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1
p. 63-84
REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
Début :
Le Discours du Citoyen de Genéve a de quoi surprendre, & l'on sera [...]
Mots clefs :
Sciences, Esprit, Moeurs, Vertu, Hommes, Temps, Ignorance, Nature, Savants, Religion, Citoyen de Genève, Homme, Vices, Arts, Coeur, Vertueux, Science, Vérité, Vertus, Vrai, Raison, Force, Innocence, Lumières, Goût
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
REPONSE
Au Difcours qui a remporté le Prix de l'A
cadémie de Dijon ,fur cette question : Si le
rétabliffement des Sciences & des Arts S
a contribué à épurer les moeurs . Par um :
Citoyen de Genève.
La
E Difcours du Citoyen de Genéve
a de quoi furprendre , & l'on fera
peut être également furpris de le voir
couronné par une Académie célébre .
Eft ce fon fentiment particulier que
l'Auteur a voulu établir ? N'eft ce qu'un
Paradoxe dont il a voulu amufer le Pa
64 MERCUREDE FRANCE.
blic ? Quoiqu'il en foit , pour réfuter ſon
opinion , il ne faut qu'en examiner les
preuves , remettre l'Anonime vis - à vis des
vérités qu'il a adoptées , & l'oppofer luimême
à lui- même. Puiffai je , en le combat.
tant par fes principes , le vaincre par fes
armes & le faire triompher par fa propre
défaite !
Sa façon de penfer annonce un coeur
vertueux. Sa maniére d'écrire décéle un
efprit cultivé ; mais s'il réunit effectivement
la Science à la Vertu , & que l'une
( comme il s'efforce de le prouver ) foit
incompatible aavveecc ll''aauuttrree ,, comment fa
doctrine n'a- t- elle pas corrompu fa fageffe,
ou comment fa fageffé ne l'a t - elle pas déterminé
à refter dans l'ignorance ? A- t'il
donné à la Vertu la préférence fur la Science
? Pourquoi donc nous étaler avec tant
d'affectation une érudition fi vafte & firecherchée
? A-t'il préféré , au contraire , la
Science à la Vertu ? Pourquoi , donc nous
prêcher avec tant d'éloquence celle - ci au
préjudice de celle - là ? Qu'il commence par
concilier des contradictions fi finguliéres ,
avan: que de combattreles notions communes
, & avant que d'attaquer les autres ,
qu'il s'accorde avec lui - même..
N'auroit- il prétendu qu'exercer fon efprit
& faire briller fon imagination . Ne
{
SEPTEMBRE. 1751 65
Lui envions pas le frivole avantage d'y
avoir réuffi ; mais que conclure en ce cas
de fon Difcours ? Ce qu'on conclut après
la lecture d'un Roman ingénieux ; en vain
un Auteur prête à des fables les couleurs
de la vérité , on voit fort bien qu'il
ne croit pas ce qu'il feint de vouloir
perfuader.
-
Pour moi , qui ne me flatte , ni d'avoir
affez de capacité pour en appréhender
quelque chofe au préjudice de mes moeurs,
ni d'avoir affez de vertu pour pouvoir en
faire beaucoup d'honneur à mon ignorance
, en m'élevant contre une opinion fi peu
foutenable , je n'ai d'autre intérêt que de
foutenir celui de la vérité. L'Auteur trou
vera en moi un Adverfaire impartial ; je
cherche même à me faire un mérite auprès
de lui en l'attaquant , tous mes ef
forts , dans ce combat , n'ayant d'autre
but que de réconcilier fon efprit avec fon
coeur , & de me procurer la fatisfaction
de voir réunies dans fon aine , les Sciences
que j'admire avec les Vertus que j'aime..
PREMIERE PARTIE.
Les Sciences fervent à faire connoître le
vrai , le bon , l'utile en tout genre : Connoiffance
précieuſe , qui en éclairant les:
66 MERCURE DE FRANCE.
efprits , doit naturellement contribuer à
épurer les moeurs ..
La vérité de cette propofition n'a befoin
que d'être préfentée pour être crue.
Auffi ne m'arrêterai- je pas à la prouver ;
je mattache feulement à réfuter les fophifmes
ingénieux de celui qui ofe la combattre.
Dès l'entrée de fon Difcours , l'Auteur
offre à nos yeux le plus beau fpectacle ;
il nous repréfente l'homme aux prifes ,
pour ainfi dire , avec lui -même , fortant
en quelque manière du néant de fonigno .
rance , diffipant par les efforts de fa raifon
les ténébres dans lesquelles la Nature l'avoit
enveloppé , s'élevant par l'efprit jufques
dans les plus hautes fphères des régions
céleftes , afferviffant à fon calcul
les mouvemens des Aftres , & mefurant
de fon compas la vafte étendue de l'Univers
, rentrant enfuite dans le fond de
fon coeur & fe rendant compte à luimême
de la nature de fon ame , de fon
excellence , de fa haute deftination .
9.
Qu'un pareil aveu , arraché à la vérité
, eft honorable aux Sciences ! Qu'il
en montre bien la néceffité & les avantages
! Qu'il en a dû coûter à l'Auteur d'être
forcé à le faire , & encore plus à le
rétracter !
SEPTEMBRE. 1751 . 67
La Nature , dit- il , eft affez belle par
elle - même , elle ne peut que perdre à
être ornée. Heureux les hommes , ajoûtet-
il , qui fçavent profiter de fes dons fans.
les connoître ! C'eft à la fimplicité de leur
efprit qu'ils doivent l'innocence de leurs.
moeurs. La belle morale que nous débite
ici le Cenfeur des Sciences & l'Apologifte
des meurs ! Qui fe feroit attendu
que de pareilles réflexions dûffent:
être la fuite des principes qu'il vient d'établir
!
La Nature d'elle- même eft belle , fans .
doure ; mais n'eft- ce pas à en découvrir
les beautés , à en pénétrer les fecrets , à
en dévoiler les opérations , que les Sçavans
employent leurs recherches ? Pourquoi
un fi vafte champ eft-il offert à nos
regards? L'efprit , fait pour le parcourir ,
& qui acquiert dans cet exercice , fi digne
de fon activité , plus de force & d'étendue
, doit- il fe réduire à quelques perceptions
paffagéres , ou à une ftupide admiration
? Les moeurs feront - elles moins
res , parce que la raifon fera plus éclairée ,
& à mesure que le flambeau qui nous eft:
donné pour nous conduire , augmentera
de lumières , notre route deviendra - t- elle
moins aifée à trouver , & plus difficile à
tenir ? A quoi aboutiroient tous les dons .
pu68
MERCURE DE FRANCE.
que le Créateur a faits à l'homme ? Si borné
aux fonctions organiques de fes fons ,
il ne pouvoit feulement qu'examiner ce
qu'il voit , réfléchir fur ce qu'il entend ,
difcerner par l'odorat les rapports qu'ont
avec lui les objets , fupléer par le ract au
défaut de la vuë , & juger par le goût de
ce qui lui eft avantageux ou nuisible . Sans
la raifon qui nous éclaire & nous dirige ,
confondus avec les bêtes , gouvernés par
l'inftinct , ne deviendrions- nous pas bientôt
auffi femblables à elles par nos actions,
que nous le fommes déja par nos beſoins ?
Ce n'eft que par le fecours de la réflexion
& de l'étude , que nous pouvons parvenir
à régler l'ufage des chofes fenfibles qui
font à notre portée , à corriger les erreurs
de nos fens , à foumettre le corps à l'empire
de l'efprit , à conduire l'ame , cette
fubftance fpirituelle & immortelle , à la
connoiffance de fes devoirs & de fa fin.
Comme c'eft principalement par leurs
effets fur les moeurs , que l'Auteur s'attache
à décrier les Sciences , pour les venger d'une
fi fauffe imputation , je n'aurois qu'à
rapporter ici les avantages que leur doit la
Société mais qui pourroit détailler les
biens fans nombre qu'elles y apportent
& les agrémens infinis qu'elles y répan
dent Plus elles font cultivées dans un
I
SEPTEMBRE. 1751. 69
Etat , plus l'Etat eft floriffant ; tout y languiroit
fans elles .
Que ne leur doit pas P'Artifan
, pour
tout ce qui contribue à la beauté , à la folidité
, à la proportion , à la perfection
de fes ouvrages ? Le Laboureur , pour les
differentes façons de forcer la terre à payer
à fes travaux les tributs qu'il en attend .
Le Médecin , pour découvrir la nature
des maladies , & la propriété des remédes.
Le Jurifconfulte pour difcerner l'efprit
des Loix & la diverfité des devoirs.
Le Juge , pour démêler les artifices de la
cupidité d'avec la fimplicité de l'innocence
, & décider avec équité des biens &
de la vie des hommes. Tout Ciroyen ,
de quelque profeffion , de quelque condition
qu'il foit , a des devoirs à remplir ,
& comment les remplir fans les connoître ?
Sans la connoiffance de l'Hiftoire , de la
Politique , de la Religion , comment ceux
qui font préposés au Gouvernement des
Etats , fauroient - ils y maintenir l'ordre
, la fubordination , la fûreté , l'abondance
?
La curiofité , naturelle à l'homme , lui
infpire l'envie d'apprendre ; fes befoins
lui en font fentir la néceffité , fes emplois
lui en impofent l'obligation , fes progrès
lui en font goûter le plaifir. Ses premiéres
70 MERCURE DE FRANCE.
découvertes augmentent l'avidité qu'il a
de fçavoir ; plus il connoît , plus il fent
qu'il a de connoiffances à acquérir ; &
plus il a de connoiffances acquifes , plus il
a de facilité à bien faire .
Le Citoyen de Genève ne l'auroit- il pas
éprouvé Gardons- nous d'en croire à fa
modeftie ; il prétend qu'on feroit plus
vertueux fi l'on étoit moins fçavant : Ce
font les Sciences , dit- il , qui nous font
connoître le mal . Que de crimes , s'écriet'il
, nous ignorerions fans elles ! Mais
l'ignorance du vice eft elle donc une Vertu
? Eft- ce faire le bien que d'ignorer le
mal ? Et fi s'en abftenir , parce- qu'on ne le
connoît pas , c'eft là ce qu'il appelle être
vertueux , qu'il convienne du moins que ce
n'eft pas l'être avec beaucoup de mérite ;
c'eft s'expofer à ne pas l'être long- tems ;
c'eft ne l'être que jufqu'à ce que quelque
objet vienne folliciter les penchans natu
rels , ou que quelque occafion vienne réveiller
des paffions endormies.Il me femble voir
un faux brave , qui ne fait montre de fa
valeur , que quand il ne fe préfente point
d'ennemis ; un ennemi vient-il à paroî .
tre Faut - il fe mettre en défenſe ? Le
courage manque , & la vertu s'évanouit .
Si les Sciences nous font connoître le mal .
elles nous en font connoître auffi le reméSEPTEMBRE.
1751. 71
de. Un Botaniste habile fçait démêler les
plantes falutaires d'avec les herbes veni .
meufes, tandis que le vulgaire, qui ignore
également la vertu des unes & le poifon
des autres , les foule aux pieds fans diftinction
, ou les cueille fans choix . Un
homme éclairé par les Sciences , diftingue
dans le grand nombre d'objets qui s'offrent
à fes connoiffances , ceux qui méritent
fon averfion , ou fes recherches : il trouve
dans la difformité du vice & dans le trouble
qui le fuit, dans les charmes de la Vertu
, & dans la paix qui l'accompagne ,
de quoi fixer fon eftime & fon goût pour
l'une , fon horreur & fes mépris pour
l'autre , il eft fage par choix , il eft folidedement
vertueux .
Mais , dit- on , il y a des Pays , où fans
Science , fans étude , fans connoître en
détail les principes de la Morale , on la
pratique mieux que dans d'autres où elle
eft plus connue , plus louée , plus hautement
enfeignée. Sans examiner ici , à la
rigueur , ces parallèles qu'on fait fi fouvent
de nos moeurs avec celles des anciens
ou des étrangers : Paralléles
odieux , où il entre moins de zéle & d'équité
que d'envie contre fes Compatriotes,
& d'humeur contre fes Contemporains :
N'est- ce point au climat , au tempéra-
›
72 MERCURE DE FRANCE.
ment , au manque d'occafion , au défaut
d'objet , à l'oeconomie du Gouvernement ,
aux Coûtumes , aux Loix , à toute autre
caufe qu'aux Sciences , qu'on doit attribuer
cette difference qu'on remarque quelquefois
dans les moeurs , en differens
Pays & en differens tems ? Rappeller fans
ceffe cette fimplicité primitive dont on
fait tant d'éloges , fe la repréfenter toujours
comme la compagne inféparable de
l'innocence , n'eft- ce point tracer un portrait
en idée pour ſe faire illufion ? Où vit
on jamais des hommes fans défauts , fans
défirs , fans paffions ? Ne portons- nous pas
en nous-mêmes le germe de tous les vices ?
Et s'il fut des tems , s'il eft encore des climats
où certains crimes foient ignorés ,
n'y voit- on pas d'autres défordres ? N'en
voit-on pas encore de plus monftrueux
chez ces Peuples dont on vante la ftupidité
? Parce que l'or ne tente pas leur cupidité,
parce que les honneurs n'excitent pas
leur ambition , en connoiffent- ils moins
l'orgueil & l'injuftice ? Y font-ils moins
livrés aux baffefles de l'envie , moins emportés
par la fureur de la vengeance ?
Leurs fens groffiers font- ils inacceffibles à
l'attrait des plaifirs ? Et à quels excès ne
fe porte pas une volupté qui n'a point de
régles & qui ne connoît point de frein ?
Mais
SEPTEMBRE. 1751. 73
Mais quand même , dans ces Contrées fauvages,
il y auroit moins de crimes que dans
certains Nations policées , y a- t- il autant
de vertus ? Y voit- on , fourtout, ces vertus
fublimes , cette pureté de moeurs , ce défintéreffement
magnanime , ces actions furnaturelles
qu'enfante la Religion ?
Tant de grands hommes qui l'ont défenduc
par leurs ouvrages , qui l'ont fait admirer
par leurs moeurs , n'avoient- ils pas
puifé dans l'étude ces lumiéres fupérieures
qui ont triomphé des erreurs & des vices?
C'eft le faux bel efprit , c'eft l'ignorance
présomptueufe , qui font éclore les
doutes & les préjugés ; c'eft l'orgueil ,
c'est l'obftination qui produifent les ſchifmes
& les héréfies ; c'eft le Pyrrhoniſme ,
c'eft l'incrédulité qui favorifent l'indépen
dance , la révolte , les paffions , tous les
forfaits. De tels averfaires font honneur
à la Religion . Pour les vaincre , elle n'a
qu'à paroître ; feule , elle a de quoi les
confondre tous ; elle ne craint que de
n'être pas affez connue , elle n'a befoin
que d'être approfondie pour fe faire refpecter
; on l'aime dès qu'on la connoît ;
à mesure qu'on l'approfondit davantage
, on trouve de nouveaux motifs pour
la croire , & de nouveaux moyens pour
la pratiquer. Plus le Chrétien exami
D、
74 MERCURE DE FRANCE .
mine l'authenticité de fes Tîtres , plus il
fe raffure dans la poffeffion de fa croyance ;
plus il étudie la révélation , plus il fe fortifie
dans la foi. C'eft dans les Divines Ecritures
qu'il en découvre l'origine & l'excellence
; c'eft dans les doctes Ecrits des Peres
de l'Eglife qu'il en fuit de fiécle en ſiécle
le développement ; c'eft dans les Livres
de Morale & les Annales faintes qu'il en
voit les exemples , & qu'il s'en fait l'application
.
Quoi ! L'ignorance enlevera à la Religion
& à la vertu des lumiéres fi pures ,
des appuis fi puiffans , & ce fera à elle
qu'un Docteur de Genéve enfeignera hautement
qu'on doit la régularité des moeurs !
On s'étonneroit davantage d'entendre un
fi étrange paradoxe , fi on ne fçavoit que
la fingularité d'un fyftême , quelque dangereux
qu'il foit , n'eft qu'une raifon de
plus pour qui n'a pour régle que l'efprit
particulier. La Religion étudiée eft pour
tous les hommes la régle infaillible des
bonnes moeurs. Je dis plus , l'étude même
de la Nature contribue à élever les fentimens
, à régler la conduite , elle raméne
naturellement à l'admiration , à l'amour
à la reconnoiffance , à la foumiffion , que
toute ame raisonnable fent être dues au
Tout -Puiffant. Dans le cours régulier de
SEPTEMBRE. 1751. 75
·
ces globes immenfes qui roulent fur nos
têtes , l'Aftronome découvre une Puiffance
infinie. Dans la proportion exacte de
toutes les parties qui compofent l'Univers
, le Géometre apperçoit l'effet d'une
intelligence fans bornes. Dans la fucceffion
des tems , l'enchaînement des caufes
aux effets , la végétation des plantes , l'organiſation
des animaux , la conftante uniformité
& la variété étonnante des differens
Phénoménes de la Nature , le Phyficien
n'en peut méconnoître l'Auteur , le Confervateur
, l'Arbitre & le Maître.
De ces réflexions le vrai Philofophe
defcendant à des conféquences pratiques ,
& rentrant en lui-même , après avoir vainement
cherché dans tous les objets qui
l'environnent , ce bonheur parfait après
lequel il foupire fans ceffe , & ne trouvant
rien ici bas qui réponde à l'immenfité de
de fes défirs , fent qu'il eft fair pour quelque
chofe de plus grand que tout ce qui
eft créé ; il ſe retourne naturellement vers
fon premier principe & fa derniére fin :
heureux , fi docile à la Grace , il apprend
à ne chercher la félicité de fon coeur que
dans la poffeffion de fon Dieu !
SECONDE PARTIE.
Ici l'Auteur anonyme donne lui - même
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'exemple de l'abus qu'on peut faire de
l'érudition , & de l'afcendant qu'ont fur
l'efprit les préjugés. Il va fouiller dans
les fiécles les plus reculés. Il remonte à la
la plus haute antiquité. Il s'épuiſe en raifonnemens
& en recherches pour trouver
des fuffrages qui accréditent fon opinion.
Il cite des témoins qui attribuent à la culture
des Sciences & des Arts , la décadence
des Royaumes & des Empires. Il impute
aux Sçavans & aux Artiftes le luxe & la
molleffe , fources odinaires des plus étranges
révolutions.
Mais l'Egypte , la Grèce , la République
de Rome , l'Empire de la Chine ,
qu'il ofe appeller en témoignage en faveur
de l'ignorance , au mépris des Sciences &
au préjudice des moeurs , auroient dû rappeller
à fon fouvenir ces Législateurs fameux
, qui ont éclairé par l'étenduë de
leurs lumieres , & réglé par la fageffe de
leurs Loix, ces grandsEtats dont ils avoient
pofé les premiers fondemens : Ces Orateurs
célébres qui les ont foutenus fur le penchant
de leur ruine , par la force victorieufe
de leur fublime éloquence : Ces
Philofophes , ces Sages , qui par leurs doctes
écrits , & leurs vertus morales , ont
illuftré leur Patrie , & immortaliſé leur
nom.
SEPTEMBRE. 17518 77
Quelle foule d'exemples éclatans ne
pourrois- je pas oppofer au petit nombre
d'Auteurs hardis qu'il a cités ? Je n'aurois
qu'à ouvrir les Annales du monde . Par
combien de témoignages inconteftables ,
d'auguftes monumens , d'ouvrages immortels
, l'Hiftoire n'attefte- t- elle pas que
les Sciences ont contribué partout au bonheur
des hommes , à la gloire des Empi
res , au triomphe de la Vertu ?
Non , ce n'eft pas du fond des Sciences
, c'eft du fein des richeffes que font
nés de tout tems la molleffe & le luxe ;
& dans aucun tems les richeſſes n'ont été
l'appanage ordinaire des Sçavans . Pour un
Platon dans l'opulence , un Ariftipe accrédité
à la Cour , combien de Philofophes
réduits au manteau & à la beface , enveloppés
dans leur propre vertu & ignorés
dans leur folitude ! Combien d'Homeres
& de Diogenes , d'Epictetes & d'Elopes
dans l'indigence ! Les Sçavans n'ont ni
le goûr ni le loifir d'amaffer de grands
biens. Ils aiment l'érude ; ils vivent dans
la médiocrité , & une vie laborieufe &
modérée , paffée dans le filence de la retraite
, occupée de la lecture & du travail ,
n'eft pas affurément une vie voluptueufe
& criminelle . Les commodités de la
vie , pour être fouvent le fruit des Arts,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'en font pas davantage le partage des
Artiftes ; il ne travaillent que pour les
riches , & ce font les riches oififs qui profitent
& abufent des fruits de leur induftrie.
L'effet le plus vanté des Sciences & des
Arts , c'eft , continue l'Auteur , cette
politeffe introduite parmi les hommes ,
qu'il lui plait de confondre avec l'artifice
& l'hypocrifie Politeffe , felon lui , qui
ne fert qu'à cacher les défauts & à masquer
les vices. Voudroit-il donc que le vice
parût à découvert ; que l'indécence fût
jointe au défordre & le fcandale au crime
? Quand , effectivement , cette poli
teffe dans les maniéres ne feroit qu'un raffinement
de l'amour propre , pour voiler
les foibleffes , ne feroit- ce pas encore un
avantage pour la Société , que le vicieux
n'osât s'y montrer tel qu'il eft , & qu'il fût
forcé d'emprunter les livrées de la bienféance
& de la modeftie ? On l'a dit , & il
eft vrai , l'hypocrifie , toute odieufe qu'elle
eft en elle- même , eft pourtant un hommage
que le vice rend à la Vertu ; elle garantit
du moins les ames foibles de la contagion
du mauvais exemple.
Mais c'eft mal connoître les Sçavans , que
de s'en prendre à eux du crédit qu'a dans le
monde cette prétendue politeffe qu'on taxe
de diffimulation ; on peut être poli fans
SEPTEMBRE. 175 I 79
être diffimulé : On peut affurément être
l'un & l'autre fans être bien Sçavant , &
plus communément encore on peut
être
bien fçavant fans être fort poli .
de
L'amour de la folitude , le goût des Livres
, le peu d'envie de paroître dans ce
qu'on appelle le Beau Monde , le peu
difpofition à s'y préfenter avec grace , le
peu d'efpoir d'y plaire , d'y briller , l'ennui
inféparable des converfations frivoles
& prefque infupportables pour des efprits
accoutumés à penfer ; tout concourt à rendre
les belles compagnies auffi étrangeres
pour le Sçavant , qu'il eft lui même étranger
pour elles. Quelle figure feroit- il
dans les Cercles ? Voyez-le avec fon air
rêveur , fes fréquentes diftractions , fon
efprit occupé , les expreffions étudiées ,
fes difcours fententieux , fon ignorance
profonde des modes les plus reçues & des
ufages les plus communs ; bientôt par le
ridicule qu'il y porte & qu'il y trouve ,
par la contrainte qu'il y éprouve & qu'il
y caufe , il ennuye , il eft ennuyé. Il
fort peu fatisfait on eft fort content
>
de le voir fortir. Il cenfure intérieurement
tous ceux qu'il quitte . On raille
hautement celui qui part ; & tandis que
celui- ci gémit fur leurs vices , ceux - là
rient de fes défauts : Mais tous ces dé-
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
fauts , après tout , font affez indifferens
pour les moeurs , & c'eft à ces défauts que
plus d'un Sçavant , peut - être , a l'obligation
de n'être pas auffi vicieux que ceux
qui le critiquent.
Mais avant le régne des Sciences & des
Arts , on voyoit , ajoûte l'Auteur , des
Empires plus étendus , des Conquêtes plus
rapides , des Guerriers plus fameux . S'il
avoit parlé moins en Orateur & plus en
Philofophe , il auroit dit qu'on voyoit
plus alors de ces hommes audacieux , qui
tranfportés par des paffions violentes &
trainant à leur fuite une foule d'eſclaves ,
alloient attaquer des Nations tranquilles ,
fubjuguoient des Peuples qui ignoroient le
mêtier de la guerre , affujettiffoient des
Pays où les Arts n'avoient élevé aucune
barriére à leurs fubites excurfions ; leur valeur
n'étoit que férocité , leur courage que
cruauré , leurs conquêtes qu'inhumanité ;
c'étoient des torrens impétueux qui faifoient
d'autant plus de ravages , qu'ils rencontroient
moins d'obftacles : Aufli à peine
étoient- ils passés , qu'il ne reftoit fur
leurs traces que celles de leur fureur ; nulle
forme de Gouvernement , nulle Loi , nulle
police , nul lien ne retenoit & n'uniffoit à
eux les peuples vaincus.
Que l'on compare à ces tems d'ignoranSEPTEMBRE.
1751. 81
ce & de barbarie ces fiécles heureux
, où les Sciences ont répandu par
tout l'efprit d'ordre & de Juftice. On voit
de nos jours des guerres moins fréquentes ,
mais plus juftes ; des actions moins étonnantes
, mais plus héroïques ; des victoires
moins fanglantes , mais plus glorieufes; des
conquêtes moins rapides , mais plus affurées
; des Guerriers moins violens , mais
plus redoutés , fçachant vaincre avec modération
, traitant les vaincus avec humanité
; l'honneur eft leur guide , la gloire
leur récompenfe. Cependant , dit l'Auteur,
on remarque dans les combats une grande
difference entre les Nations pauvres ,
& qu'on appelle Barbares , & les Peuples
riches , qu'on appelle policés . Il paroit
bien que le Citoyen de Genève ne s'eft
jamais trouvé à portée de remarquer de
près ce qui fe paffe ordinairement dans les
combats. Eft- il furprenant que des Barbares
fe ménagent moins & s'expofent
davantage ? Qu'ils vainquent ou qu'ils
fcient vaincus , ils ne peuvent que gagner
s'ils furvivent à leurs défaites . Mais ce que
l'efpérance d'un vil intérêt , ou plutôt ce
qu'un défefpoir brutal infpire à ces hom
mes fanguinaires , les fentimens , le devoir
P'excitent dans ces ames généreuses qui fe
dévouent à la Patrie , avec cette difference
82 MERCURE DE FRANCE.
que n'a pu obferver l'Auteur , que la valeur
de ceux ci , plus froide , plus réflechie
, plus modérée , plus fçavamment conduite
, eft par là même toujours plus sûre
du fuccès.
Mais enfin Socrate , le fameux Socrate,
s'eft lui- même récrié contre les Sciences de
fon tems ; faut il s'en étonner ? L'orgueil
indomptable des Stoïciens , la molleffe efféminée
des Epicuriens , les raifonnemens
abfurdes des Pyrrhoniens, le goût de la difpute
, de vaines fubtilités , des erreurs fans
nombre, des vices monftrueux , infectoient
pour lors la Philofophie & deshonoroient
les Philofophes . C'étoit l'abus des Sciences
, non les Sciences elles - mêmes que
condamnoit ce grand homme , & nous le
condamnons après lui ; mais l'abus qu'on
fait d'une chofe fuppofe le bon ufage
qu'on en peut faire . De quoi n'abuſe - t'on
pas ? Er parce qu'un Auteur anonyme , par
exemple , pour défendre une mauvaiſe
cauſe , aura abufé une fois de la fécondité
de fon efprit & de la légereté de fa plume,
faudra-t'il lui en interdire l'ufage en d'autres
occafions & pour d'autres fajets plus
dignes de fon génie ? Pour corriger quelques
excès d'intempérance , faut- il arracher
toutes les vignes ? L'yvreffe de l'efprit
a précipité quelques Sçavans dans d'étranSEPTEMBRE.
1791. 83
ges égaremens ; j'en conviens , j'en gémis.
Par les difcours de quelques- uns , dans les
écrits de quelques autres , la Religion a
dégénéré en hypocrifie , la Piété en fuperf
tition , la Théologie en erreur , la Jurifprudence
en chicanne , l'Aftronomie en Aftrologie
, la Phyfique en athéifine : jouet des
préjugés les plus bizarres , attaché aux opinions
les plus abfurdes , entêté des fyftémes
les plus infenfés , dans quels écarts ne
donne pas l'efprit humain , quand livré à
une curiofité présomptueufe , il veut franchir
les limites que lui a marquées la même
main qui a donné des bornes à la merè
Mais en vain ces Alots mugiffent , fe foulevent
, s'élancent avec fureur fur les côtes
oppofées ; contraints de fe replier bien-tôt
fur eux-mêmes , ils rentrent dans le fein de
l'Océan, & ne laiffent fur les bords qu'une
écume légere qui s'évapore à l'inftant , ou
qu'un fable mouvant qui fuit fous nos pas.
Image naturelle des vains efforts de l'ef
prit , quand échauffé par les faillies d'une
imagination dominante , fe laiffant emporter
à tout venr de doctrine , d'un vol
audacieux il veut s'élever au-delà de fa
fphere , & s'efforce de pénétrer ce qu'il ne
lui eft pas donné de comprendre.
Mais les Sciences , bien loin d'autorifer
de pareils excès , font pleines de maximes
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
qui les réprouvent , & le vrai Sçavant ,
qui ne perd jamais de vûe le flambeau de
la révélation , qui fait toujours le guide
infaillible de l'autorité légitime , procéde
avec sûreté , marche avec confiance , avan .
ce à grands pas dans la carriere des Sciences
,fe rend utile à la fociété , honore fa
Patrie , fournit fa courfe dans l'innocence,
& la termine avec gloire.
On trouvera dans le Mercure prochain un
Difcours fur la même matiere , lu dans la Société
Royale de Nancy , par M. Gantier.
Au Difcours qui a remporté le Prix de l'A
cadémie de Dijon ,fur cette question : Si le
rétabliffement des Sciences & des Arts S
a contribué à épurer les moeurs . Par um :
Citoyen de Genève.
La
E Difcours du Citoyen de Genéve
a de quoi furprendre , & l'on fera
peut être également furpris de le voir
couronné par une Académie célébre .
Eft ce fon fentiment particulier que
l'Auteur a voulu établir ? N'eft ce qu'un
Paradoxe dont il a voulu amufer le Pa
64 MERCUREDE FRANCE.
blic ? Quoiqu'il en foit , pour réfuter ſon
opinion , il ne faut qu'en examiner les
preuves , remettre l'Anonime vis - à vis des
vérités qu'il a adoptées , & l'oppofer luimême
à lui- même. Puiffai je , en le combat.
tant par fes principes , le vaincre par fes
armes & le faire triompher par fa propre
défaite !
Sa façon de penfer annonce un coeur
vertueux. Sa maniére d'écrire décéle un
efprit cultivé ; mais s'il réunit effectivement
la Science à la Vertu , & que l'une
( comme il s'efforce de le prouver ) foit
incompatible aavveecc ll''aauuttrree ,, comment fa
doctrine n'a- t- elle pas corrompu fa fageffe,
ou comment fa fageffé ne l'a t - elle pas déterminé
à refter dans l'ignorance ? A- t'il
donné à la Vertu la préférence fur la Science
? Pourquoi donc nous étaler avec tant
d'affectation une érudition fi vafte & firecherchée
? A-t'il préféré , au contraire , la
Science à la Vertu ? Pourquoi , donc nous
prêcher avec tant d'éloquence celle - ci au
préjudice de celle - là ? Qu'il commence par
concilier des contradictions fi finguliéres ,
avan: que de combattreles notions communes
, & avant que d'attaquer les autres ,
qu'il s'accorde avec lui - même..
N'auroit- il prétendu qu'exercer fon efprit
& faire briller fon imagination . Ne
{
SEPTEMBRE. 1751 65
Lui envions pas le frivole avantage d'y
avoir réuffi ; mais que conclure en ce cas
de fon Difcours ? Ce qu'on conclut après
la lecture d'un Roman ingénieux ; en vain
un Auteur prête à des fables les couleurs
de la vérité , on voit fort bien qu'il
ne croit pas ce qu'il feint de vouloir
perfuader.
-
Pour moi , qui ne me flatte , ni d'avoir
affez de capacité pour en appréhender
quelque chofe au préjudice de mes moeurs,
ni d'avoir affez de vertu pour pouvoir en
faire beaucoup d'honneur à mon ignorance
, en m'élevant contre une opinion fi peu
foutenable , je n'ai d'autre intérêt que de
foutenir celui de la vérité. L'Auteur trou
vera en moi un Adverfaire impartial ; je
cherche même à me faire un mérite auprès
de lui en l'attaquant , tous mes ef
forts , dans ce combat , n'ayant d'autre
but que de réconcilier fon efprit avec fon
coeur , & de me procurer la fatisfaction
de voir réunies dans fon aine , les Sciences
que j'admire avec les Vertus que j'aime..
PREMIERE PARTIE.
Les Sciences fervent à faire connoître le
vrai , le bon , l'utile en tout genre : Connoiffance
précieuſe , qui en éclairant les:
66 MERCURE DE FRANCE.
efprits , doit naturellement contribuer à
épurer les moeurs ..
La vérité de cette propofition n'a befoin
que d'être préfentée pour être crue.
Auffi ne m'arrêterai- je pas à la prouver ;
je mattache feulement à réfuter les fophifmes
ingénieux de celui qui ofe la combattre.
Dès l'entrée de fon Difcours , l'Auteur
offre à nos yeux le plus beau fpectacle ;
il nous repréfente l'homme aux prifes ,
pour ainfi dire , avec lui -même , fortant
en quelque manière du néant de fonigno .
rance , diffipant par les efforts de fa raifon
les ténébres dans lesquelles la Nature l'avoit
enveloppé , s'élevant par l'efprit jufques
dans les plus hautes fphères des régions
céleftes , afferviffant à fon calcul
les mouvemens des Aftres , & mefurant
de fon compas la vafte étendue de l'Univers
, rentrant enfuite dans le fond de
fon coeur & fe rendant compte à luimême
de la nature de fon ame , de fon
excellence , de fa haute deftination .
9.
Qu'un pareil aveu , arraché à la vérité
, eft honorable aux Sciences ! Qu'il
en montre bien la néceffité & les avantages
! Qu'il en a dû coûter à l'Auteur d'être
forcé à le faire , & encore plus à le
rétracter !
SEPTEMBRE. 1751 . 67
La Nature , dit- il , eft affez belle par
elle - même , elle ne peut que perdre à
être ornée. Heureux les hommes , ajoûtet-
il , qui fçavent profiter de fes dons fans.
les connoître ! C'eft à la fimplicité de leur
efprit qu'ils doivent l'innocence de leurs.
moeurs. La belle morale que nous débite
ici le Cenfeur des Sciences & l'Apologifte
des meurs ! Qui fe feroit attendu
que de pareilles réflexions dûffent:
être la fuite des principes qu'il vient d'établir
!
La Nature d'elle- même eft belle , fans .
doure ; mais n'eft- ce pas à en découvrir
les beautés , à en pénétrer les fecrets , à
en dévoiler les opérations , que les Sçavans
employent leurs recherches ? Pourquoi
un fi vafte champ eft-il offert à nos
regards? L'efprit , fait pour le parcourir ,
& qui acquiert dans cet exercice , fi digne
de fon activité , plus de force & d'étendue
, doit- il fe réduire à quelques perceptions
paffagéres , ou à une ftupide admiration
? Les moeurs feront - elles moins
res , parce que la raifon fera plus éclairée ,
& à mesure que le flambeau qui nous eft:
donné pour nous conduire , augmentera
de lumières , notre route deviendra - t- elle
moins aifée à trouver , & plus difficile à
tenir ? A quoi aboutiroient tous les dons .
pu68
MERCURE DE FRANCE.
que le Créateur a faits à l'homme ? Si borné
aux fonctions organiques de fes fons ,
il ne pouvoit feulement qu'examiner ce
qu'il voit , réfléchir fur ce qu'il entend ,
difcerner par l'odorat les rapports qu'ont
avec lui les objets , fupléer par le ract au
défaut de la vuë , & juger par le goût de
ce qui lui eft avantageux ou nuisible . Sans
la raifon qui nous éclaire & nous dirige ,
confondus avec les bêtes , gouvernés par
l'inftinct , ne deviendrions- nous pas bientôt
auffi femblables à elles par nos actions,
que nous le fommes déja par nos beſoins ?
Ce n'eft que par le fecours de la réflexion
& de l'étude , que nous pouvons parvenir
à régler l'ufage des chofes fenfibles qui
font à notre portée , à corriger les erreurs
de nos fens , à foumettre le corps à l'empire
de l'efprit , à conduire l'ame , cette
fubftance fpirituelle & immortelle , à la
connoiffance de fes devoirs & de fa fin.
Comme c'eft principalement par leurs
effets fur les moeurs , que l'Auteur s'attache
à décrier les Sciences , pour les venger d'une
fi fauffe imputation , je n'aurois qu'à
rapporter ici les avantages que leur doit la
Société mais qui pourroit détailler les
biens fans nombre qu'elles y apportent
& les agrémens infinis qu'elles y répan
dent Plus elles font cultivées dans un
I
SEPTEMBRE. 1751. 69
Etat , plus l'Etat eft floriffant ; tout y languiroit
fans elles .
Que ne leur doit pas P'Artifan
, pour
tout ce qui contribue à la beauté , à la folidité
, à la proportion , à la perfection
de fes ouvrages ? Le Laboureur , pour les
differentes façons de forcer la terre à payer
à fes travaux les tributs qu'il en attend .
Le Médecin , pour découvrir la nature
des maladies , & la propriété des remédes.
Le Jurifconfulte pour difcerner l'efprit
des Loix & la diverfité des devoirs.
Le Juge , pour démêler les artifices de la
cupidité d'avec la fimplicité de l'innocence
, & décider avec équité des biens &
de la vie des hommes. Tout Ciroyen ,
de quelque profeffion , de quelque condition
qu'il foit , a des devoirs à remplir ,
& comment les remplir fans les connoître ?
Sans la connoiffance de l'Hiftoire , de la
Politique , de la Religion , comment ceux
qui font préposés au Gouvernement des
Etats , fauroient - ils y maintenir l'ordre
, la fubordination , la fûreté , l'abondance
?
La curiofité , naturelle à l'homme , lui
infpire l'envie d'apprendre ; fes befoins
lui en font fentir la néceffité , fes emplois
lui en impofent l'obligation , fes progrès
lui en font goûter le plaifir. Ses premiéres
70 MERCURE DE FRANCE.
découvertes augmentent l'avidité qu'il a
de fçavoir ; plus il connoît , plus il fent
qu'il a de connoiffances à acquérir ; &
plus il a de connoiffances acquifes , plus il
a de facilité à bien faire .
Le Citoyen de Genève ne l'auroit- il pas
éprouvé Gardons- nous d'en croire à fa
modeftie ; il prétend qu'on feroit plus
vertueux fi l'on étoit moins fçavant : Ce
font les Sciences , dit- il , qui nous font
connoître le mal . Que de crimes , s'écriet'il
, nous ignorerions fans elles ! Mais
l'ignorance du vice eft elle donc une Vertu
? Eft- ce faire le bien que d'ignorer le
mal ? Et fi s'en abftenir , parce- qu'on ne le
connoît pas , c'eft là ce qu'il appelle être
vertueux , qu'il convienne du moins que ce
n'eft pas l'être avec beaucoup de mérite ;
c'eft s'expofer à ne pas l'être long- tems ;
c'eft ne l'être que jufqu'à ce que quelque
objet vienne folliciter les penchans natu
rels , ou que quelque occafion vienne réveiller
des paffions endormies.Il me femble voir
un faux brave , qui ne fait montre de fa
valeur , que quand il ne fe préfente point
d'ennemis ; un ennemi vient-il à paroî .
tre Faut - il fe mettre en défenſe ? Le
courage manque , & la vertu s'évanouit .
Si les Sciences nous font connoître le mal .
elles nous en font connoître auffi le reméSEPTEMBRE.
1751. 71
de. Un Botaniste habile fçait démêler les
plantes falutaires d'avec les herbes veni .
meufes, tandis que le vulgaire, qui ignore
également la vertu des unes & le poifon
des autres , les foule aux pieds fans diftinction
, ou les cueille fans choix . Un
homme éclairé par les Sciences , diftingue
dans le grand nombre d'objets qui s'offrent
à fes connoiffances , ceux qui méritent
fon averfion , ou fes recherches : il trouve
dans la difformité du vice & dans le trouble
qui le fuit, dans les charmes de la Vertu
, & dans la paix qui l'accompagne ,
de quoi fixer fon eftime & fon goût pour
l'une , fon horreur & fes mépris pour
l'autre , il eft fage par choix , il eft folidedement
vertueux .
Mais , dit- on , il y a des Pays , où fans
Science , fans étude , fans connoître en
détail les principes de la Morale , on la
pratique mieux que dans d'autres où elle
eft plus connue , plus louée , plus hautement
enfeignée. Sans examiner ici , à la
rigueur , ces parallèles qu'on fait fi fouvent
de nos moeurs avec celles des anciens
ou des étrangers : Paralléles
odieux , où il entre moins de zéle & d'équité
que d'envie contre fes Compatriotes,
& d'humeur contre fes Contemporains :
N'est- ce point au climat , au tempéra-
›
72 MERCURE DE FRANCE.
ment , au manque d'occafion , au défaut
d'objet , à l'oeconomie du Gouvernement ,
aux Coûtumes , aux Loix , à toute autre
caufe qu'aux Sciences , qu'on doit attribuer
cette difference qu'on remarque quelquefois
dans les moeurs , en differens
Pays & en differens tems ? Rappeller fans
ceffe cette fimplicité primitive dont on
fait tant d'éloges , fe la repréfenter toujours
comme la compagne inféparable de
l'innocence , n'eft- ce point tracer un portrait
en idée pour ſe faire illufion ? Où vit
on jamais des hommes fans défauts , fans
défirs , fans paffions ? Ne portons- nous pas
en nous-mêmes le germe de tous les vices ?
Et s'il fut des tems , s'il eft encore des climats
où certains crimes foient ignorés ,
n'y voit- on pas d'autres défordres ? N'en
voit-on pas encore de plus monftrueux
chez ces Peuples dont on vante la ftupidité
? Parce que l'or ne tente pas leur cupidité,
parce que les honneurs n'excitent pas
leur ambition , en connoiffent- ils moins
l'orgueil & l'injuftice ? Y font-ils moins
livrés aux baffefles de l'envie , moins emportés
par la fureur de la vengeance ?
Leurs fens groffiers font- ils inacceffibles à
l'attrait des plaifirs ? Et à quels excès ne
fe porte pas une volupté qui n'a point de
régles & qui ne connoît point de frein ?
Mais
SEPTEMBRE. 1751. 73
Mais quand même , dans ces Contrées fauvages,
il y auroit moins de crimes que dans
certains Nations policées , y a- t- il autant
de vertus ? Y voit- on , fourtout, ces vertus
fublimes , cette pureté de moeurs , ce défintéreffement
magnanime , ces actions furnaturelles
qu'enfante la Religion ?
Tant de grands hommes qui l'ont défenduc
par leurs ouvrages , qui l'ont fait admirer
par leurs moeurs , n'avoient- ils pas
puifé dans l'étude ces lumiéres fupérieures
qui ont triomphé des erreurs & des vices?
C'eft le faux bel efprit , c'eft l'ignorance
présomptueufe , qui font éclore les
doutes & les préjugés ; c'eft l'orgueil ,
c'est l'obftination qui produifent les ſchifmes
& les héréfies ; c'eft le Pyrrhoniſme ,
c'eft l'incrédulité qui favorifent l'indépen
dance , la révolte , les paffions , tous les
forfaits. De tels averfaires font honneur
à la Religion . Pour les vaincre , elle n'a
qu'à paroître ; feule , elle a de quoi les
confondre tous ; elle ne craint que de
n'être pas affez connue , elle n'a befoin
que d'être approfondie pour fe faire refpecter
; on l'aime dès qu'on la connoît ;
à mesure qu'on l'approfondit davantage
, on trouve de nouveaux motifs pour
la croire , & de nouveaux moyens pour
la pratiquer. Plus le Chrétien exami
D、
74 MERCURE DE FRANCE .
mine l'authenticité de fes Tîtres , plus il
fe raffure dans la poffeffion de fa croyance ;
plus il étudie la révélation , plus il fe fortifie
dans la foi. C'eft dans les Divines Ecritures
qu'il en découvre l'origine & l'excellence
; c'eft dans les doctes Ecrits des Peres
de l'Eglife qu'il en fuit de fiécle en ſiécle
le développement ; c'eft dans les Livres
de Morale & les Annales faintes qu'il en
voit les exemples , & qu'il s'en fait l'application
.
Quoi ! L'ignorance enlevera à la Religion
& à la vertu des lumiéres fi pures ,
des appuis fi puiffans , & ce fera à elle
qu'un Docteur de Genéve enfeignera hautement
qu'on doit la régularité des moeurs !
On s'étonneroit davantage d'entendre un
fi étrange paradoxe , fi on ne fçavoit que
la fingularité d'un fyftême , quelque dangereux
qu'il foit , n'eft qu'une raifon de
plus pour qui n'a pour régle que l'efprit
particulier. La Religion étudiée eft pour
tous les hommes la régle infaillible des
bonnes moeurs. Je dis plus , l'étude même
de la Nature contribue à élever les fentimens
, à régler la conduite , elle raméne
naturellement à l'admiration , à l'amour
à la reconnoiffance , à la foumiffion , que
toute ame raisonnable fent être dues au
Tout -Puiffant. Dans le cours régulier de
SEPTEMBRE. 1751. 75
·
ces globes immenfes qui roulent fur nos
têtes , l'Aftronome découvre une Puiffance
infinie. Dans la proportion exacte de
toutes les parties qui compofent l'Univers
, le Géometre apperçoit l'effet d'une
intelligence fans bornes. Dans la fucceffion
des tems , l'enchaînement des caufes
aux effets , la végétation des plantes , l'organiſation
des animaux , la conftante uniformité
& la variété étonnante des differens
Phénoménes de la Nature , le Phyficien
n'en peut méconnoître l'Auteur , le Confervateur
, l'Arbitre & le Maître.
De ces réflexions le vrai Philofophe
defcendant à des conféquences pratiques ,
& rentrant en lui-même , après avoir vainement
cherché dans tous les objets qui
l'environnent , ce bonheur parfait après
lequel il foupire fans ceffe , & ne trouvant
rien ici bas qui réponde à l'immenfité de
de fes défirs , fent qu'il eft fair pour quelque
chofe de plus grand que tout ce qui
eft créé ; il ſe retourne naturellement vers
fon premier principe & fa derniére fin :
heureux , fi docile à la Grace , il apprend
à ne chercher la félicité de fon coeur que
dans la poffeffion de fon Dieu !
SECONDE PARTIE.
Ici l'Auteur anonyme donne lui - même
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'exemple de l'abus qu'on peut faire de
l'érudition , & de l'afcendant qu'ont fur
l'efprit les préjugés. Il va fouiller dans
les fiécles les plus reculés. Il remonte à la
la plus haute antiquité. Il s'épuiſe en raifonnemens
& en recherches pour trouver
des fuffrages qui accréditent fon opinion.
Il cite des témoins qui attribuent à la culture
des Sciences & des Arts , la décadence
des Royaumes & des Empires. Il impute
aux Sçavans & aux Artiftes le luxe & la
molleffe , fources odinaires des plus étranges
révolutions.
Mais l'Egypte , la Grèce , la République
de Rome , l'Empire de la Chine ,
qu'il ofe appeller en témoignage en faveur
de l'ignorance , au mépris des Sciences &
au préjudice des moeurs , auroient dû rappeller
à fon fouvenir ces Législateurs fameux
, qui ont éclairé par l'étenduë de
leurs lumieres , & réglé par la fageffe de
leurs Loix, ces grandsEtats dont ils avoient
pofé les premiers fondemens : Ces Orateurs
célébres qui les ont foutenus fur le penchant
de leur ruine , par la force victorieufe
de leur fublime éloquence : Ces
Philofophes , ces Sages , qui par leurs doctes
écrits , & leurs vertus morales , ont
illuftré leur Patrie , & immortaliſé leur
nom.
SEPTEMBRE. 17518 77
Quelle foule d'exemples éclatans ne
pourrois- je pas oppofer au petit nombre
d'Auteurs hardis qu'il a cités ? Je n'aurois
qu'à ouvrir les Annales du monde . Par
combien de témoignages inconteftables ,
d'auguftes monumens , d'ouvrages immortels
, l'Hiftoire n'attefte- t- elle pas que
les Sciences ont contribué partout au bonheur
des hommes , à la gloire des Empi
res , au triomphe de la Vertu ?
Non , ce n'eft pas du fond des Sciences
, c'eft du fein des richeffes que font
nés de tout tems la molleffe & le luxe ;
& dans aucun tems les richeſſes n'ont été
l'appanage ordinaire des Sçavans . Pour un
Platon dans l'opulence , un Ariftipe accrédité
à la Cour , combien de Philofophes
réduits au manteau & à la beface , enveloppés
dans leur propre vertu & ignorés
dans leur folitude ! Combien d'Homeres
& de Diogenes , d'Epictetes & d'Elopes
dans l'indigence ! Les Sçavans n'ont ni
le goûr ni le loifir d'amaffer de grands
biens. Ils aiment l'érude ; ils vivent dans
la médiocrité , & une vie laborieufe &
modérée , paffée dans le filence de la retraite
, occupée de la lecture & du travail ,
n'eft pas affurément une vie voluptueufe
& criminelle . Les commodités de la
vie , pour être fouvent le fruit des Arts,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'en font pas davantage le partage des
Artiftes ; il ne travaillent que pour les
riches , & ce font les riches oififs qui profitent
& abufent des fruits de leur induftrie.
L'effet le plus vanté des Sciences & des
Arts , c'eft , continue l'Auteur , cette
politeffe introduite parmi les hommes ,
qu'il lui plait de confondre avec l'artifice
& l'hypocrifie Politeffe , felon lui , qui
ne fert qu'à cacher les défauts & à masquer
les vices. Voudroit-il donc que le vice
parût à découvert ; que l'indécence fût
jointe au défordre & le fcandale au crime
? Quand , effectivement , cette poli
teffe dans les maniéres ne feroit qu'un raffinement
de l'amour propre , pour voiler
les foibleffes , ne feroit- ce pas encore un
avantage pour la Société , que le vicieux
n'osât s'y montrer tel qu'il eft , & qu'il fût
forcé d'emprunter les livrées de la bienféance
& de la modeftie ? On l'a dit , & il
eft vrai , l'hypocrifie , toute odieufe qu'elle
eft en elle- même , eft pourtant un hommage
que le vice rend à la Vertu ; elle garantit
du moins les ames foibles de la contagion
du mauvais exemple.
Mais c'eft mal connoître les Sçavans , que
de s'en prendre à eux du crédit qu'a dans le
monde cette prétendue politeffe qu'on taxe
de diffimulation ; on peut être poli fans
SEPTEMBRE. 175 I 79
être diffimulé : On peut affurément être
l'un & l'autre fans être bien Sçavant , &
plus communément encore on peut
être
bien fçavant fans être fort poli .
de
L'amour de la folitude , le goût des Livres
, le peu d'envie de paroître dans ce
qu'on appelle le Beau Monde , le peu
difpofition à s'y préfenter avec grace , le
peu d'efpoir d'y plaire , d'y briller , l'ennui
inféparable des converfations frivoles
& prefque infupportables pour des efprits
accoutumés à penfer ; tout concourt à rendre
les belles compagnies auffi étrangeres
pour le Sçavant , qu'il eft lui même étranger
pour elles. Quelle figure feroit- il
dans les Cercles ? Voyez-le avec fon air
rêveur , fes fréquentes diftractions , fon
efprit occupé , les expreffions étudiées ,
fes difcours fententieux , fon ignorance
profonde des modes les plus reçues & des
ufages les plus communs ; bientôt par le
ridicule qu'il y porte & qu'il y trouve ,
par la contrainte qu'il y éprouve & qu'il
y caufe , il ennuye , il eft ennuyé. Il
fort peu fatisfait on eft fort content
>
de le voir fortir. Il cenfure intérieurement
tous ceux qu'il quitte . On raille
hautement celui qui part ; & tandis que
celui- ci gémit fur leurs vices , ceux - là
rient de fes défauts : Mais tous ces dé-
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
fauts , après tout , font affez indifferens
pour les moeurs , & c'eft à ces défauts que
plus d'un Sçavant , peut - être , a l'obligation
de n'être pas auffi vicieux que ceux
qui le critiquent.
Mais avant le régne des Sciences & des
Arts , on voyoit , ajoûte l'Auteur , des
Empires plus étendus , des Conquêtes plus
rapides , des Guerriers plus fameux . S'il
avoit parlé moins en Orateur & plus en
Philofophe , il auroit dit qu'on voyoit
plus alors de ces hommes audacieux , qui
tranfportés par des paffions violentes &
trainant à leur fuite une foule d'eſclaves ,
alloient attaquer des Nations tranquilles ,
fubjuguoient des Peuples qui ignoroient le
mêtier de la guerre , affujettiffoient des
Pays où les Arts n'avoient élevé aucune
barriére à leurs fubites excurfions ; leur valeur
n'étoit que férocité , leur courage que
cruauré , leurs conquêtes qu'inhumanité ;
c'étoient des torrens impétueux qui faifoient
d'autant plus de ravages , qu'ils rencontroient
moins d'obftacles : Aufli à peine
étoient- ils passés , qu'il ne reftoit fur
leurs traces que celles de leur fureur ; nulle
forme de Gouvernement , nulle Loi , nulle
police , nul lien ne retenoit & n'uniffoit à
eux les peuples vaincus.
Que l'on compare à ces tems d'ignoranSEPTEMBRE.
1751. 81
ce & de barbarie ces fiécles heureux
, où les Sciences ont répandu par
tout l'efprit d'ordre & de Juftice. On voit
de nos jours des guerres moins fréquentes ,
mais plus juftes ; des actions moins étonnantes
, mais plus héroïques ; des victoires
moins fanglantes , mais plus glorieufes; des
conquêtes moins rapides , mais plus affurées
; des Guerriers moins violens , mais
plus redoutés , fçachant vaincre avec modération
, traitant les vaincus avec humanité
; l'honneur eft leur guide , la gloire
leur récompenfe. Cependant , dit l'Auteur,
on remarque dans les combats une grande
difference entre les Nations pauvres ,
& qu'on appelle Barbares , & les Peuples
riches , qu'on appelle policés . Il paroit
bien que le Citoyen de Genève ne s'eft
jamais trouvé à portée de remarquer de
près ce qui fe paffe ordinairement dans les
combats. Eft- il furprenant que des Barbares
fe ménagent moins & s'expofent
davantage ? Qu'ils vainquent ou qu'ils
fcient vaincus , ils ne peuvent que gagner
s'ils furvivent à leurs défaites . Mais ce que
l'efpérance d'un vil intérêt , ou plutôt ce
qu'un défefpoir brutal infpire à ces hom
mes fanguinaires , les fentimens , le devoir
P'excitent dans ces ames généreuses qui fe
dévouent à la Patrie , avec cette difference
82 MERCURE DE FRANCE.
que n'a pu obferver l'Auteur , que la valeur
de ceux ci , plus froide , plus réflechie
, plus modérée , plus fçavamment conduite
, eft par là même toujours plus sûre
du fuccès.
Mais enfin Socrate , le fameux Socrate,
s'eft lui- même récrié contre les Sciences de
fon tems ; faut il s'en étonner ? L'orgueil
indomptable des Stoïciens , la molleffe efféminée
des Epicuriens , les raifonnemens
abfurdes des Pyrrhoniens, le goût de la difpute
, de vaines fubtilités , des erreurs fans
nombre, des vices monftrueux , infectoient
pour lors la Philofophie & deshonoroient
les Philofophes . C'étoit l'abus des Sciences
, non les Sciences elles - mêmes que
condamnoit ce grand homme , & nous le
condamnons après lui ; mais l'abus qu'on
fait d'une chofe fuppofe le bon ufage
qu'on en peut faire . De quoi n'abuſe - t'on
pas ? Er parce qu'un Auteur anonyme , par
exemple , pour défendre une mauvaiſe
cauſe , aura abufé une fois de la fécondité
de fon efprit & de la légereté de fa plume,
faudra-t'il lui en interdire l'ufage en d'autres
occafions & pour d'autres fajets plus
dignes de fon génie ? Pour corriger quelques
excès d'intempérance , faut- il arracher
toutes les vignes ? L'yvreffe de l'efprit
a précipité quelques Sçavans dans d'étranSEPTEMBRE.
1791. 83
ges égaremens ; j'en conviens , j'en gémis.
Par les difcours de quelques- uns , dans les
écrits de quelques autres , la Religion a
dégénéré en hypocrifie , la Piété en fuperf
tition , la Théologie en erreur , la Jurifprudence
en chicanne , l'Aftronomie en Aftrologie
, la Phyfique en athéifine : jouet des
préjugés les plus bizarres , attaché aux opinions
les plus abfurdes , entêté des fyftémes
les plus infenfés , dans quels écarts ne
donne pas l'efprit humain , quand livré à
une curiofité présomptueufe , il veut franchir
les limites que lui a marquées la même
main qui a donné des bornes à la merè
Mais en vain ces Alots mugiffent , fe foulevent
, s'élancent avec fureur fur les côtes
oppofées ; contraints de fe replier bien-tôt
fur eux-mêmes , ils rentrent dans le fein de
l'Océan, & ne laiffent fur les bords qu'une
écume légere qui s'évapore à l'inftant , ou
qu'un fable mouvant qui fuit fous nos pas.
Image naturelle des vains efforts de l'ef
prit , quand échauffé par les faillies d'une
imagination dominante , fe laiffant emporter
à tout venr de doctrine , d'un vol
audacieux il veut s'élever au-delà de fa
fphere , & s'efforce de pénétrer ce qu'il ne
lui eft pas donné de comprendre.
Mais les Sciences , bien loin d'autorifer
de pareils excès , font pleines de maximes
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
qui les réprouvent , & le vrai Sçavant ,
qui ne perd jamais de vûe le flambeau de
la révélation , qui fait toujours le guide
infaillible de l'autorité légitime , procéde
avec sûreté , marche avec confiance , avan .
ce à grands pas dans la carriere des Sciences
,fe rend utile à la fociété , honore fa
Patrie , fournit fa courfe dans l'innocence,
& la termine avec gloire.
On trouvera dans le Mercure prochain un
Difcours fur la même matiere , lu dans la Société
Royale de Nancy , par M. Gantier.
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Résumé : REPONSE Au Discours qui a remporté le Prix de l'Académie de Dijon, sur cette question : Si le rétablissement des Sciences & des Arts a contribué à épurer les moeurs. Par un Citoyen de Genève.
Le texte critique un discours primé par l'Académie de Dijon sur l'impact des sciences et des arts sur les mœurs. L'auteur conteste les arguments du discours, soulignant des contradictions entre la science et la vertu. Il affirme que les sciences permettent de connaître le vrai, le bon et l'utile, et devraient ainsi améliorer les mœurs. Le discours est critiqué pour avoir loué à la fois la raison et la simplicité des hommes ignorants. L'auteur insiste sur l'importance des sciences pour découvrir les beautés de la nature et élargir l'esprit humain. Sans raison et sciences, l'homme serait limité à des fonctions organiques basiques. Les sciences régulent l'usage des choses sensibles, corrigent les erreurs des sens et guident l'âme vers la connaissance de ses devoirs. Elles contribuent à la prospérité de l'État et à l'amélioration des professions telles que l'artisanat, l'agriculture, la médecine, le droit et la gouvernance. Le texte réfute l'idée que l'ignorance soit une vertu, affirmant que connaître le mal permet de mieux le combattre. Il critique ceux qui attribuent les différences de mœurs à l'absence de sciences, préférant expliquer ces différences par le climat, les lois et les coutumes. L'auteur met en garde contre les excès dans les sociétés où les plaisirs ne sont pas régulés. Le texte explore également la relation entre religion, vertu et sciences. La religion, bien comprise, est essentielle pour triompher des erreurs et des vices. L'étude de la nature et des sciences naturelles conduit à l'admiration du Tout-Puissant. L'auteur dénonce l'abus de l'érudition et les préjugés, tout en soulignant que les savants vivent souvent dans la modestie et la retraite. Les arts et les sciences sont souvent exploités par les riches, qui en profitent sans contribuer à leur développement. Les guerres modernes sont moins fréquentes mais plus justes grâce à l'esprit d'ordre et de justice apporté par les sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 42-45
AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
Début :
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme datée du 28 Octobre dernier, qui, [...]
Mots clefs :
Écrit, Genève, Citoyens de Genève, Citoyen de Genève, Discours sur l'inégalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
AVIS
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
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Résumé : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
En janvier 1756, J. J. Rouffean publie un avis dans le Mercure de France concernant une lettre anonyme reçue le 28 octobre 1755. Cette lettre contenait un écrit de défense que Rouffean ne peut publier. L'auteur de la lettre peut récupérer son écrit en envoyant un billet de la même écriture. Rouffean exprime des doutes sur la nationalité genevoise de son détracteur, affirmant que ses concitoyens l'attaqueraient ouvertement. Il précise que son ouvrage est destiné aux Genevois, qui l'ont approuvé et y trouvent des raisons d'aimer leur gouvernement. Pour les habitants d'autres pays, il suggère de se questionner sur l'utilité de l'ouvrage plutôt que de le critiquer. Un critique de Bordeaux est mentionné, proposant à Rouffean d'écrire des opéras au lieu de discours politiques. Rouffean exprime sa gratitude à son défenseur mais préfère laisser ses adversaires s'exprimer librement. Il conclut en affirmant que sa défense repose sur la raison et la vérité, ainsi que sur sa conduite et ses mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 72-80
CHANSON EN DIALOGUE.
Début :
AH voici bian d'une autre affaire. [...]
Mots clefs :
Roi, Âme, Citoyen, Paysan, Roi de Pologne, Citoyen de Genève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON EN DIALOGUE.
CHANSON EN
DIALOGUE.
A
Le Paysan.
H voici bian d'une autre affaire .
Et j'allons voir un biau fracas ;
Il n'eft , ma foi , rien für la terre
A comparer à STANISLAS ;
Aufli l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dès qu'on en parle , ou qu'on le voit
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi !
Le
Citoyen .
Eft-il un feul trait dans l'Hiftoire
Semblable à cet événement !
Un Roi confacre la mémoire
D'un autre Roi de fon vivant :
Dans fa capitale ,
Lui-même il l'inſtale ,
Sur l'airain il grave la foi ,
Qu'on doit au Roi , qu'on doit au Roi.
Le
Paysan.
Palfangué , le joli vacarme !
Quand monté fur un biau cheval ,
En habit d'or le zéro d'arme
Entonnera le chant Royal !
Déja
JANVIER . 1756. 73
Déja l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Vive le Roi , vive le Roi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
On bat aux champs , le Roi s'avance :
La joie eft peinte fur fon front ;
Tout s'embellit par la préfence ,
Et tout retentit de fon nom ;
La France attendrie ,
L'Europe ravie ,
Le monde entier dit comme moi :
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi.
Le Paysan.
J'aimons d'entendre la fanfare
De la trompette & du tambour ,
Moufquets , canons , qual tintamare !
Allons , crions à notre tour ,
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Vive le Roi , vive le Roi !
"
Oh le grand Roi ! oh le bon Roi !
Le Citoyen.
Au nom de l'heureuſe Auftrafie ,
Nos Magiftrats vont dignement
Faire au pere de la Patrie
Un folemnel remerciment
II.Vol. D
74
MERCURE DE FRANCE.
D'une ame ravie ,
Comme eux l'on s'écrie ,
Qu'il eft doux de fuivre la loi
De ce grand Roi , de ce bon Roi !
Le Paysan.
Par refpect tous nos gens de guerre
Baiffont devant lui leurs drapiaux ,
Et nous , ne fçachant comment faire ,
Je jettons en l'air nos chapiaux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tout chacun crie ainfi
que
Vive le Roi , vive le Roi !
moi ;
Le Citoyen.
(1) De notre docte Académie ,
Je vois l'un & l'autre Orateur ,
Avec une grace infinie ,
Plaire à l'efprit , parler au coeur ,
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
( 1 ) M. le Comte de Breffey , Meftre de Camp de
Cavalerie , ancien Capitaine des Gardes du Corps,
Directeur actuel de la Société Royale de Nanci ,
harangua le Roi au nom de la Compagnie.
M. le Comte de Treffan , Lieutenant Général
des Armées du Roi , prononça le Diſcours relatif
à la folemnité de la Dédicace . Ce Diſcours eft im
primé dans le Mercure précédent .
JANVIER. 1756. 75
Tous enſemble , & tous d'une voix,
Ainfi l'on doit parler aux Rois !
Le Paysan.
Que notre Gendre a bonne mine ,
Sur fon pié d'étal tout mâbré :
Du haut de fa gloire il domine
Où fon biau pere eſt adoré ;
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
En bon Lorrains , en vieux Gaulois ,'
Vivent nos Rois , vivent nos Loir !
Le Citoyen.
Quelle touchante fymphonie !
J'entens les vieillards , les enfans ,
Joindre leurs voeux à l'harmonie
Des plus beaux fons , des plus doux chants ;
Leur ame ravie ,
Leur ame attendrie
Chante les plus chéris des Rois ,
Tous d'une voix , tous d'une voix.
Le Payfan.
L'allégreffe feroit parfaite ,
Si les deux Rois étion préfan ,
Ne pouvant être de la fête ,
LOUIS envoy fon Régiman ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Tout comme aux champs de Fontenoi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
Pour faire aimer dans tous les âges ,
Le doux empire des Titus ,
En bronze on grave leurs images ,
Leurs noms , leurs bienfaits , leurs vertus ;
C'eft fur ce modèle ,
Qu'aujourd'hui le zèle
Grave les traits de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
Le Paysan.
Sur un biau tiatre en dorures ,
J'ons vu des Dames , des Monfieux ;
Qui danfiont comme des peintures ,
Qui difcouriont , on ne peut mieux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tretous difiont de notre Roi ,
C'est un grand Roi , c'eſt un bon Roi ,
Le Citoyen.
Il retrace le caractere
De tous nos Princes bienfaifans ;
La Patrie en lui trouve un pere ,
Tous les fujets font fes enfans :
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame attendrie ,
JANVIER. 1756. 77
Qu'un peuple est heureux fous la loi
D'un fi bon Roi , d'un fi bon Roi !
Le Paysan.
Morgué , c'eft un grand politique ,
Je fons heureux , il eſt content :
Pour cela voici fa rubrique ,
Il a nos coeurs , j'ons fon argent ;
Auffi chacun crie ,
D'une ame ravie ,
Que béni foit notre bon Roi !
C'eft un vrai Roi , c'eſt ´un vrai Roi
Le Citoyen.
(1 )Faut-il parler , faut-il écrire
Faut-il converfer finement .?
Tout ce qui vient de lui refpire
L'efprit , le gout , le fentiment ;
Auffi Pon s'écrie ,
D'un ame ravie ,
Qu'il penfe en fage , & parle en Roi !
L'habile Roi , l'aimable Roi !
Le Paysan.
J'avons compté ( chofe incroyable )
( z ) J'avons compté cent bâtimens ,
(1) Voyez la voix libre du Citoyen , le Difcours
d'un anonyme à la Société Royale de Nancy , la Réfutation
du Citoyen de Genève , c.
(2) Il y a ici une erreur de calcul dans le comp.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Très-vaftes , d'un gout admirable ,
Finis & payés dans trois ans ;
Auffi l'on s'écrie ,
Eft- ce par magie ,
Que l'on voit tout ce que l'on voit ?
Le riche Roi , qu'un ſage Roi !
Le Citoyen.
1
(1 ) C'est lui , qui de ces édifices ,
Fit les defleins , traça les plans ;
Ce n'est que d'après les efquiffes ,
Qu'on vit éclorre les talens :
Auffi l'on s'écrie ,
Quoi ! juſqu'au génie ,
Jufqu'aux Arts il donne la loi ?
C'eft plus qu'un Roi , c'est plus qu'un Roi.
Le Payfan.
Jarni , l'on dit qu'il eft Chimiste ,
( 2 ) Tout ce qu'il fait eft furprenant ,
te du Payfan , car on ne compte que quatre-vinge
dix-neuf Edifices nouvellement conftruits par le
Roi , même en y comprenant les deux nouvelles
Portes de la Ville , les deux Arcs de triomphe &
les Bâtimens pour loger tous les Officiers de la
Garniſon.
(1 ) C'eft le Roi de Pologne qui conçut l'idée
& donna de fa main l'Efquiffe du Kiofque & du
Treffle de Luneville , du Château & du Sallon de
Chanteux , du Pavillon Royal & du Pont de Commercy.
(2) Voyez le Rocher organique & hydrauliJANVIER.
1756. 79
Qu'avec l'Artifte il eft Artiste ,
Qu'il boute à quia le Sçavant ;
Auffi fans envie ,
Chacun d'eux s'écrie ,
Certe , il en fçait plus long que moi !
En tout , ma foi , c'eſt un grand Roi !
Le Citoyen.
Mais quel éclat ! mille fufées
Changent la nuit en un beau jour !
En foleils , en pluie , en trophées ,
Des feux renaiffent tour à tour ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Tout brille au gré de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi!
Le
Paysan.
Pargoy , j'ons fait bonne jornée ,
Sans travailler , j'ons de l'argent ;
Ils le jetiont à la poignée ;
J'ons attrapé dix écus blan ,
Çà , chantons victoire ,
Voici de quoi boire :
Buvons à la fanté du Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
que de Luneville , le Bateau de nouvelle conftruction
, qui par le moyen du feu remonte les Rivieres
, les diverfes machines pour varier la chute des
eaux & faciliter l'élévation des poids.
Div
To
MERCURE DE FRANCE
Le
Citoyen.
Que l'arbitre des deſtinées ,
Veille fur fes précieux jours !
Et qu'aux dépens de nos années ,
Il en prolonge l'heureux cours !
D'une ame ravie ,
Que long- tems on crie ,
Dans la Lorraine & le Barrois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois !
Le Paysan.
Vive la France & la Lorraine !
Vive LOUIS plus de cent ans !
Vive la chere & digne Reyne !
Ses enfans & petits enfans !
Le
Citoyen.
D'une ame attendrie , "
Le Paysan.
D'une ame ravie ,
Le
Citoyen.
Chantons ,
Le Paysan.
Crions ,
Les deux
enfemble.
Tous à la fois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois ↓
DIALOGUE.
A
Le Paysan.
H voici bian d'une autre affaire .
Et j'allons voir un biau fracas ;
Il n'eft , ma foi , rien für la terre
A comparer à STANISLAS ;
Aufli l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dès qu'on en parle , ou qu'on le voit
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi !
Le
Citoyen .
Eft-il un feul trait dans l'Hiftoire
Semblable à cet événement !
Un Roi confacre la mémoire
D'un autre Roi de fon vivant :
Dans fa capitale ,
Lui-même il l'inſtale ,
Sur l'airain il grave la foi ,
Qu'on doit au Roi , qu'on doit au Roi.
Le
Paysan.
Palfangué , le joli vacarme !
Quand monté fur un biau cheval ,
En habit d'or le zéro d'arme
Entonnera le chant Royal !
Déja
JANVIER . 1756. 73
Déja l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Vive le Roi , vive le Roi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
On bat aux champs , le Roi s'avance :
La joie eft peinte fur fon front ;
Tout s'embellit par la préfence ,
Et tout retentit de fon nom ;
La France attendrie ,
L'Europe ravie ,
Le monde entier dit comme moi :
C'eſt un grand Roi , c'eſt un bon Roi.
Le Paysan.
J'aimons d'entendre la fanfare
De la trompette & du tambour ,
Moufquets , canons , qual tintamare !
Allons , crions à notre tour ,
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Vive le Roi , vive le Roi !
"
Oh le grand Roi ! oh le bon Roi !
Le Citoyen.
Au nom de l'heureuſe Auftrafie ,
Nos Magiftrats vont dignement
Faire au pere de la Patrie
Un folemnel remerciment
II.Vol. D
74
MERCURE DE FRANCE.
D'une ame ravie ,
Comme eux l'on s'écrie ,
Qu'il eft doux de fuivre la loi
De ce grand Roi , de ce bon Roi !
Le Paysan.
Par refpect tous nos gens de guerre
Baiffont devant lui leurs drapiaux ,
Et nous , ne fçachant comment faire ,
Je jettons en l'air nos chapiaux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tout chacun crie ainfi
que
Vive le Roi , vive le Roi !
moi ;
Le Citoyen.
(1) De notre docte Académie ,
Je vois l'un & l'autre Orateur ,
Avec une grace infinie ,
Plaire à l'efprit , parler au coeur ,
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
( 1 ) M. le Comte de Breffey , Meftre de Camp de
Cavalerie , ancien Capitaine des Gardes du Corps,
Directeur actuel de la Société Royale de Nanci ,
harangua le Roi au nom de la Compagnie.
M. le Comte de Treffan , Lieutenant Général
des Armées du Roi , prononça le Diſcours relatif
à la folemnité de la Dédicace . Ce Diſcours eft im
primé dans le Mercure précédent .
JANVIER. 1756. 75
Tous enſemble , & tous d'une voix,
Ainfi l'on doit parler aux Rois !
Le Paysan.
Que notre Gendre a bonne mine ,
Sur fon pié d'étal tout mâbré :
Du haut de fa gloire il domine
Où fon biau pere eſt adoré ;
Auffi l'on s'écrie
D'une ame ravie ,
En bon Lorrains , en vieux Gaulois ,'
Vivent nos Rois , vivent nos Loir !
Le Citoyen.
Quelle touchante fymphonie !
J'entens les vieillards , les enfans ,
Joindre leurs voeux à l'harmonie
Des plus beaux fons , des plus doux chants ;
Leur ame ravie ,
Leur ame attendrie
Chante les plus chéris des Rois ,
Tous d'une voix , tous d'une voix.
Le Payfan.
L'allégreffe feroit parfaite ,
Si les deux Rois étion préfan ,
Ne pouvant être de la fête ,
LOUIS envoy fon Régiman ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Tout comme aux champs de Fontenoi ,
Vive le Roi , vive le Roi !
Le Citoyen.
Pour faire aimer dans tous les âges ,
Le doux empire des Titus ,
En bronze on grave leurs images ,
Leurs noms , leurs bienfaits , leurs vertus ;
C'eft fur ce modèle ,
Qu'aujourd'hui le zèle
Grave les traits de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
Le Paysan.
Sur un biau tiatre en dorures ,
J'ons vu des Dames , des Monfieux ;
Qui danfiont comme des peintures ,
Qui difcouriont , on ne peut mieux ;
D'une ame ravie ,
D'une ame attendrie ,
Tretous difiont de notre Roi ,
C'est un grand Roi , c'eſt un bon Roi ,
Le Citoyen.
Il retrace le caractere
De tous nos Princes bienfaifans ;
La Patrie en lui trouve un pere ,
Tous les fujets font fes enfans :
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame attendrie ,
JANVIER. 1756. 77
Qu'un peuple est heureux fous la loi
D'un fi bon Roi , d'un fi bon Roi !
Le Paysan.
Morgué , c'eft un grand politique ,
Je fons heureux , il eſt content :
Pour cela voici fa rubrique ,
Il a nos coeurs , j'ons fon argent ;
Auffi chacun crie ,
D'une ame ravie ,
Que béni foit notre bon Roi !
C'eft un vrai Roi , c'eſt ´un vrai Roi
Le Citoyen.
(1 )Faut-il parler , faut-il écrire
Faut-il converfer finement .?
Tout ce qui vient de lui refpire
L'efprit , le gout , le fentiment ;
Auffi Pon s'écrie ,
D'un ame ravie ,
Qu'il penfe en fage , & parle en Roi !
L'habile Roi , l'aimable Roi !
Le Paysan.
J'avons compté ( chofe incroyable )
( z ) J'avons compté cent bâtimens ,
(1) Voyez la voix libre du Citoyen , le Difcours
d'un anonyme à la Société Royale de Nancy , la Réfutation
du Citoyen de Genève , c.
(2) Il y a ici une erreur de calcul dans le comp.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Très-vaftes , d'un gout admirable ,
Finis & payés dans trois ans ;
Auffi l'on s'écrie ,
Eft- ce par magie ,
Que l'on voit tout ce que l'on voit ?
Le riche Roi , qu'un ſage Roi !
Le Citoyen.
1
(1 ) C'est lui , qui de ces édifices ,
Fit les defleins , traça les plans ;
Ce n'est que d'après les efquiffes ,
Qu'on vit éclorre les talens :
Auffi l'on s'écrie ,
Quoi ! juſqu'au génie ,
Jufqu'aux Arts il donne la loi ?
C'eft plus qu'un Roi , c'est plus qu'un Roi.
Le Payfan.
Jarni , l'on dit qu'il eft Chimiste ,
( 2 ) Tout ce qu'il fait eft furprenant ,
te du Payfan , car on ne compte que quatre-vinge
dix-neuf Edifices nouvellement conftruits par le
Roi , même en y comprenant les deux nouvelles
Portes de la Ville , les deux Arcs de triomphe &
les Bâtimens pour loger tous les Officiers de la
Garniſon.
(1 ) C'eft le Roi de Pologne qui conçut l'idée
& donna de fa main l'Efquiffe du Kiofque & du
Treffle de Luneville , du Château & du Sallon de
Chanteux , du Pavillon Royal & du Pont de Commercy.
(2) Voyez le Rocher organique & hydrauliJANVIER.
1756. 79
Qu'avec l'Artifte il eft Artiste ,
Qu'il boute à quia le Sçavant ;
Auffi fans envie ,
Chacun d'eux s'écrie ,
Certe , il en fçait plus long que moi !
En tout , ma foi , c'eſt un grand Roi !
Le Citoyen.
Mais quel éclat ! mille fufées
Changent la nuit en un beau jour !
En foleils , en pluie , en trophées ,
Des feux renaiffent tour à tour ;
Auffi l'on s'écrie ,
D'une ame ravie ,
Tout brille au gré de notre Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi!
Le
Paysan.
Pargoy , j'ons fait bonne jornée ,
Sans travailler , j'ons de l'argent ;
Ils le jetiont à la poignée ;
J'ons attrapé dix écus blan ,
Çà , chantons victoire ,
Voici de quoi boire :
Buvons à la fanté du Roi ,
De ce grand Roi , de ce bon Roi.
que de Luneville , le Bateau de nouvelle conftruction
, qui par le moyen du feu remonte les Rivieres
, les diverfes machines pour varier la chute des
eaux & faciliter l'élévation des poids.
Div
To
MERCURE DE FRANCE
Le
Citoyen.
Que l'arbitre des deſtinées ,
Veille fur fes précieux jours !
Et qu'aux dépens de nos années ,
Il en prolonge l'heureux cours !
D'une ame ravie ,
Que long- tems on crie ,
Dans la Lorraine & le Barrois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois !
Le Paysan.
Vive la France & la Lorraine !
Vive LOUIS plus de cent ans !
Vive la chere & digne Reyne !
Ses enfans & petits enfans !
Le
Citoyen.
D'une ame attendrie , "
Le Paysan.
D'une ame ravie ,
Le
Citoyen.
Chantons ,
Le Paysan.
Crions ,
Les deux
enfemble.
Tous à la fois ,
Vivent nos Rois , vivent nos Rois ↓
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Résumé : CHANSON EN DIALOGUE.
La chanson dialoguée célèbre les mérites de Stanislas Leszczyński, roi de Pologne et duc de Lorraine, ainsi que ceux de Louis XV. Les personnages expriment une grande admiration et dévotion envers le roi, le qualifiant de 'grand Roi' et 'bon Roi'. Ils soulignent sa grandeur et ses qualités exceptionnelles. Divers événements et célébrations en l'honneur du roi sont mentionnés, tels que des défilés, des discours officiels et des manifestations de joie publique. Un événement marquant est la consécration de la mémoire du roi de son vivant, avec des inscriptions sur des monuments en bronze. La population, incluant les militaires et les civils, manifeste sa loyauté et son enthousiasme en lançant leurs chapeaux en l'air et en acclamant le roi avec des cris de joie. Des orateurs comme le Comte de Breffey et le Comte de Treffan prononcent des discours soulignant les vertus et les bienfaits du roi pour la patrie. Le roi est loué pour ses réalisations concrètes, telles que la construction de bâtiments magnifiques et l'encouragement des arts et des sciences. Le texte mentionne également des innovations techniques comme le bateau à vapeur et diverses machines hydrauliques. Les personnages expriment leur joie et leur gratitude pour les festivités et les largesses royales, souhaitant longue vie au roi et à ses descendants.
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4
p. 119
« RÉFLEXIONS d'une Provinciale sur le discours de M. Rousseau, Citoyen de Geneve [...] »
Début :
RÉFLEXIONS d'une Provinciale sur le discours de M. Rousseau, Citoyen de Geneve [...]
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Citoyen de Genève, Provinciale
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REFLEXIONS d'une Provinciale fur le
difcours de M. Rouffeau , Citoyen de Geneve
, touchant l'origine de l'inégalité des
conditions parmi les hommes. A Londres ,
& fe trouve à Paris , chez Lambert , rue
de la Comédie Françoiſe , 1756 .
pro-
Nous penfons que cette Provinciale a
le meilleur ton de Paris , que fes réflexions
font celles d'une femme d'efprit qui écrit
auffi- bien qu'elle penfe , & qu'elles feroient
honneur à l'homme le plus inftruir.
Elle combat le fentiment de M. R ... avec
les graces de fon fexe , & toute la folidité
du nôtre. Ce que nous trouvons en elle ,
de plus eſtimable , & que nous ofons
pofer pour modele , eft le ton de politeffe
& d'égard qui regne dans fon écrit d'un
bout à l'autre. Elle y rend à l'illuftre citoyen
de Geneve toute la juftice qu'il mérite
. L'éloge de l'Auteur y marche toujours
à côté de la critique de l'ouvrage . Nous
voyons depuis quelque temps avec fatisfaction
, que les guerres littéraires s'exercent
avec plus de décence , & qu'on y em
ploie pour armes , la force des raifons, préférablement
à celle des termes dont on
adoucit tous les jours la dureté.
difcours de M. Rouffeau , Citoyen de Geneve
, touchant l'origine de l'inégalité des
conditions parmi les hommes. A Londres ,
& fe trouve à Paris , chez Lambert , rue
de la Comédie Françoiſe , 1756 .
pro-
Nous penfons que cette Provinciale a
le meilleur ton de Paris , que fes réflexions
font celles d'une femme d'efprit qui écrit
auffi- bien qu'elle penfe , & qu'elles feroient
honneur à l'homme le plus inftruir.
Elle combat le fentiment de M. R ... avec
les graces de fon fexe , & toute la folidité
du nôtre. Ce que nous trouvons en elle ,
de plus eſtimable , & que nous ofons
pofer pour modele , eft le ton de politeffe
& d'égard qui regne dans fon écrit d'un
bout à l'autre. Elle y rend à l'illuftre citoyen
de Geneve toute la juftice qu'il mérite
. L'éloge de l'Auteur y marche toujours
à côté de la critique de l'ouvrage . Nous
voyons depuis quelque temps avec fatisfaction
, que les guerres littéraires s'exercent
avec plus de décence , & qu'on y em
ploie pour armes , la force des raifons, préférablement
à celle des termes dont on
adoucit tous les jours la dureté.
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Résumé : « RÉFLEXIONS d'une Provinciale sur le discours de M. Rousseau, Citoyen de Geneve [...] »
En 1756, une réflexion intitulée 'Réflexions d'une Provinciale' est publiée à Londres et à Paris. Ce texte, écrit par une femme d'esprit, est salué pour son style parisien et ses réflexions profondes. L'auteur anonyme critique le discours de Jean-Jacques Rousseau sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, tout en maintenant un ton poli et respectueux. Les réflexions sont reconnues pour leur solidité et leur élégance, et l'auteur rend hommage à Rousseau tout en critiquant son ouvrage. Le texte observe également une tendance positive dans les débats littéraires, où la décence et la raison dominent les attaques personnelles.
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