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Liste
16051
p. 135-137
PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
Début :
L'ACADEMIE Royale de Chirurgie avoit proposé pour le Prix de l'année [...]
Mots clefs :
Abcès, Médaille d'or, Devise, Régnicole
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
PRIX propofé par l'Académie Royale
de
Chirurgie , pour L'année 1764...
L'ACADEMIE
' ACADEMIE Royale de Chirurgie
avoit propofé pour le Prix de l'année
1762 le Sujet fuivant :
Déterminer la manière d'ouvrir les
abfcès , & leur traitement méthodique fuivant
les différentes parties du corps .
•
De quatorze Mémoires reçus , un
feul dont la Devife eft : Inter utrumque
tene , medio tutiffimus ibis : a paru mériter
des éloges ; mais une mariere auffi
importante n'ayant pas été fuffifantment
approfondie , l'Académie a cru devoir
propofer le même fujet pour l'année
1764.
Le prix eft une médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , & il fera double pour
cette année , c'eft -à-dire que celui qui
au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fijet propofé ,
recevra les deux médailles d'or , ou une
-médaille & la valeur de l'autre , au choix
de l'Auteur.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
136 MERCURE DE FRANCE.
-font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles...
Ceux qui ont déja compofé pourront
faire à leurs Mémoires tels changemens
qu'ils voudront , & les renvoyeront
écrits de nouveau.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , qualité & demeure
, & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages franc de
port à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , a
Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix on n'en excepte que les Membres
de l'Académie .
Qu'au
La médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître
porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , ou une copie nette du Mémoire.
Les ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1763 . 137
dernier jour de Décembre 1763 inclufivement
; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1764 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques
proclamera la Piéce qui aura remporté
le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie
- une médaille d'or de 200 1. à celui des
Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
mérité par un ouvrage fur quelque matiere
de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur , elle l'adjugera à celui qui
aura envoyé le meilleur ouvrage dans le
courant de l'année 1763. Ce prix d'émulation
fera proclamé le jour de la Séance
publique .
Le même jour elle diftribuera cinq
médailles d'or de cent frans chacune à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de
la Claffe des Libres , foit fimplement
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1763 un Mémoire ou
trois obfervations intéreſſantes .
de
Chirurgie , pour L'année 1764...
L'ACADEMIE
' ACADEMIE Royale de Chirurgie
avoit propofé pour le Prix de l'année
1762 le Sujet fuivant :
Déterminer la manière d'ouvrir les
abfcès , & leur traitement méthodique fuivant
les différentes parties du corps .
•
De quatorze Mémoires reçus , un
feul dont la Devife eft : Inter utrumque
tene , medio tutiffimus ibis : a paru mériter
des éloges ; mais une mariere auffi
importante n'ayant pas été fuffifantment
approfondie , l'Académie a cru devoir
propofer le même fujet pour l'année
1764.
Le prix eft une médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , & il fera double pour
cette année , c'eft -à-dire que celui qui
au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fijet propofé ,
recevra les deux médailles d'or , ou une
-médaille & la valeur de l'autre , au choix
de l'Auteur.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
136 MERCURE DE FRANCE.
-font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles...
Ceux qui ont déja compofé pourront
faire à leurs Mémoires tels changemens
qu'ils voudront , & les renvoyeront
écrits de nouveau.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , qualité & demeure
, & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages franc de
port à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , a
Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix on n'en excepte que les Membres
de l'Académie .
Qu'au
La médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître
porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , ou une copie nette du Mémoire.
Les ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1763 . 137
dernier jour de Décembre 1763 inclufivement
; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1764 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques
proclamera la Piéce qui aura remporté
le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie
- une médaille d'or de 200 1. à celui des
Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
mérité par un ouvrage fur quelque matiere
de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur , elle l'adjugera à celui qui
aura envoyé le meilleur ouvrage dans le
courant de l'année 1763. Ce prix d'émulation
fera proclamé le jour de la Séance
publique .
Le même jour elle diftribuera cinq
médailles d'or de cent frans chacune à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de
la Claffe des Libres , foit fimplement
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1763 un Mémoire ou
trois obfervations intéreſſantes .
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Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
L'Académie Royale de Chirurgie a proposé un prix pour 1764 sur l'ouverture et le traitement des abcès selon les différentes parties du corps. En 1762, quatorze mémoires avaient été soumis, mais aucun n'avait suffisamment approfondi le sujet. L'Académie a donc reconduit le même sujet pour 1764, offrant une médaille d'or d'une valeur de cinq cents livres, doublée pour cette année. Les mémoires doivent être rédigés en français ou en latin et être lisibles. Les auteurs peuvent modifier leurs travaux précédents et les soumettre à nouveau, en incluant une devise et leurs informations personnelles dans un papier cacheté. Les mémoires doivent être envoyés à M. Morand, Secrétaire perpétuel de l'Académie, à Paris, avant le 31 décembre 1763. La proclamation du lauréat aura lieu lors de l'assemblée publique de 1764, après la quinzaine de Pâques. De plus, l'Académie attribuera une médaille d'or de 200 livres à un chirurgien non membre pour un ouvrage sur une matière de chirurgie, et cinq médailles d'or de cent francs chacune pour des mémoires ou observations intéressantes réalisés en 2013.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16052
p. 2687-2689
« Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
Début :
Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Comédiens-Italiens, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
U commencement de ce mois les
Comédiens François ont remis au
Théatre une petie Piece d'un Acte , intitulée
Crifpin bel efprit , qu'on n'avoit
joüée depuis très - long - temps , & qu'on
revoit avec beaucoup de plaifir. Elle eft
imprimé fous le nom de la Thuillerie ,
ancien Comédien ; mais on affure que feu
I. Vol. l'Abbé
2688 MERCURE DE FRANCÈ
l'Abbé Abeille en eft Auteur , ainfi que
des Tragédies d'Hercule & de Soliman ,
qu'on voit aufli imprimées fous le même
nom .
Le Lundi 11. de ce mois , on donna
an Theatre François la premiere Repréfentation
de la Tragédie de Brutus , de
M. de Voltaire , qui fut extrémement applaudie
par une très belle & très- nombreufe
Affemblée . Nous en parlerons plus
au long dans le fecond Volume de ce
mois .
Les Comédiens François repréſenterent
à la Cour le Mardi 5. Décembre la Comédie
de l'Esprit folet.
Le 7. la Tragédie de Medée , de M. de
Longepierre , & la petite Comédie de
Crifpin Rival de fon Maître.
Le 12. D. Japhet d'Armenie.
Le 14. Bajazet & Crifpin bel Efprit.
Le 19. les Menechmes & la Comteffe
'd'Efcarbagnas:
Le 2. Décembre , les Comédiens Italien ,
repréſenterent à la Cour la Sylphide , la
petite Piece nouvelle du Triomphe de
'Interêt,& la Parodie du MaryJoueur & de
la Femme Bigotte , Scenes Italiennes , chantées
fur le Théatre de l'Opera au mois
de Juin 1729. Cette Parodie qui a fait
beaucoup de plaifir à la Cour , n'eft joüée
I. Vol
que
DECEMBRE 1730. 268**
que par la De Silvia & le fieurTheveneau
qui y ont été fort applaudis.
Le 9. ils reprefenterent les Amans réunis
& les Paifans de qualité.
Le 16. Timon le Misantrope & le Por
trait.
Le 21. l'Académie Royalé de Mufique
remit au Théatre l'Opera de Phaeton, qui
n'avoit pas été joué depuis le mois de
Novembre 1721. Cette Piece qui vient
d'être remife d'une maniere très- brillante
en habits & en décorations , a été reçuë
très favorablement du Public. On en parlera
plus au long , fur tout des Decorations
, qui font l'admiration de tous les
Spectateurs.
Comédiens François ont remis au
Théatre une petie Piece d'un Acte , intitulée
Crifpin bel efprit , qu'on n'avoit
joüée depuis très - long - temps , & qu'on
revoit avec beaucoup de plaifir. Elle eft
imprimé fous le nom de la Thuillerie ,
ancien Comédien ; mais on affure que feu
I. Vol. l'Abbé
2688 MERCURE DE FRANCÈ
l'Abbé Abeille en eft Auteur , ainfi que
des Tragédies d'Hercule & de Soliman ,
qu'on voit aufli imprimées fous le même
nom .
Le Lundi 11. de ce mois , on donna
an Theatre François la premiere Repréfentation
de la Tragédie de Brutus , de
M. de Voltaire , qui fut extrémement applaudie
par une très belle & très- nombreufe
Affemblée . Nous en parlerons plus
au long dans le fecond Volume de ce
mois .
Les Comédiens François repréſenterent
à la Cour le Mardi 5. Décembre la Comédie
de l'Esprit folet.
Le 7. la Tragédie de Medée , de M. de
Longepierre , & la petite Comédie de
Crifpin Rival de fon Maître.
Le 12. D. Japhet d'Armenie.
Le 14. Bajazet & Crifpin bel Efprit.
Le 19. les Menechmes & la Comteffe
'd'Efcarbagnas:
Le 2. Décembre , les Comédiens Italien ,
repréſenterent à la Cour la Sylphide , la
petite Piece nouvelle du Triomphe de
'Interêt,& la Parodie du MaryJoueur & de
la Femme Bigotte , Scenes Italiennes , chantées
fur le Théatre de l'Opera au mois
de Juin 1729. Cette Parodie qui a fait
beaucoup de plaifir à la Cour , n'eft joüée
I. Vol
que
DECEMBRE 1730. 268**
que par la De Silvia & le fieurTheveneau
qui y ont été fort applaudis.
Le 9. ils reprefenterent les Amans réunis
& les Paifans de qualité.
Le 16. Timon le Misantrope & le Por
trait.
Le 21. l'Académie Royalé de Mufique
remit au Théatre l'Opera de Phaeton, qui
n'avoit pas été joué depuis le mois de
Novembre 1721. Cette Piece qui vient
d'être remife d'une maniere très- brillante
en habits & en décorations , a été reçuë
très favorablement du Public. On en parlera
plus au long , fur tout des Decorations
, qui font l'admiration de tous les
Spectateurs.
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Résumé : « Au commencement de ce mois les Comédiens François ont remis au [...] »
En décembre 1730, les Comédiens Français ont repris la pièce 'Crifpin bel esprit', attribuée à l'Abbé Abeille, et ont présenté pour la première fois 'Brutus' de Voltaire, qui a reçu un accueil enthousiaste. Les Comédiens Français ont également joué plusieurs pièces à la Cour, dont 'l'Esprit follet', 'Médée', 'Crifpin Rival de son Maître', 'D. Japhet d'Arménie', 'Bajazet', 'les Ménéchmes' et 'la Comtesse d'Escarbagnas'. Les Comédiens Italiens ont représenté des œuvres comme 'la Sylphide', 'le Triomphe de l'Intérêt', et des parodies du 'Mari Joueur' et de 'la Femme Bigotte'. Ils ont également joué 'les Amans réunis', 'les Paysans de qualité', 'Timon le Misantrope' et 'le Portrait'. L'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Phaéton', absent des scènes depuis novembre 1721, avec des décors et des costumes remarquables, suscitant l'admiration du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16053
p. 135-137
GRAVURE. PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
Début :
L'ÉLOGE historique de cet homme célébre, qui étoit le Sujet proposé cette [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
GRAVURE.
PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
L'ÉLOGE historique de cet homme
célébre, qui étoit le Sujet proposé cette
136 MERCURE DE FRANCE.
année par l'Académie Françoiſe , & qui
ajoute une nouvelle Couronne à celles
que M. Thomas avoit déja obtenues
dans cette carrière brillante , a fait naî--
tre l'idée à M. de Marcenay Deghuy
de graver le Portrait de ce grand Minif
tre , dont la mémoire fera toujours auffi
chère à la France , que fes grandes qua-
lités lui ont été avantageufes.
M. le Prince d'Henrichemont a bien
voulu communiquer à cet Artiſte le
Tableau original qu'en a peint Fran-
çois Porbus ; on peut le voir chez lui
où il restera encore quelque temps ,
pour montrer à quel point le Graveur a
porté l'attention & l'exactitude dans l'e-
xécution de cette nouvelle Planche qui
eft la 20 de fon œuvre.
Comme ce Portrait eft gravé pour
l'in-12 , on en a fait tirer néanmoins
fur papier in-4°. par égard pour ceux
qui auront les Mémoires dans ce for-
mat , afin qu'ils puiffent , s'ils le jugent
à propos, l'ajouter à la tête de l'ouvrage.
L'Auteur fe propofe de graver de la
même grandeur le Portrait d'Henri-le-
Grand.
On trouve le Portrait du Duc de Sul-
ly chez l'Auteur , quai de Conti , la fe-
conde porte cochère après la rue Gué-
JANVIER. 1764.
137
négaud & chez M. Wille , Graveur du
Roi , quai des Auguftins , à côté de
l'Hôtel d'Auvergne.
PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
L'ÉLOGE historique de cet homme
célébre, qui étoit le Sujet proposé cette
136 MERCURE DE FRANCE.
année par l'Académie Françoiſe , & qui
ajoute une nouvelle Couronne à celles
que M. Thomas avoit déja obtenues
dans cette carrière brillante , a fait naî--
tre l'idée à M. de Marcenay Deghuy
de graver le Portrait de ce grand Minif
tre , dont la mémoire fera toujours auffi
chère à la France , que fes grandes qua-
lités lui ont été avantageufes.
M. le Prince d'Henrichemont a bien
voulu communiquer à cet Artiſte le
Tableau original qu'en a peint Fran-
çois Porbus ; on peut le voir chez lui
où il restera encore quelque temps ,
pour montrer à quel point le Graveur a
porté l'attention & l'exactitude dans l'e-
xécution de cette nouvelle Planche qui
eft la 20 de fon œuvre.
Comme ce Portrait eft gravé pour
l'in-12 , on en a fait tirer néanmoins
fur papier in-4°. par égard pour ceux
qui auront les Mémoires dans ce for-
mat , afin qu'ils puiffent , s'ils le jugent
à propos, l'ajouter à la tête de l'ouvrage.
L'Auteur fe propofe de graver de la
même grandeur le Portrait d'Henri-le-
Grand.
On trouve le Portrait du Duc de Sul-
ly chez l'Auteur , quai de Conti , la fe-
conde porte cochère après la rue Gué-
JANVIER. 1764.
137
négaud & chez M. Wille , Graveur du
Roi , quai des Auguftins , à côté de
l'Hôtel d'Auvergne.
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16054
p. 136-138
AIR NOUVEAU.
Début :
Je vous envoye un Air nouveau de la composition de / Dans ces lieux révons à loisir, [...]
Mots clefs :
Composition, Berger, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Je vousenvoyeun Air nouveau de la composition de
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
Mr Martin, quia donné depuis peuau Public des Airs
serieux & Bachiques à deux
..& àtrois parties, meslez dimphonies en Trio pour les
violons & pour les flutes que
debite le sieur Guerout. Les
Vers ne sçauroient manquer
de vous plaire, puis qu'il sont
d'une personne de vostre sexe
dont vous avez admiré plusieurs Ouvrages.C'est Mademoiselle des Houlieres qui
les a
faits. La beauté de son
genie cil: trop connuë pour
vous en rien dire davantage,
AIR NOUVEAU.
DAns ces lieux r
êvons à loisirj
Rien n'y peut troubler le plaisir
fiefenfer
au Bergerquej'aime.
Hélas! queceBerger charmant
Nepense t-il à moydemesme!
.:<.:!ilJ penseroit tendrement!
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Résumé : AIR NOUVEAU.
Monsieur Martin compose un nouvel air dont les vers sont écrits par Mademoiselle des Houlières. La chanson évoque un lieu propice aux rêves et regrette l'indifférence d'un berger aimé. Martin a publié des airs sérieux et bacchiques, ainsi que des impromptus pour violons et flûtes, disponibles chez le sieur Guerout.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16055
p. 129-139
SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Début :
M. DE VELYE y a fait lecture d'un Mémoire au sujet des Grands [...]
Mots clefs :
Navets, Terres, Raves, Racines, Vertus, Brochures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
SÉANCE publique de la Société
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
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Résumé : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Lors d'une séance publique de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne le 23 février 1763, plusieurs mémoires et dissertations furent présentés. M. de Velye exposa un mémoire sur les grands hommes de Vertus, mettant en lumière leur mérite malgré l'absence d'institutions éducatives. Il mentionna notamment Nicolas de Clamange, décrit comme un savant distingué comparable à Cicéron, ainsi que la famille de Conflans et François Lalouette, Maître des Requêtes. M. Desmarets présenta un mémoire sur la culture des raves et des navets en Guyenne, détaillant cinq variétés et leurs méthodes de culture, et suggéra d'étendre cette pratique en Champagne. M. de Chalette envoya la préface d'un ouvrage sur la médecine des chevaux, critiquant les pratiques des maréchaux de village et proposant des remèdes efficaces. La séance inclut également la lecture d'une dissertation de M. Rouffel sur le préjugé littéraire, qui examina les divers objets pouvant occuper l'esprit humain et mit en garde contre les préjugés. Un essai sur la critique par M. Formey, associé de l'Académie de Berlin, fut présenté, définissant la critique et proposant un projet de police littéraire pour examiner les ouvrages avant impression. La séance se conclut par la lecture de poèmes de M. France et de l'abbé de Saulx.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16056
p. 132-135
Discours sur les lettres & les arts, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur les Lettres & sur les Arts. A Rome ; & se trouve à Paris, chez Fetil, [...]
Mots clefs :
Discours, Arts, Sciences, Hommes, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les lettres & les arts, [titre d'après la table]
Difcours fur les Lettres & fur les Arts . A
Rome ; & fe trouve à Paris , chez Fetil
, libraire , rue des Cordeliers près de
celle de la Comédie Françoife , in - 12 .
Prix 30 fols .
Ces difcours font au nombre de trois ;
l'auteur s'attache à répondre à celui de M
Rouffeau contre les fciences ; les lecteurs
trouveront peut- être que c'est s'y prendre
bien tard , & un grand nombre pourra juger
que cela étoit inutile ; on connoîr
l'adverfaire des fciences ; le Public appréciera
facilement leur défenfeur. Le premier
difcours a pour objet de montrer
combien les fciences & les arts influent
fur les moeurs d'une nation ; il n'étoit
peut-être pas néceffaire de prouver qu'ils
les rendent plus douces , plus polies , plus
décentes ; il fuffit d'ouvrir l'hiftoire & de
lire. Nous citerons ce morceau qui donJANVIE
R. 1770 .
133
">
"
>>
و د
39
nera une idée de la maniere de l'orateur.
« Les vaftes déferts de l'Amérique & , de
l'Afrique dépoferont fans doute en fa-
» veur de l'ignorance ... Quels horribles
» tableaux ils préfententà mon imagina-
» tion effrayée ! Là des hommes barbares
» fe difputent la chair d'un malheureux
» qui , lors même qu'il lutte contre la
» mort, ofe encore la braver par fes chants
de victoire ; ici la foibleffe d'un pere
» eft un crime que la mort feule peut expier.
Là on engraiffe les hommes com
» me autant de victimes ; ici des fem-
» mes , indignes du nom de mere , ne fouhiitent
de le devenir que pour fe ralfafier
de leurs propres enfans. Ainfi ces
» peuples inhumains fembloient vouloir
le difputer en cruauté aux animaux farouches
qui infeftent leurs déferts . Leurs
freres n'étoient pour eux que de vils
troupeaux deftinés à les nourrir. Voyez
» vous , dans cette ville immenfe , dont
les richetfes & la fplendeur ont étonné
» l'Europe , ces tours formées des offe-
» mens blanchis des victimes humaines ,
"
4
$
و د
و د
و د
immolées fur un autel déteſtable ; ces
» tours qui ne s'élèvent vers le ciel que
pour l'outrager , & pour y porter l'orgueilleux
témoignage de l'aveuglement
» du peuple qui ofa les conftruire. » >
"
ן כ
134 MERCURE DE FRANCE .
La poëfie est l'objet da ſecond difcours.
L'auteur prend un autre ton ; il entreprend
de développer comment on doit étudier
les poëtes , comment on peut , fans avaler
le poifon qu'ils cachent quelquefois
fous les fleurs , goûter la nourriture agréa
ble & folide qu'ils nous préfentent . Son
raifonnement eft bien fimple ; il faut ne
lire que ce qui peut l'être fans danger &
éviter tour le refte. Le dernier difcours
eft le plus intéreffant ; il traite de l utilité
de l'établiſſement des écoles de deffin en
faveur des métiers relatifs aux arts. « Un
» magiftrat , digne d'entrer dans les vues
» du grand Colbert , a fenti ce qui man-
» quoit à fon ouvrage ; l'exécution des
» loix dont les détails font confiés à fes
» foins , l'ont accoutumé à examiner fans
préjugé , cette partie de la nation qui ,
» placée aux derniers rangs de l'état , en
» porte tout le fardeau ; il a pu fe con-
» vaincre aifément combien elle renfer-
» me de talens déplacés , combien de
"9
grands hommes , combien d'arriftes fu-
» blimes fe confondent dans la foule &
» meurent ignorés , il a connu toute l'é-
» tendue du mal , & cette connoiffance ,
» loin de le rebuter , n'a fervi qu'à l'exciter
à en découvrir le remede. ' Que
» d'autres cherchent dans les projets qu'ils
"
30
30
JANVIE R. 1770. 135
99
adoptent un éclat paffager qui puiffe
rejaillir fur leurs noms , une ame tou-
» jours guidée par le bien public, ofe adop-
» ter des projets qui ne font qu'utiles ; tel-
» les font les écoles de deffin , établies
» dans l'enceinte de la capitale . Afyles heu-
» reux , deſtinés à l'enfance des arts , où
» l'émulation échauffe le génie , dévelop-
» pe & cultive les talens trop fouvent
» étouffés par la pauvreté , toujours alte-
» rés par une éducation groffiere. » Nous
ne nous arrêterons pas davantage fur ces
difcours , qui ne font pas fans mérite , &
dont le dernier fur- tout roule fur unfujet
intéreffant.
Rome ; & fe trouve à Paris , chez Fetil
, libraire , rue des Cordeliers près de
celle de la Comédie Françoife , in - 12 .
Prix 30 fols .
Ces difcours font au nombre de trois ;
l'auteur s'attache à répondre à celui de M
Rouffeau contre les fciences ; les lecteurs
trouveront peut- être que c'est s'y prendre
bien tard , & un grand nombre pourra juger
que cela étoit inutile ; on connoîr
l'adverfaire des fciences ; le Public appréciera
facilement leur défenfeur. Le premier
difcours a pour objet de montrer
combien les fciences & les arts influent
fur les moeurs d'une nation ; il n'étoit
peut-être pas néceffaire de prouver qu'ils
les rendent plus douces , plus polies , plus
décentes ; il fuffit d'ouvrir l'hiftoire & de
lire. Nous citerons ce morceau qui donJANVIE
R. 1770 .
133
">
"
>>
و د
39
nera une idée de la maniere de l'orateur.
« Les vaftes déferts de l'Amérique & , de
l'Afrique dépoferont fans doute en fa-
» veur de l'ignorance ... Quels horribles
» tableaux ils préfententà mon imagina-
» tion effrayée ! Là des hommes barbares
» fe difputent la chair d'un malheureux
» qui , lors même qu'il lutte contre la
» mort, ofe encore la braver par fes chants
de victoire ; ici la foibleffe d'un pere
» eft un crime que la mort feule peut expier.
Là on engraiffe les hommes com
» me autant de victimes ; ici des fem-
» mes , indignes du nom de mere , ne fouhiitent
de le devenir que pour fe ralfafier
de leurs propres enfans. Ainfi ces
» peuples inhumains fembloient vouloir
le difputer en cruauté aux animaux farouches
qui infeftent leurs déferts . Leurs
freres n'étoient pour eux que de vils
troupeaux deftinés à les nourrir. Voyez
» vous , dans cette ville immenfe , dont
les richetfes & la fplendeur ont étonné
» l'Europe , ces tours formées des offe-
» mens blanchis des victimes humaines ,
"
4
$
و د
و د
و د
immolées fur un autel déteſtable ; ces
» tours qui ne s'élèvent vers le ciel que
pour l'outrager , & pour y porter l'orgueilleux
témoignage de l'aveuglement
» du peuple qui ofa les conftruire. » >
"
ן כ
134 MERCURE DE FRANCE .
La poëfie est l'objet da ſecond difcours.
L'auteur prend un autre ton ; il entreprend
de développer comment on doit étudier
les poëtes , comment on peut , fans avaler
le poifon qu'ils cachent quelquefois
fous les fleurs , goûter la nourriture agréa
ble & folide qu'ils nous préfentent . Son
raifonnement eft bien fimple ; il faut ne
lire que ce qui peut l'être fans danger &
éviter tour le refte. Le dernier difcours
eft le plus intéreffant ; il traite de l utilité
de l'établiſſement des écoles de deffin en
faveur des métiers relatifs aux arts. « Un
» magiftrat , digne d'entrer dans les vues
» du grand Colbert , a fenti ce qui man-
» quoit à fon ouvrage ; l'exécution des
» loix dont les détails font confiés à fes
» foins , l'ont accoutumé à examiner fans
préjugé , cette partie de la nation qui ,
» placée aux derniers rangs de l'état , en
» porte tout le fardeau ; il a pu fe con-
» vaincre aifément combien elle renfer-
» me de talens déplacés , combien de
"9
grands hommes , combien d'arriftes fu-
» blimes fe confondent dans la foule &
» meurent ignorés , il a connu toute l'é-
» tendue du mal , & cette connoiffance ,
» loin de le rebuter , n'a fervi qu'à l'exciter
à en découvrir le remede. ' Que
» d'autres cherchent dans les projets qu'ils
"
30
30
JANVIE R. 1770. 135
99
adoptent un éclat paffager qui puiffe
rejaillir fur leurs noms , une ame tou-
» jours guidée par le bien public, ofe adop-
» ter des projets qui ne font qu'utiles ; tel-
» les font les écoles de deffin , établies
» dans l'enceinte de la capitale . Afyles heu-
» reux , deſtinés à l'enfance des arts , où
» l'émulation échauffe le génie , dévelop-
» pe & cultive les talens trop fouvent
» étouffés par la pauvreté , toujours alte-
» rés par une éducation groffiere. » Nous
ne nous arrêterons pas davantage fur ces
difcours , qui ne font pas fans mérite , &
dont le dernier fur- tout roule fur unfujet
intéreffant.
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Résumé : Discours sur les lettres & les arts, [titre d'après la table]
Le document présente trois discours publiés à Rome et disponibles à Paris chez le libraire Fétis, en réponse aux critiques de Jean-Jacques Rousseau contre les sciences. Le premier discours explore l'impact des sciences et des arts sur les mœurs d'une nation, affirmant qu'ils contribuent à adoucir et à polir les mœurs. L'auteur illustre les horreurs de l'ignorance en citant des exemples de barbarie. Le deuxième discours se concentre sur la poésie, offrant des conseils sur la manière de lire les poètes tout en évitant les passages dangereux. Le troisième discours, considéré comme le plus intéressant, aborde l'utilité des écoles de dessin pour les métiers artistiques. Un magistrat, inspiré par Colbert, a reconnu le potentiel des talents méconnus au sein des classes populaires. Il propose la création d'écoles pour développer ces talents, souvent étouffés par la pauvreté et une éducation rudimentaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16057
p. 136-141
RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
Début :
DEPUIS votre lettre du 28 Octobre dernier, Monsieur, je continue à étudier [...]
Mots clefs :
Claveau , Troupeau, Mouton, Laboureurs, Vinaigre, Graisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
RÉPONSE de M. BOREL , à M.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
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16058
p. 139-140
Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Début :
Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux ; par M. de Tresséol. [...]
Mots clefs :
Coeur, Pitié , Souffrir, Peuple, Esprit, Éclairé, Malheureux, M. de Tresséol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Poëmefur la pitié qu'on doit avoir pour
les malheureux ; par M. de Treffeol .
Non ignora mali miferisfuccurrere disco.
VIRG .
AParis, chez les Libraires qui vendent
les nouveautés .
Ce Poëme eſt précédé d'un avertiflement
, dans lequel l'Auteur analyſe ce
ſentiment que les hommes éprouvent
en voyant fouffrir leurs femblables. « Le
>> Peuple le plus poli dans ſes manières
>> a toujours quelque choſe de ſauvage
>>& de dur dans le coeur , parce qu'il
» n'a pas l'eſprit affez éclairé. Il faut
> que la raiſon ſoit bien pure pour nous
découvrir les droits de l'humanité , il
140 MERCURE DE FRANCE.
->> faut que l'ame ſoit bien ſenſible pour
» en reſpecter toujours les intérêts . Il y
>> a de la cruauté à faire ſouffrir ſes ſem .
blables : il y a donc de la cruauté à
>>les voir fouffrir , quand ce n'eſt point
>>>pour les foulager ».
L'ardeur qui nous inſpire une juſte vengeance
D'armer avec les loix nos coeurs pour l'innocence;
Un defir curieux qui force nos regards
Acontempler la ſcène où règnent les écarts ;
L'inſtinct qui , pour fixer nos pas dans la justice ,
Va chercher un appui dans l'horreur du ſupplice ;
Lebeſoin d'émouvoir un coeur fait pour ſentir ,
Qui , dans la douleur même , éprouve ce plaiſir ,
Tant de vices , d'erreurs dont les ames ſauvages
Aujourde la raiſon oppoſent les nuages ;
Tous ces penchans divers autour des échaffauds ,
D'un peuple impétueux précipitent les flots.
Mais l'ami des humains , dont la pitié plus tendre
Veut arrêter le ſang ou n'en pas voir répandre ,
Fuit le ſpectacle affreux où , par l'ordre des loix ,
L'homme aflaffine l'homme expirant mille fois .
Ce petit Ouvrage eſt l'expreſſion d'un
coeur ſenſible & d'un eſprit éclairé.
les malheureux ; par M. de Treffeol .
Non ignora mali miferisfuccurrere disco.
VIRG .
AParis, chez les Libraires qui vendent
les nouveautés .
Ce Poëme eſt précédé d'un avertiflement
, dans lequel l'Auteur analyſe ce
ſentiment que les hommes éprouvent
en voyant fouffrir leurs femblables. « Le
>> Peuple le plus poli dans ſes manières
>> a toujours quelque choſe de ſauvage
>>& de dur dans le coeur , parce qu'il
» n'a pas l'eſprit affez éclairé. Il faut
> que la raiſon ſoit bien pure pour nous
découvrir les droits de l'humanité , il
140 MERCURE DE FRANCE.
->> faut que l'ame ſoit bien ſenſible pour
» en reſpecter toujours les intérêts . Il y
>> a de la cruauté à faire ſouffrir ſes ſem .
blables : il y a donc de la cruauté à
>>les voir fouffrir , quand ce n'eſt point
>>>pour les foulager ».
L'ardeur qui nous inſpire une juſte vengeance
D'armer avec les loix nos coeurs pour l'innocence;
Un defir curieux qui force nos regards
Acontempler la ſcène où règnent les écarts ;
L'inſtinct qui , pour fixer nos pas dans la justice ,
Va chercher un appui dans l'horreur du ſupplice ;
Lebeſoin d'émouvoir un coeur fait pour ſentir ,
Qui , dans la douleur même , éprouve ce plaiſir ,
Tant de vices , d'erreurs dont les ames ſauvages
Aujourde la raiſon oppoſent les nuages ;
Tous ces penchans divers autour des échaffauds ,
D'un peuple impétueux précipitent les flots.
Mais l'ami des humains , dont la pitié plus tendre
Veut arrêter le ſang ou n'en pas voir répandre ,
Fuit le ſpectacle affreux où , par l'ordre des loix ,
L'homme aflaffine l'homme expirant mille fois .
Ce petit Ouvrage eſt l'expreſſion d'un
coeur ſenſible & d'un eſprit éclairé.
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Résumé : Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux, [titre d'après la table]
Le texte présente un poème de M. de Treffeol intitulé 'Poëme sur la pitié qu'on doit avoir pour les malheureux'. Un avertissement précède l'œuvre, où l'auteur analyse le sentiment de pitié envers la souffrance humaine. Il note que même les sociétés civilisées peuvent montrer de la dureté due à une raison insuffisamment éclairée. Pour respecter les droits de l'humanité, la raison doit être pure et l'âme sensible. L'auteur dénonce la cruauté de faire souffrir autrui ou de rester indifférent face à la douleur. Le poème aborde divers sentiments humains comme la soif de vengeance, la curiosité morbide et le besoin de justice, qui poussent à assister à des exécutions publiques. L'auteur, en tant qu'ami des humains, prône la pitié et évite ces spectacles de souffrance où la loi autorise un homme à en affliger un autre jusqu'à la mort. Le poème reflète un cœur sensible et un esprit éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16059
p. 137-138
« ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...] »
Début :
ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...] »
ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur
du ROI, rue & porte S. Jacques,
deux Eftampes gravées d'après M. Ver-
net , par Mlle Coulet , l'une intitulée
l'heureux Paffage , l'autre le départ de
de la Chaloupe. Toutes deux font du
meilleur goût & font le plus grand hon-
neur au burin de la fçavante Artiste.
Il vient auffi de mettre en vente deux
autres Estampes , l'une repréfentant
Léda , l'autre Endymion , très-bien gra-
vés par M. Delaunay , d'après M. Pierre.
N. B. II s'eft giffé dans quelques
Journaux , qu'elles ont été gravées par
MM. Delaunay & l'Empereur. Mais ce
dernier nous prie d'annoncer qu'il n'a
eu aucune part à ces deux Ouvrages ,
& que tout le mérite en eſt dû à M..
Delaunay.
L'ALMANACH de Cabinet , qui a
pour titre Almanach de la Paix , fe
vend cher le fieur Lecamus , quai de
l'Horloge du Palais , vis à-vis le Méri-
dien de la Ville. Prix 1 liv,
1
138 MERCURE DE FRANCE.
LE fieur Chenu , Graveur , rue de la
Harpe , au Caffé de Condé , vient de
mettre en vente deux Eftampes d'après
M. Boucher , intitulées le Pêcheur amou-
reux , & l'agréable folitude. L'une &
l'autre font très-agréables , très - bien
gravées , & ne peuvent que faire hon-
neur au talent de leur Auteur..
On trouve chez le même une au-
tre Eftampe d'après M. Reftout , repré-
fentant les Pèlerins d'Emaiis , qui eft
digne de l'attention des Amateurs &
des éloges des Artiſtes.
du ROI, rue & porte S. Jacques,
deux Eftampes gravées d'après M. Ver-
net , par Mlle Coulet , l'une intitulée
l'heureux Paffage , l'autre le départ de
de la Chaloupe. Toutes deux font du
meilleur goût & font le plus grand hon-
neur au burin de la fçavante Artiste.
Il vient auffi de mettre en vente deux
autres Estampes , l'une repréfentant
Léda , l'autre Endymion , très-bien gra-
vés par M. Delaunay , d'après M. Pierre.
N. B. II s'eft giffé dans quelques
Journaux , qu'elles ont été gravées par
MM. Delaunay & l'Empereur. Mais ce
dernier nous prie d'annoncer qu'il n'a
eu aucune part à ces deux Ouvrages ,
& que tout le mérite en eſt dû à M..
Delaunay.
L'ALMANACH de Cabinet , qui a
pour titre Almanach de la Paix , fe
vend cher le fieur Lecamus , quai de
l'Horloge du Palais , vis à-vis le Méri-
dien de la Ville. Prix 1 liv,
1
138 MERCURE DE FRANCE.
LE fieur Chenu , Graveur , rue de la
Harpe , au Caffé de Condé , vient de
mettre en vente deux Eftampes d'après
M. Boucher , intitulées le Pêcheur amou-
reux , & l'agréable folitude. L'une &
l'autre font très-agréables , très - bien
gravées , & ne peuvent que faire hon-
neur au talent de leur Auteur..
On trouve chez le même une au-
tre Eftampe d'après M. Reftout , repré-
fentant les Pèlerins d'Emaiis , qui eft
digne de l'attention des Amateurs &
des éloges des Artiſtes.
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16060
p. 128-134
Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
Début :
En parlant de ceux dont le mérite est extraordinaire, je [...]
Mots clefs :
Monsieur de Mesmes, Académie française, Cardinal Richelieu, Langue latine, Charpentier, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
En parlant de ceux dont
le mérite eft extraordi.
naireje nedoypas oublier
que Moniteur de Mcfmes
Prefident au Mortier, illuftre par la gloire de fes
Peres qui ont pofTedé les
premières Charges de la
Robe, mais plus illuftre
G A L A N T . n 9
encor par les grandes qualitez qui le rendent digne
de fes Emplois, marchant
fur les pas de ces grands
Hommes, à qui leur intégrité, leur amour pour les
Sciences, & la protection
qu’ils ont toujours donnée
aux Gens de Lettres, ont
acquis une réputation qui
ne lailTera jamais mourir
les noms de de Mefmes &
d’Avaux, a efté reçeu dans
1‘Academie Françoife, pour
remplir la place de Moniteur Defmarets, un des
plus fameux Académiciens
I
3
o LE MERCURE
de nollre temps, & qui
mériteroit couce la gloire
que ces beaux Ouvrages
luy donnent, quand iln’auroit point eu d’autre avantage que celuy d’avoir efté
choiCy par le Cardinal de
Richelieu Fondateur de
l’Académie, pour rendre
Meilleurs fes Neveux dignes du grand Nom qu’il
leuralaifle. Une affluence
extraordinaire de monde
fe trouva dans la Salle du ' I
Louvre le jour de cette réception. Moniteur le Prefident de Mefmes fie un
■ G A L A N T . 151
remercîment digne de la
gravité de celuy qui leprononçoit, & de l’attention
de quantité de Perfonnes
qui l ’écouterent, & parla
avec une délicatefie merveiîleufe de l’honneur que
le Roy fait à cette célébré
Compagnie d ’en vouloir
eftre le Protecteur. Monfieur de Benferade qui en
eftoit le Directeur, luy répondit avec une grâce toute particulière, & n’oublia
rien pour luy marquer la
joye qu’ils avoient tous de
voir un fi grand Homme
iji LE MERCURE
dans leur Corps. Apres
quoy, Monfieur l ’Abbé
Tallemant le jeune prononça un Difcours dont la
netteté & l’éloquence furent admirées de tout le
monde-, il tâcha de prouver à l’avantage de noftre
Langue, qu’on s’en doit
fervir pour faire les Infcriptions des Monumens publics contre l’opinion du
R. P. Lucas Jefuite, qui a
pris le party du Latin avec
une force de raifons qui
lemblenc n ’avoir point
de répliqué. Cette
G A L A N T . 13J
tion avoir efté déjà agitée
par Monfïeur Charpentier
un des plus dignes Sujets
de l’Acade'mie Françoife,
qui a fait imprimer un
Livre fort fçavant fur cette
matière, par lequel il exclut la Langue Latine des
Infcriptions. Ce diférend
poura avoir encor de la
fuite , & nous aurions à
fouhaiter que chacun s'accordait pour prononcer en
faveur des François- mais
cependant on a fait depuis
peu de grandes dépenfes
pour les Portes deS.Denis,
I 5 4 LE M ERCURE
de S.D enys,de S. Martin;
& de S. Bernard, & pour le
uay Royal qui elt d une
{i grande utilité pourParis,
& nous n’y voyons par tout
tines
le mérite eft extraordi.
naireje nedoypas oublier
que Moniteur de Mcfmes
Prefident au Mortier, illuftre par la gloire de fes
Peres qui ont pofTedé les
premières Charges de la
Robe, mais plus illuftre
G A L A N T . n 9
encor par les grandes qualitez qui le rendent digne
de fes Emplois, marchant
fur les pas de ces grands
Hommes, à qui leur intégrité, leur amour pour les
Sciences, & la protection
qu’ils ont toujours donnée
aux Gens de Lettres, ont
acquis une réputation qui
ne lailTera jamais mourir
les noms de de Mefmes &
d’Avaux, a efté reçeu dans
1‘Academie Françoife, pour
remplir la place de Moniteur Defmarets, un des
plus fameux Académiciens
I
3
o LE MERCURE
de nollre temps, & qui
mériteroit couce la gloire
que ces beaux Ouvrages
luy donnent, quand iln’auroit point eu d’autre avantage que celuy d’avoir efté
choiCy par le Cardinal de
Richelieu Fondateur de
l’Académie, pour rendre
Meilleurs fes Neveux dignes du grand Nom qu’il
leuralaifle. Une affluence
extraordinaire de monde
fe trouva dans la Salle du ' I
Louvre le jour de cette réception. Moniteur le Prefident de Mefmes fie un
■ G A L A N T . 151
remercîment digne de la
gravité de celuy qui leprononçoit, & de l’attention
de quantité de Perfonnes
qui l ’écouterent, & parla
avec une délicatefie merveiîleufe de l’honneur que
le Roy fait à cette célébré
Compagnie d ’en vouloir
eftre le Protecteur. Monfieur de Benferade qui en
eftoit le Directeur, luy répondit avec une grâce toute particulière, & n’oublia
rien pour luy marquer la
joye qu’ils avoient tous de
voir un fi grand Homme
iji LE MERCURE
dans leur Corps. Apres
quoy, Monfieur l ’Abbé
Tallemant le jeune prononça un Difcours dont la
netteté & l’éloquence furent admirées de tout le
monde-, il tâcha de prouver à l’avantage de noftre
Langue, qu’on s’en doit
fervir pour faire les Infcriptions des Monumens publics contre l’opinion du
R. P. Lucas Jefuite, qui a
pris le party du Latin avec
une force de raifons qui
lemblenc n ’avoir point
de répliqué. Cette
G A L A N T . 13J
tion avoir efté déjà agitée
par Monfïeur Charpentier
un des plus dignes Sujets
de l’Acade'mie Françoife,
qui a fait imprimer un
Livre fort fçavant fur cette
matière, par lequel il exclut la Langue Latine des
Infcriptions. Ce diférend
poura avoir encor de la
fuite , & nous aurions à
fouhaiter que chacun s'accordait pour prononcer en
faveur des François- mais
cependant on a fait depuis
peu de grandes dépenfes
pour les Portes deS.Denis,
I 5 4 LE M ERCURE
de S.D enys,de S. Martin;
& de S. Bernard, & pour le
uay Royal qui elt d une
{i grande utilité pourParis,
& nous n’y voyons par tout
tines
Fermer
Résumé : Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
Le texte relate la réception de Monseigneur de Mesmes à l'Académie française, où il succède à Monseigneur Desmarets. Issu d'une famille illustre, Monseigneur de Mesmes est reconnu pour son intégrité et son amour des sciences. Il a été choisi par le Cardinal de Richelieu pour élever ses neveux à la hauteur de leur grand nom. La cérémonie, tenue au Louvre, a attiré une foule nombreuse. Monseigneur de Mesmes a exprimé son honneur de voir le roi protéger l'Académie. Monseigneur de Benserade, directeur de l'Académie, a salué l'arrivée d'un homme de grande valeur. L'abbé Tallemant le Jeune a prononcé un discours admiré pour sa netteté et son éloquence, défendant l'usage du français pour les inscriptions publiques contre l'avis du Père Lucas Jésuite, qui préférait le latin. Cette controverse avait déjà été abordée par Monseigneur Charpentier dans un livre excluant la langue latine des inscriptions. Le texte mentionne également des dépenses récentes pour des portes et des voies royales à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16061
p. 2689-2719
LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
Début :
Ne rougissez pas, Madame, d'avoir été si peu sensible aux beautez qui [...]
Mots clefs :
Tragédie, Amour, Théâtre, Mort, Auteur, Beauté, Frère, Hymen, Colère, Justice, Yeux, Corneille, Monologue, Seigneur, Amant, Âme, Roi, Crime, Sentiments, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
LETTRE de Mr de ... , à Mde de ...
fur la Tragedie de Venceflas.
Neté à peu fenfible aux beautez qui
E rougiffez pas , Madame , d'avoir
font répandues dans la Tragedie de Venceflas
; ce n'eft point par des applaudiffemens
qu'un efprit auffi délicat que le vôtre
doit fe déterminer. Un Acteur , tel que
Baron , peut prêter des graces aux endroits
d'une Tragédie , même les plus rebutanss
les fuffrages deviennent alors tres- équi-
I. Vol. yoques
2690 MERCURE DE FRANCE
voques , & l'on peut le tromper quand
on en fait honneur à l'Auteur.Ce n'eft pas
qu'il n'y ait de grandes beautez dans cette
Tragedie. Rotrou étoit un de ces génies
que la nature avare ne donne que de ſiécles
en fiécles ; le grand Corneille n'a pas
dédaigné de l'appeller fon Pere & lon
Maître;& fa fincerité avoit autant de part
que fa modeſtie à des noms fi glorieux ;
mais ce qui excitoit l'admiration dans un
temps où le Théatre ne faifoit que de naî
tre , ne va pas fi loin aujourd'hui ; on fe
contente d'eftimer ce qui a autrefois étonné
, & pour aller jufqu'à la furpriſe , on a
befoin de fe tranfporter au premier âge
des Muſes. Tel étoit celui de Rotrou , par
rapport à la Tragédie ; ceux qui avoient
travaillé avant lui dans ce genre de Poëfie
que Corneille & Racine ont élevé fi
haut , ne lui avoient rien laiffè qui pût
former fon goût ; de forte que la France
doit confiderer Rotrou comme le créateur
du Poëme Dramatique , & Corneille
comme le reftaurateur. Vous voyez ,
Madame , que cela pourroit fuffire pour
juftifier vos dégouts ; je veux aller plus
loin , & parcourir également les beautez
& les défauts de la Tragedie de Venceſlas
, pour pouvoir en porter un jugement
équitable.
1. Vol.
ACTE
DECEMBRE. 1730. 2691
Į
ACTE I.
Venceflas ouvre la Scene fuivi de
Ladifas & d'Alexandre fes fils ; il faut
retirer le dernier par ce vers adreffé à
tous les deux .
Prenez un fiége , Prince , & vous, Infant, ſortez.
Alexandre lui répond.
J'aurai le tort , Seigneur , fi vous ne m'écoutez.
Ce fecond vers eft un de ceux qu'il
faut renvoyer au vieux temps. J'aurai le
tort, n'eft plus françois , mais ce n'eft pas
la faute de l'Auteur . Que vous plaît-il ? cft
trop profaïque & trop vulgaire ; il n'étoit
pas tel du temps de Rotrou. Paffons
à quelque chofe de plus effentiel. Voici
des Vers dignes des fiécles les plus éclai
rez ; c'eſt Venceflas qui parle à Ladiflas.
Prêtez- moi , Ladiflas , le coeur avec Poreille
J'attends toujours du temps qu'il meuriffe le
fruit ,
Que pour me fucceder , ma couche m'a produit
Et je croyois , mon Fils , votre Mere immor,
relle ,
Par le refte qu'en vous elle me laiffa d'elle ;
Mais hélas ! ce portrait qu'elle s'étoit tracé ,
Perd beaucoup de fon luftre , & s'eft bien effacé
Ne
2692 MERCURE DE FRANC .
:
Ne diroit - on pas que c'eft Corneille
qui parle ? Ces Vers nous auroient , fans
doute , fait prendre le change , s'ils n'avoient
été précédez de cet à parte de
Ladiflas.
Que la Vieilleffe fouffre , & fait fouffrir autrui !
Oyons les beaux avis qu'un flatteur lui confeille
:
Quelle difparate ! tout ce que Venceflas
dit dans cette Scene , eft mêlé de petites
fautes , & de grandes beautez ; les
fautes font dans l'expreffion , les beautez
dans les penfées . Il y a pourtant dans ces
dernieres quelque chofe qui dégrade le
pompeux Dramatique : C'eft l'indigne
portrait que Venceflas fait d'un Fils qui
doit lui fucceder , & qui lui fuccede en
effet à la fin de la pièce. Le voicy ce
Portrait ;
S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde
,
Rarement le Soleil rend la lumiere au monde ;
Que le premier rayon qu'il répand icy bas ,
N'y découvre quelqu'un de vos affaffinats.
Où du moins on vous tient en fi mauvaiſe eftime,
Qu'innocent ou coupable , on vous charge du
crime ,
Et que vous offenfant d'un foupçon éternel ,
Aux bras du fommeil même, on vous fait criminel.
I. Vol. Quel
DECEMBRE . 1730. 2693
Quel correctif que ces quatre derniers
vers ! dans quelle eftime doit être un
Prince à qui on impute tous les crimes
que la nuit a dérobés aux regards du Public
? De pareils caracteres ont-ils jamais
dû entrer dans une Tragédie ? Mais dans
le refte de la Piéce , les difcours & les actions
de ce monftre iront plus loin que
le portrait.
Ce qu'il y a de plus furprenant , c'eſt
que Ladiflas , tel qu'il eft , trouve encore
le fecret de le faire aimer. On en peut ju¬
ger par ces Vers.:
Par le fecret pouvoir d'un charme que j'ignore,
Quoiqu'on vous meſeftime , on vous chérit encore
;
Vicieux , on vous craint , mais vous plaifez heureux
Et pour vous l'on confond le murmure & les
voeux.
J'avoue, Madame , que je ne comprends
pas le vrai fens de ce vers :
Vicieux , on vous craint ; mais vous plaifez heureux.
Vicieux & heureux, nefont pas faits pour
faire une jufte oppofition ; l'Auteur ne
voudroit-il pas dire , que malgré les vices
qui le font craindre , Ladiflas a le bon-
I. Vol
.G heur
2694 MERCURE DE FRANCE
heur de plaire ? Quoique ce vers puifle
fignifier , on ne fçauroit difconvenir qu'il
n'ait un fens bien louche . Mais que de
beautés fuivent ces petits deffauts ! Vous
en allez juger par cette belle tirade : c'eft
toujours Venceslas qui parle à fon Fils.
Ah ! méritez , mon Fils , que cet amour vous
dure ;
Pour conferyer les voeux , étouffez le murmure
Et regnez dans les coeurs par un fort dépendant
Plus de votre vertu que de votre aſcendant ;
Par elle rendez - vous digne du diadême ;
Né pour donner des loix , commencez par vous
même ;
Et que vos paffions , ces rebelles fujets ,
De cette noble ardeur foient les premiers objets .
Par ce genre de regne , il faut meriter l'autre
Par ce dégré , mon Fils , mon Thône fera vô
tre.
Mes Etats , mes Sujets , tout fléchira fous vous
Et , fujet de vous feul , vous regnerez fur tous .
>
2
?
Quand on trouve de fi grandes beautez
de détail dans une Piéce , on eft prefque
forcé à faire grace aux vices du fond;
& c'eft en cela feulement , Madame , que
je trouve vos dégouts injuftes . Voyons le
refte de cette Scene , qui eft dans le genre
déliberatif. Venceslas dans la leçon
qu'il fait à fon Fils , appuye fur trois
I. Vol, points
DECEMBRE . 1730. 2695
points ; fçavoir , fur les mauvais dépor
temens de fon Fils , fur fa haine pour fon
premier Miniftre , & fur l'averfion qu'il
a pour l'Infant. Ladiflas s'attache à répondre
exactement aux objections ; mais
il commence par convenir d'un reproche
que fon Pere ne lui a fait que d'une maniere
vague. Le voici :
Vous n'avez rien de Roy , que le défir de Pêtre
;
Et ce défir , dit -on , peu difcret & trop promt
En fouffre avec ennui le bandeau fur mon front.
Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage,
Et n'ofant m'attaquer , vous attaquez mon âge ,
&c.
Ce reproche doit- il obliger Ladiflas à
confeffer à fon Pere & à fon Roy , qu'il
eft vrai qu'il fouhaite la Couronne , &
qu'il lui eft échapé quelques difcours ?
Il fait plus , il cite le jour , où il a parlé
fi indifcretement fur une matiére fi délicate
:
Au retour de la Chaffe , hier affifté des micas
&c.
A quoi n'expofe- t-il pas les plus affidez
amis ? Sera- t- il bien difficile au Roy
de les difcerner ; il n'a qu'à fçavoir qui
font ceux qui l'ont fuivi à la Chaffe &
I. Voln Gij qui
2696 MERCURE DE FRANCE
qui ont foupé avec lui. Voicy ce qu'il
avoie lui être échappé :
Moy , fans m'imaginer vous faire aucune injure
,
Je coulai mes avis dans ce libre murmure ,
Et mon fein à ma voix s'ofant trop confier
Ce difcours m'échappa ; je ne le puis nier :
Comment , dis-je , mon Pere accablé de
d'âge ,
Et , fa force à prefent fervent mal fon courage,
Ne fe décharge- t- il avant qu'y fuccomber ,
D'un pénible fardeau qui le fera tomber ? &c.
tant
Voilà Venceflas inftruit d'un nouveau
crime qu'il pouvoit ignorer , & Ladiflas
très-imprudent de le confeffer ,fans y être
déterminé que par une plainte qui peut
n'être faite qu'au hazard. J'ai vu un pareil
trait dans une Comédie : Un Valet
pour obtenir grace pour un crime dont
on l'accufe , en confeffe plufieurs que fon
Maître ignore ; encore ce Valet eft-il plus
excufable, puifque l'épée dont on feint de
le vouloir percer , lui a troublé la raiſon;
au lieu que Ladiflas s'accufe de fang froid
devant un Pere qui l'aime , & qui vient
de lui dire :
Parlez , je gagnerai vaincu , plus que vainqueur
;
J. Vol. Je
DECEMBRE. 1730 : 2697
Je garde encor pour vous les fentimens d'un
Pere ;
Convainquéz-moi d'erreur ; elle me fera chere
-
Je fçais qu'on pourroit répondre à mon
objection ; que Ladiflas pouvoit fçavoir
qu'on avoit fait au Roy un fidele raport
de tout ce qui s'étoit dit à table ; mais
en ce cas là il faudroit en inftruire les
Spectateurs qui ne jugent pas d'après de
fuppofitions ; ainfi Ladiflas auroit dû dire
au Roy fon Pere : Je fçai qu'on vous a inf
trait ; ou l'équivalant. Il eft vrai qu'il
femble le dire par ce Vers :
J'apprends qu'on vous la dit , & ne m'en´ deffends
point.
Mais j'apprends, ne veut pas
dire qu'on
le lui ait apptis auparavant ; il feroit
bien plus pofitif de dire :je fçai qu'on
vous l'a dit
Ladiflas n'a garde de convenir que Ic
portrait que fon Pere vient de faire de
lui , foit d'après nature's bien loin delà
il l'accufe d'injufte prévention par ce'
Vers :
de ma part tout vous choque & vous
Encor que
bleffe , &c.
>
Pour ce qui regarde fa haine pour le
Giij Due I. Vol.
2698 MERCURE DE FRANCÈ
ſon Duc de Curlande,& fon averfion pour
Frere ,il ne s'abbaiffe à l'excufer que pour
,
s'y affermir. Voicy comme il s'explique :
J'en hais l'un , il eft vrai , cet Infolent Miniftre
,
Qui vous eft précieux autant qu'il m'eſt ſiniſtre ;
Vaillant , j'en fuis d'accord ; mais vain , fourbe ,
Aateur ,
Et de votre pouvoir , fecret ufurpateur , & c.
Mais s'il n'eft trop puiffant pour craindre ma
colere ,
Qu'il penfe murement au choix de fon falaire ,
&c.
&
Ce derniers vers fuppofe , comme il
eft expliqué un peu un peu auparavant
beaucoup plus dans la fuite , que Venceflas
a promis au Duc de lui accorder la
premiere grace qu'il lui demanderoit , en
faveur des fervices fignalez qu'il a rendus
à l'Etat. C'eſt pour cela que Ladiflas
ajoute :
Et que ce grand crédit qu'il poffede à la
Cour ,
S'il méconnoit mon rang , reſpecte mon amour,
Ou tout brillant qu'il eft , il lui fera frivole ,
Je n'ay point fans fujet , lâché cette parole ,
Quelques bruits m'ont appris jufqu'où vont fes
deffeins ;
I. Vol.
Et
DECEMBRË. 1730. 2699
Et c'eſt un des fujets , Seigneur , dont je më
plains.
Voicy ce qu'il dit au fujet de l'Infant.
Pour mon Frere , après fon infolence
Je ne puis m'emporter à trop de violence ;
Et de tous vos tourmens , la plus affreuſe horreur
Ne le fçauroit fouftraire à ma jufte fureur , &c.
L'humeur infléxible de ce Prince obli
ge fon Pere à prendre les voyes de la
douceur ; il convient qu'il s'eft trompés
il l'embraffe , & lui promet de l'affocier à
fon Thrône. C'eſt par là feulement qu'il
trouve le fecret de l'adoucir , & de lui
arracher ces paroles , peut-être peu finceres
;
>
De votre feul repos dépend toute ma joye ;
Et fi votre faveur , jufques -là fe déploye ,
Je ne l'accepterai que comme un noble emplois
Qui parmi vos fujets fera compter un Roy.
L'Infant vient pour fe juftifier du manque
de refpect dont fon Frere l'accufe ,
le Royle reçoit mal en apparence , & dit
à
part :
A quel étrange office , amour me réduis -tu ,
De faire accueil au vice & chaffer la vertu ?
1
I. Vol.
G iiij Ven
2700 MERCURE DE FRANCE
Venceslas ordonne à l'Infant de deman
der pardon à Ladiflas , & à Ladiſtas de
tendre les bras à fon Frere . Ladiflas n'obéit
qu'avec répugnance ; ce qu'il fait
connoître par ces Vers qu'il adreffe à l'Infant.
'Allez , & n'imputez cet excès d'indulgence ' ;
Qu'au pouvoir abſolu qui retient ma vengeance :
Le Roy fait appeller le Duc de Curlande
pour le réconcilier avec Ladiflas :
cette paix eft encore plus forcée que l'autre.
Venceflas preffe le Duc de lui demander
le prix qu'il lui a promis . Le
Duc lui obeït & s'explique ainfi :
Un fervage , Seigneur , plus doux que votre Em
pire ,
Des flammes & des fers font le prix où j'aſpire…..?
Ladiflas ne le laiffe
pas achever , &
lui dit :
Arrêtez , infolent , & c.
Le Duc fe tait par reſpect & ſe retire
avec l'Infant.
Le Roy ne peut plus retenir fa colere ,
il dit à ce Fils impétueux , qu'il ménage
mal l'efpoir du Diadême , & qu'il hazarde
même la tête qui le doit porter. Il le
quitte .
Je m'apperçus , Madame , que ces man-
I. Vol. ques
DECE MBRE. 1730: 2701
paques
de refpect , réïterés coup fur coup ;
en prefence d'un Roy ; vous revoltérent
pendant toute la réprefentation , je ne le
trouvai pas étrange , & je fentis ce que
vous fentiez . On auroit pû paffer de
reilles infultes dans les Tragedies qu'on
repreſentoit autrefois parmi des Républicains
; on ne cherchoit qu'à rendre les
Rois odieux ; mais dans un état monarchique
, on ne fçauroit trop refpecter le
facré caractere dont nos Maîtres font revêtus.
Dans la derniere Scene de ce premier
Acte on inftruit les Spectateurs de ce qui
a donné lieu à l'emportement de Ladif- .
las , & à l'infulte qu'il a faite au Duc en
prefence du Roy fon Pere. Ce Prince violent
croit que le Duc eft fon Rival. Ce--
pendant il ne fait que prêter fon nom
à l'Infant . Cela ne fera expofé qu'à la fin
de l'Acte fuivant , je crois qu'on auroit
mieux fait de nous en inftruire dès le
commencement de la Piéce.-
ACTE II
Theodore , Infante de Mofcovie , com
mence le fecond Acte avec Caffandre ,
Ducheffe de Cuniſberg . Elle lui parle ens
faveur de Ladiflas qui lui demande fas
main Caffandre s'en deffend par ces
Gy. Now
Vers :
LVola
2902 MERCURE DE FRANCE
Non , je ne puis fouffrir en quelque rang qu'if
monte ,
L'ennemi de ma gloire & l'Amant de ma honte ,
Et ne puis pour Epoux vouloir d'un ſuborneur ,
Qui voit qu'il a fans fruit attaqué mon honneur
L'Infant n'oublie rien pour appaifer
la jufte colere de Caffandre ; mais cette
derniere ne dément point ſa fermeté , &
découvre toute la turpitude des amours
de Ladiflas , par ces mots :
Ces deffeins criminels , ces efforts infolens ,
Ces libres entretiens , ces Meffages infames ,
. L'efperance du rapt dont il flattoit fes flammes ,
Et tant d'autres enfin dont il crut me toucher
Aufang de Cunisberg fe pourroient reprocher.
Je conviens avec vous , Madame,qu'un
amour auffi deshonorant que celui - là ,
n'eft pas fait pour la majefté de la Scene
Tragique, & qu'il doit faire rougir l'objet
à qui il s'adreffe . On a beau dire que
cela eft dans la nature ; il faudroit qu'il
fut dans la belle nature , & je doute qu'on
pafsât de pareilles images dans nos Comédies
d'aujourd'hui , tant le Théatre
eft épuré.
Ladiflas vient ſe joindre à fa four , pour
éblouir les yeux de Caffandre , par l'offre
d'une Couronne ; mais elle lui répond
avec une jufte indignation..
Me
DECEMBRE. 1730. 2703
Me parlez - vous d'Hymen & voudriez-vous.
pour femme
L'indigne & vil objet d'un impudique flamme ?
Moi ? Dieux ! moi ? la moitié d'un Roy d'un
Potentat !
Ah ! Prince , quel prefent feriez - vous à l'Etat >
De lui donner pour Reine une femme ſuſpecte
Et quelle qualité voulez - vous qu'il reſpecte ,
En un objet infame & fi peu refpecté ,
Que vos fales défirs ont tant follicité ?
Tranchons cette Scene , elle eft trop
révoltante. Ladiflas voyant que Caffandre
eft infléxible , s'emporte jufqu'à lui
dire , qu'il détefte fa vie à l'égal de la mort.
Caffandre faifit ce prétexte pour fe retirer.
Ladiflas court après elle ; il prie fa
foeur de la rappeller ; & fe repentant un
moment après de la priere qu'il vient
de lui faire; il dit qu'il veut oublier cette
ingrate pour jamais , & qu'il va preffer
fon Hymen avec le Duc qu'il croit fon
Rival, cette erreur produit une fituation ,
L'Infante qui fe croit aimée du Duc , &
qui l'aime en fecret , ne peut apprendre
fans douleur qu'il aime Caffandre. Elle /
fait connoître dans un Monologue ce qui
fe paffe dans fon coeur . On vient lui dire
que le Duc demande à lui parler. Elle le
fait renvoyer , fous prétexte d'une indif
1.Vol. Gvj pofi2704
MERCURE DE FRANCE
pofition . L'Infant vient pour fçavoir quelle
eft cette indifpofition ; il la confirme
dans fon erreur , il fait plus, il la prie de
fervir le Duc dans la recherche qu'il fait
de Caffandre ; l'Infante n'y peut plus tenir,
& fe retire , en difant :
Mon mal s'accroît , mon Frere , agréez ma re÷
traite.
Rien n'eft plus Théatral que ces fortes:
'de Scenes ; mais quand le Spectateur n'y
comprend rien , fon ignorance diminuë
fon plaifir ; il plaît enfin à l'Auteur de
nous mettre au fait , par un Monologue
qui finit ce fecond Acte ; & j'ofe avancer
que l'explication ne nous inftruit guére
mieux que le filence . Voicy comment
s'explique l'Infant dans fon Monologue.
O fenfible contrainte ! ô rigoureux ennui ,,
D'être obligé d'aimer deffous le nom d'autrui !
Outre que je pratique une ame prévenuë ,
Quel fruit peut tirer d'elle une flamme inconnuë?
Et que puis - je efperer fous cet afpect fatal ,
Qui cache le malade en découvrant le mal ? &c
Les deux premiers Vers nous apprennent
que l'Infant aime fous le nom d'au
trui ; mais les quatre fuivans me paroiffent
une énigme impénétrable : que veut
dire Rotrou , par ces mots ? Je pratique
L.. Kol.
une
DECEMBRE. 1730: 2705
1
une ame prévenuë ; & que pouvons - nous
entendre par cette flamme inconnue, & par
ce malade qui fe cache en découvrant le mal?
Eft ce que le Duc feint d'aimer Caffandre
aux yeux de Caffandre même ? Ne feroitil
pas plus naturel
que Caffandre fut inftruite
de l'amour de l'Infant , & qu'elle
confentit , pour des raifons de politique ,
à faire pafler le Duc pour fon Amant ?
Je crois que c'eft-là le deffein de l'Auteur
, quoique les expreffions femblent
infinuer le contraire ; quoiqu'il en foit ,
l'Infant ne devroit pas expofer , par cette
erreur , le Duc à la fureur de fon Frere ,-
pour s'en mettre à couvert lui- même.
D'ailleurs le Duc aimant l'Infante, com--
me nous le verrons dans la fuite , ne doit
pas naturellement le prêter à un artifice
qui le fait paffer pour Amant de Caf
fandre.
ACTE IM.-
Cet Acte paroît le plus deffectueux : Je
paffe légerement fur les premieres Scénes,
qui font tout-à-fait dénuées d'action . Let
Duc commence la premiere Scene par un
Monologue , dans lequel il réfléchit fur
la feinte maladie de l'Infante , pour lui
interdire fa préfence ; il préfume de cette
deffenfe, qu'elle eft inftruite de fon amour,
ou du moins qu'elle le foupçonne par le
L.Vol. demí.
2706 MERCURE DE FRANCE
1
demi aveu qu'il en a fait au Roy , quand
Ladiflas lui a deffendu d'achever ; il fe
détermine à aimer fans efperance .
Dans la feconde Scéne , l'Infant le
preffe de lui découvrir quels font fes.
chagrins ; ille foupçonne d'aimer Caffandre.
Le Duc détruit ce foupçon , fans
pourtant lui avouër fon veritable amour.
Dans la troifiéme , Caffandre preffe l'Infante
de la délivrer de la perfécution de
fon Frere, par l'Hymen dont il veut bien
l'honorer. Pour la quatrième , elle eſt
fi indigne du beau tragique , qu'il feroit
à fouhaiter qu'elle ne fut jamais fortie de
la plume d'un Auteur auffi refpectable
que Rotrou. En effet , quoi de plus bas
que ces Vers qui échapent à Ladiflas
dans une colere qui reffemble à un fang
froid. C'eft à Caffandre qu'il parle :
Je ne voi point en vous d'appas fi furprenans ,
Qu'ils vous doivent donner des titres éminens ;
Rien ne releve tant l'éclat de ce vifage ,
Où vous n'en mettez pas tous les traits en uſage ;
Vos yeux , ces beaux charmeurs , avec tous leurs
ap pas ,
Ne font point accufés de tant d'affaffinats , &c.
Pour moi qui fuis facile , & qui bien- tôt me
bleffe ,
Votre beauté m'a plû , j'avouerai ma foibleffe ;
Et m'a couté des foins , des devoirs & des pas ;
J. Vola Mais
DECEMBRE . 1730. 2707
Mais du deffein,je croi que vous n'en doutez pas,
&c.
Dérobant ma conquête elle m'étoit certaine ;
Mais je n'ai pas trouvé qu'elle en valût la peine.
Peut- on dire en face de fi grandes impertinences
? On a beau les excufer par le
caractere de l'Amant qui parle ; de pareils
caracteres ne doivent jamais entrer
dans la Tragedie.
Ladiflas fe croit fi bien guéri de fon
amour , qu'il promet au Duc , non - feulement
de ne plus s'oppofer à fon Hymen
avec Caffandre , mais même de le preffer .
Venceslas vient , il conjure le Duc de le
mettre en état de dégager la parole . Le
Duc le réfout enfin à s'expliquer , puifque
le Prince ne s'oppofe plus à fes défirs;
mais le Prince impetueux lui coupe encore
la parole , ce qui fait une efpece de Scéne"
doublée ; le Roy s'emporte pour la premiere
fois , jufqu'à l'appeller infolent. Ladiflas
daigne auffi s'excufer pour la pre
miere fois fur la violence d'une paffion
qu'il a vainement combattue. Il fort enfint
tout furieux , après avoir dit à fon Pere ::
Je fuis ma paffion , fuivez votre colere ;
Pour un Fils fans refpect , perdez l'amour d'un
Pere ;
Tranchez le cours du temps à mes jours deſtiné;
I. Vol
Ec
2708 MERCURE DE FRANCE
Ét reprenez le ſang que vous m'avez donné ; ·
Ou fi votre juſtice épargne encor ma tête ,-
De ce préfomptueux rejettez la requête ,
Et de fon infolence humiliez l'excès , '
Où fa mort à l'inftant en ſuivra le ſuccès.
Le Roy ordonne qu'on l'arrête ; c'eſt - là
le premier Acte d'autorité qu'il ait encore
fait contre un fi indigne Fils . Paffons
à l'Acte fuivant , nous y verrons une in
finité de beautez , contre un très - petit
nombre de deffauts.
ACTE IV..
L'action de cet Acte fe paffe pendant
le crepufcule du matin ; un fonge terrible
que l'Infante a fait , l'a obligée à
fortir de fon appartement ; ainfi ce fonge
qui d'abord paroît inutile, eft ingénieu
fement imaginé par l'Auteur , & donne
lieu à une tres - belle fituation , comme on
va le voir dans la feconde Scéne ; s'il y a
ya
quelque chofe à reprendre dans ce fonge,,
c'eft que l'Infante a vû ce qui n'eft pas
arrivé , & n'arrivera pas.
Hélas ! j'ai vu la main qui lui perçoit le flanc
J'ai vu porter le coup , j'ai vâ couler ſon fang ;
Du coup d'un autré main , j'ai vû voler fa tête
Pour recevoir fon corps j'ai vu la tombe prête .
I. Vol En
DECEMBRE: 1730. 2709
En effet ce n'eft pas à Ladiflas qu'on
a percé le flanc ; & pour ce qui regarde
eette tête qui vole du coup d'une autre
main ; le fonge n'eft , pour ainfi dire
qu'une Sentence comminatoire ; mais
voyons les beautez que cette légere faute
va produire.
"
Ladiflas paroit au fond du Théatre
bleffé au bras , foûtenu par Octave , font
confident. Voilà le fonge à demi expli
qué ; mais c'eft le coeur de l'Infante &
non du Prince , qui eft veritablement
percé. Ladiflas lui apprend qu'un avis
qu'Octave lui a donné de l'Hymen , du
Düc & de Caffandre , l'ayant mis au défefpoir
, l'a fait tranfporter au Palais de
cette Princeffe ; & qu'ayant apperçu le
Duc qui entroit dans fon appartement ,
il l'a bleffé à mort de trois coups de Poigard
; l'Infante ne pouvant plus contenir
fa douleur , à cette funefte nouvelle fe retire
pour dérober fa foibleffe aux yeux
de fon Frere : Elle fait connoître ce qui
fe paffe dans fon coeur par cet à parte :-
Mon coeur es -tu fi tendre ,
Qué de donner des pleurs à l'Epoux de Caffan
dre ,
Et vouloir mal au bras qui t'en a dégagé ?
Get Hymen t'offençoit , & fa mort t'a vengé.
Le jour qui commence à naître , oblige
I. Vol. La
C
2710 MERCURE DE FRANCÈ
Ladiflas à fe retirer ; mais Venceflas furvient
& l'apperçoit.Surpris de le voir levé
fi matin , il lui en demande la caufe , par
ces Vers :
Qui vous réveille donc avant que la lumiere ,
Ait du Soleil naiffant commencé la carriere.
"
Le Prince lui répond :
N'avez-vous pas auffi précédé fon réveil
Cela donne lieu à une tirade des plus
belles de la Piece. La voici , c'eft Vencel
las qui parle :
Oui , mais j'ai mes raiſons qui bornent mor
fommeil.
Je me voi , Ladiflas , au déclin de ma vie ,
Et fçachant que la mort l'aura bien - tôt ravie ,
Je dérobe au fommeil , image de la inort ;
Ce que je puis du temps qu'elle laiffe à mon
fort.
Près du terme fatal preſcrit par la nature
Et qui me fait du pied toucher ma ſépulture ,
De ces derniers inftants dont il preffe le cours ;
Ce que j'ôte à mes nuits , je l'ajoute à mes jours ,
Sur mon couchant enfin ma débile paupiere ,
Me ménage avec foin ce refte de lumiere ;
Mais quel foin peut du lit vous chaffer ſi matin
Vous à qui l'âge encore garde un fi long deſtin .
Ces beaux fentimens font fuivis d'un
I. Vol. coup
DECEMBRE. 1730. 2711
coup de théatre qui part de main de
Maître. Ladiflas preffé par fes remords
déclare à fon Pere qu'il vient de tuer le
Duc ; mais à peine a - t-il fait cet aveu ,
que le Duc paroît lui - même ; quelle
agréable furpriſe pour Venceflas la
que
nouvelle de la mort vient d'accabler ! &
quelle furprife pour Ladiflas qui croit
Favoir percé de trois coups de Poignard
!
Caffandre annoncée par le Duc , va bientôt
éclaicir cet affreux myftere ; elle vient
demander vengeance
de la mort de l'Infant.
yeux
de
Ce qui peut donner lieu à la critique
c'eſt un hors- d'oeuvre de cinquante vers ,
avant que de venir au fait. Je fçais , que
l'Auteur avoit befoin d'apprendre au Roy
que le Duc avoit prêté fon nom à l'Infant
, pour cacher fon amour aux
fon Frere ; mais cette expofition devoit
être placée ailleurs , ou mife icy en moins
de vers. Le refte de la Scene eft tres-pathetique;
elle jouë veritablement un peu trop
fur les mots. Vous en allez juger par ces
fragmens,
C'est votre propre fang , Seigneur , qu'on a
verfé ;
Votre vivant portrait qui fe trouve effacé ...
Vengez -moi , vengez-vous, & vengez un Epoux;
Que, veuve avant l'Hymen , je pleure à vos ge-
Mais поих.
2712 MERCURE DE FRANCE
Mais , apprenant , grand Roy , cet accident fi
niftre ,'
Hélas ! en pourriez - vous foupçonner le Miniftre?
Oui , votre fang fuffit , pour vous en faire foy ;
Il s'émeut , il vous parle, & pour & contre foy ,
Et par un fentiment enſemble horrible & tendre ,
Vous dit que Ladiſlas eſt méutrier d'Alexandre ...
Quel des deux fur vos fens fera le plus d'effort
De votre Fils meurtrier ou de votre Fils mort?
La douleur s'explique- t-elle en termes
fi recherchez ? Et n'eft- ce pas à l'efprit à fe
taire,quand c'eft au coeur feulement à par
ler?Je ne fçais même ſi ce vers tant vanté:
Votre Fils l'a tiré du fang de votre Fils :
eft digne d'être mis au rang des vers
frappés ; on doit convenir au moins què
l'expreffion n'en eft pas des plus juftes ;
en effet , Madame , un Poignard ne peutil
pas être tiré du fein , par une main innocente
, & même fecourable ?
Finiffons ce bel Acte. Venceslas promet
à la Ducheffe la punition du coupable . Il
ordonne à fon Fils de lui donner fon épée.
Ladiflas obéit , des Gardes le conduilent
au lieu de fureté ; le Roy dit au Duc :
De ma part donnez avis au Prince ,´
Què fa tête autrefois fi chere à la Province ,`
I. Vol. Doir
DECEMBRE . 1730. 2713
Doit fervir aujourd'hui d'un exemple fameux
Qui faffe détefter fon crime à nos neveux.
Venceflas fait connoître ce qui fe paſſe
dans fon coeur par cette exclamation .
Au gré
O ciel , ta Providence apparemment profpere ,
de mes
ſoupirs de deux Fils m'a fait Pere ,
Et l'un d'eux qui par l'autre aujourd'hui m'eft
ôté ,“
M'oblige à perdre encore celui qui m'eſt reſté .
7
Ce quatriéme Acte paffe pour être le
plus beau de la Piéce ; cependant celui
que nous allons voir , ne lui eft guére inférieur.
ACTE V.
que
Rien n'eft fi beau , que la réfolution
l'Infante forme dès le commencement ,
d'exiger du Duc qu'il borne à la grace de
Ladiflas la promeffe que le Roy lui a faite.
Le procédé du Duc n'eft pas moins heroïque
, il renonce à la poffeffion de l'objet
aimé , en faveur du plus mortel de fes
ennemis. La fituation de Venceflas eft des
plus touchantes , & fon ame des plus fer
mes. Il le fait connoître par ces Vers.
Tréve , tréve nature , aux fanglantes batailles
Qui , fi cruellement déchirent mes entrailles ,
Et me perçant le coeur le veulent partager ,
Entre mon Fils à perdre , & mon Fils à venger!
I. Vol. 发票
2714 MERCURE DE FRANCE
A ma juſtice en vain ta tendreffe eft contraire ,
Et dans le coeur du Roi cherche celui de
Je me fuis dépouillé de cette qualité ,
Et n'entends plus d'avis que ceux de l'équité, & c,
pere ;
La Scene qui fuit ce Monologue a des
beautés du premier ordre ; elle eſt entre
le pere & le fils. Je ne puis mieux en faire
fentir la force que par le Dialogue.
Ladiflas.
Venez-vous conſerver ou venger votre race ?
M'annoncez-vous , mon pere , ou ma mort , of
ma grace ?
Venceslas pleurant.
Embraffez-moi , mon fils .
Ladiflas
Seigneur , quelle bonté ?
Quel effet de tendreffe , & quelle nouveauté ?
Voulez - vous ou marquer , ou remettre mes peines
?
Et vos bras me font- ils des fayeurs , ou des chaî
nes ?
Venceslas pleurant toujours.
Avecque le dernier de mes embraffemens
Recevez de mon coeur les derniers fentimens,
Sçavez-vous de quel fang vous avez pris naiſfance
?
I. Vol. Ladiflas
DECEMBRE. 1730. 2715
Ladiflas.
Je l'ai mal témoigné ; mais j'en ai connoiffance.
Venceslas.
Sentez-vous de ce fang les nobles mouvemens ?
Ladiflas.
Si je ne les produis , j'en ai les fentimens.
Venceflas.
Enfin d'un grand effort vous fentez - vous capable
?
Ladifas.
Oui , puifque je réſiſte à l'ennui qui m'accable ,
Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loin.
Venceslas.
Armez-vous de vertu vous en avez beſoin.
;
Ladifas.
S'il eft tems de partir , mon ame eft toute prête,
Venceslas.
L'échafaut l'eſt auffi ; portez-y votre tête &c.
fon
Tout le refte de cette Scene répond
aux fentimens que ces deux Princes viennent
de faire paroître. Ladiflas fe foumet
à fon fort ; il témoigne pourtant que
pere porte un peu trop loin la vertu d'un
Monarque : voici comme il s'exprime par
un à parte.
2716 MERCURE DE FRANCE
O vertu trop fevere !
VinceДlas vit encor , & je n'ai plus de pere.
Vinceflas eft fi ferme dans la réfolutiqn
qu'il a prife de n'écouter que la voix de
la juftice , qu'il refufe la grace du Printe
aux larmes de l'Infante & à la genérofité
de Caffandre ; le Duc même n'eft pas fûr
de l'obtenir ; il ne la lui accorde , ni ne
la lui refufe , & il ne fe rend qu'à une
efpece de fédition du peuple.
S'il y a quelque chofe à cenfurer dans
ce cinquiéme Acte , c'eft d'avoir fait prendre
le change aux fpectateurs. La premiere
grace promife au Duc dès le commencement
de la Piéce , fembloit être le
grand coup refervé pour le dénouement :
je ne fçais , Madame , fi vous ne vous by
étiez pas attendue comme moi ; car, enfin
, à quoi bon cette récompenfe fi folemnellement
jurée au Duc pour avoir fauvé
l'Etat , fi elle ne devoit rien produire ?
je conviens qu'elle influe dans la grace
du-Prince ; mais j'aurois voulu qu'elle én
fut la caufe unique & néceffaire ; cependant
cela ne paroît nullement dans les
motifs de la grace. C'eft Venceflas qui
parle
Qui , ma fille , oui , Caffandre , oui , parole
oùi , nature
I. Vol. Qüii
DECEMBRE . 1730. 2717
K
Oui , peuple , il faut vouloir ce que vous fouhaitez
,
Et par vos fentimens regler mes volontés.
Je fçai que tous ces motifs enfemble
rendent la grace plus raifonnable ; mais
elle feroit plus theatrale, fi après avoir refifté
à toute autre follicitation , Venceflas
ne fe rendoit qu'à la foi promife ; le Duc
même s'en eft flatté , quand il a ofé dire
à fon Maître :
J'ai votre parole , & ce dépot facré
Contre votre refus m'eft un gage affuré.
Il ne me refte plus qu'à examiner l'abdication
; elle n'eft pas tout-à- fait hors
de portée des traits de la cenfure . Quel
eft le motif de cette abdication ? le voici :
La juftice eft aux Rois la Reine des vertus.
Mais cette juftice ordonne- t'elle qu'on
mette le fer entre les mains d'un furieux?
Qui peut répondre à Venceslas que le repentir
de fon fils foit fincere ? Ne vientpas
de dire lui-même à Caffandre ? il
Ce Lion eft dompté ; mais peut-être , Madame
,
Celui qui fi foumis vous déguiſe ſa flamme ,
Plus fier , plus violent qu'il n'a jamais été ,
Demain attenteroit fur votre honnêteté ;
I. Vel H Peut2718
MERCURE DE FRANCE
Peut- être qu'à mon fang fa main accoutumée
Contre mon propre fein demain feroit armée.
Ne vaudroit - il pas
mieux que Venceflas
employât le peu de tems qui lui reste à
vivre à rendre fon fils plus digne de regner
? Et devroit- il expofer fon peuple
aux malheurs attachés à la tyrannie ? un
changement fi promt eft toujours fufpect,
& furtout dans un Prince auffi plongé &
auffi affermi dans le crime que Ladiflas.
Pour moi , Madame , fi la vertu de Venceflas
n'avoit brillé dans toute la Piéce ,
je ferois tenté de croire qu'il punit le
peuple d'avoir défendu un Prince fi indigne
de le gouverner. En effet n'eft-ce
pas ici le langage du dépit :
Et le Peuple m'enſeigne
Voulant que vous viviez , qu'il eft las que je regne
.
Je n'examine point la force de cette
abdication ; il a plû à Rotrou de faire la
Couronne dePologne moitié hereditaire ,
moitié élective : Venceflas le fait connoître
par ces Vers :
Une Couronne , Prince & e.
En qui la voix des Grands & le commun fuffrage
M'ont d'un nombre d'Ayeuls confervé l'herita¬
ge &c.
Regnez ; après l'Etat j'ai droit de vous élire ,
I. Vol
Et
DECEMBRE 1730. 2719
Et donner , en mon fils , un pere à mon Empire
Quel Pere lui donne- t'il ? Eft - ce là cette
juftice dont il fait tant de parade ?
Vous voyez , Madame , par tout ce que
je viens de remarquer dans la Tragédie
de Venceflas , que vos dégouts pour cette
Piéce ont été affez fondés. Pouvoit-elle
plus mal finir que par la récompenfe du
crime , & par l'oppreffion de la vertu ?
il femble l'Auteur en ait voulu annoncer
la catastrophe dès le commencement
, quand il a fait dire à VenceЛlas :
que
A quel étrange office , Amour , me réduis - tu ,
De faire accueil au vice , & chaffer la vertų.
Ce dernier Vers eft une espece de prophetie
justifiée par un dénouement auquel
on ne fe feroit jamais attendu.
Cela n'empêche pas que cette Tragédie
ne foit remplie de grandes beautés , &
qu'elle n'ait au moins trois Actes dignes
du grand Corneille. Je ne doute point
Madame , que vous ne rendiez cette juftice
à un Ouvrage qui s'eft confervé ſi
long- tems fur notre Théatre , & qui peut
s'affurer de l'immortalité fur la foi des
derniers applaudiffemens qu'il vient de
recevoir. Permettez - moi de finir cette
Lettre , en vous renouvellant les témoignages
de la plus parfaite eftime.
fur la Tragedie de Venceflas.
Neté à peu fenfible aux beautez qui
E rougiffez pas , Madame , d'avoir
font répandues dans la Tragedie de Venceflas
; ce n'eft point par des applaudiffemens
qu'un efprit auffi délicat que le vôtre
doit fe déterminer. Un Acteur , tel que
Baron , peut prêter des graces aux endroits
d'une Tragédie , même les plus rebutanss
les fuffrages deviennent alors tres- équi-
I. Vol. yoques
2690 MERCURE DE FRANCE
voques , & l'on peut le tromper quand
on en fait honneur à l'Auteur.Ce n'eft pas
qu'il n'y ait de grandes beautez dans cette
Tragedie. Rotrou étoit un de ces génies
que la nature avare ne donne que de ſiécles
en fiécles ; le grand Corneille n'a pas
dédaigné de l'appeller fon Pere & lon
Maître;& fa fincerité avoit autant de part
que fa modeſtie à des noms fi glorieux ;
mais ce qui excitoit l'admiration dans un
temps où le Théatre ne faifoit que de naî
tre , ne va pas fi loin aujourd'hui ; on fe
contente d'eftimer ce qui a autrefois étonné
, & pour aller jufqu'à la furpriſe , on a
befoin de fe tranfporter au premier âge
des Muſes. Tel étoit celui de Rotrou , par
rapport à la Tragédie ; ceux qui avoient
travaillé avant lui dans ce genre de Poëfie
que Corneille & Racine ont élevé fi
haut , ne lui avoient rien laiffè qui pût
former fon goût ; de forte que la France
doit confiderer Rotrou comme le créateur
du Poëme Dramatique , & Corneille
comme le reftaurateur. Vous voyez ,
Madame , que cela pourroit fuffire pour
juftifier vos dégouts ; je veux aller plus
loin , & parcourir également les beautez
& les défauts de la Tragedie de Venceſlas
, pour pouvoir en porter un jugement
équitable.
1. Vol.
ACTE
DECEMBRE. 1730. 2691
Į
ACTE I.
Venceflas ouvre la Scene fuivi de
Ladifas & d'Alexandre fes fils ; il faut
retirer le dernier par ce vers adreffé à
tous les deux .
Prenez un fiége , Prince , & vous, Infant, ſortez.
Alexandre lui répond.
J'aurai le tort , Seigneur , fi vous ne m'écoutez.
Ce fecond vers eft un de ceux qu'il
faut renvoyer au vieux temps. J'aurai le
tort, n'eft plus françois , mais ce n'eft pas
la faute de l'Auteur . Que vous plaît-il ? cft
trop profaïque & trop vulgaire ; il n'étoit
pas tel du temps de Rotrou. Paffons
à quelque chofe de plus effentiel. Voici
des Vers dignes des fiécles les plus éclai
rez ; c'eſt Venceflas qui parle à Ladiflas.
Prêtez- moi , Ladiflas , le coeur avec Poreille
J'attends toujours du temps qu'il meuriffe le
fruit ,
Que pour me fucceder , ma couche m'a produit
Et je croyois , mon Fils , votre Mere immor,
relle ,
Par le refte qu'en vous elle me laiffa d'elle ;
Mais hélas ! ce portrait qu'elle s'étoit tracé ,
Perd beaucoup de fon luftre , & s'eft bien effacé
Ne
2692 MERCURE DE FRANC .
:
Ne diroit - on pas que c'eft Corneille
qui parle ? Ces Vers nous auroient , fans
doute , fait prendre le change , s'ils n'avoient
été précédez de cet à parte de
Ladiflas.
Que la Vieilleffe fouffre , & fait fouffrir autrui !
Oyons les beaux avis qu'un flatteur lui confeille
:
Quelle difparate ! tout ce que Venceflas
dit dans cette Scene , eft mêlé de petites
fautes , & de grandes beautez ; les
fautes font dans l'expreffion , les beautez
dans les penfées . Il y a pourtant dans ces
dernieres quelque chofe qui dégrade le
pompeux Dramatique : C'eft l'indigne
portrait que Venceflas fait d'un Fils qui
doit lui fucceder , & qui lui fuccede en
effet à la fin de la pièce. Le voicy ce
Portrait ;
S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde
,
Rarement le Soleil rend la lumiere au monde ;
Que le premier rayon qu'il répand icy bas ,
N'y découvre quelqu'un de vos affaffinats.
Où du moins on vous tient en fi mauvaiſe eftime,
Qu'innocent ou coupable , on vous charge du
crime ,
Et que vous offenfant d'un foupçon éternel ,
Aux bras du fommeil même, on vous fait criminel.
I. Vol. Quel
DECEMBRE . 1730. 2693
Quel correctif que ces quatre derniers
vers ! dans quelle eftime doit être un
Prince à qui on impute tous les crimes
que la nuit a dérobés aux regards du Public
? De pareils caracteres ont-ils jamais
dû entrer dans une Tragédie ? Mais dans
le refte de la Piéce , les difcours & les actions
de ce monftre iront plus loin que
le portrait.
Ce qu'il y a de plus furprenant , c'eſt
que Ladiflas , tel qu'il eft , trouve encore
le fecret de le faire aimer. On en peut ju¬
ger par ces Vers.:
Par le fecret pouvoir d'un charme que j'ignore,
Quoiqu'on vous meſeftime , on vous chérit encore
;
Vicieux , on vous craint , mais vous plaifez heureux
Et pour vous l'on confond le murmure & les
voeux.
J'avoue, Madame , que je ne comprends
pas le vrai fens de ce vers :
Vicieux , on vous craint ; mais vous plaifez heureux.
Vicieux & heureux, nefont pas faits pour
faire une jufte oppofition ; l'Auteur ne
voudroit-il pas dire , que malgré les vices
qui le font craindre , Ladiflas a le bon-
I. Vol
.G heur
2694 MERCURE DE FRANCE
heur de plaire ? Quoique ce vers puifle
fignifier , on ne fçauroit difconvenir qu'il
n'ait un fens bien louche . Mais que de
beautés fuivent ces petits deffauts ! Vous
en allez juger par cette belle tirade : c'eft
toujours Venceslas qui parle à fon Fils.
Ah ! méritez , mon Fils , que cet amour vous
dure ;
Pour conferyer les voeux , étouffez le murmure
Et regnez dans les coeurs par un fort dépendant
Plus de votre vertu que de votre aſcendant ;
Par elle rendez - vous digne du diadême ;
Né pour donner des loix , commencez par vous
même ;
Et que vos paffions , ces rebelles fujets ,
De cette noble ardeur foient les premiers objets .
Par ce genre de regne , il faut meriter l'autre
Par ce dégré , mon Fils , mon Thône fera vô
tre.
Mes Etats , mes Sujets , tout fléchira fous vous
Et , fujet de vous feul , vous regnerez fur tous .
>
2
?
Quand on trouve de fi grandes beautez
de détail dans une Piéce , on eft prefque
forcé à faire grace aux vices du fond;
& c'eft en cela feulement , Madame , que
je trouve vos dégouts injuftes . Voyons le
refte de cette Scene , qui eft dans le genre
déliberatif. Venceslas dans la leçon
qu'il fait à fon Fils , appuye fur trois
I. Vol, points
DECEMBRE . 1730. 2695
points ; fçavoir , fur les mauvais dépor
temens de fon Fils , fur fa haine pour fon
premier Miniftre , & fur l'averfion qu'il
a pour l'Infant. Ladiflas s'attache à répondre
exactement aux objections ; mais
il commence par convenir d'un reproche
que fon Pere ne lui a fait que d'une maniere
vague. Le voici :
Vous n'avez rien de Roy , que le défir de Pêtre
;
Et ce défir , dit -on , peu difcret & trop promt
En fouffre avec ennui le bandeau fur mon front.
Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage,
Et n'ofant m'attaquer , vous attaquez mon âge ,
&c.
Ce reproche doit- il obliger Ladiflas à
confeffer à fon Pere & à fon Roy , qu'il
eft vrai qu'il fouhaite la Couronne , &
qu'il lui eft échapé quelques difcours ?
Il fait plus , il cite le jour , où il a parlé
fi indifcretement fur une matiére fi délicate
:
Au retour de la Chaffe , hier affifté des micas
&c.
A quoi n'expofe- t-il pas les plus affidez
amis ? Sera- t- il bien difficile au Roy
de les difcerner ; il n'a qu'à fçavoir qui
font ceux qui l'ont fuivi à la Chaffe &
I. Voln Gij qui
2696 MERCURE DE FRANCE
qui ont foupé avec lui. Voicy ce qu'il
avoie lui être échappé :
Moy , fans m'imaginer vous faire aucune injure
,
Je coulai mes avis dans ce libre murmure ,
Et mon fein à ma voix s'ofant trop confier
Ce difcours m'échappa ; je ne le puis nier :
Comment , dis-je , mon Pere accablé de
d'âge ,
Et , fa force à prefent fervent mal fon courage,
Ne fe décharge- t- il avant qu'y fuccomber ,
D'un pénible fardeau qui le fera tomber ? &c.
tant
Voilà Venceflas inftruit d'un nouveau
crime qu'il pouvoit ignorer , & Ladiflas
très-imprudent de le confeffer ,fans y être
déterminé que par une plainte qui peut
n'être faite qu'au hazard. J'ai vu un pareil
trait dans une Comédie : Un Valet
pour obtenir grace pour un crime dont
on l'accufe , en confeffe plufieurs que fon
Maître ignore ; encore ce Valet eft-il plus
excufable, puifque l'épée dont on feint de
le vouloir percer , lui a troublé la raiſon;
au lieu que Ladiflas s'accufe de fang froid
devant un Pere qui l'aime , & qui vient
de lui dire :
Parlez , je gagnerai vaincu , plus que vainqueur
;
J. Vol. Je
DECEMBRE. 1730 : 2697
Je garde encor pour vous les fentimens d'un
Pere ;
Convainquéz-moi d'erreur ; elle me fera chere
-
Je fçais qu'on pourroit répondre à mon
objection ; que Ladiflas pouvoit fçavoir
qu'on avoit fait au Roy un fidele raport
de tout ce qui s'étoit dit à table ; mais
en ce cas là il faudroit en inftruire les
Spectateurs qui ne jugent pas d'après de
fuppofitions ; ainfi Ladiflas auroit dû dire
au Roy fon Pere : Je fçai qu'on vous a inf
trait ; ou l'équivalant. Il eft vrai qu'il
femble le dire par ce Vers :
J'apprends qu'on vous la dit , & ne m'en´ deffends
point.
Mais j'apprends, ne veut pas
dire qu'on
le lui ait apptis auparavant ; il feroit
bien plus pofitif de dire :je fçai qu'on
vous l'a dit
Ladiflas n'a garde de convenir que Ic
portrait que fon Pere vient de faire de
lui , foit d'après nature's bien loin delà
il l'accufe d'injufte prévention par ce'
Vers :
de ma part tout vous choque & vous
Encor que
bleffe , &c.
>
Pour ce qui regarde fa haine pour le
Giij Due I. Vol.
2698 MERCURE DE FRANCÈ
ſon Duc de Curlande,& fon averfion pour
Frere ,il ne s'abbaiffe à l'excufer que pour
,
s'y affermir. Voicy comme il s'explique :
J'en hais l'un , il eft vrai , cet Infolent Miniftre
,
Qui vous eft précieux autant qu'il m'eſt ſiniſtre ;
Vaillant , j'en fuis d'accord ; mais vain , fourbe ,
Aateur ,
Et de votre pouvoir , fecret ufurpateur , & c.
Mais s'il n'eft trop puiffant pour craindre ma
colere ,
Qu'il penfe murement au choix de fon falaire ,
&c.
&
Ce derniers vers fuppofe , comme il
eft expliqué un peu un peu auparavant
beaucoup plus dans la fuite , que Venceflas
a promis au Duc de lui accorder la
premiere grace qu'il lui demanderoit , en
faveur des fervices fignalez qu'il a rendus
à l'Etat. C'eſt pour cela que Ladiflas
ajoute :
Et que ce grand crédit qu'il poffede à la
Cour ,
S'il méconnoit mon rang , reſpecte mon amour,
Ou tout brillant qu'il eft , il lui fera frivole ,
Je n'ay point fans fujet , lâché cette parole ,
Quelques bruits m'ont appris jufqu'où vont fes
deffeins ;
I. Vol.
Et
DECEMBRË. 1730. 2699
Et c'eſt un des fujets , Seigneur , dont je më
plains.
Voicy ce qu'il dit au fujet de l'Infant.
Pour mon Frere , après fon infolence
Je ne puis m'emporter à trop de violence ;
Et de tous vos tourmens , la plus affreuſe horreur
Ne le fçauroit fouftraire à ma jufte fureur , &c.
L'humeur infléxible de ce Prince obli
ge fon Pere à prendre les voyes de la
douceur ; il convient qu'il s'eft trompés
il l'embraffe , & lui promet de l'affocier à
fon Thrône. C'eſt par là feulement qu'il
trouve le fecret de l'adoucir , & de lui
arracher ces paroles , peut-être peu finceres
;
>
De votre feul repos dépend toute ma joye ;
Et fi votre faveur , jufques -là fe déploye ,
Je ne l'accepterai que comme un noble emplois
Qui parmi vos fujets fera compter un Roy.
L'Infant vient pour fe juftifier du manque
de refpect dont fon Frere l'accufe ,
le Royle reçoit mal en apparence , & dit
à
part :
A quel étrange office , amour me réduis -tu ,
De faire accueil au vice & chaffer la vertu ?
1
I. Vol.
G iiij Ven
2700 MERCURE DE FRANCE
Venceslas ordonne à l'Infant de deman
der pardon à Ladiflas , & à Ladiſtas de
tendre les bras à fon Frere . Ladiflas n'obéit
qu'avec répugnance ; ce qu'il fait
connoître par ces Vers qu'il adreffe à l'Infant.
'Allez , & n'imputez cet excès d'indulgence ' ;
Qu'au pouvoir abſolu qui retient ma vengeance :
Le Roy fait appeller le Duc de Curlande
pour le réconcilier avec Ladiflas :
cette paix eft encore plus forcée que l'autre.
Venceflas preffe le Duc de lui demander
le prix qu'il lui a promis . Le
Duc lui obeït & s'explique ainfi :
Un fervage , Seigneur , plus doux que votre Em
pire ,
Des flammes & des fers font le prix où j'aſpire…..?
Ladiflas ne le laiffe
pas achever , &
lui dit :
Arrêtez , infolent , & c.
Le Duc fe tait par reſpect & ſe retire
avec l'Infant.
Le Roy ne peut plus retenir fa colere ,
il dit à ce Fils impétueux , qu'il ménage
mal l'efpoir du Diadême , & qu'il hazarde
même la tête qui le doit porter. Il le
quitte .
Je m'apperçus , Madame , que ces man-
I. Vol. ques
DECE MBRE. 1730: 2701
paques
de refpect , réïterés coup fur coup ;
en prefence d'un Roy ; vous revoltérent
pendant toute la réprefentation , je ne le
trouvai pas étrange , & je fentis ce que
vous fentiez . On auroit pû paffer de
reilles infultes dans les Tragedies qu'on
repreſentoit autrefois parmi des Républicains
; on ne cherchoit qu'à rendre les
Rois odieux ; mais dans un état monarchique
, on ne fçauroit trop refpecter le
facré caractere dont nos Maîtres font revêtus.
Dans la derniere Scene de ce premier
Acte on inftruit les Spectateurs de ce qui
a donné lieu à l'emportement de Ladif- .
las , & à l'infulte qu'il a faite au Duc en
prefence du Roy fon Pere. Ce Prince violent
croit que le Duc eft fon Rival. Ce--
pendant il ne fait que prêter fon nom
à l'Infant . Cela ne fera expofé qu'à la fin
de l'Acte fuivant , je crois qu'on auroit
mieux fait de nous en inftruire dès le
commencement de la Piéce.-
ACTE II
Theodore , Infante de Mofcovie , com
mence le fecond Acte avec Caffandre ,
Ducheffe de Cuniſberg . Elle lui parle ens
faveur de Ladiflas qui lui demande fas
main Caffandre s'en deffend par ces
Gy. Now
Vers :
LVola
2902 MERCURE DE FRANCE
Non , je ne puis fouffrir en quelque rang qu'if
monte ,
L'ennemi de ma gloire & l'Amant de ma honte ,
Et ne puis pour Epoux vouloir d'un ſuborneur ,
Qui voit qu'il a fans fruit attaqué mon honneur
L'Infant n'oublie rien pour appaifer
la jufte colere de Caffandre ; mais cette
derniere ne dément point ſa fermeté , &
découvre toute la turpitude des amours
de Ladiflas , par ces mots :
Ces deffeins criminels , ces efforts infolens ,
Ces libres entretiens , ces Meffages infames ,
. L'efperance du rapt dont il flattoit fes flammes ,
Et tant d'autres enfin dont il crut me toucher
Aufang de Cunisberg fe pourroient reprocher.
Je conviens avec vous , Madame,qu'un
amour auffi deshonorant que celui - là ,
n'eft pas fait pour la majefté de la Scene
Tragique, & qu'il doit faire rougir l'objet
à qui il s'adreffe . On a beau dire que
cela eft dans la nature ; il faudroit qu'il
fut dans la belle nature , & je doute qu'on
pafsât de pareilles images dans nos Comédies
d'aujourd'hui , tant le Théatre
eft épuré.
Ladiflas vient ſe joindre à fa four , pour
éblouir les yeux de Caffandre , par l'offre
d'une Couronne ; mais elle lui répond
avec une jufte indignation..
Me
DECEMBRE. 1730. 2703
Me parlez - vous d'Hymen & voudriez-vous.
pour femme
L'indigne & vil objet d'un impudique flamme ?
Moi ? Dieux ! moi ? la moitié d'un Roy d'un
Potentat !
Ah ! Prince , quel prefent feriez - vous à l'Etat >
De lui donner pour Reine une femme ſuſpecte
Et quelle qualité voulez - vous qu'il reſpecte ,
En un objet infame & fi peu refpecté ,
Que vos fales défirs ont tant follicité ?
Tranchons cette Scene , elle eft trop
révoltante. Ladiflas voyant que Caffandre
eft infléxible , s'emporte jufqu'à lui
dire , qu'il détefte fa vie à l'égal de la mort.
Caffandre faifit ce prétexte pour fe retirer.
Ladiflas court après elle ; il prie fa
foeur de la rappeller ; & fe repentant un
moment après de la priere qu'il vient
de lui faire; il dit qu'il veut oublier cette
ingrate pour jamais , & qu'il va preffer
fon Hymen avec le Duc qu'il croit fon
Rival, cette erreur produit une fituation ,
L'Infante qui fe croit aimée du Duc , &
qui l'aime en fecret , ne peut apprendre
fans douleur qu'il aime Caffandre. Elle /
fait connoître dans un Monologue ce qui
fe paffe dans fon coeur . On vient lui dire
que le Duc demande à lui parler. Elle le
fait renvoyer , fous prétexte d'une indif
1.Vol. Gvj pofi2704
MERCURE DE FRANCE
pofition . L'Infant vient pour fçavoir quelle
eft cette indifpofition ; il la confirme
dans fon erreur , il fait plus, il la prie de
fervir le Duc dans la recherche qu'il fait
de Caffandre ; l'Infante n'y peut plus tenir,
& fe retire , en difant :
Mon mal s'accroît , mon Frere , agréez ma re÷
traite.
Rien n'eft plus Théatral que ces fortes:
'de Scenes ; mais quand le Spectateur n'y
comprend rien , fon ignorance diminuë
fon plaifir ; il plaît enfin à l'Auteur de
nous mettre au fait , par un Monologue
qui finit ce fecond Acte ; & j'ofe avancer
que l'explication ne nous inftruit guére
mieux que le filence . Voicy comment
s'explique l'Infant dans fon Monologue.
O fenfible contrainte ! ô rigoureux ennui ,,
D'être obligé d'aimer deffous le nom d'autrui !
Outre que je pratique une ame prévenuë ,
Quel fruit peut tirer d'elle une flamme inconnuë?
Et que puis - je efperer fous cet afpect fatal ,
Qui cache le malade en découvrant le mal ? &c
Les deux premiers Vers nous apprennent
que l'Infant aime fous le nom d'au
trui ; mais les quatre fuivans me paroiffent
une énigme impénétrable : que veut
dire Rotrou , par ces mots ? Je pratique
L.. Kol.
une
DECEMBRE. 1730: 2705
1
une ame prévenuë ; & que pouvons - nous
entendre par cette flamme inconnue, & par
ce malade qui fe cache en découvrant le mal?
Eft ce que le Duc feint d'aimer Caffandre
aux yeux de Caffandre même ? Ne feroitil
pas plus naturel
que Caffandre fut inftruite
de l'amour de l'Infant , & qu'elle
confentit , pour des raifons de politique ,
à faire pafler le Duc pour fon Amant ?
Je crois que c'eft-là le deffein de l'Auteur
, quoique les expreffions femblent
infinuer le contraire ; quoiqu'il en foit ,
l'Infant ne devroit pas expofer , par cette
erreur , le Duc à la fureur de fon Frere ,-
pour s'en mettre à couvert lui- même.
D'ailleurs le Duc aimant l'Infante, com--
me nous le verrons dans la fuite , ne doit
pas naturellement le prêter à un artifice
qui le fait paffer pour Amant de Caf
fandre.
ACTE IM.-
Cet Acte paroît le plus deffectueux : Je
paffe légerement fur les premieres Scénes,
qui font tout-à-fait dénuées d'action . Let
Duc commence la premiere Scene par un
Monologue , dans lequel il réfléchit fur
la feinte maladie de l'Infante , pour lui
interdire fa préfence ; il préfume de cette
deffenfe, qu'elle eft inftruite de fon amour,
ou du moins qu'elle le foupçonne par le
L.Vol. demí.
2706 MERCURE DE FRANCE
1
demi aveu qu'il en a fait au Roy , quand
Ladiflas lui a deffendu d'achever ; il fe
détermine à aimer fans efperance .
Dans la feconde Scéne , l'Infant le
preffe de lui découvrir quels font fes.
chagrins ; ille foupçonne d'aimer Caffandre.
Le Duc détruit ce foupçon , fans
pourtant lui avouër fon veritable amour.
Dans la troifiéme , Caffandre preffe l'Infante
de la délivrer de la perfécution de
fon Frere, par l'Hymen dont il veut bien
l'honorer. Pour la quatrième , elle eſt
fi indigne du beau tragique , qu'il feroit
à fouhaiter qu'elle ne fut jamais fortie de
la plume d'un Auteur auffi refpectable
que Rotrou. En effet , quoi de plus bas
que ces Vers qui échapent à Ladiflas
dans une colere qui reffemble à un fang
froid. C'eft à Caffandre qu'il parle :
Je ne voi point en vous d'appas fi furprenans ,
Qu'ils vous doivent donner des titres éminens ;
Rien ne releve tant l'éclat de ce vifage ,
Où vous n'en mettez pas tous les traits en uſage ;
Vos yeux , ces beaux charmeurs , avec tous leurs
ap pas ,
Ne font point accufés de tant d'affaffinats , &c.
Pour moi qui fuis facile , & qui bien- tôt me
bleffe ,
Votre beauté m'a plû , j'avouerai ma foibleffe ;
Et m'a couté des foins , des devoirs & des pas ;
J. Vola Mais
DECEMBRE . 1730. 2707
Mais du deffein,je croi que vous n'en doutez pas,
&c.
Dérobant ma conquête elle m'étoit certaine ;
Mais je n'ai pas trouvé qu'elle en valût la peine.
Peut- on dire en face de fi grandes impertinences
? On a beau les excufer par le
caractere de l'Amant qui parle ; de pareils
caracteres ne doivent jamais entrer
dans la Tragedie.
Ladiflas fe croit fi bien guéri de fon
amour , qu'il promet au Duc , non - feulement
de ne plus s'oppofer à fon Hymen
avec Caffandre , mais même de le preffer .
Venceslas vient , il conjure le Duc de le
mettre en état de dégager la parole . Le
Duc le réfout enfin à s'expliquer , puifque
le Prince ne s'oppofe plus à fes défirs;
mais le Prince impetueux lui coupe encore
la parole , ce qui fait une efpece de Scéne"
doublée ; le Roy s'emporte pour la premiere
fois , jufqu'à l'appeller infolent. Ladiflas
daigne auffi s'excufer pour la pre
miere fois fur la violence d'une paffion
qu'il a vainement combattue. Il fort enfint
tout furieux , après avoir dit à fon Pere ::
Je fuis ma paffion , fuivez votre colere ;
Pour un Fils fans refpect , perdez l'amour d'un
Pere ;
Tranchez le cours du temps à mes jours deſtiné;
I. Vol
Ec
2708 MERCURE DE FRANCE
Ét reprenez le ſang que vous m'avez donné ; ·
Ou fi votre juſtice épargne encor ma tête ,-
De ce préfomptueux rejettez la requête ,
Et de fon infolence humiliez l'excès , '
Où fa mort à l'inftant en ſuivra le ſuccès.
Le Roy ordonne qu'on l'arrête ; c'eſt - là
le premier Acte d'autorité qu'il ait encore
fait contre un fi indigne Fils . Paffons
à l'Acte fuivant , nous y verrons une in
finité de beautez , contre un très - petit
nombre de deffauts.
ACTE IV..
L'action de cet Acte fe paffe pendant
le crepufcule du matin ; un fonge terrible
que l'Infante a fait , l'a obligée à
fortir de fon appartement ; ainfi ce fonge
qui d'abord paroît inutile, eft ingénieu
fement imaginé par l'Auteur , & donne
lieu à une tres - belle fituation , comme on
va le voir dans la feconde Scéne ; s'il y a
ya
quelque chofe à reprendre dans ce fonge,,
c'eft que l'Infante a vû ce qui n'eft pas
arrivé , & n'arrivera pas.
Hélas ! j'ai vu la main qui lui perçoit le flanc
J'ai vu porter le coup , j'ai vâ couler ſon fang ;
Du coup d'un autré main , j'ai vû voler fa tête
Pour recevoir fon corps j'ai vu la tombe prête .
I. Vol En
DECEMBRE: 1730. 2709
En effet ce n'eft pas à Ladiflas qu'on
a percé le flanc ; & pour ce qui regarde
eette tête qui vole du coup d'une autre
main ; le fonge n'eft , pour ainfi dire
qu'une Sentence comminatoire ; mais
voyons les beautez que cette légere faute
va produire.
"
Ladiflas paroit au fond du Théatre
bleffé au bras , foûtenu par Octave , font
confident. Voilà le fonge à demi expli
qué ; mais c'eft le coeur de l'Infante &
non du Prince , qui eft veritablement
percé. Ladiflas lui apprend qu'un avis
qu'Octave lui a donné de l'Hymen , du
Düc & de Caffandre , l'ayant mis au défefpoir
, l'a fait tranfporter au Palais de
cette Princeffe ; & qu'ayant apperçu le
Duc qui entroit dans fon appartement ,
il l'a bleffé à mort de trois coups de Poigard
; l'Infante ne pouvant plus contenir
fa douleur , à cette funefte nouvelle fe retire
pour dérober fa foibleffe aux yeux
de fon Frere : Elle fait connoître ce qui
fe paffe dans fon coeur par cet à parte :-
Mon coeur es -tu fi tendre ,
Qué de donner des pleurs à l'Epoux de Caffan
dre ,
Et vouloir mal au bras qui t'en a dégagé ?
Get Hymen t'offençoit , & fa mort t'a vengé.
Le jour qui commence à naître , oblige
I. Vol. La
C
2710 MERCURE DE FRANCÈ
Ladiflas à fe retirer ; mais Venceflas furvient
& l'apperçoit.Surpris de le voir levé
fi matin , il lui en demande la caufe , par
ces Vers :
Qui vous réveille donc avant que la lumiere ,
Ait du Soleil naiffant commencé la carriere.
"
Le Prince lui répond :
N'avez-vous pas auffi précédé fon réveil
Cela donne lieu à une tirade des plus
belles de la Piece. La voici , c'eft Vencel
las qui parle :
Oui , mais j'ai mes raiſons qui bornent mor
fommeil.
Je me voi , Ladiflas , au déclin de ma vie ,
Et fçachant que la mort l'aura bien - tôt ravie ,
Je dérobe au fommeil , image de la inort ;
Ce que je puis du temps qu'elle laiffe à mon
fort.
Près du terme fatal preſcrit par la nature
Et qui me fait du pied toucher ma ſépulture ,
De ces derniers inftants dont il preffe le cours ;
Ce que j'ôte à mes nuits , je l'ajoute à mes jours ,
Sur mon couchant enfin ma débile paupiere ,
Me ménage avec foin ce refte de lumiere ;
Mais quel foin peut du lit vous chaffer ſi matin
Vous à qui l'âge encore garde un fi long deſtin .
Ces beaux fentimens font fuivis d'un
I. Vol. coup
DECEMBRE. 1730. 2711
coup de théatre qui part de main de
Maître. Ladiflas preffé par fes remords
déclare à fon Pere qu'il vient de tuer le
Duc ; mais à peine a - t-il fait cet aveu ,
que le Duc paroît lui - même ; quelle
agréable furpriſe pour Venceflas la
que
nouvelle de la mort vient d'accabler ! &
quelle furprife pour Ladiflas qui croit
Favoir percé de trois coups de Poignard
!
Caffandre annoncée par le Duc , va bientôt
éclaicir cet affreux myftere ; elle vient
demander vengeance
de la mort de l'Infant.
yeux
de
Ce qui peut donner lieu à la critique
c'eſt un hors- d'oeuvre de cinquante vers ,
avant que de venir au fait. Je fçais , que
l'Auteur avoit befoin d'apprendre au Roy
que le Duc avoit prêté fon nom à l'Infant
, pour cacher fon amour aux
fon Frere ; mais cette expofition devoit
être placée ailleurs , ou mife icy en moins
de vers. Le refte de la Scene eft tres-pathetique;
elle jouë veritablement un peu trop
fur les mots. Vous en allez juger par ces
fragmens,
C'est votre propre fang , Seigneur , qu'on a
verfé ;
Votre vivant portrait qui fe trouve effacé ...
Vengez -moi , vengez-vous, & vengez un Epoux;
Que, veuve avant l'Hymen , je pleure à vos ge-
Mais поих.
2712 MERCURE DE FRANCE
Mais , apprenant , grand Roy , cet accident fi
niftre ,'
Hélas ! en pourriez - vous foupçonner le Miniftre?
Oui , votre fang fuffit , pour vous en faire foy ;
Il s'émeut , il vous parle, & pour & contre foy ,
Et par un fentiment enſemble horrible & tendre ,
Vous dit que Ladiſlas eſt méutrier d'Alexandre ...
Quel des deux fur vos fens fera le plus d'effort
De votre Fils meurtrier ou de votre Fils mort?
La douleur s'explique- t-elle en termes
fi recherchez ? Et n'eft- ce pas à l'efprit à fe
taire,quand c'eft au coeur feulement à par
ler?Je ne fçais même ſi ce vers tant vanté:
Votre Fils l'a tiré du fang de votre Fils :
eft digne d'être mis au rang des vers
frappés ; on doit convenir au moins què
l'expreffion n'en eft pas des plus juftes ;
en effet , Madame , un Poignard ne peutil
pas être tiré du fein , par une main innocente
, & même fecourable ?
Finiffons ce bel Acte. Venceslas promet
à la Ducheffe la punition du coupable . Il
ordonne à fon Fils de lui donner fon épée.
Ladiflas obéit , des Gardes le conduilent
au lieu de fureté ; le Roy dit au Duc :
De ma part donnez avis au Prince ,´
Què fa tête autrefois fi chere à la Province ,`
I. Vol. Doir
DECEMBRE . 1730. 2713
Doit fervir aujourd'hui d'un exemple fameux
Qui faffe détefter fon crime à nos neveux.
Venceflas fait connoître ce qui fe paſſe
dans fon coeur par cette exclamation .
Au gré
O ciel , ta Providence apparemment profpere ,
de mes
ſoupirs de deux Fils m'a fait Pere ,
Et l'un d'eux qui par l'autre aujourd'hui m'eft
ôté ,“
M'oblige à perdre encore celui qui m'eſt reſté .
7
Ce quatriéme Acte paffe pour être le
plus beau de la Piéce ; cependant celui
que nous allons voir , ne lui eft guére inférieur.
ACTE V.
que
Rien n'eft fi beau , que la réfolution
l'Infante forme dès le commencement ,
d'exiger du Duc qu'il borne à la grace de
Ladiflas la promeffe que le Roy lui a faite.
Le procédé du Duc n'eft pas moins heroïque
, il renonce à la poffeffion de l'objet
aimé , en faveur du plus mortel de fes
ennemis. La fituation de Venceflas eft des
plus touchantes , & fon ame des plus fer
mes. Il le fait connoître par ces Vers.
Tréve , tréve nature , aux fanglantes batailles
Qui , fi cruellement déchirent mes entrailles ,
Et me perçant le coeur le veulent partager ,
Entre mon Fils à perdre , & mon Fils à venger!
I. Vol. 发票
2714 MERCURE DE FRANCE
A ma juſtice en vain ta tendreffe eft contraire ,
Et dans le coeur du Roi cherche celui de
Je me fuis dépouillé de cette qualité ,
Et n'entends plus d'avis que ceux de l'équité, & c,
pere ;
La Scene qui fuit ce Monologue a des
beautés du premier ordre ; elle eſt entre
le pere & le fils. Je ne puis mieux en faire
fentir la force que par le Dialogue.
Ladiflas.
Venez-vous conſerver ou venger votre race ?
M'annoncez-vous , mon pere , ou ma mort , of
ma grace ?
Venceslas pleurant.
Embraffez-moi , mon fils .
Ladiflas
Seigneur , quelle bonté ?
Quel effet de tendreffe , & quelle nouveauté ?
Voulez - vous ou marquer , ou remettre mes peines
?
Et vos bras me font- ils des fayeurs , ou des chaî
nes ?
Venceslas pleurant toujours.
Avecque le dernier de mes embraffemens
Recevez de mon coeur les derniers fentimens,
Sçavez-vous de quel fang vous avez pris naiſfance
?
I. Vol. Ladiflas
DECEMBRE. 1730. 2715
Ladiflas.
Je l'ai mal témoigné ; mais j'en ai connoiffance.
Venceslas.
Sentez-vous de ce fang les nobles mouvemens ?
Ladiflas.
Si je ne les produis , j'en ai les fentimens.
Venceflas.
Enfin d'un grand effort vous fentez - vous capable
?
Ladifas.
Oui , puifque je réſiſte à l'ennui qui m'accable ,
Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loin.
Venceslas.
Armez-vous de vertu vous en avez beſoin.
;
Ladifas.
S'il eft tems de partir , mon ame eft toute prête,
Venceslas.
L'échafaut l'eſt auffi ; portez-y votre tête &c.
fon
Tout le refte de cette Scene répond
aux fentimens que ces deux Princes viennent
de faire paroître. Ladiflas fe foumet
à fon fort ; il témoigne pourtant que
pere porte un peu trop loin la vertu d'un
Monarque : voici comme il s'exprime par
un à parte.
2716 MERCURE DE FRANCE
O vertu trop fevere !
VinceДlas vit encor , & je n'ai plus de pere.
Vinceflas eft fi ferme dans la réfolutiqn
qu'il a prife de n'écouter que la voix de
la juftice , qu'il refufe la grace du Printe
aux larmes de l'Infante & à la genérofité
de Caffandre ; le Duc même n'eft pas fûr
de l'obtenir ; il ne la lui accorde , ni ne
la lui refufe , & il ne fe rend qu'à une
efpece de fédition du peuple.
S'il y a quelque chofe à cenfurer dans
ce cinquiéme Acte , c'eft d'avoir fait prendre
le change aux fpectateurs. La premiere
grace promife au Duc dès le commencement
de la Piéce , fembloit être le
grand coup refervé pour le dénouement :
je ne fçais , Madame , fi vous ne vous by
étiez pas attendue comme moi ; car, enfin
, à quoi bon cette récompenfe fi folemnellement
jurée au Duc pour avoir fauvé
l'Etat , fi elle ne devoit rien produire ?
je conviens qu'elle influe dans la grace
du-Prince ; mais j'aurois voulu qu'elle én
fut la caufe unique & néceffaire ; cependant
cela ne paroît nullement dans les
motifs de la grace. C'eft Venceflas qui
parle
Qui , ma fille , oui , Caffandre , oui , parole
oùi , nature
I. Vol. Qüii
DECEMBRE . 1730. 2717
K
Oui , peuple , il faut vouloir ce que vous fouhaitez
,
Et par vos fentimens regler mes volontés.
Je fçai que tous ces motifs enfemble
rendent la grace plus raifonnable ; mais
elle feroit plus theatrale, fi après avoir refifté
à toute autre follicitation , Venceflas
ne fe rendoit qu'à la foi promife ; le Duc
même s'en eft flatté , quand il a ofé dire
à fon Maître :
J'ai votre parole , & ce dépot facré
Contre votre refus m'eft un gage affuré.
Il ne me refte plus qu'à examiner l'abdication
; elle n'eft pas tout-à- fait hors
de portée des traits de la cenfure . Quel
eft le motif de cette abdication ? le voici :
La juftice eft aux Rois la Reine des vertus.
Mais cette juftice ordonne- t'elle qu'on
mette le fer entre les mains d'un furieux?
Qui peut répondre à Venceslas que le repentir
de fon fils foit fincere ? Ne vientpas
de dire lui-même à Caffandre ? il
Ce Lion eft dompté ; mais peut-être , Madame
,
Celui qui fi foumis vous déguiſe ſa flamme ,
Plus fier , plus violent qu'il n'a jamais été ,
Demain attenteroit fur votre honnêteté ;
I. Vel H Peut2718
MERCURE DE FRANCE
Peut- être qu'à mon fang fa main accoutumée
Contre mon propre fein demain feroit armée.
Ne vaudroit - il pas
mieux que Venceflas
employât le peu de tems qui lui reste à
vivre à rendre fon fils plus digne de regner
? Et devroit- il expofer fon peuple
aux malheurs attachés à la tyrannie ? un
changement fi promt eft toujours fufpect,
& furtout dans un Prince auffi plongé &
auffi affermi dans le crime que Ladiflas.
Pour moi , Madame , fi la vertu de Venceflas
n'avoit brillé dans toute la Piéce ,
je ferois tenté de croire qu'il punit le
peuple d'avoir défendu un Prince fi indigne
de le gouverner. En effet n'eft-ce
pas ici le langage du dépit :
Et le Peuple m'enſeigne
Voulant que vous viviez , qu'il eft las que je regne
.
Je n'examine point la force de cette
abdication ; il a plû à Rotrou de faire la
Couronne dePologne moitié hereditaire ,
moitié élective : Venceflas le fait connoître
par ces Vers :
Une Couronne , Prince & e.
En qui la voix des Grands & le commun fuffrage
M'ont d'un nombre d'Ayeuls confervé l'herita¬
ge &c.
Regnez ; après l'Etat j'ai droit de vous élire ,
I. Vol
Et
DECEMBRE 1730. 2719
Et donner , en mon fils , un pere à mon Empire
Quel Pere lui donne- t'il ? Eft - ce là cette
juftice dont il fait tant de parade ?
Vous voyez , Madame , par tout ce que
je viens de remarquer dans la Tragédie
de Venceflas , que vos dégouts pour cette
Piéce ont été affez fondés. Pouvoit-elle
plus mal finir que par la récompenfe du
crime , & par l'oppreffion de la vertu ?
il femble l'Auteur en ait voulu annoncer
la catastrophe dès le commencement
, quand il a fait dire à VenceЛlas :
que
A quel étrange office , Amour , me réduis - tu ,
De faire accueil au vice , & chaffer la vertų.
Ce dernier Vers eft une espece de prophetie
justifiée par un dénouement auquel
on ne fe feroit jamais attendu.
Cela n'empêche pas que cette Tragédie
ne foit remplie de grandes beautés , &
qu'elle n'ait au moins trois Actes dignes
du grand Corneille. Je ne doute point
Madame , que vous ne rendiez cette juftice
à un Ouvrage qui s'eft confervé ſi
long- tems fur notre Théatre , & qui peut
s'affurer de l'immortalité fur la foi des
derniers applaudiffemens qu'il vient de
recevoir. Permettez - moi de finir cette
Lettre , en vous renouvellant les témoignages
de la plus parfaite eftime.
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Résumé : LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
La lettre examine la tragédie 'Venceslas' de Rotrou, reconnue par Corneille comme une œuvre majeure. L'auteur admire les grandes beautés de la pièce, mais note que certaines qualités autrefois admirées ne sont plus aussi impressionnantes aujourd'hui. Rotrou est considéré comme le créateur du poème dramatique en France, tandis que Corneille en est le restaurateur. L'auteur analyse des extraits de la pièce, notamment une scène où Venceslas, suivi de ses fils Ladislas et Alexandre, ouvre l'acte. Il critique certains vers pour leur archaïsme ou leur vulgarité, tout en admirant les pensées profondes exprimées. Il mentionne des défauts dans l'expression et des beautés dans les idées, mais note que certains passages dévaluent le caractère pompeux du drame. La lettre explore également les relations complexes entre les personnages, notamment les sentiments ambigus de Ladislas, qui est à la fois craint et aimé malgré ses vices. L'auteur admire certaines tirades de Venceslas, qui contiennent des beautés de détail, mais critique les défauts de fond de la pièce. Dans l'Acte II, Théodore, Infante de Moscovie, commence avec Caffandre, Duchesse de Cunisberg. Caffandre refuse la demande en mariage de Ladislas, le qualifiant d'ennemi de sa gloire et de suborneur. Ladislas tente d'apaiser sa colère, mais Caffandre révèle les turpitudes des amours de Ladislas. Ladislas propose ensuite à Caffandre une couronne, mais elle réagit avec indignation, refusant d'être l'objet d'une flamme impudique. Ladislas, voyant l'inflexibilité de Caffandre, s'emporte et menace de se venger. L'Infante, qui aime secrètement le Duc, est peinée d'apprendre que le Duc aime Caffandre. L'Acte III est jugé défectueux, notamment en raison de scènes indignes et de dialogues imprudents de Ladislas. Ladislas promet au Duc de ne plus s'opposer à son hymen avec Caffandre, mais une altercation avec son père, le Roi, conduit à son arrestation. Dans l'Acte IV, un songe de l'Infante révèle une vision funeste. Ladislas apparaît blessé, ayant tenté de tuer le Duc par jalousie. Le Duc survit, et Caffandre demande vengeance pour la mort de l'Infant. La pièce se conclut par des révélations dramatiques et des déclarations émotionnelles intenses. Venceslas, le roi, ordonne l'exécution de son fils Ladislas, coupable d'un crime, malgré les supplications de l'Infante et du Duc. L'Infante exige que le Duc se contente de la grâce de Ladislas, et le Duc renonce à l'objet de son amour en faveur de son ennemi. Venceslas exprime sa douleur face à la perte de ses deux fils. Dans une scène poignante, Venceslas et Ladislas partagent un moment émouvant avant l'exécution. Ladislas reconnaît ses fautes mais trouve la vertu de se soumettre à son sort. Venceslas, malgré les supplications, refuse la grâce à Ladislas, même face aux larmes de l'Infante et à la générosité de Cassandre. Il abdique finalement sous la pression du peuple, bien que cette décision soit critiquée pour son manque de sagesse et de justice. La pièce se termine par une réflexion sur la récompense du crime et l'oppression de la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16062
p. 138-139
MUSIQUE.
Début :
ON trouve chez M. de la Chevardiere, rue du Roule, à la Croix d'or : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
ON trouve chez M. de la Chevardiere,
rue du Roule, à la Croix d'or :
PREMIER , SECOND & TROISIÈME
CONCERTO de STAMITZ , pour le
Violon obligé , avec accompagnement
de Violons , Alto & Baffe , Hautbois &
Cors , prix 3 liv. 12 f. chacun. Mis au
jour par M. de la Chevardiere , & fe ven-
dent chez lui , rue du Roule , à la Croix
d'or.
SINFONIE PERIODIQUE , nº. 58 ,
DEL SIGNOR TOESCHI , avec Haut-
bois , prix 2 liv. 8 f. à la même adreffe.
JANVIER. 1764.
139
SINFONIE PERIODIQUE , nº. 59 x
DEL SIGNOR VANMALDER ,
Hautbois , prix idem.
avec
MENUET à grande Orcheſtre , par
M. GRANIER , & tel qu'on l'exécute
dans les Entr'actes de la Comédie Ita-
lienne , prix 2 liv. 8. f.
SIX SONATES de Clavecin , par M.
CHARPENTIER , Organiſte & ordinaire
de l'Académie des Beaux-Arts à Lyon ,
prix 9 liv. à la même adreſſè.
Douziéme & dernier Recueil des
RECREATIONS CHANTANTES , par
M. LEGAT DE FURCY , mêlé de petits
Airs , Parodies chantées à la Comédie
Italienne. Prix 3 liv. Les onze premiers
Recueils font du même prix , & dans le
même genre.
Six Duo à deux Violons ou Man-
dolines , par M. LEONE , de Naples.
Prix 6 liv. à la même adreffe , rue du
Roule , à la Croix d'or.
On trouve chez le même Marchand
toutes les Cantatilles , Motets , & Re-
cueils d'Airs tendres , Duo , & avec ac-
compagnement, de feu M. LEFEBVRE,
Organiſte de S. Louis en l'Ifle , dont le
Sieur de la Chevardiere a acquis le fonds ,
ainfi que de celles de M. MALVAUX..
ON trouve chez M. de la Chevardiere,
rue du Roule, à la Croix d'or :
PREMIER , SECOND & TROISIÈME
CONCERTO de STAMITZ , pour le
Violon obligé , avec accompagnement
de Violons , Alto & Baffe , Hautbois &
Cors , prix 3 liv. 12 f. chacun. Mis au
jour par M. de la Chevardiere , & fe ven-
dent chez lui , rue du Roule , à la Croix
d'or.
SINFONIE PERIODIQUE , nº. 58 ,
DEL SIGNOR TOESCHI , avec Haut-
bois , prix 2 liv. 8 f. à la même adreffe.
JANVIER. 1764.
139
SINFONIE PERIODIQUE , nº. 59 x
DEL SIGNOR VANMALDER ,
Hautbois , prix idem.
avec
MENUET à grande Orcheſtre , par
M. GRANIER , & tel qu'on l'exécute
dans les Entr'actes de la Comédie Ita-
lienne , prix 2 liv. 8. f.
SIX SONATES de Clavecin , par M.
CHARPENTIER , Organiſte & ordinaire
de l'Académie des Beaux-Arts à Lyon ,
prix 9 liv. à la même adreſſè.
Douziéme & dernier Recueil des
RECREATIONS CHANTANTES , par
M. LEGAT DE FURCY , mêlé de petits
Airs , Parodies chantées à la Comédie
Italienne. Prix 3 liv. Les onze premiers
Recueils font du même prix , & dans le
même genre.
Six Duo à deux Violons ou Man-
dolines , par M. LEONE , de Naples.
Prix 6 liv. à la même adreffe , rue du
Roule , à la Croix d'or.
On trouve chez le même Marchand
toutes les Cantatilles , Motets , & Re-
cueils d'Airs tendres , Duo , & avec ac-
compagnement, de feu M. LEFEBVRE,
Organiſte de S. Louis en l'Ifle , dont le
Sieur de la Chevardiere a acquis le fonds ,
ainfi que de celles de M. MALVAUX..
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16063
p. 138-146
GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Début :
LA Littérature a été enrichie cette année d'une très belle édition des Contes [...]
Mots clefs :
Contes, Format, Papiers, Caractères, Culs-de-lampe, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
GRAVURE.
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
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Résumé : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Le texte décrit une édition des Contes de La Fontaine publiée en 1763 à Amsterdam. Cette édition, composée de deux volumes in-octavo, se distingue par un soin particulier apporté au texte, épuré selon les éditions contemporaines de l'auteur et respectant son orthographe. Le format, le papier et les caractères reflètent un choix élégant et raffiné. Le premier tome s'ouvre par un éloge historique du poète. Les deux volumes sont enrichis de 140 gravures, incluant des portraits, des estampes, des fleurons, des vignettes et des culs-de-lampe. Les portraits de La Fontaine et du défunteur sont gravés par Fiquet. Les dessins des estampes et des vignettes sont réalisés par Eisen, qui a su exprimer l'intérêt et le sentiment dans plusieurs sujets. Les gravures sont également l'œuvre de Aliamet, Lemire, Phlipart et Longueil. Les culs-de-lampe et fleurons sont réalisés par Choffard, qui a utilisé le genre arabe pour refléter la grâce, la légèreté et la naïveté des Contes. Les allégories et ornements sont choisis pour correspondre au caractère poétique des Contes. Cette édition est disponible chez plusieurs libraires, dont Lambert et Duchefne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16064
p. 141-159
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Début :
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre, Monsieur, est très important par [...]
Mots clefs :
Claveau , Matière, Mouton, Insertion, Éruption, Fièvre, Boutons
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
Fermer
16065
p. 140-141
SOIRÉES DE CHOISY-LE-ROY. DEUXIÉME Recueil, chez l'Auteur, Parvis Notre-Dame, près la porte du Cloître, & aux Adresses ordinaires. LETTRE de M. LEGAT DE FURCY à M. DE LA PLACE.
Début :
JE VOUS prie, Monsieur, d'annoncer le plutôt que vous pourrez , mon deuxiéme [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SOIRÉES DE CHOISY-LE-ROY. DEUXIÉME Recueil, chez l'Auteur, Parvis Notre-Dame, près la porte du Cloître, & aux Adresses ordinaires. LETTRE de M. LEGAT DE FURCY à M. DE LA PLACE.
SOIRÉES DE CHOISY-LE-ROY.
DEUXIÉME Recueil, chez l'Auteur,
Parvis Notre-Dame, près la porte
du Cloître, & aux Adresses ordinaires.
LETTRE de M. LEGAT DE FURCY
à M. DE LA PLACE.
JE VOUS prie, Monsieur, d'annoncer
le plutôt que vous pourrez , mon deuxiéme
Recueil des Soirées de Choify-le-
Roy , qui eft en vente de cette femaine ,
quoique j'euffe promis de le faire pa-
roître au commencement de Janvier der-
nier, Plufieurs raifons m'en ont empê-
ché ; la première , mon Journal Ly-,
rique , qui me prenoit beaucoup de
temps ; la feconde , c'eft que le premier
Recueil de mes Soirées , que vous avez
eu la complaifance d'annoncer , ayant
été accueilli , on ne peut pas mieux , du
Public , j'ai cru devoir redoubler de foins
pour me rendre digne de fes bontés. Il
a paru defirer des Accompagnemens de
Violons & de Baffe à tous les Airs. C'eft
ce que j'ai fait , même aux plus petits ,
}
JANVIER. 1764:
TX147
de ce fecond Recueil. J'ai chiffré les
Baffes , pour que les perfonnes qui jouent
de la Harpe puiffent accompagner. J'ai
encore voulu que ces mêmes Airs , qui
ont des Accompagnemens , puiffent fe
chanter feuls , au défaut de Violons &
de
Baffes. Je vous prie de vouloir
bien entrer dans ces petits détails , parce
que je les crois néceffaires. Vous ferez ,
je crois , fatisfait du choix des Paroles ,
qui font de plufieurs Auteurs connus
comme Meffieurs Vadé, Peffellier, Men-
telle , &c.
Je joins ici la Copie d'une Lettre que
M. de Voltaire m'a fait l'honneur de
m'écrire. Comme fon fuffrage eft d'un
grand poids pour qui aime les Arts , &
qu'il ne contribue pas peu à donner de
l'émulation à qui les cultive , je vous
prie de vouloir bien en faire mention.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DEUXIÉME Recueil, chez l'Auteur,
Parvis Notre-Dame, près la porte
du Cloître, & aux Adresses ordinaires.
LETTRE de M. LEGAT DE FURCY
à M. DE LA PLACE.
JE VOUS prie, Monsieur, d'annoncer
le plutôt que vous pourrez , mon deuxiéme
Recueil des Soirées de Choify-le-
Roy , qui eft en vente de cette femaine ,
quoique j'euffe promis de le faire pa-
roître au commencement de Janvier der-
nier, Plufieurs raifons m'en ont empê-
ché ; la première , mon Journal Ly-,
rique , qui me prenoit beaucoup de
temps ; la feconde , c'eft que le premier
Recueil de mes Soirées , que vous avez
eu la complaifance d'annoncer , ayant
été accueilli , on ne peut pas mieux , du
Public , j'ai cru devoir redoubler de foins
pour me rendre digne de fes bontés. Il
a paru defirer des Accompagnemens de
Violons & de Baffe à tous les Airs. C'eft
ce que j'ai fait , même aux plus petits ,
}
JANVIER. 1764:
TX147
de ce fecond Recueil. J'ai chiffré les
Baffes , pour que les perfonnes qui jouent
de la Harpe puiffent accompagner. J'ai
encore voulu que ces mêmes Airs , qui
ont des Accompagnemens , puiffent fe
chanter feuls , au défaut de Violons &
de
Baffes. Je vous prie de vouloir
bien entrer dans ces petits détails , parce
que je les crois néceffaires. Vous ferez ,
je crois , fatisfait du choix des Paroles ,
qui font de plufieurs Auteurs connus
comme Meffieurs Vadé, Peffellier, Men-
telle , &c.
Je joins ici la Copie d'une Lettre que
M. de Voltaire m'a fait l'honneur de
m'écrire. Comme fon fuffrage eft d'un
grand poids pour qui aime les Arts , &
qu'il ne contribue pas peu à donner de
l'émulation à qui les cultive , je vous
prie de vouloir bien en faire mention.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
16066
p. 1340-1345
Essay Médicophysique sur la Saignée, [titre d'après la table]
Début :
On va imprimer du même Auteur, un autre Livre intitulé : Essai de la Medicophysique [...]
Mots clefs :
Médicophysique, Lois de la mécanique, Saignée, Révulsion, Pulsation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay Médicophysique sur la Saignée, [titre d'après la table]
On va imprimer du même Auteur , un
autre Livre intitulé : Essai de la Medico
physique sur les effets de la Saignée . Cet Essai
a 3. parties .
Dans la premiere , on établit sur les
Loix de la Mechanique & de l'Hydrauli
que , les principes généraux des Effets de
la Saignée. L'acceleration , la dérivation
et la révulsion . Dans la seconde , on dé
termine les Effets de chaque Saignée en
particulier , et on donne le calcul de la
quantité de ces Effets . Le dernier article de
cette deuxième partie , contient la Des
cription d'une machine inventée par l'Au
teur , laquelle copie non-seulement les
organes de la circulation naturelle , mais
même en imite les Phénomenes , comme
le battement du coeur , la pulsation des
Arteres , et la circulation réelle d'une Li
queur contenue dans cette Machine . L'Au
teur prétend par cette même machine dé
terminer méchaniquement les Effets de
chaque Saignée ; il en donne les moyens.
Il promet d'ajoûter dans l'exécution , les
fonctions & les filtrations dans les prin
cipaux Visceres ; d'où il résultera une es
pece d'homme artificiel . Enfin dans la
troisième partie , il réfute quelques Ou
vrages récemment publiés sur cette Ma
tiere.
end
iL. Vol.
Re
JUIN. 1731.
1341
1
RECUEIL de Danses de Ville
, pour
l'Année 1731. de la composition de M.
Blondy , Compositeur de Ballets de l'A
cadémie Royale de Musique , et Pension
naire du Roy ; mis au jour par le fieur
Rameau , seul Privilegié du Roy pour la
correction et augmentation de la Choré
graphie. La Musique est gravée parJ. L.
Renou. Prix 1. 1. 10. f. A Paris , Chez
l'Auteur , Faubourg Saint Germain , ruë de
Bussi , à la Cour Imperiale : le sieur Boivin ,
ruë Saint Honoré , à la Régle d'Or : le fieur
Le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
L'Abbé de la Grive , Auteur du Nou
veau Plan de Paris en six feuilles , vient
de mettre au jour , la seconde Feuille de
sa Carte des Environs de Paris , qui com
prend le Cours de la Marne , jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et Cha
teaux détachés , depuis le Château de
Vincennes jusqu'à Torcy , d'Occident en
Orient , et depuis la Forêt de Livri ; jus
qu'au Bois de S. Martin en Brie , du Nord
au Midy ; avec les chemins qui commu
niquent des uns aux autres. Le tout levé
sur les lieux , et détaillé de sorte qu'on
y reconnoît distinctement les Plans des
belles Maisons comprises dans cette
1.Vel étenduë.
1342 MERCURE DE FRANCE
étendue. Elle se vend chez l'Auteur , Cloî
tre S. Benoît. Il donnera à la fin de cette
année , la troisiéme feüille qui compren
dra le côté de la Brie.
>
M. Servandoni , Peintre d'Architec
ture et de Perspective , Florentin , Eleve
du Signor Jean Paul Panini , fut reçû à
l'Académie Royale de Peinture et de Scul
ture le 26. du mois dernier avec toute
la distinction que merite son habileté. II
s'eft fait une grande réputation , par
plusieurs Ouvrages généralement esti
mezzentr'autres par ses belles Décorations
d'Opera , et en dernier lieu , par celle
du Palais du Soleil , qui a été admirée
de tout le monde.
M. Servandoni , qui a été reçu sur ua
très - beau Tableau en hauteur , représen
tantjun Temple et des ruines , que l'Aca
démie garde , travaille actuellement à un
Plan , Profil et Elevation d'une Eglise ,
avec tout le dévelopement , en dessein et
en relief , pour être reçu à l'Académie
Royale d'Architecture.
.
Il fut posé le 17. Mars dernier , sur le
Maîtte Hôtel de l'Eglise de S. Jean en
Gréve , un groupe de Marbre , repré
sentant le Baptême , que Jesus- Chrift obli
1. Vol gc
JUI N. 1731 1343
e SaintJean de lui donner ; chaque fi
gure ayant cinq pieds neuf pouces de
proportion. Notre Seigneur est du côté
de l'Evangile , un genouil sur le coin d'u
ne Roche , les mains croisées sur l'estomac,
s'inclinant vers Saint Jean pour recevoir
le Baptême. Saint Jean est debout de
l'autre côté , versant de l'Eau avec une
coquille sur la Tête du Sauveur. Il paroît
dans un respectueux étonnement de ce
que son Maître lui demande ce qu'il de
vroit recevoir de lui . Ces deux Figures
se groupent avec le Rocher d'où sort la
Source du Jourdain : ce qui fait un excel
lent morceau dans le grand et dans le
simple , dont les connoisseurs les plus
délicats sont satisfaits . On saisit surtout
avec plaisir l'expression que l'habile Scul
pteur a sçû mettre dans la Teste du Christ
et de S. Jean , pour marquer sensible
`ment , et sans outrer , la difference de la
natute divine & de la nature humaine.
Ce monument dont M. Esnault , Curé
de la Paroisse de Saint Jean , a voulu dé
corer son Eglise , a été fait par Jean- Bap
ptiste le Moyne Fils , Sculpteur de l'Aca
démie Royale , agé de vingt six ans , le
quel n'a été que deux ans et demi à faire
cet Ouvrage.
Le Sieur le Moyne vient d'être choisi
I. Vol.
pour
7344 MERCURE DE FRANCE
pour fondre une Statue Equestre du Roy
que la Ville de Bordeaux doit faire éle
ver dans une place que l'on construit ex
près , et dont M. Gabriel , Premier Ar
chitecte du Roy , a donné les desseins.
Lorsque que cet Ouvrage sera plus avan
cé nous en donnerons une Description .
Nous sommes priez de demander
aux personnes versées dans les étymo
logies ou origines de certaines expres
sions , qui sont d'un usage familier dans
notre langue , la raison ou le fonde
ment des termes suivans. De longue main.
Qui refuse muse. Couper l'herbe sous les pieds.
Lafoire n'est pas sur le Pont. J'ai une dent
contre lui. Il ont eu castille ensemble . Faire
des Châteaux en Espagne . Tourner la Truye
aufoin. La vache a bon pied. Nul n'est
Prophete en son Païs , &c. et autres comme
venu la gueule enfarinée . Connu comme le
Loupgris , et autres semblables manieres
de parler , dont la taison , ou l'allegoric
ne se presente pas à l'esprit.
On apprend d'Amsterdam , qu'on y vendra
publiquement le 15. Aoust prochain , le fameux
Cabinet de feu M. Jacob Walravin , consistant
en une collection d'Agathes Orientales , aussi ra
res que belles , peintes interieurement par arti
fice , et non peintes , plaques et autres Pieces ex
=
I. Vol. traor
JUIN. 1731 . 1345
traordinaire. Pierres gravées en creux et en relief,
& c.
JEAN SWART , Libraire à la Haye , y ven
dra publiquement au mois de Septembre prochain,
un fameux Cabinet de Coquilles , Ecailles Co
rails , Plantes et insectes Maritimes , des Coquil
les ou Ecailles très-bien et très - ingênieusement
gravées par le célebre Belleguin, de très belles Fi
gures en Yvoire et en Bois , de Pierres antiques en
agathe, onix,sardoine , cornalines,sur tout des Tê
tes ; Bassins et Soucoupes d'Agathe et de Jaspe ;
quantité de Mineraux , &c Les Curieux qui
voudront acheter quelques morceaux à la main ,
pourront s'addresser au sieur Swart , qui leur en
fera bonne composition.
On donne Avis au Pablic , que le sieur Pierre
Martin , Négociant à Cette , vient de composer
une Liqueur,qu'on appelle Eau délicieuse , qui est
supérieure en bonté à toutes celles qu'on a faites
jusqu'à present ; elle imite parfaitement bien la
véritable Eau de Barbarde , et elle est admirable
pour les meaux d'Estomac et pour la Colique , elle
ne se vend que IS. fla Bouteille, qui contient en
viron le demi - Septier de Paris , et la demi- Bou
teille 8. f. Ceux qui en souhaiteront , pourront
s'addresser à quelqu'un à Cette , ou à Montpel
lier , ou à droiture au Sieur Martin , qui leur en
fera tenir à l'endroit où ils voudront.
1346 MERCURE DE FRANCE
*** $$3
MUSETTE EN RONDEAU.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
A
C
V
R
C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
autre Livre intitulé : Essai de la Medico
physique sur les effets de la Saignée . Cet Essai
a 3. parties .
Dans la premiere , on établit sur les
Loix de la Mechanique & de l'Hydrauli
que , les principes généraux des Effets de
la Saignée. L'acceleration , la dérivation
et la révulsion . Dans la seconde , on dé
termine les Effets de chaque Saignée en
particulier , et on donne le calcul de la
quantité de ces Effets . Le dernier article de
cette deuxième partie , contient la Des
cription d'une machine inventée par l'Au
teur , laquelle copie non-seulement les
organes de la circulation naturelle , mais
même en imite les Phénomenes , comme
le battement du coeur , la pulsation des
Arteres , et la circulation réelle d'une Li
queur contenue dans cette Machine . L'Au
teur prétend par cette même machine dé
terminer méchaniquement les Effets de
chaque Saignée ; il en donne les moyens.
Il promet d'ajoûter dans l'exécution , les
fonctions & les filtrations dans les prin
cipaux Visceres ; d'où il résultera une es
pece d'homme artificiel . Enfin dans la
troisième partie , il réfute quelques Ou
vrages récemment publiés sur cette Ma
tiere.
end
iL. Vol.
Re
JUIN. 1731.
1341
1
RECUEIL de Danses de Ville
, pour
l'Année 1731. de la composition de M.
Blondy , Compositeur de Ballets de l'A
cadémie Royale de Musique , et Pension
naire du Roy ; mis au jour par le fieur
Rameau , seul Privilegié du Roy pour la
correction et augmentation de la Choré
graphie. La Musique est gravée parJ. L.
Renou. Prix 1. 1. 10. f. A Paris , Chez
l'Auteur , Faubourg Saint Germain , ruë de
Bussi , à la Cour Imperiale : le sieur Boivin ,
ruë Saint Honoré , à la Régle d'Or : le fieur
Le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
L'Abbé de la Grive , Auteur du Nou
veau Plan de Paris en six feuilles , vient
de mettre au jour , la seconde Feuille de
sa Carte des Environs de Paris , qui com
prend le Cours de la Marne , jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et Cha
teaux détachés , depuis le Château de
Vincennes jusqu'à Torcy , d'Occident en
Orient , et depuis la Forêt de Livri ; jus
qu'au Bois de S. Martin en Brie , du Nord
au Midy ; avec les chemins qui commu
niquent des uns aux autres. Le tout levé
sur les lieux , et détaillé de sorte qu'on
y reconnoît distinctement les Plans des
belles Maisons comprises dans cette
1.Vel étenduë.
1342 MERCURE DE FRANCE
étendue. Elle se vend chez l'Auteur , Cloî
tre S. Benoît. Il donnera à la fin de cette
année , la troisiéme feüille qui compren
dra le côté de la Brie.
>
M. Servandoni , Peintre d'Architec
ture et de Perspective , Florentin , Eleve
du Signor Jean Paul Panini , fut reçû à
l'Académie Royale de Peinture et de Scul
ture le 26. du mois dernier avec toute
la distinction que merite son habileté. II
s'eft fait une grande réputation , par
plusieurs Ouvrages généralement esti
mezzentr'autres par ses belles Décorations
d'Opera , et en dernier lieu , par celle
du Palais du Soleil , qui a été admirée
de tout le monde.
M. Servandoni , qui a été reçu sur ua
très - beau Tableau en hauteur , représen
tantjun Temple et des ruines , que l'Aca
démie garde , travaille actuellement à un
Plan , Profil et Elevation d'une Eglise ,
avec tout le dévelopement , en dessein et
en relief , pour être reçu à l'Académie
Royale d'Architecture.
.
Il fut posé le 17. Mars dernier , sur le
Maîtte Hôtel de l'Eglise de S. Jean en
Gréve , un groupe de Marbre , repré
sentant le Baptême , que Jesus- Chrift obli
1. Vol gc
JUI N. 1731 1343
e SaintJean de lui donner ; chaque fi
gure ayant cinq pieds neuf pouces de
proportion. Notre Seigneur est du côté
de l'Evangile , un genouil sur le coin d'u
ne Roche , les mains croisées sur l'estomac,
s'inclinant vers Saint Jean pour recevoir
le Baptême. Saint Jean est debout de
l'autre côté , versant de l'Eau avec une
coquille sur la Tête du Sauveur. Il paroît
dans un respectueux étonnement de ce
que son Maître lui demande ce qu'il de
vroit recevoir de lui . Ces deux Figures
se groupent avec le Rocher d'où sort la
Source du Jourdain : ce qui fait un excel
lent morceau dans le grand et dans le
simple , dont les connoisseurs les plus
délicats sont satisfaits . On saisit surtout
avec plaisir l'expression que l'habile Scul
pteur a sçû mettre dans la Teste du Christ
et de S. Jean , pour marquer sensible
`ment , et sans outrer , la difference de la
natute divine & de la nature humaine.
Ce monument dont M. Esnault , Curé
de la Paroisse de Saint Jean , a voulu dé
corer son Eglise , a été fait par Jean- Bap
ptiste le Moyne Fils , Sculpteur de l'Aca
démie Royale , agé de vingt six ans , le
quel n'a été que deux ans et demi à faire
cet Ouvrage.
Le Sieur le Moyne vient d'être choisi
I. Vol.
pour
7344 MERCURE DE FRANCE
pour fondre une Statue Equestre du Roy
que la Ville de Bordeaux doit faire éle
ver dans une place que l'on construit ex
près , et dont M. Gabriel , Premier Ar
chitecte du Roy , a donné les desseins.
Lorsque que cet Ouvrage sera plus avan
cé nous en donnerons une Description .
Nous sommes priez de demander
aux personnes versées dans les étymo
logies ou origines de certaines expres
sions , qui sont d'un usage familier dans
notre langue , la raison ou le fonde
ment des termes suivans. De longue main.
Qui refuse muse. Couper l'herbe sous les pieds.
Lafoire n'est pas sur le Pont. J'ai une dent
contre lui. Il ont eu castille ensemble . Faire
des Châteaux en Espagne . Tourner la Truye
aufoin. La vache a bon pied. Nul n'est
Prophete en son Païs , &c. et autres comme
venu la gueule enfarinée . Connu comme le
Loupgris , et autres semblables manieres
de parler , dont la taison , ou l'allegoric
ne se presente pas à l'esprit.
On apprend d'Amsterdam , qu'on y vendra
publiquement le 15. Aoust prochain , le fameux
Cabinet de feu M. Jacob Walravin , consistant
en une collection d'Agathes Orientales , aussi ra
res que belles , peintes interieurement par arti
fice , et non peintes , plaques et autres Pieces ex
=
I. Vol. traor
JUIN. 1731 . 1345
traordinaire. Pierres gravées en creux et en relief,
& c.
JEAN SWART , Libraire à la Haye , y ven
dra publiquement au mois de Septembre prochain,
un fameux Cabinet de Coquilles , Ecailles Co
rails , Plantes et insectes Maritimes , des Coquil
les ou Ecailles très-bien et très - ingênieusement
gravées par le célebre Belleguin, de très belles Fi
gures en Yvoire et en Bois , de Pierres antiques en
agathe, onix,sardoine , cornalines,sur tout des Tê
tes ; Bassins et Soucoupes d'Agathe et de Jaspe ;
quantité de Mineraux , &c Les Curieux qui
voudront acheter quelques morceaux à la main ,
pourront s'addresser au sieur Swart , qui leur en
fera bonne composition.
On donne Avis au Pablic , que le sieur Pierre
Martin , Négociant à Cette , vient de composer
une Liqueur,qu'on appelle Eau délicieuse , qui est
supérieure en bonté à toutes celles qu'on a faites
jusqu'à present ; elle imite parfaitement bien la
véritable Eau de Barbarde , et elle est admirable
pour les meaux d'Estomac et pour la Colique , elle
ne se vend que IS. fla Bouteille, qui contient en
viron le demi - Septier de Paris , et la demi- Bou
teille 8. f. Ceux qui en souhaiteront , pourront
s'addresser à quelqu'un à Cette , ou à Montpel
lier , ou à droiture au Sieur Martin , qui leur en
fera tenir à l'endroit où ils voudront.
1346 MERCURE DE FRANCE
*** $$3
MUSETTE EN RONDEAU.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
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ASTOR
, LENOX
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TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
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.
ASTOR
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AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
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C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
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Résumé : Essay Médicophysique sur la Saignée, [titre d'après la table]
En juin 1731, plusieurs publications et événements marquants sont rapportés. Un ouvrage intitulé 'Essai de la Médico-physique sur les effets de la Saignée' est annoncé. Cet essai, structuré en trois parties, examine les principes mécaniques et hydrauliques des effets de la saignée, les impacts spécifiques de chaque saignée, et conteste des ouvrages récents sur le sujet. L'auteur y décrit également une machine reproduisant la circulation naturelle et les phénomènes associés, tels que le battement du cœur et la pulsation des artères. Par ailleurs, le 'Recueil de Danses de Ville pour l'Année 1731' est publié par M. Blondy, avec la musique gravée par J. L. Renou. L'Abbé de la Grive publie la seconde feuille de sa carte des environs de Paris, couvrant le cours de la Marne et divers villages. Dans le domaine des arts, M. Servandoni, peintre et architecte, est reçu à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture pour ses œuvres, notamment les décorations d'opéra. Une sculpture représentant le baptême de Jésus par Saint Jean est installée dans l'église de Saint-Jean-en-Grève, réalisée par Jean-Baptiste le Moyne Fils. Le texte mentionne également des collections de pierres précieuses et de coquillages mises en vente à Amsterdam et à La Haye. Enfin, une liqueur appelée 'Eau délicieuse' est annoncée par le sieur Pierre Martin, présentée comme efficace contre les maux d'estomac et la colique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16067
p. 141-142
LETTRE de M. DE VOLTAIRE à M. LEGAT DE FURCY, qui lui avoit envoyé son Recueil des SOIRÉES.
Début :
LE suffrage de Madame Denis, Monsieur, doit vous être plus précieux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE VOLTAIRE à M. LEGAT DE FURCY, qui lui avoit envoyé son Recueil des SOIRÉES.
LETTRE de M. DE VOLTAIRE à M.
LEGAT DE FURCY, qui lui avoit
envoyé son Recueil des SOIRÉES.
LE suffrage de Madame Denis,
Monsieur,
doit vous être plus précieux
que le mien. Souffrez pourtant
que je joigne mes remercimens à fon
142 MERCURE DE FRANCE.
approbation. Vous faites parvenir le
bon goût & le plaifir juſqu'au pied des
Alpes. Nous ne nous attendions pas
qu'un homme qui réuffit à la Cour, dai-
gnât fonger à nos déferts ; jugez com-
bien nous fommes flattés de l'honneur
que vous nous avez fait. Recevez , Mon-
fieur , les fenfibles remercimens de votre
très-humble , & très- obéiffant Serviteur,
VOLTAIRE, Gentilhomme
ordinaire du Roi.
Au Château de Ferney en Bourgogne, par Genève,
7 Décembre 1763.
LEGAT DE FURCY, qui lui avoit
envoyé son Recueil des SOIRÉES.
LE suffrage de Madame Denis,
Monsieur,
doit vous être plus précieux
que le mien. Souffrez pourtant
que je joigne mes remercimens à fon
142 MERCURE DE FRANCE.
approbation. Vous faites parvenir le
bon goût & le plaifir juſqu'au pied des
Alpes. Nous ne nous attendions pas
qu'un homme qui réuffit à la Cour, dai-
gnât fonger à nos déferts ; jugez com-
bien nous fommes flattés de l'honneur
que vous nous avez fait. Recevez , Mon-
fieur , les fenfibles remercimens de votre
très-humble , & très- obéiffant Serviteur,
VOLTAIRE, Gentilhomme
ordinaire du Roi.
Au Château de Ferney en Bourgogne, par Genève,
7 Décembre 1763.
Fermer
16068
p. 142-145
« SIX SONATES en Duo d'un goût agréable & chantant pour les Flutes, [...] »
Début :
SIX SONATES en Duo d'un goût agréable & chantant pour les Flutes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SIX SONATES en Duo d'un goût agréable & chantant pour les Flutes, [...] »
SIX SONATES en Duo d'un goût
agréable & chantant pour les Flutes,
Violons , Hautbois , Pardeffus de viole,
&c. par M. Paganelly ; tirées du porte-
feuille d'un Amateur , pour lequel elles
ont été compofées & mifes au jour.
Par M. Leloup , Maitre de Flute , Edi-
teur des Récréations de Polimnie , dont
le cinquiéme recueil paroîtra dans les
premiers jours du mois de Février. L'E-
diteur efpére que le cinquiéme recueil
plaira au moins autant que les précé-
dens ; il a profité des confeils des gens
de goût , pour le choix des airs, & l'ar-
rangement de l'accompagnement,
JANVIER. 1764.
143
Les Sonates fe trouvent chez l'Edi-
teur , rue du Mouton , près la Gréve
au coin de la rue de la Tixeranderie.
ESSAI D'INSTRUCTION à l'ufage
de ceux qui compofent pour la clari
nette & le cor , avec des remarques
fur l'harmonie à deux clarinettes , deux
cors & deux baffons , par M. Valentin
Roefer , Muficien de S. A. S. Mgr le
Prince de Monaco. Prix ,
6 liv.
SIX TRIO pour deux violons & une
baffe par le même Auteur. Prix , 9 liv.
SIX TRIO pour un violon &
deux Violoncelles obligés de M. Kénis,
Euvre fixiéme . Prix ,
t
1
7 liv. 4 f.
SIX DUO de violons par M. Pierre
Leclair , Euvre premier. Prix ,
1
6 liv.
SIX DUO de violons de Sébétosky ,
troifiéme Cuvre. Prix ,
mier. Prix ,
6 liv.
SEI DUETI à due violini fenza baf-
fo Di Antonio Lorenziti , Euvre pre-
Τ
6 liv.
PREMIER RECUEIL de Chanſons
144 MERCURE DE FRANCE.
avec accompagnement de guittarre , de
M. Favier. Prix ,
ARIETTES.
6 liv.
L'AMANTE TROMPÉE , Ariette de M.
Pergolezy. Prix ,
1 liv. 16 L
Paroles Françoifes & Italiennes.
L'AMANT MALHEUREUX , Ariette
avec accompagnement , par M ***
Prix ,
1 liv. 4 f.
AIRS CHOISIS de la Fortune au Vil-
lage , avec accompagnement. Prix , 71.
LE BOUTON DE ROSE , Ariette nou-
velle avec accompagnement , par M***
Prix ,
liv 4 f.
LES CONSEILS DE L'AMOUR ,
'Ariertes avec accompagnement , par
M***. Prix ,
L
1 liv . 4 f.
Le tout fe trouve à Paris chez M. le
Menu , Auteur , Profeffeur & Marchand
de Mufique , rue du Roule , à la Clef
d'or , la cinquiéme boutique à droite en
entrant par la rue S. Honoré.
APOLLON & l'Amour défarmés par
Iris,
JANVIER 1764.
145
Iris , quatriéme Cantatille Françoife
à voix feule & à grande fymphonie
mife en mufique par M. le Jai , les Pa-
roles de M. Rabelleau. Prix , 3 liv. 12 1.
Les parties font gravées féparément.
Chez l'Auteur , Cul-de- Sac Sourdis ,
rue des Foffés S. Germain , & aux
Adreffes ordinaires.
LE PORTRAIT des Maris , Ariette ,
avec grande fymphonie , chantée par
Eléonore , dans les deux Talens , Ĉo-
médie nouvelle ; mife en Mufique par
M. le Chevalier d' Herbain , & repréfen-
tée fur le Théâtre de la Comédie Ita-
lienne. Prix , 1 liv. 16 f. Aux Adreffes
ordinaires de Mufique.
PREMIERE Suite de Menuets
,
en
fymphonies , à fept Parties , y compris
un Baffon obligé ou Violoncelle ; qui
ont été éxécutés à la Comédie Italienne.
Compofés par M. Atis. Prix , 1 liv. 4 f,
Chez l'Auteur , au paffage de la rue Tra-
verfière , à celle des Boucheries S. Ho-
noré , & aux Adreſſes ordinaires , ainfi
que fes autres Œuvres.
agréable & chantant pour les Flutes,
Violons , Hautbois , Pardeffus de viole,
&c. par M. Paganelly ; tirées du porte-
feuille d'un Amateur , pour lequel elles
ont été compofées & mifes au jour.
Par M. Leloup , Maitre de Flute , Edi-
teur des Récréations de Polimnie , dont
le cinquiéme recueil paroîtra dans les
premiers jours du mois de Février. L'E-
diteur efpére que le cinquiéme recueil
plaira au moins autant que les précé-
dens ; il a profité des confeils des gens
de goût , pour le choix des airs, & l'ar-
rangement de l'accompagnement,
JANVIER. 1764.
143
Les Sonates fe trouvent chez l'Edi-
teur , rue du Mouton , près la Gréve
au coin de la rue de la Tixeranderie.
ESSAI D'INSTRUCTION à l'ufage
de ceux qui compofent pour la clari
nette & le cor , avec des remarques
fur l'harmonie à deux clarinettes , deux
cors & deux baffons , par M. Valentin
Roefer , Muficien de S. A. S. Mgr le
Prince de Monaco. Prix ,
6 liv.
SIX TRIO pour deux violons & une
baffe par le même Auteur. Prix , 9 liv.
SIX TRIO pour un violon &
deux Violoncelles obligés de M. Kénis,
Euvre fixiéme . Prix ,
t
1
7 liv. 4 f.
SIX DUO de violons par M. Pierre
Leclair , Euvre premier. Prix ,
1
6 liv.
SIX DUO de violons de Sébétosky ,
troifiéme Cuvre. Prix ,
mier. Prix ,
6 liv.
SEI DUETI à due violini fenza baf-
fo Di Antonio Lorenziti , Euvre pre-
Τ
6 liv.
PREMIER RECUEIL de Chanſons
144 MERCURE DE FRANCE.
avec accompagnement de guittarre , de
M. Favier. Prix ,
ARIETTES.
6 liv.
L'AMANTE TROMPÉE , Ariette de M.
Pergolezy. Prix ,
1 liv. 16 L
Paroles Françoifes & Italiennes.
L'AMANT MALHEUREUX , Ariette
avec accompagnement , par M ***
Prix ,
1 liv. 4 f.
AIRS CHOISIS de la Fortune au Vil-
lage , avec accompagnement. Prix , 71.
LE BOUTON DE ROSE , Ariette nou-
velle avec accompagnement , par M***
Prix ,
liv 4 f.
LES CONSEILS DE L'AMOUR ,
'Ariertes avec accompagnement , par
M***. Prix ,
L
1 liv . 4 f.
Le tout fe trouve à Paris chez M. le
Menu , Auteur , Profeffeur & Marchand
de Mufique , rue du Roule , à la Clef
d'or , la cinquiéme boutique à droite en
entrant par la rue S. Honoré.
APOLLON & l'Amour défarmés par
Iris,
JANVIER 1764.
145
Iris , quatriéme Cantatille Françoife
à voix feule & à grande fymphonie
mife en mufique par M. le Jai , les Pa-
roles de M. Rabelleau. Prix , 3 liv. 12 1.
Les parties font gravées féparément.
Chez l'Auteur , Cul-de- Sac Sourdis ,
rue des Foffés S. Germain , & aux
Adreffes ordinaires.
LE PORTRAIT des Maris , Ariette ,
avec grande fymphonie , chantée par
Eléonore , dans les deux Talens , Ĉo-
médie nouvelle ; mife en Mufique par
M. le Chevalier d' Herbain , & repréfen-
tée fur le Théâtre de la Comédie Ita-
lienne. Prix , 1 liv. 16 f. Aux Adreffes
ordinaires de Mufique.
PREMIERE Suite de Menuets
,
en
fymphonies , à fept Parties , y compris
un Baffon obligé ou Violoncelle ; qui
ont été éxécutés à la Comédie Italienne.
Compofés par M. Atis. Prix , 1 liv. 4 f,
Chez l'Auteur , au paffage de la rue Tra-
verfière , à celle des Boucheries S. Ho-
noré , & aux Adreſſes ordinaires , ainfi
que fes autres Œuvres.
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16069
p. 145
Pygmalion. [titre d'après la table]
Début :
Pygmalion, scène lyrique de M. J. J. Rousseau, mise en vers par M. Berquin ; [...]
Mots clefs :
Pygmalion, Idylle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pygmalion. [titre d'après la table]
Pygmalion , fcène lyrique de M. J. J.
Rouffeau , mife en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 8 °.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv . 8 f. chez Coftard , rue St Jeande
Beauvais .
Rouffeau , mife en vers par M. Berquin
; & Idylle par M. Berquin , in- 8 °.
orné de figures & lettres gravées. Prix
2 liv . 8 f. chez Coftard , rue St Jeande
Beauvais .
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16070
p. 134-136
Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Début :
Apres avoir parlé d'une Académie, nous pouvons parler de plusieurs [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Colbert, Lebrun, Académies de sculpture et de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Apres avoir parlé dune
Académie, nous pouvons
parler de pluiieurs autres,
& dire qu encor qu’il ne
foit pas ordinaire de voir
fleurir les beaux Arts dans
un Etat dont le Souverain
doit ne fonger qu’à la Guerre , jamais ils n’ont pain
avec tant d’éclat qu’ils font
G A L A N T . i35
en France, & que le Roy
ne laiffe pas de travailler
pour leur gloire, encor qu’il
ait à foutenir les efforts •* w * • ' • • ‘
d’une grande partie de l’Europe , qu’on va par fes ordres & par les foins de
Monfieur Colbert, & de
Meilleurs le Brun & Regnaudin établir des Académies de Sculpture & de
Peinture dans les principales Villes du Royaume,
& que celle de Paris a efté
depuis peu unie à celle de
Rome. Il n’elt pas necef.
faire d ’en dire davantage
Hé le mercure
pour faire connoiftre quelle doit eftre remplie des
Monde pour ce qui regarde leur A rt
Académie, nous pouvons
parler de pluiieurs autres,
& dire qu encor qu’il ne
foit pas ordinaire de voir
fleurir les beaux Arts dans
un Etat dont le Souverain
doit ne fonger qu’à la Guerre , jamais ils n’ont pain
avec tant d’éclat qu’ils font
G A L A N T . i35
en France, & que le Roy
ne laiffe pas de travailler
pour leur gloire, encor qu’il
ait à foutenir les efforts •* w * • ' • • ‘
d’une grande partie de l’Europe , qu’on va par fes ordres & par les foins de
Monfieur Colbert, & de
Meilleurs le Brun & Regnaudin établir des Académies de Sculpture & de
Peinture dans les principales Villes du Royaume,
& que celle de Paris a efté
depuis peu unie à celle de
Rome. Il n’elt pas necef.
faire d ’en dire davantage
Hé le mercure
pour faire connoiftre quelle doit eftre remplie des
Monde pour ce qui regarde leur A rt
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Résumé : Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Sous le règne du roi, les beaux-arts florissent en France malgré les préoccupations militaires. Le roi et Colbert, avec des artistes comme Le Brun et Regnaudin, fondent des académies de sculpture et de peinture. L'Académie de Paris est unie à celle de Rome. Le Mercure de France rapporte ces activités artistiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16071
p. 1200-1201
« L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...]
Mots clefs :
Thésée, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
L'Academie Royale de Mufique a re
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
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Résumé : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
En juin 1730, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Théée' et préparait un ballet intitulé 'Le Carnaval et la Folie'. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre au début du mois avec la pièce 'Les Trois Gafcons'. Le 24 juin, ils ont joué 'Andromaque', où Mlle Dangeville a interprété Hermione, malgré son expérience principalement comique, elle a été acclamée par le public. Son frère, M. Dangeville, a récemment rejoint la troupe, qui a également vu plusieurs départs, notamment ceux des sieurs Dumirail et du Chemin fils, ainsi que des demoiselles Le Grand et de Clèves. Le 14 juin, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Amoureux sans le savoir', une pièce en prose et en trois actes, accompagnée de divertissements musicaux. Cependant, cette pièce n'a pas été appréciée du public et n'a eu qu'une seule représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16072
p. 140-142
Tableau annuel des progrès de la physique, de l'histoire naturelle & des arts, [titre d'après la table]
Début :
Tableau annuel des progrès de la physique, de l'histoire naturelle & des arts. [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle, Physique, Progrès, Cours, Jardins, Stowe House, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau annuel des progrès de la physique, de l'histoire naturelle & des arts, [titre d'après la table]
Tableau annuel des progrès de la phyfi
que, de l'hiftoire naturelle & des erts.
Année 1772 , contenant 1 ° . les obfervations
aftronomiques les plus effenOCTOBRE
. 1772 . 141
tielles à faire pendant le cours de 1772 ;
2º. Piuſieurs mémoires relatifs à la phyfique
, à l'hiftoire naturelle & aux arts .
3. La notice critique des livres de
physique , d'hiftoire naturelle , & c. qui
ont paru pendant le cours de 1771 .
4 ° . Les peintures , fculptures , gravures
& les ouvrages de mulique de 1771 .
5 °. Les annales de la phylique , de l'hiftoire
naturelle & des arts de la même
année . 6°. Plufieurs articles des fciences
& des arts ; fçavoir , pour cette année
, la chymie , la danfe & la mofaïque.
7 °. Des variétés amufantes , la
defcription des jardins de Stowe, & un
effai fur les femmes Turques. 8 ° . La
notice des cours de phyfique , d'hiſtoire
naturelle , & c . qui fe font à Paris , celle
des cabinets de phyfique , d'hiftoire na❤
turelle , & c. les plus curieux & les plus
intéreffans . Par M. Dubois .
Le befoin éleva les trônes : les fciences & les arts
les ont affermis.
J. J. ROUSSEAU.
vol. in- 8° . A Paris , chez Coſtard , libraire
, rue St Jean de Beauvais .
L'auteur nous prévient que ce tableau
doit paroître annuellement dans les pre142
MERCURE DE FRANCE.
miers jours du mois de Janvier . Il fe propofe
de nous faire connoître les progrès
de la phyfique , de l'hiſtoire naturelle &
des arts ; mais cet objet eft déjà rempli
avec fuccès par M. l'Abbé Rozier dans fes
Obfervations périodiques. Le tableau annuel
néanmoins auroit pu avoir fon utili
té , ſi l'auteur ſe fût appliqué à nous rappeller
fous un point de vue raifonné &
facile à faifir , les nouvelles idées ou les
nouvelles découvertes des naturaliſtes ,
des phyficiens & des artiftes . Mais il n'a
formé qu'un recueil ou une espèce de
compilation dans laquelle il a inféré un
effai fur les femmes Turques , écrit qui
n'a aucun rapport avec les progrès de nos
connoiffances , & une defcription bien
connue des jardins de Stowe. Ces jardins
offrent peut-être plus de variété que le tableau
annuel ; mais l'on voit , pour nous
fervir de l'expreffion de Pope , une eſpèce
d'ordre, dans cette variété même, où tous
les objets , quoique différens , le rappor
tent à un feul tout ; ce que l'on ne peut
dire du tableau annuel .
que, de l'hiftoire naturelle & des erts.
Année 1772 , contenant 1 ° . les obfervations
aftronomiques les plus effenOCTOBRE
. 1772 . 141
tielles à faire pendant le cours de 1772 ;
2º. Piuſieurs mémoires relatifs à la phyfique
, à l'hiftoire naturelle & aux arts .
3. La notice critique des livres de
physique , d'hiftoire naturelle , & c. qui
ont paru pendant le cours de 1771 .
4 ° . Les peintures , fculptures , gravures
& les ouvrages de mulique de 1771 .
5 °. Les annales de la phylique , de l'hiftoire
naturelle & des arts de la même
année . 6°. Plufieurs articles des fciences
& des arts ; fçavoir , pour cette année
, la chymie , la danfe & la mofaïque.
7 °. Des variétés amufantes , la
defcription des jardins de Stowe, & un
effai fur les femmes Turques. 8 ° . La
notice des cours de phyfique , d'hiſtoire
naturelle , & c . qui fe font à Paris , celle
des cabinets de phyfique , d'hiftoire na❤
turelle , & c. les plus curieux & les plus
intéreffans . Par M. Dubois .
Le befoin éleva les trônes : les fciences & les arts
les ont affermis.
J. J. ROUSSEAU.
vol. in- 8° . A Paris , chez Coſtard , libraire
, rue St Jean de Beauvais .
L'auteur nous prévient que ce tableau
doit paroître annuellement dans les pre142
MERCURE DE FRANCE.
miers jours du mois de Janvier . Il fe propofe
de nous faire connoître les progrès
de la phyfique , de l'hiſtoire naturelle &
des arts ; mais cet objet eft déjà rempli
avec fuccès par M. l'Abbé Rozier dans fes
Obfervations périodiques. Le tableau annuel
néanmoins auroit pu avoir fon utili
té , ſi l'auteur ſe fût appliqué à nous rappeller
fous un point de vue raifonné &
facile à faifir , les nouvelles idées ou les
nouvelles découvertes des naturaliſtes ,
des phyficiens & des artiftes . Mais il n'a
formé qu'un recueil ou une espèce de
compilation dans laquelle il a inféré un
effai fur les femmes Turques , écrit qui
n'a aucun rapport avec les progrès de nos
connoiffances , & une defcription bien
connue des jardins de Stowe. Ces jardins
offrent peut-être plus de variété que le tableau
annuel ; mais l'on voit , pour nous
fervir de l'expreffion de Pope , une eſpèce
d'ordre, dans cette variété même, où tous
les objets , quoique différens , le rappor
tent à un feul tout ; ce que l'on ne peut
dire du tableau annuel .
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Résumé : Tableau annuel des progrès de la physique, de l'histoire naturelle & des arts, [titre d'après la table]
Le document intitulé 'Tableau annuel des progrès de la physique, de l'histoire naturelle et des arts' pour l'année 1772 comprend plusieurs sections. Il présente les observations astronomiques essentielles de 1772, divers mémoires sur la physique, l'histoire naturelle et les arts, ainsi qu'une notice critique des livres publiés en 1771. Il inclut également des descriptions des œuvres artistiques et musicales de 1771, les annales scientifiques et artistiques de la même année, et des articles sur la chimie, la danse et la mosaïque. Parmi les sujets variés, on trouve la description des jardins de Stowe et un essai sur les femmes turques. Le document mentionne aussi les cours et cabinets de physique et d'histoire naturelle à Paris. L'auteur, M. Dubois, souligne que ce tableau devait paraître annuellement en janvier, mais reconnaît que cet objectif est déjà atteint par les 'Observations périodiques' de l'Abbé Rozier. Le tableau est critiqué pour être une simple compilation sans structuration des nouvelles idées ou découvertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16073
p. 135-138
Conversions faites par M. l'Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque d'Orange qui est regardé de tout le monde [...]
Mots clefs :
Évêque d'Orange, Zèle, Hérésie, Purger, Temples, Erreurs, Nouveaux catholiques, Instruction, Calvinistes, Protestants, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
est regardé de tout le monde
comme un tres-digne Prelat,
a fait paroistre un zele
extraordinaire dans tous les
foins qu'il a pris pourpurger
la Ville de l'here sie de Calvin.
Il a fait abatre deux
Temples tresconfiderables,
& toutes ses Conferences
ont eu le iuccez que l'onen
pouvoit attendre. Sa douceurj
a si bien gagnélepeuple,
que les plus obstinez se sont ,
convertis. Ainsi il ne reste a
plus que quelques Femmes, c
qui sans vouloir écouter,se
font une gloire de soûtenir i
leurs erreurs. Elles se ren- -
dront comme les autres. Les
exhortations de ce Prelat
font vi ves & fortes
,
&plus 2
de six cens nouveaux Con.,
vertis touchez de ce qu'il
leur dit dans la premiere, si-
-
rent leur Communion peu
dejours après. Il a fait venir
de Carpentrasun Docteur
del'OrdredesCapucins pour le soulager dans les Instructionsqu'il
faut donner à ces
nouveaux Caytoliques,pour es rendre dignes des Sacremens.
La Ville d'Orange
doufrit beaucoup dans le dernier
siecle par la violence
des Calvinistes, qui chadderentl'Evesque
& les C'tianoines,
ruinerent les Eglises
& les Monasteres, & se crurent
tout permis dans un
temps de licence & de fureur
,
estant soustenus par
l'autoritedu Prince qui efl
toit de leur party. Depuis ce Ij
temps là on a rétably l'Evefque
& reparéles Eglises, Ôc 'j
la Religion Orthodoxe a eu j
dans Orangeunlibre exercice
par les soins du Roy,
qui nomme à l'Evêché comme
premier Souverain, en
qualité de Comte de Provence,
parce que le Prince
est Protestant. Cet Evesché
estsuffragant d'Arles
Mr Macé,Chefcier,&
comme un tres-digne Prelat,
a fait paroistre un zele
extraordinaire dans tous les
foins qu'il a pris pourpurger
la Ville de l'here sie de Calvin.
Il a fait abatre deux
Temples tresconfiderables,
& toutes ses Conferences
ont eu le iuccez que l'onen
pouvoit attendre. Sa douceurj
a si bien gagnélepeuple,
que les plus obstinez se sont ,
convertis. Ainsi il ne reste a
plus que quelques Femmes, c
qui sans vouloir écouter,se
font une gloire de soûtenir i
leurs erreurs. Elles se ren- -
dront comme les autres. Les
exhortations de ce Prelat
font vi ves & fortes
,
&plus 2
de six cens nouveaux Con.,
vertis touchez de ce qu'il
leur dit dans la premiere, si-
-
rent leur Communion peu
dejours après. Il a fait venir
de Carpentrasun Docteur
del'OrdredesCapucins pour le soulager dans les Instructionsqu'il
faut donner à ces
nouveaux Caytoliques,pour es rendre dignes des Sacremens.
La Ville d'Orange
doufrit beaucoup dans le dernier
siecle par la violence
des Calvinistes, qui chadderentl'Evesque
& les C'tianoines,
ruinerent les Eglises
& les Monasteres, & se crurent
tout permis dans un
temps de licence & de fureur
,
estant soustenus par
l'autoritedu Prince qui efl
toit de leur party. Depuis ce Ij
temps là on a rétably l'Evefque
& reparéles Eglises, Ôc 'j
la Religion Orthodoxe a eu j
dans Orangeunlibre exercice
par les soins du Roy,
qui nomme à l'Evêché comme
premier Souverain, en
qualité de Comte de Provence,
parce que le Prince
est Protestant. Cet Evesché
estsuffragant d'Arles
Mr Macé,Chefcier,&
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Un prélat respecté a œuvré avec zèle pour purifier une ville de l'hérésie calviniste. Il a démoli deux temples et organisé des conférences réussies, convertissant ainsi plus de six cents personnes au catholicisme. Sa douceur a permis de convertir même les plus réticents, à l'exception de quelques femmes réfractaires. Un docteur capucin de Carpentras a été appelé pour instruire les nouveaux convertis. Au siècle précédent, Orange avait subi des violences calvinistes, entraînant l'expulsion de l'évêque et des chanoines, ainsi que la destruction des églises et monastères, avec le soutien d'un prince protestant. Depuis, l'évêque a été rétabli, les églises réparées, et la religion orthodoxe peut s'exercer librement grâce au roi, qui nomme l'évêque en tant que comte de Provence. Cet évêché dépend d'Arles. Le chef-cierge est M. Macé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16074
p. 143
« LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...] »
Début :
LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...]
Mots clefs :
Art d'écrire, Principes, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...] »
LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou
les vérités de cet Art rendues faciles par
demandes & par réponses, par le sieur
Royllet Expert Juré Ecrivain, à Paris rue
de la Verrerie, au Livre d'Or. Volume in-4
qui se vend 2 livtes 10 sols broché, &
3 livres 10 sols relié, nouvelle édition.
On ne peut rien voir de plus clair, de
plus sage & de plus méthodique que le
livre que nous annonçons; il seroit à sou-
haiter qu'il fût entre les mains de tous les
jeunes gens, & qu on en adop: ât généra-
lement les principes. M. Royllet joint à
une connoissance fort rare de son Art, un
zéle digne des plus grands éloges; sa ca-
pacité & sa réputation ayant fait souhaiter
aux jeunes Maîtres à écrire de Paris &: de
Province, de pouvoir montrer suivant ses
principes, il leur donne des démonstrations
gratuites tous les soirs depuis six jusqu'à
huit heures. Toutes ces operations se font
rélativement à la méthode que M. Royllet
a imaginée pour l'Ecole Militaire.
les vérités de cet Art rendues faciles par
demandes & par réponses, par le sieur
Royllet Expert Juré Ecrivain, à Paris rue
de la Verrerie, au Livre d'Or. Volume in-4
qui se vend 2 livtes 10 sols broché, &
3 livres 10 sols relié, nouvelle édition.
On ne peut rien voir de plus clair, de
plus sage & de plus méthodique que le
livre que nous annonçons; il seroit à sou-
haiter qu'il fût entre les mains de tous les
jeunes gens, & qu on en adop: ât généra-
lement les principes. M. Royllet joint à
une connoissance fort rare de son Art, un
zéle digne des plus grands éloges; sa ca-
pacité & sa réputation ayant fait souhaiter
aux jeunes Maîtres à écrire de Paris &: de
Province, de pouvoir montrer suivant ses
principes, il leur donne des démonstrations
gratuites tous les soirs depuis six jusqu'à
huit heures. Toutes ces operations se font
rélativement à la méthode que M. Royllet
a imaginée pour l'Ecole Militaire.
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16075
p. 136-137
Son Altesse Royale va chez M. Mignart, voir ses beaux Ouvrages. [titre d'après la table]
Début :
On peut assurer en parlant des beaux Arts, qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Roi, Ouvrages, Mignart
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Son Altesse Royale va chez M. Mignart, voir ses beaux Ouvrages. [titre d'après la table]
On peut aflurer en parlant des beaux Arts, qu’ils
ont de tout temps fleury a
Rome, & que les Papes &
les Cardinaux ont depuis
plufieurs fiecles honoré de
leurs vifites ceux qui ont
excelé en quelque Art, &
qui avoient chez eux des
Ouvrages de leur main dignes d’eftre admirez. On
en ufc aujourd’huy de mef-
G A L A N T . 137
me en France ; & Son AlteireRoyale,quelques j ours
avant fon départ pour l’Armée, fut chez le Sieur Mignart de R om e, où elle
admira plufieurs Ouvrages
de ce grand Maiftre. On
peut dire qu’il a chez luy
des Originaux parfaits, &
qui ne le' peuvent copier.
ont de tout temps fleury a
Rome, & que les Papes &
les Cardinaux ont depuis
plufieurs fiecles honoré de
leurs vifites ceux qui ont
excelé en quelque Art, &
qui avoient chez eux des
Ouvrages de leur main dignes d’eftre admirez. On
en ufc aujourd’huy de mef-
G A L A N T . 137
me en France ; & Son AlteireRoyale,quelques j ours
avant fon départ pour l’Armée, fut chez le Sieur Mignart de R om e, où elle
admira plufieurs Ouvrages
de ce grand Maiftre. On
peut dire qu’il a chez luy
des Originaux parfaits, &
qui ne le' peuvent copier.
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Résumé : Son Altesse Royale va chez M. Mignart, voir ses beaux Ouvrages. [titre d'après la table]
Depuis plusieurs siècles, les Papes et les Cardinaux soutiennent les beaux-arts à Rome en visitant les artistes chez eux. En France, cette pratique existe aussi, comme lors de la visite de Son Altesse Royale chez Mignard à Rome. Mignard possède des œuvres originales uniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16076
p. 143-144
« ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...] »
Début :
ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...]
Mots clefs :
Almanach, Normandie, Rouen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...] »
ALMANACH de Normandie pour
l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils.
Cet Almanach devient tous les jours plus
curieux; outre les choses communes à
144 MERCUREDE FRANCE.
presque tous les Almanachs, on trouve
dans celui que nous annonçons, une
infinité de particulatités utiles & intéres-
santes pour la Province à laquelle il est
destiné; comme la listedes Abbayes & Prieu-
rés, la demeure des Membres du Parle-
ment de Rouen, de la Chambre des
Comptes & les foires, les jours de poste,
les carosses & messageries, & mille au-
tres choses d'un usage très fréquent.
l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils.
Cet Almanach devient tous les jours plus
curieux; outre les choses communes à
144 MERCUREDE FRANCE.
presque tous les Almanachs, on trouve
dans celui que nous annonçons, une
infinité de particulatités utiles & intéres-
santes pour la Province à laquelle il est
destiné; comme la listedes Abbayes & Prieu-
rés, la demeure des Membres du Parle-
ment de Rouen, de la Chambre des
Comptes & les foires, les jours de poste,
les carosses & messageries, & mille au-
tres choses d'un usage très fréquent.
Fermer
16077
p. 139-144
MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Début :
De CONSTANTINOPLE, le.... JE crois ma chère S. ... qu'au lieu de vous faire des excuses de ne vous avoir [...]
Mots clefs :
Maladie, Opération, Vérole, Guerres, Contagion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
MÉDECINE.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
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Résumé : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Dans une lettre écrite depuis Constantinople, Milady Mary Wortley Montagu s'excuse pour le retard de sa correspondance, attribuant cela à des voyages longs et éprouvants. Elle se trouve actuellement entourée de divers étrangers sous la protection d'un ambassadeur. Elle dément les récits alarmistes sur la peste à Constantinople, affirmant que la maladie est comparable à une fièvre maligne et que nombreux sont ceux qui en guérissent. Milady Montagu décrit ensuite la pratique de la variolisation, une méthode de prévention de la variole très répandue et sûre dans la région. Cette procédure, effectuée par des femmes expérimentées, consiste à introduire une petite quantité de matière de la variole dans une veine. Les patients, souvent réunis pour l'opération, poursuivent leurs activités quotidiennes jusqu'à l'apparition de la fièvre après huit jours, suivie d'une guérison rapide sans cicatrices. Milady Montagu exprime son désir de faire pratiquer cette méthode sur son enfant et envisage de promouvoir cette pratique en Angleterre, malgré l'opposition probable des médecins locaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16078
p. 144
« TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...] »
Début :
TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...]
Mots clefs :
Tarif, Manufacture royale des glaces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...] »
TARIF des glaces de la Manufacture
Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis
Notre-Dame. 1752.
Depuis l'établissement de la Manufactu-
re Royale des glaces en 1666, il a paru
plusieurs tarifs en chiffres rangés par colon-
nes, qui indiquent le prix de chaque gla-
ce, mais sans enseigner la maniere de sen
servir. L'Auteur du nouveau Tarif a sup-
pléé à ce qui avoit échappé aux autres.
Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis
Notre-Dame. 1752.
Depuis l'établissement de la Manufactu-
re Royale des glaces en 1666, il a paru
plusieurs tarifs en chiffres rangés par colon-
nes, qui indiquent le prix de chaque gla-
ce, mais sans enseigner la maniere de sen
servir. L'Auteur du nouveau Tarif a sup-
pléé à ce qui avoit échappé aux autres.
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16079
p. 144-145
« LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...] »
Début :
LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...]
Mots clefs :
Almanach, Bourgeoisie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...] »
LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie,
Almanach pour l'année 1752, dedié aux
nouveaux mariés. A Paris chez Guyllain
Quai des Augustins, au lis d'or.
Cet Almanach contient 1°. les noms des
Acteurs & Actrices de l'Opera & des Co-
médies Italienne & Françoise, & la liste
des ouvrages les plus célêbres qu'on y re-
présente.
JANVIER.
1752.
145
présente. 2. une indicarion des choses
dignes d'être remarquées dans les Maisons
Royales, & des quartiers de Paris affec-
tés à certaines marchandises, ce qui est
commode pour les étrangers & les gens
de Province nouvellement arrivés à Pa-
ris. 3. Des Chansons sur des airs fort con-
nus dans les lieux où la Bourgeoisie fait
ordinairement ses parties de plaisit.
Almanach pour l'année 1752, dedié aux
nouveaux mariés. A Paris chez Guyllain
Quai des Augustins, au lis d'or.
Cet Almanach contient 1°. les noms des
Acteurs & Actrices de l'Opera & des Co-
médies Italienne & Françoise, & la liste
des ouvrages les plus célêbres qu'on y re-
présente.
JANVIER.
1752.
145
présente. 2. une indicarion des choses
dignes d'être remarquées dans les Maisons
Royales, & des quartiers de Paris affec-
tés à certaines marchandises, ce qui est
commode pour les étrangers & les gens
de Province nouvellement arrivés à Pa-
ris. 3. Des Chansons sur des airs fort con-
nus dans les lieux où la Bourgeoisie fait
ordinairement ses parties de plaisit.
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16080
p. 146-147
CONFÉRENCES sur la Langue & sur la Littérature Françoise, proposées par Souscription ; par M. Douchet, Avocat au Parlement, & ancien Professeur Royal en Langue Latine, & M. l'Abbé de la Pouyade.
Début :
SI CES Conférences ont pour objet principal d'apprendre aux Etrangers notre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONFÉRENCES sur la Langue & sur la Littérature Françoise, proposées par Souscription ; par M. Douchet, Avocat au Parlement, & ancien Professeur Royal en Langue Latine, & M. l'Abbé de la Pouyade.
CONFÉRENCES sur la Langue & sur
la Littérature Françoise, proposées
par Souscription ; par M. Douchet,
Avocat au Parlement, & ancien Professeur
Royal en Langue Latine, &
M. l'Abbé de la Pouyade.
SI CES Conférences ont pour objet
principal d'apprendre aux Etrangers notre
Langue & notre Littérature , elles
pourront être auffi d'une très-grande uti-
lité pour une partie des Nationaux, Il
y a dans nos Provinces , & même dans
la Capitale , nombre de jeunes Gens qui
ont négligé l'étude de leur Langue, & qui
trouveront à réparer cette négligence, en
fuivant le Cours que nous annonçons,
Les Conférences fe tiendront les Lundis ,
Mercredis & Vendredis de chaque fe-
maine , depuis onze heures du matin juf
qu'à midi & demi , chez M. l'Abbé
Bernard de Cléry , Licentié en Droit
rue Hautefeuille , à l'Abbatial des Pré-
JANVIER. 1764.
147
montrés. Le Cours entier fera de fix
mois , & fera divifé en deux parties , re-
lativement à la différence des matières.
Il commencera le o de ce mois , & finira
9
le 9 de Juillet prochain. Pendant les trois
premiers mois on donnera le Traité de
l'Orthologie , ou de la Langue parlée ;
pendant les trois autres mois il fera quef-
tion de l'Orthographe , ou de la Langue
écrite , terminée par des Obfervations
fur notre Littérature. On foufcrira juf-
qu'au 9 de Janvier , chez les Auteurs
rue de Condé , maifon du Riche Labou-
reur , au fecond fur la Cour. La Souf-
cription fera de trois louis pour le Cours
entier. Les perfonnes qui ne voudront
pas foufcrire payeront dix-huit livres au
commencement de chaque mois.
la Littérature Françoise, proposées
par Souscription ; par M. Douchet,
Avocat au Parlement, & ancien Professeur
Royal en Langue Latine, &
M. l'Abbé de la Pouyade.
SI CES Conférences ont pour objet
principal d'apprendre aux Etrangers notre
Langue & notre Littérature , elles
pourront être auffi d'une très-grande uti-
lité pour une partie des Nationaux, Il
y a dans nos Provinces , & même dans
la Capitale , nombre de jeunes Gens qui
ont négligé l'étude de leur Langue, & qui
trouveront à réparer cette négligence, en
fuivant le Cours que nous annonçons,
Les Conférences fe tiendront les Lundis ,
Mercredis & Vendredis de chaque fe-
maine , depuis onze heures du matin juf
qu'à midi & demi , chez M. l'Abbé
Bernard de Cléry , Licentié en Droit
rue Hautefeuille , à l'Abbatial des Pré-
JANVIER. 1764.
147
montrés. Le Cours entier fera de fix
mois , & fera divifé en deux parties , re-
lativement à la différence des matières.
Il commencera le o de ce mois , & finira
9
le 9 de Juillet prochain. Pendant les trois
premiers mois on donnera le Traité de
l'Orthologie , ou de la Langue parlée ;
pendant les trois autres mois il fera quef-
tion de l'Orthographe , ou de la Langue
écrite , terminée par des Obfervations
fur notre Littérature. On foufcrira juf-
qu'au 9 de Janvier , chez les Auteurs
rue de Condé , maifon du Riche Labou-
reur , au fecond fur la Cour. La Souf-
cription fera de trois louis pour le Cours
entier. Les perfonnes qui ne voudront
pas foufcrire payeront dix-huit livres au
commencement de chaque mois.
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16081
p. 146-147
LETTRE à M. D...
Début :
Je ne fais aucun doute, Monsieur, que l'estampe que M. Fessard vient de [...]
Mots clefs :
Tableau, Collection, Coloris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D...
LETTRE à M. D ...
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE à M. D...
La lettre à M. D... traite d'une estampe réalisée par M. Fessard d'après un tableau de Pierre-Paul Rubens, conservé au cabinet du Roi. L'auteur admire le travail de Fessard, soulignant sa maîtrise et sa fidélité à la touche et aux effets de Rubens. Il anticipe les futurs efforts de Fessard pour reproduire les couleurs et les étoffes des tableaux de Rubens, en utilisant une technique de gravure et d'oppositions qui préserve l'effet original. L'auteur mentionne également un sujet actuellement gravé par Fessard, notant la pureté de son dessin. Il encourage Fessard à poursuivre son entreprise malgré le faible nombre d'exemplaires restants, la planche étant déposée au cabinet du Roi. L'auteur espère que la convalescence de Fessard lui permettra de continuer son travail et se flatte d'avoir entrepris de rendre justice à Fessard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16082
p. 137-138
Madame la Grande Duchesse presente à Leurs Majestez Madame la Duchesse de Bracciano. [titre d'après la table]
Début :
Je croy que lors que je parle du mérite de ceux [...]
Mots clefs :
Duchesse de Bracciano
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madame la Grande Duchesse presente à Leurs Majestez Madame la Duchesse de Bracciano. [titre d'après la table]
Je croy que lors que je
parle du mérite de ceux
que Rome a longtemps eu
le bonheur de pofleder, je
doy dire que Madame la
Grand DuchefTe aprefenté
à Leurs Majeftez Madame
LE MERCURE
la Ducheffe de Bracciano
Veuve de feu Monfieur de
Chalais, & Fille de feu
Monfieur leD uçdeN oirmonftier: elle en a efte reçeue ainfi que fon rang 3c
fon mérite luy dévoient
faire efperer.
parle du mérite de ceux
que Rome a longtemps eu
le bonheur de pofleder, je
doy dire que Madame la
Grand DuchefTe aprefenté
à Leurs Majeftez Madame
LE MERCURE
la Ducheffe de Bracciano
Veuve de feu Monfieur de
Chalais, & Fille de feu
Monfieur leD uçdeN oirmonftier: elle en a efte reçeue ainfi que fon rang 3c
fon mérite luy dévoient
faire efperer.
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16083
p. 1346-1347
MUSETTE EN RONDEAU.
Début :
Charmantes Prairies, [...]
Mots clefs :
Prairies, Bergeries, Gazons, Bocage, Ramage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE EN RONDEAU.
MUSETTE EN RONDEAU.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
A
C
V
R
C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
A
C
V
R
C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
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Résumé : MUSETTE EN RONDEAU.
Le texte 'Musette en Rondeau' vante la beauté et la sérénité des prairies fleuries, décrites comme des 'charmantes' et des 'aziles des Amours'. Ces lieux sont appréciés pour leur capacité à offrir des jours heureux et à inspirer des sentiments amoureux. Au matin, dès l'aube, les prairies se couvrent de fleurs, procurant des plaisirs sensoriels. Sous un bocage frais, on entend le chant des oiseaux innocents. Dans ces lieux paisibles, les bergères sensibles écoutent les vœux des bergers, et tous vivent heureux sans alarmes, savourant les charmes de leurs tendres feux. Les bergers des environs jouent de la musette, répétant les louanges des prairies. Le texte est daté du 1er juin et provient de la New York Public Library et de la Cork Public Library, grâce aux fondations Astor, Lenox et Tilden.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16084
p. 1202-1210
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne, le 20 Janvier 1730. Réjoüissances faites au sujet de la Naissance de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Mr de Fontenu, Consul de France à Smirne, ayant reçû cette heureuse nouvelle, assembla [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Consul, Roi, Fête, Smyrne, Armes
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne, le 20 Janvier 1730. Réjoüissances faites au sujet de la Naissance de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Smirne, le 20Janvier 1730. Réjouiffances
faites au fujet de la Naiffance de MON
SEIGNEUR LE DAUPHIN.
R de Fontenu, Conful de France à Smirne,
M'ayant reçu cette heureufe nouvelle , af
fembla chez lui toute la Nation , lui communiqua
les ordres qu'il venoit de recevoir , & fit à
cette occafion un fort beau Difcours. Il fut réfolu
que pour célébrer dignement un tel événement
, on fe conformeroit en quelque façon à ce
qui s'étoit pratiqué en cette Echelle en 1704.
Vol
la
JUIN. 1730. 1203
la naiffance du Duc de Bretagne. La Nation don
na en même -temps aux Sieurs de Saint - Amant
& Vincent , Députez du Commerce , les pou
voirs neceffaires pour faire travailler aux prépa
ratifs.
Le Conful envoya quelques jours après deux
Drogmans , accompagnez de deux Janiffaires,
chez les Confuls d'Angleterre , de Venife &
d'Hollande , pour leur faire part de la Naiffance
du Dauphin. Ils reçurent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye,& ils envoyerent
Le même jour complimenter le Conful de Fran
ce par un pareil nombre d'Interpretes & de Janiffaires
; ils vinrent eux-mêmes quelques jours
après en grande cérémonie,accompagnés de plufieurs
perfonnes de leur Nation , témoigner au
Conful la part fincere qu'ils prenoient à fa joye
& à celle de toute la France . M. de Fontenu leur
rendit vifite dans le même ordre & avec les mêmes
cérémonies , & les pria de la Fête.
Le Conful envoya auffi deux de fes Interpre
tes & deux Janiffaires , chez le Muffelem on
Commandant , le Cady ,le Grand Douanier , le
Serdar ou Commandant des Janiffaires & autres
Puiffances du Païs,pour leur notifier la Naiffance
du Dauphin, à laquelle ils parurent fort fenfibles;
ils ne le furent pas moins aux préfens que le
Conful leur f ( fuivant l'ufage du Pais ) en Ve
ftes de Draps, Caffé, Chocolat & toutes fortes de
Confitures.
La Fête commença le 18 Decembre.On arbora
d'abord le Pavillon de France à la Maiſon
Confulaire, qui fut à l'inſtant falué d'une déchar
.ge de 150 Boëtes & par 200 coups de Canons
des Vaiffeaux François , Anglois , Vénitiens &
Hollandois qui étoient dans le Port. On fit couler
en même temps une Fontaine de vin qui ne
1 Vole Gij difcon1204
MERCURE DE FRANCE
difcontinua que bien avant dans la nuit;une mul
xitude de peuple de toutes fortes de Nations vint
s'y défalterer , pouffant des cris réiterez de joye,
& ne ceffant de boire à la ſanté du Roy , de la
Reine & du Prince nouveau né.
- A trois heures , toute la Nation de France, magnifiquement
habillée , s'étant rendue à la Mai
fon Confulaire , on fe mit en marche. Le Conful
étoit précédé de fes Janniffaires & Interpre
tes , & fuivi de trente Négotians François qui
donnoient la main à un pareil nombre de Dames.
Il fut reçu à la porte de l'Eglife des Capu
cins par le Religieux qui devoit officier. L'Egli
fe de ces Peres, qui eft une des plus belles de tout
de Levant , étoit ornée extraordinairement de
riches Tapifleries , &c. On avoit placé dans le
fond de l'Eglife un magnifique Dais , fous lequel
étoient les Portraits du Roy & de la Reine.
Il regnoit autour de l'Eglife une ceinture de Feftons
, de Luftres , de Tableaux & d'Ecuffons aux
armes du Roy , de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de la Ville de Marfeille.
Gloriam
La Cérémonie commença par l'Eloge du Roy,
que le P. Barnabé , Superieur des Capucins , prononça
avec beaucoup d'applaudiffement. Il prit
pour texte ces paroles d'un Pleaume
regni tui dicent: On chanta enfuite le Te Deum
au bruit de 150 Boëtes & de toute l'Artillerie
des Vaiffeaux & autres Bâtimens de toutes fortes
de Nations qui fe trouverent dans le Port. On fit
après la Proceffion autour du Cloître , laquelle
fut terminée en rentrant dans l'Eglife par l'Exau
diat & la benediction du S. Sacrement. Le Conful
fe remit en marche dans le même ordre qu'il
étoit venu , éclairé d'un grand nombre de Flam
beaux , & au fon de tous les Inftrumens qu'on
Byoit pû raffembler; il eut bien de la peine à par
yenir
JUIN. 1730. 1205
venir jufqu'à la porte de la Maiſon Confulaire
tout le peuple y étant accouru pour voir l'illu
mination qui étoit fuperbe par la quantité &
l'arrangement des lumieres ; on avoit placé à
l'extrémité des aîles du Corps de Logis qui don
ne fur la rue , un Arc de Triomphe à deux faces
, de 21 pieds de hauteur,fur 17 de large, foûtenu
par huit Colonnes d'ordre Ionique , entoutées
de Feftons ; fur l'entablement defquelles
étoient les Armes de Monfeigneur le Dauphin ,
& plufieurs Urnes enflammées. L'Arcade avoit
12 pieds de hauteur fur fix de largeur. Elle étoit
furmontée de chaque côté par un beau Cartou
che , dans lequel on lifoit les Infcriptions fui
yantes ;
REGI, REGINE,
ET NATATIBUS
Galli
DELPHINI
Smirnis commorantes
Benè precantur.
L'Infcription du côté de la Cour , étoit
Sereniffimi Delphini incunabulis ,
Galli faufta acclamantes ,
Hunc Arcum triumphalem erexere.
M. D C C. XXI X.
On voyoit au-deffus du Cartouche les Armes
de France , & dans les Intercolonnes de grands
Vafes , chargez de fleurs avec leurs Piédeftaux
fur lefquels on avoit placé plufieurs Emblêmes
convenables au Prince auquel elles étoient appli
quées. Il y en avoit deux de chaque côté .
Une Etoille brillante de la premiere grandeur ,
1. Vol.
au G
1206 MERCURE DE FRANCE.
au coeur de laquelle étoit une Hermine, avec ces
mots :
Nova Lux Pronuntia Pacis.
Un Chêne dans fa vigueur , de lá Tige duquel
fortoient d'autres Chênes de differentes hauteurs.
Plura videbit.
Un Soleil qui diffipe un nuage :
Dum orior umbra fugit.
Un Lionceau dans une Forêt.
Avita virtutis non degener.
'Au fond de la Cour , faifant face à l'Arc de
triomphe , étoit la Fontaine de Vin , & aux côtez
deux Piramides quadrangulaires , hautes de
17 pieds , furmontées d'une Fleur de Lys à quatre
faces , & foutenues par deux Piedeftaux , fur
lefquels on voyoit les Emblêmes fuivantes ":
Un Oranger chargé tout à la fois de fleurs &
de fruits , avec ces paroles :
Gaudia fpemque fimul.
Hercule au berceau , ſe débarraffant de fes
langes , & étoufant un Serpent.
Hinc virtus & labor.
Un grand Lys & de petits Lys qui naiffent de
fa tige.
Ex Lilio Lilia.
Un Grenadier chargé de fruits qui ont tous
cette propriété d'avoir une espece de Diadême.
Nafcendo fert Coronam.
Plufieurs perfonnes devant un Palais qui regardent
un Soleil levant .
Expectatus adeft.
1. Vel.
Une
JU.IN. 1730. 1207
Une Ruche avec un effain d'Abeilles autour de
leur Roy.
Exultatio publica.
Entre les deux Piramides étoient les Armes de
France dans un grand ovale, à bordure dorée, de
18 pieds de tour & plus haut, à quelque diftance
les Portraits du Roy & de la Reine, en grand,
couronnez de Lauriers , de Rofes , d'Oeillets &
des plus belles fleurs qu'on avoit pu trouver
tous les Pilliers de la Cour & des Galeries étoient
entourez de Mirtes , de Guirlandes & de Feftons.
Il y avoit un pareil Tableau aux armes du Roy,
dans l'enfoncement du Corps de Logis du côté
de la ruë.
Sur les cinq heures du foir la Maifon Confu
laire parut toute en feu dans moins d'un quart
d'heure ; l'Arc de triomphe , & les deux grands
Tableaux , aux armes du Roy , étoient chargez
d'un nombre infini de Lampions , & les deux Piramides,
depuis leurs bafes jufqu'en haut, des Fanaux
aux armes du Roy & de Monfeigneur le
Dauphin.
La Galerie qui regne autour de la Maiſon étoit
auffi extraordinairement éclairée par quatre ceintures
de lumieres, placées avec fimétrie . Toutes ces
Jumieres ainfi difpofées fembloient fe multiplier
fans nombre par la réfléxion des Vitrages ; &
enfin cette illumination fut vue avec admiration
par toutes les differentes Nations établies à Smirne.
Le derriere de la Maiſon qui fait face à la
Mer , n'étoit pas moins bien éclairée , & faifoit
une perfpective charmante pour ceux qui étoient
fur les Vaiffeaux & fur les autres Bâtimens du
Port.On avoit employé plus de 6000 Fanaux ou
Lampions à cette illumination , fans compter
tous les appartemens qui étoient éclairez par
une quantité tres confiderable de Luftres , Gi-
I. Vol. Giuj randoles
208 MERCURE DE FRANCE
randoles , Flambeaux d'argent & de Bras dofez
garnis de bougies .
On commença lè Bal à fix heures qu'on difcontinua
à huit pour fe mettre à table , il y en
avoit quatre de 60 , 50 , 40 & 25 couverts qui
qui furent fervies avec autant de profufion que
de délicateffe, outre deux autres Tables de 30 couverts
chacune , chez deux particuliers de la Nation
, voifins de la Maiſon Confulaire , pour les
Perfonnes qui n'auroient pas pú trouver place
chez le Conful.
Pendant le repas on but les fantez du Roy , de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , à la profperité
des Nations , chacune en particulier , à
celles des Ambaffadeurs ou Réfidens à la Porte
& on finit par celle des Souverains. On fit a
chaque fanté une falve de cent coups de Canon
des Vaiffeaux François , mouillez vis - à - vis la
Maiſon Confulaire. On refta à table jufqu'à minuit
, & on recommença le Bal , qui ne finit qu'à
fept heures du matin.
Quoiqu'on eut fixé la durée de la Fête à trois
jours , elle continua deux jours de plus à diverfes
repriſes. La Maiſon Confulaire fut également
illuminée , & le vin coula pour le peuple. Il n'y
cut pendant les deux derniers jours que trois Tables
de 60 , de 40 & de 25 couverts , les Nations
Etrangeres n'ayant point été invitées.
Le Vicaire Apoftolique qui réfide à Smirne &
qui eft à la tête du Clergé,s'eft trouvé à toutes les
fonctions de l'Eglife , & à un des repas.
Le fecond jour , le Muffelem , le Grand Douanier
, & autres Turcs de diftinction , voulurent
être témoins de la Fête ; ils pafferent une partie
de la nuit à voir danfer; ils fouperent même dans
·la Sale du Bal , où le Conful leur fit fervir fur
un Sopha , toute forte de Mets à la Turque ,fans
J. Vol. compter
JUIN. 1730. 12.00
compter le Caffé, le Sorbet , Parfums , &c . Ils fe
retirerent à trois heures du matin , autant char
mez de ce qu'ils avoient vûs , que de la maniere
noble & gracieufe avec laquelle le Conful les
avoit reçûs.
marques de
Toutes les différentes Nations de cette Echelle
ont donné dans cette occafion des
joye ; mais les Courtiers Juifs des Négocians
François , fe font particulierement diftinguez.
Ils vinrent le premier jour de la Fête au nombre
de plus de cent à la Maiſon Confulaire, pré-
*cédez de plufieurs Joueurs d'Inftrumens à la ma
niere du Païs. Ils marchoient deux à deux avec
chacun un Cierge allumé à la main.
"
Au milieu de cette efpece de Proceffion,s'élevoit
un Arc de triomphe , porté par quatre perfonnes
, tres -bien illuminé & chargé d'Ecuffons , &
de Banderolles aux arines de France & du Dau
phin ; ils firent le tour de la Cour en danſant
& criant à plufieurs reprifes : Vive le Roy Après
quoi ils allerent fe placer dans deux grandes
Chambres qu'on leur avoit deſtinées au Rez-dechauffée
, où ils trouverent trois Tables couver
tes de differentes Confitures , de Caffé & autres
rafraichiffements qu'ils diftribuoient à tous
venans.
Enfin on
-
peut dire que cette Fête a été des plus
galantes , des mieux ordonnées & des plus magnifiques
; & ce qui a paru de plus extraordi
naire , eft que toute la Maifon Confulaire s'é
tant trouvée remplie de differentes Nations
& en tres grand nombre , le vin y ait été
diftribué dans la plus grande abondance ; il n'eft
pas cependant arrivé le moindre défordre , par
les bons ordres que le Conful avoit donnez. Son
zéle infatigable à fuppléé à tout ; les Sieurs de
a
Saint- Amand & Vincent, Députez du Commer- >
1. Voig
1210 MERCURE DE FRANCE
ce en exercice , ont parfaitement bien ſecondé
-le zele de M. le Conful , de même que le fieur
de S. Amand le cadet , qui s'eft donné beaucoup
de foin pour la conftruction de l'Arc de triomphe
, & des Piramides dont il avoit donné les
deffeins.
Smirne, le 20Janvier 1730. Réjouiffances
faites au fujet de la Naiffance de MON
SEIGNEUR LE DAUPHIN.
R de Fontenu, Conful de France à Smirne,
M'ayant reçu cette heureufe nouvelle , af
fembla chez lui toute la Nation , lui communiqua
les ordres qu'il venoit de recevoir , & fit à
cette occafion un fort beau Difcours. Il fut réfolu
que pour célébrer dignement un tel événement
, on fe conformeroit en quelque façon à ce
qui s'étoit pratiqué en cette Echelle en 1704.
Vol
la
JUIN. 1730. 1203
la naiffance du Duc de Bretagne. La Nation don
na en même -temps aux Sieurs de Saint - Amant
& Vincent , Députez du Commerce , les pou
voirs neceffaires pour faire travailler aux prépa
ratifs.
Le Conful envoya quelques jours après deux
Drogmans , accompagnez de deux Janiffaires,
chez les Confuls d'Angleterre , de Venife &
d'Hollande , pour leur faire part de la Naiffance
du Dauphin. Ils reçurent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye,& ils envoyerent
Le même jour complimenter le Conful de Fran
ce par un pareil nombre d'Interpretes & de Janiffaires
; ils vinrent eux-mêmes quelques jours
après en grande cérémonie,accompagnés de plufieurs
perfonnes de leur Nation , témoigner au
Conful la part fincere qu'ils prenoient à fa joye
& à celle de toute la France . M. de Fontenu leur
rendit vifite dans le même ordre & avec les mêmes
cérémonies , & les pria de la Fête.
Le Conful envoya auffi deux de fes Interpre
tes & deux Janiffaires , chez le Muffelem on
Commandant , le Cady ,le Grand Douanier , le
Serdar ou Commandant des Janiffaires & autres
Puiffances du Païs,pour leur notifier la Naiffance
du Dauphin, à laquelle ils parurent fort fenfibles;
ils ne le furent pas moins aux préfens que le
Conful leur f ( fuivant l'ufage du Pais ) en Ve
ftes de Draps, Caffé, Chocolat & toutes fortes de
Confitures.
La Fête commença le 18 Decembre.On arbora
d'abord le Pavillon de France à la Maiſon
Confulaire, qui fut à l'inſtant falué d'une déchar
.ge de 150 Boëtes & par 200 coups de Canons
des Vaiffeaux François , Anglois , Vénitiens &
Hollandois qui étoient dans le Port. On fit couler
en même temps une Fontaine de vin qui ne
1 Vole Gij difcon1204
MERCURE DE FRANCE
difcontinua que bien avant dans la nuit;une mul
xitude de peuple de toutes fortes de Nations vint
s'y défalterer , pouffant des cris réiterez de joye,
& ne ceffant de boire à la ſanté du Roy , de la
Reine & du Prince nouveau né.
- A trois heures , toute la Nation de France, magnifiquement
habillée , s'étant rendue à la Mai
fon Confulaire , on fe mit en marche. Le Conful
étoit précédé de fes Janniffaires & Interpre
tes , & fuivi de trente Négotians François qui
donnoient la main à un pareil nombre de Dames.
Il fut reçu à la porte de l'Eglife des Capu
cins par le Religieux qui devoit officier. L'Egli
fe de ces Peres, qui eft une des plus belles de tout
de Levant , étoit ornée extraordinairement de
riches Tapifleries , &c. On avoit placé dans le
fond de l'Eglife un magnifique Dais , fous lequel
étoient les Portraits du Roy & de la Reine.
Il regnoit autour de l'Eglife une ceinture de Feftons
, de Luftres , de Tableaux & d'Ecuffons aux
armes du Roy , de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de la Ville de Marfeille.
Gloriam
La Cérémonie commença par l'Eloge du Roy,
que le P. Barnabé , Superieur des Capucins , prononça
avec beaucoup d'applaudiffement. Il prit
pour texte ces paroles d'un Pleaume
regni tui dicent: On chanta enfuite le Te Deum
au bruit de 150 Boëtes & de toute l'Artillerie
des Vaiffeaux & autres Bâtimens de toutes fortes
de Nations qui fe trouverent dans le Port. On fit
après la Proceffion autour du Cloître , laquelle
fut terminée en rentrant dans l'Eglife par l'Exau
diat & la benediction du S. Sacrement. Le Conful
fe remit en marche dans le même ordre qu'il
étoit venu , éclairé d'un grand nombre de Flam
beaux , & au fon de tous les Inftrumens qu'on
Byoit pû raffembler; il eut bien de la peine à par
yenir
JUIN. 1730. 1205
venir jufqu'à la porte de la Maiſon Confulaire
tout le peuple y étant accouru pour voir l'illu
mination qui étoit fuperbe par la quantité &
l'arrangement des lumieres ; on avoit placé à
l'extrémité des aîles du Corps de Logis qui don
ne fur la rue , un Arc de Triomphe à deux faces
, de 21 pieds de hauteur,fur 17 de large, foûtenu
par huit Colonnes d'ordre Ionique , entoutées
de Feftons ; fur l'entablement defquelles
étoient les Armes de Monfeigneur le Dauphin ,
& plufieurs Urnes enflammées. L'Arcade avoit
12 pieds de hauteur fur fix de largeur. Elle étoit
furmontée de chaque côté par un beau Cartou
che , dans lequel on lifoit les Infcriptions fui
yantes ;
REGI, REGINE,
ET NATATIBUS
Galli
DELPHINI
Smirnis commorantes
Benè precantur.
L'Infcription du côté de la Cour , étoit
Sereniffimi Delphini incunabulis ,
Galli faufta acclamantes ,
Hunc Arcum triumphalem erexere.
M. D C C. XXI X.
On voyoit au-deffus du Cartouche les Armes
de France , & dans les Intercolonnes de grands
Vafes , chargez de fleurs avec leurs Piédeftaux
fur lefquels on avoit placé plufieurs Emblêmes
convenables au Prince auquel elles étoient appli
quées. Il y en avoit deux de chaque côté .
Une Etoille brillante de la premiere grandeur ,
1. Vol.
au G
1206 MERCURE DE FRANCE.
au coeur de laquelle étoit une Hermine, avec ces
mots :
Nova Lux Pronuntia Pacis.
Un Chêne dans fa vigueur , de lá Tige duquel
fortoient d'autres Chênes de differentes hauteurs.
Plura videbit.
Un Soleil qui diffipe un nuage :
Dum orior umbra fugit.
Un Lionceau dans une Forêt.
Avita virtutis non degener.
'Au fond de la Cour , faifant face à l'Arc de
triomphe , étoit la Fontaine de Vin , & aux côtez
deux Piramides quadrangulaires , hautes de
17 pieds , furmontées d'une Fleur de Lys à quatre
faces , & foutenues par deux Piedeftaux , fur
lefquels on voyoit les Emblêmes fuivantes ":
Un Oranger chargé tout à la fois de fleurs &
de fruits , avec ces paroles :
Gaudia fpemque fimul.
Hercule au berceau , ſe débarraffant de fes
langes , & étoufant un Serpent.
Hinc virtus & labor.
Un grand Lys & de petits Lys qui naiffent de
fa tige.
Ex Lilio Lilia.
Un Grenadier chargé de fruits qui ont tous
cette propriété d'avoir une espece de Diadême.
Nafcendo fert Coronam.
Plufieurs perfonnes devant un Palais qui regardent
un Soleil levant .
Expectatus adeft.
1. Vel.
Une
JU.IN. 1730. 1207
Une Ruche avec un effain d'Abeilles autour de
leur Roy.
Exultatio publica.
Entre les deux Piramides étoient les Armes de
France dans un grand ovale, à bordure dorée, de
18 pieds de tour & plus haut, à quelque diftance
les Portraits du Roy & de la Reine, en grand,
couronnez de Lauriers , de Rofes , d'Oeillets &
des plus belles fleurs qu'on avoit pu trouver
tous les Pilliers de la Cour & des Galeries étoient
entourez de Mirtes , de Guirlandes & de Feftons.
Il y avoit un pareil Tableau aux armes du Roy,
dans l'enfoncement du Corps de Logis du côté
de la ruë.
Sur les cinq heures du foir la Maifon Confu
laire parut toute en feu dans moins d'un quart
d'heure ; l'Arc de triomphe , & les deux grands
Tableaux , aux armes du Roy , étoient chargez
d'un nombre infini de Lampions , & les deux Piramides,
depuis leurs bafes jufqu'en haut, des Fanaux
aux armes du Roy & de Monfeigneur le
Dauphin.
La Galerie qui regne autour de la Maiſon étoit
auffi extraordinairement éclairée par quatre ceintures
de lumieres, placées avec fimétrie . Toutes ces
Jumieres ainfi difpofées fembloient fe multiplier
fans nombre par la réfléxion des Vitrages ; &
enfin cette illumination fut vue avec admiration
par toutes les differentes Nations établies à Smirne.
Le derriere de la Maiſon qui fait face à la
Mer , n'étoit pas moins bien éclairée , & faifoit
une perfpective charmante pour ceux qui étoient
fur les Vaiffeaux & fur les autres Bâtimens du
Port.On avoit employé plus de 6000 Fanaux ou
Lampions à cette illumination , fans compter
tous les appartemens qui étoient éclairez par
une quantité tres confiderable de Luftres , Gi-
I. Vol. Giuj randoles
208 MERCURE DE FRANCE
randoles , Flambeaux d'argent & de Bras dofez
garnis de bougies .
On commença lè Bal à fix heures qu'on difcontinua
à huit pour fe mettre à table , il y en
avoit quatre de 60 , 50 , 40 & 25 couverts qui
qui furent fervies avec autant de profufion que
de délicateffe, outre deux autres Tables de 30 couverts
chacune , chez deux particuliers de la Nation
, voifins de la Maiſon Confulaire , pour les
Perfonnes qui n'auroient pas pú trouver place
chez le Conful.
Pendant le repas on but les fantez du Roy , de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , à la profperité
des Nations , chacune en particulier , à
celles des Ambaffadeurs ou Réfidens à la Porte
& on finit par celle des Souverains. On fit a
chaque fanté une falve de cent coups de Canon
des Vaiffeaux François , mouillez vis - à - vis la
Maiſon Confulaire. On refta à table jufqu'à minuit
, & on recommença le Bal , qui ne finit qu'à
fept heures du matin.
Quoiqu'on eut fixé la durée de la Fête à trois
jours , elle continua deux jours de plus à diverfes
repriſes. La Maiſon Confulaire fut également
illuminée , & le vin coula pour le peuple. Il n'y
cut pendant les deux derniers jours que trois Tables
de 60 , de 40 & de 25 couverts , les Nations
Etrangeres n'ayant point été invitées.
Le Vicaire Apoftolique qui réfide à Smirne &
qui eft à la tête du Clergé,s'eft trouvé à toutes les
fonctions de l'Eglife , & à un des repas.
Le fecond jour , le Muffelem , le Grand Douanier
, & autres Turcs de diftinction , voulurent
être témoins de la Fête ; ils pafferent une partie
de la nuit à voir danfer; ils fouperent même dans
·la Sale du Bal , où le Conful leur fit fervir fur
un Sopha , toute forte de Mets à la Turque ,fans
J. Vol. compter
JUIN. 1730. 12.00
compter le Caffé, le Sorbet , Parfums , &c . Ils fe
retirerent à trois heures du matin , autant char
mez de ce qu'ils avoient vûs , que de la maniere
noble & gracieufe avec laquelle le Conful les
avoit reçûs.
marques de
Toutes les différentes Nations de cette Echelle
ont donné dans cette occafion des
joye ; mais les Courtiers Juifs des Négocians
François , fe font particulierement diftinguez.
Ils vinrent le premier jour de la Fête au nombre
de plus de cent à la Maiſon Confulaire, pré-
*cédez de plufieurs Joueurs d'Inftrumens à la ma
niere du Païs. Ils marchoient deux à deux avec
chacun un Cierge allumé à la main.
"
Au milieu de cette efpece de Proceffion,s'élevoit
un Arc de triomphe , porté par quatre perfonnes
, tres -bien illuminé & chargé d'Ecuffons , &
de Banderolles aux arines de France & du Dau
phin ; ils firent le tour de la Cour en danſant
& criant à plufieurs reprifes : Vive le Roy Après
quoi ils allerent fe placer dans deux grandes
Chambres qu'on leur avoit deſtinées au Rez-dechauffée
, où ils trouverent trois Tables couver
tes de differentes Confitures , de Caffé & autres
rafraichiffements qu'ils diftribuoient à tous
venans.
Enfin on
-
peut dire que cette Fête a été des plus
galantes , des mieux ordonnées & des plus magnifiques
; & ce qui a paru de plus extraordi
naire , eft que toute la Maifon Confulaire s'é
tant trouvée remplie de differentes Nations
& en tres grand nombre , le vin y ait été
diftribué dans la plus grande abondance ; il n'eft
pas cependant arrivé le moindre défordre , par
les bons ordres que le Conful avoit donnez. Son
zéle infatigable à fuppléé à tout ; les Sieurs de
a
Saint- Amand & Vincent, Députez du Commer- >
1. Voig
1210 MERCURE DE FRANCE
ce en exercice , ont parfaitement bien ſecondé
-le zele de M. le Conful , de même que le fieur
de S. Amand le cadet , qui s'eft donné beaucoup
de foin pour la conftruction de l'Arc de triomphe
, & des Piramides dont il avoit donné les
deffeins.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Smirne, le 20 Janvier 1730. Réjoüissances faites au sujet de la Naissance de MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le 20 janvier 1730, à Smirne, le consul de France, M. de Fontenu, a appris la naissance du Dauphin. Il a immédiatement informé la communauté française locale et prononcé un discours. Les festivités ont été organisées en s'inspirant de celles de 1704 pour la naissance du Duc de Bretagne. Les députés du commerce, les Sieurs de Saint-Amant et Vincent, ont été chargés des préparatifs. Le consul a envoyé des drogmans et des janissaires aux consuls d'Angleterre, de Venise et de Hollande pour annoncer la naissance du Dauphin. Ces derniers ont exprimé leur joie et envoyé des compliments au consul de France. Des visites cérémonielles ont suivi entre les consuls et les dignitaires locaux, incluant le mufti, le cadi, le grand douanier et le serdar. La fête a débuté le 18 décembre avec l'arboration du pavillon français et des salves de mousquets et de canons. Une fontaine de vin a été ouverte, attirant une multitude de personnes de diverses nations. Le consul, accompagné de janissaires, d'interprètes et de négociants français, s'est rendu à l'église des Capucins, décorée de riches tapisseries et de portraits du roi et de la reine. La cérémonie a inclus un éloge du roi, un Te Deum et une procession autour du cloître. La maison consulaire a été illuminée avec des flambeaux et des lampions. Un arc de triomphe et des pyramides décorées d'emblèmes et d'inscriptions ont été érigés. Les festivités ont inclus un bal, des repas somptueux et des salves de canon. Les célébrations ont duré cinq jours, avec la participation de diverses nations et dignitaires locaux. Les Juifs courtiers des négociants français se sont particulièrement distingués par leurs marques de joie. La fête a été marquée par une grande abondance de vin sans désordre, grâce aux bons ordres du consul et au zèle des députés du commerce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16085
p. 147
MUSIQUE.
Début :
MDE de Saint-Aubin, connue par ses talens pour la Musique, a imaginé [...]
Mots clefs :
Lyre, Tons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
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16086
p. 145
« LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
Début :
LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...]
Mots clefs :
Pompée, Plaisanterie, Empire, Arabes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
LA VIE & les avantures du petit Pompée,
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
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16087
p. 138-139
M. de Breteül est reçeu Lecteur du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur de Breteüil, Fils de Monsieur de Breteüil Conseiller d'Etat [...]
Mots clefs :
Monsieur de Breteüil, Charge, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. de Breteül est reçeu Lecteur du Roy. [titre d'après la table]
Monfieur de
, Breteüil, Fils de Monfieur
de Breteüil Confeiller dEtat ordinaire, en a au!»
efté traité d ’une manier*
dont il a lieu d’eftre f°ri:
fatisfait; 3c apres avoir fervy fous Monfieur Colbert
& Monfieur le Marquis $
Seignelay a
il a eu 1 agrC'
G A L A N T , w
ment de la Charge de Lecteur de Sa Majefté, qui l’a
préféré à plufieurs autres.
11 eft bien fait, il a de l’eCprit, & des Lettres, & s’cft
toûjours fait un très-grand
plaifir d’obliger fes Amis
quand il a elle en état de
les fervir.
, Breteüil, Fils de Monfieur
de Breteüil Confeiller dEtat ordinaire, en a au!»
efté traité d ’une manier*
dont il a lieu d’eftre f°ri:
fatisfait; 3c apres avoir fervy fous Monfieur Colbert
& Monfieur le Marquis $
Seignelay a
il a eu 1 agrC'
G A L A N T , w
ment de la Charge de Lecteur de Sa Majefté, qui l’a
préféré à plufieurs autres.
11 eft bien fait, il a de l’eCprit, & des Lettres, & s’cft
toûjours fait un très-grand
plaifir d’obliger fes Amis
quand il a elle en état de
les fervir.
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Résumé : M. de Breteül est reçeu Lecteur du Roy. [titre d'après la table]
Monsieur de Breteüil, fils du Conseiller d'État ordinaire, a été nommé Lecteur du Roi. Il a servi sous Colbert et le Marquis de Seignelay. Préféré à plusieurs candidats, il est reconnu pour son esprit et ses lettres, ainsi que pour son aide aux amis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16088
p. 145-153
« LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
Début :
LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...]
Mots clefs :
Sens littéral, Écritures saintes, Double sens, Église, Verbe, Jésus-Christ, Prophétie, Prophéties, Corps, Termes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
LETTRES de M. l'Abbé de *** à
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
gitized by GoC
146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
gitized by GoC
146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
Fermer
16089
p. 137-138
Conversion de M. du Hamel, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre deux Conversions sur lesquelles je suis seûr [...]
Mots clefs :
Conversion, Chagrin, Seigneur, Abjuration, Église, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. du Hamel, [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre deux
Conversions surlesquelles je
suisseûr que je n'auray point
tic chagrin de me dédire.
L'une est celle de Mr Guilbert,
Seigneur du Hamel,
qui abjura il y a un mois
:dans l'Eglise des Théatins,
entre les mains du Pere
Alexis du Buc, en présence
de plusieurs Personnes de
qualité. Il est d'une des plus
anciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceltres
qui sont Fondateurs du Monaftere
dit, de l'AveMaria.
La seconde Conversion
Conversions surlesquelles je
suisseûr que je n'auray point
tic chagrin de me dédire.
L'une est celle de Mr Guilbert,
Seigneur du Hamel,
qui abjura il y a un mois
:dans l'Eglise des Théatins,
entre les mains du Pere
Alexis du Buc, en présence
de plusieurs Personnes de
qualité. Il est d'une des plus
anciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceltres
qui sont Fondateurs du Monaftere
dit, de l'AveMaria.
La seconde Conversion
Fermer
16090
p. 148-151
« LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
Début :
LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièce, Rôle, Comédiens, Tragédie, Actes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
A VERSAILLES.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
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16091
p. 148-155
AVERTISSEMENT.
Début :
LES Spectacles font, sans contredit, l'objet le plus intéressant des amusemens [...]
Mots clefs :
Amusements, Affiches, Théâtres, Public, Louer, Journalistes, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
LES Spectacles font, fans contredit,
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte traite de l'importance des spectacles dans les divertissements du public et la littérature. L'auteur estime que se contenter de reproduire les affiches des spectacles est insuffisant, surtout pour ceux éloignés des théâtres. Il décide donc de fournir des détails sur les nouvelles œuvres, les reprises d'anciennes pièces et les talents des acteurs, informations précieuses pour les lecteurs éloignés mais connaisseurs des œuvres et des talents dramatiques. L'auteur souligne la nécessité de conserver des particularités, même mineures, pour les recherches futures des amateurs de théâtre. Il mentionne la réputation des anciens acteurs et la difficulté de transmettre leur excellence à travers les générations. Il reçoit des témoignages de satisfaction pour cette manière de traiter l'article du théâtre, mais cela l'engage dans une critique délicate et des éloges répétés. Les éloges étendus visent à varier les motifs d'admiration pour les talents supérieurs et à encourager les progrès pour les talents inférieurs. L'auteur compare son rôle à celui d'un peintre qui met en valeur les qualités des personnes, même si celles-ci ne sont pas toujours conformes au moment étudié. Malgré les raisons bien fondées, l'auteur reconnaît les inconvénients de sa conduite, notamment les reproches des concurrents. Il justifie sa méthode par l'utilité pour le progrès de l'art dramatique, essentiel à la gloire littéraire de la nation. Pour éviter les reproches, il promet de modérer ses éloges, même envers les talents supérieurs. Enfin, le texte prévient que le silence sur certains acteurs ne signifie pas une dégénérescence de leurs talents. L'auteur ne se restreindra pas dans ses critiques, notamment pour les spectacles de la cour, et continuera à fournir des extraits et des remarques sur les nouvelles œuvres, même si cela peut déplaire à certains auteurs dramatiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16092
p. 139-150
JULIE A LEANDRE.
Début :
Apres avoir parlé de tant de Personnes illustres, disons quelque / Il est donc vray, Cruel, que sans que rien vous touche, [...]
Mots clefs :
Gloire, Maux, Amour, Honneur, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JULIE A LEANDRE.
Apres avoir parlé de tant
de Perfonnes iliullres, difons quelque chofe d’une
Belle affligée, ou plutoft
d’une Lettre écrire par une
Amante à fon Amant, fur J >
ce qu’il fe préparoit à partir
pour fc rendre à l’Armée.
• m »
>40 LE MERCURE
Cette Lettre a tellement
efté applaudie par tout où
elle aeftéleuë, que je croirois qu’on auroitfujet de fe
plaindre du Mercure, fi
l’on ne l’y renconcroit pas.
La voicy
J U L I E
A LE A N D R E .
I
L eftdoncvray > Crue f que fans
que rien vous touche
Vous vous préparera partir?
ïa y beau faire f honneur eftunTyran farouche
Qui vousforce d y confentir.
' , ,
i l vous rend des Amans le plus impitoyable
Pour qui jamais aima le mieux,
Ltvousflatant d'un nom , malgré
le temos durable,
i l vous éloigne de mes yeux*
i
4
t LE MERCURE
E té les ! ignorez-vous quelle vaine
chimere
Eft cet honneur qui voiesféduit,
E t d'un bien effectif un bien imaginaire
D o it-il vous dérober le fruit ?
&
A u x plus mortels dangers quand
v offre vie offerte (pris,
Payera quelque Exploit entre*
Peut-effre un jour ou deux on plaindra v offre perte3
E t çenfera la tout le prix.
Vivez^ par fe$ confcils la Gloire
vous abufe. ( jour,
Quoy qu elle vous promette un
Pour ne l'écouterpas, peut-on
querd'exeufe
Lorsqu'o ne mâquepointddmourl
I
O
GA LA N T. 145
yous navez^quà vouloir, c? vous
en aurezjnille
pour rompre ce cruel départ. O uand l'Am our en rai fins ue /croit
l i a toujours fies droits àpart 9
S il efi fier quelquefois, impétueux,
terrible^ S 'il donne de fanflans Arrefis,
I l cherche le repos, ^ devien t doux,
Dans cette occafion, ou confufe,
tremblante, '
ïattens ou la vie, ou la mort: I l veut que vous cediez^aux foùpirs
d'une Amante <
Dont vous p ouvezpeoftrie fierté
x ,F /? Son^ez^vous a quels maux vofire
rigueur m'expofe,
Si vous ojez, vous éloiqner ?
E t peut-on de ces maux fe rendre
exprès la caufe,
Quandon me les peut épargner l
le veux bien, s9
il lefa u t, compter
à rien l'abfence,
QuoyquinfuportableauxAwtàiï
Que ne plaiflM au Ciel de borner
ma fouffrance
e r < W
douleur extrême..
Conjole l'Amour aux abois-,
M ais avoir à trembler toujours
pour ce quon aime,
Combien efl-ce mourir de fois ?
GALANT. i4
j
Chaque pas avâcé, chaque T ra n
chée ouverte,
M c va glacer le cæurd'effroy,
Et d'un heureux (uccezjlimage en
vain offerte, (moy.
M y peindra mille maux pour
TT"3
'euft la plus forte Place emporté
qu'une tefie,
Dontle bruitviennejufquà nous,
Vous croyant aujjl-toft le prix de
M es larmes couleront pour vous9
•îji
Toùjours impatiente , & toujours
allarmèe.
Si je voy quon fe parle bas,
le rnmagineray que parlant de
P Armée,
On me cache voflre trépas >
N
LE MERCURE
Dans l'ardeur a efre infimité , &
le doute d'entendre
Ce qui fcroit mon defefpoir3
i
ray d'apprendre
Ce que je craindray de feavoir,
1
*
Qui iauroit jamais cru 1 M a joye
efioit parfaite!
j4u bruit des Triomphes du Roy,
Rien n auroit pu me, rendre inftdelle Sujete, , .
E t je vay l'efire malgré moy.
Je voudrons que fa gloire à nulle
autre fécondé,
Entaffafi Exploits fur Exploit^
Q uainfi que de nos coeurs il
M aiftre du Monde,
Que tout y reconnut fies Rotsc,
GALANT. 147
Cependant je fensbien dans les rudes a II arm es
Où vofire fort me plongera,
Que je feray réduite à répandre des
larmes
Chaque fois q u il triomphera.
I
Sas que vos y eux en foiët témoinsÙ4ura-t'il plus de peine a fa ire des
co nquefics,
pour avoir unGuerrier de moins?
K
\A ne le fuivre pas où toujours la
Piéloire
S*emprejfe à luy faire fa cour^
Eloigné des périls vous aurerjnoins
/
M aie vous m h rere^lu s£ amour.
♦
i
4
8 le mercure
fh fo n blâme ce defein dont l'ar*
deiïr de me 'plaire
Voies doit avoir fa it fine Loy,
Efi-ce, quoy quon endife,une peine
à voies fa ire ,
S i voies ne vive^queperur moyl
& ,,
Q uynd df
un feu véritable on a l
me en fam ée,
<Aimer eft noflre unique bien,
E t pouiveu que don plaife u l#
Personne aimée,
On compte tout le rejle à rien.
Vous m'en pouvez, convaincre écoti’
tant ma priere, ,
Pourquoy ne le faites vous pris.
G A LA N T. 149
T , 5/ de vous fignalerpar quelque
grand fcrvice,
Le defir vous tient partage,
JT'n coeur comme le mien vaut bien
le fa orifice
D'un peu de renom ncgligf.
L 'A m our vous le demande, il efl
bon de [e rendre
A qui brûle tout de fesfeux>
E t ce quont fa it Ce fa r, Annibal,
Alexandre,
fo u s le pouvezjaire comme eux.
&
Ils riont cru rien ofler a l'éclat de
leur gloire,
En fa fa n t triompher F Amour*,
S ils luy lai foientfur eux emporter
la victoire,
11 le s fa i foi t vaincre a leur tour.
N iij
K
Ijo LE MERCURE
Apres ces Conquérons, vous luy
Abandonner voflre fiertés
Soûmettezfia, pourveuquil vous
■ en tienne compte
Vous en aurait il trop coûté l
I l a pour qui confient a luy rendre
les armes,
Des hiensquon ne peut exprimer^
Pour qoùter purement leurs plus
finfibles charmes,
Vous riavez^qu cifiçavoiraimer
de Perfonnes iliullres, difons quelque chofe d’une
Belle affligée, ou plutoft
d’une Lettre écrire par une
Amante à fon Amant, fur J >
ce qu’il fe préparoit à partir
pour fc rendre à l’Armée.
• m »
>40 LE MERCURE
Cette Lettre a tellement
efté applaudie par tout où
elle aeftéleuë, que je croirois qu’on auroitfujet de fe
plaindre du Mercure, fi
l’on ne l’y renconcroit pas.
La voicy
J U L I E
A LE A N D R E .
I
L eftdoncvray > Crue f que fans
que rien vous touche
Vous vous préparera partir?
ïa y beau faire f honneur eftunTyran farouche
Qui vousforce d y confentir.
' , ,
i l vous rend des Amans le plus impitoyable
Pour qui jamais aima le mieux,
Ltvousflatant d'un nom , malgré
le temos durable,
i l vous éloigne de mes yeux*
i
4
t LE MERCURE
E té les ! ignorez-vous quelle vaine
chimere
Eft cet honneur qui voiesféduit,
E t d'un bien effectif un bien imaginaire
D o it-il vous dérober le fruit ?
&
A u x plus mortels dangers quand
v offre vie offerte (pris,
Payera quelque Exploit entre*
Peut-effre un jour ou deux on plaindra v offre perte3
E t çenfera la tout le prix.
Vivez^ par fe$ confcils la Gloire
vous abufe. ( jour,
Quoy qu elle vous promette un
Pour ne l'écouterpas, peut-on
querd'exeufe
Lorsqu'o ne mâquepointddmourl
I
O
GA LA N T. 145
yous navez^quà vouloir, c? vous
en aurezjnille
pour rompre ce cruel départ. O uand l'Am our en rai fins ue /croit
l i a toujours fies droits àpart 9
S il efi fier quelquefois, impétueux,
terrible^ S 'il donne de fanflans Arrefis,
I l cherche le repos, ^ devien t doux,
Dans cette occafion, ou confufe,
tremblante, '
ïattens ou la vie, ou la mort: I l veut que vous cediez^aux foùpirs
d'une Amante <
Dont vous p ouvezpeoftrie fierté
x ,F /? Son^ez^vous a quels maux vofire
rigueur m'expofe,
Si vous ojez, vous éloiqner ?
E t peut-on de ces maux fe rendre
exprès la caufe,
Quandon me les peut épargner l
le veux bien, s9
il lefa u t, compter
à rien l'abfence,
QuoyquinfuportableauxAwtàiï
Que ne plaiflM au Ciel de borner
ma fouffrance
e r < W
douleur extrême..
Conjole l'Amour aux abois-,
M ais avoir à trembler toujours
pour ce quon aime,
Combien efl-ce mourir de fois ?
GALANT. i4
j
Chaque pas avâcé, chaque T ra n
chée ouverte,
M c va glacer le cæurd'effroy,
Et d'un heureux (uccezjlimage en
vain offerte, (moy.
M y peindra mille maux pour
TT"3
'euft la plus forte Place emporté
qu'une tefie,
Dontle bruitviennejufquà nous,
Vous croyant aujjl-toft le prix de
M es larmes couleront pour vous9
•îji
Toùjours impatiente , & toujours
allarmèe.
Si je voy quon fe parle bas,
le rnmagineray que parlant de
P Armée,
On me cache voflre trépas >
N
LE MERCURE
Dans l'ardeur a efre infimité , &
le doute d'entendre
Ce qui fcroit mon defefpoir3
i
ray d'apprendre
Ce que je craindray de feavoir,
1
*
Qui iauroit jamais cru 1 M a joye
efioit parfaite!
j4u bruit des Triomphes du Roy,
Rien n auroit pu me, rendre inftdelle Sujete, , .
E t je vay l'efire malgré moy.
Je voudrons que fa gloire à nulle
autre fécondé,
Entaffafi Exploits fur Exploit^
Q uainfi que de nos coeurs il
M aiftre du Monde,
Que tout y reconnut fies Rotsc,
GALANT. 147
Cependant je fensbien dans les rudes a II arm es
Où vofire fort me plongera,
Que je feray réduite à répandre des
larmes
Chaque fois q u il triomphera.
I
Sas que vos y eux en foiët témoinsÙ4ura-t'il plus de peine a fa ire des
co nquefics,
pour avoir unGuerrier de moins?
K
\A ne le fuivre pas où toujours la
Piéloire
S*emprejfe à luy faire fa cour^
Eloigné des périls vous aurerjnoins
/
M aie vous m h rere^lu s£ amour.
♦
i
4
8 le mercure
fh fo n blâme ce defein dont l'ar*
deiïr de me 'plaire
Voies doit avoir fa it fine Loy,
Efi-ce, quoy quon endife,une peine
à voies fa ire ,
S i voies ne vive^queperur moyl
& ,,
Q uynd df
un feu véritable on a l
me en fam ée,
<Aimer eft noflre unique bien,
E t pouiveu que don plaife u l#
Personne aimée,
On compte tout le rejle à rien.
Vous m'en pouvez, convaincre écoti’
tant ma priere, ,
Pourquoy ne le faites vous pris.
G A LA N T. 149
T , 5/ de vous fignalerpar quelque
grand fcrvice,
Le defir vous tient partage,
JT'n coeur comme le mien vaut bien
le fa orifice
D'un peu de renom ncgligf.
L 'A m our vous le demande, il efl
bon de [e rendre
A qui brûle tout de fesfeux>
E t ce quont fa it Ce fa r, Annibal,
Alexandre,
fo u s le pouvezjaire comme eux.
&
Ils riont cru rien ofler a l'éclat de
leur gloire,
En fa fa n t triompher F Amour*,
S ils luy lai foientfur eux emporter
la victoire,
11 le s fa i foi t vaincre a leur tour.
N iij
K
Ijo LE MERCURE
Apres ces Conquérons, vous luy
Abandonner voflre fiertés
Soûmettezfia, pourveuquil vous
■ en tienne compte
Vous en aurait il trop coûté l
I l a pour qui confient a luy rendre
les armes,
Des hiensquon ne peut exprimer^
Pour qoùter purement leurs plus
finfibles charmes,
Vous riavez^qu cifiçavoiraimer
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Résumé : JULIE A LEANDRE.
Dans une lettre adressée à son amant André, Julie exprime son désarroi face à son départ imminent pour l'armée. Elle compare ce départ à la tyrannie et critique l'honneur qui l'oblige à partir, le qualifiant de chimère vaine et de bien imaginaire. Julie met en garde contre les dangers auxquels André s'expose et la brièveté de la reconnaissance pour ses exploits. Julie supplie André de ne pas l'abandonner, affirmant que l'amour a toujours des droits, même s'il peut être impétueux et terrible. Elle décrit sa propre souffrance et sa peur de le perdre, imaginant les pires scénarios. Elle exprime son désir de partager sa douleur et son inquiétude constante pour lui. Malgré les triomphes et les exploits, elle sait qu'elle pleurera à chaque victoire, car elle sera loin de lui. Julie conclut en admettant que, malgré son amour, elle ne peut empêcher André de partir. Elle reconnaît la noblesse de son devoir mais exprime son espoir qu'il revienne sain et sauf. Elle compare son amour à celui des grands conquérants, soulignant que même eux n'ont pas pu résister à l'amour. Elle invite André à soumettre sa fierté à l'amour, suggérant qu'il pourrait en valoir la peine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16093
p. 1189-1190
Livres que CAVELIER, Libraire, ruë S. Jacques, a nouvellement reçûs des Païs Etrangers.
Début :
HISTORIA vitae et meritorum Frederici Ruych, in 4. Amstelodami, 1732. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres que CAVELIER, Libraire, ruë S. Jacques, a nouvellement reçûs des Païs Etrangers.
Livres que CAVELIER , Libraire , rue S. Jacques
, a nouvellement reçûs des Païs Etrangers.
HISTORIA vita et meritorum Frederici Ruych,
in 4. Amstelodami , 1732. )
MISCELLANEÆ observationes in Auctores veteres,
et recentiores ab Eruditis Britannis,anno 1731 ,
Edicoepta cum Notis et Auctuario variorum Doctorum.
Volumen primum Jul. Aug. Sept. et Oc
tobrem complectens , in 8. Amst. 1732.
FIFNI ( Thom ) de pracipuis Artis Chirurgica
Controversiis Libri XII . curâ Conringii ; in 4
• Londini .
GRAMMAIRE Royale , Françoise et Allemande
de Pepliers , augmentée par Rondeau , in 8. Leip--
sic , 1732
CLEMENTIS XI. Pont. Max. Opera omnia. 2.
vol. in fol. Francofurti . 1729.
OUDINI ( Casimir ) de Scriptoribus Ecclesia
antiquis , illorumque Scriptis tam impressis quam
manu-scriptis adhuc extantibus in celebrioribus En
ropa Bibliothecis. 3 vol. fol . Lipsiæ 1722 .
Le méme Cavelier , vend aussi les Ordonnan
ces de Louis XV . pour fixer la Jurisprudence sur
la nature des Donations , avec les Observations
de M. Furgole , Avocat . Fol . Toulouze , et les
Observations sur les Arrêts notables du Parlement
1. Vol.
G ij de
1190 MERCURE DE FRANCE
enri. de Toulouze , recueillis par M. de Catellan ,
chis des Arrêts nouveaux , sur les mêmes matieres ;
par M. Vedel , Avocat, 2 vol . in 4. Toulouse ,
1033 .
Il vient aussi de mettre sous la Presse un Ouvrage
important , dont le Titre est JOANNIS
Freind , Regina Carolina Archiatri , Opera omnia
Medica. gros
vol, in 4.
, a nouvellement reçûs des Païs Etrangers.
HISTORIA vita et meritorum Frederici Ruych,
in 4. Amstelodami , 1732. )
MISCELLANEÆ observationes in Auctores veteres,
et recentiores ab Eruditis Britannis,anno 1731 ,
Edicoepta cum Notis et Auctuario variorum Doctorum.
Volumen primum Jul. Aug. Sept. et Oc
tobrem complectens , in 8. Amst. 1732.
FIFNI ( Thom ) de pracipuis Artis Chirurgica
Controversiis Libri XII . curâ Conringii ; in 4
• Londini .
GRAMMAIRE Royale , Françoise et Allemande
de Pepliers , augmentée par Rondeau , in 8. Leip--
sic , 1732
CLEMENTIS XI. Pont. Max. Opera omnia. 2.
vol. in fol. Francofurti . 1729.
OUDINI ( Casimir ) de Scriptoribus Ecclesia
antiquis , illorumque Scriptis tam impressis quam
manu-scriptis adhuc extantibus in celebrioribus En
ropa Bibliothecis. 3 vol. fol . Lipsiæ 1722 .
Le méme Cavelier , vend aussi les Ordonnan
ces de Louis XV . pour fixer la Jurisprudence sur
la nature des Donations , avec les Observations
de M. Furgole , Avocat . Fol . Toulouze , et les
Observations sur les Arrêts notables du Parlement
1. Vol.
G ij de
1190 MERCURE DE FRANCE
enri. de Toulouze , recueillis par M. de Catellan ,
chis des Arrêts nouveaux , sur les mêmes matieres ;
par M. Vedel , Avocat, 2 vol . in 4. Toulouse ,
1033 .
Il vient aussi de mettre sous la Presse un Ouvrage
important , dont le Titre est JOANNIS
Freind , Regina Carolina Archiatri , Opera omnia
Medica. gros
vol, in 4.
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Résumé : Livres que CAVELIER, Libraire, ruë S. Jacques, a nouvellement reçûs des Païs Etrangers.
Le document énumère les livres récemment reçus par le libraire CAVELIER, situé rue Saint-Jacques. Parmi les ouvrages, on trouve 'Historia vita et meritorum Frederici Ruych' publié à Amsterdam en 1732, 'MISCELLANEÆ observationes in Auctores veteres' édité en 1731 et réédité en 1732 à Amsterdam, et 'de praecipuis Artis Chirurgica Controversiis' de Thom FIFNI, publié à Londres. D'autres titres incluent une 'GRAMMAIRE Royale, Françoise et Allemande' augmentée par Rondeau, publiée à Leipzig en 1732, les 'Opera omnia' de Clément XI, publiés à Francfort en 1729, et 'de Scriptoribus Ecclesia antiquis' de Casimir OUDINI, publié à Leipzig en 1722. Le libraire propose également les ordonnances de Louis XV concernant les donations, avec les observations de M. Furgole, ainsi que les observations sur les arrêts notables du Parlement de Toulouse, recueillies par M. de Catellan et M. Vedel. Enfin, CAVELIER a mis sous presse un ouvrage intitulé 'JOANNIS Freind, Regina Carolina Archiatri, Opera omnia Medica'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16094
p. 1347-1348
« Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
Début :
Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Troupe des comédiens italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
L >
Es Comédiens François donnerent
le Mardi 12. de ce mois , la seizième
Représentation de l'Italie Galante ou les
Contes , que le Public goûte tous les
jours de plus en plus. Ils la reprendront
au retour de Fontainebleau , où une par
tie de la Troupe a été mandée , ainsi que
la Troupe des Comédiens Italiens.
Le Samedi 16 , on donna sur le Thea
I. Vol.
G tre
1548 MERCURE
DE FRANCE
tre François , la premiere Représentation
Comedie
nouvelle
du Faux Sincere >
en Vers , en cinq Actes
en cinq Actes , de feu M.
Dufresni , qui fut fort bien représentée
et très-applaudie. Le Sieur de Montmenil
y joue le principal Rôle, dont le caractére
est admirable
, avec beaucoup
d'intelli
gence. Nous en parlerons plus au long.
L'Académie
Royale de Musique don
na le 29. May , la septième et derniere
Représentation
de la Pastorale Héroïque
d'Endymion , dont on a parlé dans le
même mois. Elle reprit le premier Juin
Idomenée , et en a donné fix Représen
tations .
Le 14.
Es Comédiens François donnerent
le Mardi 12. de ce mois , la seizième
Représentation de l'Italie Galante ou les
Contes , que le Public goûte tous les
jours de plus en plus. Ils la reprendront
au retour de Fontainebleau , où une par
tie de la Troupe a été mandée , ainsi que
la Troupe des Comédiens Italiens.
Le Samedi 16 , on donna sur le Thea
I. Vol.
G tre
1548 MERCURE
DE FRANCE
tre François , la premiere Représentation
Comedie
nouvelle
du Faux Sincere >
en Vers , en cinq Actes
en cinq Actes , de feu M.
Dufresni , qui fut fort bien représentée
et très-applaudie. Le Sieur de Montmenil
y joue le principal Rôle, dont le caractére
est admirable
, avec beaucoup
d'intelli
gence. Nous en parlerons plus au long.
L'Académie
Royale de Musique don
na le 29. May , la septième et derniere
Représentation
de la Pastorale Héroïque
d'Endymion , dont on a parlé dans le
même mois. Elle reprit le premier Juin
Idomenée , et en a donné fix Représen
tations .
Le 14.
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
Le 12, les Comédiens Français ont joué 'L'Italie Galante'. Le 16, ils ont présenté 'Le Faux Sincère' de Dufresni, avec Montmenil dans le rôle principal. Le 29 mai, l'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation d''Endymion'. Le 1er juin, elle a repris 'Idoménée' pour six représentations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16095
p. 138-140
Conversion de M. de Villars, Seigneur de la Fay, [titre d'après la table]
Début :
La seconde Conversion n'est pas moins considérable. C'est celle [...]
Mots clefs :
Conversions, Gentilhomme, Seigneur, Grâces, Erreurs, Abjurations, Intendant, Lumières
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texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. de Villars, Seigneur de la Fay, [titre d'après la table]
n'est pas moins confidérable.
C'est ce lled'un Gentilhomme
d'auprès de Châlons
en Bourtrocrne,nommé Mrde
Villar,Seigneur de la Fa.Y.t¡\
Il a servy depuis dix
-
huit
mois sur les Vaisseaux de Saf
Majesté; & àson retour,l'éclaircissementqu'il
a demandésur
quelques doutes
au Pere Antoine Favie, Coriio
mandeur de la Mercy de
Toulon, a produit pour luy
un effet si avantageux, que
ne pouvant résister aux mouvemens
de la Grâce, il noncé are- à ses erreurs. La cerémonie
de son Abjuration se
fit le septiéme de l'autre mois
dans la Chapelle Royale de
l'Infirmerie de Toulon, dont
ce Pere est Aumônier, en présence de Mr l'Intendant,
& d'un fort grand nombre
d'Officiers. Le Pere Favie a
reçeu beaucoup de gloire de
cette action, qui est un effet
de sa vive toy, & de ses grandes
lumieres
C'est ce lled'un Gentilhomme
d'auprès de Châlons
en Bourtrocrne,nommé Mrde
Villar,Seigneur de la Fa.Y.t¡\
Il a servy depuis dix
-
huit
mois sur les Vaisseaux de Saf
Majesté; & àson retour,l'éclaircissementqu'il
a demandésur
quelques doutes
au Pere Antoine Favie, Coriio
mandeur de la Mercy de
Toulon, a produit pour luy
un effet si avantageux, que
ne pouvant résister aux mouvemens
de la Grâce, il noncé are- à ses erreurs. La cerémonie
de son Abjuration se
fit le septiéme de l'autre mois
dans la Chapelle Royale de
l'Infirmerie de Toulon, dont
ce Pere est Aumônier, en présence de Mr l'Intendant,
& d'un fort grand nombre
d'Officiers. Le Pere Favie a
reçeu beaucoup de gloire de
cette action, qui est un effet
de sa vive toy, & de ses grandes
lumieres
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Résumé : Conversion de M. de Villars, Seigneur de la Fay, [titre d'après la table]
Monsieur de Villar, Seigneur de la Fayette, après dix-huit mois de service naval, a consulté le Père Antoine Favie pour résoudre des doutes religieux. Cette discussion a mené à sa conversion. L'abjuration a eu lieu dans la chapelle royale de l'infirmerie de Toulon, en présence de l'Intendant et d'officiers. Le Père Favie a été loué pour son rôle dans cette conversion.
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16096
p. 1190
Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres, qui au commencement de l'année derniere, publia un [...]
Mots clefs :
Horace, Vignettes, Culs-de-lampe, Souscriptions
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texteReconnaissance textuelle : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le sieur J. Pine, Graveur à Londres , qui au
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
Commencement de l'année derniere , publia un
Plan , pour graver par Souscription , les Oeuvres
d'Horace en Latin ; avec des Vignettes et
Culs de Lampe à chaque Piece , avertit le Public
qu'il continuë de travailler à cet Ouvrage avec
beaucoup de succès et l'applaudissement general
des Curieux . Il en fera 2 vol. in 8. Les ornemens
de chaque Piece y ont du rapport ,
tirez des Médailles , Pierres gravées , Statues ,
Bustes , &c . des Anciens. Il en a répandu des
échantillons par toute l'Europe , et les Souscriptions
nombreuses qu'il a reçues , prouvent combien
les Curieux estiment cet Ouvrage : Le prix
est de deux Guinées ; on en paye une en Souscrivant
, une demi Guignée en retirant le pre
mier vol. et une demi Guinée en recevant le 2
vol. Les Wetsteins et Smith , Libraires à Amsterdam
, sont chargez de recevoir les Souscriptions
qui se présenteront en Hollande et en Allemagne.
Ils ont chez eux des épreuves du 1 vol .
entier pour les montrer aux Amateurs ; avec une
Liste de ceux qui ont souscrit.
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Résumé : Oeuvres d'Horace, gravées, &c. [titre d'après la table]
Le graveur londonien J. Pine a annoncé la publication des œuvres d'Horace en latin, illustrées de vignettes et de culs-de-lampe pour chaque pièce. L'ouvrage, composé de deux volumes in-octavo, sera orné d'éléments inspirés des médailles, pierres gravées, statues et bustes des Anciens. Les échantillons distribués en Europe ont suscité un grand intérêt, comme en témoignent les nombreuses souscriptions reçues. Le prix total est fixé à deux guinées, avec des paiements échelonnés : une guinée à la souscription, une demi-guinée à la réception du premier volume, et une demi-guinée à la réception du second volume. Les libraires Wetsteins et Smith à Amsterdam sont responsables des souscriptions en Hollande et en Allemagne. Ils possèdent des épreuves du premier volume entier et une liste des souscripteurs pour les amateurs intéressés.
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16097
p. 1190-1191
« Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
Début :
Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire historique et critique, Pierre Bayle
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texteReconnaissance textuelle : « Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
Gosse et Neaulme , Libraires à la Haye , ayertissent
le Public qu'ils impriment actuellement ,
en 2 vol. in fol. un Dictionnaire Historique et
1.Vol. CriJUIN.
1733: 1191
Critique , traduit de l'Anglois en François , et
composé par une Société de Gens de Lettres , lequel
pourra servir de supplement au Dictionnaire
historique et critique de Bayle , puisque ce
sont tous des articles qui ne se trouvent point
dans le Dictionnaire de Bayle.
Vanden , Van - Duren et P. le Hond , impriment
par souscription , à la Haye ; Histoire
d'Angleterre , de M. Rapin Thoyras , continuée
jusqu'à l'évenement de George I. au Thrône de
la Grande Bretagne . Par M. M. D. Tom. 11 et
12. in 4. avec deux Cartes Géographiques.
La sixième Partie des Cent Nouvelles nouvelles
, de Madame de Gomès , paroît chez la
veuve Guillaume , rue Dauphine , et chez Gandouin
le jeune , rue du Hurepois.
Cet Ouvrage se fait toujours lire avec plaisir.
Ce volume contient l'Innocente Infidélité. L'henreuse
Témérité et la Nôce interrompuë.
On donnera la suite le mois prochain.
le Public qu'ils impriment actuellement ,
en 2 vol. in fol. un Dictionnaire Historique et
1.Vol. CriJUIN.
1733: 1191
Critique , traduit de l'Anglois en François , et
composé par une Société de Gens de Lettres , lequel
pourra servir de supplement au Dictionnaire
historique et critique de Bayle , puisque ce
sont tous des articles qui ne se trouvent point
dans le Dictionnaire de Bayle.
Vanden , Van - Duren et P. le Hond , impriment
par souscription , à la Haye ; Histoire
d'Angleterre , de M. Rapin Thoyras , continuée
jusqu'à l'évenement de George I. au Thrône de
la Grande Bretagne . Par M. M. D. Tom. 11 et
12. in 4. avec deux Cartes Géographiques.
La sixième Partie des Cent Nouvelles nouvelles
, de Madame de Gomès , paroît chez la
veuve Guillaume , rue Dauphine , et chez Gandouin
le jeune , rue du Hurepois.
Cet Ouvrage se fait toujours lire avec plaisir.
Ce volume contient l'Innocente Infidélité. L'henreuse
Témérité et la Nôce interrompuë.
On donnera la suite le mois prochain.
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Résumé : « Gosse et Neaulme, Libraires à la Haye, avertissent le Public qu'ils impriment actuellement, [...] »
En 1733, les libraires Gosse et Neaulme annoncent l'impression d'un 'Dictionnaire Historique et Critique' en deux volumes in-folio, traduit de l'anglais au français par une société de gens de lettres. Cet ouvrage vise à compléter le 'Dictionnaire Historique et Critique' de Bayle en ajoutant des articles absents. Parallèlement, les imprimeurs Vanden, Van-Duren et P. le Hond annoncent la publication par souscription de l''Histoire d'Angleterre' de M. Rapin Thoyras, continuée jusqu'à l'avènement de George I au trône de Grande-Bretagne. Cette édition inclut les tomes 11 et 12 en format in-quarto, accompagnés de deux cartes géographiques. Enfin, la veuve Guillaume et Gandouin le jeune annoncent la parution de la sixième partie des 'Cent Nouvelles Nouvelles' de Madame de Gomès, contenant les nouvelles 'L'Innocente Infidélité', 'L'Heureuse Témérité' et 'La Nôce interrompue'. La suite sera publiée le mois suivant.
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16098
p. 1348-1350
Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. on remit au Theatre le Balet des Fêtes Venitiennes, dont les paroles sont de [...]
Mots clefs :
Ballet, Entrées, Rôles
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texteReconnaissance textuelle : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14. on remit au Theatre le Balet des
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
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Résumé : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14, la pièce 'Le Ballet des Fêtes Vénitiennes' a été représentée au Théâtre. Ce ballet, créé en juin 1710 et repris pour la dernière fois en juillet 1721, comprend plusieurs entrées. Lors de cette représentation, le prologue et trois entrées ont été jouées : 'Les Devins de la Place S. Marc', 'L'Amour Saltinbanque' et 'Le Bal'. Les rôles principaux du prologue, Carnaval et Folie, initialement interprétés par le sieur Le Mire et la Dlle Souris, sont désormais joués par le sieur Dun et la Dlle Erremens. Dans la première entrée, les rôles de Leandre, Zelie et une Bohémienne sont interprétés respectivement par le sieur Chassé, la Dlle Pellissier et la Dlle Julie. Dans la deuxième entrée, le sieur Dun remplace le sieur du Bourg, le sieur Tribou remplace le sieur Muraire, la Dlle le Maure remplace la Dlle Tulon, et le sieur Cuvillier remplace le sieur Mantienne. La Dlle Petitpas remplace la Dlle Minier dans le rôle de l'Amour Saltinbanque. Dans la troisième entrée, le rôle d'Alamir est interprété par le sieur Chassé, et le rôle du Gentilhomme du Prince est joué par le sieur Dumas. La Dlle Pellissier remplace la Dlle Antier dans le rôle d'Iphise. Les rôles du Maître de Musique et du Maître de Danse sont joués par les sieurs Tribou et Dupré. Tous les acteurs et actrices ayant joué dans ce ballet il y a dix ans ont été remplacés. La représentation est brillante et bien exécutée, avec des danses composées par le sieur Blondi. Le public exprime son plaisir par des applaudissements et des assemblées nombreuses.
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16099
p. 144-151
ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
Début :
L'OPÉRATION de la Lithotomie a été de tous temps, à juste titre, l'objet [...]
Mots clefs :
Instrument, Opération, Vessie, Crénelure, Incision, Lithotome, Chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
ARTS UTILE S.
CHIRURGIE.
DISSERTATION fur le Lithotome
caché.
L'OPÉRATION de la Lithotomie
a étéde tous temps , à jufte titre , l'objet
des recherches de ceux qui fe font intéreffés
au bien de l'humanité. On a
adopté fucceffivement diverfes méthodes
, & différens inftrumens : mais les
inconvéniens inféparables de tous ces
moyens , ant toujours laiffé quelque
chofe à defirer fur ce point effentiel à
la Chirurgie. Les expériences multipliées
que j'ai faites pendant dix ans fur des
cadavres de tous les moyens propofés
jufqu'à préfent , m'ont déterminé à donner
la préférence au Biftouri caché ; &
j'ai
JUILLET. 1763 . 145
j'ai été convaincu par mes fuccès , que
cet inftrument conduit par d'habiles
mains , rend cette opération auffi füre
qu'aifée à pratiquer . Je pourrois citer
pour preuve plufieurs opérations que j'ai
faites , & qui m'ont réuffi ; mais de
crainte de rendre trop longue cette differtation
, j'en choifis une que j'ai pratiquée
en préſence de plufieurs perfonqui
ont applaudi à ma manoeuvre.
Le 15 Décembre 1762 , le Sr. Miferé
natif de St. André de la Marche , Diocéfe
d'Evreux , âgé de 64 ans , Cuifinier
de fon métier , eft entré chez moi , pour
y être délivré d'une pierre , qui depuis
12 ans lui caufoit d'exceffives douleurs.
Je lui fis pendant trois jours les préparations
ordinaires , & le 18 je l'opérai
fur les dix heures du matin , en préfence
de plufieurs de mes Confrères ; je lui
tirai une pierre pefant deux onces , de
la figure à-peu-près d'un coeur applati ;
l'inftant après l'opération , je vis avec
une furpriſe agréable couler un peu
d'urine par la voie ordinaire , qui le plus
fouvent ne reprend fon cours qu'après
quinze jours. J'abandonnai au foin de
la nature la guérifon de la plaie ; en me
contentant , de tenir comme il eft d'ufage
, les genoux du malade approchés
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'un de l'autre . J'ai ménagé les alimens
de peur que le Sujet étant replet, il ne fe
fit une trop grande fuppuration qui auroit
troublé le progrès de l'incarnation
& de la réunion, & je les lui ai augmenté
par degrés ; je lui ai toujours permis l'ufage
d'un peu de vin , à caufe de l'habitude
où il étoit d'en boire . Il n'a pas
eu un accès de fiévre ni le moindre accident
, & a été guéri en quatre femaines.
Il eft forti de mon infirmerie le 4 Février
bien portant & ayant recouvré toutes fes
forces. Il demeure actuellement rue S.
Honoré, chez un Marchand de vin , visà
- vis la rue dela Lingerie , & a repris les
fonctions de fon état.
On obtiendra toujours le même fuccès
dans cette opération , quand il n'y aura
à la veffie aucune complication dangereufe
, comme fuppuration , fongus
&c, ni maladie aux reins , aux uretéres ,
ni cacochimie dans le fujet , ni maladie
d'efprit ; & je fuis perfuadé que fi l'opération
faite avec l'inftrument que j'ai
adopté , a quelquefois été fuivie de fatalité
, c'eft à la feule manière d'opérer
qu'elle a dû être imputée : on peut en
effet en opérant tomber dans des fautes
légéres en apparence , & dont les conféquences
font très-graves. Si l'OpéraJUILLET.
1763. 147
teur par un défaut d'expérience où de
juſteffe , a donné trop d'étendue au tranchant
de fon inftrument ; ou fi en faifant
la fection , il donne à cet inftrument
une inclination trop oblique en baiſſant
trop le poignet , il peut ouvrir de gros
vaiffeaux dans le baffin , & donner lieu
à une hémorragie très-fouvent mortelle.
Si au contraire il lui donne une direction
trop droite , il intéreffera l'inteftin rectum
, dont la fection fera un grand inconvénient
pour la cure. Il y a plus , il
peut arriver , & peut être n'ai- je que
trop raifon de le foupçonner , que l'Opérateur
après fa première incifion faite ,
n'ait pas porté fon inftrument dans la
veffie : & par conféquent n'en ait point
dilaté le Sphincter : cette dilatation ayant
été manquée , on n'a pû y fuppléer qu'en
fe frayant de force avec le doigt une route
dans ce vifcère , en dilatant où déchirant
ce Sphincter. La veffe & les
parties environnantes ont été infailliblement
contufes par cette manovre . D'ailleurs
, cette route mal frayée n'a point
laiffé un efpace affez libre pour l'intraduction
des tenettes , qui pour y entrer
ont encore ajoûté à la contufion . Si
enfin on les y a fait entrer , elles ont
produit en fortant les mêmes effets ;
G ij
148 MERCURE
DE FRANCE .
,
& peut - être même a - t - on été obligé
de débrider la plaie fur la pierre , pour
en faciliter l'extraction
pour peu
qu'elle ait eu de volume . Il eſt aiſé de
fentir combien cette méprife peut occafionner
d'accidens , & jetter de trouble
dans l'économie animale ; ou le malade
périt ; ou , fi la bonté de fon tempérament
le fait furvivre à l'opération , il peut
lui refter fiftule au périnée ou incontinence
d'urine.
Il eft des règles fùres pour employer
fructueufement le lithotome caché, auxquelles
il faut bien fcrupuleufement s'affervir.
Le malade étant fitué , comme il
eft d'uſage , on introduira la fonde , &
on lui donnera une direction un peu
oblique du côté gauche ; il ne faudra
pas , pour fe donner plus d'aifance ,
apporter fur fa crénelure l'inftrument
qui doit faire la première incifion ; il
ne faudra pas , dis - je , en faire trop
bomber le dos en dehors vers le périnée ,
de crainte qu'il n'arrive ce que j'ai éprouvé
dans mes premières expériences.
Il y a douze à quatorze ans , qu'après
avoir fait l'opération fur un cadavre ,
j'ouvris le baffin pour me rendre compte
de ma manoeuvre ; je trouvai bien la
veffie ouverte , mais la feconde incifion
JUILLET. 1763. 149
étoit par- deffous le col , & ce col étoit
dans fon entier. Je foupçonnai qu'en
portant trop en dehors la courbure de
ma fonde , j'avois fait fortir de la veffie
ſon extrémité , & qu'enfuite ayant gliffé
le lithotome fur fa crénelure, j'avois pouf
fé l'un & l'autre avec force en baiffant le
poignet , & que j'avois crevé la veffie
au-deffous de fon col . Je fus convaincu
du fait par plufieurs expériences qui fuivirent
de près celle - ci , dans lefquelles
ayant eu l'attention de tenir ma fonde
bien ferme fans la déplacer , ce même
accident ne m'arriva plus.
On placera donc la fonde , comme
je l'ai dit ci -deffus , & on la maintiendra
ftable' , fans la déranger , pendant tout
le temps de l'opération ; on incifera enfuite
fur la crénelure , & on commencera
cette première incifion vis - à-vis
l'arcade du pubis , en la terminant obliquement
vers l'os if hium , en tenant
toujours la fonde ferme de la main
gauche. Il est très - effentiel , pour fe
donner plus d'aifance , & introduire.
l'inftrument caché dans la veffie , de
découvrir dans la première incifion la
crénelure de la fonde , d'un pouce , &
même quelquefois plus , à proportion
de la grandeur des fujets ; on portera
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
enfuite l'extrémité de cet inftrument
fur la crénelure de la fonde , & lorfqu'on
fera parvenu à l'avoir fait paffer
par-deffous l'arcade du pubis , on bailfera
un peu les deux mains pour faire
entrer l'inftrument & la fonde profon
dément dans la veffie ; on baiffera la
fonde du côté droit du ventre pour la
débarraffer d'avec l'inftrument , & on la
retirera la facilité qu'on aura alors à
le mouvoir , affurera qu'il eft bien dans
la veffie ; on appuiera ferme le dos de
cet inftrument fous l'arcade qui doit
fervir de point d'appui pour faire la
feconde incifion , que l'on fera exactement
parallèle à la première , en écartant
la lame de cet inftrument , fuivant
l'étendue qu'on aura jugé à propos de
lui donner , & le retirant fans quitter la
voûte de l'os pubis , qui doit toujours
fervir de bouffole . Si on a donné au
tranchant une étendue bien proportionnée
à la grandeur du fujet , & au volume
de la pierre , fon action fe paffera feulement
fur le col de la veffie & le muſcle
tranfverfe ; les gros vaiffeaux du baſſin
& le rectum feront épargnés, & l'extraction
de la pierre fera facile.
Je penfe que la defcription que je
viens de faire de la manoeuvre qu'il faut
I
151
JUILLET
. 1763 .
tenir en faisant l'opération avec le litho
tome caché , perfuadera que cette méhode
est très-füre & en même temps
fort aifée , pourvû qu'on foit attentifà
n'en rien omettre , parce que je fuis
perfuadé que l'inftrument le mieux raifonné
exige encore dans l'application
une conduite exacte , pouvant avoir des
fuites très - fàcheufes fi on s'écarte du
point de préciſion recommandé. Je n'ai
en vue , en rendant compte des raifons
qui m'ont déterminé à donner la préférence
à cet inftrument , que le bien public
, qui a toujours été le but & le feul
objet de mes travaux ; & je protefte qu'il
n'eft entré dans mon projet ni prétention
, ni adulation , ni envie de choquer
perfonne , mais fimplement , je le
répété , le bien public , & le progrès
de la Chirurgie..
Par DEJEAN , Maître en Chirurgie de Paris .
CHIRURGIE.
DISSERTATION fur le Lithotome
caché.
L'OPÉRATION de la Lithotomie
a étéde tous temps , à jufte titre , l'objet
des recherches de ceux qui fe font intéreffés
au bien de l'humanité. On a
adopté fucceffivement diverfes méthodes
, & différens inftrumens : mais les
inconvéniens inféparables de tous ces
moyens , ant toujours laiffé quelque
chofe à defirer fur ce point effentiel à
la Chirurgie. Les expériences multipliées
que j'ai faites pendant dix ans fur des
cadavres de tous les moyens propofés
jufqu'à préfent , m'ont déterminé à donner
la préférence au Biftouri caché ; &
j'ai
JUILLET. 1763 . 145
j'ai été convaincu par mes fuccès , que
cet inftrument conduit par d'habiles
mains , rend cette opération auffi füre
qu'aifée à pratiquer . Je pourrois citer
pour preuve plufieurs opérations que j'ai
faites , & qui m'ont réuffi ; mais de
crainte de rendre trop longue cette differtation
, j'en choifis une que j'ai pratiquée
en préſence de plufieurs perfonqui
ont applaudi à ma manoeuvre.
Le 15 Décembre 1762 , le Sr. Miferé
natif de St. André de la Marche , Diocéfe
d'Evreux , âgé de 64 ans , Cuifinier
de fon métier , eft entré chez moi , pour
y être délivré d'une pierre , qui depuis
12 ans lui caufoit d'exceffives douleurs.
Je lui fis pendant trois jours les préparations
ordinaires , & le 18 je l'opérai
fur les dix heures du matin , en préfence
de plufieurs de mes Confrères ; je lui
tirai une pierre pefant deux onces , de
la figure à-peu-près d'un coeur applati ;
l'inftant après l'opération , je vis avec
une furpriſe agréable couler un peu
d'urine par la voie ordinaire , qui le plus
fouvent ne reprend fon cours qu'après
quinze jours. J'abandonnai au foin de
la nature la guérifon de la plaie ; en me
contentant , de tenir comme il eft d'ufage
, les genoux du malade approchés
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
l'un de l'autre . J'ai ménagé les alimens
de peur que le Sujet étant replet, il ne fe
fit une trop grande fuppuration qui auroit
troublé le progrès de l'incarnation
& de la réunion, & je les lui ai augmenté
par degrés ; je lui ai toujours permis l'ufage
d'un peu de vin , à caufe de l'habitude
où il étoit d'en boire . Il n'a pas
eu un accès de fiévre ni le moindre accident
, & a été guéri en quatre femaines.
Il eft forti de mon infirmerie le 4 Février
bien portant & ayant recouvré toutes fes
forces. Il demeure actuellement rue S.
Honoré, chez un Marchand de vin , visà
- vis la rue dela Lingerie , & a repris les
fonctions de fon état.
On obtiendra toujours le même fuccès
dans cette opération , quand il n'y aura
à la veffie aucune complication dangereufe
, comme fuppuration , fongus
&c, ni maladie aux reins , aux uretéres ,
ni cacochimie dans le fujet , ni maladie
d'efprit ; & je fuis perfuadé que fi l'opération
faite avec l'inftrument que j'ai
adopté , a quelquefois été fuivie de fatalité
, c'eft à la feule manière d'opérer
qu'elle a dû être imputée : on peut en
effet en opérant tomber dans des fautes
légéres en apparence , & dont les conféquences
font très-graves. Si l'OpéraJUILLET.
1763. 147
teur par un défaut d'expérience où de
juſteffe , a donné trop d'étendue au tranchant
de fon inftrument ; ou fi en faifant
la fection , il donne à cet inftrument
une inclination trop oblique en baiſſant
trop le poignet , il peut ouvrir de gros
vaiffeaux dans le baffin , & donner lieu
à une hémorragie très-fouvent mortelle.
Si au contraire il lui donne une direction
trop droite , il intéreffera l'inteftin rectum
, dont la fection fera un grand inconvénient
pour la cure. Il y a plus , il
peut arriver , & peut être n'ai- je que
trop raifon de le foupçonner , que l'Opérateur
après fa première incifion faite ,
n'ait pas porté fon inftrument dans la
veffie : & par conféquent n'en ait point
dilaté le Sphincter : cette dilatation ayant
été manquée , on n'a pû y fuppléer qu'en
fe frayant de force avec le doigt une route
dans ce vifcère , en dilatant où déchirant
ce Sphincter. La veffe & les
parties environnantes ont été infailliblement
contufes par cette manovre . D'ailleurs
, cette route mal frayée n'a point
laiffé un efpace affez libre pour l'intraduction
des tenettes , qui pour y entrer
ont encore ajoûté à la contufion . Si
enfin on les y a fait entrer , elles ont
produit en fortant les mêmes effets ;
G ij
148 MERCURE
DE FRANCE .
,
& peut - être même a - t - on été obligé
de débrider la plaie fur la pierre , pour
en faciliter l'extraction
pour peu
qu'elle ait eu de volume . Il eſt aiſé de
fentir combien cette méprife peut occafionner
d'accidens , & jetter de trouble
dans l'économie animale ; ou le malade
périt ; ou , fi la bonté de fon tempérament
le fait furvivre à l'opération , il peut
lui refter fiftule au périnée ou incontinence
d'urine.
Il eft des règles fùres pour employer
fructueufement le lithotome caché, auxquelles
il faut bien fcrupuleufement s'affervir.
Le malade étant fitué , comme il
eft d'uſage , on introduira la fonde , &
on lui donnera une direction un peu
oblique du côté gauche ; il ne faudra
pas , pour fe donner plus d'aifance ,
apporter fur fa crénelure l'inftrument
qui doit faire la première incifion ; il
ne faudra pas , dis - je , en faire trop
bomber le dos en dehors vers le périnée ,
de crainte qu'il n'arrive ce que j'ai éprouvé
dans mes premières expériences.
Il y a douze à quatorze ans , qu'après
avoir fait l'opération fur un cadavre ,
j'ouvris le baffin pour me rendre compte
de ma manoeuvre ; je trouvai bien la
veffie ouverte , mais la feconde incifion
JUILLET. 1763. 149
étoit par- deffous le col , & ce col étoit
dans fon entier. Je foupçonnai qu'en
portant trop en dehors la courbure de
ma fonde , j'avois fait fortir de la veffie
ſon extrémité , & qu'enfuite ayant gliffé
le lithotome fur fa crénelure, j'avois pouf
fé l'un & l'autre avec force en baiffant le
poignet , & que j'avois crevé la veffie
au-deffous de fon col . Je fus convaincu
du fait par plufieurs expériences qui fuivirent
de près celle - ci , dans lefquelles
ayant eu l'attention de tenir ma fonde
bien ferme fans la déplacer , ce même
accident ne m'arriva plus.
On placera donc la fonde , comme
je l'ai dit ci -deffus , & on la maintiendra
ftable' , fans la déranger , pendant tout
le temps de l'opération ; on incifera enfuite
fur la crénelure , & on commencera
cette première incifion vis - à-vis
l'arcade du pubis , en la terminant obliquement
vers l'os if hium , en tenant
toujours la fonde ferme de la main
gauche. Il est très - effentiel , pour fe
donner plus d'aifance , & introduire.
l'inftrument caché dans la veffie , de
découvrir dans la première incifion la
crénelure de la fonde , d'un pouce , &
même quelquefois plus , à proportion
de la grandeur des fujets ; on portera
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
enfuite l'extrémité de cet inftrument
fur la crénelure de la fonde , & lorfqu'on
fera parvenu à l'avoir fait paffer
par-deffous l'arcade du pubis , on bailfera
un peu les deux mains pour faire
entrer l'inftrument & la fonde profon
dément dans la veffie ; on baiffera la
fonde du côté droit du ventre pour la
débarraffer d'avec l'inftrument , & on la
retirera la facilité qu'on aura alors à
le mouvoir , affurera qu'il eft bien dans
la veffie ; on appuiera ferme le dos de
cet inftrument fous l'arcade qui doit
fervir de point d'appui pour faire la
feconde incifion , que l'on fera exactement
parallèle à la première , en écartant
la lame de cet inftrument , fuivant
l'étendue qu'on aura jugé à propos de
lui donner , & le retirant fans quitter la
voûte de l'os pubis , qui doit toujours
fervir de bouffole . Si on a donné au
tranchant une étendue bien proportionnée
à la grandeur du fujet , & au volume
de la pierre , fon action fe paffera feulement
fur le col de la veffie & le muſcle
tranfverfe ; les gros vaiffeaux du baſſin
& le rectum feront épargnés, & l'extraction
de la pierre fera facile.
Je penfe que la defcription que je
viens de faire de la manoeuvre qu'il faut
I
151
JUILLET
. 1763 .
tenir en faisant l'opération avec le litho
tome caché , perfuadera que cette méhode
est très-füre & en même temps
fort aifée , pourvû qu'on foit attentifà
n'en rien omettre , parce que je fuis
perfuadé que l'inftrument le mieux raifonné
exige encore dans l'application
une conduite exacte , pouvant avoir des
fuites très - fàcheufes fi on s'écarte du
point de préciſion recommandé. Je n'ai
en vue , en rendant compte des raifons
qui m'ont déterminé à donner la préférence
à cet inftrument , que le bien public
, qui a toujours été le but & le feul
objet de mes travaux ; & je protefte qu'il
n'eft entré dans mon projet ni prétention
, ni adulation , ni envie de choquer
perfonne , mais fimplement , je le
répété , le bien public , & le progrès
de la Chirurgie..
Par DEJEAN , Maître en Chirurgie de Paris .
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Résumé : ARTS UTILES. CHIRURGIE. DISSERTATION sur le Lithotome caché.
Le texte aborde la lithotomie, une intervention chirurgicale destinée à extraire les calculs urinaires. Après une décennie de tests, l'auteur recommande l'utilisation du lithotome caché, qu'il considère sûr et efficace lorsqu'il est manipulé par un expert. Il décrit une opération réussie réalisée le 18 décembre 1762 sur un patient de 64 ans, sans complications majeures. Cependant, il met en garde contre les risques potentiels, tels que la section de vaisseaux sanguins ou l'endommagement du rectum, soulignant l'importance de respecter les règles pour les éviter. Il mentionne également une erreur passée où il avait endommagé la vessie en courbant excessivement l'instrument. L'opération consiste à utiliser un lithotome pour extraire une pierre de la vessie. Le chirurgien Dejean, reconnu à Paris, insiste sur la nécessité de maintenir fermement la sonde. La première incision est effectuée face à l'arcade du pubis et dirigée obliquement vers l'os ilium. La crénelure de la sonde doit être découverte d'environ un pouce pour faciliter l'introduction de l'instrument. Une fois passé sous l'arcade du pubis, l'instrument est poussé profondément dans la vessie et la sonde est retirée. La seconde incision est parallèle à la première, utilisant l'arcade du pubis comme point d'appui. Si le tranchant est bien proportionné, cette méthode permet d'éviter les gros vaisseaux du bassin et le rectum, facilitant ainsi l'extraction de la pierre. Dejean affirme que cette technique est sûre et efficace à condition de suivre précisément les étapes, dans le but de servir le bien public et de contribuer au progrès de la chirurgie sans prétention.
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16100
p. 1191-1192
Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a acquis depuis peu pour son Cabinet, un Bouclier antique, d'argent, qui a 27 [...]
Mots clefs :
Bouclier d'Hannibal, Bouclier de Scipion, Bouclier antique, Cabinet du roi
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texteReconnaissance textuelle : Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Le Roy a acquis depuis peu pour son Cabinet
, un Bouclier antique , d'argent , qui a 27
pouces de diamêtre , et qui péze 43 marcs. Ce
Bouclier a été trouvé en Dauphiné, dans la Terre
du Passage , Diocèse de Vienne. Il est parfaitement
rond et d'une Cizelure simple et noble.
On y a représenté au centre un Lion sous un
Palmier , et dans une espece d'exergue divers
membres d'Animaux , particulierement de Sangliers
. On ne doute point que ce ne soit un Bouclier
votif; et comme l'ouvrage paroit Carthaginois
, on l'a déja surnommé le Bouclier d'Annibal
, en le mettant à côté d'un autre Bouclier
I. Vol. Gij votif
1192 MERCURE DE FRANCE
•
votif , aussi d'argent , qui étoit déja au Cabinet
du Roy , et qu'on appelle le Bouclier de Scipion
, parce qu'on y a consacré la mémoire de
sa continence après la prise de Carthage. Ce
Bouclier passoit pour unique , et il est heureux
que celui qu'on a découvert depuis ,lui soit joint,
et lui serve en quelque sorte de pendant , car
ils sont d'ailleurs à peu près égaux en poids et
en grandeur , comme en matiere. M. Spon , dans
ses Recherches d'Antiquité , a donné l'explication
du Bouclier de Scipion. M. de Boze , Garde du
Cabinet du Roy , pourroit bien donner celle du
Bouclier d'Annibal.
, un Bouclier antique , d'argent , qui a 27
pouces de diamêtre , et qui péze 43 marcs. Ce
Bouclier a été trouvé en Dauphiné, dans la Terre
du Passage , Diocèse de Vienne. Il est parfaitement
rond et d'une Cizelure simple et noble.
On y a représenté au centre un Lion sous un
Palmier , et dans une espece d'exergue divers
membres d'Animaux , particulierement de Sangliers
. On ne doute point que ce ne soit un Bouclier
votif; et comme l'ouvrage paroit Carthaginois
, on l'a déja surnommé le Bouclier d'Annibal
, en le mettant à côté d'un autre Bouclier
I. Vol. Gij votif
1192 MERCURE DE FRANCE
•
votif , aussi d'argent , qui étoit déja au Cabinet
du Roy , et qu'on appelle le Bouclier de Scipion
, parce qu'on y a consacré la mémoire de
sa continence après la prise de Carthage. Ce
Bouclier passoit pour unique , et il est heureux
que celui qu'on a découvert depuis ,lui soit joint,
et lui serve en quelque sorte de pendant , car
ils sont d'ailleurs à peu près égaux en poids et
en grandeur , comme en matiere. M. Spon , dans
ses Recherches d'Antiquité , a donné l'explication
du Bouclier de Scipion. M. de Boze , Garde du
Cabinet du Roy , pourroit bien donner celle du
Bouclier d'Annibal.
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Résumé : Bouclier antique au Cabinet du Roy, [titre d'après la table]
Le roi a récemment ajouté à son cabinet un bouclier antique en argent, découvert en Dauphiné, dans la terre du Passage, diocèse de Vienne. Ce bouclier, d'un diamètre de 27 pouces et pesant 43 marcs, est parfaitement rond et orné d'une ciselure simple et noble. Il représente un lion sous un palmier et divers membres d'animaux, notamment de sangliers. Considéré comme un bouclier votif, il est surnommé le bouclier d'Annibal en raison de son style. Il est exposé à côté du bouclier de Scipion, un autre bouclier votif en argent déjà présent dans le cabinet du roi, commémorant la continence de Scipion après la prise de Carthage. Les deux boucliers sont similaires en poids, taille et matière. M. Spon a expliqué le bouclier de Scipion dans ses Recherches d'Antiquité, tandis que M. de Boze, garde du cabinet du roi, pourrait expliquer le bouclier d'Annibal.
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