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p. 82-96
« Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Début :
Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lignes, Roi, Tranchée, Nuit, Marquis de Brosses, Femmes de qualité, Trêve, Cambrai
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texteReconnaissance textuelle : « Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Pendant qu'on travailloit
aux Lignes,les Ennemis firent
62 LE MERCURE
une Sortie, mais ils furent re- pouſſez juſques à la Paliſſade par Monfieur Roze Brigadier de Cavalerie, qui fut bleſſé en cette occaſion d'un coup de Mouſquet à la cuiffe.
Le Roy vifitoit & preſſoit
fans ceſſe les Travaux,&apres
qu'on eut achevé les Lignes de circonvalation & de contrevalation , qui furent faites
par les Païſans de Picardie ,
il ordonna l'ouverture de la
Tranchée. Elle ſe fit la nuit
du 29 au 30de Mars ; Sa Ma- jeſté y demeura long-temps ,
& fit avancer le Travail. Le
feu des Ennemis fut mediocre,&leurCanon ne tiraque lematin.
Lanuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le
GALANT. 63
Travail , on ne perdit ny Sol- dats , ny Officiers. Monfieur
de la Salle le Fils Officier aux
Gardes fut bleſſé.
Lanuit du 31 au i d'Avril.
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades , & furent fort incommodez par nôtre Canon.
Lanuitdu au 2 d'Avril.
On fit un Logement fur la Contreſcarpe ; mais la droite commandée parMon- ſieur le Mareſchal de la
Feüillade , & par Monfieur le
Comted'Auvergne , pouſſa ſi avant , qu'elle força la Demy- lune &la partie droite del'Ou- vrage couronné. On ne jugea pas à propos d'y demeurer ,
parce qu'on craignoit les Mi- nes. Monfieur le Marquis de
64 LE MERCURE Tilladet qui commandoit à la gauche , planta des Piquets pour faire fon Logement ;
mais on ſe contenta de ſe retrancher ſur la Contreſcarpe ,
comme il avoit eſté réſolu. Les
Ennemis montrerent quelque vigueur , tuerent &bleſſerent quelques- uns des nôtres , &
furent encore plus vigoureu- ſement repouſſez . On leur prir un Capitaine & un Officier ,
avec quatorze Soldats : le re- ſte ſe ſauva par des Capon- nieres..
Lanuit du 2 au 3
Trois coups de Canon fer- virent de Signal pour atta- quer deux Demy-lunes entre la Citadelle & un Château
qu'on emporta. Sur les onze
heures du matin on attacha le
GALAN T. 65 Mineur. Monfieur le Marquis de Broſſes fût bleſſé en allant
le voir attacher , & les Affiegez ceſſerent de tirer. Pluſieurs Lettres marquent une circonſtance que je n'oſerois affurer , mais que je croy pou- voir vous écrire. Elles diſfent
que Monfieur le Comte d'Au- vergne fit cequin'eſtoit point
encore arrivé à la Guerre,qu'il batit luy-même la Chamade ,
voyant que la conſternation
des Ennemis les empeſchoit de ſonger à ce qu'ils devoient faire , & que fi-tôt qu'ils parurent ſur les Remparts , il leur dit , Qu'il estoit temps qu'ils Songeaſſent au Salut de
la Ville , puis que le Mineur y estant attaché on la force- roit , & qu'ils devoient craindre
66 LE MERCURE
Enqu'on ne la traitât plus impitoyablement que Valenciennes , ſi
elle estoitpriſepar affaut. On en- tra en Negociation , & l'on conclut une Tréve qui dura
vingtquatre heures. Il y eut plufieurs conteftations,les nemis pretendans demeurer maiſtres d'un grand Baſtion qui les voyoit à revers &qui donnoit ſur toute leur eſpla- nade.Mais cet Article ne peut eſtre décidé en leur faveur ,
parce que c'eſtoit un Baſtion dela Ville , &que tout ce qui en dépendoit devoit demeurer au Roy.
Il y eut encore une autre
conteſtation , & le GouverneurdemandaquelesFemmes deQualité fortiffent, auffi-bien
que celles des petits Officiers
GALANT. 67
&des Soldats avec un Paffeport , &qu'elles fuſſent conduites à Mons avec leurBaga- ge.Le Roy répondit qu'il donコ
neroit aux Femmes de Quali- té un Quartier tel qu'elles
voudroientdans la Ville, avec
une Garde ſuffiſante pour leur ſeureté;mais que pour les autres qu'on faiſoit monter au
nombre de douze cens , elles
pouvoient entrer dans la Ci- tadelle,auſſi bien que les Blef- fez. Il y a des Lettres qui aſſu- rent que Sa Majesté permit à
huit Femmes de conſidérationde ſe retirer à Mons. Les
Ennemis eurent deux jours entiers pour ſonger à leurs af
S faires , ils s'en ſervirent pour tirer de la Ville tout ce qui pouvoit eſtre utile à leur de- fence , & le conduire dans la
68 LE MERCURE
و
Citadelle. Le Gouverneur ordonna à tous les Cavaliers de
tuer leurs Chevaux,&de n'en
reſerver que dix par Compag- nie. Les Cavaliers ne purent
s'y réſoudre &l'Executeur
de la Haute Juſtice eut ordre
de faire cette grande Execu- tion , apres laquelle quatre
mille Hommes commandez
par de bons Officiers , fans
comter les Officiers Reformez , tous réſolus de ſe bien
defendre &de tenir au moins
trois mois , entrerent dans la
Citadelle , ayant abandonné à
la clemence du Roy douze
cens Femmes de leur Garniſon ; ce qui donna lieu à l'Avanture ſuivante.
Une de nos Vedettes fe
trouvant pendant la Tréve
GALANT. 69 fi pres de celle des Ennemis ,
qu'il ne leur eſtoit pas diffici- le de s'entre-parler , le Fran- çois dit à l'Eſpagnol , Qu'il neſcavoit ce qu'il alloit faire , de s'enfermer dans la Citadelle puis
qu'on n'y avoit pas voulû rece- voir leurs femmes , & que les Francois estant maistres de la Ville , il trouveroit àfon retour qu'on y auroit bien fait des af- faires. L'Eſpagnol entra en de fi grandes appréhenſions ,
qu'ayant jetté ſon Mouſquet,
il ſe rendit aux nôtres , & ne
voulut point entrer dans la Citadelle.
Le Greffier de la Ville , &
le Prevoſt de la Cathedrale,ſe
rendirent aupres de Monfieur
de S. Poüange , & en ayant
70 LE MERCURE reçeu la Capitulation parla- quelle les Habitans ſeroient traittez comme ceux
de Lile , & le Clergé comme celuy de Tournay , la Tréve eſtant expirée, on livra le cin- quiéme du mois , cinq heures apres midy , une Porte à nos Troupes , leſquelles ſe ſaiſi- rent de tous les Poſtes àmefure que les Ennemis les aban- donnoient pour ſe retirer dans
la Citadelle.
La vigilance, les fatigues &
f'intrépidité du Roy , ne ſe peuvent exprimer. Il fut à la Tranchée deux heures apres qu'elle fût ouverte, & s'avan- ça luy quatriéme juſqu'à la te- ſte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Ca- non avoit paſſé aupres du
GALANT
. 71
e
es3S
Sieur de Givry
, Ecuyer de la petite Ecurie , qui n'eſtoit pas loin de Sa Majeſté.
Le Roy ne fut pas plûtôt maître de Cambray , que le Prevoſt de la Cathedrale , qui eſt réputation d'un Homme d'eſprit,vint de la part de tout le Clergé, prier Sa Majefto DE
d'entrer dans la Ville,ce quel
le ne fit qu'apres la priſe de la Citadelle.
aux Lignes,les Ennemis firent
62 LE MERCURE
une Sortie, mais ils furent re- pouſſez juſques à la Paliſſade par Monfieur Roze Brigadier de Cavalerie, qui fut bleſſé en cette occaſion d'un coup de Mouſquet à la cuiffe.
Le Roy vifitoit & preſſoit
fans ceſſe les Travaux,&apres
qu'on eut achevé les Lignes de circonvalation & de contrevalation , qui furent faites
par les Païſans de Picardie ,
il ordonna l'ouverture de la
Tranchée. Elle ſe fit la nuit
du 29 au 30de Mars ; Sa Ma- jeſté y demeura long-temps ,
& fit avancer le Travail. Le
feu des Ennemis fut mediocre,&leurCanon ne tiraque lematin.
Lanuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le
GALANT. 63
Travail , on ne perdit ny Sol- dats , ny Officiers. Monfieur
de la Salle le Fils Officier aux
Gardes fut bleſſé.
Lanuit du 31 au i d'Avril.
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades , & furent fort incommodez par nôtre Canon.
Lanuitdu au 2 d'Avril.
On fit un Logement fur la Contreſcarpe ; mais la droite commandée parMon- ſieur le Mareſchal de la
Feüillade , & par Monfieur le
Comted'Auvergne , pouſſa ſi avant , qu'elle força la Demy- lune &la partie droite del'Ou- vrage couronné. On ne jugea pas à propos d'y demeurer ,
parce qu'on craignoit les Mi- nes. Monfieur le Marquis de
64 LE MERCURE Tilladet qui commandoit à la gauche , planta des Piquets pour faire fon Logement ;
mais on ſe contenta de ſe retrancher ſur la Contreſcarpe ,
comme il avoit eſté réſolu. Les
Ennemis montrerent quelque vigueur , tuerent &bleſſerent quelques- uns des nôtres , &
furent encore plus vigoureu- ſement repouſſez . On leur prir un Capitaine & un Officier ,
avec quatorze Soldats : le re- ſte ſe ſauva par des Capon- nieres..
Lanuit du 2 au 3
Trois coups de Canon fer- virent de Signal pour atta- quer deux Demy-lunes entre la Citadelle & un Château
qu'on emporta. Sur les onze
heures du matin on attacha le
GALAN T. 65 Mineur. Monfieur le Marquis de Broſſes fût bleſſé en allant
le voir attacher , & les Affiegez ceſſerent de tirer. Pluſieurs Lettres marquent une circonſtance que je n'oſerois affurer , mais que je croy pou- voir vous écrire. Elles diſfent
que Monfieur le Comte d'Au- vergne fit cequin'eſtoit point
encore arrivé à la Guerre,qu'il batit luy-même la Chamade ,
voyant que la conſternation
des Ennemis les empeſchoit de ſonger à ce qu'ils devoient faire , & que fi-tôt qu'ils parurent ſur les Remparts , il leur dit , Qu'il estoit temps qu'ils Songeaſſent au Salut de
la Ville , puis que le Mineur y estant attaché on la force- roit , & qu'ils devoient craindre
66 LE MERCURE
Enqu'on ne la traitât plus impitoyablement que Valenciennes , ſi
elle estoitpriſepar affaut. On en- tra en Negociation , & l'on conclut une Tréve qui dura
vingtquatre heures. Il y eut plufieurs conteftations,les nemis pretendans demeurer maiſtres d'un grand Baſtion qui les voyoit à revers &qui donnoit ſur toute leur eſpla- nade.Mais cet Article ne peut eſtre décidé en leur faveur ,
parce que c'eſtoit un Baſtion dela Ville , &que tout ce qui en dépendoit devoit demeurer au Roy.
Il y eut encore une autre
conteſtation , & le GouverneurdemandaquelesFemmes deQualité fortiffent, auffi-bien
que celles des petits Officiers
GALANT. 67
&des Soldats avec un Paffeport , &qu'elles fuſſent conduites à Mons avec leurBaga- ge.Le Roy répondit qu'il donコ
neroit aux Femmes de Quali- té un Quartier tel qu'elles
voudroientdans la Ville, avec
une Garde ſuffiſante pour leur ſeureté;mais que pour les autres qu'on faiſoit monter au
nombre de douze cens , elles
pouvoient entrer dans la Ci- tadelle,auſſi bien que les Blef- fez. Il y a des Lettres qui aſſu- rent que Sa Majesté permit à
huit Femmes de conſidérationde ſe retirer à Mons. Les
Ennemis eurent deux jours entiers pour ſonger à leurs af
S faires , ils s'en ſervirent pour tirer de la Ville tout ce qui pouvoit eſtre utile à leur de- fence , & le conduire dans la
68 LE MERCURE
و
Citadelle. Le Gouverneur ordonna à tous les Cavaliers de
tuer leurs Chevaux,&de n'en
reſerver que dix par Compag- nie. Les Cavaliers ne purent
s'y réſoudre &l'Executeur
de la Haute Juſtice eut ordre
de faire cette grande Execu- tion , apres laquelle quatre
mille Hommes commandez
par de bons Officiers , fans
comter les Officiers Reformez , tous réſolus de ſe bien
defendre &de tenir au moins
trois mois , entrerent dans la
Citadelle , ayant abandonné à
la clemence du Roy douze
cens Femmes de leur Garniſon ; ce qui donna lieu à l'Avanture ſuivante.
Une de nos Vedettes fe
trouvant pendant la Tréve
GALANT. 69 fi pres de celle des Ennemis ,
qu'il ne leur eſtoit pas diffici- le de s'entre-parler , le Fran- çois dit à l'Eſpagnol , Qu'il neſcavoit ce qu'il alloit faire , de s'enfermer dans la Citadelle puis
qu'on n'y avoit pas voulû rece- voir leurs femmes , & que les Francois estant maistres de la Ville , il trouveroit àfon retour qu'on y auroit bien fait des af- faires. L'Eſpagnol entra en de fi grandes appréhenſions ,
qu'ayant jetté ſon Mouſquet,
il ſe rendit aux nôtres , & ne
voulut point entrer dans la Citadelle.
Le Greffier de la Ville , &
le Prevoſt de la Cathedrale,ſe
rendirent aupres de Monfieur
de S. Poüange , & en ayant
70 LE MERCURE reçeu la Capitulation parla- quelle les Habitans ſeroient traittez comme ceux
de Lile , & le Clergé comme celuy de Tournay , la Tréve eſtant expirée, on livra le cin- quiéme du mois , cinq heures apres midy , une Porte à nos Troupes , leſquelles ſe ſaiſi- rent de tous les Poſtes àmefure que les Ennemis les aban- donnoient pour ſe retirer dans
la Citadelle.
La vigilance, les fatigues &
f'intrépidité du Roy , ne ſe peuvent exprimer. Il fut à la Tranchée deux heures apres qu'elle fût ouverte, & s'avan- ça luy quatriéme juſqu'à la te- ſte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Ca- non avoit paſſé aupres du
GALANT
. 71
e
es3S
Sieur de Givry
, Ecuyer de la petite Ecurie , qui n'eſtoit pas loin de Sa Majeſté.
Le Roy ne fut pas plûtôt maître de Cambray , que le Prevoſt de la Cathedrale , qui eſt réputation d'un Homme d'eſprit,vint de la part de tout le Clergé, prier Sa Majefto DE
d'entrer dans la Ville,ce quel
le ne fit qu'apres la priſe de la Citadelle.
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Résumé : « Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Le texte relate les événements militaires autour de la ville de Cambrai. Pendant les travaux de fortification, les ennemis tentèrent une sortie mais furent repoussés par Monsieur Roze, qui fut blessé. Le roi supervisa les travaux, notamment l'achèvement des lignes de circonvalation et de contrevalation construites par les paysans de Picardie. Il ordonna l'ouverture de la tranchée la nuit du 29 au 30 mars, malgré le feu ennemi, sans pertes significatives. Les nuits suivantes, les attaques ennemies s'intensifièrent, mais les troupes françaises progressèrent, subissant quelques blessures. La nuit du 2 au 3 avril, des coups de canon signalèrent l'attaque de deux demi-lunes, et le marquis de Brosses fut blessé. Après que le comte d'Auvergne eut battu la chamade, les ennemis engagèrent des négociations, craignant un assaut similaire à celui de Valenciennes. Une trêve de vingt-quatre heures fut conclue, mais des contestations surgirent concernant la possession d'un bastion. Le gouverneur demanda la sortie des femmes de qualité, à quoi le roi répondit en offrant un quartier sûr dans la ville. Les ennemis utilisèrent les deux jours de trêve pour transférer des provisions dans la citadelle et ordonnèrent l'abattage des chevaux. Quatre mille hommes se préparèrent à défendre la citadelle. Un soldat espagnol déserta après avoir parlé avec une vedette française. Après l'expiration de la trêve, les troupes françaises entrèrent dans la ville. Le clergé et les habitants se rendirent, obtenant des conditions de traitement similaires à celles de Lille et de Tournai. Le roi, connu pour sa vigilance et son intrépidité, fut présent sur le terrain malgré les dangers. Après la prise de Cambrai, le prévost de la cathédrale demanda au roi d'entrer dans la ville, ce qu'il fit après la prise de la citadelle.
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