A ZIRPHILE , en lui envoyant un
Bouquet le jour de fa féie.
AIR : de la Romance de Daphné .
J E t'aime , je vais te faire
Un Bouquet dans ce beau jour.
En vain l'offrande eft légère ,
Elle part d'un coeur fincère ,
Elle doit plaire à l'amour.
Ces fleurs par mes mains cueillies
Auront un brillant deftin ,
Si tu les trouves jolies ;
Si par ton fouffle embellies
Elles parent ton beau ſein.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE,
Reçois-les , Nymphe modefte ,,
Avec cet air enchanteur ,
Et cette grâce célefte ,
Qui rend ton afpect funefte
A qui redoute un Vainqueur.
L'Amour qui marqua leurs places ,
Sur ces deux Globes naiffans ,
M'a dit que toi ſeule effaces
Tout ce qu'à fes yeux les grâces ;
Ont de charmes raviffans.
Si pour célebrer ta fête
Je vois mes nombreux Rivaux ,
Affectés de ta conquête
Couvrir ta riche toilette
De fleurs & de Madrigaux ;
Je n'en prends aucun ombrage :
Avec tant d'attraits réels ,
Et de mérite en partage ,
De qui t'offre un pur hommage
Les foins font bien naturels,
Tout foupçon eft une injure
Pour un coeur né délicat.
Avec une âme fi pure
Tu ne peux être parjure ,
Moj je ne puis être ingrat .
OCTOBRE. 1764. 37
Régne donc & fans allarmes.
Etends l'Empire & les Loix
Du Dieu qui voyant tes charmes
A l'inftant brifa les armes ,
Et te tranfmit tous les droits.
Sous les traits féduis , engage
Quiconque ofe t'aborder.
Pour dompter le plus ſauvage ,
Pour fixer le plus volage ,
Tu n'as qu'à les regarder.
Digne d'un Trône & d'un Temple ;
Régne fans jamais vieillir ;
Et par un bien rare exemple ,
Sur tout ce qui te contemple ,
Régne fans t'enorgueillir.
Belle Vénus , jeune Flore ,
Chafte Déelle des Bois ,
En vain on vous vante encore ;
L'objet brillant que j'adore
Vous éclipfe toutes trois.
Adieu , ma chère Zirphile ;
Lis & chante avec plaifir
Ces longs couplets que t'enfile
L'heureux Amant que fur mille
Ton coeur a daigné choifir.
Par M. FRANÇOIS , ancien Officier de Cavalerie.