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1
s. p.
L'INGRATITUDE. ODE.
Début :
Quelle Furie au teint livide, [...]
Mots clefs :
Ingratitude, Furie, Lethé, Amitié, Gloire, Libérateur
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texteReconnaissance textuelle : L'INGRATITUDE. ODE.
L'INGRATITUDE.
ODE.
Uelle Furie au teint livide ,
S'avance ici d'un air vainqueur !
Dans ses mains luit ce fer perfide ,
Qui d'Agrippine ouvrit le cœur
L'insensible Oubli , l'Insolence ,
Les sourdes Haînes en silence ,
Entourent ce Monstre effronté ,
Tandis qu'il boit dans une Coupe ,
A ij Que
1464 MERCURE DE FRANCE
Que remplit l'infernale Troupe ,
Des froides eaux du noir Lethé.
Ingratitude , à de tels signes ,
Kisément on te reconnoît ;
Comment sur tes fureurs insignes,
Phébus est-il resté muet ?
It'a trop long- temps épargnées
Sur toi , de ma Muse indignée ,
Je vais lancer les premiers traits
Heureux , même en souillant mes rimes,
Du récit honteux de tes crimes ,
Si j'en arrête le progrès.
;
Naissons-nous injustes et traitres ?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sçait-il aimer ses Maîtres
Leurs bienfaits lui sont un fardeau
Homme fait , il se plaît , il s'aime
Il rapporte tout à lui- même,
Présomptueux dans tout état ;
Vieux enfin , rendez- iui service ,
Selon lui , c'est une justice ;
11 vit superbe ; il meurt ingrat.
་
Parmi l'énorme multitude ,
Des vices qu'on aime , et qu'on suit,
Pourquoi
JUILLET. 1732 1465
Pourquoi garder l'Ingratitude ,
Vice sans douceur et sans fruit ?
Reconnoissance officieuse
Pour garder ta Loi précieuse ,
En coûte- t-il tant à nos cœurs?
Est- tu de ces Vertus severes ,
Qui par des reglės trop austeres ,
Tyrannisent leurs Sectateurs ?
Sans doute il est une autre cause,
De ce lâche oubli des bienfaits :
L'Amour- propre en secret s'oppose ,
A de reconnoissans effets ;
Par un ambitieux délire',
Croyant lui-même se sûffire ;
Voulant ne rien devoir qu'à lui ,
II craint dans la reconnoissance ,
Un témoin de son impuissance ,
Et du besoin qu'il eut d'autrui.
Pour rendre ta main bienfaisante ,
Et t'émouvoir à la pitié ,
L'ingrat à tes yeux se présente ,
Sous le manteau de l'Amitié
Il rampe , adulateur servile ;
Ases vœux deviens - tu facile ?
Ne crois pas en faire un ami ;
F
A iij Tristo
1466 MERCURE DE FRANCE
Triste retour d'un noble zele ,
Tu n'en as fait qu'un infidele ,
Peut être même un ennemi.
榮
Déja son œil fuit ton approche ,
Et ta presence est son bourreau ,
Pour être exempt de ce reproche ,
Il voudroit t'ouvrir le Tombeau ;
Monstre des Bois , Race farouche ,
On peut vous gagner , on vous touche
Vous sentez le bien qu'on vous fait ;
Seul , des Monstres le plus sauvage ,
L'Ingrat trouve un sujet de rage ,
Dans le souvenir d'un bienfait.
M
Mais n'est-ce point une chimere
Un phantôme que je combats ?
Fut-il jamais un caractere,
Marqué par des crimes si bas?
Oh Ciel! que n'est-ce une imposture !
A la honte de la Nature ,
Je vois que je n'ai rien outré ,
Je connois des cœurs que j'abhorré ,
Dont la noirceur surpasse encore ,
Ce que mes traits en ont montré.
Foibles, indigens que nous sommes ,
Chacun
JUILLET. 1732. 1467
Chacun seul ne se suffit point ;
Les bienfaits soutiennent les hommes ,
Par eux la Nature nous joint :
Elle forme des bons offices ,
Et des réciproques services ,.
Les nœuds de la Societé ;
Tout dépend de ce doux commerce.
L'ingratitude le renverse ;
C'est renverser l'humanité.
來
Pour prévenir ces ames viles ,
Faudra- t'il , Mortels bienfaisants
Que vos mains désormais stériles ,
Ne répandent plus de présens ?
Non ; leur dureté la plus noire ,
N'enleve rien à votre gloire ;
Il vaut mieux d'un soin génereux ,
Servir une foule coupable ,
Que de manquer un miserable ,
Dont vous pouvez faire un
M
heureux.
Des Dieux imitez les exemples
Dans vos dons desinteressez ;
Aucun n'est exclus de leurs Temples ;
Leurs bienfaits sur tous sont versez.
Le Soleil , qui dans sa carriere ,
Prête au vertueux sa lumiere ,
A iiij Le
1468 MERCURE DE FRANCE
Luit aussi pour le Scelerat ;
Le Ciel . cesseroit de répandre ,.
Les biens que l'homme en doit attendre ,
S'il en excluoit l'homme ingrat.
潞
Juste Thémis, contre un tel crime.,.
N'as-tu plus ni glaive ni voix ?
Que l'Ingrat n'est-il ta victime ,
Ainsi qu'il le fut autrefois !
Que ne reprens-tu dans notre âge ,
De ton antique Aréopage ,
L'équitable séverité !
L'Ingratitude étoit flétrie ,
Et souffroit loin de la Patrie,
Unexil trop bien mérité.
粥
Mais pourquoi te vantai- je , Athènes ,
Sur la justice de tes Loix ;
Quand par des rigueurs inhumaines .
Ta République en rompt les droits
Que de proscriptions ingrates !
Tes Miltiades , tes Socrates >
Sont livrez au plus triste sort ;
La méconnoissance et l'envie ,
Leur font de leur illustre vie ,
Un crime digne de la mort.
Ains
JUILLET. 1732. 1469
Ainsi parloit , fuyant sa Ville ,
Thémistocle aux Athéniens ;
» Tel qu'un Palmier qui sert d'azile ,
n
J'en sers à mes Concitoyens ;
»Pendant le Tonnerre et l'Orage ,
Sous mon impénetrable ombrage ,
»La peur des Foudres les conduit ;
"
»L'Orage cesse , on m'abandonne ,
»Et long- temps avant mon Automne ,
LaFoule ingrate abbat mon fruit.
讚
D'un cœur né droit , noble et sensible ,
Rien n'enflamme tant le courroux ,
Que l'Ingratitude infléxible ,
D'un traître qui se doit à nous ;
Sous vingt Poignards ( fin trop fatale ! }
Le Triomphateur de Pharsale ,
Voit ses jours vainqueurs abatus ;
Mais de tant de coups , le plus rude ;
Fut celui que l'Ingratitude ,
Porta par la main de Brutus,
讚
Mortels ingrats , ames féroces ,
Que mes sons puissent vous fléchir ;
Ou si de vos forfaits atroces ,
L'homme ne peut vous affranchir ; *
5
A v Que
1470 MERCURE DE FRANCE
Que les Animaux soient vos maîtres ;
O honte! ces stupides EstresSçavent-ils mieux l'Art des Humains
Oui , que Seneque vous apprenne ,
Ce qu'il admira dans l'Arêne
Des Amphithéatres Romains.
#
On lance un Lion , on l'anime ,
Contre un Esclave condamné ;
Mais à l'aspect de sa Victime
L'Animal recule étonné ;
Sa cruauté se change en joye ...
On déchaine sur cette Proye ,
D'autres Lions plus en courtoux :
Le premier , d'un cœur indomptable ,
Se met du parti du coupable ,
Et seul le deffend contre tous.
Autrefois , du Rivage More ,
Cet Esclave avoit fui les fers ;
Trouvant ce Lion jeune encore ,
Abandonné dans les Deserts ,
Il avoit nourri sa jeunesse ;
L'Animal , touché de tendresse ,
Reconnut son cher Bienfaicteur ;
Un instinct de reconnoissance ,
L'arma
JUILLET. I 1732.
147
L'arma si bien pour sa deffense ,
Qu'il sauva son Liberateur.
GRESSET.
A Tours , ce 26. Juin 1732.
ODE.
Uelle Furie au teint livide ,
S'avance ici d'un air vainqueur !
Dans ses mains luit ce fer perfide ,
Qui d'Agrippine ouvrit le cœur
L'insensible Oubli , l'Insolence ,
Les sourdes Haînes en silence ,
Entourent ce Monstre effronté ,
Tandis qu'il boit dans une Coupe ,
A ij Que
1464 MERCURE DE FRANCE
Que remplit l'infernale Troupe ,
Des froides eaux du noir Lethé.
Ingratitude , à de tels signes ,
Kisément on te reconnoît ;
Comment sur tes fureurs insignes,
Phébus est-il resté muet ?
It'a trop long- temps épargnées
Sur toi , de ma Muse indignée ,
Je vais lancer les premiers traits
Heureux , même en souillant mes rimes,
Du récit honteux de tes crimes ,
Si j'en arrête le progrès.
;
Naissons-nous injustes et traitres ?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sçait-il aimer ses Maîtres
Leurs bienfaits lui sont un fardeau
Homme fait , il se plaît , il s'aime
Il rapporte tout à lui- même,
Présomptueux dans tout état ;
Vieux enfin , rendez- iui service ,
Selon lui , c'est une justice ;
11 vit superbe ; il meurt ingrat.
་
Parmi l'énorme multitude ,
Des vices qu'on aime , et qu'on suit,
Pourquoi
JUILLET. 1732 1465
Pourquoi garder l'Ingratitude ,
Vice sans douceur et sans fruit ?
Reconnoissance officieuse
Pour garder ta Loi précieuse ,
En coûte- t-il tant à nos cœurs?
Est- tu de ces Vertus severes ,
Qui par des reglės trop austeres ,
Tyrannisent leurs Sectateurs ?
Sans doute il est une autre cause,
De ce lâche oubli des bienfaits :
L'Amour- propre en secret s'oppose ,
A de reconnoissans effets ;
Par un ambitieux délire',
Croyant lui-même se sûffire ;
Voulant ne rien devoir qu'à lui ,
II craint dans la reconnoissance ,
Un témoin de son impuissance ,
Et du besoin qu'il eut d'autrui.
Pour rendre ta main bienfaisante ,
Et t'émouvoir à la pitié ,
L'ingrat à tes yeux se présente ,
Sous le manteau de l'Amitié
Il rampe , adulateur servile ;
Ases vœux deviens - tu facile ?
Ne crois pas en faire un ami ;
F
A iij Tristo
1466 MERCURE DE FRANCE
Triste retour d'un noble zele ,
Tu n'en as fait qu'un infidele ,
Peut être même un ennemi.
榮
Déja son œil fuit ton approche ,
Et ta presence est son bourreau ,
Pour être exempt de ce reproche ,
Il voudroit t'ouvrir le Tombeau ;
Monstre des Bois , Race farouche ,
On peut vous gagner , on vous touche
Vous sentez le bien qu'on vous fait ;
Seul , des Monstres le plus sauvage ,
L'Ingrat trouve un sujet de rage ,
Dans le souvenir d'un bienfait.
M
Mais n'est-ce point une chimere
Un phantôme que je combats ?
Fut-il jamais un caractere,
Marqué par des crimes si bas?
Oh Ciel! que n'est-ce une imposture !
A la honte de la Nature ,
Je vois que je n'ai rien outré ,
Je connois des cœurs que j'abhorré ,
Dont la noirceur surpasse encore ,
Ce que mes traits en ont montré.
Foibles, indigens que nous sommes ,
Chacun
JUILLET. 1732. 1467
Chacun seul ne se suffit point ;
Les bienfaits soutiennent les hommes ,
Par eux la Nature nous joint :
Elle forme des bons offices ,
Et des réciproques services ,.
Les nœuds de la Societé ;
Tout dépend de ce doux commerce.
L'ingratitude le renverse ;
C'est renverser l'humanité.
來
Pour prévenir ces ames viles ,
Faudra- t'il , Mortels bienfaisants
Que vos mains désormais stériles ,
Ne répandent plus de présens ?
Non ; leur dureté la plus noire ,
N'enleve rien à votre gloire ;
Il vaut mieux d'un soin génereux ,
Servir une foule coupable ,
Que de manquer un miserable ,
Dont vous pouvez faire un
M
heureux.
Des Dieux imitez les exemples
Dans vos dons desinteressez ;
Aucun n'est exclus de leurs Temples ;
Leurs bienfaits sur tous sont versez.
Le Soleil , qui dans sa carriere ,
Prête au vertueux sa lumiere ,
A iiij Le
1468 MERCURE DE FRANCE
Luit aussi pour le Scelerat ;
Le Ciel . cesseroit de répandre ,.
Les biens que l'homme en doit attendre ,
S'il en excluoit l'homme ingrat.
潞
Juste Thémis, contre un tel crime.,.
N'as-tu plus ni glaive ni voix ?
Que l'Ingrat n'est-il ta victime ,
Ainsi qu'il le fut autrefois !
Que ne reprens-tu dans notre âge ,
De ton antique Aréopage ,
L'équitable séverité !
L'Ingratitude étoit flétrie ,
Et souffroit loin de la Patrie,
Unexil trop bien mérité.
粥
Mais pourquoi te vantai- je , Athènes ,
Sur la justice de tes Loix ;
Quand par des rigueurs inhumaines .
Ta République en rompt les droits
Que de proscriptions ingrates !
Tes Miltiades , tes Socrates >
Sont livrez au plus triste sort ;
La méconnoissance et l'envie ,
Leur font de leur illustre vie ,
Un crime digne de la mort.
Ains
JUILLET. 1732. 1469
Ainsi parloit , fuyant sa Ville ,
Thémistocle aux Athéniens ;
» Tel qu'un Palmier qui sert d'azile ,
n
J'en sers à mes Concitoyens ;
»Pendant le Tonnerre et l'Orage ,
Sous mon impénetrable ombrage ,
»La peur des Foudres les conduit ;
"
»L'Orage cesse , on m'abandonne ,
»Et long- temps avant mon Automne ,
LaFoule ingrate abbat mon fruit.
讚
D'un cœur né droit , noble et sensible ,
Rien n'enflamme tant le courroux ,
Que l'Ingratitude infléxible ,
D'un traître qui se doit à nous ;
Sous vingt Poignards ( fin trop fatale ! }
Le Triomphateur de Pharsale ,
Voit ses jours vainqueurs abatus ;
Mais de tant de coups , le plus rude ;
Fut celui que l'Ingratitude ,
Porta par la main de Brutus,
讚
Mortels ingrats , ames féroces ,
Que mes sons puissent vous fléchir ;
Ou si de vos forfaits atroces ,
L'homme ne peut vous affranchir ; *
5
A v Que
1470 MERCURE DE FRANCE
Que les Animaux soient vos maîtres ;
O honte! ces stupides EstresSçavent-ils mieux l'Art des Humains
Oui , que Seneque vous apprenne ,
Ce qu'il admira dans l'Arêne
Des Amphithéatres Romains.
#
On lance un Lion , on l'anime ,
Contre un Esclave condamné ;
Mais à l'aspect de sa Victime
L'Animal recule étonné ;
Sa cruauté se change en joye ...
On déchaine sur cette Proye ,
D'autres Lions plus en courtoux :
Le premier , d'un cœur indomptable ,
Se met du parti du coupable ,
Et seul le deffend contre tous.
Autrefois , du Rivage More ,
Cet Esclave avoit fui les fers ;
Trouvant ce Lion jeune encore ,
Abandonné dans les Deserts ,
Il avoit nourri sa jeunesse ;
L'Animal , touché de tendresse ,
Reconnut son cher Bienfaicteur ;
Un instinct de reconnoissance ,
L'arma
JUILLET. I 1732.
147
L'arma si bien pour sa deffense ,
Qu'il sauva son Liberateur.
GRESSET.
A Tours , ce 26. Juin 1732.
Fermer
Résumé : L'INGRATITUDE. ODE.
L'ode 'L'Ingratitude', publiée dans le Mercure de France en juillet 1732, décrit l'ingratitude comme une furie livide, entourée de l'oubli, de l'insolence et des haines sourdes, symbolisée par un monstre effronté buvant les eaux du Lethé. L'auteur exprime son indignation face à ce vice et explore la nature humaine, soulignant que l'homme est ingrat dès le berceau, jeune, adulte et vieillard. L'ingratitude est présentée comme un vice sans douceur ni fruit, contraire à la reconnaissance. L'amour-propre et l'ambition empêchent souvent les gens de reconnaître les bienfaits reçus. L'ode met en garde contre les faux amis qui, sous le manteau de l'amitié, cherchent à tirer profit des bienfaits sans reconnaissance. L'ingratitude est comparée à un monstre sauvage qui trouve de la rage dans le souvenir des bienfaits. Le texte aborde également la nécessité des bienfaits pour soutenir les hommes et former les liens de la société. L'ingratitude renverse l'humanité et menace la solidarité. Malgré les dangers de l'ingratitude, il est recommandé de continuer à faire le bien, imitant les exemples des dieux et de la nature. L'ode critique les injustices passées, comme les proscriptions ingrates à Athènes, et les trahisons, comme celle de Brutus envers César. Elle se termine par un appel à la reconnaissance et à la justice, illustré par l'exemple d'un lion reconnaissant envers son bienfaiteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1482-1489
DIVERTISSEMENT. Executé chez Madame *** au sujet de l'Asyle qu'elle a donné à une Assemblée de Musique qu'on avoit voulu détruire.
Début :
PERSONNAGES. MINERVE, Déesse de la Sagesse et des Beaux-Arts. [...]
Mots clefs :
Asile, Assemblée de musique, Triomphe, Heureux, Personnages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT. Executé chez Madame *** au sujet de l'Asyle qu'elle a donné à une Assemblée de Musique qu'on avoit voulu détruire.
DIVERTISSEMENT.
Executé chez Madame *** au sujet de
l'Asyle qu'elle a donné à une Assemblée
de Musique qu'on avoit voulu détruire.
PERSONNAGES.
Minerve , Déesse de la Sagesse et des
Beaux- Arts.
Apollon ,
Terpsicore, Muse qui préside à la Lyre.
Euterpe , Muse qui préside à la Flute.
Eleves de Terpsicore et d'Euterpe.
La Scene est au Parnasse.
Q
Apollon.
Uel silence regne en ces lieux !
Et quel spectacle, ô Ciel, se presente à mes yeux !
Terpsicore désespérée ,
Pousse de longs soupirs, garants de ses douleurs;
Et comme Elle , Euterpe éplorée ,
Me présage quelques malheurs.
Quel est le sujet de vos pleurs ?
Parlez , que sans détour votre bouche plaintive ,
Daigne à ma foy le confier !
Terpsicore , d'où vient que votre Lyre oisive
Est
JUILLET.
1483 1732
Est suspendue à ce Laurier?
Et qu'Euterpe au pied de ce Hêtre ,
Languissant avec vous dans un triste repos,
Du son de sa Flute champêtre
Craint de réveiller nos Echos ? -
Terpsicore.
Non , n'attendez pas que j'expose
Avos yeux le plus noir forfait ;
Le tourment qu'une injure cause,
Redouble au récit qu'on en fait,
Apollon.
Ah! plutôt loin de vous contraindre,
Avos chagrins donnez un libre cours:
La douleur , à se plaindre ,
"
Se soulage toujours.
Terpsicore.
Non , n'attendez pas que j'expos
A vos yeux le plus noir forfait
Le tourment qu'une injure cause
Redouble au récit qu'on en fait.
Apollon.
Eh bien si vous voulez dissimuler l'offense
Qui de vos déplaisirs aigrit la violence ,
Nommez-moi seulement , qui vous ose outfa→
gerEt
1484 MERCURE DE FRANCE
Et mes traits vont vous en venger.
Euterpe.
Ah ! l'espoir de cette vengeance
Suffit pour m'engager à rompre le silence.
Avec des Amphions naissans ,
Par l'ordre de Pallas qui toujours nous seconde
Dans les Climats que l'Ouche arrose de son ondé ,
Tranquilles , nous formions des Accords ravis→
sans ;
Lorsque l'affreuse Envie , ardente à nous détruire ,
Est venueinfecter de ses cruels poisons ,
Le lieu qui résonnoit de nos tendres Chansons
De ma sœur éperduë elle a soüillé la Lyre ,
Et dispersé nos Nourrissons.
८
Apollon.
Muses , croyez- en mon Oracle ,
Vous vaincrez ses efforts jaloux ;
Les Ris renaîtront parmi Vous ;
Plus on a souffert d'un obstacle ,
Et plus le triomphe en est doux.
"Sur les flots , quand l'orage gronde ,
Le pâle Nocher craint la mort ;
Mais si quelque heureux coup du Sort
Le
JUILLET. 1732. 1485
Le dérobe aux fureurs de l'Onde,
Plus joyeux il arrive au Port.
Muses, croyez-en mon Oracle,
Vous vaincrez ses efforts jaloux ;
Les Ris renaîtront parmi Vous;
Plus on a souffert d'un obstacle ,
Et plus le triomphe en est doux.
Mais quelle Déïté suprême ,
En ces lieux tout-à- coup éblouit mes regards
Euterpe.
O Ciel ! c'est Minerve elle-même ,
Qui vient de rassembler nos Nourrissons épars.
SCENE I I.
Minerve , Apollon , Terpsicore , Euterpe .
Eleves de Terpsicore et d'Euterpe.
Euterpe.
Venez , secourable Déesse ,
Venez par vos conseils vainqueurs
Rétablir l'allégresse
Dans le fond de nos cœurs.
Terpsicore. •
Les malheureux en votre absence
S'abandonnent au désespoir ;
1
B Mais
148 MERCURE DE FRANCE
Mais ils recouvrent l'esperance ,
Si-tôt qu'ils peuvent vous revoir.
Euterpe et Terpsicore.
Venez , secourable Déesse ,
Venez par vos conseils vainqueurs ,
Rétablir l'allégresse ,
Dans le fond de nos cœurs.
Minerve.
Devos tristes regrets étouffez le murmure ;
Muses , j'ai sçu , j'ai plaint , j'ai vengé votre injure. "
Pour remplir les projets que vous aviez for- mez ,
TAMYRHE ( a ) qui vous aime autant que vous l'aimez ,
TAMYRHE , à mes conseils docile ,
A tous vos Nourrissons par ma voix ranimez
Dans un superbe lieu promet un sûr Azyle.
Decet heureux succès dont vos cœurs sont chaimez ,
J'ai vû pâlir l'Envie , elle se désespere ,
Et dans son Antre obscur, plein d'Insectes rampans ,
Ce Monstre écumant de colere ,
Est allé loin de vous , dévorer ses Serpens.
( a) L'on désigne sous ce nom , Madame ⋆ ⋆
qui a donnéAsyle à l'Assemblée de Musique , persécutée par les Envieux.
Terpsi-
JUILLET. 1732 1487
Terpsicore et Euterpe.
Triomphe ! Victoire !
De Minerve en ce jour
Celebrons la gloire
Et chantons tour à tour
Triomphe ! Victoire !
Apollon et les Eleves de Terpsicore
et d'Euterpe.
Triomphe ! Victoire !
De Minerve en ce jour ,
Celebrous la gloire ,
Et chantons tour à tour ,
Triomphe ! Victoire !
Minerve.
Pouvois-je moins faire pour vous
Que d'embrasser votre deffense ?
De tous les Arts divers qui sont sous ma puissance ,
Le Vêtre de tout temps m'a paru le plus doux.*
Heureux qui de l'Harmonie
Entend les sons mélodieux !
Ils font dans les Cieux
Le plaisir des Dieux ,
Et par tux des Humains la peine est adoucie.
Heureux qui de l'Harmonie
Bij Entend
1488 MERCURE DE FRANCE
Entend les sons mélodieux !
Les charmes invincibles
D'une agréable Voix
Ont dompté la fureur des Ours les plus terri
bles ,
Et sçû rendre sensibles
Les Rochers et les Bois.
Sur l'infernale Rive ,
Le Dieu même des Morts ?
Aprêté quelquefois une oreille attentive
A de tendres Accords.
Apollon , Terpsicore , Euterpe ;
et leurs Eleves.
Heureux qui de l'Harmonie
Intend les sons mélodieux !
Ils font dans les Cieux
Le plaisir des Dieux ,
Et par eux ,des Humains , la peine est adoucie.
Heureux qui de l'Harmonic
Entend les sons mélodieux !
Minerve.
Ovous qui d'un sort tranquille
Joüirez désormais , en dépit des Jaloux ,
Dans le glorieux azyle,
Que
JUILLET: 1732 . 1489
Que TAMYRHE à mes yeux vient d'accorder pous vous ,
Aux yeux de cette Mortelle ,
Par les Airs les plus touchans
Signalez tous votre zéle ;
Elle est digne de vos Chants ,
Que vos Chants soient dignes
d'Elle.
Terpsicore , Euterpe et leurs Eleves.
Aux yeux de cette Mortelle ,
Par les Airs les plus touchans,
Signalons tous notre zele ;
Elle est digne de nos Chants ,
Que nos Chants soient dignes d'Elle.
Les paroles sont de M. COCQUARD , Avocat au
Parlement de Dijon , et la Musique de M. l'Abbé FAUBERT
Executé chez Madame *** au sujet de
l'Asyle qu'elle a donné à une Assemblée
de Musique qu'on avoit voulu détruire.
PERSONNAGES.
Minerve , Déesse de la Sagesse et des
Beaux- Arts.
Apollon ,
Terpsicore, Muse qui préside à la Lyre.
Euterpe , Muse qui préside à la Flute.
Eleves de Terpsicore et d'Euterpe.
La Scene est au Parnasse.
Q
Apollon.
Uel silence regne en ces lieux !
Et quel spectacle, ô Ciel, se presente à mes yeux !
Terpsicore désespérée ,
Pousse de longs soupirs, garants de ses douleurs;
Et comme Elle , Euterpe éplorée ,
Me présage quelques malheurs.
Quel est le sujet de vos pleurs ?
Parlez , que sans détour votre bouche plaintive ,
Daigne à ma foy le confier !
Terpsicore , d'où vient que votre Lyre oisive
Est
JUILLET.
1483 1732
Est suspendue à ce Laurier?
Et qu'Euterpe au pied de ce Hêtre ,
Languissant avec vous dans un triste repos,
Du son de sa Flute champêtre
Craint de réveiller nos Echos ? -
Terpsicore.
Non , n'attendez pas que j'expose
Avos yeux le plus noir forfait ;
Le tourment qu'une injure cause,
Redouble au récit qu'on en fait,
Apollon.
Ah! plutôt loin de vous contraindre,
Avos chagrins donnez un libre cours:
La douleur , à se plaindre ,
"
Se soulage toujours.
Terpsicore.
Non , n'attendez pas que j'expos
A vos yeux le plus noir forfait
Le tourment qu'une injure cause
Redouble au récit qu'on en fait.
Apollon.
Eh bien si vous voulez dissimuler l'offense
Qui de vos déplaisirs aigrit la violence ,
Nommez-moi seulement , qui vous ose outfa→
gerEt
1484 MERCURE DE FRANCE
Et mes traits vont vous en venger.
Euterpe.
Ah ! l'espoir de cette vengeance
Suffit pour m'engager à rompre le silence.
Avec des Amphions naissans ,
Par l'ordre de Pallas qui toujours nous seconde
Dans les Climats que l'Ouche arrose de son ondé ,
Tranquilles , nous formions des Accords ravis→
sans ;
Lorsque l'affreuse Envie , ardente à nous détruire ,
Est venueinfecter de ses cruels poisons ,
Le lieu qui résonnoit de nos tendres Chansons
De ma sœur éperduë elle a soüillé la Lyre ,
Et dispersé nos Nourrissons.
८
Apollon.
Muses , croyez- en mon Oracle ,
Vous vaincrez ses efforts jaloux ;
Les Ris renaîtront parmi Vous ;
Plus on a souffert d'un obstacle ,
Et plus le triomphe en est doux.
"Sur les flots , quand l'orage gronde ,
Le pâle Nocher craint la mort ;
Mais si quelque heureux coup du Sort
Le
JUILLET. 1732. 1485
Le dérobe aux fureurs de l'Onde,
Plus joyeux il arrive au Port.
Muses, croyez-en mon Oracle,
Vous vaincrez ses efforts jaloux ;
Les Ris renaîtront parmi Vous;
Plus on a souffert d'un obstacle ,
Et plus le triomphe en est doux.
Mais quelle Déïté suprême ,
En ces lieux tout-à- coup éblouit mes regards
Euterpe.
O Ciel ! c'est Minerve elle-même ,
Qui vient de rassembler nos Nourrissons épars.
SCENE I I.
Minerve , Apollon , Terpsicore , Euterpe .
Eleves de Terpsicore et d'Euterpe.
Euterpe.
Venez , secourable Déesse ,
Venez par vos conseils vainqueurs
Rétablir l'allégresse
Dans le fond de nos cœurs.
Terpsicore. •
Les malheureux en votre absence
S'abandonnent au désespoir ;
1
B Mais
148 MERCURE DE FRANCE
Mais ils recouvrent l'esperance ,
Si-tôt qu'ils peuvent vous revoir.
Euterpe et Terpsicore.
Venez , secourable Déesse ,
Venez par vos conseils vainqueurs ,
Rétablir l'allégresse ,
Dans le fond de nos cœurs.
Minerve.
Devos tristes regrets étouffez le murmure ;
Muses , j'ai sçu , j'ai plaint , j'ai vengé votre injure. "
Pour remplir les projets que vous aviez for- mez ,
TAMYRHE ( a ) qui vous aime autant que vous l'aimez ,
TAMYRHE , à mes conseils docile ,
A tous vos Nourrissons par ma voix ranimez
Dans un superbe lieu promet un sûr Azyle.
Decet heureux succès dont vos cœurs sont chaimez ,
J'ai vû pâlir l'Envie , elle se désespere ,
Et dans son Antre obscur, plein d'Insectes rampans ,
Ce Monstre écumant de colere ,
Est allé loin de vous , dévorer ses Serpens.
( a) L'on désigne sous ce nom , Madame ⋆ ⋆
qui a donnéAsyle à l'Assemblée de Musique , persécutée par les Envieux.
Terpsi-
JUILLET. 1732 1487
Terpsicore et Euterpe.
Triomphe ! Victoire !
De Minerve en ce jour
Celebrons la gloire
Et chantons tour à tour
Triomphe ! Victoire !
Apollon et les Eleves de Terpsicore
et d'Euterpe.
Triomphe ! Victoire !
De Minerve en ce jour ,
Celebrous la gloire ,
Et chantons tour à tour ,
Triomphe ! Victoire !
Minerve.
Pouvois-je moins faire pour vous
Que d'embrasser votre deffense ?
De tous les Arts divers qui sont sous ma puissance ,
Le Vêtre de tout temps m'a paru le plus doux.*
Heureux qui de l'Harmonie
Entend les sons mélodieux !
Ils font dans les Cieux
Le plaisir des Dieux ,
Et par tux des Humains la peine est adoucie.
Heureux qui de l'Harmonie
Bij Entend
1488 MERCURE DE FRANCE
Entend les sons mélodieux !
Les charmes invincibles
D'une agréable Voix
Ont dompté la fureur des Ours les plus terri
bles ,
Et sçû rendre sensibles
Les Rochers et les Bois.
Sur l'infernale Rive ,
Le Dieu même des Morts ?
Aprêté quelquefois une oreille attentive
A de tendres Accords.
Apollon , Terpsicore , Euterpe ;
et leurs Eleves.
Heureux qui de l'Harmonie
Intend les sons mélodieux !
Ils font dans les Cieux
Le plaisir des Dieux ,
Et par eux ,des Humains , la peine est adoucie.
Heureux qui de l'Harmonic
Entend les sons mélodieux !
Minerve.
Ovous qui d'un sort tranquille
Joüirez désormais , en dépit des Jaloux ,
Dans le glorieux azyle,
Que
JUILLET: 1732 . 1489
Que TAMYRHE à mes yeux vient d'accorder pous vous ,
Aux yeux de cette Mortelle ,
Par les Airs les plus touchans
Signalez tous votre zéle ;
Elle est digne de vos Chants ,
Que vos Chants soient dignes
d'Elle.
Terpsicore , Euterpe et leurs Eleves.
Aux yeux de cette Mortelle ,
Par les Airs les plus touchans,
Signalons tous notre zele ;
Elle est digne de nos Chants ,
Que nos Chants soient dignes d'Elle.
Les paroles sont de M. COCQUARD , Avocat au
Parlement de Dijon , et la Musique de M. l'Abbé FAUBERT
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Résumé : DIVERTISSEMENT. Executé chez Madame *** au sujet de l'Asyle qu'elle a donné à une Assemblée de Musique qu'on avoit voulu détruire.
Le texte relate un divertissement organisé chez Madame *** en hommage à l'asile qu'elle a offert à une assemblée de musique menacée de destruction. La scène se déroule au Parnasse et implique plusieurs personnages divins : Minerve, Apollon, Terpsicore et Euterpe, ainsi que leurs élèves. Apollon, intrigué par l'atmosphère triste, interroge Terpsicore et Euterpe sur la cause de leur désespoir. Terpsicore refuse d'abord de parler, mais Euterpe révèle que l'Envie a perturbé leurs activités musicales en infectant leur lieu de rassemblement et en dispersant leurs élèves. Apollon les rassure en leur promettant que leurs efforts seront couronnés de succès. Minerve apparaît ensuite, annonçant qu'elle a vengé l'injure subie par les Muses. Elle révèle que Tamyrè, une protectrice des Muses, a offert un asile sûr à leurs élèves dans un superbe lieu. Minerve célèbre la victoire sur l'Envie et exalte les bienfaits de l'harmonie, capable d'apaiser même les créatures les plus féroces. Elle encourage les Muses et leurs élèves à honorer Madame *** par des chants dignes de sa protection. Les paroles du divertissement sont de M. Cocquard et la musique de l'Abbé Faubert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1489-1495
LETTRE écrite à M. D. L. R. par un bas Normand, sur la maniere de faire du vin rouge avec des raisins blancs.
Début :
Quoique je sois Normand, et même bas Normand, vous trouverez [...]
Mots clefs :
Vin rouge, Raisins blancs, Liqueur, Normandie, Champagne, Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D. L. R. par un bas Normand, sur la maniere de faire du vin rouge avec des raisins blancs.
LETTRE écrite à M. D. L. R. par
un bas Normand , sur la maniere defaire du vin rouge avec des raisins blancs.
Q
Uoique je sois Normand , et même
bas Normand, vous trouverez bon,
Monsieur, que je m'addresse à vous pour
obtenir de quelque Bourguignon la soBiij lution
1490 MERCURE DE FRANCE
lution d'un endroit qui m'a embarrassé
en lisant une Lettre d'un ancien Moine
de S. Denys ( a ). Il n'est pas extraordinaire que nous , qui ne voyons croître
dans nos Campagnes que des Pommes ou
des Poires dont on fait le jus qui sert
de boisson au commun du peuple , ne
soyons pas pleinement informez de la
maniere dont on façonne le vin. Ce Moi
ne qui s'appelloit Guillaume , lassé apparemment du tracas qui est ordinaire dans
les grandes Maisons , sur tout dans celleoù le premier Ministre du Royaume faisoit sa demeure , se retira dans un petit
Monastere de la Province d'Aquitaine ,
pour y finir ses jours,
C'étoit vers le milieu du douzième
siécle, quatre autres Moines qui portoient,
comme lui , le nom de Guillaume ; sçavoir , Guillaume le Préchantre , Guillaume le Cellerier , Guillaume le Notaire ou
le Secretaire , et Guillaume le Médecin
lui écrivirent pour l'exhorter à sortir de
ce trou , et à revenir à S. Denys. Il leur
fit une réponse qui m'a paru fort spirituelle ; et pour prouver qu'il auroit tort
de quirter cette petite Maison, il en a fait
une Description tout à fait réjouissante.
(a ) Thesaur. Anecdotor. P P. Martene et Du¬ rand. Tom. I. pag. 442
JUILLET 1732 1491
Il nemarque point dans quel Diocése étoit
ce petit Couvent ; mais comme il dit que
la Riviere de Vienne ( Vigenna ) passoit à
deux traits d'Arbalestre de cet endroit ; il
y a apparence qu'il étoit bâti dans le Diocèse de Limoges ou dans celui de Poitiers.
Parlant des avantages du terrain , il va
jusqu'à dire que le vin qui y croissoit ,
surpassoit celui de Falerne, puis il ajoute:
Hic mirum in modum ex albis botrionibus
vinum vidi rubeum , et ex nigris èconverso
conficitur album. La premiere partie de
cette phrase fait le sujet de ma curiosité.
Je comprends bien qu'avec des raisins.
noirs l'on peut faire du vin blanc; mais je
ne conçois pas , moi bas Normand, comment avec des raisins blancs seuls , on
peut faire du vin rouge. Plus d'un Parisien pourroit bien y être embarassé comme moi. Passant autrefois à Chablis et ailleurs dans la Champagne , j'ai vû exécuter la seconde partie de ce qu'avance le
Moine de S. Denys ; mais à l'égard de ce
qui précede , je vous avoue que je m'y
perds , et j'ai toujours crû qu'avec des raisins blancs, de quelque maniere qu'on les
écrase, et quelque long que soit le temps
qu'on les laisse dans la Cuve, on n'en peut
,
faire que du vin blanc ou tout au plus du
vin jaune, comme notre Cidre de Bayeux.
B iiij Ce
1492 MERCURE DE FRANCE
Ce Moine donc auroit- il voulu broder?
Se seroit- il exposé à mentir en écrivant
aux amis du grand Abbé Suger? ou bien
y auroit- il quelque équivoque renfermé
dans la premiere Partie de sa proposition?
Il ne seroit pas indifférent de sçavoir d'où
il est natif; car il y a des Nations plus ou
moins sinceres ; je dis ceci , sans prétendre blesser le respect que je dois à mes
compatriotes. Si ce Moine étoit originaire du Païs où le Monastere en question
étoit situé, l'amour de la Patrie a pû le
porter à en exagérer les avantages. Je ne
sçai que croire de tout le bien qu'il en
dit ; il attribuë à
l'Oratoire de cette Maison , (c'est ainsi qu'il appelle l'Eglise) une
prérogative dont l'extension seroit fort à
désirer de nos jours ;
sçavoir , que quiconque y entroit dans le dessein de dérober, étoit tout à coup puni d'aveuglement , ou d'une peine encore plus grande. Ce Privilege seroit fort à
souhaiter ,
nonseulement pour les Eglises de Paris
mais encore pour celles d'un certain Païs
où l'on se défie souvent , avec raison
d'une partie de ceux qui paroissent y entrer dans le plus grand esprit de dévotion ; et je vous avoue que si tous lesvo- leurs tomboient roides morts ou devemoient aveugles en entrant dans les Eglises
JUILLET. 1732 1493
ses , cela auroit épargné bien des ceremonies qui ont été faites à la Grève et
ailleurs.
Après tout , une Description qui ne
porte pas le nom spécifique du lieu, laisse
toujours le Lecteur en suspens ; que ce
soit Poitou ou Limosin , je ne m'en embarasse pas beaucoup , pourvû que vous
me procuriez le secret par lequel on fait
du vin rouge avec des raisins blancs.
Ce n'est pas que je veuille m'en servir ;
vous sçavez par vous-même que nous n'avons icy que des Treilles à verjus ; je suis
éloigné de plus de 25 lieues des dernieres Vignes des Vignobles de Normandie ;
mais je demande seulement comment du
blanc peut devenir rouge ; simpliciter es
sine addito. UnPeintre qui sçait le mélange et la combinaison des couleurs, pourroit m'éclaircir là- dessus , et malheureusement je n'en trouve point dans mon
Village. Ces sortes d'Ouvriers sont rares
dans nos quartiers et n'y font pas long
séjour , lorsqu'ils veulent être sinceres , et
ne pas flatter, conformément au génie du
Païs.
Pour vous , Monsieur , qui voyez les
Nations qui abordent à Paris de tous les
côtez,je vous réïtere ma priere , et je vous
demande ou de m'indiquer , si vous pouBv vez ,
1494 MERCURE DE FRANCE
vez , l'endroit marqué dans la Lettre du
Moine Guillaume , afin que je puisse y
écrire pour sçavoir si ce secret subsiste
toujours , ou , si vous ne pouvez me l'in
diquer , de me procurer de quelque autre Païs Vignoble , une réponse qui satisfasse ma curiosité. Il ne vous sera pas difficile de faire parler , sur le premier atticle , quelques Bourguignons , à vous
qui avez rendu si publiques par toute la
terre les Décisions souveraines de Bacchus en faveur de leur Province , de ceDieu qui dit si volontiers la vérité , in.
vino veritas. Je souscris de tout mon
cœur à la déclaration authentique que
cette Divinité a donnée en faveur des Vins
de la veritable Bourgogne , quelle que.
soit la situation des côtes d'où ils proce
dent , hiute , moyenne et même basse .
pourvû que ce vin soit franc , pectoral ,
et sans goût de craye , de nitre , ou de
souffre , ou enfin de pierre à fusil . Le
corps de l'homme n'étant point un alembic , ni de ces tuyaux de distillation
qu'il n'importe pas de ménager ; les vins
qui sont sujets à certaine fougue subite et passagere , et qui font plutôt monter des vapeurs au cerveau , qu'ils ne répandent de vigueur dans les veines , ne
peuvent lui convenir amniablement; et le
plaisir
JUILELT. 1732 1495
plaisir qu'on ressent à les boire , laisse
toujoursaprès lui le regret d'en avoir usé.
Je mets autant de difference entre les
francs vins de Bourgogne , et les vins
caustiques de certains Païs , où l'on croit
qu'il suffit d'être presque limitrophe de
cette Province pour y être aggrégé , qu'il
y en a entre les Cidres qu'on fait à Bayeux
et dans le Cotentin , et celui qu'on pour
roit faire à Paris. Ne soyez pas surpris , /
Monsieur , qu'un Normand vous écrive
sur ce ton ; c'est un Normand qui abandonne à ses domestiques la liqueur ambrée ou dorée dont il vient de vous parler , et qui n'use en son particulier que
de la rouge , et de la plus sanguine ; soit
qu'elle lui vienne par les côtes de la Mer¸.
soit que ce soit par le Canal de la Seine
et par les voitures de terre. Je suis, &c.
De St... ce 31 Mars 1732–
un bas Normand , sur la maniere defaire du vin rouge avec des raisins blancs.
Q
Uoique je sois Normand , et même
bas Normand, vous trouverez bon,
Monsieur, que je m'addresse à vous pour
obtenir de quelque Bourguignon la soBiij lution
1490 MERCURE DE FRANCE
lution d'un endroit qui m'a embarrassé
en lisant une Lettre d'un ancien Moine
de S. Denys ( a ). Il n'est pas extraordinaire que nous , qui ne voyons croître
dans nos Campagnes que des Pommes ou
des Poires dont on fait le jus qui sert
de boisson au commun du peuple , ne
soyons pas pleinement informez de la
maniere dont on façonne le vin. Ce Moi
ne qui s'appelloit Guillaume , lassé apparemment du tracas qui est ordinaire dans
les grandes Maisons , sur tout dans celleoù le premier Ministre du Royaume faisoit sa demeure , se retira dans un petit
Monastere de la Province d'Aquitaine ,
pour y finir ses jours,
C'étoit vers le milieu du douzième
siécle, quatre autres Moines qui portoient,
comme lui , le nom de Guillaume ; sçavoir , Guillaume le Préchantre , Guillaume le Cellerier , Guillaume le Notaire ou
le Secretaire , et Guillaume le Médecin
lui écrivirent pour l'exhorter à sortir de
ce trou , et à revenir à S. Denys. Il leur
fit une réponse qui m'a paru fort spirituelle ; et pour prouver qu'il auroit tort
de quirter cette petite Maison, il en a fait
une Description tout à fait réjouissante.
(a ) Thesaur. Anecdotor. P P. Martene et Du¬ rand. Tom. I. pag. 442
JUILLET 1732 1491
Il nemarque point dans quel Diocése étoit
ce petit Couvent ; mais comme il dit que
la Riviere de Vienne ( Vigenna ) passoit à
deux traits d'Arbalestre de cet endroit ; il
y a apparence qu'il étoit bâti dans le Diocèse de Limoges ou dans celui de Poitiers.
Parlant des avantages du terrain , il va
jusqu'à dire que le vin qui y croissoit ,
surpassoit celui de Falerne, puis il ajoute:
Hic mirum in modum ex albis botrionibus
vinum vidi rubeum , et ex nigris èconverso
conficitur album. La premiere partie de
cette phrase fait le sujet de ma curiosité.
Je comprends bien qu'avec des raisins.
noirs l'on peut faire du vin blanc; mais je
ne conçois pas , moi bas Normand, comment avec des raisins blancs seuls , on
peut faire du vin rouge. Plus d'un Parisien pourroit bien y être embarassé comme moi. Passant autrefois à Chablis et ailleurs dans la Champagne , j'ai vû exécuter la seconde partie de ce qu'avance le
Moine de S. Denys ; mais à l'égard de ce
qui précede , je vous avoue que je m'y
perds , et j'ai toujours crû qu'avec des raisins blancs, de quelque maniere qu'on les
écrase, et quelque long que soit le temps
qu'on les laisse dans la Cuve, on n'en peut
,
faire que du vin blanc ou tout au plus du
vin jaune, comme notre Cidre de Bayeux.
B iiij Ce
1492 MERCURE DE FRANCE
Ce Moine donc auroit- il voulu broder?
Se seroit- il exposé à mentir en écrivant
aux amis du grand Abbé Suger? ou bien
y auroit- il quelque équivoque renfermé
dans la premiere Partie de sa proposition?
Il ne seroit pas indifférent de sçavoir d'où
il est natif; car il y a des Nations plus ou
moins sinceres ; je dis ceci , sans prétendre blesser le respect que je dois à mes
compatriotes. Si ce Moine étoit originaire du Païs où le Monastere en question
étoit situé, l'amour de la Patrie a pû le
porter à en exagérer les avantages. Je ne
sçai que croire de tout le bien qu'il en
dit ; il attribuë à
l'Oratoire de cette Maison , (c'est ainsi qu'il appelle l'Eglise) une
prérogative dont l'extension seroit fort à
désirer de nos jours ;
sçavoir , que quiconque y entroit dans le dessein de dérober, étoit tout à coup puni d'aveuglement , ou d'une peine encore plus grande. Ce Privilege seroit fort à
souhaiter ,
nonseulement pour les Eglises de Paris
mais encore pour celles d'un certain Païs
où l'on se défie souvent , avec raison
d'une partie de ceux qui paroissent y entrer dans le plus grand esprit de dévotion ; et je vous avoue que si tous lesvo- leurs tomboient roides morts ou devemoient aveugles en entrant dans les Eglises
JUILLET. 1732 1493
ses , cela auroit épargné bien des ceremonies qui ont été faites à la Grève et
ailleurs.
Après tout , une Description qui ne
porte pas le nom spécifique du lieu, laisse
toujours le Lecteur en suspens ; que ce
soit Poitou ou Limosin , je ne m'en embarasse pas beaucoup , pourvû que vous
me procuriez le secret par lequel on fait
du vin rouge avec des raisins blancs.
Ce n'est pas que je veuille m'en servir ;
vous sçavez par vous-même que nous n'avons icy que des Treilles à verjus ; je suis
éloigné de plus de 25 lieues des dernieres Vignes des Vignobles de Normandie ;
mais je demande seulement comment du
blanc peut devenir rouge ; simpliciter es
sine addito. UnPeintre qui sçait le mélange et la combinaison des couleurs, pourroit m'éclaircir là- dessus , et malheureusement je n'en trouve point dans mon
Village. Ces sortes d'Ouvriers sont rares
dans nos quartiers et n'y font pas long
séjour , lorsqu'ils veulent être sinceres , et
ne pas flatter, conformément au génie du
Païs.
Pour vous , Monsieur , qui voyez les
Nations qui abordent à Paris de tous les
côtez,je vous réïtere ma priere , et je vous
demande ou de m'indiquer , si vous pouBv vez ,
1494 MERCURE DE FRANCE
vez , l'endroit marqué dans la Lettre du
Moine Guillaume , afin que je puisse y
écrire pour sçavoir si ce secret subsiste
toujours , ou , si vous ne pouvez me l'in
diquer , de me procurer de quelque autre Païs Vignoble , une réponse qui satisfasse ma curiosité. Il ne vous sera pas difficile de faire parler , sur le premier atticle , quelques Bourguignons , à vous
qui avez rendu si publiques par toute la
terre les Décisions souveraines de Bacchus en faveur de leur Province , de ceDieu qui dit si volontiers la vérité , in.
vino veritas. Je souscris de tout mon
cœur à la déclaration authentique que
cette Divinité a donnée en faveur des Vins
de la veritable Bourgogne , quelle que.
soit la situation des côtes d'où ils proce
dent , hiute , moyenne et même basse .
pourvû que ce vin soit franc , pectoral ,
et sans goût de craye , de nitre , ou de
souffre , ou enfin de pierre à fusil . Le
corps de l'homme n'étant point un alembic , ni de ces tuyaux de distillation
qu'il n'importe pas de ménager ; les vins
qui sont sujets à certaine fougue subite et passagere , et qui font plutôt monter des vapeurs au cerveau , qu'ils ne répandent de vigueur dans les veines , ne
peuvent lui convenir amniablement; et le
plaisir
JUILELT. 1732 1495
plaisir qu'on ressent à les boire , laisse
toujoursaprès lui le regret d'en avoir usé.
Je mets autant de difference entre les
francs vins de Bourgogne , et les vins
caustiques de certains Païs , où l'on croit
qu'il suffit d'être presque limitrophe de
cette Province pour y être aggrégé , qu'il
y en a entre les Cidres qu'on fait à Bayeux
et dans le Cotentin , et celui qu'on pour
roit faire à Paris. Ne soyez pas surpris , /
Monsieur , qu'un Normand vous écrive
sur ce ton ; c'est un Normand qui abandonne à ses domestiques la liqueur ambrée ou dorée dont il vient de vous parler , et qui n'use en son particulier que
de la rouge , et de la plus sanguine ; soit
qu'elle lui vienne par les côtes de la Mer¸.
soit que ce soit par le Canal de la Seine
et par les voitures de terre. Je suis, &c.
De St... ce 31 Mars 1732–
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Résumé : LETTRE écrite à M. D. L. R. par un bas Normand, sur la maniere de faire du vin rouge avec des raisins blancs.
Un Normand résidant en Basse-Normandie écrit à M. D. L. R. pour obtenir des informations sur la fabrication de vin rouge à partir de raisins blancs. Il s'inspire d'une lettre d'un ancien moine de Saint-Denis, Guillaume, qui mentionne cette pratique. Le moine Guillaume, retiré dans un monastère en Aquitaine au XIIe siècle, décrit son lieu de retraite comme produisant un vin rouge exceptionnel à partir de raisins blancs. Intrigué par cette affirmation, le Normand cherche à comprendre le processus, car il ne voit que des pommes et des poires dans sa région. Il mentionne avoir vu du vin blanc fabriqué à partir de raisins noirs, mais reste perplexe sur la transformation de raisins blancs en vin rouge. Il sollicite l'aide de M. D. L. R. pour obtenir des éclaircissements, soit en localisant le monastère mentionné, soit en consultant des experts du vin, comme des Bourguignons. Le Normand exprime également sa préférence pour les vins francs et de qualité, comparant les vins de Bourgogne aux cidres normands.
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5
p. 1496-1501
ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Début :
N'est-ce point une image vaine, [...]
Mots clefs :
Mariage, Prince de Conti, Cérémonie, Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
ODE
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
Fermer
Résumé : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Le poème célèbre le mariage du Prince de Conty en juillet 1732. Il commence par une description idyllique de la saison, où les plaisirs et l'amour renaissent malgré le froid. Le poète exprime sa surprise en voyant un couple amoureux dont les cœurs purs rappellent la pureté du sang Bourbon. Il invite les nymphes à cueillir des palmes immortelles et des fleurs pour honorer ce couple auguste se dirigeant vers le temple pour leur mariage. Dans le temple, le poète admire la majesté et la splendeur des lieux, où réside Jupiter. Il prie les dieux, notamment Diane, pour qu'ils bénissent l'union et procurent une postérité féconde de Bourbons et de demi-dieux. Le texte évoque ensuite une vision sombre et obscure, contrastant avec les promesses de gloire et de valeur pour le couple. Le poète voit un rayon lumineux révélant une carrière illustre et des exploits guerriers dignes du plus beau sang du monde. Il prophétise qu'une branche du tronc de Capet s'élèvera jusqu'aux astres, apportant justice et éclat à l'univers. Les nations chercheront refuge sous son ombre, et sa beauté ne sera jamais ternie. Le poème conclut en affirmant que le destin unit les amants par un hymen heureux, leur donnant une même âme, destinée, nom et sang. Il les encourage à abandonner leur âme aux traits d'une flamme innocente, car tout leur est propice. Le poète prie Bellone et la Victoire de suivre le prince au champ de Mars et de lui donner l'audace guerrière du grand Condé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1501-1510
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. U. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques, &c.
Début :
Je n'ai pû, Monsieur, vous satisfaire plutôt sur les [...]
Mots clefs :
Marquis de Rosny, Duc de Sully, Diocèse, Maximilien de Bethune, Charge, Voyage, Pension
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. U. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques, &c.
LETTRE de M. D. L. R. écrite
à M. A. C. D. V. au sujet du Marquis
de Rosny , depuis Duc de Sully , &c.
contenant quelques Remarques Histori
ques , &c.
E n'ai pû , Monsieur , vous satisfaire
Jplutôt sur les éclaircissemensque vous
me demandez par votre derniere Lettre ;
la matiere ma paru mériter attention , et
ce n'est qu'après avoir fait les recherches
convenables , que je me vois enfin en
état de répondre un peu pertinemment
aux questions que vous me faites.
Vous voulez d'abord sçavoir s'il est
vrai que Maximilien de Bethune , Marquis de Rosny, puis I. Duc de Sully , et
Principal Ministre sous le Regne de Henry le Grand , ait possedé l'Abbaye de
S.Taurin d'Evreux,par nomination Royale , ainsi qu'un homme de Lettres , fort
versé dans l'Histoire de votre Diocèse ,
vous l'a assuré. Vous ajoûtez qu'il n'a
pas
502 MERCURE DE FRANCE
pas pû vous en fournir la preuve , et qu'il
ne se trouve aucun vestige de ce fait sin
gulier , même dans les Archives de l'AbBaye en question. La singularité consiste
en ce que le Marquis de Rosny a été de
la Religion P. R.
Je répons , Monsieur , que ce fait a
toujours passé chez moi pour très- certain,
et qu'il se trouve ainsi écrit dans mes
Memoires , recueillis depuis bien des années ; mais comme il faut des preuves et
des preuves solides à quiconque veut ,
comme vous , écrire une Histoire digne
de la Posterité , je me suis mis en devoir
de vous fournir celle dont il s'agit ici.
C'est d'abord inutilement que je l'ai cherchée dans l'Histoire de la Maison de Be
thune , publiée par André du Chesne en
1639. dans laquelle il y a un très- long
Chapitre et un détail curieux de la vie du
Marquis de Rosny , qui vivoit encore en
ce temps- là ; même silence dans le Gallia Christiana de M" de Sainte Marthe
Article de l'Abbaye de S.. Taurin , où
un semblable fait auroit dû , sans doute,
n'être pas omis, et encore dans l'Histoire
Genealogique du P. Anselme..
Je ne me suis pas rebuté pour cela , et
j'ai bien fait car j'ai enfin trouvé ce que:
i cherchois en ouvrant , presque à l'aventure,,
JUILLET. 1732 1503
venture , le premier volume des Memoires de Sully , et cela dans un endroit où
l'ordre des temps et la matiere sembloient
ne pas permettre de l'y trouver. C'est
dans le Chapitre XLIX. intitulé Affaires
d'Etat , avec beaucoup de raison ; car on
y voit la Ville de Roüen réduite à l'obéissance du Roy , et toute la Normandie rendue enfin paisible par les soins du
Marquis de Rosny.
Après un succès si heureux , ce Seigneur partit de Roüen au mois de Mars
1594. pour se rendre auprès du Roy son
Maître , dont la Cour étoit à Paris , et il
vint coucher à Louviers , petite Ville sur
la Riviere d'Eure. Là il lui arriva une:
aventure des plus plaisantes , et qui semble être faite pour servir d'Episode propre à égayer le grand sérieux de cet endroit des Memoires. Je vais vous le narrer. Elle contient le dénoument de votre
premiere Question.
Boisrosé,Gentilhomme Normand, Gou
verneur de Fécamp , arriva fort tard dans
la même Hôtellerie pour y loger , il alloit à Paris pour faire ses remontrances
ausujet de son petit Gouvernement , qu'il
lui falloit abandonner , en execution du
Traité négocié par M. de Rosny ; on lui
dit qu'il y avoit dans cette Maison un
grandi
1504 MERCURE DE FRANCE
grand Train logé d'un Seigneur qui s'en
alloit à la Cour , lequel étoit fort en faveur auprès du Roy, sans en dire le nom;
et sans que Boisrosé , qui croyoit le Marquis de Rosny encore à Rouen , s'avisat
de le demander. Là- dessus il monte à la
chambre de M. de Rosny , qu'il n'avoit
jamais vû , lui fait la réverence , et lui
entame un discours plaintif sur l'injustice criante qu'on lui faisoit , le suppliant
de vouloir bien l'aider de son crédit auprès de S. M. A quoi le bon Seigneur ,
sans le connoître et sans lui demander
son nom , ayant répondu obligeamment,
Boisrosé enhardi , répliqua en ces termes.
» Monsieur , les principales de mes
>> plaintes sont contre un Seigneur qu'on
» nommeM. de Rosny, qu'au diable soit-
» il donné , tant il me fait de mal ; sans
»jamais l'avoir en rien offensé , auquel le
Roy ayant donné pouvoir de traiter
»pour la réduction en son obéïssance de
» toutes les Villes qui sont de la Ligue en
» Normandie , sous ombre qu'il est des
>> anciens amis de M. l'Amiral de Villars,
»il semble qu'il n'aye songé qu'à le con-
»tenter au préjudice de qui que ce puisse
Ȑtre , sans se soucier de plusieurs bons
»Serviteurs du Roy , au nombre desquels
»je suis, et m'appelle Boisrosé , Gouverneur
JUILLET. 1732 1509
neur de Fécamp ; voire n'a pas craint
»de s'adresser à M"de Montpensier * et
» de Biron , tant il abuse de son pouvoir
»et de la faveur qu'il croit avoir auprès
de son Maître ; mais pardieu il en pour
>> roit tant faire , mettant tant de gens au
» desespoir, qu'il se repentiroit , et quel-
>> qu'un aussi étourdi qu'il sçauroit être,
»lui en joüeroit d'une, si l'on ne craignoit
»d'offenser le Roy.
Vous jugez bien , Monsieur , que
le Marquis de Rosny pensa perdre sa gravité ordinaire , aussi ne répondit- il qu'en
riant ce que vous allez entendre.
»
>> Monsieur, je n'estime pas que ce M.de
» Rosny , dont vous me parlez , ait rien
fait que suivant le commandement de
>> son Maître ; car il a toûjours affectionné les bons François , et ne doute point
même que le Roy, à sa sollicitation ,
» n'ait pensé à vous donner si bonne ré-
>compense , que vous aurez sujet de con-
»tentement ; car vous jugez bien qu'il
»n'eût pas été raisonnable de manquer 3
conclure un Traité de si grande impor
>>
François de Bourbon , Duc de Montpensier;
Gouverneur de Normandie , &c. Charles de Gonsault , Duc de Biron , Pair et Maréchal de France,
qui avoit beaucoup contribué à réduire cette Pro- wince,
> tance
1505 MERCURE DE FRANCE
·
tance , que celui qu'a manié M. de Ros-
»ny, pour interêts de quelques Particu-
»liers , aussi ai -je appris qu'il a voulu
»commencer par lui-même et donner
»exemple aux autres en quittant l'Abbaye
»de S. Taurin d'Evreux , que le feu Roy
» lui avoit donnée , et m'assure qu'il ne
Vous aura point porté de préjudice sans penser à vous en récompen-
»ser ; de quoi je vous oserai quasi repondre , dautant que je le connois ;
»voire est tellement de mes amis , que je
»lui ferai faire en votre faveur tout ce
>> qui sera raisonnable ; et lorsque nous
»serons à la Cour , venez m'en parler , et
»je vous ferai paroître que je suis votre
»ami , et que je prise votre courage.
"
"
Notre homme , après avoir fait ses remercimens se retira fort satisfait de
l'heureuse rencontre. Il ne lui restoit plus
que de sçavoir le nom d'un Seigneur si
genereux pour recourir à lui en tems et
lieu ; il le demanda dès qu'il fut descendu
au premier qu'il rencontra ; c'étoit justement un des Pages de M. de Rosny,
qui parla selon la verité. Boisrosé en fut
si troublé et prit là - dessus une telle allarme , qu'il remonta soudain à cheval ,
s'en alla loger à une autre Hôtellerie et
partit dès la pointe du jour pour aller à
la
JUILLET 1732. 1507
la Cour faire lui - même ses plaintes au
Roy, &c.
Mais laissons- là le pauvre Boisrosé , et
tirons parti de son aventure. Il étoit nécessaire de vous la raconter , puisqu'elle
contient la preuve d'une verité que nous
cherchons à constater. C'est le Marquis
de Rosny lui- même qui la déclare , et qui
la donne pour preuve de son attachement au Bien Public , de son désinteressement, et și vous voulez aussi pour motif de consolation à un homme qui étoit
dans des sentimens fort opposez.
Voilà donc Maximilien de Bethune
Abbé de S. Taurin d'Evreux , par la nomination du Roi Henry III. On ne peut
guéres que conjecturer le tems auquel il
en fut pourvû , et celui de sa démission ,
en conciliant différentes dates ; mais où
cette recherche nous meneroit- elle ? J'aime mieux vous apprendre ce que tout
habitant que vous êtes du Diocèse d'Evreux , et voisin de la Ville , vous n'avez
pû sçavoir , dites-vous , des Religieux
mêmes , je veux , dis-je , vous confirmer
le fait dont il s'agit ici , par , par les propres
Regitres de S. Taurin. Voici le petit Extrait qu'un sçavant Religieux du même
Ordre et d'une autre Abbaye , beaucoup
plus expert que ceux d'Evreux , vient
de
1508 MERCURE DE FRANCE
de m'envoyer, tiré , dit- il, des Registres
Journaux de cette Maison.
>> Maximilien de Bethune , Marquis de
»Rosny , et depuis Duc de Sully , a été
» Abbé de S. Taurin la donation de par
» Henry III. Il eut pour Successeur
» Guillaume de Pericard , Doyen de l'E-
» glise de Rouen , qui permuta ensuite
» cette Abbaye pour l'Evêché d'E-
» vreux , avec le Cardinal du Perron en
1604.
*
Vous ne me demanderez plus rien sans
doute là- dessus , après ce surcroît de preuve , et vous pourrez par- là rétablir la verité de l'Histoire , quand il en sera tems.
Vous rétablirez aussi ce qui n'est pas
éxact dans Mrs de Sainte Marthe , et dans
l'Histoire d'Evreux de M. le Brasseur , à
l'égard de quelques autres Abbez de Saint
Taurin , qui ont précedé le Marquis de
* Leterme de permuter n'est pas convenable
et paroit unpeu aventuré dans les Registres. Il ess toujours certain que Guillaume de Pericard n'auroit
jamais été Evêque d'Evreux sans la faveur de
M. de Rosny , qui avoit fait donner cet Evêché à
M. du Perron, comme il est marqué dans le 1 . vol.
de ses Mémoires , chap. 39. et qui sans doute avoit
eu part à ce qui se passa ensuite entre ces deux
Prélats , par rapport au changement en question. Il
fallut , sans doute , de nouvelles Provisions pour M. duPerron, devenu Abbé de S. Taurin.
¡Rosny
།
JUILLET . 1732. 1509
Rosny, ou qui lui ont succedé dans cette
Dignité.
Je m'apperçois, au reste,que ma réponse
à vos autres questions ne sçauroit entrer
dans cette Lettre , déja assez allongée.
Mais je ne veux pas la finir sans prévenir
la demande que vous êtes en droit de me
faire sur la suite de l'aventure de Boisrosé, et sur le succès de son Voyage à la
Cour. Le trouble , comme je l'ai dit , lui
donna des aîles ; il arriva un jour plutôt
que M. de Rosny, qui s'arrêta à Rosny
et à Mante , où il coucha. Ainsi ce petit
Gouverneur , petit génie , et on peut dire
encore,tant soit peu malhonnête homme
croyant le premier Miniftre très offense
de ses discours , et le considérant dès- lors
comme son plus cruel ennemi , eût tout
le tems de parler au Roi , et de déclamer
tant qu'il voulut contre lui , en donnant
-un tourNormand à la rencontre de Louviers. Mais qu'en arriva-t-il ? le voici.
Le Marquis de Rosny arrivé à la Cour
eûtd'abord un long entretien avec le Roi
sur sa Négociation de Normandie , » sans
oublier , disent les * Auteurs des Mé
Le Marquis de Rosny n'a pas écrit lui-même ses Mémoires. C'est l'ouvrage de quatre de ses Secretaires , lesquels dans la Narration addressent la
parole à leur Maître.
C » moires ,
1510 MERCURE
DE FRANCE
» moires , quasi une seule particularité ,
» car le Roi les voulut toutes sçavoir
» dont il y eut bien à rire lorsque vous
» lui contâtes ce qui s'étoit passé entre
» vous et le sieur de Boisrosé ; surquoi
» S. M. vous dit qu'il lui étoit venu faire
» de grandes plaintes de vous , et le prier
» de le vouloir pourvoir sans le renvoyer
» à vous , dautant qu'il sçavoit bien que
» vous étiez son ennemi , à cause de quel-
» ques propos qu'il vous avoit tenus sans
»vous connoître , et partant le Roi vous
» pria de l'envoyer querir , &c.
Ce que M. de Rosny éxecuta dès le
lendemain. Il promit à Boisrosé , & lui
assûra deux mille écus de récompense ,
une pension de 1200. liv. et une Place de
Capitaine en pied. Bien plus , ce génereux
Ministre le retint depuis à sa suite , et le
fit enfin son Lieutenant en l'Artillerie au
Département de Normandie , dès que
Roi lui eût donné la Charge de GrandMaître. Voilà quelle fût la fin et le succès de l'aventure de Louviers. Je vous
promets incessamment la réponse à vos
autres Questions , et je suis , Monsieur
Bic.
AParis , le 29 Février 1732
à M. A. C. D. V. au sujet du Marquis
de Rosny , depuis Duc de Sully , &c.
contenant quelques Remarques Histori
ques , &c.
E n'ai pû , Monsieur , vous satisfaire
Jplutôt sur les éclaircissemensque vous
me demandez par votre derniere Lettre ;
la matiere ma paru mériter attention , et
ce n'est qu'après avoir fait les recherches
convenables , que je me vois enfin en
état de répondre un peu pertinemment
aux questions que vous me faites.
Vous voulez d'abord sçavoir s'il est
vrai que Maximilien de Bethune , Marquis de Rosny, puis I. Duc de Sully , et
Principal Ministre sous le Regne de Henry le Grand , ait possedé l'Abbaye de
S.Taurin d'Evreux,par nomination Royale , ainsi qu'un homme de Lettres , fort
versé dans l'Histoire de votre Diocèse ,
vous l'a assuré. Vous ajoûtez qu'il n'a
pas
502 MERCURE DE FRANCE
pas pû vous en fournir la preuve , et qu'il
ne se trouve aucun vestige de ce fait sin
gulier , même dans les Archives de l'AbBaye en question. La singularité consiste
en ce que le Marquis de Rosny a été de
la Religion P. R.
Je répons , Monsieur , que ce fait a
toujours passé chez moi pour très- certain,
et qu'il se trouve ainsi écrit dans mes
Memoires , recueillis depuis bien des années ; mais comme il faut des preuves et
des preuves solides à quiconque veut ,
comme vous , écrire une Histoire digne
de la Posterité , je me suis mis en devoir
de vous fournir celle dont il s'agit ici.
C'est d'abord inutilement que je l'ai cherchée dans l'Histoire de la Maison de Be
thune , publiée par André du Chesne en
1639. dans laquelle il y a un très- long
Chapitre et un détail curieux de la vie du
Marquis de Rosny , qui vivoit encore en
ce temps- là ; même silence dans le Gallia Christiana de M" de Sainte Marthe
Article de l'Abbaye de S.. Taurin , où
un semblable fait auroit dû , sans doute,
n'être pas omis, et encore dans l'Histoire
Genealogique du P. Anselme..
Je ne me suis pas rebuté pour cela , et
j'ai bien fait car j'ai enfin trouvé ce que:
i cherchois en ouvrant , presque à l'aventure,,
JUILLET. 1732 1503
venture , le premier volume des Memoires de Sully , et cela dans un endroit où
l'ordre des temps et la matiere sembloient
ne pas permettre de l'y trouver. C'est
dans le Chapitre XLIX. intitulé Affaires
d'Etat , avec beaucoup de raison ; car on
y voit la Ville de Roüen réduite à l'obéissance du Roy , et toute la Normandie rendue enfin paisible par les soins du
Marquis de Rosny.
Après un succès si heureux , ce Seigneur partit de Roüen au mois de Mars
1594. pour se rendre auprès du Roy son
Maître , dont la Cour étoit à Paris , et il
vint coucher à Louviers , petite Ville sur
la Riviere d'Eure. Là il lui arriva une:
aventure des plus plaisantes , et qui semble être faite pour servir d'Episode propre à égayer le grand sérieux de cet endroit des Memoires. Je vais vous le narrer. Elle contient le dénoument de votre
premiere Question.
Boisrosé,Gentilhomme Normand, Gou
verneur de Fécamp , arriva fort tard dans
la même Hôtellerie pour y loger , il alloit à Paris pour faire ses remontrances
ausujet de son petit Gouvernement , qu'il
lui falloit abandonner , en execution du
Traité négocié par M. de Rosny ; on lui
dit qu'il y avoit dans cette Maison un
grandi
1504 MERCURE DE FRANCE
grand Train logé d'un Seigneur qui s'en
alloit à la Cour , lequel étoit fort en faveur auprès du Roy, sans en dire le nom;
et sans que Boisrosé , qui croyoit le Marquis de Rosny encore à Rouen , s'avisat
de le demander. Là- dessus il monte à la
chambre de M. de Rosny , qu'il n'avoit
jamais vû , lui fait la réverence , et lui
entame un discours plaintif sur l'injustice criante qu'on lui faisoit , le suppliant
de vouloir bien l'aider de son crédit auprès de S. M. A quoi le bon Seigneur ,
sans le connoître et sans lui demander
son nom , ayant répondu obligeamment,
Boisrosé enhardi , répliqua en ces termes.
» Monsieur , les principales de mes
>> plaintes sont contre un Seigneur qu'on
» nommeM. de Rosny, qu'au diable soit-
» il donné , tant il me fait de mal ; sans
»jamais l'avoir en rien offensé , auquel le
Roy ayant donné pouvoir de traiter
»pour la réduction en son obéïssance de
» toutes les Villes qui sont de la Ligue en
» Normandie , sous ombre qu'il est des
>> anciens amis de M. l'Amiral de Villars,
»il semble qu'il n'aye songé qu'à le con-
»tenter au préjudice de qui que ce puisse
Ȑtre , sans se soucier de plusieurs bons
»Serviteurs du Roy , au nombre desquels
»je suis, et m'appelle Boisrosé , Gouverneur
JUILLET. 1732 1509
neur de Fécamp ; voire n'a pas craint
»de s'adresser à M"de Montpensier * et
» de Biron , tant il abuse de son pouvoir
»et de la faveur qu'il croit avoir auprès
de son Maître ; mais pardieu il en pour
>> roit tant faire , mettant tant de gens au
» desespoir, qu'il se repentiroit , et quel-
>> qu'un aussi étourdi qu'il sçauroit être,
»lui en joüeroit d'une, si l'on ne craignoit
»d'offenser le Roy.
Vous jugez bien , Monsieur , que
le Marquis de Rosny pensa perdre sa gravité ordinaire , aussi ne répondit- il qu'en
riant ce que vous allez entendre.
»
>> Monsieur, je n'estime pas que ce M.de
» Rosny , dont vous me parlez , ait rien
fait que suivant le commandement de
>> son Maître ; car il a toûjours affectionné les bons François , et ne doute point
même que le Roy, à sa sollicitation ,
» n'ait pensé à vous donner si bonne ré-
>compense , que vous aurez sujet de con-
»tentement ; car vous jugez bien qu'il
»n'eût pas été raisonnable de manquer 3
conclure un Traité de si grande impor
>>
François de Bourbon , Duc de Montpensier;
Gouverneur de Normandie , &c. Charles de Gonsault , Duc de Biron , Pair et Maréchal de France,
qui avoit beaucoup contribué à réduire cette Pro- wince,
> tance
1505 MERCURE DE FRANCE
·
tance , que celui qu'a manié M. de Ros-
»ny, pour interêts de quelques Particu-
»liers , aussi ai -je appris qu'il a voulu
»commencer par lui-même et donner
»exemple aux autres en quittant l'Abbaye
»de S. Taurin d'Evreux , que le feu Roy
» lui avoit donnée , et m'assure qu'il ne
Vous aura point porté de préjudice sans penser à vous en récompen-
»ser ; de quoi je vous oserai quasi repondre , dautant que je le connois ;
»voire est tellement de mes amis , que je
»lui ferai faire en votre faveur tout ce
>> qui sera raisonnable ; et lorsque nous
»serons à la Cour , venez m'en parler , et
»je vous ferai paroître que je suis votre
»ami , et que je prise votre courage.
"
"
Notre homme , après avoir fait ses remercimens se retira fort satisfait de
l'heureuse rencontre. Il ne lui restoit plus
que de sçavoir le nom d'un Seigneur si
genereux pour recourir à lui en tems et
lieu ; il le demanda dès qu'il fut descendu
au premier qu'il rencontra ; c'étoit justement un des Pages de M. de Rosny,
qui parla selon la verité. Boisrosé en fut
si troublé et prit là - dessus une telle allarme , qu'il remonta soudain à cheval ,
s'en alla loger à une autre Hôtellerie et
partit dès la pointe du jour pour aller à
la
JUILLET 1732. 1507
la Cour faire lui - même ses plaintes au
Roy, &c.
Mais laissons- là le pauvre Boisrosé , et
tirons parti de son aventure. Il étoit nécessaire de vous la raconter , puisqu'elle
contient la preuve d'une verité que nous
cherchons à constater. C'est le Marquis
de Rosny lui- même qui la déclare , et qui
la donne pour preuve de son attachement au Bien Public , de son désinteressement, et și vous voulez aussi pour motif de consolation à un homme qui étoit
dans des sentimens fort opposez.
Voilà donc Maximilien de Bethune
Abbé de S. Taurin d'Evreux , par la nomination du Roi Henry III. On ne peut
guéres que conjecturer le tems auquel il
en fut pourvû , et celui de sa démission ,
en conciliant différentes dates ; mais où
cette recherche nous meneroit- elle ? J'aime mieux vous apprendre ce que tout
habitant que vous êtes du Diocèse d'Evreux , et voisin de la Ville , vous n'avez
pû sçavoir , dites-vous , des Religieux
mêmes , je veux , dis-je , vous confirmer
le fait dont il s'agit ici , par , par les propres
Regitres de S. Taurin. Voici le petit Extrait qu'un sçavant Religieux du même
Ordre et d'une autre Abbaye , beaucoup
plus expert que ceux d'Evreux , vient
de
1508 MERCURE DE FRANCE
de m'envoyer, tiré , dit- il, des Registres
Journaux de cette Maison.
>> Maximilien de Bethune , Marquis de
»Rosny , et depuis Duc de Sully , a été
» Abbé de S. Taurin la donation de par
» Henry III. Il eut pour Successeur
» Guillaume de Pericard , Doyen de l'E-
» glise de Rouen , qui permuta ensuite
» cette Abbaye pour l'Evêché d'E-
» vreux , avec le Cardinal du Perron en
1604.
*
Vous ne me demanderez plus rien sans
doute là- dessus , après ce surcroît de preuve , et vous pourrez par- là rétablir la verité de l'Histoire , quand il en sera tems.
Vous rétablirez aussi ce qui n'est pas
éxact dans Mrs de Sainte Marthe , et dans
l'Histoire d'Evreux de M. le Brasseur , à
l'égard de quelques autres Abbez de Saint
Taurin , qui ont précedé le Marquis de
* Leterme de permuter n'est pas convenable
et paroit unpeu aventuré dans les Registres. Il ess toujours certain que Guillaume de Pericard n'auroit
jamais été Evêque d'Evreux sans la faveur de
M. de Rosny , qui avoit fait donner cet Evêché à
M. du Perron, comme il est marqué dans le 1 . vol.
de ses Mémoires , chap. 39. et qui sans doute avoit
eu part à ce qui se passa ensuite entre ces deux
Prélats , par rapport au changement en question. Il
fallut , sans doute , de nouvelles Provisions pour M. duPerron, devenu Abbé de S. Taurin.
¡Rosny
།
JUILLET . 1732. 1509
Rosny, ou qui lui ont succedé dans cette
Dignité.
Je m'apperçois, au reste,que ma réponse
à vos autres questions ne sçauroit entrer
dans cette Lettre , déja assez allongée.
Mais je ne veux pas la finir sans prévenir
la demande que vous êtes en droit de me
faire sur la suite de l'aventure de Boisrosé, et sur le succès de son Voyage à la
Cour. Le trouble , comme je l'ai dit , lui
donna des aîles ; il arriva un jour plutôt
que M. de Rosny, qui s'arrêta à Rosny
et à Mante , où il coucha. Ainsi ce petit
Gouverneur , petit génie , et on peut dire
encore,tant soit peu malhonnête homme
croyant le premier Miniftre très offense
de ses discours , et le considérant dès- lors
comme son plus cruel ennemi , eût tout
le tems de parler au Roi , et de déclamer
tant qu'il voulut contre lui , en donnant
-un tourNormand à la rencontre de Louviers. Mais qu'en arriva-t-il ? le voici.
Le Marquis de Rosny arrivé à la Cour
eûtd'abord un long entretien avec le Roi
sur sa Négociation de Normandie , » sans
oublier , disent les * Auteurs des Mé
Le Marquis de Rosny n'a pas écrit lui-même ses Mémoires. C'est l'ouvrage de quatre de ses Secretaires , lesquels dans la Narration addressent la
parole à leur Maître.
C » moires ,
1510 MERCURE
DE FRANCE
» moires , quasi une seule particularité ,
» car le Roi les voulut toutes sçavoir
» dont il y eut bien à rire lorsque vous
» lui contâtes ce qui s'étoit passé entre
» vous et le sieur de Boisrosé ; surquoi
» S. M. vous dit qu'il lui étoit venu faire
» de grandes plaintes de vous , et le prier
» de le vouloir pourvoir sans le renvoyer
» à vous , dautant qu'il sçavoit bien que
» vous étiez son ennemi , à cause de quel-
» ques propos qu'il vous avoit tenus sans
»vous connoître , et partant le Roi vous
» pria de l'envoyer querir , &c.
Ce que M. de Rosny éxecuta dès le
lendemain. Il promit à Boisrosé , & lui
assûra deux mille écus de récompense ,
une pension de 1200. liv. et une Place de
Capitaine en pied. Bien plus , ce génereux
Ministre le retint depuis à sa suite , et le
fit enfin son Lieutenant en l'Artillerie au
Département de Normandie , dès que
Roi lui eût donné la Charge de GrandMaître. Voilà quelle fût la fin et le succès de l'aventure de Louviers. Je vous
promets incessamment la réponse à vos
autres Questions , et je suis , Monsieur
Bic.
AParis , le 29 Février 1732
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Résumé : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. A. C. D. U. au sujet du Marquis de Rosny, depuis Duc de Sully, &c. contenant quelques Remarques Historiques, &c.
La lettre de M. D. L. R. à M. A. C. D. V. aborde la possession de l'Abbaye de Saint-Taurin d'Évreux par Maximilien de Béthune, Marquis de Rosny et Duc de Sully. L'auteur répond à une demande d'éclaircissements sur ce sujet et confirme que Rosny a effectivement possédé cette abbaye par nomination royale sous Henri III. Bien que les archives de l'abbaye et certaines sources historiques ne mentionnent pas ce fait, l'auteur trouve la preuve dans les Mémoires de Sully. Il relate une anecdote où Boisrosé, gouverneur de Fécamp, rencontre Rosny à Louviers et se plaint de lui sans le reconnaître. Rosny, amusé, lui assure qu'il interviendra en sa faveur auprès du roi. L'auteur confirme ensuite la possession de l'abbaye par Rosny grâce à des registres et des témoignages religieux. Il mentionne également la suite de l'aventure de Boisrosé, qui arrive à la cour avant Rosny et se plaint au roi, mais finit par recevoir des récompenses et une place auprès de Rosny.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1511-1512
A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Charles, nommé l'Alexandre du Nord, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Charles XII, Henry Le Grand, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
AM. Arouet de Voltaire , sur son Poëme
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
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Résumé : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Mlle de Malcrais de la Vigne décrit une rencontre imaginaire entre Voltaire et les esprits de Henri IV, roi de France, et Charles XII, roi de Suède, dans les Champs-Élysées. Ces souverains félicitent Voltaire pour son poème épique dédié à Henri IV et pour sa biographie de Charles XII. Ils lui expliquent qu'ils ne peuvent lui offrir des trésors matériels, mais lui accordent une récompense plus précieuse : des titres de noblesse originaux, similaires à ceux qu'Auguste avait offerts à Virgile. Ces titres sont cosignés par Auguste, Charles XII et Henri IV, assurant ainsi la noblesse et la reconnaissance de Voltaire. La lettre se conclut en affirmant que Voltaire marchera désormais aux côtés des plus grands écrivains français, sans que quiconque puisse s'en offenser.
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8
p. 1513-1515
LETTRE écrite le 18. Juin 1732. au sujet des Barons de la sainte Ampoule.
Début :
Je satisfais, Monsieur, à la demande que vous faites dans [...]
Mots clefs :
Sainte ampoule, Médaille, Fiole, Barons de la Sainte Ampoule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite le 18. Juin 1732. au sujet des Barons de la sainte Ampoule.
LETTRE écrite le 18. Juin 1732. an
sujet des Barons de la sainte Ampoule.
JE
E satisfais , Monsieur , à la demande
que vous faites dans votre Mercure du
mois de Mars dernier , page 619. au suje
de l'origine des Barons de la Sainte Ampoule. Tout le monde sçait que l'on appelle la sainte Ampoule une petite phiole
qui est conservée dans l'Eglise de S. Res
my de Rheims , que l'on prétend avoir
été apportée du Ciel , pleine de baume
par une Colombe , au Batême de Clovis ,
premier Roi Chrétien , qui fut baptisé la
veille de Noël l'an 496. par S. Remy ,
Archevêque de Rheims, et l'Apôtre de la
France. Ĉette histoire est rapportée par
l'Auteur de la vie de S. Remy , attribuée
Hincmar , par l'Auteur de la vie de
Sainte Clotilde , femme de Clovis , par
Flodoard , par Aimoin , dans les Annales de S. Bertin , et dans plusieurs autres
Historiens.
Il est vrai qu'il n'en est rien dit dans
l'Histoire de Gregoire de Tours , qui sup
pose au contraire que tout étoit préparé.
quand Clovis entra dans l'Eglise pour y
Ciij rece-
1514 MERCURE DE FRANCE
recevoir le Baptême ; il n'en est rien dit
non plus dans l'ancienne vie de S. Remy ,
abregée par Fortunat , qui vivoit environ
o ans après ce Saint. Le silence de Gregoire de Tours qui ne rapporte point ce
miracle , quoiqu'il soit si éxact à écrire
ceux qui sont venus à sa connoissance
est un fort préjugé qu'il n'étoit pas connu de son tems.
Quoiqu'il en soit , on prétend que Clovis aussi- tôt après son Baptême institua
l'Ordre des Chevaliers , Barons de la sainte Ampoule , en l'honneur de cette sainte
Ampoule , dont nous venons de parler
Favin , dans son Histoire de Navarre , assûre que ces Chevaliers ne sont seulement
qu'au nombre de quatre , et que pour
être reçûs ils doivent posseder les quatre
Baronnies de Terrier , de Belestre , de
Sonastre , et de Louvercy , qui relevent
de l'Abbaye de S. Remy de Rheims , à
laquelle ils rendent foi et hommage ; il
dit qu'ils portoient au Sacre de nos Rois
le Dais sous lequel l'Abbé ou le Prieur de
cette Abbaye porte la sainte Ampoule
dans l'Eglise Cathedrale de Notre- Dame.
Ces quatre Barons étoient revêtus à cette
cérémonie d'un Manteau de taffetas noir ,
sur le côté duquel étoit une Croix anglée,
émaillée d'argent,et chargée d'une Colombe
JUILLET. 1732. ISIS
be,tenant enson bec une phiole, reçûë par
une main mouvante dans une nuée ; et ils
portoient encore au cou une Médaille chargée d'une Croix semblable , pendue à un
ruban noir. Le revers de la Médaille étoir
frappé de l'Image de S. Remy , d'où vient
qu'on appelloit aussi les, Chevaliers de la
Ste Ampoule , les Chevaliers de S. Remy.
Le Pere Helyot prétend cependant que
cet Ordre est supposé , et que son origine
que l'on fait monter au tems de Clovis ,
est certainement chimerique. Voyez ce
qu'il en dit au Chapitre 70. des Ordres
Monastiques. Tome VIII. page 438. et
suivantes. Voyez aussi le Livre intitulé :
Les heureux commencemens de la France
Chrétienne sous l'Apôtre de nos Rois
S. Remy. Par le Pere Ceriziers, imprimé à
Rheims en 1633. Je suis , &c.
sujet des Barons de la sainte Ampoule.
JE
E satisfais , Monsieur , à la demande
que vous faites dans votre Mercure du
mois de Mars dernier , page 619. au suje
de l'origine des Barons de la Sainte Ampoule. Tout le monde sçait que l'on appelle la sainte Ampoule une petite phiole
qui est conservée dans l'Eglise de S. Res
my de Rheims , que l'on prétend avoir
été apportée du Ciel , pleine de baume
par une Colombe , au Batême de Clovis ,
premier Roi Chrétien , qui fut baptisé la
veille de Noël l'an 496. par S. Remy ,
Archevêque de Rheims, et l'Apôtre de la
France. Ĉette histoire est rapportée par
l'Auteur de la vie de S. Remy , attribuée
Hincmar , par l'Auteur de la vie de
Sainte Clotilde , femme de Clovis , par
Flodoard , par Aimoin , dans les Annales de S. Bertin , et dans plusieurs autres
Historiens.
Il est vrai qu'il n'en est rien dit dans
l'Histoire de Gregoire de Tours , qui sup
pose au contraire que tout étoit préparé.
quand Clovis entra dans l'Eglise pour y
Ciij rece-
1514 MERCURE DE FRANCE
recevoir le Baptême ; il n'en est rien dit
non plus dans l'ancienne vie de S. Remy ,
abregée par Fortunat , qui vivoit environ
o ans après ce Saint. Le silence de Gregoire de Tours qui ne rapporte point ce
miracle , quoiqu'il soit si éxact à écrire
ceux qui sont venus à sa connoissance
est un fort préjugé qu'il n'étoit pas connu de son tems.
Quoiqu'il en soit , on prétend que Clovis aussi- tôt après son Baptême institua
l'Ordre des Chevaliers , Barons de la sainte Ampoule , en l'honneur de cette sainte
Ampoule , dont nous venons de parler
Favin , dans son Histoire de Navarre , assûre que ces Chevaliers ne sont seulement
qu'au nombre de quatre , et que pour
être reçûs ils doivent posseder les quatre
Baronnies de Terrier , de Belestre , de
Sonastre , et de Louvercy , qui relevent
de l'Abbaye de S. Remy de Rheims , à
laquelle ils rendent foi et hommage ; il
dit qu'ils portoient au Sacre de nos Rois
le Dais sous lequel l'Abbé ou le Prieur de
cette Abbaye porte la sainte Ampoule
dans l'Eglise Cathedrale de Notre- Dame.
Ces quatre Barons étoient revêtus à cette
cérémonie d'un Manteau de taffetas noir ,
sur le côté duquel étoit une Croix anglée,
émaillée d'argent,et chargée d'une Colombe
JUILLET. 1732. ISIS
be,tenant enson bec une phiole, reçûë par
une main mouvante dans une nuée ; et ils
portoient encore au cou une Médaille chargée d'une Croix semblable , pendue à un
ruban noir. Le revers de la Médaille étoir
frappé de l'Image de S. Remy , d'où vient
qu'on appelloit aussi les, Chevaliers de la
Ste Ampoule , les Chevaliers de S. Remy.
Le Pere Helyot prétend cependant que
cet Ordre est supposé , et que son origine
que l'on fait monter au tems de Clovis ,
est certainement chimerique. Voyez ce
qu'il en dit au Chapitre 70. des Ordres
Monastiques. Tome VIII. page 438. et
suivantes. Voyez aussi le Livre intitulé :
Les heureux commencemens de la France
Chrétienne sous l'Apôtre de nos Rois
S. Remy. Par le Pere Ceriziers, imprimé à
Rheims en 1633. Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite le 18. Juin 1732. au sujet des Barons de la sainte Ampoule.
La lettre du 18 juin 1732 traite de l'origine des Barons de la Sainte Ampoule. La Sainte Ampoule, conservée à l'église de Saint-Remy de Reims, est une phiole supposée apportée par une colombe lors du baptême de Clovis en 496. Plusieurs historiens rapportent cette histoire, bien que Grégoire de Tours et l'ancienne vie de Saint-Remy ne mentionnent pas ce miracle. Selon la tradition, Clovis aurait créé l'Ordre des Chevaliers, Barons de la Sainte Ampoule, après son baptême. Favin affirme que ces Chevaliers, au nombre de quatre, possèdent les baronnies de Terrier, Belestre, Sonastre et Louvercy, relevant de l'abbaye de Saint-Remy. Lors des sacres royaux, ils portaient le dais sous lequel l'abbé apportait la Sainte Ampoule, vêtus d'un manteau noir avec une croix et une colombe, et portant une médaille représentant Saint-Remy. Le Père Helyot conteste l'authenticité de cet ordre, le qualifiant de supposé et d'origine chimérique. La lettre cite également un livre imprimé à Reims en 1633 intitulé 'Les heureux commencements de la France Chrétienne sous l'Apôtre de nos Rois Saint-Remy'.
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9
p. 1515-1517
APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Début :
Sur le Mont Helicon les Filles de Mémoire [...]
Mots clefs :
Apollon, Mont Hélicon, Académie d'Arles
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texteReconnaissance textuelle : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
APOLLON.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
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Résumé : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Le poème de M. Chaband, daté de juillet 1732, est dédié au Chevalier de Romieu, qui souhaite rétablir l'Académie d'Arles. Il commence par une évocation des Muses sur le Mont Helicon, célébrant les efforts passés pour honorer les arts et les lettres. Depuis 1516, des savants et des poètes ont rendu hommage aux Muses et aux divinités marines. Cependant, les troubles et les invasions barbares ont perturbé cette paix culturelle. Le Chevalier de Romieu est loué pour ses efforts à apaiser et à rassembler à nouveau les savants. Les Muses promettent d'inspirer les poètes qui se rassembleront dans le temple de l'Académie. Chaque Muse exprime son soutien : Euterpe pour la musique, Calliope pour la poésie épique, Polymnie pour la poésie lyrique, et Melpomène pour la tragédie. Le poème se termine par une comparaison avec les grands tragédiens grecs et une vision où les fleuves Rhône et Èbre écouteraient les nouveaux chants des poètes.
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10
p. 1518-1526
REFLEXIONS.
Début :
Il y a quantité d'occasions où les hommes devroient [...]
Mots clefs :
Réflexions, Erreur, Secrets de la nature, Divertir, Poison, Silence, Voile, Être sur ses gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore divers aspects de la nature humaine et des comportements sociaux. Il met en garde contre l'ignorance des événements quotidiens et souligne les dangers du talent de divertir, qui peut nuire au caractère. Les hommes sont souvent hypocrites, dissimulant leurs véritables intentions derrière des vertus apparentes comme l'humilité, la modestie et la politesse. La cupidité tend à augmenter avec la richesse, et l'esprit ainsi que le goût sont rarement équilibrés chez une même personne. Le texte critique les faux goûts et les comportements influencés par l'amour-propre, notant que l'avarice et la prodigalité peuvent coexister chez une même personne, poussées par l'orgueil. En politique, la prudence et la finesse sont essentielles. Les injures peuvent être plus nuisibles pour ceux qui les profèrent que pour ceux qui les reçoivent. Les grands personnages doivent ignorer les offenses par magnanimité, mais ne pas les pardonner par nécessité. Mépriser les injures les affaiblit et évite de troubler sa vie. Le texte aborde également la reconnaissance et la vengeance, soulignant que les injures méprisées perdent leur force. Il condamne ceux qui louent le mal et blâment le bien, et note que les grands crimes sont souvent imaginés par ceux capables de les commettre. La vertu et le crime sont toujours récompensés ou punis. La libéralité est valorisée, mais elle doit être régie par le bon goût et l'équité. Donner promptement est plus gracieux que de différer. Il est préférable de juger la générosité de quelqu'un en regardant dans son cœur plutôt que dans sa main. Le texte met en garde contre les contradictions et la curiosité excessive, qui peuvent révéler des secrets. Les jeunes parlent de ce qu'ils font, les vieillards de ce qu'ils ont fait, et les sots de ce qu'ils ont envie de faire. Le sage parle peu de ce qu'il sait et jamais de ce qu'il ignore. La science de certains n'est qu'un enchaînement de mots, et le silence cache souvent l'ignorance. La véritable piété doit être compatible avec l'honnêteté et les bienséances de la vie civile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1526-1528
LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
Début :
Récitatif. Dans le Palais charmant, de la voute celeste, [...]
Mots clefs :
Disgrâce d'Hébé, Amour, Musique, Voûte céleste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
LA DISGRACE D'HE' BE'.
CANTATE
Amettre en Musique.
Récitatif.
D
Ans le Palais charmant
Voute celeste ,
> de la
Sous ces lambris sacrez , où Jupint tient sa Cour,
La jeune Hébé , plus brillante, et plus leste ,
Que la Messagere du jour ,
Enyvroit tous les Dieux de Nectar , et d'amour.
Chaque jour lui donnoit quelque grace nouvelle,
Tout cedoit au pouvoir de ses attraits naissants
Et
JUILLET. 1732. 1527
Et Venus à regret , auprès de cette Belle ,
Voyoit ses charmes impuissants.
Air. Quelle douceur , quelle victoire ,
De charger ainsi de fers ,
Les Maîtres de l'Univers ?
C'est des Héros de l'histoire,
Egaler les travaux divers.
Quel triomphe , quelle gloire
De ravir de tendres cœurs ,
A leurs premiers vainqueurs !
C'est voler au Temple demémoire ,
Par les plaisirs les plus flateurs.
Recitatif. Mais du destin leger, le caprice volage,
De la jeune Déesse abbatit les autels ,
Dans le moment qu'aux immortels
Elle offroit le divin breuvage.
Le pied glisse à la Belle, et malgré tous ses soins
Devant ces augustes témoins
Elle chancelle , elle tombe par terre !
"
Funeste chute , évenement fatal ,
Qui dégageant le Maître du tonnerre
En la place d'Hébé , éleve son rival.
Air. Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez, ne les prodiguez pas ,
2
Il
r528 MERCURE DE FRANCE
Il ne faut souvent qu'un faux pas ,
Pour renverser tous les Trophées ,
Qu'on érigeoit à vos appas.
Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez , ne les prodiguez pas..
Récitatif. Quel spectacle cruel ! l'orgueilloux Ga
nimede ,
Triomphe insolemment de la faveur des Dieux !
Eclatez , vains.soupirs , volez , percez les Cieux. -
Eternisez d'Hébé les malheurs sans remede.
Et vous,
Air.
Jeunes Beautez , fieres de notre encens
Justruisez vous à ses dépens,
L'Amour est un Dieu sauvage
Que nourrissent les soupirs.
Qui sçait picquer ses desirs
Sçait l'enflammer davantage.
Se promet-il des plaisirs ?
Il chérit son esclavage.
Les goûte-t'il il se dégage ,..
Plus leger que les Zéphirs ;
Et inalgré son doux langage,
C'est au port qu'il fait nauffrage,
CANTATE
Amettre en Musique.
Récitatif.
D
Ans le Palais charmant
Voute celeste ,
> de la
Sous ces lambris sacrez , où Jupint tient sa Cour,
La jeune Hébé , plus brillante, et plus leste ,
Que la Messagere du jour ,
Enyvroit tous les Dieux de Nectar , et d'amour.
Chaque jour lui donnoit quelque grace nouvelle,
Tout cedoit au pouvoir de ses attraits naissants
Et
JUILLET. 1732. 1527
Et Venus à regret , auprès de cette Belle ,
Voyoit ses charmes impuissants.
Air. Quelle douceur , quelle victoire ,
De charger ainsi de fers ,
Les Maîtres de l'Univers ?
C'est des Héros de l'histoire,
Egaler les travaux divers.
Quel triomphe , quelle gloire
De ravir de tendres cœurs ,
A leurs premiers vainqueurs !
C'est voler au Temple demémoire ,
Par les plaisirs les plus flateurs.
Recitatif. Mais du destin leger, le caprice volage,
De la jeune Déesse abbatit les autels ,
Dans le moment qu'aux immortels
Elle offroit le divin breuvage.
Le pied glisse à la Belle, et malgré tous ses soins
Devant ces augustes témoins
Elle chancelle , elle tombe par terre !
"
Funeste chute , évenement fatal ,
Qui dégageant le Maître du tonnerre
En la place d'Hébé , éleve son rival.
Air. Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez, ne les prodiguez pas ,
2
Il
r528 MERCURE DE FRANCE
Il ne faut souvent qu'un faux pas ,
Pour renverser tous les Trophées ,
Qu'on érigeoit à vos appas.
Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez , ne les prodiguez pas..
Récitatif. Quel spectacle cruel ! l'orgueilloux Ga
nimede ,
Triomphe insolemment de la faveur des Dieux !
Eclatez , vains.soupirs , volez , percez les Cieux. -
Eternisez d'Hébé les malheurs sans remede.
Et vous,
Air.
Jeunes Beautez , fieres de notre encens
Justruisez vous à ses dépens,
L'Amour est un Dieu sauvage
Que nourrissent les soupirs.
Qui sçait picquer ses desirs
Sçait l'enflammer davantage.
Se promet-il des plaisirs ?
Il chérit son esclavage.
Les goûte-t'il il se dégage ,..
Plus leger que les Zéphirs ;
Et inalgré son doux langage,
C'est au port qu'il fait nauffrage,
Fermer
Résumé : LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
La cantate 'La Disgrâce d'Hébé' relate la chute d'Hébé, la déesse chargée de servir le nectar aux dieux sur l'Olympe. Initialement admirée pour sa beauté et ses grâces, Hébé est reconnue même par Vénus. Cependant, une chute accidentelle lors du service entraîne sa disgrâce, permettant à Ganymède de prendre sa place auprès de Jupiter. La cantate met en garde contre l'arrogance et l'excès de confiance, soulignant la fragilité des faveurs divines. Ganymède, profitant de la situation, triomphe insolemment, tandis que les jeunes beautés sont invitées à tirer des leçons de la déchéance d'Hébé. La cantate se conclut par une réflexion sur la nature capricieuse de l'amour, qui peut à la fois enchaîner et libérer ceux qui en sont les esclaves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 1529-1552
LE PRINCE JALOUX.
Début :
De toutes les passions de l'ame, il n'y en [...]
Mots clefs :
Prince jaloux, Jalousie, Passions de l'âme, Dom Rodrigue, Princesse d'Aragon, Delmire, Amour, Alarmes, Dom Pedre, Conquérir, Infidélité, Maîtresse, Lettre, Amant, Plaisir secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRINCE JALOUX.
LE PRINCE JALOUX.
E toutes les passions de l'ame , il
Da'yenapoint qui se fassent sentir
a
L
avec plus de violence que la jalousie.
Je parle ici de cette jalousie que l'amour
extrême produit ; il s'en faut beaucoup
que celle qui naît de l'ambition se porte
à des excès aussi grands. On a vû des
Rois jaloux de la puissance de leurs Voisins , mettre sur pied des Armées formidables pour envahir leurs Etats , et faire couler des fleuves de sang pour satisfaire leur ambition ; mais ce désir de
s'aggrandir n'alloit que rarement jusqu'à
la haine personnelle ; Alexandre donna
des farmes à la mort de Darius , et Darius lui toucha dans la main en signe d'amitié , sur le point de rendre le dernier
soupir. Il n'en est pas de même de la jadousie des Amans , c'est un mélange d'amour et de haine ; elle peut être définie
differemment selon les differens objets
qu'elle se propose : sçavoir , une crainte
de préférence , ou de partage du cœur de
la personne aimée ; ou une crainte de
préférence ou de partage des faveurs de
la
1530 MERCURE DE FRANCE
la personne aimée ; cette derniere est la
plus injurieuse à l'objet aimé , comme
nous l'allons voir dans l'histoire de Rodrigue , Roi de Valence.
ne furent
$
Les Royaumes d'Arragon et de Valence , qui ne sont aujourd'hui que comme des Provinces de la vaste Monarchie
d'Espagne , avoient jour d'une longue et
profonde paix , sous Dom Alphonse et
sous Dom Fernand , leurs Rois ; mais les
peuples de l'un et de l'autre Royaume
pas si heureux sous le Régne
des Enfans de ces Rois justes et pacifiques. Dom Pedro succeda à Dom Alphonse , et Dom Rodrigue hérita de la
Couronne de Dom Fernand. Dom Rodrigue plus impétueux que Dom Pedro ,
fut le premier à lever l'Etendart de la
guerre , fondé sur des prétextes que l'ambition ne manque jamais de trouver
quand elle veut exercer son empire , si
funeste aux peuples , qui en sont les innocentes victimes. La Fortune , Divinité
aveugle , se déclara d'abord pour la ..use
la plus injuste ; Dom Rodrigue qui fit
les premieres infractions aux traitez de
Paix , long-tems maintenus entre son
pere et celui de Dom Alphonse , porta
ses Conquêtes jusques dans la Capitale
d'Arragon ; Dom Pedro ne pouvant s'opposer
JUILLET. 1732 1537 ་
poser à ce torrent , fut obligé d'aller de mander du secours aux Princes ses Voisins , et le fit avec tant de précipitation
qu'il abandonna sa sœur au pouvoir du
ainqueur ; mais l'Amour entreprit de
réunir deux Rois que l'ambition avoit
divisez.
,
A peine Dom Rodrigue fut entré dans
l'Appartement de Delmire c'étoit le
nom de la Sœur de Dom Pedro , qu'il ne
découvrit que des objets capables de l'attendrir. La Princesse d'Arragon étoit évanouie entre les bras de sa Gouvernante , qui arrosoit son visage d'un torrent
de larmes , ses autres filles poussoient des
gémissemens à percer le cœur le plus insensible ; Rodrigue ne peut soutenir ce
spectacle sans émotion ; mais que devint
il quand il eut jetté les yeux sur l'objet
de ces tristes gémissemens. Il sentit dans
le fond de son cœur un frisson , avantcoureur de sa défaite ; Delmire n'entr'ouvoit un œil mourant que pour allumer
dang, on sein un feu qui ne devoit jamais s'éteindre. Elle ne pût regarder sans
indignation le cruel ennemi de son frere ,
le destructeur de sa Nation , et l'Auteur
de son esclavage ; mais l'air soumis et respectueux avec lequel son vainqueur l'aborda , ne tarda guére à la désarmer.
→Que
32 MERCURE DE FRANCE
Que je suis criminel , s'écria Rodrigue,
» en tombant à ses pieds ! j'ai pû réduire
à cet état pitoyable une Princesse digne
n de l'adoration de tous les Mortels ! Fa-
» tale ambition , à quoi m'as tu porté ?
» et comment pourrai-je expier mon crime ? Delmire ne répondit à ces mots
que par des pleurs ; elle détourna les
yeux , et ayant témoigné qu'elle avoit
besoin de repos , elle obligea Rodrigue
à se retirer , sans sçavoir si son repentir
lui avoit obtenu sa grace. Elle n'étoit pas
loin d'être accordée , cette grace que l'Amour demandoit ; les momens de repos
que Dom Rodrigue venoit de laisser à
son aimable Delmire , lui servirent plutôt à éxaminer le trouble que son ennemi avoit excité dans son cœur , qu'à goûter les douceurs d'un sommeil , que l'agitation de ce jour. fatal sembloit lui rendre nécessaire. Elle sentit des mouvemens
qui lui avoient été inconnus jusqu'alors.
Rodrigue désarmé , Rodrigue prosterné
à ses genoux , Rodrigue repentant cessa
de lui paroître criminel. En vain sa fierté
voulut s'opposer à des sentimens si favorables , elle ne lui parla que foiblement
contre lui , et l'Amour lui imposa bien-
-tôt silence.
Il s'accrut de part et d'autre cet Amour
qui
JUILLET. 1732 1533
"
venoit de naître au milieu des allarmes; la
dissension qui regnoit entre le frere et l'Amant ne diminua rien de la force qu'il acqueroit tous les jours; mais Rodrigue n'en
regla pas les mouvemens comme Delmire. La crainte de perdre ce qu'il aimoit lui
inspira des sentimens de jalousie qui allerent jusqu'à la fureur. Voicy ce qui donna lieu à la naissance de cette passion tyrannique.
Don Pedre , trahi par la fortune , et
ne trouvant pas dans ses Etats des forces
suffisantes à opposer à un ennemi aussi
redoutable que Rodrigue, avoit été réduit
à appeller ses voisins à son secours. Il s'étoit marié , à l'insçu même de sa sœur , et
ce mystere étoit une raison d'Etat ; l'éloignement qu'il témoignoit pour le mariage, laissoit esperer à tous les Princes, dont
le secours lui étoit necessaire , la succession du Royaume d'Arragon qui devoit
appartenir à Delmire , supposé que son
Frere persistât dans le dessein de garder
le célibat. Il n'avoit pas besoin de cette
feinte. Delmire seule , et sans emprunter
l'éclat d'une Couronne , étoit capable de
mettre toute l'Europe dans ses interêts; le
bruit de sa beauté lui avoitfait desAmans,
qui n'attendoient qu'une occasion de se
déclarer pour elle , et de la mettre en liberté de se choisir un Epoux.
D Les
7534 MERCURE DE FRANCE
Les Rois de Castille et de Leon furent
les premiers qui armerent pour elle ; d'autres Princes Souverains suivirent leur
exemple, et le Roy d'Arragon se vit bientôt à la tête d'une armée capable de faire
trembler l'Usurpateur de sa Couronne. Il
ne voulut pourtant en venir aux dernieres extrêmitez qu'après avoir tenté les
voïes de la douceur. Il écrivit à sa sœur ,
et lui fit entendre qu'il ne tiendroit qu'au
Roy de Valence de rendre la paix à toutes les Espagnes , en la renvoïant auprès
de lui , et en lui restituant toutes les Places qu'il avoit conquises dans une guerre
injuste.Delmire ne consultant que son devoir , fit sçavoir les prétentions de son
frere à son Amant, et le pressa de lui rendre la liberté. Que me demandez- vous,
» lui dit Rodrigue? Moi, je pourrois consentir à vous livrer à quelque heureux
» Rival ! Ah ! vous ne connoissez pas
»l'Amour , puisque vous croyez qu'un
cœur véritablement épris , peut ceder
»ce qu'il aime ; mais je m'abuse , pour-
» suivit-il , avec des yeux , que la jalousie
» enflamma d'un courroux dont il ne fut
» pas le maître. Vous ne le connoissez que
>> trop , cet amour qui m'attache à vous,
»et qui vous lie à quelqu'un de mes Ri-
» vaux ; vous brûlez , ingrate , de vous
» éloi-
JUILLET. 1732. 1535
éloigner de moi , pour vous rapprocher
» de celui qui veut vous arracher à mon
» amour , mais ne l'esperez qu'après ma
»mort. Non , je ne vous verrai pas entre
» les bras d'un autre ; et quelques formi-
» dables que soient les apprêts qu'on fait
» pour vous conquerir ; j'en ferai de plus
» grands pour vous conserver. Delmire
fut si surprise de ce premier transport de
jalousie , qu'elle resta quelque temps sans
repartie ; mais voïant son impétueux
Amant prêt à lui faire des reproches encore plus sanglans. » Arrêtez, lui dit elle,
» et n'attribuez mon silence qu'à l'éton-
» nement où votre injustice vient de me
jetter. Quoi ? poursuivit elle, c'est Don
» Rodrigue qui me soupçonne de l'avoir
trompé jusqu'aujourd'hui , qui me croit
capable d'en aimer un autre que lui ; Je
» le devrois , ingrat , continua-t-elle ; et
» vous meriteriez l'infidelité dont vous
» m'accusez. Ces paroles , suivies de quelques larmes qu'elle ne put retenir , rendirent un calme soudain au cœur du Roy
de Valence. » Pardonnez-moi , lui dit-il ,
>> Adorable Delmire , des sentimens que
» je désavouë , et n'en imputez le crime.
» qu'à l'excès de mon amour. C'est cet
» amour, aussi ardent qu'il en fut jamais ,
» qui m'ôtant tout à coup l'usage de la Dij >> rai-
1536 MERCURE DE FRANCE
» raison , ne m'a pas permis de vous ca-
» cher l'affreux désespoir où votre perte
» me réduiroit. Vous me la rendez cette
» raison ; elle m'éclaire sur l'injustice de
» mes prétentions ; si la guerre vous à fai29
te ma prisonniere , l'amour m'a fait vo-
»tre esclave ; oüi , ma raison me fait voir
que j'aurois dû vous laisser maîtresse
» de votre destin , dès le moment que je
» vous ai adorée. Vous pouvez partir, je ne
» vous retiens plus ; vous pouvez vous
> donner à l'heureux mortel à qui le Roy
>> votre Frere vous réserve; et quand vous
» vous seriez destinée vous- même à ce
»Rival , que j'abhorre sans le connoître
» ce ne seroit pas à moi à m'opposer au
penchant de votre cœur ; mais quelque
» soit celui qui doit posseder tant de
»charmes, qu'il ne se flatte pas que je
» le laisse tranquillement jouir d'une fé-
» licité où il ne m'est plus permis d'as-
»pirer votre frere a résolu ma mort
» mais je la rendrai fatale à votre Epoux ;
>> ma haine est aussi forte pour lui , que
» mon amour pour vous ; je ne respire
»que vengeance ; et je confonds dans ma
fureur tous les Princes du monde ; je les
regarde tous comme les Usurpateurs de
mon Trésor ; ces transports qui redoubloient à chaque instant , et dans le tems
>>
même
JUILLET. 1732 1537
même qu'il sembloit se repentir de les
avoir fait éclater , jetterent une douleur
mortelle dans le cœur de la tendre Delmire. » Ah! Seigneur , lui dit- elle , pour-
» quoi faut- il que vous m'aimiez ? que je
vais vous rendre malheureux ! je vois
» trop que le poison de la jalousie se ré-
» pandra sur tous les jours de votre vie, et
qu'il troublera votre tranquillité et la
»mienne ; cependant que dois- je faire
» dans la triste situation où je me trouve?
» dites-moi la réponse que je dois faire au
»Roy d'Arragon : Eh ! puis-je balancer
» un moment à la faire moi- même , lui
» dit l'impetueux Rodrigue ; qu'il vous
>> donne à moi , et qu'il reprenne tout ce
» que la victoire m'a fait conquerir sur
» lui ; je lui abandonne tout , et ce sa-
»crifice iroit jusqu'au don de ma Cou
ronne, si je ne la regardois comme vo-
» tre bien ; mais qu'il ne m'oblige pas
Ȉ reprendre les armes , par la honte
» d'un refus , que j'irois expier dans son ور «sang.
Cet amour , qui tenoit de la fureur , fit
trembler Delmire ; elle comprit bien que
Ja jalousie de son Amant ne finiroit qu'avec sa vie. Pour en calmer les transports ,
elle lui promit de ne rien oublier pour
porter le Roy d'Arragon à un Hymen
D iij qui
1538 MERCURE DE FRANCE
qui les rendroit tous deux infortunez.
Élle fit réponse à son frere avec les plus.
vives expressions que l'amour pût lui.
suggérer. Elle communiqua sa Lettre au
jaloux Rodrigue; il y en ajouta une de sa
main, qui n'étoit pas moins forte, et dont
Delmire auroit été charmée, si elle eût pû
se cacher que ce même amour qui s'exprimoit si tendrement , dégénéroit en implacable couroux , dès qu'il craignoit de
perdre l'objet aimé.
Les engagemens que Don Pedre avoit
pris avec ses Alliez, ne lui permettant pas
de faire assez- tôt une réponse positive aux
propositions de Don Rodrigue , réveil
lerent la jalousie de ce dernier ; il ne dou
ta point que sa perre ne fut résoluë ; il fit
de nouveaux préparatifs de guerre il écla❤
ta en reproches contre la malheureuse
Delmire ; il la soupçonna d'avoir part à
des retardemens qui lui annonçoient un
refus ;elle en soupira , elle en gémit, mais
le mal étoit sans remede ; elle aimoit
trop cet ingrat , qui l'accusoit d'en aimer
un autre. Elle redoubla ses empressemens
auprès de son Frere , et le fit avec tant de
succès , que la paix fut concluë entre les
deux Rois ennemis , et l'hymen arrêté
entre les deux Amans.Cette agréable nouvelle répandit une joie universelle dans
les
JUILLET. 1732. 1539
les Royaumes de Valence et d'Arragon ;
Rodrigue se livra tout entier à la douce
esperance de posseder bien-tôt sa chere
Princesse ; la seule Delmire s'abandonnoit à la douleur , tandis que tout ne res
piroit que bonheur ; elle n'ouvroit son
cœur qu'à deux de ses confidentes , dont
l'une avoit pris soin de son enfance , et l'autre vivoit dans une très-étroite familiarité avec elle. La premiere s'appelloit
Théodore , et l'autre Délie ; je les nomme
toutes deux , parce qu'elles doivent avoir
part à la suite de cette histoire ; Théodore lui conseilloit de fermer les yeux sur
tous les malheurs dont la jalousie de Rodrigue sembloient la menacer ; Délie au
contraire n'oublioit rien pour la détourner d'un hymen que cette affreuse jalou
sie lui rendroit funeste. L'un et l'autre
conseil partoient d'un cœur bien intentionné , mais la triste Delmire ne sçavoit lequel elle devoit suivre pour être
heureuse , l'amour avoit déja décidé de
son sort ; elle ne laissa pas de se précau
tionner autant qu'il dépendoit d'elle
contre les suites que pourroit avoir un
engagement qui devoit durer autant que
sa vie. Elle fit promettre à Don Rodrigue de se guérir de sa jalousie , et ne lui
promit de l'épouser qu'à cette condition.
D iiij Don
1540 MERCURE DE FRANCE
Don Rodrigue lui jura de n'être plus
jaloux. » Je ne l'étois, lui dit-il , que parce
» que je craignois de vous perdre ; vous
» serez bien-tôt à moi ; qu'ai-je à crain-
» dre ? Non , ajouta t- il, plus de défiance,
» Delmire se donne à moy , rien ne peut
» me la ravir , sa foy me rassure contre
toutes les prétentions de mes Rivaux;
» je suis le plus heureux de tous les hom-
» mes , et ma félicité me rend à jamais
❤ tranquille.
Ces belles protestations , qu'il croyoit
aussi constantes que l'amour qui les lui
dictoit , ne tinrent pas contre le premier
sujet qu'il crut avoir de se défier de son
Amante: Voicy ce qui y donna occasion .
La Duchesse du Tirol , tendre amie de
la Princesse d'Arragon , dont elle avoit
vivement ressenti l'absence depuis que le
Roy de Valence l'avoit faite prisonniere ;
n'eût pas plutôt appris que la paix étoit conclue entre les deux Couronnes , et que
sa chere Delmire en alloit porter une ,
qu'elle lui écrivit pour lui témoigner la
part qu'elle prenoit à son bonheur , et
pour la prier de lui accorder la permission de venir à Valence, pour être témoin
d'un hymen qui faisoit la félicité de deux
Peuples. Delmire s'enferma dans son cabinet pour lui faire réponse ; elle avoit
pris
JUILLET. 1732. 1541
pris la précaution de deffendre que personne la vint troubler. L'amoureux Rodrigue se presenta à la porte de son appartement , dans le temps qu'elle achevoit sa Lettre ; quoique les ordres qu'elle
ávoit donnez qu'on la laissât seule , ne
fussent pas pour lui , Délie , celle de ses
Dames qu'elle affectionnoit le plus , et
qui n'approuvoit pas son hymen , à cause des suites fâcheuses qu'il pouvoit
avoir pour sa chere Maîtresse , eut la malice de vouloir mettre sa jalousie à l'épreuve , et lui dit que la Princesse ayant
des dépêches secretes à faire , avoit deffendu , sans excepter personne , qu'on
laissât entrer dans son appartement, »> Ces
» deffenses ne sont pas apparemment pour
»un Royqui doit bientôt être son Epoux,.
répondit D. Rodrigue , avec un souris.
» forcé , et je crois pouvoir prétendre à
>> l'honneur de sa confidence. Délie affecta
encore plus d'empressement. à l'empêcher d'entrer pour lui donner de plus:
grands soupçons; elle n'y réussit que trop
bien. D. Rodrigue avala à longs traits le
poison que cette artificieuse fille lui avoit
préparé ; il entra tout transporté , mais à.
peine eut-il apperçu Delmire que le res--
pect, que sa presence lui inspiroit, suspendit les mouvemens tumultueux qui ve
D v noient
1542 MERCURE DE FRANCE
1
noient de s'élever dans son ame; il se rapella la promesse qu'il lui avoit faite , de
n'être plus jaloux ; et la voïant attentive à
la Lettre qu'elle écrivoit , il s'avança sans
bruit et sans crainte d'être vû , attendu
qu'elle lui tournoit le dos; mais une glace
sur laquelle Delmire jetta les yeux et à
laquelle ce Prince jaloux ne fit nulle attention , tant il étoit occupé de ses soupçons , trahit le dessein qu'il avoit de lire
ce que la Princesse écrivoit. Delmire ne
l'eût pas plutôt apperçu qu'elle serra brusquement sa Lettre; et se tournant vers lui,
elle se plaignit du dessein qu'il avoit de la
surprendre. D. Rodrigue ne sçut d'abord
répondre à ce reproche; il craignoit
de faire entrevoir sa jalousie ; il lui demanda pardon de la liberté qu'il avoit
prise decontrevenir à des ordres qui peutêtre n'étoient pas moins pour lui que
pour tous les autres, quoique le nœud qui
devoit les unir à jamais le mit en droit
de se croire excepté. »Ce droit n'est pas
»encore si sûr que vous le
que
lui pensez ,
répondit Delmire, avec une petite émo-
»tion de colere, puisqu'il n'est fondé que
sur un hymen , auquelje n'ai consenti
»que conditionnellement; avez vous oubiié quelles sont nos conventions ? Vous
>m'avez promis de n'être plus jaloux ;
moi
JUILLET. 1732. 1543
moi,jaloux, s'écria D. Rodrigue;voulez-
» vous me faire un crime d'un mouvement
» de curiosité qui ne tire nullement à con-
» séquence. Eh bien , je vous en croi , lui
» répondit Delmire ; mais comme cette
»curiosité m'a induite à vous soupçonner d'infraction de traité , c'est par
» même que je veux vous punir ; pér-
» mettez donc que je ne la satisfasse pas ;
» vous ne sçauriez mieux me prouvervo
là
tre innocence ; le sacrifice que je vous
» demande n'est pas grand , et si vous
» sçavicz à qui s'addresse cette Lette que
» vous avez voulu lire à mon insçu , vous
» ne balanceriez pas un moment à m'ac-
» corder ce quej'exige de vous ; j'y sous-
» cris sans repugnance , lui répondit Ro
>> drigue , malgré l'envie secrette qu'il
» avoit d'apprendre ce que contenoit cette
» Lettre mysterieuse , que Delie lui avoit
» renduë suspecte ; vous me comblez de
» plaisir , lui dit Delmire, et je commen
ce à bien augurer de votre amende
» ment.
Elle demeura ferme dans sa résolution ,
quoique Rodrigue ne laissât pas de lui
faire entrevoir le desir qu'il avoit de sça--
voir ce qu'elle venoit d'écrire ; ils se sé→
parerent assez satisfaits l'un de l'autre en
apparence ; mais Rodrigue nourrissoit
Dvj dans
1544 MERCURE DE FRANCE
"
4
dans le cœur une inquiétude qu'il lui
falloit dévorer aux yeux de sa Princesse;
elle ne l'eut pas plutôt quitté , qu'il ne
songea qu'aux moyens de s'éclaircir d'un
doute qui troubloit son repos.
Il avoit , pour son malheur , un Confident qui flatoit sa jalousie , parce qu'il
n'étoit jamais plus en faveur auprès de
son Maître , que lors qu'il faisoit quelque
découverte qui l'entretenoit dans son
amoureuse défiance. Cette peste de Cour
s'appelloit Octave. Dom Rodrigue ne lui
eut pas plutôt communiqué ce qui venoit de se passer entre Delmire et lui ,
que ce dangereux Courtisan lui avoüa
qu'il croyoit que cette Lettre que la Princesse avoit écrite à son insçu , s'adressoit
à quelque Rival caché ; il s'offrit à l'intercepter ; Dom Rodrigue lui promit une
récompense proportionnée à ce service ;
mais comme il craignoit d'offenser sa Princesse , il lui ordonna d'éviter l'éclat dans
la commission dont il se chargeoit. Octave lui dit qu'il pouvoit s'en reposer sur
sa dexterité , et le quitta pour aller se
préparer à cette expedition.
Delmire , contente du petit sacrifice
que son Amant venoit de lui faire , chargea Délie de remettre le Billet qu'elle venoit d'écrire entre les mains de celui qui
lul
JUILLET.- 17328 1545
lui avoit apporté la Lettre de la Duchesse
de Tirol ; c'étoit un Amant de Delie ,
qui s'appelloit Florent. Elle executa les ordres de sa Maîtresse ; mais comme les
Amans ont toûjours quelque petit reproche à se faire , Florent ne voulut point
s'éloigner de Délie , sans se plaindre de
son indifference : Est-il possible , lui
dit - il que l'amitié soit plus empres-
»sée que l'Amour ? La Duchesse de Tirol
» n'a pas plutôt appris que le commerce
» n'est plus interrompu entre les Peuples
d'Arragon et ceux de Valence , qu'elle
»s'empresse d'écrire à la Princesse Delmire ; cette tendre amie n'est pas moins
» prompte à lui faire réponse , et Délies
>> pendint deux mois d'absence , ne peut :
>> trouver un seul moment pour donner:
»de ses nouvelles au plus passionné de
>> tous les Amans ! voici de quoi vous convaincre , lui répondit- elle , en tirant
>>de sa poche une Lettre qu'elle n'avoit
>> pû lui envoyer ; ce n'est point- là ton
» caractere , lui dit Florent , il est vrai ,
» répliqua Délie , c'est la Princesse même
» qui a eu la bonté de me préter sa main,
parce ce que je ne pouvois pas me servir
de la mienne , à cause d'une indisposi-
» tion.
Florent étoit si persuadé des bontez de
Del-
16 MERCURE DE FRANCE
Delmire pour Délie , qu'il ne douta point
qu'elle ne lui dît vrai , il la pria de lui
laisser cette chere Lettre , puisque c'étoit
à lui- même qu'elle s'adressoit , Délie n'en
fit aucune difficulté , et retourná auprès
de sa Maîtresse.
Florent ne fut pas plutôr seul qu'il ne
put résister à l'envie de lire ce que Délie
lui écrivoit ; il étoit si occupé de cette
lecture qu'il ne s'apperçut pas de l'arrivée
d'une personne masquée , soutenuë de
plusieurs autres qui devoient venir à son
secours en cas de besoin. C'étoit Octave
qui s'avançant par derriere , lui saisit la
Lettre de Délie. Florent se deffendit autant qu'il put , mais tous les efforts qu'il fie
n'empêcherent pas qu'Octave ne lui ravît
la moitié d'une Lettre qui lui étoit si
chere. Fatale moitié , dont nous verrons
bien-tôt les fun stes suites.
Florent ne pouvant tirer raison de
l'insulte qu'on venoit de lui faire , et ne
scachant qui il devoit en accuser , se con- sola de la perte de cette moitié de Lettre ,
et partir pour aller porter à la Duchesse du
Tirol , le Billet dont D'lie venoit de le
charger de la part de Delmire. Octave
content de son larcin , aila sur le champ
trouver D. Rodrigue , pour lui rendre
compte de l'heureux succès de son zele ;
voici
JUILLET. 1732. 1547
voici ce que contenoit cette moitié de
Lettre, qu'il remit entre les mains de son:
Maître.
L'Amour que vous m'avez autrefois jurée
me fait esperer que vous ne m'avez pas oubliée .
recevez donc ces nouvelles marques de ma tendresse ;
y serez-vous aussi sensible que vous le devez ?
vous êtes dans Saragosse et moi ,
cruelle et rigoureuse absence •
souvenez- vous que je n'aime que vous
que puisque je ne puis vivre sans mon cher ...
vous ne devez vivre que pour la tendre Del ·
Quels furent les transports du Roy de
Valence à cette fatale lecture. Ah! je
»ne m'étonne plus , s'écria-t'il¸ que Pina fidelle Delmire ait pris tant de précau
tion pour n'être point surprise quand
» elle traçoit ces tendres témoignages de
on coupable amour ; avec quelle adresse la peifide s'est prévalue du funeste
>> ascendant qu'elle a sur mon cœur , pour
»me dérober un secret dont la connoissance l'auroit perdue , mais elle ne m'aura pas trompé impunément ; elle ne
»dira plus que ma jalousie est injuste , et
»je n'ai que trop , pour mon malheur
de quoi la confondre.
Il ne s'arrêta pas long- temps à s'exhaler en vains reproches , il courut à l'Appartement de Delmire , pour la convaincre de son manque de foy.
1548 MERCURE DE FRANCE
La Princesse d'Arragon ne s'apperçût pas d'adord du trouble de son cœur ;
elle lui témoigna même combien elle
étoit satisfaite du petit sacrifice qu'il ve
noit de lui faire ; » vous osez encore in→
»sulter à ma crédulité , lui répondit le
» Roy jaloux , d'un ton à la faire trem-
»bler , il n'est que trop grand ce sacrifi-
>> ce dont vous voulez diminuer le prix';
» mais le Ciel , le juste Ciel , n'a pas permis que vous ayez recueilli le fruit de
»votre crime. De mon crime , répondit
» Delmire avec ce noblé courroux qu'ins-
» pire l'innocence accusée ; quoi ? c'est
»par Rodrigue que je suis si mortelle
"
ment outragée. Moi criminelle ! ache-
»vez , cruel persecuteur d'une Princesse
"que vous condamnez à des malheurs
Ȏternels ; apprenez- moi par quelle ac-
» tion j'ai pû meriter l'injure que vous
»faites à ma gloire.Ne croyez pas , poursuivit cet injuste Amant , m'imposer
» encore par ces trompeuses apparences de
»vertudont vous m'avez ébloui jusqu'au-
´» jourd'hui , mes yeux se sont ouverts , et
» plût au Ciel qu'ils fussent encore fer-
>> mez ; et que le hazard ne m'ût pas mis
>> entre les mains des témoins irrécusables
» de votre infidelité. Lisez, poursuivit- il,
» et démentez votre main , si vous l'osez.
»Je
JUILLET. 1732. 1549
» Je ne scaurois disconvenir , lui dit Del-
>> mire , après avoir jetté un regard d'in-
>> dignation sur l'Amant et sur la Lettre
qu'il lui présentoit , je ne sçaurois nier
»que ces mots ne soient tracez de ma
»main; mais avez- vous lieu d'en être ja-
>> loux ? oserez-vous me persuader , in-
»terrompit Rodrigue , que ces tendres
>>> sentimens s'adressent à moi ? L'Amant
»à qui vous écrivez est à Sarragoce ; quel
>> qu'il soit , lui répondit Delmire avec un
>> fier dédain , il est plus digne d'être aimé
»que vous , ces mots acheverent de
»rendre Rodrigue furieux. Quoi ? je
>>ne suis donc plus pour vous , lui dit-il,
» qu'un objet de mépris ! que dis- je ? je
»l'ai toûjours été. Cette absence que vous
» appellez cruelle et rigoureuse , n'a pas
» paré un moment votre perfide cœur de
>> cet heureux Rival , que vous mettez si
fort au- dessus de moi , et vous l'adoriez en secret dans le temps que vous
»me juriez une foi inviolable et un amour
» éternel. Ne poussons pas plus loin une
» erreur qui vous autorise à de nouveaux
»emportemens , lui dit enfin Delmire ; ils
seroient justes s'ils étoient fondez sur
la verité , il est temps de vous détrom-
» per ; mais c'est plutôt pour ma gloire ,
»ajouta- t'elle , que pour votre satisfac
sé-
»tion;
1550 MERCURE DE FRANCE
›
»tion. A ces mots elle ordonna qu'on
>> fit venir Délie ; elle fut obéïe sur le
champ ; Délie , qui se doutoit de ce
qui se passoit entre le Roy et la Princesse entra dans son Appartement
munie d'armes deffensives ; Florent, qui
ne faisoit que de venir de Sarragoce , l'avoit instruite de la violence qu'on lui avoit
faite. Elle tenoit dans sa main, la moitié
de Lettre qui étoit restée dans celle de
Florentin ; » j'ai pressenti , dit elle , en
»s'adressant à Delmire que vous pourriez avoir besoin de cette piece justificative échappée au larcin qu'on a fair
»à Florent. Donnez , répondit Delmire ,
»et vous , injuste Amant , joignez ces ca-
»racteres à ceux qui m'ont rendue si cou-
་
pable à vos yeux , et rougissez seul du
>> crime que vous avez voulu m'imputer.
»Que je crains d'avoir trop mérité votre
»colere ! s'écrie D. Rodrigue , en rece-
»vant d'une main tremblante le fatal
» papier que Delmire lui présentoit.com
»me l'Arrêt de sa condamnation. Je vous.
→crois innocente , continua- t'il , sans rien
>examiner de plus ; il ne suffit pas que
»vous me croyez innocente, lui répon-
»dit Delmire, avec beaucoup d'alteration ,
»il faut que vous soyez convaincu de
»votre crime, je vous laisse , ajoûta- t'elle,
» pour
JUILLET. 1732. 1351
» pour aller refléchir à loisir sur la peine
»qui vous est duë.
A ces mots Delmire le quitta sans
daigner le regarder , et ce qui le fit trembler davantage , c'est de voir qu'elle étoit
suivie de Délie, qu'il sçavoit n'être pas
trop bien intentionnée pour lui.
Sitôt qu'il fut seul , il rejoignit les deux
moitiez de Lettre , et y trouva ces mots.
L'amour que vous m'avez autrefois jurée , mon
ther Florent, et que je vous ai jurée à mon tour,
me fait esperer que vous ne m'avez pas oubliée
malgré la distance des lieux qui nous séparent ;
recevez donc ces nouvelles marques de ma tendresse , qui partent moins d'une plume empruntée que de mon cœur ; y serez vous aussi sensible que
vous le devez je n'ose presque l'esperer ; que sçai-jez
Vous êtes à Sarragosse et moi à Valence ; je ne
veis personne ; puis -je me flatter que vous fassiez de
même. Cruelle et rigoureuse absence ! que tu me
causes d'allarmes ! cependant , souvenez- vous que
je n'aime que vous ; n'aimez aussi que moi , et
songez sans cesse que puisque je ne puis vivre
sans mon cher Florent ; pour prix de tant de
fidelité , vous ne devez vivre que pour la tendre Delie.
Dans quel accablement la lecture de cette
Lettre ne laissa point le jaloux Rodrigue ?
Le plaisir secret qu'il sentit d'abord à se
voir convaincu de la fidelité de Delmire ,
ne put balancer le mortel regret de l'avoir offensée. La froideur avec laquelle'
sa
1552 MERCURE DE FRANCE
sa chere Princesse lui avoit dit en le quittant , qu'elle alloit refléchir à loisir sur
la peine qui lui étoit duë , lui donnoię
tout à craindre pour son amour ; il s'étoit soumis lui- même à cette peine par
la promesse qu'il lui avoit faite de n'être
plus jaloux , mais ce qui l'avoit induit à
l'être , étoit si vrai-semblable , qu'il ne
desespera pas de la fléchir.
E toutes les passions de l'ame , il
Da'yenapoint qui se fassent sentir
a
L
avec plus de violence que la jalousie.
Je parle ici de cette jalousie que l'amour
extrême produit ; il s'en faut beaucoup
que celle qui naît de l'ambition se porte
à des excès aussi grands. On a vû des
Rois jaloux de la puissance de leurs Voisins , mettre sur pied des Armées formidables pour envahir leurs Etats , et faire couler des fleuves de sang pour satisfaire leur ambition ; mais ce désir de
s'aggrandir n'alloit que rarement jusqu'à
la haine personnelle ; Alexandre donna
des farmes à la mort de Darius , et Darius lui toucha dans la main en signe d'amitié , sur le point de rendre le dernier
soupir. Il n'en est pas de même de la jadousie des Amans , c'est un mélange d'amour et de haine ; elle peut être définie
differemment selon les differens objets
qu'elle se propose : sçavoir , une crainte
de préférence , ou de partage du cœur de
la personne aimée ; ou une crainte de
préférence ou de partage des faveurs de
la
1530 MERCURE DE FRANCE
la personne aimée ; cette derniere est la
plus injurieuse à l'objet aimé , comme
nous l'allons voir dans l'histoire de Rodrigue , Roi de Valence.
ne furent
$
Les Royaumes d'Arragon et de Valence , qui ne sont aujourd'hui que comme des Provinces de la vaste Monarchie
d'Espagne , avoient jour d'une longue et
profonde paix , sous Dom Alphonse et
sous Dom Fernand , leurs Rois ; mais les
peuples de l'un et de l'autre Royaume
pas si heureux sous le Régne
des Enfans de ces Rois justes et pacifiques. Dom Pedro succeda à Dom Alphonse , et Dom Rodrigue hérita de la
Couronne de Dom Fernand. Dom Rodrigue plus impétueux que Dom Pedro ,
fut le premier à lever l'Etendart de la
guerre , fondé sur des prétextes que l'ambition ne manque jamais de trouver
quand elle veut exercer son empire , si
funeste aux peuples , qui en sont les innocentes victimes. La Fortune , Divinité
aveugle , se déclara d'abord pour la ..use
la plus injuste ; Dom Rodrigue qui fit
les premieres infractions aux traitez de
Paix , long-tems maintenus entre son
pere et celui de Dom Alphonse , porta
ses Conquêtes jusques dans la Capitale
d'Arragon ; Dom Pedro ne pouvant s'opposer
JUILLET. 1732 1537 ་
poser à ce torrent , fut obligé d'aller de mander du secours aux Princes ses Voisins , et le fit avec tant de précipitation
qu'il abandonna sa sœur au pouvoir du
ainqueur ; mais l'Amour entreprit de
réunir deux Rois que l'ambition avoit
divisez.
,
A peine Dom Rodrigue fut entré dans
l'Appartement de Delmire c'étoit le
nom de la Sœur de Dom Pedro , qu'il ne
découvrit que des objets capables de l'attendrir. La Princesse d'Arragon étoit évanouie entre les bras de sa Gouvernante , qui arrosoit son visage d'un torrent
de larmes , ses autres filles poussoient des
gémissemens à percer le cœur le plus insensible ; Rodrigue ne peut soutenir ce
spectacle sans émotion ; mais que devint
il quand il eut jetté les yeux sur l'objet
de ces tristes gémissemens. Il sentit dans
le fond de son cœur un frisson , avantcoureur de sa défaite ; Delmire n'entr'ouvoit un œil mourant que pour allumer
dang, on sein un feu qui ne devoit jamais s'éteindre. Elle ne pût regarder sans
indignation le cruel ennemi de son frere ,
le destructeur de sa Nation , et l'Auteur
de son esclavage ; mais l'air soumis et respectueux avec lequel son vainqueur l'aborda , ne tarda guére à la désarmer.
→Que
32 MERCURE DE FRANCE
Que je suis criminel , s'écria Rodrigue,
» en tombant à ses pieds ! j'ai pû réduire
à cet état pitoyable une Princesse digne
n de l'adoration de tous les Mortels ! Fa-
» tale ambition , à quoi m'as tu porté ?
» et comment pourrai-je expier mon crime ? Delmire ne répondit à ces mots
que par des pleurs ; elle détourna les
yeux , et ayant témoigné qu'elle avoit
besoin de repos , elle obligea Rodrigue
à se retirer , sans sçavoir si son repentir
lui avoit obtenu sa grace. Elle n'étoit pas
loin d'être accordée , cette grace que l'Amour demandoit ; les momens de repos
que Dom Rodrigue venoit de laisser à
son aimable Delmire , lui servirent plutôt à éxaminer le trouble que son ennemi avoit excité dans son cœur , qu'à goûter les douceurs d'un sommeil , que l'agitation de ce jour. fatal sembloit lui rendre nécessaire. Elle sentit des mouvemens
qui lui avoient été inconnus jusqu'alors.
Rodrigue désarmé , Rodrigue prosterné
à ses genoux , Rodrigue repentant cessa
de lui paroître criminel. En vain sa fierté
voulut s'opposer à des sentimens si favorables , elle ne lui parla que foiblement
contre lui , et l'Amour lui imposa bien-
-tôt silence.
Il s'accrut de part et d'autre cet Amour
qui
JUILLET. 1732 1533
"
venoit de naître au milieu des allarmes; la
dissension qui regnoit entre le frere et l'Amant ne diminua rien de la force qu'il acqueroit tous les jours; mais Rodrigue n'en
regla pas les mouvemens comme Delmire. La crainte de perdre ce qu'il aimoit lui
inspira des sentimens de jalousie qui allerent jusqu'à la fureur. Voicy ce qui donna lieu à la naissance de cette passion tyrannique.
Don Pedre , trahi par la fortune , et
ne trouvant pas dans ses Etats des forces
suffisantes à opposer à un ennemi aussi
redoutable que Rodrigue, avoit été réduit
à appeller ses voisins à son secours. Il s'étoit marié , à l'insçu même de sa sœur , et
ce mystere étoit une raison d'Etat ; l'éloignement qu'il témoignoit pour le mariage, laissoit esperer à tous les Princes, dont
le secours lui étoit necessaire , la succession du Royaume d'Arragon qui devoit
appartenir à Delmire , supposé que son
Frere persistât dans le dessein de garder
le célibat. Il n'avoit pas besoin de cette
feinte. Delmire seule , et sans emprunter
l'éclat d'une Couronne , étoit capable de
mettre toute l'Europe dans ses interêts; le
bruit de sa beauté lui avoitfait desAmans,
qui n'attendoient qu'une occasion de se
déclarer pour elle , et de la mettre en liberté de se choisir un Epoux.
D Les
7534 MERCURE DE FRANCE
Les Rois de Castille et de Leon furent
les premiers qui armerent pour elle ; d'autres Princes Souverains suivirent leur
exemple, et le Roy d'Arragon se vit bientôt à la tête d'une armée capable de faire
trembler l'Usurpateur de sa Couronne. Il
ne voulut pourtant en venir aux dernieres extrêmitez qu'après avoir tenté les
voïes de la douceur. Il écrivit à sa sœur ,
et lui fit entendre qu'il ne tiendroit qu'au
Roy de Valence de rendre la paix à toutes les Espagnes , en la renvoïant auprès
de lui , et en lui restituant toutes les Places qu'il avoit conquises dans une guerre
injuste.Delmire ne consultant que son devoir , fit sçavoir les prétentions de son
frere à son Amant, et le pressa de lui rendre la liberté. Que me demandez- vous,
» lui dit Rodrigue? Moi, je pourrois consentir à vous livrer à quelque heureux
» Rival ! Ah ! vous ne connoissez pas
»l'Amour , puisque vous croyez qu'un
cœur véritablement épris , peut ceder
»ce qu'il aime ; mais je m'abuse , pour-
» suivit-il , avec des yeux , que la jalousie
» enflamma d'un courroux dont il ne fut
» pas le maître. Vous ne le connoissez que
>> trop , cet amour qui m'attache à vous,
»et qui vous lie à quelqu'un de mes Ri-
» vaux ; vous brûlez , ingrate , de vous
» éloi-
JUILLET. 1732. 1535
éloigner de moi , pour vous rapprocher
» de celui qui veut vous arracher à mon
» amour , mais ne l'esperez qu'après ma
»mort. Non , je ne vous verrai pas entre
» les bras d'un autre ; et quelques formi-
» dables que soient les apprêts qu'on fait
» pour vous conquerir ; j'en ferai de plus
» grands pour vous conserver. Delmire
fut si surprise de ce premier transport de
jalousie , qu'elle resta quelque temps sans
repartie ; mais voïant son impétueux
Amant prêt à lui faire des reproches encore plus sanglans. » Arrêtez, lui dit elle,
» et n'attribuez mon silence qu'à l'éton-
» nement où votre injustice vient de me
jetter. Quoi ? poursuivit elle, c'est Don
» Rodrigue qui me soupçonne de l'avoir
trompé jusqu'aujourd'hui , qui me croit
capable d'en aimer un autre que lui ; Je
» le devrois , ingrat , continua-t-elle ; et
» vous meriteriez l'infidelité dont vous
» m'accusez. Ces paroles , suivies de quelques larmes qu'elle ne put retenir , rendirent un calme soudain au cœur du Roy
de Valence. » Pardonnez-moi , lui dit-il ,
>> Adorable Delmire , des sentimens que
» je désavouë , et n'en imputez le crime.
» qu'à l'excès de mon amour. C'est cet
» amour, aussi ardent qu'il en fut jamais ,
» qui m'ôtant tout à coup l'usage de la Dij >> rai-
1536 MERCURE DE FRANCE
» raison , ne m'a pas permis de vous ca-
» cher l'affreux désespoir où votre perte
» me réduiroit. Vous me la rendez cette
» raison ; elle m'éclaire sur l'injustice de
» mes prétentions ; si la guerre vous à fai29
te ma prisonniere , l'amour m'a fait vo-
»tre esclave ; oüi , ma raison me fait voir
que j'aurois dû vous laisser maîtresse
» de votre destin , dès le moment que je
» vous ai adorée. Vous pouvez partir, je ne
» vous retiens plus ; vous pouvez vous
> donner à l'heureux mortel à qui le Roy
>> votre Frere vous réserve; et quand vous
» vous seriez destinée vous- même à ce
»Rival , que j'abhorre sans le connoître
» ce ne seroit pas à moi à m'opposer au
penchant de votre cœur ; mais quelque
» soit celui qui doit posseder tant de
»charmes, qu'il ne se flatte pas que je
» le laisse tranquillement jouir d'une fé-
» licité où il ne m'est plus permis d'as-
»pirer votre frere a résolu ma mort
» mais je la rendrai fatale à votre Epoux ;
>> ma haine est aussi forte pour lui , que
» mon amour pour vous ; je ne respire
»que vengeance ; et je confonds dans ma
fureur tous les Princes du monde ; je les
regarde tous comme les Usurpateurs de
mon Trésor ; ces transports qui redoubloient à chaque instant , et dans le tems
>>
même
JUILLET. 1732 1537
même qu'il sembloit se repentir de les
avoir fait éclater , jetterent une douleur
mortelle dans le cœur de la tendre Delmire. » Ah! Seigneur , lui dit- elle , pour-
» quoi faut- il que vous m'aimiez ? que je
vais vous rendre malheureux ! je vois
» trop que le poison de la jalousie se ré-
» pandra sur tous les jours de votre vie, et
qu'il troublera votre tranquillité et la
»mienne ; cependant que dois- je faire
» dans la triste situation où je me trouve?
» dites-moi la réponse que je dois faire au
»Roy d'Arragon : Eh ! puis-je balancer
» un moment à la faire moi- même , lui
» dit l'impetueux Rodrigue ; qu'il vous
>> donne à moi , et qu'il reprenne tout ce
» que la victoire m'a fait conquerir sur
» lui ; je lui abandonne tout , et ce sa-
»crifice iroit jusqu'au don de ma Cou
ronne, si je ne la regardois comme vo-
» tre bien ; mais qu'il ne m'oblige pas
Ȉ reprendre les armes , par la honte
» d'un refus , que j'irois expier dans son ور «sang.
Cet amour , qui tenoit de la fureur , fit
trembler Delmire ; elle comprit bien que
Ja jalousie de son Amant ne finiroit qu'avec sa vie. Pour en calmer les transports ,
elle lui promit de ne rien oublier pour
porter le Roy d'Arragon à un Hymen
D iij qui
1538 MERCURE DE FRANCE
qui les rendroit tous deux infortunez.
Élle fit réponse à son frere avec les plus.
vives expressions que l'amour pût lui.
suggérer. Elle communiqua sa Lettre au
jaloux Rodrigue; il y en ajouta une de sa
main, qui n'étoit pas moins forte, et dont
Delmire auroit été charmée, si elle eût pû
se cacher que ce même amour qui s'exprimoit si tendrement , dégénéroit en implacable couroux , dès qu'il craignoit de
perdre l'objet aimé.
Les engagemens que Don Pedre avoit
pris avec ses Alliez, ne lui permettant pas
de faire assez- tôt une réponse positive aux
propositions de Don Rodrigue , réveil
lerent la jalousie de ce dernier ; il ne dou
ta point que sa perre ne fut résoluë ; il fit
de nouveaux préparatifs de guerre il écla❤
ta en reproches contre la malheureuse
Delmire ; il la soupçonna d'avoir part à
des retardemens qui lui annonçoient un
refus ;elle en soupira , elle en gémit, mais
le mal étoit sans remede ; elle aimoit
trop cet ingrat , qui l'accusoit d'en aimer
un autre. Elle redoubla ses empressemens
auprès de son Frere , et le fit avec tant de
succès , que la paix fut concluë entre les
deux Rois ennemis , et l'hymen arrêté
entre les deux Amans.Cette agréable nouvelle répandit une joie universelle dans
les
JUILLET. 1732. 1539
les Royaumes de Valence et d'Arragon ;
Rodrigue se livra tout entier à la douce
esperance de posseder bien-tôt sa chere
Princesse ; la seule Delmire s'abandonnoit à la douleur , tandis que tout ne res
piroit que bonheur ; elle n'ouvroit son
cœur qu'à deux de ses confidentes , dont
l'une avoit pris soin de son enfance , et l'autre vivoit dans une très-étroite familiarité avec elle. La premiere s'appelloit
Théodore , et l'autre Délie ; je les nomme
toutes deux , parce qu'elles doivent avoir
part à la suite de cette histoire ; Théodore lui conseilloit de fermer les yeux sur
tous les malheurs dont la jalousie de Rodrigue sembloient la menacer ; Délie au
contraire n'oublioit rien pour la détourner d'un hymen que cette affreuse jalou
sie lui rendroit funeste. L'un et l'autre
conseil partoient d'un cœur bien intentionné , mais la triste Delmire ne sçavoit lequel elle devoit suivre pour être
heureuse , l'amour avoit déja décidé de
son sort ; elle ne laissa pas de se précau
tionner autant qu'il dépendoit d'elle
contre les suites que pourroit avoir un
engagement qui devoit durer autant que
sa vie. Elle fit promettre à Don Rodrigue de se guérir de sa jalousie , et ne lui
promit de l'épouser qu'à cette condition.
D iiij Don
1540 MERCURE DE FRANCE
Don Rodrigue lui jura de n'être plus
jaloux. » Je ne l'étois, lui dit-il , que parce
» que je craignois de vous perdre ; vous
» serez bien-tôt à moi ; qu'ai-je à crain-
» dre ? Non , ajouta t- il, plus de défiance,
» Delmire se donne à moy , rien ne peut
» me la ravir , sa foy me rassure contre
toutes les prétentions de mes Rivaux;
» je suis le plus heureux de tous les hom-
» mes , et ma félicité me rend à jamais
❤ tranquille.
Ces belles protestations , qu'il croyoit
aussi constantes que l'amour qui les lui
dictoit , ne tinrent pas contre le premier
sujet qu'il crut avoir de se défier de son
Amante: Voicy ce qui y donna occasion .
La Duchesse du Tirol , tendre amie de
la Princesse d'Arragon , dont elle avoit
vivement ressenti l'absence depuis que le
Roy de Valence l'avoit faite prisonniere ;
n'eût pas plutôt appris que la paix étoit conclue entre les deux Couronnes , et que
sa chere Delmire en alloit porter une ,
qu'elle lui écrivit pour lui témoigner la
part qu'elle prenoit à son bonheur , et
pour la prier de lui accorder la permission de venir à Valence, pour être témoin
d'un hymen qui faisoit la félicité de deux
Peuples. Delmire s'enferma dans son cabinet pour lui faire réponse ; elle avoit
pris
JUILLET. 1732. 1541
pris la précaution de deffendre que personne la vint troubler. L'amoureux Rodrigue se presenta à la porte de son appartement , dans le temps qu'elle achevoit sa Lettre ; quoique les ordres qu'elle
ávoit donnez qu'on la laissât seule , ne
fussent pas pour lui , Délie , celle de ses
Dames qu'elle affectionnoit le plus , et
qui n'approuvoit pas son hymen , à cause des suites fâcheuses qu'il pouvoit
avoir pour sa chere Maîtresse , eut la malice de vouloir mettre sa jalousie à l'épreuve , et lui dit que la Princesse ayant
des dépêches secretes à faire , avoit deffendu , sans excepter personne , qu'on
laissât entrer dans son appartement, »> Ces
» deffenses ne sont pas apparemment pour
»un Royqui doit bientôt être son Epoux,.
répondit D. Rodrigue , avec un souris.
» forcé , et je crois pouvoir prétendre à
>> l'honneur de sa confidence. Délie affecta
encore plus d'empressement. à l'empêcher d'entrer pour lui donner de plus:
grands soupçons; elle n'y réussit que trop
bien. D. Rodrigue avala à longs traits le
poison que cette artificieuse fille lui avoit
préparé ; il entra tout transporté , mais à.
peine eut-il apperçu Delmire que le res--
pect, que sa presence lui inspiroit, suspendit les mouvemens tumultueux qui ve
D v noient
1542 MERCURE DE FRANCE
1
noient de s'élever dans son ame; il se rapella la promesse qu'il lui avoit faite , de
n'être plus jaloux ; et la voïant attentive à
la Lettre qu'elle écrivoit , il s'avança sans
bruit et sans crainte d'être vû , attendu
qu'elle lui tournoit le dos; mais une glace
sur laquelle Delmire jetta les yeux et à
laquelle ce Prince jaloux ne fit nulle attention , tant il étoit occupé de ses soupçons , trahit le dessein qu'il avoit de lire
ce que la Princesse écrivoit. Delmire ne
l'eût pas plutôt apperçu qu'elle serra brusquement sa Lettre; et se tournant vers lui,
elle se plaignit du dessein qu'il avoit de la
surprendre. D. Rodrigue ne sçut d'abord
répondre à ce reproche; il craignoit
de faire entrevoir sa jalousie ; il lui demanda pardon de la liberté qu'il avoit
prise decontrevenir à des ordres qui peutêtre n'étoient pas moins pour lui que
pour tous les autres, quoique le nœud qui
devoit les unir à jamais le mit en droit
de se croire excepté. »Ce droit n'est pas
»encore si sûr que vous le
que
lui pensez ,
répondit Delmire, avec une petite émo-
»tion de colere, puisqu'il n'est fondé que
sur un hymen , auquelje n'ai consenti
»que conditionnellement; avez vous oubiié quelles sont nos conventions ? Vous
>m'avez promis de n'être plus jaloux ;
moi
JUILLET. 1732. 1543
moi,jaloux, s'écria D. Rodrigue;voulez-
» vous me faire un crime d'un mouvement
» de curiosité qui ne tire nullement à con-
» séquence. Eh bien , je vous en croi , lui
» répondit Delmire ; mais comme cette
»curiosité m'a induite à vous soupçonner d'infraction de traité , c'est par
» même que je veux vous punir ; pér-
» mettez donc que je ne la satisfasse pas ;
» vous ne sçauriez mieux me prouvervo
là
tre innocence ; le sacrifice que je vous
» demande n'est pas grand , et si vous
» sçavicz à qui s'addresse cette Lette que
» vous avez voulu lire à mon insçu , vous
» ne balanceriez pas un moment à m'ac-
» corder ce quej'exige de vous ; j'y sous-
» cris sans repugnance , lui répondit Ro
>> drigue , malgré l'envie secrette qu'il
» avoit d'apprendre ce que contenoit cette
» Lettre mysterieuse , que Delie lui avoit
» renduë suspecte ; vous me comblez de
» plaisir , lui dit Delmire, et je commen
ce à bien augurer de votre amende
» ment.
Elle demeura ferme dans sa résolution ,
quoique Rodrigue ne laissât pas de lui
faire entrevoir le desir qu'il avoit de sça--
voir ce qu'elle venoit d'écrire ; ils se sé→
parerent assez satisfaits l'un de l'autre en
apparence ; mais Rodrigue nourrissoit
Dvj dans
1544 MERCURE DE FRANCE
"
4
dans le cœur une inquiétude qu'il lui
falloit dévorer aux yeux de sa Princesse;
elle ne l'eut pas plutôt quitté , qu'il ne
songea qu'aux moyens de s'éclaircir d'un
doute qui troubloit son repos.
Il avoit , pour son malheur , un Confident qui flatoit sa jalousie , parce qu'il
n'étoit jamais plus en faveur auprès de
son Maître , que lors qu'il faisoit quelque
découverte qui l'entretenoit dans son
amoureuse défiance. Cette peste de Cour
s'appelloit Octave. Dom Rodrigue ne lui
eut pas plutôt communiqué ce qui venoit de se passer entre Delmire et lui ,
que ce dangereux Courtisan lui avoüa
qu'il croyoit que cette Lettre que la Princesse avoit écrite à son insçu , s'adressoit
à quelque Rival caché ; il s'offrit à l'intercepter ; Dom Rodrigue lui promit une
récompense proportionnée à ce service ;
mais comme il craignoit d'offenser sa Princesse , il lui ordonna d'éviter l'éclat dans
la commission dont il se chargeoit. Octave lui dit qu'il pouvoit s'en reposer sur
sa dexterité , et le quitta pour aller se
préparer à cette expedition.
Delmire , contente du petit sacrifice
que son Amant venoit de lui faire , chargea Délie de remettre le Billet qu'elle venoit d'écrire entre les mains de celui qui
lul
JUILLET.- 17328 1545
lui avoit apporté la Lettre de la Duchesse
de Tirol ; c'étoit un Amant de Delie ,
qui s'appelloit Florent. Elle executa les ordres de sa Maîtresse ; mais comme les
Amans ont toûjours quelque petit reproche à se faire , Florent ne voulut point
s'éloigner de Délie , sans se plaindre de
son indifference : Est-il possible , lui
dit - il que l'amitié soit plus empres-
»sée que l'Amour ? La Duchesse de Tirol
» n'a pas plutôt appris que le commerce
» n'est plus interrompu entre les Peuples
d'Arragon et ceux de Valence , qu'elle
»s'empresse d'écrire à la Princesse Delmire ; cette tendre amie n'est pas moins
» prompte à lui faire réponse , et Délies
>> pendint deux mois d'absence , ne peut :
>> trouver un seul moment pour donner:
»de ses nouvelles au plus passionné de
>> tous les Amans ! voici de quoi vous convaincre , lui répondit- elle , en tirant
>>de sa poche une Lettre qu'elle n'avoit
>> pû lui envoyer ; ce n'est point- là ton
» caractere , lui dit Florent , il est vrai ,
» répliqua Délie , c'est la Princesse même
» qui a eu la bonté de me préter sa main,
parce ce que je ne pouvois pas me servir
de la mienne , à cause d'une indisposi-
» tion.
Florent étoit si persuadé des bontez de
Del-
16 MERCURE DE FRANCE
Delmire pour Délie , qu'il ne douta point
qu'elle ne lui dît vrai , il la pria de lui
laisser cette chere Lettre , puisque c'étoit
à lui- même qu'elle s'adressoit , Délie n'en
fit aucune difficulté , et retourná auprès
de sa Maîtresse.
Florent ne fut pas plutôr seul qu'il ne
put résister à l'envie de lire ce que Délie
lui écrivoit ; il étoit si occupé de cette
lecture qu'il ne s'apperçut pas de l'arrivée
d'une personne masquée , soutenuë de
plusieurs autres qui devoient venir à son
secours en cas de besoin. C'étoit Octave
qui s'avançant par derriere , lui saisit la
Lettre de Délie. Florent se deffendit autant qu'il put , mais tous les efforts qu'il fie
n'empêcherent pas qu'Octave ne lui ravît
la moitié d'une Lettre qui lui étoit si
chere. Fatale moitié , dont nous verrons
bien-tôt les fun stes suites.
Florent ne pouvant tirer raison de
l'insulte qu'on venoit de lui faire , et ne
scachant qui il devoit en accuser , se con- sola de la perte de cette moitié de Lettre ,
et partir pour aller porter à la Duchesse du
Tirol , le Billet dont D'lie venoit de le
charger de la part de Delmire. Octave
content de son larcin , aila sur le champ
trouver D. Rodrigue , pour lui rendre
compte de l'heureux succès de son zele ;
voici
JUILLET. 1732. 1547
voici ce que contenoit cette moitié de
Lettre, qu'il remit entre les mains de son:
Maître.
L'Amour que vous m'avez autrefois jurée
me fait esperer que vous ne m'avez pas oubliée .
recevez donc ces nouvelles marques de ma tendresse ;
y serez-vous aussi sensible que vous le devez ?
vous êtes dans Saragosse et moi ,
cruelle et rigoureuse absence •
souvenez- vous que je n'aime que vous
que puisque je ne puis vivre sans mon cher ...
vous ne devez vivre que pour la tendre Del ·
Quels furent les transports du Roy de
Valence à cette fatale lecture. Ah! je
»ne m'étonne plus , s'écria-t'il¸ que Pina fidelle Delmire ait pris tant de précau
tion pour n'être point surprise quand
» elle traçoit ces tendres témoignages de
on coupable amour ; avec quelle adresse la peifide s'est prévalue du funeste
>> ascendant qu'elle a sur mon cœur , pour
»me dérober un secret dont la connoissance l'auroit perdue , mais elle ne m'aura pas trompé impunément ; elle ne
»dira plus que ma jalousie est injuste , et
»je n'ai que trop , pour mon malheur
de quoi la confondre.
Il ne s'arrêta pas long- temps à s'exhaler en vains reproches , il courut à l'Appartement de Delmire , pour la convaincre de son manque de foy.
1548 MERCURE DE FRANCE
La Princesse d'Arragon ne s'apperçût pas d'adord du trouble de son cœur ;
elle lui témoigna même combien elle
étoit satisfaite du petit sacrifice qu'il ve
noit de lui faire ; » vous osez encore in→
»sulter à ma crédulité , lui répondit le
» Roy jaloux , d'un ton à la faire trem-
»bler , il n'est que trop grand ce sacrifi-
>> ce dont vous voulez diminuer le prix';
» mais le Ciel , le juste Ciel , n'a pas permis que vous ayez recueilli le fruit de
»votre crime. De mon crime , répondit
» Delmire avec ce noblé courroux qu'ins-
» pire l'innocence accusée ; quoi ? c'est
»par Rodrigue que je suis si mortelle
"
ment outragée. Moi criminelle ! ache-
»vez , cruel persecuteur d'une Princesse
"que vous condamnez à des malheurs
Ȏternels ; apprenez- moi par quelle ac-
» tion j'ai pû meriter l'injure que vous
»faites à ma gloire.Ne croyez pas , poursuivit cet injuste Amant , m'imposer
» encore par ces trompeuses apparences de
»vertudont vous m'avez ébloui jusqu'au-
´» jourd'hui , mes yeux se sont ouverts , et
» plût au Ciel qu'ils fussent encore fer-
>> mez ; et que le hazard ne m'ût pas mis
>> entre les mains des témoins irrécusables
» de votre infidelité. Lisez, poursuivit- il,
» et démentez votre main , si vous l'osez.
»Je
JUILLET. 1732. 1549
» Je ne scaurois disconvenir , lui dit Del-
>> mire , après avoir jetté un regard d'in-
>> dignation sur l'Amant et sur la Lettre
qu'il lui présentoit , je ne sçaurois nier
»que ces mots ne soient tracez de ma
»main; mais avez- vous lieu d'en être ja-
>> loux ? oserez-vous me persuader , in-
»terrompit Rodrigue , que ces tendres
>>> sentimens s'adressent à moi ? L'Amant
»à qui vous écrivez est à Sarragoce ; quel
>> qu'il soit , lui répondit Delmire avec un
>> fier dédain , il est plus digne d'être aimé
»que vous , ces mots acheverent de
»rendre Rodrigue furieux. Quoi ? je
>>ne suis donc plus pour vous , lui dit-il,
» qu'un objet de mépris ! que dis- je ? je
»l'ai toûjours été. Cette absence que vous
» appellez cruelle et rigoureuse , n'a pas
» paré un moment votre perfide cœur de
>> cet heureux Rival , que vous mettez si
fort au- dessus de moi , et vous l'adoriez en secret dans le temps que vous
»me juriez une foi inviolable et un amour
» éternel. Ne poussons pas plus loin une
» erreur qui vous autorise à de nouveaux
»emportemens , lui dit enfin Delmire ; ils
seroient justes s'ils étoient fondez sur
la verité , il est temps de vous détrom-
» per ; mais c'est plutôt pour ma gloire ,
»ajouta- t'elle , que pour votre satisfac
sé-
»tion;
1550 MERCURE DE FRANCE
›
»tion. A ces mots elle ordonna qu'on
>> fit venir Délie ; elle fut obéïe sur le
champ ; Délie , qui se doutoit de ce
qui se passoit entre le Roy et la Princesse entra dans son Appartement
munie d'armes deffensives ; Florent, qui
ne faisoit que de venir de Sarragoce , l'avoit instruite de la violence qu'on lui avoit
faite. Elle tenoit dans sa main, la moitié
de Lettre qui étoit restée dans celle de
Florentin ; » j'ai pressenti , dit elle , en
»s'adressant à Delmire que vous pourriez avoir besoin de cette piece justificative échappée au larcin qu'on a fair
»à Florent. Donnez , répondit Delmire ,
»et vous , injuste Amant , joignez ces ca-
»racteres à ceux qui m'ont rendue si cou-
་
pable à vos yeux , et rougissez seul du
>> crime que vous avez voulu m'imputer.
»Que je crains d'avoir trop mérité votre
»colere ! s'écrie D. Rodrigue , en rece-
»vant d'une main tremblante le fatal
» papier que Delmire lui présentoit.com
»me l'Arrêt de sa condamnation. Je vous.
→crois innocente , continua- t'il , sans rien
>examiner de plus ; il ne suffit pas que
»vous me croyez innocente, lui répon-
»dit Delmire, avec beaucoup d'alteration ,
»il faut que vous soyez convaincu de
»votre crime, je vous laisse , ajoûta- t'elle,
» pour
JUILLET. 1732. 1351
» pour aller refléchir à loisir sur la peine
»qui vous est duë.
A ces mots Delmire le quitta sans
daigner le regarder , et ce qui le fit trembler davantage , c'est de voir qu'elle étoit
suivie de Délie, qu'il sçavoit n'être pas
trop bien intentionnée pour lui.
Sitôt qu'il fut seul , il rejoignit les deux
moitiez de Lettre , et y trouva ces mots.
L'amour que vous m'avez autrefois jurée , mon
ther Florent, et que je vous ai jurée à mon tour,
me fait esperer que vous ne m'avez pas oubliée
malgré la distance des lieux qui nous séparent ;
recevez donc ces nouvelles marques de ma tendresse , qui partent moins d'une plume empruntée que de mon cœur ; y serez vous aussi sensible que
vous le devez je n'ose presque l'esperer ; que sçai-jez
Vous êtes à Sarragosse et moi à Valence ; je ne
veis personne ; puis -je me flatter que vous fassiez de
même. Cruelle et rigoureuse absence ! que tu me
causes d'allarmes ! cependant , souvenez- vous que
je n'aime que vous ; n'aimez aussi que moi , et
songez sans cesse que puisque je ne puis vivre
sans mon cher Florent ; pour prix de tant de
fidelité , vous ne devez vivre que pour la tendre Delie.
Dans quel accablement la lecture de cette
Lettre ne laissa point le jaloux Rodrigue ?
Le plaisir secret qu'il sentit d'abord à se
voir convaincu de la fidelité de Delmire ,
ne put balancer le mortel regret de l'avoir offensée. La froideur avec laquelle'
sa
1552 MERCURE DE FRANCE
sa chere Princesse lui avoit dit en le quittant , qu'elle alloit refléchir à loisir sur
la peine qui lui étoit duë , lui donnoię
tout à craindre pour son amour ; il s'étoit soumis lui- même à cette peine par
la promesse qu'il lui avoit faite de n'être
plus jaloux , mais ce qui l'avoit induit à
l'être , étoit si vrai-semblable , qu'il ne
desespera pas de la fléchir.
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Résumé : LE PRINCE JALOUX.
Le texte 'Le Prince jaloux' explore la passion destructrice de la jalousie, notamment dans le contexte amoureux. La jalousie amoureuse est décrite comme un mélange complexe d'amour et de haine, motivée par la crainte de perdre l'affection de l'être aimé. L'histoire se déroule dans les royaumes d'Arragon et de Valence, initialement en paix sous les règnes de Dom Alphonse et Dom Fernand. Leurs successeurs, Dom Pedro et Dom Rodrigue, mettent fin à cette paix. Dom Rodrigue, plus impulsif, déclenche une guerre fondée sur des prétextes ambitieux. Rodrigue conquiert la capitale d'Arragon et Dom Pedro abandonne sa sœur Delmire aux mains de Rodrigue. Rodrigue, ému par la détresse de Delmire, exprime son repentir. Delmire, initialement indignée, est désarmée par son attitude respectueuse et finit par céder à l'amour. Cependant, Rodrigue, consumé par la jalousie, craint de perdre Delmire. Dom Pedro, trahi par la fortune, cherche des alliés pour récupérer sa sœur et son royaume. Delmire transmet les demandes de son frère à Rodrigue, qui réagit avec fureur jalouse. Delmire parvient à calmer Rodrigue en lui rappelant son amour. Rodrigue accepte de libérer Delmire, mais menace de vengeance contre son rival. Delmire, consciente de la dangerosité de la jalousie de Rodrigue, promet de convaincre son frère d'accepter leur union. Les préparatifs de guerre reprennent, mais Delmire négocie la paix et leur mariage. Cependant, elle reste préoccupée par la jalousie de Rodrigue. Delmire partage ses inquiétudes avec ses confidentes, Théodore et Délie, qui la conseillent différemment sur son avenir avec Rodrigue. Delmire demande à Rodrigue de surmonter sa jalousie avant de l'épouser. Rodrigue jure de ne plus être jaloux, mais ses promesses sont rapidement mises à l'épreuve. Rodrigue tente de lire une lettre destinée à Florent, l'amant de Délie, une dame de Delmire. Cette lettre, partiellement lue par Rodrigue, semble prouver l'infidélité de Delmire. Rodrigue confronte Delmire, qui nie toute infidélité et accuse Rodrigue de mépriser sa gloire. Delmire convoque Délie pour prouver son innocence. Délie présente la moitié d'une lettre que Delmire complète avec celle en sa possession. Cette lettre prouve la fidélité de Delmire et l'amour de Florent. Rodrigue, convaincu de son erreur, regrette d'avoir offensé Delmire et craint pour leur relation.
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13
p. 1552
« On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...] »
Début :
On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On verra la suite de cette Histoire dans le prochain [...] »
On verra la suite de cette Histoire dans
le prochain Mercure.
le prochain Mercure.
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14
p. 1552-1554
ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Début :
Heureux celui, qui dans sa vie, [...]
Mots clefs :
Psaume, Impie, Sagesse éternelle, Jugement de l'Univers
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
O DE SACRE' E,
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Le poème 'O DE SACRE' E,' extrait du Premier Psaume 'Beatus vir,' oppose le juste et l'impie. Le juste est heureux car il évite les conseils trompeurs de l'impie et reste fidèle à la sagesse éternelle. Il médite la loi divine jour et nuit, comparé à un arbre planté près d'un ruisseau, qui embellit le hameau de son maître et produit des fruits abondants. L'impie, en revanche, échoue dans ses projets et est comparé à une matière faible, dispersée par un souffle. Il ne peut échapper à la tempête qui le renversera et ne pourra pas renaître pour entrer dans les saints concerts. Dieu connaît la différence entre le crime et l'innocence et a fixé leur sort depuis toujours. Ainsi, tandis que l'impie fait naufrage, le juste surmonte l'orage pour atteindre le port.
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15
p. 1554-1567
LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
Début :
Puisque vous le voulez, Monsieur, je vous écrirai mes sentimens [...]
Mots clefs :
Astrologie judiciaire, Horoscope, Astres, Astrologues, Humains, Savants, Signes célestes, Providence
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
LETTRE sur l'Astrologie Judiciare,
et les Horoscopes , écrite par M. Cipiere ,
à M. l'Abbé B....
sur
Uisque vous le voulez , Monsieur ,
Pije vous écrirai mes sentimens
l'Astrologie Judiciaire , cette science des
Prédictions et des Horoscopes. Je commencerai par un Auteur Chrétien , qui
a été Licentié en Droit , et qui a professé
les
JUILLET. 1732. 1555
les Mathématiques à Bordeaux , sa Patrie
et la mienne. C'est Guillaume Desbordes,
Gentilhomme , qui a traduit en François
la Sphere de Jean de Sacrobosco. Sa Traduction fut imprimée à Paris , chez Denis Cavelles , en l'année 1607. Le Traducteur a mis au-devant de l'Ouvrage
une longue Préface pour établir l'utilité
de l'Astrologie Judiciaire , qu'il fonde
sur un sistême moins opposé aux principes de la Religion , que tant d'autres
qui ont parû sur la même matiere,
1°. Il cite Platon, qui dit que les yeux
n'ont été donnez aux hommes que pour
l'Astronomie , c'est-à-dire , pour élever
l'esprit à la connoissance de l'Auteur de
tous les Astres. Il y loüe Purboche , et
Jean de Montroyal , pour avoir rétabli
l'Astrologie. Il croit avec Aristote , que
le monde inferieur est regi par le Superieur.
2º. Nous voyons , dit-il , contre Pic
de la Mirandole, que les conjonctions des
Etoiles ardentes brulent les corps terrestres , et les rendent secs et arides ; que les
Etoiles et les Signes humides augmentent les humeurs ; que les diverses mixtions des Rayons des Corps Celestes , sont
la cause de la diverse temperature de
toutes les qualitez des Corps Terrestres.
3º.
1556 MERCURE DE FRANCE
3. L'auteur attribue aux Corps Celestes la varieté de la temperature de nos
corps , et à cette varieté de temperature ,
celle de nos passions et la diversité des
esprits , si l'éducation ne change le naturel. Dieu est au- dessus de ces forces naturelles , et il nous laisse notre libre arbitre qui change quelquefois l'ordre de
la Nature. Un exemple de cela. Moyse
fut conservé , non par la puissance des
Astres , mais par une volonté particuliere de Dieu. Un autre exemple. S. Pierre
fut délivré de la prison par un Ange ,
non par les Astres. N'est- il pas vrai ,
M. que Desbordes auroit pû mettre dans
la conjonction des Astres , la fille du Roy
qui sauva Moyse des eaux , et l'Ange qui
tira l'Apôtre de la prison ? mais il croyoit
aux Miracles.
- 4°. Il prouve par l'Ecriture Sainte que
les effets de ces causes superieures , sont
subordonnez à Dieu , qui veut que les
hommes ayent en lui une sincere confiance. Dieu a dit par la bouche de Jeremie , de ne craindre point les Signes
du Ciel , mais d'avoir de la confiance en
sa proteccion.
5o. L'Auteur reconnoît encore une
autre cause contraire à la disposition des
Astres, qui influë dans la vie des hom
mes.
JUILLET. 1732 1557
mes. C'est le Démon , ennemi du genre
humain , c'est à lui qu'il faut attribuer
les crimes de Neron et de Caligula.
6. Il croit avec Ptolomée , que les
ordonnances des Astres sont moins efficaces que les Arrêts du Sénat et des Préteurs.
7. Il conclut enfin que les conjonctions des Astres qui disposent de la destinée des Humains , ne nécessitent personne , et qu'il faut mépriser totalement
les prédictions des Astrologues , qui sont
semblables aux pronostics des Medecins ;
mais il seroit déraisonnable , ajoûte l'Auteur, de croire que les Planettes et les
Etoiles fussent dans les cieux sans aucune signification ni effet. Les saintes
Lettres n'ont pas dit en vain , qu'elles seroient des Signes pour les temps , les
ans et les jours. Il faut avoüer , Monsieur,
que si cela est comme Desbordes l'éta
blit , cette science se réduit presqu'à rien
pour les prédictions qui interessent la liberté de l'homme.
D'autres Auteurs ont pressé davantage
l'effet des Prédictions. Thiogenes prédit
l'EmpireàAuguste, selon Suetone . Les Mathématiciens chassez de Rome par Vitellius,lui prédirent le genre de sa mort dans
lesCalendes d'Octobre, ce qui arriva, selon
Xiphilin. Ascletarion , interrogé par DoE mitien
558 MERCURE
DE FRANCE
mitien , de quelle mort , lui Aseletarion
mourroit
, il répondit qu'il seroit devoré
des chiens. L'Empereur
, pour tromper
les Astres , le fit mourir , et ordonna que
son corps fût mis dans une fosse fort profonde. Les Fossoyeurs épouventez
par
une pluye fort abondante
, s'enfuirent et
laisserent le corps en proye aux chiens.
Ainsi le rapporte le même Xiphilin, après
Dion. Mais l'Empire ne fut-il pas prédit de
à Rodolphe
de Harpourg
, au rapport Cuspinian , et le Souverain Pontificat à
Leon X. et à Adrien IV. selon Paul Jove?
Ce sont des Astrologues qui l'ont prédit et non des Prophetes inspirez de Dieu.
10.
Tout le monde n'a pas eû cette foi pour
les Astrologues ; plusieurs Sçavans ont
été contraires à leurs prétentions. Ciceron , auLivre 2. de la Devination ; Sextus
Emperius , contre les Grammairiens , Ch.
ro. Phavorin dans Gellius , L. 14. C. I.
ont renversé tous leurs principes. L'Empereur Tibere les condamna à mort, quoiqu'il eût Thrasyde à son service. Nous
avons dit que Vitellius les avoit chassés ·
de l'Italie , et Valere Maxime , L. 1. C. 3 .
rapporte les raisons qu'il y eut pour les
chasser de Rome sous le Consulat de
M. Popilius Lanos , et Cn. Calpurnius ,
long temps avant Vitellius.
Le
JUILLET. 1732.32. 1559
Le Prophete Isaïe les connoissoit bien ,
quand il dit : Stant et salvent te augures
Cæli , qui contemplabantur sidera , et supputabant menses , ut ex eis annuntiarent
ventura tibi , Cap. 47. V. 18. Les Peres de
l'Eglise n'en ont pas eu meilleure opinion ;
on en pourroit citer un nombre qui ont
ensé la même chose avec Eusebe de Cesarée , Prapar. Evang, et avec les Saints
Basile , dans son Hexameron , Ambroise ,
Irenée , et Augustin , nous y joindrons
les Conciles qui ont condamné les opinions des Priscillanistes sur ce sujet.
P
Je dois vous rapporter ici , M. les sentimens de S. Augustin , Civit. Dei , L.V.
Cap. 2. Il combat les Horoscopes , et en
fait voir la fausseté. Pour cela il examine
la ressemblance de deux Jumeaux , qui
dans un même temps tomberent malades
avec des symptômes et des accidens pareils , et moururent à la même heure.
Hipocrate , qui les avoit vûs , jugea de
cette ressemblance qu'ils étoient Jumeaux.
Le Stoicien Posidonius , qui s'étoit appliqué à l'Astrologie , soutenoit que cette`
ressemblance venoit de ce que ces Jumeaux avoient été conçûs sous le même
Ascendant. Si cette raison étoit bonne ,
dit S. Augustin , on ne devroit voir aucune diversité dans la vie des Jumeaux ,
E ij ce
15 MERCURE DE FRANCE
ce qui est contre l'experience. Nigidius ,
fameux Mathématicien , et le plus sçavant Romain après Varron , soutenoit
dans cette question , que les Jumeaux ne
pouvoient avoir un même ascendant , à
cause de la difference qui se trouve entre
la naissance de l'un et la naissance de
l'autre. La remarque qu'il avoit faite sur
la roue du Potier , qui tournoit de toute
sa force , est très- propre pour faire voir
cette difference ; car les deux marques
qu'il fit sur la roue dans le même temps
et fort près l'une de l'autre , se trouverent assez éloignées entre elles. D'où il
jugea que les Cieux tournant encore plus
rapidement que la roue du Potier , la difference des naissances des deux Jumeaux
devoit être encore plus grande , à cause
du grand cercle que décrivent les Astres
dans les Cieux. C'est de- là que ce Nigidius acquit le surnom de Figulus , ou
Potier. Et de-là on peut conclure que les
Astronomes ne peuvent même considerer la position dos Astres , qui passent si
vîte.
Prenons le systême et le plan d'un sçavant Allemand nommé Mathieu Sluter ,
Jurisconsulte et Syndic de la Ville de
Hambourg. Il croyoit pouvoir prédire les
divers changemens de l'Air , l'humidité
la
JUILLET. 1732. 1561
la secheresse , la serenité , les pluyes , les
orages. La conjonction on l'aspect des
Planettes fait qu'elles se chargent l'une
l'autre de leurs influences particulieres.
Ces influences ou ces corpuscules mêlez
ensemble dans notre Atmosphere , y exeitent les vents et les pluyes , ou rétablissent la serenité. Mais pour prédire
tout cela , il faut avoir une suite d'Observations uniformes et constantes de
tous les chingemens qui sont arrivez
dans l'air aux temps de ces conjonctions.
De là on tírera des axiomes et des regles
sur lesquelles on fondera une Théorie.
Cet Auteur a déja donné une suite de ses
Observations , qui commence au 3. Février 1701. et finit au 3. Avril suivant.
M. Cok , Anglois , avoit donné avant lui
cette idée dans ses Axiomes Metecrolo
giques.
Je doute , M. qu'on puisse jamais faire
de ces Observations constantes et uniformes. Les Signes Celestes qui se levent en
certaines saisons , ne sont appellez Signes
que parce qu'ils se levent en certaines saisons où ordinairement l'air change de
temperature. Ils ne sont donc pas cause,
mais simplement Signes.
Dailleurs quelles difficultez à faire descendre les corpuscules des Planettes dans
E iij notre
1562 MERCURE DE FRANCE
notre Atmosphere ? Pour le moins autant
qu'à faire monter les exhalaisons de la
Terre jusques dans l'Atmosphere de Jupiter et de Saturne , dont la Terre est
prodigieusement éloignée. Comment faire sortir de l'Atmosphere de Saturne les
Corpuscules qui s'en exhalent? S'ils en sor
tent , ne seront-ils pas emportez par la
rapidité du tourbillon de cette grande
Planete ? Ne seront- ils pas dispersez dans
la vaste étendue des Cieux , où ils rencontreront encore d'autres Planettes et
d'autres tourbillons ? et quelle petite
quantité en arrivera sur la Terre ? Mais
encore ce systême, quelque fondé qu'il fût,
n'entrevoit pour rien dans la destinée des
hommes, ou s'il y entroit, ce ne seroit que
comme la nature des divers climats qui
font les hommes d'un temperament ,
plutôt que d'un autre ; et encore ce temperament seroit- il changé par l'éducation
et par la Religion, par la nourriture et la
qualité de l'air. Le Pays de la Beotie , gras
et fertile , ne produisoit point des hommes du genie des Athéniens qui habitoient
un Pays aride. Les Egyptiens dans un Pays
que les eaux seules du Nil rendoient fertile , ont été les premiers inventeurs des
Arts.
J'ai cité plus haut ce celebre Phavorin ,
JUILLET. 1732 1563
rin, un des Favoris de l'Empereur Adrien.
Il avoit fait une Dissertation contre ceux
qu'on appelle Caldéens, qui promettent de
prédire le sort et la destinée des hommes,
par l'inspection des Astres par les conjonctions et le mouvement des Planetes
et des Etoiles , nous avons un abregé de
cette Dissertation dans les Nuits Attiques
d'Aulugelle. L. XIV. Cap. I. L'Auteur dit ces Devins exercent que
leur Art pour de l'argent et pour vivre ;
que leur erreur vient de ce qu'ils ont vû
plusieurs corps terrestres dépendre du
mouvement des Astres , comme la Mer
qui est gouvernée par la Lune. De- la ils
ont conclu que les autres corps étoient
gouvernez par les Planetes et les Etoiles.
Si les hommes , ajoûte-t'il , pouvoient
prédire l'avenir , ils auroient la science
des Dieux ; mais pour en venir aux raisons qui rendent incertaine la science de
l'Astrologie.
1°. Il dit que les Observations de ces
Caldéens ne pouvoient avoir un effet general , parce qu'elles ne pouvoient être
appliquées qu'aux lieux où elles avoient
été faites , et où les Astres confluoient ;
car les Astres ne paroissent pas par tout
dans la même position. S'ils font pleuvoir dans un endroit , ils font le temps
E iiij serein
1564 MERCURE DE FRANCE
serein dans l'autre ; ainsi leurs effets seront differens pour les Caldéens , pour
les Getules , pour les Habitans du Danube et pour ceux du Nil. Il est impossible , ajoûte l'Auteur , que dans une si
grande courbure du Ciel et dans cette
immense profondeur des Cieux étendus
P'un sur l'autre , les Astres soient ou paroissent dans la même conjonction ou situation à l'égard de tous les Peuples de la
Terre , et que leurs influences soient toujours uniformes et toûjours les mêmes.
2º. Si les Caldéens ont observé les effets des Etoiles visibles , combien y en
a- t'il qu'ils n'ont pas vûës, et qui peuvent
être en conjonction avec les visibles ? Si
Phavorin avoit connu les Satellites de
Jupiter et de Saturne , que n'auroit- il
pas dit?
3. Ils ont observé les évenemens arrivez sous certaines conjonctions , et delà ils ont assuré que les mêmes arriveroient sous les mêmes conjonctions. Mais
peut- on faire beaucoup d'observations
sous des conjonctions qui n'arrivent que
dans cent ans , que dans mille ans ? At'on vû des Livres qui nous ayent con..
servé ces Observations anciennes?
4°. Comment peuvent- ils dire qu'il y
a des conjonctions qui président à la
conception
JUILLET. 1732. 1565
conception , à la naissance dix mois après,
à la fortune, aux nôces, à la fécondité
des Epoux ? Les Astres passent trop vîte
et les mêmes ne peuvent faire tout cela.
5. Les Astres pourroient-ils produire
les évenemens qui viennent des causes
exterieures ? Comment causeroient- ils les
nouveaux projets , les jugemens, les désirs , les amours , les inimitiez , les railleries , les doutes ? Ce seroit faire agir les
hommes comme les bêtes , qui ne font rien par leur propre arbitre , et les hommes ont leur propre arbitre , qui ne seroit rien s'il dépendoit de la force des
Astres.
6°. S'ils peuvent prédire, ces Caldéens,
la victoire à Pyrrhus ou à Marius- Curius,
pourquoi ne peuvent-ils pas promettre à
un tel qu'il gagnera au jeu ? Les Astres
ne marquent- ils que de grandes choses ,
et celles-cy sont- elles si petites qu'elles
en soient imperceptibles dans les Astres ?
Mais est-il rien de si petit que le mo
ment auquel l'homme en naissant reçoit
sa destinée ? Cependant cecte petite chose
est marquée dans les Asetes ; et après tout,
les deux Jumeaux conçus en un insant ,
ne sont-ils differens sur leur fortune
dans leurs accions et dans leur mort?
pas
79. Comment accorder ces differens
E v
Astres
1566 MERCURE DE FRANCE
Astres , qui ayant fait naître tant de personnes differentes par leur âge , leur nation , leur condition , les font périr dans
un tremblement de terre , dans la chute
d'une maison , dans une Bataille , dans
un nauffrage ?
8°. Mais les animaux sont- ils aussi sujers aux Astres , comme les hommes ? Je
finirai par où j'ai commencé , et je dirai
avec le Poëte Pacovius :
Nam si qui qua ventura sunt pravideant ,
Equiparant Jovi.
Et je dirai encore avec Accius :
Nihil vides Auguribus qui aures verbi divitant ,
Alienas , suas ut locupletent domos,
Phavorin exhorte les jeunes gens de
ne se fier point aux Astrologues. Si vous
craignez , dit-il , les maux qu'ils vous
prédisent , vous devenez miserables par
cette crainte. Si vous attendez long- tems
les biens qu'ils vous promettent , vous
devenez encore miserables , lorsque vous
appercevez que vous êtes trompez. Ajoûtons à toutes ces raisons , que Dieu n'a
point tracé la conduite du genre humain
dans les Astres , et qu'il ne se repose pas
sur eux du soin qu'il a pour les hommes.
Sa sagesse ,sa bonté et sa justice , condui
sent
JUILLET 1732. 1567
sent tout, et c'est là sa Providence.Qu'estil besoin après cela d'aller dresser des
machines dans les Cieux pour faire naître et mourir des hommes d'une maniere
differente ? et encore de placer ces machines dans des lieux si élevez , pour
n'être vûës que des Astrologues , et avec
des Telescopes ?
Je vous laisse , Monsieur , avec les refléxions que vous pouvez faire en Théologien , ou avec celles que nous a données M. Bayle , dans son Ouvrage sur
les Cometes ; je vous ai assez fait voir
mes sentimens sur cette matiere. Je sou- haite que vous connoissiez ceux que j'ai
pour vous. Je suis , &c.
A Paris le 4. Janvier 1732.
et les Horoscopes , écrite par M. Cipiere ,
à M. l'Abbé B....
sur
Uisque vous le voulez , Monsieur ,
Pije vous écrirai mes sentimens
l'Astrologie Judiciaire , cette science des
Prédictions et des Horoscopes. Je commencerai par un Auteur Chrétien , qui
a été Licentié en Droit , et qui a professé
les
JUILLET. 1732. 1555
les Mathématiques à Bordeaux , sa Patrie
et la mienne. C'est Guillaume Desbordes,
Gentilhomme , qui a traduit en François
la Sphere de Jean de Sacrobosco. Sa Traduction fut imprimée à Paris , chez Denis Cavelles , en l'année 1607. Le Traducteur a mis au-devant de l'Ouvrage
une longue Préface pour établir l'utilité
de l'Astrologie Judiciaire , qu'il fonde
sur un sistême moins opposé aux principes de la Religion , que tant d'autres
qui ont parû sur la même matiere,
1°. Il cite Platon, qui dit que les yeux
n'ont été donnez aux hommes que pour
l'Astronomie , c'est-à-dire , pour élever
l'esprit à la connoissance de l'Auteur de
tous les Astres. Il y loüe Purboche , et
Jean de Montroyal , pour avoir rétabli
l'Astrologie. Il croit avec Aristote , que
le monde inferieur est regi par le Superieur.
2º. Nous voyons , dit-il , contre Pic
de la Mirandole, que les conjonctions des
Etoiles ardentes brulent les corps terrestres , et les rendent secs et arides ; que les
Etoiles et les Signes humides augmentent les humeurs ; que les diverses mixtions des Rayons des Corps Celestes , sont
la cause de la diverse temperature de
toutes les qualitez des Corps Terrestres.
3º.
1556 MERCURE DE FRANCE
3. L'auteur attribue aux Corps Celestes la varieté de la temperature de nos
corps , et à cette varieté de temperature ,
celle de nos passions et la diversité des
esprits , si l'éducation ne change le naturel. Dieu est au- dessus de ces forces naturelles , et il nous laisse notre libre arbitre qui change quelquefois l'ordre de
la Nature. Un exemple de cela. Moyse
fut conservé , non par la puissance des
Astres , mais par une volonté particuliere de Dieu. Un autre exemple. S. Pierre
fut délivré de la prison par un Ange ,
non par les Astres. N'est- il pas vrai ,
M. que Desbordes auroit pû mettre dans
la conjonction des Astres , la fille du Roy
qui sauva Moyse des eaux , et l'Ange qui
tira l'Apôtre de la prison ? mais il croyoit
aux Miracles.
- 4°. Il prouve par l'Ecriture Sainte que
les effets de ces causes superieures , sont
subordonnez à Dieu , qui veut que les
hommes ayent en lui une sincere confiance. Dieu a dit par la bouche de Jeremie , de ne craindre point les Signes
du Ciel , mais d'avoir de la confiance en
sa proteccion.
5o. L'Auteur reconnoît encore une
autre cause contraire à la disposition des
Astres, qui influë dans la vie des hom
mes.
JUILLET. 1732 1557
mes. C'est le Démon , ennemi du genre
humain , c'est à lui qu'il faut attribuer
les crimes de Neron et de Caligula.
6. Il croit avec Ptolomée , que les
ordonnances des Astres sont moins efficaces que les Arrêts du Sénat et des Préteurs.
7. Il conclut enfin que les conjonctions des Astres qui disposent de la destinée des Humains , ne nécessitent personne , et qu'il faut mépriser totalement
les prédictions des Astrologues , qui sont
semblables aux pronostics des Medecins ;
mais il seroit déraisonnable , ajoûte l'Auteur, de croire que les Planettes et les
Etoiles fussent dans les cieux sans aucune signification ni effet. Les saintes
Lettres n'ont pas dit en vain , qu'elles seroient des Signes pour les temps , les
ans et les jours. Il faut avoüer , Monsieur,
que si cela est comme Desbordes l'éta
blit , cette science se réduit presqu'à rien
pour les prédictions qui interessent la liberté de l'homme.
D'autres Auteurs ont pressé davantage
l'effet des Prédictions. Thiogenes prédit
l'EmpireàAuguste, selon Suetone . Les Mathématiciens chassez de Rome par Vitellius,lui prédirent le genre de sa mort dans
lesCalendes d'Octobre, ce qui arriva, selon
Xiphilin. Ascletarion , interrogé par DoE mitien
558 MERCURE
DE FRANCE
mitien , de quelle mort , lui Aseletarion
mourroit
, il répondit qu'il seroit devoré
des chiens. L'Empereur
, pour tromper
les Astres , le fit mourir , et ordonna que
son corps fût mis dans une fosse fort profonde. Les Fossoyeurs épouventez
par
une pluye fort abondante
, s'enfuirent et
laisserent le corps en proye aux chiens.
Ainsi le rapporte le même Xiphilin, après
Dion. Mais l'Empire ne fut-il pas prédit de
à Rodolphe
de Harpourg
, au rapport Cuspinian , et le Souverain Pontificat à
Leon X. et à Adrien IV. selon Paul Jove?
Ce sont des Astrologues qui l'ont prédit et non des Prophetes inspirez de Dieu.
10.
Tout le monde n'a pas eû cette foi pour
les Astrologues ; plusieurs Sçavans ont
été contraires à leurs prétentions. Ciceron , auLivre 2. de la Devination ; Sextus
Emperius , contre les Grammairiens , Ch.
ro. Phavorin dans Gellius , L. 14. C. I.
ont renversé tous leurs principes. L'Empereur Tibere les condamna à mort, quoiqu'il eût Thrasyde à son service. Nous
avons dit que Vitellius les avoit chassés ·
de l'Italie , et Valere Maxime , L. 1. C. 3 .
rapporte les raisons qu'il y eut pour les
chasser de Rome sous le Consulat de
M. Popilius Lanos , et Cn. Calpurnius ,
long temps avant Vitellius.
Le
JUILLET. 1732.32. 1559
Le Prophete Isaïe les connoissoit bien ,
quand il dit : Stant et salvent te augures
Cæli , qui contemplabantur sidera , et supputabant menses , ut ex eis annuntiarent
ventura tibi , Cap. 47. V. 18. Les Peres de
l'Eglise n'en ont pas eu meilleure opinion ;
on en pourroit citer un nombre qui ont
ensé la même chose avec Eusebe de Cesarée , Prapar. Evang, et avec les Saints
Basile , dans son Hexameron , Ambroise ,
Irenée , et Augustin , nous y joindrons
les Conciles qui ont condamné les opinions des Priscillanistes sur ce sujet.
P
Je dois vous rapporter ici , M. les sentimens de S. Augustin , Civit. Dei , L.V.
Cap. 2. Il combat les Horoscopes , et en
fait voir la fausseté. Pour cela il examine
la ressemblance de deux Jumeaux , qui
dans un même temps tomberent malades
avec des symptômes et des accidens pareils , et moururent à la même heure.
Hipocrate , qui les avoit vûs , jugea de
cette ressemblance qu'ils étoient Jumeaux.
Le Stoicien Posidonius , qui s'étoit appliqué à l'Astrologie , soutenoit que cette`
ressemblance venoit de ce que ces Jumeaux avoient été conçûs sous le même
Ascendant. Si cette raison étoit bonne ,
dit S. Augustin , on ne devroit voir aucune diversité dans la vie des Jumeaux ,
E ij ce
15 MERCURE DE FRANCE
ce qui est contre l'experience. Nigidius ,
fameux Mathématicien , et le plus sçavant Romain après Varron , soutenoit
dans cette question , que les Jumeaux ne
pouvoient avoir un même ascendant , à
cause de la difference qui se trouve entre
la naissance de l'un et la naissance de
l'autre. La remarque qu'il avoit faite sur
la roue du Potier , qui tournoit de toute
sa force , est très- propre pour faire voir
cette difference ; car les deux marques
qu'il fit sur la roue dans le même temps
et fort près l'une de l'autre , se trouverent assez éloignées entre elles. D'où il
jugea que les Cieux tournant encore plus
rapidement que la roue du Potier , la difference des naissances des deux Jumeaux
devoit être encore plus grande , à cause
du grand cercle que décrivent les Astres
dans les Cieux. C'est de- là que ce Nigidius acquit le surnom de Figulus , ou
Potier. Et de-là on peut conclure que les
Astronomes ne peuvent même considerer la position dos Astres , qui passent si
vîte.
Prenons le systême et le plan d'un sçavant Allemand nommé Mathieu Sluter ,
Jurisconsulte et Syndic de la Ville de
Hambourg. Il croyoit pouvoir prédire les
divers changemens de l'Air , l'humidité
la
JUILLET. 1732. 1561
la secheresse , la serenité , les pluyes , les
orages. La conjonction on l'aspect des
Planettes fait qu'elles se chargent l'une
l'autre de leurs influences particulieres.
Ces influences ou ces corpuscules mêlez
ensemble dans notre Atmosphere , y exeitent les vents et les pluyes , ou rétablissent la serenité. Mais pour prédire
tout cela , il faut avoir une suite d'Observations uniformes et constantes de
tous les chingemens qui sont arrivez
dans l'air aux temps de ces conjonctions.
De là on tírera des axiomes et des regles
sur lesquelles on fondera une Théorie.
Cet Auteur a déja donné une suite de ses
Observations , qui commence au 3. Février 1701. et finit au 3. Avril suivant.
M. Cok , Anglois , avoit donné avant lui
cette idée dans ses Axiomes Metecrolo
giques.
Je doute , M. qu'on puisse jamais faire
de ces Observations constantes et uniformes. Les Signes Celestes qui se levent en
certaines saisons , ne sont appellez Signes
que parce qu'ils se levent en certaines saisons où ordinairement l'air change de
temperature. Ils ne sont donc pas cause,
mais simplement Signes.
Dailleurs quelles difficultez à faire descendre les corpuscules des Planettes dans
E iij notre
1562 MERCURE DE FRANCE
notre Atmosphere ? Pour le moins autant
qu'à faire monter les exhalaisons de la
Terre jusques dans l'Atmosphere de Jupiter et de Saturne , dont la Terre est
prodigieusement éloignée. Comment faire sortir de l'Atmosphere de Saturne les
Corpuscules qui s'en exhalent? S'ils en sor
tent , ne seront-ils pas emportez par la
rapidité du tourbillon de cette grande
Planete ? Ne seront- ils pas dispersez dans
la vaste étendue des Cieux , où ils rencontreront encore d'autres Planettes et
d'autres tourbillons ? et quelle petite
quantité en arrivera sur la Terre ? Mais
encore ce systême, quelque fondé qu'il fût,
n'entrevoit pour rien dans la destinée des
hommes, ou s'il y entroit, ce ne seroit que
comme la nature des divers climats qui
font les hommes d'un temperament ,
plutôt que d'un autre ; et encore ce temperament seroit- il changé par l'éducation
et par la Religion, par la nourriture et la
qualité de l'air. Le Pays de la Beotie , gras
et fertile , ne produisoit point des hommes du genie des Athéniens qui habitoient
un Pays aride. Les Egyptiens dans un Pays
que les eaux seules du Nil rendoient fertile , ont été les premiers inventeurs des
Arts.
J'ai cité plus haut ce celebre Phavorin ,
JUILLET. 1732 1563
rin, un des Favoris de l'Empereur Adrien.
Il avoit fait une Dissertation contre ceux
qu'on appelle Caldéens, qui promettent de
prédire le sort et la destinée des hommes,
par l'inspection des Astres par les conjonctions et le mouvement des Planetes
et des Etoiles , nous avons un abregé de
cette Dissertation dans les Nuits Attiques
d'Aulugelle. L. XIV. Cap. I. L'Auteur dit ces Devins exercent que
leur Art pour de l'argent et pour vivre ;
que leur erreur vient de ce qu'ils ont vû
plusieurs corps terrestres dépendre du
mouvement des Astres , comme la Mer
qui est gouvernée par la Lune. De- la ils
ont conclu que les autres corps étoient
gouvernez par les Planetes et les Etoiles.
Si les hommes , ajoûte-t'il , pouvoient
prédire l'avenir , ils auroient la science
des Dieux ; mais pour en venir aux raisons qui rendent incertaine la science de
l'Astrologie.
1°. Il dit que les Observations de ces
Caldéens ne pouvoient avoir un effet general , parce qu'elles ne pouvoient être
appliquées qu'aux lieux où elles avoient
été faites , et où les Astres confluoient ;
car les Astres ne paroissent pas par tout
dans la même position. S'ils font pleuvoir dans un endroit , ils font le temps
E iiij serein
1564 MERCURE DE FRANCE
serein dans l'autre ; ainsi leurs effets seront differens pour les Caldéens , pour
les Getules , pour les Habitans du Danube et pour ceux du Nil. Il est impossible , ajoûte l'Auteur , que dans une si
grande courbure du Ciel et dans cette
immense profondeur des Cieux étendus
P'un sur l'autre , les Astres soient ou paroissent dans la même conjonction ou situation à l'égard de tous les Peuples de la
Terre , et que leurs influences soient toujours uniformes et toûjours les mêmes.
2º. Si les Caldéens ont observé les effets des Etoiles visibles , combien y en
a- t'il qu'ils n'ont pas vûës, et qui peuvent
être en conjonction avec les visibles ? Si
Phavorin avoit connu les Satellites de
Jupiter et de Saturne , que n'auroit- il
pas dit?
3. Ils ont observé les évenemens arrivez sous certaines conjonctions , et delà ils ont assuré que les mêmes arriveroient sous les mêmes conjonctions. Mais
peut- on faire beaucoup d'observations
sous des conjonctions qui n'arrivent que
dans cent ans , que dans mille ans ? At'on vû des Livres qui nous ayent con..
servé ces Observations anciennes?
4°. Comment peuvent- ils dire qu'il y
a des conjonctions qui président à la
conception
JUILLET. 1732. 1565
conception , à la naissance dix mois après,
à la fortune, aux nôces, à la fécondité
des Epoux ? Les Astres passent trop vîte
et les mêmes ne peuvent faire tout cela.
5. Les Astres pourroient-ils produire
les évenemens qui viennent des causes
exterieures ? Comment causeroient- ils les
nouveaux projets , les jugemens, les désirs , les amours , les inimitiez , les railleries , les doutes ? Ce seroit faire agir les
hommes comme les bêtes , qui ne font rien par leur propre arbitre , et les hommes ont leur propre arbitre , qui ne seroit rien s'il dépendoit de la force des
Astres.
6°. S'ils peuvent prédire, ces Caldéens,
la victoire à Pyrrhus ou à Marius- Curius,
pourquoi ne peuvent-ils pas promettre à
un tel qu'il gagnera au jeu ? Les Astres
ne marquent- ils que de grandes choses ,
et celles-cy sont- elles si petites qu'elles
en soient imperceptibles dans les Astres ?
Mais est-il rien de si petit que le mo
ment auquel l'homme en naissant reçoit
sa destinée ? Cependant cecte petite chose
est marquée dans les Asetes ; et après tout,
les deux Jumeaux conçus en un insant ,
ne sont-ils differens sur leur fortune
dans leurs accions et dans leur mort?
pas
79. Comment accorder ces differens
E v
Astres
1566 MERCURE DE FRANCE
Astres , qui ayant fait naître tant de personnes differentes par leur âge , leur nation , leur condition , les font périr dans
un tremblement de terre , dans la chute
d'une maison , dans une Bataille , dans
un nauffrage ?
8°. Mais les animaux sont- ils aussi sujers aux Astres , comme les hommes ? Je
finirai par où j'ai commencé , et je dirai
avec le Poëte Pacovius :
Nam si qui qua ventura sunt pravideant ,
Equiparant Jovi.
Et je dirai encore avec Accius :
Nihil vides Auguribus qui aures verbi divitant ,
Alienas , suas ut locupletent domos,
Phavorin exhorte les jeunes gens de
ne se fier point aux Astrologues. Si vous
craignez , dit-il , les maux qu'ils vous
prédisent , vous devenez miserables par
cette crainte. Si vous attendez long- tems
les biens qu'ils vous promettent , vous
devenez encore miserables , lorsque vous
appercevez que vous êtes trompez. Ajoûtons à toutes ces raisons , que Dieu n'a
point tracé la conduite du genre humain
dans les Astres , et qu'il ne se repose pas
sur eux du soin qu'il a pour les hommes.
Sa sagesse ,sa bonté et sa justice , condui
sent
JUILLET 1732. 1567
sent tout, et c'est là sa Providence.Qu'estil besoin après cela d'aller dresser des
machines dans les Cieux pour faire naître et mourir des hommes d'une maniere
differente ? et encore de placer ces machines dans des lieux si élevez , pour
n'être vûës que des Astrologues , et avec
des Telescopes ?
Je vous laisse , Monsieur , avec les refléxions que vous pouvez faire en Théologien , ou avec celles que nous a données M. Bayle , dans son Ouvrage sur
les Cometes ; je vous ai assez fait voir
mes sentimens sur cette matiere. Je sou- haite que vous connoissiez ceux que j'ai
pour vous. Je suis , &c.
A Paris le 4. Janvier 1732.
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Résumé : LETTRE sur l'Astrologie Judiciaire, et les Horoscopes, écrite par M. Cipiere, à M. l'Abbé B......
La lettre de M. Cipiere à l'Abbé B... aborde la question de l'astrologie judiciaire et des horoscopes. L'auteur commence par mentionner Guillaume Desbordes, un gentilhomme et mathématicien de Bordeaux, qui a traduit la 'Sphère' de Jean de Sacrobosco et a écrit une préface en défense de l'astrologie judiciaire. Desbordes soutient que l'astrologie peut être compatible avec la religion, citant des auteurs anciens comme Platon et Aristote. Il reconnaît que Dieu et les miracles peuvent intervenir dans les destinées humaines, comme dans les cas de Moïse et de saint Pierre. Desbordes attribue aux corps célestes des influences sur les tempéraments et les passions humaines, tout en soulignant que l'éducation et le libre arbitre peuvent modifier ces influences. Il cite des exemples de prédictions astrologiques, comme celles faites pour Auguste et pour des empereurs romains. La lettre mentionne également des critiques de l'astrologie par des savants comme Cicéron et des Pères de l'Église, qui ont condamné les pratiques astrologiques. Saint Augustin, par exemple, a contesté la validité des horoscopes en se basant sur des observations de jumeaux. L'auteur évoque ensuite le système de Mathieu Sluter, un juriste allemand, qui croyait pouvoir prédire les changements climatiques en observant les conjonctions planétaires. Cependant, il exprime des doutes sur la possibilité de faire des observations constantes et uniformes. Enfin, la lettre cite Phavorin, un favori de l'empereur Adrien, qui a critiqué les 'Caldéens' pour leur erreur de croire que les corps terrestres dépendent du mouvement des astres. Phavorin souligne les difficultés pratiques et théoriques de l'astrologie, comme la variabilité des positions des astres selon les lieux et les époques. Le texte discute également de la validité de l'astrologie et de la prédestination, posant des questions critiques sur la capacité des astrologues à prédire des événements. Il mentionne la variabilité des destins des jumeaux et la diversité des morts humaines, qu'elles soient dues à des catastrophes naturelles ou à des conflits. Il aborde aussi la question de savoir si les animaux sont soumis aux astres de la même manière que les hommes. Le texte cite des poètes pour renforcer son argumentation contre l'astrologie. Il conclut en affirmant que Dieu ne délègue pas la conduite des hommes aux astres, mais la dirige par sa sagesse, sa bonté et sa justice. L'auteur exprime son souhait que le destinataire réfléchisse à ces questions et mentionne les réflexions de M. Bayle sur les comètes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1567
Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Souflet est le mot de l'Enigme du premier Volume [...]
Mots clefs :
Soufflet, Chocolat, Cornard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enigme, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
ouflet est le mot de l'Enigme du premier Volume de Juin ; les deux Logogryphes doivent s'expliquer par Chocolat
et Cornard. Le mot de l'Enigme du second
Volume du même mois est Limaçon , et
ceux des Logogryphes sont , Procez , Clo
vis , Eva.
et Cornard. Le mot de l'Enigme du second
Volume du même mois est Limaçon , et
ceux des Logogryphes sont , Procez , Clo
vis , Eva.
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17
p. 1568
ENIGME.
Début :
En Robe de satin quelque peu déchirée, [...]
Mots clefs :
Oignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIG ME.
EN Robe de satin quelque peu déchirée ,
En bottes à cheval j'ai donc fait mon entrée
Dans. Paris où l'on m'attendoit ,
Que m'en arrive-t'il sur moi le pauvre a
droit ,
Le riche m'admet à sa table ;
Pour lui souvent insupportable ,
Je lui plais seulement quand je suis dérobé ,
Mais avant qu'il me voye , helas ! souvent tombé
Dans les barbares mains d'une gent très- bra- tale ,
De mes douces prisons voulant me délivrer ,
Tel me coupe la tête , ou me brule , et m'empale ,
Qui ne sçauroit par fois s'empêcher de pleurer.
EN Robe de satin quelque peu déchirée ,
En bottes à cheval j'ai donc fait mon entrée
Dans. Paris où l'on m'attendoit ,
Que m'en arrive-t'il sur moi le pauvre a
droit ,
Le riche m'admet à sa table ;
Pour lui souvent insupportable ,
Je lui plais seulement quand je suis dérobé ,
Mais avant qu'il me voye , helas ! souvent tombé
Dans les barbares mains d'une gent très- bra- tale ,
De mes douces prisons voulant me délivrer ,
Tel me coupe la tête , ou me brule , et m'empale ,
Qui ne sçauroit par fois s'empêcher de pleurer.
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18
p. 1568-1570
LOGOGRYPHE.
Début :
Neuf lettres composent mon nom, et ma tête en a deux, [...]
Mots clefs :
La Belouze
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE..
Euf lettres font mon nom Ndeux,
et ma tête en a >
Et c'est le plus charmant des tons de la mu- sique ,
Ma
JUILLET. 1732 1.569.
2
Ma tête à bas ; un des plus nobles jeux
De six sœurs comme moi fait l'art et la rubri
que,
Le plus adroit ne me visite pas ,
Mais le perdant est toujours dans le cas.
Fends ma tête , et sois sûr sans être sangur
naire ,
Qu'avec mon col qu'à mon corps tu joindras ,
Je formerai le nom de ce malheureux frere ,
Qu'un assasin proscrit priva de la lumiere,
Mon premier tiers pris à rebours
Est un friant Cadeau pour le Dieu des Amours ,
De mon corps la dernière et plus grande par tie ,
Sert en la retournant à beaucoup d'animaux
Un autre sens présente un métier où les sots
Pour l'avoir trop bien fait perdent souvent la vie.
La moitié de ma tête et le milieu du corps
Avec mes pieds , font voir une aquatique bête
Dont, quand Flore paroît maints friants se font fête >
Lecteur , à me chercher si tu perds tes ef- forts ,
Coupe moi tête et pieds , et combine le reste ,
Alors d'amusement je sers dans les jardins ,
Le Noble , le Bourgeois , comme la Troupe
agreste ,
Peut-
1170 MERCURE DE FRANCE
Peut- être ainsi que toi m'ont souvent dans les
mains.
Euf lettres font mon nom Ndeux,
et ma tête en a >
Et c'est le plus charmant des tons de la mu- sique ,
Ma
JUILLET. 1732 1.569.
2
Ma tête à bas ; un des plus nobles jeux
De six sœurs comme moi fait l'art et la rubri
que,
Le plus adroit ne me visite pas ,
Mais le perdant est toujours dans le cas.
Fends ma tête , et sois sûr sans être sangur
naire ,
Qu'avec mon col qu'à mon corps tu joindras ,
Je formerai le nom de ce malheureux frere ,
Qu'un assasin proscrit priva de la lumiere,
Mon premier tiers pris à rebours
Est un friant Cadeau pour le Dieu des Amours ,
De mon corps la dernière et plus grande par tie ,
Sert en la retournant à beaucoup d'animaux
Un autre sens présente un métier où les sots
Pour l'avoir trop bien fait perdent souvent la vie.
La moitié de ma tête et le milieu du corps
Avec mes pieds , font voir une aquatique bête
Dont, quand Flore paroît maints friants se font fête >
Lecteur , à me chercher si tu perds tes ef- forts ,
Coupe moi tête et pieds , et combine le reste ,
Alors d'amusement je sers dans les jardins ,
Le Noble , le Bourgeois , comme la Troupe
agreste ,
Peut-
1170 MERCURE DE FRANCE
Peut- être ainsi que toi m'ont souvent dans les
mains.
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19
p. 1570-1571
AUTRE LOGOGRIPHE.
Début :
Mon tout désigne un caractere [...]
Mots clefs :
Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRIPHE.
AUTRE LOGOGRIP HE.
Montout désigne un caractere
Que blâment les honnêtes gens.
Si vous voulez dévoiler ce mistere
Tirez de l'alphabet six membres differens ,
Et de l'un deux faites un double usage ,
Vous formerez mon nom. Après cet assem
blage ,
Si vous me divisez , je cache plusieurs sens :
Je vais pour les trouver vous tracer une voye.
Trois , quatre , trois , et cinq , témoigne de la
1 joye.
Six , quatre , cinq, deux , sepr , est l'ouvrage du
tems.
Trois , cinq , six , cinq , illusion trompeuse
Qui fatte quelquefois , d'autres fois est facheuse.
Mettez trois , cinq , après un , deux ,
Je suis l'effet heureux
Que produit un art secourable.
Quatre , ci q , deux , dans plus d'une maison
J'assemble les gens à la table.
Quatre , deux , trois et cinq , on n'a plus de
raison.
Cinq, un et six , j'ai l'avantage
De
JUILLET. 1732. 1571
De porter en tous lieux du Souverain l'image.
Deux , quatre et cinq , chacun me chérit fort ,
Et franchement on n'a pas tort
Aussi malgré soi l'on me quitte ,
Et de m'avoir perdu c'est l'ordinaire suite
Que les Bergers comme les Roist
Servent de proye à six , cinq , trois.
Montout désigne un caractere
Que blâment les honnêtes gens.
Si vous voulez dévoiler ce mistere
Tirez de l'alphabet six membres differens ,
Et de l'un deux faites un double usage ,
Vous formerez mon nom. Après cet assem
blage ,
Si vous me divisez , je cache plusieurs sens :
Je vais pour les trouver vous tracer une voye.
Trois , quatre , trois , et cinq , témoigne de la
1 joye.
Six , quatre , cinq, deux , sepr , est l'ouvrage du
tems.
Trois , cinq , six , cinq , illusion trompeuse
Qui fatte quelquefois , d'autres fois est facheuse.
Mettez trois , cinq , après un , deux ,
Je suis l'effet heureux
Que produit un art secourable.
Quatre , ci q , deux , dans plus d'une maison
J'assemble les gens à la table.
Quatre , deux , trois et cinq , on n'a plus de
raison.
Cinq, un et six , j'ai l'avantage
De
JUILLET. 1732. 1571
De porter en tous lieux du Souverain l'image.
Deux , quatre et cinq , chacun me chérit fort ,
Et franchement on n'a pas tort
Aussi malgré soi l'on me quitte ,
Et de m'avoir perdu c'est l'ordinaire suite
Que les Bergers comme les Roist
Servent de proye à six , cinq , trois.
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