja parlé de
ce qu'il a fait dans fon Diocéfe , où les
foins ont rétabli la régularité . Son départ
y répandoit la trifteffe : on l'eût regardé
comme un malheur public, fans l'efperance
d'un retour prochain. Il rentroit au bruit
des acclamations , & la joye qu'infpiroit
fa préfence,étoit peinte dans tous les yeux.
Son Palais toujours ouvert , étoit toujours
rempli. Au milieu de cette affluence , M.
le Cardinal de Rohan s'occupoit , comme
s'il eût été dans une profonde folitude.
Ce concours le charmoit fans le diftraire.
Ceux qui l'abordoient , au lieu d'une au
dience , trouvoient un entretien plein de
bonté . Il s'intéreſfoit à leur fituation ; il
accommodoit leurs differends. L'air obli
geant , dont il accordoit une grace en relevoit
le prix ; & la peine qu'il témoignoit
à refufer confoloit de fes refus ; il étoit le
lien & l'arbitre des familles , des Corps
des differens partis . Quoiqu'il ait fçû défendre
fes prérogatives avec vigueur , fon
Chapitre conferva toujours avec lui l'union
la plus parfaite.
Dans la difcuffion des matieres les plus
>
И
79
JUIN.
1751.
épineufes , on admiroit fa douceur , fa pénétration
, la jufteffe de fes idées . D'un
coup d'oeil il faififfoit le point de la queftion
, & fans s'arrêter aux branches , il
s'attachoit aux difficultés effentielles . La
raifon , qui pour convaincre les hommes
a befoin de les féduire , ne fut jamais fi
feduifante que dans fa bouche. Les graces
de fa perfonne , la nobleſſe de ſa diction ,
l'élégance toujours naturelle des tours qu'il
employoit , cette politeffe qui proportionnoit
fon langage au rang , au mérite , aux
circonstances , tout concouroit à lui donner
fur les efprits un empire , dont il ne
fe fervoit fouvent , que pour faire goûter
des confeils utiles , ou des partis avanta
geux. C'étoit un Enchanteur aimable , qui
n'abufoit point de fes charmes; & c'eſt à
ce caractére , à cette conduite qu'il a dû
Feftime & l'amour des peuples confiés à
fes foins , tandis que fa magnificence attiroit
fur lui les regards des Etrangers.
M. le Cardinal de Rohan , placé fur la
plus importante de nos frontieres entre
deux Peuples puiffans & rivaux , fembloit
être chargé de repréſenter la France auprès
de l'Allemagne. Perfonne n'étoit plus fait
pour réuffir dans cette brillante fonction..
La beauté de les jardins & de fes Palais ,
orués par tous les Arts , donnoit une haute-
Diiij
Bo MERCURE DE FRANCE.
idée de notre goût : fes manieres faifoient
aimer nos moeurs : & la grandeur du Sujet
annonçoit la Majefté du Souverain . Ses
correfpondances continuelles avec les Princes
de l'Empire , les ont fouvent mis à
portée de lui donner des marques des fentimens
qu'ils avoient pour lui. Il étoit
dans l'habitude de leur faire des préfens ,
& d'en recevoir d'eux . Les Princes de
Waldeck , de Bade , de Darmstadt ,, & des
Deuxponts venoient pafler plufieurs jours
avec lui . L'Electeur de Cologne lui rendit
vifite en 1739 , & trouva Saverne au - deſſus
de fa réputation.
Cette eftime , dont jouiffoit M. le Cardinal
de Rohan , ne ſe bornoit point à des
démonftrations vagues & paffageres. Il en
a fçu tirer en plufieurs rencontres des avantages
réels ; mais furtout s'en fervir pour
remettre fon Siége en poffeffion de fes plus
beaux droits. En 1721 , il obtint de l'Empereur
l'Inveftiture des Etats que l'Evêché
de Strasbourg poffede en Allemagne ; &
reconnu par cette cérémonie Membre de
l'Empire , il reprit dans la Diette générale
une féance , dont les deux Evêques précédens
n'avoient pas joui.
Si la fplendeur dans laquelle il vivoic
n'eût été qu'une vaine décoration , faite
uniquement pour les yeux , ce ne feroit
JUI N. 1751. 81
pas un fujet d'éloge. Mais fa magnificence
n'étoit point un abus des richeffes. Ce n'étoit
ni cette pompe frivole , dont l'éclat
eft inutile à ceux qu'il éblouit , ni ce fafte
odieux que le Sage méprife , & que le vul →
gaire contemple en murmurant. Bienfai
fante & liberale , elle allioit les dehors de
la repréſentation avec le foulagement des
malheureux : elle entretenoit les Arts &
l'induftrie ; elle répandoit dans l'Alface
l'abondance & la joye. Les Eccléfiaftiques ,
les Militaires , les gens de Lettres étoient
admis à la table & logés dans fon Palais ,
forfqu'ils vouloient y faire quelque féjour.
Il fuffifoit de lui être préfenté , pour y demeurer
auffi long- tems que la néceffité des
affaires , les charmes du lieu , ceux de la
fociété pouvoient y retenir ; & l'on en fortoit
plein de reconnoiffance , pour faire
place à d'autres qui devoient y trouver les
mêmes agrémens : Les foldats ennemis
retenus prifonniers pendant la guerre aux
environs de Strasbourg , ont reffenti les
effets de fa généreufe compaffion . Hommes
, femmes , enfans , il ' les a fair venir
dans fon Palais ; & les a confolés dans leur
mifére par des fecours de toute efpéce.
Saverne étoit un Temple confacré par la
grandeur à l'hofpitalité.
.
A
François & Guillaume de Furftemberg
Dav
82 MERCURE DE FRANCE.
avoient conftruit ce fuperbe édifice , mais
il doit tous les embelliffemens à M. le Cardinal
de Rohan . Le Palais Epifcopal de
Strasbourg eft fon ouvrage. Il l'a commencé
en 1730 , & tous les connoiffeurs
en admirent l'élegance & la nobleffe .
Cependant , malgré tant de dépenſes ,
les revenus de l'Evêché font augmentés
confidérablement . Il avoit trouvé fon
Diocéfe dans cet état de défordre que de-.
voient produire l'anarchie dans laquelle il:
avoit long- tems gémi , l'abſence de fes
Evêques , & le mêlange des Religions. Il
le laiffe réglé, tranquille , rétabli dans ſon
ancien luftre , embelli de bâtimens fomptueux.
Ne pouvoit- il pas à quelques égards .
s'approprier la réflexion que fit Auguftefur
l'état où Rome étoit , lorfqu'il prit les
rénes de l'Empire , & fur celui dans lequel
à fa mort il laiffa cette Capitale du monde ?
Mais plus heureux que ce Prince , il a ce
qu'Augufte ne put ou ne voulut pas avoir,
un fucceffeur digne de lui , formé par fes
foins , héritier de fon nom , de fes qualités
aimables , de fon goût pour la Littérature,
& dont les vertus confoleront l'Alface .
Quoique M. le Cardinal de Rohan fût
fujet à de fréquentes attaques de goute ,
la bonté de fon tempéramment fembloit
lui promettre des jours plus longs. Une
JUIN. 17316 83
maladie que d'abord on ne crut pas mortelle
l'emporta prefque fubitement au mois
de Juillet dernier , dans la foixantefeizième
année de fon âge. Il est mort
pleuré de fa famille , d'un grand nombre
d'amis illuftres , d'un peuple nombreux
dont il fut les délices , & regretté d'un
Souverain , digne de regner fur les plus .
grands hommes . C'est une vraie perte , a dit
le Roi en apprenant fa mort. Le Cardinal
de Rohan a bien fervi l'Etat ; il étoit bon Citoyen
grand Seigneur , je n'ai jamais été
harangué par perfonne qui m'ait plû davantage.
Fermer
76
p. 130-143
« ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
Début :
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...]
Mots clefs :
Abrégé chronologique, Paris, Dieu, Roi, Édit, Pape, Père, Assemblée, Clergé, Ecclésiastique, Innocent XII, M. Arnaud, Thèses, Évêque, Décret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
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77
p. 205-209
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles du Château de Bellevue. [...]
Mots clefs :
Roi, Dauphin, Compagnie, Dauphine, Majestés, Château, Actions, Livres, Évêque, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
Fermer
78
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
79
p. 195-202
« Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
Début :
Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Famille royale, Aumônier du roi, Évêque, Chapelle, Dauphine, Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : « Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
LE 13 Octobre le Commandeur de la Cerda ,
Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal , eut
une audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préfenta à Sa Majefté une lettre de compliment
du Roi fon Maître , fur l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & fur la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Berry. Le Commandeur
de la Cerda fut conduit à cette audience par M.
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le même jour leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale , affifterent aux Vêpres & au
Salut dans la Chapelle du Château.
Le Roi a érigé la Terre de Marigny en Marquifat
, en faveur de M. de Vandiere , Directeur
& Ordonnateur Général des Bâtimens. Il a eu
l'honneur d'être préfenté le 9 à leurs Majeftés &
à la Famille royale , & d'entrer deux jours après
dans les carroffes du Roi.
L'ouverture de l'affemblée des Etats de Bretagne
s'eft faite à Rennes le 14 .
Le 15 , fête de Sainte Therefe , la Reine entendit
la Meffe dans l'Eglife du Couvent des Carmes
réclus des Loges.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de
France affifterent l'après- midi au Salut dans la
même Eglife.
Le Comte de Sartiranne Ambaffadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le même jour une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
donna part à Sa Majesté , au nom du Roi fon
Maître , de l'heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Savoye , & de la naiſſance d'un
Prince. Cet Ambaffadeur fut conduit à cette audience
, ainsi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Madame Adelaide , & de Mefdames Victoire ,
Sophie & Louife , par le même Introducteur,
Suivant les lettres de Toulon , le Duc de Penthievre
vifita le 29 de Septembre la galere la
Brave. Ce Prince alla le jour fuivant à l'arfenal ,
pour voir les Gardes de la Marine faire l'exercice.
A fon paffage fur le port , il fat falué par le vaiſfeau
amiral & par les galeres . L'exercice des Gardes
de la Marine étant fini , le Duc de Penthievre
fe rendit à bord du vaiffeau le Foudroyant. Le premier
Octobre ce Prince vit le parc d'artillerie,,
& fit le tour des remparts du côté de la rade ; il
alla le 3 vifiter la grande tour. Après le dîner il
vifita le Fort de la Malgue , d'où il paffa à celui
d'Artigues. Le 4 vers les trois heures après- midi ,
le Duc de Penthievre s'embarqua fur un canot , &
fut fuivi par tous les canots , ainfi que par toutes
les barques & les chaloupes qui étoient dans le
port. Dès que le Prince parut dans la rade , les
quatre galeres definées à le conduire en Italie ,
& qui étoient prêtes à partir pour aller l'attendre
à Antibes , le faluerent à fon paffage , ce que fit
auffi la Frégate la Thetis. Toute cette flotille s'avança
à deux lieues en mer , & l'on donna au Duc
de Penthievre le divertiffement de la pêche du
thon. Au retour , les galeres qui avoient déja tiré
deux coups de canon pout annoncer leur départ ,
vinrent l'une après l'autre à force de rames paffer
devant le canot du Prince , & firent une nouvelle
falve de toute leur artillerie . Le tems étoit fi fa
DECEMBRE. 1754. 197
•
vorable pour la avigation , qu'une demi-heure
après on les perdit de vite. Lorfque le foleil fut
fous l'horizon , trois galiotes à bombes placées
dans la petite rade , tirerent chacune fix bombes.
Les le Prince fit le tour des remparts en dedans
de la ville. Sur les fept heures du foir les galiotes
tirerent encore vingt- quatre bombes , & le Duc
de Penthievre vit ce fpectacle de fon appartement.
Ce Prince partit le 7 de Toulon , & alla coucher
au Luc : il s'eft rendu le lendemain à Fréjus , &
le 9 à Antibes ; le 12 il est parti d'Antibes pour
Gênes.
Les nouvelles de Marſeille du 17 portent qu'il
y étoit arrivé à bord du vaiffeau Anglois le Deptford
, vingt-fept efclaves François qui ont été embarqués
fur ce bâtiment à Gibraltar , & qui avoient
été rachetés peu de tems auparavant dans le
Royaume de Maroc par les Religieux des Ordres
de la Sainte Trinité & de Notre-Dame de la
Mercy. Ces efclaves ayant fait leur quarantaine à
Carthagene , ont eu l'entrée le 13 , & ont été reçus
par les Peres François Baurans & Paulin Gobin
, Commiffaires des deux Ordres.
Le 19 & le 20 d'Octobre , leurs Majeftés accompagnées
de la Famille Royale , aflifterent aux
Vêpres & au Salut dans la Chapelle du Château .
Le Roi foupa le 20 au grand couvert chez la
Reine .
Le même jour la Marquife de Fontange fit fes
révérences au Roi , à la Reine & à la Famille
Royale,
Leurs Majeftés fignerent le même jour le contrat
de mariage du Comte de Salvert & de la
Demoiſelle de Sabrevois , fille de M. de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général d'artillerie , & Commandant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
en chef au départément général d'Alface , de
Bourgogne & de Franche Comté.
Le 20 l'Evêque de Gap nommé à l'Evêché d'Auxerre
, fit dans l'Eglife des Miffions étrangeres
la cérémonie de bénir le nouvel Abbé de l'Abbaye
réguliere de Saint Amand.
Le Roi a nommé Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel M. Pitot , Penfionnaire vétéran de l'Académie
Royale des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , Directeur du canal & des
travaux publics de la Province de Languedoc.
Le 22 M. Gualterio , Archevêque de Mira ,
Nonce ordinaire du Pape , eut une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majesté M. Molinari , Archevêque de Damas ,
qui paffe par la France pour fe rendre à fa Nonciature
de Bruxelles . M. Guakerio fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adelaide & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs .
›
Le Comte Turpin , Brigadier de cavalerie , &
Colonel d'un Régiment de Huffards , a préſenté
au Roi un ouvrage de fa compoſition fur l'Ars
militaire.
La place d'Aumônier du Roi , vacante par la
mort de M. l'Abbé de Caulincourt , a été donnée à
M.l'Abbé de Scey-Montbeillard , Abbé de l'Abbaye
de Saint André , Ordre de Prémontré , Diocefe
de Clermont.
Le Roi a envoyé au Parlement de Bretagne une
Déclaration datée du 8 Octobre , qui fut enregiftrée
le 17 du même mois.
Un Juif de Metz , âgé de trente-cinq ans , refut
le 10 Octobre à Saintes , par les mains de l'EDECEMBRE.
1754 199
vêque , les Sacremens de Baptême & de la Con
firmation. Il a eu pour parrein M. de Blair de
Boifmon , Intendant de la Rochelle , nommé à
l'Intendance de Valénciennes ; & pour marreine
la Dame de Parabere , Abbeffe de l'Abbaye de
Notre-Dame de Saintes , qui lui ont donné les
noms de Louis-Marie.
Depuis le 15 Octobre on a commencé à allu→
mer toutes les nuits à Calais , deux heures avant
& deux heures après la pleine mer , un fanal au
bout de la grande jettée du côté de l'oueft. Cela
s'obfervera pendant tout le tems de la pêche du
hareng , c'est - à- dire jufqu'au mois prochain , afin
de faciliter aux Pêcheurs l'entrée du port de Calais
. On en ufera de même deformais chaque année
dans cette faiſon.
Selon les lettres de Provence , la maison des
Penfionnaires établie à Aix le premier Octobre
1753 , au College Royal - Bourbon des Jefuites ,
en vertu d'un brevet du Roi , vient d'être achevée
Elle peut contenir jufqu'à cent jeunes gens,
Moyennant une nouvelle fondation , il y a actuellement
deux Profeffeurs de Rhétorique dans
ce College.
Le 24 l'Archevêque de Sens conféra le Sacrement
de la Confirmation à onze cens enfans dans
l'Eglife de la Communauté des Filles Bleues.
Le 26 le Roi quitta le deuil que Sa Majefté avoit
pris le 6 pour laReine Douairiere de Portugal.
Le Roi foupa le 27 au grand couvert chez la
Reine avec la Famille Royale.
Il a été fait par le Lord Powerscourt une ga.
geure , qu'il viendroit à cheval en deux heures de
la derniere maifon de Fontainebleau à la premiere
barriere des Gobelins . M. Baillon ,
loger de la Reine , a été chargé d'envoyer deux
Hor
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
pendules à Fontainebleau , & d'en tenir deux à la
barriere des Gobelins fur la même heure , afin de
mefurer le tems que ce Seigneur Anglois employe
roit à fa courſe. Le 29 du mois dernier le Lord
Powerscourt eft parti de Fontainebleau à fept
heures neuf minutes quarante-cinq fecondes du
matin , & il eſt arrivé à huit heures quarante- fept
minutes vingt- fept fecondes à la barriere indiquée.
Il avoit deux relais fur la route. Une des
conditions de la gageure étoit qu'il ne monteroit
pas plus de trois chevaux , & il n'en a monté que
deux.
Selon les lettres de Gênes , le Duc de Penthievre
y eft arrivé le 19 Octobre , à trois heures
après- midi. Une députation de la République eft
allée le recevoir à fa galere , & l'a conduit au Pa-
Lais Brignolé , qui avoit été préparé pour le loge.
ment de ce Prince . Les Députés doivent l'accom
pagner par-tout pendant fon féjour à Gênes.
Le 31 , veille de la Fête de Tous les Saints , le
Roi & la Reine , accompagnés de la Famille royale
, affifterent au premieres Vêpres dans la Chapelle
du Château . Elles furent chantées par la Muſique ,
& l'Evêque de Chartres y officia.
Le premier Novembre , jour de la Fête , leurs
Majeftés accompagnées comme le jour précédent,
entendirent la grande Meffe célébrée pontificament
par le même Prélat . Le Roi , la Reine & la
Famille royale affifterent l'après- midi aux Vêpres
du jour chantées par la Mufique , aufquelles
Ï'Evêque de Chartres officia , & enfuite aux Vêpres
des Morts. Avant les Vêpres , leurs Majeftés
entendirent la Prédication du Pere de Neufville ,
de la Compagnie de Jeſus.
A l'occafion de la Fête , la Reine a communié
par les mains de l'Evêque de Chartres , fon preDECEMBRE
. 1754. 201
mier Aumônier ; Monfeigneur le Dauphin, par celles
de M. l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi ;
Madame la Dauphine , par celles de M. l'Abbé de
Murat , fon Aumônier en quartier ; Madame Adelaïde,
par celles de l'Evêque de Meaux , fon premier
Aumônier ; & Mefd . Victoire , Sophie & Louiſe ,
par celles de M. l'Abbé Barc , Chapelain du Roi.
Le premier & le 3 , le Roi foupa au grand couvert
chez la Reine avec la Famille royale.
M. Pitrou , Ingénieur des ponts & chauffées ,
ayant fait anciennement par ordre du Roi la vifite
de la riviere de Marne depuis Châlons jufqu'à
Charenton , a eftimé à treize millions les dépenfes
néceffaires pour faciliter la navigation de cette
riviere. Un autre Ingénieur commis auffi par Sa
Majeſté , a viſité la riviere d'Yonne : il a jugé qu'il
falloit dépenfer dix millions pour la rendre navigable
jufqu'à fon embouchure dans la Seine . M.
Macary , privilegié du Roi pour la fûreté de la
navigation , a foumis à la décision du Confeil un
projet différent , pour que le tiers au moins des
denrées deftinées à la confommation de Paris , y
foient amenées dans tous les tems de l'année ,
hors les cas extraordinaires des glaces & des débordemens
& pour que les frais de transport foient
toujours les mêmes . Selon le devis , la dépenfe ne
montera qu'à quatre millions trois cens vingtneuf
mille fix cens foixante- fix livres . Une Compagnie
fournira les fonds , & il n'en coutera rien
au Roi ni au public . L'auteur du projet , s'il eft autorifé
, demande feulement pour l'exécuter avec
La Compagnie, & pour entretenir les ouvrages , un
droit médiocre de navigation , qui fera à la charge
des Maîtres de barques.
Le mémoire de M. Macary a été renvoyé par le
Confeil à Mr de Bernage ; Confeiller d'Etat or-
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
dinaire , Prévôt des Marchands , pour que le Bureau
de la ville donne fon avis fur les propoſitions
qui y font continues.
Le 9 Novembre , le Roi déclara la nomination
au chapeau de Cardinal que Madame la Dauphine
a obtenu pour l'Archevêque de Sens , fon premier
Aumônier .
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, que M. l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle , célébra dans la Chapelle de la grande
Salle du Palais , & à laquelle M. de Maupeou , premier
Préfident , & les Chambres affifterent .
Le 13 , le Marquis de Malefpina qui eft venu
pour complimenter leurs Majeftés de la part de
I'Infant Duc & de Madame Infante Ducheffe de
Parme , fur la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , prit congé du Roi , de la Reine & de la Famille
royale.
Le Roi a fixé au 18 fon départ de Fontainebleau.
Des fix places de Docteurs Aggrégés qui étoient
vacantes dans la Faculté de Droit de Paris , les
trois premieres ont été adjugées par cette Faculté
à MM. Sauvage , Boyer & Lalourcey , Docteurs
de Paris. Le concours pour les trois autres places
doit s'ouvrir le 19 de Décembre.
On mande de Strasbourg que le Margrave &
la Margrave de Brandebourg- Bareith y ont paffé
en allant à Montpellier.
Les mêmes lettres marquent qu'on a effuyé
pendant le mois dernier plufieurs facheux orages
dans une partie de l'Alface.
Le 14 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix - huit cens trente livres ;
les Billets de la premiere lotterie royale , à fept
cens foixante -dix livres ; & ceux de la feconde , à
fix cens foixante- dix.
Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal , eut
une audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préfenta à Sa Majefté une lettre de compliment
du Roi fon Maître , fur l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & fur la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Berry. Le Commandeur
de la Cerda fut conduit à cette audience par M.
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le même jour leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale , affifterent aux Vêpres & au
Salut dans la Chapelle du Château.
Le Roi a érigé la Terre de Marigny en Marquifat
, en faveur de M. de Vandiere , Directeur
& Ordonnateur Général des Bâtimens. Il a eu
l'honneur d'être préfenté le 9 à leurs Majeftés &
à la Famille royale , & d'entrer deux jours après
dans les carroffes du Roi.
L'ouverture de l'affemblée des Etats de Bretagne
s'eft faite à Rennes le 14 .
Le 15 , fête de Sainte Therefe , la Reine entendit
la Meffe dans l'Eglife du Couvent des Carmes
réclus des Loges.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de
France affifterent l'après- midi au Salut dans la
même Eglife.
Le Comte de Sartiranne Ambaffadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le même jour une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
donna part à Sa Majesté , au nom du Roi fon
Maître , de l'heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Savoye , & de la naiſſance d'un
Prince. Cet Ambaffadeur fut conduit à cette audience
, ainsi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Madame Adelaide , & de Mefdames Victoire ,
Sophie & Louife , par le même Introducteur,
Suivant les lettres de Toulon , le Duc de Penthievre
vifita le 29 de Septembre la galere la
Brave. Ce Prince alla le jour fuivant à l'arfenal ,
pour voir les Gardes de la Marine faire l'exercice.
A fon paffage fur le port , il fat falué par le vaiſfeau
amiral & par les galeres . L'exercice des Gardes
de la Marine étant fini , le Duc de Penthievre
fe rendit à bord du vaiffeau le Foudroyant. Le premier
Octobre ce Prince vit le parc d'artillerie,,
& fit le tour des remparts du côté de la rade ; il
alla le 3 vifiter la grande tour. Après le dîner il
vifita le Fort de la Malgue , d'où il paffa à celui
d'Artigues. Le 4 vers les trois heures après- midi ,
le Duc de Penthievre s'embarqua fur un canot , &
fut fuivi par tous les canots , ainfi que par toutes
les barques & les chaloupes qui étoient dans le
port. Dès que le Prince parut dans la rade , les
quatre galeres definées à le conduire en Italie ,
& qui étoient prêtes à partir pour aller l'attendre
à Antibes , le faluerent à fon paffage , ce que fit
auffi la Frégate la Thetis. Toute cette flotille s'avança
à deux lieues en mer , & l'on donna au Duc
de Penthievre le divertiffement de la pêche du
thon. Au retour , les galeres qui avoient déja tiré
deux coups de canon pout annoncer leur départ ,
vinrent l'une après l'autre à force de rames paffer
devant le canot du Prince , & firent une nouvelle
falve de toute leur artillerie . Le tems étoit fi fa
DECEMBRE. 1754. 197
•
vorable pour la avigation , qu'une demi-heure
après on les perdit de vite. Lorfque le foleil fut
fous l'horizon , trois galiotes à bombes placées
dans la petite rade , tirerent chacune fix bombes.
Les le Prince fit le tour des remparts en dedans
de la ville. Sur les fept heures du foir les galiotes
tirerent encore vingt- quatre bombes , & le Duc
de Penthievre vit ce fpectacle de fon appartement.
Ce Prince partit le 7 de Toulon , & alla coucher
au Luc : il s'eft rendu le lendemain à Fréjus , &
le 9 à Antibes ; le 12 il est parti d'Antibes pour
Gênes.
Les nouvelles de Marſeille du 17 portent qu'il
y étoit arrivé à bord du vaiffeau Anglois le Deptford
, vingt-fept efclaves François qui ont été embarqués
fur ce bâtiment à Gibraltar , & qui avoient
été rachetés peu de tems auparavant dans le
Royaume de Maroc par les Religieux des Ordres
de la Sainte Trinité & de Notre-Dame de la
Mercy. Ces efclaves ayant fait leur quarantaine à
Carthagene , ont eu l'entrée le 13 , & ont été reçus
par les Peres François Baurans & Paulin Gobin
, Commiffaires des deux Ordres.
Le 19 & le 20 d'Octobre , leurs Majeftés accompagnées
de la Famille Royale , aflifterent aux
Vêpres & au Salut dans la Chapelle du Château .
Le Roi foupa le 20 au grand couvert chez la
Reine .
Le même jour la Marquife de Fontange fit fes
révérences au Roi , à la Reine & à la Famille
Royale,
Leurs Majeftés fignerent le même jour le contrat
de mariage du Comte de Salvert & de la
Demoiſelle de Sabrevois , fille de M. de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général d'artillerie , & Commandant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
en chef au départément général d'Alface , de
Bourgogne & de Franche Comté.
Le 20 l'Evêque de Gap nommé à l'Evêché d'Auxerre
, fit dans l'Eglife des Miffions étrangeres
la cérémonie de bénir le nouvel Abbé de l'Abbaye
réguliere de Saint Amand.
Le Roi a nommé Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel M. Pitot , Penfionnaire vétéran de l'Académie
Royale des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , Directeur du canal & des
travaux publics de la Province de Languedoc.
Le 22 M. Gualterio , Archevêque de Mira ,
Nonce ordinaire du Pape , eut une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majesté M. Molinari , Archevêque de Damas ,
qui paffe par la France pour fe rendre à fa Nonciature
de Bruxelles . M. Guakerio fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adelaide & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs .
›
Le Comte Turpin , Brigadier de cavalerie , &
Colonel d'un Régiment de Huffards , a préſenté
au Roi un ouvrage de fa compoſition fur l'Ars
militaire.
La place d'Aumônier du Roi , vacante par la
mort de M. l'Abbé de Caulincourt , a été donnée à
M.l'Abbé de Scey-Montbeillard , Abbé de l'Abbaye
de Saint André , Ordre de Prémontré , Diocefe
de Clermont.
Le Roi a envoyé au Parlement de Bretagne une
Déclaration datée du 8 Octobre , qui fut enregiftrée
le 17 du même mois.
Un Juif de Metz , âgé de trente-cinq ans , refut
le 10 Octobre à Saintes , par les mains de l'EDECEMBRE.
1754 199
vêque , les Sacremens de Baptême & de la Con
firmation. Il a eu pour parrein M. de Blair de
Boifmon , Intendant de la Rochelle , nommé à
l'Intendance de Valénciennes ; & pour marreine
la Dame de Parabere , Abbeffe de l'Abbaye de
Notre-Dame de Saintes , qui lui ont donné les
noms de Louis-Marie.
Depuis le 15 Octobre on a commencé à allu→
mer toutes les nuits à Calais , deux heures avant
& deux heures après la pleine mer , un fanal au
bout de la grande jettée du côté de l'oueft. Cela
s'obfervera pendant tout le tems de la pêche du
hareng , c'est - à- dire jufqu'au mois prochain , afin
de faciliter aux Pêcheurs l'entrée du port de Calais
. On en ufera de même deformais chaque année
dans cette faiſon.
Selon les lettres de Provence , la maison des
Penfionnaires établie à Aix le premier Octobre
1753 , au College Royal - Bourbon des Jefuites ,
en vertu d'un brevet du Roi , vient d'être achevée
Elle peut contenir jufqu'à cent jeunes gens,
Moyennant une nouvelle fondation , il y a actuellement
deux Profeffeurs de Rhétorique dans
ce College.
Le 24 l'Archevêque de Sens conféra le Sacrement
de la Confirmation à onze cens enfans dans
l'Eglife de la Communauté des Filles Bleues.
Le 26 le Roi quitta le deuil que Sa Majefté avoit
pris le 6 pour laReine Douairiere de Portugal.
Le Roi foupa le 27 au grand couvert chez la
Reine avec la Famille Royale.
Il a été fait par le Lord Powerscourt une ga.
geure , qu'il viendroit à cheval en deux heures de
la derniere maifon de Fontainebleau à la premiere
barriere des Gobelins . M. Baillon ,
loger de la Reine , a été chargé d'envoyer deux
Hor
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
pendules à Fontainebleau , & d'en tenir deux à la
barriere des Gobelins fur la même heure , afin de
mefurer le tems que ce Seigneur Anglois employe
roit à fa courſe. Le 29 du mois dernier le Lord
Powerscourt eft parti de Fontainebleau à fept
heures neuf minutes quarante-cinq fecondes du
matin , & il eſt arrivé à huit heures quarante- fept
minutes vingt- fept fecondes à la barriere indiquée.
Il avoit deux relais fur la route. Une des
conditions de la gageure étoit qu'il ne monteroit
pas plus de trois chevaux , & il n'en a monté que
deux.
Selon les lettres de Gênes , le Duc de Penthievre
y eft arrivé le 19 Octobre , à trois heures
après- midi. Une députation de la République eft
allée le recevoir à fa galere , & l'a conduit au Pa-
Lais Brignolé , qui avoit été préparé pour le loge.
ment de ce Prince . Les Députés doivent l'accom
pagner par-tout pendant fon féjour à Gênes.
Le 31 , veille de la Fête de Tous les Saints , le
Roi & la Reine , accompagnés de la Famille royale
, affifterent au premieres Vêpres dans la Chapelle
du Château . Elles furent chantées par la Muſique ,
& l'Evêque de Chartres y officia.
Le premier Novembre , jour de la Fête , leurs
Majeftés accompagnées comme le jour précédent,
entendirent la grande Meffe célébrée pontificament
par le même Prélat . Le Roi , la Reine & la
Famille royale affifterent l'après- midi aux Vêpres
du jour chantées par la Mufique , aufquelles
Ï'Evêque de Chartres officia , & enfuite aux Vêpres
des Morts. Avant les Vêpres , leurs Majeftés
entendirent la Prédication du Pere de Neufville ,
de la Compagnie de Jeſus.
A l'occafion de la Fête , la Reine a communié
par les mains de l'Evêque de Chartres , fon preDECEMBRE
. 1754. 201
mier Aumônier ; Monfeigneur le Dauphin, par celles
de M. l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi ;
Madame la Dauphine , par celles de M. l'Abbé de
Murat , fon Aumônier en quartier ; Madame Adelaïde,
par celles de l'Evêque de Meaux , fon premier
Aumônier ; & Mefd . Victoire , Sophie & Louiſe ,
par celles de M. l'Abbé Barc , Chapelain du Roi.
Le premier & le 3 , le Roi foupa au grand couvert
chez la Reine avec la Famille royale.
M. Pitrou , Ingénieur des ponts & chauffées ,
ayant fait anciennement par ordre du Roi la vifite
de la riviere de Marne depuis Châlons jufqu'à
Charenton , a eftimé à treize millions les dépenfes
néceffaires pour faciliter la navigation de cette
riviere. Un autre Ingénieur commis auffi par Sa
Majeſté , a viſité la riviere d'Yonne : il a jugé qu'il
falloit dépenfer dix millions pour la rendre navigable
jufqu'à fon embouchure dans la Seine . M.
Macary , privilegié du Roi pour la fûreté de la
navigation , a foumis à la décision du Confeil un
projet différent , pour que le tiers au moins des
denrées deftinées à la confommation de Paris , y
foient amenées dans tous les tems de l'année ,
hors les cas extraordinaires des glaces & des débordemens
& pour que les frais de transport foient
toujours les mêmes . Selon le devis , la dépenfe ne
montera qu'à quatre millions trois cens vingtneuf
mille fix cens foixante- fix livres . Une Compagnie
fournira les fonds , & il n'en coutera rien
au Roi ni au public . L'auteur du projet , s'il eft autorifé
, demande feulement pour l'exécuter avec
La Compagnie, & pour entretenir les ouvrages , un
droit médiocre de navigation , qui fera à la charge
des Maîtres de barques.
Le mémoire de M. Macary a été renvoyé par le
Confeil à Mr de Bernage ; Confeiller d'Etat or-
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
dinaire , Prévôt des Marchands , pour que le Bureau
de la ville donne fon avis fur les propoſitions
qui y font continues.
Le 9 Novembre , le Roi déclara la nomination
au chapeau de Cardinal que Madame la Dauphine
a obtenu pour l'Archevêque de Sens , fon premier
Aumônier .
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, que M. l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle , célébra dans la Chapelle de la grande
Salle du Palais , & à laquelle M. de Maupeou , premier
Préfident , & les Chambres affifterent .
Le 13 , le Marquis de Malefpina qui eft venu
pour complimenter leurs Majeftés de la part de
I'Infant Duc & de Madame Infante Ducheffe de
Parme , fur la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , prit congé du Roi , de la Reine & de la Famille
royale.
Le Roi a fixé au 18 fon départ de Fontainebleau.
Des fix places de Docteurs Aggrégés qui étoient
vacantes dans la Faculté de Droit de Paris , les
trois premieres ont été adjugées par cette Faculté
à MM. Sauvage , Boyer & Lalourcey , Docteurs
de Paris. Le concours pour les trois autres places
doit s'ouvrir le 19 de Décembre.
On mande de Strasbourg que le Margrave &
la Margrave de Brandebourg- Bareith y ont paffé
en allant à Montpellier.
Les mêmes lettres marquent qu'on a effuyé
pendant le mois dernier plufieurs facheux orages
dans une partie de l'Alface.
Le 14 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix - huit cens trente livres ;
les Billets de la premiere lotterie royale , à fept
cens foixante -dix livres ; & ceux de la feconde , à
fix cens foixante- dix.
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Résumé : « Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
Le 13 octobre, le Commandeur de la Cerda, envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, a été reçu en audience privée par le Roi de France pour lui présenter une lettre de félicitations concernant l'accouchement de Madame la Dauphine et la naissance du Duc de Berry. Le même jour, Leurs Majestés et la Famille Royale ont assisté aux Vêpres et au Salut dans la Chapelle du Château. Le Roi a élevé la Terre de Marigny au rang de Marquisat en faveur de M. de Vandiere, Directeur et Ordonnateur Général des Bâtiments. Le 14 octobre, l'ouverture de l'assemblée des États de Bretagne a eu lieu à Rennes. Le 15 octobre, la Reine a entendu la messe dans l'église du Couvent des Carmes réclus des Loges, et le Dauphin ainsi que Mesdames de France ont assisté au Salut l'après-midi. Le Comte de Sartiranne, ambassadeur du Roi de Sardaigne, a informé le Roi de l'accouchement de la Duchesse de Savoie et de la naissance d'un prince. Le Duc de Penthièvre a visité plusieurs sites militaires et navals à Toulon avant de partir pour Gênes le 12 octobre. À Marseille, vingt-sept esclaves français ont été libérés et ramenés par les Religieux des Ordres de la Sainte Trinité et de Notre-Dame de la Mercy. Le 20 octobre, Leurs Majestés ont assisté aux Vêpres et au Salut, et le Roi a signé le contrat de mariage du Comte de Salvert et de Mademoiselle de Sabrevois. Le Roi a également nommé Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel M. Pitot, et a reçu en audience l'Archevêque de Mira et l'Archevêque de Damas. Divers événements religieux et cérémoniels ont eu lieu, notamment la confirmation de nombreux enfants et la fin du deuil du Roi pour la Reine Douairière de Portugal. Le Lord Powerscourt a réalisé une course à cheval entre Fontainebleau et Paris. Le Duc de Penthièvre est arrivé à Gênes le 19 octobre. Le 1er novembre, le Roi et la Famille Royale ont assisté à des cérémonies religieuses à l'occasion de la Toussaint. Le Roi a également déclaré la nomination de l'Archevêque de Sens au chapeau de Cardinal. Le Parlement a ouvert sa session avec une messe solennelle. Le Marquis de Malespina a pris congé après avoir félicité la Famille Royale pour la naissance du Duc de Berry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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80
p. 86-101
Réflexions de M. le Marquis de Lassé, mort en 1738.
Début :
On entend dire sans cesse qu'on devroit permettre à la Noblesse de trafiquer [...]
Mots clefs :
Noblesse, Gouvernement, Dignités, Homme, Guerre, Évêque, Armes, Église, Profession
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texteReconnaissance textuelle : Réflexions de M. le Marquis de Lassé, mort en 1738.
Réflexions de M.le Marquis de Laffe ,
mort en 1738.
Nentend dire fans ceffe qu'on devroit
permettre à la Nobleffe de trafiquer
comme en Angleterre.
Qu'on eft moins heureux fous le Gouvernement
préfent & dans le fiécle où nous
vivons , que l'on n'étoit autrefois.
Que le bien eft préférable aux dignités.
Qu'il faudroit retrancher le luxe.
Et que la condition des gens d'Eglife eft
plus heureufe que celle des hommes qui
fuivent la profeffion des armes.
Pour moi je penſe fort différemment fur
tous ces articles.
I.
que
La Nobleffe fournit un nombre infini
d'Officiers , en quoi confifte la plus grande
force de nos armées ; car les foldats des
autres nations font du moins auffi bons
les nôtres , & plus endurcis au travail ; &
c'eft cette Nobleffe qui nous a tant de fois
donné la fupériorité fur nos ennemis , &
qui a fauve la France dans les tems les plus
malheureux . Il n'y a qu'à lire notre hiftoire
pour en être inftruit.
DECEMBRE. 1754. 87
Les Gentilshommes animés par l'exemple
de leurs peres , & élevés dès leur enfance
à n'efperer ni bien ni confidération
qué par la guerre & les périls , y portent
toutes leurs penfées ; on ne leur parle d'autre
chofe , & ils fe forment prefqu'en naiffant
à cette valeur dont ils doivent tout
attendre .
Si on leur ouvre une autre porte , & fi
le commerce leur eft permis , ils fuivront
aifément une route bien plus facile &
moins périlleufe , qui les tirera de la pauvreté
où ils font , & leur donnera des richeffes
aifées à acquerir , qui leur fourniront
toutes les commodités & tous les plaifirs
que les hommes recherchent avec tant
de foin. Que n'avoit pas déja fait fur eux
le tems du fyftême du papier , quelque
court qu'il ait été ? C'eft un exemple qu'on
ne doit jamais oublier .
Les peres qui auront commencé ce genre
de vie , y éleveront leurs enfans , & en
peu de tems on verra difparoître cet efprit
guerrier qui a toujours diftingué la Nobleffe
Françoife , & on n'aura plus que des
négocians à la place de ces braves foldats ,
tant vantés dans tous les tems .
Si ce malheur arrivoit , les conféquences
font aisées, à tirer ; & il n'eft pas diffi ile
dejuger ce qu'il en coûteroit à la France ,
88 MERCURE DE FRANCE.
qui eft un Royaume établi par les armes ,
& qui eft fitué de façon qu'il ne ſe peut
foutenir que par ces mêmes armes qui
l'ont fondé.
II.
On fe plaint fans ceffe & du Gouverne
ment & du fiécle dans lequel nous vivons :
il n'y a qu'à lire notre hiftoire & les autres
pour connoître qu'il n'y en a jamais eu
où l'on ait été fi heureux , où le Gouver
nement ait été plus doux , où les hommes
ayent été moins méchans , & où il fe foit
commis moins de crimes.
Songeons aux tems où les particuliers
fe faifoient la guerre les uns aux autres ,
où l'on n'étoit en fûreté ni dans les grands
chemins ni même dans fa maifon , où il
falloit marcher armé & s'enfermer dans
des grilles & dans des foffés. Rappellonsnous
les guerres des Anglois , le malheureux
regne de Charles VI , les troubles des
Huguenots , la Saint Barthelemi , deux Rois
affaffinés , & tous les chefs de l'un & de
l'autre parti égorgés , le poifon , les meurtres
, les duels , les affaffinats fi communs ;
les Seigneurs érigés en tyrans dans les provinces
, & nos dernieres guerres civiles ;
& comparons ces tems-là avec celui - ci
toutes ces horreurs avec la tranquillité
DECEMBRE . 1754 89
dont nous jouiffons & dont nous avons
joui depuis le regne de Louis XIV , qui a
rétabli l'ordre & la fûreté par- tout ; & jugeons
après fi nous avons lieu de nous
plaindre ; fi les maux qui nous font crier
peuvent être mis en comparaifon avec des
malheurs fi effroyables .
Les moeurs s'adouciffent même par- tout ;
les Turcs ne font plus fi cruels , ni les
Mofcovites fi barbares . Les Grands Seigneurs
ne font plus mourir leurs freres ,
& les arts & la politeffe s'établiffent parmi
les Mofcovites.
Le feu Roi d'Angleterre , le Prince
d'Orange & Tekeli font morts dans leur
lit ; & cependant quel intérêt n'avoit - on
pas à s'en défaire ?
III.
On entend dire tous les jours que le
bien eft préférable à tout , & qu'il n'eft
queftion que d'en avoir . Je fuis perſuadé
que cela n'eft pas vrai ; je ne dis pas qu'on
ne tire de grands avantages des richeffes ,
mais on en tire de bien plus grands d'une
illuftre naiffance & des dignités.
Dès qu'on a affez de bien pour avoir
Toutes les commodités de la vie , le furplus
* Jacques II.
90 MERCURE DE FRANCE.
n'eft néceffaire que pour nous donner de la
confidération , & on ne fçauroit nier que
celle qu'on a pour un homme diftingué
par fa nobleffe & par fes dignités , ne foit
bien plus grande que celle qu'on a pour
un homme riche. De plus , il n'y a rien
où le premier ne puiffe prétendre s'il a du
mérite , tous les chemins lui font ouverts ;
au lieu qu'ils font fermés à celui qui n'a
des richeffes fans naiffance : il eft arque
rêté par tout , quoiqu'il ait du mérite , il
effuye des dégoûts en cent occafions , & il
femble même à un homme de qualité qu'il
lui fait trop d'honneur d'aller chez lui , &
de manger fon bien ; il lui paroît qu'il y a
un droit , & qu'il n'en doit avoir que
pour lui prêter ; s'il ne le fait pas , il s'en
plaint hautement , & parle de lui avec
mépris .
Bien loin qu'on ne fafle
affez de cas
pas
de la naiffance en France , comme on le
dit à tous momens , il est certain qu'on
en fait plus qu'on ne devroit , & qu'elle
donne de trop grands avantages fur le mérite
perfonnel.
Autre difcours fort ordinaire & trèsfaux.
On dit que lorfqu'on fe trouve à
portée d'obtenir des graces , il ne faut
fonger qu'à avoir du bien ; c'eft un abus :
il faut fans balancer préferer les dignités
DECEMBRE. 1754
eft
au bien , car il eft certain que les dignités
l'attireront dans la fuite. La Cour
quafi engagée , & ne peut plus vous donner
qué des chofes confidérables , au lieu
que le bien fans dignité vous éléve fort
peu , & fe diffipe promptement.
IV.
Perfonne ne difconvient qu'il n'y a rien
de plus néceffaire à un Etat que la circulation
de l'argent , qui fans cette circulation
demeureroit dans le fond des coffres ,
auffi inutile que s'il étoit encore dans le
centre de la terre ; & le luxe eft le moyen
le plus fimple & le plus aifé pour faire repaffer
l'argent des riches aux pauvres ,
puifque ce moyen eft volontaire , & même
agréable.
Les maisons magnifiques que les Seigneurs
& encore plus les gens d'affaires
font bâtir , ornent le Royaume , &
font retourner l'argent à toutes fortes d'ou
vriers qui y font employés. Les meubles ,
les carroffes , les étoffes , les dentelles , &
mille autres ajuftemens inventés par les
Marchands , font vivre une infinité de
gens ; & les Dames qui donnent avec plaifir
cent piftoles pour une garniture de
dentelles qui font faites par de pauvres
2 MERCURE DE FRANCE.
femmes & par de pauvres filles , ne leur
donneroient certainement pas cet argent
par charité. Il est même plus utile que ce
foit le prix de leur travail que fi on les laiffoit
dans l'oifiveté.
Il y a encore une raiſon particuliere pour
la France : comme fes peuples font les plus
induftrieux de l'Europe , toutes les nations
y viennent chercher leurs modes , & quantité
de chofes qui y font mieux travaillées
qu'ailleurs , & par là y apportent une trèsgrande
quantité d'argent.
Et fi on m'objecte que le luxe ruine les
Seigneurs & les gens riches ; eh tant mieux :
fans qu'on leur faffe violence , il fait retourner
leur argent aux pauvres qui en
ont plus de befoin qu'eux.
V.
On ne fçauroit vivre heureux fans confidération
, & on ne fçauroit avoir de véritable
confidération qu'en rempliffant les
devoirs de fon état . Ces principes établis ,
que je ne crois pas qu'on puiffe contef
ter , voici les conféquences que j'en tire.
Il faut qu'an homme d'Eglife s'affujettifle
à toutes les bienféances & à tous les
devoirs de fa profeffion , qui font fort contraignans
& très- ennuyeux , fans quoi il
DECEMBRE. 1754. 93
me fçauroit avoir de confidération.
Il n'y a perfonne qui ne fente qu'un
Abbé qu'on voit aux fpectacles , dans les
jeux & aux affemblées , n'eft pas à fa place
; & les hommes les plus débauchés ont
une forte de mépris pour un Eccléfiaftique
qui les imite.
Ce que je dis des Abbés feroit encore
beaucoup plus fcandaleux dans un Evêque
j'avoue que les enfans deftinés à l'Eglife
par les familles , & qui embraſſent
cette profeffion , font des fortunes bien
plus promptes & plus aifées que leurs freres
; ils recueillent le fruit des fervices de
leurs parens. Il y a tant de biens d'Eglife
en France , qu'ils ont ordinairement des
Abbayes prefqu'en naiffant , & fans avoir
rien fait pour les mériter. Il eft même rare
qu'un homme de qualité ne devienne pas
Evêque mais à quoi fervent les dignités ,
fi ce n'eft à rendre la vie heureufe ?
:
Suivons celle d'un Abbé de condition , à
commencer dès fon enfance . On le met au
Collége , où l'on tâche de le faire étudier
avec plus de foin que fes freres , ce qui
ne plaît guere à un enfant ; & au fortir du
Collége , il les voit aller à l'Académie avec
des épées & de beaux habits ; pour lui on
lui donne un habit noir & un petit collet ,
& on l'envoye d'ordinaire loger avec un
94 MERCURE DE FRANCE.
Docteur , proche la Sorbonne , où il faut
qu'il aille tous les jours pendant trois ans
entendre des leçons : enfuite il eft Bachelier,
il parvient à être fur les bancs où il difpute
de Théologie . Il entre en licence , il
foutient des Thefes , enfin il eft Docteur
à vingt-cinq ans. Qu'on falle réflexion à la
trifteffe du chemin par lequel il a marché
jufqu'à cet âge ; & c'eft pourtant une partie
confidérable de la vie.
Il n'en n'eſt pas quitte pour cela ; il faut
encore qu'il foit dans un Séminaire pendant
je ne fçais combien de tems : enfuite
il entre dans le monde , où il doit fe priver
de la plupart des plaifirs pour lefquels
on a beaucoup de goût quand on est jeune:
il doit prendre garde aux compagnies
qu'il voit , & fur-tout faire enforte qu'on
ne parle pas de lui , la réputation d'une
femme n'étant pas plus délicate que la
fienne .
Malgré cette contrainte , la vie qu'il
mene alors peut être fupportable , mais
elle n'a qu'un tems. Un vieux Abbé qui
traîne dans les rues n'a pas bonne grace ,
il reffemble à une vieille fille , & on eft i
honteux de n'être pas Evêque à un certain
âge.
Je fuppofe qu'il y parvient , ce qui véritablement
ne lui peut gueres manquer?
DECEMBRE. ورب . 1754
,
ayant eu une bonne conduite ; en eft- il
plus heureux ? Il a une grande dignité , il
eft riche ; mais quel ufage peut- il faire de
fes richeffes ? Il faut qu'il réfide dans fon
Evêché , qui eft fouvent un féjour fort
trifte , & une ville où il y a bien mauvaiſe
compagnie : & quand il attrapperoit une
grande ville où la compagnie feroit meilleure
il n'en fçauroit faire un certain
ufage. Le commerce familier des femmes ,
les foupers agréables , les propos libres ,
tout ce qui peut avoir l'air de galanterie
ou de débauche , font chofes qui lui
font interdites ; la chaffe même ne lui eft
pas permife , & il faut qu'il foit prefque
toujours avec des Moines , des Prêtres ,
des Curés , des Grands Vicaires , à regler
fon Dioceſe. Et fi par hazard il avoit quelque
commerce avec une femme , elle deviendroit
fon tyran , & il auroit tout à
craindre de fon indifcrétion & de fa mé
chanceté. Il feroit dans le même cas à l'égard
de fes domeftiques. Enfin il n'y a
qu'une véritable piété qui puiffe le rendre
heureux. Il est vrai qu'il peut venir de
tems en tems à Paris , par de certaines raifons
, ou fous quelques prétextes ; mais ces
voyages ne doivent être ni longs ni fréquens
, & il doit compter que fa demeure
eft fon Diocèfe , où il paffera fa vie ; &
96 MERCURE DE FRANCE.
encore de quelle façon eft- il à Paris quand
il y vient hors qu'il ait une famille qui
le puiffe loger , il demeure dans un hôtel
garni : les fpectacles , les promenades , les
jeux , les affemblées , enfin tout ce qu'on
appelle les plaifirs , lui font interdits ; &
s'il veut avoir l'eftime du public , il n'y
doit voir que de certaines compagnies , &
il faut que fa conduite foit bien fage &
bien mefurée . Je conclus de tout cela ,
qu'un Eccléfiaftique qui d'un petit état
devient Evêque , fait une fortune brillante
& agréable , mais que c'eft un exil ennuyeux
pour les Abbés qui ont un nom ,
& c'eft eux que j'ai eu en vûe dans tout ce
que je viens de dire.
Voilà quelle eft la condition des Abbés :
il faut préfentement examiner celle des
gens de qualité deftinés à la profeffion des
armes .
Ils commencent prefqu'au fortir de l'enfance
à mener une vie agréable. On les
inet à l'Académie , où on leur apprend toutes
fortes d'exercices qui font fort du goût
de la jeuneffe . Ils jouent à la paume , ils
vont aux fpectacles , aux promenades publiques
, & ils jouiffent d'un commencement
de liberté. Au fortir de l'Académie ,
ils l'ont entiere : on les mene à la Cour ,
on les préfente au Roi & à tout ce qu'il y a
de
DECEMBRE . 1754 97
de plus grand ; on leur donne un équipage
, de beaux habits ; aucuns plaifirs ne
leur font défendus , le jeu , la chaffe , la
bonne chere : on leur recommande feulement
de les prendre avec les jeunes gens
de leur âge , que leur naiffance & l'air
dont ils font dans le monde diftingue des
autres , & fur tout d'éviter la mauvaiſe
compagnie. L'amour , paffion bien naturelle
dans cet âge , leur fied à merveille ;
on leur paffe tout , hors ce qui attaque
Phonnête homme . Il eft bon même qu'on
parle d'eux , & l'obfcurité eft ce qu'ils ont
le plus à craindre : ils font des fêtes , des
plaifirs , des voyages du Roi , & c'est par
un chemin fi agréable à la jeuneffe qu'ils
acquierent fa familiarité , & qu'ils commencent
leur fortune.
Pendant ce tems , leur famille travaille
à leur faire avoir un emploi convenable à
leur condition & à la profeffion qu'ils ont
embraffée , & c'eft encore un nouveau plaifir
pour un jeune homine bien né , de commander
à des gens de guerre , ce détail
d'armes & de chevaux eft une occupation
qui lui plaît beaucoup . Cependant les années
viennent , & lui apportent plus de
raiſon : la carriere qu'il doit courre eft ouverte
; il déploye les talens que Dieu lui a
donnés ; il fonge plus férieufement à ac
II.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
querir de la réputation & à faire fa fortune
, & il cherche les occafions de fe
diftinguer. S'il entre dans le monde dans
un tems de paix , il eft ravi qu'il ſe préfente
quelque occafion d'aller chercher la
guerre dans les pays étrangers ; & fi la
guerre eft dans fon pays , il fonge à y acquerir
par fon courage la gloire la plus
flateufe de toutes , & des connoiffances
qui le rendent capable des premiers emplois
, qui peuvent le conduire aux plus
grands honneurs : il les voit en perfpective
; il n'y arrivera peut-être pas , mais il
a le plaifir de les efpérer en marchant pat
le chemin qui y mene , & ce chemin eft
plus rempli de rofes que d'épines. Il y a
des fatigues & des périls , mais ils ne font
ni fi grands ni fi fréquens qu'ils le difent ;
prefque tout le monde veut en impofer , &
cherche à fe faire valoir. Une fatigue qu'il
faut que toute une armée faffe , ne peut
jamais être extrême , fur- tout pour un hom
me de condition , qui a d'ordinaire beau
coup d'équipages & beaucoup de commodités
; & il eft bien rare & comme impoffible
qu'il manque des chofes néceſſaires
à la vie , même dans les jours les plus
fâcheux , & ces jours de peine n'arrivent
pas fouvent pendant le cours d'une campagne.
DECEMBRE. 1754. 99
Le reste du tems on joue , on fait bonne
chere , & on mene une vie libre & parefleuſe
, & débarraffée de toutes fortes de
foins & de toute contrainte ; & puis on
attrape le tems où l'on retourne à Paris
jouir de tous les plaifirs .
par
A l'égard du péril , il eft certain qu'il
y a des occafions où l'on en court beaucoup
, & il eft difficile qu'un homme
vienne aux premieres dignités de la guer
re , & mérite les honneurs qui les doivent
fuivre , fans y avoir été exposé plufieurs
fois : cependant ce n'eft pas auffi fouvent
comme on fe l'imagine , & il fe trouve
quelquefois employé pendant toute une
campagne dans des lieux où il n'y a nul
danger. De plus , pendant le cours de la
vie d'un homme , la guerre n'eft
jours dans fon pays , & il s'en manque
fouvent la plus grande partie.
pas tou-
Il faut cependant convenir que la vie
de ceux qui fuivent la profeffion des armes
eft plus expofée que celle des autres hommes;
les périls de la guerre , les voyages ,
les climats différens où ils fe trouvent , le
mauvais air où ils font quelquefois expofés
, les fatigues , & encore plus les débauches
, les querelles particulieres & les
duels ( coutume barbare , inconnue aux
Grecs & aux Romains , contraire à la rai-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
fon , au bien de l'Etat , & au repos des
particuliers ) , font autant de chemins qui
les conduisent à la mort. Cependant l'expérience
fait voir qu'il y en a beaucoup qui
attrapent l'extrême vieillelle.
De plus , il y a un grand nombre de
gens de condition qui ne pouffent pas la
chofe fi loin , & qui quittent la guerre
à caufe de leur fanté , ou pour quelqu'autre
raifon , après l'avoir faite autant qu'il
convient à leur honneur ; & ils jouiffent
tous également de cette vie libre , dans
laquelle rien ne leur eft défendu que les
chofes qu'un honnête homme fe défend à
lui-même , & que les plus mal nés ne font
point fans fe les reppocher , & fans tâcher
à les cacher.
Avant que de finir , il faut que je faſle
encore une réflexion . Si on propoſoit à un
homme de qualité de lui donner le gouvernement
d'une ville , même confidéra
ble , d'un revenu égal à celui de l'Evêché
de cette ville , à charge d'y faire une réfidence
auffi longue que celle que l'Evêque
y doit faire pour être eftimé , ce qui eft
proprement à charge d'y paffer fa vie , en
faifant de tems en tems quelques voyages
à Paris & à la Cour ; je crois qu'il s'en
trouveroit fort peu qui le vouluffent accepter
à cette condition. Cependant ce
DECEMBRE. 1754. ΙΟΙ
Gouverneur peut aller à la chafle , s'il l'aime
; faire bonne chere avec les compagnies
les plus agréables , voir les Dames
les affembler tous les foirs chez lui , avoir
des maîtreffes , & enfin contenter tous fes
goûts , fans que cela faffe le moindre tort
à la réputation & à fa fortune ; & l'Evêque
devant fe priver de tous ces plaifirs ,
on ne peut pas difconvenir que la vie du
Gouverneur ne foit bien différente de celle
de l'Evêque : cependant , je le repete encore
, je crois qu'il y a fort peu de gens de
qualité d'un commerce aimable qui vouluffent
accepter le Gouvernement .
mort en 1738.
Nentend dire fans ceffe qu'on devroit
permettre à la Nobleffe de trafiquer
comme en Angleterre.
Qu'on eft moins heureux fous le Gouvernement
préfent & dans le fiécle où nous
vivons , que l'on n'étoit autrefois.
Que le bien eft préférable aux dignités.
Qu'il faudroit retrancher le luxe.
Et que la condition des gens d'Eglife eft
plus heureufe que celle des hommes qui
fuivent la profeffion des armes.
Pour moi je penſe fort différemment fur
tous ces articles.
I.
que
La Nobleffe fournit un nombre infini
d'Officiers , en quoi confifte la plus grande
force de nos armées ; car les foldats des
autres nations font du moins auffi bons
les nôtres , & plus endurcis au travail ; &
c'eft cette Nobleffe qui nous a tant de fois
donné la fupériorité fur nos ennemis , &
qui a fauve la France dans les tems les plus
malheureux . Il n'y a qu'à lire notre hiftoire
pour en être inftruit.
DECEMBRE. 1754. 87
Les Gentilshommes animés par l'exemple
de leurs peres , & élevés dès leur enfance
à n'efperer ni bien ni confidération
qué par la guerre & les périls , y portent
toutes leurs penfées ; on ne leur parle d'autre
chofe , & ils fe forment prefqu'en naiffant
à cette valeur dont ils doivent tout
attendre .
Si on leur ouvre une autre porte , & fi
le commerce leur eft permis , ils fuivront
aifément une route bien plus facile &
moins périlleufe , qui les tirera de la pauvreté
où ils font , & leur donnera des richeffes
aifées à acquerir , qui leur fourniront
toutes les commodités & tous les plaifirs
que les hommes recherchent avec tant
de foin. Que n'avoit pas déja fait fur eux
le tems du fyftême du papier , quelque
court qu'il ait été ? C'eft un exemple qu'on
ne doit jamais oublier .
Les peres qui auront commencé ce genre
de vie , y éleveront leurs enfans , & en
peu de tems on verra difparoître cet efprit
guerrier qui a toujours diftingué la Nobleffe
Françoife , & on n'aura plus que des
négocians à la place de ces braves foldats ,
tant vantés dans tous les tems .
Si ce malheur arrivoit , les conféquences
font aisées, à tirer ; & il n'eft pas diffi ile
dejuger ce qu'il en coûteroit à la France ,
88 MERCURE DE FRANCE.
qui eft un Royaume établi par les armes ,
& qui eft fitué de façon qu'il ne ſe peut
foutenir que par ces mêmes armes qui
l'ont fondé.
II.
On fe plaint fans ceffe & du Gouverne
ment & du fiécle dans lequel nous vivons :
il n'y a qu'à lire notre hiftoire & les autres
pour connoître qu'il n'y en a jamais eu
où l'on ait été fi heureux , où le Gouver
nement ait été plus doux , où les hommes
ayent été moins méchans , & où il fe foit
commis moins de crimes.
Songeons aux tems où les particuliers
fe faifoient la guerre les uns aux autres ,
où l'on n'étoit en fûreté ni dans les grands
chemins ni même dans fa maifon , où il
falloit marcher armé & s'enfermer dans
des grilles & dans des foffés. Rappellonsnous
les guerres des Anglois , le malheureux
regne de Charles VI , les troubles des
Huguenots , la Saint Barthelemi , deux Rois
affaffinés , & tous les chefs de l'un & de
l'autre parti égorgés , le poifon , les meurtres
, les duels , les affaffinats fi communs ;
les Seigneurs érigés en tyrans dans les provinces
, & nos dernieres guerres civiles ;
& comparons ces tems-là avec celui - ci
toutes ces horreurs avec la tranquillité
DECEMBRE . 1754 89
dont nous jouiffons & dont nous avons
joui depuis le regne de Louis XIV , qui a
rétabli l'ordre & la fûreté par- tout ; & jugeons
après fi nous avons lieu de nous
plaindre ; fi les maux qui nous font crier
peuvent être mis en comparaifon avec des
malheurs fi effroyables .
Les moeurs s'adouciffent même par- tout ;
les Turcs ne font plus fi cruels , ni les
Mofcovites fi barbares . Les Grands Seigneurs
ne font plus mourir leurs freres ,
& les arts & la politeffe s'établiffent parmi
les Mofcovites.
Le feu Roi d'Angleterre , le Prince
d'Orange & Tekeli font morts dans leur
lit ; & cependant quel intérêt n'avoit - on
pas à s'en défaire ?
III.
On entend dire tous les jours que le
bien eft préférable à tout , & qu'il n'eft
queftion que d'en avoir . Je fuis perſuadé
que cela n'eft pas vrai ; je ne dis pas qu'on
ne tire de grands avantages des richeffes ,
mais on en tire de bien plus grands d'une
illuftre naiffance & des dignités.
Dès qu'on a affez de bien pour avoir
Toutes les commodités de la vie , le furplus
* Jacques II.
90 MERCURE DE FRANCE.
n'eft néceffaire que pour nous donner de la
confidération , & on ne fçauroit nier que
celle qu'on a pour un homme diftingué
par fa nobleffe & par fes dignités , ne foit
bien plus grande que celle qu'on a pour
un homme riche. De plus , il n'y a rien
où le premier ne puiffe prétendre s'il a du
mérite , tous les chemins lui font ouverts ;
au lieu qu'ils font fermés à celui qui n'a
des richeffes fans naiffance : il eft arque
rêté par tout , quoiqu'il ait du mérite , il
effuye des dégoûts en cent occafions , & il
femble même à un homme de qualité qu'il
lui fait trop d'honneur d'aller chez lui , &
de manger fon bien ; il lui paroît qu'il y a
un droit , & qu'il n'en doit avoir que
pour lui prêter ; s'il ne le fait pas , il s'en
plaint hautement , & parle de lui avec
mépris .
Bien loin qu'on ne fafle
affez de cas
pas
de la naiffance en France , comme on le
dit à tous momens , il est certain qu'on
en fait plus qu'on ne devroit , & qu'elle
donne de trop grands avantages fur le mérite
perfonnel.
Autre difcours fort ordinaire & trèsfaux.
On dit que lorfqu'on fe trouve à
portée d'obtenir des graces , il ne faut
fonger qu'à avoir du bien ; c'eft un abus :
il faut fans balancer préferer les dignités
DECEMBRE. 1754
eft
au bien , car il eft certain que les dignités
l'attireront dans la fuite. La Cour
quafi engagée , & ne peut plus vous donner
qué des chofes confidérables , au lieu
que le bien fans dignité vous éléve fort
peu , & fe diffipe promptement.
IV.
Perfonne ne difconvient qu'il n'y a rien
de plus néceffaire à un Etat que la circulation
de l'argent , qui fans cette circulation
demeureroit dans le fond des coffres ,
auffi inutile que s'il étoit encore dans le
centre de la terre ; & le luxe eft le moyen
le plus fimple & le plus aifé pour faire repaffer
l'argent des riches aux pauvres ,
puifque ce moyen eft volontaire , & même
agréable.
Les maisons magnifiques que les Seigneurs
& encore plus les gens d'affaires
font bâtir , ornent le Royaume , &
font retourner l'argent à toutes fortes d'ou
vriers qui y font employés. Les meubles ,
les carroffes , les étoffes , les dentelles , &
mille autres ajuftemens inventés par les
Marchands , font vivre une infinité de
gens ; & les Dames qui donnent avec plaifir
cent piftoles pour une garniture de
dentelles qui font faites par de pauvres
2 MERCURE DE FRANCE.
femmes & par de pauvres filles , ne leur
donneroient certainement pas cet argent
par charité. Il est même plus utile que ce
foit le prix de leur travail que fi on les laiffoit
dans l'oifiveté.
Il y a encore une raiſon particuliere pour
la France : comme fes peuples font les plus
induftrieux de l'Europe , toutes les nations
y viennent chercher leurs modes , & quantité
de chofes qui y font mieux travaillées
qu'ailleurs , & par là y apportent une trèsgrande
quantité d'argent.
Et fi on m'objecte que le luxe ruine les
Seigneurs & les gens riches ; eh tant mieux :
fans qu'on leur faffe violence , il fait retourner
leur argent aux pauvres qui en
ont plus de befoin qu'eux.
V.
On ne fçauroit vivre heureux fans confidération
, & on ne fçauroit avoir de véritable
confidération qu'en rempliffant les
devoirs de fon état . Ces principes établis ,
que je ne crois pas qu'on puiffe contef
ter , voici les conféquences que j'en tire.
Il faut qu'an homme d'Eglife s'affujettifle
à toutes les bienféances & à tous les
devoirs de fa profeffion , qui font fort contraignans
& très- ennuyeux , fans quoi il
DECEMBRE. 1754. 93
me fçauroit avoir de confidération.
Il n'y a perfonne qui ne fente qu'un
Abbé qu'on voit aux fpectacles , dans les
jeux & aux affemblées , n'eft pas à fa place
; & les hommes les plus débauchés ont
une forte de mépris pour un Eccléfiaftique
qui les imite.
Ce que je dis des Abbés feroit encore
beaucoup plus fcandaleux dans un Evêque
j'avoue que les enfans deftinés à l'Eglife
par les familles , & qui embraſſent
cette profeffion , font des fortunes bien
plus promptes & plus aifées que leurs freres
; ils recueillent le fruit des fervices de
leurs parens. Il y a tant de biens d'Eglife
en France , qu'ils ont ordinairement des
Abbayes prefqu'en naiffant , & fans avoir
rien fait pour les mériter. Il eft même rare
qu'un homme de qualité ne devienne pas
Evêque mais à quoi fervent les dignités ,
fi ce n'eft à rendre la vie heureufe ?
:
Suivons celle d'un Abbé de condition , à
commencer dès fon enfance . On le met au
Collége , où l'on tâche de le faire étudier
avec plus de foin que fes freres , ce qui
ne plaît guere à un enfant ; & au fortir du
Collége , il les voit aller à l'Académie avec
des épées & de beaux habits ; pour lui on
lui donne un habit noir & un petit collet ,
& on l'envoye d'ordinaire loger avec un
94 MERCURE DE FRANCE.
Docteur , proche la Sorbonne , où il faut
qu'il aille tous les jours pendant trois ans
entendre des leçons : enfuite il eft Bachelier,
il parvient à être fur les bancs où il difpute
de Théologie . Il entre en licence , il
foutient des Thefes , enfin il eft Docteur
à vingt-cinq ans. Qu'on falle réflexion à la
trifteffe du chemin par lequel il a marché
jufqu'à cet âge ; & c'eft pourtant une partie
confidérable de la vie.
Il n'en n'eſt pas quitte pour cela ; il faut
encore qu'il foit dans un Séminaire pendant
je ne fçais combien de tems : enfuite
il entre dans le monde , où il doit fe priver
de la plupart des plaifirs pour lefquels
on a beaucoup de goût quand on est jeune:
il doit prendre garde aux compagnies
qu'il voit , & fur-tout faire enforte qu'on
ne parle pas de lui , la réputation d'une
femme n'étant pas plus délicate que la
fienne .
Malgré cette contrainte , la vie qu'il
mene alors peut être fupportable , mais
elle n'a qu'un tems. Un vieux Abbé qui
traîne dans les rues n'a pas bonne grace ,
il reffemble à une vieille fille , & on eft i
honteux de n'être pas Evêque à un certain
âge.
Je fuppofe qu'il y parvient , ce qui véritablement
ne lui peut gueres manquer?
DECEMBRE. ورب . 1754
,
ayant eu une bonne conduite ; en eft- il
plus heureux ? Il a une grande dignité , il
eft riche ; mais quel ufage peut- il faire de
fes richeffes ? Il faut qu'il réfide dans fon
Evêché , qui eft fouvent un féjour fort
trifte , & une ville où il y a bien mauvaiſe
compagnie : & quand il attrapperoit une
grande ville où la compagnie feroit meilleure
il n'en fçauroit faire un certain
ufage. Le commerce familier des femmes ,
les foupers agréables , les propos libres ,
tout ce qui peut avoir l'air de galanterie
ou de débauche , font chofes qui lui
font interdites ; la chaffe même ne lui eft
pas permife , & il faut qu'il foit prefque
toujours avec des Moines , des Prêtres ,
des Curés , des Grands Vicaires , à regler
fon Dioceſe. Et fi par hazard il avoit quelque
commerce avec une femme , elle deviendroit
fon tyran , & il auroit tout à
craindre de fon indifcrétion & de fa mé
chanceté. Il feroit dans le même cas à l'égard
de fes domeftiques. Enfin il n'y a
qu'une véritable piété qui puiffe le rendre
heureux. Il est vrai qu'il peut venir de
tems en tems à Paris , par de certaines raifons
, ou fous quelques prétextes ; mais ces
voyages ne doivent être ni longs ni fréquens
, & il doit compter que fa demeure
eft fon Diocèfe , où il paffera fa vie ; &
96 MERCURE DE FRANCE.
encore de quelle façon eft- il à Paris quand
il y vient hors qu'il ait une famille qui
le puiffe loger , il demeure dans un hôtel
garni : les fpectacles , les promenades , les
jeux , les affemblées , enfin tout ce qu'on
appelle les plaifirs , lui font interdits ; &
s'il veut avoir l'eftime du public , il n'y
doit voir que de certaines compagnies , &
il faut que fa conduite foit bien fage &
bien mefurée . Je conclus de tout cela ,
qu'un Eccléfiaftique qui d'un petit état
devient Evêque , fait une fortune brillante
& agréable , mais que c'eft un exil ennuyeux
pour les Abbés qui ont un nom ,
& c'eft eux que j'ai eu en vûe dans tout ce
que je viens de dire.
Voilà quelle eft la condition des Abbés :
il faut préfentement examiner celle des
gens de qualité deftinés à la profeffion des
armes .
Ils commencent prefqu'au fortir de l'enfance
à mener une vie agréable. On les
inet à l'Académie , où on leur apprend toutes
fortes d'exercices qui font fort du goût
de la jeuneffe . Ils jouent à la paume , ils
vont aux fpectacles , aux promenades publiques
, & ils jouiffent d'un commencement
de liberté. Au fortir de l'Académie ,
ils l'ont entiere : on les mene à la Cour ,
on les préfente au Roi & à tout ce qu'il y a
de
DECEMBRE . 1754 97
de plus grand ; on leur donne un équipage
, de beaux habits ; aucuns plaifirs ne
leur font défendus , le jeu , la chaffe , la
bonne chere : on leur recommande feulement
de les prendre avec les jeunes gens
de leur âge , que leur naiffance & l'air
dont ils font dans le monde diftingue des
autres , & fur tout d'éviter la mauvaiſe
compagnie. L'amour , paffion bien naturelle
dans cet âge , leur fied à merveille ;
on leur paffe tout , hors ce qui attaque
Phonnête homme . Il eft bon même qu'on
parle d'eux , & l'obfcurité eft ce qu'ils ont
le plus à craindre : ils font des fêtes , des
plaifirs , des voyages du Roi , & c'est par
un chemin fi agréable à la jeuneffe qu'ils
acquierent fa familiarité , & qu'ils commencent
leur fortune.
Pendant ce tems , leur famille travaille
à leur faire avoir un emploi convenable à
leur condition & à la profeffion qu'ils ont
embraffée , & c'eft encore un nouveau plaifir
pour un jeune homine bien né , de commander
à des gens de guerre , ce détail
d'armes & de chevaux eft une occupation
qui lui plaît beaucoup . Cependant les années
viennent , & lui apportent plus de
raiſon : la carriere qu'il doit courre eft ouverte
; il déploye les talens que Dieu lui a
donnés ; il fonge plus férieufement à ac
II.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
querir de la réputation & à faire fa fortune
, & il cherche les occafions de fe
diftinguer. S'il entre dans le monde dans
un tems de paix , il eft ravi qu'il ſe préfente
quelque occafion d'aller chercher la
guerre dans les pays étrangers ; & fi la
guerre eft dans fon pays , il fonge à y acquerir
par fon courage la gloire la plus
flateufe de toutes , & des connoiffances
qui le rendent capable des premiers emplois
, qui peuvent le conduire aux plus
grands honneurs : il les voit en perfpective
; il n'y arrivera peut-être pas , mais il
a le plaifir de les efpérer en marchant pat
le chemin qui y mene , & ce chemin eft
plus rempli de rofes que d'épines. Il y a
des fatigues & des périls , mais ils ne font
ni fi grands ni fi fréquens qu'ils le difent ;
prefque tout le monde veut en impofer , &
cherche à fe faire valoir. Une fatigue qu'il
faut que toute une armée faffe , ne peut
jamais être extrême , fur- tout pour un hom
me de condition , qui a d'ordinaire beau
coup d'équipages & beaucoup de commodités
; & il eft bien rare & comme impoffible
qu'il manque des chofes néceſſaires
à la vie , même dans les jours les plus
fâcheux , & ces jours de peine n'arrivent
pas fouvent pendant le cours d'une campagne.
DECEMBRE. 1754. 99
Le reste du tems on joue , on fait bonne
chere , & on mene une vie libre & parefleuſe
, & débarraffée de toutes fortes de
foins & de toute contrainte ; & puis on
attrape le tems où l'on retourne à Paris
jouir de tous les plaifirs .
par
A l'égard du péril , il eft certain qu'il
y a des occafions où l'on en court beaucoup
, & il eft difficile qu'un homme
vienne aux premieres dignités de la guer
re , & mérite les honneurs qui les doivent
fuivre , fans y avoir été exposé plufieurs
fois : cependant ce n'eft pas auffi fouvent
comme on fe l'imagine , & il fe trouve
quelquefois employé pendant toute une
campagne dans des lieux où il n'y a nul
danger. De plus , pendant le cours de la
vie d'un homme , la guerre n'eft
jours dans fon pays , & il s'en manque
fouvent la plus grande partie.
pas tou-
Il faut cependant convenir que la vie
de ceux qui fuivent la profeffion des armes
eft plus expofée que celle des autres hommes;
les périls de la guerre , les voyages ,
les climats différens où ils fe trouvent , le
mauvais air où ils font quelquefois expofés
, les fatigues , & encore plus les débauches
, les querelles particulieres & les
duels ( coutume barbare , inconnue aux
Grecs & aux Romains , contraire à la rai-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
fon , au bien de l'Etat , & au repos des
particuliers ) , font autant de chemins qui
les conduisent à la mort. Cependant l'expérience
fait voir qu'il y en a beaucoup qui
attrapent l'extrême vieillelle.
De plus , il y a un grand nombre de
gens de condition qui ne pouffent pas la
chofe fi loin , & qui quittent la guerre
à caufe de leur fanté , ou pour quelqu'autre
raifon , après l'avoir faite autant qu'il
convient à leur honneur ; & ils jouiffent
tous également de cette vie libre , dans
laquelle rien ne leur eft défendu que les
chofes qu'un honnête homme fe défend à
lui-même , & que les plus mal nés ne font
point fans fe les reppocher , & fans tâcher
à les cacher.
Avant que de finir , il faut que je faſle
encore une réflexion . Si on propoſoit à un
homme de qualité de lui donner le gouvernement
d'une ville , même confidéra
ble , d'un revenu égal à celui de l'Evêché
de cette ville , à charge d'y faire une réfidence
auffi longue que celle que l'Evêque
y doit faire pour être eftimé , ce qui eft
proprement à charge d'y paffer fa vie , en
faifant de tems en tems quelques voyages
à Paris & à la Cour ; je crois qu'il s'en
trouveroit fort peu qui le vouluffent accepter
à cette condition. Cependant ce
DECEMBRE. 1754. ΙΟΙ
Gouverneur peut aller à la chafle , s'il l'aime
; faire bonne chere avec les compagnies
les plus agréables , voir les Dames
les affembler tous les foirs chez lui , avoir
des maîtreffes , & enfin contenter tous fes
goûts , fans que cela faffe le moindre tort
à la réputation & à fa fortune ; & l'Evêque
devant fe priver de tous ces plaifirs ,
on ne peut pas difconvenir que la vie du
Gouverneur ne foit bien différente de celle
de l'Evêque : cependant , je le repete encore
, je crois qu'il y a fort peu de gens de
qualité d'un commerce aimable qui vouluffent
accepter le Gouvernement .
Fermer
Résumé : Réflexions de M. le Marquis de Lassé, mort en 1738.
Le Marquis de Laffe, décédé en 1738, a exprimé diverses réflexions sur la noblesse, le gouvernement, et les professions. Il soutient que la noblesse est cruciale pour fournir des officiers aux armées, assurant ainsi la supériorité militaire de la France. Il craint que l'autorisation pour la noblesse de se livrer au commerce ne détourne les gentilshommes de leur vocation guerrière. Le Marquis rejette les plaintes sur le gouvernement et le siècle actuel, affirmant que l'histoire montre des périodes plus tumultueuses et violentes. Il souligne que les mœurs se sont adoucies et que la tranquillité règne depuis le règne de Louis XIV. Concernant la préférence entre le bien et les dignités, il estime que les dignités offrent une considération sociale plus grande et ouvrent plus de portes que la simple richesse. Sur le luxe, le Marquis le considère comme un moyen nécessaire pour faire circuler l'argent dans l'économie, bénéficiant ainsi aux classes pauvres. Il note que le luxe stimule diverses industries et attire des capitaux étrangers. Il compare également la condition des ecclésiastiques à celle des militaires, décrivant la vie des abbés comme contraignante et ennuyeuse, marquée par des devoirs rigoureux et des privations. En revanche, il présente la vie des gentilshommes destinés à la profession des armes comme agréable et pleine de libertés dès le jeune âge. La vie des jeunes hommes de qualité est marquée par l'importance de l'âge et de la compagnie. Ils participent à des fêtes, des plaisirs et des voyages du Roi, ce qui leur permet d'acquérir de la familiarité et de commencer leur fortune. Leur famille travaille à leur obtenir un emploi convenable, souvent dans la carrière militaire, qui leur plaît beaucoup. Avec l'âge, ils acquièrent plus de raison et cherchent à se distinguer. En temps de paix, ils cherchent des occasions de guerre à l'étranger; en temps de guerre, ils visent la gloire et les connaissances nécessaires pour obtenir des emplois élevés. La vie militaire est remplie de fatigues et de périls, mais ces derniers ne sont ni fréquents ni extrêmes, surtout pour ceux de condition élevée. Le reste du temps est consacré aux plaisirs et à une vie libre. La vie militaire est plus exposée que celle des autres hommes, mais beaucoup atteignent un âge avancé. Certains quittent la guerre pour des raisons de santé ou autres, mais tous jouissent d'une vie libre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 147-152
LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, en quoi consiste le nouvel établissement [...]
Mots clefs :
Collège, Province, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
LETTRE écrite de Belley , fur le College.
nouvellement établi dans cette ville.
Ous me demandez , Monfieur , en
quoi confifte le nouvel établiffement
qui vient de fe former dans cette capitale
de notre province de Bugey. Il eft juſte de
fatisfaire votre curiofité fur un fujet qui ,
malgré votre éloignement , ne fçauroit
manquer de vous intéreffer , dès qu'il intéreffe
la patrie.
M. Pierre du Laurent , Evêque de Belley
, animé d'un zéle ardent pour la gloire.
de Dieu & le falut des ames confiées à fa
conduite , réfolut en l'année 1700 , d'ériger
à Belley un Séminaire , où les jeunes
Clercs qui fe préfenteroient pour être admis
aux Ordres facrés , puffent être inftruits
dans les fonctions eccléfiaftiques , &
élevés dans la faine doctrine. Dans cette
vûe il fit quelques arrangemens , qui furent
approuvés par Lettres patentes de Sa Majefté
, & il appliqua à cette oeuvre une
fomme provenant de la liquidation desi
biens que M. d'Arcollieres , Prêtre du
Diocéfe , avoit laiffés pour la même caufe ,
par teftament du 17 Novembre 1696.
Divers obftacles fufpendirent l'effet de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces difpofitions jufqu'en l'année 1742 ,
que M. Jean du Doucer , fucceffeur de M.
du Laurent , s'efforça d'en procurer l'exécution
, en y faifant quelques changemens
qui lui parurent néceffaires. Sans abandonner
le projet de l'érection d'un Séminaire
le Prélat fe propofa pour objet principal
l'établiffement d'un College , où la jeuneſſe
de la province , qui étoit obligée d'en fortir
& d'aller étudier à grands frais dans
le pays étranger , pût déformais recevoir
l'éducation & l'enfeignement , depuis la
fixieme claffe jufques & compris la Théologie.
Pour y parvenir , il fit un teftament
le 23 Mai de la même année , par lequel.
il légue une fomme confidérable à la Communauté
qui fera chargée de la direction
de ce College , déclarant que la même
Communauté pourra être pareillement
chargée , fi fon fucceffeur le juge à pro-.
de la direction du Séminaire , & jouir
des revenus deftinés à cette fin. Ce premier
fonds a été augmenté dans la fuite par un
codicille de M. du Doucet , du 23 Décem
bre.1743 ; & par un legs de M. Jacques
Flavier , Curé de Flavieux.
pos ,
-
Après la mort de M. du Doucet , M.
Jean Antoine de Tinzeau , aujourd'hui
Evêque de Nevers , lui ayant fuccedé dans
e fiége de Belley , fe hâta de faire exécuAVRIL.
1755. 149
ter l'utile fondation de fon prédéceffeur ;
& pour en remplir l'objet il fit choix des
Chanoines Réguliers de l'ordre de S. Antoine
, dont l'Abbaye chef- lieu , fituée dans
le Dauphiné , n'eft éloignée que d'environ
quinze lieues de la ville de Belley. M. Etien
ne Galland , Abbé général de cet Ordre ,
s'eft généreufement prêté aux pieufes intentions
du Prélat , & de MM . les Maire ,
Syndics & Communauté de la même ville,
qui l'en follicitoient de concert. En conféquence
, & fous le bon plaifir du Roi ,
les parties pafferent un contrat pardevant
Notaires , le 27 Mars 1751 , dans lequel
tout ce qui concerne l'exécution de la fondation
de M. du Doucet fut provifoirement
arrêté. La ville de Belley s'engage
par cet acte , à fournir le terrein néceffaire
pour la conftruction des bâtimens du College.
Le contrat , & par conféquent l'érection
du College , ont été confirmés
Lettres patentes de Sa Majefté , du mois
de Février 1753 , régiftrées au Parlement
de Dijon le 28 Juin de la même
année , & à la Chambre des Comptes le
6 Février de l'année fuivante. Ce traité a
été confenti par M. Courtois de Quincy ,
qui a fuccédé à M. de Tinzeau , & qui
remplit aujourd'hui le fiége de Belley. Les
Profeffeurs ou Régens choifis , comme je
par
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'ai dit ci - devant , parmi les Chanoines
Réguliers de l'Ordre de S. Antoine , ont
ouvert leurs claffes dès 1751 , & remplif
fent leurs fonctions avec fuccès.
M. Joly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, dont on connoît le zéle pour le
bien de la province , en a témoigné fa fatisfaction
lorfqu'il s'eft rendu à Belley
vers la fin du mois de Septembre de l'année
derniere ; & fur la réquifition de MM.
les Syndics Généraux , il a permis que l'on
défignât , pour la conſtruction du nouveau
College , un emplacement plus commode
& plus étendu que celui qui y avoit été
deftiné auparavant
.
Vous ne ferez pas fâché que je joigne
à ma lettre le compliment qui lui a été fait
dans cette circonftance , par M. Granier ,
Supérieur du College .
» Monfieur , l'hommage que nous vous
» rendons eft le fruit du refpect & de la
» reconnoiffance, Il est heureux pour nous
de trouver un protecteur dans l'objet
de la joie & de l'admiration publiques.
» Si vos rares qualités font le bonheur de
» cette province , vous le perpétuerez
» Monfieur , en affurant un établiſſement
39
2
qui a pour but l'éducation de la jeuneſſe.
>> Les vûes des grands hommes embraffent
» tous les tems. Flattés nous -mêmes de
AVRIL.. 1755. 151
1
» concourir à l'exécution d'un fi noble def-
» fein , nous n'oublierons rien pour for-
" mer des fujets utiles à l'Etat. Nous leur
infpirerons , en particulier , nos fenti-
» mens pour vous : la reconnoiffance pour
» le bienfaicteur durera autant que le fou-
>> venir du bienfait,
Ce difcours fut fuivi d'un fecond compliment
en vers , de la compofition de M.
Sutaine , l'un des Régens , qui fut prononcé
avec beaucoup de grace au nom des Ecoliers
, par le jeune M. de Précigny , penfionnaire
au College , & neveu de M. l'Evêque
: le voici .
Enfin à nos defirs fenfible ,
Pallas te conduit en ces lieux.
O l'heureux jour ! ô moment précieux !
"Pourrions-nous efperer un figne plus viſible
De la bonté des Dieux ?
Devant toi marche l'abondance ,
Mere des plaiſirs & des ris :
Les coeurs , de tes bontés épris ,
Suivent ton chat , guidés par la reconnoiffance:
Miniftre du plus grand des Rois ,
Tu fais adorer la fageffe
Qui lui dicte fes loix ;
Et de la plus vive tendreffe ,
Tout fon peuple animé ,
T'appelle ,comme lui , Fleuri le bien aimé.
Giv
192 MERCURE DE FRANCE.
Les chaftes Soeurs , dont nous t'offrons l'hommage
,
Reconnoiflent en toi l'image
De ce Proconful généreux ,
Qui fous Trajan , le plus fage des Princes ,
Parcouroit les provinces ,
En faifant des heureux.
Comme toi , plein de vigilance ,
Par fa féconde activité ,
Il pourvoyoit à tout , & fa mâle prudence
Suivoit toujours les loix de l'auftere équité :
Des Muſes , protecteur fincere ,
Il fut , ainfi que toi , leur foutien & leur pere ;
Les Muſes , comme à lui , t'élevent un autel ,
Où nous ferons brûler un encens immortel.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
applaudirez avec tout le public à des élages
bien mérités. J'ai l'honneur , &c.
nouvellement établi dans cette ville.
Ous me demandez , Monfieur , en
quoi confifte le nouvel établiffement
qui vient de fe former dans cette capitale
de notre province de Bugey. Il eft juſte de
fatisfaire votre curiofité fur un fujet qui ,
malgré votre éloignement , ne fçauroit
manquer de vous intéreffer , dès qu'il intéreffe
la patrie.
M. Pierre du Laurent , Evêque de Belley
, animé d'un zéle ardent pour la gloire.
de Dieu & le falut des ames confiées à fa
conduite , réfolut en l'année 1700 , d'ériger
à Belley un Séminaire , où les jeunes
Clercs qui fe préfenteroient pour être admis
aux Ordres facrés , puffent être inftruits
dans les fonctions eccléfiaftiques , &
élevés dans la faine doctrine. Dans cette
vûe il fit quelques arrangemens , qui furent
approuvés par Lettres patentes de Sa Majefté
, & il appliqua à cette oeuvre une
fomme provenant de la liquidation desi
biens que M. d'Arcollieres , Prêtre du
Diocéfe , avoit laiffés pour la même caufe ,
par teftament du 17 Novembre 1696.
Divers obftacles fufpendirent l'effet de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces difpofitions jufqu'en l'année 1742 ,
que M. Jean du Doucer , fucceffeur de M.
du Laurent , s'efforça d'en procurer l'exécution
, en y faifant quelques changemens
qui lui parurent néceffaires. Sans abandonner
le projet de l'érection d'un Séminaire
le Prélat fe propofa pour objet principal
l'établiffement d'un College , où la jeuneſſe
de la province , qui étoit obligée d'en fortir
& d'aller étudier à grands frais dans
le pays étranger , pût déformais recevoir
l'éducation & l'enfeignement , depuis la
fixieme claffe jufques & compris la Théologie.
Pour y parvenir , il fit un teftament
le 23 Mai de la même année , par lequel.
il légue une fomme confidérable à la Communauté
qui fera chargée de la direction
de ce College , déclarant que la même
Communauté pourra être pareillement
chargée , fi fon fucceffeur le juge à pro-.
de la direction du Séminaire , & jouir
des revenus deftinés à cette fin. Ce premier
fonds a été augmenté dans la fuite par un
codicille de M. du Doucet , du 23 Décem
bre.1743 ; & par un legs de M. Jacques
Flavier , Curé de Flavieux.
pos ,
-
Après la mort de M. du Doucet , M.
Jean Antoine de Tinzeau , aujourd'hui
Evêque de Nevers , lui ayant fuccedé dans
e fiége de Belley , fe hâta de faire exécuAVRIL.
1755. 149
ter l'utile fondation de fon prédéceffeur ;
& pour en remplir l'objet il fit choix des
Chanoines Réguliers de l'ordre de S. Antoine
, dont l'Abbaye chef- lieu , fituée dans
le Dauphiné , n'eft éloignée que d'environ
quinze lieues de la ville de Belley. M. Etien
ne Galland , Abbé général de cet Ordre ,
s'eft généreufement prêté aux pieufes intentions
du Prélat , & de MM . les Maire ,
Syndics & Communauté de la même ville,
qui l'en follicitoient de concert. En conféquence
, & fous le bon plaifir du Roi ,
les parties pafferent un contrat pardevant
Notaires , le 27 Mars 1751 , dans lequel
tout ce qui concerne l'exécution de la fondation
de M. du Doucet fut provifoirement
arrêté. La ville de Belley s'engage
par cet acte , à fournir le terrein néceffaire
pour la conftruction des bâtimens du College.
Le contrat , & par conféquent l'érection
du College , ont été confirmés
Lettres patentes de Sa Majefté , du mois
de Février 1753 , régiftrées au Parlement
de Dijon le 28 Juin de la même
année , & à la Chambre des Comptes le
6 Février de l'année fuivante. Ce traité a
été confenti par M. Courtois de Quincy ,
qui a fuccédé à M. de Tinzeau , & qui
remplit aujourd'hui le fiége de Belley. Les
Profeffeurs ou Régens choifis , comme je
par
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'ai dit ci - devant , parmi les Chanoines
Réguliers de l'Ordre de S. Antoine , ont
ouvert leurs claffes dès 1751 , & remplif
fent leurs fonctions avec fuccès.
M. Joly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, dont on connoît le zéle pour le
bien de la province , en a témoigné fa fatisfaction
lorfqu'il s'eft rendu à Belley
vers la fin du mois de Septembre de l'année
derniere ; & fur la réquifition de MM.
les Syndics Généraux , il a permis que l'on
défignât , pour la conſtruction du nouveau
College , un emplacement plus commode
& plus étendu que celui qui y avoit été
deftiné auparavant
.
Vous ne ferez pas fâché que je joigne
à ma lettre le compliment qui lui a été fait
dans cette circonftance , par M. Granier ,
Supérieur du College .
» Monfieur , l'hommage que nous vous
» rendons eft le fruit du refpect & de la
» reconnoiffance, Il est heureux pour nous
de trouver un protecteur dans l'objet
de la joie & de l'admiration publiques.
» Si vos rares qualités font le bonheur de
» cette province , vous le perpétuerez
» Monfieur , en affurant un établiſſement
39
2
qui a pour but l'éducation de la jeuneſſe.
>> Les vûes des grands hommes embraffent
» tous les tems. Flattés nous -mêmes de
AVRIL.. 1755. 151
1
» concourir à l'exécution d'un fi noble def-
» fein , nous n'oublierons rien pour for-
" mer des fujets utiles à l'Etat. Nous leur
infpirerons , en particulier , nos fenti-
» mens pour vous : la reconnoiffance pour
» le bienfaicteur durera autant que le fou-
>> venir du bienfait,
Ce difcours fut fuivi d'un fecond compliment
en vers , de la compofition de M.
Sutaine , l'un des Régens , qui fut prononcé
avec beaucoup de grace au nom des Ecoliers
, par le jeune M. de Précigny , penfionnaire
au College , & neveu de M. l'Evêque
: le voici .
Enfin à nos defirs fenfible ,
Pallas te conduit en ces lieux.
O l'heureux jour ! ô moment précieux !
"Pourrions-nous efperer un figne plus viſible
De la bonté des Dieux ?
Devant toi marche l'abondance ,
Mere des plaiſirs & des ris :
Les coeurs , de tes bontés épris ,
Suivent ton chat , guidés par la reconnoiffance:
Miniftre du plus grand des Rois ,
Tu fais adorer la fageffe
Qui lui dicte fes loix ;
Et de la plus vive tendreffe ,
Tout fon peuple animé ,
T'appelle ,comme lui , Fleuri le bien aimé.
Giv
192 MERCURE DE FRANCE.
Les chaftes Soeurs , dont nous t'offrons l'hommage
,
Reconnoiflent en toi l'image
De ce Proconful généreux ,
Qui fous Trajan , le plus fage des Princes ,
Parcouroit les provinces ,
En faifant des heureux.
Comme toi , plein de vigilance ,
Par fa féconde activité ,
Il pourvoyoit à tout , & fa mâle prudence
Suivoit toujours les loix de l'auftere équité :
Des Muſes , protecteur fincere ,
Il fut , ainfi que toi , leur foutien & leur pere ;
Les Muſes , comme à lui , t'élevent un autel ,
Où nous ferons brûler un encens immortel.
Je fuis perfuadé , Monfieur , que vous
applaudirez avec tout le public à des élages
bien mérités. J'ai l'honneur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Belley, sur le Collége nouvellement établi dans cette ville.
En 1700, M. Pierre du Laurent, évêque de Belley, décida de créer un séminaire pour former les jeunes clercs aux fonctions ecclésiastiques. Ce projet, approuvé par le roi, fut retardé jusqu'en 1742 en raison de divers obstacles. M. Jean du Doucer, successeur de M. du Laurent, modifia le projet pour établir un collège offrant une éducation complète, allant de la sixième classe à la théologie. Il légua une somme importante pour financer ce collège, somme qui fut augmentée par des legs ultérieurs. Après la mort de M. du Doucer, M. Jean Antoine de Tinzeau, évêque de Nevers, prit la relève et accéléra la mise en œuvre du projet. Il choisit les Chanoines Réguliers de l'ordre de Saint-Antoine pour diriger le collège. Un contrat fut signé en 1751 et confirmé par des lettres patentes royales en 1753. Les cours commencèrent dès 1751 sous la direction des Chanoines Réguliers. En 1754, M. Joly de Fleury, intendant de Bourgogne, visita Belley et approuva le choix de l'emplacement pour la construction du collège. Il reçut des compliments pour son soutien à cette initiative éducative.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 156-171
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Jules-César. L'Ancienneté de la ville de Paris ne sçauroit [...]
Mots clefs :
Histoire de la ville de Paris, Jules César, Parisiens, Romains, Rois de France, Évêque, Église, Jovien, Julien, Valentinien, Gratien, Théodose, Childebert Ier, Clotaire Ier, Roi, Royaume, Chapelle, Abbaye, Reine
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
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Résumé : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
L'ouvrage 'Abrégé chronologique de l'histoire de la ville de Paris' de M. Poncet de la Grave retrace les événements marquants de l'histoire de Paris. Jules César mentionne Paris sous le nom de Lutetia et la conquiert vers 704 avant J.-C. Après son départ, les Parisiens se révoltent mais sont vaincus et la ville est détruite. Saint Denis, premier évêque de Paris, prêche la religion chrétienne et est martyrisé vers 250. Julien, proclamé empereur à Paris, y construit le palais des Thermes. Valentinien I y séjourne en 365 et promulgue des lois. Gratien, fils de Valentinien, livre une bataille près de Paris. Sainte Geneviève calme les Parisiens lors des invasions d'Attila en 451. Clovis, après la bataille de Vouillé en 507, fixe sa capitale à Paris et y construit des églises. Childebert, fils de Clovis, règne à Paris et y organise plusieurs conciles. Clotaire I succède à Childebert et meurt en 561. Chilpéric, son frère, obtient Paris après un partage des royaumes. Le texte mentionne également des événements impliquant les rois francs Chilperic, Gontran, et Childebert II. Près de Melun, un personnage non nommé brûle et pille tout sur son passage, livre bataille à Gontran, la perd, demande la paix, l'obtient, et retourne à Paris. Chilperic part pour Soissons, mais la mort de son fils Thieri le rappelle à Paris. La reine informe Chilperic que des femmes sont soupçonnées d'avoir tué le jeune prince par sorcellerie. Ces femmes avouent leur crime sous la torture et sont exécutées. Monmole, préfet de Paris, est impliqué et exilé à Bordeaux, où il meurt. Chilperic reçoit des ambassadeurs du roi des Wisigoths, Euvigilde, qui demandent la main de Rigonte, fille de Chilperic, pour Ricarede. Chilperic accepte et prépare un cortège somptueux, mais Rigonte meurt en chemin. Prétextat, évêque de Rouen, est rappelé et rétabli. La reine Frédegonde, veuve de Chilperic, se retire auprès de l'évêque de Paris et se soumet à Gontran avec son fils Clotaire. Gontran devient maître de Paris et compose un conseil pour Clotaire, obligeant Frédegonde à quitter la ville. Childebert arrive plus tard et les Parisiens lui refusent l'entrée. Gontran tient une assemblée à Paris où les ambassadeurs de Childebert sont maltraités. Gontran se retire à Châlons-sur-Saône par crainte d'un assassinat. Il revient l'année suivante pour le baptême de Clotaire. Un incendie détruit presque toute la ville, sauf les églises. Childebert et Gontran se promettent amitié lors de l'assemblée d'Andelot, partageant une partie du territoire parisien. Gontran meurt ensuite.
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83
p. 54-57
EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
Début :
PAR votre ordre, illustre Prélat, [...]
Mots clefs :
Évêque, Boisson, Pension, Chêne, Lierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
EPITRE
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
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Résumé : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
L'auteur décrit un séjour de six mois dans une pension pour se former à l'écriture, à la demande de l'évêque qui le protégeait. Cette période fut marquée par une solitude austère, plus rigoureuse que celle d'une chartreuse, avec des jeûnes et des pénitences sévères. La nourriture était frugale : une boisson d'eau et de vin frelaté, et un potage ni maigre ni gras. La journée était entièrement dédiée à l'écriture, sans temps libre. À quinze ans, l'auteur se retirait dans la forêt pour lire Molière et réfléchir sur les travers humains. Il y composa une fable sur le lierre et le chêne, illustrant la modestie et la prudence nécessaires pour acquérir honneur et biens. La fable contraste l'arrogance du chêne avec l'humilité du lierre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 213-219
« Le 27 Avril, les Députés du Grand Conseil eurent audience du Roi. [...] »
Début :
Le 27 Avril, les Députés du Grand Conseil eurent audience du Roi. [...]
Mots clefs :
Députés du Grand Conseil, Comte de Spaar, Colonel, Géographie, Ouvrages, M. Buache, Cartes, Ordonnances du roi, Secousses, Roi de France, Nominations, Évêque, Invention d'une pompe à incendie, Martinique, M. de Tréville, Vaisseaux anglais, Tensions
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texteReconnaissance textuelle : « Le 27 Avril, les Députés du Grand Conseil eurent audience du Roi. [...] »
La 27 d'Avril , les Députés du Grand Confeil
eurent audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa
Majefté par M. de Comte d'Argenfon , Miniftre
& Secretaire d'Etat , & conduits par M. Deſgranges
, Maître des Cérémonies. M. Caftanier d'Auriac
, Confeiller d'Etat & Premier Préfident de
cette Compagnie , porta la parole.
M. le Duc de Nivernois arriva le 22 de la Cour
de Berlin. Il fut préfenté au Roi par M. Rouillé ,
Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le département
des Affaires Etrangeres. Sa Majesté accorda le
même jour les entrées de la chambre à M. le Duc
de Nivernois.
M. le Comte de Spaar , Maréchal de Camp ;
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , & Colonel du Régiment Royal Suédois
, s'étant démis de ce Régiment , entre les
mains du Roi , Sa Majeſté en a diſpoſé en faveur
du Comte Alexandre de Spaar , fils aîné de cet
Officier. La famille de Spaar eft Suédoise d'origine.
M. le Comte de Spaar eft petit-fils du Comte
de ce nom , qui a été Ambaffadeur de Suede en
France , & il eft le premier de cette famille qui
ait été naturalifé François ,
Sa Majesté a accordé à M. le Marquis de Juigné
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
France , le Régiment d'Infanterie de Forez , dont
M. le Marquis de la Rochecourbon , Brigadier
214 MERCURE DE FRANCE.
d'Infanterie , a obtenu la permiffion de fe démettre.
La place de Colonel , vacante dans les Grenanadiers
de France , a été donnée à M. le Marquis
de Chaumont de Guitry.
M. Buache , premier Géographe du Roi & Adjoint
de l'Académie Royale des Sciences , préfenta
le 25 Avril à Sa Majefté deux ouvrages importans
fur la Géographie. Le premier a pour objet l'inftruction
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
& il confifte 1º. en une ſuite de huit Cartes manufcrites
, qui forment la premiere partie d'une
nouvelle Inftitution géographique & hiftorique ,
depuis la création jufqu'à Moïfe , y compris les
principes élémentaires ; 2°. en un Globe manuf
crit , qui s'ouvre & qui rend fenfible la forme que
prennent les hémiſpheres dans les projections ordinaires
; 3 °. en une Sphere qui ſe démonte
4°. en un volume manufcrit qui contient plufieurs
Mémoires concernant cette Inftitution , dont
le plan a été approuvé par l'Académie des Sciences.
Le fecond ouvrage eft une Carte manuſcrite
en deux grandes feuilles , où l'on voit tous les
lieux de l'Europe Occidentale qui ont éprouvé un
mouvement intérieur de la terre foit par les tremblemens
, foit par l'agitation des eaux. Les lieux
dans lefquels on a apperçu des feux aëriens
foupçonnés électriques , ou d'autres météores
depuis le premier Novembre 1755 , font auffi
marqués fur cette Carte. Elle eft le réſultat des recherches
de M. Buache & des obſervations™ lues à
l'Académie . L'Auteur a appliqué le tout fur fon
Plan phyfique , dont le principal objet eft les chaînes
des montagnes qui ceignent notre Globe
d'une maniere non interrompue , & il a diſtribué
les tremblemens , & c. par quatre commotions
JUIN. 1756. 215
principales. Il y obferve que les tremblemens fe
font fentir plus violemment le long des côtes ,
d'où il femble que le mouvement le communique
d'une façon moins fenfible dans l'intérieur
des terres , & redevient plus confidérable près des
montagnes.
Il a paru deux nouvelles Ordonnances du Roi ,
l'une portant Réglement pour les Ecoles du Corps
Royal de l'Artillerie & du Génie , l'autre concernant
les Milices.
M. de Burigny a été élu pour remplir la place
d'Affocié , qui vaquoit dans l'Académie des Belles-
Lettres par la nomination de l'Abbé du Refnel à
la place de Penfionnaire.
Le 29 Avril au foir , il eft arrivé à Verſailles
M. de Moncour, Capitaine de Dragons , dépêché
par M. le Maréchal Duc de Richelieu , lequel a
apporté la nouvelle de l'arrivée de la Flotte du
Roi , commandée par M. le Marquis de la Galiffonniere
, Lieutenant- Général des Armées Navales
, à l'Ile de Minorque, le 18 devant Ciutadella ,
oùles troupes ont fait leur débarquement fans
aucune oppofition de la part des Anglois , qui
avoient évacué cette Place le même jour au
matin .
Leurs Majeftés entendirent le s Mai une Meſſe
de Requiem , pendant laquelle le De profundis fut
chantée par la Mufique , pour l'anniverfaire de
Monſeigneur le Dauphin , ayeul du Roi.
Le premier Mai M. le Duc de Mirepoix arriva de
Languedoc. Il prêta ferment le 2 , entre les mains
du Roi , pour la charge de Capitaine des Gardes
du Corps , dont le Duc de Béthune s'eft démis.
Après la preftation de ferment M. le Duc de Mirepoix
fut reconnu des Gardes du Corps en la maniere
accoutumée , & il prit le fervice qu'il
216 MERCURE DE FRANCE.
continuera pendant le refte du Quartier.
Il y eut ici le 30 , vers neuf heures & un quart
du foir , deux nouvelles fecouffes de tremblement
de terre. Ainfi que celle du 18 Février ,
elles n'ont pas été fenties par une partie des habitans
de cette capitale. Une de ces fecoufles s'eft
fait fentir à Verfailles. Le même jour , & à la
même heure , il y en eut une violente dans un
canton de la Picardie. Au Château du Pleffis ,
fitué à quatre lieues de Montdidier , le tremblement
a été accompagné d'un bruit ſemblable à
celui que fait un grand vent , en agitant les arbres
d'un bois de haute futaie . Toute la charpente de
la couverture du Bâtiment a été ébranlée . Une
corniche de pierre de taille a été abattue. L'allarme
fut telle dans le Village & dans tous les
lieux voifins , à plus de deux lieues à la ronde
que les habitans pafferent la nuit , ou dans les
Eglifes ou en plein air. Le 26 , on avoit effuyé
au Pleffis & à Saint-Juft deux autres fecouffes plus
longues , mais moins effrayantes. Celles qu'on y
éprouva le 30 , durerent environ quinze fecondes.
→
Les nouveaux Drapeaux du Régiment des Gardes
Françoifes & de celui des Gardes Suifles , furent
portés le 6 Mai à l'Eglife Métropolitaine , où
ils furent benis par l'Abbé de Saint -Exupery ,
Doyen du Chapitre.
Le 13 Mai , les Députés du Parlement de
Rouen ont eu une audience du Roi. Ils ont été
préfentés à Sa Majesté par M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département de la Province de Normandie.
Le même jour , le Roi fit dans la plaine des Sablons
la revue du Régiment des Gardes Françoiſes
& de celui des Gardes Suiffes . Ces deux Régimens,
après avoir fait l'exercice , défilerent en préſence
de
JUIN. 1756. 217
de Sa Majesté. Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , affitterent à cette revue ,
après laquelle le Roi foupa au Château de la
Meute avec ce Prince & avec ces Princeffes .
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis M. le Comte de
Rafilly , Lieutenant Général des Armées de Sa
Majefté , & Commandant d'un Bataillon du Régiment
des Gardes Françoifes .
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel tinrent
le 8 du mois de Mai un Chapitre dans le grand
Couvent des Religieux de l'Obfervance. M. le
Duc de la Valliere , Chevalier des Ordres du Roi ,
y préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majefté
. Il reçut Chevalier M. Perier , premier Commis
des Bâtimens du Roi.
Selon les lettres de Beauvais , le Courier qui
portoit la nouvelle de la nomination de l'Evêque
Comte de cette Ville au Cardinalat , y arriva la
nuit du 14 au 15 du mois d'Avril entre minuit &
une heure. Cette nomination fut annoncée au
public dès cinq heures du matin par le fon des
cloches de toutes les Eglifes , & par une triple
décharge d'artillerie. Le nouveau Cardinal fut
complimenté à fept heures par le Chapitre de la
Cathédrale , & enfuite par tous les autres Corps
de la Ville. Le 17 après - midi , le Chapitre précedé
des timballes & des trompettes du Régiment
Dauphin , Cavalerie , dont un détachement formoit
une double haie depuis le Palais épifcopal
jufqu'à la Cathédrale , alla prendre le Cardinal
de Gêvre en fon Palais , & le conduifit proceffionnellement
à l'Eglife . Après le Te Deum , qui fuc
chanté en mufique , le Cardinal fut reconduir
chez lui avec les mêmes cérémonies. Il y eut le
K
218 MERCURE DE FRANCE.
foir un feu de joie , & tous les habitans marquerent
à l'envi leur alegreffe par leurs acclamations.
L'Eglife Cathédrale fut magnifiquement
illuminée .
On écrit de Besançon que l'Abbé Dard a inventé
une Pompe , pour éteindre le feu dans les
incendies. Elle eft de trois corps en cuivre , &
deux hommes peuvent la faire jouer par le moyen
de deux manivelles. Cette machine pouffe l'eau à
foixante pieds de hauteur , fans boyaux , & audeffus
des maifons les plus élevées avec des boyaux.
Elle eft renfermée dans une caiffe qui contient
un muid , & qui montée fur un train à quatre
roues , peut paffer facilement par une porte de
trois pieds de large. L'ouvrage eft d'autant plus
folide , qu'il n'eft compofé d'aucune roue dans
l'intérieur , & que de quelque côté que Pon commence
à tourner les manivelles , on ne rifque
point de rien déranger.
On a reçu par des lettres de la Martinique la
Relation fuivante . «M.leChevalier d'Aubigny étant
» parti de Rochefort fur le Vaiffeau le Prudent, de
>> 74 canons , pour fe rendre à la Martinique , ac-
>> compagné de deux Frégates , l'Atalante , de 34
>> canons , commandée par M. Duchâteau de
» Bene , Capitaine de Vaiffeau , & le Zéphyr , de
» 30 canons , montée par M. de la Touche Tré-
» ville , Lieutenant de Vaiffeau , & Commandant
» de la Compagnie des Cadets à Rochefort ; la
» Frégate le Zéphyr , feparée des deux autres Bâti-
» mens , a rencontré le Vaiffeau Anglois le War-
» wick de 64 canons , qui croifoit depuis quel-
» que tems dans ces mers , & qui avoit enlevé aux
François plufieurs Navires. M. de Tréville a
» manoeuvré fi habilement , qu'il a laiffé croire au
» Capitaine Anglois , qu'il ne çommandoir qu'un
JUI N. 1756 . 219
>>
» Vaiffeau Marchand. L'Anglois l'a méprifé , &
» n'a pas daigné faire ouvrir fes fabords. M. de
» Tréville s'eft laiffé approcher à la portée du pif-
» tolet . Alors il a arboré le pavillon blanc , & a
>> lâché toute la bordée fur l'Anglois , qui , voyant
» fa méprife , a ordonné d'ouvrir promptement
» fes fabords. M. de Tréville , qui a deviné le
>> commandement de l'ennemi , à fait tirer fi à
» propos toute fa moufqueterie , que l'équipage
>> Anglois a difparu , & n'a ofé manoeuvrer . Au
» bruit de l'artillerie , le Vaiffeau le Prudent eft
» venu au fecours de la Frégate le Zéphyr avec la
Frégate l'Atalante. Le Capitaine Anglois
» voyant qu'il ne pouvoit échapper , a fait dire
» qu'il fe rendroit , mais au Commandant feule-
≫ment. Le Chevalier d'Aubigny pour lors a fait
» un fignal , qui a interrompu le feu de la Frégate
le Zéphyr pour un moment. C'étoit pour faire
» fçavoir à M. de Tréville qu'il eût à combattre le
» Vaiffeau , fi ce Bâtiment refufoit de fe rendre à
» la Frégate. Le Capitaine Anglois a craint l'évé
»> nement du combat , & s'eft rendu à M. de Tréville
. On ne sçauroit trop louer la valeur & la
» conduite de M. de Tréville , & le ſentiment gé-
» néreux du Chevalier d'Aubigny , quia cru devoir
» lui laiffer la gloire entiere de cette prife. Le
» Vaiffeau le Warwick a été conduit à la Marti-
>> nique. On eft à la pourfuite d'une Frégate Angloife
, qui croiſoit avec ce Vaiffeau .
eurent audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa
Majefté par M. de Comte d'Argenfon , Miniftre
& Secretaire d'Etat , & conduits par M. Deſgranges
, Maître des Cérémonies. M. Caftanier d'Auriac
, Confeiller d'Etat & Premier Préfident de
cette Compagnie , porta la parole.
M. le Duc de Nivernois arriva le 22 de la Cour
de Berlin. Il fut préfenté au Roi par M. Rouillé ,
Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le département
des Affaires Etrangeres. Sa Majesté accorda le
même jour les entrées de la chambre à M. le Duc
de Nivernois.
M. le Comte de Spaar , Maréchal de Camp ;
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , & Colonel du Régiment Royal Suédois
, s'étant démis de ce Régiment , entre les
mains du Roi , Sa Majeſté en a diſpoſé en faveur
du Comte Alexandre de Spaar , fils aîné de cet
Officier. La famille de Spaar eft Suédoise d'origine.
M. le Comte de Spaar eft petit-fils du Comte
de ce nom , qui a été Ambaffadeur de Suede en
France , & il eft le premier de cette famille qui
ait été naturalifé François ,
Sa Majesté a accordé à M. le Marquis de Juigné
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
France , le Régiment d'Infanterie de Forez , dont
M. le Marquis de la Rochecourbon , Brigadier
214 MERCURE DE FRANCE.
d'Infanterie , a obtenu la permiffion de fe démettre.
La place de Colonel , vacante dans les Grenanadiers
de France , a été donnée à M. le Marquis
de Chaumont de Guitry.
M. Buache , premier Géographe du Roi & Adjoint
de l'Académie Royale des Sciences , préfenta
le 25 Avril à Sa Majefté deux ouvrages importans
fur la Géographie. Le premier a pour objet l'inftruction
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
& il confifte 1º. en une ſuite de huit Cartes manufcrites
, qui forment la premiere partie d'une
nouvelle Inftitution géographique & hiftorique ,
depuis la création jufqu'à Moïfe , y compris les
principes élémentaires ; 2°. en un Globe manuf
crit , qui s'ouvre & qui rend fenfible la forme que
prennent les hémiſpheres dans les projections ordinaires
; 3 °. en une Sphere qui ſe démonte
4°. en un volume manufcrit qui contient plufieurs
Mémoires concernant cette Inftitution , dont
le plan a été approuvé par l'Académie des Sciences.
Le fecond ouvrage eft une Carte manuſcrite
en deux grandes feuilles , où l'on voit tous les
lieux de l'Europe Occidentale qui ont éprouvé un
mouvement intérieur de la terre foit par les tremblemens
, foit par l'agitation des eaux. Les lieux
dans lefquels on a apperçu des feux aëriens
foupçonnés électriques , ou d'autres météores
depuis le premier Novembre 1755 , font auffi
marqués fur cette Carte. Elle eft le réſultat des recherches
de M. Buache & des obſervations™ lues à
l'Académie . L'Auteur a appliqué le tout fur fon
Plan phyfique , dont le principal objet eft les chaînes
des montagnes qui ceignent notre Globe
d'une maniere non interrompue , & il a diſtribué
les tremblemens , & c. par quatre commotions
JUIN. 1756. 215
principales. Il y obferve que les tremblemens fe
font fentir plus violemment le long des côtes ,
d'où il femble que le mouvement le communique
d'une façon moins fenfible dans l'intérieur
des terres , & redevient plus confidérable près des
montagnes.
Il a paru deux nouvelles Ordonnances du Roi ,
l'une portant Réglement pour les Ecoles du Corps
Royal de l'Artillerie & du Génie , l'autre concernant
les Milices.
M. de Burigny a été élu pour remplir la place
d'Affocié , qui vaquoit dans l'Académie des Belles-
Lettres par la nomination de l'Abbé du Refnel à
la place de Penfionnaire.
Le 29 Avril au foir , il eft arrivé à Verſailles
M. de Moncour, Capitaine de Dragons , dépêché
par M. le Maréchal Duc de Richelieu , lequel a
apporté la nouvelle de l'arrivée de la Flotte du
Roi , commandée par M. le Marquis de la Galiffonniere
, Lieutenant- Général des Armées Navales
, à l'Ile de Minorque, le 18 devant Ciutadella ,
oùles troupes ont fait leur débarquement fans
aucune oppofition de la part des Anglois , qui
avoient évacué cette Place le même jour au
matin .
Leurs Majeftés entendirent le s Mai une Meſſe
de Requiem , pendant laquelle le De profundis fut
chantée par la Mufique , pour l'anniverfaire de
Monſeigneur le Dauphin , ayeul du Roi.
Le premier Mai M. le Duc de Mirepoix arriva de
Languedoc. Il prêta ferment le 2 , entre les mains
du Roi , pour la charge de Capitaine des Gardes
du Corps , dont le Duc de Béthune s'eft démis.
Après la preftation de ferment M. le Duc de Mirepoix
fut reconnu des Gardes du Corps en la maniere
accoutumée , & il prit le fervice qu'il
216 MERCURE DE FRANCE.
continuera pendant le refte du Quartier.
Il y eut ici le 30 , vers neuf heures & un quart
du foir , deux nouvelles fecouffes de tremblement
de terre. Ainfi que celle du 18 Février ,
elles n'ont pas été fenties par une partie des habitans
de cette capitale. Une de ces fecoufles s'eft
fait fentir à Verfailles. Le même jour , & à la
même heure , il y en eut une violente dans un
canton de la Picardie. Au Château du Pleffis ,
fitué à quatre lieues de Montdidier , le tremblement
a été accompagné d'un bruit ſemblable à
celui que fait un grand vent , en agitant les arbres
d'un bois de haute futaie . Toute la charpente de
la couverture du Bâtiment a été ébranlée . Une
corniche de pierre de taille a été abattue. L'allarme
fut telle dans le Village & dans tous les
lieux voifins , à plus de deux lieues à la ronde
que les habitans pafferent la nuit , ou dans les
Eglifes ou en plein air. Le 26 , on avoit effuyé
au Pleffis & à Saint-Juft deux autres fecouffes plus
longues , mais moins effrayantes. Celles qu'on y
éprouva le 30 , durerent environ quinze fecondes.
→
Les nouveaux Drapeaux du Régiment des Gardes
Françoifes & de celui des Gardes Suifles , furent
portés le 6 Mai à l'Eglife Métropolitaine , où
ils furent benis par l'Abbé de Saint -Exupery ,
Doyen du Chapitre.
Le 13 Mai , les Députés du Parlement de
Rouen ont eu une audience du Roi. Ils ont été
préfentés à Sa Majesté par M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le
département de la Province de Normandie.
Le même jour , le Roi fit dans la plaine des Sablons
la revue du Régiment des Gardes Françoiſes
& de celui des Gardes Suiffes . Ces deux Régimens,
après avoir fait l'exercice , défilerent en préſence
de
JUIN. 1756. 217
de Sa Majesté. Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Madame , & Mefdames Victoire
, Sophie & Louife , affitterent à cette revue ,
après laquelle le Roi foupa au Château de la
Meute avec ce Prince & avec ces Princeffes .
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis M. le Comte de
Rafilly , Lieutenant Général des Armées de Sa
Majefté , & Commandant d'un Bataillon du Régiment
des Gardes Françoifes .
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel tinrent
le 8 du mois de Mai un Chapitre dans le grand
Couvent des Religieux de l'Obfervance. M. le
Duc de la Valliere , Chevalier des Ordres du Roi ,
y préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majefté
. Il reçut Chevalier M. Perier , premier Commis
des Bâtimens du Roi.
Selon les lettres de Beauvais , le Courier qui
portoit la nouvelle de la nomination de l'Evêque
Comte de cette Ville au Cardinalat , y arriva la
nuit du 14 au 15 du mois d'Avril entre minuit &
une heure. Cette nomination fut annoncée au
public dès cinq heures du matin par le fon des
cloches de toutes les Eglifes , & par une triple
décharge d'artillerie. Le nouveau Cardinal fut
complimenté à fept heures par le Chapitre de la
Cathédrale , & enfuite par tous les autres Corps
de la Ville. Le 17 après - midi , le Chapitre précedé
des timballes & des trompettes du Régiment
Dauphin , Cavalerie , dont un détachement formoit
une double haie depuis le Palais épifcopal
jufqu'à la Cathédrale , alla prendre le Cardinal
de Gêvre en fon Palais , & le conduifit proceffionnellement
à l'Eglife . Après le Te Deum , qui fuc
chanté en mufique , le Cardinal fut reconduir
chez lui avec les mêmes cérémonies. Il y eut le
K
218 MERCURE DE FRANCE.
foir un feu de joie , & tous les habitans marquerent
à l'envi leur alegreffe par leurs acclamations.
L'Eglife Cathédrale fut magnifiquement
illuminée .
On écrit de Besançon que l'Abbé Dard a inventé
une Pompe , pour éteindre le feu dans les
incendies. Elle eft de trois corps en cuivre , &
deux hommes peuvent la faire jouer par le moyen
de deux manivelles. Cette machine pouffe l'eau à
foixante pieds de hauteur , fans boyaux , & audeffus
des maifons les plus élevées avec des boyaux.
Elle eft renfermée dans une caiffe qui contient
un muid , & qui montée fur un train à quatre
roues , peut paffer facilement par une porte de
trois pieds de large. L'ouvrage eft d'autant plus
folide , qu'il n'eft compofé d'aucune roue dans
l'intérieur , & que de quelque côté que Pon commence
à tourner les manivelles , on ne rifque
point de rien déranger.
On a reçu par des lettres de la Martinique la
Relation fuivante . «M.leChevalier d'Aubigny étant
» parti de Rochefort fur le Vaiffeau le Prudent, de
>> 74 canons , pour fe rendre à la Martinique , ac-
>> compagné de deux Frégates , l'Atalante , de 34
>> canons , commandée par M. Duchâteau de
» Bene , Capitaine de Vaiffeau , & le Zéphyr , de
» 30 canons , montée par M. de la Touche Tré-
» ville , Lieutenant de Vaiffeau , & Commandant
» de la Compagnie des Cadets à Rochefort ; la
» Frégate le Zéphyr , feparée des deux autres Bâti-
» mens , a rencontré le Vaiffeau Anglois le War-
» wick de 64 canons , qui croifoit depuis quel-
» que tems dans ces mers , & qui avoit enlevé aux
François plufieurs Navires. M. de Tréville a
» manoeuvré fi habilement , qu'il a laiffé croire au
» Capitaine Anglois , qu'il ne çommandoir qu'un
JUI N. 1756 . 219
>>
» Vaiffeau Marchand. L'Anglois l'a méprifé , &
» n'a pas daigné faire ouvrir fes fabords. M. de
» Tréville s'eft laiffé approcher à la portée du pif-
» tolet . Alors il a arboré le pavillon blanc , & a
>> lâché toute la bordée fur l'Anglois , qui , voyant
» fa méprife , a ordonné d'ouvrir promptement
» fes fabords. M. de Tréville , qui a deviné le
>> commandement de l'ennemi , à fait tirer fi à
» propos toute fa moufqueterie , que l'équipage
>> Anglois a difparu , & n'a ofé manoeuvrer . Au
» bruit de l'artillerie , le Vaiffeau le Prudent eft
» venu au fecours de la Frégate le Zéphyr avec la
Frégate l'Atalante. Le Capitaine Anglois
» voyant qu'il ne pouvoit échapper , a fait dire
» qu'il fe rendroit , mais au Commandant feule-
≫ment. Le Chevalier d'Aubigny pour lors a fait
» un fignal , qui a interrompu le feu de la Frégate
le Zéphyr pour un moment. C'étoit pour faire
» fçavoir à M. de Tréville qu'il eût à combattre le
» Vaiffeau , fi ce Bâtiment refufoit de fe rendre à
» la Frégate. Le Capitaine Anglois a craint l'évé
»> nement du combat , & s'eft rendu à M. de Tréville
. On ne sçauroit trop louer la valeur & la
» conduite de M. de Tréville , & le ſentiment gé-
» néreux du Chevalier d'Aubigny , quia cru devoir
» lui laiffer la gloire entiere de cette prife. Le
» Vaiffeau le Warwick a été conduit à la Marti-
>> nique. On eft à la pourfuite d'une Frégate Angloife
, qui croiſoit avec ce Vaiffeau .
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Résumé : « Le 27 Avril, les Députés du Grand Conseil eurent audience du Roi. [...] »
Du 27 avril au 13 mai, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour royale. Le 27 avril, les députés du Grand Conseil furent reçus par le Roi, présentés par le comte d'Argenfon et conduits par Desgranges. Le duc de Nivernois arriva de Berlin le 22 avril et fut présenté au Roi par Rouillé. Le comte de Spaar transmit son régiment Royal Suédois à son fils, Alexandre de Spaar. Le marquis de Juigné reçut le régiment d'infanterie de Forez, vacant après la démission du marquis de la Rochecourbon. Le marquis de Chaumont de Guitry fut nommé colonel des Grenadiers de France. Le géographe Buache présenta au Roi deux ouvrages : une nouvelle institution géographique et historique, et une carte des mouvements de la terre en Europe occidentale depuis novembre 1755. Le Roi publia deux ordonnances, l'une pour les écoles du Corps Royal de l'Artillerie et du Génie, l'autre concernant les milices. Burigny fut élu à l'Académie des Belles-Lettres pour remplacer l'abbé du Resnel. Le 29 avril, le capitaine de dragons Moncour annonça l'arrivée de la flotte royale à Minorque, commandée par le marquis de La Galissonnière. Le 5 mai, le Roi et la famille royale assistèrent à une messe de requiem pour l'anniversaire du dauphin. Le duc de Mirepoix arriva de Languedoc et prêta serment pour la charge de capitaine des Gardes du Corps. Le 30 avril, deux secousses de tremblement de terre furent ressenties à Paris et en Picardie. Les nouveaux drapeaux des régiments des Gardes Françaises et Suisses furent bénis le 6 mai. Le 13 mai, les députés du Parlement de Rouen furent reçus par le Roi, qui passa ensuite en revue les régiments des Gardes Françaises et Suisses. Le comte de Rafilly fut nommé commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel tinrent un chapitre le 8 mai, au cours duquel Perier fut reçu chevalier. L'évêque de Beauvais fut nommé cardinal et célébré à Beauvais. L'abbé Dard inventa une pompe pour éteindre les incendies. En Martinique, la frégate Zéphyr, commandée par de Tréville, captura le vaisseau anglais Warwick.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 187-200
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 15 Février, jour anniversaire de la naissance du Roi, on chanta le [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Anniversaire du roi, Honneurs, Régiments, Bataillons, Gendarmerie, Évêque, Mandement, Te Deum, Duc, Bal, Règlement, Maréchal, Sceaux, Corsaires, Navires anglais, Marchandises, Compagnies
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 15 Février , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife Notre-
Dame , Paroiffe du Château . M. le Comte de
Noailles , Gouverneur de Verfailles , y affitta ,
étant accompagné des Officiers du Bailliage,
Après la cérémonie , il alluma le feu , qui avoit
été préparé vis- à- vis de l'Eglife. Les Invalides ,
chargés de la garde de cette Ville , firent une triple
falve de moufqueterie. Il y eut expofition du
Saint-Sacrement Salut & Te Deum , dans les
autres Eglifes , ainfi que dans celle de Notre-
Dame. Le foir on fit des feux dans les rues , &
toutes les maifons furent illuminées.
>
Le Roi a accordé les honneurs de Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
à M. de Crémille , Commandeur de cet Ordre ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majesté ,
Gouverneur d'Aire , & Infpecteur Général de
l'Infanterie , de la Cavalerie & des Dragons.
Le Roi a ordonné que chacun des Bataillons de
fon Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , fûr
pourvu d'une piece de canon à la Suédoife. Il fera
employé dans chaque Bataillon , pour la manoeu
vre de ces pieces de campagne , un Sergent &
feize Soldats , qui auront une haute paie,
Sa Majesté a réfolu de porter à douze cens quarante
hommes le Corps de fa Gendarmerie , aulieu
de huit cens huit , à quoi il eft actuellement.
188 MERCURE DE FRANCE.
Pour cet effet , les feize Compagnies qui compofent
ce Corps , feront mifes , de quarante- huit
Gendarmes ou Chevaux - Legers , dont elles font
formées , à foixante- quinze non compris les
deux Trompettes de chacune defdites Compagnies
, & indépendamment des huit Timbaliers
attachés aux huit Eſcadrons du Corps. Des vingtfept
hommes ordonnées d'augmentation par compagnie
, il y en aura quatorze à la premiere Brigade
, & treize à la feconde.
M. le Comte de Saint - Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a été élu par l'Académie Royale
des Belles-Lettres , pour remplir la place d'Académicien
Honoraire , qui vaquoit par la mort de
M. le Marquis d'Argenfon.
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat M. Bertier
de Sauvigny , Intendant de la Généralité de
Paris.
Les Evêques de Bretagne , affemblés à Rennes
pour les Etats de la Province , ont donné le 11 de
ce , mois un Mandement , par lequel ils inftituent
à perpétuité une Fête à l'honneur des Saints Anges
Gardiens , pour remercier Dieu d'avoir ſauvé
le Roi de l'horrible attentat commis contre fa
Perfonne. Cette Fête fera célébrée tous les ans le
5 Janvier , mais cependant fans être chomée.
M. l'Evêque de Caftres a fait éclater fon zele, en
faifant chanter un Te Deum en mufique dans fa
Cathédrale & en donnant à toutes les perfonnes
de marque , qui fe trouvoient dans la Ville , un
fplendide repas , pendant lequel vingt- quatre
Muficiens exécuterent un très- beau Concert. Au
fortir de table , ce Prélat diftribua deux cens médailles
, & fit tirer une Loterie , dont chaque
billet portoit un lot . En même temps , par ordre
des Officiers Municipaux de la Ville , plufieurs
AVRIL. 1757 . 189
fontaines de vin coulerent , & l'on diſtribua au
peuple un boeuf & plufieurs moutons.
Le 20 Février , M. le Duc de Mirepoix , Commandant
en chef dans le Languedoc , célébra à
Montpellier , par une fête des plus éclatantes , la
convalefcence du Roi . On chanta dans l'Eglife Cathédrale
un Te Deum en mufique, auquel l'Evêque
de cette Ville officia. M. le Duc de Mirepoix y
affifta , accompagné de toute la Nobleffe , & des
Officiers de la Garnifon. La Cour des Comptes ,
Aides & Finances , s'y rendit en robes de cérémonie
, & elle donna l'exemple à tous les autres
Corps , de concourir à la folemnité d'un acte de
piété , dans lequel tout étoit fi intéreflant. Après
le Te Deum , il y eut une triple falve de l'artille
rie de la Ville & de la Citadelle , ainfi que de la
moufqueterie de la Garniſon , qui étoit en bataille
fur le rempart, Dès que la nuit fut venue , on tira
un très-beau feu d'artifice dans la Place de l'Hôtel
de Ville , dont les avenues depuis l'Hôtel du
Gouvernement étoient ornées d'Arcs de Triomphe
éclairés par une prodigieufe quantité de pots
afeu. Toutes les façades de l'Hôtel du Gouverment
étoient illuminées, depuis le rez -de- chauffée
jufqu'au toit , par des lampions qui en deffinoient
l'architecture , & qui dans les divers maffifs formoient
alternativement le Chiffre & les Armes de
Sa Majefté. M. le Duc de Mirepoix fit fervir un
fouper fplendide. La principale table qui étoit de
cinquante couverts , & en fer à cheval , ne fut
remplie que par les Dames les plus qualifiées. Il y
eut plufieurs autres tables , & outre cela on avoit
dreffé dans diverfes Salles des Buffets , où l'on
trouvoit abondamment en mets chauds & froids
tout ce qu'on pouvoit defirer. Un Bal qui dura
jufqu'au jour , termina cette brillante fête , à lag
190 MERCURE DE FRANCE.
quelle tous les habitans de cette Ville s'emprefferent
d'ajouter un nouvel éclat , en illuminant entiérement
les façades de leurs maifons , la plupart
en flambeaux de cire blanche. Des fontaines de
vin coulerent dans différens quartiers pour le
peuple qui , par fes danfes & par les acclamations
réitérées , témoigna la vivacité de fon amour pour
fon Souverain M. le Duc de Mirepoix devoit
partir hier pour retourner à la Cour ; mais il a
différé fon voyage , afin d'affifter au Te Deum
que la Cour des Comptes , Aides & Finances , doit
faire chanter demain avec beaucoup de pompe
dans la Chapelle du Palais .
Le Roi ayant jugé à propos de retenir les Sceaux,
& de faire fceller en fa préſence , Sa Majeſté donna
le 26 Février un Réglement , par lequel Elle a
déclaré fes intentions fur ce qu'Elle vouloit être
obfervé en cette occafion. Par ce Réglement ,
Elle a fait choix de MM. Feydeau -de Brou
Dagueffeau , de Bernage , Dagueffeau - de Frefne,
Trudaine & Poulletier , Confeillers d'Etat ordinaires
, pour avoir féance & voix délibérativedans
ce Confeil , avec fix Maîtres des Requêtes ,
que Sa Majefté choifira au commencement de
chaque quartier , & avec le Confeiller du Grand
Confeil, grand Rapporteur, qui fe trouvera de fervice.
Le 4 Mars , le Roi tint le Sceau dans la piece qui
précede la Chambre de Sa Majesté , & qui avoit
été préparée à cet effet. En conféquence de ce que
Sa Majesté a réglé , les fix Confeillers d'Eta: ordinaires
, ci - deffus nommés y affifterent , étant
affis des deux côtés du Bureau fur des tabourets ;
fçavoir , à droite , MM. Feydeau- de Brou , de
Bernage & Trudaine ; à gauche , MM . Dagueffeau
, Dagueffeau- de Frefne & Poulletier. MM.
Gagnat de Longay , Bignon , Mérault-de VilleAVRIL
1757. 191
fit
ron , Pouyvet de la Bliniere , de Gourgues &
Turgot , Maîtres des Requêtes choifis par le Roi
pour rapporter au Sceau pendant ce trimestre , &
M. de Baraffy , Grand Rapporteur de Service
étoient debout autour du fauteuil de Sa Majeſté .
Les Huiffiers de la Chancellerie ont tenu les portes.
M. le Maréchal - Duc de Richelieu , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , & M. le
Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps ,
étoient derriere le fauteuil de Sa Majesté. M. Sauvage
, Grand Audiencier de France en quartier
qui étoit debout à droite après M. Trudaine ,
la préfentation des lettres dont il étoit chargé.
Les Maîtres des Requêtes & le Grand Rapporteur,
firent le rapport de celles qui les concernent.
M. Chupin , Garde des Rôles , & M. Brillon-
Duperon , Confervateur des Hypotheques , préfenterent
; le premier , les provifions pour charges
& offices , le fecond les lettres de ratification de
rentes fur les revenus du Roi. Puis les Secretaires du
Roi firent lecture des lettres de grace , lefquelles furent
délibérées par les Confeillers d'Etat & Maîtres
des Requêtes préfens au Sceau , & réfolues par le
Roi. Après les rapports faits , le Roi indiqua le
premier Sceau à la quinzaine. Les Sceaux ayant
été remis dans leur boete , M. de Champcenetz ,
premier Valet de Chambre du Roi , qui les avoit
apportés , les reprit fur le Bureau pour les remporter.
Sa Majefté fe leva , & fut reconduit à la
porte de fa chambre par les Confeillers d'Etat
Maîtres des Requêtes & Grands Officiers de la
Chancellerie . Ce Sceau eft le premier que le Roi
ait tenu depuis fon avénement à la Couronne.
Louis XIV en tint onze en 1672 , après la mort
du Chancelier Seguier.
Le 28 Février , M. Seguier , Avocat, Général
192 MERCURE DE FRANCE.
au Parlement de Paris , fut élu , pour remplir la
place vacante dans l'Académie Françoiſe par la
mort de M. de Fontenelle .
+ Le Roi a nommé Maréchaux de France MM . le
Marquis de Senecterre , le Marquis de la Tour- '
Maubourg , le Comte de Lautrec , le Duc de
Biron , le Duc de Luxembourg, le Comte d'Eſtrées,
le Lord Clare Comte de Thomond , & le Duc de
Mirepoix.
Le 10 Mars , pendant la Meffe du Roi , M. le
Prince Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
de Sa Majefté , a prêté ferment , comme Evêque
de Strasbourg , entre les mains du Roi.
"
Le 6 Mars , l'Académie royale des Belles - Lettres
, conduite par M. le Comte de Saint - Florentin
, préſenta au Roi trois volumes de fes Mémoires.
M. de Guignes & M. d'Anville de cette Académie
, préfenterent en même temps à Sa Majeſté
, l'un, trois volumes de l'Hiftoire des Huns &
autres Nations Tartares ; l'autre , une nouvelle
Carte des côtes de la Grece & de l'Archipel , avec
un Mémoire relatif à cette Carte mis fouspreffe
à l'Imprimerie royale , & dans lequel l'Auteur
rend compte des moyens qui ont principalement
contribué à la compofition de l'Ouvrage .
>
Sa Majesté a accordé le Régiment d'Infanterie
royal Comtois , vacant par la promotion de M.
le Marquis de Roquépine au grade de Maréchal
de Camp , à M. le Comte de Puységur , Colonel
du Régiment de Forez ; le Régiment de Forez , à
M. le Marquis de Chaumont- Bernage , Colonel
dans les Grenadiers de France ; le Régiment de
Trainel , vacant par la promotion de M. le Marquis
de Trainel au grade de Maréchal de Camp ,
à M. le Comte de Brancas , Colonel dans les Grenadiers
de France ; le Régiment de Cavalerie
vacant
AVRIL. 1757. 193
vacant par la promotion de M. le Comte d'Egmont
au grade de Maréchal de Camp , à M. le Duc
de Charoft ; & les deux places de Colonels que
M. le Marquis de Chaumont-Bernage & M. le
Comte de Brancas rempliffoient dans les Grenadiers
de France , à M. Rouillé-de Roiffy & à M.'
le Comte de la Luzerne.
La Compagnie , qui vaquoit dans le Régiment
des Gardes Suiffes par la mort de M. de Caftella ,
a été donnée à M. de Caftella fon frere , Capitaine
au Régiment de Planta . MM. de Caſtella ont été
fept freres au ſervice de Sa Majefté , & trois y font
morts.
Le 6 du même mois , en action de graces de la
conſervation du Roi, on a chanté dans l'Eglife Mé,
tropolitaine , conformément au Mandement donné
par l'Archevêque de Paris , une Meffe folemnelle
, & enfuite le Te Deum, en mufique. M. l'Ab
bé de Saint-Exupery , Doyen , a officié. Le lendemain
, le Chapitre a fait remettre des aumônes
pour les pauvres aux Curés des huit Paroiffes de la
Cité , & de celles de ces Eglifes fujetes.
M. le Prince Conftantin-de Rohan , Evêque de
Strasbourg , fut facré le même jour dans la Chapelle
du Séminaire de Saint Sulpice , par M. le
Cardinal de la Rochefoucaud , affifté des Evêques
de Digne & de Saint - Omer.
Le 14, M. l'Evêque d'Autun fut reçu dans l'A
cadémie Françoiſe à la place de M. le Cardinal de
Soubife , & il prononça fon Difcours de remer
ciement , auquel M. Dupré-de S. Maur répondit
au nom de l'Académie. Après cette réponſe ,
M. d'Alembert lut des Réflexions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matieres de goût.
Nous donnerons un extrait des deux Diſcours
'dans le fecond Volume,
I.Vol, I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Don de Dieu , de Calais , y a
fait conduire le Brigantin Anglais les Trois Freres
, de Sunderland , chargé de charbon de terre ,
dont il s'eft emparé.
Un Navire Anglois , de 220 tonneaux , armé
de fix petits canons , ayant pour cargaison 1400
barrils de goudron , 4 barrils de thérébentine , des
merrains & quelques cuirs , a été pris par le Corfaire
le Saint - Louis , de Dunkerque , qui l'a conduit
à Boulogne.
Il eft arrivé dans le même Port un Bateau de
so tonneaux , chargé de fel , dont le Corfaire
le Marquis -de Vilequier s'eft rendu maître .
Le Capitaine Lamy , qui commande le Procu
veur , autre Corfaire de Boulogne , s'eft emparé
des Navires l'Espérance , de Yarmouth ; le Change
& la Chriftine , de Dyfant en Ecoffe ; & il les
a rançonnés pour $ 60 livres fterlings.
Les Navires Anglois le Comte d'Holderneſs ,
de
120 tonneaux , chargé de vin & de quelques autres
marchandifes ; la Bonne Intention , dont le
chargement confifte en orange & citrons ; & un
Bateau de 30 tonneaux , chargé de cidre & de
quelques paquets de poiffon fec , ont été conduits
au Havre par les Corſaires la Favorite &
l'Entreprenante , de ce Port.
Le Navire la France , d'Irlande , de 70 tonneaux
, chargé d'huile d'olive , d'oranges & de
citrons , a été pris par le Corfaire le Machault
de Granville , qui l'a conduit à Morlaix . Le même
Corfaire s'eft rendu maître d'un autre Navire,
Anglois de 100 tonneaux , chargé d'indigo , de
café , de bois pour teinture , & de drogues pour
la Médecine , qui eft arrivé à Roscoff,
Il a été conduit à Saint-Malo deux Bâtimens
Anglois , l'un chargé de citrons & d'oranges ,
AVRIL. 1757. 195
J
pris par le Corfaire la Sauterelle , de Breft ; &
Pautre chargé de fel , pris par les Corfaires la
Vengeance & la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire le Bart , de Calais , Capitaine
François Potier, s'eft emparé de deux petits Brigantins
Anglois , qu'il a rançonnés pour la fomme
de quatorze mille livres.
>
Le Corfaire le Machault , de Granville , ya'
envoyé le Navire la Providence , de Darmouth
de 100 tonneaux , venant de la Jamaïque avec
une cargaison qui confifte en 160 barrils de brai
250 barriques de ris , 14 boucauts de cafcarille
so planches & 8000 livres de bois des Indes.
>
Le Navire Anglois la Marie , de la Nouvelle
Yorck , de 150 tonneaux , chargé de café , d'indigo
, de dents d'élephant , de bois de Campeche,
&c. pris par le Corfaire le Scot , de Saint-Ma
lo , s'eft échoué le 23 du mois dernier à la côte de
Barfleur. On a fauvé fa cargaiſon.
Le même Corſaire a enlevé aux Anglois le Bateau
la Marguerite , de Cherbourg , chargé de
glaces brutes : ce Bateau s'étoit auffi échoué ,
mais il a été relevé & conduit à Barfleur.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire
la Vengeance, de Saint-Malo , s'eſt rendu maître
d'un Navire Anglois dont la cargaison , qui eft
eftimée deux cens mille livres , confifte en ballots
de foyeries, caiffes de drogues , & autres marchandifes
propres pour la traite des Negres.
On mande de Breft , que le Corfaire la Comteffe
de Bentheim, de Saint-Malo , a relâché dans ce pre
mier Port , où il a conduit le Navire Anglois
Affomption , allant de la Jamaïque à Londres
chargé de fucre & de café.
Le Navire l'Afrique , de Plymouth , chargé
dessobarriques de fardines , & de 130 barrils d'é
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
tain , a été pris par le Corfaire l'Intrépide , de
Bayonne , où il a été conduit.
Les lettres écrites de Bayonne , marquent que
le Corfaire l'Aurore , de ce port , Capitaine le
fieur Lavernis , a pris & y a conduit les Navires
Anglois la Rebecca , de Hul , de 200 tonneaux
armé de fix canons, chargé de 1400 barrils de goudron
; l'Entreprise , deLondres , de 160 tonneaux,
chargé de tabac en feuilles , & le Planter , de
Montfarrat , de 200 tonneaux , ayant pour
chargement
340 boucauts de fucre.
Le même Corfaire a fait conduire à Saint-Jeande-
Luz un autre Bâtiment Anglois , dont la cargaifon
eft compofée de 600 quintaux de morue
verte & féche.
Le Capitaine Jean Vergez , commandant le
Diligent , autre Corfaire de Bayonne , y a fait
conduire le Navire Anglois l'Edouard & Susanne,
de 160 tonneaux , chargé de fucre.
Le Capitaine Potier , commandant le Corfaire
l'Amiral Bart , de Calais , étant fur fa croifiere
près des côtes d'Angleterre découvrit un Brigantin
Anglois de cent cinquante tonneaux . A la vue du
Corfaire , ce Brigantin fe réfugia ſous le canon
des trois Forts de Haftings. Quoique le Capitaine
Potier n'eût que quatre canons , il attaqua le Bâtiment
ennemi , & il alloit l'aborder , lorſque l'équipage
Anglois prit le parti d'échouer . Sur ces
entrefaites parut un autre Navire que le Corfaire
enleva , & qu'il amena à Calais . Ce dernier Bâtiment
, qui fe nomme le Waterborn , eft de Boſton
dans la Nouvelle Angleterre. Il venoit de la Jamaïque
, & alloit à Londres. Sa charge eft eftimée
deux cens mille livres. C'eft la quatorzieme
prife qui ait été conduite à Calais depuis trois
mois , &la feptieme depuis le 18 jufqu'au 30 du
mois dernier.
AVRIL. 1757.
197
Ön mande de Marfeille , que le Corfaire le Colibry
, de 12 canons , & de 120 hommes d'équipage
, commandé par le Capitaine Georges-René
de Pleville-le Pelley , s'eft emparé des Navires Anglois
la Reine de Naples , allant de Gallipoly å
Londres , avec un chargement d'huile & de foie ;
le Guillaume , allant de Falmouth à Civita-Vecchia
, chargé d'étaim & de harengs , & la Marie
allant d'Yarmouth à Naples , & dont la charge
confiftoit en harengs & en plomb.
Selon des lettres de Toulon , un Grec établi depuis
quelques années en Provence s'embarqua der.
niérement fur une Tartane , dont l'équipage con
fiftoit feulement en trois François & trois Gênois.
Ce Bâtiment ayant été enlevé par un Corſaire Anglois
, monté de douze hommes ; le Capitaine du
Vaiffeau ennemi fit paffer le Grec & les trois Gênois
fur fon bord ; & y ayant laiffé trois Anglois ,
il monta fur la Tartane avec le refte de fon équipage.
Le Grec faifit une occafion favorable , qui
fe préfenta. Il tua lui feul les trois Anglois , à qui
leur Commandant avoit confié la garde du Corfaire.
Ayant abordé enſuite la Tartanne , il la reprit
avec le fecours des trois François & des trois Gênois.
Il a conduit à Toulon le Bâtiment , dont il
s'eft emparé.
On mande de Calais , que le Corfaire le Bart ;
de ce Port ' , commandé par le Capitaine Potier ,
y a conduit le Navire Anglois le Winterborn , de
130 tonneaux , chargé de fucre & d'autres marchandifes.
200
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
s'eft rendu maître d'un Navire Anglois , de
tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec une
cargaifon compofée de fucre , de tafia & de bois
d'Acajou.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Gros Thomas , du même Port , a
conduit à Calais le Navire l'Elifabeth & Catherine,
de 70 tonneaux , chargé de beurre & de
cuirs.
Le Tapageur & le Procureur , autres Corfaires
de Boulogne , fe font emparés , le premier de
deux Bâteaux Anglois , chargés l'un de bled ,
Pautre de charbon de terre , & le fecond du Navire
la Comteffe de Murray , de 90 tonneaux , chargé
de faumon falé .
Les Corfaires le Comte de Saint- Germain , de
Dunkerque , & le Don de Dieu , de Calais , ont
fait conduire à Boulogne un Bâteau de 70 tonneaux
, chargé d'oranges & de citrons , & le Brigantin
le Thomas David , de 120 tonneaux ,
chargé de grains.
Il eft arrivé à Fécamp un Navire Anglois de 220
tonneaux , armé de 8 canons , & de 37 hommes
d'équipage. Sa cargaiſon confifte en 1123 barrils
de poudre de guerre , en armes à feu de toutes
efpeces , en foyeries , clincailleries , & c. Ce Navire
a été pris par le Capitaine Canon , commandant
le Corfaire le Prince de Soubise , de Dunkerque.
Une prife Angloiſe faite par le Corſaire le Machault
, de Grandville , a échoué à la côte de
Langrune en Baffe Normandie ; mais on a fauvé
la cargaifon , compofée de 300 cuirs , de 2000
barrils de beurre , & de 1960 morues féches.
Le Corfaire le Comte de Clermont , de Saint-
Malo , commandé par le Capitaine Colin-de la
Brifelaine , s'eft emparé le troifieme jour de fa
croifiere , d'un Navire Anglois , de 240 tonneaux
, venant de la Jamaïque , & dont la charge
eft eftimée deux cens mille livres . Cette prife
que le Capitaine Brifelaine a conduite lui- même à
AVRIL. 1757. 199
k
Saint-Malo , avoit été faite d'abord par un Cor
faire de Bayonne , & lui avoit été enlevée par un
Armateur Anglois , fur qui le Corfaire le Comte
de Clermont l'a repriſe.
> Le Scott , autre Corfaire de Saint - Malo Capitaine
Pattard, s'eft auffi rendu maître du Navire
Anglois le Hardi , de 180 tonneaux , chargé de
fucre , de café , de coton & d'autres marchandifes
qu'il avoit prifes à la Nouvelle York .
On apprend par des lettres écrites de Bayonne,
que les Corfaires la Levrette & le Dauphin , de
ce Port , fe font emparés des Navires Anglois la
Suverne & le Louis , de Londres , de 250 tonneaux
chacun , & l'Owaftel , de Holt . Ces Bâtimens
font chargés , le premier de tabac & de fer ,
le fecond de fucre , de café & de tafia , & le troifieme
de tabac & de merrains.
de 70
Les Navires Anglois le Robert , de la Virginie ,
de 130 tonneaux , chargé de tabac , de fucre & de
pelleteries , & l'Endeavour , de Briſtol ,
tonneaux , dont la cargaifon eft composée d'hui
le , de poiffon & de morue verte , ont été pris
par les Corfaires l'Aimable Dauphin , de Ciboure
& l'Espérance , de Louisbourg , qui les ont
fait conduire à Bayonne.
>
Les Corfaires le Toulousain , le Faucon , le Té
lémaque & le Saint-Antoine , dit le Colibri , de
Marſeille , y ont conduit les Navires Anglois
l'Aigle , de Yarmouth , de 160 tonneaux , armé
de 2 canons , chargé de plomb & de harengs ; la
Vierge , de Bristol , de 130 tonneaux , chargé
de faumon & de morue ; le Harril , de Liverpool
, de 120 tonneaux , armé de 6 petits canons ,
chargé d'eau-de- vie & d'huile ; la Diane , de
Lynn , de 150 tonneaux , chargé de fromage , de
plomb & de harangs , & la Marie , qui a auffi
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
un chargement de harengs & de plomb.
On mande de Marfeille , que M. Pigache ;
Lieutenant de Vaiffeau , commandant le Vaiffeau
du Roi l'Hippopotame , armé en courfe , s'eft rendu
maître , à la hauteur de l'Ile Fromentiere
du Corfaire Anglois le Conftantin , de 18 canons ,
& de 130 hommes d'équipage.
>
Le Capitaine Macquet , qui commande le Corle
Don de Dieu , de Calais , a fait conduire à faire
Dunkerque le Navire Anglois les Trois Freres , de
110 tonneaux , chargé de charbon de terre , dont
il s'eft emparé.
Un Brigantin de 100 tonneaux , chargé d'eaude-
vie , de vin du Rhin , & de plufieurs autres
marchandiſes , a été pris par le Corfaire l'Epervier
, de Calais , & y a été conduit .
Le 17 Mars , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens dix livres : les Billets
de la premiere Loterie Royal , à neuf cens quarante,
Ceux de la feconde & de la troisieme Loterie
n'avoient point de prix fixe.
LE 15 Février , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife Notre-
Dame , Paroiffe du Château . M. le Comte de
Noailles , Gouverneur de Verfailles , y affitta ,
étant accompagné des Officiers du Bailliage,
Après la cérémonie , il alluma le feu , qui avoit
été préparé vis- à- vis de l'Eglife. Les Invalides ,
chargés de la garde de cette Ville , firent une triple
falve de moufqueterie. Il y eut expofition du
Saint-Sacrement Salut & Te Deum , dans les
autres Eglifes , ainfi que dans celle de Notre-
Dame. Le foir on fit des feux dans les rues , &
toutes les maifons furent illuminées.
>
Le Roi a accordé les honneurs de Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
à M. de Crémille , Commandeur de cet Ordre ,
Lieutenant- Général des Armées de Sa Majesté ,
Gouverneur d'Aire , & Infpecteur Général de
l'Infanterie , de la Cavalerie & des Dragons.
Le Roi a ordonné que chacun des Bataillons de
fon Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , fûr
pourvu d'une piece de canon à la Suédoife. Il fera
employé dans chaque Bataillon , pour la manoeu
vre de ces pieces de campagne , un Sergent &
feize Soldats , qui auront une haute paie,
Sa Majesté a réfolu de porter à douze cens quarante
hommes le Corps de fa Gendarmerie , aulieu
de huit cens huit , à quoi il eft actuellement.
188 MERCURE DE FRANCE.
Pour cet effet , les feize Compagnies qui compofent
ce Corps , feront mifes , de quarante- huit
Gendarmes ou Chevaux - Legers , dont elles font
formées , à foixante- quinze non compris les
deux Trompettes de chacune defdites Compagnies
, & indépendamment des huit Timbaliers
attachés aux huit Eſcadrons du Corps. Des vingtfept
hommes ordonnées d'augmentation par compagnie
, il y en aura quatorze à la premiere Brigade
, & treize à la feconde.
M. le Comte de Saint - Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , a été élu par l'Académie Royale
des Belles-Lettres , pour remplir la place d'Académicien
Honoraire , qui vaquoit par la mort de
M. le Marquis d'Argenfon.
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat M. Bertier
de Sauvigny , Intendant de la Généralité de
Paris.
Les Evêques de Bretagne , affemblés à Rennes
pour les Etats de la Province , ont donné le 11 de
ce , mois un Mandement , par lequel ils inftituent
à perpétuité une Fête à l'honneur des Saints Anges
Gardiens , pour remercier Dieu d'avoir ſauvé
le Roi de l'horrible attentat commis contre fa
Perfonne. Cette Fête fera célébrée tous les ans le
5 Janvier , mais cependant fans être chomée.
M. l'Evêque de Caftres a fait éclater fon zele, en
faifant chanter un Te Deum en mufique dans fa
Cathédrale & en donnant à toutes les perfonnes
de marque , qui fe trouvoient dans la Ville , un
fplendide repas , pendant lequel vingt- quatre
Muficiens exécuterent un très- beau Concert. Au
fortir de table , ce Prélat diftribua deux cens médailles
, & fit tirer une Loterie , dont chaque
billet portoit un lot . En même temps , par ordre
des Officiers Municipaux de la Ville , plufieurs
AVRIL. 1757 . 189
fontaines de vin coulerent , & l'on diſtribua au
peuple un boeuf & plufieurs moutons.
Le 20 Février , M. le Duc de Mirepoix , Commandant
en chef dans le Languedoc , célébra à
Montpellier , par une fête des plus éclatantes , la
convalefcence du Roi . On chanta dans l'Eglife Cathédrale
un Te Deum en mufique, auquel l'Evêque
de cette Ville officia. M. le Duc de Mirepoix y
affifta , accompagné de toute la Nobleffe , & des
Officiers de la Garnifon. La Cour des Comptes ,
Aides & Finances , s'y rendit en robes de cérémonie
, & elle donna l'exemple à tous les autres
Corps , de concourir à la folemnité d'un acte de
piété , dans lequel tout étoit fi intéreflant. Après
le Te Deum , il y eut une triple falve de l'artille
rie de la Ville & de la Citadelle , ainfi que de la
moufqueterie de la Garniſon , qui étoit en bataille
fur le rempart, Dès que la nuit fut venue , on tira
un très-beau feu d'artifice dans la Place de l'Hôtel
de Ville , dont les avenues depuis l'Hôtel du
Gouvernement étoient ornées d'Arcs de Triomphe
éclairés par une prodigieufe quantité de pots
afeu. Toutes les façades de l'Hôtel du Gouverment
étoient illuminées, depuis le rez -de- chauffée
jufqu'au toit , par des lampions qui en deffinoient
l'architecture , & qui dans les divers maffifs formoient
alternativement le Chiffre & les Armes de
Sa Majefté. M. le Duc de Mirepoix fit fervir un
fouper fplendide. La principale table qui étoit de
cinquante couverts , & en fer à cheval , ne fut
remplie que par les Dames les plus qualifiées. Il y
eut plufieurs autres tables , & outre cela on avoit
dreffé dans diverfes Salles des Buffets , où l'on
trouvoit abondamment en mets chauds & froids
tout ce qu'on pouvoit defirer. Un Bal qui dura
jufqu'au jour , termina cette brillante fête , à lag
190 MERCURE DE FRANCE.
quelle tous les habitans de cette Ville s'emprefferent
d'ajouter un nouvel éclat , en illuminant entiérement
les façades de leurs maifons , la plupart
en flambeaux de cire blanche. Des fontaines de
vin coulerent dans différens quartiers pour le
peuple qui , par fes danfes & par les acclamations
réitérées , témoigna la vivacité de fon amour pour
fon Souverain M. le Duc de Mirepoix devoit
partir hier pour retourner à la Cour ; mais il a
différé fon voyage , afin d'affifter au Te Deum
que la Cour des Comptes , Aides & Finances , doit
faire chanter demain avec beaucoup de pompe
dans la Chapelle du Palais .
Le Roi ayant jugé à propos de retenir les Sceaux,
& de faire fceller en fa préſence , Sa Majeſté donna
le 26 Février un Réglement , par lequel Elle a
déclaré fes intentions fur ce qu'Elle vouloit être
obfervé en cette occafion. Par ce Réglement ,
Elle a fait choix de MM. Feydeau -de Brou
Dagueffeau , de Bernage , Dagueffeau - de Frefne,
Trudaine & Poulletier , Confeillers d'Etat ordinaires
, pour avoir féance & voix délibérativedans
ce Confeil , avec fix Maîtres des Requêtes ,
que Sa Majefté choifira au commencement de
chaque quartier , & avec le Confeiller du Grand
Confeil, grand Rapporteur, qui fe trouvera de fervice.
Le 4 Mars , le Roi tint le Sceau dans la piece qui
précede la Chambre de Sa Majesté , & qui avoit
été préparée à cet effet. En conféquence de ce que
Sa Majesté a réglé , les fix Confeillers d'Eta: ordinaires
, ci - deffus nommés y affifterent , étant
affis des deux côtés du Bureau fur des tabourets ;
fçavoir , à droite , MM. Feydeau- de Brou , de
Bernage & Trudaine ; à gauche , MM . Dagueffeau
, Dagueffeau- de Frefne & Poulletier. MM.
Gagnat de Longay , Bignon , Mérault-de VilleAVRIL
1757. 191
fit
ron , Pouyvet de la Bliniere , de Gourgues &
Turgot , Maîtres des Requêtes choifis par le Roi
pour rapporter au Sceau pendant ce trimestre , &
M. de Baraffy , Grand Rapporteur de Service
étoient debout autour du fauteuil de Sa Majeſté .
Les Huiffiers de la Chancellerie ont tenu les portes.
M. le Maréchal - Duc de Richelieu , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , & M. le
Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps ,
étoient derriere le fauteuil de Sa Majesté. M. Sauvage
, Grand Audiencier de France en quartier
qui étoit debout à droite après M. Trudaine ,
la préfentation des lettres dont il étoit chargé.
Les Maîtres des Requêtes & le Grand Rapporteur,
firent le rapport de celles qui les concernent.
M. Chupin , Garde des Rôles , & M. Brillon-
Duperon , Confervateur des Hypotheques , préfenterent
; le premier , les provifions pour charges
& offices , le fecond les lettres de ratification de
rentes fur les revenus du Roi. Puis les Secretaires du
Roi firent lecture des lettres de grace , lefquelles furent
délibérées par les Confeillers d'Etat & Maîtres
des Requêtes préfens au Sceau , & réfolues par le
Roi. Après les rapports faits , le Roi indiqua le
premier Sceau à la quinzaine. Les Sceaux ayant
été remis dans leur boete , M. de Champcenetz ,
premier Valet de Chambre du Roi , qui les avoit
apportés , les reprit fur le Bureau pour les remporter.
Sa Majefté fe leva , & fut reconduit à la
porte de fa chambre par les Confeillers d'Etat
Maîtres des Requêtes & Grands Officiers de la
Chancellerie . Ce Sceau eft le premier que le Roi
ait tenu depuis fon avénement à la Couronne.
Louis XIV en tint onze en 1672 , après la mort
du Chancelier Seguier.
Le 28 Février , M. Seguier , Avocat, Général
192 MERCURE DE FRANCE.
au Parlement de Paris , fut élu , pour remplir la
place vacante dans l'Académie Françoiſe par la
mort de M. de Fontenelle .
+ Le Roi a nommé Maréchaux de France MM . le
Marquis de Senecterre , le Marquis de la Tour- '
Maubourg , le Comte de Lautrec , le Duc de
Biron , le Duc de Luxembourg, le Comte d'Eſtrées,
le Lord Clare Comte de Thomond , & le Duc de
Mirepoix.
Le 10 Mars , pendant la Meffe du Roi , M. le
Prince Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
de Sa Majefté , a prêté ferment , comme Evêque
de Strasbourg , entre les mains du Roi.
"
Le 6 Mars , l'Académie royale des Belles - Lettres
, conduite par M. le Comte de Saint - Florentin
, préſenta au Roi trois volumes de fes Mémoires.
M. de Guignes & M. d'Anville de cette Académie
, préfenterent en même temps à Sa Majeſté
, l'un, trois volumes de l'Hiftoire des Huns &
autres Nations Tartares ; l'autre , une nouvelle
Carte des côtes de la Grece & de l'Archipel , avec
un Mémoire relatif à cette Carte mis fouspreffe
à l'Imprimerie royale , & dans lequel l'Auteur
rend compte des moyens qui ont principalement
contribué à la compofition de l'Ouvrage .
>
Sa Majesté a accordé le Régiment d'Infanterie
royal Comtois , vacant par la promotion de M.
le Marquis de Roquépine au grade de Maréchal
de Camp , à M. le Comte de Puységur , Colonel
du Régiment de Forez ; le Régiment de Forez , à
M. le Marquis de Chaumont- Bernage , Colonel
dans les Grenadiers de France ; le Régiment de
Trainel , vacant par la promotion de M. le Marquis
de Trainel au grade de Maréchal de Camp ,
à M. le Comte de Brancas , Colonel dans les Grenadiers
de France ; le Régiment de Cavalerie
vacant
AVRIL. 1757. 193
vacant par la promotion de M. le Comte d'Egmont
au grade de Maréchal de Camp , à M. le Duc
de Charoft ; & les deux places de Colonels que
M. le Marquis de Chaumont-Bernage & M. le
Comte de Brancas rempliffoient dans les Grenadiers
de France , à M. Rouillé-de Roiffy & à M.'
le Comte de la Luzerne.
La Compagnie , qui vaquoit dans le Régiment
des Gardes Suiffes par la mort de M. de Caftella ,
a été donnée à M. de Caftella fon frere , Capitaine
au Régiment de Planta . MM. de Caſtella ont été
fept freres au ſervice de Sa Majefté , & trois y font
morts.
Le 6 du même mois , en action de graces de la
conſervation du Roi, on a chanté dans l'Eglife Mé,
tropolitaine , conformément au Mandement donné
par l'Archevêque de Paris , une Meffe folemnelle
, & enfuite le Te Deum, en mufique. M. l'Ab
bé de Saint-Exupery , Doyen , a officié. Le lendemain
, le Chapitre a fait remettre des aumônes
pour les pauvres aux Curés des huit Paroiffes de la
Cité , & de celles de ces Eglifes fujetes.
M. le Prince Conftantin-de Rohan , Evêque de
Strasbourg , fut facré le même jour dans la Chapelle
du Séminaire de Saint Sulpice , par M. le
Cardinal de la Rochefoucaud , affifté des Evêques
de Digne & de Saint - Omer.
Le 14, M. l'Evêque d'Autun fut reçu dans l'A
cadémie Françoiſe à la place de M. le Cardinal de
Soubife , & il prononça fon Difcours de remer
ciement , auquel M. Dupré-de S. Maur répondit
au nom de l'Académie. Après cette réponſe ,
M. d'Alembert lut des Réflexions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matieres de goût.
Nous donnerons un extrait des deux Diſcours
'dans le fecond Volume,
I.Vol, I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Don de Dieu , de Calais , y a
fait conduire le Brigantin Anglais les Trois Freres
, de Sunderland , chargé de charbon de terre ,
dont il s'eft emparé.
Un Navire Anglois , de 220 tonneaux , armé
de fix petits canons , ayant pour cargaison 1400
barrils de goudron , 4 barrils de thérébentine , des
merrains & quelques cuirs , a été pris par le Corfaire
le Saint - Louis , de Dunkerque , qui l'a conduit
à Boulogne.
Il eft arrivé dans le même Port un Bateau de
so tonneaux , chargé de fel , dont le Corfaire
le Marquis -de Vilequier s'eft rendu maître .
Le Capitaine Lamy , qui commande le Procu
veur , autre Corfaire de Boulogne , s'eft emparé
des Navires l'Espérance , de Yarmouth ; le Change
& la Chriftine , de Dyfant en Ecoffe ; & il les
a rançonnés pour $ 60 livres fterlings.
Les Navires Anglois le Comte d'Holderneſs ,
de
120 tonneaux , chargé de vin & de quelques autres
marchandifes ; la Bonne Intention , dont le
chargement confifte en orange & citrons ; & un
Bateau de 30 tonneaux , chargé de cidre & de
quelques paquets de poiffon fec , ont été conduits
au Havre par les Corſaires la Favorite &
l'Entreprenante , de ce Port.
Le Navire la France , d'Irlande , de 70 tonneaux
, chargé d'huile d'olive , d'oranges & de
citrons , a été pris par le Corfaire le Machault
de Granville , qui l'a conduit à Morlaix . Le même
Corfaire s'eft rendu maître d'un autre Navire,
Anglois de 100 tonneaux , chargé d'indigo , de
café , de bois pour teinture , & de drogues pour
la Médecine , qui eft arrivé à Roscoff,
Il a été conduit à Saint-Malo deux Bâtimens
Anglois , l'un chargé de citrons & d'oranges ,
AVRIL. 1757. 195
J
pris par le Corfaire la Sauterelle , de Breft ; &
Pautre chargé de fel , pris par les Corfaires la
Vengeance & la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire le Bart , de Calais , Capitaine
François Potier, s'eft emparé de deux petits Brigantins
Anglois , qu'il a rançonnés pour la fomme
de quatorze mille livres.
>
Le Corfaire le Machault , de Granville , ya'
envoyé le Navire la Providence , de Darmouth
de 100 tonneaux , venant de la Jamaïque avec
une cargaison qui confifte en 160 barrils de brai
250 barriques de ris , 14 boucauts de cafcarille
so planches & 8000 livres de bois des Indes.
>
Le Navire Anglois la Marie , de la Nouvelle
Yorck , de 150 tonneaux , chargé de café , d'indigo
, de dents d'élephant , de bois de Campeche,
&c. pris par le Corfaire le Scot , de Saint-Ma
lo , s'eft échoué le 23 du mois dernier à la côte de
Barfleur. On a fauvé fa cargaiſon.
Le même Corſaire a enlevé aux Anglois le Bateau
la Marguerite , de Cherbourg , chargé de
glaces brutes : ce Bateau s'étoit auffi échoué ,
mais il a été relevé & conduit à Barfleur.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire
la Vengeance, de Saint-Malo , s'eſt rendu maître
d'un Navire Anglois dont la cargaison , qui eft
eftimée deux cens mille livres , confifte en ballots
de foyeries, caiffes de drogues , & autres marchandifes
propres pour la traite des Negres.
On mande de Breft , que le Corfaire la Comteffe
de Bentheim, de Saint-Malo , a relâché dans ce pre
mier Port , où il a conduit le Navire Anglois
Affomption , allant de la Jamaïque à Londres
chargé de fucre & de café.
Le Navire l'Afrique , de Plymouth , chargé
dessobarriques de fardines , & de 130 barrils d'é
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
tain , a été pris par le Corfaire l'Intrépide , de
Bayonne , où il a été conduit.
Les lettres écrites de Bayonne , marquent que
le Corfaire l'Aurore , de ce port , Capitaine le
fieur Lavernis , a pris & y a conduit les Navires
Anglois la Rebecca , de Hul , de 200 tonneaux
armé de fix canons, chargé de 1400 barrils de goudron
; l'Entreprise , deLondres , de 160 tonneaux,
chargé de tabac en feuilles , & le Planter , de
Montfarrat , de 200 tonneaux , ayant pour
chargement
340 boucauts de fucre.
Le même Corfaire a fait conduire à Saint-Jeande-
Luz un autre Bâtiment Anglois , dont la cargaifon
eft compofée de 600 quintaux de morue
verte & féche.
Le Capitaine Jean Vergez , commandant le
Diligent , autre Corfaire de Bayonne , y a fait
conduire le Navire Anglois l'Edouard & Susanne,
de 160 tonneaux , chargé de fucre.
Le Capitaine Potier , commandant le Corfaire
l'Amiral Bart , de Calais , étant fur fa croifiere
près des côtes d'Angleterre découvrit un Brigantin
Anglois de cent cinquante tonneaux . A la vue du
Corfaire , ce Brigantin fe réfugia ſous le canon
des trois Forts de Haftings. Quoique le Capitaine
Potier n'eût que quatre canons , il attaqua le Bâtiment
ennemi , & il alloit l'aborder , lorſque l'équipage
Anglois prit le parti d'échouer . Sur ces
entrefaites parut un autre Navire que le Corfaire
enleva , & qu'il amena à Calais . Ce dernier Bâtiment
, qui fe nomme le Waterborn , eft de Boſton
dans la Nouvelle Angleterre. Il venoit de la Jamaïque
, & alloit à Londres. Sa charge eft eftimée
deux cens mille livres. C'eft la quatorzieme
prife qui ait été conduite à Calais depuis trois
mois , &la feptieme depuis le 18 jufqu'au 30 du
mois dernier.
AVRIL. 1757.
197
Ön mande de Marfeille , que le Corfaire le Colibry
, de 12 canons , & de 120 hommes d'équipage
, commandé par le Capitaine Georges-René
de Pleville-le Pelley , s'eft emparé des Navires Anglois
la Reine de Naples , allant de Gallipoly å
Londres , avec un chargement d'huile & de foie ;
le Guillaume , allant de Falmouth à Civita-Vecchia
, chargé d'étaim & de harengs , & la Marie
allant d'Yarmouth à Naples , & dont la charge
confiftoit en harengs & en plomb.
Selon des lettres de Toulon , un Grec établi depuis
quelques années en Provence s'embarqua der.
niérement fur une Tartane , dont l'équipage con
fiftoit feulement en trois François & trois Gênois.
Ce Bâtiment ayant été enlevé par un Corſaire Anglois
, monté de douze hommes ; le Capitaine du
Vaiffeau ennemi fit paffer le Grec & les trois Gênois
fur fon bord ; & y ayant laiffé trois Anglois ,
il monta fur la Tartane avec le refte de fon équipage.
Le Grec faifit une occafion favorable , qui
fe préfenta. Il tua lui feul les trois Anglois , à qui
leur Commandant avoit confié la garde du Corfaire.
Ayant abordé enſuite la Tartanne , il la reprit
avec le fecours des trois François & des trois Gênois.
Il a conduit à Toulon le Bâtiment , dont il
s'eft emparé.
On mande de Calais , que le Corfaire le Bart ;
de ce Port ' , commandé par le Capitaine Potier ,
y a conduit le Navire Anglois le Winterborn , de
130 tonneaux , chargé de fucre & d'autres marchandifes.
200
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne ,
s'eft rendu maître d'un Navire Anglois , de
tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec une
cargaifon compofée de fucre , de tafia & de bois
d'Acajou.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Le Corfaire le Gros Thomas , du même Port , a
conduit à Calais le Navire l'Elifabeth & Catherine,
de 70 tonneaux , chargé de beurre & de
cuirs.
Le Tapageur & le Procureur , autres Corfaires
de Boulogne , fe font emparés , le premier de
deux Bâteaux Anglois , chargés l'un de bled ,
Pautre de charbon de terre , & le fecond du Navire
la Comteffe de Murray , de 90 tonneaux , chargé
de faumon falé .
Les Corfaires le Comte de Saint- Germain , de
Dunkerque , & le Don de Dieu , de Calais , ont
fait conduire à Boulogne un Bâteau de 70 tonneaux
, chargé d'oranges & de citrons , & le Brigantin
le Thomas David , de 120 tonneaux ,
chargé de grains.
Il eft arrivé à Fécamp un Navire Anglois de 220
tonneaux , armé de 8 canons , & de 37 hommes
d'équipage. Sa cargaiſon confifte en 1123 barrils
de poudre de guerre , en armes à feu de toutes
efpeces , en foyeries , clincailleries , & c. Ce Navire
a été pris par le Capitaine Canon , commandant
le Corfaire le Prince de Soubise , de Dunkerque.
Une prife Angloiſe faite par le Corſaire le Machault
, de Grandville , a échoué à la côte de
Langrune en Baffe Normandie ; mais on a fauvé
la cargaifon , compofée de 300 cuirs , de 2000
barrils de beurre , & de 1960 morues féches.
Le Corfaire le Comte de Clermont , de Saint-
Malo , commandé par le Capitaine Colin-de la
Brifelaine , s'eft emparé le troifieme jour de fa
croifiere , d'un Navire Anglois , de 240 tonneaux
, venant de la Jamaïque , & dont la charge
eft eftimée deux cens mille livres . Cette prife
que le Capitaine Brifelaine a conduite lui- même à
AVRIL. 1757. 199
k
Saint-Malo , avoit été faite d'abord par un Cor
faire de Bayonne , & lui avoit été enlevée par un
Armateur Anglois , fur qui le Corfaire le Comte
de Clermont l'a repriſe.
> Le Scott , autre Corfaire de Saint - Malo Capitaine
Pattard, s'eft auffi rendu maître du Navire
Anglois le Hardi , de 180 tonneaux , chargé de
fucre , de café , de coton & d'autres marchandifes
qu'il avoit prifes à la Nouvelle York .
On apprend par des lettres écrites de Bayonne,
que les Corfaires la Levrette & le Dauphin , de
ce Port , fe font emparés des Navires Anglois la
Suverne & le Louis , de Londres , de 250 tonneaux
chacun , & l'Owaftel , de Holt . Ces Bâtimens
font chargés , le premier de tabac & de fer ,
le fecond de fucre , de café & de tafia , & le troifieme
de tabac & de merrains.
de 70
Les Navires Anglois le Robert , de la Virginie ,
de 130 tonneaux , chargé de tabac , de fucre & de
pelleteries , & l'Endeavour , de Briſtol ,
tonneaux , dont la cargaifon eft composée d'hui
le , de poiffon & de morue verte , ont été pris
par les Corfaires l'Aimable Dauphin , de Ciboure
& l'Espérance , de Louisbourg , qui les ont
fait conduire à Bayonne.
>
Les Corfaires le Toulousain , le Faucon , le Té
lémaque & le Saint-Antoine , dit le Colibri , de
Marſeille , y ont conduit les Navires Anglois
l'Aigle , de Yarmouth , de 160 tonneaux , armé
de 2 canons , chargé de plomb & de harengs ; la
Vierge , de Bristol , de 130 tonneaux , chargé
de faumon & de morue ; le Harril , de Liverpool
, de 120 tonneaux , armé de 6 petits canons ,
chargé d'eau-de- vie & d'huile ; la Diane , de
Lynn , de 150 tonneaux , chargé de fromage , de
plomb & de harangs , & la Marie , qui a auffi
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
un chargement de harengs & de plomb.
On mande de Marfeille , que M. Pigache ;
Lieutenant de Vaiffeau , commandant le Vaiffeau
du Roi l'Hippopotame , armé en courfe , s'eft rendu
maître , à la hauteur de l'Ile Fromentiere
du Corfaire Anglois le Conftantin , de 18 canons ,
& de 130 hommes d'équipage.
>
Le Capitaine Macquet , qui commande le Corle
Don de Dieu , de Calais , a fait conduire à faire
Dunkerque le Navire Anglois les Trois Freres , de
110 tonneaux , chargé de charbon de terre , dont
il s'eft emparé.
Un Brigantin de 100 tonneaux , chargé d'eaude-
vie , de vin du Rhin , & de plufieurs autres
marchandiſes , a été pris par le Corfaire l'Epervier
, de Calais , & y a été conduit .
Le 17 Mars , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens dix livres : les Billets
de la premiere Loterie Royal , à neuf cens quarante,
Ceux de la feconde & de la troisieme Loterie
n'avoient point de prix fixe.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 15 février, à l'occasion de l'anniversaire du Roi, un Te Deum fut chanté à Notre-Dame et dans d'autres églises de Paris. Le Comte de Noailles, Gouverneur de Versailles, y assista avec les officiers du bailliage. Des feux et des salves de mousqueterie furent tirés par les Invalides, et les maisons furent illuminées. Le Roi accorda les honneurs de Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Louis à M. de Crémille et ordonna l'équipement de chaque bataillon d'infanterie avec une pièce de canon suédoise. Le corps de la gendarmerie fut augmenté à 1240 hommes. M. le Comte de Saint-Florentin fut élu académicien honoraire à l'Académie Royale des Belles-Lettres, et M. Bertier de Sauvigny fut nommé Conseiller d'État et Intendant de la Généralité de Paris. Les évêques de Bretagne instituèrent une fête perpétuelle en l'honneur des Saints Anges Gardiens pour remercier Dieu d'avoir sauvé le Roi d'un attentat. Le Duc de Mirepoix célébra la convalescence du Roi à Montpellier par une fête incluant un Te Deum, des salves d'artillerie, un feu d'artifice et un bal. Le Roi régla les modalités de la tenue des Sceaux, nommant six Conseillers d'État et six Maîtres des Requêtes. Plusieurs Maréchaux de France furent nommés, dont le Duc de Mirepoix. L'Académie Royale des Belles-Lettres présenta au Roi des volumes de ses Mémoires et des ouvrages sur l'histoire des Huns et une carte des côtes de la Grèce. Divers régiments d'infanterie et de cavalerie furent accordés à plusieurs officiers promus. Des actions de grâce pour la conservation du Roi furent organisées, incluant une messe solennelle et le Te Deum à l'église métropolitaine. Le Prince Constantin de Rohan fut sacré évêque de Strasbourg. Plusieurs navires anglais furent capturés par des corsaires français. En avril 1757, plusieurs actions de corsaires français furent rapportées. À Roscoff, un navire de médecine arriva. Deux bâtiments anglais furent conduits à Saint-Malo, l'un chargé de citrons et d'oranges, l'autre de sel. Divers corsaires capturèrent des navires anglais chargés de marchandises variées, telles que du café, du sucre, du riz, du bois, et des produits pour la traite des nègres. À Marseille, plusieurs corsaires conduisirent des navires anglais chargés de plomb, de harengs, de saumon, de morue, d'eau-de-vie, d'huile et de fromage. Le 14 mars, M. l'Évêque d'Autun fut reçu à l'Académie Française, prononçant un discours de remerciement. Des réflexions sur l'usage et l'abus de la philosophie furent lues par M. d'Alembert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 187-203
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 2 Avril, le Roi tint le Sceau pour la troisieme fois dans la même [...]
Mots clefs :
Sceau, Maîtres des requêtes, Ouragan, Dégâts, Duc, Comtesse, Évêque, Compagnie des Mousquetaires, Convention, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Articles, Troupes, Hiérarchie, Brigadiers, Officiers, Commandant, Campement, Chevaliers, Académie royale des sciences, Corsaires, Marchandises, Capitaines
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
LE 2 Avril , le Roi tint le Sceau pour la troifieme
fois dans la même piece de fon appartement ,
où Sa Majesté l'avoit tenu le 4 & le 18 du mois
de Mars. Les fix Maîtres des Requêtes , nommés par le Roi pour affifter
au Sceau pendant
ce trimeftre
, font Mrs. de Bercy , de Villeneuve ,
d'Argouges de Fleury , Bernard de Balinvilliers ,
le Nain , & Amelot de Chaillou . Après que M.
Jolly , Grand Audiencier de France , eut préfenté
les Lettres dont il étoit chargé ; ils firent
ainfi que le Confeiller du Grand Confeil , Grand
Rapporteur , le rapport de celles qui les concernent.
M. Charpentier , Contrôleur Général de
la Chancellerie , a rempli les fonctions de cette
charge. Elles avoient été remplies dans le trimeftre
de Janvier par M. Chazelle , alors en
exercice . Les trois jours que Sa Majeſté a tenu le
Sceau , M. de la Haye , Procureur du Roi des
Requêtes de l'Hôtel , & Général des grande &
petite Chancelleries , a occupé la place qui lui
eft marquée derriere les Maîtres des Requêtes.
On effuya à Paris , le même jour au foir , un ouragan
des plus terribles . Cette tempête a embraf
fé une grande étendue de pays , & a caufé des
188 MERCURE DE FRANCE.
dommages confidérables en plufieurs endroits
Elle a été , particuliérement au Havre , l'occafion
d'un finiftre événement. L'impétuofité du
vent ayant emporté une partie du comble de la
falle de la Comédie , une autre partie de ce
comble eft tombée fur les luftres & fur les lampions
du théâtre. Le feu a pris aux décorations ,
& bientôt à toute la falle . Il y avoit près de
cinq cens perfonnes au fpectacle. Onze ont été ,
les unes écrasées , les autres brûlées ou étouffées .
Vingt autres ont été bleffées . Toute la falle a
été réduite en cendres. L'incendie a duré trois
heures. Il auroit confumé la ville entiere , fi les
fecours qu'on apporta n'euffent arrêté le progrès
des Aammes.
Le Jeudi-Saint , l'Evêque de Saint - Omer ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de la Cene de M. Frefneau , Vicaire de la Paroiffe
Royale de Saint Germain l'Auxerrois à
Paris ; Sa Majesté a lavé les pieds à douze pauvres
, & les a fervis à table. Le Prince de Condé ,
Grand-Maître de la Maifon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc
de Penthievre , & par les principaux Officiers
de Sa Majesté . Après cette cérémonie , le Roi
& la Reine fe font rendus à la Chapelle , où
Leurs Majeftés ont entendu la grande Meffe , &
ont affifté enfuite à la Proceffion.
Le 11 , Madame la Comteffe de Giſors , à qui le
Roi a accordé un Brevet d'Honneur, eut l'honneur
de faluer Leurs Majeftés , & prit le tabouret .
Le Roi a choifi l'Evêque , Duc de Laon , pour
JUIN. 1757. 189
remplacer en qualité d'Ambaſſadeur de Sa Majeſté
auprès du Saint Siege, le Comte de Stainville , qui
doit aller réfider avec le même caractere auprès de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme.
Le 17 Avril , les Députés des Etats d'Artois
eurent audience du Roi , étant préſentés par M.
le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province >
& par M. le Marquis de Paulmy, Miniftre & Secre
taire d'Etat , & conduits par M. Defgranges , Maître
des Cérémonies. La députation étoit compofée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint- Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Creny , pour la
Nobleffe , & de M. de Canchy , Maire d'Arras
pour le Tiers Etat.
"
Le Roi a accordé la Cornette vacante dans la
feconde compagnie des Moufquetaires par la mort
de M. le Marquis de Villegagnon , à M. de Keret
de Keravel , premier Maréchal des Logis de cette
Compagnie. Sa Majefté en cette occaſion a bien
voulu rappeller un ufage long-temps fuivi par
rapport aux deux compagnies de Moufquetaires.
Toute la Nobleffe apprendra fans doute avec
plaifir une nouvelle qui intéreffe un Corps ,
dans lequel elle a toujours tenu à honneur de faire
au moins fes premieres campagnes.
Le 10 Mai , le Roi tint le Sceau , pour la cinquieme
fois. Avant le Sceau , les Secretaires du
Roi eurent l'honneur de préfenter à Sa Majeſté
dans fon Cabinet la bourfe de jettons , que cette
Compagnie donne ordinairement au Garde des
Sceaux le jour de S. Jean Porte-Latine. M. Carpot,
comme l'ancien des Secretaires du Roi préfens ,
porta la parole. La bourfe fut préſentée par
M. Hemart , Tréſorier de la Compagnie.
Le 11 Mai , le Roi , accompagné de Monſei
gneur le Dauphin , fit dans la plaine des Sablons ,
190 MERCURE DE FRANCE.
la revue des Régimens des Gardes Françoiſes &
Suiffes. Ces deux Régimens , après avoir fait
l'exercice , défilerent en préfence de Sa Majesté.
Madame & Mefdames Victoires & Sophie , af
fifterent à cette revue. Le peuple exprima par fes
acclamations réitérées la joie que lui inſpiroit la
préfence de Sa Majesté.
Le Roi a agréé , pour la place de Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie d'Orléans ,
vacante par la démiffion du Comte de Balleroy ,
le Marquis Saujon , Colonel dans les Grenadiers
de France. Sa Majefté a nommé le Comte de
Guines de Souaftre , & le Chevalier de Durfort ,
Colonels dans le Corps des mêmes Grenadiers.
La convention conclue entre le Roi & l'impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , fur le
fervice de leurs armées combinées , étant d'une trop
grande étendue pour pouvoir être inférée ici en
entier , on fe contentera d'en extraire les principaux
articles :
« Les troupes de S. M.Très- Chrétienne n'étant
» qu'auxiliaires des troupes de S. M. l'Impératrice
» Reine, celles - ci auront toujours la droite en quel
» que nombre qu'elles fe trouvent avec les trou-
» pes Françoifes , excepté dans le cas où la difpo-
» fition militaire ne pourroit pas permettre aux
» troupes de former la totalité de l'aîle droite ,
>> premiere & feconde ligne : en ce cas , l'Infan-
» terie de Sa Majesté l'Impératrice aura la totalité
» de la droite de l'infanterie , premiere & fecon-
» de ligne ; le Corps de la Cavalerie , premiere
» & feconde ligne , fera placé & joint à la droite
» de l'Infanterie , & le furplus de la Cavalerie ,
>> néceffaire pour former l'aîle droite , fera fourni
» par les troupes Françoifes. Dans le même cas
où les troupes Françoifes feront auxiliaires , &
JUIN. 1757. 191
où elles feront en moindre nombre que les trou
» pes de l'Impératrice Reine , elles feront mifes
» en bataille fur l'aîle gauche dans le même or→
» dre , qui vient d'être expliqué pour l'aîle droite
» en parlant des troupes de l'Impératrice Reine..
>> Mais fi au contraire , par quelque cas impré-
» vu , les troupes de l'Impératrice Reine devien
» nent auxiliaires du Corps des troupes Françoi-
» fes , elles prendront pofte à la gauche , fuivant
» les difpofitions prefcrites ci - deffus pour les trou-
» pes Françoifes , lorfqu'elles étoient dans le cas
» d'être auxiliaires .
» Quelque grade militaire que puiffe avoir l'Of-
>> ficier qui commandera en chef les troupes de l'u-
» ne ou de l'autre Nation , qui feront en moindre
» nombre dans une armée combinée , il fera tou-
» jours la feconde perfonne de l'armée , fans pouvoir
devenir la premiere , quand même le com-
» mandement tomberoit entre les mains d'un
» Officier Général des troupes de l'autre Nation ,
» qui feroit d'un grade inférieur au fien.
La préférence pour le commandement entre
» les Officiers Généraux des deux Nations , Officiers
Supérieurs , & autres , fera toujours réglée
» par la date des pouvoirs , brevets & commiffions
defdits Officiers , auxquels , à grade égal ,
» l'ancienneté donnera toujours le droit de com-
> mander.
» Comme il y a dans les troupes des deux Puiffances
, des grades différens les uns des autres ,
» tels que ceux de Brigadiers d'Infanterie , de
» Cavalerie & de Dragons , dans les troupes de
» S. M. T. Chrétienne , & ceux de Généraux d'Infanterie
& de Cavalerie dans les armécs de l'Impératrice
Reine ; & comme il eft néceffaire d'égalifer
le fervice par quelque expédient , qui
5
192 MERCURE DE FRANCE.
»fatisfaffe également aux ufages des deux Nations ?
l'Impératrice Reine défignera autant de Colonels
de fes troupes , qu'Elle le jugera à propos ,
» pour faire le ſervice de Brigadiers dans les ar-
» mées combinées ; & de fon côté S. M. T. C.
défignera le nombre qu'Elle jugera à propos de
Lieutenans-Généraux de ſes armées , pour faire
» le fervice de Généraux de Cavalerie & d'Infante.
» rie dans lefdites armées combinées .
>> Tous les Généraux de Cavalerie ou d'Infante-
» rie de l'une ou de l'autre Nation , foit qu'ils
>> aient réellement le grade , foit qu'ils foient
» fimplément défignés & admis à en remplir les
>> fonctions , prendront rang entr'eux pour le
> commandement , du jour de la date de leurs
» pouvoirs , ou commiffions de Lieutenans - Gé-
» néraux.
» De même les Brigadiers de l'une & l'autre
» Nation , ou poffédant réellement ce titre , ou en
>> étant revêtus occafionnellement , prendront rang
» entr'eux , pour le commandement & le fervice ,
» du jour de la date de leurs commiffions reſpecti
» ves de Colonels. Quant aux Lieutenans- Colo-
» nels François , employés en leur qualité de Brigadiers
, ils prendront rang avec les Officiers
» Autrichiens défignés pour faire ledit fervice de
Brigadiers , fuivant la date de leurs brevets de
» Brigadiers ; & les mêmes Colonels Autrichiens ,
» défignés pour tenir rang avec les Brigadiers , fe
» régleront en conféquence , fuivant la date de
» leurs commiffions de Colonels , avec lefdits
Lieutenans -Colonels des troupes Françoiſes ,
» du jour que lesdits Lieutenans-Colonels auront
» été nommés au grade de Brigadier .
» L'ufage étant parmi les troupes Françoifes ,
que dans les détachemens l'Officier de Cava-
» lerię
JUIN. 1757.
193
» lerie commande en plaine , & que lorsque le
» même détachement ſe trouve dans les Places ou
» dans des lieux fermés , le commandement appartient
, à grade égal , à l'Officier d'Infante
» rie : au contraire , parmi les troupes Autri
» chiennes , le commandement ne variant jamais ,
foit en plaine , foit dans les lieux fermés , cha
» que Nation fuivra fes regles à cet égard. Et
toutes les fois qu'il y aura variation entre les
» Commandans des troupes Françoiſes en confé
» quence de leurs Ordonnances , le nouveau Com.
» mandant fera toujours en droit de fe régler avec
» les Commandans des troupes Autrichiennes par
n la date de leurs commiffions refpectives. Mais
» l'Officier Autrichien commandera , foit en plai
» ne , foit dans les lieux fermés , s'il eft ancien
» ou fuivant fon ancienneté fur celui des deux
» qui appartiendra de droit le commandement
» fur les troupes Françoifes.
- >> Le Commandant en chefdu Corps de troupes
>> des deux Nations , qui fera en moindre nomwbre
dans une armée combinée , fera appellé à
> tous les Confeils de guerre , & à fon défaure
l'Officier Général , ou autre à qui le comman~
» dement des troupes de fa Nation fera échu...
7
Il ne pourra rien diminuer ni changer aux
»-bans que les Général de Parmée fera publier :
» cependant comme il peut y avoir dans les ufa-
» ges de l'une des deux Nations , des punitions
plus féveres pour certains crimesque dans l'au
>>>- tre , chaque Nation, fuivra fes uſages à cet
» égard ; & le Commandant des troupes qui fe
» ront en moindre nombre à l'armée pourra tou
»jours ajouter au ban du Général de l'armée , ce
» qu'il croira néceffaire pour la plus févere punition «
» des délits , & pour l'entière exécution des Or- e
• II. Vol b anellinred I
194 MERCURE DE FRANCE.
I
» donnances de fon Souverain , auxquelles il aura
> attention de fe conformer ; mais il ne pourra
jamais rien diminuer à l'efpece des punitions qui
» feront ordonnées par lefdits bans du Général
» de l'armée , quand même les uſages de få Nay
tion feroient différens. .....
» Il pourra faire grace aux criminels des trou-
» pes de fa Nation pour les cas de fa juftice parti-
>> culiere , mais non pas pour les délits commis
> contre les défenfes portées dans les bans publiés
» par l'ordre du Général de l'armée , à qui feul ce
droit appartiendra ; mais de fon côté le Général
» de l'armée ne pourra pas faire grace à un crimi-
>> nel qui auroit été condamné par le Confeil de
guerre de l'autre Nation , fur les fujets de laquelle
le droit de vie & de mort appartient à
» fon feul Souverain , ou à celui qui le repréfente.
» Le feul Général de l'armée combinée aura
» droit de donner des fauve -gardes ; mais lorfqu'il
en enverra , il en fera fourni proportion-
»> nellement par les troupes des deux Nations.
» On fuivra , pour la façon de camper , & pour
» les détails du campement , les ufages de chaque
» Nation . Elles fuivront de même leurs ufages
» pour leur ordre de bataille particulier.
A l'égard des marches générales de l'armée ;
» quoique l'on convienne que les troupes belligé
Drantes doivent toujours avoir la droite & Pa-
>>. vant-garde , cependant il eft des occafions , où,
» en corps d'armée , cette difpofition ne peut pas
» avoir lieu militairement , & le Général de l'ar-
» mée fera le maître de faire , à ce ſujet , les dif
p.pofitions telles qu'il le jugera à propos.
ม
En détachement , les troupes de la Nation
belligérante auront toujours l'avant- garde en
pallant à l'ennemi, & l'arriére- garde dans les cas
» de retraite ; les bataillons de la même Nation ,
JUIN. 1757. 195
la droite dans la tranchée ; & leurs Compagnies
» de Grenadiers , la tête de la ſappe.
» Les Gardes & détachemens feront fournis par
proportion réciproque du nombre complet des
» troupes de chaque Nation , qui formeront l'armée
combinée . Chaque garde ne fera jamais
» compofée que de troupes de la même Nation .
» Les détachemens de cinquante hommes , & au
» deffous , ne feront de même jamais compofés
» que de troupes de la même Nation . Les déta-
*
chemens plus confidérables feront compofés de
» plufieurs troupes de cinquante hommes des
» troupes des deux Nations , en proportion de
» leurs forces. Et comme les Officiers particuliers
» des troupes Autrichiennes font en moindre
» nombre que ceux des troupes Françoifes , ils
» n'enfourniront que la moitié de ceux qui feront
» commandés pour les détachemens des troupes
>> Françoiſes , à moins que pour des raifons par-
❤ticulieres le Commandant Général de leur Na-
» tion ne jugeât à propos d'y faire marcher un
plus grand nombre d'Officiers.
» Dans les difpofitions qui feront faites pour
» l'emplacement des troupes des deux Nations
dans des cantonnemens ou des quartiers d'hywwer
, on obfervera , autant qu'il fera poffible
» de les placer fuivant l'ordre de bataille que les
troupes des deux Nations tiennent entr'elles à
l'armée.
» Si les circonstances , la nature du pays , les
objets militaires , ou autre raiſons , ne permet-
>> toient pas de fuivre cet ordre , on obfervera de
ne point entremêler les troupes d'une Nation
» avec celles de l'autre , & de leur former un ar-
» rondiffement , de façon que le corps qui fera
» en moindre nombre , de même que celui qui
Î ij
196 MERCURE DE FRANCE.
» fera en plus grand nombre , foient placés , fans
» interruption , en premiere , feconde & troifie-
» me ligne.
Il en fera de même pour les fourrages ; &
» dans ceux qui feront faits , foit au verd , ſoit au
» fec , on obfervera d'affigner, à chaque Nation
» un terrein marqué , ou un arrondiffement de
» Villages , qui faffe que chaque Nation puiſſe
» fourrager fans le mêler avec l'autre.
Cette convention , qui contient trente-huit articles
, fut fignée à Vienne le 25 du mois de Février
dernier , au nom du Roi , par le Maréchal
d'Eftrées , Plénipotentiaire de Sa Majefté , & au
nom de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , par le Feld- Maréchal Comte de Neipperg,
chargé des pouvoirs de cette Princeffe. La
ratification du Roi eft datée du 19 Mars , & celle<<
de l'Impératrice Reine , du 25 du même mois.
Le 11 Mai , les Chevaliers de l'Ordre de Saint-
Michel tinrent un Chapitre dans le grand Gouvent
des Religieux de l'Obſervance . M. le Duc de Vil
leroy, Chevalier des Ordres du Roi , y préfida en..
qualité de Commiffaire de Sa Majesté. H reçut
Chevaliers M. Dupleix , ci-devant Gouverneur de
Pondichery , & Commandant en chef dans les établillemens
François aux Indes Orientales ; M, Faucher,
Commiffaire des Guerres , qui a été emploié ‹
pour les affaires du Roi à Genes, & à Turin , &
M. Laurent , Ingénieur célebre par l'invention de
plufieurs machines auffi utiles qu'ingénieuſes. Le
Baron d'Olne , Liégeois M. Olivieri , premier
Sculpteur du Roi d'Efpagne , &@M. Zabielo
, Gentilhomme de Lithuanie , que le Roi a
nommés Chevaliers , furent préconisés dans les
mêmeChapitre Sa Majefté a mis auffi au nombre
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel M.
L
197
$
JUIN
. 1757.
Haufer , Bailli du canton de Glaris , & M. Freuler,
Banneret & Brigadier du même Canton.
Le 12,le Roi & Madame furent parrein & marreine
de M. Bontemps , un des quatre Valets de
Chambre de Sa Majefté , & dont la famille depuis
quatre générations poffede cette charge. Il a éte
nommé Louis Pierre- Dominique. Les cérémonies
du Baptême lui furent fuppléées.dans la Chapelle
du Château , en préfence du Curé de la Paroiffe de
Notre-Dame , par l'Abbé de Sainte Aldegonde ,
Aumonier du Roi.
Leurs Majeftés fignerent le 15 le contrat de
mariage de M. Bontemps avec Mlle. Teiffier , fille
de l'ancien Maître de la Chambre aux Deniers ,
& celui de M. Teiffier fils avec Dlle. Bontemps.
Sur la démiffion de M. de Pontcarré , de Roi a
nommé premier Préfident du Parlement de Nor.
mandie M. Hue de Miromefnil , Maître des Requêtes.
M. Buache , de l'Académie Royale des Sciences
, a eu l'honneur de préfenter au Roi un rẻ-
ceuil de cartes & de tables , approuvées par cette
compagnies : elles établiffent un fyftême de géographie
phyfique fur la ftructure du globe , conconfidérée
par les grandes chaînes de montagnes,
qui traverfent les continens , comme les mers
d'un pôle à l'autre , & d'Occident en Orient.
Pour rendre fon fyftême complet fur l'enchaînement
des continens connus avec celui des terres
Antarctiques dont on connoît trois points principaux
, l'Auteur a examiné l'existence de ces terres.
Il en fixe l'étendue & la figure , dans un mémoire
que le temps ne lui a pas permis de life à la
derniere rentrée publique de l'Académie des
Sciences .
"
M. Hardouin Manfard-de Lévy- de Sagonne ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Royale d'Architecture , & ancien
Architecte du Roi , prêta ferment le 22 entre les
mains de Sa Majefté , pour la charge de Lieutemant
de Roi de la Province de Bourbonnois.
Le Roi a accordé le brevet de Lieutenant de Frégate
, avec une gratification de quatre cens livres ,
a M. Rozier , commandant le Navire le Robufte ,
qui foutint le & du mois dernier , & les deux jours
fuivans trois combats très- vifs contre une Frégate
Angloife , fort fupérieure en forces , & le 11 du
même mois un autre combat contre un Corfaire
de 200 hommes d'équipage. Sa Majéſté a donné
une épée au Lieutenant de M. Rozier , une gratification
de trois mille livres pour l'équipage du
Navire le Robufte , & pour les Volontaires étrangers
embarqués fur ce Bâtiment , une de quatre
cens livres au Chevalier de Saint - Rome qui commande
ces derniers , & une de trois cens à M. de
Gaignerau fon Lieutenant.
Le fieur Martel , commandant la Frégate du
Roi la Valeur , s'eft emparé le 28 du mois de
Mars , à la vue de Belle -Iffe , d'un Corſaire Anglois
armé de 10 canons , 10 pierriers , & 70
hommes d'équipage .
*
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne
a relâché à Dunkerque , où le Capitaine Libert
qui le commande , a remis les ôtages des fept
rançons qu'il a faites , & qui montent enfemble
$ 3000 liv.
On mande de Saint -Malo , que le Capitaine
Thomas Donat , qui commande le Corfaire la
Duc d'Aiguillon , de ce Port , y a conduit le Corfaire
Anglois le Blackeney , armé de 16 canons
& de 12 pierriers. Il s'en eft emparé à la vue des
Sept-Ifles.
>
Le Corfaire l'Aurore ,, de Bayonne , dont eft
JUIN. 1757.
1994 :
Gapitaine le fieur Lavernis , s'eft rendu maitre des
Navires Anglois l'Induftrie & l'Ami , venant de
la Caroline . Ils font chargés , l'un de 25441 livres
d'indigo , de 25 barrils de riz , de 135 barrils de
goudron , & de 86 barrils de brai ; l'autre de 36341
livres d'indigo , de 1-32 barriques de café , de 3
boucauts de fucre , de pelleteries , & d'autres
marchandiſes.
Le Capitaine Saubat- Balanqué , commandant
la Marquise d'Amon , autre Corfaire de Bayonne,
s'eft emparé du Navire Anglois le Duc de Scarbo
rough , de 160 tonneaux , chargé de faumon falé
& d'autres marchandiſes. Cette prife a été conduite
en ce Port .
Le Vaiffeau du Roi l'Hippopotame , armé en
courſe , & commandé par le fieur de Pigache
Lieutenant de Vaiffeau , a pris & fait conduire à
Marſeille le Navire Anglois l'Elifabeth , qui alloit,
d'Yarmouth à Venife avec un chargement
compofé de plomb & de falaiſons .
On a été informé par des lettres écrites de Mahon
, que le nommé François Nufa , Minorcain ,
qui commande un des quatorze Corfaires armés
en ce Port , a pris à l'abordage deux Navires An
glois , l'un de 14 canons l'autre de 2 , & qu'il les
a conduits à Cartagene . Ces deux priſes font d'une
valeur affez conſidérable .
Le Capitaine Martin la Fargue , commandant
Le Corfaire l'Aigle , de Bayonne , y eft rentré le
4 Avril , avec deux Navires Anglois , dont il
s'eft rendu maître. Ces deux Navires , appellés
Pun la Charmante Nancy , l'autre la Charmante
Marthe , font très- richement chargés. La cargai
fon du premier confifte en 87577 livres d'indigo ,
189 futailles de fucre , 223 futailles de café , 75
futailles de riz , 25 furons de kina , 6 furons de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
tabac d'Efpagne , 62 madriers de bois d'Acajou ,
1 pipe de vin de Madere , 36 cuirs de boeuf en
poil , a barriques de cortera , 5 tonneaux de bois
de Bréfil , & 13 tonneaux de bois de Campe
che. Le fecond a pour chargement 103000 li
vres d'indigo , 37 futailles de fucre , une pipe
de vin de Madere , 151 futailles de riz , 100
furons de tabac d'Eſpagne , 10 tonneaux de bois
de Campeche , to furons de kina , 30 futailles de
café , 27 futailles de peaux de chevreuil 1 barril
&6 paquets de pelleteries , 29 paux d'ours , 186
barrils de goudron , & une caiffe contenant 10 li
vres d'ambre gris.
>
L'Espérance , autre Corfaire de Bayonne , commandé
par le Capitaine Dotatce , a pris & a fait
conduire à Bordeaux le Navire le Marchand , de
80 tonneaux , chargé de vin de Malvoiſie , & de
fruits.
Le Corfaire le Comte de Saint-Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Flot , de 180 tonneaux , venant de la Caroline
avec un chargement de 325 boucauts de tabac ;
l'Anne , de 170 tonneaux , n'ayant que fon left ,
& d'un autre Bâtiment qu'il a rançonné pour 100
livres sterlings.
Le Capitaine Jalineau , commandant le Corfaire
la Comteffe de Noailles , de Bordeaux , s'eft
zendu maître du Corfaire Anglois la Molley , de
de Jerzey , de 18 Canons , 14 pierriers & 93
hommes d'équipage , & il l'a conduit à Breft.
On mande de Bayonne , que le Corfaire la Repréfaille
, de ce Port , a pris & y a fait conduire
le Navire Anglois la Ducheffe de Blewford , de
Briſtol , de 166 tonneaux , chargé de fucre , girofle
, poivre , gingembre , & autres marchandifes.
Des lettres écrites de Marfeille marquent que
JUI N. 1757.
201
le Corfaire le Bien- Aimé , de ce Port , y á conduit
le Navire Anglois le Faffi , dont il s'eft emparé
, & dont le chargement confifte principalement
en huile .
Le Capitaine Libert , commandant le Corfairé
le Duc d'Aumont , de Boulogne , eft entré à
Dunkerque , où il a remis les otages de fept
rançons montant enſemble à 1000os livres.
Les Corfaires la Difficulté & l'Hyver , du Havre
, y ont fait conduire le petit Corfaire Anglois
le Héros , armé de 2 canons , 8 pierriers , & 25
hommes d'équipage. Ils s'en font emparés à l'embouchure
de la riviere de Caén .
On mande de Saint-Malo , que le Corfaire
le Marquis de Puyzieulx , de ce Port , s'eft rendu
maître du Corfaire Anglois le Tartare , de
Guernezey , ( ci- devant la Baftienne , de Boulo.
gne ) de huit canons , 8 pierriers , & 56 hom
mes d'équipage.
a
Le Capitaine Magnonet qui commande le Corfaire
le Machault , de Granville , a pris & à fait
conduire à Rofcoff deux Bâtimens Anglois : l'un
eft un Corſaire de Guernezey , de 8 canons , 10
pierriers , & 53 hommes d'équipage ; l'autre eft
un Navire armé de 4 petits canons , ayant pour
chargement 245 futailles de fucre , & 46 milliers
de café .
Un autre Corfaire du même nom , armé à
Saint-Malo , s'eft rendu maître de la Corvette du
Roi d'Angleterre le Merlin , de 12 canons , &
107 hommes d'équipage. On a trouvé fur cette
Corvette , qui eft arrivée à Breft , une grande
quantité de munitions de guerre. Le même Cor
faire s'eft emparé d'un autre Bâtiment armé en
guerre avec 16 canons , 16 pierries , & 85 hommes
d'équipage.
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Il est arrivé à Bayonne un Navire Anglois aps.
pellé le Spitwel , de Londres. Il a été pris par le
Capitaine Fau , commandant le Corfaire la Repré
Jaille. Son chargement confifte en 658 futailles
de riz , 70 barrils de café , 53 barrils ou caiffes .
d'indigo , 11 barriques de pelleteries , 9 barriques
de bois de canelle , & is tonneaux de bois
de campeche.
On eft informé qu'un Corfaire François s'eft
emparé , dans les Mers du Nord , d'un Navire
Anglois richement chargé , & qu'il l'a conduit à
Bergue en Norwege..
Le Capitaine Olivier-Jean Bellanger , com
mandant le Corfaire le Caincy , de Dieppe , a remis
à Dunkerque les ôtages dedeux rançons qu'ik
a faites , & qui montent enſemble à 450 guinées.
Il eft arrivé à Dunkerque un Navire Anglois ,
appellé le Janet & Bety , de 60 tonneaux ,, char
gé de vin , d'eau-de-vie , de riz , & d'autres mar
chandifes. Il a été pris par le Corfaire le Duc d'Aumont
de Boulogne,
Les Corfaires la Difficulté & l'Hiver , du Havre,
ont pris & conduit à la Hougue le petit Corfaire
l'Aventure- Galley , de Jezey , armé de 4
pierriers , & de 17 hommes d'équipage.
Le Corfaire la Philippine , de Calais , y eft,
rentré avec les ôtages de cinq rançons qu'il a fai
tes, & qui montent enfemble à 795 guinées.
Les Bateaux Anglois le Jean & Marie & ls,
Thomas & Guillaume , l'un chargé d'huîtres
l'autre n'ayant que fon left , ont été, pris par les
Corfaires le Marquis de Villequier , la Princeffe,
de Condé & la Bonne Foy , qui les ont conduits à
Boulogne.
On mande du Havre , qu'il y eft arrivé trois,
Navires Anglois , appellés, l'un le Marchandde
y I
"
1
JUIN. 1757. 203.
Schiedam de 220 tonneaux , l'autre la Dame
Fortune , de 200 tonneaux ; & le troifieme le
Saint-Georges , de 140 tonneaux. Ces trois Bâtimens
, qui font chargés de charbon de terre , ont
été pris par le Corfaire la Victoire , de Saint-
Malo.
Le Puyzieulx , autre Corfaire de ce port , y a
conduit le Navire Anglois le Tigre , .de 230 ton--
neau , allant de la Virginie à Londres avec un char--
gement de 433 boucauts de tabac , 34. tonneaux
de fer , & autres marchandiſes.
Le même Corfaire , & un autre nommé l'In--
vincible , fe font emparés du Corfaire l'Amazone ,,
de Grenezey , armé de 16 canons , 10 pierriers ,,
& 94 hommes d'équipage.
On apprend par des lettres écrites de la Ro--
chelle , que le Corfaire le Maréchal de Richelieu ,
de Nantes , a conduit dans ce premier Port le:
Corfaire le Grenezey , de Grenezey , armé de 200
canons & de 180 hommes d'équipage. Il s'en eft
emparé après un combat de trois heures..
LE 2 Avril , le Roi tint le Sceau pour la troifieme
fois dans la même piece de fon appartement ,
où Sa Majesté l'avoit tenu le 4 & le 18 du mois
de Mars. Les fix Maîtres des Requêtes , nommés par le Roi pour affifter
au Sceau pendant
ce trimeftre
, font Mrs. de Bercy , de Villeneuve ,
d'Argouges de Fleury , Bernard de Balinvilliers ,
le Nain , & Amelot de Chaillou . Après que M.
Jolly , Grand Audiencier de France , eut préfenté
les Lettres dont il étoit chargé ; ils firent
ainfi que le Confeiller du Grand Confeil , Grand
Rapporteur , le rapport de celles qui les concernent.
M. Charpentier , Contrôleur Général de
la Chancellerie , a rempli les fonctions de cette
charge. Elles avoient été remplies dans le trimeftre
de Janvier par M. Chazelle , alors en
exercice . Les trois jours que Sa Majeſté a tenu le
Sceau , M. de la Haye , Procureur du Roi des
Requêtes de l'Hôtel , & Général des grande &
petite Chancelleries , a occupé la place qui lui
eft marquée derriere les Maîtres des Requêtes.
On effuya à Paris , le même jour au foir , un ouragan
des plus terribles . Cette tempête a embraf
fé une grande étendue de pays , & a caufé des
188 MERCURE DE FRANCE.
dommages confidérables en plufieurs endroits
Elle a été , particuliérement au Havre , l'occafion
d'un finiftre événement. L'impétuofité du
vent ayant emporté une partie du comble de la
falle de la Comédie , une autre partie de ce
comble eft tombée fur les luftres & fur les lampions
du théâtre. Le feu a pris aux décorations ,
& bientôt à toute la falle . Il y avoit près de
cinq cens perfonnes au fpectacle. Onze ont été ,
les unes écrasées , les autres brûlées ou étouffées .
Vingt autres ont été bleffées . Toute la falle a
été réduite en cendres. L'incendie a duré trois
heures. Il auroit confumé la ville entiere , fi les
fecours qu'on apporta n'euffent arrêté le progrès
des Aammes.
Le Jeudi-Saint , l'Evêque de Saint - Omer ayant
fait l'Abfoute , & le Roi ayant entendu le Sermon
de la Cene de M. Frefneau , Vicaire de la Paroiffe
Royale de Saint Germain l'Auxerrois à
Paris ; Sa Majesté a lavé les pieds à douze pauvres
, & les a fervis à table. Le Prince de Condé ,
Grand-Maître de la Maifon du Roi , étoit à la
tête des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats ont été portés par Monfeigneur
le Dauphin , le Duc d'Orléans , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche , le Comte d'Eu , le Duc
de Penthievre , & par les principaux Officiers
de Sa Majesté . Après cette cérémonie , le Roi
& la Reine fe font rendus à la Chapelle , où
Leurs Majeftés ont entendu la grande Meffe , &
ont affifté enfuite à la Proceffion.
Le 11 , Madame la Comteffe de Giſors , à qui le
Roi a accordé un Brevet d'Honneur, eut l'honneur
de faluer Leurs Majeftés , & prit le tabouret .
Le Roi a choifi l'Evêque , Duc de Laon , pour
JUIN. 1757. 189
remplacer en qualité d'Ambaſſadeur de Sa Majeſté
auprès du Saint Siege, le Comte de Stainville , qui
doit aller réfider avec le même caractere auprès de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme.
Le 17 Avril , les Députés des Etats d'Artois
eurent audience du Roi , étant préſentés par M.
le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province >
& par M. le Marquis de Paulmy, Miniftre & Secre
taire d'Etat , & conduits par M. Defgranges , Maître
des Cérémonies. La députation étoit compofée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint- Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Creny , pour la
Nobleffe , & de M. de Canchy , Maire d'Arras
pour le Tiers Etat.
"
Le Roi a accordé la Cornette vacante dans la
feconde compagnie des Moufquetaires par la mort
de M. le Marquis de Villegagnon , à M. de Keret
de Keravel , premier Maréchal des Logis de cette
Compagnie. Sa Majefté en cette occaſion a bien
voulu rappeller un ufage long-temps fuivi par
rapport aux deux compagnies de Moufquetaires.
Toute la Nobleffe apprendra fans doute avec
plaifir une nouvelle qui intéreffe un Corps ,
dans lequel elle a toujours tenu à honneur de faire
au moins fes premieres campagnes.
Le 10 Mai , le Roi tint le Sceau , pour la cinquieme
fois. Avant le Sceau , les Secretaires du
Roi eurent l'honneur de préfenter à Sa Majeſté
dans fon Cabinet la bourfe de jettons , que cette
Compagnie donne ordinairement au Garde des
Sceaux le jour de S. Jean Porte-Latine. M. Carpot,
comme l'ancien des Secretaires du Roi préfens ,
porta la parole. La bourfe fut préſentée par
M. Hemart , Tréſorier de la Compagnie.
Le 11 Mai , le Roi , accompagné de Monſei
gneur le Dauphin , fit dans la plaine des Sablons ,
190 MERCURE DE FRANCE.
la revue des Régimens des Gardes Françoiſes &
Suiffes. Ces deux Régimens , après avoir fait
l'exercice , défilerent en préfence de Sa Majesté.
Madame & Mefdames Victoires & Sophie , af
fifterent à cette revue. Le peuple exprima par fes
acclamations réitérées la joie que lui inſpiroit la
préfence de Sa Majesté.
Le Roi a agréé , pour la place de Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie d'Orléans ,
vacante par la démiffion du Comte de Balleroy ,
le Marquis Saujon , Colonel dans les Grenadiers
de France. Sa Majefté a nommé le Comte de
Guines de Souaftre , & le Chevalier de Durfort ,
Colonels dans le Corps des mêmes Grenadiers.
La convention conclue entre le Roi & l'impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , fur le
fervice de leurs armées combinées , étant d'une trop
grande étendue pour pouvoir être inférée ici en
entier , on fe contentera d'en extraire les principaux
articles :
« Les troupes de S. M.Très- Chrétienne n'étant
» qu'auxiliaires des troupes de S. M. l'Impératrice
» Reine, celles - ci auront toujours la droite en quel
» que nombre qu'elles fe trouvent avec les trou-
» pes Françoifes , excepté dans le cas où la difpo-
» fition militaire ne pourroit pas permettre aux
» troupes de former la totalité de l'aîle droite ,
>> premiere & feconde ligne : en ce cas , l'Infan-
» terie de Sa Majesté l'Impératrice aura la totalité
» de la droite de l'infanterie , premiere & fecon-
» de ligne ; le Corps de la Cavalerie , premiere
» & feconde ligne , fera placé & joint à la droite
» de l'Infanterie , & le furplus de la Cavalerie ,
>> néceffaire pour former l'aîle droite , fera fourni
» par les troupes Françoifes. Dans le même cas
où les troupes Françoifes feront auxiliaires , &
JUIN. 1757. 191
où elles feront en moindre nombre que les trou
» pes de l'Impératrice Reine , elles feront mifes
» en bataille fur l'aîle gauche dans le même or→
» dre , qui vient d'être expliqué pour l'aîle droite
» en parlant des troupes de l'Impératrice Reine..
>> Mais fi au contraire , par quelque cas impré-
» vu , les troupes de l'Impératrice Reine devien
» nent auxiliaires du Corps des troupes Françoi-
» fes , elles prendront pofte à la gauche , fuivant
» les difpofitions prefcrites ci - deffus pour les trou-
» pes Françoifes , lorfqu'elles étoient dans le cas
» d'être auxiliaires .
» Quelque grade militaire que puiffe avoir l'Of-
>> ficier qui commandera en chef les troupes de l'u-
» ne ou de l'autre Nation , qui feront en moindre
» nombre dans une armée combinée , il fera tou-
» jours la feconde perfonne de l'armée , fans pouvoir
devenir la premiere , quand même le com-
» mandement tomberoit entre les mains d'un
» Officier Général des troupes de l'autre Nation ,
» qui feroit d'un grade inférieur au fien.
La préférence pour le commandement entre
» les Officiers Généraux des deux Nations , Officiers
Supérieurs , & autres , fera toujours réglée
» par la date des pouvoirs , brevets & commiffions
defdits Officiers , auxquels , à grade égal ,
» l'ancienneté donnera toujours le droit de com-
> mander.
» Comme il y a dans les troupes des deux Puiffances
, des grades différens les uns des autres ,
» tels que ceux de Brigadiers d'Infanterie , de
» Cavalerie & de Dragons , dans les troupes de
» S. M. T. Chrétienne , & ceux de Généraux d'Infanterie
& de Cavalerie dans les armécs de l'Impératrice
Reine ; & comme il eft néceffaire d'égalifer
le fervice par quelque expédient , qui
5
192 MERCURE DE FRANCE.
»fatisfaffe également aux ufages des deux Nations ?
l'Impératrice Reine défignera autant de Colonels
de fes troupes , qu'Elle le jugera à propos ,
» pour faire le ſervice de Brigadiers dans les ar-
» mées combinées ; & de fon côté S. M. T. C.
défignera le nombre qu'Elle jugera à propos de
Lieutenans-Généraux de ſes armées , pour faire
» le fervice de Généraux de Cavalerie & d'Infante.
» rie dans lefdites armées combinées .
>> Tous les Généraux de Cavalerie ou d'Infante-
» rie de l'une ou de l'autre Nation , foit qu'ils
>> aient réellement le grade , foit qu'ils foient
» fimplément défignés & admis à en remplir les
>> fonctions , prendront rang entr'eux pour le
> commandement , du jour de la date de leurs
» pouvoirs , ou commiffions de Lieutenans - Gé-
» néraux.
» De même les Brigadiers de l'une & l'autre
» Nation , ou poffédant réellement ce titre , ou en
>> étant revêtus occafionnellement , prendront rang
» entr'eux , pour le commandement & le fervice ,
» du jour de la date de leurs commiffions reſpecti
» ves de Colonels. Quant aux Lieutenans- Colo-
» nels François , employés en leur qualité de Brigadiers
, ils prendront rang avec les Officiers
» Autrichiens défignés pour faire ledit fervice de
Brigadiers , fuivant la date de leurs brevets de
» Brigadiers ; & les mêmes Colonels Autrichiens ,
» défignés pour tenir rang avec les Brigadiers , fe
» régleront en conféquence , fuivant la date de
» leurs commiffions de Colonels , avec lefdits
Lieutenans -Colonels des troupes Françoiſes ,
» du jour que lesdits Lieutenans-Colonels auront
» été nommés au grade de Brigadier .
» L'ufage étant parmi les troupes Françoifes ,
que dans les détachemens l'Officier de Cava-
» lerię
JUIN. 1757.
193
» lerie commande en plaine , & que lorsque le
» même détachement ſe trouve dans les Places ou
» dans des lieux fermés , le commandement appartient
, à grade égal , à l'Officier d'Infante
» rie : au contraire , parmi les troupes Autri
» chiennes , le commandement ne variant jamais ,
foit en plaine , foit dans les lieux fermés , cha
» que Nation fuivra fes regles à cet égard. Et
toutes les fois qu'il y aura variation entre les
» Commandans des troupes Françoiſes en confé
» quence de leurs Ordonnances , le nouveau Com.
» mandant fera toujours en droit de fe régler avec
» les Commandans des troupes Autrichiennes par
n la date de leurs commiffions refpectives. Mais
» l'Officier Autrichien commandera , foit en plai
» ne , foit dans les lieux fermés , s'il eft ancien
» ou fuivant fon ancienneté fur celui des deux
» qui appartiendra de droit le commandement
» fur les troupes Françoifes.
- >> Le Commandant en chefdu Corps de troupes
>> des deux Nations , qui fera en moindre nomwbre
dans une armée combinée , fera appellé à
> tous les Confeils de guerre , & à fon défaure
l'Officier Général , ou autre à qui le comman~
» dement des troupes de fa Nation fera échu...
7
Il ne pourra rien diminuer ni changer aux
»-bans que les Général de Parmée fera publier :
» cependant comme il peut y avoir dans les ufa-
» ges de l'une des deux Nations , des punitions
plus féveres pour certains crimesque dans l'au
>>>- tre , chaque Nation, fuivra fes uſages à cet
» égard ; & le Commandant des troupes qui fe
» ront en moindre nombre à l'armée pourra tou
»jours ajouter au ban du Général de l'armée , ce
» qu'il croira néceffaire pour la plus févere punition «
» des délits , & pour l'entière exécution des Or- e
• II. Vol b anellinred I
194 MERCURE DE FRANCE.
I
» donnances de fon Souverain , auxquelles il aura
> attention de fe conformer ; mais il ne pourra
jamais rien diminuer à l'efpece des punitions qui
» feront ordonnées par lefdits bans du Général
» de l'armée , quand même les uſages de få Nay
tion feroient différens. .....
» Il pourra faire grace aux criminels des trou-
» pes de fa Nation pour les cas de fa juftice parti-
>> culiere , mais non pas pour les délits commis
> contre les défenfes portées dans les bans publiés
» par l'ordre du Général de l'armée , à qui feul ce
droit appartiendra ; mais de fon côté le Général
» de l'armée ne pourra pas faire grace à un crimi-
>> nel qui auroit été condamné par le Confeil de
guerre de l'autre Nation , fur les fujets de laquelle
le droit de vie & de mort appartient à
» fon feul Souverain , ou à celui qui le repréfente.
» Le feul Général de l'armée combinée aura
» droit de donner des fauve -gardes ; mais lorfqu'il
en enverra , il en fera fourni proportion-
»> nellement par les troupes des deux Nations.
» On fuivra , pour la façon de camper , & pour
» les détails du campement , les ufages de chaque
» Nation . Elles fuivront de même leurs ufages
» pour leur ordre de bataille particulier.
A l'égard des marches générales de l'armée ;
» quoique l'on convienne que les troupes belligé
Drantes doivent toujours avoir la droite & Pa-
>>. vant-garde , cependant il eft des occafions , où,
» en corps d'armée , cette difpofition ne peut pas
» avoir lieu militairement , & le Général de l'ar-
» mée fera le maître de faire , à ce ſujet , les dif
p.pofitions telles qu'il le jugera à propos.
ม
En détachement , les troupes de la Nation
belligérante auront toujours l'avant- garde en
pallant à l'ennemi, & l'arriére- garde dans les cas
» de retraite ; les bataillons de la même Nation ,
JUIN. 1757. 195
la droite dans la tranchée ; & leurs Compagnies
» de Grenadiers , la tête de la ſappe.
» Les Gardes & détachemens feront fournis par
proportion réciproque du nombre complet des
» troupes de chaque Nation , qui formeront l'armée
combinée . Chaque garde ne fera jamais
» compofée que de troupes de la même Nation .
» Les détachemens de cinquante hommes , & au
» deffous , ne feront de même jamais compofés
» que de troupes de la même Nation . Les déta-
*
chemens plus confidérables feront compofés de
» plufieurs troupes de cinquante hommes des
» troupes des deux Nations , en proportion de
» leurs forces. Et comme les Officiers particuliers
» des troupes Autrichiennes font en moindre
» nombre que ceux des troupes Françoifes , ils
» n'enfourniront que la moitié de ceux qui feront
» commandés pour les détachemens des troupes
>> Françoiſes , à moins que pour des raifons par-
❤ticulieres le Commandant Général de leur Na-
» tion ne jugeât à propos d'y faire marcher un
plus grand nombre d'Officiers.
» Dans les difpofitions qui feront faites pour
» l'emplacement des troupes des deux Nations
dans des cantonnemens ou des quartiers d'hywwer
, on obfervera , autant qu'il fera poffible
» de les placer fuivant l'ordre de bataille que les
troupes des deux Nations tiennent entr'elles à
l'armée.
» Si les circonstances , la nature du pays , les
objets militaires , ou autre raiſons , ne permet-
>> toient pas de fuivre cet ordre , on obfervera de
ne point entremêler les troupes d'une Nation
» avec celles de l'autre , & de leur former un ar-
» rondiffement , de façon que le corps qui fera
» en moindre nombre , de même que celui qui
Î ij
196 MERCURE DE FRANCE.
» fera en plus grand nombre , foient placés , fans
» interruption , en premiere , feconde & troifie-
» me ligne.
Il en fera de même pour les fourrages ; &
» dans ceux qui feront faits , foit au verd , ſoit au
» fec , on obfervera d'affigner, à chaque Nation
» un terrein marqué , ou un arrondiffement de
» Villages , qui faffe que chaque Nation puiſſe
» fourrager fans le mêler avec l'autre.
Cette convention , qui contient trente-huit articles
, fut fignée à Vienne le 25 du mois de Février
dernier , au nom du Roi , par le Maréchal
d'Eftrées , Plénipotentiaire de Sa Majefté , & au
nom de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , par le Feld- Maréchal Comte de Neipperg,
chargé des pouvoirs de cette Princeffe. La
ratification du Roi eft datée du 19 Mars , & celle<<
de l'Impératrice Reine , du 25 du même mois.
Le 11 Mai , les Chevaliers de l'Ordre de Saint-
Michel tinrent un Chapitre dans le grand Gouvent
des Religieux de l'Obſervance . M. le Duc de Vil
leroy, Chevalier des Ordres du Roi , y préfida en..
qualité de Commiffaire de Sa Majesté. H reçut
Chevaliers M. Dupleix , ci-devant Gouverneur de
Pondichery , & Commandant en chef dans les établillemens
François aux Indes Orientales ; M, Faucher,
Commiffaire des Guerres , qui a été emploié ‹
pour les affaires du Roi à Genes, & à Turin , &
M. Laurent , Ingénieur célebre par l'invention de
plufieurs machines auffi utiles qu'ingénieuſes. Le
Baron d'Olne , Liégeois M. Olivieri , premier
Sculpteur du Roi d'Efpagne , &@M. Zabielo
, Gentilhomme de Lithuanie , que le Roi a
nommés Chevaliers , furent préconisés dans les
mêmeChapitre Sa Majefté a mis auffi au nombre
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel M.
L
197
$
JUIN
. 1757.
Haufer , Bailli du canton de Glaris , & M. Freuler,
Banneret & Brigadier du même Canton.
Le 12,le Roi & Madame furent parrein & marreine
de M. Bontemps , un des quatre Valets de
Chambre de Sa Majefté , & dont la famille depuis
quatre générations poffede cette charge. Il a éte
nommé Louis Pierre- Dominique. Les cérémonies
du Baptême lui furent fuppléées.dans la Chapelle
du Château , en préfence du Curé de la Paroiffe de
Notre-Dame , par l'Abbé de Sainte Aldegonde ,
Aumonier du Roi.
Leurs Majeftés fignerent le 15 le contrat de
mariage de M. Bontemps avec Mlle. Teiffier , fille
de l'ancien Maître de la Chambre aux Deniers ,
& celui de M. Teiffier fils avec Dlle. Bontemps.
Sur la démiffion de M. de Pontcarré , de Roi a
nommé premier Préfident du Parlement de Nor.
mandie M. Hue de Miromefnil , Maître des Requêtes.
M. Buache , de l'Académie Royale des Sciences
, a eu l'honneur de préfenter au Roi un rẻ-
ceuil de cartes & de tables , approuvées par cette
compagnies : elles établiffent un fyftême de géographie
phyfique fur la ftructure du globe , conconfidérée
par les grandes chaînes de montagnes,
qui traverfent les continens , comme les mers
d'un pôle à l'autre , & d'Occident en Orient.
Pour rendre fon fyftême complet fur l'enchaînement
des continens connus avec celui des terres
Antarctiques dont on connoît trois points principaux
, l'Auteur a examiné l'existence de ces terres.
Il en fixe l'étendue & la figure , dans un mémoire
que le temps ne lui a pas permis de life à la
derniere rentrée publique de l'Académie des
Sciences .
"
M. Hardouin Manfard-de Lévy- de Sagonne ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
de l'Académie Royale d'Architecture , & ancien
Architecte du Roi , prêta ferment le 22 entre les
mains de Sa Majefté , pour la charge de Lieutemant
de Roi de la Province de Bourbonnois.
Le Roi a accordé le brevet de Lieutenant de Frégate
, avec une gratification de quatre cens livres ,
a M. Rozier , commandant le Navire le Robufte ,
qui foutint le & du mois dernier , & les deux jours
fuivans trois combats très- vifs contre une Frégate
Angloife , fort fupérieure en forces , & le 11 du
même mois un autre combat contre un Corfaire
de 200 hommes d'équipage. Sa Majéſté a donné
une épée au Lieutenant de M. Rozier , une gratification
de trois mille livres pour l'équipage du
Navire le Robufte , & pour les Volontaires étrangers
embarqués fur ce Bâtiment , une de quatre
cens livres au Chevalier de Saint - Rome qui commande
ces derniers , & une de trois cens à M. de
Gaignerau fon Lieutenant.
Le fieur Martel , commandant la Frégate du
Roi la Valeur , s'eft emparé le 28 du mois de
Mars , à la vue de Belle -Iffe , d'un Corſaire Anglois
armé de 10 canons , 10 pierriers , & 70
hommes d'équipage .
*
Le Corfaire le Duc d'Aumont , de Boulogne
a relâché à Dunkerque , où le Capitaine Libert
qui le commande , a remis les ôtages des fept
rançons qu'il a faites , & qui montent enfemble
$ 3000 liv.
On mande de Saint -Malo , que le Capitaine
Thomas Donat , qui commande le Corfaire la
Duc d'Aiguillon , de ce Port , y a conduit le Corfaire
Anglois le Blackeney , armé de 16 canons
& de 12 pierriers. Il s'en eft emparé à la vue des
Sept-Ifles.
>
Le Corfaire l'Aurore ,, de Bayonne , dont eft
JUIN. 1757.
1994 :
Gapitaine le fieur Lavernis , s'eft rendu maitre des
Navires Anglois l'Induftrie & l'Ami , venant de
la Caroline . Ils font chargés , l'un de 25441 livres
d'indigo , de 25 barrils de riz , de 135 barrils de
goudron , & de 86 barrils de brai ; l'autre de 36341
livres d'indigo , de 1-32 barriques de café , de 3
boucauts de fucre , de pelleteries , & d'autres
marchandiſes.
Le Capitaine Saubat- Balanqué , commandant
la Marquise d'Amon , autre Corfaire de Bayonne,
s'eft emparé du Navire Anglois le Duc de Scarbo
rough , de 160 tonneaux , chargé de faumon falé
& d'autres marchandiſes. Cette prife a été conduite
en ce Port .
Le Vaiffeau du Roi l'Hippopotame , armé en
courſe , & commandé par le fieur de Pigache
Lieutenant de Vaiffeau , a pris & fait conduire à
Marſeille le Navire Anglois l'Elifabeth , qui alloit,
d'Yarmouth à Venife avec un chargement
compofé de plomb & de falaiſons .
On a été informé par des lettres écrites de Mahon
, que le nommé François Nufa , Minorcain ,
qui commande un des quatorze Corfaires armés
en ce Port , a pris à l'abordage deux Navires An
glois , l'un de 14 canons l'autre de 2 , & qu'il les
a conduits à Cartagene . Ces deux priſes font d'une
valeur affez conſidérable .
Le Capitaine Martin la Fargue , commandant
Le Corfaire l'Aigle , de Bayonne , y eft rentré le
4 Avril , avec deux Navires Anglois , dont il
s'eft rendu maître. Ces deux Navires , appellés
Pun la Charmante Nancy , l'autre la Charmante
Marthe , font très- richement chargés. La cargai
fon du premier confifte en 87577 livres d'indigo ,
189 futailles de fucre , 223 futailles de café , 75
futailles de riz , 25 furons de kina , 6 furons de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
tabac d'Efpagne , 62 madriers de bois d'Acajou ,
1 pipe de vin de Madere , 36 cuirs de boeuf en
poil , a barriques de cortera , 5 tonneaux de bois
de Bréfil , & 13 tonneaux de bois de Campe
che. Le fecond a pour chargement 103000 li
vres d'indigo , 37 futailles de fucre , une pipe
de vin de Madere , 151 futailles de riz , 100
furons de tabac d'Eſpagne , 10 tonneaux de bois
de Campeche , to furons de kina , 30 futailles de
café , 27 futailles de peaux de chevreuil 1 barril
&6 paquets de pelleteries , 29 paux d'ours , 186
barrils de goudron , & une caiffe contenant 10 li
vres d'ambre gris.
>
L'Espérance , autre Corfaire de Bayonne , commandé
par le Capitaine Dotatce , a pris & a fait
conduire à Bordeaux le Navire le Marchand , de
80 tonneaux , chargé de vin de Malvoiſie , & de
fruits.
Le Corfaire le Comte de Saint-Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Flot , de 180 tonneaux , venant de la Caroline
avec un chargement de 325 boucauts de tabac ;
l'Anne , de 170 tonneaux , n'ayant que fon left ,
& d'un autre Bâtiment qu'il a rançonné pour 100
livres sterlings.
Le Capitaine Jalineau , commandant le Corfaire
la Comteffe de Noailles , de Bordeaux , s'eft
zendu maître du Corfaire Anglois la Molley , de
de Jerzey , de 18 Canons , 14 pierriers & 93
hommes d'équipage , & il l'a conduit à Breft.
On mande de Bayonne , que le Corfaire la Repréfaille
, de ce Port , a pris & y a fait conduire
le Navire Anglois la Ducheffe de Blewford , de
Briſtol , de 166 tonneaux , chargé de fucre , girofle
, poivre , gingembre , & autres marchandifes.
Des lettres écrites de Marfeille marquent que
JUI N. 1757.
201
le Corfaire le Bien- Aimé , de ce Port , y á conduit
le Navire Anglois le Faffi , dont il s'eft emparé
, & dont le chargement confifte principalement
en huile .
Le Capitaine Libert , commandant le Corfairé
le Duc d'Aumont , de Boulogne , eft entré à
Dunkerque , où il a remis les otages de fept
rançons montant enſemble à 1000os livres.
Les Corfaires la Difficulté & l'Hyver , du Havre
, y ont fait conduire le petit Corfaire Anglois
le Héros , armé de 2 canons , 8 pierriers , & 25
hommes d'équipage. Ils s'en font emparés à l'embouchure
de la riviere de Caén .
On mande de Saint-Malo , que le Corfaire
le Marquis de Puyzieulx , de ce Port , s'eft rendu
maître du Corfaire Anglois le Tartare , de
Guernezey , ( ci- devant la Baftienne , de Boulo.
gne ) de huit canons , 8 pierriers , & 56 hom
mes d'équipage.
a
Le Capitaine Magnonet qui commande le Corfaire
le Machault , de Granville , a pris & à fait
conduire à Rofcoff deux Bâtimens Anglois : l'un
eft un Corſaire de Guernezey , de 8 canons , 10
pierriers , & 53 hommes d'équipage ; l'autre eft
un Navire armé de 4 petits canons , ayant pour
chargement 245 futailles de fucre , & 46 milliers
de café .
Un autre Corfaire du même nom , armé à
Saint-Malo , s'eft rendu maître de la Corvette du
Roi d'Angleterre le Merlin , de 12 canons , &
107 hommes d'équipage. On a trouvé fur cette
Corvette , qui eft arrivée à Breft , une grande
quantité de munitions de guerre. Le même Cor
faire s'eft emparé d'un autre Bâtiment armé en
guerre avec 16 canons , 16 pierries , & 85 hommes
d'équipage.
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Il est arrivé à Bayonne un Navire Anglois aps.
pellé le Spitwel , de Londres. Il a été pris par le
Capitaine Fau , commandant le Corfaire la Repré
Jaille. Son chargement confifte en 658 futailles
de riz , 70 barrils de café , 53 barrils ou caiffes .
d'indigo , 11 barriques de pelleteries , 9 barriques
de bois de canelle , & is tonneaux de bois
de campeche.
On eft informé qu'un Corfaire François s'eft
emparé , dans les Mers du Nord , d'un Navire
Anglois richement chargé , & qu'il l'a conduit à
Bergue en Norwege..
Le Capitaine Olivier-Jean Bellanger , com
mandant le Corfaire le Caincy , de Dieppe , a remis
à Dunkerque les ôtages dedeux rançons qu'ik
a faites , & qui montent enſemble à 450 guinées.
Il eft arrivé à Dunkerque un Navire Anglois ,
appellé le Janet & Bety , de 60 tonneaux ,, char
gé de vin , d'eau-de-vie , de riz , & d'autres mar
chandifes. Il a été pris par le Corfaire le Duc d'Aumont
de Boulogne,
Les Corfaires la Difficulté & l'Hiver , du Havre,
ont pris & conduit à la Hougue le petit Corfaire
l'Aventure- Galley , de Jezey , armé de 4
pierriers , & de 17 hommes d'équipage.
Le Corfaire la Philippine , de Calais , y eft,
rentré avec les ôtages de cinq rançons qu'il a fai
tes, & qui montent enfemble à 795 guinées.
Les Bateaux Anglois le Jean & Marie & ls,
Thomas & Guillaume , l'un chargé d'huîtres
l'autre n'ayant que fon left , ont été, pris par les
Corfaires le Marquis de Villequier , la Princeffe,
de Condé & la Bonne Foy , qui les ont conduits à
Boulogne.
On mande du Havre , qu'il y eft arrivé trois,
Navires Anglois , appellés, l'un le Marchandde
y I
"
1
JUIN. 1757. 203.
Schiedam de 220 tonneaux , l'autre la Dame
Fortune , de 200 tonneaux ; & le troifieme le
Saint-Georges , de 140 tonneaux. Ces trois Bâtimens
, qui font chargés de charbon de terre , ont
été pris par le Corfaire la Victoire , de Saint-
Malo.
Le Puyzieulx , autre Corfaire de ce port , y a
conduit le Navire Anglois le Tigre , .de 230 ton--
neau , allant de la Virginie à Londres avec un char--
gement de 433 boucauts de tabac , 34. tonneaux
de fer , & autres marchandiſes.
Le même Corfaire , & un autre nommé l'In--
vincible , fe font emparés du Corfaire l'Amazone ,,
de Grenezey , armé de 16 canons , 10 pierriers ,,
& 94 hommes d'équipage.
On apprend par des lettres écrites de la Ro--
chelle , que le Corfaire le Maréchal de Richelieu ,
de Nantes , a conduit dans ce premier Port le:
Corfaire le Grenezey , de Grenezey , armé de 200
canons & de 180 hommes d'équipage. Il s'en eft
emparé après un combat de trois heures..
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En avril 1757, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour du roi de France. Le 2 avril, le roi tint le Sceau pour la troisième fois du mois en présence de six Maîtres des Requêtes. Ce même jour, un ouragan dévastateur à Paris causa des dommages importants, notamment au Havre où la salle de la Comédie fut détruite, entraînant la mort de onze personnes et blessant vingt autres. Le 10 avril, le roi lava les pieds de douze pauvres lors du Jeudi-Saint. Le 11 avril, la comtesse de Gisors fut reçue par le roi et prit le tabouret. Le roi nomma également l'évêque de Laon comme ambassadeur auprès du Saint-Siège et le comte de Stainville auprès de l'impératrice Reine de Hongrie. Le 17 avril, les députés des États d'Artois furent reçus par le roi. Le 10 mai, le roi tint le Sceau pour la cinquième fois et reçut une bourse de jettons des Secretaires du Roi. Le 11 mai, il passa en revue les régiments des Gardes Françaises et Suisses. Plusieurs nominations d'officiers furent effectuées, dont le marquis de Saujon comme Colonel-Lieutenant du régiment d'Orléans et le comte de Guines de Souastre comme Colonel des Grenadiers de France. Une convention entre le roi et l'impératrice Reine de Hongrie régla les détails du service des armées combinées, notamment les positions et les grades des officiers des deux nations. Le texte mentionne également une convention militaire entre la France et l'Autriche, signée à Vienne le 25 février 1757. Composée de trente-huit articles, elle régit la disposition et l'organisation des troupes des deux nations en cas de combat ou de cantonnement. Les troupes en détachement doivent avoir une avant-garde et une arrière-garde de la même nation, et les bataillons et compagnies de grenadiers doivent également être de la même nation. Les gardes et détachements doivent être formés proportionnellement au nombre de troupes de chaque nation, sauf pour les détachements de cinquante hommes ou moins, qui doivent être composés de troupes d'une seule nation. Le 1er juin 1757, plusieurs navires anglais furent capturés par des corsaires français. À Boulogne, deux navires furent pris par les corsaires Marquis de Villequier, la Princesse de Condé et la Bonne Foy. Au Havre, trois navires anglais furent capturés par le corsaire la Victoire de Saint-Malo. À Saint-Malo, le corsaire le Puyzieulx conduisit le navire anglais le Tigre, transportant du tabac et du fer. Les corsaires le Puyzieulx et l'Invincible capturèrent également le corsaire l'Amazone de Grenesey. À La Rochelle, le corsaire le Maréchal de Richelieu de Nantes conduisit le corsaire le Grenesey de Grenesey après un combat de trois heures.
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87
p. 203-204
BÉNÉFICES DONNÉS.
Début :
Sa Majesté a nommé à l'Abbaye de la Joye près de Nemours, [...]
Mots clefs :
Abbaye, Diocèse, Ordre, Évêque, Abbé, Vicaire
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texteReconnaissance textuelle : BÉNÉFICES DONNÉS.
BÉNÉFICES DONNÉS.
Sa Majesté a nommé à l'Abbaye de la Joye près
de Nemours , Ordre de Citeaux , Diocefe de Sens,
la Dame de Barbançon - Nantouillet , Religieufe
de l'Abbaye de Fontaine , Diocefe de Meaux , & à
P'Abbaye de Saint Paul , Ordre de Saint Benoît ,
Diocefe de Soiffons , la Dame de Margeret , Religieufe
Bernardine de l'Abbaye du Pont - aux-
Dames , Ordre de Citeaux ; à l'Archevêché de
Eyon , M. P'Evêque d'Autun ; àl'Abbaye de Trois-
Fontaines, Ordre de Câteaux , Diocefe de Châlonsfur-
Marne , M. l'Abbé Comte de Bernis , Miniftre
L vj
204 MERCURE DE FRANCE.
& Secretaire d'Etat , ayant le département des
Affaires Etrangeres , & Commandeur nommé de
1'Ordre du S. Efprit ; à l'Abbaye féculiere d'Aifnay
, Dioceſe & Ville de Lyon , M. l'Abbé de
Jarente , Tréforier du Chapitre de Saint Victor
de Marſeille , & Vicaire Général du même Diocefe
; au Prieuré de Renty , Ordre de S. Benoît
Diocefe de Boulogne , à M. Belletrufe , Prêtre di
Diocefe de Digne
Sa Majesté a nommé à l'Abbaye de la Joye près
de Nemours , Ordre de Citeaux , Diocefe de Sens,
la Dame de Barbançon - Nantouillet , Religieufe
de l'Abbaye de Fontaine , Diocefe de Meaux , & à
P'Abbaye de Saint Paul , Ordre de Saint Benoît ,
Diocefe de Soiffons , la Dame de Margeret , Religieufe
Bernardine de l'Abbaye du Pont - aux-
Dames , Ordre de Citeaux ; à l'Archevêché de
Eyon , M. P'Evêque d'Autun ; àl'Abbaye de Trois-
Fontaines, Ordre de Câteaux , Diocefe de Châlonsfur-
Marne , M. l'Abbé Comte de Bernis , Miniftre
L vj
204 MERCURE DE FRANCE.
& Secretaire d'Etat , ayant le département des
Affaires Etrangeres , & Commandeur nommé de
1'Ordre du S. Efprit ; à l'Abbaye féculiere d'Aifnay
, Dioceſe & Ville de Lyon , M. l'Abbé de
Jarente , Tréforier du Chapitre de Saint Victor
de Marſeille , & Vicaire Général du même Diocefe
; au Prieuré de Renty , Ordre de S. Benoît
Diocefe de Boulogne , à M. Belletrufe , Prêtre di
Diocefe de Digne
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Résumé : BÉNÉFICES DONNÉS.
Sa Majesté a nommé la Dame de Barbançon-Nantouillet à l'Abbaye de la Joye, la Dame de Margeret à l'Abbaye de Saint Paul, et M. l'Évêque d'Autun à l'Archevêché d'Eyon. M. l'Abbé Comte de Bernis a été nommé à l'Abbaye de Trois-Fontaines, M. l'Abbé de Jarente à l'Abbaye d'Aisnay, et M. Belletrusse au Prieuré de Renty.
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88
p. 206
De Rome, le 10 Novembre.
Début :
Le Cardinal d'Yorck a été nommé Archévêque Titulaire de Corinthe, [...]
Mots clefs :
Cardinal, Archevêque, Nomination, Évêque, Audience, Pape, Comte, Ministre
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texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 10 Novembre.
De Rome , le 10 Novembre.
Le Cardinal d'Yorck a été nommé Archévêque
Titulaire de Corinthe , & il fera facré le 19 de ce
mois par Sa Sainteté .
Du 20.
Le 17 , l'Evêque de Laon , Ambaffadeur de
France , & l'Abbé Bellandi , Miniftre du Duc de
Modéne , eut une Audience particuliere de Sa
Sainteté , dans laquelle ils folliciterent conjointement
la difpenfe néceffaire pour le mariage de
Louis-François- Jofeph de Bourbon , Comte de la
Marche , Prince du Sang de France , avec Fortunée-
Marie , Princeffe de Modéne . Le Pape accorda
cette difpenfe de la maniere la plus gracieuſe. Le
mêmejour , les deux Miniftres firent part publiquement
de ce mariage à Sa Sainteté , qui en témoigna
beaucoup de fatisfaction : ils l'annoncerent
de même au Cardinal , neveu , & au Cardinal
, Secrétaire d'Etat .
Le Cardinal d'Yorck a été nommé Archévêque
Titulaire de Corinthe , & il fera facré le 19 de ce
mois par Sa Sainteté .
Du 20.
Le 17 , l'Evêque de Laon , Ambaffadeur de
France , & l'Abbé Bellandi , Miniftre du Duc de
Modéne , eut une Audience particuliere de Sa
Sainteté , dans laquelle ils folliciterent conjointement
la difpenfe néceffaire pour le mariage de
Louis-François- Jofeph de Bourbon , Comte de la
Marche , Prince du Sang de France , avec Fortunée-
Marie , Princeffe de Modéne . Le Pape accorda
cette difpenfe de la maniere la plus gracieuſe. Le
mêmejour , les deux Miniftres firent part publiquement
de ce mariage à Sa Sainteté , qui en témoigna
beaucoup de fatisfaction : ils l'annoncerent
de même au Cardinal , neveu , & au Cardinal
, Secrétaire d'Etat .
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Résumé : De Rome, le 10 Novembre.
Le 10 novembre, le Cardinal d'Yorck a été nommé Archevêque de Corinthe et sera consacré le 19 novembre par le Pape. Le 17 novembre, l'Évêque de Laon et l'Abbé Bellandi ont obtenu une audience privée auprès du Pape pour solliciter la dispense de mariage entre Louis-François-Joseph de Bourbon et Fortunée-Marie de Modène. Le Pape a accordé cette dispense et a témoigné sa satisfaction.
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89
p. 206-209
DE VERSAILLES, le 14. Décembre.
Début :
Sa Majesté a nommé l'Evêque de Vence à l'Evêché d'Angers. [...]
Mots clefs :
Roi de France, Nominations, Archevêque, Évêque, Vicaire, Abbé, Abbaye, Ordre, Chevalier, Comte, Conseil, Prieuré, Ambassadeur de Russie, Audience, Famille royale, Duc, Marquis, Commandement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 14. Décembre.
DE VERSAILLES , le 14. Décembre.
SAA Majefté a nommé l'Evêque de Vence à l'Evêché
d'Angers..
L'Abbé Gautier , Vicaire Général du Diocéfe
de Bourges à l'Evêché de Luçon.
Et l'Abbé Moreau Chanoine de NotreDame
& Confeiller Clerc au Parlement , à l'Evêché '
de Vence.
Le Roi a donné l'Abbaye de Longvilliers , Ordre
de Cifteaux , Diocéle de Boulogne , à 1 Abbé
de Narboune- Pelet Chanoine de Saint - Paul-
Trois - Châteaux .
L'Abbaye d'Uzerche, Diocéfe de Limoges , Ordre
de Saint Benoît , à l'Abbé de Cugnac de Dampierre
, Chanoine & Chancelier de l'Eglite Mé--
tropolitaine de Tours.
L'Abbaye Réguliere de Saint Pierre de Hafnon ,
Diocéfe d'Arras , a Dom Lernould , Religieux de
la même Abbaye.
L'Abbaye de Perray , Ordre de Cifteaux , Diocéfe
d'Angers , à la Dame de Gourcy - Charcy ,
Religieufe à l'Abbaye aux Bois , à Paris.
Ville' L'Abbaye de Kerlot , Ordre de Ciſteaux ,
& Diocéfe de Quimper , à la Dame de Cuillé ,
Religieule à l'Abbaye de Banceray , à Angers.
Et un Canonicat de la Sainte Chapelle du
Palais à Paris , à l'Abbé Coriambleu , Prêtre du
Diocéfe d'Orléans.
Le fieur de Chevert , Lieutenant Général des
Armées du Roi , Commandeur , Grand Croix
JANVIER . 1759. 207,
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis
ayant été nommé par le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
Blanc , reçut le 2. ce mois , avec la permiffion de
S. M. des mains du Comté de Luface,le Cordon
de cet Ordre avec le Portrait du Roi de Pologne ,
dans une Boëte d'or enrichie de diamants,& une.
Lettre de ce Monarque , remplie de témoignages.
d'eftime & de bienveillance .
Le ro. le Roi , en entrant au Confeil , créa
Pair de France le Duc de Choifeuit , Miniftre &
Secrétaire d'Etat des Affaires Etrangeres.
Le Roi a donné l'Abbaye de Preuilly , Ordre de
S. Benoit , Diocéfe de Tours , a l'Abbé de Gabriac
, Grand-Vicaire de Sens .
L'Abbaye de Bellozanne , Ordre de Prémon
tré , Diocéfe de Rouen , a l'Abbé le Rat , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Rouen .
Le Prieuré de S. Maurice lès S. nlis , à l'Abbé
Mauffac , Prêtre de la Communauté de S. Sulpice.
Le Prieuré de Liern , Ordre de S. Auguftin ,
Biocéle d'Evreux , a l'Abbé Machelart , Chapelain
de la Chap ile de Madame.
Le Prieuré de Vicuxpoux , Ordre de Grammont
, Diocéfe de Seus , a l'Abbé de Maſtin
Grand- Vicaire d'Orleans.
Le Prieuré de S. Martin du Lamballe , Diocéle
de S. Brieux , à l'Abbé de Champorcin ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife d'Arles.
Le Prieuré de Friardel , Ordre de S. Auguf
tin , Diocéfe de Lilieux , a l'Abbé de la Tour d'Auvergne
, Aumônier du Régiment Royal des Vaiſ➡
feaux .
Le Prieuré de Montguyon & de la Primaudiere,
fon Annexe, Ordre de Grammont, Dioceſe d'Angers
, à l'Abbé Dupont , Clerc de la Chapelle
du Roi
208 MERCURE DE FRANCE.
Le Prieuré de Saugé , Diocéfe de Poitiers , au
fieur Lebrun , Chapelain des Prifons du Grand
Châtelet ;
Le Prieuré de S. Martin fous Beaumont , Diocéfe
de Dijon , au fieur Bodier , Promoteur du
même Diocéfe.
Et le Prieuré de Mauves , Diocéfe de Nantes ,
au fieur des Rochelles Petit Prêtre du même
Diocéfe.
Le 21. Décembre.
Le 19. le Comte de Beftuchef , Ambaffadeur
Extraordinaire de Ruffie , eut une Audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Sieur de la Live , Introducteur des Amballadeurs.
Du 4 Janvier.
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Eſprit , s'étant aſſemblés vers les
II heures dans le Cabinet du Roi , S. M. tint
un Chapitre , & admit au nombre des Chevaliers
de l'Ordre , le Duc de Chevreufe , le Duc de Broglie
, le Maréchal de Contades , le Comte de Graville
, le Comte de Rochechouart , le Comte de
Guerchy , le Prince de Crony & le Comte de
Lannion.
Le Roi fortit enfuite de fon Appartement pour
fe rendre à la Chapelle . Sa Majefté étoit en mauteau
avec le Collier de l'Ordre . Elle étoit précédée
de Monſeigneur le Dauphin , du Duc d'Orléans
, du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, du Prince de Conty , du Comte de la Marche
, du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , des
Chevaliers , des Commandeurs & des Officiers de
l'Ordre.
Après qu'on eut chanté l'Hymne du Veni Creator
, le Roi monta ſur ſon Trône , & mit au Cardinal
de Luynes le Cordon de l'Ordre. La Grand-
Mefle fut célébrée par l'Evêque de Langres , PréJANVIER.
1759. 200
lat-Commandeur. Après la Meffe , Sa Majefté
fut reconduite à ſon Appartement , à la maniere
accoutumée.
Sa Majesté a fait Duc à Brevet , le Marquis de
Villequier , fils du Duc d'Aumont.
Le Roi a permis au Comte d'Albert , fils du
Chevreufe de prendre le titre de Duc de Luynes.
Sa Majesté a nommé le Marquis de Quefne ,
Chef d'Efcadre , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint- Louis , avec la Penfion de
trois mille livres.
SAA Majefté a nommé l'Evêque de Vence à l'Evêché
d'Angers..
L'Abbé Gautier , Vicaire Général du Diocéfe
de Bourges à l'Evêché de Luçon.
Et l'Abbé Moreau Chanoine de NotreDame
& Confeiller Clerc au Parlement , à l'Evêché '
de Vence.
Le Roi a donné l'Abbaye de Longvilliers , Ordre
de Cifteaux , Diocéle de Boulogne , à 1 Abbé
de Narboune- Pelet Chanoine de Saint - Paul-
Trois - Châteaux .
L'Abbaye d'Uzerche, Diocéfe de Limoges , Ordre
de Saint Benoît , à l'Abbé de Cugnac de Dampierre
, Chanoine & Chancelier de l'Eglite Mé--
tropolitaine de Tours.
L'Abbaye Réguliere de Saint Pierre de Hafnon ,
Diocéfe d'Arras , a Dom Lernould , Religieux de
la même Abbaye.
L'Abbaye de Perray , Ordre de Cifteaux , Diocéfe
d'Angers , à la Dame de Gourcy - Charcy ,
Religieufe à l'Abbaye aux Bois , à Paris.
Ville' L'Abbaye de Kerlot , Ordre de Ciſteaux ,
& Diocéfe de Quimper , à la Dame de Cuillé ,
Religieule à l'Abbaye de Banceray , à Angers.
Et un Canonicat de la Sainte Chapelle du
Palais à Paris , à l'Abbé Coriambleu , Prêtre du
Diocéfe d'Orléans.
Le fieur de Chevert , Lieutenant Général des
Armées du Roi , Commandeur , Grand Croix
JANVIER . 1759. 207,
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-Louis
ayant été nommé par le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , Chevalier de l'Ordre de l'Aigle
Blanc , reçut le 2. ce mois , avec la permiffion de
S. M. des mains du Comté de Luface,le Cordon
de cet Ordre avec le Portrait du Roi de Pologne ,
dans une Boëte d'or enrichie de diamants,& une.
Lettre de ce Monarque , remplie de témoignages.
d'eftime & de bienveillance .
Le ro. le Roi , en entrant au Confeil , créa
Pair de France le Duc de Choifeuit , Miniftre &
Secrétaire d'Etat des Affaires Etrangeres.
Le Roi a donné l'Abbaye de Preuilly , Ordre de
S. Benoit , Diocéfe de Tours , a l'Abbé de Gabriac
, Grand-Vicaire de Sens .
L'Abbaye de Bellozanne , Ordre de Prémon
tré , Diocéfe de Rouen , a l'Abbé le Rat , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Rouen .
Le Prieuré de S. Maurice lès S. nlis , à l'Abbé
Mauffac , Prêtre de la Communauté de S. Sulpice.
Le Prieuré de Liern , Ordre de S. Auguftin ,
Biocéle d'Evreux , a l'Abbé Machelart , Chapelain
de la Chap ile de Madame.
Le Prieuré de Vicuxpoux , Ordre de Grammont
, Diocéfe de Seus , a l'Abbé de Maſtin
Grand- Vicaire d'Orleans.
Le Prieuré de S. Martin du Lamballe , Diocéle
de S. Brieux , à l'Abbé de Champorcin ,
Chanoine & Théologal de l'Eglife d'Arles.
Le Prieuré de Friardel , Ordre de S. Auguf
tin , Diocéfe de Lilieux , a l'Abbé de la Tour d'Auvergne
, Aumônier du Régiment Royal des Vaiſ➡
feaux .
Le Prieuré de Montguyon & de la Primaudiere,
fon Annexe, Ordre de Grammont, Dioceſe d'Angers
, à l'Abbé Dupont , Clerc de la Chapelle
du Roi
208 MERCURE DE FRANCE.
Le Prieuré de Saugé , Diocéfe de Poitiers , au
fieur Lebrun , Chapelain des Prifons du Grand
Châtelet ;
Le Prieuré de S. Martin fous Beaumont , Diocéfe
de Dijon , au fieur Bodier , Promoteur du
même Diocéfe.
Et le Prieuré de Mauves , Diocéfe de Nantes ,
au fieur des Rochelles Petit Prêtre du même
Diocéfe.
Le 21. Décembre.
Le 19. le Comte de Beftuchef , Ambaffadeur
Extraordinaire de Ruffie , eut une Audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Sieur de la Live , Introducteur des Amballadeurs.
Du 4 Janvier.
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Eſprit , s'étant aſſemblés vers les
II heures dans le Cabinet du Roi , S. M. tint
un Chapitre , & admit au nombre des Chevaliers
de l'Ordre , le Duc de Chevreufe , le Duc de Broglie
, le Maréchal de Contades , le Comte de Graville
, le Comte de Rochechouart , le Comte de
Guerchy , le Prince de Crony & le Comte de
Lannion.
Le Roi fortit enfuite de fon Appartement pour
fe rendre à la Chapelle . Sa Majefté étoit en mauteau
avec le Collier de l'Ordre . Elle étoit précédée
de Monſeigneur le Dauphin , du Duc d'Orléans
, du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, du Prince de Conty , du Comte de la Marche
, du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , des
Chevaliers , des Commandeurs & des Officiers de
l'Ordre.
Après qu'on eut chanté l'Hymne du Veni Creator
, le Roi monta ſur ſon Trône , & mit au Cardinal
de Luynes le Cordon de l'Ordre. La Grand-
Mefle fut célébrée par l'Evêque de Langres , PréJANVIER.
1759. 200
lat-Commandeur. Après la Meffe , Sa Majefté
fut reconduite à ſon Appartement , à la maniere
accoutumée.
Sa Majesté a fait Duc à Brevet , le Marquis de
Villequier , fils du Duc d'Aumont.
Le Roi a permis au Comte d'Albert , fils du
Chevreufe de prendre le titre de Duc de Luynes.
Sa Majesté a nommé le Marquis de Quefne ,
Chef d'Efcadre , Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint- Louis , avec la Penfion de
trois mille livres.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 14. Décembre.
Le 14 décembre, plusieurs nominations ecclésiastiques ont été effectuées par Sa Majesté. L'évêque de Vence a été transféré à l'évêché d'Angers, tandis que l'abbé Gautier a été nommé au diocèse de Luçon et l'abbé Moreau à l'évêché de Vence. Diverses abbayes et prieurés ont également été attribués, notamment l'abbaye de Longvilliers à l'abbé de Narbonne-Pelet, l'abbaye d'Uzerche à l'abbé de Cugnac de Dampierre, et l'abbaye de Perray à la dame de Gourcy-Charcy. Le sieur de Chevert, lieutenant général des armées du roi, a reçu l'ordre de l'Aigle Blanc du roi de Pologne. Le duc de Choiseul a été créé pair de France. Plusieurs prieurés ont été attribués à des abbés et chapelains, comme le prieuré de S. Maurice lès S. nlis à l'abbé Mauffac et le prieuré de Mauves au sieur des Rochelles. Le 21 décembre, le comte de Bestuchef, ambassadeur de Russie, a eu une audience particulière avec le roi. Le 4 janvier, plusieurs chevaliers ont été admis dans l'Ordre du Saint-Esprit, et le roi a assisté à une messe solennelle. Sa Majesté a également fait duc à brevet le marquis de Villequier et permis au comte d'Albert de prendre le titre de duc de Luynes. Le marquis de Quefne a été nommé chef d'escadre et commandeur de l'Ordre de Saint-Louis.
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90
p. 207-209
De Versailles, le 11 Janvier.
Début :
Le Maréchal Duc de Noailles s'étant démis de la Charge de Capitaine [...]
Mots clefs :
Maréchal, Capitaine, Duc de Noailles, Duchesse, Cérémonie, Roi de France, Marquis, Prince, Colonel, Évêque, Sacre, Sa Majesté, Serment, Chevalier, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : De Versailles, le 11 Janvier.
DeVersailles , le 11 Janvier.
Le Maréchal Duc de Noailles s'étant démis de
la Charge de Capitaine de la premiere Compagnie
des Gardes-du- Corps ; & le Duc d'Ayen en
ayant été revêtu , Sa Majefté , en confidération
des anciens & importans fervices du Maréchal
de Noailles & de fa Maiſon , a donné au Comte
d'Ayen la furvivance de cette Charge , poffédée
fans interruption par fes Ancêtres depuis fon
Trifayeul.
Le 3 de ce mois , la Ducheffe de Choifeul prit
le Tabouret chez la Reine.
-Le 7 , le Roi fit la Cérémonie de recevoir Chevaliers
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
le Prince de Condé & le Comte de la Marche , le
Duc de Montmorency , Brigadier & Colonel du
Régiment de Tourraine , les Marquis de Marbec
& de Vaftan ; celui - ci Colonel du Régiment de
fon nom , le Duc de Mazarin Colonel du Régiment
368 MERCURE DE FRANCE.
de fon nom , le Prince de Chimay , Colonel dans
les Grenadiers Royaux, les Marquis de Chaumont
Bernage , Colonel du Régiment de Forez de Balincourt
, du Cambout de Coaflife , le Comte de
Danois , le Marquis de Beuvron , Brigadier &
Meftre de Camp de Cavalerie , les fieurs Thomas
de Domangeville & Patricewal , les Marquis de
Marbeuf, Colonel d'un Régiment de Dragons de
fon nom ; & de Lire , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de Dampierre.
Du 18.
>
Le 12 , le Roi tint le Sceau pour la quarante
deuxième fois.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ayant defiré
de voir la cérémonie du facre d'un Evêque ,
l'ancien Evêque de Limoges facra lei . dans
la Chapelle du Roi , le nouvel Evêque de Limoges.
Il eut pour affiftants les Evêques de Poitiers &
d'Evreux. Onze Archevêques & Evêques furent
préfents à cette cérémonie. La Reine y affifta ,
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , de
de Madame la Dauphine , de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , de Madame Infante , de:
Madame , & de Mefdames.
C'eft pour la premiere fois qu'un Evêque a été
facré dans la Chapelle du Roi de Verſailles. Le
célébre Maffillon le fut dans la Chapelle des
Thuilleries , en préfence du Roi , par l'Evêque de
Fréjus.
Le Lundi 15 , la Reine fut faignée par précau
tion & Sa Majesté fut purgée le Mercredi 17 .
Ce même jour les Evêques de Troyes & de
Limoges prêterent ferment entre les mains du
Roi.
Le 16, Sa Majesté déclara publiquement le Mariage
du Comte de la Marche avec la Princeffe
Fortunée Marie d'Eft , fille du Duc de Modene
FEVRIER. 1759. 209
Le Roi ayant accordé au Marquis de Gefvres
lês honneurs de la Cour , la Marquise de Gefvres .
a été préfentée à Leurs Majeftés, & a pris letabou
tet chez la Reine .
Le 17 , le Comte d'Ayen prêta ferment entre
les mains du Roi , pour la ſurvivance de la Char
ge de Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps..
Sa Majesté a fait Lieutenans- Généraux de fes "
armées , le 18 Décembre dernier , les Marquis
de la Sône & du Barail , le Comte de Vogué, &
le Marquis de Caftries.
Le Roi a accordé au Chevalier de Rochefort ,
Gapitaine au Régiment de Vienne , Cavalerie ,,
une Brigade dans les Gardes du Corps.
Sa Majefté a difpofé de la Lieutenance de Roi
du Château de la Baftille en faveur du Chevalier
de Jumillac , Capitaine de Cavalerie au Régie
ment dé Royal-Etranger.
L'Abbé de Foy a eu l'honneur de préſenter
an Roi un Effai d'une notice des Diplômes & dés
Chartes qui ont rapport à l'Hiftoire Civile & Eccléfiaftique
de ce Royaume.
Le Comte de Merle , nommé Ambaſſadeur du
Roi en Portugal , a pris congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale , pour ſe rendre à
fa deftinations:
Le Maréchal Duc de Noailles s'étant démis de
la Charge de Capitaine de la premiere Compagnie
des Gardes-du- Corps ; & le Duc d'Ayen en
ayant été revêtu , Sa Majefté , en confidération
des anciens & importans fervices du Maréchal
de Noailles & de fa Maiſon , a donné au Comte
d'Ayen la furvivance de cette Charge , poffédée
fans interruption par fes Ancêtres depuis fon
Trifayeul.
Le 3 de ce mois , la Ducheffe de Choifeul prit
le Tabouret chez la Reine.
-Le 7 , le Roi fit la Cérémonie de recevoir Chevaliers
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
le Prince de Condé & le Comte de la Marche , le
Duc de Montmorency , Brigadier & Colonel du
Régiment de Tourraine , les Marquis de Marbec
& de Vaftan ; celui - ci Colonel du Régiment de
fon nom , le Duc de Mazarin Colonel du Régiment
368 MERCURE DE FRANCE.
de fon nom , le Prince de Chimay , Colonel dans
les Grenadiers Royaux, les Marquis de Chaumont
Bernage , Colonel du Régiment de Forez de Balincourt
, du Cambout de Coaflife , le Comte de
Danois , le Marquis de Beuvron , Brigadier &
Meftre de Camp de Cavalerie , les fieurs Thomas
de Domangeville & Patricewal , les Marquis de
Marbeuf, Colonel d'un Régiment de Dragons de
fon nom ; & de Lire , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de Dampierre.
Du 18.
>
Le 12 , le Roi tint le Sceau pour la quarante
deuxième fois.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ayant defiré
de voir la cérémonie du facre d'un Evêque ,
l'ancien Evêque de Limoges facra lei . dans
la Chapelle du Roi , le nouvel Evêque de Limoges.
Il eut pour affiftants les Evêques de Poitiers &
d'Evreux. Onze Archevêques & Evêques furent
préfents à cette cérémonie. La Reine y affifta ,
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , de
de Madame la Dauphine , de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , de Madame Infante , de:
Madame , & de Mefdames.
C'eft pour la premiere fois qu'un Evêque a été
facré dans la Chapelle du Roi de Verſailles. Le
célébre Maffillon le fut dans la Chapelle des
Thuilleries , en préfence du Roi , par l'Evêque de
Fréjus.
Le Lundi 15 , la Reine fut faignée par précau
tion & Sa Majesté fut purgée le Mercredi 17 .
Ce même jour les Evêques de Troyes & de
Limoges prêterent ferment entre les mains du
Roi.
Le 16, Sa Majesté déclara publiquement le Mariage
du Comte de la Marche avec la Princeffe
Fortunée Marie d'Eft , fille du Duc de Modene
FEVRIER. 1759. 209
Le Roi ayant accordé au Marquis de Gefvres
lês honneurs de la Cour , la Marquise de Gefvres .
a été préfentée à Leurs Majeftés, & a pris letabou
tet chez la Reine .
Le 17 , le Comte d'Ayen prêta ferment entre
les mains du Roi , pour la ſurvivance de la Char
ge de Capitaine de la premiere Compagnie des
Gardes du Corps..
Sa Majesté a fait Lieutenans- Généraux de fes "
armées , le 18 Décembre dernier , les Marquis
de la Sône & du Barail , le Comte de Vogué, &
le Marquis de Caftries.
Le Roi a accordé au Chevalier de Rochefort ,
Gapitaine au Régiment de Vienne , Cavalerie ,,
une Brigade dans les Gardes du Corps.
Sa Majefté a difpofé de la Lieutenance de Roi
du Château de la Baftille en faveur du Chevalier
de Jumillac , Capitaine de Cavalerie au Régie
ment dé Royal-Etranger.
L'Abbé de Foy a eu l'honneur de préſenter
an Roi un Effai d'une notice des Diplômes & dés
Chartes qui ont rapport à l'Hiftoire Civile & Eccléfiaftique
de ce Royaume.
Le Comte de Merle , nommé Ambaſſadeur du
Roi en Portugal , a pris congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale , pour ſe rendre à
fa deftinations:
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Résumé : De Versailles, le 11 Janvier.
Le 11 janvier, le Maréchal Duc de Noailles a démissionné de sa charge de Capitaine de la première Compagnie des Gardes-du-Corps, remplacée par le Duc d'Ayen. Le Roi a accordé au Comte d'Ayen la survivance de cette charge, détenue par ses ancêtres depuis son trisaïeul. Le 3 janvier, la Duchesse de Choiseul a pris le tabouret chez la Reine. Le 7 janvier, plusieurs personnalités ont été nommées Chevaliers de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, dont le Prince de Condé et le Duc de Mazarin. Le 12 janvier, le Roi a tenu le Sceau pour la quarante-deuxième fois et a assisté au sacre d'un évêque. Le 15 janvier, la Reine a été saignée par précaution et le Roi purgé le 17 janvier. Ce même jour, les évêques de Troyes et de Limoges ont prêté serment au Roi. Le 16 janvier, le Roi a déclaré publiquement le mariage du Comte de la Marche avec la Princesse Fortunée Marie d'Este. Le Roi a accordé des honneurs de la Cour au Marquis de Gesvres et nommé plusieurs Lieutenants-Généraux des armées, dont le Marquis de Castries. Le Comte de Merle, nommé Ambassadeur du Roi en Portugal, a pris congé de la famille royale.
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91
p. 211-214
MORTS.
Début :
Messire Florent Jean de Valiere, Lieutenant Général des Armées du Roi, [...]
Mots clefs :
Florent Jean de la Valiere, Lieutenant général des armées du roi, Morts, Talents, Vertus, Artillerie, Siège, Jean de La Fontaine, Vers, Héroïsme, Évêque, Cardinal, Comte, Marquis, Maison Russo
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
>
ESSIRE Florent Jean de Valiere , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Grand - Croix
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouverneur
de Bergues , ancien Directeur de l'Artil- ·´
lerie , Affocié libre de l'Académie des Sciences
eft mort à Paris le 6 Janvier âgé de 93 ans. La
vieilletle d'un grand homme eft encore utile à fa
patrie , en ce qu'elle eft une leçon vivante ; & à
quelque âge qu'il difparoiffe de la Terre, c'eſt une
perte pour l'humanité. Les vertus & les talents
de cet Officier refpectable , lui avoient acquis une
eftime univerfelle. D'abord , il s'étoit diftingué ,
par les principes fimples qu'il indiqua fur la conduite
des Mines & des Contre-Mines , principes
dont il détermina l'application avec cette rare
fagacité qui feule pouvoit foumettre à une théorie
exacte la bifarrerie des effets de la poudre. C'eft
à lui que la France doit la fupériorité où eft parvenu
le corps de l'Artillerie , le premier de l'Europe
en ce genre , par les établitlemens digne la grandeur
du Roi , que M. de Valiere a formés en
1720. dans cette partie , & qu'il a dirigés depuis
avec tant de fageſſe & de zéle ; mais furtout par
les inftructions qu'il a données fur cet objet , &
l'attention qu'il a mife à diftinguer les fujets ,
& à les placer fuivant leur aptitude aux différentes
fonctions du fervice de l'artillerie. Sa fupériorité
dans l'attaque & la défenfe des Places , eft
212: MERCURE DE FRANCE.
bien connue par les fiéges nombreux où il efi a
donné les preuves les plus fignalées.
C'eft au fiége du Quefnoy que M. de Valiere
acommandé pour la premiere fois l'artillerie en
chef. Il y fit voir ce que peut l'artillerie bien employée.
Il éteignit en 24 heures , avec 38 - piéces
de canon , 84 bouches à feu que l'Ennemi avoit
fur le front de l'attaque de la Place .
Son foixantiéme & dernier Siége a été celui de
Fribourg en 1744. Quoiqu'il eût été expoſé aur
plus grands dangers pendant foixante ans de fervice
où il s'eft trouvé à tant de Siéges & de Batailles;
quoiqu'il n'y ait aucune efpéce d'armes dont
il n'eût été bleffé , exemple unique peut-être dans
l'hiftoire ; il a fini fa longue carriere au milieu de
fa famille , fans douleur , fans impatience, dans
l'accablement du poids des années ; état qui a
précedé fa fin de onze mois & l'a tenu au lit juſ
qu'à la mort qu'il a vu arriver en Héros Chrétien.
C'eft bien- là le couchant de la vie de l'homme
jufte,que la Fontaine a peint par ces mots fublimes,
C'est le foir d'un beau jour
Avec des vértus héroïques & des talens fi fupérieurs
, M. de Valiere étoit l'homme le plus
fimple & le plus modefte. La valeur cette vertu
qui fait violence à la Nature , étoit en lukt
douce & tranquille. Or fçait qu'il a borné toute
fon ambition ´à donner'dans ſes enfans à ſon
Roi & à fa Patrie de dignes héritiers de fes ta
lents & de fes vertus . L'aîné de fes fils , aujour
d'hui fon fucceffeur , opéroit pour la premiere
fois , fous les yeux de fon pere , au dernier fiége
de Philifbourg en 1734. La batterie qu'il commandoit
attiroit tout le feu des ennemis , & cette
grêle de boulets & de bombes caufoit quelquefois
des diftractions au jeune Elève. Son pere , qu
FEVRIER. 1759. 213
l'obſervoit , lui dit du ton de l'amitié : Si vous
étiez bien occupé de ce que vous faites , vous ne
vous appercevriez pas mon fils , de toutes ces
chofes la.
>
Les vertus guerrières de ce Grand- homme
étoient couronnées par un défintéreffementà toute
épreuve ; & du milieu des batailles , il rapportoit
dans la fociété des moeurs douces & pures qui en
faifoient le charme. C'eſt de lui que M. de Fontenelle
a dit :
De rares talens pour la guerre
En lui furent unis au coeur le plus humain
Jupiter le chargea de lancer fon tonnerre :
Minerve conduifit ſa main.
Un fi bon coeur , une ame fi belle , un fi rare
génie , ont honoré l'humanité. Sa mémoire fera
toujours chere à tout homme de bien , & en vénération
à tout bon François.
MESSIRE Antoine- René de la Roche de Fontenilles
Evêque de Meaux , premier Aumônier de
Madame , Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint- Faron , Ordre de Saint Benoît , diocèle
de Meaux, & d'Auberive Ordre de Câteaux , diocèfe
de Langres , & Prieur de Saint Pierre d'Abbeville
, Ordre de Clugny , diocèse d'Amiens , eſt
mort le 7 Janvier , dans fon Palais Epifcopal ,
dans la foixantiéme année de fon âge.
LE CARDINAL d'Argenvilliers eft mort à Røme
le 23 Décembre.
MARIE-Charlotte de Pas-Feuquieres , veuve de
Gafpard , Marquis d'Offun , mere du Marquis
d'Offun , Chevalier des Ordres du Roi , & fon
Ambaſſadeur - extraordinaire auprès du Roi des
Deux- Siciles , mourut dans cette Ville le 4 Janvier
, dans la foixante-dixiéme année de fon âge .
Le fieur Brunet de la Vaiffiere , Chevalier de
214 MERCURE DE FRANCE .
l'Ordre-Royal & Militaire de Saint-Louis , mourut
à Saint Didier en Champagne le 24 de Décembre
, dans fa quatre- vingt-treizième année.
Il avoit paffé foixante - douze ans au ſervice du
Roi. Il s'étoit trouvé à la bataille de Stafarde
en 1690.
Anne de Brunſwick d'Hanovre , Gouvernante
des Provinces - Unies , fille aînée du Roi d'Angleterre
, veuve , depuis le 22 Octobre 1751 , de
Guillaume Charles - Henri Friſon de Naffau-
Dieft , Stathouder , mourut à la Haye le 13
Janvier , dans la cinquantiéme année de fon âge.
-
Meffire Paul de Roux , des Comtes de la Rie ,
Marquis de Gaubert & de Courbon , Baron des
Angles , premier Préſident du Parlement de Navarre
, mourut à Montpellier le 21 Décembre.
Il étoit fils d'Alexandre de Roux & de Marianne
de Piolenc. Il avoit fuccédé à fonPere dans la charge
de premierPréſident du Parlement de Navarre.
Il avoit eu de fon premier mariage avec Magdelaine
de Bullion , la Marquiſe de Coriolis d'Elpinoufe
; & de fon fecond mariage avec Louife
de Lons , la Marquife de Mefples & la Marquife
de Gaubert. Il étoit Chef d'une des branches de
la Maiſon Ruffo , qui a paſſé en France à la ſuite
de la Reine Jeanne . Cette Maiſon poſſéde encore
aujourd'hui dans ce Royaume partie des
terres qui leur furent données pour lors par cette
Princeffe en dédommagement de celles qu'elle
perdoit dans le Royaume de Naples.
>
ESSIRE Florent Jean de Valiere , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Grand - Croix
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouverneur
de Bergues , ancien Directeur de l'Artil- ·´
lerie , Affocié libre de l'Académie des Sciences
eft mort à Paris le 6 Janvier âgé de 93 ans. La
vieilletle d'un grand homme eft encore utile à fa
patrie , en ce qu'elle eft une leçon vivante ; & à
quelque âge qu'il difparoiffe de la Terre, c'eſt une
perte pour l'humanité. Les vertus & les talents
de cet Officier refpectable , lui avoient acquis une
eftime univerfelle. D'abord , il s'étoit diftingué ,
par les principes fimples qu'il indiqua fur la conduite
des Mines & des Contre-Mines , principes
dont il détermina l'application avec cette rare
fagacité qui feule pouvoit foumettre à une théorie
exacte la bifarrerie des effets de la poudre. C'eft
à lui que la France doit la fupériorité où eft parvenu
le corps de l'Artillerie , le premier de l'Europe
en ce genre , par les établitlemens digne la grandeur
du Roi , que M. de Valiere a formés en
1720. dans cette partie , & qu'il a dirigés depuis
avec tant de fageſſe & de zéle ; mais furtout par
les inftructions qu'il a données fur cet objet , &
l'attention qu'il a mife à diftinguer les fujets ,
& à les placer fuivant leur aptitude aux différentes
fonctions du fervice de l'artillerie. Sa fupériorité
dans l'attaque & la défenfe des Places , eft
212: MERCURE DE FRANCE.
bien connue par les fiéges nombreux où il efi a
donné les preuves les plus fignalées.
C'eft au fiége du Quefnoy que M. de Valiere
acommandé pour la premiere fois l'artillerie en
chef. Il y fit voir ce que peut l'artillerie bien employée.
Il éteignit en 24 heures , avec 38 - piéces
de canon , 84 bouches à feu que l'Ennemi avoit
fur le front de l'attaque de la Place .
Son foixantiéme & dernier Siége a été celui de
Fribourg en 1744. Quoiqu'il eût été expoſé aur
plus grands dangers pendant foixante ans de fervice
où il s'eft trouvé à tant de Siéges & de Batailles;
quoiqu'il n'y ait aucune efpéce d'armes dont
il n'eût été bleffé , exemple unique peut-être dans
l'hiftoire ; il a fini fa longue carriere au milieu de
fa famille , fans douleur , fans impatience, dans
l'accablement du poids des années ; état qui a
précedé fa fin de onze mois & l'a tenu au lit juſ
qu'à la mort qu'il a vu arriver en Héros Chrétien.
C'eft bien- là le couchant de la vie de l'homme
jufte,que la Fontaine a peint par ces mots fublimes,
C'est le foir d'un beau jour
Avec des vértus héroïques & des talens fi fupérieurs
, M. de Valiere étoit l'homme le plus
fimple & le plus modefte. La valeur cette vertu
qui fait violence à la Nature , étoit en lukt
douce & tranquille. Or fçait qu'il a borné toute
fon ambition ´à donner'dans ſes enfans à ſon
Roi & à fa Patrie de dignes héritiers de fes ta
lents & de fes vertus . L'aîné de fes fils , aujour
d'hui fon fucceffeur , opéroit pour la premiere
fois , fous les yeux de fon pere , au dernier fiége
de Philifbourg en 1734. La batterie qu'il commandoit
attiroit tout le feu des ennemis , & cette
grêle de boulets & de bombes caufoit quelquefois
des diftractions au jeune Elève. Son pere , qu
FEVRIER. 1759. 213
l'obſervoit , lui dit du ton de l'amitié : Si vous
étiez bien occupé de ce que vous faites , vous ne
vous appercevriez pas mon fils , de toutes ces
chofes la.
>
Les vertus guerrières de ce Grand- homme
étoient couronnées par un défintéreffementà toute
épreuve ; & du milieu des batailles , il rapportoit
dans la fociété des moeurs douces & pures qui en
faifoient le charme. C'eſt de lui que M. de Fontenelle
a dit :
De rares talens pour la guerre
En lui furent unis au coeur le plus humain
Jupiter le chargea de lancer fon tonnerre :
Minerve conduifit ſa main.
Un fi bon coeur , une ame fi belle , un fi rare
génie , ont honoré l'humanité. Sa mémoire fera
toujours chere à tout homme de bien , & en vénération
à tout bon François.
MESSIRE Antoine- René de la Roche de Fontenilles
Evêque de Meaux , premier Aumônier de
Madame , Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint- Faron , Ordre de Saint Benoît , diocèle
de Meaux, & d'Auberive Ordre de Câteaux , diocèfe
de Langres , & Prieur de Saint Pierre d'Abbeville
, Ordre de Clugny , diocèse d'Amiens , eſt
mort le 7 Janvier , dans fon Palais Epifcopal ,
dans la foixantiéme année de fon âge.
LE CARDINAL d'Argenvilliers eft mort à Røme
le 23 Décembre.
MARIE-Charlotte de Pas-Feuquieres , veuve de
Gafpard , Marquis d'Offun , mere du Marquis
d'Offun , Chevalier des Ordres du Roi , & fon
Ambaſſadeur - extraordinaire auprès du Roi des
Deux- Siciles , mourut dans cette Ville le 4 Janvier
, dans la foixante-dixiéme année de fon âge .
Le fieur Brunet de la Vaiffiere , Chevalier de
214 MERCURE DE FRANCE .
l'Ordre-Royal & Militaire de Saint-Louis , mourut
à Saint Didier en Champagne le 24 de Décembre
, dans fa quatre- vingt-treizième année.
Il avoit paffé foixante - douze ans au ſervice du
Roi. Il s'étoit trouvé à la bataille de Stafarde
en 1690.
Anne de Brunſwick d'Hanovre , Gouvernante
des Provinces - Unies , fille aînée du Roi d'Angleterre
, veuve , depuis le 22 Octobre 1751 , de
Guillaume Charles - Henri Friſon de Naffau-
Dieft , Stathouder , mourut à la Haye le 13
Janvier , dans la cinquantiéme année de fon âge.
-
Meffire Paul de Roux , des Comtes de la Rie ,
Marquis de Gaubert & de Courbon , Baron des
Angles , premier Préſident du Parlement de Navarre
, mourut à Montpellier le 21 Décembre.
Il étoit fils d'Alexandre de Roux & de Marianne
de Piolenc. Il avoit fuccédé à fonPere dans la charge
de premierPréſident du Parlement de Navarre.
Il avoit eu de fon premier mariage avec Magdelaine
de Bullion , la Marquiſe de Coriolis d'Elpinoufe
; & de fon fecond mariage avec Louife
de Lons , la Marquife de Mefples & la Marquife
de Gaubert. Il étoit Chef d'une des branches de
la Maiſon Ruffo , qui a paſſé en France à la ſuite
de la Reine Jeanne . Cette Maiſon poſſéde encore
aujourd'hui dans ce Royaume partie des
terres qui leur furent données pour lors par cette
Princeffe en dédommagement de celles qu'elle
perdoit dans le Royaume de Naples.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de plusieurs personnalités notables. Florent Jean de Valiere, Lieutenant Général des Armées du Roi, Grand-Croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Gouverneur de Bergues, ancien Directeur de l'Artillerie et Associé libre de l'Académie des Sciences, est décédé à Paris le 6 janvier à l'âge de 93 ans. Sa carrière a été marquée par des contributions significatives à l'artillerie, notamment par l'établissement de principes simples pour la conduite des mines et des contre-mines, et par la formation d'un corps d'artillerie supérieur en Europe. Il s'est distingué lors de nombreux sièges, notamment ceux du Quesnoy et de Fribourg en 1744. Malgré les blessures et les dangers encourus, il a terminé sa carrière entouré de sa famille. De Valiere était également connu pour sa simplicité, sa modestie et son désintéressement. Le texte mentionne également le décès de plusieurs autres personnalités : Messire Antoine-René de la Roche de Fontenilles, Évêque de Meaux, le Cardinal d'Argenvilliers, Marie-Charlotte de Pas-Feuquieres, veuve du Marquis d'Offun, le Sieur Brunet de la Vaissière, Chevalier de Saint-Louis, Anne de Brunswick d'Hanovre, Gouvernante des Provinces-Unies, et Meffire Paul de Roux, Marquis de Gaubert et de Courbon, Premier Président du Parlement de Navarre.
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92
p. 210-212
De Versailles, le 28 Janvier.
Début :
Le Roi ayant été incommodé d'un rhume, a gardé sa chambre pendant plusieurs jours. [...]
Mots clefs :
Roi, Régiment, Marquis, Comte, Nominations, Abbaye, Maréchal, Évêque, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Ordonnance, Compagnie des dragons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles, le 28 Janvier.
De Versailles , le 28 Janvier.
E Roi ayant été incommodé d'un rhume , a
gardé fa chambre pendant plufieurs jours. Sa
Majefté eft parfaitement rétablie.
Le Roia difpoté du Régiment Royal Rouffillon ,
Infanterie , vacant par la démiffion du Marquis
du Hautoy , en faveur du Comte d'Hauſſonville
Capitaine avec rang de Meftre- de- Camp dans le
Régiment des Volontaires de Schomberg.
Sa Majeſté a nommé le Sieur de la Caze , Préfident
du Parlement de Bordeaux , à la premiere
MARS. 1759. 211
Préfidence du Parlement de Pau , vacante par
mort du Sieur de la Ric- de-Gaubert .
la
Le Roi a donné l'Abbaye Réguliere de Laucourt,
Ordre de S. Auguftin , Diocéfe d'Arras , a Dom
Billiau , Prieur de la même Abbaye .
Le Maréchal de Contades étant arrivé depuis
peu de jours , pour concerter avec le Ministre de
la Guerre , le Plan des opérations de la Campagne
prochaine , fut préſenté le 24 à leurs Majeftés &
à la Famille Royale par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle.
Le 28 , le Roi difpofa en faveur de l'Evêque de
Poitiers , de la Charge de Premier Aumônier de
Madame , vacante par la mort de l'Evêque de
Meaux.
Sur la démiffion de l'Evêque de Rennes , Sa
Majesté a nommé à cet Evêché , l'Abbé de Beaumont-
des-Junies , Vicaire- général , & Grand-Ar
chidiacre de Tours.
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Faron , Diocéfe
de Meaux , Ordre de S. Benoît , à l'ancien Evêque
de Rennes . L'Abbaye Réguliere de S. Michel de-
Cuixa , Ordre de S. Benoît, Diocéfe de Perpignan ,
à Dom de Guanrés , Religieux du même Ordre.
Et I Abbaye de Kerlort , Ordre de Cîteaux ,
Diocéfe de Quimper , à la Dame de Quelen ,
Religieufe Urfuline du Monaftere de Quimperlay.
Le 30 , le Sieur Gualterio , Archevêque de
Mira , Nonce du Pape , eut une Audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Sieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 2 Février, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offçiers
de l'Ordre du Saint- Esprit , s'étant affemblés
vers les heures du matin dans le Cabinet du
Roi , Sa Majefté tint Chapitre. Les preuves de
Nobleffe du Cardinal de Gefvres , du Duc de Che212
MERCURE DE FRANCE.
vreufe , du Maréchal de Contades , des Comtes
de Graville , de Rochechouard , de Guerchy , du
Prince de Crouy & du Comte de Lannion ayant
été préalablement faites , l'information de leurs
vie & moeurs , & leur profeffion de foi futent
admiles. Après la Meffe , le Roi monta fur fon
Trône, & revetit des marques de l'Ordre les Chevaliers
ci - deffus nommés.
Le Roi ayant fixé par fon Ordonnance du 25
Octobre dernier , le nombre des Compagnies
de Dragons , Gar les -Côtes dans la Province de
Guyenne , & réglé la forme qu'elles auront à l'avenir
ces Compagnies formeront un Corps de
neuf Efcadrons dont Sa Majesté a donné le Commandement
Général , avec le brevet de Meftre- de-
Camp de Dragons au Baron de Tuillier.
Le 4 , l'Evêque de Poitiers prêta ferment entre
les mains du Roi , pour la place de Premier Au
mônier de Madame.
Du 15 , Sa Majefté a donné l'Evêché de Meaux
à l'Evêque de Poitiers ; l'Evêché de Poitiers à l'Abbé
de Beaupol de Saint-Aulaire , Grand - Vicaire
du Diocéfe de Roun ; & l'Abbaye d'Auberive ,
Ordre de Citeaux , Diocéle de Langres , à l'ancien
Evêque de Poitiers , nommé à l'Evêché de Meaux.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Feuquieres ,
Meft e-de Camp de Cavalerie , prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , pour la Charge
de Lieutenant-Général de la Picardie , & celle de
Grand Bailli d'épée de cette Province.
E Roi ayant été incommodé d'un rhume , a
gardé fa chambre pendant plufieurs jours. Sa
Majefté eft parfaitement rétablie.
Le Roia difpoté du Régiment Royal Rouffillon ,
Infanterie , vacant par la démiffion du Marquis
du Hautoy , en faveur du Comte d'Hauſſonville
Capitaine avec rang de Meftre- de- Camp dans le
Régiment des Volontaires de Schomberg.
Sa Majeſté a nommé le Sieur de la Caze , Préfident
du Parlement de Bordeaux , à la premiere
MARS. 1759. 211
Préfidence du Parlement de Pau , vacante par
mort du Sieur de la Ric- de-Gaubert .
la
Le Roi a donné l'Abbaye Réguliere de Laucourt,
Ordre de S. Auguftin , Diocéfe d'Arras , a Dom
Billiau , Prieur de la même Abbaye .
Le Maréchal de Contades étant arrivé depuis
peu de jours , pour concerter avec le Ministre de
la Guerre , le Plan des opérations de la Campagne
prochaine , fut préſenté le 24 à leurs Majeftés &
à la Famille Royale par le Maréchal Duc de Belle-
Ifle.
Le 28 , le Roi difpofa en faveur de l'Evêque de
Poitiers , de la Charge de Premier Aumônier de
Madame , vacante par la mort de l'Evêque de
Meaux.
Sur la démiffion de l'Evêque de Rennes , Sa
Majesté a nommé à cet Evêché , l'Abbé de Beaumont-
des-Junies , Vicaire- général , & Grand-Ar
chidiacre de Tours.
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Faron , Diocéfe
de Meaux , Ordre de S. Benoît , à l'ancien Evêque
de Rennes . L'Abbaye Réguliere de S. Michel de-
Cuixa , Ordre de S. Benoît, Diocéfe de Perpignan ,
à Dom de Guanrés , Religieux du même Ordre.
Et I Abbaye de Kerlort , Ordre de Cîteaux ,
Diocéfe de Quimper , à la Dame de Quelen ,
Religieufe Urfuline du Monaftere de Quimperlay.
Le 30 , le Sieur Gualterio , Archevêque de
Mira , Nonce du Pape , eut une Audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Sieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 2 Février, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offçiers
de l'Ordre du Saint- Esprit , s'étant affemblés
vers les heures du matin dans le Cabinet du
Roi , Sa Majefté tint Chapitre. Les preuves de
Nobleffe du Cardinal de Gefvres , du Duc de Che212
MERCURE DE FRANCE.
vreufe , du Maréchal de Contades , des Comtes
de Graville , de Rochechouard , de Guerchy , du
Prince de Crouy & du Comte de Lannion ayant
été préalablement faites , l'information de leurs
vie & moeurs , & leur profeffion de foi futent
admiles. Après la Meffe , le Roi monta fur fon
Trône, & revetit des marques de l'Ordre les Chevaliers
ci - deffus nommés.
Le Roi ayant fixé par fon Ordonnance du 25
Octobre dernier , le nombre des Compagnies
de Dragons , Gar les -Côtes dans la Province de
Guyenne , & réglé la forme qu'elles auront à l'avenir
ces Compagnies formeront un Corps de
neuf Efcadrons dont Sa Majesté a donné le Commandement
Général , avec le brevet de Meftre- de-
Camp de Dragons au Baron de Tuillier.
Le 4 , l'Evêque de Poitiers prêta ferment entre
les mains du Roi , pour la place de Premier Au
mônier de Madame.
Du 15 , Sa Majefté a donné l'Evêché de Meaux
à l'Evêque de Poitiers ; l'Evêché de Poitiers à l'Abbé
de Beaupol de Saint-Aulaire , Grand - Vicaire
du Diocéfe de Roun ; & l'Abbaye d'Auberive ,
Ordre de Citeaux , Diocéle de Langres , à l'ancien
Evêque de Poitiers , nommé à l'Evêché de Meaux.
Le 8 de ce mois , le Marquis de Feuquieres ,
Meft e-de Camp de Cavalerie , prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , pour la Charge
de Lieutenant-Général de la Picardie , & celle de
Grand Bailli d'épée de cette Province.
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Résumé : De Versailles, le 28 Janvier.
Du 28 janvier au 15 février, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour. Le roi, après un rhume, se rétablit complètement. Plusieurs nominations et promotions furent annoncées : le Comte d'Haussonville fut nommé au Régiment Royal Rouffillon, le Sieur de la Caze devint Président du Parlement de Pau, et Dom Billiau reçut l'Abbaye de Laucourt. Le Maréchal de Contades arriva pour préparer la campagne prochaine avec le Ministre de la Guerre et fut présenté à la famille royale par le Maréchal Duc de Belle-Isle. Le roi nomma l'Évêque de Poitiers Premier Aumônier de Madame et l'Abbé de Beaumont-des-Junies à l'Évêché de Rennes. Diverses abbayes furent attribuées à des religieux. Le 30 janvier, le Nonce du Pape eut une audience particulière avec le roi. Le 2 février, lors de la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le roi tint un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit et revêtit les nouveaux chevaliers de leurs marques. Il fixa également le nombre de compagnies de dragons en Guyenne et nomma le Baron de Tuillier à leur commandement général. Le 4 février, l'Évêque de Poitiers prêta serment pour sa nouvelle charge. Le 8 février, le Marquis de Feuquières prêta serment pour les charges de Lieutenant-Général de la Picardie et de Grand Bailli d'épée de cette province. Le 15 février, plusieurs évêchés et abbayes furent attribués, notamment l'Évêché de Meaux à l'Évêque de Poitiers et l'Abbaye d'Auberive à l'ancien Évêque de Poitiers.
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93
p. 207-209
DE VERSAILLES, le 15 Mars.
Début :
Le 13 de ce mois le Roi a tenu le Sceau pour la 46e fois. [...]
Mots clefs :
Sceau, Sa Majesté, Marquis, Capitaine, Comte, Nominations, Régiment, Infanterie, Gouverneur, Abbaye, Ordre, Diocèse, Lieutenant, Compagnie, Chevalier, Colonel, Évêque, Abbé, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 15 Mars.
De VERSAILLES , le 15 Mars .
L E 13 de ce mois le Roi a tenu le Sceau pour
la 46 ° fois.
Sa Majesté a donné au Marquis de Villeroi ,
Capitaine des Gardes- du - Corps en furvivance les
honneurs du Louvre , au Marquis de Lugeac le
commandement de la Compagnie des Grenadiers
à Cheval ; au Comte de Beaujeu l'infpection
générale & la Direction des Côtes maritimes
des Provinces de Poitou , Aulnis , Saintonge ,
Guyenne , Rouffillon , Languedoc & Provence 5.
& il a eu l'honneur de remercier le Roi en cette
qualité.
Du 29.
Sa Majesté tint le fceau pour la 47.fois.
Le Roia donné au Sieur du Tiller , le Régiment
Royal , Infanterie vacant par là promotion du
Marquis de Puifignieux au grade de Maréchal de
Camp.
Sa Majefté a nommé le Comte de Barbazan
208 MERCURE DE FRANCE
Sénéchal , Gouverneur de Bigorre , pour com
mander les Troupes qui feront dans cette Province.
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Etienne de
Caen , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de Bayeux
au Cardinal de Gefvres ; l'Abbaye de S. Paul de
Verdun à l'ancien Evêque de Limoges , Précepteur
de Monteigneur le Duc de Bourgogne ; &
l'Abbaye de S. Michel , Diocèfe de Laon à l'Abbé
Colbert , Doyen de l'Eglife & Vicaire Général du
Diocèfe d'Orléans .
Sa Majesté a nominé le Comte de Fumel ,
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Clermont-Prince ; & elle a donné le Régiment
de Fumel au Chevalier de ce nom. Le Chevalier
de Mirabeau a été nommé Inſpecteur Général
des Gardes- Côtes , avec la Direction des batteries
& des fignaux dans toute la partie de la Côte qui
s'étend depuis la Loire jufqu'à l'extrémité de la
frontière , ainfi que le Comte de Beaujeu l'a été
pour l'autre partie . Toutes les Côtes font partagées
entre ces deux Officiers , dans toute l'étendue
du Royaume . Ils ont fous eux dix Infpecteurs
, & commandent à tous les Capitaines
Généraux , Majors & Lieutenans - Colonels des
Milices Gardes - Côtes.
Du s Avril.
Le Roi ayant jugé convenable au bien de fon
Service , de créer un Exempt Sous - Aide- Major
d'augmentation dans chaque Compagnie de fes
Gardes-du-Corps , Sa Majefté a nommé à cette
Place dans la Compagnie Ecoffoiſe , le Chevalier
d'Etouville ; dans celle de illeroi , le fieur dela
Pujade ; dans celle de Beauveau , le fieur de Bachaffon
; & dans celle de Luxembourg , le Chevalier
de Reymondis. Sa Majefté a auffi difpofé des
deux Bâtons d'Exempt vacans dans la Compagnie
AVRIL. 1759. 209
Ecoffoife , en faveur du Chevalier de Fontaine &
du fieur de Saint - Meffani , & de la Sous-Aide-
Majorité de la Compagnie de Villeroi , vacante
par la retraite du Chevalier de Laftic , en faveur
du Chevalier de Mélée. Le Roi a accordé le Régiment
d'Infanterie de Bretagne , vacant par la
démiffion du Chevalier de Clermont d'Amboiſe ,
au Vicomte de Beaune. Sa Majefté a lifpolé du
Régiment d'Auvergne , Infanterie , en faveur du
Comte de Rochambeau. Le Marquis de Chaftellux
, qui en étoit Colonel , a donné la démiffion
à caufe que fa vue s'eft affoiblie au point de ne
pouvoir continuer fes fervices à la tête de ce Régiment
; & dans l'efpérance qu'elle pourra fe rétablir
, il a obtenu du Roi d'être Colonel réformé à
la fuite de ce Régiment ; celui de la Marche- Province
a été donné au Chevalier de Chaſtellux .
Sa Majesté a accordé des Places de Colonel
dans le Régiment des Grenadiers de France , au
fieur de Machault d'Arnouville, au Marquis de Tavanne
au Comte de Choifeul , & au Comte de
Peyre.
>
Le Roi a nommé à l'Archevêché de Rouen , l'Archevêque
d'Alby , à l'Archevêché d'Alby , l'Evêque
d'Evreux , & à l'Evêché d'Evreux , l'Abbé de
Marnezia , Doyen de l'Eglife , & Comte de Lyon,
& Vicaire Général du même Diocèfe . Sa Majeſté
a donné l'Abbaye de S. Rigaud , Ordre de faint
Benoît , Diocèle de Mâcon , à l'Abbé d'Eſpiard ,
Chanoine de la Métropole & Confeiller - Clerc au
Parlement de Besançon.
L E 13 de ce mois le Roi a tenu le Sceau pour
la 46 ° fois.
Sa Majesté a donné au Marquis de Villeroi ,
Capitaine des Gardes- du - Corps en furvivance les
honneurs du Louvre , au Marquis de Lugeac le
commandement de la Compagnie des Grenadiers
à Cheval ; au Comte de Beaujeu l'infpection
générale & la Direction des Côtes maritimes
des Provinces de Poitou , Aulnis , Saintonge ,
Guyenne , Rouffillon , Languedoc & Provence 5.
& il a eu l'honneur de remercier le Roi en cette
qualité.
Du 29.
Sa Majesté tint le fceau pour la 47.fois.
Le Roia donné au Sieur du Tiller , le Régiment
Royal , Infanterie vacant par là promotion du
Marquis de Puifignieux au grade de Maréchal de
Camp.
Sa Majefté a nommé le Comte de Barbazan
208 MERCURE DE FRANCE
Sénéchal , Gouverneur de Bigorre , pour com
mander les Troupes qui feront dans cette Province.
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Etienne de
Caen , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de Bayeux
au Cardinal de Gefvres ; l'Abbaye de S. Paul de
Verdun à l'ancien Evêque de Limoges , Précepteur
de Monteigneur le Duc de Bourgogne ; &
l'Abbaye de S. Michel , Diocèfe de Laon à l'Abbé
Colbert , Doyen de l'Eglife & Vicaire Général du
Diocèfe d'Orléans .
Sa Majesté a nominé le Comte de Fumel ,
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment de
Clermont-Prince ; & elle a donné le Régiment
de Fumel au Chevalier de ce nom. Le Chevalier
de Mirabeau a été nommé Inſpecteur Général
des Gardes- Côtes , avec la Direction des batteries
& des fignaux dans toute la partie de la Côte qui
s'étend depuis la Loire jufqu'à l'extrémité de la
frontière , ainfi que le Comte de Beaujeu l'a été
pour l'autre partie . Toutes les Côtes font partagées
entre ces deux Officiers , dans toute l'étendue
du Royaume . Ils ont fous eux dix Infpecteurs
, & commandent à tous les Capitaines
Généraux , Majors & Lieutenans - Colonels des
Milices Gardes - Côtes.
Du s Avril.
Le Roi ayant jugé convenable au bien de fon
Service , de créer un Exempt Sous - Aide- Major
d'augmentation dans chaque Compagnie de fes
Gardes-du-Corps , Sa Majefté a nommé à cette
Place dans la Compagnie Ecoffoiſe , le Chevalier
d'Etouville ; dans celle de illeroi , le fieur dela
Pujade ; dans celle de Beauveau , le fieur de Bachaffon
; & dans celle de Luxembourg , le Chevalier
de Reymondis. Sa Majefté a auffi difpofé des
deux Bâtons d'Exempt vacans dans la Compagnie
AVRIL. 1759. 209
Ecoffoife , en faveur du Chevalier de Fontaine &
du fieur de Saint - Meffani , & de la Sous-Aide-
Majorité de la Compagnie de Villeroi , vacante
par la retraite du Chevalier de Laftic , en faveur
du Chevalier de Mélée. Le Roi a accordé le Régiment
d'Infanterie de Bretagne , vacant par la
démiffion du Chevalier de Clermont d'Amboiſe ,
au Vicomte de Beaune. Sa Majefté a lifpolé du
Régiment d'Auvergne , Infanterie , en faveur du
Comte de Rochambeau. Le Marquis de Chaftellux
, qui en étoit Colonel , a donné la démiffion
à caufe que fa vue s'eft affoiblie au point de ne
pouvoir continuer fes fervices à la tête de ce Régiment
; & dans l'efpérance qu'elle pourra fe rétablir
, il a obtenu du Roi d'être Colonel réformé à
la fuite de ce Régiment ; celui de la Marche- Province
a été donné au Chevalier de Chaſtellux .
Sa Majesté a accordé des Places de Colonel
dans le Régiment des Grenadiers de France , au
fieur de Machault d'Arnouville, au Marquis de Tavanne
au Comte de Choifeul , & au Comte de
Peyre.
>
Le Roi a nommé à l'Archevêché de Rouen , l'Archevêque
d'Alby , à l'Archevêché d'Alby , l'Evêque
d'Evreux , & à l'Evêché d'Evreux , l'Abbé de
Marnezia , Doyen de l'Eglife , & Comte de Lyon,
& Vicaire Général du même Diocèfe . Sa Majeſté
a donné l'Abbaye de S. Rigaud , Ordre de faint
Benoît , Diocèle de Mâcon , à l'Abbé d'Eſpiard ,
Chanoine de la Métropole & Confeiller - Clerc au
Parlement de Besançon.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 15 Mars.
Entre mars et avril 1759, le Roi a effectué plusieurs nominations et promotions. Le 13 mars, il a nommé le Marquis de Villeroi aux honneurs du Louvre, le Marquis de Lugeac au commandement des Grenadiers à Cheval, et le Comte de Beaujeu à l'inspection générale des côtes maritimes de plusieurs provinces. Le 29 mars, il a nommé le Sieur du Tiller au Régiment Royal d'Infanterie et le Comte de Barbazan Sénéchal et Gouverneur de Bigorre. Le Roi a également attribué des abbayes à des dignitaires religieux, comme l'Abbaye de Saint-Étienne de Caen au Cardinal de Gesvres et l'Abbaye de Saint-Paul de Verdun à l'ancien Évêque de Limoges. Le Comte de Fumel a été nommé Maître de Camp et Lieutenant du Régiment de Clermont-Prince, et le Chevalier de Mirabeau Inspecteur Général des Gardes-Côtes. Le 5 avril, le Roi a créé des postes d'Exempt Sous-Aide-Major dans les Compagnies des Gardes-du-Corps et nommé plusieurs officiers à ces postes. Il a également accordé des régiments d'infanterie au Vicomte de Beaune et au Comte de Rochambeau, et nommé des colonels dans le Régiment des Grenadiers de France. Enfin, il a nommé l'Archevêque d'Alby à l'Archevêché de Rouen, l'Évêque d'Évreux à l'Archevêché d'Alby, et l'Abbé de Marnezia à l'Évêché d'Évreux.
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94
p. 214
MORTS.
Début :
Messire Louis-Albert Joly de Chossin, Évêque de Toulon, Prévôt des Pignans [...]
Mots clefs :
Évêque, Marquise , Veuve, Duc, Princes, Princesses, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
-Meffire Louis- Albert Joly de Choffin , Evêque de
Toulon , Prévôt des Pignans , Diocèse de Fréjus ,
eſt mort le 16 Avril dans la foixante-uniéme an
née de fon âge.
Marie- Françoife de Poitiers , Marquife de la
Baume-Montrevel , eft morte à la Ferté-Aleps ,
le mêmejour âgée de quatrevingt- quatre ans.
Théodore de Podenas Villepinte , veuve de
François Gafton , Comte de Foix , mourut le 19
de cemois , âgée d'environ quatrevingt-dix ans ;
M. le Duc de Duras & M. le Marquis de Villepinte
eurent l'honneur d'en faire part aux Princes
& Princeffes du Sang,qui en ont pris le deuil le 13.
-Meffire Louis- Albert Joly de Choffin , Evêque de
Toulon , Prévôt des Pignans , Diocèse de Fréjus ,
eſt mort le 16 Avril dans la foixante-uniéme an
née de fon âge.
Marie- Françoife de Poitiers , Marquife de la
Baume-Montrevel , eft morte à la Ferté-Aleps ,
le mêmejour âgée de quatrevingt- quatre ans.
Théodore de Podenas Villepinte , veuve de
François Gafton , Comte de Foix , mourut le 19
de cemois , âgée d'environ quatrevingt-dix ans ;
M. le Duc de Duras & M. le Marquis de Villepinte
eurent l'honneur d'en faire part aux Princes
& Princeffes du Sang,qui en ont pris le deuil le 13.
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Résumé : MORTS.
Le texte mentionne les décès de quatre personnalités. Louis-Albert Joly de Choffin, évêque de Toulon, est mort le 16 avril à 71 ans. Marie-Françoise de Poitiers, Marquise de la Baume-Montrevel, est décédée le même jour à 84 ans. Théodore de Podenas Villepinte, veuve du Comte de Foix, est morte le 19 avril à environ 90 ans. Le Duc de Duras et le Marquis de Villepinte ont informé les Princes et Princesses du Sang de ce décès.
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95
p. 207
DE ROME, le 12 Janvier.
Début :
On croit que notre Cour & celle de Portugal sont d'accord sur les points qui les divisoient. [...]
Mots clefs :
Cour, Portugal, Pape, Conseil, Ecclésiastiques, Évêque, Nomination, Pluies, Cultures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 12 Janvier.
De ROME , le 12 Janvier.
On croit que notre Cour & celle de Portugal
font d'accord fur les points qui les divifoient. Sa
Sainteté accorde, pour toujours , au Roi de Portugal
& à fon Confeil de Confcience , la déciſion
de tous les différends eccléfiaftiques qui pourroient
furvenir dans les États. Elle demande feulement,
qu'on y appelle un Evêque qui ait fait une étude
fpéciale des cas de confcience & du Droit eccléfaflique.
La nomination du Nonce , à la Cour de
Portugal , ne fe fera aufli que de concert avec
cette Cour. Le Pape propoſe pour cette nonciature
quatre Prélats , parmi lefquels Sa Majesté
Très-fidelle fera un choix.
Les pluies , qui afgeoient ce Pays dépuis plufieurs
mois , & qui fembloient ôter aux gens de
la campagne toute eſpérance de récolte , ont enfin
ceffé. Suivant les nouvelles du 19 , le temps
eft redevenu ferein ; & ce changement a l'appa
rence d'être durable.
On croit que notre Cour & celle de Portugal
font d'accord fur les points qui les divifoient. Sa
Sainteté accorde, pour toujours , au Roi de Portugal
& à fon Confeil de Confcience , la déciſion
de tous les différends eccléfiaftiques qui pourroient
furvenir dans les États. Elle demande feulement,
qu'on y appelle un Evêque qui ait fait une étude
fpéciale des cas de confcience & du Droit eccléfaflique.
La nomination du Nonce , à la Cour de
Portugal , ne fe fera aufli que de concert avec
cette Cour. Le Pape propoſe pour cette nonciature
quatre Prélats , parmi lefquels Sa Majesté
Très-fidelle fera un choix.
Les pluies , qui afgeoient ce Pays dépuis plufieurs
mois , & qui fembloient ôter aux gens de
la campagne toute eſpérance de récolte , ont enfin
ceffé. Suivant les nouvelles du 19 , le temps
eft redevenu ferein ; & ce changement a l'appa
rence d'être durable.
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Résumé : DE ROME, le 12 Janvier.
Le 12 janvier, la Cour de Rome et celle du Portugal ont résolu leurs différends. Le Pape autorise le Roi du Portugal à régler les conflits ecclésiastiques avec l'avis d'un évêque spécialisé. La nomination du Nonce se fera en concertation avec la Cour portugaise. Le Pape propose quatre prélats pour ce poste. Les pluies ont cessé, et le temps est redevenu serein.
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96
p. 214-216
MARIAGES.
Début :
Pierre-Louis, Marquis de Treffort, Capitaine au Régiment de Foix, fils d'Antoine [...]
Mots clefs :
Capitaine, Fils, Comtesse, Fille, Duc, Baron, Chevalier, Bénédiction nuptiale, Contrat de mariage, Famille royale, Lieutenant général des armées du roi, Évêque, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Pierre-Louis , Marquis de Treffort , Capitaine
au Régiment de Foix , fils d'Antoine Philibert ,
Marquis de Grollier ; & de Gabrielle- Claude Colbert
de Villacerf , a époufé le 20 du mois de
Février 1760 , Charlotte - Euſtache Sophie de Fuligny
, Dame , Comtelle de Reauremont , fille
de feu Henry de Fuligny- Damas - Rochechouard ,
Baron d'Aubigny ; & de Dame Marie- Gabrielle
de Pons - Praflin . La bénédiction nuptiale leur a
été donnée au Château d'Agée , près de Dijon ,
par M. l'Abbé de Damas,grand Cuftode & Comte
de Lyon , oncle de ladite Dame.
Louis - Hercule - Timoléon de Coffé , Duc de
Coffé-Briffac , Meftre-de-Camp du Régiment de
Bourgogne , Cavalerie , a époufé , le 28 du mois
dernier, Adélaide-Diane-Hortence- Delie Mancini
de Nevers , feconde fille de Louis - Jules- Barbon .
Mazarini Mancini , Duc de Nivernois , Pair de
France, Grand d'Espagne, Noble Vénitien , Baron
Romain , Chevalier des Ordres du Roi , Brigadier
de ſes Armées , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, & honoraire de celle des Infcriptions &
Belles Lettres , ci-devant Ambaffadeur extraordinaire
auprès du S. Siége ; & d'Hélene - Angélique-
Françoife Phelypeaux de Ponchartrain.La bénédic
tion nuptiale leur a été donnée par l'Archevêque de
Tours , dans la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois.
Leurs Majeftés , & la Famille Royale , avoient
figné leur contrat de Mariage le 23. Le Duc de
Coffé eft fils de Jean - Paul - Timoléon de Collé-
Briffac , Duc de Brillac , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant général de
fes Armées , Gouverneur de Sârlouis , grand Pan
AVRIL. 1760. 215
netier deFrance ; & de Dame Marie-JofepheDurey
de Sauroy.
Achilles-Jofeph Robert , Marquis de Lignerac ,
grand Bailli d'epée , Lieutenant- général , &
Commandant pour le Roi , dans la haute Auvergne
, Capitaine au Régiment de la Ferronaye ,
Dragons, fils defeu Charles- Jofeph Robert, Comte
de Lignerac , Enfeigne des Gendarmes de la Garde
du Roi ; & de Marie - Françoife de Broglie ; a
époulé , le 4 de ce mois , Marie-Odette de Lévi-
Chateau Morand , fille de feu François- Charles
de Lévi- Chateau- Morand, Lieutenant général des .
Armées du Roi , & de la Province de Bourbonnois ;
& de Dame Philiberte Languet de Rochefort . La
bénédiction nuptiale leur a été donnée , dans la
Chapelle de l'Hôtel d'Ambre , par l'Evêque de
Pamiers. Leur Contrat de Mariage avoit été figné
,le 18 du mois dernier , par Leurs Majeftés ,
& par la Famille Royale.
Joachim -Charles Laure de Montagu , Vicomte
de Beaune , Lieutenant général de la Balle- Auvergne
& du pays de Combrailles , Colonel du
Régiment de Bretagne , Infanterie , fils aîné de
feu Joachim Montagu , Marquis de Bouzols ,
Maréchal - de - Camp , Lieutenant général de la
baffe-Auvergne & du pays de Combrailles ; &
de Laure-Anne Filtz-James , Dame du Palais ,
a épousé , le 3 de ce mois , Marie - Hélene - Charlotte
Caillebot de la Salle , fille de Marie- Louis
Caillebot , Marquis de la Salle , Lieutenant-général
des Armées du Roi , Gouverneur & Lieutenant
général de la Haute & Baffe Marche ,
Capitaine Sous-Lieutenant des Gendarmes de la
Garde ; & de feue Dame Marie-Françoife- Charlotte
de Benoife. La bénédiction nuptiale lear
a été donnée, dans la Chapelle de l'Hôtel de
Matignon , par l'Evêque de Soiffons , oncle du
216 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Beaune Leur Contrat de mariage
avoit été figné , le premier de ce mois , par
Leurs Majeftés , & par la Famille Royale .
Pierre-Louis , Marquis de Treffort , Capitaine
au Régiment de Foix , fils d'Antoine Philibert ,
Marquis de Grollier ; & de Gabrielle- Claude Colbert
de Villacerf , a époufé le 20 du mois de
Février 1760 , Charlotte - Euſtache Sophie de Fuligny
, Dame , Comtelle de Reauremont , fille
de feu Henry de Fuligny- Damas - Rochechouard ,
Baron d'Aubigny ; & de Dame Marie- Gabrielle
de Pons - Praflin . La bénédiction nuptiale leur a
été donnée au Château d'Agée , près de Dijon ,
par M. l'Abbé de Damas,grand Cuftode & Comte
de Lyon , oncle de ladite Dame.
Louis - Hercule - Timoléon de Coffé , Duc de
Coffé-Briffac , Meftre-de-Camp du Régiment de
Bourgogne , Cavalerie , a époufé , le 28 du mois
dernier, Adélaide-Diane-Hortence- Delie Mancini
de Nevers , feconde fille de Louis - Jules- Barbon .
Mazarini Mancini , Duc de Nivernois , Pair de
France, Grand d'Espagne, Noble Vénitien , Baron
Romain , Chevalier des Ordres du Roi , Brigadier
de ſes Armées , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, & honoraire de celle des Infcriptions &
Belles Lettres , ci-devant Ambaffadeur extraordinaire
auprès du S. Siége ; & d'Hélene - Angélique-
Françoife Phelypeaux de Ponchartrain.La bénédic
tion nuptiale leur a été donnée par l'Archevêque de
Tours , dans la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois.
Leurs Majeftés , & la Famille Royale , avoient
figné leur contrat de Mariage le 23. Le Duc de
Coffé eft fils de Jean - Paul - Timoléon de Collé-
Briffac , Duc de Brillac , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant général de
fes Armées , Gouverneur de Sârlouis , grand Pan
AVRIL. 1760. 215
netier deFrance ; & de Dame Marie-JofepheDurey
de Sauroy.
Achilles-Jofeph Robert , Marquis de Lignerac ,
grand Bailli d'epée , Lieutenant- général , &
Commandant pour le Roi , dans la haute Auvergne
, Capitaine au Régiment de la Ferronaye ,
Dragons, fils defeu Charles- Jofeph Robert, Comte
de Lignerac , Enfeigne des Gendarmes de la Garde
du Roi ; & de Marie - Françoife de Broglie ; a
époulé , le 4 de ce mois , Marie-Odette de Lévi-
Chateau Morand , fille de feu François- Charles
de Lévi- Chateau- Morand, Lieutenant général des .
Armées du Roi , & de la Province de Bourbonnois ;
& de Dame Philiberte Languet de Rochefort . La
bénédiction nuptiale leur a été donnée , dans la
Chapelle de l'Hôtel d'Ambre , par l'Evêque de
Pamiers. Leur Contrat de Mariage avoit été figné
,le 18 du mois dernier , par Leurs Majeftés ,
& par la Famille Royale.
Joachim -Charles Laure de Montagu , Vicomte
de Beaune , Lieutenant général de la Balle- Auvergne
& du pays de Combrailles , Colonel du
Régiment de Bretagne , Infanterie , fils aîné de
feu Joachim Montagu , Marquis de Bouzols ,
Maréchal - de - Camp , Lieutenant général de la
baffe-Auvergne & du pays de Combrailles ; &
de Laure-Anne Filtz-James , Dame du Palais ,
a épousé , le 3 de ce mois , Marie - Hélene - Charlotte
Caillebot de la Salle , fille de Marie- Louis
Caillebot , Marquis de la Salle , Lieutenant-général
des Armées du Roi , Gouverneur & Lieutenant
général de la Haute & Baffe Marche ,
Capitaine Sous-Lieutenant des Gendarmes de la
Garde ; & de feue Dame Marie-Françoife- Charlotte
de Benoife. La bénédiction nuptiale lear
a été donnée, dans la Chapelle de l'Hôtel de
Matignon , par l'Evêque de Soiffons , oncle du
216 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Beaune Leur Contrat de mariage
avoit été figné , le premier de ce mois , par
Leurs Majeftés , & par la Famille Royale .
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Résumé : MARIAGES.
En 1760, plusieurs mariages notables ont eu lieu. Le 20 février, Pierre-Louis, Marquis de Treffort, a épousé Charlotte-Eustache Sophie de Fuligny, Dame et Comtesse de Reauremont, au Château d'Agée près de Dijon. Le 28 janvier, Louis-Hercule-Timoléon de Coffé, Duc de Coffé-Brissac, a épousé Adélaide-Diane-Hortense-Délie Mancini de Nevers à la Chapelle de l'Hôtel de Nivernois. Le 4 avril, Achilles-Joseph Robert, Marquis de Lignerac, a épousé Marie-Odette de Lévi-Château Morand dans la Chapelle de l'Hôtel d'Ambre. Le 3 avril, Joachim-Charles Laure de Montagu, Vicomte de Beaune, a épousé Marie-Hélène-Charlotte Caillebot de la Salle dans la Chapelle de l'Hôtel de Matignon. Les contrats de mariage de ces unions ont été signés par Leurs Majestés et la Famille Royale.
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97
p. 216
MORTS.
Début :
Charles-Henri, Marquis de Maillé, ancien Colonel du Régiment de Condé, [...]
Mots clefs :
Marquis, Colonel, Infanterie, Décès, Évêque, Abbé, Diocèse
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Charles-Henri , Marquis de Maillé , ancien
Colonel du Régiment de Condé , Infanterie ,
Brigadier des Armées du Roi , mourut le 25 du
mois dernier , dans fon château de Jalelne en
Anjou , dans la 73. année de fon âge.
>
Henri-Ignace de Brancas , Evêque de Lizieux ,
Sous-Doyen des Evêques de France , Abbé Commendataire
des Abbayes de S. Gildas des Bois ,
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Nantes , & de
Chambrefontaines , Ordre des Prémontrés , Diocèfe
de Meaux , eft mort , dans fon Diocèſe , le
premier de ce mois , âgé de 76 ans.
Charles-Henri , Marquis de Maillé , ancien
Colonel du Régiment de Condé , Infanterie ,
Brigadier des Armées du Roi , mourut le 25 du
mois dernier , dans fon château de Jalelne en
Anjou , dans la 73. année de fon âge.
>
Henri-Ignace de Brancas , Evêque de Lizieux ,
Sous-Doyen des Evêques de France , Abbé Commendataire
des Abbayes de S. Gildas des Bois ,
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Nantes , & de
Chambrefontaines , Ordre des Prémontrés , Diocèfe
de Meaux , eft mort , dans fon Diocèſe , le
premier de ce mois , âgé de 76 ans.
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Résumé : MORTS.
Le texte annonce le décès de deux personnalités françaises. Charles-Henri, Marquis de Maillé, ancien colonel et brigadier des armées du roi, est décédé à 73 ans dans son château de Jalelne en Anjou. Henri-Ignace de Brancas, évêque de Lisieux et abbé de plusieurs abbayes, est décédé à 76 ans dans son diocèse.
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98
p. 244-245
DE GESNES, le 1 Mai.
Début :
On a appris ici, avec étonnement l'envoi fait par la Cour de Rome d'un [...]
Mots clefs :
République, Rome, Visiteur apostolique, Corse, Benoit XIV, Rebelles corses, Saint-Siège, Pape, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE GESNES, le 1 Mai.
De GESNES , le Mai.
On a appris ici , avec étonnement l'envoi fait
par la Cour de Rome d'un Vifiteur Apoftolique
en Corfe. Cet envoi , auquel la République s'étoit
toujours oppofée , a été accompagné des circonftances
fuivantes . Il y avoit déjà plufieurs années
que la République , informée que les Eccléfiaftiques
de Corfe étoient les principaux moteurs de
la rébellion, avoit porté fes plaintes au Saint- Siége,
pour en obtenir qu'il les rappellât à leur devoir.
Et le feu Pape Benoît XIV , fenfible à ces plaintes ,
avoit projetté un bref conforme à ces vues.
La mort de ce Souverain Pontife étant furvenue,
ce brefn'eut point lieu, & le chef des rebelles,
Paſcal Paoli , s'enhardillant de plus en plus ,
par la tolérance de la Cour de Rome , faifit les
biens des Evêques & des Eccléfiaftiques qui n'éJUIN.
1760. 245
toient pas de fon parti. Il envoya à Rome des
émiffaires qui, quoique rebelles à leur Souverain ,
y trouverent allez d'appui pour déterminer le
Saint-Siége à envoyer en Corfe un Vifiteur Apoftolique
, fans le concerter avec la République.
La République fit alors piéfenter au Saint - Siége
plufieurs mémoires ; mais ils n'ébranlerent point
la Cour de Rome : fur quoi la République notifia
qu'elle ne confentoit abfolument point à l'envoi de
ce Vifiteur . Cependant, la République étoit entrée
dans une négociation propre à terminer le différend
; & elle fe flattoit de voir bientôt renaître la
bonne intelligence entre elle & la Cour de Rome ,
lorfque cette Cour a exécuté fon projet . Elle a fait
pafler en Corfe le fieur Céfare Crefcentio de Angelis
, Evêque de Segni ; & ce Prélat , pour cous
vrir fon départ, a pris la précaution de fe traveltir,
de changer de nom , & de le faire accompagner '
par un Religieux déguifé en Arménien.
Enfin ce Prélat s'eft embarqué à Civita- Vecchia
, où il a trouvé deux Frégates du Pape qui
l'attendoient . On a été depuis informé que , quand
ces Frégates ont paru à la vue de la plage
de la Brunette , les Rebelles leur ont envoyé
quatre Chaloupes qu'elles ont faluées de leur ca.
non ; & qu'ils ont rendu les mêmes honneurs avec
leurMoufquererie au fieur deAngelis, lorfqu'il a mis
pied à terre. Cette réception juftifie les foupçons
de la République , & montre le fondement de fes
reprefentations réitérées , pour que le Pape fe défiftât
d'autorifer les vues de ces rebelles par de
femblables difpofitions.
On a appris ici , avec étonnement l'envoi fait
par la Cour de Rome d'un Vifiteur Apoftolique
en Corfe. Cet envoi , auquel la République s'étoit
toujours oppofée , a été accompagné des circonftances
fuivantes . Il y avoit déjà plufieurs années
que la République , informée que les Eccléfiaftiques
de Corfe étoient les principaux moteurs de
la rébellion, avoit porté fes plaintes au Saint- Siége,
pour en obtenir qu'il les rappellât à leur devoir.
Et le feu Pape Benoît XIV , fenfible à ces plaintes ,
avoit projetté un bref conforme à ces vues.
La mort de ce Souverain Pontife étant furvenue,
ce brefn'eut point lieu, & le chef des rebelles,
Paſcal Paoli , s'enhardillant de plus en plus ,
par la tolérance de la Cour de Rome , faifit les
biens des Evêques & des Eccléfiaftiques qui n'éJUIN.
1760. 245
toient pas de fon parti. Il envoya à Rome des
émiffaires qui, quoique rebelles à leur Souverain ,
y trouverent allez d'appui pour déterminer le
Saint-Siége à envoyer en Corfe un Vifiteur Apoftolique
, fans le concerter avec la République.
La République fit alors piéfenter au Saint - Siége
plufieurs mémoires ; mais ils n'ébranlerent point
la Cour de Rome : fur quoi la République notifia
qu'elle ne confentoit abfolument point à l'envoi de
ce Vifiteur . Cependant, la République étoit entrée
dans une négociation propre à terminer le différend
; & elle fe flattoit de voir bientôt renaître la
bonne intelligence entre elle & la Cour de Rome ,
lorfque cette Cour a exécuté fon projet . Elle a fait
pafler en Corfe le fieur Céfare Crefcentio de Angelis
, Evêque de Segni ; & ce Prélat , pour cous
vrir fon départ, a pris la précaution de fe traveltir,
de changer de nom , & de le faire accompagner '
par un Religieux déguifé en Arménien.
Enfin ce Prélat s'eft embarqué à Civita- Vecchia
, où il a trouvé deux Frégates du Pape qui
l'attendoient . On a été depuis informé que , quand
ces Frégates ont paru à la vue de la plage
de la Brunette , les Rebelles leur ont envoyé
quatre Chaloupes qu'elles ont faluées de leur ca.
non ; & qu'ils ont rendu les mêmes honneurs avec
leurMoufquererie au fieur deAngelis, lorfqu'il a mis
pied à terre. Cette réception juftifie les foupçons
de la République , & montre le fondement de fes
reprefentations réitérées , pour que le Pape fe défiftât
d'autorifer les vues de ces rebelles par de
femblables difpofitions.
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Résumé : DE GESNES, le 1 Mai.
La Cour de Rome a envoyé un Visiteur Apostolique en Corse malgré l'opposition de la République. Cette dernière avait informé le Saint-Siège de l'implication des ecclésiastiques corses dans la rébellion et avait demandé leur rappel. La mort du pape Benoît XIV a empêché la mise en œuvre de cette décision. Pascal Paoli, chef des rebelles, a profité de la situation pour s'emparer des biens des ecclésiastiques opposés à lui. Des émissaires rebelles ont obtenu le soutien de Rome pour l'envoi du Visiteur Apostolique sans concertation avec la République. Malgré les mémoires envoyés par la République, Rome a persisté dans sa décision. La République a notifié qu'elle n'acceptait pas cet envoi, mais elle était engagée dans une négociation pour résoudre le différend. La Cour de Rome a envoyé l'évêque César Crescentio de Angelis déguisé à bord de deux frégates papales. À son arrivée en Corse, les rebelles ont salué le prélat, confirmant les soupçons de la République sur le soutien papal aux rebelles.
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99
p. 203-206
DE PARIS, le 14 Juin.
Début :
Le 18 du mois dernier, le Prince Louis de Rohan, Evêque de Canope, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sacre, Ordre, Service, Bénédiction, Paix, Alliés, Défense, Prières publiques, Campagne militaire, Conseil, Magistrats, Arrêts, Martinique, Capitaine, Ennemis, Loterie, Médecin, Lettres de noblesse
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 14 Juin.
De PARIS , le 14 Juin.
1
-Le 18 du mois dernier , le Prince Louis de
Rohan, Evêque de Canope, Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , fut facré dans l'Eglife Métropolisaine
, par l'Archevêque de Paris , affifté des
Evêques du Puy & de Blois. Un grand nombre .
d'Archevêques , d'Evêques , & de perfonnes du
premier rang, affiftèrent à cette cérémonie.
Le 19 , l'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier ,
de Notre-Dame du Mont- Carmel,& de S. Lazare ,
de Jérufalem , fit célébrer dans la Chapelle du
Louvre,l'Anniverfaire duRoi Henri IVde glorieufe .
mémoire , Fondateur de l'Ordre. Le Service a été
célébré par l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier ,
de la Reine Gommandeur Eccléfiaftique de.
l'Ordre. LeComte de Saint-Florentin , les grands
Officiers , & plufieurs Chevaliers de cet Ordre y
oar affifté. the
Sa Majefté ; conduite par l'efprit de piété qui a
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE
tonjours caractérisé les Rois Très - Chrétiens , a
voulu , au commencement de cette Campagne ',
implorer la bénédiction du Ciel fur les armes.
Elle a écrit à l'Archevêque de Paris , ainfi qu'à
tous les Archevêques & Evêques de fon Royaume ,
la Lettre fuivante.
» MON COUSIN, le maintien de la tranquillité
» de l'Europe a toujours été le principal objet de
» mes voeux & de mes démarches : ce fentiment
» s'eft fortifié par le defir que j'ai de contribuer
>> au bonheur de mes Peuples , & de diminuer les
>> charges qu'ils fupportent d'une manière digne
» de leur zéle pour la gloire de mon régne , &
>> de l'amour que j'ai pour eux. C'eft pour leur
> en faire reffentir les effets , que je n'ai négligé
>> aucun des moyens capables de déterminer les
>> Puiffances qui m'ont forcé à reprendre les ar-- ·
» mes , à concourir au rétabliſſement d'une paix
dont on pût affurer la duréc.Mais avant quel'on
ait pû parvenir définitivement au but defirable
> de la paix générale , la continuation des hofti-
» lités des Ennemis de la France m'oblige à de
> nouveaux efforts pour la défenſe de mes propres
» Etats , & pour foutenir les Engagemens que j'ai
» pris avec mes fidéles Alliés . Quelque confiance
que j'aye dans la volonté de mes Troupes , dans
leur zéle pour mon fervice , je n'en dois pass
moins implorer le Dieu des Armées ; & je vous
» fais cette Lettre pour vous dire , que je ſouhaiter
»que vous ordonniez des prieres particulieres
» dans toutes les Eglifes de votre Diocéfe , pour
» obtenir du Tout- puillant qu'il daigne répandre
fa bénédiction fur mes armes , & favorifer le
fuccès de mes juftes entrepriſes. Sur ce &c.
L'Archevêque de Paris a donné, en conféquence
de cette Lettre , fon Mandement , par lequel il
indique des prieres publiques dans toutes les
JUILLET. 1760. 205
Eglifes de fon Diocèle . Ce Mandement eft ter
miné par une priere fervente & pathétique pour
leurs Majeftés & la Famille Royale , & en particulier
pour le jeune Prince dont l'état chancelants
excite notre inquiétude. » Attendriſſons - nous
» dit le Prélat , fur les dangers qui ont menacé les
>>-jours d'un jeune Prince , déja l'amour de la Na-
»-tion , en attendant qu'il foit la terreur des En-
>>>nemis. Qu'un rejetton fi précieux n'ait pas le
fort des fleurs de la Campagne qui , felon le
langage de l'Ecriture , naiſſent & périffent prèf-
»>que dans le même temps. Que le fils de tant de
» Rois , nous faffe recueillir en fa perfonne les
»fruits de l'éducation Chrétienne qu'il reçoit des
» mains de la Vertu ; éducation toute propre à
>>fervir de baſe & de principe aux leçons qui for
» ment le grand homme:
Sa Majesté s'étant fait rendre compte , enfon
Confeil , des différentes plaintes qui lui ont été
faites de la conduite que les Magiftrats & Habitans
de la Ville de Hambourg ont tenue au
préjudice de la France & de fes Alliés , en favo
rifant les enrôlemens que les Ennemis font continuellement
dans leus Ville , & ne voulantpoint
faire éprouver à cette Ville tous les effets de fon
reffentiment ; elle s'eft contentée d'ordonner , par
um Arre de fon Confeil d'Etat , qu'à l'avenir &
à commencer du jour de la publication de cer
Arrêt , cette Ville ceffera de jouir , dans tous les
Ports & Villes du Royaume & de la domination
de Sa Majefté , de tous les avantages accordés
aux Villes Anféatiques , par le traité de Com
merce , fait à Versailles le 28 Septembre 1716,
entre elle & lefdites Villes. 1 .
On a appris,de la Martinique, que le Capitaine
Mares, de Bordeaux , Commandant un Corfaire
de cette life de douze canons , a pris un Senaw
206 MERCURE DE FRANCE
7.
Anglois , richement chargé, & armé de quatorze
canons. Ce Capitaine , étant venu à l'abordage ,
& s'étant jetté dans le Vaiffeau Anglois , s'y trouva
feul. Il ne perdit point courage ; après avoir
tué le Capitaine ennemi & un autre homme ,
il- remonta fur le pont , & il fondit l'épée à la ‹
main fur l'équipage Anglois , qui , le croyante
fuivi d'une troupe nombreule , s'enfuit par les
écoutilles, Il les ferma , & ayant eu bientôt après
du fecours , il conduifit fa prife à la Martinique .
Sa cargaifon eft eftimée trois cens mille livres.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire,
s'eft fait , en la manière accoutumée , le
6 de ce mois. Les numéros qui font fortis de :
la roue de fortune font , 71 , 58 , 30 , 35 & 64
Le prochain tirage , fe fera le 8 du mois de .
Juillet
•
Le fieur Richard, premier Médecin des Camps
& Armées du Roi , à qui Sa Majeſté , en confidération
de fes Services , avoit accordé des Let- :
tres de Nobleffe , l'année derniere , vient d'avoir
l'inſpection des Hôpitaux Militaires du Royaume ,
aux appoinsements de 3000 liv. Sa Majesté l'a ..
nommé , en même temps , Chevalier de fon Or- ·
dre de Saint Michel , & l'un de fes, Médecins
confultans
1
-Le 18 du mois dernier , le Prince Louis de
Rohan, Evêque de Canope, Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , fut facré dans l'Eglife Métropolisaine
, par l'Archevêque de Paris , affifté des
Evêques du Puy & de Blois. Un grand nombre .
d'Archevêques , d'Evêques , & de perfonnes du
premier rang, affiftèrent à cette cérémonie.
Le 19 , l'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier ,
de Notre-Dame du Mont- Carmel,& de S. Lazare ,
de Jérufalem , fit célébrer dans la Chapelle du
Louvre,l'Anniverfaire duRoi Henri IVde glorieufe .
mémoire , Fondateur de l'Ordre. Le Service a été
célébré par l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier ,
de la Reine Gommandeur Eccléfiaftique de.
l'Ordre. LeComte de Saint-Florentin , les grands
Officiers , & plufieurs Chevaliers de cet Ordre y
oar affifté. the
Sa Majefté ; conduite par l'efprit de piété qui a
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE
tonjours caractérisé les Rois Très - Chrétiens , a
voulu , au commencement de cette Campagne ',
implorer la bénédiction du Ciel fur les armes.
Elle a écrit à l'Archevêque de Paris , ainfi qu'à
tous les Archevêques & Evêques de fon Royaume ,
la Lettre fuivante.
» MON COUSIN, le maintien de la tranquillité
» de l'Europe a toujours été le principal objet de
» mes voeux & de mes démarches : ce fentiment
» s'eft fortifié par le defir que j'ai de contribuer
>> au bonheur de mes Peuples , & de diminuer les
>> charges qu'ils fupportent d'une manière digne
» de leur zéle pour la gloire de mon régne , &
>> de l'amour que j'ai pour eux. C'eft pour leur
> en faire reffentir les effets , que je n'ai négligé
>> aucun des moyens capables de déterminer les
>> Puiffances qui m'ont forcé à reprendre les ar-- ·
» mes , à concourir au rétabliſſement d'une paix
dont on pût affurer la duréc.Mais avant quel'on
ait pû parvenir définitivement au but defirable
> de la paix générale , la continuation des hofti-
» lités des Ennemis de la France m'oblige à de
> nouveaux efforts pour la défenſe de mes propres
» Etats , & pour foutenir les Engagemens que j'ai
» pris avec mes fidéles Alliés . Quelque confiance
que j'aye dans la volonté de mes Troupes , dans
leur zéle pour mon fervice , je n'en dois pass
moins implorer le Dieu des Armées ; & je vous
» fais cette Lettre pour vous dire , que je ſouhaiter
»que vous ordonniez des prieres particulieres
» dans toutes les Eglifes de votre Diocéfe , pour
» obtenir du Tout- puillant qu'il daigne répandre
fa bénédiction fur mes armes , & favorifer le
fuccès de mes juftes entrepriſes. Sur ce &c.
L'Archevêque de Paris a donné, en conféquence
de cette Lettre , fon Mandement , par lequel il
indique des prieres publiques dans toutes les
JUILLET. 1760. 205
Eglifes de fon Diocèle . Ce Mandement eft ter
miné par une priere fervente & pathétique pour
leurs Majeftés & la Famille Royale , & en particulier
pour le jeune Prince dont l'état chancelants
excite notre inquiétude. » Attendriſſons - nous
» dit le Prélat , fur les dangers qui ont menacé les
>>-jours d'un jeune Prince , déja l'amour de la Na-
»-tion , en attendant qu'il foit la terreur des En-
>>>nemis. Qu'un rejetton fi précieux n'ait pas le
fort des fleurs de la Campagne qui , felon le
langage de l'Ecriture , naiſſent & périffent prèf-
»>que dans le même temps. Que le fils de tant de
» Rois , nous faffe recueillir en fa perfonne les
»fruits de l'éducation Chrétienne qu'il reçoit des
» mains de la Vertu ; éducation toute propre à
>>fervir de baſe & de principe aux leçons qui for
» ment le grand homme:
Sa Majesté s'étant fait rendre compte , enfon
Confeil , des différentes plaintes qui lui ont été
faites de la conduite que les Magiftrats & Habitans
de la Ville de Hambourg ont tenue au
préjudice de la France & de fes Alliés , en favo
rifant les enrôlemens que les Ennemis font continuellement
dans leus Ville , & ne voulantpoint
faire éprouver à cette Ville tous les effets de fon
reffentiment ; elle s'eft contentée d'ordonner , par
um Arre de fon Confeil d'Etat , qu'à l'avenir &
à commencer du jour de la publication de cer
Arrêt , cette Ville ceffera de jouir , dans tous les
Ports & Villes du Royaume & de la domination
de Sa Majefté , de tous les avantages accordés
aux Villes Anféatiques , par le traité de Com
merce , fait à Versailles le 28 Septembre 1716,
entre elle & lefdites Villes. 1 .
On a appris,de la Martinique, que le Capitaine
Mares, de Bordeaux , Commandant un Corfaire
de cette life de douze canons , a pris un Senaw
206 MERCURE DE FRANCE
7.
Anglois , richement chargé, & armé de quatorze
canons. Ce Capitaine , étant venu à l'abordage ,
& s'étant jetté dans le Vaiffeau Anglois , s'y trouva
feul. Il ne perdit point courage ; après avoir
tué le Capitaine ennemi & un autre homme ,
il- remonta fur le pont , & il fondit l'épée à la ‹
main fur l'équipage Anglois , qui , le croyante
fuivi d'une troupe nombreule , s'enfuit par les
écoutilles, Il les ferma , & ayant eu bientôt après
du fecours , il conduifit fa prife à la Martinique .
Sa cargaifon eft eftimée trois cens mille livres.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire,
s'eft fait , en la manière accoutumée , le
6 de ce mois. Les numéros qui font fortis de :
la roue de fortune font , 71 , 58 , 30 , 35 & 64
Le prochain tirage , fe fera le 8 du mois de .
Juillet
•
Le fieur Richard, premier Médecin des Camps
& Armées du Roi , à qui Sa Majeſté , en confidération
de fes Services , avoit accordé des Let- :
tres de Nobleffe , l'année derniere , vient d'avoir
l'inſpection des Hôpitaux Militaires du Royaume ,
aux appoinsements de 3000 liv. Sa Majesté l'a ..
nommé , en même temps , Chevalier de fon Or- ·
dre de Saint Michel , & l'un de fes, Médecins
confultans
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Résumé : DE PARIS, le 14 Juin.
Le 18 mai, le Prince Louis de Rohan, Évêque de Canope et Coadjuteur de l'Évêché de Strasbourg, a été sacré dans l'Église Métropolitaine de Paris par l'Archevêque de Paris, en présence des Évêques du Puy et de Blois ainsi que de nombreuses personnalités de haut rang. Le 19 mai, l'Ordre Royal, Militaire et Hospitalier de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem a célébré l'anniversaire du Roi Henri IV au Louvre, sous la direction de l'Abbé de Sainte Hermine, Aumônier de la Reine et Commandeur Ecclésiastique de l'Ordre. Le Roi, motivé par la piété et le désir de maintenir la tranquillité en Europe, a demandé aux Archevêques et Évêques de son royaume d'organiser des prières publiques pour obtenir la bénédiction divine sur les armes françaises. L'Archevêque de Paris a répondu en ordonnant des prières dans toutes les églises de son diocèse, incluant une prière pour la santé du jeune Prince. Le Roi a également réagi aux plaintes concernant la conduite des Magistrats et habitants de Hambourg, qui favorisaient les enrôlements ennemis, en ordonnant que Hambourg cesse de bénéficier des avantages accordés par le traité de commerce de 1716. En Martinique, le Capitaine Mares a capturé un navire anglais richement chargé après un combat à l'abordage. Le tirage de la Loterie de l'École Royale Militaire a eu lieu le 6 juin, avec les numéros gagnants 71, 58, 30, 35 et 64. Le prochain tirage est prévu pour le 8 juillet. Le sieur Richard, premier Médecin des Camps et Armées du Roi, a été nommé inspecteur des Hôpitaux Militaires avec un appointement de 3000 livres et a été fait Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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100
p. 204-208
MORTS.
Début :
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand, épouse du Marquis de Sorbe [...]
Mots clefs :
Ministre plénipotentiaire, Marquis, Brigadier, Évêque, Dame, Chevalier, Maison de Chasteigner, Comte, Chanoine, Maison de Seytres
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand',
époufe du Marquis de Sorbe , Miniftre Plénipo
tentiaire de Genes auprès du Roi , eft morte à
Toulon le 7 du mois d'Août.
Le Marquis d'Hérouville de Claye , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , & Gouverneur du
Fort des Barraux , mourut le 27 en fon Château
de Claye , dans la quatre-vingtiéme année de fon
âge.
Le fieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier
OCTOBRE. 1760. 201
des Armées de Sa Majefté , ancien Directeur des
Fortifications de Normandie , & Chevalier de
l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis , eft
moft au Havre de Grace le 29 , âgé de foixante
& feize ans.
Mellire Pierre - Jofeph d'Artaud , Evêque de
Cavaillon , eft mort en cette Ville les Septembre,
âgé de cinquante- quatre ans , après une maladie
de quelques jours.
Dame Auguftine- Marie de Menou , époufe de
Meflire Louis - Théodore Andrault , Comte de
Langeron , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Breft, & des Inles d'Oueffant ,
mourut ler dans la trente- cinquiéme année de
fon âge.
Gui- Augufte de Rohan- Chabot , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majefté , eft mort le
13 , âgé de foixante & dix- fept ans.
1
Mellire Eutrope Alexis Chafteigner , Chevalier,
Seigneur , Marquis de S. George , Touffou , Talmon
& autres lieux , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Talmon , depuis Grammont ,
& à préfent Balincourt , mourut le vingt - deux
Juillet dernier à Poitiers , âgé de foixante- dixneuf
ans , regretté généralement de tous les pauvres
qu'il affittoir immenfement; il laiffe pour fillet
unique de fon mariage avec Dame Eléonore
de Megrigny , Dame Armande Eléonore Chafreigner
, Epoufe de Haut & Puiffant Seigneur ,
Meffire Jean-Henri Chafteignier , Chevalier , Seigneur
de Rouvre , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment ci- devant de Granmont , aujourd'hui
Balincourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis & qui a été élu Commandant de la Nobleffe
du haut Poitou à l'Affemblée de la Nobleffe
à S. Jean Dangely , en 1758 , & dont le frere appellé
le Chevalier Chafteigner , eft actuellement
206 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Carabiniers ; Monfieur l'Abbé de
Chafteigner de Rouyre , Abbé des Chaftelliers en
Poitou , eft fon oncle ; Monfieur l'Abbé de la
Chafteigneraye , Comte de Lyon & Aumônier du
Roi , eft de cette Maifon , & plufieurs autres branches
. Nous ne dirons rien de l'ancienneté & de
de l'illuftration de la Maiſon de Chafteigner.
Nous renvoyons à la généalogie qu'en a faite André
Duchefne au mémoire de M. de Thou & à·
Morery , à la liste des Chevaliers du S. Elprit ,.
fous Henri III, & d'autres livres des Officiers de
la Couronne. Cette Maifon eft alliée à celle de
Chatillon , Laval - Montmorency , Apelvoifin ,
Lamothe- Houdancourt , Rochechouard , Turpin ,
Luzignan ; & aurres de la plus grande diftinction..
Melfire Louis Auguftin Cafimir de Seytres
Caumont , Chanoine de l'Eglife , Comte de Lyon,
depuis le 9 Novembre 1751 , Vicaire général du
Diocèle de Dijon , mourut dans cette Ville le ro
Mai de cette année , après trois jours de maladie ,
âgé de 18 ans , cinq mois , vingt-un jours ; em
portant les regrets de fon Chapitre , & du Dio→
cèfe où il étoit employé.
-
Il étoit né le 19 Novembre 1731 ,de feu Meffire
Jofeph de Seytres , Marquis de Caumont , & de
Dame Marie- Elizabeth de Doni , encore vivante.
Deftiné à l'Etat Eccléfiaftique, dès fon'jeune âge,
il reçut de fes parens l'éducation qui y étoit pro
pres on l'envoya à l'âge de dix ans à Paris au
College Mazarin , plutôt pour être afluré qu'il y
feroit de bonnes études, que pour profiter du pri
vilége qu'ont les Avignonois , d'y être reçus
comme Sujets de N. S. P. le Pape . L'Abbé de
Caumont ne trompa pas l'efpérance de les parens ,
& il fit dans ce Collége toutes fes études , jufqu'à
la Théologie , avec une liftinction particuliere .
El entra enfuite à S. Sulpice , & fit de même fa
OCTOBRE . 1760. 207
licence dans la Maifon de Navarre. Sa famille
defira en 1750 , de faire fes preuves pour le Chapitre
de Lyon. Elles furent faites la même année ;
& quoiqu'il eût fix concurrens , dont les preaves
avoient été admifes avant lui , le Chapitre le '
nomma à la Comté vacante , par la mort de M.
le Comte de Dortan , Grand - Chantre de l'Eglife.
Feu N. S. P. le Pape Benoît XIV , adreffa
un mois après un Bref , auffi flateur pour le
Chapitre , que pour l'Abbé de Caumont , par lequel
Sa Sainteté recommandoit à Meffieurs les
Comtes , de le nommer a la premiere Comté vacante.
Mais les fouhaits du S. Pere , avoient déja
été prévenus. Après avoir fini fes études & fon Séminaire
, l'Abbé de Caumont fut choifi par M.-
l'Evêque de Dijon,pour être un de fes Vicaires Gé
néraux . Il s'acquitta avec foin des fonctions de
fon nouvel état , autant que le Service de fon
Eglife pouvoit le lui permettre , & il partagea fa
réfidence entre Lyon & Dijon . Il étoit né avec une
grande vivacité ; mais il ne la tourna qu'à remplir
avec exactitude fes devoirs même au- delà de
ce qu'ils lui prefcrivoient ; & il prêcha quelquefois
à Lyon , ou ailleurs. Il n'aimoit point le
inonde ; & fon délaffement , après avoir rempli
les devoirs de fon état , étoit l'étude des Belles-
Lettres. Le goût qu'il avoit pour elles , & qu'il
avoit puifé auprès d'un pére dont le nom eft affez
connu dans la République des Lettres , pour qu'il
fuffife de le nommer. Ce goût l'engagea à former
une Bibliotheque telle que fon revenu pou
voit lui permettre d'en former une. Il fe retrancha
même fur autre chofe pour fatisfaire la
paffion qu'il avoit pour les livres. La vivacité de
l'Abbé de Caumont , qui le portoit à remplir fi
bien fes devoirs , a abregé fes jours . Il fe trouva
incommodé du maigre le Carême dernier ; &
208 MERCURE DE FRANCE.
quelque repréfentation qu'on lui fit , il ne crut
pas devoir l'interrompre pour prendre quelque
rafraîchiffement ; & après le Carême fini , il négligea
encore de le faire pour fe rendre à Dijon
, & fervir le Diocèfe . Il partit de Lyon pour
cette Ville les premiers jours de Mai , & au bout
de trois jours de maladie , il mourut d'une fiévre
maligne dans les fentimens de piété & de religion
dans lefquels il avoit vêcu . On peut dire fans flatterie
que l'Eglife de France a fait en lui une véritable
perte , puifque fes Membres les plus refpec--
tables en ont rendu un pareil témoignage ; ennemi
de l'Efpric de parti , il aimoit la paix & ne ceffoit
de faire des voeux pour qu'elle régnât dans l'E--
glife . Le Chapitre de Lyon a donné une marque
d'eftime & d'affection pour la Maiſon de Seytres-
Caumont, en nommant à la Comté vacante Mellire
Olivier Eugene- François de Paule de Seytres
Chevalier de Malthe.
Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand',
époufe du Marquis de Sorbe , Miniftre Plénipo
tentiaire de Genes auprès du Roi , eft morte à
Toulon le 7 du mois d'Août.
Le Marquis d'Hérouville de Claye , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , & Gouverneur du
Fort des Barraux , mourut le 27 en fon Château
de Claye , dans la quatre-vingtiéme année de fon
âge.
Le fieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier
OCTOBRE. 1760. 201
des Armées de Sa Majefté , ancien Directeur des
Fortifications de Normandie , & Chevalier de
l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis , eft
moft au Havre de Grace le 29 , âgé de foixante
& feize ans.
Mellire Pierre - Jofeph d'Artaud , Evêque de
Cavaillon , eft mort en cette Ville les Septembre,
âgé de cinquante- quatre ans , après une maladie
de quelques jours.
Dame Auguftine- Marie de Menou , époufe de
Meflire Louis - Théodore Andrault , Comte de
Langeron , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Breft, & des Inles d'Oueffant ,
mourut ler dans la trente- cinquiéme année de
fon âge.
Gui- Augufte de Rohan- Chabot , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majefté , eft mort le
13 , âgé de foixante & dix- fept ans.
1
Mellire Eutrope Alexis Chafteigner , Chevalier,
Seigneur , Marquis de S. George , Touffou , Talmon
& autres lieux , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Talmon , depuis Grammont ,
& à préfent Balincourt , mourut le vingt - deux
Juillet dernier à Poitiers , âgé de foixante- dixneuf
ans , regretté généralement de tous les pauvres
qu'il affittoir immenfement; il laiffe pour fillet
unique de fon mariage avec Dame Eléonore
de Megrigny , Dame Armande Eléonore Chafreigner
, Epoufe de Haut & Puiffant Seigneur ,
Meffire Jean-Henri Chafteignier , Chevalier , Seigneur
de Rouvre , ancien Capitaine de Cavalerie
au Régiment ci- devant de Granmont , aujourd'hui
Balincourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis & qui a été élu Commandant de la Nobleffe
du haut Poitou à l'Affemblée de la Nobleffe
à S. Jean Dangely , en 1758 , & dont le frere appellé
le Chevalier Chafteigner , eft actuellement
206 MERCURE DE FRANCE.
Capitaine de Carabiniers ; Monfieur l'Abbé de
Chafteigner de Rouyre , Abbé des Chaftelliers en
Poitou , eft fon oncle ; Monfieur l'Abbé de la
Chafteigneraye , Comte de Lyon & Aumônier du
Roi , eft de cette Maifon , & plufieurs autres branches
. Nous ne dirons rien de l'ancienneté & de
de l'illuftration de la Maiſon de Chafteigner.
Nous renvoyons à la généalogie qu'en a faite André
Duchefne au mémoire de M. de Thou & à·
Morery , à la liste des Chevaliers du S. Elprit ,.
fous Henri III, & d'autres livres des Officiers de
la Couronne. Cette Maifon eft alliée à celle de
Chatillon , Laval - Montmorency , Apelvoifin ,
Lamothe- Houdancourt , Rochechouard , Turpin ,
Luzignan ; & aurres de la plus grande diftinction..
Melfire Louis Auguftin Cafimir de Seytres
Caumont , Chanoine de l'Eglife , Comte de Lyon,
depuis le 9 Novembre 1751 , Vicaire général du
Diocèle de Dijon , mourut dans cette Ville le ro
Mai de cette année , après trois jours de maladie ,
âgé de 18 ans , cinq mois , vingt-un jours ; em
portant les regrets de fon Chapitre , & du Dio→
cèfe où il étoit employé.
-
Il étoit né le 19 Novembre 1731 ,de feu Meffire
Jofeph de Seytres , Marquis de Caumont , & de
Dame Marie- Elizabeth de Doni , encore vivante.
Deftiné à l'Etat Eccléfiaftique, dès fon'jeune âge,
il reçut de fes parens l'éducation qui y étoit pro
pres on l'envoya à l'âge de dix ans à Paris au
College Mazarin , plutôt pour être afluré qu'il y
feroit de bonnes études, que pour profiter du pri
vilége qu'ont les Avignonois , d'y être reçus
comme Sujets de N. S. P. le Pape . L'Abbé de
Caumont ne trompa pas l'efpérance de les parens ,
& il fit dans ce Collége toutes fes études , jufqu'à
la Théologie , avec une liftinction particuliere .
El entra enfuite à S. Sulpice , & fit de même fa
OCTOBRE . 1760. 207
licence dans la Maifon de Navarre. Sa famille
defira en 1750 , de faire fes preuves pour le Chapitre
de Lyon. Elles furent faites la même année ;
& quoiqu'il eût fix concurrens , dont les preaves
avoient été admifes avant lui , le Chapitre le '
nomma à la Comté vacante , par la mort de M.
le Comte de Dortan , Grand - Chantre de l'Eglife.
Feu N. S. P. le Pape Benoît XIV , adreffa
un mois après un Bref , auffi flateur pour le
Chapitre , que pour l'Abbé de Caumont , par lequel
Sa Sainteté recommandoit à Meffieurs les
Comtes , de le nommer a la premiere Comté vacante.
Mais les fouhaits du S. Pere , avoient déja
été prévenus. Après avoir fini fes études & fon Séminaire
, l'Abbé de Caumont fut choifi par M.-
l'Evêque de Dijon,pour être un de fes Vicaires Gé
néraux . Il s'acquitta avec foin des fonctions de
fon nouvel état , autant que le Service de fon
Eglife pouvoit le lui permettre , & il partagea fa
réfidence entre Lyon & Dijon . Il étoit né avec une
grande vivacité ; mais il ne la tourna qu'à remplir
avec exactitude fes devoirs même au- delà de
ce qu'ils lui prefcrivoient ; & il prêcha quelquefois
à Lyon , ou ailleurs. Il n'aimoit point le
inonde ; & fon délaffement , après avoir rempli
les devoirs de fon état , étoit l'étude des Belles-
Lettres. Le goût qu'il avoit pour elles , & qu'il
avoit puifé auprès d'un pére dont le nom eft affez
connu dans la République des Lettres , pour qu'il
fuffife de le nommer. Ce goût l'engagea à former
une Bibliotheque telle que fon revenu pou
voit lui permettre d'en former une. Il fe retrancha
même fur autre chofe pour fatisfaire la
paffion qu'il avoit pour les livres. La vivacité de
l'Abbé de Caumont , qui le portoit à remplir fi
bien fes devoirs , a abregé fes jours . Il fe trouva
incommodé du maigre le Carême dernier ; &
208 MERCURE DE FRANCE.
quelque repréfentation qu'on lui fit , il ne crut
pas devoir l'interrompre pour prendre quelque
rafraîchiffement ; & après le Carême fini , il négligea
encore de le faire pour fe rendre à Dijon
, & fervir le Diocèfe . Il partit de Lyon pour
cette Ville les premiers jours de Mai , & au bout
de trois jours de maladie , il mourut d'une fiévre
maligne dans les fentimens de piété & de religion
dans lefquels il avoit vêcu . On peut dire fans flatterie
que l'Eglife de France a fait en lui une véritable
perte , puifque fes Membres les plus refpec--
tables en ont rendu un pareil témoignage ; ennemi
de l'Efpric de parti , il aimoit la paix & ne ceffoit
de faire des voeux pour qu'elle régnât dans l'E--
glife . Le Chapitre de Lyon a donné une marque
d'eftime & d'affection pour la Maiſon de Seytres-
Caumont, en nommant à la Comté vacante Mellire
Olivier Eugene- François de Paule de Seytres
Chevalier de Malthe.
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Résumé : MORTS.
En 1760, plusieurs personnalités notables ont décédé. Dame Honorée-Marie Sophie de Montgrand, épouse du Marquis de Sorbe, ministre plénipotentiaire de Gênes auprès du Roi, est morte à Toulon le 7 août. Le Marquis d'Hérouville de Claye, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Gouverneur du Fort des Barraux, est décédé le 27 août à son château de Claye à l'âge de 80 ans. Le sieur Thomas Dutrou de Villetan, Brigadier des Armées de Sa Majesté et Chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint Louis, est mort au Havre de Grâce le 29 octobre à l'âge de 72 ans. Monseigneur Pierre-Joseph d'Artaud, Évêque de Cavaillon, a succombé en septembre à l'âge de 54 ans après une courte maladie. Dame Augustine-Marie de Menou, épouse de Monseigneur Louis-Théodore Andrault, Comte de Langeron, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Gouverneur de Brest et des Îles d'Ouessant, est décédée le 1er octobre à l'âge de 35 ans. Le sieur Gui-Auguste de Rohan-Chabot, Lieutenant-Général des Armées de Sa Majesté, est mort le 13 octobre à l'âge de 77 ans. Monseigneur Eutrope Alexis Chasteigner, Chevalier et Marquis de Saint-Georges, Touffou, Talmont et autres lieux, ancien Capitaine de Cavalerie, est décédé le 22 juillet à Poitiers à l'âge de 69 ans. Monseigneur Louis-Augustin Casimir de Seytres Caumont, Chanoine de l'Église et Comte de Lyon, est mort à Dijon le 10 mai à l'âge de 18 ans, 5 mois et 21 jours après une maladie de trois jours.
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