L'avantage de détruire
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.