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15901
p. 1156-1159
« Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
Début :
Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...]
Mots clefs :
Médecine, Cours de physique, Géométrie, Aventures de Télémaque
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texteReconnaissance textuelle : « Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
OMMENTAIRE fur la Géométrie
Cde M. Delcartes . Par le R.P. Claude
Rebuel, de la C. de J. à Lyon , rue Mer-
I. Vol. ciere
JUIN. 1730. 1157
ciere , chez Marcelin Duplain , in 4. de 590
pages , & 23 Planches.
COURS DE PHYSIQUE , accompagné de
plufieurs piéces concernant la Phyfique ,
qui ont déja paru , & d'un Extrait critique
des Lettres de M. Leeuwenhoek , par
feu M. Harfoeker. A la Haye, chez Fean
Swrat , 1730. in 4.
On trouve entre autres pieces dans cet
Ouvrage , une Differtation fur la Pefte
& fur les moyens de s'en garantir.
3
OBSERVATIONS fur les effets de la
Saignée , tant dans les Maladies du reffort
de la Médecine , que de la Chirurgie
, fondées fur les Loix de l'Hydroftatique
, avec des Remarques Critiques fur
le Traité de l'ufage des differentes fortes
de Saignées de M. Silva. Par François
Quefnay , Maître ès Arts , Membre de la
Société des Arts , & Chirurgien de Mante
, reçu à S. Côme. Paris, ruë S. Jacques,
chez Ofmont , 1730. in 12.
HISTOIRE DE LA MEDECINE
depuis Galien , jufqu'au xvi . fiecle , où
l'on voit les progrès de cet Art , de fiecle
en fiecle , par rapport principalement à
la Pratique .
Les nouvelles maladies qu'on a vû naî-
I. Vol. E iij tre
1158 MERCURE DE FRANCE
tre , & les noms des Medecins ; avec les
circonftances les plus remarquables de
leur vie , leurs découvertes , leurs opinions
, & enfin leur méthode de traiter les
Maladies , traduite de l'Anglois de Jean
Freind , Docteur en Medecine. A Paris ,
ruë S. Severin , chez Jacq. Vincent , 1730.
NOUVELLES DE COUVERTES En Mede-
CINE , ou ancienne Médecine développée;
très-utile pour le fervice du Roy & du
public. Par le fieur de Marcounay , Docteursen
Médecine. Nouvelle édition , A
Paris , rue de la Harpe , & Quay de Conti,
chez d' Houry , la veuve Piſſot , &c. 1730.
40 fols relié
ABREGE' CHRONOLOGIQUE de
P'Hiftoire univerfelle, facrée & prophane.
traduction nouvelle , fuivant la derniere
édition latine du P. Petan , par M. Maucroix
, & continuée jufqu'en 1701. avec
un Traité de Chronologie , par M. de
Pifle. A Paris , rue faint Jacques , chez la i
veuve Delaulne , 1730. 3. vol . in 12.
LES AVANTURES DE TELEMAQUE , fils
d'Uliffe , par feu M" François de Salignac
de la Motte- Fenelon , Precepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque de Cambray , &c.
I. Vel
NouJUIN.
1730. 1159
Nouvelle Edition, enrichie de Figures en.
Taille - douce , avec des Notes , chez lamême
, 1730. 2. vol. in 4° .
Cde M. Delcartes . Par le R.P. Claude
Rebuel, de la C. de J. à Lyon , rue Mer-
I. Vol. ciere
JUIN. 1730. 1157
ciere , chez Marcelin Duplain , in 4. de 590
pages , & 23 Planches.
COURS DE PHYSIQUE , accompagné de
plufieurs piéces concernant la Phyfique ,
qui ont déja paru , & d'un Extrait critique
des Lettres de M. Leeuwenhoek , par
feu M. Harfoeker. A la Haye, chez Fean
Swrat , 1730. in 4.
On trouve entre autres pieces dans cet
Ouvrage , une Differtation fur la Pefte
& fur les moyens de s'en garantir.
3
OBSERVATIONS fur les effets de la
Saignée , tant dans les Maladies du reffort
de la Médecine , que de la Chirurgie
, fondées fur les Loix de l'Hydroftatique
, avec des Remarques Critiques fur
le Traité de l'ufage des differentes fortes
de Saignées de M. Silva. Par François
Quefnay , Maître ès Arts , Membre de la
Société des Arts , & Chirurgien de Mante
, reçu à S. Côme. Paris, ruë S. Jacques,
chez Ofmont , 1730. in 12.
HISTOIRE DE LA MEDECINE
depuis Galien , jufqu'au xvi . fiecle , où
l'on voit les progrès de cet Art , de fiecle
en fiecle , par rapport principalement à
la Pratique .
Les nouvelles maladies qu'on a vû naî-
I. Vol. E iij tre
1158 MERCURE DE FRANCE
tre , & les noms des Medecins ; avec les
circonftances les plus remarquables de
leur vie , leurs découvertes , leurs opinions
, & enfin leur méthode de traiter les
Maladies , traduite de l'Anglois de Jean
Freind , Docteur en Medecine. A Paris ,
ruë S. Severin , chez Jacq. Vincent , 1730.
NOUVELLES DE COUVERTES En Mede-
CINE , ou ancienne Médecine développée;
très-utile pour le fervice du Roy & du
public. Par le fieur de Marcounay , Docteursen
Médecine. Nouvelle édition , A
Paris , rue de la Harpe , & Quay de Conti,
chez d' Houry , la veuve Piſſot , &c. 1730.
40 fols relié
ABREGE' CHRONOLOGIQUE de
P'Hiftoire univerfelle, facrée & prophane.
traduction nouvelle , fuivant la derniere
édition latine du P. Petan , par M. Maucroix
, & continuée jufqu'en 1701. avec
un Traité de Chronologie , par M. de
Pifle. A Paris , rue faint Jacques , chez la i
veuve Delaulne , 1730. 3. vol . in 12.
LES AVANTURES DE TELEMAQUE , fils
d'Uliffe , par feu M" François de Salignac
de la Motte- Fenelon , Precepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque de Cambray , &c.
I. Vel
NouJUIN.
1730. 1159
Nouvelle Edition, enrichie de Figures en.
Taille - douce , avec des Notes , chez lamême
, 1730. 2. vol. in 4° .
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Résumé : « Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
En 1730, plusieurs publications scientifiques et littéraires ont été publiées. À Lyon, le R.P. Claude Rebuel a commenté la géométrie de Descartes. À La Haye, un 'Cours de Physique' a été publié avec des pièces critiques et des extraits des lettres de M. Leeuwenhoek. À Paris, François Quefnay a publié 'Observations sur les effets de la Saignée', traitant des pratiques médicales et chirurgicales. Jean Freind a traduit une 'Histoire de la Médecine' depuis Galien jusqu'au XVIe siècle. Le sieur de Marcounay a publié une nouvelle édition des 'Nouvelles Découvertes en Médecine'. M. Maucroix a traduit et continué jusqu'en 1701 un 'Abrégé Chronologique de l'Histoire Universelle'. Enfin, une nouvelle édition des 'Aventures de Télémaque' de François de Salignac de La Motte-Fénelon, enrichie de figures et de notes, a été publiée à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15902
p. 2652-2665
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
SECONDE PARTIE de l'Extrait des Mémoires pour servir à l'Histoire des [...]
Mots clefs :
Jugement, Bibliothèque, Ouvrage, Histoire, Relations, Académie, Mémoires, Eusèbe Renaudot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
ECONDE PARTIE de l'Extrait des
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres.
Catalogue des Ouvrages d'Eufebe Renaudot.
1. Il a traduit en Latin dès l'âge de 25 .
I. Vol. ans
DECEMBRE. 1730.. 265 3
ans les Atteftations des Eglifes d'Orient
touchant leur créance fur l'Euchariftie
que M. de Nointel , Ambaffadeur de
France à Conftantinople , envoya à M. de
Pomponne , pour être inferées dans le Livre
de la Perpetuité de la Foi fur l'Euchariftie
, & fa Traduction fe trouve dans
le troifiéme Volume , dans la Préface duquel
M. Arnauld s'exprime ainfi à fon
fujet » Ce feroit tout-à- fait manquer à
»la reconnoiffance & à la juftice , que de .
ne pas rendre un témoignage public
» de l'obligation qu'on a à celui qui a
» rendu ces Actes utiles à l'Eglife par la
» traduction qu'il en a faite , & la peine
qu'il a prife d'extraire lui - même des
>> Livres Orientaux tous les Paffages qui
» font rapportés dans cet Ouvrage . C'eft
» M. l'Abbé Renaudot , dont la modeftie
ne permet pas d'en dire davantage ;
» mais la diverfité de ces Actes & des
>> Livres dont fes Extraits ont été tirés ,
» qui font écrits les uns en Grec vul-
>> gaire , les autres en Arabe , les autres
» en Syriac , les autres en Copte , les autres
en Ethiopien , font affez connoître
>> l'intelligence qu'il a dans toutes ces Lan
» gues.
Défenfe de la Perpetuité de la Foi contre
les calomnies & les fauffetés du Livre
intitulé : Monumens authentiques de la
JVol
Ev Religion
2654 * MERCURE DE FRANCE
Religion des Grecs. Paris 1708. in 8. Jean
Aymon , Auteur des Monumens autentiques
que M. Renaudot entreprend ici
de réfuter , étoit né en Dauphiné ; après
avoir été ordonné Prêtre , il fut Aumônier
d'un Evêque de Maurienne qu'il
fuivit dans un Voyage de Rome où il acquit
un titre de Protonotaire Apoftolique
, & deffervit quelque tems une Cure
de Campagne. Il quitta enfuite Eglife
Romaine pour embraffer le Calviniſme,
& paffa en Hollande , d'où il vint à Paris
en 1705. fous prétexte de rentrer
'dans le fein de l'Eglife ; il s'acquit par fà
de la protection , & eut un libre accès à
la Bibliotheque du Roi , où il avoit la
liberté de parcourir les Manufcrits précieux
qui y font ; mais il ſe ſervit de cette
liberté pour en mutiler quelques- uns ,
& pour voler l'original d'un Synode de
Jerufalem , tenu en 1672. fous le Patriarche
Dofithée , qu'il emporta en Hollande,
& qu'il y fit imprimer en 1708. avec des
Notes de fa façon . Ce Livre tiffu de calomnies
, de raifonnemers abfurdes &
de bévûcs ridicules excita tellement l'indignation
de M.Renaudot, qu'il travailla
auffi- tôt à renverfer ces prétendus Monumens
, ce qu'il exécuta d'une maniere
également folide & fçavante . Le Manuſcrit
volé eft revenu dans la Bibliotheque
1. Vol du
DECEMBRE. 1730. 2655
du Roi , les Etats Generaux l'ayant retiré
de la Bibliotheque de Leyde , ou le
fieur Aymon l'avoit déposé pour le
rendre à fon premier Maître .
3. Gennadii Patriarcha Conftantinopoli
-tani Homilia de Sacramento Euchariftia ,
Meletii Alexandrini , Nectarii Hierofoly
mitani , Meletii Syrigi & aliorum de eodem
argumento Opufcula , gracè & Latinè , feu
Appendix ad Acta , qua circa Græcorum
de Tranfubftantiatione fidem relata funt in
opere de Perpetuitate Fidei. Eufebius Renaudotius
, Parifinus , ex Codd . Mff. edidit
, latinè vertit , Differtationes & Ob
fervationes adjecit. Paris , 1709. in 4.
4. La Perpetuité de la Foi de l'Eglife
Catholique touchant l'Euchariftie . Tome
-IV. contenant un Examen particulier
de la conformité de la Doctrine des Grecs
& de tous les Chrétiens Orientaux avec
celle de l'Eglife Latine , plufieurs nouveaux
Eclairciffemens touchant les Auteurs
& les faits allegués dans les Volumes
précedens , & la réfutation de tout
ce qui a été objecté contre les Atteftations
& autres Piéces qui y ont été produites.
Paris , 1711. in 4.
5. La Perpetuité de la Foi de l'Eglife Caª
tholique fur les Sacremens , & fur tous les
autres points de Religion & de Difcipline
que les premiers Réformateurs ont pris pour
I. Vol
5°
· prétexte
2656 MERCURE DE FRANCE
prétexte de leur Schifme , prouvée par le
confentement des Eglifes Orientales . Paris ,
1713. in 4. Il y a beaucoup d'érudition
dans ces deux Volumes .
6. Hiftoria Patriarcharum Alexandrinorum
Facobitarum à D. Marco ufque ad finem
faculi XIII. cum Catalogo fequentium
Patriarcharum , & collectaneis Hiftoricis ad
ultima tempora fpectantibus . Inferuntur multa
ad res Ecclefiafticas Facobitarum Patriarchatus
Antiocheni , Æthiopia , Nubia &
Armeniæ pertinentia. Accedit Epitome Hif
toria Muhamedane ad illuftrandas res
Ægyptiacas ; omnia collecta ex Autoribus
Arabicis , Severo , Epifcopo Afchmonie ,
Michaële , Epifcopo Taneos , Ephrem
filio Zaraa , Abulbircat & aliis Anonimisz
tum ex editis Eutichio , Elmacino , Abulfaragio
, Chronico Orientali , diverfifque
Hiftoria Muhamedana Scriptoribus Arabicis
& Perficis. Paris, 1713. in 8. On n'avoit
encore rien vû de fi exact ni de fr
recherché fur l'Histoire des Patriarches.
Jacobites d'Alexandrie.
7. Liturgiarum Orientalium Collectio
Parifiis, 1716. in 4. 2. tom.C'eft le Recueil
le plus ample qui ait jamais été fait des
Liturgies Orientales à l'ufage des Coptes,
des Jacobites , des Melchites de Syrie &
des Neftoriens . M. Renaudot s'eft contenté
de faire imprimer fa Traduction ,
I. Vol. fans
DECEMBRE 1730. 2657
fans y joindre le Texte original , don't
Pimpreffion auroit demandé une dépenfe
exceffive , & auroit rebuté beaucoup de
gens. Les Differtations qui accompagnent
La Traduction font très fçavantes .
8. Défenfe de l'Hiftoire des Patriarches
d'Alexandrie & de la Collection des Litur
gies Orientales , contre un Ecrit intitulé :
Défenſe de la Mémoire de M. Ludolf.
Paris , 1717. in 12. pp. 193. M. l'Abbé
Renaudot en donnant au Public l'Hif
toire des Patriarches d'Alexandrie & la
Collection des Liturgies Orientales crût
être obligé de réfuter quelques endroits
de l'Hiftoire d'Ethiopie de Ludolf & du
Commentaire que le même Auteur a
publié fur cette Hiftoire. C'est ce qui a
donné lieu au Mémoire inferé dans le
neuviéme Tome du Journal Litteraire ,,
page 217. où l'on prétend défendre Lu
dolf contre les accufations de M. Renaudot.
Ce fçavant Abbé s'y voyant accufe
à fon tour de mauvaiſe foi avec beau
coup de vivacité , publia cet Ouvrage
pour repouffer les attaques de cet Advesfaire
, qui lui a répondu avec la même
vivacité que la premiere fois dans un
Ecrit intitulé Examen défintereffe du
Livre de M. Renaudot , & inferé dans
PEurope Sçavante , Tome 1o. p. 23.1 . &
Tome 11. p . 28 .
I. Vol.
ބ
2658 MERCURE DE FRANCE
9. Anciennes Relations des Indes & de
la Chine , de deux Voyageurs Mahometans
qui y allerent dans le IX. fiecle , traduites
d Arabe , avec des Remarques fur les principaux
endroits de ces Relations . Paris , 1718.
in 8. Ces Relations font fimples & convenables
au tems , où elles ont été écrites.
Leurs Auteurs paroiffent inftruits &
finceres. Les Obfervations de M. Renaudot
les rendent plus inftructives & plus
utiles ; on n'y remarque ni l'aigreur qu'on
lui a reproché dans d'autres Ouvrages ,
ni une profufion exceffive d'érudition
affez ordinaire à ceux qui ont beaucoup
lû & fur- tout des Livres que peu de
perfonnes peuvent lire : c'eft le jugement
qu'on porte de cet Ouvrage dans PEu-
Fope Sçavante , tome 6. p. 95. Mais ce
jugement eft contredit par le Pere de
Prémare , Jefuite , Miffionnaire à la Chine
, qui dans une Lettre inferée dans le
dix- neuvième Recueil des Lettres édifiantes
& curieuſes , écrites des Miffions
Etrangeres par quelques Miffionnaires de
la Compagnie de Jefus , fait voir que
ces Relations font remplies de fables &
de contes , & que M. Renaudot , noncontent
d'adopter toutes les faufletés qu'il
s'eft donné la peine de traduire , eft tombé
lui -même dans une infinité de mépri
fes confiderables dans les Eclairciffemens
qu'il y a ajoûtés.
10.
DECEMBRE. 1730. 2659
10. De l'origine de la Sphere. Cette
Differtation qui fe trouve dans le premier
Tome des Mémoires de l'Académie des
Infcriptions , page 1. a été attaquée par
M. Des Vignoles dans des Remarquesfort
fçavantes , inferées dans le cinquié
meTome de la Bibliotheque Germanique,
page 153.
1. De l'origine des Lettres Grecques?
Les deux Mémoires où M. Renaudot
examine cette matiere,font contenus dans
le fecond Volume de l'Hiftoire de l'Académie
des Inſcriptions , page 246. Il y'
foutient , à l'exemple de Jofeph Jufte
Scaliger , que les Lettres Grecques tirent
feur origine , non point des Egyptiennes
mais des Phéniciennes ou anciennes Hebraïques.
3
12. Eclairciffement fur les Explications
que les Anglois ont données de quelques
Inferiptions de Palmyre & des Remarques
fur une qui fe trouve à Heliopolis de Syrie,
appellée communément Baalbek. Hiftoire de
' Académie des Infcriptions. Tom. 2. p.
-509.
13. Eclairciffement fur le nom de Septimia
qui eft joint à celui de Zenobia fur les Médailles
de cette Princeffe. Ibid. p. 567.
14. Lettre à M. Dacier fur les Verfions
Syriaques & Arabes d'Hippocrate , inferée
dans la Traduction d'Hippocrate par
Dacier
M
DS.
4660 MERCURE DE FRANCE
15. Les Libraires de Paris voyant l'empreffement
avec lequel on recherchoit le
Dictionnaire de M. Bayle , lorfqu'il parût
pour la premiere fois , formerent le deffein
de le réimprimer , & s'addrefferent
à M. le Chancelier pour avoir un pri
vilege ; M. le Chancelier ordonna à
M. l'Abbé Renaudot d'examiner l'Ouvrage
, pour voir s'il n'y avoit rien contre
la France ou contre la Religion , & M.
Renaudot dreffa un Mémoire où il en
donna une idée très défavantageuſe. Ce
Mémoire étant tombé entre les mains de
M. Jurieu , qui haïffoit M. Bayle , il le
fit imprimer avec quelques Extraits de
Lettres anonymes fur le même fujet , &
y ajoûta des Remarques fort vives ; le
tout parut fous le titre de fugement du
Public, & particulierement de M. l'Abbé
Renaudot fur le Dictionnaire Critique du
Sieur Bayle. Rotterdam, 1697. in 4. pp. 47.
M. Bayle y répondit par un Ecrit inti
tulé : Réflexions fur un Imprimé qui a pour
titre Jugement du Public &c. in 4. pp.
16. Il fut réfuté à fon tour par M. Jurieu
dans une Lettre fur les Réflexions
publiées contre le Jugement du Public
fur le Dictionnaire du ficur Bayle , in 44
pp. 16.
M. Bayle marque dans fa Lettre 2307
à M. Des Maizeaux que M. de Witt +
I. Vola
grand
DECEMBRE. 1730. 2661
à
grand ami de l'Abbé Renaudot , ayant
reçû une de ſes Lettres , où il lui marquoit
qu'il n'entroit qu'avec regret dans
des démêlés de cette nature , & qu'il
haïffoit naturellement les guerres Litte
raires , ménagea la paix entr'eux , & l'engagea
mettre tout en oubli , ce qui
fit qu'il ne dit pas un mot de leur differend
dans la feconde Edition de fon
Dictionnaire. D'un autre côté , M. de
Saint-Evremont compofa une petite Piéce
contre le Jugement de M. Renaudot , où
il le raille affez finement. On la trouve
parmi fes Oeuvres.
16. Il a préfidé pendant plufieurs années
à la compofition des Gazettes qui
doivent leur établiffement à Theophrafte
Renaudot , fon ayeul , lequel en fit en
1631. agréer le projet au Cardinal de
Richelieu , & dont il a eu le privilege
après fon pere.
Voyez fon Eloge par M. de Boze daus
Hiftoire de l'Académie des Infcriptions
tome 5. p. 384.
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres.
Catalogue des Ouvrages d'Eufebe Renaudot.
1. Il a traduit en Latin dès l'âge de 25 .
I. Vol. ans
DECEMBRE. 1730.. 265 3
ans les Atteftations des Eglifes d'Orient
touchant leur créance fur l'Euchariftie
que M. de Nointel , Ambaffadeur de
France à Conftantinople , envoya à M. de
Pomponne , pour être inferées dans le Livre
de la Perpetuité de la Foi fur l'Euchariftie
, & fa Traduction fe trouve dans
le troifiéme Volume , dans la Préface duquel
M. Arnauld s'exprime ainfi à fon
fujet » Ce feroit tout-à- fait manquer à
»la reconnoiffance & à la juftice , que de .
ne pas rendre un témoignage public
» de l'obligation qu'on a à celui qui a
» rendu ces Actes utiles à l'Eglife par la
» traduction qu'il en a faite , & la peine
qu'il a prife d'extraire lui - même des
>> Livres Orientaux tous les Paffages qui
» font rapportés dans cet Ouvrage . C'eft
» M. l'Abbé Renaudot , dont la modeftie
ne permet pas d'en dire davantage ;
» mais la diverfité de ces Actes & des
>> Livres dont fes Extraits ont été tirés ,
» qui font écrits les uns en Grec vul-
>> gaire , les autres en Arabe , les autres
» en Syriac , les autres en Copte , les autres
en Ethiopien , font affez connoître
>> l'intelligence qu'il a dans toutes ces Lan
» gues.
Défenfe de la Perpetuité de la Foi contre
les calomnies & les fauffetés du Livre
intitulé : Monumens authentiques de la
JVol
Ev Religion
2654 * MERCURE DE FRANCE
Religion des Grecs. Paris 1708. in 8. Jean
Aymon , Auteur des Monumens autentiques
que M. Renaudot entreprend ici
de réfuter , étoit né en Dauphiné ; après
avoir été ordonné Prêtre , il fut Aumônier
d'un Evêque de Maurienne qu'il
fuivit dans un Voyage de Rome où il acquit
un titre de Protonotaire Apoftolique
, & deffervit quelque tems une Cure
de Campagne. Il quitta enfuite Eglife
Romaine pour embraffer le Calviniſme,
& paffa en Hollande , d'où il vint à Paris
en 1705. fous prétexte de rentrer
'dans le fein de l'Eglife ; il s'acquit par fà
de la protection , & eut un libre accès à
la Bibliotheque du Roi , où il avoit la
liberté de parcourir les Manufcrits précieux
qui y font ; mais il ſe ſervit de cette
liberté pour en mutiler quelques- uns ,
& pour voler l'original d'un Synode de
Jerufalem , tenu en 1672. fous le Patriarche
Dofithée , qu'il emporta en Hollande,
& qu'il y fit imprimer en 1708. avec des
Notes de fa façon . Ce Livre tiffu de calomnies
, de raifonnemers abfurdes &
de bévûcs ridicules excita tellement l'indignation
de M.Renaudot, qu'il travailla
auffi- tôt à renverfer ces prétendus Monumens
, ce qu'il exécuta d'une maniere
également folide & fçavante . Le Manuſcrit
volé eft revenu dans la Bibliotheque
1. Vol du
DECEMBRE. 1730. 2655
du Roi , les Etats Generaux l'ayant retiré
de la Bibliotheque de Leyde , ou le
fieur Aymon l'avoit déposé pour le
rendre à fon premier Maître .
3. Gennadii Patriarcha Conftantinopoli
-tani Homilia de Sacramento Euchariftia ,
Meletii Alexandrini , Nectarii Hierofoly
mitani , Meletii Syrigi & aliorum de eodem
argumento Opufcula , gracè & Latinè , feu
Appendix ad Acta , qua circa Græcorum
de Tranfubftantiatione fidem relata funt in
opere de Perpetuitate Fidei. Eufebius Renaudotius
, Parifinus , ex Codd . Mff. edidit
, latinè vertit , Differtationes & Ob
fervationes adjecit. Paris , 1709. in 4.
4. La Perpetuité de la Foi de l'Eglife
Catholique touchant l'Euchariftie . Tome
-IV. contenant un Examen particulier
de la conformité de la Doctrine des Grecs
& de tous les Chrétiens Orientaux avec
celle de l'Eglife Latine , plufieurs nouveaux
Eclairciffemens touchant les Auteurs
& les faits allegués dans les Volumes
précedens , & la réfutation de tout
ce qui a été objecté contre les Atteftations
& autres Piéces qui y ont été produites.
Paris , 1711. in 4.
5. La Perpetuité de la Foi de l'Eglife Caª
tholique fur les Sacremens , & fur tous les
autres points de Religion & de Difcipline
que les premiers Réformateurs ont pris pour
I. Vol
5°
· prétexte
2656 MERCURE DE FRANCE
prétexte de leur Schifme , prouvée par le
confentement des Eglifes Orientales . Paris ,
1713. in 4. Il y a beaucoup d'érudition
dans ces deux Volumes .
6. Hiftoria Patriarcharum Alexandrinorum
Facobitarum à D. Marco ufque ad finem
faculi XIII. cum Catalogo fequentium
Patriarcharum , & collectaneis Hiftoricis ad
ultima tempora fpectantibus . Inferuntur multa
ad res Ecclefiafticas Facobitarum Patriarchatus
Antiocheni , Æthiopia , Nubia &
Armeniæ pertinentia. Accedit Epitome Hif
toria Muhamedane ad illuftrandas res
Ægyptiacas ; omnia collecta ex Autoribus
Arabicis , Severo , Epifcopo Afchmonie ,
Michaële , Epifcopo Taneos , Ephrem
filio Zaraa , Abulbircat & aliis Anonimisz
tum ex editis Eutichio , Elmacino , Abulfaragio
, Chronico Orientali , diverfifque
Hiftoria Muhamedana Scriptoribus Arabicis
& Perficis. Paris, 1713. in 8. On n'avoit
encore rien vû de fi exact ni de fr
recherché fur l'Histoire des Patriarches.
Jacobites d'Alexandrie.
7. Liturgiarum Orientalium Collectio
Parifiis, 1716. in 4. 2. tom.C'eft le Recueil
le plus ample qui ait jamais été fait des
Liturgies Orientales à l'ufage des Coptes,
des Jacobites , des Melchites de Syrie &
des Neftoriens . M. Renaudot s'eft contenté
de faire imprimer fa Traduction ,
I. Vol. fans
DECEMBRE 1730. 2657
fans y joindre le Texte original , don't
Pimpreffion auroit demandé une dépenfe
exceffive , & auroit rebuté beaucoup de
gens. Les Differtations qui accompagnent
La Traduction font très fçavantes .
8. Défenfe de l'Hiftoire des Patriarches
d'Alexandrie & de la Collection des Litur
gies Orientales , contre un Ecrit intitulé :
Défenſe de la Mémoire de M. Ludolf.
Paris , 1717. in 12. pp. 193. M. l'Abbé
Renaudot en donnant au Public l'Hif
toire des Patriarches d'Alexandrie & la
Collection des Liturgies Orientales crût
être obligé de réfuter quelques endroits
de l'Hiftoire d'Ethiopie de Ludolf & du
Commentaire que le même Auteur a
publié fur cette Hiftoire. C'est ce qui a
donné lieu au Mémoire inferé dans le
neuviéme Tome du Journal Litteraire ,,
page 217. où l'on prétend défendre Lu
dolf contre les accufations de M. Renaudot.
Ce fçavant Abbé s'y voyant accufe
à fon tour de mauvaiſe foi avec beau
coup de vivacité , publia cet Ouvrage
pour repouffer les attaques de cet Advesfaire
, qui lui a répondu avec la même
vivacité que la premiere fois dans un
Ecrit intitulé Examen défintereffe du
Livre de M. Renaudot , & inferé dans
PEurope Sçavante , Tome 1o. p. 23.1 . &
Tome 11. p . 28 .
I. Vol.
ބ
2658 MERCURE DE FRANCE
9. Anciennes Relations des Indes & de
la Chine , de deux Voyageurs Mahometans
qui y allerent dans le IX. fiecle , traduites
d Arabe , avec des Remarques fur les principaux
endroits de ces Relations . Paris , 1718.
in 8. Ces Relations font fimples & convenables
au tems , où elles ont été écrites.
Leurs Auteurs paroiffent inftruits &
finceres. Les Obfervations de M. Renaudot
les rendent plus inftructives & plus
utiles ; on n'y remarque ni l'aigreur qu'on
lui a reproché dans d'autres Ouvrages ,
ni une profufion exceffive d'érudition
affez ordinaire à ceux qui ont beaucoup
lû & fur- tout des Livres que peu de
perfonnes peuvent lire : c'eft le jugement
qu'on porte de cet Ouvrage dans PEu-
Fope Sçavante , tome 6. p. 95. Mais ce
jugement eft contredit par le Pere de
Prémare , Jefuite , Miffionnaire à la Chine
, qui dans une Lettre inferée dans le
dix- neuvième Recueil des Lettres édifiantes
& curieuſes , écrites des Miffions
Etrangeres par quelques Miffionnaires de
la Compagnie de Jefus , fait voir que
ces Relations font remplies de fables &
de contes , & que M. Renaudot , noncontent
d'adopter toutes les faufletés qu'il
s'eft donné la peine de traduire , eft tombé
lui -même dans une infinité de mépri
fes confiderables dans les Eclairciffemens
qu'il y a ajoûtés.
10.
DECEMBRE. 1730. 2659
10. De l'origine de la Sphere. Cette
Differtation qui fe trouve dans le premier
Tome des Mémoires de l'Académie des
Infcriptions , page 1. a été attaquée par
M. Des Vignoles dans des Remarquesfort
fçavantes , inferées dans le cinquié
meTome de la Bibliotheque Germanique,
page 153.
1. De l'origine des Lettres Grecques?
Les deux Mémoires où M. Renaudot
examine cette matiere,font contenus dans
le fecond Volume de l'Hiftoire de l'Académie
des Inſcriptions , page 246. Il y'
foutient , à l'exemple de Jofeph Jufte
Scaliger , que les Lettres Grecques tirent
feur origine , non point des Egyptiennes
mais des Phéniciennes ou anciennes Hebraïques.
3
12. Eclairciffement fur les Explications
que les Anglois ont données de quelques
Inferiptions de Palmyre & des Remarques
fur une qui fe trouve à Heliopolis de Syrie,
appellée communément Baalbek. Hiftoire de
' Académie des Infcriptions. Tom. 2. p.
-509.
13. Eclairciffement fur le nom de Septimia
qui eft joint à celui de Zenobia fur les Médailles
de cette Princeffe. Ibid. p. 567.
14. Lettre à M. Dacier fur les Verfions
Syriaques & Arabes d'Hippocrate , inferée
dans la Traduction d'Hippocrate par
Dacier
M
DS.
4660 MERCURE DE FRANCE
15. Les Libraires de Paris voyant l'empreffement
avec lequel on recherchoit le
Dictionnaire de M. Bayle , lorfqu'il parût
pour la premiere fois , formerent le deffein
de le réimprimer , & s'addrefferent
à M. le Chancelier pour avoir un pri
vilege ; M. le Chancelier ordonna à
M. l'Abbé Renaudot d'examiner l'Ouvrage
, pour voir s'il n'y avoit rien contre
la France ou contre la Religion , & M.
Renaudot dreffa un Mémoire où il en
donna une idée très défavantageuſe. Ce
Mémoire étant tombé entre les mains de
M. Jurieu , qui haïffoit M. Bayle , il le
fit imprimer avec quelques Extraits de
Lettres anonymes fur le même fujet , &
y ajoûta des Remarques fort vives ; le
tout parut fous le titre de fugement du
Public, & particulierement de M. l'Abbé
Renaudot fur le Dictionnaire Critique du
Sieur Bayle. Rotterdam, 1697. in 4. pp. 47.
M. Bayle y répondit par un Ecrit inti
tulé : Réflexions fur un Imprimé qui a pour
titre Jugement du Public &c. in 4. pp.
16. Il fut réfuté à fon tour par M. Jurieu
dans une Lettre fur les Réflexions
publiées contre le Jugement du Public
fur le Dictionnaire du ficur Bayle , in 44
pp. 16.
M. Bayle marque dans fa Lettre 2307
à M. Des Maizeaux que M. de Witt +
I. Vola
grand
DECEMBRE. 1730. 2661
à
grand ami de l'Abbé Renaudot , ayant
reçû une de ſes Lettres , où il lui marquoit
qu'il n'entroit qu'avec regret dans
des démêlés de cette nature , & qu'il
haïffoit naturellement les guerres Litte
raires , ménagea la paix entr'eux , & l'engagea
mettre tout en oubli , ce qui
fit qu'il ne dit pas un mot de leur differend
dans la feconde Edition de fon
Dictionnaire. D'un autre côté , M. de
Saint-Evremont compofa une petite Piéce
contre le Jugement de M. Renaudot , où
il le raille affez finement. On la trouve
parmi fes Oeuvres.
16. Il a préfidé pendant plufieurs années
à la compofition des Gazettes qui
doivent leur établiffement à Theophrafte
Renaudot , fon ayeul , lequel en fit en
1631. agréer le projet au Cardinal de
Richelieu , & dont il a eu le privilege
après fon pere.
Voyez fon Eloge par M. de Boze daus
Hiftoire de l'Académie des Infcriptions
tome 5. p. 384.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un catalogue des œuvres d'Eusèbe Renaudot, un érudit du XVIIIe siècle. Renaudot a traduit en latin les attestations des Églises d'Orient sur l'Eucharistie, envoyées par l'ambassadeur de France à Constantinople, M. de Nointel, à M. de Pomponne. Cette traduction, publiée dans le troisième volume de la 'Perpetuité de la Foi', a été saluée par M. Arnauld pour son utilité et la diversité des langues maîtrisées par Renaudot, incluant le grec, l'arabe, le syriaque, le copte et l'éthiopien. Renaudot a également écrit une défense contre les calomnies et les faussetés du livre 'Monumens authentiques de la Religion des Grecs' de Jean Aymon. Aymon, après avoir été prêtre et protonotaire apostolique, s'était converti au calvinisme et avait volé des manuscrits précieux de la Bibliothèque du Roi, notamment un synode de Jérusalem de 1672. Renaudot a réfuté les prétendus monuments d'Aymon et a contribué à la restitution du manuscrit volé. Parmi les autres œuvres de Renaudot figurent des homélies et des opuscules sur l'Eucharistie, des examens de la conformité des doctrines des Grecs et des Chrétiens orientaux avec celle de l'Église latine, et une histoire des patriarches jacobites d'Alexandrie. Il a également compilé une collection de liturgies orientales et traduit des relations anciennes des Indes et de la Chine. Renaudot a été impliqué dans des controverses littéraires, notamment avec Pierre Bayle et Jacques Jurieu, concernant le 'Dictionnaire Critique' de Bayle. Il a présidé à la composition des gazettes fondées par son aïeul, Théophraste Renaudot, et a été honoré par un éloge dans l'Histoire de l'Académie des Inscriptions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15903
p. 1164-1195
LES VIES des Hommes Illustres de la France, depuis le commencement de la Monarchie jusqu'à présent. Par M. d'Auvigny. Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines. A Amsterdam, & se vendent à Paris, chés le Gras, Grand'Salle du Palais, à L couronnée 1744.
Début :
Nous avons rendu compte en son tems de tous les Volumes de cet Ouvrage, [...]
Mots clefs :
Duc de Nemours, Ennemis, Français, Armée, Troupes, Ville, Général, Roi, Vénitiens, Pierre de Navarre, Louis XII, Bataille, Bologne, Victoire, Courage, Combat, Guerre, Suisses, Italie, Armes, Colonne, Retranchements, Infanterie
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texteReconnaissance textuelle : LES VIES des Hommes Illustres de la France, depuis le commencement de la Monarchie jusqu'à présent. Par M. d'Auvigny. Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines. A Amsterdam, & se vendent à Paris, chés le Gras, Grand'Salle du Palais, à L couronnée 1744.
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à préfent. Par M. d' Auvigny.
Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines.
A Amfterdam , & se vendent à
Paris , chés le Gras , GrandSalle du Palais
, à L couronnée 1744:
N
Ous avons rendu compte en fon tems
de tous les Volumes de cet Ouvrage
qui ont précédé les deux dont on vient de
lire le titre , & qui viennent de paroître depuis
peu de jours . En rendant ce compte au
public , nous avons fouhaité pour fon intérêt
, que l'Auteur jouit d'une longue vie &
d'une parfaite fanté , Il a plû au Seigneur
d'en difpofer autrement. Nous avons perdu
M. d'Auvigny à la fleur de fon âge , & au
milieu de la courfe litteraire qu'il avoit entreprife.
C'eft ce que nous apprenons à regret
de M. fon Frere , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Prémontré , dans un Avertiffement,
qui eft à la tête du IX Tome . Avertiffe-
"
JUIN. 1744. TM 1165
tiffement qui contient un détail litteraite ,
honorable , & curieux , lequel nous nous
faifons un devoir de rapporter ici dans fon
entier à caufe de fa brièveté.
Ces deux Volumes , dit M. le Chanoine ,
& ceux qui les fuivront , font les Ouvrages
pofthumes de M. d'Auvigny , Chevau- Leger
de la Garde , qui après avoir donné fes foins
pour l'Edition des Tomes VII & VIII de
fon Livre , fe hâta de partir pour joindre
La Troupe , & a été malheureufement tué
dans le Combat d'Ettinghen , à l'âge de treit
re & un ans , le 27 Juin 1743 , laiffant une
Veuve & deux enfans mâles , à qui les defcendans
des Hommes Illuftres de la France ,
qu'il a célébrés fi dignement , accorderont ,
fans doute , leur protection & par honneur
& par reconnoillance .
On fera peut-être étonné qu'un Auteur ,
qui a fi peu vécu , ait pû fournir une pareille
carriere , & qu'outre ces dix Volumes , qui
font imprimés , il ait encore laiffé la matiere
de plufieurs autres en manufcrit , entre les
mains de fon Libraire , avant que de partir
pour la Franconie, où il a fini fes jours . Peu
d'Ecrivains ont eu plus de facilité & de talens
pour écrire l'Hiftoire , & je crois que la République
des Lettres a fait en lui une perte.
Sa mémoire étoit prodigieufe , & fon ima
gination d'une vivacité extraordinaire, join-
E iij
te
1166 MERCURE DE FRANCE.
te à beaucoup de pénétration d'efprit. Naturellement
Philofophe , il s'étoit formé un
style nerveux & fententieux , qu'on remar
que facilement dans cet Ouvrage. Peut-être
aimoit- il un peu trop les ornemens du ftyle
& les agrémens de la narration , & il femble
les avoir quelquefois préférés à l'exacti
tude de la Grammaire , trop vif & trop
hardi dans fes penfées , pour s'y affujettit
fcrupuleufement.
Si l'on eft furpris qu'il ait pu achever un
fi long Ouvrage à la fleur de fes années ;
( Ouvrage qui fuppofe une lecture immenft
& un très-pénible travail ) combien le ferat'on
davantage , fi on fait attention à tous
les Livres , qu'il a publiés avant celui- ci ?
Après s'être exercé dans fa premiere jeuneffe
fur des matieres de bel efprit & de fiction ,
il s'appliqua férieufement à l'Hiftoire , &
donna un Abregé de celle de France & de la
Romaine, imprimée en 1730. Quelques an
nées après il mit au jour l'Hiftoire de la
Ville de Paris, en cinq Volumes, dont néan
moins la moitié du quatriéme & tout le cinquiéme
ne font point de lui , mais de feu
M. de la Barre , de l'Académie des Belles-
Lettres.
M. d'Auvigny étoit né dans le Hainaut
Après la mort d'un Oncle , qui lui avoit
donné de l'éducation , il vint à Paris en
1
1728
JUIN. 1169 1744.
?
1728 , & fut recommandé à une perfonne
très-connuë dans la République des Lettres ,
qui ayant apperçu en lui du génie , de l'efprit
, du talent & beaucoup d'application à
la lecture & au travail , prit quelque foin
de cultiver ces difpofitions. Mais depuis
plus de huit années , M. d'Auvigny s'étant
attaché à d'autres perfonnes , & ayant voulu
fe conduire à fon gré , celui à qui il avoit
obligation de la premiere culture de fes talens
, n'eut dans la fuite prefque aucun commerce
avec lui. Ainſi dans la compofition
des Vies des Hommes Illuftres , on peut dire
qu'il n'a été fecondé de qui que ce foit. Il
ne me fied pas de m'étendre davantage fur
les louanges d'un frere. J'ai crû devoir à fes
chers manes ce leger tribut , & que le Pu
blic l'approuveroit.
›
Pour donner une idée du travail de M.
d'Auvigny & pour fuivre la coûtume , que
nous avons prife , en rendant compte de
pareils Ouvrages nous expoferons ici
une des Vies qui compofent ce IX Tome.
Celle de GASTON DE FOIX , Duc de Nemours,
Général d'Armée , & Viceroi de Milan , fous
Louis XII , qu'on trouve à la pag. 128 ,
nous a paru convenir aux bornes de ce
Journal.
L'Hiftoire de ce Prince , tué à 24 ans ,
dans le fein de la victoire , eft une folide
E iij preu1168
MERCURE DE FRANCE.
preuve , qu'on ne peut trop fe hâter de de
venir Grand Homme , & que la vertu ne
fuit pas la jeuneffe , mais que l'ardeur & la
préfomption abandonnent rarement cet âge
dangereux .
GASTON étoit de l'Illuftre Maiſon de Foix ,
qui fe vante à jufte titre d'être iffuë de la
premiere race de nos Rois. Ces Cadets belliqueux
firent avouer de tout tems , qu'ils
étoient dignes de la Couronne , que la molleffe
de leurs aînés avoit fait perdre à leur
Maiſon. Son pere étoit N.... Comte de Foix
& de Comminges , & fa mere N.... de VALOIS
, foeur de Louis XII . Elle avoit été élevée
à la Cour de France , & témoin des malheurs
de fon frere , dont la caufe lui étoit
connuë : c'étoient les mauvais conſeils , &
une ambition déréglée . Cette Princeffe eut
donc foin d'écarter de fon fils tous les flateurs
, & de ne rien propoſer à fon émulation
, que de jufte & de légitime.
LOUIS XII , qui n'avoit point de fils , témoigna
à celui de fa foeur une affection de
pere ; il le fit venir de bonne heure à ſa
Cour , & ce qui commença à donner une
grande idée du jeune Prince , ce fut que ni
fa haute naiffance , ni les grands biens de fa
Maiſon , ni la faveur du Roi fon Oncle ne
parurent point l'occuper , ni le corrompre.
La fcience de la guerre , quoi qu'encore
bien
JUIN.17445 1169
bien imparfaite , étoit la principale de fon
tems ; il s'y adonna tout entier , & on le
vit à la journée d'Aignadet , à peine âgé de
18 ans , combattre fous les yeux du Roi avec
une valeur finguliere & une prudence que
fes regards lui infpiroient. Cette prudence
fut depuis la caufe de fa perte.
Quelque idée que Louis XII cut de fon
extrême vivacité , on ne s'en défia point
affés , à caufe de cette premiere marque de
moderation . Il le jugea lui-même depuis
auffi prudent , que tout le monde le trouvoit
brave!
·
Les Vénitiens , vaincus à Aignadel , montrerent
la fierté des anciens Romains , & fe
jugeant dans leur accablement hors d'état
d'obtenir une paix honorable , ils s'appliquerent
à attirer le Pape dans leur parti , &
à s'affurer des Suiffes , pour continuer la
guerre.D
,
Ces derniers devoient être les plus redoutables
ennemis de la France , & cependant
ils furent les moins menagés , Louis
XII avoit voulu délivrer la Nation Françoi
fe de l'efpece de tribut qu'elle payoit à ce
peuple belliqueux , ou plutôt lui faire connoître
, que c'étoit pour en être fervie , &
non pear s'en voir protegée ; de forte que
les Suiffes , animés par l'intérêt , écouterent
fans peine les propofitions des enne-
291VİV 50
Ey mis
1170 MERCURE DE FRANCE.
mis de la France , & leverent une armée
en leur faveur , pour entrer dans le Duché
de Milan.
2
Cet Etat ne s'étoit jamais vu plus puiffamment
menacé , & imoins de forces pour fe
deffendre ce dénûement dans une circonftance
femblable , ne pouvoit être réparé
que par une extrême attention , & une
grande prudence. " Enforte que le grand
nombre jugea , que le Roi confentoit en
quelque façon à le perdre , lorfqu'on vit le
Duc de Nemours, âgé de 22 ans , revêtu du
titre de Viceroi de Milan , & chargé de fa
confervation . Le jeune Prince avoit defiré
cet emploi avec ardeur, comme le plus brillant
qu'il pûr obtenir , & l'Europe vit avec
étonnement , que ce même Gafton , fi plein
de feu & d'ardeur pour la guerre , étoit devenu
tout à coup retenu & circonfpect , defirant
de combattre, comme un jeune guerrier
, mais fçachant en éviter les occaſions
comme un vieux Capitaine .
>
Sans attendre les Suiffes furieux au fortir
de leurs montagnes , il s'en approcha affés
pour leur laiffer efperer le combat. Ses vûes
étoient que les ennemis fe flatant de finir la
Campagne par une Bataille , prendroient
moins de précaution pour la fubfiftance de
leur armée , & qu'ils fe verroient contraints
par-là d'abandonner un Pays bien gardé &
dépourvût de vivres. Les
JUIN. 1171 1744.
Les Suiffes arrivés à Galera , dans le Milanez,
apprirent que le Général François étoit
pofté à Legnago , à quatre milles d'eux ,
fuivi feulement de trois cent lances , & de
deux cent Gentilshommes de la Maiſon du
Roi. Ils s'avancerent , & Gafton , fans trop
s'éloigner , pour leur donner plus d'envie
de le fuivre , recula jufques dans les Fauxbourgs
de Milan , où ils l'inveftirent , en at
tendant , pour le forcer , les fecours , qui
leur avoient été promis par le Pape & les
Vénitiens ; mais pendant que ces deux
Puiffances les amufoient d'efperances vaines
, le Duc de Nemours renforçoit fon armée
de quelques troupes tirées des garnifons
voisines.
Les Suiffes inquiets de l'abandon de leurs
Alliés , & n'ofant entreprendre d'attaquer
les François dans leurs retranchemens , s'avancerent
vers l'Adda , menaçant d'entrer
dans le Bergamafque. Le Duc de Nemours ,
toujours devant eux ou à leur fuite , campa
à Caffano , & rompit de telle forte leurs deffeins
, qu'ils lui envoyerent propoſer peu
de jours après de retourner dans leur Pays ,
s'il vouloit leur donner un mois de paye ,
fur le même pied qu'ils l'avoient toujours
reçu de la France.
re ,
Cette propofition , qu'on alloit leur fai
fut rejettée , parce qu'ils la faifoient :
E vj
on
1172 MERCURE DE FRANCE.
on marchanda ; ils s'irriterent , & mêlant
la fierté à l'intérêt , ils demanderent deux
jours après , le double de ce qu'on leur avoit
refufé, Gafton devenu plus fort en troupes ,
& en état de combattre avec plus de confiance
, en defiroit en quelque forte l'occafion.
On s'en appercevoit à fa façon de traiter
avec les Suiffes , qui envoyerent enfin
un trompette , pour déclarer qu'ils ne vouloient
plus d'accommodement , & qu'ils alloient
faire une guerre cruelle aux François
.
Le Duc de Nemours attendoit fans crainte
l'effet de ces menaces , lorfqu'on lui apprit
que les Suiffes avoient pris fecretement la
route du Lac de Côme , pour rentrer dans
leurs montagnes , vengeant la honte de cette
retraite par l'incendie de quelques Villages .
Gafton profita de leur abfence , & de la réputation
, que fa conduite lui avoit donnée
pour fortifier le Milanez , & affoiblir les
conféderés , en leur oppofant , s'il étoit poffible
, les forces de quelques Etats d'Italie.
La République de Florence & de Bologne
étoient les feuls Etats , qui laiffaffent
quelque efperance. La premiere , puiffante
par l'étendue de fes terres , le nombre & la
richeffe de fes habitans , étoit gouvernée par
un Magistrat Militaire, qui portoit le Titre
de Gonfalonier : fon inclination pour la France
JUIN. 1744. 1173
ce étoit décidée , mais le Confeil de la République
, rebuté de la legereté de la Nation
, écoutoit moins fon refpect pour le
Gonfalonier , que la crainte d'être facrifié
au premier avantage que les François pourroient
fe promettre en les abandonnant,
Gafton fut donc obligé de fe contenter de
voir garder une efpece de neutralité à cet
Etat , qu'il auroit été fi important de déterminer
pour fon parti , & de tourner toute
fon attention fur Bologne , abfolument déclarée
en fa faveur.
Cette Ville étoit alors fous la domination
des Bentivoglio , d'une Maiſon Illuftre d'Italie
, qui fe prétend defcendre d'un Roi de
Sardaigne , bâtard d'un Empereur d'Allemagne.
Les Bentivoglio ou Bentivoles , ennemis
perfonnels du Pape , de fa Maiſon &
de fes deffeins , avoient confenti , que le
Duc de Nemours mît dans Bologne une
garnifon de deux mille Allemands , & de
deux cent Gendarmes , fous les ordres d'Odet
de Foix , Seigneur de Lautrec , d'Ive
d'Alégre , & des Capitaines de la Fayette
& de S. Vincent , que les Italiens furnommoient
le Grand Diable , à caufe de fa valeur
, & de fa taille extraordinaire.
Mais l'expérience de ces Chefs , & la
force de la garnifon ne furent que la feconde
caufe du falut de la Ville ; elle étoit
perduc
1174 MERCURE DE FRANCE.
duë fans reffource , fi les ennemis avoient
pû éviter les inconvéniens ordinaires des
unions de troupes , qui infpirant differens
avis , obligent à perdre dans des déliberations
un tems toujours précieux à la guerre.
Ils confulterent donc , & Pierre de Navarre
, foldat de fortune , inftruit par Gonfalve ,
furnommé le Grand Capitaine , plus inftruit
encore par la Nature & par fon génie , fit
réfoudre d'emporter la Place par le moyen
des Mines , dont on l'a fait le premier Inventeur.
Bologne n'avoit point de dehors ;
une feule muraille , épaiffe à la vérité , étoit
toute fa défenſe ; le canon en ayant ruiné
plus de cent braffes en peu de jours , la largeur
de cette bréche tenta les affiégeans :
on voulut rifquer un affaut , dont les commencemens
eurent fi de fuccès , que les
Chefs réfolurent d'attendre l'effet de la Mine.
Pierre de Navarre l'avoit pouffée vers
la porte de Castiglione,fous un endroit de la
muraille , où il y avoit une petite Chapelle.
L'idée de l'Ingénieur étoit de la renverfer
avec la muraille dans le foffé , & de le combler
ainfi de leurs débris. La Garnifon inquiéte
de la largeur de la bréche , mais raffurée
par leur courage & par leur nombre
fe tenoit rangée le long de la muraille , affectant
une contenance fiere. Mille Fantaf
fins & cent quatre- vingt Gendarmes , enpeu
νομές
JUIN
1175 1744.
voyés par le Duc de Nemours , avoient encore
augmenté leur courage. Ils faifoient
des cris , & bravoient les affiégeans . Ceuxci
que Pierre de Navarre affuroit de l'effet
de la Mine , en attendoient le moment avec
impatience. Un tonnerre épouvantable l'annonça;
il fembloit que la Ville dût s'abîmer
, & les affiégeans célébroient déja leur
victoire par de grands cris , mais après que
le tourbillon de fumée & de poufliére für
diffipé , leur furpriſe fut extrême de voir la
Chapelle enlevée par la Mine dans le même
état, qu'elle étoit avant fon effet ; la poudre
l'avoit pouffée fi perpendiculairement, & la
maçonnerie ainfi que la charpente s'étoit
trouvée fi bonne,qu'à quelques fentes près,
on ne fe feroit point apperçu de fa tranflation
les Bolonnois crierent au miracle ,
& l'idée d'être foutenus par une providence
particuliere leur infpira une extrême réfolution.
Les affiégeans furpris refterent dans leurs
quartiers , & les nouvelles mefures , qu'ils
fe trouverent obligés de prendre , donnerent
le tems au Gouverneur d'envoyer demander
du fecours à Gafton de Foix , & l'ef
perance de le recevoir avant que d'être forcés.
Ce Général , qui affembloit les troupes à
Final , fur les frontieres du Modenois & du
-Bolorois , marcha avec toute fon armée
com1176
MERCURE DE FRANCE.
compofée d'onze mille Fantaffins , & de
treize cent lances. Craignant que le nom
bre ne le fit reconnoître , & ne pouvant
néanmoins feater de délivrer Bologne
avec moins de forces , il fut bien -tôt hots
-d'inquiétude. L'air fe chargea de nuages ,
& la neige , qui tomboit à gros flocons , en
rendant fa marche plus difficile , la rendit
auffi plus affurée. Toute Farmée, entrà dans
Bologne à l'infçu des ennemis , que l'on au
roit aifément battus à caufe de leur confiance
, fi Gaſton ent pû fe perfuader qu'ils ignorallent
fon arrivée . Le fiége fut levé fur le
champ avec beaucoup de précipitation ,
:quoique fans défordre , & le Duc de Nemours
, libérateur de Bologne fans avoir
tiré l'épée , fut regardé comme le plus prudent
, & le plus heureux Capitaine de fon
tems.
?
រ
Mais à peinegoûtoit-il les premiers fruits
de fa victoire , qu'on lui apprit la furprife
de Breffe par les Vénitiens. Cette Place fi
importante à la confervation du Milanez ,
avoit été confiée à la garde de du Lude , &
ce brave Officier fe trouvoit en état de la
conferver contre tous les ennemis du dehors
, mais il en avoit de plus dangereux
parmi les habitáns même , qui devoient
aider à fa deffenfe . Breffe , comine la plupart
des Villes d'Italie, étoit divifée en deux parJUIN.
1744. 1177
:
tis , à la tête defquels on voyoit les Maiſons
d'Avogaro , & de Gambara. Celle- ci attachée
aux François joüiffoit de toute la faveur
de ces nouveaux Maîtres de l'Italie.
& les autres ( c'eſt l'effet ordinaire de la
mauvaife politique ) éprouvoient chaque
jour de nouvelles injuftices. Une infulte ,
que le Comte de Gambara fit au Comte d'Avogaro
, obligea ce dernier à reclamer l'autorité
du Duc de Nemours . Ce Prince lui
promit de le fatisfaire , & l'oublia . L'Italien
crut qu'en lui refuſant la juftice , qui eft le
premier devoir des Souverains , on lui donnoit
l'exemple d'oublier le fien , tant il eſt
vrai que le déni de juftice , qui eft fi commun
, eft la fource de mille maux.
Il fçût donc mettre tout fon parti dans
l'intérêt de fa vengeance , & il prit fes mefures
avec tant de jufteffe , que les Vénitiens
avertis de fon deffein , parurent aux
portes de Breffe , avant que le Gouverneur
eut aucun foupçon de leur marche . La gar
nifon raffemblée fe porta toute entiere du
côté que paroiffoient les ennemis , mais
pendant qu'ils leur réfiftoient , une feconde
troupe de Vénitiens conduits par quelques
habitans entrerent par des égouts , dont ils
avoient ouvert les grilles. Aux cris de S.
Marc , qu'ils firent retentir de toutes parts ,
le Comte d'Avogaro parut dans la Place ,
font
1178 MERCURE DE FRANCE.
fondit fur le Gouverneur , déja embarraffe
par la multitude des ennemis,& l'obligea de
fe retirer au Château , d'où il pûr à peine
envoyer informer le Duc de Nemours de
fon malheur , & lui demander du fécours.
Ce Général étoit encore à Bologne , éloignée
de Breffe de quarante lieuës , & féparée
par le Pô , le Mincio , la Chieſa , & .
Les chemins devenus difficiles à caufe des
pluyes , fembloient impraticables à l'Artillerie
, dont on avoit cependant un befoin
abfolu ; mais l'ardeur du Chef , & l'affection
des Soldats pour lui , furmonterent ces
obftacles. Son armée fit en un jour trente
milles d'Italie , & ayant appris , que la République
envoyoit un Corps de cinq à fix
milles hommes au fecours de leurs troupes ,
qui affiégeoient le Château de Breffe , il fit
une diligence incroyable , pour gagner
de
vîteffe ces nouveaux ennemis. S'étant affuré
de cet avantage , il envoya contre eux le
Chevalier Bayard & Teligni avec leursGens
d'armes. Ces deux braves Chefs les ayant
joints , les battirent , & le Duc de Nemours
continuant fa route , arriva enfin à la vûë du
Château de Breffe , où il entra fans réfiftance.
Ce Prince donna une nuit à fes troupes
pour repofer , & le lendemain leur ayant
promis le pillage de la Ville , elles marcherent
JUI N. 1744. 1172
rent avec beaucoup de réfolution contre les
retranchemens des Vénitiens. Le Provedi
teur , qui les commandoit , avoit eu foin de
les munir d'une nombreufe artillerie ; outre
huit mille foldats , il avoit fous fes ordres
douze mille habitans prêts à combattre.Cette
armée étant trop nombreufe pour tenir dans
le terrain ,qui féparoit la Ville du Château,
il en avoit mis une partie en bataille , pour
rafraîchir les deffenfeurs du retranchement ;
de plus il avoit à dos une Riviére , & un
Pont , qu'il pouvoit rompre , fuppofé que
les François l'obligeaffent à la retraite.
Le Duc de Nemours étoit inftruit de tous
les avantages de l'ennemi ; mais le recouvrement
étoit d'une telle importance , qu'il réfolut
de tout rifquer. Son armée étoit de
douze mille hommes , qu'il divifa en plufieurs
corps : d'Alégre eut ordre de fe pofter
hors de la Ville , vis-à- vis la Porte de S.
Jean , la feule , que les Vénitiens avoient
laiffée ouverte , enfuite le Duc attaqua une
Abbaye appuyée contre les retranchemens ,
l'emporta , & fit paffer ce qu'il y avoit d'ennemis
au fil de l'épée. Ce premier fuccès encouragea
les troupes , fans rien faire perdre , -
au Général de fa moderation : Herigoïe , ou
Henri Gonet , fort eftimé de ce Prince &
des Soldats , fut mis à la tête d'une troupe
de Gafcons choifis , & le Chevalier Bayard
fuivit
1180 MERCURE DE FRANCE.
fuivit à pied avec fes Gens d'armes pour les
foutenir. L'ennemi les voyant avancer fiérement
& en bon ordre , fit un feu terrible
, qu'ils effuyerent fans s'ébranler ; le canon
du Château battoit avec furie contre
les retranchemens , & y faifoit de grandes
bréches ; les François les gagnerent après
avoir rempli le follé de fafcines , & ce fut
là que le combat devint fanglant. On s'y
battoit main à main , à coup de haches , de
piques , & d'épées. Le Chevalier Bayard
'animant les fiens
par fon exemple , reçut un
fi grand coup de pique dans la cuiffe , que
le fer y demeura avec le bout du bois où il
étoit attaché ; ce brave homme tomba noyé
dans fon fang , & les Soldats que fa préfen-
'ce avoit foutenus , commençoient à s'ébranler
, lorfque le Duc de Nemours la pique à
la main parut à leur tête , criant : Enfans ,
vengeons le bon Chevalier. Son exemple , &
fes cris infpirerent aux Soldats une efpece
de fureur ; les retranchemens furent forcés
en plufieurs endroits , & les fuyards pourfuivis
fi vivement , qu'ils n'eurent pas le
tems de lever le Pont , qu'il falloit paffer
pour entrer dans la Ville , où les vainqueurs
entrerent avec eux . Les Officiers leur firent
faire alte au- delà du Pont , pour les remettre
en ordre avec une facilité , qui fit connoître
combien le Duc de Nemours avoit acquis
JUI N. 1744.
1181
quis d'autorité fur fes troupes,
On reconnut bien-tôt la néceffité de cette
conduite ; la Gendarmerie Vénitienne , toute
la Cavalerie légere ,& une bonne partie
de leur Infanterie , fe firent voir en bataille
dans la Place , tout prêts à profiter du défordre
des François . Leur Général détacha
d'abord le Capitaine Bonnet , avec quelques
bataillons pour charger les Vénitiens ;
ils le reçurent avec courage , & le combat
devint plus long & plus dangereux , en cé
que les habitans montés fur les toits de leurs
maifons , en faifoient tomber de groffes
pierres & de l'eau bouillante , pendant que
d'autres tiroient par les fenêtres.
Le Duc de Nemours envoyoit fans ceffe
de nouvelles troupes pour feconder les premieres
, & les animoit par l'efpoir du pillage
, qui leur avoit été promis. Enfin après
une demie heure de combát , les Vénitiens
cédérent de tous côtés , & leur réfiftance vigoureuſe
fut la caufe que les vainqueurs ne
donnerent aucun quartier. On en fit un
grand maffacre dans toutes les rues de la
Ville. Plufieurs en fortirent , croyant trouver
leur falut dans la campagne , mais la
précaution , qu'ils avoient prife , de murer
toutes les portes de la Ville , à l'exception
de celle de S. Jean ' , leur devint funefte :
d'Alégre y étoit avec les Gens d'armes , qui
11
les
182 MERCURE DE FRANCE.
les malfacrerent . Les ennemis y perdirent ,
dix à douze mille hommes ; le Provediteur
André Gritti refta prifonnier , & ce qui mit
le comble au malheur de cette journée , fut
la prife du Comte Louis d'Avogaro & de
fon fils , Auteurs de la révolte.
Après que les Soldats les eurent rendus
témoins du pillage de leurs maiſons & de
la défolation de leur famille , contre laquelle
tout fut permis , on les préfenta au
Duc de Nemours , toute l'armée demandant
à grands cris leur fupplice. Il ne fervit de
rien au malheureux Comte de repréſenter ,
qu'étant né fujet des Vénitiens , il n'avoit
fait qu'appeller fes anciens Maîtres au ſe,
cours de la Patrie & de fa Maiſon , que l'on
accabloit d'injuftice ; le plus fort fut regardé
comme le Maître légitime , & fa mort fut
ordonnée.
Ce Seigneur appartenoit aux Maiſons les
plus confidérables de la Ville , & du Pays
d'alentour ; fon malheur y jetta la confternation
, & acheva la déſolation publique
furtout lorfqu'on vint à réfléchir fur la deftinée
de fon fils , compagnon involontaire de
fon crime , & qui devoit l'être de fon fupplice
.
Ce jeune homme avoit obéi à la Nature ,
ainfi qu'à la reconnoiffance , en fuivant le
Comte d'Avogaro , & fon courage avoit été
adJUIN.
1744. 1183
admiré par
il
le Duc de Nemours même , lorfque
fe voyant enveloppé avec fon pere ,
avoit tout tenté pour le fauver , ou pour
périr avec lui les armes à la main. Sa douleur
, lorfqu'il fe vit arrêté , fut d'un homme
plein de fentimens ; celle de fon pere
fembla feule l'occuper , & ce fut en cet
état , qu'on le préfenta au Duc de Nemours.
Ce Général , d'un âge à peu près femblable
au fien , parut touché de fon fort ; il le plaignit
, fans entreprendre de le confoler , ainfi
que le tentent ceux qui ne fçavent pas que
rien n'affoiblit dans un lâche la crainte de
perdre la vie , & qu'un homme de coeur
n'a pas beſoin de fecours pour fouffrir unę
mort honorable ; que même dans de certaines
fituations , & aux yeux d'un homme
courageux , les exhortations à la patience
& àla foumiffion font des affronts àfon courage.
On conduifit le pere & le fils en pri
fon , & le lendemain toute la Ville vint fe
jetter aux pieds du Duc de Nemours , pour
demander leur grace. La néceflité de faire
un exemple le rendit inexorable , & on vit
enfin ces deux malheureufes victimes marcher
enfemble au fupplice.
Cette fituation affreuſe pouvoit faire
comprendre qu'il eft des maux plus grands ,
que l'afpect d'une mort prochaine. Le Comte
d'Avogaro lié à côté de fon fils ne pouvoit
con1184
MERCURE DE FRANCE.
contenir les tranfports de la plus vive douleur
; il fe précipitoit vers le fupplice &
vers la mort , comme dans un afile qui devoit
le délivrer de cette cruelle vûë. Son
malheureux fils défefperé de fon état , demandoit
comme une grace , plus précieuſe
que la vie même , qu'on l'exécutât le premier.
On voyoit fur leur vifage & dans
leurs regards , l'agitation affreufe de leur
ame. Lamultitude , qui environnoit l'échaffaut
, obfervoit un filence profond , jettant
fes regards tantôt fur les deux victimes ,
tantôt fur le Duc de Nemours , dont la
trifteffe fembloit laiffer quelque efperance
de grace , mais à ce calme fuccederent des
cris perçans , lorfqu'on vit le Comte d'Avogaro
arrivé fur l'échaffaut s'approcher de
fon fils pour lui dire les derniers adieux ,
& les efforts que ces deux infortunés faifoient
pour s'embraffer malgré leurs liens.
Tandis que ce Spectacle accabloit tous les
coeurs , le Duc de Nemours fit un figne , &
les deux têtes tomberent prefque en mêmetems.
Cependant le pillage de la Ville avoit
ceffé ; après avoir été la caufe de la priſe
de la Place , en animant le foldat , il le devint
de la perte de l'armée en l'enrichiſſant.
Les troupes déferterent en foule , & cette
barbare victoire devint par- là prefque auffi
fuJUIN.
1744. 1185
funefte aux François qu'une défaite. Le Duc
de Nemours , au lieu de foldats aguerris , fe
trouva obligé de fe fervir de nouvelles levées
, inférieur en ce point aux ennemis ,
qui n'employoient contre lui que l'élite de
leurs troupes. Cependant Bologne fauvée
une armée vaincuë , Breffe reconquiſe en
moins de quinze jours , lui avoient donné
la réputation du plus grand & du plus heureux
Capitaine de l'Europe. Devenu la terreur
des ennemis , il devint le motif de la
présomption des François , qui s'imaginerent
que fon nom feul devoit triompher.
LOUIS XII , plus prudent par fon Confeil
que par fon caractere , & éblouii de fes fuccès
, lui manda de chercher par tout les Efpagnols
& de leur livrer bataille,
Une des raifons de cet empreffement étoit
la déclaration du Pape en faveur de la Ligue
, fortifiant ainfi des tréfors du S. Siége
& des troupes de l'Etat Eccléfiaftique les
Vénitiens & les Efpagnols , déja fi puiffans
en Italie . Mais Louis & fon Confeil étoient
alfés inftruits de la politique des Pontifes
pour ne pas douter qu'une victoire complette
fur les forces réunies des Conféderés , ne
déterminât le Pape à les abandonner. On
eraignoit auffi que l'Empereur , féduit par
l'exemple de la Cour de Rome , n'embraffat
le parti de la Ligue , & que les Suiffes irrités
I. Vol F du
1186 MERCURE DE FRANCE.
du mépris , que le Duc de Nemours leur
avoit témoigné , n'imitaffent toutes ces Puif
fances, en fe joignant à elles , pour accabler
les François .
Ces motifs firent agir Gaſton avec moins
de circonfpection , que l'état des affaires
ne le demandoit , dans le defir de donner
bataille pour contenter le Roi , & de déranger
les projets de tant de fiers ennemis . Il
prit donc le chemin de la Romagne à la tête
d'une armée de dix-huit mille hommes d'Infanterie
, & d'une Gendarmerie nombreuſe ;
il y trouva celle des ennemis commandée
par le Viceroi de Naples , mais ce Général
avoit reçû des ordres pofitifs d'éviter la ba
taille , le Roi d'Efpagne , fon Maître , ne
doutant pas que le Roi d'Angleterre & l'Empeu
,
pereur attaquant la France dans elle
ne fût obligée de rappeller fes troupes d'Ita
lie
pour fa deffenfe , de forte que le Duc de
Nemours , plus preffé que jamais par de
nouveaux ordres du Roi , avoit à engager
au combat des ennemis fupérieurs en nom
bre , & qui ne négligeoient rien pour l'évi
ter. Il s'empara à leur vûë de Cafteldi -Solarolo
, de Colignola & de Granarolo , eſperant
à chaque fiége de Place forcer les enne
mis à venir au fecours & les réduire à la né.
ceffité de donner bataille. Ils parurent conf
tans dans l'idée de la fuire , & pour les
conJUIN.
1744.
1187
contraindre , le Duc de Nemours fe vit forcé
d'affiéger Ravenne.
L'importance de cette Ville, par rapport à
fa richeffe , au nombre de fes habitans , à fa
fituation dans l'Etat Eccléfiaftique , & la
promeffe qu'avoit exigé Antoine Colonne
avant que de fe jetter dans la Place pour la
défendre , qu'on viendroit sûrement la fe
courir,ne permettoient plus aux Conféderés
de régler leurs démarches fur les ordres de
la Cour d'Efpagne. Rome & Venife menacées
, montrant plus d'inquiétude & plus
de feu , déterminerent leurs Alliés , & l'ar
mée entiere approcha à deuxmilles de diſtan
ce de celle des François.
Gafton , que leur arrivée combloit de
joie , donna ordre au Chevalier Bayard d'aller
les reconnoître à la tête de fes Gendarmes
, & de quelques Archers ; ce brave Capitaines
pouffa jufques dans le Camp ennemi
, qu'il eut le tems d'examiner avec attention
, tout en combattant , & répandant
Fallarme en tous lieux. Sur le compte qu'il
en rendit au Duc de Nemours , ce Prince
réfolut d'attaquer le lendemain onzième
Avril , jour de Pâques . Quelques -uns en témoignerent
du fcrupule , mais le Général
leur fit fentir qu'une guerre injufte ne devoit
jamais être entreprife , ni une guerre
jufte differée pour aucune raifon , & fur le
Fij champ
1188 MERCURE DE FRANCE.
champ onjetta un Pont fur la Romagné¿
pour aller à l'ennemi ; l'avantgarde compo
fée d'Infanterie Allemande , & précédée de
l'Artillerie , paffa fous les ordres du Duc de
Ferrare ; elle mit la riviere à fa droite , &
fa gauche fur deffendue par fept cent Gendarmes
; la bataille toute d'Infanterie Françoife
fe plaça à côté de ces derniers , & cinq
mille Italiens achevoient de former la ligne,
Le Seigneur de Chabanes , la Palice & le
Cardinal de S. Severin , armés de pied en
cap , étoient derriere avec fix cent lances
& le fameux Ive d'Alégre fut mis à la têtę
d'un Corps de quatre cent Gendarmes pour
la réferve , afin d'être à portée de repouffer
les forties que la garnifon de Ravenne
pourroit faire.
Les Chefs de l'armée Eſpagnole étoient
Pierre de Navarre , Fabrice Colonne , & Antoine
de Leve , Carvajal , Ferdinand d'Avalos
, Marquis de Pefcaire , Officiers célébres
, & peu dignes d'avoir pour Général le
Viceroi de Naples Raimond de Cardonne ,
le plus effeminé de tous les hommes , & que
le Pape même ne daignoit pas comprendre
parmi eux , l'appellant toujours Madame de
Cardonne. Tous ces Chefs mirent leur armée
en bataille , à la difference de terrain
près , ſuivant la même difpofition que celle
de France, Le Duc de Nemours lui fit paffer
le
JUIN. 1744. 1189
le Ronco , & l'artillerie fe fit bientôt entendre
d'une maniere terrible ; celle des ennemis
avoit l'avantage de prendre les François
à découvert , pendant que couchés le ventre
à terre dans leurs retranchemens , ils fe
trouvoient à l'abri des coups.
Pierre de Navarre avoit donné cet ordre
contre le fentiment de Fabrice Colonne
qui vouloit qu'on fortit pour aller au- devant
des François ; celui de Pierre de Navarre
qui mettoit les foldats en sûreté , leur parut
d'abord le meilleur , mais on reconnut bientôt
le défavantage certain d'être enfermés
& feulement fur la défenfive , contre des
ennemis , qui attaquoient avec vigueur .
Les François avoient déja perdu deux mille
hommes; les retranchemens ennemis étoient
bordés de petits chariots arnés de contelats,
& de pointes , machines d'autant plus terri
bles qu'elles étoient inconnues ; cependant
on vint à bout de les forcer. Le canon du
Duc de Nemours faifoit dans la Cavalerie
de Colonne le même ravage que celui des
ennemis dans fon Infanterie ; Colonne outré
de voir tomber fes Gendarmes ,fans pouvoir
donner un coup d'épée , demanda au
Viceroi la permiffion de charger , & malgré
fon refus vint tomber avec furie fur un Efcadron
que commandoient le Duc de Nemours
& le Chevalier Bayard ; il avoit di-
F iij vifé
1190 MERCURE DE FRANCE.
•
vifé le fien en deux pour les envelopper , &
profiter ainfi de leur petit nombre , mais
Gafton & le Chevalier Bayard foutinrent le
choc avec tant de courage & de bonheur
que Colonne mis en défordre leur donna
pour prendre une nouvelle difpofition , le
tems dont il avoit lui-même befoin pour le
ralliement ; il revint faire une feconde charge,
& les 2 troupes fe rompirent une feconde
fois; cependant lesFrançois auroient été obligés
de céder , fi Ive d'Alégre attentif à tout ce
qui fe paffoit dans la Plaine , ne fut accouru
à leur fecours. Alors le combat devint opiniâtre
, & Colonne après une vigoureufe
réfiſtance , ne ſe voyant plus que deux cent
Gendarmes de cinq cent qu'il commandoit ,
prit la fuite , & fut fuivi de Raimond de
Cardonne , avec le refte de la Cavalerie ,
qui n'avoit point encore combattu .
Pierre de Navarre refta feul avec fon Infanterie
, & préfenta, malgré cet abandon ,
un front redoutable au vainqueur ; le Duc
de Nemours jugea à leur contenance qu'il
falloit les attaquer avec précaution ; il détacha
trois mille Archers pour aller faire le
tour du retranchement , afin de prendre les
ennemis par derriere , pendant qu'il les attaqueroit
de front avec le refte de l'Infanterie.
Pierre de Navarre les voyant approcher
, fit mettre ventre à terre à fes gens ,
mais
JUI N. 1744 1191
mais les Archers Gafcons , les plus adroits
de l'Europe , en ayant tué ou bleffé un
grand nombre , il les fit tous relever , &
envoya un détachement de douze cent hommes
d'élite , qui chargerent les Gafcons avec
tant d'impétuofité , qu'ils les mirent en
fuite.
ས
Ce fuccès encouragea Pierre de Navarre ,
& jugeant bien que dépourvu de Cavalerie
il ne pouvoit efperer qu'une retraite glorieufe
, il fongea à fecourir Ravenne , pour
dé
gager la parole donnée à Antoine Colonne ,
& mettre en sûreté cette Place , qui étoit
Foccafion de la bataille , & l'objet de la victoire
; fon détachement de douze cent hommes
, après avoir pouffé les Gafcons , ne s'amufa
donc point à les pourfuivre , & prenoit
le chemin de Ravenne , lorfque le
Bâtard du Fay fe préfentant à la tête de
quelque Cavalerie , les obligea de retourner
dans leur Camp.
Pierre de Navarre les vit revenir avec
une efpece de joie ; il avoit à foutenir le
choc de l'armée Françoife entiere , & ce fut
là qu'il fit voir ce que peut la capacité à la
guerre , lorfqu'elle eft aidée du courage. Un
foffé défendoit fon retranchement ; il l'avoit
bordé d'un grand nombre de piquiers
robuftes & braves , qui foutinrent jufqu'à
fix charges fans fe rompre. Le Colonel Ja-
Fiiij cob ,
1192 MERCURE DE FRANCE.
>
cob , des Chef des Allemans , qui étoient a
la folde de la France, y fut tué ; les foldats
dont il étoit aimé , jetterent de grands cris ,
& chargerent les ennemis avec une nouvelle
fureur ; ceux- ci toujours ferrés & en bon
ordre , & pour ainfi dire , fortifiés de leurs
pertes , par le courage que l'excès du danger
donne à de braves foldats , foutinrent
cette attaque fans s'ébranler , & ils paroiffoient
impénétrables , quand un Officier
nommé Fabien , du Régiment de Jacob , un
des plus grands , & des plus forts hommes
qu'il y eut alors en Europe , défefperé de la
perte de fon Colonel , & la voulant venger
, fauta au milieu des ennemis , & prenant
fa pique par le travers , l'appuya avec
tant de force fur plufieurs de celles des ennemis
, qu'il les fit baiffer jufqu'à terre
donnant à ceux qui le fuivoient le moyen
d'entrer par cette ouverture : il y fut tué ,
mais fa mort donna la victoire à fon parti .
Les François au milieu des rangs Efpagnols
, firent des prodiges de valeur pour
achever de rompre des gens , qui à demi
vaincus , combattoient avec un courage aufli
reglé , que s'ils avoient pû efperer de vainere
on parvint jufqu'à Pierre de Navarre ;
il fut environné , accablé de coups de pique
& de traits, & enfin fait prifonnier. Ce qui
reftoit d'Espagnols , privés de leur Général ,
fe
JUIN. 1744. 1193
fe raffemblerent en un feul corps , & fe retirerent
en bon ordre par le grand chemin.
Le Duc de Nemours échauffé par un combat
fi long & fi opiniâtre , apperçut ce bataillon
; leur contenance fiere le frappa ; il
lui fembla qu'ils emportoient avec eux la
meilleure partie de fa victoire & fans
confulter que fon ardeur , il alla fe jetter
avec un petit nombre de Gendarmes fur des
troupes , que ni fon armée entiere , ni la
perte de leur Général , n'avoient pu obliger
à fe rendre.
,
A fon arrivée , les Efpagnols préfenterent
leurs piques ; fon cheval fut tué & lui- même
bleflé. Démonté & ayant perdu fa lance ,
déja couvert de fang , il mit le fabre à la
main , & regardant fon coufin Lautrec à
pied & bleffé comme lui : S'il faut périr
dit-il , faifons- nous regretter. En même- tems
il part & porte des coups terribles ; plufieurs
des ennemis tomberent à fes pieds , mais fes
armes fauffées de toutes parts par de violens
coups de pique , le laifferent bientôt à dé
couvert. Lautrec , refté prefque fenl auprès
de ce Prince , admirant la bravoure , défefperé
de fon péril , ne ceffoit de crier aux
Efpagnols : C'est le frere à votre Reine ne le
tuez pas. Mais ces cris adreffés à des gens
qui n'efperoient plus de quartier , & ac
Fy com1194
MERCURE DE FRANCE.
compagnés de grands coups de fabre , ne
touchoient point des foldats défefperés &
furieux ; Gafton affoibli par fa premiere
bleffure , & n'ayant que fon fabre pour
toute défenſe , reçut à la fois quatorze blef
fures , dont il expira fur le champ de bataille
.
gne
La témérité fit ainfi mourir dans le fein
de la victoire & à l'âge de vingt- quatreans
, un Prince , que l'ardeur d'acquerie
rop-tôt le titre de grand Capitaine , préci
pitoit dans tous les dangers. Son bonheur
l'éblouit ; le titre de foudre de l'Italie , que
trois grandes actions en une feule Campalui
avoient fait donner , lui infpira une
nouvelle présomption , & ce même titre lui
convint encore mieux après la mort , quedurant
fa vie ; car il eut de la foudre , le
bruit , l'éclat & le peu de durée. Ce Prince
fe crut invincible , parce qu'il avoit toujours .
vaincu . Des triomphes fouvent répétés , forment
le caractere brillant , à qui l'on donnele
titre d'Héroïfine , mais le mêlange dequelques
infortunes perfectionne & conferve
le grand homme.
On regretta d'autant plus le Duc de Nemours
, que fa perte fut fuivie de celle de
Italie pour les François , & qu'il avoit de
ces qualités naturelles & d'éducation , qui
Le rencontrent rarement chés les Princes. La
JeuJUIN.
1744. 1795*
Jeuneffe de la Cour , qui l'avoit fuivi , vantoit
fon affabilité , fa douceur , fes égards
pour les difpofitions heureuſes , & pour le
zéle. Les vieux Guerriers loüoient fon attention
pour leurs fervices , & fes déférences
pour la capacité & l'expérience. Le foldat
publioit fon extrême valeur , & les peuples,
vaincus fa clémence. Ces préventions favorables
, & la rapidité de fes fuccès éblouirent
tous les yeux , & l'Europe entiere le
reconnut pour un très- grand Capitaine , à
un âge où l'on ne commence qu'à être foldat.
Le bonheur eft une forte de mérite aux
yeux des hommes . S'il n'eft pas fort eſtimable
aux yeux de la raifon , il eft le plus
brillant & le plus admiré du vulgaire.
Les autres grands Capitaines , dont les
Vies rempliffent ce IX Tome , font : Louisde
la Tremoüille II. du nom , Prince de
Talmond , Vicomte de Thouars , furnommé
Le Chevalier fans reproche , fous les Rois
Louis XI & François I ; Ive d'Alégre, Che--
valier de l'ordre du Roi , Capitaine de cent
hommes d'armes , fous les Régnes de Char--
les VIII & Louis XII ; le Chevalier Bayard ,
Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné
, Chevalier de l'Ordre , Capitaine de
cent hommes d'armes.
France , depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à préfent. Par M. d' Auvigny.
Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines.
A Amfterdam , & se vendent à
Paris , chés le Gras , GrandSalle du Palais
, à L couronnée 1744:
N
Ous avons rendu compte en fon tems
de tous les Volumes de cet Ouvrage
qui ont précédé les deux dont on vient de
lire le titre , & qui viennent de paroître depuis
peu de jours . En rendant ce compte au
public , nous avons fouhaité pour fon intérêt
, que l'Auteur jouit d'une longue vie &
d'une parfaite fanté , Il a plû au Seigneur
d'en difpofer autrement. Nous avons perdu
M. d'Auvigny à la fleur de fon âge , & au
milieu de la courfe litteraire qu'il avoit entreprife.
C'eft ce que nous apprenons à regret
de M. fon Frere , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Prémontré , dans un Avertiffement,
qui eft à la tête du IX Tome . Avertiffe-
"
JUIN. 1744. TM 1165
tiffement qui contient un détail litteraite ,
honorable , & curieux , lequel nous nous
faifons un devoir de rapporter ici dans fon
entier à caufe de fa brièveté.
Ces deux Volumes , dit M. le Chanoine ,
& ceux qui les fuivront , font les Ouvrages
pofthumes de M. d'Auvigny , Chevau- Leger
de la Garde , qui après avoir donné fes foins
pour l'Edition des Tomes VII & VIII de
fon Livre , fe hâta de partir pour joindre
La Troupe , & a été malheureufement tué
dans le Combat d'Ettinghen , à l'âge de treit
re & un ans , le 27 Juin 1743 , laiffant une
Veuve & deux enfans mâles , à qui les defcendans
des Hommes Illuftres de la France ,
qu'il a célébrés fi dignement , accorderont ,
fans doute , leur protection & par honneur
& par reconnoillance .
On fera peut-être étonné qu'un Auteur ,
qui a fi peu vécu , ait pû fournir une pareille
carriere , & qu'outre ces dix Volumes , qui
font imprimés , il ait encore laiffé la matiere
de plufieurs autres en manufcrit , entre les
mains de fon Libraire , avant que de partir
pour la Franconie, où il a fini fes jours . Peu
d'Ecrivains ont eu plus de facilité & de talens
pour écrire l'Hiftoire , & je crois que la République
des Lettres a fait en lui une perte.
Sa mémoire étoit prodigieufe , & fon ima
gination d'une vivacité extraordinaire, join-
E iij
te
1166 MERCURE DE FRANCE.
te à beaucoup de pénétration d'efprit. Naturellement
Philofophe , il s'étoit formé un
style nerveux & fententieux , qu'on remar
que facilement dans cet Ouvrage. Peut-être
aimoit- il un peu trop les ornemens du ftyle
& les agrémens de la narration , & il femble
les avoir quelquefois préférés à l'exacti
tude de la Grammaire , trop vif & trop
hardi dans fes penfées , pour s'y affujettit
fcrupuleufement.
Si l'on eft furpris qu'il ait pu achever un
fi long Ouvrage à la fleur de fes années ;
( Ouvrage qui fuppofe une lecture immenft
& un très-pénible travail ) combien le ferat'on
davantage , fi on fait attention à tous
les Livres , qu'il a publiés avant celui- ci ?
Après s'être exercé dans fa premiere jeuneffe
fur des matieres de bel efprit & de fiction ,
il s'appliqua férieufement à l'Hiftoire , &
donna un Abregé de celle de France & de la
Romaine, imprimée en 1730. Quelques an
nées après il mit au jour l'Hiftoire de la
Ville de Paris, en cinq Volumes, dont néan
moins la moitié du quatriéme & tout le cinquiéme
ne font point de lui , mais de feu
M. de la Barre , de l'Académie des Belles-
Lettres.
M. d'Auvigny étoit né dans le Hainaut
Après la mort d'un Oncle , qui lui avoit
donné de l'éducation , il vint à Paris en
1
1728
JUIN. 1169 1744.
?
1728 , & fut recommandé à une perfonne
très-connuë dans la République des Lettres ,
qui ayant apperçu en lui du génie , de l'efprit
, du talent & beaucoup d'application à
la lecture & au travail , prit quelque foin
de cultiver ces difpofitions. Mais depuis
plus de huit années , M. d'Auvigny s'étant
attaché à d'autres perfonnes , & ayant voulu
fe conduire à fon gré , celui à qui il avoit
obligation de la premiere culture de fes talens
, n'eut dans la fuite prefque aucun commerce
avec lui. Ainſi dans la compofition
des Vies des Hommes Illuftres , on peut dire
qu'il n'a été fecondé de qui que ce foit. Il
ne me fied pas de m'étendre davantage fur
les louanges d'un frere. J'ai crû devoir à fes
chers manes ce leger tribut , & que le Pu
blic l'approuveroit.
›
Pour donner une idée du travail de M.
d'Auvigny & pour fuivre la coûtume , que
nous avons prife , en rendant compte de
pareils Ouvrages nous expoferons ici
une des Vies qui compofent ce IX Tome.
Celle de GASTON DE FOIX , Duc de Nemours,
Général d'Armée , & Viceroi de Milan , fous
Louis XII , qu'on trouve à la pag. 128 ,
nous a paru convenir aux bornes de ce
Journal.
L'Hiftoire de ce Prince , tué à 24 ans ,
dans le fein de la victoire , eft une folide
E iij preu1168
MERCURE DE FRANCE.
preuve , qu'on ne peut trop fe hâter de de
venir Grand Homme , & que la vertu ne
fuit pas la jeuneffe , mais que l'ardeur & la
préfomption abandonnent rarement cet âge
dangereux .
GASTON étoit de l'Illuftre Maiſon de Foix ,
qui fe vante à jufte titre d'être iffuë de la
premiere race de nos Rois. Ces Cadets belliqueux
firent avouer de tout tems , qu'ils
étoient dignes de la Couronne , que la molleffe
de leurs aînés avoit fait perdre à leur
Maiſon. Son pere étoit N.... Comte de Foix
& de Comminges , & fa mere N.... de VALOIS
, foeur de Louis XII . Elle avoit été élevée
à la Cour de France , & témoin des malheurs
de fon frere , dont la caufe lui étoit
connuë : c'étoient les mauvais conſeils , &
une ambition déréglée . Cette Princeffe eut
donc foin d'écarter de fon fils tous les flateurs
, & de ne rien propoſer à fon émulation
, que de jufte & de légitime.
LOUIS XII , qui n'avoit point de fils , témoigna
à celui de fa foeur une affection de
pere ; il le fit venir de bonne heure à ſa
Cour , & ce qui commença à donner une
grande idée du jeune Prince , ce fut que ni
fa haute naiffance , ni les grands biens de fa
Maiſon , ni la faveur du Roi fon Oncle ne
parurent point l'occuper , ni le corrompre.
La fcience de la guerre , quoi qu'encore
bien
JUIN.17445 1169
bien imparfaite , étoit la principale de fon
tems ; il s'y adonna tout entier , & on le
vit à la journée d'Aignadet , à peine âgé de
18 ans , combattre fous les yeux du Roi avec
une valeur finguliere & une prudence que
fes regards lui infpiroient. Cette prudence
fut depuis la caufe de fa perte.
Quelque idée que Louis XII cut de fon
extrême vivacité , on ne s'en défia point
affés , à caufe de cette premiere marque de
moderation . Il le jugea lui-même depuis
auffi prudent , que tout le monde le trouvoit
brave!
·
Les Vénitiens , vaincus à Aignadel , montrerent
la fierté des anciens Romains , & fe
jugeant dans leur accablement hors d'état
d'obtenir une paix honorable , ils s'appliquerent
à attirer le Pape dans leur parti , &
à s'affurer des Suiffes , pour continuer la
guerre.D
,
Ces derniers devoient être les plus redoutables
ennemis de la France , & cependant
ils furent les moins menagés , Louis
XII avoit voulu délivrer la Nation Françoi
fe de l'efpece de tribut qu'elle payoit à ce
peuple belliqueux , ou plutôt lui faire connoître
, que c'étoit pour en être fervie , &
non pear s'en voir protegée ; de forte que
les Suiffes , animés par l'intérêt , écouterent
fans peine les propofitions des enne-
291VİV 50
Ey mis
1170 MERCURE DE FRANCE.
mis de la France , & leverent une armée
en leur faveur , pour entrer dans le Duché
de Milan.
2
Cet Etat ne s'étoit jamais vu plus puiffamment
menacé , & imoins de forces pour fe
deffendre ce dénûement dans une circonftance
femblable , ne pouvoit être réparé
que par une extrême attention , & une
grande prudence. " Enforte que le grand
nombre jugea , que le Roi confentoit en
quelque façon à le perdre , lorfqu'on vit le
Duc de Nemours, âgé de 22 ans , revêtu du
titre de Viceroi de Milan , & chargé de fa
confervation . Le jeune Prince avoit defiré
cet emploi avec ardeur, comme le plus brillant
qu'il pûr obtenir , & l'Europe vit avec
étonnement , que ce même Gafton , fi plein
de feu & d'ardeur pour la guerre , étoit devenu
tout à coup retenu & circonfpect , defirant
de combattre, comme un jeune guerrier
, mais fçachant en éviter les occaſions
comme un vieux Capitaine .
>
Sans attendre les Suiffes furieux au fortir
de leurs montagnes , il s'en approcha affés
pour leur laiffer efperer le combat. Ses vûes
étoient que les ennemis fe flatant de finir la
Campagne par une Bataille , prendroient
moins de précaution pour la fubfiftance de
leur armée , & qu'ils fe verroient contraints
par-là d'abandonner un Pays bien gardé &
dépourvût de vivres. Les
JUIN. 1171 1744.
Les Suiffes arrivés à Galera , dans le Milanez,
apprirent que le Général François étoit
pofté à Legnago , à quatre milles d'eux ,
fuivi feulement de trois cent lances , & de
deux cent Gentilshommes de la Maiſon du
Roi. Ils s'avancerent , & Gafton , fans trop
s'éloigner , pour leur donner plus d'envie
de le fuivre , recula jufques dans les Fauxbourgs
de Milan , où ils l'inveftirent , en at
tendant , pour le forcer , les fecours , qui
leur avoient été promis par le Pape & les
Vénitiens ; mais pendant que ces deux
Puiffances les amufoient d'efperances vaines
, le Duc de Nemours renforçoit fon armée
de quelques troupes tirées des garnifons
voisines.
Les Suiffes inquiets de l'abandon de leurs
Alliés , & n'ofant entreprendre d'attaquer
les François dans leurs retranchemens , s'avancerent
vers l'Adda , menaçant d'entrer
dans le Bergamafque. Le Duc de Nemours ,
toujours devant eux ou à leur fuite , campa
à Caffano , & rompit de telle forte leurs deffeins
, qu'ils lui envoyerent propoſer peu
de jours après de retourner dans leur Pays ,
s'il vouloit leur donner un mois de paye ,
fur le même pied qu'ils l'avoient toujours
reçu de la France.
re ,
Cette propofition , qu'on alloit leur fai
fut rejettée , parce qu'ils la faifoient :
E vj
on
1172 MERCURE DE FRANCE.
on marchanda ; ils s'irriterent , & mêlant
la fierté à l'intérêt , ils demanderent deux
jours après , le double de ce qu'on leur avoit
refufé, Gafton devenu plus fort en troupes ,
& en état de combattre avec plus de confiance
, en defiroit en quelque forte l'occafion.
On s'en appercevoit à fa façon de traiter
avec les Suiffes , qui envoyerent enfin
un trompette , pour déclarer qu'ils ne vouloient
plus d'accommodement , & qu'ils alloient
faire une guerre cruelle aux François
.
Le Duc de Nemours attendoit fans crainte
l'effet de ces menaces , lorfqu'on lui apprit
que les Suiffes avoient pris fecretement la
route du Lac de Côme , pour rentrer dans
leurs montagnes , vengeant la honte de cette
retraite par l'incendie de quelques Villages .
Gafton profita de leur abfence , & de la réputation
, que fa conduite lui avoit donnée
pour fortifier le Milanez , & affoiblir les
conféderés , en leur oppofant , s'il étoit poffible
, les forces de quelques Etats d'Italie.
La République de Florence & de Bologne
étoient les feuls Etats , qui laiffaffent
quelque efperance. La premiere , puiffante
par l'étendue de fes terres , le nombre & la
richeffe de fes habitans , étoit gouvernée par
un Magistrat Militaire, qui portoit le Titre
de Gonfalonier : fon inclination pour la France
JUIN. 1744. 1173
ce étoit décidée , mais le Confeil de la République
, rebuté de la legereté de la Nation
, écoutoit moins fon refpect pour le
Gonfalonier , que la crainte d'être facrifié
au premier avantage que les François pourroient
fe promettre en les abandonnant,
Gafton fut donc obligé de fe contenter de
voir garder une efpece de neutralité à cet
Etat , qu'il auroit été fi important de déterminer
pour fon parti , & de tourner toute
fon attention fur Bologne , abfolument déclarée
en fa faveur.
Cette Ville étoit alors fous la domination
des Bentivoglio , d'une Maiſon Illuftre d'Italie
, qui fe prétend defcendre d'un Roi de
Sardaigne , bâtard d'un Empereur d'Allemagne.
Les Bentivoglio ou Bentivoles , ennemis
perfonnels du Pape , de fa Maiſon &
de fes deffeins , avoient confenti , que le
Duc de Nemours mît dans Bologne une
garnifon de deux mille Allemands , & de
deux cent Gendarmes , fous les ordres d'Odet
de Foix , Seigneur de Lautrec , d'Ive
d'Alégre , & des Capitaines de la Fayette
& de S. Vincent , que les Italiens furnommoient
le Grand Diable , à caufe de fa valeur
, & de fa taille extraordinaire.
Mais l'expérience de ces Chefs , & la
force de la garnifon ne furent que la feconde
caufe du falut de la Ville ; elle étoit
perduc
1174 MERCURE DE FRANCE.
duë fans reffource , fi les ennemis avoient
pû éviter les inconvéniens ordinaires des
unions de troupes , qui infpirant differens
avis , obligent à perdre dans des déliberations
un tems toujours précieux à la guerre.
Ils confulterent donc , & Pierre de Navarre
, foldat de fortune , inftruit par Gonfalve ,
furnommé le Grand Capitaine , plus inftruit
encore par la Nature & par fon génie , fit
réfoudre d'emporter la Place par le moyen
des Mines , dont on l'a fait le premier Inventeur.
Bologne n'avoit point de dehors ;
une feule muraille , épaiffe à la vérité , étoit
toute fa défenſe ; le canon en ayant ruiné
plus de cent braffes en peu de jours , la largeur
de cette bréche tenta les affiégeans :
on voulut rifquer un affaut , dont les commencemens
eurent fi de fuccès , que les
Chefs réfolurent d'attendre l'effet de la Mine.
Pierre de Navarre l'avoit pouffée vers
la porte de Castiglione,fous un endroit de la
muraille , où il y avoit une petite Chapelle.
L'idée de l'Ingénieur étoit de la renverfer
avec la muraille dans le foffé , & de le combler
ainfi de leurs débris. La Garnifon inquiéte
de la largeur de la bréche , mais raffurée
par leur courage & par leur nombre
fe tenoit rangée le long de la muraille , affectant
une contenance fiere. Mille Fantaf
fins & cent quatre- vingt Gendarmes , enpeu
νομές
JUIN
1175 1744.
voyés par le Duc de Nemours , avoient encore
augmenté leur courage. Ils faifoient
des cris , & bravoient les affiégeans . Ceuxci
que Pierre de Navarre affuroit de l'effet
de la Mine , en attendoient le moment avec
impatience. Un tonnerre épouvantable l'annonça;
il fembloit que la Ville dût s'abîmer
, & les affiégeans célébroient déja leur
victoire par de grands cris , mais après que
le tourbillon de fumée & de poufliére für
diffipé , leur furpriſe fut extrême de voir la
Chapelle enlevée par la Mine dans le même
état, qu'elle étoit avant fon effet ; la poudre
l'avoit pouffée fi perpendiculairement, & la
maçonnerie ainfi que la charpente s'étoit
trouvée fi bonne,qu'à quelques fentes près,
on ne fe feroit point apperçu de fa tranflation
les Bolonnois crierent au miracle ,
& l'idée d'être foutenus par une providence
particuliere leur infpira une extrême réfolution.
Les affiégeans furpris refterent dans leurs
quartiers , & les nouvelles mefures , qu'ils
fe trouverent obligés de prendre , donnerent
le tems au Gouverneur d'envoyer demander
du fecours à Gafton de Foix , & l'ef
perance de le recevoir avant que d'être forcés.
Ce Général , qui affembloit les troupes à
Final , fur les frontieres du Modenois & du
-Bolorois , marcha avec toute fon armée
com1176
MERCURE DE FRANCE.
compofée d'onze mille Fantaffins , & de
treize cent lances. Craignant que le nom
bre ne le fit reconnoître , & ne pouvant
néanmoins feater de délivrer Bologne
avec moins de forces , il fut bien -tôt hots
-d'inquiétude. L'air fe chargea de nuages ,
& la neige , qui tomboit à gros flocons , en
rendant fa marche plus difficile , la rendit
auffi plus affurée. Toute Farmée, entrà dans
Bologne à l'infçu des ennemis , que l'on au
roit aifément battus à caufe de leur confiance
, fi Gaſton ent pû fe perfuader qu'ils ignorallent
fon arrivée . Le fiége fut levé fur le
champ avec beaucoup de précipitation ,
:quoique fans défordre , & le Duc de Nemours
, libérateur de Bologne fans avoir
tiré l'épée , fut regardé comme le plus prudent
, & le plus heureux Capitaine de fon
tems.
?
រ
Mais à peinegoûtoit-il les premiers fruits
de fa victoire , qu'on lui apprit la furprife
de Breffe par les Vénitiens. Cette Place fi
importante à la confervation du Milanez ,
avoit été confiée à la garde de du Lude , &
ce brave Officier fe trouvoit en état de la
conferver contre tous les ennemis du dehors
, mais il en avoit de plus dangereux
parmi les habitáns même , qui devoient
aider à fa deffenfe . Breffe , comine la plupart
des Villes d'Italie, étoit divifée en deux parJUIN.
1744. 1177
:
tis , à la tête defquels on voyoit les Maiſons
d'Avogaro , & de Gambara. Celle- ci attachée
aux François joüiffoit de toute la faveur
de ces nouveaux Maîtres de l'Italie.
& les autres ( c'eſt l'effet ordinaire de la
mauvaife politique ) éprouvoient chaque
jour de nouvelles injuftices. Une infulte ,
que le Comte de Gambara fit au Comte d'Avogaro
, obligea ce dernier à reclamer l'autorité
du Duc de Nemours . Ce Prince lui
promit de le fatisfaire , & l'oublia . L'Italien
crut qu'en lui refuſant la juftice , qui eft le
premier devoir des Souverains , on lui donnoit
l'exemple d'oublier le fien , tant il eſt
vrai que le déni de juftice , qui eft fi commun
, eft la fource de mille maux.
Il fçût donc mettre tout fon parti dans
l'intérêt de fa vengeance , & il prit fes mefures
avec tant de jufteffe , que les Vénitiens
avertis de fon deffein , parurent aux
portes de Breffe , avant que le Gouverneur
eut aucun foupçon de leur marche . La gar
nifon raffemblée fe porta toute entiere du
côté que paroiffoient les ennemis , mais
pendant qu'ils leur réfiftoient , une feconde
troupe de Vénitiens conduits par quelques
habitans entrerent par des égouts , dont ils
avoient ouvert les grilles. Aux cris de S.
Marc , qu'ils firent retentir de toutes parts ,
le Comte d'Avogaro parut dans la Place ,
font
1178 MERCURE DE FRANCE.
fondit fur le Gouverneur , déja embarraffe
par la multitude des ennemis,& l'obligea de
fe retirer au Château , d'où il pûr à peine
envoyer informer le Duc de Nemours de
fon malheur , & lui demander du fécours.
Ce Général étoit encore à Bologne , éloignée
de Breffe de quarante lieuës , & féparée
par le Pô , le Mincio , la Chieſa , & .
Les chemins devenus difficiles à caufe des
pluyes , fembloient impraticables à l'Artillerie
, dont on avoit cependant un befoin
abfolu ; mais l'ardeur du Chef , & l'affection
des Soldats pour lui , furmonterent ces
obftacles. Son armée fit en un jour trente
milles d'Italie , & ayant appris , que la République
envoyoit un Corps de cinq à fix
milles hommes au fecours de leurs troupes ,
qui affiégeoient le Château de Breffe , il fit
une diligence incroyable , pour gagner
de
vîteffe ces nouveaux ennemis. S'étant affuré
de cet avantage , il envoya contre eux le
Chevalier Bayard & Teligni avec leursGens
d'armes. Ces deux braves Chefs les ayant
joints , les battirent , & le Duc de Nemours
continuant fa route , arriva enfin à la vûë du
Château de Breffe , où il entra fans réfiftance.
Ce Prince donna une nuit à fes troupes
pour repofer , & le lendemain leur ayant
promis le pillage de la Ville , elles marcherent
JUI N. 1744. 1172
rent avec beaucoup de réfolution contre les
retranchemens des Vénitiens. Le Provedi
teur , qui les commandoit , avoit eu foin de
les munir d'une nombreufe artillerie ; outre
huit mille foldats , il avoit fous fes ordres
douze mille habitans prêts à combattre.Cette
armée étant trop nombreufe pour tenir dans
le terrain ,qui féparoit la Ville du Château,
il en avoit mis une partie en bataille , pour
rafraîchir les deffenfeurs du retranchement ;
de plus il avoit à dos une Riviére , & un
Pont , qu'il pouvoit rompre , fuppofé que
les François l'obligeaffent à la retraite.
Le Duc de Nemours étoit inftruit de tous
les avantages de l'ennemi ; mais le recouvrement
étoit d'une telle importance , qu'il réfolut
de tout rifquer. Son armée étoit de
douze mille hommes , qu'il divifa en plufieurs
corps : d'Alégre eut ordre de fe pofter
hors de la Ville , vis-à- vis la Porte de S.
Jean , la feule , que les Vénitiens avoient
laiffée ouverte , enfuite le Duc attaqua une
Abbaye appuyée contre les retranchemens ,
l'emporta , & fit paffer ce qu'il y avoit d'ennemis
au fil de l'épée. Ce premier fuccès encouragea
les troupes , fans rien faire perdre , -
au Général de fa moderation : Herigoïe , ou
Henri Gonet , fort eftimé de ce Prince &
des Soldats , fut mis à la tête d'une troupe
de Gafcons choifis , & le Chevalier Bayard
fuivit
1180 MERCURE DE FRANCE.
fuivit à pied avec fes Gens d'armes pour les
foutenir. L'ennemi les voyant avancer fiérement
& en bon ordre , fit un feu terrible
, qu'ils effuyerent fans s'ébranler ; le canon
du Château battoit avec furie contre
les retranchemens , & y faifoit de grandes
bréches ; les François les gagnerent après
avoir rempli le follé de fafcines , & ce fut
là que le combat devint fanglant. On s'y
battoit main à main , à coup de haches , de
piques , & d'épées. Le Chevalier Bayard
'animant les fiens
par fon exemple , reçut un
fi grand coup de pique dans la cuiffe , que
le fer y demeura avec le bout du bois où il
étoit attaché ; ce brave homme tomba noyé
dans fon fang , & les Soldats que fa préfen-
'ce avoit foutenus , commençoient à s'ébranler
, lorfque le Duc de Nemours la pique à
la main parut à leur tête , criant : Enfans ,
vengeons le bon Chevalier. Son exemple , &
fes cris infpirerent aux Soldats une efpece
de fureur ; les retranchemens furent forcés
en plufieurs endroits , & les fuyards pourfuivis
fi vivement , qu'ils n'eurent pas le
tems de lever le Pont , qu'il falloit paffer
pour entrer dans la Ville , où les vainqueurs
entrerent avec eux . Les Officiers leur firent
faire alte au- delà du Pont , pour les remettre
en ordre avec une facilité , qui fit connoître
combien le Duc de Nemours avoit acquis
JUI N. 1744.
1181
quis d'autorité fur fes troupes,
On reconnut bien-tôt la néceffité de cette
conduite ; la Gendarmerie Vénitienne , toute
la Cavalerie légere ,& une bonne partie
de leur Infanterie , fe firent voir en bataille
dans la Place , tout prêts à profiter du défordre
des François . Leur Général détacha
d'abord le Capitaine Bonnet , avec quelques
bataillons pour charger les Vénitiens ;
ils le reçurent avec courage , & le combat
devint plus long & plus dangereux , en cé
que les habitans montés fur les toits de leurs
maifons , en faifoient tomber de groffes
pierres & de l'eau bouillante , pendant que
d'autres tiroient par les fenêtres.
Le Duc de Nemours envoyoit fans ceffe
de nouvelles troupes pour feconder les premieres
, & les animoit par l'efpoir du pillage
, qui leur avoit été promis. Enfin après
une demie heure de combát , les Vénitiens
cédérent de tous côtés , & leur réfiftance vigoureuſe
fut la caufe que les vainqueurs ne
donnerent aucun quartier. On en fit un
grand maffacre dans toutes les rues de la
Ville. Plufieurs en fortirent , croyant trouver
leur falut dans la campagne , mais la
précaution , qu'ils avoient prife , de murer
toutes les portes de la Ville , à l'exception
de celle de S. Jean ' , leur devint funefte :
d'Alégre y étoit avec les Gens d'armes , qui
11
les
182 MERCURE DE FRANCE.
les malfacrerent . Les ennemis y perdirent ,
dix à douze mille hommes ; le Provediteur
André Gritti refta prifonnier , & ce qui mit
le comble au malheur de cette journée , fut
la prife du Comte Louis d'Avogaro & de
fon fils , Auteurs de la révolte.
Après que les Soldats les eurent rendus
témoins du pillage de leurs maiſons & de
la défolation de leur famille , contre laquelle
tout fut permis , on les préfenta au
Duc de Nemours , toute l'armée demandant
à grands cris leur fupplice. Il ne fervit de
rien au malheureux Comte de repréſenter ,
qu'étant né fujet des Vénitiens , il n'avoit
fait qu'appeller fes anciens Maîtres au ſe,
cours de la Patrie & de fa Maiſon , que l'on
accabloit d'injuftice ; le plus fort fut regardé
comme le Maître légitime , & fa mort fut
ordonnée.
Ce Seigneur appartenoit aux Maiſons les
plus confidérables de la Ville , & du Pays
d'alentour ; fon malheur y jetta la confternation
, & acheva la déſolation publique
furtout lorfqu'on vint à réfléchir fur la deftinée
de fon fils , compagnon involontaire de
fon crime , & qui devoit l'être de fon fupplice
.
Ce jeune homme avoit obéi à la Nature ,
ainfi qu'à la reconnoiffance , en fuivant le
Comte d'Avogaro , & fon courage avoit été
adJUIN.
1744. 1183
admiré par
il
le Duc de Nemours même , lorfque
fe voyant enveloppé avec fon pere ,
avoit tout tenté pour le fauver , ou pour
périr avec lui les armes à la main. Sa douleur
, lorfqu'il fe vit arrêté , fut d'un homme
plein de fentimens ; celle de fon pere
fembla feule l'occuper , & ce fut en cet
état , qu'on le préfenta au Duc de Nemours.
Ce Général , d'un âge à peu près femblable
au fien , parut touché de fon fort ; il le plaignit
, fans entreprendre de le confoler , ainfi
que le tentent ceux qui ne fçavent pas que
rien n'affoiblit dans un lâche la crainte de
perdre la vie , & qu'un homme de coeur
n'a pas beſoin de fecours pour fouffrir unę
mort honorable ; que même dans de certaines
fituations , & aux yeux d'un homme
courageux , les exhortations à la patience
& àla foumiffion font des affronts àfon courage.
On conduifit le pere & le fils en pri
fon , & le lendemain toute la Ville vint fe
jetter aux pieds du Duc de Nemours , pour
demander leur grace. La néceflité de faire
un exemple le rendit inexorable , & on vit
enfin ces deux malheureufes victimes marcher
enfemble au fupplice.
Cette fituation affreuſe pouvoit faire
comprendre qu'il eft des maux plus grands ,
que l'afpect d'une mort prochaine. Le Comte
d'Avogaro lié à côté de fon fils ne pouvoit
con1184
MERCURE DE FRANCE.
contenir les tranfports de la plus vive douleur
; il fe précipitoit vers le fupplice &
vers la mort , comme dans un afile qui devoit
le délivrer de cette cruelle vûë. Son
malheureux fils défefperé de fon état , demandoit
comme une grace , plus précieuſe
que la vie même , qu'on l'exécutât le premier.
On voyoit fur leur vifage & dans
leurs regards , l'agitation affreufe de leur
ame. Lamultitude , qui environnoit l'échaffaut
, obfervoit un filence profond , jettant
fes regards tantôt fur les deux victimes ,
tantôt fur le Duc de Nemours , dont la
trifteffe fembloit laiffer quelque efperance
de grace , mais à ce calme fuccederent des
cris perçans , lorfqu'on vit le Comte d'Avogaro
arrivé fur l'échaffaut s'approcher de
fon fils pour lui dire les derniers adieux ,
& les efforts que ces deux infortunés faifoient
pour s'embraffer malgré leurs liens.
Tandis que ce Spectacle accabloit tous les
coeurs , le Duc de Nemours fit un figne , &
les deux têtes tomberent prefque en mêmetems.
Cependant le pillage de la Ville avoit
ceffé ; après avoir été la caufe de la priſe
de la Place , en animant le foldat , il le devint
de la perte de l'armée en l'enrichiſſant.
Les troupes déferterent en foule , & cette
barbare victoire devint par- là prefque auffi
fuJUIN.
1744. 1185
funefte aux François qu'une défaite. Le Duc
de Nemours , au lieu de foldats aguerris , fe
trouva obligé de fe fervir de nouvelles levées
, inférieur en ce point aux ennemis ,
qui n'employoient contre lui que l'élite de
leurs troupes. Cependant Bologne fauvée
une armée vaincuë , Breffe reconquiſe en
moins de quinze jours , lui avoient donné
la réputation du plus grand & du plus heureux
Capitaine de l'Europe. Devenu la terreur
des ennemis , il devint le motif de la
présomption des François , qui s'imaginerent
que fon nom feul devoit triompher.
LOUIS XII , plus prudent par fon Confeil
que par fon caractere , & éblouii de fes fuccès
, lui manda de chercher par tout les Efpagnols
& de leur livrer bataille,
Une des raifons de cet empreffement étoit
la déclaration du Pape en faveur de la Ligue
, fortifiant ainfi des tréfors du S. Siége
& des troupes de l'Etat Eccléfiaftique les
Vénitiens & les Efpagnols , déja fi puiffans
en Italie . Mais Louis & fon Confeil étoient
alfés inftruits de la politique des Pontifes
pour ne pas douter qu'une victoire complette
fur les forces réunies des Conféderés , ne
déterminât le Pape à les abandonner. On
eraignoit auffi que l'Empereur , féduit par
l'exemple de la Cour de Rome , n'embraffat
le parti de la Ligue , & que les Suiffes irrités
I. Vol F du
1186 MERCURE DE FRANCE.
du mépris , que le Duc de Nemours leur
avoit témoigné , n'imitaffent toutes ces Puif
fances, en fe joignant à elles , pour accabler
les François .
Ces motifs firent agir Gaſton avec moins
de circonfpection , que l'état des affaires
ne le demandoit , dans le defir de donner
bataille pour contenter le Roi , & de déranger
les projets de tant de fiers ennemis . Il
prit donc le chemin de la Romagne à la tête
d'une armée de dix-huit mille hommes d'Infanterie
, & d'une Gendarmerie nombreuſe ;
il y trouva celle des ennemis commandée
par le Viceroi de Naples , mais ce Général
avoit reçû des ordres pofitifs d'éviter la ba
taille , le Roi d'Efpagne , fon Maître , ne
doutant pas que le Roi d'Angleterre & l'Empeu
,
pereur attaquant la France dans elle
ne fût obligée de rappeller fes troupes d'Ita
lie
pour fa deffenfe , de forte que le Duc de
Nemours , plus preffé que jamais par de
nouveaux ordres du Roi , avoit à engager
au combat des ennemis fupérieurs en nom
bre , & qui ne négligeoient rien pour l'évi
ter. Il s'empara à leur vûë de Cafteldi -Solarolo
, de Colignola & de Granarolo , eſperant
à chaque fiége de Place forcer les enne
mis à venir au fecours & les réduire à la né.
ceffité de donner bataille. Ils parurent conf
tans dans l'idée de la fuire , & pour les
conJUIN.
1744.
1187
contraindre , le Duc de Nemours fe vit forcé
d'affiéger Ravenne.
L'importance de cette Ville, par rapport à
fa richeffe , au nombre de fes habitans , à fa
fituation dans l'Etat Eccléfiaftique , & la
promeffe qu'avoit exigé Antoine Colonne
avant que de fe jetter dans la Place pour la
défendre , qu'on viendroit sûrement la fe
courir,ne permettoient plus aux Conféderés
de régler leurs démarches fur les ordres de
la Cour d'Efpagne. Rome & Venife menacées
, montrant plus d'inquiétude & plus
de feu , déterminerent leurs Alliés , & l'ar
mée entiere approcha à deuxmilles de diſtan
ce de celle des François.
Gafton , que leur arrivée combloit de
joie , donna ordre au Chevalier Bayard d'aller
les reconnoître à la tête de fes Gendarmes
, & de quelques Archers ; ce brave Capitaines
pouffa jufques dans le Camp ennemi
, qu'il eut le tems d'examiner avec attention
, tout en combattant , & répandant
Fallarme en tous lieux. Sur le compte qu'il
en rendit au Duc de Nemours , ce Prince
réfolut d'attaquer le lendemain onzième
Avril , jour de Pâques . Quelques -uns en témoignerent
du fcrupule , mais le Général
leur fit fentir qu'une guerre injufte ne devoit
jamais être entreprife , ni une guerre
jufte differée pour aucune raifon , & fur le
Fij champ
1188 MERCURE DE FRANCE.
champ onjetta un Pont fur la Romagné¿
pour aller à l'ennemi ; l'avantgarde compo
fée d'Infanterie Allemande , & précédée de
l'Artillerie , paffa fous les ordres du Duc de
Ferrare ; elle mit la riviere à fa droite , &
fa gauche fur deffendue par fept cent Gendarmes
; la bataille toute d'Infanterie Françoife
fe plaça à côté de ces derniers , & cinq
mille Italiens achevoient de former la ligne,
Le Seigneur de Chabanes , la Palice & le
Cardinal de S. Severin , armés de pied en
cap , étoient derriere avec fix cent lances
& le fameux Ive d'Alégre fut mis à la têtę
d'un Corps de quatre cent Gendarmes pour
la réferve , afin d'être à portée de repouffer
les forties que la garnifon de Ravenne
pourroit faire.
Les Chefs de l'armée Eſpagnole étoient
Pierre de Navarre , Fabrice Colonne , & Antoine
de Leve , Carvajal , Ferdinand d'Avalos
, Marquis de Pefcaire , Officiers célébres
, & peu dignes d'avoir pour Général le
Viceroi de Naples Raimond de Cardonne ,
le plus effeminé de tous les hommes , & que
le Pape même ne daignoit pas comprendre
parmi eux , l'appellant toujours Madame de
Cardonne. Tous ces Chefs mirent leur armée
en bataille , à la difference de terrain
près , ſuivant la même difpofition que celle
de France, Le Duc de Nemours lui fit paffer
le
JUIN. 1744. 1189
le Ronco , & l'artillerie fe fit bientôt entendre
d'une maniere terrible ; celle des ennemis
avoit l'avantage de prendre les François
à découvert , pendant que couchés le ventre
à terre dans leurs retranchemens , ils fe
trouvoient à l'abri des coups.
Pierre de Navarre avoit donné cet ordre
contre le fentiment de Fabrice Colonne
qui vouloit qu'on fortit pour aller au- devant
des François ; celui de Pierre de Navarre
qui mettoit les foldats en sûreté , leur parut
d'abord le meilleur , mais on reconnut bientôt
le défavantage certain d'être enfermés
& feulement fur la défenfive , contre des
ennemis , qui attaquoient avec vigueur .
Les François avoient déja perdu deux mille
hommes; les retranchemens ennemis étoient
bordés de petits chariots arnés de contelats,
& de pointes , machines d'autant plus terri
bles qu'elles étoient inconnues ; cependant
on vint à bout de les forcer. Le canon du
Duc de Nemours faifoit dans la Cavalerie
de Colonne le même ravage que celui des
ennemis dans fon Infanterie ; Colonne outré
de voir tomber fes Gendarmes ,fans pouvoir
donner un coup d'épée , demanda au
Viceroi la permiffion de charger , & malgré
fon refus vint tomber avec furie fur un Efcadron
que commandoient le Duc de Nemours
& le Chevalier Bayard ; il avoit di-
F iij vifé
1190 MERCURE DE FRANCE.
•
vifé le fien en deux pour les envelopper , &
profiter ainfi de leur petit nombre , mais
Gafton & le Chevalier Bayard foutinrent le
choc avec tant de courage & de bonheur
que Colonne mis en défordre leur donna
pour prendre une nouvelle difpofition , le
tems dont il avoit lui-même befoin pour le
ralliement ; il revint faire une feconde charge,
& les 2 troupes fe rompirent une feconde
fois; cependant lesFrançois auroient été obligés
de céder , fi Ive d'Alégre attentif à tout ce
qui fe paffoit dans la Plaine , ne fut accouru
à leur fecours. Alors le combat devint opiniâtre
, & Colonne après une vigoureufe
réfiſtance , ne ſe voyant plus que deux cent
Gendarmes de cinq cent qu'il commandoit ,
prit la fuite , & fut fuivi de Raimond de
Cardonne , avec le refte de la Cavalerie ,
qui n'avoit point encore combattu .
Pierre de Navarre refta feul avec fon Infanterie
, & préfenta, malgré cet abandon ,
un front redoutable au vainqueur ; le Duc
de Nemours jugea à leur contenance qu'il
falloit les attaquer avec précaution ; il détacha
trois mille Archers pour aller faire le
tour du retranchement , afin de prendre les
ennemis par derriere , pendant qu'il les attaqueroit
de front avec le refte de l'Infanterie.
Pierre de Navarre les voyant approcher
, fit mettre ventre à terre à fes gens ,
mais
JUI N. 1744 1191
mais les Archers Gafcons , les plus adroits
de l'Europe , en ayant tué ou bleffé un
grand nombre , il les fit tous relever , &
envoya un détachement de douze cent hommes
d'élite , qui chargerent les Gafcons avec
tant d'impétuofité , qu'ils les mirent en
fuite.
ས
Ce fuccès encouragea Pierre de Navarre ,
& jugeant bien que dépourvu de Cavalerie
il ne pouvoit efperer qu'une retraite glorieufe
, il fongea à fecourir Ravenne , pour
dé
gager la parole donnée à Antoine Colonne ,
& mettre en sûreté cette Place , qui étoit
Foccafion de la bataille , & l'objet de la victoire
; fon détachement de douze cent hommes
, après avoir pouffé les Gafcons , ne s'amufa
donc point à les pourfuivre , & prenoit
le chemin de Ravenne , lorfque le
Bâtard du Fay fe préfentant à la tête de
quelque Cavalerie , les obligea de retourner
dans leur Camp.
Pierre de Navarre les vit revenir avec
une efpece de joie ; il avoit à foutenir le
choc de l'armée Françoife entiere , & ce fut
là qu'il fit voir ce que peut la capacité à la
guerre , lorfqu'elle eft aidée du courage. Un
foffé défendoit fon retranchement ; il l'avoit
bordé d'un grand nombre de piquiers
robuftes & braves , qui foutinrent jufqu'à
fix charges fans fe rompre. Le Colonel Ja-
Fiiij cob ,
1192 MERCURE DE FRANCE.
>
cob , des Chef des Allemans , qui étoient a
la folde de la France, y fut tué ; les foldats
dont il étoit aimé , jetterent de grands cris ,
& chargerent les ennemis avec une nouvelle
fureur ; ceux- ci toujours ferrés & en bon
ordre , & pour ainfi dire , fortifiés de leurs
pertes , par le courage que l'excès du danger
donne à de braves foldats , foutinrent
cette attaque fans s'ébranler , & ils paroiffoient
impénétrables , quand un Officier
nommé Fabien , du Régiment de Jacob , un
des plus grands , & des plus forts hommes
qu'il y eut alors en Europe , défefperé de la
perte de fon Colonel , & la voulant venger
, fauta au milieu des ennemis , & prenant
fa pique par le travers , l'appuya avec
tant de force fur plufieurs de celles des ennemis
, qu'il les fit baiffer jufqu'à terre
donnant à ceux qui le fuivoient le moyen
d'entrer par cette ouverture : il y fut tué ,
mais fa mort donna la victoire à fon parti .
Les François au milieu des rangs Efpagnols
, firent des prodiges de valeur pour
achever de rompre des gens , qui à demi
vaincus , combattoient avec un courage aufli
reglé , que s'ils avoient pû efperer de vainere
on parvint jufqu'à Pierre de Navarre ;
il fut environné , accablé de coups de pique
& de traits, & enfin fait prifonnier. Ce qui
reftoit d'Espagnols , privés de leur Général ,
fe
JUIN. 1744. 1193
fe raffemblerent en un feul corps , & fe retirerent
en bon ordre par le grand chemin.
Le Duc de Nemours échauffé par un combat
fi long & fi opiniâtre , apperçut ce bataillon
; leur contenance fiere le frappa ; il
lui fembla qu'ils emportoient avec eux la
meilleure partie de fa victoire & fans
confulter que fon ardeur , il alla fe jetter
avec un petit nombre de Gendarmes fur des
troupes , que ni fon armée entiere , ni la
perte de leur Général , n'avoient pu obliger
à fe rendre.
,
A fon arrivée , les Efpagnols préfenterent
leurs piques ; fon cheval fut tué & lui- même
bleflé. Démonté & ayant perdu fa lance ,
déja couvert de fang , il mit le fabre à la
main , & regardant fon coufin Lautrec à
pied & bleffé comme lui : S'il faut périr
dit-il , faifons- nous regretter. En même- tems
il part & porte des coups terribles ; plufieurs
des ennemis tomberent à fes pieds , mais fes
armes fauffées de toutes parts par de violens
coups de pique , le laifferent bientôt à dé
couvert. Lautrec , refté prefque fenl auprès
de ce Prince , admirant la bravoure , défefperé
de fon péril , ne ceffoit de crier aux
Efpagnols : C'est le frere à votre Reine ne le
tuez pas. Mais ces cris adreffés à des gens
qui n'efperoient plus de quartier , & ac
Fy com1194
MERCURE DE FRANCE.
compagnés de grands coups de fabre , ne
touchoient point des foldats défefperés &
furieux ; Gafton affoibli par fa premiere
bleffure , & n'ayant que fon fabre pour
toute défenſe , reçut à la fois quatorze blef
fures , dont il expira fur le champ de bataille
.
gne
La témérité fit ainfi mourir dans le fein
de la victoire & à l'âge de vingt- quatreans
, un Prince , que l'ardeur d'acquerie
rop-tôt le titre de grand Capitaine , préci
pitoit dans tous les dangers. Son bonheur
l'éblouit ; le titre de foudre de l'Italie , que
trois grandes actions en une feule Campalui
avoient fait donner , lui infpira une
nouvelle présomption , & ce même titre lui
convint encore mieux après la mort , quedurant
fa vie ; car il eut de la foudre , le
bruit , l'éclat & le peu de durée. Ce Prince
fe crut invincible , parce qu'il avoit toujours .
vaincu . Des triomphes fouvent répétés , forment
le caractere brillant , à qui l'on donnele
titre d'Héroïfine , mais le mêlange dequelques
infortunes perfectionne & conferve
le grand homme.
On regretta d'autant plus le Duc de Nemours
, que fa perte fut fuivie de celle de
Italie pour les François , & qu'il avoit de
ces qualités naturelles & d'éducation , qui
Le rencontrent rarement chés les Princes. La
JeuJUIN.
1744. 1795*
Jeuneffe de la Cour , qui l'avoit fuivi , vantoit
fon affabilité , fa douceur , fes égards
pour les difpofitions heureuſes , & pour le
zéle. Les vieux Guerriers loüoient fon attention
pour leurs fervices , & fes déférences
pour la capacité & l'expérience. Le foldat
publioit fon extrême valeur , & les peuples,
vaincus fa clémence. Ces préventions favorables
, & la rapidité de fes fuccès éblouirent
tous les yeux , & l'Europe entiere le
reconnut pour un très- grand Capitaine , à
un âge où l'on ne commence qu'à être foldat.
Le bonheur eft une forte de mérite aux
yeux des hommes . S'il n'eft pas fort eſtimable
aux yeux de la raifon , il eft le plus
brillant & le plus admiré du vulgaire.
Les autres grands Capitaines , dont les
Vies rempliffent ce IX Tome , font : Louisde
la Tremoüille II. du nom , Prince de
Talmond , Vicomte de Thouars , furnommé
Le Chevalier fans reproche , fous les Rois
Louis XI & François I ; Ive d'Alégre, Che--
valier de l'ordre du Roi , Capitaine de cent
hommes d'armes , fous les Régnes de Char--
les VIII & Louis XII ; le Chevalier Bayard ,
Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné
, Chevalier de l'Ordre , Capitaine de
cent hommes d'armes.
Fermer
15904
p. 1165
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis l'aîné de tous mes freres, [...]
Mots clefs :
Premier jour de l'an
15905
p. 99-103
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
COMME M. Pierre Rousseau s'est servi de la voie publique de son Journal [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Théâtre, Journal, Partialité, Ouvrages, Acteurs, Critique, Illusion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
COMME M. Pierre Rouſſeau s'eft fervi
de la voie publique de fon Journal ,
pour me donner des Avis au fujet de
la nouvelle édition de mon DICTIONNAIRE
des Théâtres , j'efpére que vous
voudrez bien , Monfieur me faire la
grâce d'inférer dans le vôtre une courte
réponse que j'aurois prié M. Rouffeau
lui-même de publier, fi la partialité qu'il
montre à mon égard ne me faifoit trop
voir que je n'ai aucune indulgence à
attendre de ce Journaliste , qui paroît
être à la fois & ma partie & mon juge.
J'ai eu le malheur , quoique très -innocemment
, de déplaire fans doute à M.
Rouffeau il n'a pu s'empêcher de le
faire paroître , & de fe plaindre de ce
que je n'ai peut- être pas affez loué fes
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Piéces de Théâtre . Comme ceci eft perfonnel
à M. Rouffeau , & que je ne veux
abfolument faire de peine à perfonne ,
je viens de changer tous les articles qui
le regardent & les ai rédigés d'une façon
dont il devra certainement être fatisfait
, puifque j'adopte fon propre jugement
fur toutes fes piéces. Venons à
ce qui eft général .
M. Kouleau m'accufe de n'avoir fait
que copier les ouvrages ffuurr lleess IThéatres,
qui ont paru avant le mien : les trois
quarts , & les meilleurs de ceux qu'il
cite , n'ont été publiés qu'après la compofition
de mon dictionnaire ou fa première
édition : qu'on juge par ce feul
mot de la vérité de cette imputation .
,
Si M. Rouffeau n'eût pas voulu me
faire une mauvaife chicane , il auroit vu
que dans l'Article AGAMEMNON , il y
avoit une obmiffion Ou une faute
d'impreffion au fujet des Vers de feize
fyllabes ; il n'auroit pas dit que , dans
une note au bas de la page , j'annonçois
d'Affezan comme le véritable Auteur
de la Piéce attribuée a Boyer ;
ce qui détruit la fau Tété qu'il reproche
à mon anecdote. Au fujet de la première
repréſentation du même Agamemnon
de Briffet , j'ai dit que felon des Auteurs,
OCTOBRE. 1763. ΙΟΙ
elle avoit été donnée en 1584 , & fuivant
d'autres ( termes que M. Rouſſeau
a fouftraits ) en 1589 , eft- ce là manquer
d'exactitude ?
M. Rouſſeau dit auffi qu'il ignore
dans quelle fource j'ai puifé la fable
que je raconte au fujet de l'Agamemnon
de M. d'Affezan ; & cependant à
la fin de l'Article , il écrit que c'est une
mauvaise plaifanterie de M. de Beauchamps
, qui n'eft certainement pas le
feul qui l'ait faite ,
Quelle a été l'intention de M. Rouffeau
, j'ofe le lui demander à lui -même,
quand il rapporte avec affectation ces
mots Soit dans les vies des Auteurs
Dramatiques & l'expofé de leurs talens ,
ainfi qu'il s'exprime ? N'est- ce pas de
faire voir que je ne connois pas la force
des termes ; & que le mot talent ( mot
que M. Rouffeau fouligne & reléve encore
avec complaifance dans un autre
endroit ) ne convenoit pas aux Auteurs .
S'il eût copié fidélement le titre de ce
qu'il appelle ma compilation inutile ,
on auroit vu que j'ai mis : Conte-
NANT LE NOM ET LES PARTICULARITÉS
INTÉRESSANTES DE LA
VIE DES AUTEURS , MUSICIENS ET
ACTEURS , AVEC LE CATALOGUE
~
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DE LEURS OUVRAGES , ET L'EXPOSÉ
DE LEURS TALENS. Eft- il difficile de
connoître que ce dernier mot regarde
les Acteurs ? Et pourquoi avoir retranché
, ainfi que dans plufieurs autres endroits
, ce qui donnoit un fens clair , &
devroit empêcher l'application ridicule
que M. Rouffeau vouloit qu'on en fit ?
Eft-ce en faifant de pareilles critiques
qu'il veut empêcher , comme ille dit ,
que l'Etranger ne foit la dupe de mon
travail ?
Je ne répondrai pas , Monfieur , aux
autres articles de la critique de M.
Rouffeau. Le Public & les journaliſtes
défintéreffés doivent feuls décider fi
j'ai fait un bon Ouvrage , comme M.
Rouffeau prétend que je me l'imagine :
c'eft à eux à qui je rendrai compte , s'il
eft néceffaire , des fources où j'ai puifé
mes articles. M. Rouffeau . me reproche
de n'avoir écrit que d'après les autres :
& que doit faire autre chofe un Hiftorien
, pourvu qu'il ne copie ni les auni
les expreffions de ceux qui
l'ont précédé ? & c'eft ce que j'ai tâché
de faire ; j'ai de plus ajouté à mon Dictionnaire
plus de mille articles qui ne
fe trouvent dans aucuns de mes Prédéceffeurs.
tres ,
OCTOBRE . 1763. 103
Pour répondre à la bonté qu'a M.
Rouffeau de diffiper mon illufion fur.
le mérite de mon Ouvrage , je lui demande
pardon d'avoir dit qu'il étoit à
la tête du Journal Encyclopédique
dont il avoit fait l'entreprife. Je fçai
ainfi que lui que fon Journal n'eft pas
un édifice , ni une entreprise dans les
armées. Je le remercie auffi , de la part
du Prote de l'Imprimeur qui a exécuté
mon Dictionnaire , des louanges qu'il
veut bien lui donner, que ne peut - il fans
abufer le Citoyen & l'Etranger , en faire
de pareils à celui de l'Imprimeur de M.
Roufeau ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
LERIS.
COMME M. Pierre Rouſſeau s'eft fervi
de la voie publique de fon Journal ,
pour me donner des Avis au fujet de
la nouvelle édition de mon DICTIONNAIRE
des Théâtres , j'efpére que vous
voudrez bien , Monfieur me faire la
grâce d'inférer dans le vôtre une courte
réponse que j'aurois prié M. Rouffeau
lui-même de publier, fi la partialité qu'il
montre à mon égard ne me faifoit trop
voir que je n'ai aucune indulgence à
attendre de ce Journaliste , qui paroît
être à la fois & ma partie & mon juge.
J'ai eu le malheur , quoique très -innocemment
, de déplaire fans doute à M.
Rouffeau il n'a pu s'empêcher de le
faire paroître , & de fe plaindre de ce
que je n'ai peut- être pas affez loué fes
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Piéces de Théâtre . Comme ceci eft perfonnel
à M. Rouffeau , & que je ne veux
abfolument faire de peine à perfonne ,
je viens de changer tous les articles qui
le regardent & les ai rédigés d'une façon
dont il devra certainement être fatisfait
, puifque j'adopte fon propre jugement
fur toutes fes piéces. Venons à
ce qui eft général .
M. Kouleau m'accufe de n'avoir fait
que copier les ouvrages ffuurr lleess IThéatres,
qui ont paru avant le mien : les trois
quarts , & les meilleurs de ceux qu'il
cite , n'ont été publiés qu'après la compofition
de mon dictionnaire ou fa première
édition : qu'on juge par ce feul
mot de la vérité de cette imputation .
,
Si M. Rouffeau n'eût pas voulu me
faire une mauvaife chicane , il auroit vu
que dans l'Article AGAMEMNON , il y
avoit une obmiffion Ou une faute
d'impreffion au fujet des Vers de feize
fyllabes ; il n'auroit pas dit que , dans
une note au bas de la page , j'annonçois
d'Affezan comme le véritable Auteur
de la Piéce attribuée a Boyer ;
ce qui détruit la fau Tété qu'il reproche
à mon anecdote. Au fujet de la première
repréſentation du même Agamemnon
de Briffet , j'ai dit que felon des Auteurs,
OCTOBRE. 1763. ΙΟΙ
elle avoit été donnée en 1584 , & fuivant
d'autres ( termes que M. Rouſſeau
a fouftraits ) en 1589 , eft- ce là manquer
d'exactitude ?
M. Rouſſeau dit auffi qu'il ignore
dans quelle fource j'ai puifé la fable
que je raconte au fujet de l'Agamemnon
de M. d'Affezan ; & cependant à
la fin de l'Article , il écrit que c'est une
mauvaise plaifanterie de M. de Beauchamps
, qui n'eft certainement pas le
feul qui l'ait faite ,
Quelle a été l'intention de M. Rouffeau
, j'ofe le lui demander à lui -même,
quand il rapporte avec affectation ces
mots Soit dans les vies des Auteurs
Dramatiques & l'expofé de leurs talens ,
ainfi qu'il s'exprime ? N'est- ce pas de
faire voir que je ne connois pas la force
des termes ; & que le mot talent ( mot
que M. Rouffeau fouligne & reléve encore
avec complaifance dans un autre
endroit ) ne convenoit pas aux Auteurs .
S'il eût copié fidélement le titre de ce
qu'il appelle ma compilation inutile ,
on auroit vu que j'ai mis : Conte-
NANT LE NOM ET LES PARTICULARITÉS
INTÉRESSANTES DE LA
VIE DES AUTEURS , MUSICIENS ET
ACTEURS , AVEC LE CATALOGUE
~
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DE LEURS OUVRAGES , ET L'EXPOSÉ
DE LEURS TALENS. Eft- il difficile de
connoître que ce dernier mot regarde
les Acteurs ? Et pourquoi avoir retranché
, ainfi que dans plufieurs autres endroits
, ce qui donnoit un fens clair , &
devroit empêcher l'application ridicule
que M. Rouffeau vouloit qu'on en fit ?
Eft-ce en faifant de pareilles critiques
qu'il veut empêcher , comme ille dit ,
que l'Etranger ne foit la dupe de mon
travail ?
Je ne répondrai pas , Monfieur , aux
autres articles de la critique de M.
Rouffeau. Le Public & les journaliſtes
défintéreffés doivent feuls décider fi
j'ai fait un bon Ouvrage , comme M.
Rouffeau prétend que je me l'imagine :
c'eft à eux à qui je rendrai compte , s'il
eft néceffaire , des fources où j'ai puifé
mes articles. M. Rouffeau . me reproche
de n'avoir écrit que d'après les autres :
& que doit faire autre chofe un Hiftorien
, pourvu qu'il ne copie ni les auni
les expreffions de ceux qui
l'ont précédé ? & c'eft ce que j'ai tâché
de faire ; j'ai de plus ajouté à mon Dictionnaire
plus de mille articles qui ne
fe trouvent dans aucuns de mes Prédéceffeurs.
tres ,
OCTOBRE . 1763. 103
Pour répondre à la bonté qu'a M.
Rouffeau de diffiper mon illufion fur.
le mérite de mon Ouvrage , je lui demande
pardon d'avoir dit qu'il étoit à
la tête du Journal Encyclopédique
dont il avoit fait l'entreprife. Je fçai
ainfi que lui que fon Journal n'eft pas
un édifice , ni une entreprise dans les
armées. Je le remercie auffi , de la part
du Prote de l'Imprimeur qui a exécuté
mon Dictionnaire , des louanges qu'il
veut bien lui donner, que ne peut - il fans
abufer le Citoyen & l'Etranger , en faire
de pareils à celui de l'Imprimeur de M.
Roufeau ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
LERIS.
Fermer
15906
p. 96
SECONDE ENIGME.
Début :
Connoissés-vous deux freres trés-jumeaux, [...]
Mots clefs :
Yeux
15908
p. 99-100
« LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...] »
Début :
LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...] »
LE PUBLIC est averti que l'Impression
du Théâtre de Pierre Corneille commenté
eſt enfin achevée ; que les Gra-
vures font fur le point d'être finies , &
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
que l'on n'attend que la fin de ce mois
pour faire mettre fous Preffe la Lifte des
Noms de ceux qui ont bien voulu s'af-
focier à cette Entrepriſe.
Les Perfonnes qui voudroient fouf-
crire encore , & celles qui , ayant déja
foufcrit , ont négligé d'avancer le pre-
mier payement , font priées de s'adreffer
à Paris aux Libraires fuivans , d'ici au 15
de Janvier prochain , fçavoir : Pilot ,
quai de Conti ; Duchefne , rue S. Jac-
ques , au Temple du Goût ; Brocas &
Humblot , rue S. Jacques , au Chef Saint
Jean , entre la rue des Mathurins & S.
Benoît.
ANALYSE de la France , contenant
ce qu'il n'eft plus permis à un François
d'ignorer. A Paris , chez Denis , rue
S. Jacques , vis- à-vis le Collége de Cler-
mont ; in-32. 1764. Ce petit Ouvrage
contient trente-huit Cartes géographi-
ques de la France , dont l'une ne pré
fente que les rivières , l'autre les mines,
une autre les Archevêchés , une qua
triéme les Univerfités , une cinquiéme
les Académies , & c. & c .
Le même Libraire vend un autre
petit Atlas dans le même genre , intitu-
lé , Empire des Solipfes , divifé en cinq
affiftances , & fubdivifé par Provinces,
du Théâtre de Pierre Corneille commenté
eſt enfin achevée ; que les Gra-
vures font fur le point d'être finies , &
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
que l'on n'attend que la fin de ce mois
pour faire mettre fous Preffe la Lifte des
Noms de ceux qui ont bien voulu s'af-
focier à cette Entrepriſe.
Les Perfonnes qui voudroient fouf-
crire encore , & celles qui , ayant déja
foufcrit , ont négligé d'avancer le pre-
mier payement , font priées de s'adreffer
à Paris aux Libraires fuivans , d'ici au 15
de Janvier prochain , fçavoir : Pilot ,
quai de Conti ; Duchefne , rue S. Jac-
ques , au Temple du Goût ; Brocas &
Humblot , rue S. Jacques , au Chef Saint
Jean , entre la rue des Mathurins & S.
Benoît.
ANALYSE de la France , contenant
ce qu'il n'eft plus permis à un François
d'ignorer. A Paris , chez Denis , rue
S. Jacques , vis- à-vis le Collége de Cler-
mont ; in-32. 1764. Ce petit Ouvrage
contient trente-huit Cartes géographi-
ques de la France , dont l'une ne pré
fente que les rivières , l'autre les mines,
une autre les Archevêchés , une qua
triéme les Univerfités , une cinquiéme
les Académies , & c. & c .
Le même Libraire vend un autre
petit Atlas dans le même genre , intitu-
lé , Empire des Solipfes , divifé en cinq
affiftances , & fubdivifé par Provinces,
Fermer
15909
p. 1166
TROISIÈME ENIGME.
Début :
Je suis une machine utile dans les Villes [...]
Mots clefs :
Chaise à porteurs
15910
p. 99-122
Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Début :
Les quatre volumes que je vous ay envoyez depuis deux [...]
Mots clefs :
Ville, Port, Père Tachard, Prince, Roi, Mandarins, Rome, Sa Sainteté, Siam, Dépendance, Duc, Montagne, Palais, Gênes, Mer, Envoyés de Siam, Ambassadeurs, Felouques, Monaco, Suisses, Bruit, Barques, Civitavecchia, Argent, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
Fermer
Résumé : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs français revenus du Siam informèrent le roi de ce pays de la grandeur et des honneurs reçus en France, proposant une alliance et l'accueil de troupes françaises. En réponse, une nouvelle ambassade siamaise, dirigée par le mandarin Racan et accompagnée de Tonkinois, fut envoyée en France sous la direction du Père Tachard. Leur trajet inclut Cannes, Monaco, Gênes, Livourne et Porto Ercole, où ils examinèrent les fortifications et les paysages. Monaco fut décrit comme une place forte imprenable, tandis que Gênes possédait une citadelle remarquable. Des conditions météorologiques défavorables modifièrent leur itinéraire. Une ville côtière, non identifiée, était protégée par trois forteresses et offrait un port sûr pour les petites embarcations. La région entre Livourne et Civita Vecchia était décrite comme inculte et malsaine, avec des villages dispersés et des tours de guet. À Civita Vecchia, le Père Tachard remit les mandarins au consul de France avant de se rendre à Rome. Le cardinal Cibo organisa un accueil somptueux pour les mandarins, qui étaient perçus comme des dignitaires siamais venus pour se faire baptiser. Une audience au Vatican fut organisée, où les mandarins offrirent des présents du roi de Siam au pape, entouré de plusieurs cardinaux. Le Père Tachard prononça une harangue en tant qu'envoyé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15911
p. 99
ENIGME.
Début :
Dans un lieu ténébreux je reçois la naissance. [...]
Mots clefs :
Sang
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ANS un lieu ténébreux je reçois la naiſſance.
J'en fors pour parcourir mille petits détours ,
Et viens à chaque inſtant recevoir ma puiſſance
Où commença mon cours.
C'eſt à mes droits qu'eft dû l'augufte Diadême
J'en ceins le front des Rois , malgré les envieux
J'accrois à tout moment & je décrois de même .
Devine fi tu peux.
Par M. LAGAC HE
fils à Am.
ANS un lieu ténébreux je reçois la naiſſance.
J'en fors pour parcourir mille petits détours ,
Et viens à chaque inſtant recevoir ma puiſſance
Où commença mon cours.
C'eſt à mes droits qu'eft dû l'augufte Diadême
J'en ceins le front des Rois , malgré les envieux
J'accrois à tout moment & je décrois de même .
Devine fi tu peux.
Par M. LAGAC HE
fils à Am.
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15914
p. 99-100
AUTRE.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis mou, je suis dur : [...]
Mots clefs :
Cartouche d'une fusée volante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Jz fuis long , je fuis rond , je fuis mou , je fuis J.
dur :
Je m'en vais expliquer , pour n'être point obſcur.
Souvent je plais aux yeux ; enfant de la Victoire ,
Je célébre les faits d'un Roi couvert de gloire.
Mais quel que foit le fort qui finiffe mes jours ,
Il me femble bien doux ; il termine le cours
Des momens malheureux que j'éprouve en ce
monde.
Pour me donner une figure ronde ,
D'un bois dur & poli je fuis l'impreffion.
E ij
335325
100 MERCURE
DE FRANCE .
On me preſſe
priſon ;
on me bat , on me met en
On m'étrangle , on me pend , on m'empale ,
on me brule ;
Et ce qui doit paroître encore plus ridicule ,
Cette affemblage affreux de maux & de tourmens
Fait feul toute ma gloire & rous mes agrémens,
Par P. M. B. L. Ecolier en Rhétorique au
Collège du Pléffis.
Jz fuis long , je fuis rond , je fuis mou , je fuis J.
dur :
Je m'en vais expliquer , pour n'être point obſcur.
Souvent je plais aux yeux ; enfant de la Victoire ,
Je célébre les faits d'un Roi couvert de gloire.
Mais quel que foit le fort qui finiffe mes jours ,
Il me femble bien doux ; il termine le cours
Des momens malheureux que j'éprouve en ce
monde.
Pour me donner une figure ronde ,
D'un bois dur & poli je fuis l'impreffion.
E ij
335325
100 MERCURE
DE FRANCE .
On me preſſe
priſon ;
on me bat , on me met en
On m'étrangle , on me pend , on m'empale ,
on me brule ;
Et ce qui doit paroître encore plus ridicule ,
Cette affemblage affreux de maux & de tourmens
Fait feul toute ma gloire & rous mes agrémens,
Par P. M. B. L. Ecolier en Rhétorique au
Collège du Pléffis.
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15915
p. 101-108
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
Début :
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la Séance par la proclamation du Prix que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
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15916
p. 1159-1169
La Vie de Pierre Mignard, premier Peintre, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA VIE DE PIERRE MIGNARD, premier Peintre du Roy, par M. l'Abbé Maziere [...]
Mots clefs :
Peinture, Peintre, Sculpture, Pierre Mignard, Académie royale de peinture, Titien, Portraits, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Vie de Pierre Mignard, premier Peintre, &c. [titre d'après la table]
LA VIE DE PIERRE MIGNARD , premier
Peintre du Roy , par M. l'Abbé Maziere
de Mouville , avec le Poëme de Moliere
-fur les Peintures du Val-de - Grace , & deux
Dialogues de M. de Fénelon , Archevêques
de Cambrai , fur la Peinture. A Paris
, Quai des Auguftins , chez Jean Boudos
Jacq. Guerin , 1730. in 12. de 235 pages,
fans l'Epître & la Préface qui en contiennent
71. avec un beau Portrait de Mignard
au Frontifpice.
L'Elegant Auteur en parlant des Arts
dans l'Epître dédicatoire au Roy , dit que
te vulgaire n'en connoît pas toute la nobleffes
leur fin principale , pourfuit il , eft d'honorer
la vertu le Genie les enfante , l'Emulation
les perfectionne & l'Honneur ſeul pent
en être le digne prix.
:
On obferve dans la Preface que cet
Ouvrage eft en quelque forte le feul de
cette efpece qui ait paru parmi nous. En
cela bien differens des Italiens , qui , outre
une infinité de gros volumes fur les vies
des Peintres ont donné plufieurs Vies
particulieres. On en compte trois du
feul Michel- Ange , deux de Raphaël ,
deux du Titien , &c. On lit enfuite ,
,
1. Vol.
E iiij
avec
1160 MERCURE DE FRANCE
avec plaifir , une Réfléxion jufte & fenfée
fur ce que nous fommes devenus
trop délicats & trop difficiles dans
nos jugemens fur la Peinture , la Mufique
, la Poëfie , & c. Le Portrait qu'on
trouve dans la page fuivante eft un morceau
dont nous ne devons pas priver
le Lecteur : Le voici .
Qu'est- ce en effet qu'un Peintre digne
de ce nom ? C'eft l'homme de tous les ta
lens , un génie élevé & fécond , une immagination
vive & brillante , un jugement
exquis , un efprit capable de prendre
toute forte de formes ; la nobleſſe , la
grace , dons précieux qu'on reçoit avec la
vie , mais qu'il faut cultiver fans ceffe par
un travail opiniâtre , fidele imitateur , out
plutôt rival de la nature. Un fçavant
Peintre , non content de l'étaler toute entiere
à nos yeux , l'embellit encore & la
perfectionne ; fon muet langage intelligible
également à toutes les Nations , plaît ,
frappe, inftruit , avec un peu de couleur
il touche, il remue les fentimens du coeur,
les paffions de l'ame ; il fçait les rendre en
quelque maniere fenfibles & vifibles : Effort
qui femble tellement au - deffus de l'humanité
que M. du Frenoy ofe dire qu'il
faut participer de la divinité pour operer
de fi -grandes merveilles.
Sur les honneurs rendus dans tous les
I. Vol. tems
JUIN. 1730. 1161
tems à la Peinture & à la Sculpture , on
fait remarquer qu'Athenes , & la plupart
des Républiques de la Grece prenoient
des Magiftrats & des Ambaffadeurs parmi
ces mêmes hommes , des mains de qui
elles recevoient les images de leurs Divinitez.
Les Phidias , & les Policletes , felon
Lucien , fe font fait adorer dans leurs Ouvrages
. On les réveroit avec les Dieux
qu'ils avoient faits . On préparoit des entrées
publiques à Polignote, dans toutes les
Villes de la Grece où il y avoit des Tableaux
de fa main. Il fut ordonné par un
Decret des Amphyctions , qu'il feroit défrayé
aux dépens du public, dans tous les
Heux où il iroit. UnTableau de Parrhafius
fait pour Epheſe fa patric , lui fit donner
par fes Concitoyens une Robe de Pourpre
& une Couronne d'Or.
· Alexandre avoit mis Apelle & Lyfippe
au rang de fes favoris ; ce n'étoit pas ,
dit Ciceron , par un fimple defir d'être
bien repréſenté qu'il vouloit que feuls ils
fiffent , l'un fon portrait & l'autre fa Statuë
, mais parcequ'il croyoit que la fuperiorité
qu'ils avoient acquife dans leur
art contribueroit autant à fa gloire qu'à
la leur. Pour ne pas tifquer d'enfevelir
fous les ruines de Rhodes un Peintre dont
l'habileté étoit celebre , Demetrius Poliocertes
leva le Siege de cette Ville ; ce
th. I. Vol.
Ev Prince
1162 MERCURE DE FRANCE
Prince ne pouvant y mettre le feu par un
autre endroit que par celui où travailloit
Protogenes , il aima mieux , au rapport
de Pline , épargner la Peinture que de recevoir
la victoire qui lui étoit offerte.
Les Romains devenus les maîtres du
monde , regardoient les Ouvrages des
Peintres & des Sculpteurs Grecs comme
la portion la plus précieufe de leurs Conquêtes
les Chef- d'oeuvres de ces grands
Maîtres faifoient le principal ornement
de la Capitale de l'Univers.
L'Auteur dit plus bas , en parlant de
la Peinture & de la Sculpture , que les
Rois font venus leur rendre une espece
d'hommage à leur Berceau . Charles d'Anjou
, Roi de Naples , fit le voyage de Florence
pour y voir Cimabué , Peintre mort
à Florence en 1300. qui le premier a fait
connoître la Peinture dans fa Patrie . Michel-
Ange fut aimé & eftimé de tous les
Souverains de fon fiecle. Raphaël eft mort
à la veille d'être élevé au Cardinalat par
Leon X. Leonard de Vinci expira dans les
bras de François I. Je puis ' , difoit ce Prince
aux Courtilans furpris des regrets dont
il honoroit la mort de Leonard , faire en
un jour beaucoup de Seigneurs, mais Dieu
feul peut faire un homme tel que celui
que je perds. Charles - Quint fe glorifioit
d'avoir reçû trois fois l'immortalité des
1. Vol. mains
7
1730. 1163
JUIN.
mains du Titien. Il le fit Chevalier &
Comte Palatin , & l'honora de la Clef
d'or. Ce Peintre ayant laiffé tomber fon
Pinceau dans le tems qu'il faifoit le Portrait
de l'Empereur , Charles dit en le
ramaffant que Titien méritoit d'être fervi
par Cefar. Le Primatice fut nommé par le
Roi François II . Intendant General des
Bâtimens , Charge déja confiderable , que
M. de Villeroi & le pere du Cardinal de
la Boudaifiere avoient auparavant exercée .
Le dernier fiecle a vû Rubens , Ambaffadeur
d'Efpagne en Angleterre , & Secre
taire d'Etat des Pays-Bas. Vandeick , fon
Difciple , attiré à Londres par Charles I.
fut fait Chevalier. Il époufa la fille unique
du Comte de Gowry de la Maiſon de
Stwart.
y
Les Grecs avoient donné par un Decret
folemnel le premier rang à la Peinture
entre les Arts Liberaux ; ils voulcient
que ce fût la premiere Leçon que reçûffent
les Enfans de naiffance noble , qu'elle
ne fut exercée que par des perfonnes libres
, & ils en avoient abfolument interdit
l'ufage aux Efclaves.
Le feu Roi dans des Brevets donnés à
PAcadémie Royale de Peinture & de Sculpture
au mois d'Octobre 1664. & de Janvier
1667. accorde à ceux qui exercent
cette noble vertu , l'un des plus riches
I. Vol. E vj or
1164 MERCURE DE FRANCE
ornemens de l'Etat , les mêmes privileges !
que ceux de l'Académie Françoife , afin
que ces Arts Liberaux foient exercés plus
noblement , & avec une entiere liberté
n'y ayant rien entre les Beaux Arts de
plus noble que la Peinture & la Sculpture..
L'Abbé de Monville a fuivi l'ordre des
tems autant qu'il l'a pû dans les morceaux
de Mignard dont il fait mention . Renfermé
dans mon fujet , dit-il , je ne m'en
fuis écarté qu'avec retenue , & feulement
pour delaffer le Lecteur des Defcriptions:
trop fréquentes de Tableaux & de Portraits.
Après la Préface , on trouve le Catalo
gue des Oeuvres gravées d'après Mignard
, contenu en 22. pages , avec les
noms des Graveurs qui ont travaillé d'a
près fes Tableaux & fes Portraits , ou fur
fes Deffeins , des Frontifpices de Livres &
Vignetes &c.
Pierre Mignard nâquit à Troyes en
Champagne au mois de Novembre 1610 ..
Şa famille originaire d'Angleterre , mais
établie en France depuis deux generations;
s'étoit diftinguée par une fidelité inviolable
pour nos Rois durant les troubles.
de la Ligue. Son pere , Pierre More , changea
fon nom , fur ce que Henry IV. le
voyant un jour avec fix de fes freres
tous Officiers dans l'Armée Royale , &
1. Vol d'une
JUIN. 1730. IFS
d'une figure agréable , dit , Ce ne font pas
là des Mores , ce font des Mignards ; ce
nom de Mignard leur eft depuis resté , &
ileft devenu celui de toute cette nombreuſe
famille.
Après le Traité de Vervins , Mignard
fe retira à Troyes , & laiſſa la liberté à Nicolas
& à Pierre , deux de fes enfans , de
fuivre leur goût qui les portoit l'un &
Pautre à la Peinture. Nicolas , qui étoit
l'aîné , a eu de la réputation ; fon féjour
à Avignon , où il s'étoit marié avantageufement
, lui fit donner le nom de Mignard
d'Avignon. Il mourut à Paris en
1668. Recteur de l'Académie Royale de
Peinture.
Le cadet dont il s'agit ici , avoit d'abord
été destiné à l'étude de la Medecine,
mais fon pere l'ayant furpris à l'âge d'onze
ans , occupé à achever un Portrait
au crayon qu'il faifoit de mémoire , &
ayant découvert qu'il en avoit déja fait
un grand nombre d'autres , tous reffem
blans & pleins de feu , il fut envoyé à
Bourges auprès de Boucher , Peintre , fort
eftimé de la même Ville , dont il étoit natif
, & où l'on fait encore aujourd'hui
beaucoup de cas de fes Ouvrages. Après
un an d'étude fous ce Maître , le jeune
Mignard revint à Troyes , où il deffina
d'après la Boffe , fous François Gentil , ha-
1. Vol. bile
1166 MERCURE DE FRANCE
bile Sculpteur. Il alla enfuite à Fontainebleau
, & y étudia pendant deux ans fans
relâche , tant d'après les Ouvrages de
Sculpture qu'on avoit fait venir de Rome
que d'après les Peintures de Maître Roux,
du Primatice , de Meffer Nicolo & de Martin
Freminet , Parifien , Premier Peintre
du Roi.
Revenu à Troye pour la feconde fois ,
le Maréchal de Vitri l'emmena , & lui fic
peindre la Chapelle de fon Château de
Coubert en Brie. Ce même Maréchal fort
fatisfait de fon Ouvrage , le mena à Paris
& le mit fous la conduite de Simon Vouet
Premier Peintre du Roi , alors en grande
réputation , & il réuffit fi bien à imiter
les Ouvrages de fon Maître ,qu'on ne pouvoit
les diftinguer de ceux du Difciple.
Il partit pour l'Italie fur la fin de 1635.
& arriva à Rome l'année fuivante . Il fit
peu de tems après le Portrait du Pape Urbain
VIII . qui en fut très fatisfait ; il co
pia la Gallerie du Palais Farnefe , logé
dans la même chambre qu'Annibal Carrache
avoit occupée en la peignant ; il fit
enfuite les Portraits d'Innocent X. d'Alexandre
VII. & une très-grande quantité
d'autres de divers Cardinaux , Princes
Seigneurs & Dames Romaines & c .
Parmi un grand nombre d'Ouvrages à
Frefque , capables de faire juger , quoique
I. Vol.
peu
JUIN. 1730. 1167
peu confiderables , de ce qu'on devoit
attendre de Mignard , il avoit peint pour
s'amufer une Perſpective au fond de la
maiſon où il logeoit. On y voyoit peint
avec tant de verité un Chat qui guette
une Tortue cachee fous des feuilles , qu'on
dit avoir vû plus d'une fois des Chiens ,
courir , s'y bleffer & y laiffer les traces de
leur fang.
Quelques foins que prennent d'ordi
naire les Peintres Italiens pour empêcher
que ceux des autres Nations ne laiffent à
Rome des monumens publics de leur capacité
, plus d'une Eglife eft ornée de plu
fieurs morceaux de la main de Mignard
à frefque & à huile , ainfi que divers Palais
; il eut même pour concurrent le
Cavalier Pietro de Cortonne , celebre Peintre
, Diſciple de l'Albane.
L'empreffement qu'on eut d'avoir des
Ouvrages , & fur tout des Portraits de la
main de Mignard , & l'accueil favorable
que lui firent divers Princes d'Italie dans
Feurs Etats marquent bien le cas qu'on
faifoit de fa perfonne & de fes talens . Ce
qui lui arriva à Parme mérite d'être remarqué.
Marguerite de Medicis Ducheffe
Douairiere de Parme , inftruite de l'arrivée
du Peintre François , lui manda de
fe rendre au Palais ; on l'introduifit dans
1. Vol. un
1168 MERCURE DE FRANCE
un vafte Appartement , où tout étoit tendu
de noir ; nulle fenêtre ne donnoit
entrée au jour ; chaque Piece n'étoit éclairée
que par une feule bougie jaune , dont
la lumiere lugubre faifoit remarquer la
trifteffe de ces lieux. Mignard parvint
enfim à la Chambre de la Ducheffe ; deux
hommes en grand manteau noir en ouvrirent
la Porte dans un profond filence.
Je vous fais , lui dit elle , un honneur fingulier
, l'état où je fuis ne me permet de voir
que les Princes de ma Maiſon ; mais votre
réputation m'a donné de la curiofité. Après
diverfes queſtions fur fon âge , fur fon
Pays , fur les voyages , fur fa fortune , elle
lui dit , Feriez- vous de moi un beau Por- ~
trait ? Mignard avoit eu le tems de l'examiner
; elle n'avoit ni jeuneffe ni beauté ,
& fon deuil n'étoit pas de ceux qui fervent
de parure ; mais cet ajuſtement lugubre
étoit peut-être capable de faire un
effet heureux en Peinture , il répondit
comme elle le pouvoit fouhaiter : Cette
fatisfaction m' eft interdite , interrompit- elle ,
allez , dites par tout que la Ducheffe Douai--
riere de Parme a voulu vous voir , & qu'elle
vous a admis auprèsd'elle : Adieu , Seigneur
François.
On eftime beaucoup les Tableaux de
Vierges que Mignard peignit à ſon retour
de Venife. François Pouilli en a gravé plu
L.Vola
heurs
JUIN. 1730. 1169
hieurs qu'on appelle les Mignardes.
Après 20. ans de féjour à Rome , il y
époufa fur la fin de l'année 1656. Anna
Avolara , fille de Jean Carle Avolara ,
Architecte Romain , belle & jeune perfonne
, en qui il trouva un excellent modele.
Peu de tems après , il reçût des Lettres
de M. de Lionne qui lui ordonnoit de la
part du Roi de fe rendre à Paris &c . Prêt
à partir , & ne voulant plus entreprendre
aucun Ouvrage , il fut follicité d'en commencer
un nouveau . La plus belle Courtifane
de Rome defiroit paffionnément
d'être peinte de fa main ; La Cocque , c'eft
ainfi qu'elle s'appelloit , eut merité d'être
vertueufe ; elle s'étoit diftinguée par des
fentimens nobles & délicats. Mignard
confentit d'autant plus volontiers à la
peindre qu'elle ne lui demandoit fon Portrait
qu'afin qu'il le portât en France , où
il le vendit à fon retour un prix confiderable.
Il partit de Rome , après y avoir demeuré
près de 22. ans au mois d'Octobre
1657. & arriva à Marſeille après 8. jours
de Navigation.
Nous donnerons une feconde Partie de cet
Extrait.
Peintre du Roy , par M. l'Abbé Maziere
de Mouville , avec le Poëme de Moliere
-fur les Peintures du Val-de - Grace , & deux
Dialogues de M. de Fénelon , Archevêques
de Cambrai , fur la Peinture. A Paris
, Quai des Auguftins , chez Jean Boudos
Jacq. Guerin , 1730. in 12. de 235 pages,
fans l'Epître & la Préface qui en contiennent
71. avec un beau Portrait de Mignard
au Frontifpice.
L'Elegant Auteur en parlant des Arts
dans l'Epître dédicatoire au Roy , dit que
te vulgaire n'en connoît pas toute la nobleffes
leur fin principale , pourfuit il , eft d'honorer
la vertu le Genie les enfante , l'Emulation
les perfectionne & l'Honneur ſeul pent
en être le digne prix.
:
On obferve dans la Preface que cet
Ouvrage eft en quelque forte le feul de
cette efpece qui ait paru parmi nous. En
cela bien differens des Italiens , qui , outre
une infinité de gros volumes fur les vies
des Peintres ont donné plufieurs Vies
particulieres. On en compte trois du
feul Michel- Ange , deux de Raphaël ,
deux du Titien , &c. On lit enfuite ,
,
1. Vol.
E iiij
avec
1160 MERCURE DE FRANCE
avec plaifir , une Réfléxion jufte & fenfée
fur ce que nous fommes devenus
trop délicats & trop difficiles dans
nos jugemens fur la Peinture , la Mufique
, la Poëfie , & c. Le Portrait qu'on
trouve dans la page fuivante eft un morceau
dont nous ne devons pas priver
le Lecteur : Le voici .
Qu'est- ce en effet qu'un Peintre digne
de ce nom ? C'eft l'homme de tous les ta
lens , un génie élevé & fécond , une immagination
vive & brillante , un jugement
exquis , un efprit capable de prendre
toute forte de formes ; la nobleſſe , la
grace , dons précieux qu'on reçoit avec la
vie , mais qu'il faut cultiver fans ceffe par
un travail opiniâtre , fidele imitateur , out
plutôt rival de la nature. Un fçavant
Peintre , non content de l'étaler toute entiere
à nos yeux , l'embellit encore & la
perfectionne ; fon muet langage intelligible
également à toutes les Nations , plaît ,
frappe, inftruit , avec un peu de couleur
il touche, il remue les fentimens du coeur,
les paffions de l'ame ; il fçait les rendre en
quelque maniere fenfibles & vifibles : Effort
qui femble tellement au - deffus de l'humanité
que M. du Frenoy ofe dire qu'il
faut participer de la divinité pour operer
de fi -grandes merveilles.
Sur les honneurs rendus dans tous les
I. Vol. tems
JUIN. 1730. 1161
tems à la Peinture & à la Sculpture , on
fait remarquer qu'Athenes , & la plupart
des Républiques de la Grece prenoient
des Magiftrats & des Ambaffadeurs parmi
ces mêmes hommes , des mains de qui
elles recevoient les images de leurs Divinitez.
Les Phidias , & les Policletes , felon
Lucien , fe font fait adorer dans leurs Ouvrages
. On les réveroit avec les Dieux
qu'ils avoient faits . On préparoit des entrées
publiques à Polignote, dans toutes les
Villes de la Grece où il y avoit des Tableaux
de fa main. Il fut ordonné par un
Decret des Amphyctions , qu'il feroit défrayé
aux dépens du public, dans tous les
Heux où il iroit. UnTableau de Parrhafius
fait pour Epheſe fa patric , lui fit donner
par fes Concitoyens une Robe de Pourpre
& une Couronne d'Or.
· Alexandre avoit mis Apelle & Lyfippe
au rang de fes favoris ; ce n'étoit pas ,
dit Ciceron , par un fimple defir d'être
bien repréſenté qu'il vouloit que feuls ils
fiffent , l'un fon portrait & l'autre fa Statuë
, mais parcequ'il croyoit que la fuperiorité
qu'ils avoient acquife dans leur
art contribueroit autant à fa gloire qu'à
la leur. Pour ne pas tifquer d'enfevelir
fous les ruines de Rhodes un Peintre dont
l'habileté étoit celebre , Demetrius Poliocertes
leva le Siege de cette Ville ; ce
th. I. Vol.
Ev Prince
1162 MERCURE DE FRANCE
Prince ne pouvant y mettre le feu par un
autre endroit que par celui où travailloit
Protogenes , il aima mieux , au rapport
de Pline , épargner la Peinture que de recevoir
la victoire qui lui étoit offerte.
Les Romains devenus les maîtres du
monde , regardoient les Ouvrages des
Peintres & des Sculpteurs Grecs comme
la portion la plus précieufe de leurs Conquêtes
les Chef- d'oeuvres de ces grands
Maîtres faifoient le principal ornement
de la Capitale de l'Univers.
L'Auteur dit plus bas , en parlant de
la Peinture & de la Sculpture , que les
Rois font venus leur rendre une espece
d'hommage à leur Berceau . Charles d'Anjou
, Roi de Naples , fit le voyage de Florence
pour y voir Cimabué , Peintre mort
à Florence en 1300. qui le premier a fait
connoître la Peinture dans fa Patrie . Michel-
Ange fut aimé & eftimé de tous les
Souverains de fon fiecle. Raphaël eft mort
à la veille d'être élevé au Cardinalat par
Leon X. Leonard de Vinci expira dans les
bras de François I. Je puis ' , difoit ce Prince
aux Courtilans furpris des regrets dont
il honoroit la mort de Leonard , faire en
un jour beaucoup de Seigneurs, mais Dieu
feul peut faire un homme tel que celui
que je perds. Charles - Quint fe glorifioit
d'avoir reçû trois fois l'immortalité des
1. Vol. mains
7
1730. 1163
JUIN.
mains du Titien. Il le fit Chevalier &
Comte Palatin , & l'honora de la Clef
d'or. Ce Peintre ayant laiffé tomber fon
Pinceau dans le tems qu'il faifoit le Portrait
de l'Empereur , Charles dit en le
ramaffant que Titien méritoit d'être fervi
par Cefar. Le Primatice fut nommé par le
Roi François II . Intendant General des
Bâtimens , Charge déja confiderable , que
M. de Villeroi & le pere du Cardinal de
la Boudaifiere avoient auparavant exercée .
Le dernier fiecle a vû Rubens , Ambaffadeur
d'Efpagne en Angleterre , & Secre
taire d'Etat des Pays-Bas. Vandeick , fon
Difciple , attiré à Londres par Charles I.
fut fait Chevalier. Il époufa la fille unique
du Comte de Gowry de la Maiſon de
Stwart.
y
Les Grecs avoient donné par un Decret
folemnel le premier rang à la Peinture
entre les Arts Liberaux ; ils voulcient
que ce fût la premiere Leçon que reçûffent
les Enfans de naiffance noble , qu'elle
ne fut exercée que par des perfonnes libres
, & ils en avoient abfolument interdit
l'ufage aux Efclaves.
Le feu Roi dans des Brevets donnés à
PAcadémie Royale de Peinture & de Sculpture
au mois d'Octobre 1664. & de Janvier
1667. accorde à ceux qui exercent
cette noble vertu , l'un des plus riches
I. Vol. E vj or
1164 MERCURE DE FRANCE
ornemens de l'Etat , les mêmes privileges !
que ceux de l'Académie Françoife , afin
que ces Arts Liberaux foient exercés plus
noblement , & avec une entiere liberté
n'y ayant rien entre les Beaux Arts de
plus noble que la Peinture & la Sculpture..
L'Abbé de Monville a fuivi l'ordre des
tems autant qu'il l'a pû dans les morceaux
de Mignard dont il fait mention . Renfermé
dans mon fujet , dit-il , je ne m'en
fuis écarté qu'avec retenue , & feulement
pour delaffer le Lecteur des Defcriptions:
trop fréquentes de Tableaux & de Portraits.
Après la Préface , on trouve le Catalo
gue des Oeuvres gravées d'après Mignard
, contenu en 22. pages , avec les
noms des Graveurs qui ont travaillé d'a
près fes Tableaux & fes Portraits , ou fur
fes Deffeins , des Frontifpices de Livres &
Vignetes &c.
Pierre Mignard nâquit à Troyes en
Champagne au mois de Novembre 1610 ..
Şa famille originaire d'Angleterre , mais
établie en France depuis deux generations;
s'étoit diftinguée par une fidelité inviolable
pour nos Rois durant les troubles.
de la Ligue. Son pere , Pierre More , changea
fon nom , fur ce que Henry IV. le
voyant un jour avec fix de fes freres
tous Officiers dans l'Armée Royale , &
1. Vol d'une
JUIN. 1730. IFS
d'une figure agréable , dit , Ce ne font pas
là des Mores , ce font des Mignards ; ce
nom de Mignard leur eft depuis resté , &
ileft devenu celui de toute cette nombreuſe
famille.
Après le Traité de Vervins , Mignard
fe retira à Troyes , & laiſſa la liberté à Nicolas
& à Pierre , deux de fes enfans , de
fuivre leur goût qui les portoit l'un &
Pautre à la Peinture. Nicolas , qui étoit
l'aîné , a eu de la réputation ; fon féjour
à Avignon , où il s'étoit marié avantageufement
, lui fit donner le nom de Mignard
d'Avignon. Il mourut à Paris en
1668. Recteur de l'Académie Royale de
Peinture.
Le cadet dont il s'agit ici , avoit d'abord
été destiné à l'étude de la Medecine,
mais fon pere l'ayant furpris à l'âge d'onze
ans , occupé à achever un Portrait
au crayon qu'il faifoit de mémoire , &
ayant découvert qu'il en avoit déja fait
un grand nombre d'autres , tous reffem
blans & pleins de feu , il fut envoyé à
Bourges auprès de Boucher , Peintre , fort
eftimé de la même Ville , dont il étoit natif
, & où l'on fait encore aujourd'hui
beaucoup de cas de fes Ouvrages. Après
un an d'étude fous ce Maître , le jeune
Mignard revint à Troyes , où il deffina
d'après la Boffe , fous François Gentil , ha-
1. Vol. bile
1166 MERCURE DE FRANCE
bile Sculpteur. Il alla enfuite à Fontainebleau
, & y étudia pendant deux ans fans
relâche , tant d'après les Ouvrages de
Sculpture qu'on avoit fait venir de Rome
que d'après les Peintures de Maître Roux,
du Primatice , de Meffer Nicolo & de Martin
Freminet , Parifien , Premier Peintre
du Roi.
Revenu à Troye pour la feconde fois ,
le Maréchal de Vitri l'emmena , & lui fic
peindre la Chapelle de fon Château de
Coubert en Brie. Ce même Maréchal fort
fatisfait de fon Ouvrage , le mena à Paris
& le mit fous la conduite de Simon Vouet
Premier Peintre du Roi , alors en grande
réputation , & il réuffit fi bien à imiter
les Ouvrages de fon Maître ,qu'on ne pouvoit
les diftinguer de ceux du Difciple.
Il partit pour l'Italie fur la fin de 1635.
& arriva à Rome l'année fuivante . Il fit
peu de tems après le Portrait du Pape Urbain
VIII . qui en fut très fatisfait ; il co
pia la Gallerie du Palais Farnefe , logé
dans la même chambre qu'Annibal Carrache
avoit occupée en la peignant ; il fit
enfuite les Portraits d'Innocent X. d'Alexandre
VII. & une très-grande quantité
d'autres de divers Cardinaux , Princes
Seigneurs & Dames Romaines & c .
Parmi un grand nombre d'Ouvrages à
Frefque , capables de faire juger , quoique
I. Vol.
peu
JUIN. 1730. 1167
peu confiderables , de ce qu'on devoit
attendre de Mignard , il avoit peint pour
s'amufer une Perſpective au fond de la
maiſon où il logeoit. On y voyoit peint
avec tant de verité un Chat qui guette
une Tortue cachee fous des feuilles , qu'on
dit avoir vû plus d'une fois des Chiens ,
courir , s'y bleffer & y laiffer les traces de
leur fang.
Quelques foins que prennent d'ordi
naire les Peintres Italiens pour empêcher
que ceux des autres Nations ne laiffent à
Rome des monumens publics de leur capacité
, plus d'une Eglife eft ornée de plu
fieurs morceaux de la main de Mignard
à frefque & à huile , ainfi que divers Palais
; il eut même pour concurrent le
Cavalier Pietro de Cortonne , celebre Peintre
, Diſciple de l'Albane.
L'empreffement qu'on eut d'avoir des
Ouvrages , & fur tout des Portraits de la
main de Mignard , & l'accueil favorable
que lui firent divers Princes d'Italie dans
Feurs Etats marquent bien le cas qu'on
faifoit de fa perfonne & de fes talens . Ce
qui lui arriva à Parme mérite d'être remarqué.
Marguerite de Medicis Ducheffe
Douairiere de Parme , inftruite de l'arrivée
du Peintre François , lui manda de
fe rendre au Palais ; on l'introduifit dans
1. Vol. un
1168 MERCURE DE FRANCE
un vafte Appartement , où tout étoit tendu
de noir ; nulle fenêtre ne donnoit
entrée au jour ; chaque Piece n'étoit éclairée
que par une feule bougie jaune , dont
la lumiere lugubre faifoit remarquer la
trifteffe de ces lieux. Mignard parvint
enfim à la Chambre de la Ducheffe ; deux
hommes en grand manteau noir en ouvrirent
la Porte dans un profond filence.
Je vous fais , lui dit elle , un honneur fingulier
, l'état où je fuis ne me permet de voir
que les Princes de ma Maiſon ; mais votre
réputation m'a donné de la curiofité. Après
diverfes queſtions fur fon âge , fur fon
Pays , fur les voyages , fur fa fortune , elle
lui dit , Feriez- vous de moi un beau Por- ~
trait ? Mignard avoit eu le tems de l'examiner
; elle n'avoit ni jeuneffe ni beauté ,
& fon deuil n'étoit pas de ceux qui fervent
de parure ; mais cet ajuſtement lugubre
étoit peut-être capable de faire un
effet heureux en Peinture , il répondit
comme elle le pouvoit fouhaiter : Cette
fatisfaction m' eft interdite , interrompit- elle ,
allez , dites par tout que la Ducheffe Douai--
riere de Parme a voulu vous voir , & qu'elle
vous a admis auprèsd'elle : Adieu , Seigneur
François.
On eftime beaucoup les Tableaux de
Vierges que Mignard peignit à ſon retour
de Venife. François Pouilli en a gravé plu
L.Vola
heurs
JUIN. 1730. 1169
hieurs qu'on appelle les Mignardes.
Après 20. ans de féjour à Rome , il y
époufa fur la fin de l'année 1656. Anna
Avolara , fille de Jean Carle Avolara ,
Architecte Romain , belle & jeune perfonne
, en qui il trouva un excellent modele.
Peu de tems après , il reçût des Lettres
de M. de Lionne qui lui ordonnoit de la
part du Roi de fe rendre à Paris &c . Prêt
à partir , & ne voulant plus entreprendre
aucun Ouvrage , il fut follicité d'en commencer
un nouveau . La plus belle Courtifane
de Rome defiroit paffionnément
d'être peinte de fa main ; La Cocque , c'eft
ainfi qu'elle s'appelloit , eut merité d'être
vertueufe ; elle s'étoit diftinguée par des
fentimens nobles & délicats. Mignard
confentit d'autant plus volontiers à la
peindre qu'elle ne lui demandoit fon Portrait
qu'afin qu'il le portât en France , où
il le vendit à fon retour un prix confiderable.
Il partit de Rome , après y avoir demeuré
près de 22. ans au mois d'Octobre
1657. & arriva à Marſeille après 8. jours
de Navigation.
Nous donnerons une feconde Partie de cet
Extrait.
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Résumé : La Vie de Pierre Mignard, premier Peintre, &c. [titre d'après la table]
Le document 'La Vie de Pierre Mignard, premier Peintre du Roy' par l'Abbé Maziere de Mouville, publié en 1730, est un ouvrage de 235 pages incluant une épître et une préface. Il se distingue par son caractère unique en France, contrairement à l'Italie qui possède de nombreux volumes sur les vies des peintres. L'auteur critique la délicatesse excessive des jugements contemporains sur les arts. Le texte décrit les qualités essentielles d'un peintre, le comparant à un génie capable de rivaliser avec la nature et de toucher les émotions humaines. Il souligne les honneurs rendus à la peinture et à la sculpture dans l'Antiquité grecque et romaine, ainsi que durant la Renaissance et les siècles suivants. Les Grecs considéraient la peinture comme un art libéral et l'enseignaient aux enfants nobles. Les rois et les empereurs, comme Alexandre, Charles Quint, et François I, honoraient les peintres et les sculpteurs. L'ouvrage inclut un catalogue des œuvres gravées d'après Mignard et retrace sa vie. Pierre Mignard, né à Troyes en 1610, provenait d'une famille anglaise établie en France. Son père, impressionné par ses talents artistiques, le laissa étudier la peinture. Mignard se forma auprès de plusieurs maîtres en France avant de partir pour l'Italie en 1635. À Rome, il réalisa de nombreux portraits et œuvres remarquables, gagnant la faveur de divers princes et du pape. De retour en France, il épousa Anna Avolara et fut rappelé à Paris par le roi sur recommandation de M. de Lionne. Le texte mentionne également une femme nommée La Cocque, connue pour sa vertu et ses sentiments nobles et délicats. Mignard accepta de la peindre, non pas à sa demande, mais pour vendre le portrait en France. Mignard quitta Rome après y avoir séjourné près de 22 ans, au mois d'octobre 1657, et arriva à Marseille après huit jours de navigation.
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15917
p. 97
TROISIEME ENIGME.
Début :
Je ne sçay pas chanter, cependant chaque jour [...]
Mots clefs :
Lutrin
15918
p. 102
« Le mot de l'Enigme du second volume de Décembre, est Dimanche ; celui du premier [...] »
Début :
Le mot de l'Enigme du second volume de Décembre, est Dimanche ; celui du premier [...]
Mots clefs :
Dimanche, Médecine, Balai
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de l'Enigme du second volume de Décembre, est Dimanche ; celui du premier [...] »
Le mot de l'Enigme du second volume
de Décembre, est Dimanche ; celui du premier
Logogriphe est le même de l'Enigme,
dans lequel on trouve, Diane, Chien, mint,
Cid, Daim, Cain, inca, imaen, Himne,
ane, cave, Candie, Cham, Caen, haine,
daine, ida, hie, mi, chance, manche, main,
aine & Jude. Celui du second Logogriphe,
est Médecine, dans lequel on trouve Mécé-
ne, Médie, Médée, Nicée, Nice, Jude &
niéce. Celui du troisiéme est Balai: dans le-
quel on trouve Bal, Bail, & Baal.
de Décembre, est Dimanche ; celui du premier
Logogriphe est le même de l'Enigme,
dans lequel on trouve, Diane, Chien, mint,
Cid, Daim, Cain, inca, imaen, Himne,
ane, cave, Candie, Cham, Caen, haine,
daine, ida, hie, mi, chance, manche, main,
aine & Jude. Celui du second Logogriphe,
est Médecine, dans lequel on trouve Mécé-
ne, Médie, Médée, Nicée, Nice, Jude &
niéce. Celui du troisiéme est Balai: dans le-
quel on trouve Bal, Bail, & Baal.
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15919
p. 102
ENIGME.
Début :
Quoique je sois fort à la mode, [...]
Mots clefs :
Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Uoique je fois fort à la mode ,
Je ne ſuis pas propre en tout tems ,
Fait pour le commerce des gens
Je le rends ſouvent incommode.
Honnête , poli , complaiſant ,
Le beau monde est mon Element ;
Mais enfin devenu complice
Du menſonge & de l'artifice ,
Aujourd'hui la mauvaiſe foi
N'eſt qu'un ſynonyme avec moi.
Garde toi de mon éloquence ,
Et de mon langage étranger ;
Je ne ſuis rien qu'en apparence :
Comme le vent je ſuis léger.
:
MUYART
Uoique je fois fort à la mode ,
Je ne ſuis pas propre en tout tems ,
Fait pour le commerce des gens
Je le rends ſouvent incommode.
Honnête , poli , complaiſant ,
Le beau monde est mon Element ;
Mais enfin devenu complice
Du menſonge & de l'artifice ,
Aujourd'hui la mauvaiſe foi
N'eſt qu'un ſynonyme avec moi.
Garde toi de mon éloquence ,
Et de mon langage étranger ;
Je ne ſuis rien qu'en apparence :
Comme le vent je ſuis léger.
:
MUYART
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15920
p. 100-101
LOGOGRYPHE. A Philis, qui en avoit demandé un à l'Auteur.
Début :
D'un superbe animal, à contenir la tête [...]
Mots clefs :
Martingale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Philis, qui en avoit demandé un à l'Auteur.
LOGO
GRYPH
E.
A PHILIS , qui en avoit demandé un
à l'Auteur.
D'UN fuperbe animal , à contenir la tête
Je fers pour l'ordinaire , & je puis de pompons
Etre embelli les jours de Fête.
Dix Lettres font mon Etre & mes différens noms,
On trouve en moi deux Maladies
Qu'on peut nommer , Epidémies.
Le chien , cet animal fi doux
Peut les donner , dormant fur vos genoux s
De moi le Géomètre apprend à faire uſage ;
Je renferme deux noms d'Oiſeau ,
Er celui de leur chant fi gêné dans la cage s
SEPTEMBRE . 1764. 101
D'une charmante main , je conſerve la peau ;
Un Poëte me trouve avec affez de peine .
Je forme encor l'indiffoluble chaîne ,
Et le nom de celui qui , ceffant d'être amant ,
S'érige en maître trop fouvent ;
Je fuis de toute créature
La première nourriture ;
Une chofe commune au temps comme à l'amour ;
Ce que dans un Miroir on voit d'après nature.
Je pourrois combiner juſqu'à la fin du jour :
Mais , Philis , ceci peut fuffire
A prouver fur moi votre empire.
Par un Anonyme.
GRYPH
E.
A PHILIS , qui en avoit demandé un
à l'Auteur.
D'UN fuperbe animal , à contenir la tête
Je fers pour l'ordinaire , & je puis de pompons
Etre embelli les jours de Fête.
Dix Lettres font mon Etre & mes différens noms,
On trouve en moi deux Maladies
Qu'on peut nommer , Epidémies.
Le chien , cet animal fi doux
Peut les donner , dormant fur vos genoux s
De moi le Géomètre apprend à faire uſage ;
Je renferme deux noms d'Oiſeau ,
Er celui de leur chant fi gêné dans la cage s
SEPTEMBRE . 1764. 101
D'une charmante main , je conſerve la peau ;
Un Poëte me trouve avec affez de peine .
Je forme encor l'indiffoluble chaîne ,
Et le nom de celui qui , ceffant d'être amant ,
S'érige en maître trop fouvent ;
Je fuis de toute créature
La première nourriture ;
Une chofe commune au temps comme à l'amour ;
Ce que dans un Miroir on voit d'après nature.
Je pourrois combiner juſqu'à la fin du jour :
Mais , Philis , ceci peut fuffire
A prouver fur moi votre empire.
Par un Anonyme.
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15922
p. 103
LOGOGRIPHE.
Début :
Ennemi de la vie, au-dessus de la mort, [...]
Mots clefs :
Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPΗ Ε.
ENNnneemmi de la vie, au- deſſus delamort,
Je ne crains point les coups que me porte un plus
fort.
Je brave le péril , je mépriſe l'envic ,
C'eſtdans toi , cher lecteur , que jetrouve ma vie
Sept pieds me font ce que je fuis ,
Obſerve- les & je te ſuis.
Je préſented'abord dans ma petite enceinte
Au faux Banqueroutier un endroitde contrainte..
Al'infâme voleur , au cruel aſſaffin
Le juſte inſtrument de ſa fin
Un ſujet de crainte au Pilote ,
Ce qui ſouvent Vaiſſeau balote.
Ce qui reſſemble à la fureur ,
Du pauvre Prêtre le bonheur ,
Un mot comumun en Chirurgie ,
L'endroit où le pourceau ſe réfugie,
Ceque nous préferons trop ſouventà l'honneur?
Mais c'eſt aſſez , je finis cher Lecteur .
VOILLERAULT. Ch. Reg. de Beauvais.
ENNnneemmi de la vie, au- deſſus delamort,
Je ne crains point les coups que me porte un plus
fort.
Je brave le péril , je mépriſe l'envic ,
C'eſtdans toi , cher lecteur , que jetrouve ma vie
Sept pieds me font ce que je fuis ,
Obſerve- les & je te ſuis.
Je préſented'abord dans ma petite enceinte
Au faux Banqueroutier un endroitde contrainte..
Al'infâme voleur , au cruel aſſaffin
Le juſte inſtrument de ſa fin
Un ſujet de crainte au Pilote ,
Ce qui ſouvent Vaiſſeau balote.
Ce qui reſſemble à la fureur ,
Du pauvre Prêtre le bonheur ,
Un mot comumun en Chirurgie ,
L'endroit où le pourceau ſe réfugie,
Ceque nous préferons trop ſouventà l'honneur?
Mais c'eſt aſſez , je finis cher Lecteur .
VOILLERAULT. Ch. Reg. de Beauvais.
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15923
p. 2605
PREMIERE ENIGME. Par M. ***
Début :
Quoique douce, quoique polie, [...]
Mots clefs :
Lardoire
15924
p. 1303-1304
LOGOGRYPHE.
Début :
Prenez-moi tout entier, je presente à vos yeux [...]
Mots clefs :
Tableau
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
PRenez
à vos yeux
Renez- moi tout entier , je presente
Un objet des plus gracieux ;
Je rappelle un fait mémorable ,
Ou de l'Histoire ou de la Fable ;
Je vous offre des Prez , des Arbres et des Fleurs
Que l'Aurore jamais ne baigna de ses pleurs.
Grand , petit , rond , quarré, comme le veut mon
pere ,
Je ne compterai point ici tous les sujets
Dont on me fait dépositaire :
Mon nom aussi vous offre une foule d'objets ;
En effet , l'on y trouve un meuble necessaire ,
Qui sert à bien plus d'une affaire ;
Vous y verrez un Elément ;
Un des enfans du premier homme ;
Une grande Cité plus ancienne que Rome ;
1. Vol.
E iij
1304 MERCURE DE FRANCE
Ce qui nous plaît infiniment ;
Ce que chacun voudroit atteindre ;
Certain Globe qui se fait craindre,
Et qui porte des coups mortels ;
Un vétement dont font usage ,
Les Ministres des saints Autels ;
Faut - il en dire davantage ?
Vous y verrez une couleur ;
Un mot Latin , qui signifie
Un Instrument dont l'harmonie ,
Annonce les Combats , excite la valeur ;
Je n'aurois jamais fait si je voulois tout dire
Vous y verrez enfin les lieux où tout respire ,
Les Plaisirs , la Joye et l'Amour ,
Lieux d'où l'on sort quand il est jour..
:
Par M. V. D. L. T. d'Aix.
PRenez
à vos yeux
Renez- moi tout entier , je presente
Un objet des plus gracieux ;
Je rappelle un fait mémorable ,
Ou de l'Histoire ou de la Fable ;
Je vous offre des Prez , des Arbres et des Fleurs
Que l'Aurore jamais ne baigna de ses pleurs.
Grand , petit , rond , quarré, comme le veut mon
pere ,
Je ne compterai point ici tous les sujets
Dont on me fait dépositaire :
Mon nom aussi vous offre une foule d'objets ;
En effet , l'on y trouve un meuble necessaire ,
Qui sert à bien plus d'une affaire ;
Vous y verrez un Elément ;
Un des enfans du premier homme ;
Une grande Cité plus ancienne que Rome ;
1. Vol.
E iij
1304 MERCURE DE FRANCE
Ce qui nous plaît infiniment ;
Ce que chacun voudroit atteindre ;
Certain Globe qui se fait craindre,
Et qui porte des coups mortels ;
Un vétement dont font usage ,
Les Ministres des saints Autels ;
Faut - il en dire davantage ?
Vous y verrez une couleur ;
Un mot Latin , qui signifie
Un Instrument dont l'harmonie ,
Annonce les Combats , excite la valeur ;
Je n'aurois jamais fait si je voulois tout dire
Vous y verrez enfin les lieux où tout respire ,
Les Plaisirs , la Joye et l'Amour ,
Lieux d'où l'on sort quand il est jour..
:
Par M. V. D. L. T. d'Aix.
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15925
p. 101-104
AUTRE. A Madame de la F*** aux Mounéroux en Auvergne.
Début :
Un seul desir quelquefois me fait naître, [...]
Mots clefs :
Reconnaissance
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame de la F*** aux Mounéroux en Auvergne.
AUTR E.
A Madame de la F *** aux Mounéroux
en Auvergne.
UN feul defir quelquefois me fait naître ,
Un feul defir peut me manifeſter ;
Et fije puis exifter fans paroître ,
Je puis paroître auffi fans exifter.
Ce dernier trait pourroit peut-être ,
Belle Eglé , vous dépayser
Il faut donc pour vous amuſer
Dans mes quatorze pieds me donner à connoître.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Vous y verrez le fils de trois Dieux à la fois ,
Qui de la Déeffe des Bois
Devint juftement la victime ;
Le premier malheureux dont le funefte crime ;
De l'envie en fureur fut le coupable fruit ;
L'Objet des fons galans de la Mufe d'Ovide ;
Ce héros vaillant , intrépide ,
Qui dans Colchos par la gloire conduit ,
D'une riche Toifon fit l'illuftre conquête ;
Un fils de Jacob ; un Prophéte ;
Un grand Pontife des Hébreux ;
Une fameufe Magicienne ;
Celui que le Criftal d'une claire Fontaine
Rendit de foi- même amoureux ;
Cet autre qui des airs fendoit l'immenfe plaine ,
Mais qui s'approchant trop de l'aftre radieux ,
Par fa chûte , porta la peine
De fon éffor audacieux ;
Un Général défait par Judas Machabée ;
Le premier que le Vin trompa par la douceur ;
Un Poëte tragique ; un habile Orateur ;
Le beau Berger qu'aimoit la Nymphe Gala
thée ;
Ce Roi qui renfermant fa fille en une tour ,
Crut eviter par là , fa trifte deſtinée ,
Mais vit à fes dépens que l'Or joint à l'amour ;
Malgré murs & verrouils en tous lieux trouve
entrée ;
OCTOBRE. 1764. 103
Le Nautonnier des fombres ods ;
Une Impératrice inhumaine
Qui de l'ambition écoutant les tranſports ,
Fit aveugler fon fib , pour refter Souveraine }
Le Miniftre chéri du célébre Pyrrhus ;
Ce Romain qui reçut le pardon de ſon crime i
Et qu'Augufte força par ce trait magnanime
D'admirer fa clémence , & chérir fes vertus ;
J'aurois à vous offrir maint autre Perfonnage ,
Mais un peu de variété
Porte ordinairement avec foi l'avantage
De plaire & de piquer la curiofité ;
Voyez donc maintenant deux Cités en Affrique ;
Un Signe du Zodiaque ; une Iſle en Amérique s
Un Poids ; un Elément ; une fleur ; un Poifon ;
Un fruit; deux Purgatifs ; un légume ; une Fête ;
Une plante épineufe ; une petite bête ,
Qui caufe fur la peau grande demangeaison ;
Trois rivières ; un fleuve & deux Villes de France;
Une Ifle où la révolte aujourd'hui fait fracas
Enfin ( car il eft temps de finir la féance )
De l'Etude un fruit plein d'appas.
ENVO I.
Si j'ai tort de faire un mystère
D'un mot dont je me fais honneur ,
Au moins n'irai - je pas vous taire
E iv
104 MERCURE DE FRANCE ,
Que-très fouvent il eft trompeur.
Sous plus d'une fauſſe couleur
Il en impofe , & peut furprendre ;
Mais pour ne pas vous y méprendre
Aimable Eglé , cherchez-le dans mon coeur.
DESMARAIS du Chambon en Limousin
A Madame de la F *** aux Mounéroux
en Auvergne.
UN feul defir quelquefois me fait naître ,
Un feul defir peut me manifeſter ;
Et fije puis exifter fans paroître ,
Je puis paroître auffi fans exifter.
Ce dernier trait pourroit peut-être ,
Belle Eglé , vous dépayser
Il faut donc pour vous amuſer
Dans mes quatorze pieds me donner à connoître.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Vous y verrez le fils de trois Dieux à la fois ,
Qui de la Déeffe des Bois
Devint juftement la victime ;
Le premier malheureux dont le funefte crime ;
De l'envie en fureur fut le coupable fruit ;
L'Objet des fons galans de la Mufe d'Ovide ;
Ce héros vaillant , intrépide ,
Qui dans Colchos par la gloire conduit ,
D'une riche Toifon fit l'illuftre conquête ;
Un fils de Jacob ; un Prophéte ;
Un grand Pontife des Hébreux ;
Une fameufe Magicienne ;
Celui que le Criftal d'une claire Fontaine
Rendit de foi- même amoureux ;
Cet autre qui des airs fendoit l'immenfe plaine ,
Mais qui s'approchant trop de l'aftre radieux ,
Par fa chûte , porta la peine
De fon éffor audacieux ;
Un Général défait par Judas Machabée ;
Le premier que le Vin trompa par la douceur ;
Un Poëte tragique ; un habile Orateur ;
Le beau Berger qu'aimoit la Nymphe Gala
thée ;
Ce Roi qui renfermant fa fille en une tour ,
Crut eviter par là , fa trifte deſtinée ,
Mais vit à fes dépens que l'Or joint à l'amour ;
Malgré murs & verrouils en tous lieux trouve
entrée ;
OCTOBRE. 1764. 103
Le Nautonnier des fombres ods ;
Une Impératrice inhumaine
Qui de l'ambition écoutant les tranſports ,
Fit aveugler fon fib , pour refter Souveraine }
Le Miniftre chéri du célébre Pyrrhus ;
Ce Romain qui reçut le pardon de ſon crime i
Et qu'Augufte força par ce trait magnanime
D'admirer fa clémence , & chérir fes vertus ;
J'aurois à vous offrir maint autre Perfonnage ,
Mais un peu de variété
Porte ordinairement avec foi l'avantage
De plaire & de piquer la curiofité ;
Voyez donc maintenant deux Cités en Affrique ;
Un Signe du Zodiaque ; une Iſle en Amérique s
Un Poids ; un Elément ; une fleur ; un Poifon ;
Un fruit; deux Purgatifs ; un légume ; une Fête ;
Une plante épineufe ; une petite bête ,
Qui caufe fur la peau grande demangeaison ;
Trois rivières ; un fleuve & deux Villes de France;
Une Ifle où la révolte aujourd'hui fait fracas
Enfin ( car il eft temps de finir la féance )
De l'Etude un fruit plein d'appas.
ENVO I.
Si j'ai tort de faire un mystère
D'un mot dont je me fais honneur ,
Au moins n'irai - je pas vous taire
E iv
104 MERCURE DE FRANCE ,
Que-très fouvent il eft trompeur.
Sous plus d'une fauſſe couleur
Il en impofe , & peut furprendre ;
Mais pour ne pas vous y méprendre
Aimable Eglé , cherchez-le dans mon coeur.
DESMARAIS du Chambon en Limousin
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15926
p. 1143-1146
ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
Début :
Vous, à qui la Toute-puissance [...]
Mots clefs :
Autels, Âme, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
ODE SA CREE,
Sur quelques Versets du Pseaume XXV.
V. VI .
Lavabo inter innocentes manus meas.
Vous Ous , à qui la Toute - puissance
Du vrai , fait sentir les beautéz ,
Esprits , qui maintenant goûtez ,
Les fruits de l'heureuse innocence
Et qui vous éloignez des profanes Humains ,
Au milieu de vous tous j'irai laver mes mains.
'
Et circumdabo altare tuum , Domine.
Je sens ton Esprit qui m'anime ,
Oui , grand Dieu , je veux dans mes Vers,
Chanter l'Auteur de l'Univers ,
Et t'immoler une victime ;
Parmi mes saints transports et mes tendres accents
,
Autour de tes Autels brulera mon encens.
V. VII.
Ut audiam vocem laudis et enarrem universa
mirabilia tua.
C'est pour entendre tes loüanges ,
Que je t'adresse ainsi mes voeux ;
1. Vol. Vien
E )
1144 MERCURE DE FRANCE
"
Vien , Seigneur , seconder mes feux ,
Joins ma voix à celle des Anges ;
De concert avec eux ma bouche publiera ,
Tous tes faits merveilleux ; l'air en retentira.
*. VIII .
Domine dilexi decorem domus tuæ et loum
habitationis gloria tua.
Enfin j'ai trouvé mes délices ,
Dans le séjour de ta Grandeur,
Et de ce céleste bonheur ,
Mon ame a senti les prémices ;
La beauté de ton Temple , et ta brillante Cour
Vont être désormais l'objet de mon amour.
Y. IX.
Neperdas cum impiis Deus animam meam.
Grand Dicu , ne confonds point mon ame,
Avec ces malheureux Mortels ,
Profanateurs de tes Autels ;
Eloigne moi de cette flamme ,
Dont ils seront la proye au jour de ton courroux,
Que tes foudres , Seigneur , ne tombent point
sur nous.
Et cum viris sanguinum vitam meam.
Loin d'ici ces Monstres de rage , ...
Dépouillez de l'humanité ,
Et dont l'avide cruauté ,*
I. Vol.
CherJUIN.
1733. 1145
Cherche le meurtre et le carnage ;
Ah ! ne me plonge point dans la nuit de la mort ,
Sauve moi de l'horreur de partager leur sort.
V. X.
In quorum manibus iniquitates sunt ,
dextera eorum repleta est muneribus.
Comblez des dons de la fortune ,
Quel bruit font- ils dans un Etat ?
Richesses , Dignitez , Eclat ,
Qui plus est , vertu non commune ,
Semblent les illustrer,les mettre au premier rang ;
Leurs sacrileges mains sont encor dans le sang.
V. X I.
Ego autem innocentia mea ingressus sum;
redime me et miserere mei .
>
Mais ma conduite est innocente ;
Que le noir tyran des Enfers ,
Ne me tienne plus dans ses fers ;
Que ta bonté toute- puissante ,
Détourne loin de moi sa domination ;
Rachepte cet objet de ta compassion .
V. XII.
Pes meus stetit in directo , in Ecclesiis
benedicam te Domine.
Dans le chemin de la justice ,
I. Vol. E iiij Ta
146 MERCURE DE FRANCE
Ta grace a raffermi mes pas ;
J'en ai connu les vrais appas ;
Ils mont fait détester le vice ,
De tes divins bienfaits vivement penetré ,
Je benirai ton nom dans ton Temple sacré.
Regnard de Bussieres .
Sur quelques Versets du Pseaume XXV.
V. VI .
Lavabo inter innocentes manus meas.
Vous Ous , à qui la Toute - puissance
Du vrai , fait sentir les beautéz ,
Esprits , qui maintenant goûtez ,
Les fruits de l'heureuse innocence
Et qui vous éloignez des profanes Humains ,
Au milieu de vous tous j'irai laver mes mains.
'
Et circumdabo altare tuum , Domine.
Je sens ton Esprit qui m'anime ,
Oui , grand Dieu , je veux dans mes Vers,
Chanter l'Auteur de l'Univers ,
Et t'immoler une victime ;
Parmi mes saints transports et mes tendres accents
,
Autour de tes Autels brulera mon encens.
V. VII.
Ut audiam vocem laudis et enarrem universa
mirabilia tua.
C'est pour entendre tes loüanges ,
Que je t'adresse ainsi mes voeux ;
1. Vol. Vien
E )
1144 MERCURE DE FRANCE
"
Vien , Seigneur , seconder mes feux ,
Joins ma voix à celle des Anges ;
De concert avec eux ma bouche publiera ,
Tous tes faits merveilleux ; l'air en retentira.
*. VIII .
Domine dilexi decorem domus tuæ et loum
habitationis gloria tua.
Enfin j'ai trouvé mes délices ,
Dans le séjour de ta Grandeur,
Et de ce céleste bonheur ,
Mon ame a senti les prémices ;
La beauté de ton Temple , et ta brillante Cour
Vont être désormais l'objet de mon amour.
Y. IX.
Neperdas cum impiis Deus animam meam.
Grand Dicu , ne confonds point mon ame,
Avec ces malheureux Mortels ,
Profanateurs de tes Autels ;
Eloigne moi de cette flamme ,
Dont ils seront la proye au jour de ton courroux,
Que tes foudres , Seigneur , ne tombent point
sur nous.
Et cum viris sanguinum vitam meam.
Loin d'ici ces Monstres de rage , ...
Dépouillez de l'humanité ,
Et dont l'avide cruauté ,*
I. Vol.
CherJUIN.
1733. 1145
Cherche le meurtre et le carnage ;
Ah ! ne me plonge point dans la nuit de la mort ,
Sauve moi de l'horreur de partager leur sort.
V. X.
In quorum manibus iniquitates sunt ,
dextera eorum repleta est muneribus.
Comblez des dons de la fortune ,
Quel bruit font- ils dans un Etat ?
Richesses , Dignitez , Eclat ,
Qui plus est , vertu non commune ,
Semblent les illustrer,les mettre au premier rang ;
Leurs sacrileges mains sont encor dans le sang.
V. X I.
Ego autem innocentia mea ingressus sum;
redime me et miserere mei .
>
Mais ma conduite est innocente ;
Que le noir tyran des Enfers ,
Ne me tienne plus dans ses fers ;
Que ta bonté toute- puissante ,
Détourne loin de moi sa domination ;
Rachepte cet objet de ta compassion .
V. XII.
Pes meus stetit in directo , in Ecclesiis
benedicam te Domine.
Dans le chemin de la justice ,
I. Vol. E iiij Ta
146 MERCURE DE FRANCE
Ta grace a raffermi mes pas ;
J'en ai connu les vrais appas ;
Ils mont fait détester le vice ,
De tes divins bienfaits vivement penetré ,
Je benirai ton nom dans ton Temple sacré.
Regnard de Bussieres .
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Résumé : ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
Le poème 'ODE SA CREE' s'inspire du Psaume XXV et exprime le désir du poète de purifier son âme et de se rapprocher de Dieu. Il souhaite laver ses mains parmi les innocents et offrir des louanges autour des autels divins. Le poète cherche à entendre et à proclamer les merveilles de Dieu, trouvant ses délices dans le séjour divin. Il implore Dieu de ne pas le confondre avec les impies et les meurtriers, mais de le protéger et de le racheter. Se décrivant comme innocent, il demande à Dieu de le délivrer des tyrans et des injustices. Le poète affirme avoir suivi le chemin de la justice et exprime sa gratitude pour les bienfaits divins, promettant de bénir le nom de Dieu dans son temple.
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15927
p. 103-111
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
PROFESSION de Foi philosophique, à Amsterdam, chez Marc-Michel [...]
Mots clefs :
Libraire, Brochure, Ouvrage, Lettres, Mémoires, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
Fermer
15928
p. 2606-2607
SECONDE ENIGME. Du même.
Début :
Je suis par ma figure un symbole du monde, [...]
Mots clefs :
Savonnette
15929
p. 1304-1305
ENIGME du même Auteur.
Début :
On voit à me former plusieurs Dieux concourir ; [...]
Mots clefs :
Salade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME du même Auteur.
ENIGME du même Auteur.
N voit à me former plusieurs Dieux con
ΟΝ courir ;
Cybelle me reçoit , et daigne me nourrir ;
Quand je sors de son sein, au Soleil je m'expose
L'Aurore de ses pleurs m'arrose;
Je suis aussi l'objet des soins ,
Et de Vertumne et de Pomone ;
d. Vola Ce
JUIN. 1731. 1305
-
Ce n'est pas tout encor, avant que je sois bonne ,
Il faut que d'autres Dieux ne me servent pas
moins ;
Le Dieu de la Plaine liquide ,
M'offre l'Elixir de ses eaux ,
Sans lui je serois insipide :
Déesse dont le bras est armé d'une Egide ,
Tu me donnes le jus du fruit de ces Rameaux ,
Qui , tandis que l'hyver attriste la Nature ,
Conservent toûjours la verdure :
Charmant Bacchus , sur moi tu répans ta Li
queur ,
Non pas telle , il est vrai , qu'elle plaît au buveur.
Mortels , en cet état je puis vous être offerte ;
Mais quel traitement je reçoi !
Plusieurs mains s'arment pour ma perte ,
Elles viennent fondre sur moi :
Est-il un destin plus funeste ?
Pour vous dire en deux mots le reste
On me porte dans un Palais ,
Où je suis bien- tôt déchirée :
Quelle injustice? helas ! par ceux à qui je plais ;
Faut- il que je sois dévorée ?
N voit à me former plusieurs Dieux con
ΟΝ courir ;
Cybelle me reçoit , et daigne me nourrir ;
Quand je sors de son sein, au Soleil je m'expose
L'Aurore de ses pleurs m'arrose;
Je suis aussi l'objet des soins ,
Et de Vertumne et de Pomone ;
d. Vola Ce
JUIN. 1731. 1305
-
Ce n'est pas tout encor, avant que je sois bonne ,
Il faut que d'autres Dieux ne me servent pas
moins ;
Le Dieu de la Plaine liquide ,
M'offre l'Elixir de ses eaux ,
Sans lui je serois insipide :
Déesse dont le bras est armé d'une Egide ,
Tu me donnes le jus du fruit de ces Rameaux ,
Qui , tandis que l'hyver attriste la Nature ,
Conservent toûjours la verdure :
Charmant Bacchus , sur moi tu répans ta Li
queur ,
Non pas telle , il est vrai , qu'elle plaît au buveur.
Mortels , en cet état je puis vous être offerte ;
Mais quel traitement je reçoi !
Plusieurs mains s'arment pour ma perte ,
Elles viennent fondre sur moi :
Est-il un destin plus funeste ?
Pour vous dire en deux mots le reste
On me porte dans un Palais ,
Où je suis bien- tôt déchirée :
Quelle injustice? helas ! par ceux à qui je plais ;
Faut- il que je sois dévorée ?
Fermer
15930
p. 104-105
AUTRE.
Début :
Je suis commun ; mais précieux, [...]
Mots clefs :
Potager
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fuis commun ; mais précieux ,
Quelquefois agréable & toujours néceffaire;
Pluſieurs de mes enfans jadis étoient des Dieux
Qui vegetoient dans le ſein de leur pere.
Sept lettres compoſent mon nom .
2 , & 7, A tout je ſuis bon ,
7, 2, & 3, Je ſuis mauvaiſe compagnie.
1 , 6, & 3, Mon frere auffi vilain que moi,
Quoique plus tapagiſte inſpire moins d'effroi.
5, 2 , & 3, Je ſuis un Peuple fans génie
Qui pourtant à l'Europe ai ſcu donner la loi.
1 , 4 , 5 , 6 , Au mal mon nom ſeul m'authoriſe,
L'obéiſſanee eſt mon emploi
Et la malice ma deviſe.
1,2 , & 3 , Je ſuis un vaſe fort commun
De tous métaux , à tout uſage:
On voit autour de moi ſouvent tourner le Sage;
Quoiqu'un ſot & moi foient tout an.
4,5,6 , Me nommerieſt offenſer les femmes.
5,2 , & 4 , Je ſuis une cité
Où l'on brûloit pour le ſalut des ames.
4,3,7,6, Je ſuis peu d'uſage en été
Et je vis au milieu des flåmes ;
On trouve encore en moi deux alimens ;
Dont l'un en maladie eſt toujours falutaire ,
JANVIER .. 1752 . 105
Et l'autre , en fanté même , àl'eftomach contraire .
UnFleuve que l'on peut placer au premier rang
Un mal qui tient de la furie
Et le tırande la vieille Feerie.
ParM. GOUBERT , Curé de Rosieres ,Dio
cised'Orleans.
E fuis commun ; mais précieux ,
Quelquefois agréable & toujours néceffaire;
Pluſieurs de mes enfans jadis étoient des Dieux
Qui vegetoient dans le ſein de leur pere.
Sept lettres compoſent mon nom .
2 , & 7, A tout je ſuis bon ,
7, 2, & 3, Je ſuis mauvaiſe compagnie.
1 , 6, & 3, Mon frere auffi vilain que moi,
Quoique plus tapagiſte inſpire moins d'effroi.
5, 2 , & 3, Je ſuis un Peuple fans génie
Qui pourtant à l'Europe ai ſcu donner la loi.
1 , 4 , 5 , 6 , Au mal mon nom ſeul m'authoriſe,
L'obéiſſanee eſt mon emploi
Et la malice ma deviſe.
1,2 , & 3 , Je ſuis un vaſe fort commun
De tous métaux , à tout uſage:
On voit autour de moi ſouvent tourner le Sage;
Quoiqu'un ſot & moi foient tout an.
4,5,6 , Me nommerieſt offenſer les femmes.
5,2 , & 4 , Je ſuis une cité
Où l'on brûloit pour le ſalut des ames.
4,3,7,6, Je ſuis peu d'uſage en été
Et je vis au milieu des flåmes ;
On trouve encore en moi deux alimens ;
Dont l'un en maladie eſt toujours falutaire ,
JANVIER .. 1752 . 105
Et l'autre , en fanté même , àl'eftomach contraire .
UnFleuve que l'on peut placer au premier rang
Un mal qui tient de la furie
Et le tırande la vieille Feerie.
ParM. GOUBERT , Curé de Rosieres ,Dio
cised'Orleans.
Fermer
15931
p. 98-110
LOUIS. ECLOGUE.
Début :
Ce n'est point assez de vous avoir donné en Prose un abregé / Dans les vastes jardins de ce charmant Palais [...]
Mots clefs :
Iris, Yeux, Célimène, Dieu, Louis XIV, Gloire, Éloge, Louer, Plaisir, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOUIS. ECLOGUE.
Ce n'est point assez de vous
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
mmmB$mm$mm
LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
mmmB$mm$mm
LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
Fermer
Résumé : LOUIS. ECLOGUE.
Le texte présente une églogue en vers qui célèbre les mérites et les exploits du roi Louis XIV. Cette œuvre, approuvée par Madame des Houlières, est un éloge poétique des réalisations du règne du roi. L'action se déroule dans les jardins du château de Versailles, où des personnages mythologiques comme les Zephyrs, les Nymphes et Flore sont présents. Les personnages, tels que Célimène, Mercure, Iris et un Galant, admirent les beautés et les réalisations du roi. Ils décrivent les transformations spectaculaires des terres, les constructions magnifiques et les victoires militaires de Louis XIV. Le roi est comparé à un dieu, capable de vaincre la nature et de protéger son royaume contre les menaces. Célimène exprime son admiration et son amour pour le roi, soulignant que malgré les malheurs, elle ne peut qu'admirer son règne auguste. Mercure, après avoir hésité, décide de consacrer sa vie à servir le roi, négligeant ses propres intérêts. Iris et les autres personnages célèbrent les vertus et les exploits du roi, le comparant à des dieux et soulignant sa piété et sa grandeur. L'églogue se termine par une invitation à célébrer le roi, décrit comme le plus aimable et le plus grand des rois, méritant les hommages des dieux eux-mêmes. Les personnages expriment leur dévotion et leur admiration pour Louis XIV, le roi qui règne sur les cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15932
p. 115-171
LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Début :
Je vous envoyay il y a deux mois une Lettre fort curieuse / Vous demandez, Monsieur, bien des choses à la fois à un [...]
Mots clefs :
Eau, Canal, Rivière, Niveau, Lieues, Bout, Terre, Toises, François Bernier, Claude Comiers, Pente, Longueur, Versailles, Pieds, Ligne, Pouces, Eaux, Lignes, Point, Eure, Cercle de la terre, Hauteur, Centre, Lettre, Mers, Plan, Milieu, Conduite, Languedoc, Nivellement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
Ie vous envoyay il y a deux
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
mois une Lettre fort curieuſe
du fameux Monfieur Bernier.
Elle a trouvé des Admirateurs
&des Critiques , mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ſes parties , ils en combattent
ſeulement quelquesunes
, & ils le font de cette
maniere honneſte,qui fait ſouvent
plaiſir à ceux qui font attaquez
, puis qu'elle leurdonne
lieu de faire paroiſtre ce
qu'ils ſçavent. Ainſi l'on peue
dire que les querelles qui arri
GALANT.
83
১
ces
vent entre les gens de Lettres,
ſont preſque toûjours à l'avantage
, & des Aggreffeurs, &de
ceux qui ſe defendent
fortes de differends eftant pour
les uns & pour les autres de
favorables occaſions de faire
briller leurs differentes lumieres
. Ce que je vous envoye eſt
du celebre Monfieur de Comiers
, dont l'érudition eft
connue , & qui eſt eſtimé de
tous les Sçavansde l'Europe.
:
D65
84 MERCURE
LETTRE DE M. COMIER ,,
à M. Hardy , Seigneur de
Beaulieu, contenantla Conduite
, l'Elevation des Eaux
&tout ce qui concerne les
-letsd'eau.
pauvre
Ous demandez, Monsieur,bien
des choses à lafois à un
aveugle ; premierement , mes reflexions
ſur la Lettre de Monsieur
Bernier inferée dans leMercure de
Février dernier , dans laquelle il
fare que l'eauparſaſeule volubilité&
pesanteurcoule d'un bout à
L'autre d'un canal parfaitement à
niveaudefix àsept lieuës de lonqueursans
aucune pente ;secondement
, tous les moyensde trouver les
Sources d'can , & ensuite ce qui est
A
THEQUE DE
BIBLIOT
NOAI
84
LE
xio
Ber
Fer
lite
D'ai
nir
BUL
me
GALANT.
85
neceſſaire desçavoir pour la conduíte
des eaux ; les Machines pour les
éleverdans des Refervoirs , &mon
abregéde tout ce qui concerne les
Lets d'eau , leur hauteur & leur
dépense.
mouvement
Bien que vous ayezune parfaite
connoiſſance de toutes ces choses,&ب
meſme la pratique dansvostre belle
maison de Beaulieu prés Chartres ..
où vous élevez vos eaux de fources
vives par la Machine d'une nou
velle application du principe de
, qui se trouve enfin
dans la derniere perfection , plus
parvostre propre connoissance &
penetration d'esprit , quepar aucun
de mes avisfondezsur mes longues
experiences & sur celles de few
Monsieur de Francine nôtre bom
amy , ( car vostre machine estant
Sans manivelle ny frotement des
parties elle est incomparablement
86 MERCURE
plus belle , & avec une moindre
puissance,elle a un plus grand effet
qu'aucune desMachinesqui ayent
encore paru à Versailles ou ailleurs
je veux neantmoins vous fatisfaire
, afin qu'on ne croye pas
gu' ayant perdu la veue jefois tombédans
Loiſivetèfans lettres, qui est
le Sepulchre des hommes vivans ,
Otium fine litteris ſupultura
hominis viventis . le commence
par l'examen de ce que Monfieur
Bernier Chefdes Philofophes Gaffendiſtes
, a debité au sujet du
grand Canalde Languedoc,qui fait
lacommunication des deux Mers
où ildit , qu'ily a un canalde fix
àfept lieuës de longueur de pur niveau,
où l'eau coule d'un bout àl'au
trefansaucune pente. Ie dis ,que la
Phyſico - Mathematique n'est pas
Seulement la plus belle étude des
veritables Scavants , elle est encore
GALANT. 87
tres utile & même neceſſaire au
bien de l'Etat ,& avantageuse à
chaque particulier. Ils'agit icy de
Lefaire connoistrepar la conduite des
caux,laquelle depend d'un parfait
nivellement , ſans lequel les
deffeins les plus importans avorteroient
aprés la dépense inutile de
pluſieurs millions ,si on entreprend
ces grands Ouvrages furle dire de
Monsieur Bernier , qui aſſure
qu'il n'estpas necessaire de donner
de la pente àl'eau pourla conduire
où l'on desire..
2
Monsieur Bernier ne parle pas.
en Maîtreen la conduite des Eaux..
Voicyfes termes. Je ſuis icy , ditil
, où ſe rendentles Eaux de la
Montagne noire , pour faire la
communication des deux Mers ,
de ce fameux Canal , qui eft
ſoutenu à my - côte pendant
40. lieuës delong
88 MERCURE
CommeMonfieur Berniernefait
pas autrement la defcription de
ce fameux Canal , je veux bien y
Suppléer.
i
L'execution de ce grand ouvrage
medité par les Empereurs
Romains , & examiné pendant
tant de Siecles , étoit refervée au
regne de LOVIS LE GRAND , à
qui rien n'est impoſſible , qui agit
par tout en mesme temps , dont
l'esprit éclate comme le Soleil dans
tous lescoins de l'Univers , & dont
Lapuiſſance peut estre comparéeà
l'Ocean , qui estant immense en
foy - mesme , avance ſes bras par
tous les endroits de la Terre. Vous
neferezdonc pas faché, queparla
生necessité de faire mes justes reflexions
sur la Lettre de Monfieur
Bernier , ie fois obligé de vous envoyerenpeu
de mots tout ce qui
concerne cegrand Canal artificiel,
GALANT. 89
qui fait la communication des deux
Mers , puisque par son moyen tes
plus grandes Barquespeuvent pas.
fer en quatorze jours au plus , de la
Mer Oceane dans laMediterranée.
Monsieur Riquet ayant étudie
lapoſſibilité& les moyens de faire
cette communication , reconnut que
la petite Eminence de Naurouſſe ,
qui eſtålateste des deux Valons ,
Seroit le point de partage, par le
moyen des deux petites Rivieres ,
qui ont leurs fources à latestede ces
deux Valons à demy - lieüe l'une
de l'autre. La Riviere de Fresque
coule àl'Orient dans l'Aude & la
Riviere de Lers au couchant .
Monfieur Colbert dont l'application
estoit infatigable pour faire
fleurir les Arts , les Sciences ,& le
Commerce , ayant esté convaincu de
la poſſibilité de cette lonction des
१० MERCVRE
deux Mers, on commença àytra
vailleren 1666. Les Eaux de fix
Rivieres dela Montagnenoire ont
eſté conduites par des Canaux au
Refervoirde Saint Feriel, qui estun
Etangd'un Valon,la Chauffée allant
d'une Montagne à l'autre. Il est à
demy- lieuë au deſſus de la Ville de
Revel. Cet Etangen fournit le
Baffin de Naurouffe , point de partage,
d'oùl'eau defcend par deux
Canauxdans lesſources de Frefque
de Lcrs.
Ce Baffin eft de pierre de taille,
fafigure eſt octogone ovale ,fongrand
diametre eft de deux cens toiſes,&
lepetit de cent cinquante.
Le Canal d'Occidenta dix - huit
Ecluſes tant doubles que simples ,
qui font vingt-sept Corps d'Eclu-
Jes dans l'espace de 28142. toises ,
qui font douze licies communes de
France de 25. au Degré.Apres ces
GALANT.
91
te longueur depuis le point de partage,
le Canal entre dans la Garonne
. Le Canal d'Orient à 99443 .
toises jusqu'à l'Etang de Thau ,
quiſont 43. lieues & demie , plus
89. toiſes , & dans cette longueur
ily a 46. Ecluſes tant doubles ,
triples , &c. Depuis l'Etang de
Thau on entre dans le Port de Cete
prés de Frontignan par un Canul
de 800. toiſes de longueur ,fait à
Travers la Plage.
CeCanalfut commencé en 1666-
&achevé en 1681 .
La premiere navigationfut commencée
par l'ordre du Roy le 15.
May 1681. par Monsieur d'Aguesseau
, Intendant de Languedoc.
Il partit de Toulouſe avec quelques
Meſſieurs des Etats , & s'estant
rendu àl'embouchure du Canaldans
La Garonne it le monta dans و
une Barque Royale le 17. May
ſuivy de vingt- trois Barques da
92
MERCVRE
Bordeaux, chargées de marchandi-
Sespourla Foirede Beaucaire. Le
19. il arriva à Castelnaudari , oùse
rendit Monsieurle Cardinal de
Bonzi , President né des Etats de
Languedoc.
Les Eclufes font au nombre de
59. dans la longueur de 76645 .
toiſes , qui font 33. lieues & demie
plus 131. toises. Le 13. toutes
ces Barques navigerentfur le Pont
de Repudre , qui a soixante . Sept
toiſes de longueur , ayant esté fait
pour donnerpaffage au deſſous à un
torrent de mesme nom , qui croife
le Canal.
On navigea ensuite le longde la
Digue ou Chauffée de Ceffe du nom
de la Riviere qu'elle arreste . Elle
a 112. toifes de longueur , cinq de
hauteur , & quatre & demie de
largeur.
Le 24. onpaſſale Mal- paffe.
GALAN T.
93
C'est une voûte de quatre - vingt
toiſes de longueur , de quatre &
demie de hauteurfur quatre toises
de largeur de Canal , outre une
Banquette de chaque costé large de
trois pieds pour le tirage des Barques.
Cette voûte eft taillée dans
LeRoc d'une montagne à une
lieuë de Befiers. Cette Ville& fon
paysagefontfibeaux , qu'ils femblent
qu'ils agent estéfaits pourla
demeure des Dieux , ce qui a donné
lieuà ce Proverbe Latin ,
SiDeus in terris vellet habitare
, Biterris .
Au fortir de cette voûte on se
trouvaàlapremiere des huit Eclu-
Ses ascolées , c'est à dire faites de
Suite, quifontparconsequent com
me autant de degrezou marches
d'une montagne d'eau . Pour bien
comprendre la maniere des Ecluſes ,
jevons envoye le Livre de Simon
94
MERCVRE
Stevin de Bruges , & vous renvoye
àcellesdu Canal de Briare.
Ces Ecluſes estantpaffées,la Compagnieſeſepara
à causedes Festes
de la Pentecoste , mais Monsieur
l'Intendant defcenditparle Canal
dans la Riviere d'Herau par l'Ecluſe
ronde ,& ayant traversé l'Etangde
Thau & le Canal , il arriva
au Portde Cete le 25. May .
sourdela Pentecofte 1681. deforte
que Monsieur l'Intendant nefutfur
le Canal que neuf jours ;sçavoir,
deux jours depuis fon embouchure
dans la Garonne iusqu'à Castelnaudari
, &delà enſept iours ilfut
danslePortde Cete. Et comme de
L'Oceanon peut en fix iours entrer
par la Garonne dans le Canal,la
navigationd'une Merà l'autre ne
fera au plus que de quatorze à
quinze jours en paſſant par cent
quatre Ecluſes, dont plusieurs estant
GALANT.
95
accolées , c'est à dire ,faites defuite&
prés àprés ,font 65.stations ,
quine retardent quede trente heu
res au plus la navigation.
Ie reprens la Lettre de Monfieur
Bernier. Je ne veux pas , dit - il,
oublier une circonſtance tresconfiderable
, en ce qu'elle regarde
ceux qui s'occupent à
la conduite des Eaux . Le fait
eſt , qu'entre ce grand nombre
de differens Canaux , qui font
le Canal entier , il y en a un de
6.à 7.licuës de lõg dans lequel
l'Eau coule d'un bout à l'autre
depur niveau , ſans qu'il y ait
aucune pente ; & cela , à mon
avis , par fon poids & par fa
volubité , plûtoſt que par le
pouſſement, cequi eſt contraire
aux fentimens de feu Mefſieurs
Picard & Mariotte , &
de quelques -uns de nos Amis
1
96 MERCURE
qui font encore pleins de vie ;
car je les ay toûjours vû demander
une certaine pente
ſenſible , comme par exemple,
un pied tout au moins fur chaquelieuë
; mais leur ſentiment
n'empeſche pas que ce que je
dis ne foit veritable . Or cela
eftant , ajoûte- t- il , il n'euſt pas
eſté beſoin de ſe mettre ſi fort
en peine , comme on a fait , de
faire venirla Riviere d'Eure à
Verſailles ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
Iefais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la Riviere
d'ourgue ont toûjours paſſéſous les
Ponts de Paris , mais aprés s'eftre
meſlées aux Eaux de la Marne&
de la Seine. Le deffeinde Monſicur
Riquet estoit de la conduire par un
Canal artificiel au pied du Troue
ou Art de triomphe ,Superbepar la
Statuë
GALANT.
97
Statüe de LOUIS LE GRAND ,
auquelsujet j'ayfait ces diſtiques.
Quis fuper ? eſt Mavors magni
fub imagine Regis ,
Teſtatur Facies , magnaque
facta probant.
Legrand Dieu des Combats anime
ce grandRoy ,
Son grand airle fait voir , fes
grandsfait en fontfoy.
Puisqueje vous ay fait un petit
détaildu Canal de Languedoc , il
est bien iuste que je vous diſe icy
quelque chose de l'Aqueduc Royal
de la Riviere d'Eure à Versailies.
Il ne manquoit au plus beau lieu
du monde , c'est à dire à Versailles,
qu'uneprodigieuse quantité d'eau
pourfourniràla depenſe d'un mil
lion de Iets , de Fontaines & de
Avril 1688 . E
98 MERCURE
Cafcades . Monseigneur de Louvois,
vir fupra titulos , qui a une parfaite
connoissance de tout ce qui est
de grand dans les Sciences ayant
conſideré luy-meſme le cours de la
Riviere d'Eure qui entre dans la
Seine vers le Pont - de- l'Arche aprés
avoir roulé les eaux de ſes ſources
avec rapidité pendant 45. lieuës
conclud d'abord qu'on pouvoit prendre
fes eaux a quelques lieñes au
deſſus de Chartres , & les conduire
à Versailles . Ilordonna à Monfieur
de la Hire , de l' Academie Royale
des Sciences d'enfaire le nivellement.
Ce grand Philofophe - Mathematicien
fi connu dans l'Empire
des Lettres , reconnut que lateste du
Canal devoit eftre au Chateau de
Pongoin , qui est à sept lieues au
dessus de Chartres , & 22. lieues
de Versailles , & paffer par Maintrouva
par son nivelle-
IVON
GALANT.
LYD
17
ment que la Riviere d'Eurefe
à Pongoin estoit I110. piedsplus élevée
que le rez de chauffée de la
plus haute partie du Chasteau de
Versailles. Tout l'Empire Romain
depuis sa Fondation n'auroit encore
ozé entreprendre ce qu'on voit d'achevé
depuis quatre ans de cefurprenant
Aqueduc ; aussi est- ce un
échantillon des Merveilles de
LOUIS LE GRAND .
Monfieur Bernier pour blâmer la
grande exactitude avec laquelle on
-a nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles , dit qu'il n'étoit
pas beſoin de ſe mettre ſi
fort en peine, comme on a fait;
puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroitfuffi . Il eſt vray que l'eau
ne coulera pas ſi viſte ; mais
faites le canal plus large à proportion
de la pente & de la vi100
MERCURE
ſteſſe que vous ſouhaiteriez ,
donnant ainſi plus de face à
l'eau , & vous aurez remedié
à l'Inconvenient ; du reſte , je
croirois bien qu'il faudroit enfin
dans une grande longueur
donner quelque choſe à la
ſphericité de la terre. Mais ſept
lieuës , mais trente ou quarante
lieuës qu'il y aura de la Riviere
d'Eure à Versailles , ou
de Liſi à Paris , qu'est - ce que
cela fur neuf à dix millequ'en
peut avoit le Globe de la terre?
Voicy , Monfieur, mes reflexions ,
article par article,fur les point de
la Letire de Monfieur Bernier, qui
obligeroit Quintilien de s'écrier ,
Fælices effent Artes , fi de illis
foli Artifices judicarent.
Premierement , il devoit expliquer
ce qu'ilentend par ces termes
GALANT. 101
de pur niveau dece Canalde cing
àfixlieuës fans aucune pente , car
une ligne purement à niveau est
un Arc d'un grand Cercle de la
Terre , & tous fes pointsfont par
confequent également distants du
centre des Graves. Ainsi dans un
Canal de pur niveau , l'eau auroit
tous les points deſaſuperficieSpheriphe
également distants du centre
de la terre ,& l'ean demeureroit
fans mouvement puis qu'il n'y
auroit pas plus de raison qu'elle
coulaſt d'un bout à l'autre.
Si lefond du Canal est un plan
droit, ou ce planfera tangent par
un bout,ou vers le milieu à un grand
Cercle delaterre . S'il est tangent
à un bout , l'autre bout fera plus
élevé, par conſequent l'eau coulerade
ce bout au plus bas , ou le
plan aurade la pente..
Si le point d'attouchement est
E3 3
102 MERCURE
4
au milieu du plan du Canal ,
Jes deux parties seront deux
tangentes , &le point d'attouchement
ou le milieu de la longueur
du Canalfera plus bas estant plus
près du centre de la terre , & par
confequent l'eau de chaque bout
du Canalcouleroit vers ce milieu ,
pour prendreſa ſphericité , qui est
le pur& veritable niveau . Tout ce
que deffus eft d'une verité Geometrique
, Ainfi il eſt du tout impoſſible
que l'eau dans un Canal coule par
un bout , si le plan du Canaln'està
ce bout plus bas que l'autre bout
que le Canal estant rempli,& l'eau
foutenue élevée à chaque bout , on
ouvre l'un des bouts , auquel cas
l'eau coulera par cette cuverture ,
par ce que l'eau qui est audeſſus de
l'ouverture , tombe en bas n'estant
plusfoutenue , & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal ,jusqu'a tant
que ce qui restera d'eau dans le
,
016
GALANT . 103
Canal faſſeune superficie Spherique
estant à ces deux bouts égale
ment éloignée du centre de la terre,
Il est vray que pour avoir un plus
grand cours d'eau nous demandons
avec Vitruve dans fon huitiéme
Livre Chap.fept , une plus grande
pente , & comme j'ay dit en 2684.
dans mon Traité du Nivellement
inferédans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. Il faut
toûjours quelque peu de pentes afin
que l'eau puiſſe couler, ce que Scammozzi
dans la premiere partie
d' Architecture Chap . 27. confirme
en ce termes , Nel condur , o
fopra , o ſotto terra , è biſogno
darle qualche poco di decaduta
, & Philanderde Chatillon fur-
Seine dansſes Annotationsfur Vi
truve disoit en 1940. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de pente
fuffit pour fix cent pieds , longe
E 4
104 MER CURE
aliter noſtre ztatis libellatores,
nam in ſexcentos peder, unum
tantum pollicem deprimunt ,
afin que l'eau puiſſe couler. Enfin
Petrus Cataneus dit , qu'ilsuffit de
donner quatre onces , c'est à dire
guatre pouces de pente fur mil-
Lepas. Ainsi ilfaut deneceſſité que
Leplan d'un Canalait quelque penze
du coſtéque l'eau coule ,& cela
principalement lors que l'eau n'a
Pasun long cours , ce que Scammoz-
Li entend par ces mots , ħabbiamo
offervato i fiumi de Poleſſini ,
che vannocon mezzo piede de
caduta maſſime ſi hanno ſeguitodi
aqua .
L'erreur de Mr Bernier vient
d'avoir prispour le pur &veritable
niveau , qui est un Arc d'un
grand cercle de la Terre , le niveau
apparent du Canal , qui eft
un plan touchant au grand cercle
de la terre ,&par confequent l'ex
GALANT.
1051
tremitédu Canalde fept lieuës de
longueur cflant du point de Partage
plus éloigné de 39. toises 4. pouces..
& huitlignes du centre de la terre,
que l'autre bout , l'eau y defcend
mesme avec rapidité à cause de la
gradepente du Canal & de la fuite
de l'eau; auſſi voit- on que le cours
des Rivieres est plus rapide amefure
de leur pente & de la crue
des eaux.
Quand mesme par impossible
l'eau couleroit d'un bout à l'autre
d'un Canal de pur niveau & Sans
aucune pente, on n'auroit , n'endéplaiſe
à Mr Bernier , fçeu trop
prendredeſoin & tropsemettre en
peine de niveler depuis la Riviere
d'Eurejusqu'à Versailles ,pour ſcavoirlequel
des deux lieux est le plus
élevé..
Puis mesme qu'il s'agiſſoit du
Service du Roy, & que dans lave
S
106 MERCVRE
Sainte Ecriture Ieremie chapitre 4.
verſet 10. prononce , Maledictus,
qui facit opus Domini negligenter
, il falloit sçavoirsi Pongoin
& Versailles estoient de pur
niveau , c'est à dire , autant éloignez'un
que l'autre du centre de
laterre ; auquel casficequeMon
fiear Bernier debite estoit verita...
ble , que l'eau dans un Canal de
fix à sept lieuës de pur niveau ,...
coulefans aucune pente d'un bout à
l'autre , l'eau de Versailles auroit
pu s'écoulerdans la Riviered'Eure,
aussi-toft que l'eau de la Riviere
d'Eure venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus , il falloit toû
jours reconnoiſtre le niveau de ces:
deuxlieux carfi Versailles s'estoit
trouvé plus haut quela Riviere
d'Eure , l'eau n'yseroit jamais mon
tée. Ainsi tres - neceffairement ,
quay qu'en dife MonfieurBernier
F
GALAN T.
107
il estoit beſoin de se mettre enpeine
comme on a fait , pour faire venir
la Riviere d'Eure à Versailles , afin
de ne hazarder pas la dépense de
pluſieurs millions, Partantles Arts
feront heureux , comme dit Quintilien
, lors qu'il n'y aura que les
Maistres qui s'enmélent.
L'expedient que donne Monsieur
Bernier , pour avoir avec peu de
penteune grande quantité d'eau,
est d'une rave imaginative. Fai
tes , dit- il , le Canal plus large,
donnantplus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la viteſſe que vous ſouhaite
riez. Ainsiàfon sentiment , pour..
avoir la mesme quantité d'eau que
fourniroit un Canalde quatre pieds
de large &de quatre pieds dehauteur,
qui font seize pieds de face?
d'eau dans fa fection , il faud
droit fairele Canal de Seize
E6
108 MERCVRE
pieds de large & un pied de hauteur;
mais la quantioé d'eau qui
coulera , fera beancoup moindrepar
le manque de hauteur ,& de plus
dans la longueurde quarante lieuës
qu'ildit estrela Riviere d'Eure à..
Versailles, le terrain échauffépar le
Soleil d'Esté ,& la partie qu'il en
feroit évaporer dans la faiſon où
l'on auroit plus beſoin d'eau à Ver...
Jailles,en diminueroït la plus gran.
de partie , outre que la dépensede
lalargeurde l'Aqueduc feroit quatre
foisplus grande.Voila quelfruit
on tireroit , pour remedier à l'in
convenient d'unepentesuffisante.
Donc nonobstant le dire de Mon
fieur Bernier, il fera à perpetui
sé d'une verité notoire , & purement
Geometrique, qu'il est absolu
ment neceffaire , que pour faire
couler l'eau du bout d'un Canal
àl'autre sily ait de la pente&
GALANT. 109
1
que leniveau apparent, qui est une
lignedroite tangente augrand cercle
de la terre , ait du hauffement
par deſſus leveritable niveau , qui
estun arcdumefme cercle , qui est
lepur&naturelniveau. En voicy
des exemples.
Lalongueur duniveau apparent
estant de 87. toiſes , deux pouces
neufligues,son hauſſement par def--
fus le veritable niveau fera d'une
ligne..
A
Eſtantde 301. toiſes deux pieds
neufpouces & une ligne ,son hauf
Sementſeraunpouce..
Eſtant de 1044. toiſes un pieds
khuit pouces & demy son hauſſement :
Seraunpied.
Eſtant de 2567.toiſes g. pieds
9 pouces &5.lignes ,son hauffementfera
d'une toife..
N'eſtant que d'une lieuële
HO MERCURE
hauffementferade 4. pieds9. pouces
&4. lignes.
Eſtant de trois lieves fon hauffementfera
7. toifes un pied & 7 .
lignes.
Eſtant de cinq lieües ,fon haus-
Sement ferade 19. toiſes cingpieds.
Sept pouces .
Eſtant de ſept lieues ,fon hauf-
Semensfera de 39. toiſes 4. pouses
huit lignes.
Eſtant de dix lieües,fon bauf-
Sementfera de 79. toiſes 4. pieds
4. pouces& 2. lignes .
Eſtant de 20. licines ,font hauf
fementfera de 3.18 . toises 5.pieds
4. pouces &une ligne.
Enfin , la longueur du niveau
apparent estant de40. lieuës , fors
bauſſementferade 1275. toises 2.
pieds 3. pouces & deux lignes .
Tout ce que deſſus eftant d'une
muerite geometrique , je ne vois pas
GALANT.
"
comment Monsieur Bernier a osé
dire , que dans un Canalde pur niveau
de fept licües de longueur ,
L'eau coule d'un bout à l'autreſans
aucune pente , puis quefi ce Canal
eſtoit d'un veritable niveau , l'eau
y demeureroit immobile. Il reste
donc que ſon pur niveau dont parle
Monsieur Bernier , foit un niveau
apparent , dont le hauffement par
deffus le pur & veritable niveau
eft de 39. toises 4. pouces & 8. lignes
, & par consequent un bout de
ce Canal de 7. lieñes a plus de hau
teur pardeffus l'autre , que n'en ont
LesTours de Nostre - Dame , qui
n'ont que 34. toiſes de hauteur de
puis lepavéde l'Eglife iusqu'au pa
raper. Il est comme impossible de
deviner ce qu'il veut dire par ces
zermes ſurvans. Il fautdans une
grande longueur donner quelque
choſe à la ſphericité de la
terre
3122 MERCURE
Il est encore impoſſible depene
trer ce qui l'a obloged'ajoûter ,que
ſept, trente ou quarante lieuës
ne font rien fur neuf ou dixt
millelieuës que peut avoir le
Globe de la terre ; car puis qu'il
s'agit d'une ligne qui mefure la longueur
d'un Canal , on ne la peut
comparer àlafuperficie du Globe de
laterre , mais bien à la circonferen
ce d'un grand cercle. Deplus.Monfieur
Bernier n'a pasfait reflexion
que le rapport on raison de 40....
lieuës à neuf mille , qui est le ve
ritable circuit de la terre , est la
mesme raison qu'entre un & 225.
puis que 40. fois 225. lieuës font:
Its neufmille du circuitde la terre..
Orla 225. partie du grand tour de
laterre , est tres- confiderable. Exa..
minons maintenant tous les differens
fens& applications qu'on peut don
mer an termes de Monsieur Ber
GALANT.
113
!
nier , qu'est ce que quarante lieuës.
en comparaison de neuf mille du
Globe de la Terre ? Suppofons donc
qu'ilfut vray que la distance depuis
la teſte du Canal de la Riviere
d'ourgue, priſeà Lizijusqu'au pied
du Trône , ou Arc de triomphe , au
haut du Fauxbourg S. Antoine ,
fuft de quarante lieuës , comme le
debite M. Bernier.
1.Si ces quarante lievës font me-
Surées sur la circonference d'un
grand cercle dei terre ,cirsen
comprendront la 225. partie , c'est
àdire un arc d'un degré& trentefixminutes
; &fi le Canald'Ourgue
au Trône estoitfaitsuivant cetarc,
l'eau y demeureroit fans mouve
ment , ayant fon pur , parfait &
naturel niveau.
2. Si le Canal estoit fait suivant
la corde de cet arc , l'eau couleroit
de chaque bout au milieu defalon
114
MERCURE
gueur , & fi les bords du Canal y
estoient suffisamment hauts pour
Soûtenir l'eau , afin qu'elle pust
prendrefa Sphericité , elle s'y éléveroit
& accumuleroit jusqu'à la
hauteur perpendiculaire de 318 .
toiſes , 5. pieds 10. pouces 7.lignes.
Si ces 40. lieuës font en ligne
droite , en forte que le point dumi-
Lieu de fa longueur touche un grand
cercle de la terre , il y aura deux
niveaux apparents ou tangentes
d'egale longueur , & l'eau couleroit
de chaque bout de ce Canalvers le
milicu de sa longueur , ou fi les
bords estoient fuffisamment hauts ,
elle s'éleveroit jusqu'à la hauteur
perpendiculaire de 318. toiſes , J.
pieds , 4. pouces & une ligne.
Que si ces 40. lienës font mefurées
sur le niveau apparent on
ligne droite tangente , un Canal
GALANT .
115
faitsuivant cette ligne droite aura
un bout plus élevé que l'autre de la
hauteur de 1275. toiſes , 2. pieds
3. pouces & 2. lignes , & l'eau couk -
Lera avec tres-grande rapidité par
une fi grande pente.
Par ces calculsMonfieur Bernier
verra combien grande est la difference
du niveau apparent , aupur ,
veritable & naturel nivellement .
La verification de tout ce que
deſſus eft facile sur les principes
que j'ay établis dans mon Traité du
Nivellement ( inferé dans le 27 .
Tome du Mercure extraordinaire
quartier de fuillet 1684. ) qu'un
degré d'un grand cercle de la Terre
contient 57100. toiſes ou 25.lieuës
de 2284. toises chacune.
Vorcytrois Problemes importans.
I. Lehauffement de la tangente
estant donné , trouver la longueur
ou distance en ligne droitedu point
116 MERCVRE
de la Station au point miré.MultiplieZ5653305328
. Diametre de
la terre en lignes , par le nombre des
lignes du hauſſement. Auproduit ajoutez
le quarré du mesme bauffement.
Tirez la racine quarrée
detoute laſomme , vous aurez la
Longueur requise du nivean apparent.
I I. Trouver par quelle ligne reguliere
ayant fucceſſivement àchaque
point Mathematiqueune pente
infenfible, on potrroit par la voye
la plus courte , & dans un mesme
plan vertical ,faire couler la Riviere
d'Eure dans le Rerſervoir de
Versailles. Ie dis que c'est par un
Arcd'un cerele dont lefemidiametreferoitplus
grand que celuy du
grand cercle de la Terre, qui abou.
tiroit au Reservoir de Versailles .
Vous trouverezle centre de cet Arc,
Sidu milieu de la ligne droite duPonGALANT.
117
goin au Reservoir de Versailles ,
vous élevez une perpendiculaire
iuſqu'à la rencontre du Diametre
de la Terre , qui aboutiroit au Rea
Servoir.
III. Determiner si l'eau peut
coulerpar un Canal fait en ligne
droite d'un bout plus élevé au plus
bas. Ie dis 1. quefi lehauſſement est
ègalou plus grand que le hauffement
de la tangente du mesme arc ,
l'eau coulera avec rapidité.2. Que
ſi le hauſſement est moindre que ce
luy de la tangente , l'eau ne coulera
pas du plus haut au plus
bas de ce Canal fait en droite
ligne. Ainfifuppofant avec Monfieur
Bernier que de la Riviere
d'Ourgue priſe à Lisiily eust quavante
licuësiusqu'au pied du Trône,
& que la Riviere priſeà Lisi eust
go pieds de hauteur par deſſus le
pied du Trône , l'eau n'y pourroit
118 MERCVRE
arriver par un Canal fait en ligne
droite , que juſques à 5822. toiſes
5. pieds & 4. lignes , àcompter du
pied du Trône , parce que là le fond
de ce Canalseroit s.toiſes , unpied
un pouce & deux lignes plus bas que
le boutdu Canal au pied du Trône.
Le calculse trouve par la penultiéme
propofitiodu troiſiéme Livre des
Elemens d'Euclides . Enfin pourfinir
j'employe la Deviſe de Societé Royaled'
Angleterre,qui apour corps une
table blanche d'attente & pour
ame ces trois mots , Nullius in
verba ; qu'il nefaut croire legerement
aux Philofophes Geometres
fur leur parole , puis qu'ils ne peuvent
demeurer d'accord entr'eux ,
quoy qu'après tant de fiecles ils
ayentfaitfi grand bruit dans l'Ecole
,que les Paſſans croyoient que ,
Omnia , mors , miles , fanguis&
ignis erat .
GALANT.
119
C'est une guerreſans pareille ,
Les Armesfontde grands Ergos ,
Qui frappant l'air & les Echos
Bleffent le poumon & l'oreille.
l'ay finy avec M. Bernier , au
fuiet defon prétendu Canal de pur
- niveau fans pente , je vous parle
maintenant de la facile lonction
des deux Mers , en passant par la
Bourgogne, par le moyen des ſources
& Rivieres de Poulli en Auxois ,
par lafacile jonction de la Riviere
d' Armanfon à la Riviere d'Ouſche.
Cedeſſein avoit esté mis autrefois
Sur le tapis , & on l'avoit trouvé
fort faisable. Il faudroit couper
depuis la ſource d'Armanson iss
quedans le ruiſſeau d'Andeneſſe ,
ou bien dans la Riviere de Crugez,
qui tombe dans l'Ousche ; il n'ya
120 MERCURE
que demy lieue de terre à couper,
toutesterres labourables , & aisées
aremuer. Dans le plus haut entre
les deux Rivieres , le terraineſt de
niveau de cinqcens toiſes de longueur
; mais ily adela pente plus
avant du coſté d'Occident , aussibien
que du coſté d'Orient, nean
moinson peut trouver des moyens
pour cela , car en creuſant laprofondeur
d'environ dix toiſes,on pourra
faire un Canaldormant depuis la
Source de la Riviere d'Armanſon à
La Riviere de Crugez ; & pour
mille écus on fera la dépense neceffaire
poury amener la Fontaine de
Baume , laquelle en toutefaiſon
fait tourner trois moulins , & on
peutfaire un Baffin beaucoup plus
grand que le Baffin de Naurouffe
du Canalde Languedoc. Ie vous
envoye laplanche du projet de cette
communication des Mers par la
BourGALANT.
121
Bourgogne le l'avoisfaite pour l'eme
ployer dans mon histoire general
de la communication des Eaux,tant
parles Canaux naturels &fouterrains,
que par les Canaux artificiels
Sur lafurfacedelaterre. Ie m'aperçois
que ma Lettre commenceà
estre trop longue. Vousen aurez les
autres parties dans une autre occafion,
le ſuis, Monsieur, tout àvous
: L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
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Résumé : LETTRE DE M. COMIERS à M. Hardy, Seigneur de Beaulieu, contenant la Conduite, l'Elevation des Eaux, & tout ce qui concerne les Jets d'eau.
La lettre adressée à Monsieur Hardy, Seigneur de Beaulieu, traite de divers aspects de l'hydraulique et des écrits de Monsieur Bernier. L'auteur a reçu une lettre de Bernier qui a suscité des réactions variées. Hardy demande des réflexions sur la lettre de Bernier publiée dans le Mercure de février et des conseils sur la recherche des sources d'eau et la conduite des eaux, incluant les machines pour les élever. L'auteur reconnaît l'expertise de Hardy en hydraulique, notamment grâce à une machine innovante utilisée à sa maison de Beaulieu. Le texte critique les propos de Bernier concernant le canal de Languedoc, construit entre 1666 et 1681, qui relie la Garonne à la Méditerranée sur environ 240 kilomètres et comprend 59 écluses. Il souligne l'importance de la physique mathématique pour la conduite des eaux, un domaine que Bernier ne maîtrise pas selon l'auteur. Le texte décrit également l'aqueduc de la rivière d'Eure à Versailles, conçu pour alimenter les fontaines et cascades du palais. Monsieur de la Hire a déterminé que la tête du canal devait être au château de Pongoin, à sept lieues au-dessus de Chartres et à vingt-deux lieues de Versailles. Bernier a critiqué la précision du nivellement, mais le texte insiste sur la nécessité d'une légère pente pour permettre l'écoulement de l'eau. Le texte explore la faisabilité d'un canal entre la rivière d'Ourgue à Lizy et Paris, en analysant diverses hypothèses sur la distance et la topographie. Il présente trois problèmes mathématiques relatifs au nivellement et à la construction de canaux. Un projet de jonction des deux mers via la Bourgogne est également mentionné, impliquant le creusement d'un canal dormant et l'utilisation des sources et rivières locales. L'auteur, 'L'Aveugle Comiers d'Ambrun', promet d'envoyer les autres parties du projet ultérieurement et mentionne l'inclusion de ces initiatives dans son ouvrage sur la communication des eaux.
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15933
p. 105
« LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...] »
Début :
LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...] »
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
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15934
p. 105-106
AUTRE.
Début :
Si tu me veux connoître, écoute bien Lecteur, [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
S
I tu me veuxconnoître , écoute bien Lecteur,
Et que ce fier début ne te faſſe pas peur :
Comme celui qui lança le tonnerre
Sur les Titans jaloux de ſa grandeur ,
Tout Puiſſant , immortel , j'admire mon bonheng
Et ſuis tout-à-la fois au Ciel & ſur la Terre ;
Qui ne me prendroit pour un Dieu ?
Aufſi le fuis-je & c'eſt encor pour moi trop pen
Je porte la paix & la guerre ,
Je ſers l'Amour , brefje joue à tout jeu,
Combine mes fept pieds, il te ſera facile
D'y rencontrer cela , fans quoi
Aucun n'iroit , fût-ce le Roi ,
D'un bout à l'autre d'une ville ;
Outre cela je renferme dans moi
Ce qui plus que toute autre chofe
Retient mainte Nonette encloſe ;
Un inſtrument propre à Bacchique emploi
Ceque chez les Juifs toure femme
Défiroit d'être , & qu'au fond de fon ame
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Mainte Iris a peur de ſe voir;
Unvaſte Empire où les enfans d'Eole
Font ſouvent plus que leur devoir ;
Le nom qu'on donne à ceux que l'on enrolle
Pour rendre un Regiment complet;
Un faint onguent; une forte de lait ,
Que ſerviroit d'en dire davantage
Tu ne me cherches plus , & je mettrois en gage
Contre une obole tous mes biens
Pour foutenir, Lecteur , qu'apreſent tu me tichs.
LA MORIHANNERIE , de Rennes
S
I tu me veuxconnoître , écoute bien Lecteur,
Et que ce fier début ne te faſſe pas peur :
Comme celui qui lança le tonnerre
Sur les Titans jaloux de ſa grandeur ,
Tout Puiſſant , immortel , j'admire mon bonheng
Et ſuis tout-à-la fois au Ciel & ſur la Terre ;
Qui ne me prendroit pour un Dieu ?
Aufſi le fuis-je & c'eſt encor pour moi trop pen
Je porte la paix & la guerre ,
Je ſers l'Amour , brefje joue à tout jeu,
Combine mes fept pieds, il te ſera facile
D'y rencontrer cela , fans quoi
Aucun n'iroit , fût-ce le Roi ,
D'un bout à l'autre d'une ville ;
Outre cela je renferme dans moi
Ce qui plus que toute autre chofe
Retient mainte Nonette encloſe ;
Un inſtrument propre à Bacchique emploi
Ceque chez les Juifs toure femme
Défiroit d'être , & qu'au fond de fon ame
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Mainte Iris a peur de ſe voir;
Unvaſte Empire où les enfans d'Eole
Font ſouvent plus que leur devoir ;
Le nom qu'on donne à ceux que l'on enrolle
Pour rendre un Regiment complet;
Un faint onguent; une forte de lait ,
Que ſerviroit d'en dire davantage
Tu ne me cherches plus , & je mettrois en gage
Contre une obole tous mes biens
Pour foutenir, Lecteur , qu'apreſent tu me tichs.
LA MORIHANNERIE , de Rennes
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15935
p. 105-106
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
Une lettre à Rousseau répond à une critique d'un mandement de l'Archevêque de Paris publiée dans le 'Mercure de France'. Elle cite des philosophes discutant des vertus et des vices, mais les accuse de ne pas agir selon leurs principes. L'ouvrage est disponible à Amsterdam chez Marc-Michel Rey et au Bureau du Mercure, au prix de 30 francs.
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15936
p. 1305-1306
SECONDE ENIGME. du même Auteur.
Début :
Lecteur, voici de quoi rêver, [...]
Mots clefs :
Lettre A
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME. du même Auteur.
SECONDE
du même Auteur.
Lecteur ,
Ecteur, voici de quoi rêver ,
De plusieurs soeurs je suis l'aînée ,
I. Vol.
Je
E.iiij
1306 MERCURE DE FRANCE
Je ne parois jamais à la fin de l'année ; ·
commencement que l'on peut me C'est au
trouver.
En Espagne j'occupe une place honorable ;
Je suis necessaire à la table ;
Pour le Jeu , je ne m'y plaits pas
Inséparable de Pallas ,
Je concours à former la valeur et l'audace ;
Je suis au milieu d'une Place :
Sans moi vous n'auriez point d'argent.
Je marche avec le pauvre , et je fuis l'opulent ;
Mais cependant je sers au faste , à la parure ;
On m'employe à l'Architecture.
Le François m'a chassé de Rome sans raison ,
Mais je suis dans Paris ; est- il une maison ,
Où je ne trouve un sûr azile ?
Laissons ce détail inutile ,
Voici pour me connoître un signal très- certain ;
Lecteur , tu me tiens dans la main.
du même Auteur.
Lecteur ,
Ecteur, voici de quoi rêver ,
De plusieurs soeurs je suis l'aînée ,
I. Vol.
Je
E.iiij
1306 MERCURE DE FRANCE
Je ne parois jamais à la fin de l'année ; ·
commencement que l'on peut me C'est au
trouver.
En Espagne j'occupe une place honorable ;
Je suis necessaire à la table ;
Pour le Jeu , je ne m'y plaits pas
Inséparable de Pallas ,
Je concours à former la valeur et l'audace ;
Je suis au milieu d'une Place :
Sans moi vous n'auriez point d'argent.
Je marche avec le pauvre , et je fuis l'opulent ;
Mais cependant je sers au faste , à la parure ;
On m'employe à l'Architecture.
Le François m'a chassé de Rome sans raison ,
Mais je suis dans Paris ; est- il une maison ,
Où je ne trouve un sûr azile ?
Laissons ce détail inutile ,
Voici pour me connoître un signal très- certain ;
Lecteur , tu me tiens dans la main.
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15938
p. 104
AUTRE.
Début :
Je suis connu dans tout le monde. [...]
Mots clefs :
Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Je fuis connu dans tout le monde. E
Mon féjour est un firmament ;
J'habite néanmoins dans l'Onde ,
Et fur la Terre également.
Parcourez la plaine liquide ,
Vous rencontrerez mes égaux ;
Sur Terre & dans les Cieux je n'ai point de
rivaux ,
L'expérience le décide.
Je fais auffi , ce n'eft pas une erreur ,
Plus ancien que la Terre & bien plus jeune
encore ,
Enfin tu conviendras , Lecteur ,
Qu'on me reſpecte , ou qu'on m'adore .
GROUBER DE GROUBENTALL,
Je fuis connu dans tout le monde. E
Mon féjour est un firmament ;
J'habite néanmoins dans l'Onde ,
Et fur la Terre également.
Parcourez la plaine liquide ,
Vous rencontrerez mes égaux ;
Sur Terre & dans les Cieux je n'ai point de
rivaux ,
L'expérience le décide.
Je fais auffi , ce n'eft pas une erreur ,
Plus ancien que la Terre & bien plus jeune
encore ,
Enfin tu conviendras , Lecteur ,
Qu'on me reſpecte , ou qu'on m'adore .
GROUBER DE GROUBENTALL,
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15939
p. 1146
« Les mots des Enigmes du Mercure de May sont, la Plume à écrire, l'Ecriture, [...] »
Début :
Les mots des Enigmes du Mercure de May sont, la Plume à écrire, l'Ecriture, [...]
Mots clefs :
Plume à écrire, Écriture, Merlan, Muraille, Brochet, Mais, Pampelune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les mots des Enigmes du Mercure de May sont, la Plume à écrire, l'Ecriture, [...] »
Les mots des Enigmes du Mercure
de May sont , la Plume à écrire , l'Ecriture
, le Merlan. On doit expliquer les
Logogryphes par , MURAILLE , où l'on
trouve Mur , Maille , Vrille , Ville ,
Murer , Vire , Rame , Levi , Raye , Lime,
Lyre , Mule , Rime, Lame , Mail , Mâle,
Ail , Mil , May , Mal , Ire , Air , Eau,
Vie, ruë , Mue , Mie , Ali , Lia , Mer.
BROCHET , où l'on trouve , Broche
Roche , Roc , Rochet , Torche , Ré , Cor ,
Or , Broc , Rot , Robe , Rote , Troc.
MAIS on y trouve , Siam , May , As,
Ais , Ami , Mi , Si.
PAMPELUNE ; On y trouve , Lune , Pape,.
Plume , Mal, Pan , Ame , Pen , La ,
Apel.
de May sont , la Plume à écrire , l'Ecriture
, le Merlan. On doit expliquer les
Logogryphes par , MURAILLE , où l'on
trouve Mur , Maille , Vrille , Ville ,
Murer , Vire , Rame , Levi , Raye , Lime,
Lyre , Mule , Rime, Lame , Mail , Mâle,
Ail , Mil , May , Mal , Ire , Air , Eau,
Vie, ruë , Mue , Mie , Ali , Lia , Mer.
BROCHET , où l'on trouve , Broche
Roche , Roc , Rochet , Torche , Ré , Cor ,
Or , Broc , Rot , Robe , Rote , Troc.
MAIS on y trouve , Siam , May , As,
Ais , Ami , Mi , Si.
PAMPELUNE ; On y trouve , Lune , Pape,.
Plume , Mal, Pan , Ame , Pen , La ,
Apel.
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Résumé : « Les mots des Enigmes du Mercure de May sont, la Plume à écrire, l'Ecriture, [...] »
Le texte énumère des mots clés des 'Enigmes du Mercure de May' : 'la Plume à écrire', 'l'Écriture' et 'le Merlan'. Il explique les logogryphes, jeux de mots où chaque lettre d'un mot forme d'autres mots. Des exemples sont donnés : 'MURAILLE' avec 29 dérivés, 'BROCHET' avec 13 dérivés, 'MAIS' avec 9 dérivés et 'PAMPELUNE' avec 10 dérivés.
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15940
p. 1306-1307
EXPLICATION de l'Enigme et des deux Logogryphes de May.
Début :
Je les tiens les vers mots ; Barbe, qui vient de naitre, [...]
Mots clefs :
Barbe, Poutre, Logogriphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de l'Enigme et des deux Logogryphes de May.
EXPLICATION de l'Enigme
et des deux Logogryphes de May.
qui
JE
E les tiens les vrais mots ; Barbe ,
naitre ,
Est signe de prudence , ou du moins devroit
P'être ;
vient de
Tout le reste y convient. Poutre certainement ,
Į. Vol.
Estce
JUI N.
1307
1731.
Estce Prothée obscur , dont le prompt change
ment ,
Fait une Tour , un Port , une Porte , une Route
Un Ver ; mais c'est assez : le troisiéme , sans
doute ,
S'est lui-même dépeint ; Logogrypbe est aisé
A reconnoître aux traits qui l'avoient déguisé.
et des deux Logogryphes de May.
qui
JE
E les tiens les vrais mots ; Barbe ,
naitre ,
Est signe de prudence , ou du moins devroit
P'être ;
vient de
Tout le reste y convient. Poutre certainement ,
Į. Vol.
Estce
JUI N.
1307
1731.
Estce Prothée obscur , dont le prompt change
ment ,
Fait une Tour , un Port , une Porte , une Route
Un Ver ; mais c'est assez : le troisiéme , sans
doute ,
S'est lui-même dépeint ; Logogrypbe est aisé
A reconnoître aux traits qui l'avoient déguisé.
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Résumé : EXPLICATION de l'Enigme et des deux Logogryphes de May.
Le texte explique une énigme et deux logogryphes de May. Il identifie 'Barbe' comme signe de prudence et mentionne les années 1307 et 1731. Prothée, figure mythologique capable de changer de forme, est décrit comme obscur et se transformant en divers objets. Le troisième logogryphe se dépeint lui-même et est reconnaissable par ses traits déguisés.
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15941
p. 1182-1183
LOGOGRYPHE.
Début :
Jai les deux tiers en Amerique, [...]
Mots clefs :
Limaçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE
JAi les deux tiers en Amerique ,
Où d'un Royaume entier je fais tout l'orne
ment.
Ma troifiéme partie , ame de la Mufique ,
Se forme par un Element
1 vol.
Comme
JUIN. 1183 17288
Comme je fuis fort fédentaire ,
On me voit rarement fortir de ma maiſon ,
Etant de figure à déplaire ,
J'évite le grand jour ; n'en ai- je pas raiſon
Mais quoique je ne fois qu'un animal immonde
,
Prefqu'en horreur à tout le monde .
Je fuis prefque fans changement ,
Homme & Ville en un feul moment.
Le premier , toujours neceffaire ,
L'eft aujourd'hui plus que jamais ;
Et qui veut élever des fuperbes Palais ,
A befoin de fon miniftere.
Ainfi , je fuis , ami Lecteur ,
Ville, Infecte , homme mercenaire ,
Et de plus un grand Empereur.
JAi les deux tiers en Amerique ,
Où d'un Royaume entier je fais tout l'orne
ment.
Ma troifiéme partie , ame de la Mufique ,
Se forme par un Element
1 vol.
Comme
JUIN. 1183 17288
Comme je fuis fort fédentaire ,
On me voit rarement fortir de ma maiſon ,
Etant de figure à déplaire ,
J'évite le grand jour ; n'en ai- je pas raiſon
Mais quoique je ne fois qu'un animal immonde
,
Prefqu'en horreur à tout le monde .
Je fuis prefque fans changement ,
Homme & Ville en un feul moment.
Le premier , toujours neceffaire ,
L'eft aujourd'hui plus que jamais ;
Et qui veut élever des fuperbes Palais ,
A befoin de fon miniftere.
Ainfi , je fuis , ami Lecteur ,
Ville, Infecte , homme mercenaire ,
Et de plus un grand Empereur.
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15942
p. 1147
ENIGME. SONNET.
Début :
Il n'est presque rien sous les Cieux, [...]
Mots clefs :
Larme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. SONNET.
ENIG ME.
SONNET.
L n'est presque rien sous les Cieux ,
Malgré mon titre de foiblesse ,
Plus rempli de force et d'adresse ;
Je suis toujours chere à vos yeux.
Je désarme les furieux.
Quand ce seroit une tigresse ,
J'appaise et touche ma Maîtresse,
Je puis fléchir même les Dieux.
Quelle chose au monde est parfaite ↓
Par malheur une horrible bête ,
Me cause un odieux renom ;
Comme elle me rend inhumaine ,
On n'a pour moi que de la haine ,
Lorsque je parois sous son nom.
Par le sieur de Rocherenb
SONNET.
L n'est presque rien sous les Cieux ,
Malgré mon titre de foiblesse ,
Plus rempli de force et d'adresse ;
Je suis toujours chere à vos yeux.
Je désarme les furieux.
Quand ce seroit une tigresse ,
J'appaise et touche ma Maîtresse,
Je puis fléchir même les Dieux.
Quelle chose au monde est parfaite ↓
Par malheur une horrible bête ,
Me cause un odieux renom ;
Comme elle me rend inhumaine ,
On n'a pour moi que de la haine ,
Lorsque je parois sous son nom.
Par le sieur de Rocherenb
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15943
p. 1307-1308
Méthode pour commencer les Humanitez Grecques et Latines, [titre d'après la table]
Début :
La nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires allerent enfoncer la maison du Janissaire [...]
Mots clefs :
Humanités grecques et latines, Collèges, Université de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Méthode pour commencer les Humanitez Grecques et Latines, [titre d'après la table]
DES BEAUX ARTS , &c. 3
M *
ETHODE pour commencer les
Humanitez Grecques et Latines
contenant des avis très judicieux et fort
utiles aux Regens , Précepteurs et au
tres personnes employées à former les
Enfans aux Belles - Lettres . Par M. le Fe
vre de Saumur. Avec des Notes et des
Lettres sur la maniere de les enseigner
dans les Colleges , par M. Gaullyer , Pro
fesseur en l'Université de Paris , au Col
lege du Plessis - Sorbonne. A Paris , che
la Veuve J. Bapt. Brocas , rue S. Jacques ,
et Claude Simon , rue Haute-feüille, 1731
in 12. de 136. pages , prix 15. sols.
Dans un Avertissement de deux pages,
on apprend que c'est ici une nouvelle
I. Vol E v Edition
1308 MERCURE DE FRANCE
Edition du Livre de M. le Févre . M, Gaul
lyer y a ajoûté quelques Notes , tant pour
l'éclaircissement de quelques endroits
que pour justifier la pratique des Colle
ges , dont M. le Févre parle assez libre
ment et assez peu favorablement. M. G..
espere de faire voir clairement que dans
les meilleurs la méthode d'enseigner les
Humanitez est aussi bonne que celle de
M. le F. et même , ajoûte-t'il , elle y a été
rendue plus parfaite en plusieurs points..
M *
ETHODE pour commencer les
Humanitez Grecques et Latines
contenant des avis très judicieux et fort
utiles aux Regens , Précepteurs et au
tres personnes employées à former les
Enfans aux Belles - Lettres . Par M. le Fe
vre de Saumur. Avec des Notes et des
Lettres sur la maniere de les enseigner
dans les Colleges , par M. Gaullyer , Pro
fesseur en l'Université de Paris , au Col
lege du Plessis - Sorbonne. A Paris , che
la Veuve J. Bapt. Brocas , rue S. Jacques ,
et Claude Simon , rue Haute-feüille, 1731
in 12. de 136. pages , prix 15. sols.
Dans un Avertissement de deux pages,
on apprend que c'est ici une nouvelle
I. Vol E v Edition
1308 MERCURE DE FRANCE
Edition du Livre de M. le Févre . M, Gaul
lyer y a ajoûté quelques Notes , tant pour
l'éclaircissement de quelques endroits
que pour justifier la pratique des Colle
ges , dont M. le Févre parle assez libre
ment et assez peu favorablement. M. G..
espere de faire voir clairement que dans
les meilleurs la méthode d'enseigner les
Humanitez est aussi bonne que celle de
M. le F. et même , ajoûte-t'il , elle y a été
rendue plus parfaite en plusieurs points..
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Résumé : Méthode pour commencer les Humanitez Grecques et Latines, [titre d'après la table]
Le document décrit une méthode pour enseigner les humanités grecques et latines, destinée aux régents, précepteurs et autres éducateurs. Rédigé par M. le Fèvre de Saumur, l'ouvrage inclut des notes et des lettres de M. Gaullyer, professeur à l'Université de Paris au Collège du Plessis-Sorbonne. Publié à Paris en 1731 par la Veuve J. Bapt. Brocas et Claude Simon, le livre compte 136 pages et est vendu 15 sols. L'avertissement initial mentionne qu'il s'agit d'une nouvelle édition du livre de M. le Fèvre. M. Gaullyer a ajouté des notes pour éclaircir certains passages et justifier les pratiques des collèges, que M. le Fèvre critique de manière défavorable. M. Gaullyer vise à démontrer que la méthode d'enseignement des humanités dans les meilleurs collèges est aussi bonne, voire plus parfaite que celle proposée par M. le Fèvre.
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15944
p. 1147-1148
AUTRE ENIGME.
Début :
Dans le sein même de la France, [...]
Mots clefs :
Rime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGM E.
DAns le sein même de la France ,
Jadis , dit- on ,je pris naissance ,
Mais à l'aide bien- tôt du celeste flambeau ,
Je choisis un séjour plus noble ,
1
1. Vol. Ev Ce
1148 MERCURE DE FRANCE
Ce fut sur un certain Côteau ,
Qui n'est pas fertile en vignoble ,
Mais ou coule en revanche un rapide Ruisseau ,
Dont l'onde toujours pure et claire ,
Fait plus de mal à maint cerveau ,
Que tous les vins n'en pourroient faire.
Pauvre le plus souvent , mais riche quelquefois ,
Je commande à des gens qui n'ont rien de solide,
Qui malgré le bon sens , me prennent pour leur
guide ,
i..
Et ne respectent que mes loix ;
Pourtant loin de paroître à leurs yeux toute nuë ,
Je me cache en toute saison ,
Et ne me présente à leur vûë ,
Qu'après qu'on m'a souvent immolé la raison.
Contente alors du Sacrifice ,
A leurs desirs je suis propice ;
Mais à toi , lecteur curieux ,
Je viens m'offrir sans artifice ,
Je parois même ici librement à tes yeux.
DAns le sein même de la France ,
Jadis , dit- on ,je pris naissance ,
Mais à l'aide bien- tôt du celeste flambeau ,
Je choisis un séjour plus noble ,
1
1. Vol. Ev Ce
1148 MERCURE DE FRANCE
Ce fut sur un certain Côteau ,
Qui n'est pas fertile en vignoble ,
Mais ou coule en revanche un rapide Ruisseau ,
Dont l'onde toujours pure et claire ,
Fait plus de mal à maint cerveau ,
Que tous les vins n'en pourroient faire.
Pauvre le plus souvent , mais riche quelquefois ,
Je commande à des gens qui n'ont rien de solide,
Qui malgré le bon sens , me prennent pour leur
guide ,
i..
Et ne respectent que mes loix ;
Pourtant loin de paroître à leurs yeux toute nuë ,
Je me cache en toute saison ,
Et ne me présente à leur vûë ,
Qu'après qu'on m'a souvent immolé la raison.
Contente alors du Sacrifice ,
A leurs desirs je suis propice ;
Mais à toi , lecteur curieux ,
Je viens m'offrir sans artifice ,
Je parois même ici librement à tes yeux.
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15945
p. 107-109
« L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
Début :
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...]
Mots clefs :
Globes célestes, Description, Livre, Sphères, Usage, Monde, Univers
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texteReconnaissance textuelle : « L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es,
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
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15946
p. 107-126
Le Jugement de Pâris, poëme en quatre chants ; par M. Imbert. in 8o avec figures, prix 4 l. 16 s. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Pissot, libraire, quai de Conti.
Début :
Malgré la décadence de la poësie, malgré les progrès du mauvais goût encouragé [...]
Mots clefs :
Pâris, Vénus, Barthélemy Imbert, Junon, Amour, Auteur, Talent, Esprit, Amant, Coeur, Antiquité, Déesses, Mots, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Le Jugement de Pâris, poëme en quatre chants ; par M. Imbert. in 8o avec figures, prix 4 l. 16 s. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Pissot, libraire, quai de Conti.
LeJugementdeParis, počine en quatre
chants; par M. Imbert. in 8º avecfigu
res , prix 4 1. 16 f. A Amſterdam;
&fe trouve à Paris, chez Piffot , li
braire , quai de Conti.
Malgré ladécadencedelapoësie, mal
gré les progrès dumauvaisgoût encoura
gé par la ligue des auteurs médiocres
qu'un même intérêt aréunis, il s'élève
detems entems de vrais talens qui per
cent la foule& attirent les regards des
connaiſſeurs. Ce qu'on peut remarquer
c'eſt que les talens véritables ſont tous
nourrisdu lait de l'antiquité. Tel était
l'auteur du poëmede Narciſſe qui mal
heureuſement ajointune ſi mauvaiſe fa
bleàun ſtyle excellent, &a brodé ſi ri
chement un canevas ſipauvre &fi mal
choiſi. Tel eſt lejeuneauteurquis'eſt an
Evj
103 MERCURE DE FRANCE.
noncé ſi avantageuſement par quelques
eſſais de traductions des métamorphoſes.
Tel eſt aujourd'hui M. Imbert qui a ſu
trouver de nouvelles richeſſesdans l'une
des mines de l'antiquité qui ſemblaient
être les plus épuisées& rajeunir un ſujet
qui paraiſlaitufé. Tous ces écrivains font
formés par l'étudedesanciens , noncette
étudeſervile quifaitdes pédans ſansgoût
&fansgénie , mais celle qui ajoute aux
dons naturels & rectifie l'eſprit ſans l'ap
peſantir.
On ne fera pas à M. Imbert le même
reproche qu'à M. Malfilâtre. Sa fable eſt
plus heureuſe, l'ordonnance de ſon poë
me eſt plus ſage. Ses chants ſont bien
remplis, les ornemens bien imaginés&
biendiftribués. A l'égard du ſtyle , le lec
teur éclairé en pourrajuger lui même par
les morceauxquenousciterons.
Ondoits'attendrequelapoëſiedefcrip
tivetient beaucoup deplace dans cetou
vrageoù l'actionn'enpeuttenirbeaucoup.
Le poëte peint tout cequ'il rencontre;
mais ſes couleurs font auſſi variées que
brillantes. LeportraitdePâris trouve na
turellement ſa place au commencement
dupremierchant.
Parmi ſes fils ſur leTroyenrivage
JUILLET. 1772. 109
LebonPriam, pèrede ſesſujets,
Voyait Paris, charmant, jeune & volage ,
Couler ſes joursdansle ſeindela paix ,
Les dépenſer en amoureux projets ,
Et ſelivrer aux erreursdubelâge.
Parles talens il ornait ſabeauté ,
DeTerpſicoreil avaitla ſoupleſſe,
D'unpiedliantgliſſait avec molleſſe,
Ouvoltigeait aveclégereté.
Souvent l'écho ſe plaiſait à redire
Deſeschanſons le tour harmonieux,
Etſousſesdoigts il animait ſa lyre
Qui ſoupirait des ſonsvoluptueux.
Suit une deſcription de l'été, étince
lante de poësie.
Loindes gémeaux lecanceremporté
Touchait alors aubout de ſa carrière.
L'ardent lion ſedreſſe avec fierté ,
Enrugiſſantil franchit la barrière ,
Oufrémiſlait ſonorgeuilirrité,
Et ſecouant ſon épaiſſe crinière,
Vient ranimer les fureurs de l'Eté.
L'Etéjaloux decerivald'Hercule,
Detous les feux armelacanicule,
Guideſa marche , & la flammeàlamain
Tel qu'un géantil franchitles montagnes:
Ses pieds brûlans ont flétri les campagnes,
EtdeÇibèleilembraſe le ſein.
110 MERCURE DE FRANCE.
Pâris ſemble mépriſer l'amour& ſe li
vrertout entieràla chaſſe.
VersleScamandreorgueilleux il s'avance.
Surſeshabits la ſuperbe opulence
N'étalait point un faſte éblouiſſant.
Mais plus modeſte& non moinsféduiſant ;
L'art avoit pris une airde négligence.
Sachevelure en longs anneaux flottans
Surſon carquois tombe avecnonchalance ,
Et s'abandonne aucapricedes vents.
Tel &moins beau, versla forêtprochaine,
JeuneAdonis tudérigeais tespas ,
Quand de Paphos l'aimable ſouveraine
Quitta les cieux pour voler dans tes bras.
Ceprince, hierles délicesde Troye
Eſtdevenu la terreur des forêts.
De l'œil àpeine ila guidé ſes traits,
Queletrépas vole& fondſurſaproie.
Aſes regards rienn'échappe aujourd'hui.
Ileſt par-tout , tantôt le trait rapide
Fuit dans lesairs , cherche l'oiſeau timide ,
L'atteint, leperce & retombe avec lui.
Tantôt lecerfde bruyère enbruyère,
Mêlant toujours ſeslarmes à ſon ſang ,-Secoue cu vain la fléche meurtrière
Qu'aveclamortil portedans leflanc.
Cependant Mercure, lecaducée dans
JUILLET. 1772. 11
la main, defcend vers Paris &lui ap
prend que laDiſcordepourſe venger de
n'avoir pas étéinvitéeaux nôces deThé
tis , ajettéſur la table dufeſtinune pom
me où étaientécrit ces mots, àlaplus
belle; que la jalouſie &les rivalités trou.
blentl'Olympe; qu'enfin ons'eſt arrêté à
choiſir entre trois déeſſes , & que pour
avoirunjugementplus impartial , on eſt
convenude s'enrapporteràunhomme ;
quele choix eſt tombé furlui & qu'on
n'appellera pas de ſon arrêt. Bientôt le
Zéphir qui rafraîchit la campagne an
noncel'arrivéedestroisdéeffles.
Maistout-à-coupl'amant delanature,
Zéphir s'éveille , &desairs qu'il épure
Chaſlantbientôt l'été morne &brûlant ,
Avec ſon aîleil ſéme la verdure
Sur la forêt qu'iltapiſſe en volant.
Desarbres verds déjà l'ombre incertaine
FondfurParis&s'étend verslaplaine.
L'ambre plus purexhale ſes odeurs;
Ungazon frais couvre laterre ardente,
Etfait jaillir unemoifion defleurs
Pournuancer fa robeverdoyante.
Desfruitsvermeils chargent legrenadier;
Sur les buiſlons laroſe ſebalance,
Etl'oranger fierdefonopulence,
i
:
{
112 MERCURE DE FRAN CE.
Mêle ſonoràl'ordu citronnier.
La violette ici brille dans l'herbe ,
Ales côtés ſur un arbre voifin
Lavignemonte& court vaine& ſuperbe
Prèsducédra ſuſpendre leraiſin.
Onreconnaîtdansces détails la main
duvrai poëtequi anime &embellittout.
la toilettedes trois rivales eſt encore au
deſſus. C'eſt un morceaud'unebeauté ſu
périeure , malgré quelques légères ta
ches.
L'arteſt un dieu qu'au Cielmême on implore.
Onlechéritquand on eſt ſans appas.
Quandon eſtbelle, on lechérit encore.
Junonparaît, faſtueuſe beauté
Qui s'embellitd'unegracenouvelle.
Lediamant dans l'or pur incruſté
Mêleſes feuxàlapourpre immortelle.
Sa noble écharpe à réplis onduleux
Ceint la déelle &retombe avecgrace.
Divintiſlu dontla ſplendeurefface
Le coloris de cet arc lumineux ,
Quipeintla nue& les airsqu'ilembraſſe.
Reine ſuperbe , elleale frontparé
D'un diadême oùl'éclatd'un or pâle
Ranimeun fond tendrement azuré ,
Etdans ſamainbrille unſceptred'opâle.
ว
JUILLET. 1772. 113
Pallas ornée avec ſimplicité ,
N'eſt pas moins belle avec moinsd'opulenee.
Dans ſes regards une douce fierté ,
Dans ſaparure une ſage élégance.
Balancent bien, Junon, ta majeſté.
Unvoileblanc , monument de ſagloire,
Sert ſesattraits enmarquantſa pudeur ;
Voile charmant où d'undoigtcréateur
Deſontriompheclletraça l'hiſtoire.
L'œil étonné voit fa lance d'airain
Frapper la terre, avecunlongmurmure,
Etl'olivier quijaillit de ſon ſein
Agire encor ſa bruyante verdure.
Afonoreille on ſuſpenditennœuds
Desboucles d'or errantes &captives;
Etdes brillans d'un verd faible&douteux
Ceignent ſon front, façonnés en olives.
Sous ſes habits avec art négligés,
Vénus paraît dédaigner l'artifice;
Les fleurs,le mytteornent l'humble édifice
Deſescheveux enboucles partagés.
L'unedes ſœursqui veillentauprèsd'elle ,
(C'eſt Aglaé) d'abord après lebain ,
Sous le tiflu d'unegaze infidelle
Avaitcaché les tréſors de ſon ſein.
Maisdes odeurs l'eſſencela plus pure
Avait déjà parfumé ſes atours ,
Quandon plaça ladivine ceinture ,
Qui ſertd'azyle & detrône aux amours.
114 MERCURE DE FRANCE.
Parmi lesplis de cemagique ouvrage
Erretoujours uneſſain deplaiſirs ,
Lesdoux attraits &les ardens deſirs ,
Les ris , les jeux , le charmant badinage,
Les vœux ſecrets, lesdétours innocens ,
Lefeintconrroux & les agaceries ,
Piéges adroits qui ſurprennentlesſens ,
Etlivrent l'ame aux douces revêries.
Nous croyons que leslecteurs feront
auffi fatisfaits que nous de l'imagination
quirègne dans ce tableau , quoiqu'on ait
puyremarquerquelquesfautes.C'eſt une
idéeheureuſe&d'un goûtantique d'avoir
peint ſurlevoilede Minerve la naiſſance
del'olivier; mais il ne falloit pas parler
d'unlong murmure que la toile ne peut
jamaistendre.
Pâtis, frappé d'abord de labeautédes
ttois déeſſes , déclare enfin qu'il ne peut
juger des appas que laparure cache àſes
yeux. Ses propoſitions bleſſent l'orgueil
de Junon, lamodeſtie de Pallas, &flat
tent l'amour propre de Vénus. Pâris les
quittepourleurlaiſſerletemsde ſedéter
miner; c'eſt la findupremier chant.
La vanité l'emporte,&lesdéeſſes pa
raiſſent devant leurjugedans toutl'éclat
deleur beauté. Il tombe dans un autre
JUILLET. 1772. 115
embarras. L'admiration & livreſſe fuf
pendent ſonjugement;ildemandegrace,
il veut qu'on luidonneletemsde revenir
àlui pour prononcer. Cependant il offre
à ſouper aux trois divinités , dans un
temple conſacréà l'Amour&qui vit éle
ver ſon enfance loinde lacourdeTroye.
Il promet de décider le lendemain. On
ſe ſépare. Il paſſe la nuitdans l'agitation ,
l'incertitude &les défirs;enfin ilprétend
faire la conquête d'une des trois déeſſes
qu'il doit juger. Il neſe croit pas moins
aimable qu'Endymion , &nelescroitpas
plus ſages que Diane. Ilſeleve pleinde
ceprojet. Næris, l'une des jeunes eſcla
ves qui le ſervent, luiconteàfon reveil
unehiſtoire galante oùDiane couronne
l'amourd'un berger. Cetteanecdorefem
ble faite pourl'encourager,& c'eft, com
meonle voit, un épiſodetrès- agréable
&très-bienplacé. LeTroyenſe pare &
ſediſpoſeàparaîtredevantle déeſſes.
Autroiſième chantPârisſe rendfur un
belvedère qui doit être le théâtre de la
ſcène déciſive. Junon vient l'y trouver ,
&pourluidonnerune idéedeſa puiſſan.
ce&desricheſſesdontelle peutle com
bler, elle transforme le belvédère enun
palaismagique.
116 MERCURE DE FRANCE.
Lediamant&ladouceargentine,
L'ardent rubis , le ſaphir orgueilleux ,
Tout ces brillans , foſſiles précieux ,
D'autres encorde céleſte origine ,
Et réſervés pour le palaisdesdieux ,
Artiſtement façonnés en étoiles ,
Souscettevoûte où ſepeignent les cieux,
Feraient pâlir ces aſtres radieux ,
Qui de la nuitpercentlesſombres voiles.
Delamesd'or leſol eſt parqueté ;
Le pur argents'arrondit en colonnes ,
Etdesbandeaux,desſceptres ,des couronnes,
Brillent ſans ordre épars à loncôté.
Junon lui promet toutes ces récom
penſes , ſi elle obtient le prix; mais s'il
lui eſt refuſé, elle trace le tableau prophé
tique des malheurs qui fondront fur
Troye, fur Priam &fur ſarace. Tout eft
circonstancié depuis l'enlevement d'Hé
léne juſqu'à la mort de Priam. Il ſemble
que Junontienne lelivre des deſtins , &
l'on pourrait lui dire que puiſqu'elle lit
fi biendans ce livre, elle devrait bieny
voir qu'elle n'aura pas la pomme; mais
il nefautpas raiſonner ſi rigoureuſement
avec l'ancienne mythologie , & le poëre
nepouvaitpas ſe refuſer cetableau qui
JUILLE T. 1772. 117
contraſte avec les peintures tiantes dont
le reſte dupoëme eſt rempli.
Pâris refuſe tous lesdonsde Junon , &
ne veutd'autre prixqu'elle même. Junon
indignéede ſon audace, lui déclare que
le ſeul moyen d'en obtenir le pardon ,
eſt de lui décerner la pomme. Elle le
quitte. Minerve vient&faitparaître aux
yeuxdePârisletempledes arts.Ce grand
ſpectacle qu'elle étale , ſon diſcours& fes
promeſſes, bienloinde toucherPâris qui
était ſur le point de lui faire la même
déclaration qu'à Junon , produiſent ſur
lui un effet aſſez ſingulier.
Acedilcours degrands mots hériſſe,
Il croit ouir unelangue étrangère,
Etlent déjàſon cœur vuide&glacé.
Etrangeeffet ! cet amour téméraire
Qu'on vit braver menace, orgueil, prière,
Par la morale eſt ſoudain terraflé.
Il laiſſe en paix cette froideſageſſe;
Etledégoût ſuccéde à ſon ardeur.
Plus dedefir , plus d'aveu; ladéeſſe ,
Graceàl'ennui,garantit ſapudeur.
La même ſincérité quinous a dicté les
juſtes éloges que méritait M. Imbert ,
nous oblige d'obſerver combien il s'eſt
118 MERCURE DE FRANCE.
mépris en mêlant ſi mal-à-propos aux
peintures attachantes de l'antiquité le
perfiflage moderne, ſi rarement plaiſant
&preſque toujours dégoûtant & froid.
C'eſt certainement une faute grave d'a
vilir unde ſesprincipaux perſonnages&
derendre ridicule ladéeſſe des arts &de
la ſageſſe. Pallas nedoit point tenir un
difcours de grands mots hériffé, &cela eſt
ſi vrai que le diſcours qu'elle tientdans
lepoëme n'eſt rien moins queridicule&
ne doit point inſpirerle dégoûtnil'ennui,
Ladéeſſe des arts nedoit pointparler une
langue étrangère àParis que l'antiquité
nous repréſente comme unhommedif
tingué pardes talens agréables, & com
poſant des chanſons pour les Dames
Troyennesſur ſalyre voluptueuſe.
Grataquefæminis
Imbelli cithará carmina divides.
HOR.
Pallas devait lui inſpirerdu reſpect,
&non pasdudégoût. L'auteur a voulu
foutenir ici le caractère qu'il donne àPa
ris, dont il ditdans lepremierchant :
Infecte aílé , papillonde toilette ,
Il poſlédoit la chroniquedujour
JUILLET. 1772. 119
Savaitàfondlamode&l'étiquette.
vif, enjoué , fertile en jolis riens ,
Jamaisfavant , craignantdeleparaître.
Brefil étaità la cour des Troyens,
Cequ'on appelle enFranceunpetit maître.
Mais c'eſt encore une faute dans M.
Imbert d'avoir donné ce caractère au hé
rosde ſonpoëme. Pourquoi lui attribuer
destravers , lorſqu'il faut lerendre inté
reſſant ? fi M. Imberteûtſongé combien
unpetitmaîtrequipeutamuſer unmoment
dans une comédie , eſtun minceperſon
nage dansun poëme, il eut rendu Pâris
amoureuxdeVénusdès lepremier chant,
au lieu d'atendre juſqu'au quatrième , &
delui faireconcevoir lesprojets d'un fat.
Cette idée de donner la pomme à celle
dont il ferait la conquête , &de riſquer
la même entrepriſe ſur les trois rivalesa
pû paraîtreplaiſante àl'auteur; mais dans
unpoëme dontletoneſtengénéral noble
&ſérieux , cetteſaillie comique faitune
diſparate choquante& ôte toutintérêt au
caractère de Paris. Si l'auteur ſe rend à
l'avis de tous les amateurs éclairés qui
s'intéreſſent à ſes talens & àſes ſuccès ,
il corrigera cettepartiede fon ouvrage&
ferade Pâris un homme très-voluptueux
120 MERCURE DE FRANCE.
&très- paſſionné, peu touchédes gran
deurs queJunon lui propoſe,reſpectant
beaucoup la ſageſſe& lesarts , maistrou
vantqu'ils ne ſuffiſentpas pour le bon
heur , &n'enviſageant ce bonheur que
dans la poſſeſſion de Vénus qu'il préfére
à la puiſſance , à la ſageſſe &aux arts.
Revenons.
Vénus tranſportelesdélices dePaphos
ſousles yeuxde Pâris. Il céde àl'impref.
ſionde cettedouce magie. Il ſent lebe
ſoin du plaiſir. Il aime Vénus; il fait l'a
veudeſon amour,&promet la pomme
àla déeſle pour prixde ſesfaveurs. Vé
nusl'écoute ſanscolère; maisellene veut
pasqu'il doive ſa victoire à l'intérêt ou à
la vanité. Plus délicate que Pâris , elle
veut d'abord qu'il prononce en juge, &
qu'il attende comme amantce que l'a
mourvoudra bien lui accorder.
Le quatrième chant nous repréſente
Pâris plus épris deVénusdepuisles eſpé
rances qu'il lui adonnées. Vénus elle
mêmepartage ſa paſſion. L'amourableſſé
ſa mère, elleporteletraitdansſon cœur.
Cechant nous offredes peintures char
mantes.
Enviſitant les corbeillesde Flore,
Vénus rêvait comme on rêve enaimant.
De
JUILLET. 1772. 121
Defleur enfleurun inſtinctqu'elle ignore
Guideſes pas vers ceux deſonamant.
Deux cœurs épris ſe fuiraientvainement ;
Sans le ſavoir, ilsſe cherchentencore.
Va, cours , Pâris ; Vénus cueilledes fleurs;
Préviens les vœux; compoſeuneguirlande ,
Et ſans nourrir d'impuiſſantes douleurs ,
Porteà ſes pieds tes vœux &ton offrande.
Il part, il vole. Aveugledans ſon choix ,
Il ſaiſit tout; ſi ſamain trop hâtée
Cueille une roſe, elle en effeuille trois,
Impatient, il ſe trouble, & trois fois
Avecla fleur la tige eſt emportée.
Seule irritant l'œil jaloux de Pâris ,
Tu n'ıras point embellirce qu'il aime ,
Tendre anémone où reſpire Adonis ,
Où cet amant ſe ſurvit à lui-même.
Pâris aux pieds de Vénuslai préſente
le bouquet qu'il vientde cueillir. Vénus
veut le fuir & reſte près de lui. Iljure
qu'il ſera refpectueux. Il s'affied à ſes
pieds.
L'un des oiſeaux que Vénus a nourris ,
Vient à leurs yeux étaler ſon plumage;
Priſmevivantdes couleurs de l'Iris ,
Vole au tourd'eux , bât de l'aîle & plusſage;
Vaſe poſerdans le ſein de Cypris.
Touteftbaisé, l'oiſeau tendre & folâtre
1. Vol.ン
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Erre par-tour, roucoulant, becquetant,
Feint d'échapper, va ,revient àl'inſtant ,
Etdela queueépanoüit l'albâtre.
Souvent de l'aîle il ſemble, amant jaloux ,
Couverle ſein de labelle déeſle.
Souvent l'oileau bailé ſur lesgenoux
De l'amant mêmealarme la tendretle.
Bannis l'effroi dont ton cœur eſt frappé ,
Heureux amant, ton triomphe s'apprête.
Sous ce plumage amour enveloppé ,
Ates tranſports vient livrer taconquête.
Ledieu malin uſant d'un doux loiſir
Etplus hardi par fa métamorphoſe,
En ſejouantla diſpoſe au plaiſir ,
Etde ſonbec, dansſes lévresde roſe,
Fait circuler tousles feux du defir.
Soudain Vénus s'attendrit & foupire.
Son œildéjà de plaiſir enivré
Cherche le prince & l'enflamme & l'attire,
Pâris ſe trouble, & fon cœur pénétré
Demeure enproie auxflammes du délire.
Desdeux amans lerangeſt confondu.
Plus debarrière entre le Ciel & l'homme.
Unfrais nuage autourd'eux étendu
D'unor fluide adéjà fait un dôme ;
Et cet arrêtdans l'aireſt entendu;
Pâris triomphe& Vénusa la pomme.
L'Echo frappé répondàcette voix ;
Tous lesamoursinvitéspar leurfrère,
:
1772.
JUILLET.
Volentſur l'heure &vuident ſon carquois;
Cent traits de feudécochés àla fois
Enſecroifant traverſent l'hémisphère.
Telquandl'hymen parnos vœuxréclamé
Brûlenos Roisde ſesflammes fécondes ,
Desmains de l'art le ſalpêtre allumé,
Sediviſant en fléches vagabondes ,
Vole&descieux fend l'azur enflammé.
Vénusjouit; toutreſſent ſonivreſſe.
Sous lesglaçons la tremblantevieilleſſe
Retrouve encor la chaleurdu printems.
Unfeu précoce enhardit la jeuneſſe
Et les époux reſſemblent aux amans.
123
On voit que M. Imbert a dans ſon
ſtyle beaucoup d'élégance , un heureux
choix de mots, de laverve , de l'imagi
nation , & qu'il nelui manque que ce
degré dematurité,&cette fûreté de goût
que le temsſeul peutdonner& qu'il ac
querra d'autant plus aisémentqu'il étu
diera le natureldesanciens&qu'il évite
ra avec plusde ſoin l'affectation& le faux
bel eſprit , aujourd'huitrop à la mode.
Cepoëme eſt ſuivide poëſiesdiverſes
dontpluſieurs font très agréables. Tels
ſont par exemple des contes de huit ou
dixvers , narrés avec rapidité&avec pré
ciion.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Au pauvre Jean, prochaine baſtonnade
Etait promiſe; iln'allait qu'à tâtons ,
Il ne rêvait , ne voyait que bâtons ;
Tousles recoins cachaient quelque embuſcade.
Bâtons unjours'eſcrimant ſur ſa peau
Firent beaubruit; maisJeanloindeſeplaindre;
Ah!bon, dit il , rajuſtant ſon manteau;
Dieu ſoit béni; jen'aiplus rien àcraindre.
En voici un autre dontla tournure eſt
imitéed'une épigramme de Rouſſeau.
Unlavantaſſe, eſprit froid&péſant,
Voulait un jour déprimer un poëte ;
Lors il plaiſante en fort mauvais plaiſant,
Etrit toutſeuldesbons motsqu'illui jette.
Eſprit ſavant, diſait cet érudit,
C'eſtgrand malheur que tu foisun ignare.
Hommeſavant, repritl'autre, homme rare,
C'eſtgrand malheurque tu manquesd'eſprit.
On trouve auſſi quelques fables. Les
deux meilleures font le Pécher&le Pay
Jan&fonfils.
Il feroit à fouhaiter que l'auteur retran
châtde fon receuil dans une nouvelle
éditionpluſieurs morceaux qui ne font
pasdignes de fon talent,une épître aux
Muſes ,un dialogue entre Molière & Poin
finet,le bouquet de l'Amitié,ThérefeDanet
JUILLET. 1772. 125
àEuphémie, &c. M.Imbert a cruceſujet
intereſſant & il ne l'eſt que trop. Mais il
auraitdû faire réflexion quedansla bou.
chede cesinfortunésdont le malheur eſt
fi réel & fi proche denous, un langage
poëtique qu'ils n'ont jamais pû tenir, fi
étranger àleurétat & à leur fituation , eſt
abfolument fans illuſion & fans intérêt.
D'ailleurs il fautbien ſe garder de faire
dire des chofes communes aux grandes
douleurs&ThéreſeDanetn'enditguères
d'autres. La meilleurede ces pièces fugi
tives eſtune epître de l'auteurà un poëme
Sansgravure.
Allez, mes vers, troupe légère ,
Doux enfans dela volupté.
Allez de ma témérité
Trouverla peine ou le ſalaire,
La mortou l'immortalité.
Vous murmurez; dieux quel augure!
Mais jedevine; aſſurément
Leburin cauſe ce murmure.
Vous voudriez modeſtement
Emprunter fa riche impoſture,
Et ſuppléer adroitement
Ala beauté par la parure.
OCiel! quel air d'austérité !
Medirez-vous ; quoi ! ta fierté
Brave tout juſqu'à l'étiquette!
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Mais c'eſt folie envérité.
Voit- on une muſe ainſi faite
Soutenir avec dignité
Et le coup-d'œil de labeauté
Etlegrandjourdela toilette ?
Ah!quelle affreuſe nudité!
S'écriera la jeune coquette.
Quoicelaparle volupté !
Vite, emportez-moi ceſquelette,
J'en ai tout le cœur attriſté.
Souventpour fuirun tel outrage,
Omesvers !onſepare envain.
LePublic pour nouseſt d'airain,
EtLongueil & fonartdivin
Hâtent ſouvent notre naufrage.
Je l'ai vu ce Public malin
Perfifler d'un air inhumain
Legraveur , l'auteur& l'ouvrage.
Eh!moinsd'apprêt, c'eſt leplusſage:
N'allonspasmériter enfin
Son fuffrage par leburin,
Maisle burin par ſon fuffrage.
Quandvous aurez ſu réuffir ;
Sous uneparure étrangère ,
Vouspourrez vous enorgueillir.
Rienne meſſiedà quifaitplaire.
Quandon déplaît, on abeaufaire ,
Etſe parer , c'eſt s'enlaidir.
chants; par M. Imbert. in 8º avecfigu
res , prix 4 1. 16 f. A Amſterdam;
&fe trouve à Paris, chez Piffot , li
braire , quai de Conti.
Malgré ladécadencedelapoësie, mal
gré les progrès dumauvaisgoût encoura
gé par la ligue des auteurs médiocres
qu'un même intérêt aréunis, il s'élève
detems entems de vrais talens qui per
cent la foule& attirent les regards des
connaiſſeurs. Ce qu'on peut remarquer
c'eſt que les talens véritables ſont tous
nourrisdu lait de l'antiquité. Tel était
l'auteur du poëmede Narciſſe qui mal
heureuſement ajointune ſi mauvaiſe fa
bleàun ſtyle excellent, &a brodé ſi ri
chement un canevas ſipauvre &fi mal
choiſi. Tel eſt lejeuneauteurquis'eſt an
Evj
103 MERCURE DE FRANCE.
noncé ſi avantageuſement par quelques
eſſais de traductions des métamorphoſes.
Tel eſt aujourd'hui M. Imbert qui a ſu
trouver de nouvelles richeſſesdans l'une
des mines de l'antiquité qui ſemblaient
être les plus épuisées& rajeunir un ſujet
qui paraiſlaitufé. Tous ces écrivains font
formés par l'étudedesanciens , noncette
étudeſervile quifaitdes pédans ſansgoût
&fansgénie , mais celle qui ajoute aux
dons naturels & rectifie l'eſprit ſans l'ap
peſantir.
On ne fera pas à M. Imbert le même
reproche qu'à M. Malfilâtre. Sa fable eſt
plus heureuſe, l'ordonnance de ſon poë
me eſt plus ſage. Ses chants ſont bien
remplis, les ornemens bien imaginés&
biendiftribués. A l'égard du ſtyle , le lec
teur éclairé en pourrajuger lui même par
les morceauxquenousciterons.
Ondoits'attendrequelapoëſiedefcrip
tivetient beaucoup deplace dans cetou
vrageoù l'actionn'enpeuttenirbeaucoup.
Le poëte peint tout cequ'il rencontre;
mais ſes couleurs font auſſi variées que
brillantes. LeportraitdePâris trouve na
turellement ſa place au commencement
dupremierchant.
Parmi ſes fils ſur leTroyenrivage
JUILLET. 1772. 109
LebonPriam, pèrede ſesſujets,
Voyait Paris, charmant, jeune & volage ,
Couler ſes joursdansle ſeindela paix ,
Les dépenſer en amoureux projets ,
Et ſelivrer aux erreursdubelâge.
Parles talens il ornait ſabeauté ,
DeTerpſicoreil avaitla ſoupleſſe,
D'unpiedliantgliſſait avec molleſſe,
Ouvoltigeait aveclégereté.
Souvent l'écho ſe plaiſait à redire
Deſeschanſons le tour harmonieux,
Etſousſesdoigts il animait ſa lyre
Qui ſoupirait des ſonsvoluptueux.
Suit une deſcription de l'été, étince
lante de poësie.
Loindes gémeaux lecanceremporté
Touchait alors aubout de ſa carrière.
L'ardent lion ſedreſſe avec fierté ,
Enrugiſſantil franchit la barrière ,
Oufrémiſlait ſonorgeuilirrité,
Et ſecouant ſon épaiſſe crinière,
Vient ranimer les fureurs de l'Eté.
L'Etéjaloux decerivald'Hercule,
Detous les feux armelacanicule,
Guideſa marche , & la flammeàlamain
Tel qu'un géantil franchitles montagnes:
Ses pieds brûlans ont flétri les campagnes,
EtdeÇibèleilembraſe le ſein.
110 MERCURE DE FRANCE.
Pâris ſemble mépriſer l'amour& ſe li
vrertout entieràla chaſſe.
VersleScamandreorgueilleux il s'avance.
Surſeshabits la ſuperbe opulence
N'étalait point un faſte éblouiſſant.
Mais plus modeſte& non moinsféduiſant ;
L'art avoit pris une airde négligence.
Sachevelure en longs anneaux flottans
Surſon carquois tombe avecnonchalance ,
Et s'abandonne aucapricedes vents.
Tel &moins beau, versla forêtprochaine,
JeuneAdonis tudérigeais tespas ,
Quand de Paphos l'aimable ſouveraine
Quitta les cieux pour voler dans tes bras.
Ceprince, hierles délicesde Troye
Eſtdevenu la terreur des forêts.
De l'œil àpeine ila guidé ſes traits,
Queletrépas vole& fondſurſaproie.
Aſes regards rienn'échappe aujourd'hui.
Ileſt par-tout , tantôt le trait rapide
Fuit dans lesairs , cherche l'oiſeau timide ,
L'atteint, leperce & retombe avec lui.
Tantôt lecerfde bruyère enbruyère,
Mêlant toujours ſeslarmes à ſon ſang ,-Secoue cu vain la fléche meurtrière
Qu'aveclamortil portedans leflanc.
Cependant Mercure, lecaducée dans
JUILLET. 1772. 11
la main, defcend vers Paris &lui ap
prend que laDiſcordepourſe venger de
n'avoir pas étéinvitéeaux nôces deThé
tis , ajettéſur la table dufeſtinune pom
me où étaientécrit ces mots, àlaplus
belle; que la jalouſie &les rivalités trou.
blentl'Olympe; qu'enfin ons'eſt arrêté à
choiſir entre trois déeſſes , & que pour
avoirunjugementplus impartial , on eſt
convenude s'enrapporteràunhomme ;
quele choix eſt tombé furlui & qu'on
n'appellera pas de ſon arrêt. Bientôt le
Zéphir qui rafraîchit la campagne an
noncel'arrivéedestroisdéeffles.
Maistout-à-coupl'amant delanature,
Zéphir s'éveille , &desairs qu'il épure
Chaſlantbientôt l'été morne &brûlant ,
Avec ſon aîleil ſéme la verdure
Sur la forêt qu'iltapiſſe en volant.
Desarbres verds déjà l'ombre incertaine
FondfurParis&s'étend verslaplaine.
L'ambre plus purexhale ſes odeurs;
Ungazon frais couvre laterre ardente,
Etfait jaillir unemoifion defleurs
Pournuancer fa robeverdoyante.
Desfruitsvermeils chargent legrenadier;
Sur les buiſlons laroſe ſebalance,
Etl'oranger fierdefonopulence,
i
:
{
112 MERCURE DE FRAN CE.
Mêle ſonoràl'ordu citronnier.
La violette ici brille dans l'herbe ,
Ales côtés ſur un arbre voifin
Lavignemonte& court vaine& ſuperbe
Prèsducédra ſuſpendre leraiſin.
Onreconnaîtdansces détails la main
duvrai poëtequi anime &embellittout.
la toilettedes trois rivales eſt encore au
deſſus. C'eſt un morceaud'unebeauté ſu
périeure , malgré quelques légères ta
ches.
L'arteſt un dieu qu'au Cielmême on implore.
Onlechéritquand on eſt ſans appas.
Quandon eſtbelle, on lechérit encore.
Junonparaît, faſtueuſe beauté
Qui s'embellitd'unegracenouvelle.
Lediamant dans l'or pur incruſté
Mêleſes feuxàlapourpre immortelle.
Sa noble écharpe à réplis onduleux
Ceint la déelle &retombe avecgrace.
Divintiſlu dontla ſplendeurefface
Le coloris de cet arc lumineux ,
Quipeintla nue& les airsqu'ilembraſſe.
Reine ſuperbe , elleale frontparé
D'un diadême oùl'éclatd'un or pâle
Ranimeun fond tendrement azuré ,
Etdans ſamainbrille unſceptred'opâle.
ว
JUILLET. 1772. 113
Pallas ornée avec ſimplicité ,
N'eſt pas moins belle avec moinsd'opulenee.
Dans ſes regards une douce fierté ,
Dans ſaparure une ſage élégance.
Balancent bien, Junon, ta majeſté.
Unvoileblanc , monument de ſagloire,
Sert ſesattraits enmarquantſa pudeur ;
Voile charmant où d'undoigtcréateur
Deſontriompheclletraça l'hiſtoire.
L'œil étonné voit fa lance d'airain
Frapper la terre, avecunlongmurmure,
Etl'olivier quijaillit de ſon ſein
Agire encor ſa bruyante verdure.
Afonoreille on ſuſpenditennœuds
Desboucles d'or errantes &captives;
Etdes brillans d'un verd faible&douteux
Ceignent ſon front, façonnés en olives.
Sous ſes habits avec art négligés,
Vénus paraît dédaigner l'artifice;
Les fleurs,le mytteornent l'humble édifice
Deſescheveux enboucles partagés.
L'unedes ſœursqui veillentauprèsd'elle ,
(C'eſt Aglaé) d'abord après lebain ,
Sous le tiflu d'unegaze infidelle
Avaitcaché les tréſors de ſon ſein.
Maisdes odeurs l'eſſencela plus pure
Avait déjà parfumé ſes atours ,
Quandon plaça ladivine ceinture ,
Qui ſertd'azyle & detrône aux amours.
114 MERCURE DE FRANCE.
Parmi lesplis de cemagique ouvrage
Erretoujours uneſſain deplaiſirs ,
Lesdoux attraits &les ardens deſirs ,
Les ris , les jeux , le charmant badinage,
Les vœux ſecrets, lesdétours innocens ,
Lefeintconrroux & les agaceries ,
Piéges adroits qui ſurprennentlesſens ,
Etlivrent l'ame aux douces revêries.
Nous croyons que leslecteurs feront
auffi fatisfaits que nous de l'imagination
quirègne dans ce tableau , quoiqu'on ait
puyremarquerquelquesfautes.C'eſt une
idéeheureuſe&d'un goûtantique d'avoir
peint ſurlevoilede Minerve la naiſſance
del'olivier; mais il ne falloit pas parler
d'unlong murmure que la toile ne peut
jamaistendre.
Pâtis, frappé d'abord de labeautédes
ttois déeſſes , déclare enfin qu'il ne peut
juger des appas que laparure cache àſes
yeux. Ses propoſitions bleſſent l'orgueil
de Junon, lamodeſtie de Pallas, &flat
tent l'amour propre de Vénus. Pâris les
quittepourleurlaiſſerletemsde ſedéter
miner; c'eſt la findupremier chant.
La vanité l'emporte,&lesdéeſſes pa
raiſſent devant leurjugedans toutl'éclat
deleur beauté. Il tombe dans un autre
JUILLET. 1772. 115
embarras. L'admiration & livreſſe fuf
pendent ſonjugement;ildemandegrace,
il veut qu'on luidonneletemsde revenir
àlui pour prononcer. Cependant il offre
à ſouper aux trois divinités , dans un
temple conſacréà l'Amour&qui vit éle
ver ſon enfance loinde lacourdeTroye.
Il promet de décider le lendemain. On
ſe ſépare. Il paſſe la nuitdans l'agitation ,
l'incertitude &les défirs;enfin ilprétend
faire la conquête d'une des trois déeſſes
qu'il doit juger. Il neſe croit pas moins
aimable qu'Endymion , &nelescroitpas
plus ſages que Diane. Ilſeleve pleinde
ceprojet. Næris, l'une des jeunes eſcla
ves qui le ſervent, luiconteàfon reveil
unehiſtoire galante oùDiane couronne
l'amourd'un berger. Cetteanecdorefem
ble faite pourl'encourager,& c'eft, com
meonle voit, un épiſodetrès- agréable
&très-bienplacé. LeTroyenſe pare &
ſediſpoſeàparaîtredevantle déeſſes.
Autroiſième chantPârisſe rendfur un
belvedère qui doit être le théâtre de la
ſcène déciſive. Junon vient l'y trouver ,
&pourluidonnerune idéedeſa puiſſan.
ce&desricheſſesdontelle peutle com
bler, elle transforme le belvédère enun
palaismagique.
116 MERCURE DE FRANCE.
Lediamant&ladouceargentine,
L'ardent rubis , le ſaphir orgueilleux ,
Tout ces brillans , foſſiles précieux ,
D'autres encorde céleſte origine ,
Et réſervés pour le palaisdesdieux ,
Artiſtement façonnés en étoiles ,
Souscettevoûte où ſepeignent les cieux,
Feraient pâlir ces aſtres radieux ,
Qui de la nuitpercentlesſombres voiles.
Delamesd'or leſol eſt parqueté ;
Le pur argents'arrondit en colonnes ,
Etdesbandeaux,desſceptres ,des couronnes,
Brillent ſans ordre épars à loncôté.
Junon lui promet toutes ces récom
penſes , ſi elle obtient le prix; mais s'il
lui eſt refuſé, elle trace le tableau prophé
tique des malheurs qui fondront fur
Troye, fur Priam &fur ſarace. Tout eft
circonstancié depuis l'enlevement d'Hé
léne juſqu'à la mort de Priam. Il ſemble
que Junontienne lelivre des deſtins , &
l'on pourrait lui dire que puiſqu'elle lit
fi biendans ce livre, elle devrait bieny
voir qu'elle n'aura pas la pomme; mais
il nefautpas raiſonner ſi rigoureuſement
avec l'ancienne mythologie , & le poëre
nepouvaitpas ſe refuſer cetableau qui
JUILLE T. 1772. 117
contraſte avec les peintures tiantes dont
le reſte dupoëme eſt rempli.
Pâris refuſe tous lesdonsde Junon , &
ne veutd'autre prixqu'elle même. Junon
indignéede ſon audace, lui déclare que
le ſeul moyen d'en obtenir le pardon ,
eſt de lui décerner la pomme. Elle le
quitte. Minerve vient&faitparaître aux
yeuxdePârisletempledes arts.Ce grand
ſpectacle qu'elle étale , ſon diſcours& fes
promeſſes, bienloinde toucherPâris qui
était ſur le point de lui faire la même
déclaration qu'à Junon , produiſent ſur
lui un effet aſſez ſingulier.
Acedilcours degrands mots hériſſe,
Il croit ouir unelangue étrangère,
Etlent déjàſon cœur vuide&glacé.
Etrangeeffet ! cet amour téméraire
Qu'on vit braver menace, orgueil, prière,
Par la morale eſt ſoudain terraflé.
Il laiſſe en paix cette froideſageſſe;
Etledégoût ſuccéde à ſon ardeur.
Plus dedefir , plus d'aveu; ladéeſſe ,
Graceàl'ennui,garantit ſapudeur.
La même ſincérité quinous a dicté les
juſtes éloges que méritait M. Imbert ,
nous oblige d'obſerver combien il s'eſt
118 MERCURE DE FRANCE.
mépris en mêlant ſi mal-à-propos aux
peintures attachantes de l'antiquité le
perfiflage moderne, ſi rarement plaiſant
&preſque toujours dégoûtant & froid.
C'eſt certainement une faute grave d'a
vilir unde ſesprincipaux perſonnages&
derendre ridicule ladéeſſe des arts &de
la ſageſſe. Pallas nedoit point tenir un
difcours de grands mots hériffé, &cela eſt
ſi vrai que le diſcours qu'elle tientdans
lepoëme n'eſt rien moins queridicule&
ne doit point inſpirerle dégoûtnil'ennui,
Ladéeſſe des arts nedoit pointparler une
langue étrangère àParis que l'antiquité
nous repréſente comme unhommedif
tingué pardes talens agréables, & com
poſant des chanſons pour les Dames
Troyennesſur ſalyre voluptueuſe.
Grataquefæminis
Imbelli cithará carmina divides.
HOR.
Pallas devait lui inſpirerdu reſpect,
&non pasdudégoût. L'auteur a voulu
foutenir ici le caractère qu'il donne àPa
ris, dont il ditdans lepremierchant :
Infecte aílé , papillonde toilette ,
Il poſlédoit la chroniquedujour
JUILLET. 1772. 119
Savaitàfondlamode&l'étiquette.
vif, enjoué , fertile en jolis riens ,
Jamaisfavant , craignantdeleparaître.
Brefil étaità la cour des Troyens,
Cequ'on appelle enFranceunpetit maître.
Mais c'eſt encore une faute dans M.
Imbert d'avoir donné ce caractère au hé
rosde ſonpoëme. Pourquoi lui attribuer
destravers , lorſqu'il faut lerendre inté
reſſant ? fi M. Imberteûtſongé combien
unpetitmaîtrequipeutamuſer unmoment
dans une comédie , eſtun minceperſon
nage dansun poëme, il eut rendu Pâris
amoureuxdeVénusdès lepremier chant,
au lieu d'atendre juſqu'au quatrième , &
delui faireconcevoir lesprojets d'un fat.
Cette idée de donner la pomme à celle
dont il ferait la conquête , &de riſquer
la même entrepriſe ſur les trois rivalesa
pû paraîtreplaiſante àl'auteur; mais dans
unpoëme dontletoneſtengénéral noble
&ſérieux , cetteſaillie comique faitune
diſparate choquante& ôte toutintérêt au
caractère de Paris. Si l'auteur ſe rend à
l'avis de tous les amateurs éclairés qui
s'intéreſſent à ſes talens & àſes ſuccès ,
il corrigera cettepartiede fon ouvrage&
ferade Pâris un homme très-voluptueux
120 MERCURE DE FRANCE.
&très- paſſionné, peu touchédes gran
deurs queJunon lui propoſe,reſpectant
beaucoup la ſageſſe& lesarts , maistrou
vantqu'ils ne ſuffiſentpas pour le bon
heur , &n'enviſageant ce bonheur que
dans la poſſeſſion de Vénus qu'il préfére
à la puiſſance , à la ſageſſe &aux arts.
Revenons.
Vénus tranſportelesdélices dePaphos
ſousles yeuxde Pâris. Il céde àl'impref.
ſionde cettedouce magie. Il ſent lebe
ſoin du plaiſir. Il aime Vénus; il fait l'a
veudeſon amour,&promet la pomme
àla déeſle pour prixde ſesfaveurs. Vé
nusl'écoute ſanscolère; maisellene veut
pasqu'il doive ſa victoire à l'intérêt ou à
la vanité. Plus délicate que Pâris , elle
veut d'abord qu'il prononce en juge, &
qu'il attende comme amantce que l'a
mourvoudra bien lui accorder.
Le quatrième chant nous repréſente
Pâris plus épris deVénusdepuisles eſpé
rances qu'il lui adonnées. Vénus elle
mêmepartage ſa paſſion. L'amourableſſé
ſa mère, elleporteletraitdansſon cœur.
Cechant nous offredes peintures char
mantes.
Enviſitant les corbeillesde Flore,
Vénus rêvait comme on rêve enaimant.
De
JUILLET. 1772. 121
Defleur enfleurun inſtinctqu'elle ignore
Guideſes pas vers ceux deſonamant.
Deux cœurs épris ſe fuiraientvainement ;
Sans le ſavoir, ilsſe cherchentencore.
Va, cours , Pâris ; Vénus cueilledes fleurs;
Préviens les vœux; compoſeuneguirlande ,
Et ſans nourrir d'impuiſſantes douleurs ,
Porteà ſes pieds tes vœux &ton offrande.
Il part, il vole. Aveugledans ſon choix ,
Il ſaiſit tout; ſi ſamain trop hâtée
Cueille une roſe, elle en effeuille trois,
Impatient, il ſe trouble, & trois fois
Avecla fleur la tige eſt emportée.
Seule irritant l'œil jaloux de Pâris ,
Tu n'ıras point embellirce qu'il aime ,
Tendre anémone où reſpire Adonis ,
Où cet amant ſe ſurvit à lui-même.
Pâris aux pieds de Vénuslai préſente
le bouquet qu'il vientde cueillir. Vénus
veut le fuir & reſte près de lui. Iljure
qu'il ſera refpectueux. Il s'affied à ſes
pieds.
L'un des oiſeaux que Vénus a nourris ,
Vient à leurs yeux étaler ſon plumage;
Priſmevivantdes couleurs de l'Iris ,
Vole au tourd'eux , bât de l'aîle & plusſage;
Vaſe poſerdans le ſein de Cypris.
Touteftbaisé, l'oiſeau tendre & folâtre
1. Vol.ン
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Erre par-tour, roucoulant, becquetant,
Feint d'échapper, va ,revient àl'inſtant ,
Etdela queueépanoüit l'albâtre.
Souvent de l'aîle il ſemble, amant jaloux ,
Couverle ſein de labelle déeſle.
Souvent l'oileau bailé ſur lesgenoux
De l'amant mêmealarme la tendretle.
Bannis l'effroi dont ton cœur eſt frappé ,
Heureux amant, ton triomphe s'apprête.
Sous ce plumage amour enveloppé ,
Ates tranſports vient livrer taconquête.
Ledieu malin uſant d'un doux loiſir
Etplus hardi par fa métamorphoſe,
En ſejouantla diſpoſe au plaiſir ,
Etde ſonbec, dansſes lévresde roſe,
Fait circuler tousles feux du defir.
Soudain Vénus s'attendrit & foupire.
Son œildéjà de plaiſir enivré
Cherche le prince & l'enflamme & l'attire,
Pâris ſe trouble, & fon cœur pénétré
Demeure enproie auxflammes du délire.
Desdeux amans lerangeſt confondu.
Plus debarrière entre le Ciel & l'homme.
Unfrais nuage autourd'eux étendu
D'unor fluide adéjà fait un dôme ;
Et cet arrêtdans l'aireſt entendu;
Pâris triomphe& Vénusa la pomme.
L'Echo frappé répondàcette voix ;
Tous lesamoursinvitéspar leurfrère,
:
1772.
JUILLET.
Volentſur l'heure &vuident ſon carquois;
Cent traits de feudécochés àla fois
Enſecroifant traverſent l'hémisphère.
Telquandl'hymen parnos vœuxréclamé
Brûlenos Roisde ſesflammes fécondes ,
Desmains de l'art le ſalpêtre allumé,
Sediviſant en fléches vagabondes ,
Vole&descieux fend l'azur enflammé.
Vénusjouit; toutreſſent ſonivreſſe.
Sous lesglaçons la tremblantevieilleſſe
Retrouve encor la chaleurdu printems.
Unfeu précoce enhardit la jeuneſſe
Et les époux reſſemblent aux amans.
123
On voit que M. Imbert a dans ſon
ſtyle beaucoup d'élégance , un heureux
choix de mots, de laverve , de l'imagi
nation , & qu'il nelui manque que ce
degré dematurité,&cette fûreté de goût
que le temsſeul peutdonner& qu'il ac
querra d'autant plus aisémentqu'il étu
diera le natureldesanciens&qu'il évite
ra avec plusde ſoin l'affectation& le faux
bel eſprit , aujourd'huitrop à la mode.
Cepoëme eſt ſuivide poëſiesdiverſes
dontpluſieurs font très agréables. Tels
ſont par exemple des contes de huit ou
dixvers , narrés avec rapidité&avec pré
ciion.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Au pauvre Jean, prochaine baſtonnade
Etait promiſe; iln'allait qu'à tâtons ,
Il ne rêvait , ne voyait que bâtons ;
Tousles recoins cachaient quelque embuſcade.
Bâtons unjours'eſcrimant ſur ſa peau
Firent beaubruit; maisJeanloindeſeplaindre;
Ah!bon, dit il , rajuſtant ſon manteau;
Dieu ſoit béni; jen'aiplus rien àcraindre.
En voici un autre dontla tournure eſt
imitéed'une épigramme de Rouſſeau.
Unlavantaſſe, eſprit froid&péſant,
Voulait un jour déprimer un poëte ;
Lors il plaiſante en fort mauvais plaiſant,
Etrit toutſeuldesbons motsqu'illui jette.
Eſprit ſavant, diſait cet érudit,
C'eſtgrand malheur que tu foisun ignare.
Hommeſavant, repritl'autre, homme rare,
C'eſtgrand malheurque tu manquesd'eſprit.
On trouve auſſi quelques fables. Les
deux meilleures font le Pécher&le Pay
Jan&fonfils.
Il feroit à fouhaiter que l'auteur retran
châtde fon receuil dans une nouvelle
éditionpluſieurs morceaux qui ne font
pasdignes de fon talent,une épître aux
Muſes ,un dialogue entre Molière & Poin
finet,le bouquet de l'Amitié,ThérefeDanet
JUILLET. 1772. 125
àEuphémie, &c. M.Imbert a cruceſujet
intereſſant & il ne l'eſt que trop. Mais il
auraitdû faire réflexion quedansla bou.
chede cesinfortunésdont le malheur eſt
fi réel & fi proche denous, un langage
poëtique qu'ils n'ont jamais pû tenir, fi
étranger àleurétat & à leur fituation , eſt
abfolument fans illuſion & fans intérêt.
D'ailleurs il fautbien ſe garder de faire
dire des chofes communes aux grandes
douleurs&ThéreſeDanetn'enditguères
d'autres. La meilleurede ces pièces fugi
tives eſtune epître de l'auteurà un poëme
Sansgravure.
Allez, mes vers, troupe légère ,
Doux enfans dela volupté.
Allez de ma témérité
Trouverla peine ou le ſalaire,
La mortou l'immortalité.
Vous murmurez; dieux quel augure!
Mais jedevine; aſſurément
Leburin cauſe ce murmure.
Vous voudriez modeſtement
Emprunter fa riche impoſture,
Et ſuppléer adroitement
Ala beauté par la parure.
OCiel! quel air d'austérité !
Medirez-vous ; quoi ! ta fierté
Brave tout juſqu'à l'étiquette!
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Mais c'eſt folie envérité.
Voit- on une muſe ainſi faite
Soutenir avec dignité
Et le coup-d'œil de labeauté
Etlegrandjourdela toilette ?
Ah!quelle affreuſe nudité!
S'écriera la jeune coquette.
Quoicelaparle volupté !
Vite, emportez-moi ceſquelette,
J'en ai tout le cœur attriſté.
Souventpour fuirun tel outrage,
Omesvers !onſepare envain.
LePublic pour nouseſt d'airain,
EtLongueil & fonartdivin
Hâtent ſouvent notre naufrage.
Je l'ai vu ce Public malin
Perfifler d'un air inhumain
Legraveur , l'auteur& l'ouvrage.
Eh!moinsd'apprêt, c'eſt leplusſage:
N'allonspasmériter enfin
Son fuffrage par leburin,
Maisle burin par ſon fuffrage.
Quandvous aurez ſu réuffir ;
Sous uneparure étrangère ,
Vouspourrez vous enorgueillir.
Rienne meſſiedà quifaitplaire.
Quandon déplaît, on abeaufaire ,
Etſe parer , c'eſt s'enlaidir.
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15948
p. 2862-2863
PREMIERE ENIGME.
Début :
Nous allons toûjours deux à deux, [...]
Mots clefs :
Patins
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
N
Ous allons toujours deux à deux ,
Nous nefentons point la froidure ,
Et fommes de telle nature ,
Que l'Hyver le plus rigoureux ,
Eft ce qui nous convient le mieux ,
Quand defa caverne profonde ,
L'Aquilon vient glacer le monde ,
Alors les humains ont recours
A nôtre agréable fecours ,
Nous leurs rendons pourtant un perilleux
ſervice ,
Quoique foumis aveuglément
A chaque mouvement
Que nous fait faire leur caprice.
Parcourant avec nous les eaux ,
Ils peuvent s'ils en ont l'adreffe
Le faire avec une vîteffe ,
Egale prefque à celle des oifeaux ,
Mais nôtre fort n'eft - il pas rude ,
Par eux dans nôtre fervitude ,
Nous fommes fans ceffe foulez ,
I. vol.
A
DECEMBRE
2863 1725.
A nôtre tour auffi nous avons l'avantage ,
De tenir comme en eſclavage ,
Tels que des Captifs enchaînez ,
Tous ceux à qui nous fommes attachez.
N
Ous allons toujours deux à deux ,
Nous nefentons point la froidure ,
Et fommes de telle nature ,
Que l'Hyver le plus rigoureux ,
Eft ce qui nous convient le mieux ,
Quand defa caverne profonde ,
L'Aquilon vient glacer le monde ,
Alors les humains ont recours
A nôtre agréable fecours ,
Nous leurs rendons pourtant un perilleux
ſervice ,
Quoique foumis aveuglément
A chaque mouvement
Que nous fait faire leur caprice.
Parcourant avec nous les eaux ,
Ils peuvent s'ils en ont l'adreffe
Le faire avec une vîteffe ,
Egale prefque à celle des oifeaux ,
Mais nôtre fort n'eft - il pas rude ,
Par eux dans nôtre fervitude ,
Nous fommes fans ceffe foulez ,
I. vol.
A
DECEMBRE
2863 1725.
A nôtre tour auffi nous avons l'avantage ,
De tenir comme en eſclavage ,
Tels que des Captifs enchaînez ,
Tous ceux à qui nous fommes attachez.
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15949
p. 1148-1150
LOGOGRYPHE.
Début :
Dans mes six pieds je suis le chef-d'oeuvre des Cieux, [...]
Mots clefs :
Nature
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Ans mes six pieds je suis le chef- d'oeuvre
DA des Cieux ,
Dans mes 2. 5 et 3. je suis celui des hommes,
Et lorsque réunis nous sommes ,
I. Vol.
Nous
JUIN. 1149 17330
Nous formons des objets qui charmeroient les
Dieux ;
Mon dernier tiers sert en Musique ,
Mon second ( s'il est renversé )
Est de même nature et de même pratique ,
Et mon premier ( son ordre boulversé )
Est des Saisons la premiere qu'on fête ;
Garde-toi , Lecteur imprudent ,
De lui prêter mon 6. et couronner sa tête ,
Tu nous offrirois une bête ,
Dont le front est trop impudent ;
5. 2 et 3. n'est pas bête moins vile ,
Mais si sa qualité nuit aux champs comme en
Ville ,
Son nom du moins est si gracieux ,
De sa fémelle même on vantè les vifs yeux ,
Joins y pour lors mon 6 au corps de l'homme
utile ,
On sçait que noblèment ,
Elle s'y conserve un azile ;
Mais si ton plaisir , cependant ,
Eroit de lui trancher la tête ,
Remplace lui donc promptement ,
Celle qui de mon tout fait d'abord l'ornement ,
Et que volontiers je te prête ,
Pour en parer ( comme on faisoit jadis )
Ou ton Cabinet ou ta Chambre ;
A mon deuxiéme tiers unis mou dernier membre,
Et crains que l'on ne te ... car souvent on est
pris >
E vi Pour
1150 MERCURE DE FRANCE
Pour un 2. 4. 3. 5. 6.
Qui veut voir femme sans chemise ,
Lecteur en es-tu curieux ?
Prends ma tête et ma queiie et mets 4 entre deux
Elle se présente à ta guise ,
N'abuse pas au moins de ma facilité
A te procurer ma recette ,
Et ne vas pas ainsi par trop
>
de dureté ,
Faire place à mon 5. aux dépens de sa tête ,
Et puis la laisser là !
4. 6. 1. et 3. déja .
Le temps calme change de facé ,
4. 5. 1. et 6. dedans mon flanc sans choix ,
Je porte le destin des Bergers et des Rois ;
Mais enfin , Lecteur , je fais grace
A quelques mots encor qui trouveroient bien
place ,
Si pour vouloir trop m'appuyer ,
Je ne craignois de t'ennuyer.
Ans mes six pieds je suis le chef- d'oeuvre
DA des Cieux ,
Dans mes 2. 5 et 3. je suis celui des hommes,
Et lorsque réunis nous sommes ,
I. Vol.
Nous
JUIN. 1149 17330
Nous formons des objets qui charmeroient les
Dieux ;
Mon dernier tiers sert en Musique ,
Mon second ( s'il est renversé )
Est de même nature et de même pratique ,
Et mon premier ( son ordre boulversé )
Est des Saisons la premiere qu'on fête ;
Garde-toi , Lecteur imprudent ,
De lui prêter mon 6. et couronner sa tête ,
Tu nous offrirois une bête ,
Dont le front est trop impudent ;
5. 2 et 3. n'est pas bête moins vile ,
Mais si sa qualité nuit aux champs comme en
Ville ,
Son nom du moins est si gracieux ,
De sa fémelle même on vantè les vifs yeux ,
Joins y pour lors mon 6 au corps de l'homme
utile ,
On sçait que noblèment ,
Elle s'y conserve un azile ;
Mais si ton plaisir , cependant ,
Eroit de lui trancher la tête ,
Remplace lui donc promptement ,
Celle qui de mon tout fait d'abord l'ornement ,
Et que volontiers je te prête ,
Pour en parer ( comme on faisoit jadis )
Ou ton Cabinet ou ta Chambre ;
A mon deuxiéme tiers unis mou dernier membre,
Et crains que l'on ne te ... car souvent on est
pris >
E vi Pour
1150 MERCURE DE FRANCE
Pour un 2. 4. 3. 5. 6.
Qui veut voir femme sans chemise ,
Lecteur en es-tu curieux ?
Prends ma tête et ma queiie et mets 4 entre deux
Elle se présente à ta guise ,
N'abuse pas au moins de ma facilité
A te procurer ma recette ,
Et ne vas pas ainsi par trop
>
de dureté ,
Faire place à mon 5. aux dépens de sa tête ,
Et puis la laisser là !
4. 6. 1. et 3. déja .
Le temps calme change de facé ,
4. 5. 1. et 6. dedans mon flanc sans choix ,
Je porte le destin des Bergers et des Rois ;
Mais enfin , Lecteur , je fais grace
A quelques mots encor qui trouveroient bien
place ,
Si pour vouloir trop m'appuyer ,
Je ne craignois de t'ennuyer.
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15950
p. 1308-1310
Amusemens de l'Amitié, [titre d'après la table]
Début :
LES AMUSEMENS DE L'AMITIÉ, rendus utiles et interessans. Recueil de Lettres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens de l'Amitié, [titre d'après la table]
LES AMUSEMENS DE L'AMITIE' , rendus
utiles et interessans. Recueil de Lettres
écrites de la Cour vers la fin du egne
de Louis XIV . A Paris , chez Langlois
ruë S. Etienne d'Egrès , Julien- Michel
Gandouin , Quay de Conty , et Henry
ruë S. Jacques , 1729. in 12. de 416. pages..
Ces Lettres sont écrites sans façon , d'un
stile aisé ; elles renferment des Maximes ;
de morale , des leçons de sçavoir vivre
et une grande varieté d'instructions pour
se conduire dans tous les états et dans
toutes les circonstances de la vie . M. l'Ab
bé Couture , qui en est l'Approbateur ,
dit- que l'Auteur y. tient plus qu'il n'a
promis. Il n'a annoncé que des amuse
mens , et je trouve dans ces Lettres , dit- il,
plusieurs belles leçons et plusieurs grands
2.
I. Vol. exem
JUIN. 1731 1309
exemples de vertu et de Religion , le tout
assaisonné d'une politesse fine , d'un lan
gage pur et d'une liberté honnête.
TRAITE ' DE LA CHARITE ' ENVERS DIEU'S
ou de l'Amour de Dieu , et de ses vrai
Caracteres , tiré des Livres saints. Dédié
aux Evêques de France , par un Prieur Be
nedictin . A Paris , chez Joseph Bullot , et
Henry , rue S. Facques , 1729. in 12. de
535. pages , sans l'Epitre et l'Avertis
şememt.
TRAITE' DES HORLOGES pour les Mon
tres et les Pendules , contenant le Calcul
des Nombres propres à toutes sortes de
mouvemens ; la maniere de faire et de :
noter les carillons , de changer et de corri
ger le mouvement du Pendule ; l'Histoire :
ancienne et moderne de l'Horlogerie ;.
plusieurs Tables toutes calculées , et au
tres matieres curieuses et utiles . Tradui
tes de l'Anglois de M. Derham F. R. S. L
Chez Gregoire Dupuis , rue S. Jacques
in 12. avec figures ..
ச7
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID ,
et des Cantiques de l'Eglise , avec appli
cation suivie de chaque Pseaume et de :
chaque Cantique , à un sujet particulier
I..Vol. Evi propre
1310 MERCURE DE FRANCE
propre à servir d'entretien avec Dieu . Par
le P. Th. Bern. Fellon , Jesuite. A Lyon
et se trouve à Paris , chez H. L. Guerin ,
ruë S. Jacques , 4. vol . in 12 .
On trouve cette Paraphrase écrite avec
une grande noblesse de stile et beaucoup
d'onction .
>
"
HISTOIRE DE S. DOMINGUE , &c. par
le R. P. Charlevoix , Jesuite. 2. vol . in 4.
avec 16. Cartes. A Paris , chez Guerin
aîné , rue S. Jacques , et Guerin le Jeune ,
Quay des Augustins..
On délivre actuellement aux Souscrip
teurs les Tomes suivans des anciens Mé
moires de l'Académie des Sciences ; sça
voir , le Tome IV . qui contient l'Histoire
des Plantes , avec 38. Planches , très- pro
prement gravées ; et le Tome III . des
Tables des Matieres , qui contiennent
celles des années 1711. jusqu'en 1720. On
donnera incessamment l'Histoire des Ani
maux , et tout le reste de cette Collection.
A Paris , chez Martin , Montalant , Coi
gnard fils et Guerin aîné.
utiles et interessans. Recueil de Lettres
écrites de la Cour vers la fin du egne
de Louis XIV . A Paris , chez Langlois
ruë S. Etienne d'Egrès , Julien- Michel
Gandouin , Quay de Conty , et Henry
ruë S. Jacques , 1729. in 12. de 416. pages..
Ces Lettres sont écrites sans façon , d'un
stile aisé ; elles renferment des Maximes ;
de morale , des leçons de sçavoir vivre
et une grande varieté d'instructions pour
se conduire dans tous les états et dans
toutes les circonstances de la vie . M. l'Ab
bé Couture , qui en est l'Approbateur ,
dit- que l'Auteur y. tient plus qu'il n'a
promis. Il n'a annoncé que des amuse
mens , et je trouve dans ces Lettres , dit- il,
plusieurs belles leçons et plusieurs grands
2.
I. Vol. exem
JUIN. 1731 1309
exemples de vertu et de Religion , le tout
assaisonné d'une politesse fine , d'un lan
gage pur et d'une liberté honnête.
TRAITE ' DE LA CHARITE ' ENVERS DIEU'S
ou de l'Amour de Dieu , et de ses vrai
Caracteres , tiré des Livres saints. Dédié
aux Evêques de France , par un Prieur Be
nedictin . A Paris , chez Joseph Bullot , et
Henry , rue S. Facques , 1729. in 12. de
535. pages , sans l'Epitre et l'Avertis
şememt.
TRAITE' DES HORLOGES pour les Mon
tres et les Pendules , contenant le Calcul
des Nombres propres à toutes sortes de
mouvemens ; la maniere de faire et de :
noter les carillons , de changer et de corri
ger le mouvement du Pendule ; l'Histoire :
ancienne et moderne de l'Horlogerie ;.
plusieurs Tables toutes calculées , et au
tres matieres curieuses et utiles . Tradui
tes de l'Anglois de M. Derham F. R. S. L
Chez Gregoire Dupuis , rue S. Jacques
in 12. avec figures ..
ச7
PARAPHRASE DES PSEAUMES DE DAVID ,
et des Cantiques de l'Eglise , avec appli
cation suivie de chaque Pseaume et de :
chaque Cantique , à un sujet particulier
I..Vol. Evi propre
1310 MERCURE DE FRANCE
propre à servir d'entretien avec Dieu . Par
le P. Th. Bern. Fellon , Jesuite. A Lyon
et se trouve à Paris , chez H. L. Guerin ,
ruë S. Jacques , 4. vol . in 12 .
On trouve cette Paraphrase écrite avec
une grande noblesse de stile et beaucoup
d'onction .
>
"
HISTOIRE DE S. DOMINGUE , &c. par
le R. P. Charlevoix , Jesuite. 2. vol . in 4.
avec 16. Cartes. A Paris , chez Guerin
aîné , rue S. Jacques , et Guerin le Jeune ,
Quay des Augustins..
On délivre actuellement aux Souscrip
teurs les Tomes suivans des anciens Mé
moires de l'Académie des Sciences ; sça
voir , le Tome IV . qui contient l'Histoire
des Plantes , avec 38. Planches , très- pro
prement gravées ; et le Tome III . des
Tables des Matieres , qui contiennent
celles des années 1711. jusqu'en 1720. On
donnera incessamment l'Histoire des Ani
maux , et tout le reste de cette Collection.
A Paris , chez Martin , Montalant , Coi
gnard fils et Guerin aîné.
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Résumé : Amusemens de l'Amitié, [titre d'après la table]
Le document de 1729 présente divers ouvrages. 'Les Amusemens de l'Amitié' est un recueil de lettres de la cour de Louis XIV, offrant des maximes morales, des conseils de savoir-vivre et des instructions pour diverses situations. L'abbé Couture loue cet ouvrage pour ses leçons de vertu et de religion, ainsi que pour sa politesse et son langage pur. 'Traité de la Charité envers Dieu' est dédié aux évêques de France et explore l'amour de Dieu à travers les Livres saints. 'Traité des Horloges' est une traduction d'un ouvrage anglais sur les montres et pendules, incluant des calculs et des instructions pour les carillons. 'Paraphrase des Psaumes de David' du Père Th. Bern. Fellon applique chaque psaume à un sujet particulier. 'Histoire de S. Domingue' du Père Charlevoix est un ouvrage en deux volumes avec seize cartes. Le document mentionne également la distribution des tomes des anciens Mémoires de l'Académie des Sciences, notamment le Tome IV sur l'histoire des plantes et le Tome III des Tables des Matieres couvrant les années 1711 à 1720, avec des planches gravées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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