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1
p. 138-143
Morts. [titre d'après la table]
Début :
J'oubliay le mois passé à vous apprendre la mort de [...]
Mots clefs :
Décès, Abbé Boyer, Dame, Veuve, Messire, Conseiller d'État, Prieur
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texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
J'oubliay le mois paffé à
vous apprendre la mort de
M' l'Abbé Boyer , Chanoine
de Noftre Dame . Il eftoit
Frere de M Boyer , cy - de-
❤
GALANT. 139
vant Capitaine aux Gardes ,
& premier Maiſtre d'Hoftel
de Monfieur. Il a fait le Chapitre
fon Executeur teftamentaire
, & ordonné qu'on
l'enterraft fans ceremonie.
M l'Archevefque a conferé
cette Chanoinie à M' l'Abbé
de Fourcy , Fils de M le
Preſident de Fourcy , Prevoſt
des Marchands .
Dame Elifabeth de la Tour
d'Auvergne , eft morte auffi
depuis peu de temps ;un nom
fi illuftre fe fait connoiftre
affez par luy-mefme. Elle eftoit
Veuve de Meffire Guy
Mij
140 MERCURE
Aldonce de Duras , Marquis
de Duras , & Mere de M le
Maréchal Duc de Duras , &
de M¹le Maréchal de Lorges .
Dame Marie Charlet, morte
le 30. Novembre . Elle ef
toit Femme de Meffire François
de Pradel , Lieutenant
General des Armées du Roy,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Saint Quentin .
Meffire Rolland le Vayer,
Seigneur de Boutigny , Mai
ftre des Requeſtes , mort le 5.
de ce mois.
Meffire Charles de Fortia,
Seigneur de Boifvoiry & de
GALANT. 141
Chailly , mort le mefme jour.
Meffire François Dugué ,,
Conſeiller d'Eftat ordinaire,
& Soufdoyen du Confeil ,
mort le 18. de ce mois. Il a
efté long- temps Intendant à
Lyon , & s'eft acquité de cet
Employ avec beaucoup de
prudence. Madame Dugué
fa Veuve, eft Soeur de Madame
la Chanceliere le Tellier.
Mr Dugué , Preſident en la
Chambre des Comptes , eft
fon Fils . Ses Gendres font M
Dugué de Bagnols , Inten
dant en Flandres , & M de
Coulanges Maistre des Requeftes
..
142 MERCURE
Je finis par la mort de M
le Prieur de Cabrieres , arrivée
à Verfailles dés le mois
paffé . Il eftoit fameux par un
tres -grand nombre de belles
cures , & faifoit fa refidence
ordinaire en Languedoc . Le
Roy qui l'avoit fait venir à
la Cour depuis quelques
mois , avoit appris quelquesuns
de fes Secrets , & ne voulant
découvrir à perfonne ce
qui entroit dans la compofition
de fes remedes , ce Monatque
par une bonté qui
n'a point d'exemple , s'eſt
donné la peine d'y travailler
GALANT. 143
luy - mefme tant qu'a vefcu
ce Prieur, pour en conſerver
la connoiffance , fans qu'elle
puft nuire à cet homme merveilleux.
Il est mort âgé de
foixante & douze ans ; & depuis
fa mort , Sa Majefté a
fait imprimer le Secret de fes
remedes , afin qu'ils puiffent
eſtre utiles à toute l'Europe,
& mefme dans les Pays les
plus reculez.
vous apprendre la mort de
M' l'Abbé Boyer , Chanoine
de Noftre Dame . Il eftoit
Frere de M Boyer , cy - de-
❤
GALANT. 139
vant Capitaine aux Gardes ,
& premier Maiſtre d'Hoftel
de Monfieur. Il a fait le Chapitre
fon Executeur teftamentaire
, & ordonné qu'on
l'enterraft fans ceremonie.
M l'Archevefque a conferé
cette Chanoinie à M' l'Abbé
de Fourcy , Fils de M le
Preſident de Fourcy , Prevoſt
des Marchands .
Dame Elifabeth de la Tour
d'Auvergne , eft morte auffi
depuis peu de temps ;un nom
fi illuftre fe fait connoiftre
affez par luy-mefme. Elle eftoit
Veuve de Meffire Guy
Mij
140 MERCURE
Aldonce de Duras , Marquis
de Duras , & Mere de M le
Maréchal Duc de Duras , &
de M¹le Maréchal de Lorges .
Dame Marie Charlet, morte
le 30. Novembre . Elle ef
toit Femme de Meffire François
de Pradel , Lieutenant
General des Armées du Roy,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Saint Quentin .
Meffire Rolland le Vayer,
Seigneur de Boutigny , Mai
ftre des Requeſtes , mort le 5.
de ce mois.
Meffire Charles de Fortia,
Seigneur de Boifvoiry & de
GALANT. 141
Chailly , mort le mefme jour.
Meffire François Dugué ,,
Conſeiller d'Eftat ordinaire,
& Soufdoyen du Confeil ,
mort le 18. de ce mois. Il a
efté long- temps Intendant à
Lyon , & s'eft acquité de cet
Employ avec beaucoup de
prudence. Madame Dugué
fa Veuve, eft Soeur de Madame
la Chanceliere le Tellier.
Mr Dugué , Preſident en la
Chambre des Comptes , eft
fon Fils . Ses Gendres font M
Dugué de Bagnols , Inten
dant en Flandres , & M de
Coulanges Maistre des Requeftes
..
142 MERCURE
Je finis par la mort de M
le Prieur de Cabrieres , arrivée
à Verfailles dés le mois
paffé . Il eftoit fameux par un
tres -grand nombre de belles
cures , & faifoit fa refidence
ordinaire en Languedoc . Le
Roy qui l'avoit fait venir à
la Cour depuis quelques
mois , avoit appris quelquesuns
de fes Secrets , & ne voulant
découvrir à perfonne ce
qui entroit dans la compofition
de fes remedes , ce Monatque
par une bonté qui
n'a point d'exemple , s'eſt
donné la peine d'y travailler
GALANT. 143
luy - mefme tant qu'a vefcu
ce Prieur, pour en conſerver
la connoiffance , fans qu'elle
puft nuire à cet homme merveilleux.
Il est mort âgé de
foixante & douze ans ; & depuis
fa mort , Sa Majefté a
fait imprimer le Secret de fes
remedes , afin qu'ils puiffent
eſtre utiles à toute l'Europe,
& mefme dans les Pays les
plus reculez.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès récents. L'abbé Boyer, chanoine de Notre-Dame et frère de l'ancien capitaine des Gardes, est décédé. L'archevêque a attribué sa chanoinie à l'abbé de Fourcy, fils du président de Fourcy. Dame Élisabeth de la Tour d'Auvergne, veuve du marquis de Duras et mère des maréchaux de Duras et de Lorges, est également décédée. Dame Marie Charlet, épouse du lieutenant général des armées du roi et gouverneur de Saint-Quentin, est morte le 30 novembre. Messire Rolland le Vayer, seigneur de Boutigny et maître des requêtes, ainsi que Messire Charles de Fortia, seigneur de Boisvoiry et de Chailly, sont décédés le 5 du mois. Messire François Dugué, conseiller d'État et ancien intendant à Lyon, est mort le 18 du mois. Sa veuve est la sœur de la chancelière Le Tellier. Leur fils est président à la Chambre des Comptes, et ses gendres sont intendant en Flandres et maître des requêtes. Le prieur de Cabrières, connu pour ses secrets médicaux, est mort à Versailles à l'âge de soixante-douze ans. Le roi a fait imprimer ces secrets pour qu'ils puissent bénéficier à toute l'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 202-222
Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
Début :
La Reine d'Angleterre qui ne fait aucun voyage à Paris [...]
Mots clefs :
Reine d'Angleterre, Marie II, Évêque, Saint Thomas, Abbaye de Saint-Victor, Compliment, Royaume, Paris, Prieur, Vicaire, Mr de Bourges, Innocent XI, Missionnaire apostolique, Siam, Cochinchine, Évêque de Béryte, Évêque de Paris
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
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Résumé : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La reine d'Angleterre se rendit à Paris le 19 du mois précédent pour participer à une cérémonie de salut au monastère des Dames religieuses anglaises. Cette visite visait à prier pour la protection du roi et des majestés britanniques, ainsi que pour le succès de leurs armées. La reine était familière avec l'histoire de Louis VII, qui avait accordé l'asile en France à Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et chancelier d'Angleterre, persécuté en Angleterre. Lors de sa visite, la reine fut impressionnée par la piété et la foi des religieuses. Elle apprit également l'histoire de Thomas, prieur de l'abbaye de Saint-Victor et vicaire général de l'évêque de Paris, qui avait été assassiné pour avoir défendu les droits de l'Église. Cet événement lui rappela la générosité de Louis VII et la sainteté de Thomas Becket. Le texte mentionne également un évêque de Berite qui, après des voyages en Inde, Siam, Chine et Tonquin, revint en Europe et partagea ses récits avec le roi de France et le pape. Il retourna ensuite au Tonquin, où il mourut. Le texte décrit en détail la vie et la mort de Thomas, prieur de Saint-Victor, connu pour son zèle apostolique et son opposition aux abus ecclésiastiques. Il fut assassiné par des ennemis qui exploitaient les exactions sur les prêtres et les curés. Cet assassinat eut lieu un dimanche, alors qu'il était entre les bras de son évêque, sans respect pour la sainteté du jour ni pour la présence du prélat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
Fermer
4
p. 2552-2568
LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
Début :
Il m'a paru, Monsieur, que plusieurs des Réflexions sur la Politesse, inserées [...]
Mots clefs :
Lettre, Prieur, Politesse, Dérèglements, Société, Noble, Manière fine, Bienséance, Solide, Essentiel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
LETTRE de M. Simonnet
d'Heurgeville , au sujet des Réflexions
sur la Politesse , publiées dans le II . V9-
lume du Mercure de Juin dernier.
I
L m'a paru , Monsieur , que plusieurs
des Réflexions sur la Politesse ,
rées dans le Mercure de Juin dernier
étoient ou peu justes , ou même d'une
dangereuse conséquence , parce qu'elles
semblent autoriser certains déreglemens
qui ne regnent que trop dans le commerce
du monde mais qui n'en sont
pas moins contraires au bon ordre et au
bien de la Societé. Je crois très-fort que
ce n'est pas le dessein de l'Anonime , qui
' en est l'Auteur ; mais comme on pour-
,
roit › contre son intention , abuser de
ses Principes , il ne trouvera pas mauvais
que j'essaye d'en faire voir le foible
de les combatre sans blesser personne.
et
$
La Politesse est une matiere très-délicate
à traiter : il est aussi difficile d'en
parler bien juste , que de la pratiquer
dans toute sa perfection. Les Réflexions
dont il s'agit ici , en sont une preuve.
On voit qu'elles partent d'une bonne
P
main.
NOVEMBRE . 1731. 2553
main. Le style en est ordinairement pur ,
et il y a , dans le fond , beaucoup à profiter
; mais toutes ne sont pas également
judicieuses.
L'Auteur fait avec raison consister le
point capital de la Politesse dans un air
une façon , une maniere de parler et d'agir
qui plaît , maniere noble aisće ,
fine , délicate. » Un homme ; ajoute -t'il,
>
auroit beau être obligeant , serviable ,
» complaisant , civil même sans une
» certaine maniere d'être tout cela , il ne
passeroit que pour un honnête homme,
» et point du- tout pour un homme poli.
Je ne sçai si beaucoup de personnes
seroient d'humeur de souscrire à cette
Proposition si exclusive : ce point du- tout
est un peu fort. Le moyen de concevoir
qu'un homme , quelque obligeant qu'il
soit , quoiqu'on le trouve toujours prêt
à faire plaisir , à rendre de bons offices
facile à se prêter aux differentes inclinations
, et à se conformer à la volonté des
autres , ( c'est ce que veut dire complaisant
, ) quoiqu'il soit instruit de toutes
les bienséances du monde , et exact à les
observer ce qui s'appelle civil ; le
moyen , dis je , de concevoir qu'un tel
homme puisse ne passer point du - tout
pour un homme poli , qu'il puisse ne
Ꭰ rien
2554 MERCURE DE FRANCE
rien avoir de cette maniere qui plaît , et
qui est le point le plus important.
,
Ce qui le caracterise , semble être , au
contraire , le solide , l'essentiel de la Politesse
; le surplus n'en est que l'accessoire
, ou , si l'on veut , la plus grande
perfection, Parce que cet honnête homme
n'aura pas tout le sublime de la Politesse
est-il juste d'assurer qu'il n'est
point du-tout poli ? Pour peu qu'on le
pratique , on sentira aisément qu'il l'est
du moins dans quelques degrés , qu'il
l'est même plus veritablement et plus
naturellement que beaucoup d'autres
qui n'ont que du fard et des apparences
trompeuses quoiqu'ils brillent peutêtre
davantage.
و
Prenons l'Auteur des Réflexions par
ses principes. Il distingue être poli posi
tivement , c'est - à - dire , faire et dire des
choses polies ; et être poli négativement ,
c'est-à- dire , ne rien faire et ne rien dire
d'impoli. Ces termes positivement , négativement
seroienr , peut- être , mieux placés
sur les bancs , mais il s'agit moins ici
des mots que des choses. L'Honnête-
Homme , le bon Homme dont nous par
lons , ne sera- t'il pas , du moins , dans
la seconde Categorie ; car il faut parler
lé langage de l'Ecole , puisqu'on nous
met
NOVEMBRE . 1731. 2555
靈
met dans ce goût ? Suivons l'Auteur
c'est lui-même qui décidera . » Telle est ,
» dit- il , la Politesse de beaucoup de Per-
» sonnes d'un esprit mediocre , qui ne
» laissent pas de se faire aimer , et d'être
» de bonne compagnie jusqu'à un certain
» point , par leur complaisance , leurs
» attentions , & c. Voila tout juste mon
homme complaisant , attentif à rendre
service , et le reste ; il ne laissera pas de
se faire aimer , et d'être de bonne compagnie
jusqu'à un certain point. Il sera
donc poli du moins negativement. Il aura
même une grande partie de la Politesse
qui selon nôtre Auteur , consiste à souffrir
l'impolitesse des autres. Sa bonté
complaisance , sa civilité , ne lui permettront
pas de relever dans les autres les
traits d'impolitesse qu'il y remarquera ,
encore moins de s'en fâcher.
>
sa
Supposons cependant que cet honnête
homme ne passe point du - tout pour
poli ; il passera donc pour impoli il ?
n'y a point de milieu. C'est à l'Auteur
à nous dire dans quel genre d'impolitesse
il faut mettre la vertu officieuse
la complaisance , la civilité. Lui - même
distingue deux sortes d'impolitesse : l'une
de malice , qui attire la haine , l'autre de
grossiereté , qui attire le mépris. Laquelle
Dij des
2556 MERCURE DE FRANCE
des deux convient à un si honnête homme?
Il n'y paroît point tant de malice :
bien éloigné de vouloir faire de la peine ,
il est tout obligeant , tout serviable. La
grossiereté qui attire le mépris , ne se
trouve pas non plus dans un homme complaisant
et civil : où est donc l'impoli
tesse et s'il n'y en a point , comment
peut-on dire qu'il ne passera point dutout
pour un homme poli ?
L'impolitesse est toûjours choquante¸
et ne peut jamais plaire ; le caractere dont
nous parlons , plaît du moins quelquefois
, et ne blesse pas toujours ; seroit-ce
trop dire que d'avancer qu'il est des
plus aimables ?
Selon l'Auteur , l'accusation d'impolitesse
est une des plus grandes injures.
Etre appellé impoli , est , à mon avis , ditil
, une plus grande injure , que d'être appellé
malin et satyrique . Peut-être trouvera-
t'on qu'il outre un peu ; mais soit :
dans sa pensée , quelle insulte ne fait - il
pas à cet honnête homme , à cet homme
officieux , toûjours prêt à rendre service ,
à cet homme prévenant par ses complaisances
et ses civilitez , quand il assure
hardiment qu'il a beau être tel , qu'il ne
passera point du- tout pour un homme poli ?
Une injure pareille dans l'opinion de
celui
NOVEMBRE. 1731. 2559
celui qui l'a fait , l'obligeroit à répara
tion d'honneur par quel endroit un
homme d'un si bon caractere se l'est- il
attirée ?
Franchement il seroit à plaindre , si
tout le monde , sur la parole de l'inconnu
, consentoit à le regarder comme un
homme qui n'a aucune politesse. Le Public
est trop équitable pour donner dans
cet excès. Quoiqu'en dise l'Anonime ,
il verra de bon ceil tour homme qui
sçaura joindre à un air obligeant et serviable
, beaucoup de complaisance et
de civilité. Il y trouvera sûrement de
la Politesse.
,
,
Qui ne s'étonnera que lAuteur des Réflexions
, après avoir élevé si haut la po.
litesse , que que très peu de personnes y pourroient
atteindre la rabaisse tout d'un
coup , et la dégrade jusqu'à la rendre
vicieuse nécessairement ou au moins
défectueuse ? Si on l'en croit , on ne
peut être poli sans déguisement et sans
adulation. Il regarde la difficulté de feindre
et de dissimuler comme un grand
obstacle à la Politesse . A l'entendre , cette
difficulté est universelle. L'Homme , ditil
, est naturellement sincere il aime à dire
ce qu'il pense , et à témoigner ce qu'il sent.
On ne voit pas comment une Proposi-
Diij tion
2558 MERCURE DE FRANCE
tion si generale s'accorde avec le genie
et le caractere de plus d'une Nation , et
des Peuples de quelques-unes de nos Provinces.
Je ne les nomme pas : ils sont
assez connus par leur penchant naturel
au déguisement et à la duplicité. Le François
même n'est pas toujours si franc.
C'est souvent l'yvresse de quelque passion
, plutôt que le naturel ,
qui fait
qu'on se montre par son foible , et qu'on
parle plus qu'on ne voudroit. L'Homme
de sang froid est ordinairement plus réservé
et plus circonspect.
deو
Il s'en faut bien que M. l'Abbé de
Bellegarde soit du sentiment de nôtre
Auteur , lui qui avance qu'on ne trouve
sinceres
gens que ceux qui n'ont pas
assez d'esprit pour être fourbes. M. Esprit
prend un juste milieu entre ces deux
opinions si opposées. » Comme il y a ,
» dit- il , des gens qui naissent courageux,
» d'autres chastes , il y a aussi des natu-
» rels sinceres , et des gens qui se font
» une vraie violence quand ils sont con-
>> traints d'user de dissimulation . Il y en
» a d'autres tout-à- fait opposés à ceux ci ,
» qui ne peuvent jamais parler avec fran
» chise , et à qui il est toûjours agréable
de se déguiser.
23
De ces deux sortes de personnes , les
derNOVEMBRE
1731. 2559
dernieres sont les seules que nôtre Auteur
croit être de mise pour la Politesse : les
autres , à son jugement , n'en sont pas
succeptibles. Disons tout , ( c'est lui qui
» parle , ) le seul penchant à la sincerité
» le grand éloignement de tout déguise
ment et de toute dissimulation suffic
» pour rendre impoli : il va plus loin .
On ne se bornera pas même , ( ajoûte-
» t'il , à accuser la sincerité d'impoli
» tesse .... celui qui parleroit toûjours
avec une entiere sincerité
» pour malin.
passeroit
Voilà donc la candeur , la bonne foi ,
la sincerité exclues nécessairement du
commerce du beau monde et des Personnes
polies. Tout homme qui aimera
la droiture , qui aura un coeur ouvert ,
une parfaite ingenuité , n'y sera pas bien
venu ; on l'exclura des cercles et des
compagnies comme un homme grossier ,
rustique , impoli , malin même , ou bien
il n'y sera qu'à charge. Chacun ne paroîtra
poli qu'à mesure qu'il aura d'adresse
à feindre à se déguiser , à dissimuler,
Cette honnête liberté cette aimable
franchise , cette communication mutuelle
et entiere de pensées et de sentimens ,
qui formoient autrefois les plus doux
fiens de l'amitié , qui faisoient l'agrément
Diiij des
2560 MERCURE DE FRANCE
des conversations n'étoient bonnes apparamment
que pour nos vieux Peres : Il
faudra d'autres rafinemens pour un siécle
aussi poli que le notre. La Politesse ne
sera qu'hypocrisie , la societé qu'un commerce
de mensonges , officieux, ou, comme
dit M. Flechier , l'on se fera une politesse
de tromper , et un plaisir d'être trompé.
C'est l'idée précise de cette Politesse
trop en regne , qui exclud la sincerité ,
dont l'ame est le déguisement et la dissimulation
; mais doit-on l'autoriser ?
N'y a- t'il pas une Politesse plus saine ,
plus vraïe seule digne d'approbation ;
une politesse qui n'exclud aucune des
vertus , mais qui les rend plus agréables ;
une Politesse qui tempere les rigueurs de
la sincerité , et qui la fait paroître avec
graces et avec noblesse.
>
Ce qui trompe l'Auteur des Refléxions
, c'est qu'il confond la sincerité
avec l'indiscretion et la témerité , qui
porteroient un homme à dire tout ce
qu'il penseroit , ou à faire tout ce qu'il
voudroit. Il y a , dit M. l'Abbé de Belle-
» garde , une grande difference entre la
>> sincerité et une certaine démangeaison
» de parler , qui fair qu'on s'ouvte à
>> tout le monde. La sincerité ne doit
être ni indiscrette , ni étourdie .
Ainsi
NOVEMBRE. 1731. 2561
'Ainsi , renfermons la sincerité dans
ses justes bornes , considerons- la dans
ce milieu , dans ce point fixe , qui la
tient comme en équilibre entre l'indiscretion
et la dissimulation vices dont
l'un la détruit absolument , et l'autre la
fait dégenerer nous trouverons que
pour être très- sincere on n'en est pas
moins poli.
›
La sincerité consiste à dire toûjours
vrai quand on est obligé de parler , mais
elle n'oblige pas à le faire d'une maniere
choquante , imperieuse , passionnée. La
sincerité consiste encore à mettre simplement
au jour ses pensées , à découvrir
ses sentimens , lorsque la necessité ,
l'utilité , les circonstances le demandent,
ou du moins le permettent , mais elle
ne veut pas qu'on le fasse avec imprudence
et sans discernement ; c'est une
vertu qui n'a rien de commun avec la
contagion du vice. Jamais personne ne
dira qu'on manque de sincerité pour tenir
caché dans le secret du coeur ce qui
doit l'être , du consentement de tout le
monde ; ce n'est- là ni déguisement , ni
dissimulation . On ne regarde comme déguisé
, comme dissimulé , que celui qui
se cache lorsqu'il devroit se montrer , ou
qu'il le pourroit sans aucun risque.
Dv C'est
2562 MERCURE DE FRANCE
›
C'est donc avoir une idée trop desavantageuse
de la politesse , que d'en exclure
la sincerité , la franchise , la naïveté,
qui n'en sont pas les moindres agrémens
, et d'y faire entrer la feinte le
déguisement , la dissimulation , qui la
rendroient même odieuse . En effet il y
a peu de personnes que le deffaut de
sincerité , le déguisement , la dissimulàtion
, conius , noffensent ; or , comme
malgré toutes les ruses et les belles démonstrations
, on pourroit souvent s'en
appercevoir , il arriveroit que cette prétendue
politesse elle-même seroit offensante
, bien loin d'être agréable , marque évidente
de sa defectuosité et de sa fausseté.
Le pis est qu'on y fait entrer l'adulation
, comme partie principale . « La
» politesse ( dit - on ) consiste sur tout à
» témoigner aux autres de la considera-
>tion et de l'estime, à flater leur orgueil.
» La vanité est la source , l'assaisonne-
» ment de nos plus grands plaisirs ; il
faut l'avouer , il n'y a que trop de personnes
qui sont de ce goût- là, et qui mettent
leurs délices à se repaître de vanité
; mais il s'en trouve aussi beaucoup
qui puisent leurs plus grands plaisirs dans
des sources plus pures et qui veulent dư
solide.
Quoiqu'il
NOVEMBRE. 1731 .
2563
Quoiqu'il en soit, n'est- ce pas toûjours
une lâche , une indigne condescendance
que de s'asservir à faire le personnage d'adulateur
, si finement qu'on s'y méprenne
de s'occuper sur tout à flatter l'orgueil
, la plus funeste de toutes les passions
? La politesse engage à ne le pas
blesser , à le menager , à l'épargner autant
que le devoir et la conscience n'y
sont point interressez , dans la crainte de
le révolter ; mais elle n'exige pas qu'on
le fomente , qu'on le flatte , qu'on le caresse
; la Religion , l'équité , la verité le
deffendent. On a toûjours regardé la flaterie
comme une honteuse bassesse indigne
d'un honnête homme , comment
donc s'imaginer qu'elle entre dans la politesse
, qui , selon l'Auteur , doit avoir
quelque chose de noble dans ses manieres
?
On peut , on doit même en bien des
Occasions travailler à détruire le regne de
Ia vanité ; abaisser l'orgueil , mortifier
F'amour propre , souvent l'avantage du
Prochain , les interêts de la justice et de
la verité l'exigent. Le tout est de s'y
prendre finement , avec délicatesse', d'une
maniere qui n'ait rien de rude , rien
de choquant , desorte que les personnes
les plus hautes et les plus fieres , ne puis-
D vj seng
&
2564 MERCURE DE FRANCE
sent s'en aigrir ; et c'est le grand art de
la politesse. Jamais elle n'est plus d'usage
que quand il faut blâmer, reprendre ,
dětromper , contredire ; elle enseigne à
le faire comme à regret , et avec tant de
ménagement et d'adresse , avec taat d'agrément
même , qu'on ne peut s'en offenser.
Il s'en faut donc bien qu'elle soit l'esclave
de la vanité , assujettie à la nourrir
par la flatterie ; elle en est au contraire
la maîtresse , elle sçait la gouverner avec
dexterité , la moderer , la tourner contre
elle-même , y jetter à propos un certain
ridicule qui la rend insensiblement hon- ·
teuse et méprisable aux yeux même des
personnes qui en sont les plus entêtées.
L'Auteur des Refléxions n'a gueres
mieux réussi dans quelques - uns des
moyens qu'il indique pour acquerir ou
perfectionner la politesse. » Pour se perfectionner
( dit- il ) et se fortifier dans la
» pratique de la politesse , il seroit peut-
» être utile quelquefois de se trouver avec
» des gens impolis .... leur impolitesse,
» déplaît , l'on voit en quoi ils manquent
» et par là l'on n'y tombe pas.
Voilà un secret admirable et tout nouveau
de se perfectionner dans la pratique
de la politesse ! Il est vrai que l'Auteur
paroît
NOVEMBRE . 1731. 2563
paroît ne le proposer qu'en tremblant ,
il en sent peut- être lui - même le foible.
la raison qu'il apporte , prouve tout au
plus qu'on se tiendra en garde pour ne
pas faire les fautes grossieres qui déplaisent
dans les gens impolis ; qu'à la vûë
de leurs deffauts les plus frappants , on
pourra sentir les avantages de la politesse
et s'y affectionner ; mais de dire que leur
fréquentation puisse être plus utile que
celle des personnes polies pour se pèrfectionner
et se fortifier dans la pratique
de la politesse , c'est ce qui ne paroît
pas probable et ce qui est contraire à l'experience.
Le mauvais exemple favorisé
par le mauvais penchant, a plus de force
pour nous corrompre , que
le bon exemple
pour nous soutenir ou nous redresser.
Ecoutons encore parler l'Auteur :» Des
» occasions fréquentes d'agir ( dit- il ) et
» de surmonter une difficulté considera-
» ble , avancent bien mieux que de sim
ples exemples . » L'application de ce
principe au sujet dont il s'agit , n'est pas
des plus claires. On sçait qu'il y a bien
des occasions de souffrir des grossieretez ,
de l'impolitesse ; mais il n'est pas aisé de
deviner
ce que l'Auteur entend
Occasions fréquentes d'agir , et par cette
difficulté considerable qu'il faudra sur-
-·
par ces
monter
2566 MERCURE DE FRANCE
monter , dont il tire plus d'avancement
pour la politesse , que des simples exemples
; c'est une Enigme un peu obscure ,
dont il faut attendre de lui - même l'explication
, s'il juge à propos de la donner.
Je doute que tout le monde soit de son
sentiment, lorsqu'il avance qu'il n'y a pas
tant à profiter des exemples de politesse que
nous donnent les femmes , que de la necessité
où nous sommes d'en avoir beaucoup à leur
égard. La difficulté consiste à sçavoir si
la necessité d'être poli avec les Dames
rendra un homme effectivement plus poli,
que tous les exemples de politesse qu'elles
peuvent lui donner. Je comprens que
la necessité l'obligera de s'étudier avec
soin à être poli ; mais son étude sera vaine,
et il n'y fera aucun progrès , s'il n'a d'excellens
modeles pour se former. Comme
dit fort bien l'Auteur : La politesse est
une chose d'experience et d'usage ; or dans
toutes les choses d'experience et d'usage,
il faut necessairement avoir devant lesyeux
quelque modele qui guide et qui
dirige , sans quoi on n'y réussiroit jamais
et on n'y comprendroit rien . En genrede
politesse où trouvera- t'on des modeles
plus accomplis que chez les Dames ?
Mais je laisse cette discussion aux personnes
du monde qui sont plus au fair
de
NOVEMBRE . 1731. 2567
de ce qui les concerne , et je finis par
l'Observation suivante .
›
L'Auteur , après avoir dit que la réputation
d'homme poli attire tout ensemble l'estime
et l'amour , semble dans la suite se
rétracter. Il distingue trois sortes de mérites
: le mérite estimable , le mérite aimable ,
le mérite agréable. Et il ajoûte : le mérite
agréable est proprement celui de la politesse
Ce qui donne à entendre que le propre
mérite de la politesse n'est pas tant d'attirer
l'estime et l'amour , que de paroître
agréable. Ne fera- t'on pas mieux de
dire que ces trois mérites conviennent
proprement à la politesse ? Par son air
noble elle est estimable , par sa douceur
et sa complaisance elle est aimable , par
ses manieres aisées , fines , délicates , elle
est agréable.
Si pour se déclarer amateur de la jusresse
et de la sincerité , ennemi du déguisement
, de la dissimulation , de la
flaterie , on encouroit necessairement le
blâme d'impolitesse , j'aurois tout à crain
dre de ce côté- là . Je m'abandonne au jugement
du Public , et sans me flater ni
prévenir ses suffrages , je crois lui devoir
la justice de penser qu'il me sera favorable
dans le parti que j'embrasse , et j'espere
qu'en consideration de la bonté de
ina
ا ی ک
2568 MERCURE DE FRANCE
ma cause, il me fera grace, si je ne l'ai pas
deffendue avec assez d'agrément et de
plaisir. Je suis , Monsieur , &c.
d'Heurgeville , au sujet des Réflexions
sur la Politesse , publiées dans le II . V9-
lume du Mercure de Juin dernier.
I
L m'a paru , Monsieur , que plusieurs
des Réflexions sur la Politesse ,
rées dans le Mercure de Juin dernier
étoient ou peu justes , ou même d'une
dangereuse conséquence , parce qu'elles
semblent autoriser certains déreglemens
qui ne regnent que trop dans le commerce
du monde mais qui n'en sont
pas moins contraires au bon ordre et au
bien de la Societé. Je crois très-fort que
ce n'est pas le dessein de l'Anonime , qui
' en est l'Auteur ; mais comme on pour-
,
roit › contre son intention , abuser de
ses Principes , il ne trouvera pas mauvais
que j'essaye d'en faire voir le foible
de les combatre sans blesser personne.
et
$
La Politesse est une matiere très-délicate
à traiter : il est aussi difficile d'en
parler bien juste , que de la pratiquer
dans toute sa perfection. Les Réflexions
dont il s'agit ici , en sont une preuve.
On voit qu'elles partent d'une bonne
P
main.
NOVEMBRE . 1731. 2553
main. Le style en est ordinairement pur ,
et il y a , dans le fond , beaucoup à profiter
; mais toutes ne sont pas également
judicieuses.
L'Auteur fait avec raison consister le
point capital de la Politesse dans un air
une façon , une maniere de parler et d'agir
qui plaît , maniere noble aisće ,
fine , délicate. » Un homme ; ajoute -t'il,
>
auroit beau être obligeant , serviable ,
» complaisant , civil même sans une
» certaine maniere d'être tout cela , il ne
passeroit que pour un honnête homme,
» et point du- tout pour un homme poli.
Je ne sçai si beaucoup de personnes
seroient d'humeur de souscrire à cette
Proposition si exclusive : ce point du- tout
est un peu fort. Le moyen de concevoir
qu'un homme , quelque obligeant qu'il
soit , quoiqu'on le trouve toujours prêt
à faire plaisir , à rendre de bons offices
facile à se prêter aux differentes inclinations
, et à se conformer à la volonté des
autres , ( c'est ce que veut dire complaisant
, ) quoiqu'il soit instruit de toutes
les bienséances du monde , et exact à les
observer ce qui s'appelle civil ; le
moyen , dis je , de concevoir qu'un tel
homme puisse ne passer point du - tout
pour un homme poli , qu'il puisse ne
Ꭰ rien
2554 MERCURE DE FRANCE
rien avoir de cette maniere qui plaît , et
qui est le point le plus important.
,
Ce qui le caracterise , semble être , au
contraire , le solide , l'essentiel de la Politesse
; le surplus n'en est que l'accessoire
, ou , si l'on veut , la plus grande
perfection, Parce que cet honnête homme
n'aura pas tout le sublime de la Politesse
est-il juste d'assurer qu'il n'est
point du-tout poli ? Pour peu qu'on le
pratique , on sentira aisément qu'il l'est
du moins dans quelques degrés , qu'il
l'est même plus veritablement et plus
naturellement que beaucoup d'autres
qui n'ont que du fard et des apparences
trompeuses quoiqu'ils brillent peutêtre
davantage.
و
Prenons l'Auteur des Réflexions par
ses principes. Il distingue être poli posi
tivement , c'est - à - dire , faire et dire des
choses polies ; et être poli négativement ,
c'est-à- dire , ne rien faire et ne rien dire
d'impoli. Ces termes positivement , négativement
seroienr , peut- être , mieux placés
sur les bancs , mais il s'agit moins ici
des mots que des choses. L'Honnête-
Homme , le bon Homme dont nous par
lons , ne sera- t'il pas , du moins , dans
la seconde Categorie ; car il faut parler
lé langage de l'Ecole , puisqu'on nous
met
NOVEMBRE . 1731. 2555
靈
met dans ce goût ? Suivons l'Auteur
c'est lui-même qui décidera . » Telle est ,
» dit- il , la Politesse de beaucoup de Per-
» sonnes d'un esprit mediocre , qui ne
» laissent pas de se faire aimer , et d'être
» de bonne compagnie jusqu'à un certain
» point , par leur complaisance , leurs
» attentions , & c. Voila tout juste mon
homme complaisant , attentif à rendre
service , et le reste ; il ne laissera pas de
se faire aimer , et d'être de bonne compagnie
jusqu'à un certain point. Il sera
donc poli du moins negativement. Il aura
même une grande partie de la Politesse
qui selon nôtre Auteur , consiste à souffrir
l'impolitesse des autres. Sa bonté
complaisance , sa civilité , ne lui permettront
pas de relever dans les autres les
traits d'impolitesse qu'il y remarquera ,
encore moins de s'en fâcher.
>
sa
Supposons cependant que cet honnête
homme ne passe point du - tout pour
poli ; il passera donc pour impoli il ?
n'y a point de milieu. C'est à l'Auteur
à nous dire dans quel genre d'impolitesse
il faut mettre la vertu officieuse
la complaisance , la civilité. Lui - même
distingue deux sortes d'impolitesse : l'une
de malice , qui attire la haine , l'autre de
grossiereté , qui attire le mépris. Laquelle
Dij des
2556 MERCURE DE FRANCE
des deux convient à un si honnête homme?
Il n'y paroît point tant de malice :
bien éloigné de vouloir faire de la peine ,
il est tout obligeant , tout serviable. La
grossiereté qui attire le mépris , ne se
trouve pas non plus dans un homme complaisant
et civil : où est donc l'impoli
tesse et s'il n'y en a point , comment
peut-on dire qu'il ne passera point dutout
pour un homme poli ?
L'impolitesse est toûjours choquante¸
et ne peut jamais plaire ; le caractere dont
nous parlons , plaît du moins quelquefois
, et ne blesse pas toujours ; seroit-ce
trop dire que d'avancer qu'il est des
plus aimables ?
Selon l'Auteur , l'accusation d'impolitesse
est une des plus grandes injures.
Etre appellé impoli , est , à mon avis , ditil
, une plus grande injure , que d'être appellé
malin et satyrique . Peut-être trouvera-
t'on qu'il outre un peu ; mais soit :
dans sa pensée , quelle insulte ne fait - il
pas à cet honnête homme , à cet homme
officieux , toûjours prêt à rendre service ,
à cet homme prévenant par ses complaisances
et ses civilitez , quand il assure
hardiment qu'il a beau être tel , qu'il ne
passera point du- tout pour un homme poli ?
Une injure pareille dans l'opinion de
celui
NOVEMBRE. 1731. 2559
celui qui l'a fait , l'obligeroit à répara
tion d'honneur par quel endroit un
homme d'un si bon caractere se l'est- il
attirée ?
Franchement il seroit à plaindre , si
tout le monde , sur la parole de l'inconnu
, consentoit à le regarder comme un
homme qui n'a aucune politesse. Le Public
est trop équitable pour donner dans
cet excès. Quoiqu'en dise l'Anonime ,
il verra de bon ceil tour homme qui
sçaura joindre à un air obligeant et serviable
, beaucoup de complaisance et
de civilité. Il y trouvera sûrement de
la Politesse.
,
,
Qui ne s'étonnera que lAuteur des Réflexions
, après avoir élevé si haut la po.
litesse , que que très peu de personnes y pourroient
atteindre la rabaisse tout d'un
coup , et la dégrade jusqu'à la rendre
vicieuse nécessairement ou au moins
défectueuse ? Si on l'en croit , on ne
peut être poli sans déguisement et sans
adulation. Il regarde la difficulté de feindre
et de dissimuler comme un grand
obstacle à la Politesse . A l'entendre , cette
difficulté est universelle. L'Homme , ditil
, est naturellement sincere il aime à dire
ce qu'il pense , et à témoigner ce qu'il sent.
On ne voit pas comment une Proposi-
Diij tion
2558 MERCURE DE FRANCE
tion si generale s'accorde avec le genie
et le caractere de plus d'une Nation , et
des Peuples de quelques-unes de nos Provinces.
Je ne les nomme pas : ils sont
assez connus par leur penchant naturel
au déguisement et à la duplicité. Le François
même n'est pas toujours si franc.
C'est souvent l'yvresse de quelque passion
, plutôt que le naturel ,
qui fait
qu'on se montre par son foible , et qu'on
parle plus qu'on ne voudroit. L'Homme
de sang froid est ordinairement plus réservé
et plus circonspect.
deو
Il s'en faut bien que M. l'Abbé de
Bellegarde soit du sentiment de nôtre
Auteur , lui qui avance qu'on ne trouve
sinceres
gens que ceux qui n'ont pas
assez d'esprit pour être fourbes. M. Esprit
prend un juste milieu entre ces deux
opinions si opposées. » Comme il y a ,
» dit- il , des gens qui naissent courageux,
» d'autres chastes , il y a aussi des natu-
» rels sinceres , et des gens qui se font
» une vraie violence quand ils sont con-
>> traints d'user de dissimulation . Il y en
» a d'autres tout-à- fait opposés à ceux ci ,
» qui ne peuvent jamais parler avec fran
» chise , et à qui il est toûjours agréable
de se déguiser.
23
De ces deux sortes de personnes , les
derNOVEMBRE
1731. 2559
dernieres sont les seules que nôtre Auteur
croit être de mise pour la Politesse : les
autres , à son jugement , n'en sont pas
succeptibles. Disons tout , ( c'est lui qui
» parle , ) le seul penchant à la sincerité
» le grand éloignement de tout déguise
ment et de toute dissimulation suffic
» pour rendre impoli : il va plus loin .
On ne se bornera pas même , ( ajoûte-
» t'il , à accuser la sincerité d'impoli
» tesse .... celui qui parleroit toûjours
avec une entiere sincerité
» pour malin.
passeroit
Voilà donc la candeur , la bonne foi ,
la sincerité exclues nécessairement du
commerce du beau monde et des Personnes
polies. Tout homme qui aimera
la droiture , qui aura un coeur ouvert ,
une parfaite ingenuité , n'y sera pas bien
venu ; on l'exclura des cercles et des
compagnies comme un homme grossier ,
rustique , impoli , malin même , ou bien
il n'y sera qu'à charge. Chacun ne paroîtra
poli qu'à mesure qu'il aura d'adresse
à feindre à se déguiser , à dissimuler,
Cette honnête liberté cette aimable
franchise , cette communication mutuelle
et entiere de pensées et de sentimens ,
qui formoient autrefois les plus doux
fiens de l'amitié , qui faisoient l'agrément
Diiij des
2560 MERCURE DE FRANCE
des conversations n'étoient bonnes apparamment
que pour nos vieux Peres : Il
faudra d'autres rafinemens pour un siécle
aussi poli que le notre. La Politesse ne
sera qu'hypocrisie , la societé qu'un commerce
de mensonges , officieux, ou, comme
dit M. Flechier , l'on se fera une politesse
de tromper , et un plaisir d'être trompé.
C'est l'idée précise de cette Politesse
trop en regne , qui exclud la sincerité ,
dont l'ame est le déguisement et la dissimulation
; mais doit-on l'autoriser ?
N'y a- t'il pas une Politesse plus saine ,
plus vraïe seule digne d'approbation ;
une politesse qui n'exclud aucune des
vertus , mais qui les rend plus agréables ;
une Politesse qui tempere les rigueurs de
la sincerité , et qui la fait paroître avec
graces et avec noblesse.
>
Ce qui trompe l'Auteur des Refléxions
, c'est qu'il confond la sincerité
avec l'indiscretion et la témerité , qui
porteroient un homme à dire tout ce
qu'il penseroit , ou à faire tout ce qu'il
voudroit. Il y a , dit M. l'Abbé de Belle-
» garde , une grande difference entre la
>> sincerité et une certaine démangeaison
» de parler , qui fair qu'on s'ouvte à
>> tout le monde. La sincerité ne doit
être ni indiscrette , ni étourdie .
Ainsi
NOVEMBRE. 1731. 2561
'Ainsi , renfermons la sincerité dans
ses justes bornes , considerons- la dans
ce milieu , dans ce point fixe , qui la
tient comme en équilibre entre l'indiscretion
et la dissimulation vices dont
l'un la détruit absolument , et l'autre la
fait dégenerer nous trouverons que
pour être très- sincere on n'en est pas
moins poli.
›
La sincerité consiste à dire toûjours
vrai quand on est obligé de parler , mais
elle n'oblige pas à le faire d'une maniere
choquante , imperieuse , passionnée. La
sincerité consiste encore à mettre simplement
au jour ses pensées , à découvrir
ses sentimens , lorsque la necessité ,
l'utilité , les circonstances le demandent,
ou du moins le permettent , mais elle
ne veut pas qu'on le fasse avec imprudence
et sans discernement ; c'est une
vertu qui n'a rien de commun avec la
contagion du vice. Jamais personne ne
dira qu'on manque de sincerité pour tenir
caché dans le secret du coeur ce qui
doit l'être , du consentement de tout le
monde ; ce n'est- là ni déguisement , ni
dissimulation . On ne regarde comme déguisé
, comme dissimulé , que celui qui
se cache lorsqu'il devroit se montrer , ou
qu'il le pourroit sans aucun risque.
Dv C'est
2562 MERCURE DE FRANCE
›
C'est donc avoir une idée trop desavantageuse
de la politesse , que d'en exclure
la sincerité , la franchise , la naïveté,
qui n'en sont pas les moindres agrémens
, et d'y faire entrer la feinte le
déguisement , la dissimulation , qui la
rendroient même odieuse . En effet il y
a peu de personnes que le deffaut de
sincerité , le déguisement , la dissimulàtion
, conius , noffensent ; or , comme
malgré toutes les ruses et les belles démonstrations
, on pourroit souvent s'en
appercevoir , il arriveroit que cette prétendue
politesse elle-même seroit offensante
, bien loin d'être agréable , marque évidente
de sa defectuosité et de sa fausseté.
Le pis est qu'on y fait entrer l'adulation
, comme partie principale . « La
» politesse ( dit - on ) consiste sur tout à
» témoigner aux autres de la considera-
>tion et de l'estime, à flater leur orgueil.
» La vanité est la source , l'assaisonne-
» ment de nos plus grands plaisirs ; il
faut l'avouer , il n'y a que trop de personnes
qui sont de ce goût- là, et qui mettent
leurs délices à se repaître de vanité
; mais il s'en trouve aussi beaucoup
qui puisent leurs plus grands plaisirs dans
des sources plus pures et qui veulent dư
solide.
Quoiqu'il
NOVEMBRE. 1731 .
2563
Quoiqu'il en soit, n'est- ce pas toûjours
une lâche , une indigne condescendance
que de s'asservir à faire le personnage d'adulateur
, si finement qu'on s'y méprenne
de s'occuper sur tout à flatter l'orgueil
, la plus funeste de toutes les passions
? La politesse engage à ne le pas
blesser , à le menager , à l'épargner autant
que le devoir et la conscience n'y
sont point interressez , dans la crainte de
le révolter ; mais elle n'exige pas qu'on
le fomente , qu'on le flatte , qu'on le caresse
; la Religion , l'équité , la verité le
deffendent. On a toûjours regardé la flaterie
comme une honteuse bassesse indigne
d'un honnête homme , comment
donc s'imaginer qu'elle entre dans la politesse
, qui , selon l'Auteur , doit avoir
quelque chose de noble dans ses manieres
?
On peut , on doit même en bien des
Occasions travailler à détruire le regne de
Ia vanité ; abaisser l'orgueil , mortifier
F'amour propre , souvent l'avantage du
Prochain , les interêts de la justice et de
la verité l'exigent. Le tout est de s'y
prendre finement , avec délicatesse', d'une
maniere qui n'ait rien de rude , rien
de choquant , desorte que les personnes
les plus hautes et les plus fieres , ne puis-
D vj seng
&
2564 MERCURE DE FRANCE
sent s'en aigrir ; et c'est le grand art de
la politesse. Jamais elle n'est plus d'usage
que quand il faut blâmer, reprendre ,
dětromper , contredire ; elle enseigne à
le faire comme à regret , et avec tant de
ménagement et d'adresse , avec taat d'agrément
même , qu'on ne peut s'en offenser.
Il s'en faut donc bien qu'elle soit l'esclave
de la vanité , assujettie à la nourrir
par la flatterie ; elle en est au contraire
la maîtresse , elle sçait la gouverner avec
dexterité , la moderer , la tourner contre
elle-même , y jetter à propos un certain
ridicule qui la rend insensiblement hon- ·
teuse et méprisable aux yeux même des
personnes qui en sont les plus entêtées.
L'Auteur des Refléxions n'a gueres
mieux réussi dans quelques - uns des
moyens qu'il indique pour acquerir ou
perfectionner la politesse. » Pour se perfectionner
( dit- il ) et se fortifier dans la
» pratique de la politesse , il seroit peut-
» être utile quelquefois de se trouver avec
» des gens impolis .... leur impolitesse,
» déplaît , l'on voit en quoi ils manquent
» et par là l'on n'y tombe pas.
Voilà un secret admirable et tout nouveau
de se perfectionner dans la pratique
de la politesse ! Il est vrai que l'Auteur
paroît
NOVEMBRE . 1731. 2563
paroît ne le proposer qu'en tremblant ,
il en sent peut- être lui - même le foible.
la raison qu'il apporte , prouve tout au
plus qu'on se tiendra en garde pour ne
pas faire les fautes grossieres qui déplaisent
dans les gens impolis ; qu'à la vûë
de leurs deffauts les plus frappants , on
pourra sentir les avantages de la politesse
et s'y affectionner ; mais de dire que leur
fréquentation puisse être plus utile que
celle des personnes polies pour se pèrfectionner
et se fortifier dans la pratique
de la politesse , c'est ce qui ne paroît
pas probable et ce qui est contraire à l'experience.
Le mauvais exemple favorisé
par le mauvais penchant, a plus de force
pour nous corrompre , que
le bon exemple
pour nous soutenir ou nous redresser.
Ecoutons encore parler l'Auteur :» Des
» occasions fréquentes d'agir ( dit- il ) et
» de surmonter une difficulté considera-
» ble , avancent bien mieux que de sim
ples exemples . » L'application de ce
principe au sujet dont il s'agit , n'est pas
des plus claires. On sçait qu'il y a bien
des occasions de souffrir des grossieretez ,
de l'impolitesse ; mais il n'est pas aisé de
deviner
ce que l'Auteur entend
Occasions fréquentes d'agir , et par cette
difficulté considerable qu'il faudra sur-
-·
par ces
monter
2566 MERCURE DE FRANCE
monter , dont il tire plus d'avancement
pour la politesse , que des simples exemples
; c'est une Enigme un peu obscure ,
dont il faut attendre de lui - même l'explication
, s'il juge à propos de la donner.
Je doute que tout le monde soit de son
sentiment, lorsqu'il avance qu'il n'y a pas
tant à profiter des exemples de politesse que
nous donnent les femmes , que de la necessité
où nous sommes d'en avoir beaucoup à leur
égard. La difficulté consiste à sçavoir si
la necessité d'être poli avec les Dames
rendra un homme effectivement plus poli,
que tous les exemples de politesse qu'elles
peuvent lui donner. Je comprens que
la necessité l'obligera de s'étudier avec
soin à être poli ; mais son étude sera vaine,
et il n'y fera aucun progrès , s'il n'a d'excellens
modeles pour se former. Comme
dit fort bien l'Auteur : La politesse est
une chose d'experience et d'usage ; or dans
toutes les choses d'experience et d'usage,
il faut necessairement avoir devant lesyeux
quelque modele qui guide et qui
dirige , sans quoi on n'y réussiroit jamais
et on n'y comprendroit rien . En genrede
politesse où trouvera- t'on des modeles
plus accomplis que chez les Dames ?
Mais je laisse cette discussion aux personnes
du monde qui sont plus au fair
de
NOVEMBRE . 1731. 2567
de ce qui les concerne , et je finis par
l'Observation suivante .
›
L'Auteur , après avoir dit que la réputation
d'homme poli attire tout ensemble l'estime
et l'amour , semble dans la suite se
rétracter. Il distingue trois sortes de mérites
: le mérite estimable , le mérite aimable ,
le mérite agréable. Et il ajoûte : le mérite
agréable est proprement celui de la politesse
Ce qui donne à entendre que le propre
mérite de la politesse n'est pas tant d'attirer
l'estime et l'amour , que de paroître
agréable. Ne fera- t'on pas mieux de
dire que ces trois mérites conviennent
proprement à la politesse ? Par son air
noble elle est estimable , par sa douceur
et sa complaisance elle est aimable , par
ses manieres aisées , fines , délicates , elle
est agréable.
Si pour se déclarer amateur de la jusresse
et de la sincerité , ennemi du déguisement
, de la dissimulation , de la
flaterie , on encouroit necessairement le
blâme d'impolitesse , j'aurois tout à crain
dre de ce côté- là . Je m'abandonne au jugement
du Public , et sans me flater ni
prévenir ses suffrages , je crois lui devoir
la justice de penser qu'il me sera favorable
dans le parti que j'embrasse , et j'espere
qu'en consideration de la bonté de
ina
ا ی ک
2568 MERCURE DE FRANCE
ma cause, il me fera grace, si je ne l'ai pas
deffendue avec assez d'agrément et de
plaisir. Je suis , Monsieur , &c.
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Résumé : LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
M. Simonnet d'Heurgeville critique les Réflexions sur la Politesse publiées dans le Mercure de Juin, estimant qu'elles autorisent des dérèglements contraires au bon ordre et au bien de la société. Il reconnaît que la politesse est une matière délicate et que les réflexions, bien que souvent judicieuses, ne le sont pas toujours. L'auteur des Réflexions définit la politesse par un air, une façon et une manière de parler et d'agir qui plaît, noble, aisée, fine et délicate. M. Simonnet conteste cette définition exclusive, arguant qu'un homme obligeant, serviable, complaisant et civil peut également être poli, même s'il manque du 'sublime' de la politesse. Il distingue deux types de politesse : positive (faire et dire des choses polies) et négative (ne rien faire et ne rien dire d'impoli). Selon lui, un honnête homme, bien que peut-être impoli au sens positif, est poli au sens négatif et possède une grande partie de la politesse qui consiste à souffrir l'impolitesse des autres. M. Simonnet critique également l'idée que la politesse nécessite du déguisement et de l'adulation, et qu'elle exclut la sincérité. Il argue que la sincérité, bien encadrée, n'est pas incompatible avec la politesse. Il conclut que la politesse véritable doit tempérer les rigueurs de la sincérité et la faire apparaître avec grâce et noblesse, sans nécessiter de feinte ou de dissimulation. Le texte, daté de novembre 1731, discute de la politesse et de la flatterie, qualifiant cette dernière de 'honteuse bassesse' incompatible avec la véritable politesse. La politesse est décrite comme un art permettant de gérer l'orgueil et la vanité sans les alimenter. Elle doit être utilisée pour blâmer ou reprendre avec délicatesse et adresse, afin de ne pas offenser. L'auteur conteste certaines méthodes proposées pour perfectionner la politesse, notamment l'idée de fréquenter des gens impolis pour mieux apprécier la politesse. Il souligne que le mauvais exemple corrompt plus facilement que le bon exemple ne redresse. Le texte aborde également la question des modèles de politesse, suggérant que les femmes offrent des exemples accomplis en la matière. Il distingue trois types de mérites associés à la politesse : estimable, aimable et agréable, et conclut en se déclarant amateur de justice et de sincérité, tout en espérant la faveur du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2783-2789
RÉFLEXIONS de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville, près de Vernon, sur les deux Questions proposées dans le Mercure de Mai 1731.
Début :
I. QUESTION. Si l'Amour et la Raison peuvent se trouver en même temps dans [...]
Mots clefs :
Réflexions, Prieur, Amour, Raison, Enfants, Fibres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville, près de Vernon, sur les deux Questions proposées dans le Mercure de Mai 1731.
REFLEXIONS de M. Simonnet , Prieur
d'Heurgeville , près de Vernon sur
les deux Questions proposées dans le
Mercure de Mai 1731.
1. QUESTION. Si l'Amour et la Rai--
son peuvent se trouver en même temps danse
la même
personne &c ?:
T
Oute Passion dominante ne s'ac
corde point avec la raison : si elle
ne la banit pas entieremént , elle la rend
esclave , et ne lui laisse plus de mouve
ment ni d'action. Où la passion domine ,
la raison n'est plus la maîtresse ; il faut
donc ou qu'elle cede la place , ou qu'ellesoit
réduite à la servitude ..
Point de passion si imperieuse et si absolue
que l'Amour : tout lui cede. Dès
qu'il attaque , il est presque sûr de vainere
; A- til vaincu ? il use de sa victoire
avec hauteur. Quelquefois la raison crie ,
sagite , réclame ses droits : l'Amour ne
До Кова peut:
784 MERCURE DE FRANCE
peut souffrir cette importune ; d'abord
lui impose silence , et pour s'en débarasser
, il l'exclurt de sa domination . On sent
bien qu'on est en proye à un Tyran , on
soupire dans ses fers on voudroit les
briser , on rappelle la raison à son se
cours , mais elle est trop foible pour un
tel ennemi : il se jouë de ses attaques ,
et la répousse bien loin. Elle a beau reve
nir à la charge , et faire de nouveaux efforts
, P'Amour sçait s'en tirer avec avantage
, et n'en devient souvent que plus
fougueux.
Il parolt doux cependant , et c'est par
sa maligne douceur qu'il séduit , qu'il
s'insinue et qu'il triomphe aux dépens de
la raison. Les lumieres de celle - ci sont
bien- tôt éteintes , par les vapeurs enchanteresses
qu'il répand , et dont on es
comme enyvré.
L'Amour est un petit libertin qui
'entend point raison . S'il l'entendoit
il changeroit de nature ; s'il étoit sage ,
il ne seroit plus amour ; et comment seroit-
il sage ? Il marche en aveugle. La
folie et la témérité sont ses compagnes
inséparables. Il vole au gré de ses désirs
et ses désirs sont indiscrets. Il veut par
tout être maître à quelque prix que ce
soit avec son carquois et ses fléches em-
1 1. Vol
poi-
1
DECEMBRE. 1931. 2785
poisonnées il attaque les coeurs , les bles
se , les dompte , et dès-là , vertu , sagesse
prudence , et raison n'y peuvent plus
tenir.
Son air gracieux lui donne une facila
entrée ; mais à peine est- il en place , que
sa malice jouë son rôle , et quels ravages
ne fait-il pas ? Il va jusqu'à la fureur :
il ne respecte ni le sacré ni le profane s
pour satisfaire ses désirs ou son désespoir,
il n'épargne point le sang et le carnage ;
témoins tant d'histoires tragiques dont
l'amour est l'ame , et dont le monde est
continuellement le Theatre..
Si l'on aime raisonnablement , si l'on
se renferme dans les bornes du devoir
ce n'est plus amour , ce n'est plus cette
passion de jeunesse , passion aveugle
passion vive , inquiete , turbulente , ef-
Frenée , qui ne sent , qui n'écoute , qui
ne suit que son impetueuse ardeur.
Il est vrai que l'amour a regné dans le
coeur des plus grands hommes , dans les
sages même ; mais s'ils étoient grands
s'ils étoient sages , judicieux , raisonnables
, ce ne fut pas dans les accès de la
P sion ; car on les a vûs tomber , comme
les autres , dans des folies et dans des
extravagances , se ruiner , se dégrader ,
s'avilir par des actions basses et indignes.
S 1. Veh Om
2788 MERCURE DE FRANCE
On a vû un Salomon offrir de l'Encens
à des Idoles ét donner dans les der
niers excès. Si jamais la raison dut se
maintenir avec l'amour , et en moderer
des saillies , ce fut dans ce prodige de
sagesse : Exemple qui prouve assez com
bien la raison et l'amour sont incompa
tibles.
II. QUESTION. Quelle ett la Canes
Physique ou Morale de l'effet qui arrive
dans les Enfans qui meurent jeunes , après
savoir donné de grandes esperances , et dars
les Enfans dont la vivacité s'est changes
son 'stupidité ? & c.
H peut arriver
qu'un
grand
nombr
d'Enfans de toutes conditions meurenter
bas âge par des accidens inévitables . 11
ise trouve quelquefois en eux des semences
de corruption , qui , dans la suice ,
venant à se développer , gâtent toute la
substance de ces petits corps , et les fo at
tomber en pourriture. Il ne faut qu'une
intemperie de l'air , quelque souffle empoisonné
, un aliment mal- sain , ou peu
convenable 'une nourriture `trop forts
ou trop legere , pour endommager de
tendres Enfans , et les faire périr , pendant
que d'autres ne se trouveront pas
3
1.Vole
dans
DECEMBRE. 1731 2787
dans les mêmes circonstances , ou auront
le bonheur de s'en tirer par une forte
complexion à peu près comme des fruits
d'une même espece , sur le même arbre
dans la même exposition , les uns réüssissent
, pendant que quantité d'autres
tombent par differentes infortunes.
Pour ce qui regarde en particulier les
Enfans dont l'esprit et la vivacité promettent
beaucoup , on ne peut disconvenir
que le trop grand soin que l'on
prend de leur éducation , ne contribue
beaucoup à avancer leurs jours , ou à faire
dégenerer leur esprit en stupidité.
Dans ces Enfans les fibres sont plus
molles et plus flexibles , les petits vaisseaux
plus déliez , et par conséquent plus
foibles que dans les Enfans d'un genio
grossier et tardif , qui ne sont tels que
par la dureté et le peu de fléxibilité de
leurs organes ; c'est de l'aveu presque
universel , ce qui fait la difference des
uns et des autres.
Or quand on voit un Enfant né avec
cès heureuses et rares dispositions d'esprit
, on croit ne pouvoir trop tôt en
profiter. On pousse , on force , on accable
une imagination quelquefois déja
trop vive. Il suffit qu'elle plaise , qu'elle
charme , on ne craint point de la fati-
1. Vota
guer.
88 MERCURE DE FRANC
:
guer. De-là qu'arrive-t'il En peu de
temps les esprits s'épuisent , les fibres
s'émoussent et s'affoiblissent , les traces st
confondent : ces vaisseaux si délicats n'y
peuvent plus résister le jeu et tout le
ressort de la Nature manque insensible
ment : le corps se mine . et enfin tombe
en ruine ; ou s'il ne succombe pas à tant
d'efforts , la tête se dérange : cette grande
vivacité s'évanouit , et l'esprit disparoît ,
parce qu'il n'y a plus dans les organes
usez cette juste proportion qui devoit
P'entretenir.
Quelque excellent que soit un Arbre
si , lorsqu'il est jeune , on lui donn
trop de portée , si on lui laisse produir
une surabondance de fruits qui se mon
trent , il mourra bien-tôt , ou ne fera que
languir. Il en est de même d'un Enfant
plein d'esprit et de vivacité. Il ne demar
de qu'à produire les plus beaux fruits
mais dès que vous le surchargez
que vous voulez en tirer trop d'abord
c'est un grand hazard si vous ne le voyez
aussi-tôt déperir , et si une mort préma
turée ne vous l'enleve. Quelques-uns plus
robustes y résisteront mais le grand
nombre en sera la victime .
Pour obvier à un si funeste inconve
mient , on ne peut , avec trop d'atten
1. Vol
ci
tion
DECEMBRE 1731. 2789
tion , ménager ces jeunes esprits . Leur
extrême vivacité les porte assez d'ellemême
à vouloir tout connoître , tout
approfondir ; bien loin donc de les pousser
et de les animer , il faudroit ne les
faire avancer dans les études et dans les
differentes connoissances que pied à pied.
Plus ils apprennent facilement , plus on
devroit leur donner de récréations et de
divertissemens honnêtes ; les arracher
même à l'étude quand ils s'y veulent trop
appliquer , ne perdant jamais de vûë cette
sage maxime : L'Arc trop souvent tendu ,
ne peut durer long-temps.
d'Heurgeville , près de Vernon sur
les deux Questions proposées dans le
Mercure de Mai 1731.
1. QUESTION. Si l'Amour et la Rai--
son peuvent se trouver en même temps danse
la même
personne &c ?:
T
Oute Passion dominante ne s'ac
corde point avec la raison : si elle
ne la banit pas entieremént , elle la rend
esclave , et ne lui laisse plus de mouve
ment ni d'action. Où la passion domine ,
la raison n'est plus la maîtresse ; il faut
donc ou qu'elle cede la place , ou qu'ellesoit
réduite à la servitude ..
Point de passion si imperieuse et si absolue
que l'Amour : tout lui cede. Dès
qu'il attaque , il est presque sûr de vainere
; A- til vaincu ? il use de sa victoire
avec hauteur. Quelquefois la raison crie ,
sagite , réclame ses droits : l'Amour ne
До Кова peut:
784 MERCURE DE FRANCE
peut souffrir cette importune ; d'abord
lui impose silence , et pour s'en débarasser
, il l'exclurt de sa domination . On sent
bien qu'on est en proye à un Tyran , on
soupire dans ses fers on voudroit les
briser , on rappelle la raison à son se
cours , mais elle est trop foible pour un
tel ennemi : il se jouë de ses attaques ,
et la répousse bien loin. Elle a beau reve
nir à la charge , et faire de nouveaux efforts
, P'Amour sçait s'en tirer avec avantage
, et n'en devient souvent que plus
fougueux.
Il parolt doux cependant , et c'est par
sa maligne douceur qu'il séduit , qu'il
s'insinue et qu'il triomphe aux dépens de
la raison. Les lumieres de celle - ci sont
bien- tôt éteintes , par les vapeurs enchanteresses
qu'il répand , et dont on es
comme enyvré.
L'Amour est un petit libertin qui
'entend point raison . S'il l'entendoit
il changeroit de nature ; s'il étoit sage ,
il ne seroit plus amour ; et comment seroit-
il sage ? Il marche en aveugle. La
folie et la témérité sont ses compagnes
inséparables. Il vole au gré de ses désirs
et ses désirs sont indiscrets. Il veut par
tout être maître à quelque prix que ce
soit avec son carquois et ses fléches em-
1 1. Vol
poi-
1
DECEMBRE. 1931. 2785
poisonnées il attaque les coeurs , les bles
se , les dompte , et dès-là , vertu , sagesse
prudence , et raison n'y peuvent plus
tenir.
Son air gracieux lui donne une facila
entrée ; mais à peine est- il en place , que
sa malice jouë son rôle , et quels ravages
ne fait-il pas ? Il va jusqu'à la fureur :
il ne respecte ni le sacré ni le profane s
pour satisfaire ses désirs ou son désespoir,
il n'épargne point le sang et le carnage ;
témoins tant d'histoires tragiques dont
l'amour est l'ame , et dont le monde est
continuellement le Theatre..
Si l'on aime raisonnablement , si l'on
se renferme dans les bornes du devoir
ce n'est plus amour , ce n'est plus cette
passion de jeunesse , passion aveugle
passion vive , inquiete , turbulente , ef-
Frenée , qui ne sent , qui n'écoute , qui
ne suit que son impetueuse ardeur.
Il est vrai que l'amour a regné dans le
coeur des plus grands hommes , dans les
sages même ; mais s'ils étoient grands
s'ils étoient sages , judicieux , raisonnables
, ce ne fut pas dans les accès de la
P sion ; car on les a vûs tomber , comme
les autres , dans des folies et dans des
extravagances , se ruiner , se dégrader ,
s'avilir par des actions basses et indignes.
S 1. Veh Om
2788 MERCURE DE FRANCE
On a vû un Salomon offrir de l'Encens
à des Idoles ét donner dans les der
niers excès. Si jamais la raison dut se
maintenir avec l'amour , et en moderer
des saillies , ce fut dans ce prodige de
sagesse : Exemple qui prouve assez com
bien la raison et l'amour sont incompa
tibles.
II. QUESTION. Quelle ett la Canes
Physique ou Morale de l'effet qui arrive
dans les Enfans qui meurent jeunes , après
savoir donné de grandes esperances , et dars
les Enfans dont la vivacité s'est changes
son 'stupidité ? & c.
H peut arriver
qu'un
grand
nombr
d'Enfans de toutes conditions meurenter
bas âge par des accidens inévitables . 11
ise trouve quelquefois en eux des semences
de corruption , qui , dans la suice ,
venant à se développer , gâtent toute la
substance de ces petits corps , et les fo at
tomber en pourriture. Il ne faut qu'une
intemperie de l'air , quelque souffle empoisonné
, un aliment mal- sain , ou peu
convenable 'une nourriture `trop forts
ou trop legere , pour endommager de
tendres Enfans , et les faire périr , pendant
que d'autres ne se trouveront pas
3
1.Vole
dans
DECEMBRE. 1731 2787
dans les mêmes circonstances , ou auront
le bonheur de s'en tirer par une forte
complexion à peu près comme des fruits
d'une même espece , sur le même arbre
dans la même exposition , les uns réüssissent
, pendant que quantité d'autres
tombent par differentes infortunes.
Pour ce qui regarde en particulier les
Enfans dont l'esprit et la vivacité promettent
beaucoup , on ne peut disconvenir
que le trop grand soin que l'on
prend de leur éducation , ne contribue
beaucoup à avancer leurs jours , ou à faire
dégenerer leur esprit en stupidité.
Dans ces Enfans les fibres sont plus
molles et plus flexibles , les petits vaisseaux
plus déliez , et par conséquent plus
foibles que dans les Enfans d'un genio
grossier et tardif , qui ne sont tels que
par la dureté et le peu de fléxibilité de
leurs organes ; c'est de l'aveu presque
universel , ce qui fait la difference des
uns et des autres.
Or quand on voit un Enfant né avec
cès heureuses et rares dispositions d'esprit
, on croit ne pouvoir trop tôt en
profiter. On pousse , on force , on accable
une imagination quelquefois déja
trop vive. Il suffit qu'elle plaise , qu'elle
charme , on ne craint point de la fati-
1. Vota
guer.
88 MERCURE DE FRANC
:
guer. De-là qu'arrive-t'il En peu de
temps les esprits s'épuisent , les fibres
s'émoussent et s'affoiblissent , les traces st
confondent : ces vaisseaux si délicats n'y
peuvent plus résister le jeu et tout le
ressort de la Nature manque insensible
ment : le corps se mine . et enfin tombe
en ruine ; ou s'il ne succombe pas à tant
d'efforts , la tête se dérange : cette grande
vivacité s'évanouit , et l'esprit disparoît ,
parce qu'il n'y a plus dans les organes
usez cette juste proportion qui devoit
P'entretenir.
Quelque excellent que soit un Arbre
si , lorsqu'il est jeune , on lui donn
trop de portée , si on lui laisse produir
une surabondance de fruits qui se mon
trent , il mourra bien-tôt , ou ne fera que
languir. Il en est de même d'un Enfant
plein d'esprit et de vivacité. Il ne demar
de qu'à produire les plus beaux fruits
mais dès que vous le surchargez
que vous voulez en tirer trop d'abord
c'est un grand hazard si vous ne le voyez
aussi-tôt déperir , et si une mort préma
turée ne vous l'enleve. Quelques-uns plus
robustes y résisteront mais le grand
nombre en sera la victime .
Pour obvier à un si funeste inconve
mient , on ne peut , avec trop d'atten
1. Vol
ci
tion
DECEMBRE 1731. 2789
tion , ménager ces jeunes esprits . Leur
extrême vivacité les porte assez d'ellemême
à vouloir tout connoître , tout
approfondir ; bien loin donc de les pousser
et de les animer , il faudroit ne les
faire avancer dans les études et dans les
differentes connoissances que pied à pied.
Plus ils apprennent facilement , plus on
devroit leur donner de récréations et de
divertissemens honnêtes ; les arracher
même à l'étude quand ils s'y veulent trop
appliquer , ne perdant jamais de vûë cette
sage maxime : L'Arc trop souvent tendu ,
ne peut durer long-temps.
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville, près de Vernon, sur les deux Questions proposées dans le Mercure de Mai 1731.
Le texte 'Réflexions de M. Simonnet, Prieur d'Heurgeville' traite de deux questions soulevées dans le Mercure de mai 1731. La première question porte sur la compatibilité de l'amour et de la raison. Simonnet soutient que toute passion dominante, notamment l'amour, est incompatible avec la raison. L'amour, qualifié de tyran, asservit la raison et la domine de manière impérieuse et absolue. Cette passion triomphe toujours au détriment de la raison, même chez les grands hommes et les sages, qui peuvent sombrer dans des folies et des extravagances sous son influence, comme en témoigne l'exemple de Salomon. La deuxième question explore les causes physiques ou morales de la mort prématurée des enfants prometteurs ou de la dégénérescence de leur vivacité en stupidité. Simonnet identifie plusieurs facteurs possibles, tels que des accidents inévitables, des semences de corruption ou des intempéries, qui peuvent entraîner la mort des enfants. Pour les enfants brillants, un excès de soin dans leur éducation peut épuiser leurs esprits et affaiblir leurs organes. Il compare cette situation à un jeune arbre surchargé de fruits, qui finit par mourir ou languir. Pour éviter ce phénomène, il est essentiel de ménager ces jeunes esprits, de leur offrir des récréations et de ne pas les surcharger d'études.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2912-2920
CEREMONIE de la Benediction des quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye Sainte Geneviéve.
Début :
Il a été parlé dans le Mercure du mois d'Octobre de deux Cloches bénites à [...]
Mots clefs :
Bénédiction, Cloches, Abbaye de Sainte Geneviève, Prieur, Patrone de Paris, Comtesse de Trêmes, Prévôt, Amphithéâtre, Charpente, Sonnerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE de la Benediction des quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye Sainte Geneviéve.
CEREMONIE de la Benediction des
quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye
Sainte Geneviève.
Idactée de deux Cloches bénites à
L a été parlé dans le Mercure du mois
Sainte Geneviève au mois de Septembre
dernier par l'Abbé de cette Abbaye : voici
ce qui s'est passé pour la bénédiction de
celles qui restoient.
Le Corps de Ville de Paris s'étant volontiers engagé de les nommer , on avoit
fait inscrire sur ces Cloches les noms et
les Armoiries de chacun de ces Mrs comme Parrains , on avoit pris la même précaution au sujet des Titres , Qualitez et
Blazon de Madame la Comtesse deTrémes
qui devoit être la Maraine.
Pour fixer le jour de la Cerémonie , les
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
ffrent une députation à la Ville de huit
Religieux ; ils furent reçûs le 21 Novembre à la premiere Porte de l'Hôtel de Vilpar les Huissiers en Robe , lesquels les
ayant conduits jusqu'au haut de l'escalier,
deux Echevins , qui étoient venus au devant , les introduisirent , et les firent placer vis-à-vis M. le Prévôt des Marchands
le
II. Vol. après
DECEMBRE. 1732. 2913
après quelques révérences à Mrs de Ville
qui étoient debout.
J
La Compagnie ayant pris séance , le
Prieur de Sainte Geneviève , Chef de la
députation , complimenta ces Mrs sur le
zele , qu'à l'exemple de leurs Ancêtres
ils témoignoient pour la gloire de la Patrone de Paris , et les remercia de la nouvelle preuve qu'ils en donnoient dans la
conjoncture présente. Le Discours fini ,
le Procureur du Roi prit la parole , et rappellant les bienfaits obtenus par l'inter-,
cession de Sainte Geneviève , loua le zele
desReligieux à prier continuellementpour
les besoins publics. Le Prévôt des Marchands résuma ensuite ce qu'on venoit de
dire , et répondit que Mrs de Ville , et
lui en particulier , s'estimoient heureux
de donner cette marque de leur veneration pour la Patrone de Paris , et de concourir ainsi à la splendeur de l'Office Divin
dans une Eglise où les Citoyens ont toujours éprouvé les faveurs du Ciel ; il ajoûta quelques mots obligeans pour les Chanoines Réguliers , et fixa le jour de la Cérémonie au 27 Novembre , à dix heures
du matin. La Compagnie s'étant levée ,
les Religieux furent reconduits par les
deux Echevins qui les avoient reçûs.
Le jour de la Cerémonie ainsi arrêté
11. Vol.
Mrs
2914 MERCURE DE FRANCE
Mrs de Ville prirent des mesures pour ob
tenir du Roi la permission d'assister à
cette Benediction en grand habit de cerémonie ( comme cela se pratique en pareille occasion ) le Roi eut la bonté de l'accorder.
>
Le 27 Novembre , le Prévôt des Marchands , les Echevins et le Procureur du
Roi , se rendirent à l'Hôtel de Ville revêtus de Robbes de Velours , usitées seulement dans les plus grandes solemnitez ;
ils en partirent en Carosse , précedez de
quelques Archers de Ville , les autres Archers ayant le Commandant à leur tête
marchoient aux côtez des Carosses , lesquels étoient suivis de plusieurs autres
Čarosses où étoient les principaux Offciers , et le Colonel des 300. Archers de
Ville.
9
Mrs de Ville arriverent à 10 heures à
P'Abbaye , et furent d'abord conduits dans
une grande Sale où ils se reposerent pendant quelque tems. Ils se mirent ensuite
en marche , précedez de leurs Huissiers
en Robe mi-partie de rouge et de bleu ,
accompagnez de l'Etat- Major et des Gardes en habits d'Ordonnance neufs , ce qui
formoit un grand et pompeux Cortege
au bruit des Tambours et des Hautbois ,
et au son des deux premieres Cloches nou vellement bénites.
DECEMBRE. 1732. 2915
Ces Mrs continuerent leur marche vers
l'Eglise parmi une foule innombrable de
peuple , et une grande quantité de pauvres à qui on fit distribuer des aumônes
considérables. Ils furent reçûs à l'Eglise
et complimentez suivant la coûtume des
grandes cerémonies ; puis ayant passé au
milieu de la Communauté qui étoit en
haye dans la Nef, ils furent placez sur la
gauche d'un Autel qu'on avoit dressé exprès , et qui étoit adossé à la porte du
Chœur. Un excellent Concert d'instrument se fit entendre en même tems , et
ne discontinua point pendant la cerémonie.
La Comtesse de Trêmes arriva peu de
tems après dans un grand Carosse drapé ,
qu'environnoient 30 Valets de pied , cette Dame étoit en Robe de Cour , préce
dée de ses Pages , de quelques Ecuyers , et
accompagnée de plusieurs Dames de distinction . Les Chanoines la feçûrent en cerémonie , elle se plaça ( après avoir été
saluée du Corps de Ville ) auprès du Prévôt des Marchands et des Echevins ; les
anciens Echevins ( qui étoient en exercice quand le Corps de la Ville délibera de
nommer les quatre Cloches ) furent placez sur la même ligne , de même que les
Conseillers de l'Hôtel de Ville, On avoit
II. Vel. ta-
2916 MERCURE DE FRANCE
tapissé toute la façade de l'Eglise , pour
annoncer une solemnité extraordinaire
et on avoit couvert de grands tapis de
pied tout le pavé depuis la premiere porte de l'Eglise jusqu'à celle du Choeur ,
où étoit l'Autel dont on a parlé.
La Nef, destinée pour la cerémonie
avoit été ornée par le sieur Guillemont
Tapissier du Clergé et de la Ville , d'une
maniere fort ingenieuse , de même que
l'Autel qui étoit orné de 36 grands
Chandeliers d'argent garnis de gros cierges aux Armes de la Ville. Vis- à-vis l'Autel étoit un magnifique Lustre de cristal
à 18 branches qui donnoit une lumiere
des plus brillantes. Au- dessus de l'Autel
s'élevoit un magnifique Dais de Velours
brodé d'or , avec un assortiment relatif
orné de Cartouches historiques et symbo
liques , aussi brodez d'or , qui venoient
aboutir au Retable de l'Autel.
Cet Aurel étant placé au fond du milieu de la Nef, il restoit aux deux côtez
un intervale considerable : le tout formoit une face entiere ornée de tapisseries
semées de Fleur-de- lys d'or , ce qui fai
soit une superbe décoration et un beau
point de vue. On avoit pratiqué une
Tribune sur le Jubé qui est entre le
Chœur et la Nef, pour la Reine DoüaiII. Vol. riere
DECEMBRE. 1732 2917
riere d'Espagne ; tout le dedans étoit orné de Damas cramoisi , lé devant fermé
avec des rideaux de la même étoffe , et
l'appui du dehors paré d'un tapis brodé
d'or : la suite deS. M. C. occupoit le reste
du Jubé , qui étoit aussi orné à proportion.
Un Amphithéatre de six Gradins occu
poit les deux aîles de la Nef, ils étoient
couverts de Tapis de Perse et de verdure ,
les Pilliers étoient aussi ornez d'étoffes
depuis les Chapitaux jusqu'au pavé. Cet
Amphithéatre , parallele à la longueur de
la Nef, venoit de chaque côté se terminer circulairement à la Porte de l'Eglise.
On avoit pratiqué une autre Tribune à
côté du Jubé des Orgues , qui est audessus de cette Porte , presqu'au niveau
du Jubé , pour y placer une partie des
Musiciens et des Simfonistes , et le retour
de cette Tribune joignoit les premiers
pilliers de la Nef, Le sieur Dornel , Or- .
ganiste de l'Abbaye , fit éxécuter difféTens motets de sa composition , convena
bles à la solemnité de la Cerémonie , par
un excellent Chœur de musique composé
de plus de 80 personnes.
Ôn avoit construit au milieu de la
Nef, un quarré de charpente de 20 pieds
de long sur 14 de large , élevé dans une
II. Vol.
juste
2918 MERCURE DE FRANCE
juste proportion , et soutenu par 12 Colomnes couvertes de Satin blanc , sur le
quel étoient contournez de distance en
distance des cordons à glands d'or.Le Plafond de cette Charpente étoit couvert de
Damas cramoisi , et le dessus orné de riches Tapisseries de verdure. Les pentes .
collaterales étoient bordées de franges d'or
en Feston , avec des Aigretes touffues et
panachées aux quatre coins de l'Edifice ,
qui représentoit un somptueux et magni
fique Dais.
C'est dans cette Charpente qu'on avoit
suspendu les quatre Cloches , disposées
sans se toucher , et sans pouvoir presque
connoître à quoi elles tenoient , les differentes étoffes dont elles étoient ornées
avoient caché les cordages , les poulies , et
les autres machines , &c. Une Toile de
Batiste des plus fines , ornée d'une dentelle de deux pieds de hauteur et d'un
.goût exquis , couyroit les Cloches d'une manière également simple et noble.
Une étoffe rouge placée entre les Cloches
et la Toille , relevoit encore la beauté de
la dentelle.
Ce n'est pas le seul ornement dont Mrs
de Ville auroient voulu décorer les nouvelles Cloches , si le tems limité avoit pû
le leur permettre. Pour suppléer à cette II. Vol.
mis-
DECEMBRE. 1732. 2919
( mission , ils font faire actuellement à
Lyon un Drap d'or des plus précieux pour
de magnifiques Ornemens , qui ne serviront à l'Eglise de Sainte Genevieve
qu'aux jours des Fêtes les plus solemnelles.
-
L'Abbé de Sainte Geneviève commença la Cerémonie par une Messe basse
pendant laquelle le Choeur de Musique
chanta un très beau Motet. Après la
Messe l'Abbé alla prendre ses Habits Pontificaux , il revint accompagné de treize
Officiers magnifiquement revêtus , quatre en Tuniques et neufen Chapes. Les
Officiers de Justice de l'Abbaye en Robe
parurent en même tems. L'Abbé , selon
ce qui est marqué dans les Rituels , alla
aussi-tôt demander sous l'invocation de
quels Saints les Cloches seroient bénites ;
et cette Rubrique accomplie il tinta cha
que Cloche trois fois , la Comtesse de
Trêmes et le Prévôt des Marchands firent
la même chose , les autres Magistrats tinterent chacun séparément ; pour faciliter
cet essai de sonnerie , on avoit attaché
plusieurs cordons tissus d'argent , relevés
par des houpes très riches , aux battans
des Cloches.
Differents Pseaumes furent chantés pendant cetteCerémonie, soit en Plein- Chant,
I. Vol. avec
1920 MERCURE DE FRANCE
4
avec l'Orgue , ou en Musique. Les fanfá
res des Trompettes et des Hautbois accompagnoient et animoient ce chant. Les
Antiennes préliminaires aux Pseaumes
étoient toujours entonnées à l'Officiant
par le Grand- Chantre qui présidoit au
Choeur avec le Bâton de son Office. L'Abbé termina la Cerémonie par la Benediction qu'il donna pontificalement. Il alla
ensuite remercier la Comtesse de Trêmes
et Mrs de Ville , qui répondirent de la
maniere la plus gracieuse.
La Comtesse de Trêmes fut reconduite
par les Chanoines jusqu'à son Carosse, et
Mrs de Ville furent conduits dans un
Appartement de l'Abbaye , où ils accepterent le dîner qu'on leur avoit fait préparer. Une multitude prodigieuse de Feu
ple , qui n'avoit pu être témoin de cette
Cerémonie , s'empressa d'entrer dans l'Eglise , qui fût ouverte jusqu'au soir pour
satisfaire à la curiosité publique.
quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye
Sainte Geneviève.
Idactée de deux Cloches bénites à
L a été parlé dans le Mercure du mois
Sainte Geneviève au mois de Septembre
dernier par l'Abbé de cette Abbaye : voici
ce qui s'est passé pour la bénédiction de
celles qui restoient.
Le Corps de Ville de Paris s'étant volontiers engagé de les nommer , on avoit
fait inscrire sur ces Cloches les noms et
les Armoiries de chacun de ces Mrs comme Parrains , on avoit pris la même précaution au sujet des Titres , Qualitez et
Blazon de Madame la Comtesse deTrémes
qui devoit être la Maraine.
Pour fixer le jour de la Cerémonie , les
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
ffrent une députation à la Ville de huit
Religieux ; ils furent reçûs le 21 Novembre à la premiere Porte de l'Hôtel de Vilpar les Huissiers en Robe , lesquels les
ayant conduits jusqu'au haut de l'escalier,
deux Echevins , qui étoient venus au devant , les introduisirent , et les firent placer vis-à-vis M. le Prévôt des Marchands
le
II. Vol. après
DECEMBRE. 1732. 2913
après quelques révérences à Mrs de Ville
qui étoient debout.
J
La Compagnie ayant pris séance , le
Prieur de Sainte Geneviève , Chef de la
députation , complimenta ces Mrs sur le
zele , qu'à l'exemple de leurs Ancêtres
ils témoignoient pour la gloire de la Patrone de Paris , et les remercia de la nouvelle preuve qu'ils en donnoient dans la
conjoncture présente. Le Discours fini ,
le Procureur du Roi prit la parole , et rappellant les bienfaits obtenus par l'inter-,
cession de Sainte Geneviève , loua le zele
desReligieux à prier continuellementpour
les besoins publics. Le Prévôt des Marchands résuma ensuite ce qu'on venoit de
dire , et répondit que Mrs de Ville , et
lui en particulier , s'estimoient heureux
de donner cette marque de leur veneration pour la Patrone de Paris , et de concourir ainsi à la splendeur de l'Office Divin
dans une Eglise où les Citoyens ont toujours éprouvé les faveurs du Ciel ; il ajoûta quelques mots obligeans pour les Chanoines Réguliers , et fixa le jour de la Cérémonie au 27 Novembre , à dix heures
du matin. La Compagnie s'étant levée ,
les Religieux furent reconduits par les
deux Echevins qui les avoient reçûs.
Le jour de la Cerémonie ainsi arrêté
11. Vol.
Mrs
2914 MERCURE DE FRANCE
Mrs de Ville prirent des mesures pour ob
tenir du Roi la permission d'assister à
cette Benediction en grand habit de cerémonie ( comme cela se pratique en pareille occasion ) le Roi eut la bonté de l'accorder.
>
Le 27 Novembre , le Prévôt des Marchands , les Echevins et le Procureur du
Roi , se rendirent à l'Hôtel de Ville revêtus de Robbes de Velours , usitées seulement dans les plus grandes solemnitez ;
ils en partirent en Carosse , précedez de
quelques Archers de Ville , les autres Archers ayant le Commandant à leur tête
marchoient aux côtez des Carosses , lesquels étoient suivis de plusieurs autres
Čarosses où étoient les principaux Offciers , et le Colonel des 300. Archers de
Ville.
9
Mrs de Ville arriverent à 10 heures à
P'Abbaye , et furent d'abord conduits dans
une grande Sale où ils se reposerent pendant quelque tems. Ils se mirent ensuite
en marche , précedez de leurs Huissiers
en Robe mi-partie de rouge et de bleu ,
accompagnez de l'Etat- Major et des Gardes en habits d'Ordonnance neufs , ce qui
formoit un grand et pompeux Cortege
au bruit des Tambours et des Hautbois ,
et au son des deux premieres Cloches nou vellement bénites.
DECEMBRE. 1732. 2915
Ces Mrs continuerent leur marche vers
l'Eglise parmi une foule innombrable de
peuple , et une grande quantité de pauvres à qui on fit distribuer des aumônes
considérables. Ils furent reçûs à l'Eglise
et complimentez suivant la coûtume des
grandes cerémonies ; puis ayant passé au
milieu de la Communauté qui étoit en
haye dans la Nef, ils furent placez sur la
gauche d'un Autel qu'on avoit dressé exprès , et qui étoit adossé à la porte du
Chœur. Un excellent Concert d'instrument se fit entendre en même tems , et
ne discontinua point pendant la cerémonie.
La Comtesse de Trêmes arriva peu de
tems après dans un grand Carosse drapé ,
qu'environnoient 30 Valets de pied , cette Dame étoit en Robe de Cour , préce
dée de ses Pages , de quelques Ecuyers , et
accompagnée de plusieurs Dames de distinction . Les Chanoines la feçûrent en cerémonie , elle se plaça ( après avoir été
saluée du Corps de Ville ) auprès du Prévôt des Marchands et des Echevins ; les
anciens Echevins ( qui étoient en exercice quand le Corps de la Ville délibera de
nommer les quatre Cloches ) furent placez sur la même ligne , de même que les
Conseillers de l'Hôtel de Ville, On avoit
II. Vel. ta-
2916 MERCURE DE FRANCE
tapissé toute la façade de l'Eglise , pour
annoncer une solemnité extraordinaire
et on avoit couvert de grands tapis de
pied tout le pavé depuis la premiere porte de l'Eglise jusqu'à celle du Choeur ,
où étoit l'Autel dont on a parlé.
La Nef, destinée pour la cerémonie
avoit été ornée par le sieur Guillemont
Tapissier du Clergé et de la Ville , d'une
maniere fort ingenieuse , de même que
l'Autel qui étoit orné de 36 grands
Chandeliers d'argent garnis de gros cierges aux Armes de la Ville. Vis- à-vis l'Autel étoit un magnifique Lustre de cristal
à 18 branches qui donnoit une lumiere
des plus brillantes. Au- dessus de l'Autel
s'élevoit un magnifique Dais de Velours
brodé d'or , avec un assortiment relatif
orné de Cartouches historiques et symbo
liques , aussi brodez d'or , qui venoient
aboutir au Retable de l'Autel.
Cet Aurel étant placé au fond du milieu de la Nef, il restoit aux deux côtez
un intervale considerable : le tout formoit une face entiere ornée de tapisseries
semées de Fleur-de- lys d'or , ce qui fai
soit une superbe décoration et un beau
point de vue. On avoit pratiqué une
Tribune sur le Jubé qui est entre le
Chœur et la Nef, pour la Reine DoüaiII. Vol. riere
DECEMBRE. 1732 2917
riere d'Espagne ; tout le dedans étoit orné de Damas cramoisi , lé devant fermé
avec des rideaux de la même étoffe , et
l'appui du dehors paré d'un tapis brodé
d'or : la suite deS. M. C. occupoit le reste
du Jubé , qui étoit aussi orné à proportion.
Un Amphithéatre de six Gradins occu
poit les deux aîles de la Nef, ils étoient
couverts de Tapis de Perse et de verdure ,
les Pilliers étoient aussi ornez d'étoffes
depuis les Chapitaux jusqu'au pavé. Cet
Amphithéatre , parallele à la longueur de
la Nef, venoit de chaque côté se terminer circulairement à la Porte de l'Eglise.
On avoit pratiqué une autre Tribune à
côté du Jubé des Orgues , qui est audessus de cette Porte , presqu'au niveau
du Jubé , pour y placer une partie des
Musiciens et des Simfonistes , et le retour
de cette Tribune joignoit les premiers
pilliers de la Nef, Le sieur Dornel , Or- .
ganiste de l'Abbaye , fit éxécuter difféTens motets de sa composition , convena
bles à la solemnité de la Cerémonie , par
un excellent Chœur de musique composé
de plus de 80 personnes.
Ôn avoit construit au milieu de la
Nef, un quarré de charpente de 20 pieds
de long sur 14 de large , élevé dans une
II. Vol.
juste
2918 MERCURE DE FRANCE
juste proportion , et soutenu par 12 Colomnes couvertes de Satin blanc , sur le
quel étoient contournez de distance en
distance des cordons à glands d'or.Le Plafond de cette Charpente étoit couvert de
Damas cramoisi , et le dessus orné de riches Tapisseries de verdure. Les pentes .
collaterales étoient bordées de franges d'or
en Feston , avec des Aigretes touffues et
panachées aux quatre coins de l'Edifice ,
qui représentoit un somptueux et magni
fique Dais.
C'est dans cette Charpente qu'on avoit
suspendu les quatre Cloches , disposées
sans se toucher , et sans pouvoir presque
connoître à quoi elles tenoient , les differentes étoffes dont elles étoient ornées
avoient caché les cordages , les poulies , et
les autres machines , &c. Une Toile de
Batiste des plus fines , ornée d'une dentelle de deux pieds de hauteur et d'un
.goût exquis , couyroit les Cloches d'une manière également simple et noble.
Une étoffe rouge placée entre les Cloches
et la Toille , relevoit encore la beauté de
la dentelle.
Ce n'est pas le seul ornement dont Mrs
de Ville auroient voulu décorer les nouvelles Cloches , si le tems limité avoit pû
le leur permettre. Pour suppléer à cette II. Vol.
mis-
DECEMBRE. 1732. 2919
( mission , ils font faire actuellement à
Lyon un Drap d'or des plus précieux pour
de magnifiques Ornemens , qui ne serviront à l'Eglise de Sainte Genevieve
qu'aux jours des Fêtes les plus solemnelles.
-
L'Abbé de Sainte Geneviève commença la Cerémonie par une Messe basse
pendant laquelle le Choeur de Musique
chanta un très beau Motet. Après la
Messe l'Abbé alla prendre ses Habits Pontificaux , il revint accompagné de treize
Officiers magnifiquement revêtus , quatre en Tuniques et neufen Chapes. Les
Officiers de Justice de l'Abbaye en Robe
parurent en même tems. L'Abbé , selon
ce qui est marqué dans les Rituels , alla
aussi-tôt demander sous l'invocation de
quels Saints les Cloches seroient bénites ;
et cette Rubrique accomplie il tinta cha
que Cloche trois fois , la Comtesse de
Trêmes et le Prévôt des Marchands firent
la même chose , les autres Magistrats tinterent chacun séparément ; pour faciliter
cet essai de sonnerie , on avoit attaché
plusieurs cordons tissus d'argent , relevés
par des houpes très riches , aux battans
des Cloches.
Differents Pseaumes furent chantés pendant cetteCerémonie, soit en Plein- Chant,
I. Vol. avec
1920 MERCURE DE FRANCE
4
avec l'Orgue , ou en Musique. Les fanfá
res des Trompettes et des Hautbois accompagnoient et animoient ce chant. Les
Antiennes préliminaires aux Pseaumes
étoient toujours entonnées à l'Officiant
par le Grand- Chantre qui présidoit au
Choeur avec le Bâton de son Office. L'Abbé termina la Cerémonie par la Benediction qu'il donna pontificalement. Il alla
ensuite remercier la Comtesse de Trêmes
et Mrs de Ville , qui répondirent de la
maniere la plus gracieuse.
La Comtesse de Trêmes fut reconduite
par les Chanoines jusqu'à son Carosse, et
Mrs de Ville furent conduits dans un
Appartement de l'Abbaye , où ils accepterent le dîner qu'on leur avoit fait préparer. Une multitude prodigieuse de Feu
ple , qui n'avoit pu être témoin de cette
Cerémonie , s'empressa d'entrer dans l'Eglise , qui fût ouverte jusqu'au soir pour
satisfaire à la curiosité publique.
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Résumé : CEREMONIE de la Benediction des quatre nouvelles Cloches de l'Abbaye Sainte Geneviéve.
Le texte relate la cérémonie de bénédiction des quatre nouvelles cloches de l'Abbaye Sainte Geneviève à Paris. Les cloches portaient les noms et armoiries des membres du Corps de Ville de Paris, qui les avaient parrainées. La Comtesse de Trémes fut désignée comme marraine. Pour déterminer la date de la cérémonie, les Chanoines de Sainte Geneviève envoyèrent une délégation à la Ville de Paris, qui fut reçue le 21 novembre. Le Prévôt des Marchands fixa la cérémonie au 27 novembre. Le jour de la cérémonie, les membres du Corps de Ville se rendirent à l'Abbaye en grand habit de cérémonie, précédés par des archers et suivis par d'autres officiels. Ils furent accueillis par une foule nombreuse et des pauvres à qui des aumônes furent distribuées. L'église était richement décorée avec des tapisseries, des chandeliers d'argent et un lustre de cristal. La Comtesse de Trémes arriva peu après, accompagnée de sa suite. La cérémonie débuta par une messe basse suivie de la bénédiction des cloches. L'Abbé, assisté de treize officiers, demanda sous l'invocation de quels saints les cloches seraient bénites. Chaque cloche fut sonnée trois fois par l'Abbé, la Comtesse de Trémes, le Prévôt des Marchands et les autres magistrats. Des psaumes et des antiennes furent chantés, accompagnés par un chœur de musique et des instruments. La cérémonie se conclut par la bénédiction pontificale de l'Abbé, qui remercia ensuite la Comtesse de Trémes et les membres du Corps de Ville. Après la cérémonie, la Comtesse de Trémes fut reconduite à son carrosse, et les membres du Corps de Ville acceptèrent un dîner préparé à l'Abbaye. L'église resta ouverte jusqu'au soir pour permettre au public de voir les décorations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 68-69
PONTOISE.
Début :
Mad. d'Argouges de Ranes, Prieur de S. Nicolas de Pontoise, & les Religieuses de ce [...]
Mots clefs :
Pontoise, Prieur, Religieuses, Te Deum, Illumination
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texteReconnaissance textuelle : PONTOISE.
PONTOISE.
Mad. d'Argouges de Ranes , Prieur de S.
Nicolas de Pontoiſe,& les Religieuſes de ec
Convent, ont chanté , après le Te Deum, un
Exaudiat , mis en Muſique par le Curé de
NOVEMBRE. 1744. 69
l'Egliſe de S. Pierre de Pontoiſe. L'illumination
a parfaitement réüffi.
Mad. d'Argouges de Ranes , Prieur de S.
Nicolas de Pontoiſe,& les Religieuſes de ec
Convent, ont chanté , après le Te Deum, un
Exaudiat , mis en Muſique par le Curé de
NOVEMBRE. 1744. 69
l'Egliſe de S. Pierre de Pontoiſe. L'illumination
a parfaitement réüffi.
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