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1
p. 135-156
Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Début :
A peine la guerre fut-elle déclarée, que les Algériens commencerent à croiser [...]
Mots clefs :
Algériens, Hollandais, Guerre, Paix, Traité de paix, Barbares, Amiral, Escadre, Guerres, Vaisseaux, Vaisseaux de guerre
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Suite de l'Hiftoire abrégée des guerres des
Algériens avec les Hollandois , traduite.
de l'Allemand , par M. Radix de Sainte
Foy. 1755.
A
Peine la guerre fut- elle déclarée, que
les Algériens commencerent à croifer
fur les Hollandois , à les attaquer &
à les piller. Leur puiffance augmenta fi
fort en quelques années , que dès 1669
ils étoient déja en état , felon le témoignage
de l'Amiral Ruiter même , d'envoyer
en courfe trente- deux à trente - quatre
vaiffeaux bien armés , & bien munis
d'hommes , dont il y en avoit dix huit qui
étoient des vaiffeaux de guerre , de trente
à quarante piéces de canon , outre plufieurs
galeres cela donna tant d'inquié
tude aux Hollandois , qu'ils manderent au
fieur Beuningen leur Ambaffadeur en Angleterre
, de chercher quelques moyens
1
136 MERCURE DE FRANCE.
avec le Miniſtere de cette Cour pour réduire
ces Corfaires. Cet Ambaffadeur
écrivit à l'Amiral Ruiter , & le pria dans
fa lettre de lui mander fon fentiment fur
quelques points aufquels celui- ci réponpar
la lettre fuivante. dit
» Les vaiffeaux corfaires ont plus de
» monde , & font mieux armés qu'aucuns
» des vailleaux Chrétiens . S'il eft un tems
» où ils ont moins de monde , c'est celui
» de l'été , lorfque les Algériens ont be-
» foin de leurs foldats en campagne pour
» recueillir les tributs des Mores , pendant
que leurs grains font encore fur terre.
" Dans ce tems leurs forces maritimes
>> font fur le pied le plus foible : d'ailleurs
» ils font accoutumés à ne jamais licen-
» cier leurs foldats , & à avoir toujours le
» même nombre de troupes. Ils font obligés
de tenir toujours prêts quelques
>> vaiffeaux pour le fervice du Grand Sei-
» gneur. Ils en envoyent auffi quelques-
» uns pour commercer dans le Levant ,
» & le refte qui fait à-peu -près le tiers
» de toutes leurs forces va en courfe .
» Il eft abfolument impoffible de
pour-
» fuivre les vaiffeaux Algériens jufques
»derriere leur môle , parce que , pendant
prefque toute l'année , tous les vaif-
» feaux venant de la mer , & voulant en-
و د
SEPTEMBRE. 1755. 137
>> trer derriere le môle , lorfqu'ils en font
»à une portée de fufil , tombent dans un
» calme que la réverbération de la chaleur
de la ville caufe par fa fituation , & ref-
» tent dans une telle inaction qu'ils font
» obligés de fe faire conduire par de peti-
» tes barques , ou des chaloupes , ou de
» fe faire tirer avec des cordes ; mais cette
opération eft fi lente , qu'elle donne aux
»habitans le tems d'empêcher par des
trains , des chaînes , ou d'autres moyens
» l'entrée des vaiffeaux , quand même on
»les furprendroit tout- à -fait.
อง
و ر
» J'en ai moi - même fait l'expérience ,
» dit-il , en 16.55 , ainfi que l'Amiral Anglois
Sandvich en 1662 ; mais pour mon-
"trer le danger évident qu'il y a toute
» l'année à tenir bloquée la ville d'Alger ,
» je vous ajouterai que pendant l'hiver les
» vents du Nord , Nord- eft , Nord - ouest ,
» Eft-fud-ouest , foufflent avec tant d'impétuofité
, & agitent la mer avec une
» telle violence , qu'il eft très-dangereux
» d'en approcher ; c'eft ce que les Algériens
éprouverent eux - mêmes en Décem-
» bre 1662 , lorfqu'un vent du Nord - eft
» fit périr , même derriere leur môle , qua-
» torze barbarefques avec fept navires
» qu'ils avoient pris. Quand même on bra-
2 veroit tous ces dangers , & fuppofé que
ود
138 MERCURE DE FRANCE.
par un long blocus on les forçât à faire
la paix , fi leur marine n'en eft point
" affoiblie , ils ne tiendront le traité que
jufqu'à ce qu'ils trouvent leur avantage
à le rompre , comme cela est arrivé plufieurs
fois. Je penfe donc que le meil
leur moyen de leur nuire eft de croifer
» conftamment fur eux , parce que la croifiere
eft ce qui peut leur faire le plus de
tort , & peut feule les empêcher d'en
voyer leurs Pirates fur nos côtes. Qu'on
fe précautionne contre la viteffe de leurs
vaiffeaux , que fur le foir on étende les
➡ nôtres à une bonne diſtance les uns des
➡autres , & qu'on les laiffe dans un courant
avec la petite voile ; par cette ma
noeuvre on laffera les Algériens ; & fi
pendant la nuit ou fur le matin on découvre
un ou plufieurs barbarefques ,
❤que l'on coure auffi -tôt deffus , & qu'on
les attaques de cette maniere , dit- il , je
» les ai tellement refferrés , qu'ils ne pou
voient plus fe ranger fur deux lignes ,
» & qu'il leur falloit combattre defavantageufement
, ou fe retirer fous leur mô→
le ; mais il faut pour cela que les vaif-
» feaux qui croifent ne foient point bor
nés dans les ordres qu'ils ont des Etats
Généraux , & qu'ils puiffent agir &
changer leur croifiere felon l'occafions
ย
1
B
SEPTEMBRE. 1753. 139
L'entretien des bons réglemens qui regardent
l'armement & l'équipage des
vaiffeaux , continue - t - il , la conftruction
des Amiraux , & les ordres pour les
> bonnes eſcortes eft bien le feul & le vrai
➜ moyen de couper entierement les vivres
aux Barbares ; parce que s'ils voyoient
» enfin qu'on leur ôtât toutes leurs reffources
, ils pourroient bien faire un effort
» raffembler leurs forces , former une efcadre
, & attaquer alors les efcortes mémest
» & il n'eft pas douteux qu'avec leurs for-
» ces réunies , ils ne puiffent les enlever ,
parce que le tems du départ & du retour
des vaiffeaux chrétiens leur eft connu
ou que du moins ils peuvent toujours
en avoir avis.
»
« Les vaiffeaux de guerre qui croiferont
» ainfi , pourront aifément tenir en bride
les Corfaires , & quoique ces fortes
» d'armemens foient fort couteux , les convois
font cependant en fûreté ; les efcor-
» tes n'ont pas befoin d'être fi bien équi
» pées , & la République eft refpectée des
Barbares , comme les autres puiffances
>> maritimes. Que la Hollande & l'Angle
terre ſe joignent enfemble , que leurs
» efcadres fe tiennent éloignées l'une de
» l'autre , & que chacune ait fon parage
à nettoyer de ces écumeurs de mer , que
140 MERCURE DE FRANCE .
» même , pour prévenir tout fujet de ja
» loufie , les deux flottes changent de pa-
» rage au bout de quelques mois » .
»
« J'ai exhorté plus d'une fois , » dit encore
notre Amiral , « la Régence des Provinces-
Unies à ne jamais laiffer la Médi-
» terranée , fans y avoir des vaiſſeaux de
croifiere , parce que cela pourroit leur
» être très défavantageux dans quelques
» occafions , & qu'ils fe plaindroient lorf-
» qu'ils ne feroient plus en état d'y appor
»
» ter remede . »
La fin de fa lettre contient une espece
de prophétie fur l'avenir , où il y dit , & les
»Hollandois ont profité heureuſement de
» la fureté que les François & les Anglois
avoient établie dans la Méditerranée en
» y tenant une flotte confidérable ; mais
199 que les Anglois viennent à faire la paix
avec les Algériens , comme les François
l'ont déja faite , & que parlà la Répu-
»blique fe trouve feule en guerre avec les
» Barbares , alors elle court rifque de fouffrir
de grandes pertes. "
Les habitans des Provinces- Unies ont
éprouvé peu de tems après , pour leur malheur
, la vérité de ces paroles. Les Anglois
fous leur Vice - Amiral Allen , & les Hollan
dois fous le Vice - Amiral Van- Gent , s'unirent
en 1670, pour croifer fur les Algé,
e
SEPTEMBRE. 1755: 14T
›
riens felon le confeil de Ruiter , ils firent
échouer & brûlerent fix de leurs armateurs
après un combat de fix heures. Les François
d'un autre côté bombarderent deux
fois la ville d'Alger , & la réduifirent en
cendres ; c'eſt-à dire , une fois en 1682 .
fous Duquefne , & une autre fois en
1688. fous le Maréchal d'Eftrées. Il faut
remarquer en même tems que Duquesne
réitéra plus fort fon bombardement en
1683. Cet évenement fit que Baba- Haffan ,
Roi d'Alger , rendit tous les efclaves françois
, ce qui irrita tellement le peuple Algé
rien qu'il maffacra Baba- Haffan , & plaça
fur le trône fon Amiral Mezzomorto.
Les François en 1688. fous d'Estrées ,
jetterent dans la ville dix mille quatrevingt
bombes , & détruifirent les deux
tiers de la ville & deux vaiffeaux qui étoient
dans le port. Les Algériens pour fe venger
mirent le Conful françois tout vivant dans
un mortier , & le tirerent fur la flotte
françoiſe .
Il eft remarquable dans ce que nous ve
nons de dire , que les François malgré ces
infultes , conclurent un traité de paix dans
l'année fuivante 1689. avec les Algériens
pour fe fervir du fecours de ces Barbares
contre les Chrétiens , fçavoir , les Anglois
& les Hollandois , jufqu'à ce qu'enfin les
142 MERCURE DE FRANCE.
premiers firent auffi la paix avec eux ; ainfi
les Hollandois refterent feuls en guerre
avec les Corfaires , & les perres que fouffrirent
alors leur marine & leur commerce
, acheverent de vérifier ce que Ruiter.
avoit annoncé à la fin de fa lettre.
Enfin il fut conclu un traité de paix en
tre les Hollandois & les Algériens , ce fut
en 1712. que les Hollandois ne pouvant
voir plus long tems d'un oeil indifférent
les pirateries étonnantes de ces Barbares ,
la perte d'un nombre infini de leurs vaiffeaux
, la diminution de leur commerce &
de leur navigation , tandis que les Anglois,
les François & les autres nations , s'enri
chifloient de leurs dépouilles , ils réfolurent
de tout rifquer pour forcer les Algé
tiens à la paix.
En conféquence , ils firent les prépara
tifs néceflaires , & ils parurent devant Alger
avec une eſcadre nombreuſe de vaiffeaux
de guerre & de galiotes à bombes ,
prêts à traiter cette ville corfaire comme
les François leur en avoient déja donné
l'exemple ; les Algériens peu préparés à un
pareil évenement , fe prefferent de faire
des propofitions de paix , & dans cette
même année 1712. le traité fut conclu &
figné.
Les Articles de ce traité contenoiens
SEPTEMBRE. 1755. 143
entr'autres : « Que les deux partis ne croi-
» feroient plus l'un fur l'autre , & qu'ils
fe regarderoient à l'avenir comme amis ,
& fe fecoureroient réciproquement ; que
» les Hollandois dans la vente des mar-
» chandifes qu'ils apporteroient à Alger ,
ne payeroient pas plus de cinq pour
❤cent de douane , & que pour celles qu'ils
» en emporteroient , ils n'auroient rien à
payer ; que lorfqu'ils partiroient d'Al-
» ger ; on ne chercheroit point à les rete-
» nir & à arrêter leur départ fous des prétextes
frivoles . Que fi un navire hollan
» dois échouoit ou périffoit fur leurs côtes,
» les Algériens ne feroient aucun mal à
l'équipage , & ne les feroient pas efclaves
, comme ils le faifoient auparavant
Que tous les différends qui pourroient
s'élever , feroient à l'avenir portés devant
le conful de Hollande , réfident à
Alger , & que les Hollandois auroient
chez lui le libre exercice de leur reli-
» gion. »
99
Cependant quelques belles que furent
ces paroles , les Algériens montrerent bientôt
combien on doit faire peu de fond fur
la parole & fur les promeffes d'une nation
barbare , car dès l'année 1716. ils rompi
rent par une trahifon , un traité fi folemnellement
conclu , & ils parurent en mer
144 MERCURE DE FRANCE .
avec des efcadres nombreufes de barbaref
ques ; de forte que les affaires
fe trouverent
fur le même pied qu'elles
font à préfent.
En un mot , le Roy d'alors , ou plutôt
le Dey d'Alger & le Divan forcés par les
murmures & les mécontentemens du peuple
qui ménaçoit de maffacrer le Dey ,
furent obligés de déclarer la guerre aux
Hollandois qui n'y avoient donné nulle
occafion , car les armateurs fe plaignoient
alors comme aujourd'hui , qu'ils ne trou
voient aucune prife à faire pour fubfifter ,
parce qu'ils vivoient en paix avec trop de
Puiffances.
Lorfque les Etats Généraux apprirent
cette déclaration , ils envoyerent auffitôt
en mer quelques vaiffeaux de guerre pour
croifer fur les Algériens , felon le confeil
de Ruiter. Cet Amiral leur fit à la vérité
beaucoup de tort , fans cependant aucun
fuccès décidé , jufqu'en l'année 1721. que
leurs Hautes Puiffances fe déterminerent
à envoyer dans la Méditerranée une efcadre
confidérable pour forcer les Corfaires
à la paix,
Cette efcadre étoit au commencement
compofée de huit vaiffeaux de guerre &
deux Galiotes ; enfuite elle fut augmentée
de deux ou trois vaiffeaux de guerre fous
le
SEPTEMBRE. 1755. 145
le commandement du Vice - Amiral de
Sommelfdick , parce que les Algériens
étoient affez audacieux pour venir jufques
fur les côtes d'Angleterre pour y faire tous
les jours quelque prife fur les Hollandois.
Lorfque l'efcadre de ce Vice-Amiral parut
dans la Mediterranée , le Dey voulut faire
la paix , mais il en fut empêché par une
révolte qui s'éleva parmi les propriétaires
des vaiffeaux corfaires qui le menacerent
de le maffacrer auffitôt , s'il difoit feulement
un mot de paix avec les Hollandois
.
Dans le mois d'Août 1721. trois vaiffeaux
de guerre Efpagnols commandés par
leVice- Amiral Don Antonio Serano qui avoit
reçu ordre du Roy d'Efpagne de croifer
avec les Hollandois fur les Algériens , joignirent
l'Eſcadre Hollandoife qui étoit à
Malaga. De ce moment les Pirates firent
peu de prifes ou même aucune , & ils furent
tellement refferrés , qu'en 1722. ils
fongerent à faire un traité avec le Dey
d'Oran , le Dey de Conftantine & les plus
puiffans de leurs armateurs , par lequel
chacun d'eux devoit fournir un vaiffeau
neuf de foixante à foixante & dix pieces
de canon. Avec ces forces , ils efpéroient
braver l'efcadre chrétienne ; mais ce traité
ne fut pas exécuté , parce qu'il leur falloit
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
trop de tems pour la conftruction & l'armement
de ces vailleaux.
Dans le mois de May , le Capitaine Landgeveld
qui montoit le vaiffeau de guerre
Edam , prit près d'Heiſant un vaiffeau Algérien
de quatorze canons & de cent quarante
hommes d'équipage , qui avoit à
bord fix efclaves chrétiens . Il le mena à
Cadix où les Turcs & les Mores furent
vendus à l'enchere . Ce vaiffeau de guerre
étoit un de ceux du chef d'efcadre Grave ,
qui étoit forti pour ſe joindre à l'eſcadre
du Vice-Amiral efpagnol Serano , & pour
confulter avec lui les moyens de faire le
plus de tort qu'il fe pourroit aux corfaires
d'Alger & de Salé.
Le 11 Juillet 1722. les vaiſſeaux commandés
par le chef d'efcadre Grave , rencontrerent
près de la baye d'Althea l'efcadre
espagnole que montoit le Vice-Amiral
Don Antonio Serano , compofée de neuf
vaiffeaux de guerre . Le chef d'efcadre vint
au bord du Vice - Amiral pour lui dire
« qu'il avoit ordre de leurs Hautes- Puiffances
de croifer avec lui fur les corfai-
» res d'Alger & de Salé » . Le Vice - Amiral
approuva la réunion & demanda au chef
d'Èfcadre Grave fon fentiment fur les
moyens de la faire le plus avantageufement
aux deux nations. Celui- ci lui réponSEPTEMBRE.
1755. 147
و د
dit en ces termes : « Mon fentiment eft que
pour parvenir au but que nous nous fom-
» mes propofés , nous nous rendions fans
perdre de tems , avec nos deux efcadres
» aux places où les corfaires ont coutume
» de fe tenir. Là , felon les forces que nous
» leur connoîtrons , nous nous féparerons
» en trois ou quatre efcadres , & fur le
» foir nous nous tiendrons en panne , fort
❞ étendus , afin
que fi pendant la nuit ,
» ou à la pointe du jour les barbares nous
» attaquoient , nous puiffions tomber fur
» eux de tous côtés , par là nous gagne-
» rons fur eux beaucoup d'avantage , & la
plûpart de leurs prifes tomberont entre
nos mains. Les Algériens , continue- t - il ,
n'ont pas plus de feize vaiffeaux de cour-
» fe , & ils ont à peine deux mille hom-
» mes de mer , fi nous pouvons leur en
» enlever la moitié , & vendre les hommes
» comme efclaves , la force des autres fera
» bien diminuée , d'autant que les propriétaires
des vaiffeaux corfaires font pour la
dont les moyens
plûpart gens
font peu
» confidérables. Qu'on enleve donc quelques-
uns de leurs vaiffeaux , & qu'on
les empêche de faire aucune prife , alors
ils n'auront plus la force , ni l'envie d'en-
» voyer en mer ; ainfi , ce qui leur reftera
» de vaiffeaux , leur deviendra inutile , &
و د
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
33
» pourrira dans leur port . Il dit plus , files
Algériens perdent une fois leurs gens de
» mer , ils ne pourront de long- tems en
inftruire d'autres , parce qu'ils ne font
prefqu'aucun commerce. Mon avis eft
»donc , puifque le Roi d'Efpagne & les
»Etats Généraux ont décidé que nos deux
efcadres agiroient en commun , & que
leurs ordres ne nous fixent fur aucun
» parage , de croiſer quelque tems dans la
Méditerranée , par-là nous mettrons les
Algériens hors d'état , de plufieurs an-
» nées , de faire le moindre tort aux deux
» Puiffances ".
»
ور
"
Le Vice- Amiral Efpagnol lui répondit ,
« que ces réflexions lui paroiffoient juftes ,
» mais qu'il avoit ordre du Roi fon maî-
» tre fitôt que fes vaiffeaux feroient pour-
» vus d'eau , dont ils avoient grand befoin,
» parce qu'il y avoit déja quarante jours
» qu'ils étoient en mer , fans en avoir fait
» de fraiche , & fans avoir vu plus d'un
vaiffeau corfaire , de cingler vers Alger ,
,, & de mouiller devant la ville pour empêcher
la fortie des Pirates , & furtout de
» huit d'entr'eux , qui felon les avis qu'on
» lui en avoit donné , devoient aller joindre
dans le Levant quelques vaiffeaux
» Turcs ; que par cette raiſon , il l'invitoit
» à partir avec lui pour Alger le dix- huit
SEPTEMBRE . 1755. 149
» du mois , auquel jour il efpéroit avoir
» fait fes provifions d'eau » .
Le chef d'efcadre Hollandois répondit :
<< aller mouiller devant Alger , & y tenir
» enfermés les vaiffeaux prêts à en partir ,
c'eft à mon avis , leur faire bien moins
»de tort que fi nous les attaquions & les
» détruifions en pleine mer , d'ailleurs je
» crains fi vous ne fortez
que
pas
de cette
baye avant le 18 , il ne foit alors trop
» tard pour empêcher le départ des Algériens
, parce que felon le témoignage
» unanime de mes prifonniers
, les corfai-
» res ont coutume de fe mettre en mer
» trois ou quatre jours après la premiere
nouvelle lune , qui tombe après la fête
» de leur Bayram , qui finit après- demain .
" Outre cela les vents de l'Eft & de l'Oueft ,
foufflent avec tant d'impétuofité devant
Alger , qu'il eft très- dangereux de fe te-
» nir long- tems dans la rade avec une ef-
» cadre » .
>
Enfin ils convinrent enfemble que Grave
fortiroit de la Baye d'Althea , le jour ſuivant
qui étoit le 12 de Juillet , & qu'il
iroit fe joindre au capitaine Akerfloor
qui avoit eu ordre , auffitôt qu'il auroit
réparé le dommage qu'il avoit effuyé fur
mer , de croifer aux environs de Malaga ;
que l'Amiral Efpagnol cingleroit droit à
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Alger le 18. qu'il y jetteroit l'ancre , & que
le chef d'efcadre auffitôt qu'il feroit arrivé
au cap Mole , prendroit pareillement la
route d'Alger pour y mouiller auffi .
Ils convinrent auffi que l'efcadre efpagnole
prendroit fa route par le Levant , &
les Hollandois par le Couchant , pour enlever
plus certainement les Pirates qui devroient
être déja partis ; & que lorfqu'ils
feroient arrivés à la rade d'Alger , & qu'ils
auroient vu l'état des vaiffeaux qui y feroient
, ils examineroient davantage ce que
pourroient faire leurs deux efcadres pour
faire le plus de tort aux Barbares.
Cette convention fut fignée par les deux
commandans , enfuite on donna aux capitaines
des deux eſcadres les fignaux néceffaires
pour qu'ils puffent toujours fe reconnoître
au loin , foit le jour , foit la nuit,
& les rendez- vous furent affignés pour fe
raffembler , foit que les vents de l'Eft ou de
l'Oueft les difperfaffent.
Le chef d'efcadre Grave qui avoit mis à
la voile d'Althea pour Alger le 18 , n'y
arriva que le 27, à caufe d'un grand calme
, & il trouva neuf vaiffeaux corfaires
défarmés derriere le Mole qui étoit garni
d'une batterie de vingt- quatre canons , &
les Barbares bâtiffoient encore un fort à la
pointe extérieure de la Baye du côté du
Levant.
SEPTEMBRE. 1755. 1st
L'efcadre Efpagnole ne fe fit pas voir
devant Alger avant le 31 de Juillet , les
Hollandois s'en retournoient déja lorfqu'ils
la rencontrerent , ils convinrent alors que
les Efpagnols croiferoient jufqu'au 15 Septembre
devant Alger & fur les côtes d'Efpagne
& de Barbarie , depuis le cap Martin
, jufqu'au cap de Gata , pendant que
les Hollandois croiferoient jufqu'au même
jour depuis Malaga & le détroit de Gibral
tar , jufqu'au cap S. Vincent & jufqu'aux
côtes de la Mauritanie. Après cette décifion
les deux efcadres fe féparerent . La
croifiere de l'efcadre Hollandoife qui revint
dans le Texel le 27 Novembre , fut
totalement infructueufe , car elle ne vit
prefque aucun corfaire , & n'en prit aucun,
Les Algériens de leur côté ne leur firent
de même aucune prife pendant tout l'été.
Mais en Avril 1723. Ils mirent en mer
toutes leurs forces , & ils prirent deux
vaiffeaux Hollandois , & deux ou trois
Efpagnols ; dans le mois de Juin ils prirent
quatre ou cinq flûtes Hollandoifes , &
firent encore quelques prifes.
La raifon qui avoit porté les Algériens
à mettre en mer toutes leurs forces , étoit
la grande difette de bled & autres vivres
ce qui faifoit que lorfqu'ils prenoient quelques
bâtimens qui en étoient chargés , ces
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prifes leur étoient d'un grand fecours , parlà
ils firent aux Hollandois fur tout un
tort confidérable , parce comme le bled
manquoit à Malaga & dans tous les autres.
ports d'Espagne & de Portugal , les Hollandois
en envoyoient des vaiffeaux chargés
qui tomboient entre les mains des Corfaires.
En attendant ces prifes , la difette
de bled , d'huile & d'autres chofes néceffaires
à la vie , étoit fi grande à Alger ,
que les Hollandois qui y étoient , penfoient
que l'on réduiroit facilement la ville à
toute extrémité , fi on bloquoit le port
feulement avec fix vaiffeaux de guerre , &
qu'alors maîtres des habitans , on les forceroit
à une paix avantageufe aux Hollandois.
Malgré la quantité de barbarefques
que les Algériens avoient en mer , le mois
de Septembre fe paffa tout entier fans qu'ils
fiffent aucune prife , mais au commencement
de Novembre , un vaiffeau de guerre
Hollandois , monté par le Capitaine de
Graf, que la tempête avoit écarté de l'efcadre
du Commandant Godin , prit un
vaiffeau de guerre Algérien de vingt- quatre
pieces de canons , & de deux cens dix
hommes d'équipage , & il trouva à fon
bord fix efclaves chrétiens .
Cette efcadre continuoit toujours à croifer
fans effet. Dans le mois de Février
SEPTEMBRE. 1755. 153
1724. Elle fut augmentée de deux autres
vaiffeaux & d'une galiote chargée de munitions
de
guerre .
Le fieur Godin reçut avec ce renfort un
ordre de traiter de paix avec la Régence ;
en conféquence , il fit voile vers Alger , &
dans le mois de Mars 1724. il fit faire des
propofitions de paix au Dey qui parut trèsdifpofé
à les écouter. Les Barbares furent
fi irrités de cette prétendue foibleffe de
leur fouverain , que le 18 Mars aprèsmidi
, comme il fe promenoit fur le bord
de la mer , ils tomberent fur lui avec fureur
& le mirent en pieces , ils éleverent à
fa place un certain Ofman , qui le jour
fuivant fit fabrer dix-huit des affaflins de
fon prédéceffeur.
Alors toutes les négociations de paix
devinrent inutiles , & l'efcadre Hollandoife
fut encore augmentée de deux vaiffeaux
de guerre ; malgré ces renforts tout
le butin qu'elle fit pendant cette année
confiftoit en trois ou quatre vaiffeaux corfaires
, & dans le mois de Décembre elle
revint en Zélande après avoir effuyé une
grande tempête.
Dans le mois d'Avril 1725 , es Hollandois
envoyerent une nouvelle efcadre
fous le Vice-Amiral Sommelick , & ls firent
prier , comme ils le font aujourd hui , le
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Grand Seigneur , par leur Ambaffadeur à
Conftantinople , de vouloir bien engager
à la paix la République d'Alger . Les Algériens
firent de belles promeffes ; la conclufion
du traité traîna néanmoins juſqu'au
8 Septembre 1726 , mais pendant ce délai,
les Hollandois leur firent tout le tort poffible.
Le traité de paix confifte en douze articles.
Les Corfaires s'y obligerent à tenir
tout ce qu'ils n'avoient pas obfervé jufqu'alors
, comme nous allons le voir.
Plus les Algériens ont juré fur les traités
que la néceffité leur a fait conclure ,
moins ils les ont tenus , & il eft étonnant
après cela que les Puiffances Chrétiennes
puiffent y avoir la moindre confiance
mais ils ne fe font joués d'aucune Puiffance
comme des Hollandois , qu'ils n'ont
refpectés , que tant que leurs vaiffeaux ont
croifé fur eux , & bloqué leur Port.
Les Articles de ce traité montrent combien
peu les Corfaires l'ont obfervé , & la
fuite n'a que trop confirmé leur mauvaiſe
foi. Nous les rapporterons pour
abrégé .
finir cet
I. Il y aura une paix conftante entre la
Régence d'Alger & les Hollandois.
II. Les Hollandois feront tenus de payer
cinq pour cent de douane pour les marchanSEPTEMBRE.
1755. 155
difes qu'ils apporteront fuivant le traité de
paix de 1712 .
III. Les munitions de guerre & les autres
marchandises de contrebande ne feront fujettes
à aucuns droits .
IV. Les Etrangers quife trouveront fur les
vaiffeaux Hollandois ne feront nullement inquietés
par les Algériens.
V. Les marchandifes & les effets des vaiffeaux
Hollandois échoués fur les côtes d'Alger,
ne feront point pillés , & les hommes ne
feront pas faits esclaves.
VI. Il ne pourra entrer aucun vaiſſeau Algérien
dans les ports de Hollande.
VII. Si un vaiffeau Hollandois mouille devant
Alger , il fera pourvu des vivres néceffaires.
VIII. Nul Marchand Hollandois ne pourra
être fait esclave dans aucune place appartenante
aux Algériens.
IX . Si un Commerçant Hollandois meurt à
Alger , on nefera point de faifie de fes biens.
X. Les differends qui s'éleveront entre les
Hollandois les Mahometans , feront jugés
on accommodés par le Conful de Hollande.
XI . Le Conful de Hollande jouira d'une
protection entiere de la République , il aura
chez lui le libre exercice de fa Religion , an
quel les efclaves de la même Religion pourront
affifter.
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE .
XII. Les paffe -ports qu'on donne auxMarchands
Hollandois feront renouvellés tous les
trois ans , & toutes les hoftilités paffées feront
mifes en oubli.
Algériens avec les Hollandois , traduite.
de l'Allemand , par M. Radix de Sainte
Foy. 1755.
A
Peine la guerre fut- elle déclarée, que
les Algériens commencerent à croifer
fur les Hollandois , à les attaquer &
à les piller. Leur puiffance augmenta fi
fort en quelques années , que dès 1669
ils étoient déja en état , felon le témoignage
de l'Amiral Ruiter même , d'envoyer
en courfe trente- deux à trente - quatre
vaiffeaux bien armés , & bien munis
d'hommes , dont il y en avoit dix huit qui
étoient des vaiffeaux de guerre , de trente
à quarante piéces de canon , outre plufieurs
galeres cela donna tant d'inquié
tude aux Hollandois , qu'ils manderent au
fieur Beuningen leur Ambaffadeur en Angleterre
, de chercher quelques moyens
1
136 MERCURE DE FRANCE.
avec le Miniſtere de cette Cour pour réduire
ces Corfaires. Cet Ambaffadeur
écrivit à l'Amiral Ruiter , & le pria dans
fa lettre de lui mander fon fentiment fur
quelques points aufquels celui- ci réponpar
la lettre fuivante. dit
» Les vaiffeaux corfaires ont plus de
» monde , & font mieux armés qu'aucuns
» des vailleaux Chrétiens . S'il eft un tems
» où ils ont moins de monde , c'est celui
» de l'été , lorfque les Algériens ont be-
» foin de leurs foldats en campagne pour
» recueillir les tributs des Mores , pendant
que leurs grains font encore fur terre.
" Dans ce tems leurs forces maritimes
>> font fur le pied le plus foible : d'ailleurs
» ils font accoutumés à ne jamais licen-
» cier leurs foldats , & à avoir toujours le
» même nombre de troupes. Ils font obligés
de tenir toujours prêts quelques
>> vaiffeaux pour le fervice du Grand Sei-
» gneur. Ils en envoyent auffi quelques-
» uns pour commercer dans le Levant ,
» & le refte qui fait à-peu -près le tiers
» de toutes leurs forces va en courfe .
» Il eft abfolument impoffible de
pour-
» fuivre les vaiffeaux Algériens jufques
»derriere leur môle , parce que , pendant
prefque toute l'année , tous les vaif-
» feaux venant de la mer , & voulant en-
و د
SEPTEMBRE. 1755. 137
>> trer derriere le môle , lorfqu'ils en font
»à une portée de fufil , tombent dans un
» calme que la réverbération de la chaleur
de la ville caufe par fa fituation , & ref-
» tent dans une telle inaction qu'ils font
» obligés de fe faire conduire par de peti-
» tes barques , ou des chaloupes , ou de
» fe faire tirer avec des cordes ; mais cette
opération eft fi lente , qu'elle donne aux
»habitans le tems d'empêcher par des
trains , des chaînes , ou d'autres moyens
» l'entrée des vaiffeaux , quand même on
»les furprendroit tout- à -fait.
อง
و ر
» J'en ai moi - même fait l'expérience ,
» dit-il , en 16.55 , ainfi que l'Amiral Anglois
Sandvich en 1662 ; mais pour mon-
"trer le danger évident qu'il y a toute
» l'année à tenir bloquée la ville d'Alger ,
» je vous ajouterai que pendant l'hiver les
» vents du Nord , Nord- eft , Nord - ouest ,
» Eft-fud-ouest , foufflent avec tant d'impétuofité
, & agitent la mer avec une
» telle violence , qu'il eft très-dangereux
» d'en approcher ; c'eft ce que les Algériens
éprouverent eux - mêmes en Décem-
» bre 1662 , lorfqu'un vent du Nord - eft
» fit périr , même derriere leur môle , qua-
» torze barbarefques avec fept navires
» qu'ils avoient pris. Quand même on bra-
2 veroit tous ces dangers , & fuppofé que
ود
138 MERCURE DE FRANCE.
par un long blocus on les forçât à faire
la paix , fi leur marine n'en eft point
" affoiblie , ils ne tiendront le traité que
jufqu'à ce qu'ils trouvent leur avantage
à le rompre , comme cela est arrivé plufieurs
fois. Je penfe donc que le meil
leur moyen de leur nuire eft de croifer
» conftamment fur eux , parce que la croifiere
eft ce qui peut leur faire le plus de
tort , & peut feule les empêcher d'en
voyer leurs Pirates fur nos côtes. Qu'on
fe précautionne contre la viteffe de leurs
vaiffeaux , que fur le foir on étende les
➡ nôtres à une bonne diſtance les uns des
➡autres , & qu'on les laiffe dans un courant
avec la petite voile ; par cette ma
noeuvre on laffera les Algériens ; & fi
pendant la nuit ou fur le matin on découvre
un ou plufieurs barbarefques ,
❤que l'on coure auffi -tôt deffus , & qu'on
les attaques de cette maniere , dit- il , je
» les ai tellement refferrés , qu'ils ne pou
voient plus fe ranger fur deux lignes ,
» & qu'il leur falloit combattre defavantageufement
, ou fe retirer fous leur mô→
le ; mais il faut pour cela que les vaif-
» feaux qui croifent ne foient point bor
nés dans les ordres qu'ils ont des Etats
Généraux , & qu'ils puiffent agir &
changer leur croifiere felon l'occafions
ย
1
B
SEPTEMBRE. 1753. 139
L'entretien des bons réglemens qui regardent
l'armement & l'équipage des
vaiffeaux , continue - t - il , la conftruction
des Amiraux , & les ordres pour les
> bonnes eſcortes eft bien le feul & le vrai
➜ moyen de couper entierement les vivres
aux Barbares ; parce que s'ils voyoient
» enfin qu'on leur ôtât toutes leurs reffources
, ils pourroient bien faire un effort
» raffembler leurs forces , former une efcadre
, & attaquer alors les efcortes mémest
» & il n'eft pas douteux qu'avec leurs for-
» ces réunies , ils ne puiffent les enlever ,
parce que le tems du départ & du retour
des vaiffeaux chrétiens leur eft connu
ou que du moins ils peuvent toujours
en avoir avis.
»
« Les vaiffeaux de guerre qui croiferont
» ainfi , pourront aifément tenir en bride
les Corfaires , & quoique ces fortes
» d'armemens foient fort couteux , les convois
font cependant en fûreté ; les efcor-
» tes n'ont pas befoin d'être fi bien équi
» pées , & la République eft refpectée des
Barbares , comme les autres puiffances
>> maritimes. Que la Hollande & l'Angle
terre ſe joignent enfemble , que leurs
» efcadres fe tiennent éloignées l'une de
» l'autre , & que chacune ait fon parage
à nettoyer de ces écumeurs de mer , que
140 MERCURE DE FRANCE .
» même , pour prévenir tout fujet de ja
» loufie , les deux flottes changent de pa-
» rage au bout de quelques mois » .
»
« J'ai exhorté plus d'une fois , » dit encore
notre Amiral , « la Régence des Provinces-
Unies à ne jamais laiffer la Médi-
» terranée , fans y avoir des vaiſſeaux de
croifiere , parce que cela pourroit leur
» être très défavantageux dans quelques
» occafions , & qu'ils fe plaindroient lorf-
» qu'ils ne feroient plus en état d'y appor
»
» ter remede . »
La fin de fa lettre contient une espece
de prophétie fur l'avenir , où il y dit , & les
»Hollandois ont profité heureuſement de
» la fureté que les François & les Anglois
avoient établie dans la Méditerranée en
» y tenant une flotte confidérable ; mais
199 que les Anglois viennent à faire la paix
avec les Algériens , comme les François
l'ont déja faite , & que parlà la Répu-
»blique fe trouve feule en guerre avec les
» Barbares , alors elle court rifque de fouffrir
de grandes pertes. "
Les habitans des Provinces- Unies ont
éprouvé peu de tems après , pour leur malheur
, la vérité de ces paroles. Les Anglois
fous leur Vice - Amiral Allen , & les Hollan
dois fous le Vice - Amiral Van- Gent , s'unirent
en 1670, pour croifer fur les Algé,
e
SEPTEMBRE. 1755: 14T
›
riens felon le confeil de Ruiter , ils firent
échouer & brûlerent fix de leurs armateurs
après un combat de fix heures. Les François
d'un autre côté bombarderent deux
fois la ville d'Alger , & la réduifirent en
cendres ; c'eſt-à dire , une fois en 1682 .
fous Duquefne , & une autre fois en
1688. fous le Maréchal d'Eftrées. Il faut
remarquer en même tems que Duquesne
réitéra plus fort fon bombardement en
1683. Cet évenement fit que Baba- Haffan ,
Roi d'Alger , rendit tous les efclaves françois
, ce qui irrita tellement le peuple Algé
rien qu'il maffacra Baba- Haffan , & plaça
fur le trône fon Amiral Mezzomorto.
Les François en 1688. fous d'Estrées ,
jetterent dans la ville dix mille quatrevingt
bombes , & détruifirent les deux
tiers de la ville & deux vaiffeaux qui étoient
dans le port. Les Algériens pour fe venger
mirent le Conful françois tout vivant dans
un mortier , & le tirerent fur la flotte
françoiſe .
Il eft remarquable dans ce que nous ve
nons de dire , que les François malgré ces
infultes , conclurent un traité de paix dans
l'année fuivante 1689. avec les Algériens
pour fe fervir du fecours de ces Barbares
contre les Chrétiens , fçavoir , les Anglois
& les Hollandois , jufqu'à ce qu'enfin les
142 MERCURE DE FRANCE.
premiers firent auffi la paix avec eux ; ainfi
les Hollandois refterent feuls en guerre
avec les Corfaires , & les perres que fouffrirent
alors leur marine & leur commerce
, acheverent de vérifier ce que Ruiter.
avoit annoncé à la fin de fa lettre.
Enfin il fut conclu un traité de paix en
tre les Hollandois & les Algériens , ce fut
en 1712. que les Hollandois ne pouvant
voir plus long tems d'un oeil indifférent
les pirateries étonnantes de ces Barbares ,
la perte d'un nombre infini de leurs vaiffeaux
, la diminution de leur commerce &
de leur navigation , tandis que les Anglois,
les François & les autres nations , s'enri
chifloient de leurs dépouilles , ils réfolurent
de tout rifquer pour forcer les Algé
tiens à la paix.
En conféquence , ils firent les prépara
tifs néceflaires , & ils parurent devant Alger
avec une eſcadre nombreuſe de vaiffeaux
de guerre & de galiotes à bombes ,
prêts à traiter cette ville corfaire comme
les François leur en avoient déja donné
l'exemple ; les Algériens peu préparés à un
pareil évenement , fe prefferent de faire
des propofitions de paix , & dans cette
même année 1712. le traité fut conclu &
figné.
Les Articles de ce traité contenoiens
SEPTEMBRE. 1755. 143
entr'autres : « Que les deux partis ne croi-
» feroient plus l'un fur l'autre , & qu'ils
fe regarderoient à l'avenir comme amis ,
& fe fecoureroient réciproquement ; que
» les Hollandois dans la vente des mar-
» chandifes qu'ils apporteroient à Alger ,
ne payeroient pas plus de cinq pour
❤cent de douane , & que pour celles qu'ils
» en emporteroient , ils n'auroient rien à
payer ; que lorfqu'ils partiroient d'Al-
» ger ; on ne chercheroit point à les rete-
» nir & à arrêter leur départ fous des prétextes
frivoles . Que fi un navire hollan
» dois échouoit ou périffoit fur leurs côtes,
» les Algériens ne feroient aucun mal à
l'équipage , & ne les feroient pas efclaves
, comme ils le faifoient auparavant
Que tous les différends qui pourroient
s'élever , feroient à l'avenir portés devant
le conful de Hollande , réfident à
Alger , & que les Hollandois auroient
chez lui le libre exercice de leur reli-
» gion. »
99
Cependant quelques belles que furent
ces paroles , les Algériens montrerent bientôt
combien on doit faire peu de fond fur
la parole & fur les promeffes d'une nation
barbare , car dès l'année 1716. ils rompi
rent par une trahifon , un traité fi folemnellement
conclu , & ils parurent en mer
144 MERCURE DE FRANCE .
avec des efcadres nombreufes de barbaref
ques ; de forte que les affaires
fe trouverent
fur le même pied qu'elles
font à préfent.
En un mot , le Roy d'alors , ou plutôt
le Dey d'Alger & le Divan forcés par les
murmures & les mécontentemens du peuple
qui ménaçoit de maffacrer le Dey ,
furent obligés de déclarer la guerre aux
Hollandois qui n'y avoient donné nulle
occafion , car les armateurs fe plaignoient
alors comme aujourd'hui , qu'ils ne trou
voient aucune prife à faire pour fubfifter ,
parce qu'ils vivoient en paix avec trop de
Puiffances.
Lorfque les Etats Généraux apprirent
cette déclaration , ils envoyerent auffitôt
en mer quelques vaiffeaux de guerre pour
croifer fur les Algériens , felon le confeil
de Ruiter. Cet Amiral leur fit à la vérité
beaucoup de tort , fans cependant aucun
fuccès décidé , jufqu'en l'année 1721. que
leurs Hautes Puiffances fe déterminerent
à envoyer dans la Méditerranée une efcadre
confidérable pour forcer les Corfaires
à la paix,
Cette efcadre étoit au commencement
compofée de huit vaiffeaux de guerre &
deux Galiotes ; enfuite elle fut augmentée
de deux ou trois vaiffeaux de guerre fous
le
SEPTEMBRE. 1755. 145
le commandement du Vice - Amiral de
Sommelfdick , parce que les Algériens
étoient affez audacieux pour venir jufques
fur les côtes d'Angleterre pour y faire tous
les jours quelque prife fur les Hollandois.
Lorfque l'efcadre de ce Vice-Amiral parut
dans la Mediterranée , le Dey voulut faire
la paix , mais il en fut empêché par une
révolte qui s'éleva parmi les propriétaires
des vaiffeaux corfaires qui le menacerent
de le maffacrer auffitôt , s'il difoit feulement
un mot de paix avec les Hollandois
.
Dans le mois d'Août 1721. trois vaiffeaux
de guerre Efpagnols commandés par
leVice- Amiral Don Antonio Serano qui avoit
reçu ordre du Roy d'Efpagne de croifer
avec les Hollandois fur les Algériens , joignirent
l'Eſcadre Hollandoife qui étoit à
Malaga. De ce moment les Pirates firent
peu de prifes ou même aucune , & ils furent
tellement refferrés , qu'en 1722. ils
fongerent à faire un traité avec le Dey
d'Oran , le Dey de Conftantine & les plus
puiffans de leurs armateurs , par lequel
chacun d'eux devoit fournir un vaiffeau
neuf de foixante à foixante & dix pieces
de canon. Avec ces forces , ils efpéroient
braver l'efcadre chrétienne ; mais ce traité
ne fut pas exécuté , parce qu'il leur falloit
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
trop de tems pour la conftruction & l'armement
de ces vailleaux.
Dans le mois de May , le Capitaine Landgeveld
qui montoit le vaiffeau de guerre
Edam , prit près d'Heiſant un vaiffeau Algérien
de quatorze canons & de cent quarante
hommes d'équipage , qui avoit à
bord fix efclaves chrétiens . Il le mena à
Cadix où les Turcs & les Mores furent
vendus à l'enchere . Ce vaiffeau de guerre
étoit un de ceux du chef d'efcadre Grave ,
qui étoit forti pour ſe joindre à l'eſcadre
du Vice-Amiral efpagnol Serano , & pour
confulter avec lui les moyens de faire le
plus de tort qu'il fe pourroit aux corfaires
d'Alger & de Salé.
Le 11 Juillet 1722. les vaiſſeaux commandés
par le chef d'efcadre Grave , rencontrerent
près de la baye d'Althea l'efcadre
espagnole que montoit le Vice-Amiral
Don Antonio Serano , compofée de neuf
vaiffeaux de guerre . Le chef d'efcadre vint
au bord du Vice - Amiral pour lui dire
« qu'il avoit ordre de leurs Hautes- Puiffances
de croifer avec lui fur les corfai-
» res d'Alger & de Salé » . Le Vice - Amiral
approuva la réunion & demanda au chef
d'Èfcadre Grave fon fentiment fur les
moyens de la faire le plus avantageufement
aux deux nations. Celui- ci lui réponSEPTEMBRE.
1755. 147
و د
dit en ces termes : « Mon fentiment eft que
pour parvenir au but que nous nous fom-
» mes propofés , nous nous rendions fans
perdre de tems , avec nos deux efcadres
» aux places où les corfaires ont coutume
» de fe tenir. Là , felon les forces que nous
» leur connoîtrons , nous nous féparerons
» en trois ou quatre efcadres , & fur le
» foir nous nous tiendrons en panne , fort
❞ étendus , afin
que fi pendant la nuit ,
» ou à la pointe du jour les barbares nous
» attaquoient , nous puiffions tomber fur
» eux de tous côtés , par là nous gagne-
» rons fur eux beaucoup d'avantage , & la
plûpart de leurs prifes tomberont entre
nos mains. Les Algériens , continue- t - il ,
n'ont pas plus de feize vaiffeaux de cour-
» fe , & ils ont à peine deux mille hom-
» mes de mer , fi nous pouvons leur en
» enlever la moitié , & vendre les hommes
» comme efclaves , la force des autres fera
» bien diminuée , d'autant que les propriétaires
des vaiffeaux corfaires font pour la
dont les moyens
plûpart gens
font peu
» confidérables. Qu'on enleve donc quelques-
uns de leurs vaiffeaux , & qu'on
les empêche de faire aucune prife , alors
ils n'auront plus la force , ni l'envie d'en-
» voyer en mer ; ainfi , ce qui leur reftera
» de vaiffeaux , leur deviendra inutile , &
و د
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
33
» pourrira dans leur port . Il dit plus , files
Algériens perdent une fois leurs gens de
» mer , ils ne pourront de long- tems en
inftruire d'autres , parce qu'ils ne font
prefqu'aucun commerce. Mon avis eft
»donc , puifque le Roi d'Efpagne & les
»Etats Généraux ont décidé que nos deux
efcadres agiroient en commun , & que
leurs ordres ne nous fixent fur aucun
» parage , de croiſer quelque tems dans la
Méditerranée , par-là nous mettrons les
Algériens hors d'état , de plufieurs an-
» nées , de faire le moindre tort aux deux
» Puiffances ".
»
ور
"
Le Vice- Amiral Efpagnol lui répondit ,
« que ces réflexions lui paroiffoient juftes ,
» mais qu'il avoit ordre du Roi fon maî-
» tre fitôt que fes vaiffeaux feroient pour-
» vus d'eau , dont ils avoient grand befoin,
» parce qu'il y avoit déja quarante jours
» qu'ils étoient en mer , fans en avoir fait
» de fraiche , & fans avoir vu plus d'un
vaiffeau corfaire , de cingler vers Alger ,
,, & de mouiller devant la ville pour empêcher
la fortie des Pirates , & furtout de
» huit d'entr'eux , qui felon les avis qu'on
» lui en avoit donné , devoient aller joindre
dans le Levant quelques vaiffeaux
» Turcs ; que par cette raiſon , il l'invitoit
» à partir avec lui pour Alger le dix- huit
SEPTEMBRE . 1755. 149
» du mois , auquel jour il efpéroit avoir
» fait fes provifions d'eau » .
Le chef d'efcadre Hollandois répondit :
<< aller mouiller devant Alger , & y tenir
» enfermés les vaiffeaux prêts à en partir ,
c'eft à mon avis , leur faire bien moins
»de tort que fi nous les attaquions & les
» détruifions en pleine mer , d'ailleurs je
» crains fi vous ne fortez
que
pas
de cette
baye avant le 18 , il ne foit alors trop
» tard pour empêcher le départ des Algériens
, parce que felon le témoignage
» unanime de mes prifonniers
, les corfai-
» res ont coutume de fe mettre en mer
» trois ou quatre jours après la premiere
nouvelle lune , qui tombe après la fête
» de leur Bayram , qui finit après- demain .
" Outre cela les vents de l'Eft & de l'Oueft ,
foufflent avec tant d'impétuofité devant
Alger , qu'il eft très- dangereux de fe te-
» nir long- tems dans la rade avec une ef-
» cadre » .
>
Enfin ils convinrent enfemble que Grave
fortiroit de la Baye d'Althea , le jour ſuivant
qui étoit le 12 de Juillet , & qu'il
iroit fe joindre au capitaine Akerfloor
qui avoit eu ordre , auffitôt qu'il auroit
réparé le dommage qu'il avoit effuyé fur
mer , de croifer aux environs de Malaga ;
que l'Amiral Efpagnol cingleroit droit à
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Alger le 18. qu'il y jetteroit l'ancre , & que
le chef d'efcadre auffitôt qu'il feroit arrivé
au cap Mole , prendroit pareillement la
route d'Alger pour y mouiller auffi .
Ils convinrent auffi que l'efcadre efpagnole
prendroit fa route par le Levant , &
les Hollandois par le Couchant , pour enlever
plus certainement les Pirates qui devroient
être déja partis ; & que lorfqu'ils
feroient arrivés à la rade d'Alger , & qu'ils
auroient vu l'état des vaiffeaux qui y feroient
, ils examineroient davantage ce que
pourroient faire leurs deux efcadres pour
faire le plus de tort aux Barbares.
Cette convention fut fignée par les deux
commandans , enfuite on donna aux capitaines
des deux eſcadres les fignaux néceffaires
pour qu'ils puffent toujours fe reconnoître
au loin , foit le jour , foit la nuit,
& les rendez- vous furent affignés pour fe
raffembler , foit que les vents de l'Eft ou de
l'Oueft les difperfaffent.
Le chef d'efcadre Grave qui avoit mis à
la voile d'Althea pour Alger le 18 , n'y
arriva que le 27, à caufe d'un grand calme
, & il trouva neuf vaiffeaux corfaires
défarmés derriere le Mole qui étoit garni
d'une batterie de vingt- quatre canons , &
les Barbares bâtiffoient encore un fort à la
pointe extérieure de la Baye du côté du
Levant.
SEPTEMBRE. 1755. 1st
L'efcadre Efpagnole ne fe fit pas voir
devant Alger avant le 31 de Juillet , les
Hollandois s'en retournoient déja lorfqu'ils
la rencontrerent , ils convinrent alors que
les Efpagnols croiferoient jufqu'au 15 Septembre
devant Alger & fur les côtes d'Efpagne
& de Barbarie , depuis le cap Martin
, jufqu'au cap de Gata , pendant que
les Hollandois croiferoient jufqu'au même
jour depuis Malaga & le détroit de Gibral
tar , jufqu'au cap S. Vincent & jufqu'aux
côtes de la Mauritanie. Après cette décifion
les deux efcadres fe féparerent . La
croifiere de l'efcadre Hollandoife qui revint
dans le Texel le 27 Novembre , fut
totalement infructueufe , car elle ne vit
prefque aucun corfaire , & n'en prit aucun,
Les Algériens de leur côté ne leur firent
de même aucune prife pendant tout l'été.
Mais en Avril 1723. Ils mirent en mer
toutes leurs forces , & ils prirent deux
vaiffeaux Hollandois , & deux ou trois
Efpagnols ; dans le mois de Juin ils prirent
quatre ou cinq flûtes Hollandoifes , &
firent encore quelques prifes.
La raifon qui avoit porté les Algériens
à mettre en mer toutes leurs forces , étoit
la grande difette de bled & autres vivres
ce qui faifoit que lorfqu'ils prenoient quelques
bâtimens qui en étoient chargés , ces
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prifes leur étoient d'un grand fecours , parlà
ils firent aux Hollandois fur tout un
tort confidérable , parce comme le bled
manquoit à Malaga & dans tous les autres.
ports d'Espagne & de Portugal , les Hollandois
en envoyoient des vaiffeaux chargés
qui tomboient entre les mains des Corfaires.
En attendant ces prifes , la difette
de bled , d'huile & d'autres chofes néceffaires
à la vie , étoit fi grande à Alger ,
que les Hollandois qui y étoient , penfoient
que l'on réduiroit facilement la ville à
toute extrémité , fi on bloquoit le port
feulement avec fix vaiffeaux de guerre , &
qu'alors maîtres des habitans , on les forceroit
à une paix avantageufe aux Hollandois.
Malgré la quantité de barbarefques
que les Algériens avoient en mer , le mois
de Septembre fe paffa tout entier fans qu'ils
fiffent aucune prife , mais au commencement
de Novembre , un vaiffeau de guerre
Hollandois , monté par le Capitaine de
Graf, que la tempête avoit écarté de l'efcadre
du Commandant Godin , prit un
vaiffeau de guerre Algérien de vingt- quatre
pieces de canons , & de deux cens dix
hommes d'équipage , & il trouva à fon
bord fix efclaves chrétiens .
Cette efcadre continuoit toujours à croifer
fans effet. Dans le mois de Février
SEPTEMBRE. 1755. 153
1724. Elle fut augmentée de deux autres
vaiffeaux & d'une galiote chargée de munitions
de
guerre .
Le fieur Godin reçut avec ce renfort un
ordre de traiter de paix avec la Régence ;
en conféquence , il fit voile vers Alger , &
dans le mois de Mars 1724. il fit faire des
propofitions de paix au Dey qui parut trèsdifpofé
à les écouter. Les Barbares furent
fi irrités de cette prétendue foibleffe de
leur fouverain , que le 18 Mars aprèsmidi
, comme il fe promenoit fur le bord
de la mer , ils tomberent fur lui avec fureur
& le mirent en pieces , ils éleverent à
fa place un certain Ofman , qui le jour
fuivant fit fabrer dix-huit des affaflins de
fon prédéceffeur.
Alors toutes les négociations de paix
devinrent inutiles , & l'efcadre Hollandoife
fut encore augmentée de deux vaiffeaux
de guerre ; malgré ces renforts tout
le butin qu'elle fit pendant cette année
confiftoit en trois ou quatre vaiffeaux corfaires
, & dans le mois de Décembre elle
revint en Zélande après avoir effuyé une
grande tempête.
Dans le mois d'Avril 1725 , es Hollandois
envoyerent une nouvelle efcadre
fous le Vice-Amiral Sommelick , & ls firent
prier , comme ils le font aujourd hui , le
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Grand Seigneur , par leur Ambaffadeur à
Conftantinople , de vouloir bien engager
à la paix la République d'Alger . Les Algériens
firent de belles promeffes ; la conclufion
du traité traîna néanmoins juſqu'au
8 Septembre 1726 , mais pendant ce délai,
les Hollandois leur firent tout le tort poffible.
Le traité de paix confifte en douze articles.
Les Corfaires s'y obligerent à tenir
tout ce qu'ils n'avoient pas obfervé jufqu'alors
, comme nous allons le voir.
Plus les Algériens ont juré fur les traités
que la néceffité leur a fait conclure ,
moins ils les ont tenus , & il eft étonnant
après cela que les Puiffances Chrétiennes
puiffent y avoir la moindre confiance
mais ils ne fe font joués d'aucune Puiffance
comme des Hollandois , qu'ils n'ont
refpectés , que tant que leurs vaiffeaux ont
croifé fur eux , & bloqué leur Port.
Les Articles de ce traité montrent combien
peu les Corfaires l'ont obfervé , & la
fuite n'a que trop confirmé leur mauvaiſe
foi. Nous les rapporterons pour
abrégé .
finir cet
I. Il y aura une paix conftante entre la
Régence d'Alger & les Hollandois.
II. Les Hollandois feront tenus de payer
cinq pour cent de douane pour les marchanSEPTEMBRE.
1755. 155
difes qu'ils apporteront fuivant le traité de
paix de 1712 .
III. Les munitions de guerre & les autres
marchandises de contrebande ne feront fujettes
à aucuns droits .
IV. Les Etrangers quife trouveront fur les
vaiffeaux Hollandois ne feront nullement inquietés
par les Algériens.
V. Les marchandifes & les effets des vaiffeaux
Hollandois échoués fur les côtes d'Alger,
ne feront point pillés , & les hommes ne
feront pas faits esclaves.
VI. Il ne pourra entrer aucun vaiſſeau Algérien
dans les ports de Hollande.
VII. Si un vaiffeau Hollandois mouille devant
Alger , il fera pourvu des vivres néceffaires.
VIII. Nul Marchand Hollandois ne pourra
être fait esclave dans aucune place appartenante
aux Algériens.
IX . Si un Commerçant Hollandois meurt à
Alger , on nefera point de faifie de fes biens.
X. Les differends qui s'éleveront entre les
Hollandois les Mahometans , feront jugés
on accommodés par le Conful de Hollande.
XI . Le Conful de Hollande jouira d'une
protection entiere de la République , il aura
chez lui le libre exercice de fa Religion , an
quel les efclaves de la même Religion pourront
affifter.
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE .
XII. Les paffe -ports qu'on donne auxMarchands
Hollandois feront renouvellés tous les
trois ans , & toutes les hoftilités paffées feront
mifes en oubli.
Fermer
Résumé : Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Le texte décrit les conflits entre les Algériens et les Hollandais aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les hostilités débutèrent par des attaques et des pillages de navires hollandais par les Algériens, qui renforcèrent rapidement leur puissance maritime. En 1669, les Algériens possédaient une flotte de trente-deux à trente-quatre vaisseaux bien armés, dont dix-huit vaisseaux de guerre. Cette menace poussa les Hollandais à chercher des moyens de réduire les corsaires algériens. L'Amiral Ruiter conseilla de croiser constamment contre les Algériens, soulignant les difficultés de bloquer Alger en raison des conditions météorologiques et des défenses locales. En 1670, les Hollandais et les Anglais unirent leurs forces pour détruire plusieurs navires algériens. Les Français bombardèrent Alger en 1682 et 1688, mais conclurent un traité de paix en 1689. Les Hollandais, restés seuls en guerre, subirent de lourdes pertes. Un traité de paix fut signé en 1712, mais les Algériens le rompirent en 1716, reprenant leurs attaques. Les Hollandais envoyèrent des vaisseaux pour croiser contre les Algériens, mais sans succès décisif jusqu'en 1721. Cette année-là, une escadre hollandaise, renforcée par des vaisseaux espagnols, força les Algériens à envisager la paix, bien que des révoltes internes empêchèrent sa conclusion immédiate. En 1722, les forces navales hollandaises et espagnoles planifièrent une opération conjointe contre les corsaires d'Alger et de Salé. En mai, le capitaine Landgeveld captura un vaisseau algérien près d'Heisant, libérant des esclaves chrétiens. Le 11 juillet, les vaisseaux du chef d'escadre Grave rencontrèrent l'escadre espagnole du Vice-Amiral Don Antonio Serano près de la baie d'Althea. Ils convinrent de croiser ensemble pour attaquer les corsaires. Les Hollandais arrivèrent à Alger le 27 juillet, trouvant neuf vaisseaux corsaires désarmés. Les Espagnols arrivèrent le 31 juillet, et les deux escadres décidèrent de croiser jusqu'au 15 septembre. La croisière hollandaise revint sans succès en novembre. En avril 1723, les Algériens capturèrent plusieurs vaisseaux hollandais et espagnols. En novembre, un vaisseau hollandais captura un vaisseau algérien avec des esclaves chrétiens à bord. En février 1724, l'escadre hollandaise reçut l'ordre de négocier la paix avec Alger, mais les négociations échouèrent après l'assassinat du Dey. L'escadre revint en Zélande en décembre après avoir capturé quelques vaisseaux corsaires. En avril 1725, une nouvelle escadre hollandaise fut envoyée sous le Vice-Amiral Sommelick, et des négociations de paix furent entamées avec l'aide du Grand Seigneur. Le traité de paix fut signé le 8 septembre 1726, mais les Algériens continuèrent à capturer des vaisseaux hollandais dès que les escadres chrétiennes quittaient la région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 156-171
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Jules-César. L'Ancienneté de la ville de Paris ne sçauroit [...]
Mots clefs :
Histoire de la ville de Paris, Jules César, Parisiens, Romains, Rois de France, Évêque, Église, Jovien, Julien, Valentinien, Gratien, Théodose, Childebert Ier, Clotaire Ier, Roi, Royaume, Chapelle, Abbaye, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
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Résumé : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
L'ouvrage 'Abrégé chronologique de l'histoire de la ville de Paris' de M. Poncet de la Grave retrace les événements marquants de l'histoire de Paris. Jules César mentionne Paris sous le nom de Lutetia et la conquiert vers 704 avant J.-C. Après son départ, les Parisiens se révoltent mais sont vaincus et la ville est détruite. Saint Denis, premier évêque de Paris, prêche la religion chrétienne et est martyrisé vers 250. Julien, proclamé empereur à Paris, y construit le palais des Thermes. Valentinien I y séjourne en 365 et promulgue des lois. Gratien, fils de Valentinien, livre une bataille près de Paris. Sainte Geneviève calme les Parisiens lors des invasions d'Attila en 451. Clovis, après la bataille de Vouillé en 507, fixe sa capitale à Paris et y construit des églises. Childebert, fils de Clovis, règne à Paris et y organise plusieurs conciles. Clotaire I succède à Childebert et meurt en 561. Chilpéric, son frère, obtient Paris après un partage des royaumes. Le texte mentionne également des événements impliquant les rois francs Chilperic, Gontran, et Childebert II. Près de Melun, un personnage non nommé brûle et pille tout sur son passage, livre bataille à Gontran, la perd, demande la paix, l'obtient, et retourne à Paris. Chilperic part pour Soissons, mais la mort de son fils Thieri le rappelle à Paris. La reine informe Chilperic que des femmes sont soupçonnées d'avoir tué le jeune prince par sorcellerie. Ces femmes avouent leur crime sous la torture et sont exécutées. Monmole, préfet de Paris, est impliqué et exilé à Bordeaux, où il meurt. Chilperic reçoit des ambassadeurs du roi des Wisigoths, Euvigilde, qui demandent la main de Rigonte, fille de Chilperic, pour Ricarede. Chilperic accepte et prépare un cortège somptueux, mais Rigonte meurt en chemin. Prétextat, évêque de Rouen, est rappelé et rétabli. La reine Frédegonde, veuve de Chilperic, se retire auprès de l'évêque de Paris et se soumet à Gontran avec son fils Clotaire. Gontran devient maître de Paris et compose un conseil pour Clotaire, obligeant Frédegonde à quitter la ville. Childebert arrive plus tard et les Parisiens lui refusent l'entrée. Gontran tient une assemblée à Paris où les ambassadeurs de Childebert sont maltraités. Gontran se retire à Châlons-sur-Saône par crainte d'un assassinat. Il revient l'année suivante pour le baptême de Clotaire. Un incendie détruit presque toute la ville, sauf les églises. Childebert et Gontran se promettent amitié lors de l'assemblée d'Andelot, partageant une partie du territoire parisien. Gontran meurt ensuite.
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