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1
p. 103-114
Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient, Madame, de vous avoir oüy dire il [...]
Mots clefs :
Siège, Valeur, Braves, Maréchal de la Ferté, Attaque, Ennemis, Pistolet, Gouvernement, Lorraine, Capitaine
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texteReconnaissance textuelle : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Il me ſouvient Madame , de
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
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Résumé : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Le texte décrit les exploits militaires du maréchal de la Ferté, un homme ayant accompli de nombreuses actions remarquables au cours de sa carrière. Il a participé à divers sièges et batailles, notamment ceux de La Rochelle, Privas, Suze, Moyenvic, Trèves et Aveines. Lors du siège de Privas, il a été blessé par un coup de mousquet au visage. Pour ses actions à Hedin, le roi l'a nommé maréchal de camp. Il s'est particulièrement distingué lors de la bataille de Rocroy, où il a été blessé à plusieurs reprises, ce qui lui a valu les titres de gouverneur de Lorraine et de lieutenant général. Il a pris plusieurs villes, comme Lonuy et Courtray, et s'est illustré lors des sièges d'Ypres et de Lens. Il a également sauvé Nancy et pris la ville de Ligny, où il a été grièvement blessé. Après cette victoire, le roi lui a décerné le bâton de maréchal de France. Sa carrière se poursuit avec la prise de villes telles que Chartey, Mirecourt et Neuchâteau, et il a empêché le duc de Lorraine de secourir Sainte Menehoult. Il a également participé à l'attaque des lignes d'Arras et au siège de Landrecies. Sa carrière est marquée par une série de succès militaires et de prises de villes stratégiques, démontrant sa valeur, sa conduite et sa prudence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 184-211
AVANTURE Tragi-comique, écrite par un Suisse de Soleure.
Début :
Ces jours-cy dans notre Ville Capitale, est mort de [...]
Mots clefs :
Mort de chagrin, Veuve, Amour, Suisse, Brutal, Vieillard, Épouser, Venger, Goutte, Billet, Pistolet, Disputer, Rage
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texteReconnaissance textuelle : AVANTURE Tragi-comique, écrite par un Suisse de Soleure.
A VA NT U R E
Tragi-comique, écrite
par un Suisede SoImre.
CEsjours-cy dans nostreVille Capitale,est mort
de chagrin un homme de
quatre-vingt huit ans,
voicy l'avanture qui lui
causa l'an passé un fond
de melancolie, où il n'a
pû resister, quoy qu'avec
l'âge on doiveavoir acquis la force de l'esprit,
par
par habitude de surmonter les chagrins, & sur
tout ceux de l'amour;
cest pourtant un chagrin
d'amour, qui joint à quatre-vingt huit années, a
fait perdre patience
,,
Be
vie, àundes plus braves
Suisses de nos Cantons.
Voicyl'origine de ce
malheur.
Une Veuve François
estimée de tous nous autres pour sa rare, bonne
conduite & vertu, avoit
chez elle quantité de gens
d'esprit
,
de l'un & de
l'autre sexe
,comme il en
est beaucoup chez nous.
quoi qu'en dire les sots
cette Veuve approchoit
vers les trente ans,c'est
jeunesse encore en nos
pays, non comme en
France; en effet cette Veuvebrilloit tellement, que personne ne
pouvoit s'empescher de.
l'aimer, & elle menageoit tous ces
amours là
pour faire revivre la fortune
,
morte pour elle
avec feu son mary; entre
tous ceux qui l'aimoient
il n'en estoit que trois qui
eussent pour but le mariage, & tous les autres
qui avoient des veuës je
ne sçay quelles, furent
congediez
,
par cette
vertueuse Veuve.
Voici donc les trois restants. Le premier c'estoit
un jeune homme fait à
peindre, &C d'un esprit
aimable plein de raison,
maisn'ayant point de
bien, non plus que la
Veuve; ilsavoient resolu
tous deux de ne se plus,
voir, tous les jours ilsse
disoient adieu pour jamais
,
& le lendemain,
c'estoit à
recommencer~
maisle second amant qui,
estoit nostre homme de.
quatre-vingt tant d'années voulut un jour que.
leur adieu ne recomençast.
plus;& cela fut resolu.
fermement en sa presence, car il estoit revesche.
& brutal, ce vieil amant
resta seul à la Veuve pendant quelque temps, il
ne tenoitquasià rien qu'il
n'épousast, il n'attendoit
pourfaire la nopce que
quelqu'un de ses bons
jours où la goute & la
gravelle lui donnoient du
relasche, &. il lui venoit
presque tous les mois,
quelqu'un de ces bons.
jours où il souffoit;
moins
,
c'est ce qu'il attendoit pour Ce donner la
consolation du mariage.
Un autre Vieillard, à
peu prés du mesme âge,4
mais qui ne pouvoit plus
marcher, & qui se faisoit
porter tous les jours dans
l'Egliseen chaise à gouteux
,
y
avoit veu cette
belle personne
,
& en devint encore plus amoureux que n'estoitl'autre,
celuy-cy voyoit quelquefois le jeune hOlnlne, il
s'adressa à lui, le priant,
comme il connoissoit cete Veuve,d'obtenird'elle
qu'ill'allât visiter en chaise, & qu'elle permit que
sa chaise entrait jusques
danssachambre,pourl'inconvenient de ce qu'il
souffroit, & des cris qu'il
faisoit quand il l'enfalloit
tirer; cette proposition
fut accompagnée d'un
offre deviiilyt mille écus
d'abord à la Veuve, pour
souffrir l'incommodité de
cette visite, &C condition
offerte de luy livrer les
vingt mille écus francs,
si l'ayant veuë, il ne jugeoit par convenable de
l'épouser, mais que sielle
luy convenoit., ilvouloit
au lieu des vingt mille
écus, lui donner tout Ton
bien par un contrat de
mariage.
Cette proposition rendit attentif ce jeune
Amant,d'abord le desir
de se vanger du vieux
DON-
brutal qui l'avoitcbaftè
d'auprès de sa Maistresse
,
luy fit escouter ce rivalcy, & deplus, il vit un
avantage seur, pour celle
qu'il aimoit
)
il alla d'abord luy faire la proposition
,
à quoy elle respondit aprèsavoir un peu rêvé : mon Dieu que de
Vieillards; à quoy repartit lejeune,béc'est tant
mieux, jesouhaite que
celuy-cy vive long-temps
avec vous, maisenfin de
compte, vousJèreZj ricke:
la Veuve ne répondit
qu'en soupirant,elleregarda le jeune hoxnnjc^
& après un silence fort
tendre elle dit seulement,
hé bien faites venir le
Gouteuxenchaise.
Le jeune Amant fut
trouver le Gouteuxqu'il
réjouir fort par la bonne
nouvelle, laVeuve avoit
"- dit à sa servante unique,
de faire monter une chaise qui viendroit lavoir
cette aprèsmidy. Notez
que l'autre vieux Amant
n'estoit point venu depuis quelques jours,retenu au lit par gotfte&C
gravelle; maiss'enennuyant
,
il se fit, empaqueter chaudement dans
une chaise
,
& porter
chez samaistresse qui le
sçavoit au lit, &voulant
la surprendre agréablement parcettevisite inopinée fitouvrirla porté
d'en bas. dont il avoit le
passe-par-tout
,
& sans
estre veu dela servante
qui estoit dans sa chambre en haut, il entra tout
brandi jusqu'auprés du
feu de la Veuve où elle
revassoit aux vingt mille
écus de l'autre gouteux.
- Dans sa surprise la
Veuve (e levé en sursaut
de son fauteuil, & fait
des compliments à celuicy tels qu'elle les croyoit
faire à l'autre, jusqu'à ce
que s'appercevant de sa
mpric, elle se troubla.
Le bonhomme brutal aurait pris ce compliment
pour resverie, ayant veu
en entrant la Veuve comme endormie prés de son
feu. Mais le second gouteux dans la féconde chaise suivoit de prés, ayant
trouvé la porte ouverte,
ses porteurs en quatre enjambéesl'eurenttransporté dans la chambre. Enfin les deux chaises se
trouverent placées aux.
costez dela cheminée, &c
---.k Veuve
au milieu, les
porteurs évadez elle resta
entre ces deux vieillards.
Lorsaussi embarasséeque
le fut jadisSusanne, le premierprétendant brutal Se
emporté commença la
querelle, comme il n'avoit que la langue de libre aussi s'en servit
-
il de
merveilles, Se conclut
par des reproches, accusant la Veuve d'inconstance & d'ingratitude,
envers un amant premier
en date, dont elle trahiffoit l'amour. Il n'est point
tquçftion
,
reprit l'autre,
qui estoitpluscensé,ny
d'amour, ny de primauté
en date,ny d'inconstance,
avec de vieux gouteux
comme nous, & vous
,
avez tort de mettre vostre amour en ligne de
comptesiln'y a qu'une
chose à sçavoir, & qu'un
mot qui serve
3
j'apporte
vingt mille escus pour
ma premiere visite ,en
avez vous là trente? elle
vous preferera, & je ne
m'en plaindray point,
qu'elle me
-
congedie.
L'autre ne répondit à cela
qu'en appellant ses porteurs )
ôc menaçant furieusementsonrival, &l
jurant qu'il auroit de ses
nouvelles avant le soir.
On le remporta, Se l'autre après une visite trés
longue, promit d'époufer le lcpdenlain, mais
en arrivant chez luy le
[air, il trouva un billet
du brutal, qui luy escrivoit que la rage l'avoit
gueri de la goute, &C
qu'il avoit des pieds pour
aller hors les portes de la
Ville, &C une main pour
se battre,& qu'il ne manquait pas de sy trouver
dés la pointe du jour:
celuy-cy luy manda qu'il
n'avoir qu'une main, &
point de jambes
,
mais
qu'il vint le voir, ou qu'il
l'attendist chez luy, &C
qu'ils conviendraient de.
la forme du combat, l'autre y
vint une heure aprés.
Le plus raisonnable des
deux dit au brutal que
n'étant point en estat de
tirer l'espée ,ilne doutoit point qu'il ne consentist à se battre au pistolet.
Ils convinrent pour cela
que sous prétexte d'aller
prendre l'air,ils se feroient porter l'un & l'autre dans une maison de
campagne fort proche de
la Ville, & qu'ils emprunterent à un de leurs
amis sans luy dire pourquoy;ils se firent dresser
deux lits dans la mesme
chambre,& après y
avoir
couché la premiere nuit
fort tranquilles, ils foupercnt le soir ensemble
,
se
firent coucher par leurs
valets qui se retirerent ensuite, &C le lendemain htost que le jour fut assez
grand pour ce qu'ils
avoient à faire, ils s'accommoderent & se cantonnerent chacun sur son
lit ,& tinrent chacun
deux pistolets en évidence, à condition de les tirer alternativement. Ce
fut une cérémonie un peu
longue à qui tireroit le
premier, le brutal commença& manqua le premier coup, l'autre tira cC
manqua aussi le lien,
maisle brutal recommença & perça la poitrine à
l'autre; alors voyant celuy cy qui estoit fort mal,
illuy dit:tu ne feras plus
en estat de me disputer
ma belle Veuve. Ce dernier mot redoublant la jalousie du blessé,iltire (on
second coup, qui blessa
l'autreau bras, pendant
ce combat les valets accoururent aux coups, &
le brutal bravant tousjours l'autre sur ce qu'il
auroit la Veuve; celuycy demanda une plume
& de l'ancre; & pendant
qu'on alloitquérir du secoursil écrivit quelques
lignes & fit cacheter le
billetpar un valet affidé,
à qui il recommanda de
le donnerà la Veuve. Le
brutal cependant continuoit ses bravades, vous
faites bien luy dit-il, de
luy escrire un tendre
adieu, car je la possederay bien-tost. Une heure
aprés
,
le blessé à mort
mourut, les valets cache-
rent ce duel, ils estoient
seuls dans la maison, on
emporta le brutal chez
luy, & on fit croire que
l'autre s'estoit tué luymesme.
Quelques jours après
la Veuveayant receu le
billet, & le jeune homme
l'estantallé trouver pour
se plaindre avec elle de ce
que le riche vieillard la
devant espouser le lendemain
,
estoit mort trop
tost de quelques jours, le
brutal victorieux se fit
porter chez elle, estant
beaucoup mieux & se
voyant en estat de jouïr
du fruit de sa victoire ; en
arrivant il fulmina d'abord contre la Veuve &c
contre le jeune homme
à qui la jalousie luy fit
dire mille injures, mais
la Veuveluirépondit
tranquillementqu'ilavoit
eu tort d'insulter celuy
qu'il avoit tué, &quele
mourant justement irrité
avoit
avoit voulu du moins en
expirant luy oster les
moyens de triompher de
lui après sa mort en possedant sa maistresse, &C
qu'illui avoit envoyé un
billet qui estoit un testament par lequel il lui laissoit tout son bien, à elle
Se au jeune homme,à
condition qu'ils s'espouferoient, & qu'ainsi il
n'avoir qu'à se faire reporter chez lui. Jugez
qu'elle fut la rage de nos-
tre brutal, elle finit par
un appel à coup de pistolet qu'il fit au jeune hom- -
me,quiluidit qu'il lui
prefteroit volontiers le
colet l'espée à la main.
Levieuxappellants'écria
qu'iln'estoit pas en estat
de mettre l'espée à la
main, ne pouvant se tenir
sur les jambes, Se que la
partie n'estoit pas esgale;
puisque - vous voulez de
l'égalité répliqua la jeune
homme, attendez donc
que j'aye quatre-vingt
ans, & les goutes
,
car de
risquer à présent ma vie
contre la vostre
3
ce seroit
joiier trente contre un.
Tragi-comique, écrite
par un Suisede SoImre.
CEsjours-cy dans nostreVille Capitale,est mort
de chagrin un homme de
quatre-vingt huit ans,
voicy l'avanture qui lui
causa l'an passé un fond
de melancolie, où il n'a
pû resister, quoy qu'avec
l'âge on doiveavoir acquis la force de l'esprit,
par
par habitude de surmonter les chagrins, & sur
tout ceux de l'amour;
cest pourtant un chagrin
d'amour, qui joint à quatre-vingt huit années, a
fait perdre patience
,,
Be
vie, àundes plus braves
Suisses de nos Cantons.
Voicyl'origine de ce
malheur.
Une Veuve François
estimée de tous nous autres pour sa rare, bonne
conduite & vertu, avoit
chez elle quantité de gens
d'esprit
,
de l'un & de
l'autre sexe
,comme il en
est beaucoup chez nous.
quoi qu'en dire les sots
cette Veuve approchoit
vers les trente ans,c'est
jeunesse encore en nos
pays, non comme en
France; en effet cette Veuvebrilloit tellement, que personne ne
pouvoit s'empescher de.
l'aimer, & elle menageoit tous ces
amours là
pour faire revivre la fortune
,
morte pour elle
avec feu son mary; entre
tous ceux qui l'aimoient
il n'en estoit que trois qui
eussent pour but le mariage, & tous les autres
qui avoient des veuës je
ne sçay quelles, furent
congediez
,
par cette
vertueuse Veuve.
Voici donc les trois restants. Le premier c'estoit
un jeune homme fait à
peindre, &C d'un esprit
aimable plein de raison,
maisn'ayant point de
bien, non plus que la
Veuve; ilsavoient resolu
tous deux de ne se plus,
voir, tous les jours ilsse
disoient adieu pour jamais
,
& le lendemain,
c'estoit à
recommencer~
maisle second amant qui,
estoit nostre homme de.
quatre-vingt tant d'années voulut un jour que.
leur adieu ne recomençast.
plus;& cela fut resolu.
fermement en sa presence, car il estoit revesche.
& brutal, ce vieil amant
resta seul à la Veuve pendant quelque temps, il
ne tenoitquasià rien qu'il
n'épousast, il n'attendoit
pourfaire la nopce que
quelqu'un de ses bons
jours où la goute & la
gravelle lui donnoient du
relasche, &. il lui venoit
presque tous les mois,
quelqu'un de ces bons.
jours où il souffoit;
moins
,
c'est ce qu'il attendoit pour Ce donner la
consolation du mariage.
Un autre Vieillard, à
peu prés du mesme âge,4
mais qui ne pouvoit plus
marcher, & qui se faisoit
porter tous les jours dans
l'Egliseen chaise à gouteux
,
y
avoit veu cette
belle personne
,
& en devint encore plus amoureux que n'estoitl'autre,
celuy-cy voyoit quelquefois le jeune hOlnlne, il
s'adressa à lui, le priant,
comme il connoissoit cete Veuve,d'obtenird'elle
qu'ill'allât visiter en chaise, & qu'elle permit que
sa chaise entrait jusques
danssachambre,pourl'inconvenient de ce qu'il
souffroit, & des cris qu'il
faisoit quand il l'enfalloit
tirer; cette proposition
fut accompagnée d'un
offre deviiilyt mille écus
d'abord à la Veuve, pour
souffrir l'incommodité de
cette visite, &C condition
offerte de luy livrer les
vingt mille écus francs,
si l'ayant veuë, il ne jugeoit par convenable de
l'épouser, mais que sielle
luy convenoit., ilvouloit
au lieu des vingt mille
écus, lui donner tout Ton
bien par un contrat de
mariage.
Cette proposition rendit attentif ce jeune
Amant,d'abord le desir
de se vanger du vieux
DON-
brutal qui l'avoitcbaftè
d'auprès de sa Maistresse
,
luy fit escouter ce rivalcy, & deplus, il vit un
avantage seur, pour celle
qu'il aimoit
)
il alla d'abord luy faire la proposition
,
à quoy elle respondit aprèsavoir un peu rêvé : mon Dieu que de
Vieillards; à quoy repartit lejeune,béc'est tant
mieux, jesouhaite que
celuy-cy vive long-temps
avec vous, maisenfin de
compte, vousJèreZj ricke:
la Veuve ne répondit
qu'en soupirant,elleregarda le jeune hoxnnjc^
& après un silence fort
tendre elle dit seulement,
hé bien faites venir le
Gouteuxenchaise.
Le jeune Amant fut
trouver le Gouteuxqu'il
réjouir fort par la bonne
nouvelle, laVeuve avoit
"- dit à sa servante unique,
de faire monter une chaise qui viendroit lavoir
cette aprèsmidy. Notez
que l'autre vieux Amant
n'estoit point venu depuis quelques jours,retenu au lit par gotfte&C
gravelle; maiss'enennuyant
,
il se fit, empaqueter chaudement dans
une chaise
,
& porter
chez samaistresse qui le
sçavoit au lit, &voulant
la surprendre agréablement parcettevisite inopinée fitouvrirla porté
d'en bas. dont il avoit le
passe-par-tout
,
& sans
estre veu dela servante
qui estoit dans sa chambre en haut, il entra tout
brandi jusqu'auprés du
feu de la Veuve où elle
revassoit aux vingt mille
écus de l'autre gouteux.
- Dans sa surprise la
Veuve (e levé en sursaut
de son fauteuil, & fait
des compliments à celuicy tels qu'elle les croyoit
faire à l'autre, jusqu'à ce
que s'appercevant de sa
mpric, elle se troubla.
Le bonhomme brutal aurait pris ce compliment
pour resverie, ayant veu
en entrant la Veuve comme endormie prés de son
feu. Mais le second gouteux dans la féconde chaise suivoit de prés, ayant
trouvé la porte ouverte,
ses porteurs en quatre enjambéesl'eurenttransporté dans la chambre. Enfin les deux chaises se
trouverent placées aux.
costez dela cheminée, &c
---.k Veuve
au milieu, les
porteurs évadez elle resta
entre ces deux vieillards.
Lorsaussi embarasséeque
le fut jadisSusanne, le premierprétendant brutal Se
emporté commença la
querelle, comme il n'avoit que la langue de libre aussi s'en servit
-
il de
merveilles, Se conclut
par des reproches, accusant la Veuve d'inconstance & d'ingratitude,
envers un amant premier
en date, dont elle trahiffoit l'amour. Il n'est point
tquçftion
,
reprit l'autre,
qui estoitpluscensé,ny
d'amour, ny de primauté
en date,ny d'inconstance,
avec de vieux gouteux
comme nous, & vous
,
avez tort de mettre vostre amour en ligne de
comptesiln'y a qu'une
chose à sçavoir, & qu'un
mot qui serve
3
j'apporte
vingt mille escus pour
ma premiere visite ,en
avez vous là trente? elle
vous preferera, & je ne
m'en plaindray point,
qu'elle me
-
congedie.
L'autre ne répondit à cela
qu'en appellant ses porteurs )
ôc menaçant furieusementsonrival, &l
jurant qu'il auroit de ses
nouvelles avant le soir.
On le remporta, Se l'autre après une visite trés
longue, promit d'époufer le lcpdenlain, mais
en arrivant chez luy le
[air, il trouva un billet
du brutal, qui luy escrivoit que la rage l'avoit
gueri de la goute, &C
qu'il avoit des pieds pour
aller hors les portes de la
Ville, &C une main pour
se battre,& qu'il ne manquait pas de sy trouver
dés la pointe du jour:
celuy-cy luy manda qu'il
n'avoir qu'une main, &
point de jambes
,
mais
qu'il vint le voir, ou qu'il
l'attendist chez luy, &C
qu'ils conviendraient de.
la forme du combat, l'autre y
vint une heure aprés.
Le plus raisonnable des
deux dit au brutal que
n'étant point en estat de
tirer l'espée ,ilne doutoit point qu'il ne consentist à se battre au pistolet.
Ils convinrent pour cela
que sous prétexte d'aller
prendre l'air,ils se feroient porter l'un & l'autre dans une maison de
campagne fort proche de
la Ville, & qu'ils emprunterent à un de leurs
amis sans luy dire pourquoy;ils se firent dresser
deux lits dans la mesme
chambre,& après y
avoir
couché la premiere nuit
fort tranquilles, ils foupercnt le soir ensemble
,
se
firent coucher par leurs
valets qui se retirerent ensuite, &C le lendemain htost que le jour fut assez
grand pour ce qu'ils
avoient à faire, ils s'accommoderent & se cantonnerent chacun sur son
lit ,& tinrent chacun
deux pistolets en évidence, à condition de les tirer alternativement. Ce
fut une cérémonie un peu
longue à qui tireroit le
premier, le brutal commença& manqua le premier coup, l'autre tira cC
manqua aussi le lien,
maisle brutal recommença & perça la poitrine à
l'autre; alors voyant celuy cy qui estoit fort mal,
illuy dit:tu ne feras plus
en estat de me disputer
ma belle Veuve. Ce dernier mot redoublant la jalousie du blessé,iltire (on
second coup, qui blessa
l'autreau bras, pendant
ce combat les valets accoururent aux coups, &
le brutal bravant tousjours l'autre sur ce qu'il
auroit la Veuve; celuycy demanda une plume
& de l'ancre; & pendant
qu'on alloitquérir du secoursil écrivit quelques
lignes & fit cacheter le
billetpar un valet affidé,
à qui il recommanda de
le donnerà la Veuve. Le
brutal cependant continuoit ses bravades, vous
faites bien luy dit-il, de
luy escrire un tendre
adieu, car je la possederay bien-tost. Une heure
aprés
,
le blessé à mort
mourut, les valets cache-
rent ce duel, ils estoient
seuls dans la maison, on
emporta le brutal chez
luy, & on fit croire que
l'autre s'estoit tué luymesme.
Quelques jours après
la Veuveayant receu le
billet, & le jeune homme
l'estantallé trouver pour
se plaindre avec elle de ce
que le riche vieillard la
devant espouser le lendemain
,
estoit mort trop
tost de quelques jours, le
brutal victorieux se fit
porter chez elle, estant
beaucoup mieux & se
voyant en estat de jouïr
du fruit de sa victoire ; en
arrivant il fulmina d'abord contre la Veuve &c
contre le jeune homme
à qui la jalousie luy fit
dire mille injures, mais
la Veuveluirépondit
tranquillementqu'ilavoit
eu tort d'insulter celuy
qu'il avoit tué, &quele
mourant justement irrité
avoit
avoit voulu du moins en
expirant luy oster les
moyens de triompher de
lui après sa mort en possedant sa maistresse, &C
qu'illui avoit envoyé un
billet qui estoit un testament par lequel il lui laissoit tout son bien, à elle
Se au jeune homme,à
condition qu'ils s'espouferoient, & qu'ainsi il
n'avoir qu'à se faire reporter chez lui. Jugez
qu'elle fut la rage de nos-
tre brutal, elle finit par
un appel à coup de pistolet qu'il fit au jeune hom- -
me,quiluidit qu'il lui
prefteroit volontiers le
colet l'espée à la main.
Levieuxappellants'écria
qu'iln'estoit pas en estat
de mettre l'espée à la
main, ne pouvant se tenir
sur les jambes, Se que la
partie n'estoit pas esgale;
puisque - vous voulez de
l'égalité répliqua la jeune
homme, attendez donc
que j'aye quatre-vingt
ans, & les goutes
,
car de
risquer à présent ma vie
contre la vostre
3
ce seroit
joiier trente contre un.
Fermer
Résumé : AVANTURE Tragi-comique, écrite par un Suisse de Soleure.
Le texte décrit une tragi-comédie écrite par un Suisse nommé SoImre. L'intrigue commence avec la mort d'un homme suisse de 88 ans, victime d'un chagrin d'amour. Cet homme était épris d'une veuve française, âgée d'environ 30 ans, respectée pour sa vertu et sa bonne conduite. Plusieurs hommes souhaitaient l'épouser, notamment un jeune homme sans fortune, l'homme de 88 ans, et un autre vieillard impotent. Le vieillard impotent proposa à la veuve de lui rendre visite en chaise à porteurs et offrit une somme d'argent pour obtenir sa main. Le jeune homme, jaloux du vieillard brutal qui l'avait chassé, accepta la proposition du vieillard impotent. Ce dernier se fit porter chez la veuve, mais le vieillard brutal, se croyant invité, arriva également. Une querelle éclata entre les deux vieillards, chacun accusant la veuve d'inconstance. Le vieillard impotent proposa un duel au pistolet, auquel le vieillard brutal accepta. Lors du duel, le vieillard brutal blessa mortellement son rival. Avant de mourir, le vieillard impotent écrivit un testament laissant toute sa fortune à la veuve et au jeune homme, à condition qu'ils se marient. Le vieillard brutal, furieux, défia le jeune homme en duel, mais ce dernier refusa, arguant que la partie n'était pas égale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 91-99
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 21 du mois passé, un Cheveau-Leger ayant été fraulé, [...]
Mots clefs :
Louvre, Duc, Agresseur, Pistolet, Seigneur, Charges, Harangue, Régent, Cérémonie, Conseil, Serment de fidélité, Duchesse, Pardon, Comte, Mariage, Tsar, Divertissements, Cérémonie nuptiale, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
Fermer
4
p. 157-170
RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Début :
Comme la Relation suivante venuë en droiture de Belgrade, / Sur les nouvelles que le Prince Eugéne recevoit chaque jour, [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Grand vizir, Tranchée, Bataille, Armée ottomane, Canons, Soldats, Travaux, Conseil de guerre, Bataillons, Infanterie, Ennemis, Pistolet, Belgrade, Artillerie, Armée navale, Camp impérial, Provisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Comme la Rélation fuivante venue
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
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1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
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