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1
p. 165-183
COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
Début :
Enfin, Madame, je vous tiens parole, & je vous envoye / Sire, A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée [...]
Mots clefs :
Mr Quinaut, Académie française, Roi, Compagnie, Palmes, Discipline militaire, Soldats, Victoire, Succès, Guerre, Parole, Postérité, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
Enfin , Madame , je vous tiens parole , & je vous envoye ce queje vous avois fait eſperer fur
la fin de ma Lettre du mois de
Juillet , par laquelle je vous pro- mettois une des plus belles Pie- ces d'Eloquence que vous euffiez jamais veuës. Ne me ſçachez point mauvais gré du retarde- ment. Je vous donne les choſes
le plutoſt qu'il m'eſt poſſible de - les avoir ; il n'importe en quel temps , pourveu qu'elles ſoient bonnes ; & le Compliment que Me Quinaut fit au Roy àfon re- tour de Flandre , ne ſera pas moins nouveau pour vous qu'il l'auroit eſté lors qu'il euſt l'hon- neur de le faire , puis que per- ſonnen'en a rien veu , & qu'on le demandetous les jours. Il eſtoit
alors Directeur de l'Académie
Françoiſe , à laquelle le Roy fait E V
106 LEMERCVRE
l'honneur de la recevoir comme
une Compagnie Souveraine.
Ainfi il fut conduit par le Maiſtre &le Grand Maiſtre des Ceremonies , accompagné de pluſieurs Perſonnesdela plus haute quali- te qui ſontduCorpsde cette ce- lebre Compagnie. Sa Majesté luy preſta une tres - favorable au- diance, &voicy de quelle manie- re il luy parla.
COMPLIMENT FACT AU ROY
par l'Académie Françoiſe, Monfieur Quinaut Directeur de cette Compa- guieportant la parole.
IRE,
4
A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée de gloire,
Noussommesſaiſis d'un excés dejoye qui nous interdit presque la parole, مة
GALAN T. 107
&qui ne permet ànoſtre zele de s'exprimer qu'imparfaitemet. Mais,
SIRE , ce n'est point dans cette oc caſion que l'Académie Françoise doit appréhender de ne paroiſtre pas aſſez éloquente : Il suffit qu'elle vous parle de vous-meſmepour estre afſurée dene rien dire que de merveilleux. On n'a jamais rien imagi- né de ſi grand que les Entrepriſes.
que vous venez d'executer , &le Simplerécit de vos Actions eft leplus parfait de tous les Eloges.
Voštre Majestés'est dérobéeaux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n'a pas attendu quele Printemps luy
revint ouvrir les Champs où tous les ans elle va cüeillir des Palmes nouvelles ; l'ardeur defon courageàfur- monté les obstacles d'une Saiſon ri- goureuse ; sa prévoyante Sageſſe a
reparé par d'innombrables précauEvj
108 LEMERCVRE
tions lafterilité des Hyvers ; &Sa Prudence a difputé avec sa Valeur
à qui ſe ſignaleroit par de plus
grandsprodiges.
Dumoment, STRE,qucla Renommée eust annoncé le jour de vostre Départ , la Victoire s'empreſſa pour vous accompagner , & la Terreur devançavoſtre marche. Lepremier
éclat de la foudre dont vous eſtiez
armé, est tombéfurune Villefuper- bedont rien n'avoit pûabatre l'orgueil, &toutefiere qu'elle estoit d'a
voir bravé les efforts unis de deux
celebres Capitaines , elle ne vous a
reſiſté qu'autant qu'il lefalloit pour vous donner l'avantagede l'emporter de viveforce. Ce fut alors que
vouséprouvátesheureuſemetjuſques àquel point vous avezportél'exaEtitude de la Difcipline Militaire:
Vos Soldats combatirent en Héros,
tant ils furent tous animezpar vo-
GALANT. 109 ftre presence ; mais apres avoir ren- versé tout ce qui s'estoit opposé à
Iimpetuositédeleur courage, ils s'ar- reſterent parvos ordres dans la cha- leurde la Victoire , &n'oferent tou- cher aux riches depoüilles que le droit de la Guerre leur avoit livrées. Ilne vous en coûta qu'une
parolepour empefcher l'affreuse de- Solation d'une ville floriſſante :
Vous eustes le plaisir de la pren- dre & de la ſauver en mesme
temps , & vous fustes bien moins fatisfaitdevous en rendre le Maiſtre , que d'en devenir le Conſervateur.
Ce grandfuccés aestéſuivy d'un
autre encoreplusgrand , &qui pa- roiſſoit au deſſus de nosplus hautes esperances. Vos Peuplesfont accourus àceſpectacle, ils ont esté transpor- tezde joye envoyant fortir les Ennemis que vous avez chaffez d'une
rio LE MERCVRE
redoutable Retraite , &ils beniffent tous les jours la Main victoriense qui les a delivrez des courſes , des
ravages , des incendies dont ils
estoientsouventfurpris &continuel- lement menacez. Ce n'effoit qu'à
Kous, SIRE', que le Cielavoit refer vél'honneurdeforcer laBarrierefa- talequi donnoit des bornes trop étroi- tes avoſtre Empire , &de faire du
plus fort Boulevart de l'Espagne ,
un des principaux Remparts de la
France.
Cependant , comme si çeuſt esté
encore trop peu pour V. M. de voir que tout cedoit où vous eſtiez pre... Lent, vous avez entrepris de vain- cremesme où vous n'eftiez pas. Vous avezſeparévos Troupes pour éten- dre vos progrés en divers lieux. Une partie devostre Armée àfuffy pour gagner une Bataille , & pour ache- ver la Conqueste de l'Artois ,
GALANT. ITF
vous avezprisfoin qu'un Princequi apartagéavecVous la gloire devo ſtre auguste Naiſſance , eust aussi part aux honneurs de vostre Triomphe.
Cen'estpasseulement ſurlaTerre que la Victoire accompagne vos
Armes , elle a volépour les ſuivre
jusques fur les Mers les plus éloi--
gnées. Une Flote cunemie qui avoit furlavoſtre touteforte d'avantages,
excepté celuy de la Valeur , vient d'estre attaquée &détruite ,
débris flotans portent la terreur du Nom de V. M. furles bords lesplus
reculez du Nouveau Monde.
Quel bonheur pour nous d'avoir un Protecteurfi glorieux, &qui don- ne àcelebrer des Evenemens ſi me- morables ! Nous n'avons pasbesoin de chercher ailleurs qu'en luy-mes- me un modelle parfait de la Vertu beroïque ; & noussommes certains
112 LE MERCVRE
que l'éclat immortel de fagloire ſe répandrafur nos Ouvrages , & leur communiquera leprivilege de paſſer jusqu'àla derniere Pofterité. Quand nous décrirons vos travaux , SIRE,
nous neferons pas dans l'embarras de n'avoir ſouvent àvous offrir que les meſmes loüanges que nous vous aurons déja données : Quoy que vous ne ceſſfiez point d'eftre Conquechacune de vos Conquestes
est toûjours achevée d'une maniere nouvelle &Surprenante ; &les Imagesfidelles que nous en féronsfe- ront autant de differens Tableaux dont chacun aurasa beautéfingurant
liere.
,
Apres avoirconnufi avantageu- Sementcombienvous eſtesredoutéde vos Ennemis , reconnoissez avec quelexcésde tendreſſe &de vene- ration vous eſtes aimé & presque adoréde vos Sujets. Voyez le ravif-
GALAN T. 113 Sement qui se montre dans tous les yeux qui vous regardent ; écoutez les
acclamations qui retentiſſent de tou- tes partsàvoſtre veuë. Ilfaut toutefois , SIRE , ne vous rien déguiſer,
la joyepublique n'éclate point tant encore pour le ſuccés de vos entre- priſes , qu'enfaveurde vostre retour.
C'est ce retour ſi ardammentſouhaitéqui diſfipe nos allarmes : Que nous ferionsheureux s'il les diffipoit pour toûjours !Nousn'avons encore pû confiderer vostre grand Cœur qu'avec
une admiration inquiete. Nous n'o- fonspresquevousfaire voir de bril- lans Portraits de la Gloire qui vous engageſiſouvent dans le peril; elle
nevous paroist que tropbelle , &ne
vous emporteque trop loin.
Mais , graces à vos Exploits ,
nous devons esperer que nos craintes feront bien-toft finies ; cette Ligue qui se croyoit fi formidable eftfra-
114 LE MERCVRE
pée elle-mefme de la conſternation qu'elle pretendoitjetterjuſquesdans le cœur devostre Royaume : Lesplus fieres Puissances de l'Europe armées &réünies ne peuvent s'empefcher d'estre convaincuës de leur foibleſſe
contre une Nation que vous rendez invincible : Plus elles vous ont oppo- séd'Estats , de Princes , de Rois, plus elles ontfourny d'ornemens àvos Tro phées , & leurs disgraces & vos Triomphes doivent leur avoir af- Sez apris que le deffein de vous faire la Guerre leur fut bien-moins inspirépar leurjalousie,que par la
bonnefortunede V. M.. Onn'en doit point douter , SIRE ,
il n'y a plus rien qui puiſſe ſauver vos Ennemis , que le secours de la
Paix. Vous voulez bien leur laiſſer encore cet unique & dernier moyen d'arrester les progrés étonnans de vos armes, &nous applaudiſſons avec
GALANT. 15I
plaisiràvoſtre moderation.La Fran- ce n'aplus besoin que vous étendiez fes limites : Sa veritable grandeur est d'avoir unſigrand Maistre. Le
Cielà qui nous vous devons , nous a
donnédans unfeulbien tous lesbiens
ensemble , nous ne luy demandons
riende nouveau; c'eſt affez qu'ilnous Laiſſepaisiblementjoüir de lafelicité devostre Regne,Ilsuffit qu'il aitSoin de conferver une vie glorieuse où noſtrebonheurest attaché, &quivaue plus mille fois que la Conqueste de
toute la Terre.
la fin de ma Lettre du mois de
Juillet , par laquelle je vous pro- mettois une des plus belles Pie- ces d'Eloquence que vous euffiez jamais veuës. Ne me ſçachez point mauvais gré du retarde- ment. Je vous donne les choſes
le plutoſt qu'il m'eſt poſſible de - les avoir ; il n'importe en quel temps , pourveu qu'elles ſoient bonnes ; & le Compliment que Me Quinaut fit au Roy àfon re- tour de Flandre , ne ſera pas moins nouveau pour vous qu'il l'auroit eſté lors qu'il euſt l'hon- neur de le faire , puis que per- ſonnen'en a rien veu , & qu'on le demandetous les jours. Il eſtoit
alors Directeur de l'Académie
Françoiſe , à laquelle le Roy fait E V
106 LEMERCVRE
l'honneur de la recevoir comme
une Compagnie Souveraine.
Ainfi il fut conduit par le Maiſtre &le Grand Maiſtre des Ceremonies , accompagné de pluſieurs Perſonnesdela plus haute quali- te qui ſontduCorpsde cette ce- lebre Compagnie. Sa Majesté luy preſta une tres - favorable au- diance, &voicy de quelle manie- re il luy parla.
COMPLIMENT FACT AU ROY
par l'Académie Françoiſe, Monfieur Quinaut Directeur de cette Compa- guieportant la parole.
IRE,
4
A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée de gloire,
Noussommesſaiſis d'un excés dejoye qui nous interdit presque la parole, مة
GALAN T. 107
&qui ne permet ànoſtre zele de s'exprimer qu'imparfaitemet. Mais,
SIRE , ce n'est point dans cette oc caſion que l'Académie Françoise doit appréhender de ne paroiſtre pas aſſez éloquente : Il suffit qu'elle vous parle de vous-meſmepour estre afſurée dene rien dire que de merveilleux. On n'a jamais rien imagi- né de ſi grand que les Entrepriſes.
que vous venez d'executer , &le Simplerécit de vos Actions eft leplus parfait de tous les Eloges.
Voštre Majestés'est dérobéeaux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n'a pas attendu quele Printemps luy
revint ouvrir les Champs où tous les ans elle va cüeillir des Palmes nouvelles ; l'ardeur defon courageàfur- monté les obstacles d'une Saiſon ri- goureuse ; sa prévoyante Sageſſe a
reparé par d'innombrables précauEvj
108 LEMERCVRE
tions lafterilité des Hyvers ; &Sa Prudence a difputé avec sa Valeur
à qui ſe ſignaleroit par de plus
grandsprodiges.
Dumoment, STRE,qucla Renommée eust annoncé le jour de vostre Départ , la Victoire s'empreſſa pour vous accompagner , & la Terreur devançavoſtre marche. Lepremier
éclat de la foudre dont vous eſtiez
armé, est tombéfurune Villefuper- bedont rien n'avoit pûabatre l'orgueil, &toutefiere qu'elle estoit d'a
voir bravé les efforts unis de deux
celebres Capitaines , elle ne vous a
reſiſté qu'autant qu'il lefalloit pour vous donner l'avantagede l'emporter de viveforce. Ce fut alors que
vouséprouvátesheureuſemetjuſques àquel point vous avezportél'exaEtitude de la Difcipline Militaire:
Vos Soldats combatirent en Héros,
tant ils furent tous animezpar vo-
GALANT. 109 ftre presence ; mais apres avoir ren- versé tout ce qui s'estoit opposé à
Iimpetuositédeleur courage, ils s'ar- reſterent parvos ordres dans la cha- leurde la Victoire , &n'oferent tou- cher aux riches depoüilles que le droit de la Guerre leur avoit livrées. Ilne vous en coûta qu'une
parolepour empefcher l'affreuse de- Solation d'une ville floriſſante :
Vous eustes le plaisir de la pren- dre & de la ſauver en mesme
temps , & vous fustes bien moins fatisfaitdevous en rendre le Maiſtre , que d'en devenir le Conſervateur.
Ce grandfuccés aestéſuivy d'un
autre encoreplusgrand , &qui pa- roiſſoit au deſſus de nosplus hautes esperances. Vos Peuplesfont accourus àceſpectacle, ils ont esté transpor- tezde joye envoyant fortir les Ennemis que vous avez chaffez d'une
rio LE MERCVRE
redoutable Retraite , &ils beniffent tous les jours la Main victoriense qui les a delivrez des courſes , des
ravages , des incendies dont ils
estoientsouventfurpris &continuel- lement menacez. Ce n'effoit qu'à
Kous, SIRE', que le Cielavoit refer vél'honneurdeforcer laBarrierefa- talequi donnoit des bornes trop étroi- tes avoſtre Empire , &de faire du
plus fort Boulevart de l'Espagne ,
un des principaux Remparts de la
France.
Cependant , comme si çeuſt esté
encore trop peu pour V. M. de voir que tout cedoit où vous eſtiez pre... Lent, vous avez entrepris de vain- cremesme où vous n'eftiez pas. Vous avezſeparévos Troupes pour éten- dre vos progrés en divers lieux. Une partie devostre Armée àfuffy pour gagner une Bataille , & pour ache- ver la Conqueste de l'Artois ,
GALANT. ITF
vous avezprisfoin qu'un Princequi apartagéavecVous la gloire devo ſtre auguste Naiſſance , eust aussi part aux honneurs de vostre Triomphe.
Cen'estpasseulement ſurlaTerre que la Victoire accompagne vos
Armes , elle a volépour les ſuivre
jusques fur les Mers les plus éloi--
gnées. Une Flote cunemie qui avoit furlavoſtre touteforte d'avantages,
excepté celuy de la Valeur , vient d'estre attaquée &détruite ,
débris flotans portent la terreur du Nom de V. M. furles bords lesplus
reculez du Nouveau Monde.
Quel bonheur pour nous d'avoir un Protecteurfi glorieux, &qui don- ne àcelebrer des Evenemens ſi me- morables ! Nous n'avons pasbesoin de chercher ailleurs qu'en luy-mes- me un modelle parfait de la Vertu beroïque ; & noussommes certains
112 LE MERCVRE
que l'éclat immortel de fagloire ſe répandrafur nos Ouvrages , & leur communiquera leprivilege de paſſer jusqu'àla derniere Pofterité. Quand nous décrirons vos travaux , SIRE,
nous neferons pas dans l'embarras de n'avoir ſouvent àvous offrir que les meſmes loüanges que nous vous aurons déja données : Quoy que vous ne ceſſfiez point d'eftre Conquechacune de vos Conquestes
est toûjours achevée d'une maniere nouvelle &Surprenante ; &les Imagesfidelles que nous en féronsfe- ront autant de differens Tableaux dont chacun aurasa beautéfingurant
liere.
,
Apres avoirconnufi avantageu- Sementcombienvous eſtesredoutéde vos Ennemis , reconnoissez avec quelexcésde tendreſſe &de vene- ration vous eſtes aimé & presque adoréde vos Sujets. Voyez le ravif-
GALAN T. 113 Sement qui se montre dans tous les yeux qui vous regardent ; écoutez les
acclamations qui retentiſſent de tou- tes partsàvoſtre veuë. Ilfaut toutefois , SIRE , ne vous rien déguiſer,
la joyepublique n'éclate point tant encore pour le ſuccés de vos entre- priſes , qu'enfaveurde vostre retour.
C'est ce retour ſi ardammentſouhaitéqui diſfipe nos allarmes : Que nous ferionsheureux s'il les diffipoit pour toûjours !Nousn'avons encore pû confiderer vostre grand Cœur qu'avec
une admiration inquiete. Nous n'o- fonspresquevousfaire voir de bril- lans Portraits de la Gloire qui vous engageſiſouvent dans le peril; elle
nevous paroist que tropbelle , &ne
vous emporteque trop loin.
Mais , graces à vos Exploits ,
nous devons esperer que nos craintes feront bien-toft finies ; cette Ligue qui se croyoit fi formidable eftfra-
114 LE MERCVRE
pée elle-mefme de la conſternation qu'elle pretendoitjetterjuſquesdans le cœur devostre Royaume : Lesplus fieres Puissances de l'Europe armées &réünies ne peuvent s'empefcher d'estre convaincuës de leur foibleſſe
contre une Nation que vous rendez invincible : Plus elles vous ont oppo- séd'Estats , de Princes , de Rois, plus elles ontfourny d'ornemens àvos Tro phées , & leurs disgraces & vos Triomphes doivent leur avoir af- Sez apris que le deffein de vous faire la Guerre leur fut bien-moins inspirépar leurjalousie,que par la
bonnefortunede V. M.. Onn'en doit point douter , SIRE ,
il n'y a plus rien qui puiſſe ſauver vos Ennemis , que le secours de la
Paix. Vous voulez bien leur laiſſer encore cet unique & dernier moyen d'arrester les progrés étonnans de vos armes, &nous applaudiſſons avec
GALANT. 15I
plaisiràvoſtre moderation.La Fran- ce n'aplus besoin que vous étendiez fes limites : Sa veritable grandeur est d'avoir unſigrand Maistre. Le
Cielà qui nous vous devons , nous a
donnédans unfeulbien tous lesbiens
ensemble , nous ne luy demandons
riende nouveau; c'eſt affez qu'ilnous Laiſſepaisiblementjoüir de lafelicité devostre Regne,Ilsuffit qu'il aitSoin de conferver une vie glorieuse où noſtrebonheurest attaché, &quivaue plus mille fois que la Conqueste de
toute la Terre.
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Résumé : COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
L'auteur d'une lettre s'excuse auprès d'une dame pour le retard dans l'envoi d'une pièce d'éloquence promise. Il lui envoie un compliment rédigé par Me Quinaut, alors Directeur de l'Académie Française, adressé au roi à son retour de Flandre. Ce compliment, jamais publié auparavant, est très demandé. Le compliment de Quinaut, présenté au roi en présence de dignitaires, loue les exploits militaires du souverain. Il souligne son courage et sa sagesse, ainsi que ses victoires en Flandre, où il a conquis des villes et sauvé des populations. Le roi est également acclamé pour ses succès navals, qui terrorisent les ennemis jusqu'au Nouveau Monde. Le texte exprime l'amour et l'admiration des sujets pour le roi, tout en espérant son retour sûr. Le compliment conclut en soulignant que la véritable grandeur de la France réside dans la sagesse et la modération du roi, qui préfère la paix à l'expansion territoriale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 3-67
DU STILE EPISTOLAIRE.
Début :
L'Ecriture est l'image de la Parole, comme la Parole [...]
Mots clefs :
Lettres, Amour, Écrire, Lettres galantes, Galanterie, Dire, Passion, Genre, Manière, Auteurs, Épîtres, Style, Homme, Monde, Billets, Lettres d'amour, Écriture, Gens, Personnes, Compliment, Voiture, Anciens, Belles, Parole, Papier, Aimer, Civilité, Manière d'écrire, Conversations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU STILE EPISTOLAIRE.
DU STILE
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
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Résumé : DU STILE EPISTOLAIRE.
Le texte explore l'art épistolaire, soulignant que l'écriture est l'image de la parole, elle-même reflet de la pensée. La parole est divine et rapide, tandis que l'écriture est durable et fixe les pensées, permettant ainsi de communiquer à distance et de conserver les connaissances et les actions des grands hommes. L'écriture épistolaire est particulièrement utile pour suppléer à l'absence et à l'éloignement des personnes. Les anciens Gaulois, par exemple, étaient braves et savants sans l'aide de l'écriture, mais dans le commerce de la vie, les lettres permettent de se parler et de s'entretenir comme si l'on était ensemble. Elles donnent une forte idée de la personne aimée, comme le dit une amoureuse portugaise, et sont nommées les 'discours des absents', permettant à l'homme de se répandre et de se communiquer dans le monde entier. Le texte critique ceux qui rendent l'écriture des lettres difficile et fastidieuse, préférant la simplicité et la naturalité. Il mentionne que l'art de l'écriture épistolaire a été formalisé par certains auteurs, mais que ces règles peuvent sembler affectées et inutiles. Les lettres doivent respecter le decorum, c'est-à-dire le respect, l'honnêteté et la bienséance, mais ces formalités varient selon le type de lettre (compliment, affaire, galanterie). Le texte distingue quatre types de lettres : les lettres d'affaires, les lettres de compliment, les lettres de galanterie et les lettres d'amour. Les lettres de compliment sont les plus difficiles à écrire, car elles doivent flatter la vanité des destinataires. Les lettres doivent être naturelles et refléter les pensées et les sentiments de l'auteur, même si elles sont souvent fardées pour plaire. Le texte aborde également les caractéristiques des lettres amoureuses et des réponses aux Lettres portugaises, soulignant que ces réponses ne sont pas froides ou languissantes, mais plutôt judicieuses et rassurantes. Il compare les expressions de l'amour entre hommes et femmes, notant que les femmes se laissent souvent submerger par la passion, tandis que les hommes intègrent la raison et la conduite pour rendre l'amour constant et durable. Les lettres d'amour sont rares et nécessitent de véritables sentiments amoureux. L'amour est présenté comme l'inventeur des lettres, permettant aux amants de communiquer à distance. Ces lettres doivent être tenues secrètes et sont mieux exprimées en poésie. Le texte discute des 'grandes Lettres' qui reflètent la conversation entre savants, et des 'Billets', qualifiés de 'bâtards des Lettres et des Épîtres', utilisés pour des communications brèves et informelles. Les billets sont pratiques car ils ne suivent pas les formalités des lettres traditionnelles. Ils sont attribués à Madame la Marquise de Sablé, qui a simplifié les lettres en supprimant les civilités excessives. Cependant, les billets doivent rester courtois et concis, adaptés aux situations urgentes ou aux communications entre proches. Le texte souligne la difficulté de bien écrire une lettre, considérant qu'elle est le chef-d'œuvre d'un bel esprit. Il mentionne que certains, malgré leur intelligence, manquent de talent épistolaire. Les lettres bien écrites révèlent l'esprit de leur auteur. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de suivre des règles pour maîtriser l'art épistolaire, citant des auteurs anciens et modernes dont les épîtres sont des modèles de délicatesse et d'agrément.
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3
p. 240-241
EPITAPHE D'UN PERROQUET.
Début :
Cy gist un fort beau Perroquet, [...]
Mots clefs :
Perroquet, Parole, Mémoire, Mignon, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE D'UN PERROQUET.
EPITAPHE D'UN PERROQUET.
Y gift unfort beau Perroquet,
une C gravitéfansfeconde;
Il n'avoit point ce for caquet-
Qui ne fait qu'étourdir le monde..
Ilparloit agréablement,
On prenoit plaifir à l'entendre:
Et ce qu'on nefçauroit comprendre,
C'est qu'il retenoit aisément
Tout ce qu'on luy vouloit apprendre .
Il ne luy faloit qu'un moment.
Il n'eftoit point de tours d'adreffe
Qu'on ne luy viftfaire fans ceffe :
Souvent ce beau petit Mignon tr
Entroit en converfation,
a
Ett
du Mercure Galant. 241
1
Et parloit de tout à merveille;
Mais dés qu'il voyoit la Bouteille,
Ilne vouloit plus tant jaſer.
Toft, toft, difoit-il, que j'en goufte.
On nepouvoit le refufer,
Et le Drôle à tremper la croufte
Prenoit plaifir à s'amuser.
Quand il en avoit dans le cafque,
Ilreprenoitfon tonplus haut :
Iljouoit du Tambourde Bafque,
Et s'en acquitoit comme ilfaut.
Aux Belles il contoit fleurette,
Et leurdifoit la Chansonnette
Sansprendre jamais un tonfaux.
S'il entendoit la Symphonie,
Ilfoûtenoit bienfa Partie
Avec les Inftrumens d'accord.
Mais ce n'eftpoint là, quoy qu'on die,
Lesplus beaux endroits de fonfort.
Philis le chériffoit fifort,
Que je n'aurois point d'autre envie
Que de me voir apresfa mort
Ce qu'il eftoit pendantfavie.
Q. deFanvier 1685.
DIEREVILLE.
Y gift unfort beau Perroquet,
une C gravitéfansfeconde;
Il n'avoit point ce for caquet-
Qui ne fait qu'étourdir le monde..
Ilparloit agréablement,
On prenoit plaifir à l'entendre:
Et ce qu'on nefçauroit comprendre,
C'est qu'il retenoit aisément
Tout ce qu'on luy vouloit apprendre .
Il ne luy faloit qu'un moment.
Il n'eftoit point de tours d'adreffe
Qu'on ne luy viftfaire fans ceffe :
Souvent ce beau petit Mignon tr
Entroit en converfation,
a
Ett
du Mercure Galant. 241
1
Et parloit de tout à merveille;
Mais dés qu'il voyoit la Bouteille,
Ilne vouloit plus tant jaſer.
Toft, toft, difoit-il, que j'en goufte.
On nepouvoit le refufer,
Et le Drôle à tremper la croufte
Prenoit plaifir à s'amuser.
Quand il en avoit dans le cafque,
Ilreprenoitfon tonplus haut :
Iljouoit du Tambourde Bafque,
Et s'en acquitoit comme ilfaut.
Aux Belles il contoit fleurette,
Et leurdifoit la Chansonnette
Sansprendre jamais un tonfaux.
S'il entendoit la Symphonie,
Ilfoûtenoit bienfa Partie
Avec les Inftrumens d'accord.
Mais ce n'eftpoint là, quoy qu'on die,
Lesplus beaux endroits de fonfort.
Philis le chériffoit fifort,
Que je n'aurois point d'autre envie
Que de me voir apresfa mort
Ce qu'il eftoit pendantfavie.
Q. deFanvier 1685.
DIEREVILLE.
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Résumé : EPITAPHE D'UN PERROQUET.
En janvier 1685, Diereville rédigea une épitaphe pour un perroquet exceptionnel. Cet oiseau se distinguait par sa capacité à parler agréablement et à retenir facilement ce qu'on lui enseignait. Il maîtrisait divers tours et pouvait converser sur divers sujets, comme le rapportait le Mercure Galant. Cependant, à la vue d'une bouteille, il préférait boire plutôt que de parler. Après avoir bu, il reprenait la parole avec enthousiasme, jouait du tambour et chantait des chansons aux femmes sans jamais fausser une note. Il accompagnait également les symphonies avec les instruments. Malgré ces talents, Diereville exprimait son désir de posséder un perroquet aussi remarquable après sa mort, soulignant ainsi l'admiration et l'affection qu'il portait à l'oiseau.
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4
p. 257-258
V.
Début :
Qui dira qu'en ce mois le Présent est frivole, [...]
Mots clefs :
Présent, Peintre, Parole, Portraits, Mémorial, Écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V ...
DU HAVRE..
Q
Vidira qu'en ce mois le Préfent eſt
frivole,
Se trompe lourdement, c'eſt un Don pré--
cieux,
C'est un Peintre de la Parole,
Quifçait fort bien parler aux yeux,
Et donner lacouleur aux plus bellespen
fees.
eft l'Ecole des Grands, l'Etude des Pe
tits,
2. de Janvier 1685. Y
258
Extraordinaire
Le Portrait des chofes paffées,
Le Confeil des plus beaux Efprits,
Et le Tréforde la mémoire.
C'est le Trompette enfin, & l'Echo de la
gloire
Du plus grand des Mortels, l'invincible
LOUIS,
Et le Mémorial defes Faits inouis.
C'cft auffi le Portrait que nous afait Mer
cure,
Quand il nous donne l'Ecriture.
LA PETITE ASSEMBLEE G.
du Havre.
DU HAVRE..
Q
Vidira qu'en ce mois le Préfent eſt
frivole,
Se trompe lourdement, c'eſt un Don pré--
cieux,
C'est un Peintre de la Parole,
Quifçait fort bien parler aux yeux,
Et donner lacouleur aux plus bellespen
fees.
eft l'Ecole des Grands, l'Etude des Pe
tits,
2. de Janvier 1685. Y
258
Extraordinaire
Le Portrait des chofes paffées,
Le Confeil des plus beaux Efprits,
Et le Tréforde la mémoire.
C'est le Trompette enfin, & l'Echo de la
gloire
Du plus grand des Mortels, l'invincible
LOUIS,
Et le Mémorial defes Faits inouis.
C'cft auffi le Portrait que nous afait Mer
cure,
Quand il nous donne l'Ecriture.
LA PETITE ASSEMBLEE G.
du Havre.
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Résumé : V.
Le texte 'LA PETITE ASSEMBLEE du Havre', daté du 2 janvier 1685, décrit le Préfent comme frivole et trompeur, mais aussi comme un don précieux et un peintre de la parole. Il loue le portrait des choses passées, le conseil des esprits et le trésor de la mémoire. Le Préfent est comparé à une trompette et à l'écho de la gloire de Louis, l'invincible, soulignant ses faits inouïs. Ce portrait est offert par Mercure à travers l'écriture.
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5
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
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Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 97-173
Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Début :
L'Organe de la voix ou de la parole est [...]
Mots clefs :
Oreille, Musique, Veines et artères, Anatomie, Glotte, Gosier, Muscles, Air, Parole, Voix, Anneaux, Corps, Larynx, Homme, Cordon, Canal, Fente, Oiseaux, Dilatateur, Membrane, Bouche, Diaphragme, Aplatisseur, Vibrations, Souffle, Lèvres, Cartilage, Lobe du poumon, Organe, Épiglotte, Anatomiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la
musique
,
ou lesmerveilles de la Trachée
artere,tirées des observations desplus habiles Anatomistes, f5 de
l'anatomiecomparée.
L'Organe de la voix ou
de la parole est le gosier,
nommé par les Anatomie:
tes âpre ou trachéeartere,
pour le distinguer du go.
iiêr par où passent les alimens qu'ils appellent l'éso-
phage, & qu'on peut à eause de cela nommer en françois le passage des vivres.
Le gosier ou trachée artere
est composé de quarante
quatre parties qui fervent
à former la voix, sçavoir
de vingt six cartilages osseux, de douze muscles, de
trois especes de membranes
,
& de trois especes de
nerfs, sanscompter les arteres, les veines, les glandes, & autres parties qui
entrent encore dans sa
composition. Toutes ces
quarante quatre parties ont
leurs usages par rapport à
la voix, qu'il s'agit d'expliquer
,
c'est à-dire, de reduire aux regles de la mechanique & de la musique.
Nous appellons osseux les
vingt-six cartilages, parcequ'ils tiennent effectivement de la nature de l'os,
puisqu'ils contiennent tous
une espece de moëlle dans
le milieu de leur substance,
& qu'ils deviennent mesme des os parfaits dans
beaucoup de vieillards. Il
faut encore joindre à ces
quarante quatre organes le
diaphragme qui est un des
principaux instruments de
la voix, ce qui fait au moins
quarante cinq organes en
tout.
I. On a
de coustume de
distinguer le gosier en deux
partiesprincipales,quisont
a teste
,
nommée par les
Anatomistes, larinx
,
en
françois siffletou cornet,
& le corps du gosier. Ce
corps est un canal plus que
demy circulaire, dont la
convexité est tournée du
poflx du visage, & qui commençant à l'entrée des pou-
mons, monte le long du
passage des vivres sur lequel il est couché & applique par sa base. Il est composé ordinairement de
vingt un cartilages formez
chacun comme un grand
croissant
,
& qui sont fermez du costé de leur bafe
par une membrane musculeuse,laquelle regnant tout
le long de ce canal ,forme
cette base que je nomme
le MurcIe posterieur. Ces
cartilages sont liez les uns
aux autres par les fibres
longitudinaires de cette
membranemusculeuse,qui
s'inserent entre chacun
d'eux, &s'y attachent dans
tout leur contour. Par ce
moyen les fibres circulaires
de la mesme membrane,
qui traversent ces premiers
angles droits, se gonflant,
& se racourcissant par l'arrivée des esprits, ferment
ces anneaux ,& retrecissent la capacité du gosier;
& lorsque les fibres longitudinaires se gonflent & se
racourcissent, le canal en
est en mesme temps racourci
;
desorte que si l'on
souffle alors le vent sort
hors la poitrine avec effort,
ce canal s'enfle considerablement, le ressort des mes.
mes anneaux contribuë aussi à les dilater. Mais ce
racourcissement se fait encore parune autre membrane tendineuse qui tapisse intérieurement le
corps du gosier, & dont les
fibres longitudinaires qui
attachent intérieurement,
les mesmes anneaux pu
croiffans les uns aux autres,
les rapprochent les uns des
autres en se racourcissant
par leur ressort
,
quand le
gosier a
ététiré selon sa
longueur, & laissé ensuite
en liberté. :,
,
2. La teste du gosier ou le larinx
,
ou cornet
,
est
composée de cinq cartilages osseux comme les précedens, dent le plussolide
ala forme de l'embouchoir
d'une flute douce ou à bec,
coupé perpendiculaire
ment à sa longueur après
en avoir osté le tampon;
c'està dire que c'est une
espece d'anneau à tirer de
l'arc beaucoup plus large
dans une partie de son
corps que dansla partie opposée, aussi l'appelle-t'on
l'anneau. Le haut du corps
du gosier est joint avec le
bas de cet anneau par des
ligaments particuliers en
telle forte que la partie large de l'anneau est rootnée
vers le derriere de la teste
,
& posée sur l'esophage, &
la partie vuide & anterieure du mesme anneau est
recouverte par un second
cartilage nommé l'écu &
le bouclier
,
qui ressemble
assez à une cuirasse de fer,
estant voutéde mesme par
le devant. Ce cartilage ou
l'écu estant applari auroit
la figure d'un tra peze donc
la plus grande baze seroit
tournée en haut. Ilestfortement adherent au corps
de l'anneau par des ligaments propres; il s'esleve
mesme plus haut pour s'aller attacher parfesdeux angles ou cornes superieurcs
aux deux cornes de l'os de
la langue, appelle Joïde,
lequel tient par ce moyen
tout le gosier de l'homme
suspendu dans une situation
verticale.C'est cette partie voutée dumilieu de ré.
cu qu'on appelle le nœud
de la gorge
,
d'autres disent la pomme d'Adam,
au dessous duquel nœud on
sent en tastant avec les
doigts le bord estroit de
l'anneau. Par ce moyen
l'anneau &l'écuforment
ensemble le canal rond de
lateste du gosier,lequel
canal a
huit ou neuf lignes
de diamettre dans un homme fait. Ce canal est recouvert par le haut de deux
membranes fort épaisses,
& presque semicirculaires,
attachées horizontalement
par leur circonference exterieure dans son contour
interieur. Ces deux membranes laissent entre leurs
bords intérieurs terminez
chacun par un cordon solidetendineux, une ouverture triangulaire isocele appellée la glotte ou
la bouche du gosier dont
la pointe se termine au milieu du dedans de l'écu,
dans l'endroit où ces deux
membranes qu'on nomme
les lèvres de la glotte se
réunissent, & donc la base
est située sur !c bord large
de l'anneau, oùil y a
deux
petits cartilages triangulaires osseux attachez par leur
base sur le mesme bord,
environ àune ligne l'un de
l'autre. On les nomme guttauxou becs, à cause de
leur figure pointuë
;
c'est
apparemment eux qui ont
donné le nom au gosier.
Les deux bouts de ces deux
cordons font collez chacun à la base d'un de ces
deux osselets. Et ily a
des
Autheurs qui prétendent
que ces deux cordons,&
mesmeleurs membranes
font des muscles, mais cela ne m'a paru ainsi
,
on
verra dans la fuite que ce
font principalement ces
deux membranes & leurs
cordons qui forment la
voix ou la parole ,& ces
deux osselets qui la modifient en les approchant ou
écartant l'un de l'autre,
ainsi on peut les nommer
les portiers de laglotte. Enfin cette sente, bouche ou
glotte est recouverte par
un couvercle ou clapet car-
tilagineux de forme triangulaire, un peu arrondi par
la pointe, nommé à cause
de cela l'epiglotte, comme
qui diroit le couvercle de
la glotte. L'epiglotte tient
interieurement parsa base
irl'écu proche le milieu de
son bord superieur au dessus de la glotte, ensorte que
le vent souffléde la poitrine
par la glotte, ouvre cette
porte pour sortir, par la
bouche, & celuy que l'on
respire joint au poids de
cette glotte,la referme dans
l'homme. Mais danslesanir.
maux à quatre pieds qui
ont presque tousjours la
teste baissée, & dont la glotteest très spacieuse
,
& l'épiglotte plus pesante
,
la
nature a
esté obligée de
luy donner des muscles particuliers pour l'ouvrir &
la fermer, de crainte que
les alimens n'encrassent par
la glotte pendant la respiration.
3. Dans les oiseaux aquatiques comme les canards,
gruës,oyes,macreuses, &c.
qui retirent continuellement de l'eau, de l'air, &
- de
de la vasemeslez ensemble, ( ce qu'on appelle
communément barboter,)
la nature prévoyance a
situé
le principal organe de leur
voix au bas de leur gosier
au dedans de leur poitrine,
ensorte que dans plusieurs
il est caché mesme dans la
substance du poumon. De
plus cet organe est double,
car du costé gauche du
corps du gosier cest un anneau osseux semicirculaire
-
beaucoup plus large, plus
solide
,
& plus ample que
les autres,ayant à sa base
une fente percée du devant.
au derriere,dont les lévres
font membraneuses. A cette fente,s'abouche la branche gauche de l'Apre artere qui se répand, dans le
poumon; desorte qu'en
soufflant par cette branche,
le vent qui fort par cette
fente ou glotte inférieure,
& par celle qui est outre
cela au haut du larinx à la
racine de la langue
,
rend
un son enroüé
,
que les paysans nomment ( pire) &
qui est le chant ordinaire
avec lequel ces oiseaux s'ap-
pellent de près; mais du
costé droit la nature a
joint
à
ce demi anneau osseux un
veritable sifflet rond, osfeux semblable en quelque
façon aux sifflets de terre
donc les enfans contrefont
les Rossignols. Ce sifflet
tres-dur en dehors, est rapissé en dedans d'un cartilage fort épais, ayant deux
bouches, dont la su perieure s'ouvre dans le bas du
corps du gosier par son cosséJ & l'inférieure respond
dans le lobe du poumon
droit par la branchedroi-
te de l'âpre artere
,
estant
presque en tout semblable
à la bouche ou glotte qui
est du costé droit. le vent
soufflé avec violence par
cette branche droite frappant l'interieur de ce siffier,
rend un sontres-fort par la
glotte superieure ,lequel
les paysans appellent (can)
& de crainte que ce vent
ne rentre danslelobe gauche, la nature a
separé la
bafe du corps du gosier en
cet endroit par un cartilage
osseux qui sertde guideaux
deux airs, qui sortent des
poumons, & qu'on appek
le le coûtre. Ce vent qui
vient du sifflet entrant avec
rapidité dans lescavitez
que ces oiseaux ont au palais en plus grande quantite que les autres oiseaux
,
plus grandes,& plus profondes,y prend un sonnazard qui s'y augmente
merveilleusement. C'est ar,
vecce son nazard qu'ils
appellent leurs camarades
qui sont fortesloignez
d'eux. Il faut dé plus remarquer que les cartilages
du corps du goder de ces
fortes d'oiseaux sont des
cercles presque entiers enchassezquelquefois les uns
dans les autres, pour avoir
plus de solidité; & ceux au
contraire de ses branches
quise répandent dans les
poumons font des cercles
plus imparfaits, avec une
membrane charnuë qui les
lie à peu près comma le
corps du gosier dans l'homme.
4. A l'égard des autres
muscles du gosier, qui dans
l'homme font au nombre
de onze, ils sont tous atta-)
chez à sa teste ou larinx
;
sçavoir deux qui fervent à
la tirer en bas, sont attachez chacun d'un bout au
bord inférieur de l'ecu des
deux costez de son nœud
ou milieu, & de l'autre
bout au haut du poitral
,
ces
muscles donnent encore
lieu au gosier de s'enfler
davantage par cet abbaissement, & aidentl'action
de sa membrane musculeuse posterieure, & de sa
membrane tendineuse intérieure
,
on peut à cause de
cela les nommer les depri-
meurs du gosier. En abbaissant aussi lateste du gofier ils facilitent la déglution,& garantissent la cheute des alimens dans la glotte. La teste du gosier est
retirée en haut, & en mesme temps suspenduë par
deux autres muscles attachez d'un bout aux deux
costez du noeud de l'écu
vers son milieu parle devant, sçavoir au dessus des
précédents, & par l'autre
b out aumesme os de la langue dont on a
parlécy devant, Ces deux muscles au
reste
reste n'ont que deux pouces de longueur. Ils lér-'
vent aussi à faire allonger
lecorps du gosier lorsqu'ils
viennent à se raccourcir,
& de plus en tirant la teste
du gosier en haut, ils facilitent la respiration, & présentent laglotte à la bouche pour faire davantage
éclater la voix;On peuc
donc les nommer les Elc^
veurs du larinx.
f'
;
Déplus l'ecu est comme
ouvert en dehors ou appla-
¡,. ti par une troisiéme paire
f' de muscle
,
qui partant du
bord estroit ôcinférieur de
l'anneau au devant de la
gorge, vont s'atracher
aux deux angles de la base inferieure de l'écu à
droite & à gauche. Car
il est évident que ces muscles en se raccourcissantretirent par ce moyen les ailes de l'écu en dehors, comme pour le rendre moins
vouté, mais ce n'est effectivement que pour attirer la
partie posterieure de la ted
te du gosier vers son anterieure,c'est à dire pourl'applatir un peu du devant en
derriere
,
& l'allonger en
mesme ,
temps d'autant vers
les deux costez, ou en un
mot pour rendre sa cavité
ovale, afin de rendre la double membrane qui compose
la glotte, laquelle sans cela
demeureroit lasche & ridée
lorsque la glotte est fore
ouverte, ce qui causeroit un
son bas & tremblant. Et
afinaussi que les deux lévres de la glotte ou ses
deux cordons puissent plus
aisément estre écartées l'un
del'autre par les muscles
destinez à cet effet donc
nous allons parler. Onpeut
donc nommer cetre troisiéme paire de muscles les
Applatisseurs du larinx. Ces
trois premieres paires qu'-
on appelle ordinairement
exterieurs par rapportà récit
,
pourroient encore
mieux estre nommez antérieurs, parce qu'ils sont situez ducollet duvirage,par
rapport aux cinq dont nous
allons parler, qui sontplacez sur le partage des vivres vers le derriere du col,
& qu'on pourroit nommer
a cause de cela posterieurs
aussi bien qu'interieurs par
rapport à l'ecu, mais ces
denominations ne regardant que l'anatomiste
,
&
nullement le musicien ( si
ce n'est tout au plus pour
s'orienter,) nous passerons
maintenant à la description
& aux usages de ces derniers. La quatrième paire
de muscles part donc des
deux costez de la partie large, & posterieure de l'anneau en dehors, & va s'attacher à la bafe des deux
portiers de la glotte, sçavoir proche les angles de
cette bafe les plus esloignez
du milieu de la glotte
,
&
cela après avoir passé derriere deux petites éminences de la partie large de
l'anneau qui leur fervent
comme de poulies de retour, afin de leur donner
à chacun un plus grand
jeu dans leur raccourcissement, & une direction plus
propre à écarrer ces portiers l'un de l'autre en les
faisantglisser sur le bord de
l'anneau. On peutappeller
cette paire les grands Dilatateurs de la glotte parrap-
port a une cinquiéme paire
beaucoup plus courte &
plus gresle, qui partant des
deux costez de la mesme
partie de l'anneau fous l'écuà costé des deux précedents, mais plus loin du milieu de l'anneau, va s'attacher aux mesmes portiers
joignantles deux précedents à l'anglemesme de
leur base; par ce moyen la
direction de ces derniers
muscles est encore plus propre à écarter les deux portiers l'un de l'autre, mais
avec un moindre jeu que les
deux précedents; c'est pour
cela qu'on nommera cette
cinquiéme paire les petits
Dilatateurs de la glotte. ERfin l'onziéme muscle du larinx qui est le douziéme de
tout le gosier,lie exterieurement les deux portiers l'un
à l'autre parleur base,afin
de pouvoir en se gonflant
6c se racourciffant les approcherl'un vers l'autre,&
fermer en mesme temps les
cordons de la glotte. Gn
peut donc le nommer l'Adducteur des cordons ou:des
lévres delaglotte,ausil'oi>
veut tout d'un coup le Fer-
-
meurde la glotte. Plusieurs anatomistes habiles
veulent que cederniermuscle foit encore double comme les précedents
; mais la
chosenema pas paru ainsi.
Il y a
donc treize muscles
quifervent à la formation
-
de la voix en y comprenant le diaphragme donc
on parlera cy-a prés.
5. A l'égard des nerfs du
larinx il y en a
de trois sortes,sçavoirune branche de
la quatriéme paire qui envoye un rameau à toreilla
& l'autre à la langue, une
de la septiéme paire qui en
fait autant, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille, dansle Mercure de
Paris du mois de Janvier
1712.&qui de plusenvoye
un rameau à la racine des
dents; & enfin une bran**
che de la cinquiéme paire
du nerfrecurrent, qui après
s'estre entortillée autour de
l'aorte descendante, monte au gosier, ou elle distribuë, des rameaux à son
corps&àsateste. Une pareille branche du mesme
nerf fait la mesme chose
aprés s'estre contournée
autour de l'artereaxillaire
droite, & ces deux branches envoyent en mesme
temps des rameaux au
cœur. De plus ces deux dernieres paires, aprés s'estre
unies, envoyent encore des
rameaux à la langue & aux
oreilles. Par le moyen de
ces nerfs l'animal entre en
action pour crier, & se deffendre en mesme temps
,
ou pour fuir selon l'occasion; pour exprimer sa joye,
son admiration, sa douleur,,
& toutes ses autres passions.
Ce nerf dela huitiéme paire estant coupé, l'animal
cesse dans le moment de
crier, ce qui marque en general que les nerfs font
toute l'action des animaux;
&en particulier que c'est
celuy-cy qui sert à former
le cri de la voix en se distribuant dans les muscles
du larinx, sans que l'oreille
y ait part, comme ilarrive à tous les sourds & muets
lorsqu'ils sont agitez de
quelque passion.
6, Quant à
laformation
de la voix il y a
des Anatol"-
missesouPhysiciens qui
ont dit que la glotte en estoit l'organe
,
d'autres les
muscles du larinx; & enfin
les autres le corps mesme
du gosier ; & tous ensemble ont raison
; car le corps
du gosier contribuë à la
voix,en foumissant l'air qui
en fait le son
;
les lévres&
cordons de la glotte contre
lesquels cet air se brise, forment ce sonpar leurs tremblements
,
& les muscles
qui servent à serrer ou à
écarter ces mesmes cor-
dons & leurs membranes
l'une de l'autre, & à étendre ces mesmes membranes
,
forment le degré
,
la
force, & la netteté de ce
son. A quoy l'on doit encore adjouster les muscles
de la poitrine, principalement le diaphragme, qui
pressant les poumons(à peu
près comme un berber
presse sa musette avec son
bras, ou comme un preneur de cailles presse son
apeau) fournissent au gofier l'air qui forme la parole & la voix. Voila donc
au moins quarante cinq instrumens qui fervent à former la voix.
Mais pour expliquer
maintenant cette formation dans le détail qu'elle
demande,il faut remarquer
que la voix de l'homme n'a
pas feulement besoin de
monter & dedescendre par
differents intervalles
,
loic
pour chanter, pour appeller, pour crier ou pour exprimer ses différentes passions; mais elle a
besoinencore d'estre plus forte ou
plus foible en
-
chaque dé-
gréde son, afin de se faire
entendre à differentes distances, ou pour varier son
chant 6c ses paroles selon
le besoin: ainsielle doit devenir quelquefois plus foible en montant
,
ôc plus
forteen descendant
,
ou
tout au contraire. Or le vent
poussé au travers de laglot-
.te.) soit dedans en dehors,
(ou mesme. de dehors en
dedans)forme lesonde la
voix, le bruit de la parole,
les cris, les éclats, les sanglots, &c.selon que ce bruit
estplus longou plus court,
plus
plus fort ou plus foible
,
comme nous l'avons dit
dans le Mercure cité cydessus
; & cela en faisant
trembler les deux membranes de la glotte, mais principalement ses deux cordons qui sont tousjours entretenus dans un certain
estat de tension ou de ressort, tant par leur solidité
particuliere,que par le mue.
cle fermeur
,
qui tire les
deux portiers l'un vers l'autre; & cet air devient son
en se brisant contre ces
mesmes cordon,de la mes-
me maniere que l'air pressé
au travers des lévres de la
bouche devient un fifllement qui estune espece de
son en les faisant trembler,
ou si l'on veut comme le
vent chassé violemment à
travers la fente d'un chasEs décolé en quelque endroit, y
forme unson qui
imite fort la voix humaine
par les tremblements qu'il
luy cause
; ou enfin encore
comme l'air pouffé au travers une fente faite au costé d'un roseau ouvert par
un bout,& fermé par l'au,
tre, lorsqu'on souffle par le
bout ouvert; car cet air ne
pouvant passer par cette
fente sans en écarter les lévres, les met en ressort, &
leur combat mutuel forme
des vibrations dans l'air environnant, dans lesquelles
consiste le [on, & ce son
imiteroit encore plus parfaitement la voix humaine
si l'on avoit foin d'arrondir
un peu ces deux lévres
,
à
peu près comme les bords
de la glotte. Au reste le
chassis bruyant,& les firingues ou roseaux des An-
ciens n'imitent encore la
voix humaine qu'imparfaitement, en ce que leur son
ne monte jamais, qu'il nc,\
devienne en mesme temps
plus fort, & qu'il descend
tousjours à mesurequ'il
s'affoibltr. Car ce son ne
monte, que par l'acceleration de ses vibrations, laquelle ne vient que de la
force de l'air qui est poussépar la fente; au contraire
lorsque cet air passe plus.
lentement
,
ses vibrations
devenant plus lentes, le son
baisse enmesmetemps. La.
mesme chose arrive à quantité d'oiseaux dont la glotte
n'est ouverte ou fermée que
par l'air qui passe au travers, particulièrement aux
oiseaux aquatiques donc
nous avons parlécy -devant, & dont la voix se forme au travers de leurs glotte
,
comme le son à travers la fente d'un chassis
bruyant, ou d'une siringue,
& non pas par le jeu d'aucuns muscles.C'est cequ'on
entend tous les jours sur les
estangs où il y a
des canards lorsqu'il en passe
d'autres en l'air au détins
d'eux, car ils les appellent
en eslevant d'abord leurs
ailes afin d'enflerleurs poumons
,
& planant ensuite
fortement pour en chasser
l'air avec violence, ce qui
esleve extremement leur
voix,& forme un cancan treséclattant,lequel baisse peu h,
,
peu à mesure que leur poitrine se vuide d'air;les coqs
font à peu près la mesme
chose avant de chanter.
7. Il n'en est pas de mesme dans l'homme, & mesme dans plusieurs animaux
terrestres, comme les
chiens, les chats, l'Elan du
Bresil, & dans quantité
d'oiseaux dont la glotte
estouverte & fermée par
des muscles: car lemuscle fermeur de la glotte
venant à se raccourcir, ap*
proche les portiers l'un de
l'autre & de son milieu, ce
qui bande ses cordons, parce que ces portiers estant
posez sur la circonférence
de l'anneau, & les deux
cordons qu'ils tirent estant
attachez à la partie opposée diametralement du ca.
nal du larinxil est bien evh
dent qu'on ne sçauroit approcher les portiers du diamettre de ce canal sans en
mesme temps allonger ces
cordons, ( comme Euclide
lademontré) & sans estendre aussi les deux membranesqu'ils bordent, & qui
couvrant ce canal, forment
la glotte. Ainsi la voix ou la
parole est obligée de monter par l'acceleration des
tremblements de ces cordons ,& elle s'affoiblit en
mesme temps,par le jet d'air
quisort de la glotte, lequel
est
est d'autant plus gresle
qu'elle est plus rétrecie.
Maissi l'on veut augmenter au contraire laforce de la voix sans l'eslever
il ne faut que pouffer une
plus grande quantité d'air
de la poitrine,& ouvrir un
peu les portiers de la glotte,
en bandant les dilatateurs
grands ou petits, & relaschant à proportion le Fermeur,afin que les cordons
ne soient pas plustenduspar
l'augmentation de la quantité de l'air qui passe entre
eux qu'ilsl'estoient en pre-
micrlieu: parcemoyen cet
air passant en plus grande
quantité par la glotte produira un son plus fortsans
estre cependant plus estevé
; au lieu que si les cordons n'avoient point esté
relaschez, la voix auroit
monté
,
en mesme temps
qu'elle feroit devenuë plus
forte1, comme dansles oiseauxaquatiques. Je dis
de plus que les Applatifseursdu larinx doivent aussi entrer en contraction,
afin de faciliter touvenure de la glotte, & tenir en
mesme temps les deux
membranes tenduës, comme nous l'avons dit. Si l'on
veut outre cela que la voix
monte à mesure qu'elle devient plus forte
;
alors les
Eleveursdu larinx doivent
le tirer en haut,afinde présenter la glotte à l'entrée
de la bouche, pour que l'air
qui en fort allant frapper
contre toutes ses parties solides, comme le palais, &
les dents,&c. y
fouffredes
réflexions,s'y brise& y
augmenta la force de son
ressort,comme nous l'avons
dit de l'entonnoir, & de la
caisse de l'oreille, & afin
aussi que le canal exterieur
composé de la bouche & de
son entonnoir, lequel s'estend jurqu'au larinx & que -
l'on nomme le creux, ou le
port de voix) estant par là
plus racourci, la voix en
devienne plus eslevée,comme)1 arrive dans les flutes,
hautbois
,
flageolets, &c.
Enfin la membrane charnuë ou le muscle qui lie les
croissansdu corps du gosier
,
doit aussiroidir les-fibres circulaires, afin de ré-
trecir tout ce corps, & de
donner plus de rapidité à
l'air qui couleau dedans,
sans quoy l'effort du diaphragme deviendroit inutile. Ainsi l'on voit que pour
produire cet effet la pluspart des muscles font en
action
; car la voix devant
durer quelque temps sur un
mesme degré, il faut necet:
sairement que tous les muscles antagonistes soient
contrebandez, c'est-à-dire,
que les Abaisseurs du gofier le soient contre les Eleveurs
,
& que ses Dilata-*
teurs le soient contre le Fermeur, aussi bien que le diaphragme; sans quoy la glotte se sersieroit)&s'efleveroit en mesme temps, aussi toit que le Fermeur & les
Eleveursagiroient
,
& ne
demeureroit pas dans un
mesme estat, mais le son,
hausseroit ôc. deviendroit
plus foible en mesme
tems.
Mais si l'on veut que la
voix augmente encore de
force & descende ou grossisse en mesme temps, il
faut relascher davantage le
-
Fermeur, & par ce moyen
les cordons & les lèvres de
la glotte, bander davantage les Dilatateurs de la
glotte, & les Applatisseurs
du larinx
,
& pousser l'air
avec plus d'effort: car cet
air ouvrira & arrondira davantage le corps du gosier,
& fera un jet plus gros,
plus solide
,
& par consequent plus capable d'ébranler tout l'airenvironnant,
- ce que ne pouvant faire sans
tendre les cordons de la
glotte, il est évident qu'il
faut donc d'ailleurs les re-
lascher. Il faut de plus que
les Déprimeurs du larinx
seroidissent,&l'emportent
sur ses Eleveurs,afinde donner lieu à l'air qui passe par
le corps du gosier de l'enfler, & d'y couler par consequens avec moins de rapidité, quoy qu'en plus
grande quantité, ce qui formera dans la glotte un jet
plus fort, quoyque d'un son
moins eslevé. Il arrivera
de plusde cet abbaissement
du gosier
,
que le creux,
ou port de voix, ou l'entonnoir en deviendra plus
profond à mesure qu'il s'élargira
,
ce qui rendra encore la voix plus masculine,
& plus baffe. Se fera tout
le contraire lorsqu'on voudra que la voix devienne
plus foible, à mesure qu'elle baissera
,
comme dans
l'estas le plus ordinaire. Car
le diaphragme pouffant
moins d'air de la poitrine,
la glotte pourra se rétressir,
& par consequent le Dilatateur & l'Aplatisseur se relascher à proportion; en
telle sorte que le peu d'air
qui passera par la glotte, y
coulera lentement, & y excitera des fremissements
lents,c'est- dire un son
grave & foible
,
ce qui se
perfectionnera encore par
l'élargissement & l'abbaissement du gosier, & par Fa"
longement de son creux,
comme on vient de l'expliquer, cette acttion estant
en partie opposée à la précedente & plus simple, que
si la glotte s'ouvroit par raaion du Dilatateur & de
l'Aplatisseur: ce qui fait
voir que les différentes modifications de la voix con-
latentdansun combat entre le diaphragme & les
muscles du gosier.
8. C'est la mesme chose
pour la parole que pour la
voix
,
excepté feulement
que la parole est une voix
pluscourte l3) plus unie.
Ilya cependant biendes
nations comme les Normans3 les Gascons
,
mais
principalement les Chinois, dont la paroleestun
veritable chant; & le systeme enharmonique des
Grecs, n'estoit inventé que
pour noter leur déclama-
tion qui estoit un vray
chant. Lors qu'on dit que
l'on reconnoistun homme
à la voix, ou quand on commande d'obéir à sa voix, on
entend non le chant d'un
homme maissa parole, tant
il est vray que ces deux
choses considerées en ellesmesmes ne font qu'une
mesme chose. Mais les gradations de la parole sont
différences de celles de la
voix, comme estant regléees par un autreorgane,
sçavoir le limaçon; au lieu
que la voix est guidée par
lelabyrinthe, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille;c'e stce quifait que
la parole reçoit toutes sortes de gradations à l'infini,
de mesmeque le chant des
Chinois; au lieu que le
chant desOccidentaux, ôc
mesme celuy des Arabes,
des Perses, &c. a
des gradations choisies
,
comme
nous le dirons dans la Me*
lodie qui doit suivre ce Mémoire. Ce qui nous convainc encore que la parole
& la voix s0nt formées par
lçs mesmesorganes
,
du
-
moins dans la pluspart des.
hommes, c'est que si Ion
donac-tquelque teneur ou
durée à ses paroles, elles
deviennent une veritable
voix, comme chacun peut
l'éprouver; desorte que des
paroles qui ont chacune
une durée sensible,sans gradation,ou avec des gradations mélodieuses,nedif- -
ferent en rien d'une voix.
Il faut cependant avouër
que ceux qui ont appris à
chanteri,méfientAc%orne^
mens
mesme dans chaque
ton, commede pousser leur
voix, par diminutions, par
accroissemens, par ondes,
&c. qui ne se trouvent pas
dans les voix unies ny dans
la parole. Mais au resteces
differences aussibien que
les gradations font tousjours accidentelles,&nempeschent pas que le son de
la parole, & celuy de la voix
ne soient le plus fouventy
le mesmeson
,
& formez
par les mesmesorganes. On
peut s'en convaincre encore en considerant que les
accidens de la voix sont
communs aussi à la parole.
Si la voix est(par exemple )
enroüée, ou cassée, ou nazarde, ou cornante, ou glapissante,&c. la parole l'est
aussi. DesortequeIon peut
pour l'ordinaire aisément
juger du son de la voix d'un
homme en l'entendant seulement parler.
-
Quant au degré de la parolepar rapportà la voix,
il est ordinairementau milieu desonestenduë,qui est
l'estat où les Eleveurs du
larinxonttoute leur extension, si ce n'estlors quon
ell enroüé; car alors les Dilatateurs
lacateurs de la glotte.la tenant plus ouverte qu'à l'ordinaire par leur gonflement )
la voix en devient
plus grosse& plus basse,&
quelquefois si basse qu'elle
s'éteint tout- à fait, à moins
qu'on ri'arrose le Fermeur
de quelque eaustiptique,qui
le gonflant à son tour fasse
rétrécir la glotte, & rende
la parole,ce qui ne peut pas
durer long
-
temps. Il y a
des personnes dont la voix
est beaucoup plus agréable
quela parole, parce que les
Eleveurs du larinx sont plus
longs chez eux que dans
l'estat ordinaire, cequi fait
que toute l'estenduë de leur
voix est presque au dessus
de celle de leur parole, &
que leur voix est nette, claire& éclatante, tandis que
leur voix peut estrebasse
,
rude,chevrotante, &c. mais
c'est un cas extraordinaire.
Enfin il y en a
dont lavoix
estfausse, c'est-à-dirènaturellement diflbnantc,quoique leur parole foit agréable, & pathétique. Gélaft
trouve en deux personnes
qui me sont très-proches
parentes, lesquelles ont le
son de la voix & de la parole fort beau, & le patetique
bon, quoy qu'elles n'ayent
pû jamais apprendre à entonner juste aucun air, ce
qui me confirme encore
que le patetique de la pa..
role n'est pas reglé par le
mesme organe de l'oreille,
que les gradations de la
voix, puisque l'un peut-estre juste tandis que cellescy font fausses.
- 9. Il faut au refiercmar.
quer qu'il
y a
deux fortes de
voix dansles hommes, dans
les femmes, & dans les en- fants, donc l'une s'appelle
voix naturelle, parce qu'elle est la mesme que le son
de la parole; & l'autre se
nomme le fausset,principalement en parlant de
l'homme fait, dans quielle
est ordinairement plus deagréable, que la voix naturelle, au contraire des femmes & des enfans.Cefausset a
presque toute son cftendueau dessus dela voix
naturelle;,,n'ayant qut quatre ou cinq tons plus bas
-que les plus hauts de celles
cy. Au relie ces deux voix
se forment par des instruments differents,Comme on
le sent lors qu'on passe de
l'une à l'autre, ce qui ne
sçauroit se faire sans une
espece de repos & d'attention particulière,&mesme
sans quelque violence &
quelque fausseté,àcause du
changement demuscles. Il
faut donc considerer que
tandis que la voix naturelle
monte depuis son ton le
plus bas jusques proche de
son plus haut, cestà-dire
parl'cftenduç d'une pouzié-
me environ; il n'y a que le
grand Dilatateur de laglotte qui foie en contraction
avec le Fermeur, le petit
estant relasche pendant
tout ce temps, à cause de
Tecartement des deux portiers l'un del'autre. Mais
quand la voix
-
est arriver
dansses tons les plus hauts
,
le petit Dilatateur corn?
mence a
estre tèndu)ôc
devient capable d'entreren
contraction avec le Fermeur, le grand Dilatateur
estant alors au bout de son
aâion,te pouvant seule-
ment prester comme une
corde qu'on allonge. Deforte que si le Fermeur continuë de se contracter, &
que le petit Dilatateur seroidisse
)
leur combat produira alors la voix de Fausset,qui pourra contenir encore beaucoupde tons,c'est
à dire quelquefois une douzième. Mais il est évident
que cettevoix doit estre
très gresle &tres- eslevée,
parce que la glotte est alors
très-serrée,&que ses cor-
@d'Dn'S*'&! membranes sont
extrêmement tendus.
vn
Quand au contraire le petit
Dilatateur s'est gonflé autant qu'il a pu pour rouvrirla glotte, & que la voix
de Fausset a
descendu
jusques à son ton le plus bas,
le grand Dilatateur peut se
gonfler , à son tour, & mesme un peu auparavant; &
la voix naturelle commencer à se former dans ses tons
les plus hauts pour descendre delà jusques, dans ses
plusbas. Jay connu plusieursChantres qui possedoient,ces deuxfortesde
voix presque également
bien.
bien. Les femmes & lesensans affectent de se servir
de la voix de fausset, comme convenant mieux à leur
d~licateffe ou à leur â
~e ,.
delicateffe ou à leur à,le,
& comme estant plus tendre & plusflexible, leur gosier ne pouvant pas s'estendre assez pour pratiquer la
voix naturelle dans uneestenduë suffisante
10. Mais lorsque le go:"
fier des jeunes homm s
s'est accreu & dilatéjusques
à un certain point; par l'accroissement de l'âge,le Fermeur de la glotte ne peut
plusla fermer alorssuffisamment, ny bander assez ses
Dilatateurs pour entonner
sa voix haute; c'est pourquoy on est obligé d'abandonner pour l'ordinaire le
Fausset,&de s'entenirà la
voix naturelle. qui devient
alors une Hautecontre, ou
uneTaille pour le reste de
lavie,& c'estce qu'onappelle la Muance; siau contraire le jeune homme entonnoit sa voix naturelle
avant la Muance; aprés
qu'i) a mué il ne sçauroit
pl41 ertfonner que rO£tajJ
ve basse de cette voix naturelle, quiestalors àl'unisson destailles,destailles baP
ses, ou des bassescontres, ce
qui se fait toujours cependant avec les mesmes muscles. Maisilluy reste encore un
Faussetquiestlemesme qu'avant la muance ,
c'est à-dire, toujours tresdur, & tres-aigre dans ces
fortes de gosiers.
II. Enfin quant aux cadences ou tremblements,
tant en montant qu'en dcC.
cendant, on sçait qu'elles se
font en répétant tres- prom-
ptement deux fons esloignez l'un de l'autre d'un ton,
d'un demy ton,ou d'une
dieze
,
soit en montan,soit
en descendant;ainsi la glotte s'ouvre & se ferme alors
successivement
,
quoyque
presque insensiblement par
le combat du muscle fermeur, & du grand, ou du
petit Dilatateur;outrecela
les muscles Eleveurs & Deprimeurs du gosier entrent
aussi en combat entre eux,
ce que l'on sent mesme en
portant le doigt sur le nœud
de la gorge: & il ne faut pas
douter que l'Aplatisseur
,
le -
diaphragme
,
& les autres
musclesdu gosier, & mesme
de la poitrine ne soient alors
en combat les uns contre
les autres pour enfanter ces
filles de laMelodie. EXTRA
musique
,
ou lesmerveilles de la Trachée
artere,tirées des observations desplus habiles Anatomistes, f5 de
l'anatomiecomparée.
L'Organe de la voix ou
de la parole est le gosier,
nommé par les Anatomie:
tes âpre ou trachéeartere,
pour le distinguer du go.
iiêr par où passent les alimens qu'ils appellent l'éso-
phage, & qu'on peut à eause de cela nommer en françois le passage des vivres.
Le gosier ou trachée artere
est composé de quarante
quatre parties qui fervent
à former la voix, sçavoir
de vingt six cartilages osseux, de douze muscles, de
trois especes de membranes
,
& de trois especes de
nerfs, sanscompter les arteres, les veines, les glandes, & autres parties qui
entrent encore dans sa
composition. Toutes ces
quarante quatre parties ont
leurs usages par rapport à
la voix, qu'il s'agit d'expliquer
,
c'est à-dire, de reduire aux regles de la mechanique & de la musique.
Nous appellons osseux les
vingt-six cartilages, parcequ'ils tiennent effectivement de la nature de l'os,
puisqu'ils contiennent tous
une espece de moëlle dans
le milieu de leur substance,
& qu'ils deviennent mesme des os parfaits dans
beaucoup de vieillards. Il
faut encore joindre à ces
quarante quatre organes le
diaphragme qui est un des
principaux instruments de
la voix, ce qui fait au moins
quarante cinq organes en
tout.
I. On a
de coustume de
distinguer le gosier en deux
partiesprincipales,quisont
a teste
,
nommée par les
Anatomistes, larinx
,
en
françois siffletou cornet,
& le corps du gosier. Ce
corps est un canal plus que
demy circulaire, dont la
convexité est tournée du
poflx du visage, & qui commençant à l'entrée des pou-
mons, monte le long du
passage des vivres sur lequel il est couché & applique par sa base. Il est composé ordinairement de
vingt un cartilages formez
chacun comme un grand
croissant
,
& qui sont fermez du costé de leur bafe
par une membrane musculeuse,laquelle regnant tout
le long de ce canal ,forme
cette base que je nomme
le MurcIe posterieur. Ces
cartilages sont liez les uns
aux autres par les fibres
longitudinaires de cette
membranemusculeuse,qui
s'inserent entre chacun
d'eux, &s'y attachent dans
tout leur contour. Par ce
moyen les fibres circulaires
de la mesme membrane,
qui traversent ces premiers
angles droits, se gonflant,
& se racourcissant par l'arrivée des esprits, ferment
ces anneaux ,& retrecissent la capacité du gosier;
& lorsque les fibres longitudinaires se gonflent & se
racourcissent, le canal en
est en mesme temps racourci
;
desorte que si l'on
souffle alors le vent sort
hors la poitrine avec effort,
ce canal s'enfle considerablement, le ressort des mes.
mes anneaux contribuë aussi à les dilater. Mais ce
racourcissement se fait encore parune autre membrane tendineuse qui tapisse intérieurement le
corps du gosier, & dont les
fibres longitudinaires qui
attachent intérieurement,
les mesmes anneaux pu
croiffans les uns aux autres,
les rapprochent les uns des
autres en se racourcissant
par leur ressort
,
quand le
gosier a
ététiré selon sa
longueur, & laissé ensuite
en liberté. :,
,
2. La teste du gosier ou le larinx
,
ou cornet
,
est
composée de cinq cartilages osseux comme les précedens, dent le plussolide
ala forme de l'embouchoir
d'une flute douce ou à bec,
coupé perpendiculaire
ment à sa longueur après
en avoir osté le tampon;
c'està dire que c'est une
espece d'anneau à tirer de
l'arc beaucoup plus large
dans une partie de son
corps que dansla partie opposée, aussi l'appelle-t'on
l'anneau. Le haut du corps
du gosier est joint avec le
bas de cet anneau par des
ligaments particuliers en
telle forte que la partie large de l'anneau est rootnée
vers le derriere de la teste
,
& posée sur l'esophage, &
la partie vuide & anterieure du mesme anneau est
recouverte par un second
cartilage nommé l'écu &
le bouclier
,
qui ressemble
assez à une cuirasse de fer,
estant voutéde mesme par
le devant. Ce cartilage ou
l'écu estant applari auroit
la figure d'un tra peze donc
la plus grande baze seroit
tournée en haut. Ilestfortement adherent au corps
de l'anneau par des ligaments propres; il s'esleve
mesme plus haut pour s'aller attacher parfesdeux angles ou cornes superieurcs
aux deux cornes de l'os de
la langue, appelle Joïde,
lequel tient par ce moyen
tout le gosier de l'homme
suspendu dans une situation
verticale.C'est cette partie voutée dumilieu de ré.
cu qu'on appelle le nœud
de la gorge
,
d'autres disent la pomme d'Adam,
au dessous duquel nœud on
sent en tastant avec les
doigts le bord estroit de
l'anneau. Par ce moyen
l'anneau &l'écuforment
ensemble le canal rond de
lateste du gosier,lequel
canal a
huit ou neuf lignes
de diamettre dans un homme fait. Ce canal est recouvert par le haut de deux
membranes fort épaisses,
& presque semicirculaires,
attachées horizontalement
par leur circonference exterieure dans son contour
interieur. Ces deux membranes laissent entre leurs
bords intérieurs terminez
chacun par un cordon solidetendineux, une ouverture triangulaire isocele appellée la glotte ou
la bouche du gosier dont
la pointe se termine au milieu du dedans de l'écu,
dans l'endroit où ces deux
membranes qu'on nomme
les lèvres de la glotte se
réunissent, & donc la base
est située sur !c bord large
de l'anneau, oùil y a
deux
petits cartilages triangulaires osseux attachez par leur
base sur le mesme bord,
environ àune ligne l'un de
l'autre. On les nomme guttauxou becs, à cause de
leur figure pointuë
;
c'est
apparemment eux qui ont
donné le nom au gosier.
Les deux bouts de ces deux
cordons font collez chacun à la base d'un de ces
deux osselets. Et ily a
des
Autheurs qui prétendent
que ces deux cordons,&
mesmeleurs membranes
font des muscles, mais cela ne m'a paru ainsi
,
on
verra dans la fuite que ce
font principalement ces
deux membranes & leurs
cordons qui forment la
voix ou la parole ,& ces
deux osselets qui la modifient en les approchant ou
écartant l'un de l'autre,
ainsi on peut les nommer
les portiers de laglotte. Enfin cette sente, bouche ou
glotte est recouverte par
un couvercle ou clapet car-
tilagineux de forme triangulaire, un peu arrondi par
la pointe, nommé à cause
de cela l'epiglotte, comme
qui diroit le couvercle de
la glotte. L'epiglotte tient
interieurement parsa base
irl'écu proche le milieu de
son bord superieur au dessus de la glotte, ensorte que
le vent souffléde la poitrine
par la glotte, ouvre cette
porte pour sortir, par la
bouche, & celuy que l'on
respire joint au poids de
cette glotte,la referme dans
l'homme. Mais danslesanir.
maux à quatre pieds qui
ont presque tousjours la
teste baissée, & dont la glotteest très spacieuse
,
& l'épiglotte plus pesante
,
la
nature a
esté obligée de
luy donner des muscles particuliers pour l'ouvrir &
la fermer, de crainte que
les alimens n'encrassent par
la glotte pendant la respiration.
3. Dans les oiseaux aquatiques comme les canards,
gruës,oyes,macreuses, &c.
qui retirent continuellement de l'eau, de l'air, &
- de
de la vasemeslez ensemble, ( ce qu'on appelle
communément barboter,)
la nature prévoyance a
situé
le principal organe de leur
voix au bas de leur gosier
au dedans de leur poitrine,
ensorte que dans plusieurs
il est caché mesme dans la
substance du poumon. De
plus cet organe est double,
car du costé gauche du
corps du gosier cest un anneau osseux semicirculaire
-
beaucoup plus large, plus
solide
,
& plus ample que
les autres,ayant à sa base
une fente percée du devant.
au derriere,dont les lévres
font membraneuses. A cette fente,s'abouche la branche gauche de l'Apre artere qui se répand, dans le
poumon; desorte qu'en
soufflant par cette branche,
le vent qui fort par cette
fente ou glotte inférieure,
& par celle qui est outre
cela au haut du larinx à la
racine de la langue
,
rend
un son enroüé
,
que les paysans nomment ( pire) &
qui est le chant ordinaire
avec lequel ces oiseaux s'ap-
pellent de près; mais du
costé droit la nature a
joint
à
ce demi anneau osseux un
veritable sifflet rond, osfeux semblable en quelque
façon aux sifflets de terre
donc les enfans contrefont
les Rossignols. Ce sifflet
tres-dur en dehors, est rapissé en dedans d'un cartilage fort épais, ayant deux
bouches, dont la su perieure s'ouvre dans le bas du
corps du gosier par son cosséJ & l'inférieure respond
dans le lobe du poumon
droit par la branchedroi-
te de l'âpre artere
,
estant
presque en tout semblable
à la bouche ou glotte qui
est du costé droit. le vent
soufflé avec violence par
cette branche droite frappant l'interieur de ce siffier,
rend un sontres-fort par la
glotte superieure ,lequel
les paysans appellent (can)
& de crainte que ce vent
ne rentre danslelobe gauche, la nature a
separé la
bafe du corps du gosier en
cet endroit par un cartilage
osseux qui sertde guideaux
deux airs, qui sortent des
poumons, & qu'on appek
le le coûtre. Ce vent qui
vient du sifflet entrant avec
rapidité dans lescavitez
que ces oiseaux ont au palais en plus grande quantite que les autres oiseaux
,
plus grandes,& plus profondes,y prend un sonnazard qui s'y augmente
merveilleusement. C'est ar,
vecce son nazard qu'ils
appellent leurs camarades
qui sont fortesloignez
d'eux. Il faut dé plus remarquer que les cartilages
du corps du goder de ces
fortes d'oiseaux sont des
cercles presque entiers enchassezquelquefois les uns
dans les autres, pour avoir
plus de solidité; & ceux au
contraire de ses branches
quise répandent dans les
poumons font des cercles
plus imparfaits, avec une
membrane charnuë qui les
lie à peu près comma le
corps du gosier dans l'homme.
4. A l'égard des autres
muscles du gosier, qui dans
l'homme font au nombre
de onze, ils sont tous atta-)
chez à sa teste ou larinx
;
sçavoir deux qui fervent à
la tirer en bas, sont attachez chacun d'un bout au
bord inférieur de l'ecu des
deux costez de son nœud
ou milieu, & de l'autre
bout au haut du poitral
,
ces
muscles donnent encore
lieu au gosier de s'enfler
davantage par cet abbaissement, & aidentl'action
de sa membrane musculeuse posterieure, & de sa
membrane tendineuse intérieure
,
on peut à cause de
cela les nommer les depri-
meurs du gosier. En abbaissant aussi lateste du gofier ils facilitent la déglution,& garantissent la cheute des alimens dans la glotte. La teste du gosier est
retirée en haut, & en mesme temps suspenduë par
deux autres muscles attachez d'un bout aux deux
costez du noeud de l'écu
vers son milieu parle devant, sçavoir au dessus des
précédents, & par l'autre
b out aumesme os de la langue dont on a
parlécy devant, Ces deux muscles au
reste
reste n'ont que deux pouces de longueur. Ils lér-'
vent aussi à faire allonger
lecorps du gosier lorsqu'ils
viennent à se raccourcir,
& de plus en tirant la teste
du gosier en haut, ils facilitent la respiration, & présentent laglotte à la bouche pour faire davantage
éclater la voix;On peuc
donc les nommer les Elc^
veurs du larinx.
f'
;
Déplus l'ecu est comme
ouvert en dehors ou appla-
¡,. ti par une troisiéme paire
f' de muscle
,
qui partant du
bord estroit ôcinférieur de
l'anneau au devant de la
gorge, vont s'atracher
aux deux angles de la base inferieure de l'écu à
droite & à gauche. Car
il est évident que ces muscles en se raccourcissantretirent par ce moyen les ailes de l'écu en dehors, comme pour le rendre moins
vouté, mais ce n'est effectivement que pour attirer la
partie posterieure de la ted
te du gosier vers son anterieure,c'est à dire pourl'applatir un peu du devant en
derriere
,
& l'allonger en
mesme ,
temps d'autant vers
les deux costez, ou en un
mot pour rendre sa cavité
ovale, afin de rendre la double membrane qui compose
la glotte, laquelle sans cela
demeureroit lasche & ridée
lorsque la glotte est fore
ouverte, ce qui causeroit un
son bas & tremblant. Et
afinaussi que les deux lévres de la glotte ou ses
deux cordons puissent plus
aisément estre écartées l'un
del'autre par les muscles
destinez à cet effet donc
nous allons parler. Onpeut
donc nommer cetre troisiéme paire de muscles les
Applatisseurs du larinx. Ces
trois premieres paires qu'-
on appelle ordinairement
exterieurs par rapportà récit
,
pourroient encore
mieux estre nommez antérieurs, parce qu'ils sont situez ducollet duvirage,par
rapport aux cinq dont nous
allons parler, qui sontplacez sur le partage des vivres vers le derriere du col,
& qu'on pourroit nommer
a cause de cela posterieurs
aussi bien qu'interieurs par
rapport à l'ecu, mais ces
denominations ne regardant que l'anatomiste
,
&
nullement le musicien ( si
ce n'est tout au plus pour
s'orienter,) nous passerons
maintenant à la description
& aux usages de ces derniers. La quatrième paire
de muscles part donc des
deux costez de la partie large, & posterieure de l'anneau en dehors, & va s'attacher à la bafe des deux
portiers de la glotte, sçavoir proche les angles de
cette bafe les plus esloignez
du milieu de la glotte
,
&
cela après avoir passé derriere deux petites éminences de la partie large de
l'anneau qui leur fervent
comme de poulies de retour, afin de leur donner
à chacun un plus grand
jeu dans leur raccourcissement, & une direction plus
propre à écarrer ces portiers l'un de l'autre en les
faisantglisser sur le bord de
l'anneau. On peutappeller
cette paire les grands Dilatateurs de la glotte parrap-
port a une cinquiéme paire
beaucoup plus courte &
plus gresle, qui partant des
deux costez de la mesme
partie de l'anneau fous l'écuà costé des deux précedents, mais plus loin du milieu de l'anneau, va s'attacher aux mesmes portiers
joignantles deux précedents à l'anglemesme de
leur base; par ce moyen la
direction de ces derniers
muscles est encore plus propre à écarter les deux portiers l'un de l'autre, mais
avec un moindre jeu que les
deux précedents; c'est pour
cela qu'on nommera cette
cinquiéme paire les petits
Dilatateurs de la glotte. ERfin l'onziéme muscle du larinx qui est le douziéme de
tout le gosier,lie exterieurement les deux portiers l'un
à l'autre parleur base,afin
de pouvoir en se gonflant
6c se racourciffant les approcherl'un vers l'autre,&
fermer en mesme temps les
cordons de la glotte. Gn
peut donc le nommer l'Adducteur des cordons ou:des
lévres delaglotte,ausil'oi>
veut tout d'un coup le Fer-
-
meurde la glotte. Plusieurs anatomistes habiles
veulent que cederniermuscle foit encore double comme les précedents
; mais la
chosenema pas paru ainsi.
Il y a
donc treize muscles
quifervent à la formation
-
de la voix en y comprenant le diaphragme donc
on parlera cy-a prés.
5. A l'égard des nerfs du
larinx il y en a
de trois sortes,sçavoirune branche de
la quatriéme paire qui envoye un rameau à toreilla
& l'autre à la langue, une
de la septiéme paire qui en
fait autant, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille, dansle Mercure de
Paris du mois de Janvier
1712.&qui de plusenvoye
un rameau à la racine des
dents; & enfin une bran**
che de la cinquiéme paire
du nerfrecurrent, qui après
s'estre entortillée autour de
l'aorte descendante, monte au gosier, ou elle distribuë, des rameaux à son
corps&àsateste. Une pareille branche du mesme
nerf fait la mesme chose
aprés s'estre contournée
autour de l'artereaxillaire
droite, & ces deux branches envoyent en mesme
temps des rameaux au
cœur. De plus ces deux dernieres paires, aprés s'estre
unies, envoyent encore des
rameaux à la langue & aux
oreilles. Par le moyen de
ces nerfs l'animal entre en
action pour crier, & se deffendre en mesme temps
,
ou pour fuir selon l'occasion; pour exprimer sa joye,
son admiration, sa douleur,,
& toutes ses autres passions.
Ce nerf dela huitiéme paire estant coupé, l'animal
cesse dans le moment de
crier, ce qui marque en general que les nerfs font
toute l'action des animaux;
&en particulier que c'est
celuy-cy qui sert à former
le cri de la voix en se distribuant dans les muscles
du larinx, sans que l'oreille
y ait part, comme ilarrive à tous les sourds & muets
lorsqu'ils sont agitez de
quelque passion.
6, Quant à
laformation
de la voix il y a
des Anatol"-
missesouPhysiciens qui
ont dit que la glotte en estoit l'organe
,
d'autres les
muscles du larinx; & enfin
les autres le corps mesme
du gosier ; & tous ensemble ont raison
; car le corps
du gosier contribuë à la
voix,en foumissant l'air qui
en fait le son
;
les lévres&
cordons de la glotte contre
lesquels cet air se brise, forment ce sonpar leurs tremblements
,
& les muscles
qui servent à serrer ou à
écarter ces mesmes cor-
dons & leurs membranes
l'une de l'autre, & à étendre ces mesmes membranes
,
forment le degré
,
la
force, & la netteté de ce
son. A quoy l'on doit encore adjouster les muscles
de la poitrine, principalement le diaphragme, qui
pressant les poumons(à peu
près comme un berber
presse sa musette avec son
bras, ou comme un preneur de cailles presse son
apeau) fournissent au gofier l'air qui forme la parole & la voix. Voila donc
au moins quarante cinq instrumens qui fervent à former la voix.
Mais pour expliquer
maintenant cette formation dans le détail qu'elle
demande,il faut remarquer
que la voix de l'homme n'a
pas feulement besoin de
monter & dedescendre par
differents intervalles
,
loic
pour chanter, pour appeller, pour crier ou pour exprimer ses différentes passions; mais elle a
besoinencore d'estre plus forte ou
plus foible en
-
chaque dé-
gréde son, afin de se faire
entendre à differentes distances, ou pour varier son
chant 6c ses paroles selon
le besoin: ainsielle doit devenir quelquefois plus foible en montant
,
ôc plus
forteen descendant
,
ou
tout au contraire. Or le vent
poussé au travers de laglot-
.te.) soit dedans en dehors,
(ou mesme. de dehors en
dedans)forme lesonde la
voix, le bruit de la parole,
les cris, les éclats, les sanglots, &c.selon que ce bruit
estplus longou plus court,
plus
plus fort ou plus foible
,
comme nous l'avons dit
dans le Mercure cité cydessus
; & cela en faisant
trembler les deux membranes de la glotte, mais principalement ses deux cordons qui sont tousjours entretenus dans un certain
estat de tension ou de ressort, tant par leur solidité
particuliere,que par le mue.
cle fermeur
,
qui tire les
deux portiers l'un vers l'autre; & cet air devient son
en se brisant contre ces
mesmes cordon,de la mes-
me maniere que l'air pressé
au travers des lévres de la
bouche devient un fifllement qui estune espece de
son en les faisant trembler,
ou si l'on veut comme le
vent chassé violemment à
travers la fente d'un chasEs décolé en quelque endroit, y
forme unson qui
imite fort la voix humaine
par les tremblements qu'il
luy cause
; ou enfin encore
comme l'air pouffé au travers une fente faite au costé d'un roseau ouvert par
un bout,& fermé par l'au,
tre, lorsqu'on souffle par le
bout ouvert; car cet air ne
pouvant passer par cette
fente sans en écarter les lévres, les met en ressort, &
leur combat mutuel forme
des vibrations dans l'air environnant, dans lesquelles
consiste le [on, & ce son
imiteroit encore plus parfaitement la voix humaine
si l'on avoit foin d'arrondir
un peu ces deux lévres
,
à
peu près comme les bords
de la glotte. Au reste le
chassis bruyant,& les firingues ou roseaux des An-
ciens n'imitent encore la
voix humaine qu'imparfaitement, en ce que leur son
ne monte jamais, qu'il nc,\
devienne en mesme temps
plus fort, & qu'il descend
tousjours à mesurequ'il
s'affoibltr. Car ce son ne
monte, que par l'acceleration de ses vibrations, laquelle ne vient que de la
force de l'air qui est poussépar la fente; au contraire
lorsque cet air passe plus.
lentement
,
ses vibrations
devenant plus lentes, le son
baisse enmesmetemps. La.
mesme chose arrive à quantité d'oiseaux dont la glotte
n'est ouverte ou fermée que
par l'air qui passe au travers, particulièrement aux
oiseaux aquatiques donc
nous avons parlécy -devant, & dont la voix se forme au travers de leurs glotte
,
comme le son à travers la fente d'un chassis
bruyant, ou d'une siringue,
& non pas par le jeu d'aucuns muscles.C'est cequ'on
entend tous les jours sur les
estangs où il y a
des canards lorsqu'il en passe
d'autres en l'air au détins
d'eux, car ils les appellent
en eslevant d'abord leurs
ailes afin d'enflerleurs poumons
,
& planant ensuite
fortement pour en chasser
l'air avec violence, ce qui
esleve extremement leur
voix,& forme un cancan treséclattant,lequel baisse peu h,
,
peu à mesure que leur poitrine se vuide d'air;les coqs
font à peu près la mesme
chose avant de chanter.
7. Il n'en est pas de mesme dans l'homme, & mesme dans plusieurs animaux
terrestres, comme les
chiens, les chats, l'Elan du
Bresil, & dans quantité
d'oiseaux dont la glotte
estouverte & fermée par
des muscles: car lemuscle fermeur de la glotte
venant à se raccourcir, ap*
proche les portiers l'un de
l'autre & de son milieu, ce
qui bande ses cordons, parce que ces portiers estant
posez sur la circonférence
de l'anneau, & les deux
cordons qu'ils tirent estant
attachez à la partie opposée diametralement du ca.
nal du larinxil est bien evh
dent qu'on ne sçauroit approcher les portiers du diamettre de ce canal sans en
mesme temps allonger ces
cordons, ( comme Euclide
lademontré) & sans estendre aussi les deux membranesqu'ils bordent, & qui
couvrant ce canal, forment
la glotte. Ainsi la voix ou la
parole est obligée de monter par l'acceleration des
tremblements de ces cordons ,& elle s'affoiblit en
mesme temps,par le jet d'air
quisort de la glotte, lequel
est
est d'autant plus gresle
qu'elle est plus rétrecie.
Maissi l'on veut augmenter au contraire laforce de la voix sans l'eslever
il ne faut que pouffer une
plus grande quantité d'air
de la poitrine,& ouvrir un
peu les portiers de la glotte,
en bandant les dilatateurs
grands ou petits, & relaschant à proportion le Fermeur,afin que les cordons
ne soient pas plustenduspar
l'augmentation de la quantité de l'air qui passe entre
eux qu'ilsl'estoient en pre-
micrlieu: parcemoyen cet
air passant en plus grande
quantité par la glotte produira un son plus fortsans
estre cependant plus estevé
; au lieu que si les cordons n'avoient point esté
relaschez, la voix auroit
monté
,
en mesme temps
qu'elle feroit devenuë plus
forte1, comme dansles oiseauxaquatiques. Je dis
de plus que les Applatifseursdu larinx doivent aussi entrer en contraction,
afin de faciliter touvenure de la glotte, & tenir en
mesme temps les deux
membranes tenduës, comme nous l'avons dit. Si l'on
veut outre cela que la voix
monte à mesure qu'elle devient plus forte
;
alors les
Eleveursdu larinx doivent
le tirer en haut,afinde présenter la glotte à l'entrée
de la bouche, pour que l'air
qui en fort allant frapper
contre toutes ses parties solides, comme le palais, &
les dents,&c. y
fouffredes
réflexions,s'y brise& y
augmenta la force de son
ressort,comme nous l'avons
dit de l'entonnoir, & de la
caisse de l'oreille, & afin
aussi que le canal exterieur
composé de la bouche & de
son entonnoir, lequel s'estend jurqu'au larinx & que -
l'on nomme le creux, ou le
port de voix) estant par là
plus racourci, la voix en
devienne plus eslevée,comme)1 arrive dans les flutes,
hautbois
,
flageolets, &c.
Enfin la membrane charnuë ou le muscle qui lie les
croissansdu corps du gosier
,
doit aussiroidir les-fibres circulaires, afin de ré-
trecir tout ce corps, & de
donner plus de rapidité à
l'air qui couleau dedans,
sans quoy l'effort du diaphragme deviendroit inutile. Ainsi l'on voit que pour
produire cet effet la pluspart des muscles font en
action
; car la voix devant
durer quelque temps sur un
mesme degré, il faut necet:
sairement que tous les muscles antagonistes soient
contrebandez, c'est-à-dire,
que les Abaisseurs du gofier le soient contre les Eleveurs
,
& que ses Dilata-*
teurs le soient contre le Fermeur, aussi bien que le diaphragme; sans quoy la glotte se sersieroit)&s'efleveroit en mesme temps, aussi toit que le Fermeur & les
Eleveursagiroient
,
& ne
demeureroit pas dans un
mesme estat, mais le son,
hausseroit ôc. deviendroit
plus foible en mesme
tems.
Mais si l'on veut que la
voix augmente encore de
force & descende ou grossisse en mesme temps, il
faut relascher davantage le
-
Fermeur, & par ce moyen
les cordons & les lèvres de
la glotte, bander davantage les Dilatateurs de la
glotte, & les Applatisseurs
du larinx
,
& pousser l'air
avec plus d'effort: car cet
air ouvrira & arrondira davantage le corps du gosier,
& fera un jet plus gros,
plus solide
,
& par consequent plus capable d'ébranler tout l'airenvironnant,
- ce que ne pouvant faire sans
tendre les cordons de la
glotte, il est évident qu'il
faut donc d'ailleurs les re-
lascher. Il faut de plus que
les Déprimeurs du larinx
seroidissent,&l'emportent
sur ses Eleveurs,afinde donner lieu à l'air qui passe par
le corps du gosier de l'enfler, & d'y couler par consequens avec moins de rapidité, quoy qu'en plus
grande quantité, ce qui formera dans la glotte un jet
plus fort, quoyque d'un son
moins eslevé. Il arrivera
de plusde cet abbaissement
du gosier
,
que le creux,
ou port de voix, ou l'entonnoir en deviendra plus
profond à mesure qu'il s'élargira
,
ce qui rendra encore la voix plus masculine,
& plus baffe. Se fera tout
le contraire lorsqu'on voudra que la voix devienne
plus foible, à mesure qu'elle baissera
,
comme dans
l'estas le plus ordinaire. Car
le diaphragme pouffant
moins d'air de la poitrine,
la glotte pourra se rétressir,
& par consequent le Dilatateur & l'Aplatisseur se relascher à proportion; en
telle sorte que le peu d'air
qui passera par la glotte, y
coulera lentement, & y excitera des fremissements
lents,c'est- dire un son
grave & foible
,
ce qui se
perfectionnera encore par
l'élargissement & l'abbaissement du gosier, & par Fa"
longement de son creux,
comme on vient de l'expliquer, cette acttion estant
en partie opposée à la précedente & plus simple, que
si la glotte s'ouvroit par raaion du Dilatateur & de
l'Aplatisseur: ce qui fait
voir que les différentes modifications de la voix con-
latentdansun combat entre le diaphragme & les
muscles du gosier.
8. C'est la mesme chose
pour la parole que pour la
voix
,
excepté feulement
que la parole est une voix
pluscourte l3) plus unie.
Ilya cependant biendes
nations comme les Normans3 les Gascons
,
mais
principalement les Chinois, dont la paroleestun
veritable chant; & le systeme enharmonique des
Grecs, n'estoit inventé que
pour noter leur déclama-
tion qui estoit un vray
chant. Lors qu'on dit que
l'on reconnoistun homme
à la voix, ou quand on commande d'obéir à sa voix, on
entend non le chant d'un
homme maissa parole, tant
il est vray que ces deux
choses considerées en ellesmesmes ne font qu'une
mesme chose. Mais les gradations de la parole sont
différences de celles de la
voix, comme estant regléees par un autreorgane,
sçavoir le limaçon; au lieu
que la voix est guidée par
lelabyrinthe, comme nous
l'avons dit en parlant de
l'oreille;c'e stce quifait que
la parole reçoit toutes sortes de gradations à l'infini,
de mesmeque le chant des
Chinois; au lieu que le
chant desOccidentaux, ôc
mesme celuy des Arabes,
des Perses, &c. a
des gradations choisies
,
comme
nous le dirons dans la Me*
lodie qui doit suivre ce Mémoire. Ce qui nous convainc encore que la parole
& la voix s0nt formées par
lçs mesmesorganes
,
du
-
moins dans la pluspart des.
hommes, c'est que si Ion
donac-tquelque teneur ou
durée à ses paroles, elles
deviennent une veritable
voix, comme chacun peut
l'éprouver; desorte que des
paroles qui ont chacune
une durée sensible,sans gradation,ou avec des gradations mélodieuses,nedif- -
ferent en rien d'une voix.
Il faut cependant avouër
que ceux qui ont appris à
chanteri,méfientAc%orne^
mens
mesme dans chaque
ton, commede pousser leur
voix, par diminutions, par
accroissemens, par ondes,
&c. qui ne se trouvent pas
dans les voix unies ny dans
la parole. Mais au resteces
differences aussibien que
les gradations font tousjours accidentelles,&nempeschent pas que le son de
la parole, & celuy de la voix
ne soient le plus fouventy
le mesmeson
,
& formez
par les mesmesorganes. On
peut s'en convaincre encore en considerant que les
accidens de la voix sont
communs aussi à la parole.
Si la voix est(par exemple )
enroüée, ou cassée, ou nazarde, ou cornante, ou glapissante,&c. la parole l'est
aussi. DesortequeIon peut
pour l'ordinaire aisément
juger du son de la voix d'un
homme en l'entendant seulement parler.
-
Quant au degré de la parolepar rapportà la voix,
il est ordinairementau milieu desonestenduë,qui est
l'estat où les Eleveurs du
larinxonttoute leur extension, si ce n'estlors quon
ell enroüé; car alors les Dilatateurs
lacateurs de la glotte.la tenant plus ouverte qu'à l'ordinaire par leur gonflement )
la voix en devient
plus grosse& plus basse,&
quelquefois si basse qu'elle
s'éteint tout- à fait, à moins
qu'on ri'arrose le Fermeur
de quelque eaustiptique,qui
le gonflant à son tour fasse
rétrécir la glotte, & rende
la parole,ce qui ne peut pas
durer long
-
temps. Il y a
des personnes dont la voix
est beaucoup plus agréable
quela parole, parce que les
Eleveurs du larinx sont plus
longs chez eux que dans
l'estat ordinaire, cequi fait
que toute l'estenduë de leur
voix est presque au dessus
de celle de leur parole, &
que leur voix est nette, claire& éclatante, tandis que
leur voix peut estrebasse
,
rude,chevrotante, &c. mais
c'est un cas extraordinaire.
Enfin il y en a
dont lavoix
estfausse, c'est-à-dirènaturellement diflbnantc,quoique leur parole foit agréable, & pathétique. Gélaft
trouve en deux personnes
qui me sont très-proches
parentes, lesquelles ont le
son de la voix & de la parole fort beau, & le patetique
bon, quoy qu'elles n'ayent
pû jamais apprendre à entonner juste aucun air, ce
qui me confirme encore
que le patetique de la pa..
role n'est pas reglé par le
mesme organe de l'oreille,
que les gradations de la
voix, puisque l'un peut-estre juste tandis que cellescy font fausses.
- 9. Il faut au refiercmar.
quer qu'il
y a
deux fortes de
voix dansles hommes, dans
les femmes, & dans les en- fants, donc l'une s'appelle
voix naturelle, parce qu'elle est la mesme que le son
de la parole; & l'autre se
nomme le fausset,principalement en parlant de
l'homme fait, dans quielle
est ordinairement plus deagréable, que la voix naturelle, au contraire des femmes & des enfans.Cefausset a
presque toute son cftendueau dessus dela voix
naturelle;,,n'ayant qut quatre ou cinq tons plus bas
-que les plus hauts de celles
cy. Au relie ces deux voix
se forment par des instruments differents,Comme on
le sent lors qu'on passe de
l'une à l'autre, ce qui ne
sçauroit se faire sans une
espece de repos & d'attention particulière,&mesme
sans quelque violence &
quelque fausseté,àcause du
changement demuscles. Il
faut donc considerer que
tandis que la voix naturelle
monte depuis son ton le
plus bas jusques proche de
son plus haut, cestà-dire
parl'cftenduç d'une pouzié-
me environ; il n'y a que le
grand Dilatateur de laglotte qui foie en contraction
avec le Fermeur, le petit
estant relasche pendant
tout ce temps, à cause de
Tecartement des deux portiers l'un del'autre. Mais
quand la voix
-
est arriver
dansses tons les plus hauts
,
le petit Dilatateur corn?
mence a
estre tèndu)ôc
devient capable d'entreren
contraction avec le Fermeur, le grand Dilatateur
estant alors au bout de son
aâion,te pouvant seule-
ment prester comme une
corde qu'on allonge. Deforte que si le Fermeur continuë de se contracter, &
que le petit Dilatateur seroidisse
)
leur combat produira alors la voix de Fausset,qui pourra contenir encore beaucoupde tons,c'est
à dire quelquefois une douzième. Mais il est évident
que cettevoix doit estre
très gresle &tres- eslevée,
parce que la glotte est alors
très-serrée,&que ses cor-
@d'Dn'S*'&! membranes sont
extrêmement tendus.
vn
Quand au contraire le petit
Dilatateur s'est gonflé autant qu'il a pu pour rouvrirla glotte, & que la voix
de Fausset a
descendu
jusques à son ton le plus bas,
le grand Dilatateur peut se
gonfler , à son tour, & mesme un peu auparavant; &
la voix naturelle commencer à se former dans ses tons
les plus hauts pour descendre delà jusques, dans ses
plusbas. Jay connu plusieursChantres qui possedoient,ces deuxfortesde
voix presque également
bien.
bien. Les femmes & lesensans affectent de se servir
de la voix de fausset, comme convenant mieux à leur
d~licateffe ou à leur â
~e ,.
delicateffe ou à leur à,le,
& comme estant plus tendre & plusflexible, leur gosier ne pouvant pas s'estendre assez pour pratiquer la
voix naturelle dans uneestenduë suffisante
10. Mais lorsque le go:"
fier des jeunes homm s
s'est accreu & dilatéjusques
à un certain point; par l'accroissement de l'âge,le Fermeur de la glotte ne peut
plusla fermer alorssuffisamment, ny bander assez ses
Dilatateurs pour entonner
sa voix haute; c'est pourquoy on est obligé d'abandonner pour l'ordinaire le
Fausset,&de s'entenirà la
voix naturelle. qui devient
alors une Hautecontre, ou
uneTaille pour le reste de
lavie,& c'estce qu'onappelle la Muance; siau contraire le jeune homme entonnoit sa voix naturelle
avant la Muance; aprés
qu'i) a mué il ne sçauroit
pl41 ertfonner que rO£tajJ
ve basse de cette voix naturelle, quiestalors àl'unisson destailles,destailles baP
ses, ou des bassescontres, ce
qui se fait toujours cependant avec les mesmes muscles. Maisilluy reste encore un
Faussetquiestlemesme qu'avant la muance ,
c'est à-dire, toujours tresdur, & tres-aigre dans ces
fortes de gosiers.
II. Enfin quant aux cadences ou tremblements,
tant en montant qu'en dcC.
cendant, on sçait qu'elles se
font en répétant tres- prom-
ptement deux fons esloignez l'un de l'autre d'un ton,
d'un demy ton,ou d'une
dieze
,
soit en montan,soit
en descendant;ainsi la glotte s'ouvre & se ferme alors
successivement
,
quoyque
presque insensiblement par
le combat du muscle fermeur, & du grand, ou du
petit Dilatateur;outrecela
les muscles Eleveurs & Deprimeurs du gosier entrent
aussi en combat entre eux,
ce que l'on sent mesme en
portant le doigt sur le nœud
de la gorge: & il ne faut pas
douter que l'Aplatisseur
,
le -
diaphragme
,
& les autres
musclesdu gosier, & mesme
de la poitrine ne soient alors
en combat les uns contre
les autres pour enfanter ces
filles de laMelodie. EXTRA
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Résumé : Suite du Memoire de l'oreille par rapport à la musique, ou les merveilles de la Trachée artere, tirées des observations des plus habiles Anatomistes, & de l'anatomie comparée.
Le texte explore l'anatomie et les fonctions de l'organe de la voix, également appelé gosier ou trachée artère, en le distinguant de l'œsophage. Le gosier est composé de quarante-quatre parties, incluant vingt-six cartilages osseux, douze muscles, trois types de membranes, trois types de nerfs, ainsi que des artères, veines et glandes. Ces éléments contribuent à la formation de la voix et sont analysés selon les règles de la mécanique et de la musique. Le gosier se divise en deux parties principales : la tête, ou larynx, et le corps du gosier. La tête du gosier comprend cinq cartilages osseux formant un anneau, recouvert par un cartilage nommé l'écu. La glotte, ou bouche du gosier, est située dans cette région et est recouverte par l'épiglotte. Les oiseaux aquatiques possèdent des organes vocaux spécifiques situés au bas de leur gosier, permettant de produire différents sons. Le texte décrit également les muscles du gosier, qui facilitent la déglutition, la respiration et la modulation de la voix. Il existe treize muscles impliqués dans la formation de la voix, y compris le diaphragme. Les muscles dilatateurs de la glotte permettent d'écarter les portiers de la glotte, tandis que l'adducteur des cordons rapproche les portiers pour fermer les cordons. Les nerfs du larynx sont de trois types : une branche de la quatrième paire, une de la septième paire, et une de la cinquième paire du nerf récurrent. Ces nerfs permettent à l'animal de crier, de se défendre ou de fuir, et d'exprimer ses émotions. La formation de la voix implique plusieurs éléments : le corps du gosier fournit l'air, les cordes vocales forment le son par leurs vibrations, et les muscles ajustent la tension et l'ouverture des cordes pour moduler la voix. La voix peut monter ou descendre en intensité et en hauteur grâce à l'action coordonnée de ces muscles et à la pression de l'air. Les oiseaux aquatiques produisent des sons sans muscles, contrairement à l'homme et certains animaux terrestres. Pour augmenter la force de la voix sans l'élever, il faut ouvrir légèrement les portiers de la glotte et ajuster les muscles dilatateurs et fermateurs. La contraction des muscles aplatisseurs et éleveurs du larynx facilite également la production de la voix. Enfin, la membrane charnue du gosier doit se raidir pour rétrécir le corps du gosier et augmenter la rapidité de l'air. Le texte traite également des mécanismes de production de la voix et de la parole, en mettant en évidence les différences et les similitudes entre les deux. La voix est produite par le passage de l'air à travers la glotte, générant des sons graves et faibles, modifiés par l'élargissement et l'abaissement du gosier. La parole, quant à elle, est une voix plus courte et plus unie, bien que certaines nations, comme les Chinois, utilisent une parole chantante. La voix et la parole sont régies par des organes différents : la parole par le limaçon et la voix par le labyrinthe de l'oreille. Les gradations de la parole sont infinies, contrairement au chant occidental qui a des gradations choisies. La voix et la parole sont formées par les mêmes organes, comme le montre la transformation des paroles en voix lorsqu'elles sont prolongées. Les accidents de la voix, comme l'enrouement ou la nasalité, affectent également la parole. La voix naturelle, identique au son de la parole, et le fausset, plus agréable chez l'homme adulte, sont deux types de voix distincts. La muance, qui survient avec l'âge, conduit à l'abandon du fausset au profit de la voix naturelle. Enfin, les cadences ou tremblements dans la voix résultent du combat entre divers muscles du gosier et de la poitrine, créant ainsi les variations mélodiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
Fermer
9
p. 1992
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rends mille services ; [...]
Mots clefs :
Parole
13
p. 66
ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rens mille services, [...]
Mots clefs :
Parole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
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14
p. 65-66
AUTRE.
Début :
Il faut entendre avant de me connoître : [...]
Mots clefs :
Parole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
faut entendre avant de me connoître :
De la ſociété je ſuis le vrai lien :
L'air eſt mon élément , ſans lui je ne ſuis rien.
Lecteur , en ce moment peut- être ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Quoique je prenne un corps & j'exiſte à tes yeux ?
Sans y penſer tu me fais naître.
Avant l'auteur ingénieux
Qui dit la vérité ſous les traits de la fable ;
J'ai , dit- on , emprunté l'organe épouvantable
D'un animal mystérieux.
On m'admira jadis dans Athènes , dans Rome ;
Mon art fait au palais vivre les avocats .
Enfin , ſi tu ne me tiens pas ,
Lecteur , renonce au titre d'homme.
L. B. A.
faut entendre avant de me connoître :
De la ſociété je ſuis le vrai lien :
L'air eſt mon élément , ſans lui je ne ſuis rien.
Lecteur , en ce moment peut- être ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Quoique je prenne un corps & j'exiſte à tes yeux ?
Sans y penſer tu me fais naître.
Avant l'auteur ingénieux
Qui dit la vérité ſous les traits de la fable ;
J'ai , dit- on , emprunté l'organe épouvantable
D'un animal mystérieux.
On m'admira jadis dans Athènes , dans Rome ;
Mon art fait au palais vivre les avocats .
Enfin , ſi tu ne me tiens pas ,
Lecteur , renonce au titre d'homme.
L. B. A.
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