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1
p. 7-13
ÉPITRE AU MERCURE.
Début :
Toi qui du monde studieux [...]
Mots clefs :
Messager, Logogriphes, Chansons, Art dramatique, Louis, Mercure de France, Crébillon, Pensions
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AU MERCURE.
ÉPITRE AU MERCURE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
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Résumé : ÉPITRE AU MERCURE.
L'épître au Mercure célèbre le périodique 'Mercure de France' et ses diverses contributions. Le texte compare ce périodique à la planète Mercure et au messager des dieux, soulignant leur rôle commun de messagers. Il évoque l'évolution du 'Mercure Galant', autrefois dédié à des messages plus légers, vers le 'Mercure de France', qui combine l'utile et le brillant. Ce périodique offre une variété de contenus, allant des poèmes aux traités philosophiques, en passant par des œuvres dramatiques et des contes. Le 'Mercure de France' couvre plusieurs disciplines, telles que l'agriculture, les sciences, la philosophie et les arts dramatiques. Il mentionne des figures littéraires et artistiques contemporaines comme Voltaire et Marmontel. Le périodique est présenté comme un soutien aux arts et aux lettres, récompensant les talents et perpétuant la mémoire des grands hommes. L'épître rend hommage au roi Louis, qui soutient les arts et les lettres, et exprime le souhait que le 'Mercure de France' continue de prospérer sous ses auspices. Le texte se conclut par un vœu pour que le périodique puisse multiplier ses sacrifices en l'honneur du roi.
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2
p. 13
DIALOGUE entre l'Amour & l'Auteur, le premier de Janvier 1763.
Début :
Qui de si bon matin frappe à ma porte ? ... Moi... [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre l'Amour & l'Auteur, le premier de Janvier 1763.
DIALOGUE entre l'Amour & l'Auteur ,
le premier de Janvier 1763.
QUIur de fi bon matin frappe à ma porte ? ... Moi...
C'est mon Maître , ouvrons vîte ; entrez Amour :
Eh ! Quoi ! ....
Que je te dife un mot , écoute !
Ta premiere vifite eft pour Eglė ? ... Sans - doute....
Ne prens point le jargon de tous ces Diſcoureurs
Habiles à mentir en face ,
Qui d'un Compliment à la glace
Vont circulairement promener les fadeurs ....
Fi donc ! .... Sçais - tu ce qu'il faut faire ?...
Mais , fauf, Amour , votre meilleur avis ,
Fixer des yeux Eglé , l'embraffer & me taire. ...
A merveille ! pars , je te fuis.
Par M. GUICHARD .
le premier de Janvier 1763.
QUIur de fi bon matin frappe à ma porte ? ... Moi...
C'est mon Maître , ouvrons vîte ; entrez Amour :
Eh ! Quoi ! ....
Que je te dife un mot , écoute !
Ta premiere vifite eft pour Eglė ? ... Sans - doute....
Ne prens point le jargon de tous ces Diſcoureurs
Habiles à mentir en face ,
Qui d'un Compliment à la glace
Vont circulairement promener les fadeurs ....
Fi donc ! .... Sçais - tu ce qu'il faut faire ?...
Mais , fauf, Amour , votre meilleur avis ,
Fixer des yeux Eglé , l'embraffer & me taire. ...
A merveille ! pars , je te fuis.
Par M. GUICHARD .
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Résumé : DIALOGUE entre l'Amour & l'Auteur, le premier de Janvier 1763.
Le 1er janvier 1763, l'Amour visite un auteur et lui demande s'il rend visite à Églé. L'Amour conseille à l'auteur de ne pas utiliser des compliments creux, mais de fixer Églé du regard, de l'embrasser et de se taire. L'auteur accepte et l'Amour s'en va. Le dialogue est signé par M. Guichard.
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3
p. 14
VERS à Madame A ..... pour le jour de sa Fête.
Début :
DE Cécile autrefois l'on admiroit les grâces : [...]
Mots clefs :
Grâces, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame A ..... pour le jour de sa Fête.
VERS à Madame A ..... pour le jour
defa Fête.
DE Cécile autrefois l'on admiroit les grâces :
Dans Cécile aujourd'hui , l'on en admire autant ;
Car en tout vous fuivez les traces ,
Je vous le dis fans compliment.
Elle chantoit , elle étoit belle ;
Vous chantez bien : vous l'êtes autant qu'elle ,
Et vous touchez des inftrumens
Comme en touchoit votre Patronne .
Vous en avez tous les talens ,
Vous en méritez la Couronne.
Par M. GOUDE.
defa Fête.
DE Cécile autrefois l'on admiroit les grâces :
Dans Cécile aujourd'hui , l'on en admire autant ;
Car en tout vous fuivez les traces ,
Je vous le dis fans compliment.
Elle chantoit , elle étoit belle ;
Vous chantez bien : vous l'êtes autant qu'elle ,
Et vous touchez des inftrumens
Comme en touchoit votre Patronne .
Vous en avez tous les talens ,
Vous en méritez la Couronne.
Par M. GOUDE.
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4
p. 14-15
VERS à Mlle de GRISS.
Début :
QUEL astre lumineux dans un mois de Novembre [...]
Mots clefs :
Astre, Soleil
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle de GRISS.
VERS à Mlle de GRISS.
QUEL aftre lumineux dans
bre
un mois de Novem-
Sur mes rideaux répand un ſi grand jour ?
Apparemment qu'il fixe ſon féjour
Tout vis -à - vis de cette chambre.
Car enfin on ne voit point clair
Avant fix heures en hyver ;
Et j'y vois , c'eſt ce qui m'étonne ! ...
Parbleu , vous nous la bâillez bonne ,
JANVIER. 1763. 15
Dit un Voifin qui m'écoutoit ;
Avant vous , une autre y gîtoit....
Lorfque j'y penfe , ah ! la belle perfonne ? ...
Qui donc ? La charmante de Griff.
Sandis ! Je n'en fuis plus furpris :
C'eſt comme le Soleil , quandil nous abandonne.
Par le même .
QUEL aftre lumineux dans
bre
un mois de Novem-
Sur mes rideaux répand un ſi grand jour ?
Apparemment qu'il fixe ſon féjour
Tout vis -à - vis de cette chambre.
Car enfin on ne voit point clair
Avant fix heures en hyver ;
Et j'y vois , c'eſt ce qui m'étonne ! ...
Parbleu , vous nous la bâillez bonne ,
JANVIER. 1763. 15
Dit un Voifin qui m'écoutoit ;
Avant vous , une autre y gîtoit....
Lorfque j'y penfe , ah ! la belle perfonne ? ...
Qui donc ? La charmante de Griff.
Sandis ! Je n'en fuis plus furpris :
C'eſt comme le Soleil , quandil nous abandonne.
Par le même .
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Résumé : VERS à Mlle de GRISS.
Le 15 janvier 1763, un narrateur s'étonne d'une lumière inhabituelle dans sa chambre en novembre. Son voisin Voifin lui explique que cette lumière provient de Mlle de Griss, présente dans la chambre voisine. Le narrateur admire sa beauté, la comparant au soleil. Il exprime sa surprise et son émerveillement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 15-19
ODE SUR LA PAIX.
Début :
DEs antres glacés de l'Ourse, [...]
Mots clefs :
Paix, Plaisirs, Enfants, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX.
DESEs antres glacés de l'Ourſe
Borée , au fein du Printemps ,
Vient fouvent tarir la fource ,
Qui fertilife nos champs .
L'on voit fécher la verdure
Et les fruits encore en fleur :
Tout languit , & la Nature
Semble expirer de douleur.
Le Cultivateur foupire ;
Et Dieu fait vers les enfans
Sur les aîles du Zéphire
Planer de riches torrens ;
Leurs eaux forment une voute
Qui pour combler nos defirs ,
Nous diftile goute- à- goute
L'abondance & les plaifirs.
16 MERCURE DE FRANCE.
Tel le plus tendre des Pères
Et le plus humain des Rois ,
Louis ! qui de nos mifères
Plus que nous reffent le poids ,
Brulant de rendre la France
Heureufe par fes bienfaits ,
Y fait voler l'opulence
Sur les aîles de la Paix.
Peuples calmez vos allarmes ;
Ce grand Roi peut aujourd'hui
Quitter ces funeftes Armes ,
Qu'il prit toujours malgré lui .
A vos compagnes ſi chères
Volez , fidéles Epoux ;
Près de vos tremblantes mères
Chers Enfans raffemblez-vous.
Puiffe à jamais dans la France
Vivre comblé de faveurs ,
Ce Sage que fa prudence
Vient de graver dans nos coeurs !
De fon Maître pacifique ,
Faifant refpecter la voix ,
Sa profonde politique
Triomphe des plus grands Rois.
Riche , dont la main avare
Enfouit fecrettement ,
JANVIER. 1763. 17
Cet or que tu rends fi rare
Pour le Public indigent ;
Ne crains plus qu'on te l'enléve
Pour en nourrir le Soldat ; *
Laiffe circuler la féve
Qui fera fleurir l'Etat.
Mais quel merveilleux ſpectacle
Vient exciter mes tranſports ?
Mille vaiffeaux fans obſtacles
Quittent nos pailibles bords.
Bravant d'un oeil intrépide
La fureur des élémens ,
Je les vois d'un vol rapide
Fendre les flots écumans.
**
Que le poifon de l'Envie
Ne fafcine plus vos yeux ,
Fiers Difciples d'Uranie ,
Pilotes chéris des Cieux :
Cet Etre puilfant & ſage
Qui nous commande la Paix ,
Peut fans dépouiller CARTHAGE ,
Combler ROME de bienfaits.
O délices de la Tèrre ,
Douce & raviflante Paix ,
* Cette injufte crainte a toujours été le honteux appana
ge de l'avarice.
** Les Anglois.
18 MERCURE DE FRANCE.
Peut-on préférer la Guèrre ,
A res folides attraits ?
Toujours les Palmes fanglantes ,
S'acherent par des ſoupirs ;
Tes mains toujours bienfaiſantes
Sement partout les plaifirs.
Je les vois avec les graces ,
Les jeux , les aimables ris ,
Naître en foule fur tes traces
Et charmer tous lesfoucis ;
Les Arts pour les faire éclore
N'attendoient que tes faveurs;
Telle des pleurs de l'Aurore
La Tèrre engendre des fleurs.
Tendres Enfans du Génie ,
B- AUX- ARTS , éífuyez vos yeux ;
Ne craignez plus la furie
Du Soldat victorieux :
Dans les fers de l'indigence
Ne craignez plus de languir ;
Arrofés par l'opulence
Vos beaux jours vont refleurir.
Et toi qu'un noble délire
Rendit l'émule des Dieux ,
Génie , au feu qui m'inſpire
Viens rallumer tous tes feux !
JANVIER. 1763. 19
Viens par l'éclat de tes flâmes ,
Faire briller les talens ,
Et pour embrâfer nos âmes ,
Viens enchanter tous nos fens .
GRAND ROI , dont les mains propices
Nous ont fait un fort fi doux ,
Et qui faites vos délices
Des biens répandus fur nous ;
Puille une gloire immortelle
Dans la fource des plaifirs ,
D'une douceur éternelle
Combler vos fages defirs !
DESBORDES.
DESEs antres glacés de l'Ourſe
Borée , au fein du Printemps ,
Vient fouvent tarir la fource ,
Qui fertilife nos champs .
L'on voit fécher la verdure
Et les fruits encore en fleur :
Tout languit , & la Nature
Semble expirer de douleur.
Le Cultivateur foupire ;
Et Dieu fait vers les enfans
Sur les aîles du Zéphire
Planer de riches torrens ;
Leurs eaux forment une voute
Qui pour combler nos defirs ,
Nous diftile goute- à- goute
L'abondance & les plaifirs.
16 MERCURE DE FRANCE.
Tel le plus tendre des Pères
Et le plus humain des Rois ,
Louis ! qui de nos mifères
Plus que nous reffent le poids ,
Brulant de rendre la France
Heureufe par fes bienfaits ,
Y fait voler l'opulence
Sur les aîles de la Paix.
Peuples calmez vos allarmes ;
Ce grand Roi peut aujourd'hui
Quitter ces funeftes Armes ,
Qu'il prit toujours malgré lui .
A vos compagnes ſi chères
Volez , fidéles Epoux ;
Près de vos tremblantes mères
Chers Enfans raffemblez-vous.
Puiffe à jamais dans la France
Vivre comblé de faveurs ,
Ce Sage que fa prudence
Vient de graver dans nos coeurs !
De fon Maître pacifique ,
Faifant refpecter la voix ,
Sa profonde politique
Triomphe des plus grands Rois.
Riche , dont la main avare
Enfouit fecrettement ,
JANVIER. 1763. 17
Cet or que tu rends fi rare
Pour le Public indigent ;
Ne crains plus qu'on te l'enléve
Pour en nourrir le Soldat ; *
Laiffe circuler la féve
Qui fera fleurir l'Etat.
Mais quel merveilleux ſpectacle
Vient exciter mes tranſports ?
Mille vaiffeaux fans obſtacles
Quittent nos pailibles bords.
Bravant d'un oeil intrépide
La fureur des élémens ,
Je les vois d'un vol rapide
Fendre les flots écumans.
**
Que le poifon de l'Envie
Ne fafcine plus vos yeux ,
Fiers Difciples d'Uranie ,
Pilotes chéris des Cieux :
Cet Etre puilfant & ſage
Qui nous commande la Paix ,
Peut fans dépouiller CARTHAGE ,
Combler ROME de bienfaits.
O délices de la Tèrre ,
Douce & raviflante Paix ,
* Cette injufte crainte a toujours été le honteux appana
ge de l'avarice.
** Les Anglois.
18 MERCURE DE FRANCE.
Peut-on préférer la Guèrre ,
A res folides attraits ?
Toujours les Palmes fanglantes ,
S'acherent par des ſoupirs ;
Tes mains toujours bienfaiſantes
Sement partout les plaifirs.
Je les vois avec les graces ,
Les jeux , les aimables ris ,
Naître en foule fur tes traces
Et charmer tous lesfoucis ;
Les Arts pour les faire éclore
N'attendoient que tes faveurs;
Telle des pleurs de l'Aurore
La Tèrre engendre des fleurs.
Tendres Enfans du Génie ,
B- AUX- ARTS , éífuyez vos yeux ;
Ne craignez plus la furie
Du Soldat victorieux :
Dans les fers de l'indigence
Ne craignez plus de languir ;
Arrofés par l'opulence
Vos beaux jours vont refleurir.
Et toi qu'un noble délire
Rendit l'émule des Dieux ,
Génie , au feu qui m'inſpire
Viens rallumer tous tes feux !
JANVIER. 1763. 19
Viens par l'éclat de tes flâmes ,
Faire briller les talens ,
Et pour embrâfer nos âmes ,
Viens enchanter tous nos fens .
GRAND ROI , dont les mains propices
Nous ont fait un fort fi doux ,
Et qui faites vos délices
Des biens répandus fur nous ;
Puille une gloire immortelle
Dans la fource des plaifirs ,
D'une douceur éternelle
Combler vos fages defirs !
DESBORDES.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode sur la paix célèbre la fin des conflits et les bienfaits de la paix en France. Elle décrit les effets bénéfiques du printemps, qui fertilise les champs et permet la croissance des cultures, contrastant avec les périodes de froid et de stérilité. Le texte loue Louis, le roi de France, pour ses efforts en faveur de la paix et de la prospérité, soulignant que ses actions permettent à la France de connaître l'opulence et la tranquillité. Le poème invite les peuples à se rassembler et à profiter de cette période de paix, mettant en avant les avantages économiques et sociaux qu'elle apporte. Il mentionne également la circulation des richesses et le développement des arts, encouragés par la paix. Enfin, il exalte le roi pour ses actions bienfaisantes et souhaite une gloire immortelle pour ses contributions à la prospérité et au bonheur du peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 19-42
LES QUIPROQUO, OU Tous furent contens. NOUVELLE.
Début :
A PEINE Damon fut épris de Lucile, que déja il lui avoit dit cent fois : je vous [...]
Mots clefs :
Marquise , France, Amour, Doute, Rival, Silence, Embarras, Quiproquo
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texteReconnaissance textuelle : LES QUIPROQUO, OU Tous furent contens. NOUVELLE.
LES QUIPRO QUO ,
O U
Tous furent contens.
NOUVELLE.
PEINE Damon fut épris de Lucile ,
que déja il lui avoit dit cent fois : je vous
aime. Six mois après que Lucile aimoit
Damon , elle ne le lui difoit pas encore .
D'où provenoit une conduite fi oppofée
? D'une oppofition de caractère en20
MERCURE DE FRANCE.
,
core plus grande. Damon étoit vif , impétueux
, impatient , plutôt tourmenté
qu'occupé de ce qu'il projettoit . Lucile
étoit douce , modérée , timide , affervie
à certains confeils qui la dirigeoient
impérieuſement. Elle étoit née tendre
mais elle fçavoit ne paroître que fenfible
; elle fçavoit même encore mitiger
ces apparences de fenfibilité. Tant de
retenue mettoit Damon hors de lui - même.
Non difoit-il , jamais on ne porta
l'indifférence auffi loin ; c'eft un marbre
que rien ne peut échauffer! Oublions Lucile
, & formons quelque intrigue beaucoup
plus fatisfaifante qu'un amour métaphyfique
& fuivi . Il étoit fortifié dans
ces idées par Dorval , jeune homme àpeu-
près de même âge , mais infiniment
plus expérimenté que lui . Dorval étoit
devenu petit-maître par fyftême autant
que par goût. Il en préféroit le ton à
tout autre , parce qu'il le croyoit le plus
propre à tout faire paffer. Il aimoit à
donner un air d'importance à des bagatelles
, & un air de bagatelle aux chofes
les plus importantes. Il s'occupoit auffi
volontiers des unes que des autres ; &
étoit capable , tout à la fois , d'actions
fublimes , de procédés bifarres & de
menües tracafferies. Il confervoit une
JANVIER . 1763 .
21
humeur toujours égale , parce qu'il ignoroit
les paffions vives ; & , ce qui n'eſt
pas moins rare , il excufoit le contraire
dans autrui. Damon étoit plus réfléchi
en apparence , & , peut-être , au fonds
moins folide . Son férieux étoit plus triſte
que philofophique. Une feule paffion
fuffifoit pour abforber toutes fes idées ;
& fes idées n'étoient fouvent que frivoles
. En un mot , il reftoit peu de chemin
à faire au Philofophe pour devenir
Petit - maître , & au Petit- maître pour
devenir Philofophe.
C'étoit auffi ce dernier qui dirigeoit
l'autre. Quoi ! Lui difoit ce prétendu
Mentor , tu te laiffes gouverner par un
enfant ? pour moi je gouverne jufqu'aux
Douairières les moins dociles & les plus
rufées . Le temps n'eft plus où l'on vieilliffoit
à ébaucher une intrigue. Les rives
de la Seine différent en tous points de
celles du Lignon , Crois - moi , voltige
quelque temps & me laiffe le foin de
former l'innocente Lucile. Mais Damon
ne vouloit point d'un pareil précepteur
auprès de fa Maîtreffe . Il aimoit , &
par cette raiſon , étoit un peujaloux . Il
avoit d'ailleurs affez bonne opinion
de lui-même , pour efpérer de vaincre
enfin la timidité de Lucile ; car il avoit
,
22 MERCURE
DE FRANCE
.
peine à fe perfuader qu'elle pût être indifférente.
<
Mais cette timidité vaincue , Damon
eût encore trouvé d'autres obftacles .
Lucile vivoit à une petite diftance de
Paris , fous la tutelle d'une tante qui , à
quarante ans, confervoit toutes les prétentions
qu'elle eut à vingt , & vouloit
que fa niéce n'en eût aucune à feize .
Tout homme eft trompeur , lui difoitelle
, ou ne peut manquer de le devenir.
Croyez-en mon expérience , & fuyczen
la trifte épreuve . Ce difcours , ou
quelque autre équivalent à celui – là ,
étoit fi fouvent répété, qu'il impatientoit
Lucile , toute modérée que la Nature l'eût
fait naître. Cependant il faifoit une vive
impreflion fur fon âme. Il faut bien en
croire ma tante , difoit- elle triftement !
elle eft plus inftruite que moi fur ces
fortes de matières . Elle a fans doute
été bien des fois trompée , ( ce qui étoit
vrai ) mais , fans doute , ajoutoit Lucile,
qu'elle ne le fera plus. Or , en cela
Lucile fe trompoit elle-même.
Cinthie ( c'est le nom qu'il faut donner
ic à cette tante ) avoit des vues fecrettes
fur Damon ; je dis fecrettes , par
la raifon qu'elle ne vouloit point que -
Dorval en prit ombrage. Elle croyoit
JANVIER. 1763. 23
tenir ce dernier dans fes liens , parce
qu'il avoit la complaifance de le lui laiffer
croire . Mais elle le trouvoit un peu
trop diffipé : elle fe fut mieux accommodé
du férieux apparent de Damon.
C'eſt-là ce qui la portoit à envier cette
conquête à fa niéce. Auffi leur laiffoitelle
rarement l'occafion de s'entretenir
feuls. Elle étoit préfente à prèfque toutes
leurs entrevues ; ce qui mettoit l'impatient
Damon hors de lui -même . A peine
répondoit- il aux queftions qu'elle fe
plaifoit à lui faire. Il ne parloit que pour
Lucile & ne regardoit qu'elle mais
Lucile, les yeux baiffés , n'ofoit pas même
regarder Damon . Elle écoutoit , fe taifoit
, trouvoit Damon fort aimable &
fa tante fort ennuyeufe .
Les pauvres enfans ! Difoit un jour
Dorval , en lui - même ils ont mille
chofes à fe dire , & ne peuvent fe parler.
Peut-être n'en diront -ils pas davantage ;
mais n'importe , il faut , du moins , les
mettre à portée de foupirer à leur aife.
Il y réuffit . Ayant imaginé un prétexte
qui oblige Cinthie à s'éloigner , il laiffe
lui-même les deux amans tête- à - tête.
Lucile étoit contente , mais interdite.
Pour Damon il ne perdoit pas fi facilement
la parole. Il vouloit déterminer
24 MERCURE DE FRANCE .
Lucile à s'expliquer nettement ; & de fon
côté , elle fe propofoit bien de n'en
rień faire . Elle parut même vouloir s'éloigner
aux premiers mots que Damon
lui adreffa. Il la retint & ne fit qu'accroître
fon trouble . Serez - vous donc
toujours infenfible , ou diffimulée ? lui
difoit-il. Quoi ! pas un mot qui puiffe
me fatisfaire , ou me raffurer ? Vous
raffurer ! reprit naïvement Lucile . Eh
mais ! ...croyez vous que je fois bien raffureé
moi-même ? ... Dites moi le fujet de
vos craintes ? ... Je l'ignore : mais quel
peut être celui des vôtres ? ... Je crains
que vous ne m'aimiez pas. Lucile rougit
& ne répondit rien . Parlons fans feinte ,
ajoutoit Damon , & fouffrez que je
m'explique fans détour : je vous aime
charmante Lucile .... Oh ! reprenoitelle
, je ne veux pas que vous me le difiez
! ... Mais , ingrate ! vous ne m'aimez
donc pas ? ... Je ne fuis pas ingrate ....
Vous m'aimez donc ? je n'ai point dit
cela . Ciel ! ... s'écria l'emporté Damon
je le vois trop , ma préfence vous eft
à charge , il faut vous en délivrer : il
faut renoncer à vous pour jamais. A
ces mots Lucile changea de couleur ,
baiffa la vue , & refta interdite . Son
filence étoit très - éloquent. Tout autre
que
JANVIER. 1763. 25
que Damon fut tombé à fes genoux ;
mais il vouloir quelque chofe de plus
qu'un aveu tacite ; il vouloit que la
timide , la douce , la tendre Lucile
s'expliquât fans réſerve , & mît dans
fes difcours autant d'impétuofiité que
lui - même . Heureufement Cinthie vint
la tirer d'embarras. Ce fut peut- être là
l'unique fois que fon arrivée caufa
quelque joie à fa niéce . Pour Damon ,
il ne put diffimuler la mauvaiſe humeur
qui le dominoit : ce qui donna beaucoup
de fatisfaction à Cinthie.
En vérité , difoit Lucile en elle- même
, Damon fe comporte finguliérement.
Que veut- il de plus ? N'en ai-je
pas déja trop dit ? Ne peut-il rien deviner
? Ah ! fans doute , il veut m'entendre
lui dire que je l'aime pour ne plus
l'écouter par la fuite. Hé bien ! il l'apprendra
fi tard que du moins il le defirera
longtemps. Ma tante me l'a dit cent
fois , les hommes n'aiment qu'eux , &
ne veulent être aimés que pour eux,que
pour fatisfaire leur amour-propre . En
vérité , ma tante a bien raifon !
Dorval s'étoit bien apperçu que le
tête-à-tête qu'il avoit procuré au jeune
couple avoit été perdu à difputer. C'est
toujours un pas vers la conclufion
, di-
I. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE .
fait- il ; une rixe , en amour , vaut mieux
que le filence. Mais Damon ne calculoit
pas ainfi . Obligé de fe contraindre en
préfence de Cinthie , il ne put longtems
foutenir cette épreuve. Il part fous un
faux prétexte & fe retire chez lui . Là ,
il fe livre aux réfléxions les plus emportées.
Un obftacle étoit pour lui un fupplice
: Il lui êtoit le repos , F'appétit &
la raifon . Celui-ci lui ôta jufqu'à la
fanté. Il n'auroit pas été affez patient
pour fuppofer trois jours des maladies ;
il fut réellement faifi d'une fiévre
qui le retint beaucoup plus longtems
chez lui. Dorval le trouva dans cette fituation
& fut très - furpris d'en apprendre
la caufe. N'eft- ce que cela ? lui ditil
, d'un ton ironique ; j'entreprends cette
cure. J'irai parler à ton inhumaine , je
lui peindrai ton amoureux défefpoir.
Ce n'eft plus de nos jours l'ufage d'être
inéxorable. Je fuis für que Lucile fera
des veux pour ta fanté & ta perfévérance
.
Damon fut plutôt piqué que confolé
par ce Difcours. Je ne veux point de
toi pour médiateur , difoit-il à Dorval;
de pareils agens ne travaillent guère que
pour eux-mêmes. Continue à voltiger
& laiffe-moi aimer à ma mode ; furtout
JANVIER . 1763. 27
point de concurrence. Oh ! ne crains
rien , reprit Dorval. Lucile eft fort aimable
; mais je n'aime que quand &
autant que je veux. Je te promets de ne
devenir ton rival qu'au cas que tu ayes
befoin d'un vengeur. Damon voulut répondre
; mais Dorval avoit déja diſparu.
L'abfence de Damon étonnoit beaucoup
Cinthie , & affligeoit encore plus
fa niéce. Lucile regardoit cette abſence
comme une preuve de légéreté ; elle
s'applaudiffoit triftement de n'avoir
point laiffé échapper l'aveu que Damon
avoit voulu lui arracher. Que feroit- ce ,
difoit-elle , s'il étoit certain de fon triomphe
, puifque n'en étant fûr qu'à demi
il vole déja à de nouvelles conquêtes ?
En vérité, ma tante a bien raifon ! L'inf
tant d'après furvient Dorval , qui lui apprend
que Damon eft affez enfant pour
être malade , qu'il féche , qu'il languit ,
confumé par l'amour & la fiévre. Ce
récit allarme & touche vivement la tendre
Lucile. Elle paroît un inftant douter
du fait ; mais ce n'eft que pour mieux
s'en affurer, & Dorval le lui affirme de
manière à l'en convaincre. Il n'eft pourtant
pas vrai , difoit Lucile en elle- même
, que Damon foit inconftant & qu'il
n'aime que lui ; on n'eſt point touché de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la forte de ce qu'on ne defire que par
vanité. Mais ces réfléxions ne fervoient
qu'à rendre fa perplexité plus grande .
Elle n'entrevoyoit d'ailleurs aucun
moyen de raffurer Damon. Elle continuoit
à garder le filence. Dorval que
rien n'embarraffoit , & qui prenoit toujours
le ton le plus propre à fauver aux
autres tout embarras , éxhorte Lucile à
réparer le mal qu'elle a fait. Quel, mal ?
Lui demanda-t-elle..... Celui d'avoirconduit
le fidéle Damon au bord de la
tombe....Qui ? Moi ! ... Vous-même .
C'est un homicide dont vous voilà chargée.
Croyez -moi , écrivez à ce pauvre
moribond , ordonnez -lui de vivre. Il eſt
trop votre esclave pour ofer vous défobéir
! ... Oh ! pour moi , je n'écrirai
point... Il le faut .... Mais , Monfieur
fongez - vous bien à la démarche que
vous faites ? ... N'en doutez-pas . C'eft
un trait d'Héroïsme qui doit fervir d'éxemple
à la postérité. Je voudrois pouvoir
y tranfmettre vos charmes , elle jugeroit
encore mieux de la grandeur du
facrifice . Au furplus , je ne prétends pas
faire de tels prodiges en vain . Ou déterminez
-vous à aimer , à confoler Da
mon , ou fouffrez que je vous aime,
L'alternative parut des plus fingulie
JANVIER. 1763. 29
pas
res à Lucile. Cependant elle n'héfitoit
fur le choix : elle ne balançoir que
fur la démarche où Dorval prétendoit
l'engager. Ce feroit , difoit Lucile en
fon âme , ce feroit bien mal profiter
des avis de ma tante . Quoi ! Ecrire
tandis qu'elle me défend de parler ?
Mais , après tout , fi le doute où je laiffe
Damon eft la feule caufe de fa maladie
; fi un mot peut le guérir ? Si faute
de ce mot fon mal augmente ? Que
n'aurois- je pas à me reprocher ? Que ne
me reprocherois je pas ? ... En vérité ,
ma tante pourroit bien avoir tort .
Dorval devinoit une partie de ce qui
fe paffoit dans l'âme de Lucile. Le temps
preffe , lui dit- il ; chaque minute pourfoit
diminuer mon zéle , & augmente à
coup für le mal de Damon . Mais , Montfieur
, reprenoit Lucile que voulezvous
que j'écrive ? ... Ce que le coeur
vous dictera ; que la main ne faffe qu'obéir
, & tout ira bien .... Oh ! je vous
protefte que mon coeur ne s'eft encore
expliqué pour perfonne ..... Il s'expliquera.....
Point du tout , reprit Lucile
toute troublée , je ne fais par où
commencer .... Je vois bien , s'écria
Dorval , qu'il faut m'immoler fans réferve
. Hé bien ! Ecrivez , je vais dicter.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Lucile prit la plume en tremblant , &
Dorval lui dicta ce qui fuit :
Votre abfence m'inquiétoit , & cepen
dant , j'en ignorois la vraie caufe . Maintenant
que je la fais , cette inquiétude
redouble ...
Mais ; Monfieur , interrompit Lucile
, après toutefois , avoir écrit , cela
n'eft- il pas bien fort ? Point du tout
reprit froidement Dorval , il n'y a point
de prude qui voulût fe contenter d'expreffions
fi mitigées . Continuez , fans
rien craindre ... Mais cela doit , du moins
fuffire... Laiffez -moi faire... Lucile continua
donc à écrire , & Dorval à dicter.
*
On m'a dit que vous vous croyez mal-
-heureux ; fachez qu'il n'en eft rien ....
En vérité , Marquis , interrompit encore
Lucile , vous me faites dire là des
chofes bien furprenantes ! Bagatelle !
reprit Dorval ; rien de plus fimple que
cette maniere d'écrire . Encore une phrafe
, & nous finiffons ... De grace , grace , Monfieur
, fongez bien à ce que vous allez
me dicter ? ... Repofez-vous- en fur
moi. Voici quelle fut cette phrafe.
Ceffez d'être ingénieux à vous tourJANVIER.
1763. 31
menter , & confervez-vous pour la tendre
LUCILE...
Oh ! je vous jure , s'écria-t- elle , que
je n'écrirai jamais ces derniers mots ! Il
le faut cependant , repliqua Dorval ...
Je vous protefte que je n'en ferai rien !..
Il le faut , vous dis-je ; autrement le fecours
fera trop foible , & demain je
vous livre Damon trépaffé... Comment ;
Monfieur , vous prétendez m'arracher
un aveu de cette nature ? ... Eh quoi ?
Mademoiselle , qu'a donc cet aveu de fi
extraordinaire ? Savez-vous que je ménage
prodigieufement votre délicateſſe ?
Avec plus d'expérience vous me rendriez
plus de juftice . Je vous jure qu'on
ne s'eft jamais acquité fi facilement envers
moi ; j'éxige en pareil cas , les expreffions
les plus claires , les plus propres
, les plus authentiques . Pour moi ,
repliqua Lucile , je ne veux point écrire
des chofes de cette efpéce. Belle Lucile ,
dit alors Dorval , de l'air du monde le
plus férieux , je fens que ma fermeté
chancéle ; ne préfumez point trop de
mes forces. Encore un peu de réfiſtance
de votre part , & je croirai que Damon
n'a plus rien à prétendre ; je renoncerai
à fes intérêts pour m'occuper des miens .
Fiv
32 MERCURE DE FRANCE.
Oui , pourfuivit-il , je tombe à vos genoux
, & c'est encore pour lui que j'y
tombe ; mais fi vous perfiftez dans vos
refus , j'y refterai pour moi.
Lucile , quoique très - agitée , avoit
peine à garder fon férieux. Elle craignoit
, d'ailleurs , que fa tante fa tante , occupée
alors à conférer avec un célébre
Avocat fur un procès prêt à fe juger , &
dont le gain où la perte devoit accroître
ou diminuer confidérablement fa
fortune ; Lucile , dis -je , craignoit que
Cinthie ne vînt les furprendre , & ne
trouvât Dorval dans cette attitude. C'eft
de quoi elle avertit ce dernier mais il
parut inébranlable. Il fallut donc fe laiffer
vaincre en partie ; c'est-à-dire , que
des quatre mots Lucile confentit à en
écrire trois. Dorval diſputa encore beaucoup
avant de fe relever. Il ne put ,
toutefois , empêcher que l'épithète de
tendre ne fût fupprimée . La Lettre finiffoit
ainfi Confervez- vous pour Lucile.
C'en étoit bien affez ; mais pour l'inquiet
Damon c'étoit encore trop peu.
Dorval entra chez lui avec cet air de
fatisfaction qui annonce le fuccès . Tiens ,
lui dit-il , voilà qui vaut mieux pour toi
que tous les Aphorifmes d'Hipocrate.
Damon étonné , fe faifit avidement de
JANVIER. 1763. 33
la Lettre & la dévore plutôt qu'il ne la
parcourt. Un mouvement de joie avoit
paru le tranfporter : quelle fut la furprife
de Dorval en voyant cette joie fe
ralentir tout-à- coup ! Quoi ? lui dit-il ,
quel eft cet air morne & glacial ? Efpérois-
tu qu'au lieu d'une lettre je t'amenaffe
Lucile en perfonne ? Je doute
que de tous les héros de l'amitié aucun
ait porté le zéle jufques-là. Ah ! mon
cher Dorval , s'écrie Damon , je ne
vois que de la pitié dans cette lettre : j'y
voudrois de l'Amour . Un je vous aime ,
eft ce que j'exige , & ce que je n'ai encore
pu obtenir ; ce qu'il ne m'eft pas
même permis de prononcer. Eh , qu'importe
, reprit Dorval , que Lucile s'éffraye
du mot , pourvu qu'elle fe familiarife
avec la chofe ? Combien de femmes
à qui la chofe eft inconnue & le
mot trop familier !
Tandis que Dorval raffuroit ainfi
Damon Cinthie queftionnoit & impatientoit
fa Niéce . Elle vouloit juger
de l'effet que l'abfence & la maladie
.de Damon produifoient fur fon âme.
Mais Lucile qu'elle avoit inftruite à diffimuler
, ufà de ce fecret contre ellemême.
Elle fe garda bien , furtout
d'avouer qu'elle eût écrit à Damon. Ce
By
34 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas qu'elle n'eût quelque inquiétude
de s'être ainfi fiée à Dorval ; mais
cette refléxion lui étoit venue trop-tard.
Elle réfolut d'attendre l'événement. Damon
, au bout de quelque jours , reparut
chez Cinthie. Il avoit l'air extrêmement
abbatu . Lucile en fut vivement
' touchée . Elle ne douta prèfque plus de la
fincérité de fon amour. Une feule preuve
de cette efpéce fait plus d'impreffion
fur une âme tendre , que des proteftations
fans nombre. Il étoit naturel
que Damon témoignât fa reconnoiffance
à Lucile. Mais lui - même s'y
croyoit peu obligé. Ses réfléxions n'avoient
fait qu'accroître fes doutes. Il
ne regardoit la lettre de Lucile que
comme l'effet d'une fimple politeffe ,
ou des perfécutions de Dorval. De fon
côté Lucile fe reprochoit d'en avoir
trop
fait. Elle attribuoit cette froideur
de Damon au trop d'empreffement &
de fenfibilité qu'elle avoit laiffé voir à
la lettre qu'elle avoit écrite. C'eſt à
ce coup , difoit- elle , que l'inconſtant
ne va plus fe contraindre . Sa vanité
eft fatisfaite ; il va lui chercher de nouvelles
victimes. Ainfi Lucile reprend un
air timide & compofé qui difoit beaucoup
moins que n'avoit dit la lettre ,
JANVIER. 1763 . 35
& infiniment plus encore qu'elle n'eût
fouhaité . Ah Dieu ! difoit à fon tour
en lui -même l'impatient Damon , ne
l'avois-je pas deviné ? Cette lettre eftelle
autre chofe qu'une froide politeffe
? Une démarche qui ne fignifie
rien , ou qui , peut-être fignifie trop !
Lucile n'a fait que céder aux perfécutions
de Dorval. Qui fçait même fi
ce n'eft point un jeu concerté entre- elle
& lui?
A l'inftant même furvient Dorval,
Eh quoi ? Dit-il , au couple confterné ,
vous voilà froids comme deux fimulachres
! N'avez - vous plus rien à vous
dire , ou vous fuis-je encore néceffaire ?
De tout mon coeur ! ... Soyez moins
zélè , reprit Damon , avec une forte
d'impatience. Suis donc toi -même plus
ardent , répliqua vivement Dorval. Je
ne prétends pas qu'on gâte ainſi mon
ouvrage. Queft-ce que cela veut dire ?
Reprit Damon. Que fi vous n'êtes d'accord
l'un & l'autre , ajouta Dorval , je
me croirai par honneur obligé de vous
féparer. Ma méthode n'eft pas de rien
entreprendre en vain . J'ai décidé que
Lucile deviendroit fenfible : elle le fera
, ou pour toi , ou pour moi.
Lucile faurit malgré elle. Damon fré-
B vj
36 MERCURÉ DE FRANCE.
mit de la voir fourire . La déclaration
n'eft pas maladroite , dit-il avec dépit.
Elle n'eft pas nouvelle , reprit Dorval ;
je ne fais que répéter en ta préfence ce
que j'ai déja dit à Lucile en particulier.
On ne m'a jamais vu dérober la victoire.
Je veux bien cependant ne te la difputer
qu'autant que tu continueras d'attaquer
comme quelqu'un qui ne veut
pas vaincre. Ah ! c'en eft trop ! s'écria
Damon... L'arrivée de Cinthie l'empêcha
lui -même d'en dire davantage . Cinthie
venoit d'achever fa toilette , à laquelle
depuis quelques années perfonne n'étoit
plus admis . Dorval , qui ne ſe laffoit
ni de perfiffler , ni de fervir Damon
, crut l'obliger en propofant d'aller
l'après- dînée aux François . Il avoit
accoutumé Cinthie à ne jamais le contredire
; elle fouferivit à ce qu'il vouloit
. Lucile applaudiffoit tacitement ;
mais Dorval fut bien furpris de voir
Damon s'y refufer. Cet amant bifarre
méditoit un projet qui ne l'étoit guè
res moins . Peu affuré que Lucile foit
fenfible , il veut éprouver fi elle fera
jaloufe. C'est ce qui le porte à rejetter
la partie qu'on lui propofe , fous prétexte
qu'il eft engagé avec la Marquife
de N... Cette Marquife étoit une
JANVIER. 1763. 37
jeune veuve débarraffée depuis peu d'un
mari vieux & jaloux . Elle ufoit très-amplement
de la liberté que cette mort
lui avoit laiffée . Elle ne manquoit ni
d'agrémens , ni d'envie de plaire . Auffi
fa cour étoit-elle nombreufe. Cinthie &
fa niéce la connoiffoient. A peine Damon
l'eut-il nommée que la premiere
rougit de dépit , & que la feconde foupira
de douleur . Damon s'applaudit en
voyant Lucile s'allarmer. Il s'affermit de
plus en plus dans fon deffein , & partit
pour fon prétendu rendez-vous . Ce départ
étoit pour Dorval un problême, une
fource de conjectures. Sans doute , concluoit-
il , que Damon rectifie fa maniere
d'aimer , qu'il fe produit , fe partage , en
un mot qu'il fe forme. Il a raifon. Mais la
trifteffe de Lucile laiffoit facilement defelon
elle , Damon avoit tort.
Cinthie n'étoit cependant pas la moins
piquée. Elle concevoit bien comment
la Marquife pouvoit l'emporter fur une
rivale auffi inexpérimentée , auffi novice
que fa niéce ; mais elle ne concevoit
pas comment on ne lui donnoit point à
elle - même la préférence & ſur fa niéce
& fur la Marquife.
viner que ,
L'heure du Spectacle arrive , on s'y
rend , & Cinthie felon fa méthode , fe
3
38 MERCURE DE FRANCE .
place dans une loge des plus apparentes
. Elle avoit relevé ce qui lui reftoit
de charmes par une extrême parure.
Lucile , au contraire , étoit dans
une forte de négligé ; mais ce négligé
même fembloit être un art , tant la nature
avoit fait pour elle. Un fond de
trifteffe , un air languiffant la rendoient
encore plus touchante. Tous les Petits
Maîtres , jeunes & vieux , la lorgnoient ;
toutes les femmes belles , ou laides , la
cenfuroient , quand Damon parut avec
le Marquife. Soit hazard , foit deffein
la loge où ils fe placerent étoit oppofée
en face à celle de Cinthie. Damon
la falua , ainfi que fa Niéce , avec une
aifance étudiée & qui lui coutoit. Cinthie
n'eut guères moins de peine à cacher
fon dépit & Lucile fon trouble.
Mais à force de faillies , Dorval leur
en fournit les moyens. Il parvint même
à les égayer véritablement. L'amour-
propre dont une Belle , fi jeune
& fi novice qu'elle foit , eft rarement
éxempte , vint à l'appui des difcours
de Dorval , & fit prendre à Lucile un
air de fatisfaction qu'au fond elle ne
reffentoit pas . Mais à mefure que fa
gaieté fembloit renaître , on voyoit s'évanouir
celle de Damon. Il ne répon
JANVIER. 1763. 39
"
doit plus que par monofyllabes aux difcours
de la Marquife.Il releva même affez
brufquement quelques mots qui fembloient
tendre à ridiculifer Lucile , &
qui ne tendoient qu'à l'éprouver luimême.
La Marquife avoit affez d'attraits
pour pardonner à celles qui en
poffédoient beaucoup ; elle avoit une
cour affez nombreufe pour ne point
chercher à dépeupler celle d'autrui.
C'étoit d'ailleurs , une de ces femmes
qui ne traitent point l'amour férieufement
, pour qui cette paffion n'eft
guères qu'un caprice , & chez qui un
caprice n'eft jamais une paffion ; en
un mot , c'étoit une Petite - Maîtreffe ,
digne d'entrer en parallèle avec Dorval
& plus propre à lui plaire qu'à
fixer & captiverDamon. Auffi ambitionnoit
- elle moins la conquête de celuici
que de l'autre . Elle le connoiffoit &
en étoit fort connue. Il ne doutoit point
qu'elle ne fût très-propre à débarraffer
Damon de fes premiers liens. Mais elle
ne vifoit qu'à défoler cet Amant jaloux
; à quoi elle réuffit parfaitement.
Dorval , fans le vouloir , la fecondoit
de fon mieux. Il achevoit de déſeſpérer
Damon , "lorfqu'il croyoit ne faire
que confoler Lucile. Le perfide , difoit40
MERCURE DE FRANCE.
il , ceffe de fe contraindre ; il ne garde
plus aucuns ménagemens envers moi ;
il fe déclare hautement mon rival ....
Eh bien ! c'eft en rival qu'il faudra le
traiter.
On repréfentoit Zaïre.Les foupçons &
la jaloufie d'Orofmane donnoient beau
jeu aux plaifanteries de la Marquife , &
encore plus de matière aux réfléxions de
Lucile. La fituation de Zaire lui arrachoit
des larmes ; elle y trouvoit quelque rapport
avec la fienne : elle s'en laiffoit d'autant
plus pénétrer. Une âme ingénue
s'émeut facilement. Ce n'eft point fur
des coeurs blafés que les Zaïres & les
Monimes éxercent leur pathétique empire
. Lucile fut encore plus affectée par
la petite Piéce . On eût dit que ces rencontres
fortuites étoient l'effet d'un arrangement
prémédité. On repréfentoit
Ja charmante Comédie de l'Oracle, La
Fée , difoit Lucile , voudroit
que Lucinde
ignorât ce que c'eft qu'un Homme:
Cinthie me défend de les écouter.
Les raifons de la Fée ne pouvoient
fans doute être mauvaiſes. Et pour ce
qui eft de ma tante , les fiennes me
paroiffent affez bonnes.
Le Spectacle fini , Dorval accompagna
& la tante & la niéce jufques chez
JANVIER. 1763. 4.I
elles. Damon reste avec la Marquife . Il
frémit de la loi qu'il s'eft lui même repofée.
Il fe repréfentoit Dorval mettant
à profit , pour le fupplanter , les momens
qu'il lui laiffoit. Pour combler
fon embarras , il y avoit fouper chez la
Marquife & il fe vit contraint d'y affifter.
Les convives étoient tous d'une hu
meur très-analogue à celle de l'hôteffe.
La converfation fut vive & enjouée ;
mais Damon y mit peu du fien . Il repouffa
même fort mal tous les traits que
la Marquife lui lança , ou lui fit lançer.
Rentré chez lui , il ne put dormir ; &
dès le jour fuivant , après avoir beaucoup
héfité , il reparoît chez Cinthie. Il
eft fort furpris d'en être bien reçu , &
fort affligé d'éprouver le même accueil
de la part de Lucile ; rien n'annonçoit
en elle aucun reffentiment , aucune atteinte
de jaloufie. Ce n'eft pas qu'elle en
fût éxempte. Mais les ordres de Cinthie ,
& furtout fa préfence , l'obligeoient à
diffimuler. Peut-être auffi un peu d'orgueil
, bien fondé , fe joignoit-il à toutes
ces raifons. Mais dans tout cela Damon
n'appercevoit que l'ouvrage de Dorval ;
il n'imputoit qu'à lui l'indifférence dont
Lucile faifoit parade ; il le croyoit fon
rival , & fon rival préféré. Les réfolu
tions les plus violentes s'offroient à fon
42 MERCURE DE FRANCE .
efprit : l'amitié les combattoit . Obfédé
par Cinthie , il ne pouvoit s'expliquer
avec Lucile. Peut-être même en eût-il
fui l'occafion fi elle fe füt offerte ; peutêtre
la vanité eût- elle impofé filence à
fa jaloufie .
Inquiet , troublé , mais attentif à
me point le paroître , il fort & laiffe
Lucile perfuadé plus que jamais de fon
inconftance . L'envie de fe diffiper l'entraîne
chez la Marquife. Il y trouve
fon prétendu rival & le Chevalier de
B.... leur ami commun . Sçais- tu bien ,
difoit ce dernier à Dorval , que la Niéce
eft jolie ? A quoi fonge la Tante, de la
placer en perfpective à côté d'elle ? It
y a là bien de la mal-adreffe & de la préfomption
! ... A propos , pourſuivoit- il,
en s'adreffant à Damon , tu femblois
deftiné à former ce jeune Sujet ? mais
cet honneur me paroît réfervé à Dor
val on voit que la petite perfonne
eft très difpofée à mettre à profit ſes
documens. Dorval ne contredit en rien
ce difcours ; c'eût été déroger au ton
que lui- même avoit adopté. Mais fon
filence acheva de rendre Damon furieux.
Dès-lors , il fe réfout à en venir
aux dernieres extrémités , à fe battre contre
lui.
Le reste au Mercure prochain.
O U
Tous furent contens.
NOUVELLE.
PEINE Damon fut épris de Lucile ,
que déja il lui avoit dit cent fois : je vous
aime. Six mois après que Lucile aimoit
Damon , elle ne le lui difoit pas encore .
D'où provenoit une conduite fi oppofée
? D'une oppofition de caractère en20
MERCURE DE FRANCE.
,
core plus grande. Damon étoit vif , impétueux
, impatient , plutôt tourmenté
qu'occupé de ce qu'il projettoit . Lucile
étoit douce , modérée , timide , affervie
à certains confeils qui la dirigeoient
impérieuſement. Elle étoit née tendre
mais elle fçavoit ne paroître que fenfible
; elle fçavoit même encore mitiger
ces apparences de fenfibilité. Tant de
retenue mettoit Damon hors de lui - même.
Non difoit-il , jamais on ne porta
l'indifférence auffi loin ; c'eft un marbre
que rien ne peut échauffer! Oublions Lucile
, & formons quelque intrigue beaucoup
plus fatisfaifante qu'un amour métaphyfique
& fuivi . Il étoit fortifié dans
ces idées par Dorval , jeune homme àpeu-
près de même âge , mais infiniment
plus expérimenté que lui . Dorval étoit
devenu petit-maître par fyftême autant
que par goût. Il en préféroit le ton à
tout autre , parce qu'il le croyoit le plus
propre à tout faire paffer. Il aimoit à
donner un air d'importance à des bagatelles
, & un air de bagatelle aux chofes
les plus importantes. Il s'occupoit auffi
volontiers des unes que des autres ; &
étoit capable , tout à la fois , d'actions
fublimes , de procédés bifarres & de
menües tracafferies. Il confervoit une
JANVIER . 1763 .
21
humeur toujours égale , parce qu'il ignoroit
les paffions vives ; & , ce qui n'eſt
pas moins rare , il excufoit le contraire
dans autrui. Damon étoit plus réfléchi
en apparence , & , peut-être , au fonds
moins folide . Son férieux étoit plus triſte
que philofophique. Une feule paffion
fuffifoit pour abforber toutes fes idées ;
& fes idées n'étoient fouvent que frivoles
. En un mot , il reftoit peu de chemin
à faire au Philofophe pour devenir
Petit - maître , & au Petit- maître pour
devenir Philofophe.
C'étoit auffi ce dernier qui dirigeoit
l'autre. Quoi ! Lui difoit ce prétendu
Mentor , tu te laiffes gouverner par un
enfant ? pour moi je gouverne jufqu'aux
Douairières les moins dociles & les plus
rufées . Le temps n'eft plus où l'on vieilliffoit
à ébaucher une intrigue. Les rives
de la Seine différent en tous points de
celles du Lignon , Crois - moi , voltige
quelque temps & me laiffe le foin de
former l'innocente Lucile. Mais Damon
ne vouloit point d'un pareil précepteur
auprès de fa Maîtreffe . Il aimoit , &
par cette raiſon , étoit un peujaloux . Il
avoit d'ailleurs affez bonne opinion
de lui-même , pour efpérer de vaincre
enfin la timidité de Lucile ; car il avoit
,
22 MERCURE
DE FRANCE
.
peine à fe perfuader qu'elle pût être indifférente.
<
Mais cette timidité vaincue , Damon
eût encore trouvé d'autres obftacles .
Lucile vivoit à une petite diftance de
Paris , fous la tutelle d'une tante qui , à
quarante ans, confervoit toutes les prétentions
qu'elle eut à vingt , & vouloit
que fa niéce n'en eût aucune à feize .
Tout homme eft trompeur , lui difoitelle
, ou ne peut manquer de le devenir.
Croyez-en mon expérience , & fuyczen
la trifte épreuve . Ce difcours , ou
quelque autre équivalent à celui – là ,
étoit fi fouvent répété, qu'il impatientoit
Lucile , toute modérée que la Nature l'eût
fait naître. Cependant il faifoit une vive
impreflion fur fon âme. Il faut bien en
croire ma tante , difoit- elle triftement !
elle eft plus inftruite que moi fur ces
fortes de matières . Elle a fans doute
été bien des fois trompée , ( ce qui étoit
vrai ) mais , fans doute , ajoutoit Lucile,
qu'elle ne le fera plus. Or , en cela
Lucile fe trompoit elle-même.
Cinthie ( c'est le nom qu'il faut donner
ic à cette tante ) avoit des vues fecrettes
fur Damon ; je dis fecrettes , par
la raifon qu'elle ne vouloit point que -
Dorval en prit ombrage. Elle croyoit
JANVIER. 1763. 23
tenir ce dernier dans fes liens , parce
qu'il avoit la complaifance de le lui laiffer
croire . Mais elle le trouvoit un peu
trop diffipé : elle fe fut mieux accommodé
du férieux apparent de Damon.
C'eſt-là ce qui la portoit à envier cette
conquête à fa niéce. Auffi leur laiffoitelle
rarement l'occafion de s'entretenir
feuls. Elle étoit préfente à prèfque toutes
leurs entrevues ; ce qui mettoit l'impatient
Damon hors de lui -même . A peine
répondoit- il aux queftions qu'elle fe
plaifoit à lui faire. Il ne parloit que pour
Lucile & ne regardoit qu'elle mais
Lucile, les yeux baiffés , n'ofoit pas même
regarder Damon . Elle écoutoit , fe taifoit
, trouvoit Damon fort aimable &
fa tante fort ennuyeufe .
Les pauvres enfans ! Difoit un jour
Dorval , en lui - même ils ont mille
chofes à fe dire , & ne peuvent fe parler.
Peut-être n'en diront -ils pas davantage ;
mais n'importe , il faut , du moins , les
mettre à portée de foupirer à leur aife.
Il y réuffit . Ayant imaginé un prétexte
qui oblige Cinthie à s'éloigner , il laiffe
lui-même les deux amans tête- à - tête.
Lucile étoit contente , mais interdite.
Pour Damon il ne perdoit pas fi facilement
la parole. Il vouloit déterminer
24 MERCURE DE FRANCE .
Lucile à s'expliquer nettement ; & de fon
côté , elle fe propofoit bien de n'en
rień faire . Elle parut même vouloir s'éloigner
aux premiers mots que Damon
lui adreffa. Il la retint & ne fit qu'accroître
fon trouble . Serez - vous donc
toujours infenfible , ou diffimulée ? lui
difoit-il. Quoi ! pas un mot qui puiffe
me fatisfaire , ou me raffurer ? Vous
raffurer ! reprit naïvement Lucile . Eh
mais ! ...croyez vous que je fois bien raffureé
moi-même ? ... Dites moi le fujet de
vos craintes ? ... Je l'ignore : mais quel
peut être celui des vôtres ? ... Je crains
que vous ne m'aimiez pas. Lucile rougit
& ne répondit rien . Parlons fans feinte ,
ajoutoit Damon , & fouffrez que je
m'explique fans détour : je vous aime
charmante Lucile .... Oh ! reprenoitelle
, je ne veux pas que vous me le difiez
! ... Mais , ingrate ! vous ne m'aimez
donc pas ? ... Je ne fuis pas ingrate ....
Vous m'aimez donc ? je n'ai point dit
cela . Ciel ! ... s'écria l'emporté Damon
je le vois trop , ma préfence vous eft
à charge , il faut vous en délivrer : il
faut renoncer à vous pour jamais. A
ces mots Lucile changea de couleur ,
baiffa la vue , & refta interdite . Son
filence étoit très - éloquent. Tout autre
que
JANVIER. 1763. 25
que Damon fut tombé à fes genoux ;
mais il vouloir quelque chofe de plus
qu'un aveu tacite ; il vouloit que la
timide , la douce , la tendre Lucile
s'expliquât fans réſerve , & mît dans
fes difcours autant d'impétuofiité que
lui - même . Heureufement Cinthie vint
la tirer d'embarras. Ce fut peut- être là
l'unique fois que fon arrivée caufa
quelque joie à fa niéce . Pour Damon ,
il ne put diffimuler la mauvaiſe humeur
qui le dominoit : ce qui donna beaucoup
de fatisfaction à Cinthie.
En vérité , difoit Lucile en elle- même
, Damon fe comporte finguliérement.
Que veut- il de plus ? N'en ai-je
pas déja trop dit ? Ne peut-il rien deviner
? Ah ! fans doute , il veut m'entendre
lui dire que je l'aime pour ne plus
l'écouter par la fuite. Hé bien ! il l'apprendra
fi tard que du moins il le defirera
longtemps. Ma tante me l'a dit cent
fois , les hommes n'aiment qu'eux , &
ne veulent être aimés que pour eux,que
pour fatisfaire leur amour-propre . En
vérité , ma tante a bien raifon !
Dorval s'étoit bien apperçu que le
tête-à-tête qu'il avoit procuré au jeune
couple avoit été perdu à difputer. C'est
toujours un pas vers la conclufion
, di-
I. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE .
fait- il ; une rixe , en amour , vaut mieux
que le filence. Mais Damon ne calculoit
pas ainfi . Obligé de fe contraindre en
préfence de Cinthie , il ne put longtems
foutenir cette épreuve. Il part fous un
faux prétexte & fe retire chez lui . Là ,
il fe livre aux réfléxions les plus emportées.
Un obftacle étoit pour lui un fupplice
: Il lui êtoit le repos , F'appétit &
la raifon . Celui-ci lui ôta jufqu'à la
fanté. Il n'auroit pas été affez patient
pour fuppofer trois jours des maladies ;
il fut réellement faifi d'une fiévre
qui le retint beaucoup plus longtems
chez lui. Dorval le trouva dans cette fituation
& fut très - furpris d'en apprendre
la caufe. N'eft- ce que cela ? lui ditil
, d'un ton ironique ; j'entreprends cette
cure. J'irai parler à ton inhumaine , je
lui peindrai ton amoureux défefpoir.
Ce n'eft plus de nos jours l'ufage d'être
inéxorable. Je fuis für que Lucile fera
des veux pour ta fanté & ta perfévérance
.
Damon fut plutôt piqué que confolé
par ce Difcours. Je ne veux point de
toi pour médiateur , difoit-il à Dorval;
de pareils agens ne travaillent guère que
pour eux-mêmes. Continue à voltiger
& laiffe-moi aimer à ma mode ; furtout
JANVIER . 1763. 27
point de concurrence. Oh ! ne crains
rien , reprit Dorval. Lucile eft fort aimable
; mais je n'aime que quand &
autant que je veux. Je te promets de ne
devenir ton rival qu'au cas que tu ayes
befoin d'un vengeur. Damon voulut répondre
; mais Dorval avoit déja diſparu.
L'abfence de Damon étonnoit beaucoup
Cinthie , & affligeoit encore plus
fa niéce. Lucile regardoit cette abſence
comme une preuve de légéreté ; elle
s'applaudiffoit triftement de n'avoir
point laiffé échapper l'aveu que Damon
avoit voulu lui arracher. Que feroit- ce ,
difoit-elle , s'il étoit certain de fon triomphe
, puifque n'en étant fûr qu'à demi
il vole déja à de nouvelles conquêtes ?
En vérité, ma tante a bien raifon ! L'inf
tant d'après furvient Dorval , qui lui apprend
que Damon eft affez enfant pour
être malade , qu'il féche , qu'il languit ,
confumé par l'amour & la fiévre. Ce
récit allarme & touche vivement la tendre
Lucile. Elle paroît un inftant douter
du fait ; mais ce n'eft que pour mieux
s'en affurer, & Dorval le lui affirme de
manière à l'en convaincre. Il n'eft pourtant
pas vrai , difoit Lucile en elle- même
, que Damon foit inconftant & qu'il
n'aime que lui ; on n'eſt point touché de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
la forte de ce qu'on ne defire que par
vanité. Mais ces réfléxions ne fervoient
qu'à rendre fa perplexité plus grande .
Elle n'entrevoyoit d'ailleurs aucun
moyen de raffurer Damon. Elle continuoit
à garder le filence. Dorval que
rien n'embarraffoit , & qui prenoit toujours
le ton le plus propre à fauver aux
autres tout embarras , éxhorte Lucile à
réparer le mal qu'elle a fait. Quel, mal ?
Lui demanda-t-elle..... Celui d'avoirconduit
le fidéle Damon au bord de la
tombe....Qui ? Moi ! ... Vous-même .
C'est un homicide dont vous voilà chargée.
Croyez -moi , écrivez à ce pauvre
moribond , ordonnez -lui de vivre. Il eſt
trop votre esclave pour ofer vous défobéir
! ... Oh ! pour moi , je n'écrirai
point... Il le faut .... Mais , Monfieur
fongez - vous bien à la démarche que
vous faites ? ... N'en doutez-pas . C'eft
un trait d'Héroïsme qui doit fervir d'éxemple
à la postérité. Je voudrois pouvoir
y tranfmettre vos charmes , elle jugeroit
encore mieux de la grandeur du
facrifice . Au furplus , je ne prétends pas
faire de tels prodiges en vain . Ou déterminez
-vous à aimer , à confoler Da
mon , ou fouffrez que je vous aime,
L'alternative parut des plus fingulie
JANVIER. 1763. 29
pas
res à Lucile. Cependant elle n'héfitoit
fur le choix : elle ne balançoir que
fur la démarche où Dorval prétendoit
l'engager. Ce feroit , difoit Lucile en
fon âme , ce feroit bien mal profiter
des avis de ma tante . Quoi ! Ecrire
tandis qu'elle me défend de parler ?
Mais , après tout , fi le doute où je laiffe
Damon eft la feule caufe de fa maladie
; fi un mot peut le guérir ? Si faute
de ce mot fon mal augmente ? Que
n'aurois- je pas à me reprocher ? Que ne
me reprocherois je pas ? ... En vérité ,
ma tante pourroit bien avoir tort .
Dorval devinoit une partie de ce qui
fe paffoit dans l'âme de Lucile. Le temps
preffe , lui dit- il ; chaque minute pourfoit
diminuer mon zéle , & augmente à
coup für le mal de Damon . Mais , Montfieur
, reprenoit Lucile que voulezvous
que j'écrive ? ... Ce que le coeur
vous dictera ; que la main ne faffe qu'obéir
, & tout ira bien .... Oh ! je vous
protefte que mon coeur ne s'eft encore
expliqué pour perfonne ..... Il s'expliquera.....
Point du tout , reprit Lucile
toute troublée , je ne fais par où
commencer .... Je vois bien , s'écria
Dorval , qu'il faut m'immoler fans réferve
. Hé bien ! Ecrivez , je vais dicter.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Lucile prit la plume en tremblant , &
Dorval lui dicta ce qui fuit :
Votre abfence m'inquiétoit , & cepen
dant , j'en ignorois la vraie caufe . Maintenant
que je la fais , cette inquiétude
redouble ...
Mais ; Monfieur , interrompit Lucile
, après toutefois , avoir écrit , cela
n'eft- il pas bien fort ? Point du tout
reprit froidement Dorval , il n'y a point
de prude qui voulût fe contenter d'expreffions
fi mitigées . Continuez , fans
rien craindre ... Mais cela doit , du moins
fuffire... Laiffez -moi faire... Lucile continua
donc à écrire , & Dorval à dicter.
*
On m'a dit que vous vous croyez mal-
-heureux ; fachez qu'il n'en eft rien ....
En vérité , Marquis , interrompit encore
Lucile , vous me faites dire là des
chofes bien furprenantes ! Bagatelle !
reprit Dorval ; rien de plus fimple que
cette maniere d'écrire . Encore une phrafe
, & nous finiffons ... De grace , grace , Monfieur
, fongez bien à ce que vous allez
me dicter ? ... Repofez-vous- en fur
moi. Voici quelle fut cette phrafe.
Ceffez d'être ingénieux à vous tourJANVIER.
1763. 31
menter , & confervez-vous pour la tendre
LUCILE...
Oh ! je vous jure , s'écria-t- elle , que
je n'écrirai jamais ces derniers mots ! Il
le faut cependant , repliqua Dorval ...
Je vous protefte que je n'en ferai rien !..
Il le faut , vous dis-je ; autrement le fecours
fera trop foible , & demain je
vous livre Damon trépaffé... Comment ;
Monfieur , vous prétendez m'arracher
un aveu de cette nature ? ... Eh quoi ?
Mademoiselle , qu'a donc cet aveu de fi
extraordinaire ? Savez-vous que je ménage
prodigieufement votre délicateſſe ?
Avec plus d'expérience vous me rendriez
plus de juftice . Je vous jure qu'on
ne s'eft jamais acquité fi facilement envers
moi ; j'éxige en pareil cas , les expreffions
les plus claires , les plus propres
, les plus authentiques . Pour moi ,
repliqua Lucile , je ne veux point écrire
des chofes de cette efpéce. Belle Lucile ,
dit alors Dorval , de l'air du monde le
plus férieux , je fens que ma fermeté
chancéle ; ne préfumez point trop de
mes forces. Encore un peu de réfiſtance
de votre part , & je croirai que Damon
n'a plus rien à prétendre ; je renoncerai
à fes intérêts pour m'occuper des miens .
Fiv
32 MERCURE DE FRANCE.
Oui , pourfuivit-il , je tombe à vos genoux
, & c'est encore pour lui que j'y
tombe ; mais fi vous perfiftez dans vos
refus , j'y refterai pour moi.
Lucile , quoique très - agitée , avoit
peine à garder fon férieux. Elle craignoit
, d'ailleurs , que fa tante fa tante , occupée
alors à conférer avec un célébre
Avocat fur un procès prêt à fe juger , &
dont le gain où la perte devoit accroître
ou diminuer confidérablement fa
fortune ; Lucile , dis -je , craignoit que
Cinthie ne vînt les furprendre , & ne
trouvât Dorval dans cette attitude. C'eft
de quoi elle avertit ce dernier mais il
parut inébranlable. Il fallut donc fe laiffer
vaincre en partie ; c'est-à-dire , que
des quatre mots Lucile confentit à en
écrire trois. Dorval diſputa encore beaucoup
avant de fe relever. Il ne put ,
toutefois , empêcher que l'épithète de
tendre ne fût fupprimée . La Lettre finiffoit
ainfi Confervez- vous pour Lucile.
C'en étoit bien affez ; mais pour l'inquiet
Damon c'étoit encore trop peu.
Dorval entra chez lui avec cet air de
fatisfaction qui annonce le fuccès . Tiens ,
lui dit-il , voilà qui vaut mieux pour toi
que tous les Aphorifmes d'Hipocrate.
Damon étonné , fe faifit avidement de
JANVIER. 1763. 33
la Lettre & la dévore plutôt qu'il ne la
parcourt. Un mouvement de joie avoit
paru le tranfporter : quelle fut la furprife
de Dorval en voyant cette joie fe
ralentir tout-à- coup ! Quoi ? lui dit-il ,
quel eft cet air morne & glacial ? Efpérois-
tu qu'au lieu d'une lettre je t'amenaffe
Lucile en perfonne ? Je doute
que de tous les héros de l'amitié aucun
ait porté le zéle jufques-là. Ah ! mon
cher Dorval , s'écrie Damon , je ne
vois que de la pitié dans cette lettre : j'y
voudrois de l'Amour . Un je vous aime ,
eft ce que j'exige , & ce que je n'ai encore
pu obtenir ; ce qu'il ne m'eft pas
même permis de prononcer. Eh , qu'importe
, reprit Dorval , que Lucile s'éffraye
du mot , pourvu qu'elle fe familiarife
avec la chofe ? Combien de femmes
à qui la chofe eft inconnue & le
mot trop familier !
Tandis que Dorval raffuroit ainfi
Damon Cinthie queftionnoit & impatientoit
fa Niéce . Elle vouloit juger
de l'effet que l'abfence & la maladie
.de Damon produifoient fur fon âme.
Mais Lucile qu'elle avoit inftruite à diffimuler
, ufà de ce fecret contre ellemême.
Elle fe garda bien , furtout
d'avouer qu'elle eût écrit à Damon. Ce
By
34 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas qu'elle n'eût quelque inquiétude
de s'être ainfi fiée à Dorval ; mais
cette refléxion lui étoit venue trop-tard.
Elle réfolut d'attendre l'événement. Damon
, au bout de quelque jours , reparut
chez Cinthie. Il avoit l'air extrêmement
abbatu . Lucile en fut vivement
' touchée . Elle ne douta prèfque plus de la
fincérité de fon amour. Une feule preuve
de cette efpéce fait plus d'impreffion
fur une âme tendre , que des proteftations
fans nombre. Il étoit naturel
que Damon témoignât fa reconnoiffance
à Lucile. Mais lui - même s'y
croyoit peu obligé. Ses réfléxions n'avoient
fait qu'accroître fes doutes. Il
ne regardoit la lettre de Lucile que
comme l'effet d'une fimple politeffe ,
ou des perfécutions de Dorval. De fon
côté Lucile fe reprochoit d'en avoir
trop
fait. Elle attribuoit cette froideur
de Damon au trop d'empreffement &
de fenfibilité qu'elle avoit laiffé voir à
la lettre qu'elle avoit écrite. C'eſt à
ce coup , difoit- elle , que l'inconſtant
ne va plus fe contraindre . Sa vanité
eft fatisfaite ; il va lui chercher de nouvelles
victimes. Ainfi Lucile reprend un
air timide & compofé qui difoit beaucoup
moins que n'avoit dit la lettre ,
JANVIER. 1763 . 35
& infiniment plus encore qu'elle n'eût
fouhaité . Ah Dieu ! difoit à fon tour
en lui -même l'impatient Damon , ne
l'avois-je pas deviné ? Cette lettre eftelle
autre chofe qu'une froide politeffe
? Une démarche qui ne fignifie
rien , ou qui , peut-être fignifie trop !
Lucile n'a fait que céder aux perfécutions
de Dorval. Qui fçait même fi
ce n'eft point un jeu concerté entre- elle
& lui?
A l'inftant même furvient Dorval,
Eh quoi ? Dit-il , au couple confterné ,
vous voilà froids comme deux fimulachres
! N'avez - vous plus rien à vous
dire , ou vous fuis-je encore néceffaire ?
De tout mon coeur ! ... Soyez moins
zélè , reprit Damon , avec une forte
d'impatience. Suis donc toi -même plus
ardent , répliqua vivement Dorval. Je
ne prétends pas qu'on gâte ainſi mon
ouvrage. Queft-ce que cela veut dire ?
Reprit Damon. Que fi vous n'êtes d'accord
l'un & l'autre , ajouta Dorval , je
me croirai par honneur obligé de vous
féparer. Ma méthode n'eft pas de rien
entreprendre en vain . J'ai décidé que
Lucile deviendroit fenfible : elle le fera
, ou pour toi , ou pour moi.
Lucile faurit malgré elle. Damon fré-
B vj
36 MERCURÉ DE FRANCE.
mit de la voir fourire . La déclaration
n'eft pas maladroite , dit-il avec dépit.
Elle n'eft pas nouvelle , reprit Dorval ;
je ne fais que répéter en ta préfence ce
que j'ai déja dit à Lucile en particulier.
On ne m'a jamais vu dérober la victoire.
Je veux bien cependant ne te la difputer
qu'autant que tu continueras d'attaquer
comme quelqu'un qui ne veut
pas vaincre. Ah ! c'en eft trop ! s'écria
Damon... L'arrivée de Cinthie l'empêcha
lui -même d'en dire davantage . Cinthie
venoit d'achever fa toilette , à laquelle
depuis quelques années perfonne n'étoit
plus admis . Dorval , qui ne ſe laffoit
ni de perfiffler , ni de fervir Damon
, crut l'obliger en propofant d'aller
l'après- dînée aux François . Il avoit
accoutumé Cinthie à ne jamais le contredire
; elle fouferivit à ce qu'il vouloit
. Lucile applaudiffoit tacitement ;
mais Dorval fut bien furpris de voir
Damon s'y refufer. Cet amant bifarre
méditoit un projet qui ne l'étoit guè
res moins . Peu affuré que Lucile foit
fenfible , il veut éprouver fi elle fera
jaloufe. C'est ce qui le porte à rejetter
la partie qu'on lui propofe , fous prétexte
qu'il eft engagé avec la Marquife
de N... Cette Marquife étoit une
JANVIER. 1763. 37
jeune veuve débarraffée depuis peu d'un
mari vieux & jaloux . Elle ufoit très-amplement
de la liberté que cette mort
lui avoit laiffée . Elle ne manquoit ni
d'agrémens , ni d'envie de plaire . Auffi
fa cour étoit-elle nombreufe. Cinthie &
fa niéce la connoiffoient. A peine Damon
l'eut-il nommée que la premiere
rougit de dépit , & que la feconde foupira
de douleur . Damon s'applaudit en
voyant Lucile s'allarmer. Il s'affermit de
plus en plus dans fon deffein , & partit
pour fon prétendu rendez-vous . Ce départ
étoit pour Dorval un problême, une
fource de conjectures. Sans doute , concluoit-
il , que Damon rectifie fa maniere
d'aimer , qu'il fe produit , fe partage , en
un mot qu'il fe forme. Il a raifon. Mais la
trifteffe de Lucile laiffoit facilement defelon
elle , Damon avoit tort.
Cinthie n'étoit cependant pas la moins
piquée. Elle concevoit bien comment
la Marquife pouvoit l'emporter fur une
rivale auffi inexpérimentée , auffi novice
que fa niéce ; mais elle ne concevoit
pas comment on ne lui donnoit point à
elle - même la préférence & ſur fa niéce
& fur la Marquife.
viner que ,
L'heure du Spectacle arrive , on s'y
rend , & Cinthie felon fa méthode , fe
3
38 MERCURE DE FRANCE .
place dans une loge des plus apparentes
. Elle avoit relevé ce qui lui reftoit
de charmes par une extrême parure.
Lucile , au contraire , étoit dans
une forte de négligé ; mais ce négligé
même fembloit être un art , tant la nature
avoit fait pour elle. Un fond de
trifteffe , un air languiffant la rendoient
encore plus touchante. Tous les Petits
Maîtres , jeunes & vieux , la lorgnoient ;
toutes les femmes belles , ou laides , la
cenfuroient , quand Damon parut avec
le Marquife. Soit hazard , foit deffein
la loge où ils fe placerent étoit oppofée
en face à celle de Cinthie. Damon
la falua , ainfi que fa Niéce , avec une
aifance étudiée & qui lui coutoit. Cinthie
n'eut guères moins de peine à cacher
fon dépit & Lucile fon trouble.
Mais à force de faillies , Dorval leur
en fournit les moyens. Il parvint même
à les égayer véritablement. L'amour-
propre dont une Belle , fi jeune
& fi novice qu'elle foit , eft rarement
éxempte , vint à l'appui des difcours
de Dorval , & fit prendre à Lucile un
air de fatisfaction qu'au fond elle ne
reffentoit pas . Mais à mefure que fa
gaieté fembloit renaître , on voyoit s'évanouir
celle de Damon. Il ne répon
JANVIER. 1763. 39
"
doit plus que par monofyllabes aux difcours
de la Marquife.Il releva même affez
brufquement quelques mots qui fembloient
tendre à ridiculifer Lucile , &
qui ne tendoient qu'à l'éprouver luimême.
La Marquife avoit affez d'attraits
pour pardonner à celles qui en
poffédoient beaucoup ; elle avoit une
cour affez nombreufe pour ne point
chercher à dépeupler celle d'autrui.
C'étoit d'ailleurs , une de ces femmes
qui ne traitent point l'amour férieufement
, pour qui cette paffion n'eft
guères qu'un caprice , & chez qui un
caprice n'eft jamais une paffion ; en
un mot , c'étoit une Petite - Maîtreffe ,
digne d'entrer en parallèle avec Dorval
& plus propre à lui plaire qu'à
fixer & captiverDamon. Auffi ambitionnoit
- elle moins la conquête de celuici
que de l'autre . Elle le connoiffoit &
en étoit fort connue. Il ne doutoit point
qu'elle ne fût très-propre à débarraffer
Damon de fes premiers liens. Mais elle
ne vifoit qu'à défoler cet Amant jaloux
; à quoi elle réuffit parfaitement.
Dorval , fans le vouloir , la fecondoit
de fon mieux. Il achevoit de déſeſpérer
Damon , "lorfqu'il croyoit ne faire
que confoler Lucile. Le perfide , difoit40
MERCURE DE FRANCE.
il , ceffe de fe contraindre ; il ne garde
plus aucuns ménagemens envers moi ;
il fe déclare hautement mon rival ....
Eh bien ! c'eft en rival qu'il faudra le
traiter.
On repréfentoit Zaïre.Les foupçons &
la jaloufie d'Orofmane donnoient beau
jeu aux plaifanteries de la Marquife , &
encore plus de matière aux réfléxions de
Lucile. La fituation de Zaire lui arrachoit
des larmes ; elle y trouvoit quelque rapport
avec la fienne : elle s'en laiffoit d'autant
plus pénétrer. Une âme ingénue
s'émeut facilement. Ce n'eft point fur
des coeurs blafés que les Zaïres & les
Monimes éxercent leur pathétique empire
. Lucile fut encore plus affectée par
la petite Piéce . On eût dit que ces rencontres
fortuites étoient l'effet d'un arrangement
prémédité. On repréfentoit
Ja charmante Comédie de l'Oracle, La
Fée , difoit Lucile , voudroit
que Lucinde
ignorât ce que c'eft qu'un Homme:
Cinthie me défend de les écouter.
Les raifons de la Fée ne pouvoient
fans doute être mauvaiſes. Et pour ce
qui eft de ma tante , les fiennes me
paroiffent affez bonnes.
Le Spectacle fini , Dorval accompagna
& la tante & la niéce jufques chez
JANVIER. 1763. 4.I
elles. Damon reste avec la Marquife . Il
frémit de la loi qu'il s'eft lui même repofée.
Il fe repréfentoit Dorval mettant
à profit , pour le fupplanter , les momens
qu'il lui laiffoit. Pour combler
fon embarras , il y avoit fouper chez la
Marquife & il fe vit contraint d'y affifter.
Les convives étoient tous d'une hu
meur très-analogue à celle de l'hôteffe.
La converfation fut vive & enjouée ;
mais Damon y mit peu du fien . Il repouffa
même fort mal tous les traits que
la Marquife lui lança , ou lui fit lançer.
Rentré chez lui , il ne put dormir ; &
dès le jour fuivant , après avoir beaucoup
héfité , il reparoît chez Cinthie. Il
eft fort furpris d'en être bien reçu , &
fort affligé d'éprouver le même accueil
de la part de Lucile ; rien n'annonçoit
en elle aucun reffentiment , aucune atteinte
de jaloufie. Ce n'eft pas qu'elle en
fût éxempte. Mais les ordres de Cinthie ,
& furtout fa préfence , l'obligeoient à
diffimuler. Peut-être auffi un peu d'orgueil
, bien fondé , fe joignoit-il à toutes
ces raifons. Mais dans tout cela Damon
n'appercevoit que l'ouvrage de Dorval ;
il n'imputoit qu'à lui l'indifférence dont
Lucile faifoit parade ; il le croyoit fon
rival , & fon rival préféré. Les réfolu
tions les plus violentes s'offroient à fon
42 MERCURE DE FRANCE .
efprit : l'amitié les combattoit . Obfédé
par Cinthie , il ne pouvoit s'expliquer
avec Lucile. Peut-être même en eût-il
fui l'occafion fi elle fe füt offerte ; peutêtre
la vanité eût- elle impofé filence à
fa jaloufie .
Inquiet , troublé , mais attentif à
me point le paroître , il fort & laiffe
Lucile perfuadé plus que jamais de fon
inconftance . L'envie de fe diffiper l'entraîne
chez la Marquife. Il y trouve
fon prétendu rival & le Chevalier de
B.... leur ami commun . Sçais- tu bien ,
difoit ce dernier à Dorval , que la Niéce
eft jolie ? A quoi fonge la Tante, de la
placer en perfpective à côté d'elle ? It
y a là bien de la mal-adreffe & de la préfomption
! ... A propos , pourſuivoit- il,
en s'adreffant à Damon , tu femblois
deftiné à former ce jeune Sujet ? mais
cet honneur me paroît réfervé à Dor
val on voit que la petite perfonne
eft très difpofée à mettre à profit ſes
documens. Dorval ne contredit en rien
ce difcours ; c'eût été déroger au ton
que lui- même avoit adopté. Mais fon
filence acheva de rendre Damon furieux.
Dès-lors , il fe réfout à en venir
aux dernieres extrémités , à fe battre contre
lui.
Le reste au Mercure prochain.
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Résumé : LES QUIPROQUO, OU Tous furent contens. NOUVELLE.
Le texte narre l'histoire d'amour complexe entre Damon et Lucile, marquée par des différences de caractère et des obstacles extérieurs. Damon, vif et impétueux, est épris de Lucile, douce et timide, qui ne lui avoue pas ses sentiments. Frustré par cette retenue, Damon envisage de l'oublier et de chercher une autre intrigue, influencé par Dorval, un jeune homme expérimenté et manipulateur. Lucile, sous la tutelle de sa tante autoritaire Cinthie, est mise en garde contre les tromperies des hommes. Cinthie, secrètement attirée par Damon, empêche les deux amants de se voir en privé. Dorval, observant leur situation, organise un tête-à-tête entre Damon et Lucile. Lors de cette rencontre, Damon cherche à obtenir des aveux clairs de Lucile, mais leur conversation reste confuse et incomplète. Damon, frustré, tombe malade et se retire chez lui. Dorval convainc Lucile d'écrire une lettre à Damon pour le rassurer. Lucile, après hésitation, accepte et écrit sous la dictée de Dorval, exprimant son inquiétude et son affection pour Damon. Cinthie interroge Lucile sur ses sentiments pour Damon, mais Lucile reste évasive. Damon, doutant de la sincérité de Lucile, envisage de la rendre jalouse en fréquentant la Marquise de N..., une jeune veuve. Lors d'une sortie au théâtre, Damon et la Marquise assistent à une représentation en face de Cinthie et Lucile, provoquant la jalousie de cette dernière. Dorval tente de réconforter Lucile tout en désespérant Damon. La Marquise cherche à séduire Dorval plutôt que Damon. Damon est partagé entre des résolutions violentes et l'amitié, et il est empêché de s'expliquer avec Lucile par la présence de Cinthie. Il décide de se rendre chez la Marquise, où il rencontre Dorval et le Chevalier de B..., un ami commun. Le Chevalier mentionne la beauté de la nièce de la Marquise et suggère que Dorval est destiné à l'éduquer. Dorval reste silencieux, ce qui exaspère Damon et le pousse à envisager un duel avec Dorval. La suite des événements est annoncée pour le prochain numéro du Mercure.
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7
p. 43
VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
Début :
FIILLE de Melpomène, aimable enchanteresse ; [...]
Mots clefs :
Psyché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
VERS à Mlle ARNOULD , fur le rôle
de Pfyché qu'elle a chanté devant le
Ror à Fontainebleau .
FIILLLLEEde Melpomène , aimable enchantereffe ;
Toi , fur qui l'oeil des Dieux ſe plaît à s'arrêter ,
Qui leur as de Pfyché fibien peint la Tendreſſe ,
Qu'en te prenant pour elle , ils ont crut la flatter !
Apprends de moi par quel charme invisible ,
Tu fçais tromper ainfi les yeux du Spectateur :
Pfyché fut comme toi jeune , belle & fenfible ;
Elle avoit & ta voix & tes yeux & ton coeur ;
L'efprit qui l'anima fut un rayon de flâme.
Le même fea brille auffi dans ton âme.
Quand Jupiter la fit paroître dans la cour ,
Tout le Ciel l'accueillit , & même la rivale ,
Venus , en abjurant une haine fatale ,
Pour fon époux lui préfenta l'Amour.
Quand tu parus , les Dieux t'applaudirent comme.
elle.
Comme elle tes talens te ren front immortelle.
Lorſqu'on le rellemble fi bien ,
Peut-on diftinguer le modèle ?
Les Amans feuls nuifent au parallèle :
En le voyant , Pfyché perdit le fien ;
En te voyant ,
tout le monde eſt le tien.
de Pfyché qu'elle a chanté devant le
Ror à Fontainebleau .
FIILLLLEEde Melpomène , aimable enchantereffe ;
Toi , fur qui l'oeil des Dieux ſe plaît à s'arrêter ,
Qui leur as de Pfyché fibien peint la Tendreſſe ,
Qu'en te prenant pour elle , ils ont crut la flatter !
Apprends de moi par quel charme invisible ,
Tu fçais tromper ainfi les yeux du Spectateur :
Pfyché fut comme toi jeune , belle & fenfible ;
Elle avoit & ta voix & tes yeux & ton coeur ;
L'efprit qui l'anima fut un rayon de flâme.
Le même fea brille auffi dans ton âme.
Quand Jupiter la fit paroître dans la cour ,
Tout le Ciel l'accueillit , & même la rivale ,
Venus , en abjurant une haine fatale ,
Pour fon époux lui préfenta l'Amour.
Quand tu parus , les Dieux t'applaudirent comme.
elle.
Comme elle tes talens te ren front immortelle.
Lorſqu'on le rellemble fi bien ,
Peut-on diftinguer le modèle ?
Les Amans feuls nuifent au parallèle :
En le voyant , Pfyché perdit le fien ;
En te voyant ,
tout le monde eſt le tien.
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Résumé : VERS à Mlle ARNOULD, fur le rôle de Psyché qu'elle a chanté devant le Roi à Fontainebleau.
Le poème est adressé à Mlle Arnould pour son interprétation du rôle de Psyché à Fontainebleau. L'auteur compare Mlle Arnould à Psyché, mettant en avant sa beauté, sa sensibilité et ses talents. Psyché est décrite comme une jeune femme aimable et tendre, dont la présence enchante les dieux. Vénus, malgré sa rivalité, reconnaît la beauté de Psyché et lui offre l'Amour. De même, les dieux applaudissent Mlle Arnould pour sa performance, la rendant immortelle par ses talents. Le poème conclut en affirmant que l'interprétation de Mlle Arnould est si parfaite qu'elle surpasse même le modèle original, captivant ainsi le cœur de tous les spectateurs.
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8
p. 44-45
PSYCHÉ VENDANGEUSE, FABLE. À la même, sur une partie de vendange qu'elle a faite avec une de ses amies.
Début :
L'AMOUR étoit parti, Psyché se lamentoit. [...]
Mots clefs :
Amour, Psyché, Bacchus, Vendange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PSYCHÉ VENDANGEUSE, FABLE. À la même, sur une partie de vendange qu'elle a faite avec une de ses amies.
PSYCHÉ VENDANGEUSE ,
FABLE.
A la même , fur une partie de vendange
qu'elle a faite avec une de fes amies.
L'AMOUR étoit parti , Pfyché le lamentoit.
Car fans l'Amour , que devient une Belle ?
Aufli Pfyché s'ennuyoit - elle ;
11 eft vrai que fa foeur auprès d'elle reftoit :
Mais qui peut remplacer ces tranſports , cette
ivreſſe ,
Ces querelles , ces riens & ces brulans ſoupirs ,
Qui de deux coeurs livrés à leur tendreſſe ,
Font ou préparent les plaifirs ?
Pfyché dit à la foeur : pour punir l'Infidéle
Qui femble négliger mes feux ,
Je veux former une chaîne nouvelle ;
Au Dieu du vin je vais porter mes voeux ;
Suis-moi,... Tu vois les champs où la Seine ferpente
:
C'est là que de Bacchus on célébre les jeux ;
Courons y dépouiller cette vigne abondante
Dont le jusfçait calmer les chagrins amoureux ;
L'Amour eft trifte , & Bacchus eft joyeux .
Elle dit ; & nos Soeurs fur l'Afne de Silène
JANVIER. 1763 .
45
Au grand galop bondiffent dans la plaine ;
L'Afne les mène au pied d'un des côteaux
D'où le nectar renommé de Surène
Foulé , preffé , coule dans des tonneaux.
Voilà les deux jeunes Amantes
Cheveux épars & le tyrfe à la main ,
Qui le mêlant aux troupes des Bacchantes,
Vendangent le raifin , boivent fon jus divin :
Mais ce n'eft point affez d'en boire ,
L'une & l'autre à l'envi fe barbouillent de vin .
Adieu les lis , les rofes de leur teint !
Pour le coup fur l'Amour Bacchus a la victoire ,
Et Pfyché pour lui plaire a mafqué fes attraits .
On fçait qu'Amour fait fouvent fentinelle ;
Il voloit près de là , planoit près de fa belle
Dont il méconnoiffoit les traits ;
Et fans ces beaux yeux noirs dont à travers la lie
Le regard féducteur perçoit comme un éclair ,
L'Amour fût demeuré dans l'air
Sans remarquer la Nymphe & fa folie.
Mais Pfyché l'apperçoit , elle ſent ſon erreur .
Bacchus peut- il remplir un jeune coeur ?
Elle court , elle atteint fon Amant infidele ;
Il rit ; & lui promet de refter auprès d'elle.
FABLE.
A la même , fur une partie de vendange
qu'elle a faite avec une de fes amies.
L'AMOUR étoit parti , Pfyché le lamentoit.
Car fans l'Amour , que devient une Belle ?
Aufli Pfyché s'ennuyoit - elle ;
11 eft vrai que fa foeur auprès d'elle reftoit :
Mais qui peut remplacer ces tranſports , cette
ivreſſe ,
Ces querelles , ces riens & ces brulans ſoupirs ,
Qui de deux coeurs livrés à leur tendreſſe ,
Font ou préparent les plaifirs ?
Pfyché dit à la foeur : pour punir l'Infidéle
Qui femble négliger mes feux ,
Je veux former une chaîne nouvelle ;
Au Dieu du vin je vais porter mes voeux ;
Suis-moi,... Tu vois les champs où la Seine ferpente
:
C'est là que de Bacchus on célébre les jeux ;
Courons y dépouiller cette vigne abondante
Dont le jusfçait calmer les chagrins amoureux ;
L'Amour eft trifte , & Bacchus eft joyeux .
Elle dit ; & nos Soeurs fur l'Afne de Silène
JANVIER. 1763 .
45
Au grand galop bondiffent dans la plaine ;
L'Afne les mène au pied d'un des côteaux
D'où le nectar renommé de Surène
Foulé , preffé , coule dans des tonneaux.
Voilà les deux jeunes Amantes
Cheveux épars & le tyrfe à la main ,
Qui le mêlant aux troupes des Bacchantes,
Vendangent le raifin , boivent fon jus divin :
Mais ce n'eft point affez d'en boire ,
L'une & l'autre à l'envi fe barbouillent de vin .
Adieu les lis , les rofes de leur teint !
Pour le coup fur l'Amour Bacchus a la victoire ,
Et Pfyché pour lui plaire a mafqué fes attraits .
On fçait qu'Amour fait fouvent fentinelle ;
Il voloit près de là , planoit près de fa belle
Dont il méconnoiffoit les traits ;
Et fans ces beaux yeux noirs dont à travers la lie
Le regard féducteur perçoit comme un éclair ,
L'Amour fût demeuré dans l'air
Sans remarquer la Nymphe & fa folie.
Mais Pfyché l'apperçoit , elle ſent ſon erreur .
Bacchus peut- il remplir un jeune coeur ?
Elle court , elle atteint fon Amant infidele ;
Il rit ; & lui promet de refter auprès d'elle.
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Résumé : PSYCHÉ VENDANGEUSE, FABLE. À la même, sur une partie de vendange qu'elle a faite avec une de ses amies.
La fable 'Psyché vendangeuse' raconte l'histoire de Psyché, qui, en l'absence de l'Amour, se sent seule et décide de se tourner vers Bacchus pour oublier ses chagrins. Elle invite sa sœur à l'accompagner dans les vignobles où la Seine serpente, afin de célébrer les jeux de Bacchus et de cueillir du raisin. Les deux jeunes femmes, déguisées en Bacchantes, vendangent et boivent du vin, se barbouillant même de jus de raisin. Cependant, cette expérience ne suffit pas à remplacer l'Amour. L'Amour, caché non loin, observe Psyché sans la reconnaître à cause du vin. Psyché, se rendant compte de son erreur, court vers l'Amour qui promet de rester avec elle.
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9
p. 46-47
LES VŒUX D'UN CITOYEN.
Début :
VIENS dans ces lieux, aimable Paix, [...]
Mots clefs :
Paix, Tranquilité, Monarque, Louis, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES VŒUX D'UN CITOYEN.
LES VEUX D'UN CITOYEN.
VIENS
IENS dans ces lieux , aimable Paix ,
Fixer ton féjour ordinaire ;
Que l'horrible Dieu de la guerre
Porte ailleurs fes nobles forfaits.
Que le plaifir & l'abondance ,
Les jeux & la tranquillité
Bientôt des Peuples de la France
· Affurent la félicité.
Que de fes campagnes fertiles ,
Le Laboureur au ſein des Villes ,
Puiffe apporter en ſureté ,
Le fruit de fes travaux utiles.
Que les Sciences pour fleurir ,
Dans un Miniftre qu'on révère
Trouvent un Mécène profpère.
Toujours prêt à les annoblir.
Que Condé ce jeune Héros ,
Dont la valeur devança l'âge ,
Vienne jouir dans le repos ,
Des Lauriers dûs à ſon courage.
Et toi Monarque bienfaisant ,
JANVIER. 1763. 47
Prince que l'Univers admire ,
Eft-il Sujet dans ton Empire ,
De qui le coeur reconnoiſſant
Ne foit un temple où l'on adore ,
Et la vertu qui te décore ,
Et la bonté qui fait ta loi ? ....
Seigneur ! ce n'eft point pour mon Ro
Que ma timide voix t'implore
Au deſſus de ce nom pompeux ,
Image des Dieux fur la Tèrre ,
Louisveut le montrer comme eux
Moins notre Roi que notre Père ! ....
Accorde-lui des jours nombreux ,
Ates genoux ma nation entière ,
T'adreffe la même prière !
Fourrois-tu rejetter nos voeux ?
GEOFFROY.
VIENS
IENS dans ces lieux , aimable Paix ,
Fixer ton féjour ordinaire ;
Que l'horrible Dieu de la guerre
Porte ailleurs fes nobles forfaits.
Que le plaifir & l'abondance ,
Les jeux & la tranquillité
Bientôt des Peuples de la France
· Affurent la félicité.
Que de fes campagnes fertiles ,
Le Laboureur au ſein des Villes ,
Puiffe apporter en ſureté ,
Le fruit de fes travaux utiles.
Que les Sciences pour fleurir ,
Dans un Miniftre qu'on révère
Trouvent un Mécène profpère.
Toujours prêt à les annoblir.
Que Condé ce jeune Héros ,
Dont la valeur devança l'âge ,
Vienne jouir dans le repos ,
Des Lauriers dûs à ſon courage.
Et toi Monarque bienfaisant ,
JANVIER. 1763. 47
Prince que l'Univers admire ,
Eft-il Sujet dans ton Empire ,
De qui le coeur reconnoiſſant
Ne foit un temple où l'on adore ,
Et la vertu qui te décore ,
Et la bonté qui fait ta loi ? ....
Seigneur ! ce n'eft point pour mon Ro
Que ma timide voix t'implore
Au deſſus de ce nom pompeux ,
Image des Dieux fur la Tèrre ,
Louisveut le montrer comme eux
Moins notre Roi que notre Père ! ....
Accorde-lui des jours nombreux ,
Ates genoux ma nation entière ,
T'adreffe la même prière !
Fourrois-tu rejetter nos voeux ?
GEOFFROY.
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Résumé : LES VŒUX D'UN CITOYEN.
Le texte 'Les Vœux d'un Citoyen' est une supplique adressée à la Paix pour qu'elle s'installe en France et éloigne la guerre. L'auteur souhaite que la France connaisse le plaisir, l'abondance, les jeux et la tranquillité, permettant ainsi aux citoyens de jouir des fruits de leur travail en toute sécurité. Il espère également que les sciences puissent prospérer grâce à un ministre bienveillant. Le texte mentionne le désir de voir le jeune héros Condé jouir du repos après ses exploits. L'auteur s'adresse ensuite au monarque, le louant pour sa vertu et sa bonté, et le suppliant de vivre longtemps. Il conclut en exprimant l'espoir que le roi, vu comme un père, accorde ses faveurs et n'ignore pas les prières de la nation. Le texte est daté de janvier 1763 et signé Geoffroy.
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10
p. 47-51
LE TEMPS, Ode.
Début :
QUEL est l'objet qui me frappe ? [...]
Mots clefs :
Désir, Saturne, Mort, Jupiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TEMPS, Ode.
LE TEMPS ,
ODE.
QUEL eft l'objet qui me frappe ?
Approchons : Ciel je le perds ;
Il fuit , il vole , il s'échappe
Dans l'immensité des airs.
En vain je m'ouvre un paffage ,
Il fe voile d'un nuage
Qui le dérobe à mes yeux.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Téméraires que nous ſommes ,
Les Dieux puniffent les hommes
D'un defir trop curieux .
N'importe , perçons la nue.
Je vois Saturne en courroux :
Sa barbe longue & chenue
Defcend jufqu'à les genoux.
Sa Clepfidre redoutable
D'une mort inévitable
M'annonce la dure loi ;
Miniftre des deſtinées ,
Il meſure les années
F
Que Cloto file pour moi.
A fon afpect je friſſonne ;
Mon fort eft entre les mains ;
Il ne fait grace à perfonne
Ce deftructeur des humains.
De mes fens l'horreur s'empare :
En vain à ce Dieu barbare
Je voudrois avoir recours :
Armé d'une faulx tranchante ,
Au moment que je le chante ,
Il moiffonne mes beaux jours .
Contre ce Tyran du Monde
Nous nous révoltons en vain
La Tèrre en fecours féconde
A beau nous offrir fon fein.
Ce
JANVIER . 1763 . 49
*
Ce fer , ce marbre , ce cuivre ,
Pour toujours font- ils revivre
Les noms les plus éclatans !
Malgré nos pompeux hommages,
Les héros & leurs images
Sont tributaires du Temps.
Quel monument affez ferme
Des Ans brave les éfforts ?
Le Tybre a vu le Dieu * Terme
Difparoître de fes bords.
D'un grand revers , grand exemple !
Ce Dieu fi fier , dont le Temple
Ne peut être déplacé ,
Et dont le pouvoir fuprême
Réſiſte à Jupiter même ,
Par le Temps eft terraſſé.
1
Vante moins tes Pyramides ,
Memphis , oùfuyant des Cieux ;
Porterent leurs pas timides
Jupiter & tous les Dieux.
Elles montoient juſqu'aux nues :
Que font- elles devenues ?
L'oeil qui les cherche eſt ſurpris.
Tarquin ayant voulu élever un Temple à Jupiter
, fur la ruine de quelques autres , celui du
Dieu Terme fubfifta toujours dans fa même place ,
conformément à la voix des Oracles.
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
Un Dieu cruel les dévore ;
A peine en voit-on encore
De pitoyables débris.
Les temps vole , & fous fon aîle
Naiffent d'illuftres revers ;
Il détruit , il renouvelle
La face de l'Univers.
Changement , chûre funefte ,
Voilà tout ce qui nous reſte
Des Empires & des Rois !
Leur grandeur eft diſparue ;
Je ne vois qu'une charrue
Où Troye étoit autrefois.
Temps , n'eft-il point de barrière
Contre ta fatalité ?
Dans une noble carrière
Cherchons l'immortalité..
Oui , l'homme a le droit ſuprême
De furvivre à l'homme même :
Je me livre à cet espoir.
Je vivrai , je l'ofe croire ;
Et le Temple de Mémoire
S'ouvre pour me recevoir.
* Des champs confacrés à Flore ,
M'offrent de célébres jeux.
Lauriers , que j'y vois éclore ,
*Les Jeux Floraux.
JANVIER. 1763 . SI
Combien vous flattez mes voeux !
L'immortelle recompenfe
Qu'un jufte choix y diſpenſe ,
Eft un bien où je prétends.
Dieux ! Quelle gloire environne
Les écrits qu'on y courronne !
Seuls , ils triomphent du Temps.
Dignum laude virum Muſa vetat mori.
Horat. Lib. 4. Od. 8.
Par M. D ... ɗH ...
ODE.
QUEL eft l'objet qui me frappe ?
Approchons : Ciel je le perds ;
Il fuit , il vole , il s'échappe
Dans l'immensité des airs.
En vain je m'ouvre un paffage ,
Il fe voile d'un nuage
Qui le dérobe à mes yeux.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Téméraires que nous ſommes ,
Les Dieux puniffent les hommes
D'un defir trop curieux .
N'importe , perçons la nue.
Je vois Saturne en courroux :
Sa barbe longue & chenue
Defcend jufqu'à les genoux.
Sa Clepfidre redoutable
D'une mort inévitable
M'annonce la dure loi ;
Miniftre des deſtinées ,
Il meſure les années
F
Que Cloto file pour moi.
A fon afpect je friſſonne ;
Mon fort eft entre les mains ;
Il ne fait grace à perfonne
Ce deftructeur des humains.
De mes fens l'horreur s'empare :
En vain à ce Dieu barbare
Je voudrois avoir recours :
Armé d'une faulx tranchante ,
Au moment que je le chante ,
Il moiffonne mes beaux jours .
Contre ce Tyran du Monde
Nous nous révoltons en vain
La Tèrre en fecours féconde
A beau nous offrir fon fein.
Ce
JANVIER . 1763 . 49
*
Ce fer , ce marbre , ce cuivre ,
Pour toujours font- ils revivre
Les noms les plus éclatans !
Malgré nos pompeux hommages,
Les héros & leurs images
Sont tributaires du Temps.
Quel monument affez ferme
Des Ans brave les éfforts ?
Le Tybre a vu le Dieu * Terme
Difparoître de fes bords.
D'un grand revers , grand exemple !
Ce Dieu fi fier , dont le Temple
Ne peut être déplacé ,
Et dont le pouvoir fuprême
Réſiſte à Jupiter même ,
Par le Temps eft terraſſé.
1
Vante moins tes Pyramides ,
Memphis , oùfuyant des Cieux ;
Porterent leurs pas timides
Jupiter & tous les Dieux.
Elles montoient juſqu'aux nues :
Que font- elles devenues ?
L'oeil qui les cherche eſt ſurpris.
Tarquin ayant voulu élever un Temple à Jupiter
, fur la ruine de quelques autres , celui du
Dieu Terme fubfifta toujours dans fa même place ,
conformément à la voix des Oracles.
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
Un Dieu cruel les dévore ;
A peine en voit-on encore
De pitoyables débris.
Les temps vole , & fous fon aîle
Naiffent d'illuftres revers ;
Il détruit , il renouvelle
La face de l'Univers.
Changement , chûre funefte ,
Voilà tout ce qui nous reſte
Des Empires & des Rois !
Leur grandeur eft diſparue ;
Je ne vois qu'une charrue
Où Troye étoit autrefois.
Temps , n'eft-il point de barrière
Contre ta fatalité ?
Dans une noble carrière
Cherchons l'immortalité..
Oui , l'homme a le droit ſuprême
De furvivre à l'homme même :
Je me livre à cet espoir.
Je vivrai , je l'ofe croire ;
Et le Temple de Mémoire
S'ouvre pour me recevoir.
* Des champs confacrés à Flore ,
M'offrent de célébres jeux.
Lauriers , que j'y vois éclore ,
*Les Jeux Floraux.
JANVIER. 1763 . SI
Combien vous flattez mes voeux !
L'immortelle recompenfe
Qu'un jufte choix y diſpenſe ,
Eft un bien où je prétends.
Dieux ! Quelle gloire environne
Les écrits qu'on y courronne !
Seuls , ils triomphent du Temps.
Dignum laude virum Muſa vetat mori.
Horat. Lib. 4. Od. 8.
Par M. D ... ɗH ...
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Résumé : LE TEMPS, Ode.
Le texte est une ode au Temps, explorant sa nature fugace et destructrice. Le poète observe que le Temps échappe à sa compréhension, se voilant d'un nuage. Il décrit Saturne, ministre des destinées, mesurant les années de la vie humaine avec une clepsydre, symbolisant l'inévitabilité de la mort. Le poète exprime sa terreur face à ce destin implacable, soulignant que même les héros et leurs monuments ne peuvent résister à la marche du Temps. Les pyramides d'Égypte, autrefois majestueuses, ne sont plus que des ruines. Le Temps détruit et renouvelle constamment l'univers, laissant seulement des vestiges des empires passés. Le poète cherche néanmoins une forme d'immortalité à travers ses œuvres, espérant que ses écrits triompheront du Temps et seront couronnés dans des concours littéraires comme les Jeux Floraux. Il cite Horace pour affirmer que la Muse empêche les hommes dignes de mourir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 51
VERS à S. A. S. Mgr le Prince de CONDÉ.
Début :
CONDÉ, reviens couvert de gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Victoire, Guerre, Vengeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à S. A. S. Mgr le Prince de CONDÉ.
VERS à S. A. S. Mgr le Prince de
CONDE.
CONDE , reviens couvert de gloire ,
>
Goûter , à l'ombre des lauriers
Que t'a moiffonnés la Victoire ,
Le fruits de tes travaux guerriers ;
Et dépofant au pied du Trône
Le foudre vengeur de Bellonne ,
Reviens jouir d'un doux repos .
Ainfi Mars quittoit fon Tonnèrre ,
Et loin des horreurs de la guèrre ,
S'alloit délaffer à Paphos.
CONDE.
CONDE , reviens couvert de gloire ,
>
Goûter , à l'ombre des lauriers
Que t'a moiffonnés la Victoire ,
Le fruits de tes travaux guerriers ;
Et dépofant au pied du Trône
Le foudre vengeur de Bellonne ,
Reviens jouir d'un doux repos .
Ainfi Mars quittoit fon Tonnèrre ,
Et loin des horreurs de la guèrre ,
S'alloit délaffer à Paphos.
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12
p. 52-61
CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Début :
QUOIQU'IL y ait déja quelques années que vous soyez ma femme, & [...]
Mots clefs :
Apprendre, Leçon, Religion, Jeunesse, Richesse, Mari, Modération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
CONSEILS d'un Homme de 80 ans *
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
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Résumé : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Un homme de 80 ans adresse un conseil à une jeune fille de neuf ans qu'il appelle sa femme. Il lui rappelle que leur situation actuelle ne durera pas plus de cinq ou six ans et qu'elle aura un autre mari. Il l'avertit que les futurs prétendants s'intéresseront principalement à sa fortune plutôt qu'à sa personne. Après le mariage, les biens de la jeune fille seront sous la gestion de son mari, qui pourra en disposer à sa guise. Pour éviter les désagréments, il lui conseille de développer une forte foi religieuse et de se comporter avec douceur et patience. Il lui recommande également de se confier à sa grand-mère et de suivre ses conseils. La jeune fille doit éviter les critiques et les mauvaises compagnies, et adopter une conduite modeste et respectueuse. Elle doit apprendre à se coiffer et à s'habiller avec élégance mais sans ostentation, et traiter ses domestiques avec bienveillance. À table, elle doit servir tout le monde avec propreté et modération. Elle doit éviter les minauderies et les afféteries en public et ne jamais dire ce qu'elle ne pense pas véritablement. Elle doit orner son esprit de bonnes lectures et éviter de montrer son savoir de manière imprudente. Avec son mari, elle doit faire preuve de patience et de douceur, et ne jamais lui montrer qu'elle a plus d'esprit que lui. Elle doit éviter les disputes et les critiques sur le gouvernement des pays qu'elle habite. Enfin, elle doit se comporter avec modération et discrétion pour éviter d'être perçue comme insupportable ou impertinente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 61
A Mlle DU MESNIL sur la Pension dont S. M. l'a gratifiée.
Début :
HEUREUSEMENT vous voilà satisfaite ! [...]
Mots clefs :
LOUIS LE BIEN- AIMÉ, Paiement
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle DU MESNIL sur la Pension dont S. M. l'a gratifiée.
HEUREUSEME UREUSEMENT vous voilà fatisfaite !
LOUIS LE BIEN- AIMÉ , qui chérit le Talent ,
Au vôtre vient de payer une dette
Dont chaque année , en fe renouvellant ,
Vous va renouveller aufli le payement.
D'une âme auffi franche que nette
Je vous en fais ici mon compliment ;
En vous faisant remarquer fimplement ,
Que ce bien , que chacun dès long- tems vous
fouhaite ,
Vous eft annoncé juſtement
Le jour qu'on joue Heureufement !
Ce 29 Novembre 1762 .
Par M. D. G .....
* Petite Piéce repréfentée au Théâtre François.
LOUIS LE BIEN- AIMÉ , qui chérit le Talent ,
Au vôtre vient de payer une dette
Dont chaque année , en fe renouvellant ,
Vous va renouveller aufli le payement.
D'une âme auffi franche que nette
Je vous en fais ici mon compliment ;
En vous faisant remarquer fimplement ,
Que ce bien , que chacun dès long- tems vous
fouhaite ,
Vous eft annoncé juſtement
Le jour qu'on joue Heureufement !
Ce 29 Novembre 1762 .
Par M. D. G .....
* Petite Piéce repréfentée au Théâtre François.
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Résumé : A Mlle DU MESNIL sur la Pension dont S. M. l'a gratifiée.
L'auteur félicite une personne récompensée pour son talent. Louis, dit 'le Bien-Aimé', a honoré cette personne en payant une dette annuelle renouvelée chaque année. Ce bienfait, souhaité depuis longtemps, a été annoncé le 29 novembre 1762 lors de la pièce 'Heureusement' au Théâtre Français. L'auteur, M. D. G., adresse ses compliments de manière franche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 62-66
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. LOUIS BERANGER, Officier sur la Frégate la Modeste, à M. BERANGER, son oncle, à Paris. A Lestague, le 22 Octobre 1762.
Début :
MON CHER ONCLE, Je vous apprends avec une satisfaction entière, l'agréable nouvelle de notre arrivée [...]
Mots clefs :
Capitaine, Frégate, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. LOUIS BERANGER, Officier sur la Frégate la Modeste, à M. BERANGER, son oncle, à Paris. A Lestague, le 22 Octobre 1762.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M. LOUIS BERANGER , Officier
fur la Frégate la Modefte , à M.
BERANGER , fon oncle , à Paris.
A Leftague , le 22 Octobre 1762.
MONON CHER ONCLE .
Je vous apprends avec une fatisfaction
entière , l'agréable nouvelle de notre arrivée
à Leftague. La Ville de Marſeille
retentit de l'allégreffe publique , & j'ai
voulu qu'elle allât jufqu'à vous : je n'en
fuis pas furpris , notre charge eft au-deffus
de trois millions & demi , & prèſque
tous les Habitans de cette Ville
y ont directement ou indirectement
quelque intérêt .
Je puis dire à la louange de notre Capitaine
, qu'il fait revivre en lui les
Jean Bart & les Caffart ; fa fermeté, fon
fang-froid & fa prudence dans les combats
, font dignes d'admiration .
Le combat langlant que nous avons
livré à une Frégate Angloife de 36
canons , le 18 Septembre dernier , en
** M . Louis Simon.
JANVIER. 1763. 63.
embouquant le détroit de Gibraltar,
juftifie ce que j'avance de ce Capitaine.
Après neuf heures de combat , voyant
que nous avions plufieurs coups de
canons à fleur-d'eau , qui nous incommodoient
beaucoup : Ilfaut, dit-il, mes
enfans , aborder notre ennemi ; je fuis
étonné de combattre fi long - temps fans
en triompher. Dans l'inftant , nous portâmes
l'abordée fur la Frégate Angloife ,
qui l'évita ; ce que nous réiterâmes
trois fois avec beaucoup d'adreffe dans
la manoeuvre ; & quoiqu'elle eût le
vent pour elle , elle ne l'évita la dernière
fois que par miracle . Alors l'ennemi
fe décida à prendre fa bordée au large ,
& nous tourna fon talon. Nous fimes
voile pour entrer à Tariffe , où nous
mouillâmes ; mais nous en fortîmes bientôt
pour aalllleerr àà CCeeuuttaa ,, ne trouvant
point dans ce Port ni la fûreté ni les
fécours néceffaires pour nous radouber.
Arrivés à Ceuta , nous y trouvâmes
ce que nous cherchions. Vingt - cinq
jours après , nous appareillâmes pour
en fortir à la faveur de la nuit , avec
un vent für O- frais , ayant toutes nos
voiles au vent , même nos coutelas ;
& nous pafsâmes prefque bord à bord
de plufieurs vaiffeaux de guerre Anglais
64 MERCURE DE FRANCE .
qui nous bloquoient : nous rangeâmes
les côtes de Barbarie , & nous nous trouvâmes
au lever de l'aurore fur Malaga, où
nous apprîmes que la côte étoit nette . Le
règne du même vent pendant trois jours
nous fit arriver à la hauteur de Mahon
où nous primes un Sénau Anglois chargé
de moutons & de poules venant d'Alger
, qui nous a obligés en arrivant ici
à faire dix- huit jours de quarantaine.
Vous avez fans doute appris l'hiftoire
de notre traverfée , des prifes prodigieufes
que nous avons faites , & qui
donnent à M. le Marquis de Roux ,
notre Armateur , au moins deux millions
de bénéfice : il s'agiffoit pour lui
de cent mille livres.de rente confiés à la
Providence. La grande confiance qu'il
avoit en nous, n'a pas été compromiſe :
il avoit donné l'ordre furprenant à notre
Capitaine de bruler tous les vaiffeaux
Anglois qui faifoient la traite des Négres
en Guinée ; ce qui a été exécuté à
la rigueur. Nous avons brulé douze
prifes : nous en avons amariné trois, trois
autres chargés de troupes , remiſes à M.
de Blenac ; & nous en avons expédié
deux à Londres contenant les équipages
des douze vaiffeaux. Dans ce nombre
elt comprife une Frégate de vingt-huit
JANVIER . 1763 . 65
piéces de canon qui faifoit l'admiration
des Conftructeurs Anglois , & qui étoit
la meilleure voiliere qu'on ait jamais vûe.
Nous y avons pris douze barriques des
plus précieufes marchandifes. Le Capitaine
Anglois a demandé à genoux la
rançon de cette Frégate , & a offert
cinq mille livres fterling de la coque
feule. Le Capitaine Simon lui a répondu
:
Il en coûte beaucoup à mon coeur de
refufer des graces qu'on me demande à
genoux ; mais dans cette circonftance
je fuis forcé d'immoler à ma Nation &
les cinq mille livres fterling que vous
m'offrez, & les regrets de ne pouvoir
vous obliger. Votre Frégate exiftante
pourroit s'emparer à l'avenir de quelques
vaiffeaux François : voilà précisément le
motif de mon facrifice ; & en prononçant
, elle n'en prendra certainement
point , il y a mis le feu de fa propre
main.
C'eſt à cette occafion que M. le Marquis
de Roux , écrivant au Capitaine
Simon, au moment de notre arrivée ici ,
pour lui témoigner fa joie , lui mande :
l'action mémorable que tu as faite , mon
ami , d'avoir brûlé la Frégate Angloife
de 28 canons, au mépris de cinq mille liv.
66 MERCURE DE FRANCE.
fterlings de rançon , eft fi relative à ma
façon de penfer , que les termes que je
voudrois employer pour t'en remercier,
ne me font pas connus .
M. LOUIS BERANGER , Officier
fur la Frégate la Modefte , à M.
BERANGER , fon oncle , à Paris.
A Leftague , le 22 Octobre 1762.
MONON CHER ONCLE .
Je vous apprends avec une fatisfaction
entière , l'agréable nouvelle de notre arrivée
à Leftague. La Ville de Marſeille
retentit de l'allégreffe publique , & j'ai
voulu qu'elle allât jufqu'à vous : je n'en
fuis pas furpris , notre charge eft au-deffus
de trois millions & demi , & prèſque
tous les Habitans de cette Ville
y ont directement ou indirectement
quelque intérêt .
Je puis dire à la louange de notre Capitaine
, qu'il fait revivre en lui les
Jean Bart & les Caffart ; fa fermeté, fon
fang-froid & fa prudence dans les combats
, font dignes d'admiration .
Le combat langlant que nous avons
livré à une Frégate Angloife de 36
canons , le 18 Septembre dernier , en
** M . Louis Simon.
JANVIER. 1763. 63.
embouquant le détroit de Gibraltar,
juftifie ce que j'avance de ce Capitaine.
Après neuf heures de combat , voyant
que nous avions plufieurs coups de
canons à fleur-d'eau , qui nous incommodoient
beaucoup : Ilfaut, dit-il, mes
enfans , aborder notre ennemi ; je fuis
étonné de combattre fi long - temps fans
en triompher. Dans l'inftant , nous portâmes
l'abordée fur la Frégate Angloife ,
qui l'évita ; ce que nous réiterâmes
trois fois avec beaucoup d'adreffe dans
la manoeuvre ; & quoiqu'elle eût le
vent pour elle , elle ne l'évita la dernière
fois que par miracle . Alors l'ennemi
fe décida à prendre fa bordée au large ,
& nous tourna fon talon. Nous fimes
voile pour entrer à Tariffe , où nous
mouillâmes ; mais nous en fortîmes bientôt
pour aalllleerr àà CCeeuuttaa ,, ne trouvant
point dans ce Port ni la fûreté ni les
fécours néceffaires pour nous radouber.
Arrivés à Ceuta , nous y trouvâmes
ce que nous cherchions. Vingt - cinq
jours après , nous appareillâmes pour
en fortir à la faveur de la nuit , avec
un vent für O- frais , ayant toutes nos
voiles au vent , même nos coutelas ;
& nous pafsâmes prefque bord à bord
de plufieurs vaiffeaux de guerre Anglais
64 MERCURE DE FRANCE .
qui nous bloquoient : nous rangeâmes
les côtes de Barbarie , & nous nous trouvâmes
au lever de l'aurore fur Malaga, où
nous apprîmes que la côte étoit nette . Le
règne du même vent pendant trois jours
nous fit arriver à la hauteur de Mahon
où nous primes un Sénau Anglois chargé
de moutons & de poules venant d'Alger
, qui nous a obligés en arrivant ici
à faire dix- huit jours de quarantaine.
Vous avez fans doute appris l'hiftoire
de notre traverfée , des prifes prodigieufes
que nous avons faites , & qui
donnent à M. le Marquis de Roux ,
notre Armateur , au moins deux millions
de bénéfice : il s'agiffoit pour lui
de cent mille livres.de rente confiés à la
Providence. La grande confiance qu'il
avoit en nous, n'a pas été compromiſe :
il avoit donné l'ordre furprenant à notre
Capitaine de bruler tous les vaiffeaux
Anglois qui faifoient la traite des Négres
en Guinée ; ce qui a été exécuté à
la rigueur. Nous avons brulé douze
prifes : nous en avons amariné trois, trois
autres chargés de troupes , remiſes à M.
de Blenac ; & nous en avons expédié
deux à Londres contenant les équipages
des douze vaiffeaux. Dans ce nombre
elt comprife une Frégate de vingt-huit
JANVIER . 1763 . 65
piéces de canon qui faifoit l'admiration
des Conftructeurs Anglois , & qui étoit
la meilleure voiliere qu'on ait jamais vûe.
Nous y avons pris douze barriques des
plus précieufes marchandifes. Le Capitaine
Anglois a demandé à genoux la
rançon de cette Frégate , & a offert
cinq mille livres fterling de la coque
feule. Le Capitaine Simon lui a répondu
:
Il en coûte beaucoup à mon coeur de
refufer des graces qu'on me demande à
genoux ; mais dans cette circonftance
je fuis forcé d'immoler à ma Nation &
les cinq mille livres fterling que vous
m'offrez, & les regrets de ne pouvoir
vous obliger. Votre Frégate exiftante
pourroit s'emparer à l'avenir de quelques
vaiffeaux François : voilà précisément le
motif de mon facrifice ; & en prononçant
, elle n'en prendra certainement
point , il y a mis le feu de fa propre
main.
C'eſt à cette occafion que M. le Marquis
de Roux , écrivant au Capitaine
Simon, au moment de notre arrivée ici ,
pour lui témoigner fa joie , lui mande :
l'action mémorable que tu as faite , mon
ami , d'avoir brûlé la Frégate Angloife
de 28 canons, au mépris de cinq mille liv.
66 MERCURE DE FRANCE.
fterlings de rançon , eft fi relative à ma
façon de penfer , que les termes que je
voudrois employer pour t'en remercier,
ne me font pas connus .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. LOUIS BERANGER, Officier sur la Frégate la Modeste, à M. BERANGER, son oncle, à Paris. A Lestague, le 22 Octobre 1762.
La lettre de M. Louis Béranger, officier sur la frégate la Modeste, datée du 22 octobre 1762, informe son oncle de leur arrivée à Leftague. La ville de Marseille a accueilli leur retour avec enthousiasme, car leur cargaison dépasse trois millions et demi, impliquant directement ou indirectement la plupart des habitants. Le capitaine est loué pour sa fermeté, son sang-froid et sa prudence, comparé à des figures historiques comme Jean Bart et Caffart. Un combat mémorable contre une frégate anglaise de 36 canons le 18 septembre près du détroit de Gibraltar est décrit. Après neuf heures de combat, le capitaine a ordonné l'abordage, mais l'ennemi a évité plusieurs tentatives avant de battre en retraite. Ils ont ensuite navigué vers Tarifa, puis Ceuta pour réparations, et ont échappé à des vaisseaux anglais en bloquant. Ils ont capturé plusieurs navires anglais, notamment une frégate de 28 canons, qu'ils ont brûlée malgré une offre de rançon. Le marquis de Roux, leur armateur, a bénéficié de prises prodigieuses, lui assurant au moins deux millions de bénéfice.
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15
p. 66-68
TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
Début :
D'ou vient, quand l'An se renouvelle, [...]
Mots clefs :
An, Renaître, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
TRADUCTION libre des Etrènnes
d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il
aimoit.
D'ou vient , quand l'An ſe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
Pourqnoi , comme la jeune Eglé ,
Que chaque matin rend plus belle ,
Le retour du mois de Janus ,
Aux Sots , aux Sages , à chaque Etre
( Confondant l'Efclave & le Maître )
Loin d'apporter un An de plus ,
Ne fait-il pas plutôt renaître
Tous les inftans qu'on a perdus ?
Ah ! fi ce jour , qu'on fête encore
Avec le retour du Soleil ,
Chez les Peuples où naît l'Aurore ;
Si ce grand jour , à mon réveil ,
Me rendoit digne de ma Flore ! ....
Si feulement ( car dans les voeux
Il faut un peu de modeftie )
Si feulement , un luftre ou deux
JANVIER. 1763 .
69
Par lui s'éffaçoient de ma vie ;
Ciel ! que je me croirois heureux !
Avec quelle chaleur , quel zéle ,
A l'Amour , comme à l'Amitié ,
Mon âme de tout temps fidéle ,
Plus vigoureuſe de moitié ,
En ce jour exprimeroit- elle
Tout ce qu'elle aime à reffentir ,
Sans regret & fans repentir ,
Pour mes Amis & pour la Belle
Par qui mon bonheur fut comblé ! …….
D'où vient quand l'An fe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
*
Avec quel raviffant délire ,
Moins à mon âge & plus à moi ,
Un coeur François tout à fon Roi ,
Fièr d'être né fous fon Empire ,
Joignant la Trompette à la Lyre ,
N'auroit-il pas ofé tenter
Ce que les Pirons , les Voltaires *
Et maintes Mufes plus vulgaires ,
Bien mieux que moi fçauront chanter !
Mais la trop récente mémoire
D'un luftre complet de tourmens,
Pour m'en promettre quelque gloire ,
* C'eft-à -dire les Bardes , ou Poëtes de ces temps
reculés .
68 MERCURE DE FRANCE.
Atrop affbibli mes accens .
Virgile , en célébrant Augufte ,
N'éprouvoit pas même langueurs :
Une voix foible , quoique jufte ,
Ne brillejamais dans les Chaurs .
Auffi la mienne chante -t - elle
Tout bas , & d'un ton déſolé :
Mon Roi , mes amis , & ma Belle !
D'où vient , quand l'an fe renouvelle ,
Que tout n'eft pas renouvellé?
DE LA PLACE.
d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il
aimoit.
D'ou vient , quand l'An ſe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
Pourqnoi , comme la jeune Eglé ,
Que chaque matin rend plus belle ,
Le retour du mois de Janus ,
Aux Sots , aux Sages , à chaque Etre
( Confondant l'Efclave & le Maître )
Loin d'apporter un An de plus ,
Ne fait-il pas plutôt renaître
Tous les inftans qu'on a perdus ?
Ah ! fi ce jour , qu'on fête encore
Avec le retour du Soleil ,
Chez les Peuples où naît l'Aurore ;
Si ce grand jour , à mon réveil ,
Me rendoit digne de ma Flore ! ....
Si feulement ( car dans les voeux
Il faut un peu de modeftie )
Si feulement , un luftre ou deux
JANVIER. 1763 .
69
Par lui s'éffaçoient de ma vie ;
Ciel ! que je me croirois heureux !
Avec quelle chaleur , quel zéle ,
A l'Amour , comme à l'Amitié ,
Mon âme de tout temps fidéle ,
Plus vigoureuſe de moitié ,
En ce jour exprimeroit- elle
Tout ce qu'elle aime à reffentir ,
Sans regret & fans repentir ,
Pour mes Amis & pour la Belle
Par qui mon bonheur fut comblé ! …….
D'où vient quand l'An fe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
*
Avec quel raviffant délire ,
Moins à mon âge & plus à moi ,
Un coeur François tout à fon Roi ,
Fièr d'être né fous fon Empire ,
Joignant la Trompette à la Lyre ,
N'auroit-il pas ofé tenter
Ce que les Pirons , les Voltaires *
Et maintes Mufes plus vulgaires ,
Bien mieux que moi fçauront chanter !
Mais la trop récente mémoire
D'un luftre complet de tourmens,
Pour m'en promettre quelque gloire ,
* C'eft-à -dire les Bardes , ou Poëtes de ces temps
reculés .
68 MERCURE DE FRANCE.
Atrop affbibli mes accens .
Virgile , en célébrant Augufte ,
N'éprouvoit pas même langueurs :
Une voix foible , quoique jufte ,
Ne brillejamais dans les Chaurs .
Auffi la mienne chante -t - elle
Tout bas , & d'un ton déſolé :
Mon Roi , mes amis , & ma Belle !
D'où vient , quand l'an fe renouvelle ,
Que tout n'eft pas renouvellé?
DE LA PLACE.
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Résumé : TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
Le texte est une traduction libre des vœux d'un vieux Gaulois adressés à ses proches. L'auteur s'interroge sur la raison pour laquelle, malgré le renouvellement de l'année, tout ne se renouvelle pas. Il exprime le souhait que le retour du mois de Janus efface les instants perdus et lui rende sa dignité. Il espère que, même modestement, quelques années de sa vie puissent s'effacer pour qu'il se sente heureux et puisse exprimer son amour et son amitié avec plus de vigueur. Il regrette que sa voix, affaiblie par les tourments récents, ne puisse célébrer dignement son roi, ses amis et la personne qui a comblé son bonheur. Le texte se termine par une réflexion sur la difficulté de chanter avec force après avoir souffert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 68
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Décembre est la Lune. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Décembre est la Lune. Celui [...]
Mots clefs :
Lune, Montre, Esprit, Solitude, Cal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Décembre est la Lune. Celui [...] »
LEE mot de la premiere Enigme du
mois de Décembre eft la Lune. Celui
de la feconde eft la Montre. Celui du
premier Logogryphe eft efprit , dans
lequel on trouve Sire , re , fi , pie, pite,
lire , pifte , ris , prife, pife , terpfi. Celui
du Second eft Solitude , dans lequel on
trouve duel , folive , ifle , fol , ut &fol,
lit , vide , olive , os , fot , fol , ovide ,
dot , Dieu , dole & dol, Toul,& LOUIS.
Celui du troifiéme eft cal , qui retourné,
fait lac.
mois de Décembre eft la Lune. Celui
de la feconde eft la Montre. Celui du
premier Logogryphe eft efprit , dans
lequel on trouve Sire , re , fi , pie, pite,
lire , pifte , ris , prife, pife , terpfi. Celui
du Second eft Solitude , dans lequel on
trouve duel , folive , ifle , fol , ut &fol,
lit , vide , olive , os , fot , fol , ovide ,
dot , Dieu , dole & dol, Toul,& LOUIS.
Celui du troifiéme eft cal , qui retourné,
fait lac.
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17
p. 69
ENIGME.
Début :
On vous propose une maison [...]
Mots clefs :
Fiacre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
N vous propoſe une maiſon
A louer en toute faifon ;
Elle a deux portes , trois fenêtres ;
Elle peut loger quatre Maîtres ,
Et même cinq en un befoin ;
Deux caves , un grenier à foin ;
Peut-être le quartier pourroit vous en déplaire .
En ce cas le Propriétaire ,
Avec fa verge d'Enchanteur ,
Et certains mots qui vous font peur ,
Enlévera maiſon , meubles & Locataire ,
Qu'auffitôt il tranſportera
Dans le quartier qu'il vous plaira.
On reconnoît l'hôtel célébre
A fon écriteau fingulier ,
Tiré de Barême & d'Algébre.
On voit dans le Calendrier
Son nom & celui du Sorcier.
N vous propoſe une maiſon
A louer en toute faifon ;
Elle a deux portes , trois fenêtres ;
Elle peut loger quatre Maîtres ,
Et même cinq en un befoin ;
Deux caves , un grenier à foin ;
Peut-être le quartier pourroit vous en déplaire .
En ce cas le Propriétaire ,
Avec fa verge d'Enchanteur ,
Et certains mots qui vous font peur ,
Enlévera maiſon , meubles & Locataire ,
Qu'auffitôt il tranſportera
Dans le quartier qu'il vous plaira.
On reconnoît l'hôtel célébre
A fon écriteau fingulier ,
Tiré de Barême & d'Algébre.
On voit dans le Calendrier
Son nom & celui du Sorcier.
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18
p. 69-70
AUTRE.
Début :
Je suis petit ou grand, ma taille est arbitraire, [...]
Mots clefs :
Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
J fuis petit ou grand , ma taille eft arbitraire ,
E
Beau , laid , bien ou mal fait , ce n'eſt pas là
l'affaire.
70 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt en ris ,
Tantôt en pleurs ,
Ici je vis ,
Et là je meurs.
En même lieu je place & la paix & la guèrre ;
Je fais plus , & fans bruit je lance le tonnèrre.
Je flatte en même temps l'Impie & le Dévot ,
En gardant le filence & fans leur dire mot.
Poëte , Hiftorien , fans vers & fans hiftoire ....
Cher Lecteur , cela te ſurprend !
Le refte eft bien plus étonnant :
Pour être tel il me faut boire.
Par un Abonné au Mercure.
J fuis petit ou grand , ma taille eft arbitraire ,
E
Beau , laid , bien ou mal fait , ce n'eſt pas là
l'affaire.
70 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt en ris ,
Tantôt en pleurs ,
Ici je vis ,
Et là je meurs.
En même lieu je place & la paix & la guèrre ;
Je fais plus , & fans bruit je lance le tonnèrre.
Je flatte en même temps l'Impie & le Dévot ,
En gardant le filence & fans leur dire mot.
Poëte , Hiftorien , fans vers & fans hiftoire ....
Cher Lecteur , cela te ſurprend !
Le refte eft bien plus étonnant :
Pour être tel il me faut boire.
Par un Abonné au Mercure.
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19
p. 70-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis du genre féminin, [...]
Mots clefs :
Mode
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Js fuis du genre féminin , E
Inconftante , jeune , volage ;
Je ne déplais pas moins au Sage ,
Que je charme un jeune Blondin .
Mère du bon efprit & du parfait génie ,
On trouve dans mon nom deux prépofitions ,
Un terme de Muſique , un de Philoſophie ,
L'inftrument qui nourrit une des paffions
Qui chaque jour ne manque guères
D'apporter le défordre aux meilleures affaires.
Deux de mes membres feulement
Font voir plus de quatorze cent .
On trouve auffi certain Ouvrage
JANVIER. 1763 . 71
Que Malherbe & Ronfard ont mis en leur langage,
Un Monument facré d'où le Chrétien pieux
Vient offrir au Seigneur fon encens & ſes voeux.
Je n'en dirai pas davantage.
Par M. D... d'H.....
Js fuis du genre féminin , E
Inconftante , jeune , volage ;
Je ne déplais pas moins au Sage ,
Que je charme un jeune Blondin .
Mère du bon efprit & du parfait génie ,
On trouve dans mon nom deux prépofitions ,
Un terme de Muſique , un de Philoſophie ,
L'inftrument qui nourrit une des paffions
Qui chaque jour ne manque guères
D'apporter le défordre aux meilleures affaires.
Deux de mes membres feulement
Font voir plus de quatorze cent .
On trouve auffi certain Ouvrage
JANVIER. 1763 . 71
Que Malherbe & Ronfard ont mis en leur langage,
Un Monument facré d'où le Chrétien pieux
Vient offrir au Seigneur fon encens & ſes voeux.
Je n'en dirai pas davantage.
Par M. D... d'H.....
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20
p. 71-72
AUTRE.
Début :
Bourreau de ceux chez qui j'habite, [...]
Mots clefs :
Soif
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
BOURREAU de ceux chez qui j'habite ,
J'agis comme un enfant gâté
Qui preffe , crie & follicite
Jufqu'à ce qu'on l'ait contenté :
"
Mais fi je fuis comme lui volontaire ,
Avec la même aifance on ne m'appaiſe pas ;
Et les bonbons , quand je fais du fracas ,
Certainement ne me feroient pas taire.
Ceci pofé , Lecteur ; fi de mon petit corps
Tu fçais faire mouvoir les différens refforts ,
Je pourrai fans vertu magique
Te préfenter l'objet des foins d'Argus ;
Certaine Note de Mufique ;
Un Arbriffeau des plus touffus
Une Vertu Théologale ;
Ce dont un chien , quand il peut , fe régale ;
Un terme enfin de dédain , de mépris ;
Souffre , Lecteur , qu'à ce trait je m'arrête ;
72 MERCURE DE FRANCE .
Mon procédé doit te paroître honnête ,
Puifque tout bien compté , quatre t'ont rendu fix.
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON
en Limousin.
BOURREAU de ceux chez qui j'habite ,
J'agis comme un enfant gâté
Qui preffe , crie & follicite
Jufqu'à ce qu'on l'ait contenté :
"
Mais fi je fuis comme lui volontaire ,
Avec la même aifance on ne m'appaiſe pas ;
Et les bonbons , quand je fais du fracas ,
Certainement ne me feroient pas taire.
Ceci pofé , Lecteur ; fi de mon petit corps
Tu fçais faire mouvoir les différens refforts ,
Je pourrai fans vertu magique
Te préfenter l'objet des foins d'Argus ;
Certaine Note de Mufique ;
Un Arbriffeau des plus touffus
Une Vertu Théologale ;
Ce dont un chien , quand il peut , fe régale ;
Un terme enfin de dédain , de mépris ;
Souffre , Lecteur , qu'à ce trait je m'arrête ;
72 MERCURE DE FRANCE .
Mon procédé doit te paroître honnête ,
Puifque tout bien compté , quatre t'ont rendu fix.
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON
en Limousin.
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22
p. 72
COMBIEN l'art d'écrire est utile aux Amans absens. CHANSON.
Début :
L'ÉLOIGNEMENT est un martyre Fatal au repos des Amans ; [...]
Mots clefs :
Amour, Absence, Art d'écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMBIEN l'art d'écrire est utile aux Amans absens. CHANSON.
COMBIEN l'art d'écrire eft utile aux
Amans abfens.
CHANSON
L'ÉLOIGNEMENT eft un martyre
Fatal au repos des Amans ;
Et c'eft pour charmer leurs tourmens
Qu'Amour inventa l'art d'écrire .
Que l'abſence gêne les voeux
D'un couple épris des mêmes feux ;
Ce fecret rapproche leurs âmes,
Garant de leurs tendres foupirs , '
Il prête un langage à leurs flâmes ,
Et des aîles à leurs defirs.
BLANDUREL DE S. JUST , près Beauvais.
Amans abfens.
CHANSON
L'ÉLOIGNEMENT eft un martyre
Fatal au repos des Amans ;
Et c'eft pour charmer leurs tourmens
Qu'Amour inventa l'art d'écrire .
Que l'abſence gêne les voeux
D'un couple épris des mêmes feux ;
Ce fecret rapproche leurs âmes,
Garant de leurs tendres foupirs , '
Il prête un langage à leurs flâmes ,
Et des aîles à leurs defirs.
BLANDUREL DE S. JUST , près Beauvais.
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