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1
p. 128-184
La nuit du 5 au 6 d'Avril
Début :
Le Roy fit ouvrir la Tranchée à l'Esplanade de la [...]
Mots clefs :
Ennemis, Bastion, Citadelle, Travaux, Camp, Tranchée, Nuit, Contrescarpe, Régiment, Gardes, Capitaines, Canon, Fossé, Officiers espagnols, Soldats, Assiégés, Attaque, Morts, Majesté, Cambrai
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texteReconnaissance textuelle : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ce
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de
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1-
a
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
t
chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
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10
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
X
n
la
e
A
al
S
F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
.
e
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1
n
α
re
es
S
D
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S
e
-
veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
コ
!
コ
a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
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ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
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chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
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10
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
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A
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F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
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de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
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veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
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132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
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Résumé : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Du 5 au 14 avril, plusieurs actions militaires ont été menées autour d'une citadelle. La nuit du 5 au 6 avril, le roi ordonna l'ouverture d'une tranchée à l'esplanade de la citadelle et le début d'une attaque extérieure. Les travaux incluaient le gabionnage des avenues et le creusement de sapes. La tranchée utilisée pour attaquer la ville fut également poussée vers la gauche contre la citadelle. Les nuits suivantes, les Suisses renforcèrent leurs positions dans la ville, tandis que les ennemis tentèrent plusieurs sorties, repoussées par les défenseurs. Des batteries furent mises en état de tirer malgré les pertes causées par le canon ennemi. La nuit du 7 au 8 avril, la tranchée fut poussée à quarante pas de la contrescarpe, et une batterie de huit pièces de canon fut dressée. La nuit du 8 au 9 avril, la communication entre les sapes fut achevée, et deux batteries furent pratiquées sur les bastions du Moulin et de Sainte-Barbe. Une bombe tomba dans la citadelle, causant un grand fracas. Le 10 avril au matin, le duc de Villeroy fut tué par un boulet de canon. Les nuits suivantes, les assiégés tentèrent de perturber les travaux des défenseurs, mais furent repoussés. Une demi-lune bien fortifiée fut prise par les capitaines Chapereux et Courtevin. Le 11 avril, le roi ordonna l'attaque de toute la contrescarpe du côté de l'esplanade, et les travaux continuèrent pour faire la communication des attaques du côté des Gardes. Le 14 avril, les batteries tirèrent sur le bastion de gauche et le fossé pour soutenir le mineur, et une demi-lune fut attaquée et prise. Les travaux de fortification se poursuivirent avec la construction de logements et de batteries. Le gouverneur refusa de se rendre, affirmant qu'il défendrait les bastions restants. Le roi ordonna de mettre le feu à une mine, créant une brèche significative. Malgré un feu ennemi intense, le Lieutenant de Boisselau put rendre compte de la situation. Le gouverneur battit finalement la chamade, signifiant sa reddition. Les négociations aboutirent à une capitulation favorable aux ennemis, leur permettant de quitter la ville avec honneur. Le roi visita l'église cathédrale de Cambrai et inspecta les travaux et la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
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