Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon