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1
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
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texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
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Résumé : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
La ville d'Autun, ancienne capitale des Gaules, organisa une fête incluant des compétitions de tir à l'arquebuse et au pistolet. Monsieur Dorné, capitaine désigné par la jeunesse autunoise, invita plusieurs villes à participer. Dijon, Beaune et Louën acceptèrent et arrivèrent avec des équipages impressionnants et des musiciens. Le 28 juin, les chevaliers se réunirent sur le Champ de Mars, accueillis par les habitants d'Autun. Après des rafraîchissements et des visites officielles, les Autunois, élégamment vêtus et armés, se dirigèrent vers l'hôtel du Comte de Roussillon, lieutenant du Roi, salués par des salves de mousqueterie et de canons. La compétition se déroula dans un édifice orné d'une effigie du roi en marbre. La cérémonie, solennelle et festive, comprenait des loges pour les marchands et les représentants étrangers. Monsieur Dorné offrit un grand repas et du vin aux participants. Le soir, un bal fut organisé, suivi d'exercices de tir le lendemain. Les festivités durèrent trois jours, avec des repas somptueux et des divertissements. Le quatrième jour, les Chevaliers furent escortés jusqu'aux portes de la ville et reçurent un repas. Un concours de tir au pistolet eut lieu, avec la noblesse présente en grand apparat. Les compagnies d'Autun, du Charolois et de Luzy défilèrent en armes, accompagnées par la jeunesse locale. La soirée se conclut par une danse improvisée éclairée par des flambeaux. Le lendemain, une nouvelle compétition de tir fut remportée par Monsieur de Siry de Serandey. La fête se termina par des divertissements et la décision de renouveler la compétition au printemps suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 364-390
« On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
Début :
On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...]
Mots clefs :
Ville, Fusées, Joie, Te Deum, Lumières, Feux, Allumer, Armes, Décharges, France, Illumination, Maison, Nuit, Capucins, Fusées volantes, Tirer, Chanter, Église, Habitants, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
On chanta le 13. à la Rochel-
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
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Résumé : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
En juillet 1704, plusieurs célébrations eurent lieu pour marquer un événement royal, probablement la naissance d'un prince. À La Rochelle, le 13 juillet, un Te Deum fut chanté dans la cathédrale en présence du maréchal de Chamilly et de notables. Des feux et illuminations furent allumés, suivis de réjouissances jusqu'au dimanche suivant. À Saint-Hilaire-la-Palu, Mr Chauneau de Sazay organisa un Te Deum et une procession au château de Sazay, avec des fontaines de vin et des festivités pour la noblesse. À Paris et ses environs, des personnalités telles que Mr de Bonny, Mr Chabrot et Mr de Courcy illuminèrent leurs résidences et organisèrent des fêtes avec musique et feux d'artifice. À Tours, le 13 juillet, un Te Deum fut chanté en présence de l'intendant et des notables, suivi de feux d'artifice et d'illuminations. Les Capucins contribuèrent avec une illumination spectaculaire et un feu d'artifice. Le lendemain, un autre Te Deum fut chanté, accompagné de symphonies et d'illuminations. À Blois, le 8 juillet, Mgr de Blois organisa un Te Deum avec feux, fusées et illuminations du palais épiscopal. Les festivités continuèrent avec des feux d'artifice organisés par les Bénédictins et les Capucins. Les Pères Capucins, malgré leur pauvreté, organisèrent des réjouissances impressionnantes. Leur couvent fut illuminé toute la nuit, visible à plusieurs lieues. Un jet d'eau rouge et une roue de lampes illuminèrent une grotte décorée de lauriers et d'inscriptions latines célébrant les victoires royales. Des devises symbolisaient les triomphes du roi Louis, la joie apportée par un prince nouveau-né, le soutien royal et la puissance du héros gouvernant la terre. Le spectacle inclut un dragon volant, des décharges de mousqueterie, et un feu d'artifice final. Les festivités furent renouvelées le lendemain avec des illuminations encore plus spectaculaires.
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3
p. 1217-1221
LETTRE sur la Pierre qui s'engendre dans le Corps humain.
Début :
Je gémis, Monsieur, je vous l'avoüe, quand je vois dans vos Mercures tant [...]
Mots clefs :
Pierre, Vessie, Tirer, Remède, Dissolvant, Sang
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Pierre qui s'engendre dans le Corps humain.
LETTRE sur la Pierre qui s'engendre dans
Le Corps humain.
E gémis , Monsieur , je vous l'avoie ,
I
de Dissertations sur les manieres diffe
rentes de tirer la Pierre de la Vessie par la
taille. N'est-il pas étonnant que dans un
L. Kolo sić
1218 MERCURE DE FRANCE
siécle aussi éclairé que le nôtre
puisse se défaire de la prévention qu'on a
on ne
en faveur des anciens Auteurs ? car c'est
cet axiome, Remedium calculi cultrum est ; le
Couteau est le Remede de la Pierre , qui
est cause qu'on employe l'Art plutôt que
de consulter la Nature pour guérir ce
mal et qu'on préfere une operation
cruelle et très - dangereuse , qui fait tous
Les jours périr tant de personnes , aux
moyens simples et naturels qui le pour
roient dissiper sans aucun danger.
Mais , dira - t - on , un corps aussi dur que;
la Pierre , ou plutôt que le Caillou qui se
forme dans le Corps humain , ne pour
roit être dissous que par un Dissolvant
des plus puissans : or ne voit- on pas que
ce Dissolvant agiroit bien plus fortement
sur les parties tendres et délicates des Vis
ceres et des Vaisseaux par où il passeroit
dans le Corps , et causeroit dans le Sang des
desordres funestes. D'ailleurs , comme ce
Corps étranger qui est dans les reins ou
dans la Vessie , n'a aucuns Vaisseaux par le
moyen desquels il communique avec le
sang comment la vertu salutaire du
Remede y pourroit- elle arriver ? Enfin
qui a t- on vû délivré par un Remede
pris interieurement d'une Pierre bien
formée & d'un gros Volume ?
ر
.
(
(
I. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1219
Pour détruire la premiere de ces trois
objections , qui est la plus folide , il faut
encore que j'attaque un Axiome respec
table par son antiquité , sçavoir , que qui
peut le plus , peut le moins. Ne fçait -on
pas que l'eau forte qui dissout le plus dur
de tous les métaux , qui est le fer , ne peut
rien sur l'Or , qui est beaucoup plus mol,
ni même sur la Cire ; que le jus de Ci
tron qui dissout dans la main le Corail et
les perles , ne peut rien sur le Bois , ni sur
une infinité d'autres corps beaucoup plus
tendres : et que l'Eau commune , qui dis
sout fi vîte le sel , et au bout de quelque
tems le fer même , ne peut rien sur la
Cire , ni sur beaucoup d'autres choses
très-molles ?
Comme la Pierre n'est autre chofe qu'un
amas de sels , fixez par la chaleur des reins
qui , étant entrainez avec l'urine dans la
vessie , s'y assemblent , & forment un
corps par le moyen des glaires qui com
me un mastic , les lient ensemble , & de
vient dur par la chaleur de ce viscere ; il
n'est pas si difficile de trouver un Dissol
vant,ou plutôt un fondant, qui décompo
se cette espece de Caillou , puisqu'il ne
faut pour cela qu'amolir ,et réduire en li
queur ce mastic glaireux qui les tient ras
semblez : au moyen dequoi ces sels fixes
I.Vol
di
1220 MERCURE DE FRANCE
divisez et devenus libres , s'écouleront
aisément par l'uretre avec l'urine. Et puis
que l'urine n'est autre chose que la par
tie sereuse , saline et sulfureuse , séparée
du sang par la filtration qui se fait dans
les reins , il est aisé de comprendre qu'a
yant tiré du sang la qualité fondante du
Remede qu'on aura pris , elle décompo
sera aisément la Pierre qui baigne sans
cesse dans l'urine..
.
Enfin , Monsieur , pour répondre à la.
troisiéme objection et convaincre les
plus incrédules , ayez la bonté d'inviter
les personnes qui ont été délivrées de la
Pierre par des Remedes intérieurs , ou par
l'application de la Pierre divine , à en fai
re part au Public par la voye de votre
Mercure: vous verrez qu'il y ades moyens.
plus surs et plus faciles que le Couteau
pour faire sortir la Pierre du Corps hu
main..
le
Si vous voulez inviter en même-tems
ceux qui ont été guéris par des Remedes
trés-simples d'Hidropisies formées , vous
connoitrez aussi , et tout le Public par
même moyen , que la ponction n'eſt pas
nécessaire dans l'Hidropisie for née ; et
que pour perfectionner la Medecine , il
vaudrait mieux s'appliquer à étudier la
Nature , et à éprouver les qualités salu
(
128
N
N
I
L. Vol . taires
JUIN. 1731. 1221
taires de ses differentes productions , que
d'avoir recours aux Operations manuel
les , et de composer tous les jours , com
me on fait , de nouveaux sistêmes ..
Ce que j'ai l'honneur de vous proposer
interresse trop le bien public pour douter
que vous n'inseriez ma Lettre , que j'ai
Sort abregée dans le prochain Mercure..
Je suis Mon ieur , &c .
De La Loge.
Le Corps humain.
E gémis , Monsieur , je vous l'avoie ,
I
de Dissertations sur les manieres diffe
rentes de tirer la Pierre de la Vessie par la
taille. N'est-il pas étonnant que dans un
L. Kolo sić
1218 MERCURE DE FRANCE
siécle aussi éclairé que le nôtre
puisse se défaire de la prévention qu'on a
on ne
en faveur des anciens Auteurs ? car c'est
cet axiome, Remedium calculi cultrum est ; le
Couteau est le Remede de la Pierre , qui
est cause qu'on employe l'Art plutôt que
de consulter la Nature pour guérir ce
mal et qu'on préfere une operation
cruelle et très - dangereuse , qui fait tous
Les jours périr tant de personnes , aux
moyens simples et naturels qui le pour
roient dissiper sans aucun danger.
Mais , dira - t - on , un corps aussi dur que;
la Pierre , ou plutôt que le Caillou qui se
forme dans le Corps humain , ne pour
roit être dissous que par un Dissolvant
des plus puissans : or ne voit- on pas que
ce Dissolvant agiroit bien plus fortement
sur les parties tendres et délicates des Vis
ceres et des Vaisseaux par où il passeroit
dans le Corps , et causeroit dans le Sang des
desordres funestes. D'ailleurs , comme ce
Corps étranger qui est dans les reins ou
dans la Vessie , n'a aucuns Vaisseaux par le
moyen desquels il communique avec le
sang comment la vertu salutaire du
Remede y pourroit- elle arriver ? Enfin
qui a t- on vû délivré par un Remede
pris interieurement d'une Pierre bien
formée & d'un gros Volume ?
ر
.
(
(
I. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1219
Pour détruire la premiere de ces trois
objections , qui est la plus folide , il faut
encore que j'attaque un Axiome respec
table par son antiquité , sçavoir , que qui
peut le plus , peut le moins. Ne fçait -on
pas que l'eau forte qui dissout le plus dur
de tous les métaux , qui est le fer , ne peut
rien sur l'Or , qui est beaucoup plus mol,
ni même sur la Cire ; que le jus de Ci
tron qui dissout dans la main le Corail et
les perles , ne peut rien sur le Bois , ni sur
une infinité d'autres corps beaucoup plus
tendres : et que l'Eau commune , qui dis
sout fi vîte le sel , et au bout de quelque
tems le fer même , ne peut rien sur la
Cire , ni sur beaucoup d'autres choses
très-molles ?
Comme la Pierre n'est autre chofe qu'un
amas de sels , fixez par la chaleur des reins
qui , étant entrainez avec l'urine dans la
vessie , s'y assemblent , & forment un
corps par le moyen des glaires qui com
me un mastic , les lient ensemble , & de
vient dur par la chaleur de ce viscere ; il
n'est pas si difficile de trouver un Dissol
vant,ou plutôt un fondant, qui décompo
se cette espece de Caillou , puisqu'il ne
faut pour cela qu'amolir ,et réduire en li
queur ce mastic glaireux qui les tient ras
semblez : au moyen dequoi ces sels fixes
I.Vol
di
1220 MERCURE DE FRANCE
divisez et devenus libres , s'écouleront
aisément par l'uretre avec l'urine. Et puis
que l'urine n'est autre chose que la par
tie sereuse , saline et sulfureuse , séparée
du sang par la filtration qui se fait dans
les reins , il est aisé de comprendre qu'a
yant tiré du sang la qualité fondante du
Remede qu'on aura pris , elle décompo
sera aisément la Pierre qui baigne sans
cesse dans l'urine..
.
Enfin , Monsieur , pour répondre à la.
troisiéme objection et convaincre les
plus incrédules , ayez la bonté d'inviter
les personnes qui ont été délivrées de la
Pierre par des Remedes intérieurs , ou par
l'application de la Pierre divine , à en fai
re part au Public par la voye de votre
Mercure: vous verrez qu'il y ades moyens.
plus surs et plus faciles que le Couteau
pour faire sortir la Pierre du Corps hu
main..
le
Si vous voulez inviter en même-tems
ceux qui ont été guéris par des Remedes
trés-simples d'Hidropisies formées , vous
connoitrez aussi , et tout le Public par
même moyen , que la ponction n'eſt pas
nécessaire dans l'Hidropisie for née ; et
que pour perfectionner la Medecine , il
vaudrait mieux s'appliquer à étudier la
Nature , et à éprouver les qualités salu
(
128
N
N
I
L. Vol . taires
JUIN. 1731. 1221
taires de ses differentes productions , que
d'avoir recours aux Operations manuel
les , et de composer tous les jours , com
me on fait , de nouveaux sistêmes ..
Ce que j'ai l'honneur de vous proposer
interresse trop le bien public pour douter
que vous n'inseriez ma Lettre , que j'ai
Sort abregée dans le prochain Mercure..
Je suis Mon ieur , &c .
De La Loge.
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Résumé : LETTRE sur la Pierre qui s'engendre dans le Corps humain.
L'auteur d'une lettre discute des méthodes de traitement des calculs rénaux, exprimant son étonnement face à la persistance des préventions en faveur des anciens auteurs, notamment l'axiome 'Remedium calculi cultrum est' (le couteau est le remède de la pierre). Cette croyance privilégie des opérations chirurgicales dangereuses plutôt que des moyens naturels et simples pour dissoudre les calculs. L'auteur conteste l'idée que les dissolvants puissants nécessaires pour dissoudre les calculs endommageraient les parties tendres du corps. Il argue que des substances comme l'eau-forte, le jus de citron ou l'eau commune dissolvent certains matériaux mais pas d'autres, démontrant ainsi que des dissolvants spécifiques peuvent être trouvés pour les calculs rénaux sans nuire aux tissus environnants. Les calculs rénaux sont décrits comme des amas de sels fixés par la chaleur des reins et liés par des glaires. Un dissolvant approprié pourrait amollir ces glaires, permettant aux sels de se dissoudre et de s'écouler avec l'urine. L'auteur suggère que des remèdes pris intérieurement ou l'application de la 'Pierre divine' peuvent être efficaces. Enfin, l'auteur invite à publier des témoignages de personnes guéries par des remèdes intérieurs ou simples pour convaincre les sceptiques et promouvoir une médecine plus naturelle et moins invasive. Il espère que sa lettre sera publiée pour le bien public.
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