Auteur du texte (10)
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Auteur probable (1)
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Liste
Résultats : 10 texte(s)
1
p. 925-929
LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Début :
Minerve avoit jadis rassemblé des Mortels, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Minerve, Mortels
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texteReconnaissance textuelle : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
LES
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
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Résumé : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Le texte présente 'L'Amour dans l'Isle de la Sagesse', une œuvre de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse. L'auteur avait déjà été lauréat à trois reprises dans cette même académie. L'histoire se déroule sur une île où les habitants, protégés par Minerve, vivaient dans la sagesse et la vertu, à l'abri des plaisirs coupables et de l'ambition. Lorsque Minerve quitte l'île, l'Amour en profite pour semer la discorde. Il utilise la pitié et la trahison pour tromper les habitants. La déesse Eglé, en voyant un enfant en danger, le sauve sans se rendre compte qu'il s'agit de l'Amour déguisé. L'Amour récupère ses armes et ses pouvoirs, et commence à répandre la discorde parmi les habitants. Les vertus sont oubliées, et les habitants se tournent vers le crime et la rivalité. À son retour, Minerve constate avec tristesse que l'île a été corrompue. Elle menace les habitants de les détruire et de les laisser regretter leur perte de sagesse. Elle souligne que la seule manière de résister à l'Amour est la vigilance constante.
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1
2
p. 2614-2616
A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
Début :
Illustre & cher ami, c'est aujourd'hui ta fête ; [...]
Mots clefs :
Ami, Amante, Coeur, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
A MONSIEUR M. D. M.
B O V QV E T.
I Lluftre & cher ami , c'eft aujourd'hui ta fête ;
Faudra - t - il feulement la chomer dans nos
coeurs ?
A célébrer ce jour il faut que je m'apprête ;
Mais je ne puis t'offrir que des vers ou des
Aeurs.
1. Vola L'Amante
DECEMBRE . 1730. 2615
L'Amante de Zéphire accorde à ma requête
Ce qu'elle a de plus beau dans fes jardins charmans
;
Aufſi -tôt Apollon m'arrête :
Pourquoi , dit - il , des fleurs laiffe - les aux
Amans ;
Leur éclat eft fujet à l'empire du temps ;
Mes Lauriers immortels doivent orner la tête,
Et des Héros & des Sçavans.
Grand Apollon que je révére ,
Plus que la Déité qu'on adore à Cythére
;
Inſpirez moi done en ce jour ,
Des Vers dignes de vous , & dignes de M.... our
As-tu fur le Parnaffe acquis affez de gloire ?
M'a répondu , le Dieu de l'Hélicon
Pour chanter dignement un nom ,
Que j'ai gravé moi-même au Temple de Mé
moire
Tes foins deviendroient fuperflus ;
Contente- toy d'admirer fes ouvrages ,
Ingénieux , galans & fages ;
Car enfin il n'eſt point de ces Sçavans en Us
Difcoureurs ennuyeux , & pédans infipides ,
Dont les Graces jamais n'éclairciffent les rides.
Il fait fouvent fa cour à Minerve , à Venus ,
Et dans l'un & dans l'autre empire
On le recherche , on le défire.
I. Vol. Les
2616 MERCURE DE FRANCE
Les Mufes mieux que toy publieront ſes vertus.
Ami , pour n'être téЛnéraire ,
Il faut donc en fecret te louer & me taire
Souffre au moins
efprit ,
que mon coeur acquitte mon
Et qu'il te rendre un légitime hommage ,
Un coeur fincere te fuffit .
Le mien du moins a l'avantage ,
De fentir toujours ce qu'il dit.
PONCY DE NEUVILLE.
B O V QV E T.
I Lluftre & cher ami , c'eft aujourd'hui ta fête ;
Faudra - t - il feulement la chomer dans nos
coeurs ?
A célébrer ce jour il faut que je m'apprête ;
Mais je ne puis t'offrir que des vers ou des
Aeurs.
1. Vola L'Amante
DECEMBRE . 1730. 2615
L'Amante de Zéphire accorde à ma requête
Ce qu'elle a de plus beau dans fes jardins charmans
;
Aufſi -tôt Apollon m'arrête :
Pourquoi , dit - il , des fleurs laiffe - les aux
Amans ;
Leur éclat eft fujet à l'empire du temps ;
Mes Lauriers immortels doivent orner la tête,
Et des Héros & des Sçavans.
Grand Apollon que je révére ,
Plus que la Déité qu'on adore à Cythére
;
Inſpirez moi done en ce jour ,
Des Vers dignes de vous , & dignes de M.... our
As-tu fur le Parnaffe acquis affez de gloire ?
M'a répondu , le Dieu de l'Hélicon
Pour chanter dignement un nom ,
Que j'ai gravé moi-même au Temple de Mé
moire
Tes foins deviendroient fuperflus ;
Contente- toy d'admirer fes ouvrages ,
Ingénieux , galans & fages ;
Car enfin il n'eſt point de ces Sçavans en Us
Difcoureurs ennuyeux , & pédans infipides ,
Dont les Graces jamais n'éclairciffent les rides.
Il fait fouvent fa cour à Minerve , à Venus ,
Et dans l'un & dans l'autre empire
On le recherche , on le défire.
I. Vol. Les
2616 MERCURE DE FRANCE
Les Mufes mieux que toy publieront ſes vertus.
Ami , pour n'être téЛnéraire ,
Il faut donc en fecret te louer & me taire
Souffre au moins
efprit ,
que mon coeur acquitte mon
Et qu'il te rendre un légitime hommage ,
Un coeur fincere te fuffit .
Le mien du moins a l'avantage ,
De fentir toujours ce qu'il dit.
PONCY DE NEUVILLE.
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Résumé : A MONSIEUR M. D. M. BOUQUET.
L'auteur adresse une lettre poétique à son ami M. D. M. pour célébrer sa fête. Incapable de lui offrir autre chose, il propose des vers ou des chants. Une amante et Apollon, le dieu des arts, lui suggèrent d'offrir des lauriers immortels plutôt que des fleurs éphémères. Apollon reconnaît la gloire de l'ami et ses qualités littéraires, le décrivant comme ingénieux, galant et sage, apprécié par Minerve et Vénus. L'auteur affirme que les Muses publieront mieux les vertus de son ami et préfère louer cet ami en secret, laissant son cœur exprimer sa sincérité.
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3
p. 492-495
LA PROVIDENCE, ODE.
Début :
O Vous, qui méritez les justes anathêmes [...]
Mots clefs :
Providence, Dieu, Bonté, Foi, Chrétiens, Seigneur, Moïse, Jonas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PROVIDENCE, ODE.
LA PROVIDENCE ,
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
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Résumé : LA PROVIDENCE, ODE.
Le poème 'La Providence' célèbre la puissance et la bonté de Dieu. Il critique les interprétations erronées de la nature divine et invite à les rejeter. Dieu est présenté comme un maître bienveillant qui protège toutes ses créatures, des plus humbles aux plus nobles, et manifeste sa magnificence à travers elles. Le texte met en avant la royauté, la justice, la bonté et la providence divine, qui soutiennent la jeunesse et la vieillesse. Le poète admire les œuvres de Dieu, illustrées par des événements bibliques comme le déluge, la sortie d'Égypte, et les épreuves de Joseph et Jonas. Ces récits montrent la protection et le soutien divin face aux adversités. Le texte évoque également la persécution et la résilience des chrétiens, guidés par l'Esprit Saint, et la justice divine qui confondra les impies. Le poète conclut en plaçant toute sa confiance en Dieu, affirmant que l'amour divin surpasse tout pouvoir et que rien ne peut effrayer un cœur qui aime Dieu. Il souhaite voir la flamme de cet amour allumée dans son cœur, le rendant invulnérable à l'indigence, aux fers, à la honte et même à la mort.
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4
p. 945-949
JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Début :
Aux cœurs humiliez l'Eternel est propice ; [...]
Mots clefs :
Cœurs humiliés, Justice, Holopherne, Assyrien, Miracles, Illusion
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texteReconnaissance textuelle : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
JUDITH ,
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
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Résumé : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Le poème 'Judith' de l'Abbé Poncy de Neuville a remporté le prix de l'Académie des Jeux Floraux en 1731 à Toulouse. Il s'inspire de l'histoire biblique de Judith, une veuve juive qui sauve sa ville, Bethulie, assiégée par l'armée assyrienne dirigée par Holopherne. Judith utilise sa beauté et son intelligence pour approcher Holopherne, le séduire et finalement le tuer pendant son sommeil, libérant ainsi Bethulie. Le poème met en avant la justice divine et la protection de Dieu envers son peuple. Judith, guidée par Dieu, devient l'instrument de la délivrance de son peuple. La scène culminante montre Judith priant pour obtenir la force de tuer Holopherne, soulignant ainsi son rôle de héros biblique et l'intervention divine dans sa mission.
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5
p. 1235-1240
L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Début :
Quelle est cette horrible furie ! [...]
Mots clefs :
Furie, Ambition, Intérêt, Abîme, Funérailles, Princes, Fleuves de sang, Guerre, Paix, Sisyphe
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texteReconnaissance textuelle : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'INTEREST ,
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
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Résumé : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'ode 'L'INTEREST' de l'Abbé Poncy de Neuville, lauréate du Prix de l'Amarante d'or de l'Académie des Jeux Floraux en 1731, dépeint l'Interêt comme une force destructrice et corrompue. L'auteur présente cette entité comme la source de nombreux maux, tels que l'ambition, l'avarice, l'envie et l'injustice. L'Interêt pousse les hommes à commettre des crimes et à sacrifier leur honneur et leur raison. Il est comparé à un tyran qui règne sur l'univers, provoquant des guerres, des massacres et des divisions familiales. Cette force corrompt également les ministres et les juges, et pervertit les relations humaines, y compris l'amour et le mariage. L'ode met en garde contre les dangers de l'Interêt et exalte la vertu et l'indigence vertueuse par opposition à l'opulence corrompue. L'auteur refuse de se laisser séduire par l'Interêt et préfère une vie vertueuse.
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5
6
p. 1769-1777
Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Mots clefs :
Beaux-arts, Étrangers, Mousquetaire, Ratification de traités, Négociations
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Les beaux Arts viennent de faire une
grande perte en la perfone de Jean - François
Leriget de la Faye, Chevalier , Seigneur
de Condé &c. Secretaire du Cabinet du
Roy , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, mort à Paris le 11 Juillet , après
fix jours de maladie , dans la 57 ° année
de fon âge , extrêmement regretté par fes
amis,dont le nombre fait honneur à la mémoire
, par les gens de la plus haute distinction
, par les Etrangers et par le Peuple.
Il avoit été Moufquetaire , Lieutenant
dans le Régiment du Roy,Capitaine d'In-
G fanteric
1770 MERCURE DE FRANCE
fanterie dans le Régiment de Laffé , &
Gentilhomme, ordinaire chez le Roy.S.M.
l'avoit nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès de la République de Génes ; il
ayoit été auffi Sécretaire des Commande
mens de S. A. S. M. le Duc de Bourbon ,
qui l'a toujours honoré de ſon eſtime & de
fa confiance , Secretaire de la Maifon du
Roy & Secretaire de la Province de Bourgogne
. Il fe démit de ce dernier Secretariat
dans une circonftance qui lui fit honneur.
En 1713.il étoit au Congrès d'Utrecht,
chargé de diverfes commiffions. Ce fut lui
qui rapporta la ratification des Traitez au
Roy Louis XIV. Il paffa enfuite en Angleterre
, où il fut feul pendant fix mois
chargé des affaires de France, auprès de la
Reine Anne , de laquelle il eut plufieurs
Audiences particulieres. Il fut generalement
aimé & eftimé dans cette Cour. Et
en effet le caractere doux , fouple & infinuant
de M. de la Faye , étoit très- propre
aux Négociations.Jamais homme n'a paru
fi naturel , fi ouvert , ni avoir moins de
réſerve , & n'a mieux fçû en même tems
l'art de s'arrêter où il falloit , fans rien
emettre de tout ce que la dexterité fine &
déliée de la politique peut employer. Le
Roy lui avoit accordé une penfion de trois
mille livres pour les fervices,
En
JUILLET. 1731. 1771
En 1727. il fit le voyage d'Allemagne
par ordre du Duc de Bourbon , à qui il
étoit attaché depuis long- tems . Ce fut à
fon retour que ce Prince conclut fon mariage
avec la Princefle de Heffe- Rhinfelds,
que M. de la Faye avoit vûë à Rhombourg
en Bohéme .
Le 18. Aouft 17 : 9 . il préfenta ces Vers
à Madame la Ducheffe , pour celebrer fa
naiffance.
Allez , mes Vers , allez à la Princesse ,
Rendre mon hommage en ce jour :
Elle a d'Hébé la grace & la jeunesse ,
Minerve l'éclaira des dous de sa sagesse ,
Sa beauté ravit tout , & Paris & la Cour.
L'aimable douceur qu'elle allie
Aux devoirs , à la Dignité ,
Vous peut faire accueillir ; tout essent sa bonté,
Bien que , fans Apollon , la chanter foit folie ,
Dites , pour excuser votre témérité ,
Que si vous savez mal celebrer la beauté ,
Je me connois du moins en Princesse accomplie.
M. de la Faye joüissoit d'une assez bonne
santé , quoique d'une complexion délicate
; sobre , presqu'insensible au plaisir
de la Table. Il étoit d'une taille médiocre,
mais bien prise; le visage ouvert, le regard
Gij spiri1772
MERCURE DE FRANCE
\
spirituel et fin , accompagné d'un souris
agréable , l'air aisé , prévenant , vif et empressé.
On lui avoit fait l'Opération de
I'Empiéme il y a près de 7 ans. Il n'avoit
point été marié , et ne laisse qu'une soeur ,
veuve du Marquis de Vesc , qui n'a point
d'enfans , et un neveu âgé de 19 ans , fils de
son frere aîné , mort Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises. Le Roy vient
de lui accorder la Charge de Secretaire
du Cabinet.
M. de la Faye avoit beaucoup d'amour
et de goût pour les Arts , et il en étoit
l'Amateur et le Bienfaicteur. Il n'épargnoit
rien pour leur avancement et pour
en posseder les belles productions. Le prix
ne le rebutoit point quand il trouvoit
dans un Ouvrage le vrai , le beau et sur
tout le gracieux. La distinction de temps,
de païs , de grande ou foible réputation
d'un nom , ne faisoit aucune impression
sur lui ; en sorte qu'avec un choix exquis
et sans prévention pour les grands Maitres
d'Italie , il avoit fait une collection
considérable d'excellens Tableaux, la plupart
de moyenne grandeur , Flamands ,
François , &c. anciens et modernes ; en´
Estampes , Pierres gravées en creux et en
relief , bronze , figures et bas relief de
Marbre , Porcelaine ; ouvrage de la Chine
-
et
JUILLET. 1731 1773
•
et du Japon , &c . et on peut dire que ja→
mais aucun Cabinet n'a été si ouvert , ni
d'un accès si facile aux Curieux et aux
Gens de l'Art.
1
Nous ne disons rien des ornemens , de
la symetrie et de l'arrangement de ce Cabinet,
où l'art et le goût se faisoient admirer,
non plus que de sonCabinet de Livres ,
presque tous de Poësie et belles Lettres
précieux par le choix et d'une grande pro
preté.
A son goût pour la Peinture, etc. M.de
la Faye joignoit celui de la Poësie et de la
Musique ; il avoit l'oreille délicate , il expliquoit
fort bien les differentes sortes
d'harmonies, et les divers goûts de chants,
tant de France que d'Italie . Son talent favori
et son amour ardent pour les Vers a
assez paru dans les petits Poëmes que nous
avons de lui , qu'il récitoit si agréablement
et sans trop se faire prier, mais toutefois
sans se jetter , pour ainsi dire , à læ
tête car il étoit toujours le dernier à croire
qu'il eût fait quelque chose de bon . Il avoit
si peu d'amour propre qu'il recevoit avec
plaisir les corrections ; il en adoptoit même
trop légèrement.
M. de la Faye n'étoit pas sçavant profond
, aussi ne s'en piquoit- il nullement,
mais avec un esprit juste , beaucoup de
Giij saga
1774 MERCURE DE FRANCE
sagacité et une excellente mémoire ; il
avoit si bien sçû mettre à profit ses lcctures
et ses liaisons intimes avec les plus
beaux esprits de notre temps , qu'il avoit
acquis une connoissance telle, qu'aucunes
matieres, sur tout de Belles - Lettres, ne lui
étoient étrangeres.
Il avoit voyagé en Italie et dans les principales
Cours de l'Europe ; il s'y étoit acquis
l'estime et l'amitié de quantité de personnes
de considération dont il parloit les
Langues fort correctement et avec une extrême
facilité . Sa Maison étoit ouverte et
tres fréquentée par les Etrangers qui voyagent
en France , et qui ne le quittoient ja
mais sans marquer un déplaisir égal, à l'empressement
qu'ils avoient eu de le voir.
Son extrême affabilité , sa modestie et sa
simplicité rendoient son commerce tresaimable;
il sembloit apporter dans les conversations
, dans les disputes - même, quelque
chose de doux , qui concilioit , et qui
en donnant du mouvement à l'esprit , y
mettoit beaucoup d'agrément; ce qui faisoit
trouver dans ceux qui l'écoutoient des
ressources d'esprit qu'ils n'auroient peutêtre
pas euës sans ce secours . D'ailleurs ,
amusant délicat agréable ; plaisant
dans ces récits , et jamais aux dépens
de personne
, même dans les occa
> >
sions
JUILLET. 1731. 1775
sions où il est quelquefois permis de se
donner un peu de liberté . Dans sa jeunes
se, un peu volage ; mais toujours ami solide
, constant et genereux ; sensible aux
malheurs des affligez , et secourable aux
nécessiteux,
Jamais homme ne fut plus ennemi da
faste et des airs guindez et importans. Il
les méprisoit souverainement dans les autres
, mais il les supportoit patiamment,
sans dire ou témoigner rien de désobligeant
; car le fond de son caractere étoit
d'être continuellement appliqué à détourner
ce qui pouvoit faire de la peine à quelqu'un
, ou à prévenir ce qui pouvoit lui
faire plaisir.
Il s'énonçoit naturellement et toujours
en bons termes , et il avoit l'art de glisser
à propos dans la conversation , selon le
caractere des personnes , des matieres con.
venables et toujours variées par quelque
chose d'ingénieux , de piquant et de guai.
Il n'est pas surprenant qu'avec ces qualitez
, une humeur égale , et un esprit enjoüé
, M. de la Faye fût souhaité dans le
commerce du monde ; aussi l'aimoit-il
beaucoup. Il sembloit être né plus préci
sément que les autres hommes pour la
société , et je ne sçai si on ne pourroit pas
le regarder comme un modele à cet égard.
Gilij Au
1776 MERCURE DE FRANCE
Au reste , il ne parloit jamais de lui que
pour faire sentir qu'il se plaçoit toujours
au dessous des autres , et presque toujours
à la derniere place , lors même que personne
n'auroit pû lui disputer la premiere.
Il ne connoissoit presque point d'inferieur
, pas même dans son Domestique.
Nos sensibles regrets , fondez sur quelques
liaisons d'amitié , ont peut être donné
trop d'étendue à cet article ; nous le terminerons
par ce trait remarquable de feu
M. l'Abbé de la Grange-Trianer , Chanoine
de N. D. l'homme peut- être le plus
poli de notre siecle , et l'esprit le plus fin
et le plus délié : il disoit que si pour donner
une idée juste et avantageuse du caractere
gracieux et poli des François , il
falloit choisir parmi nous un homme propre
à voyager dans les Païs Etrangers; le
choix devoit tomber sur M. de la Faye.
Il n'est donc plus cet homme aimable
Qui sçavoit allier un génie agréable ,
Aux plus pures clartez de la droite raison !
Cet ami tendre et sécourable ,
Ce Poëte comblé des faveurs d'Apollon !
Grands Dieux ! la Parque inéxorable
A déployé sur luy, ses funestes rigueurs ;
Et vous l'avez permis ! mais la douleur m'a ccable
.
Non
JUILLET. 173T. 1777
Non , non , le Ciel est équitable
La Faye vit encore ; il vit dans tous les coeurs.
Amoris triste Monumentum.
Par l'Abbé de Neuville.
Voici d'autres Vers d'un excellent
Poëte , qui nous sont tombés entre les:
mains, et qui caracterisent bien celui qui
donne lieu à cet Article .
Je vois le cas dont j'étois desireux ;
Malgré l'envie et sa triste rancune ,
Je vois enfin le vrai merite heureux ,
Et ne manquant de recompense aucune ::
La Faye a joye , amis , santé , pecune.
Or désormais gens à plume ou pinceau ,
Avisez-y , quand peindrez la Fortune :
Elle y voit clair , peignez - là sans bandeau..
grande perte en la perfone de Jean - François
Leriget de la Faye, Chevalier , Seigneur
de Condé &c. Secretaire du Cabinet du
Roy , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, mort à Paris le 11 Juillet , après
fix jours de maladie , dans la 57 ° année
de fon âge , extrêmement regretté par fes
amis,dont le nombre fait honneur à la mémoire
, par les gens de la plus haute distinction
, par les Etrangers et par le Peuple.
Il avoit été Moufquetaire , Lieutenant
dans le Régiment du Roy,Capitaine d'In-
G fanteric
1770 MERCURE DE FRANCE
fanterie dans le Régiment de Laffé , &
Gentilhomme, ordinaire chez le Roy.S.M.
l'avoit nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès de la République de Génes ; il
ayoit été auffi Sécretaire des Commande
mens de S. A. S. M. le Duc de Bourbon ,
qui l'a toujours honoré de ſon eſtime & de
fa confiance , Secretaire de la Maifon du
Roy & Secretaire de la Province de Bourgogne
. Il fe démit de ce dernier Secretariat
dans une circonftance qui lui fit honneur.
En 1713.il étoit au Congrès d'Utrecht,
chargé de diverfes commiffions. Ce fut lui
qui rapporta la ratification des Traitez au
Roy Louis XIV. Il paffa enfuite en Angleterre
, où il fut feul pendant fix mois
chargé des affaires de France, auprès de la
Reine Anne , de laquelle il eut plufieurs
Audiences particulieres. Il fut generalement
aimé & eftimé dans cette Cour. Et
en effet le caractere doux , fouple & infinuant
de M. de la Faye , étoit très- propre
aux Négociations.Jamais homme n'a paru
fi naturel , fi ouvert , ni avoir moins de
réſerve , & n'a mieux fçû en même tems
l'art de s'arrêter où il falloit , fans rien
emettre de tout ce que la dexterité fine &
déliée de la politique peut employer. Le
Roy lui avoit accordé une penfion de trois
mille livres pour les fervices,
En
JUILLET. 1731. 1771
En 1727. il fit le voyage d'Allemagne
par ordre du Duc de Bourbon , à qui il
étoit attaché depuis long- tems . Ce fut à
fon retour que ce Prince conclut fon mariage
avec la Princefle de Heffe- Rhinfelds,
que M. de la Faye avoit vûë à Rhombourg
en Bohéme .
Le 18. Aouft 17 : 9 . il préfenta ces Vers
à Madame la Ducheffe , pour celebrer fa
naiffance.
Allez , mes Vers , allez à la Princesse ,
Rendre mon hommage en ce jour :
Elle a d'Hébé la grace & la jeunesse ,
Minerve l'éclaira des dous de sa sagesse ,
Sa beauté ravit tout , & Paris & la Cour.
L'aimable douceur qu'elle allie
Aux devoirs , à la Dignité ,
Vous peut faire accueillir ; tout essent sa bonté,
Bien que , fans Apollon , la chanter foit folie ,
Dites , pour excuser votre témérité ,
Que si vous savez mal celebrer la beauté ,
Je me connois du moins en Princesse accomplie.
M. de la Faye joüissoit d'une assez bonne
santé , quoique d'une complexion délicate
; sobre , presqu'insensible au plaisir
de la Table. Il étoit d'une taille médiocre,
mais bien prise; le visage ouvert, le regard
Gij spiri1772
MERCURE DE FRANCE
\
spirituel et fin , accompagné d'un souris
agréable , l'air aisé , prévenant , vif et empressé.
On lui avoit fait l'Opération de
I'Empiéme il y a près de 7 ans. Il n'avoit
point été marié , et ne laisse qu'une soeur ,
veuve du Marquis de Vesc , qui n'a point
d'enfans , et un neveu âgé de 19 ans , fils de
son frere aîné , mort Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises. Le Roy vient
de lui accorder la Charge de Secretaire
du Cabinet.
M. de la Faye avoit beaucoup d'amour
et de goût pour les Arts , et il en étoit
l'Amateur et le Bienfaicteur. Il n'épargnoit
rien pour leur avancement et pour
en posseder les belles productions. Le prix
ne le rebutoit point quand il trouvoit
dans un Ouvrage le vrai , le beau et sur
tout le gracieux. La distinction de temps,
de païs , de grande ou foible réputation
d'un nom , ne faisoit aucune impression
sur lui ; en sorte qu'avec un choix exquis
et sans prévention pour les grands Maitres
d'Italie , il avoit fait une collection
considérable d'excellens Tableaux, la plupart
de moyenne grandeur , Flamands ,
François , &c. anciens et modernes ; en´
Estampes , Pierres gravées en creux et en
relief , bronze , figures et bas relief de
Marbre , Porcelaine ; ouvrage de la Chine
-
et
JUILLET. 1731 1773
•
et du Japon , &c . et on peut dire que ja→
mais aucun Cabinet n'a été si ouvert , ni
d'un accès si facile aux Curieux et aux
Gens de l'Art.
1
Nous ne disons rien des ornemens , de
la symetrie et de l'arrangement de ce Cabinet,
où l'art et le goût se faisoient admirer,
non plus que de sonCabinet de Livres ,
presque tous de Poësie et belles Lettres
précieux par le choix et d'une grande pro
preté.
A son goût pour la Peinture, etc. M.de
la Faye joignoit celui de la Poësie et de la
Musique ; il avoit l'oreille délicate , il expliquoit
fort bien les differentes sortes
d'harmonies, et les divers goûts de chants,
tant de France que d'Italie . Son talent favori
et son amour ardent pour les Vers a
assez paru dans les petits Poëmes que nous
avons de lui , qu'il récitoit si agréablement
et sans trop se faire prier, mais toutefois
sans se jetter , pour ainsi dire , à læ
tête car il étoit toujours le dernier à croire
qu'il eût fait quelque chose de bon . Il avoit
si peu d'amour propre qu'il recevoit avec
plaisir les corrections ; il en adoptoit même
trop légèrement.
M. de la Faye n'étoit pas sçavant profond
, aussi ne s'en piquoit- il nullement,
mais avec un esprit juste , beaucoup de
Giij saga
1774 MERCURE DE FRANCE
sagacité et une excellente mémoire ; il
avoit si bien sçû mettre à profit ses lcctures
et ses liaisons intimes avec les plus
beaux esprits de notre temps , qu'il avoit
acquis une connoissance telle, qu'aucunes
matieres, sur tout de Belles - Lettres, ne lui
étoient étrangeres.
Il avoit voyagé en Italie et dans les principales
Cours de l'Europe ; il s'y étoit acquis
l'estime et l'amitié de quantité de personnes
de considération dont il parloit les
Langues fort correctement et avec une extrême
facilité . Sa Maison étoit ouverte et
tres fréquentée par les Etrangers qui voyagent
en France , et qui ne le quittoient ja
mais sans marquer un déplaisir égal, à l'empressement
qu'ils avoient eu de le voir.
Son extrême affabilité , sa modestie et sa
simplicité rendoient son commerce tresaimable;
il sembloit apporter dans les conversations
, dans les disputes - même, quelque
chose de doux , qui concilioit , et qui
en donnant du mouvement à l'esprit , y
mettoit beaucoup d'agrément; ce qui faisoit
trouver dans ceux qui l'écoutoient des
ressources d'esprit qu'ils n'auroient peutêtre
pas euës sans ce secours . D'ailleurs ,
amusant délicat agréable ; plaisant
dans ces récits , et jamais aux dépens
de personne
, même dans les occa
> >
sions
JUILLET. 1731. 1775
sions où il est quelquefois permis de se
donner un peu de liberté . Dans sa jeunes
se, un peu volage ; mais toujours ami solide
, constant et genereux ; sensible aux
malheurs des affligez , et secourable aux
nécessiteux,
Jamais homme ne fut plus ennemi da
faste et des airs guindez et importans. Il
les méprisoit souverainement dans les autres
, mais il les supportoit patiamment,
sans dire ou témoigner rien de désobligeant
; car le fond de son caractere étoit
d'être continuellement appliqué à détourner
ce qui pouvoit faire de la peine à quelqu'un
, ou à prévenir ce qui pouvoit lui
faire plaisir.
Il s'énonçoit naturellement et toujours
en bons termes , et il avoit l'art de glisser
à propos dans la conversation , selon le
caractere des personnes , des matieres con.
venables et toujours variées par quelque
chose d'ingénieux , de piquant et de guai.
Il n'est pas surprenant qu'avec ces qualitez
, une humeur égale , et un esprit enjoüé
, M. de la Faye fût souhaité dans le
commerce du monde ; aussi l'aimoit-il
beaucoup. Il sembloit être né plus préci
sément que les autres hommes pour la
société , et je ne sçai si on ne pourroit pas
le regarder comme un modele à cet égard.
Gilij Au
1776 MERCURE DE FRANCE
Au reste , il ne parloit jamais de lui que
pour faire sentir qu'il se plaçoit toujours
au dessous des autres , et presque toujours
à la derniere place , lors même que personne
n'auroit pû lui disputer la premiere.
Il ne connoissoit presque point d'inferieur
, pas même dans son Domestique.
Nos sensibles regrets , fondez sur quelques
liaisons d'amitié , ont peut être donné
trop d'étendue à cet article ; nous le terminerons
par ce trait remarquable de feu
M. l'Abbé de la Grange-Trianer , Chanoine
de N. D. l'homme peut- être le plus
poli de notre siecle , et l'esprit le plus fin
et le plus délié : il disoit que si pour donner
une idée juste et avantageuse du caractere
gracieux et poli des François , il
falloit choisir parmi nous un homme propre
à voyager dans les Païs Etrangers; le
choix devoit tomber sur M. de la Faye.
Il n'est donc plus cet homme aimable
Qui sçavoit allier un génie agréable ,
Aux plus pures clartez de la droite raison !
Cet ami tendre et sécourable ,
Ce Poëte comblé des faveurs d'Apollon !
Grands Dieux ! la Parque inéxorable
A déployé sur luy, ses funestes rigueurs ;
Et vous l'avez permis ! mais la douleur m'a ccable
.
Non
JUILLET. 173T. 1777
Non , non , le Ciel est équitable
La Faye vit encore ; il vit dans tous les coeurs.
Amoris triste Monumentum.
Par l'Abbé de Neuville.
Voici d'autres Vers d'un excellent
Poëte , qui nous sont tombés entre les:
mains, et qui caracterisent bien celui qui
donne lieu à cet Article .
Je vois le cas dont j'étois desireux ;
Malgré l'envie et sa triste rancune ,
Je vois enfin le vrai merite heureux ,
Et ne manquant de recompense aucune ::
La Faye a joye , amis , santé , pecune.
Or désormais gens à plume ou pinceau ,
Avisez-y , quand peindrez la Fortune :
Elle y voit clair , peignez - là sans bandeau..
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Résumé : Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Jean-François Leriget de la Faye, Chevalier et Seigneur de Condé, est décédé à Paris le 11 juillet à l'âge de 57 ans après six jours de maladie. Secrétaire du Cabinet du Roi et membre des Quarante de l'Académie Française, il était très regretté par ses amis, les personnes de haute distinction, les étrangers et le peuple. De la Faye a occupé divers postes militaires et diplomatiques, notamment celui d'Envoyé Extraordinaire auprès de la République de Gênes et de Secrétaire des Commandements du Duc de Bourbon. En 1713, il a participé au Congrès d'Utrecht et a rapporté la ratification des traités au Roi Louis XIV. Il a également été chargé des affaires de France en Angleterre auprès de la Reine Anne. En 1727, il a effectué un voyage en Allemagne pour le Duc de Bourbon. De la Faye était connu pour son caractère doux, souple et insinuant, idéal pour les négociations. Il a reçu une pension de trois mille livres pour ses services. Il était amateur et bienfaiteur des arts, possédant une collection considérable de tableaux, estampes, pierres gravées, bronzes et porcelaines. Il avait un goût prononcé pour la poésie et la musique, et était apprécié pour son esprit juste et sa mémoire excellente. De la Faye était également connu pour son affabilité, sa modestie et sa simplicité, rendant son commerce très aimable. Il était ennemi du faste et des airs importants, préférant toujours se placer en dessous des autres. Son décès a été profondément regretté, et il est décrit comme un modèle de sociabilité et de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2317
A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
Début :
J'ay porté votre nom en cent climats divers ; [...]
Mots clefs :
Climats, Muses, Lauriers, Temple de mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
A. M. M. D. M.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
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Résumé : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
L'Abbé Poncy de Neuville dédie un texte à un érudit, M **. La Renommée célèbre sa renommée mondiale et ses inspirations musesques. Il souhaite que l'érudit soit couronné de lauriers verts et que sa gloire perdure autant que ses écrits, placés par Apollon au Temple de la Mémoire. La date est le 20 août.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1907-1912
LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
Début :
Descends, Divine Melpoméne [...]
Mots clefs :
Prière, Louis XIV, Tragédie, Règles, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
LES PROGREZ de la Tragédie ,
sous LOUIS XIV.
DEscends , Divine Melpoméne ( 1 ) ,
Prête à ma voix ces sons vainqueurs ;
Qui savent sur ta double scene ,
Ravir et charmer tous les cœurs.
Je celebre aujourd'hui ta gloire ,
Sous un Monarque dont l'histoire ,
Efface les noms les plus grands ( 2 ),
Et qui joignit à sa puissance ,
2
Ce goût , cette magnificence ,
Si glorieuse aux Conquerans.
Quel noir cahos s'offre à ma vûë ( 3 )
Où vais-je en cette affreuse nuit ?
Un foible éclair perce la nuë ,`
Je n'entrevois qu'un jour qui fuit ;
Sur nos bords , un Théatre s'ouvre ,
Quels fantômes mon œil découvre ,
Sous le Cothurne des Héros ;
O Dieux , Melpomene avilie ( 4 )
(1 )L'Opera et la Comédie.
( 2 ) LOUIS XIV,
(3 )Etat de l'ancienne Tragédie en France.
(4 ) Pieces de Jodelle , Garnier , Hardy.
Porte
1908 MERCURE DE FRANCE
Porte le masque de Thalie ,
Orné des Myrthes de Paphos,
Disparoissez , nuages sombres ( 1 );
Tout change ; à mes yeux éblouis ,
Le plus beau jour chassant les ombres ,
Se leve en faveur de Louis ;
Armand fait briller son Aurore ( 2 ) ;
Que de Fleurs s'empressent d'éclorre ,
Le temps augmente leurs attraits ;
Le Théatre se renouvelle ,
Le Dieu des Muses me révele ,
Le cours de ses heureux progrès.
Que vois-je ? d'une aîle hardie,
Un Aigle fend le sein des airs ; ( 3)
Par sa touchante Mélodie ,
Un Cygne attendrit l'Univers ( 4 ) ;
Oprodige ; à la voix d'un homme ,
Renaissent les Héros de Rome , ( s ) ;
Plus grands encor , plus généreux ;
Est-ce la vertu qui s'exprime ( 6 ) .
( 1 ) Progrès de laTragédie.
( 2 ) Le Cardinal de Richelieu. Pieces des s Au
geurs.
(3) Corneille , l'aîné.
(4 ) Racine.
(s )Pieces de Corneille
( 6 ) Mitridate.
Est-ex
SEPTEMBR E. 1732 1909
Est-ce l'amour tendre Monime , ( 1 ) ,
Vous les réunissez tous deux.
Les Regles long-temps négligées ,
Rentrent enfin dans tous leurs droits ;
Les bien- séances sont vangées ,
J'entens les Rois , parler en Rois ;
Du fard méprisant l'imposture
Melpomene dans la nature ,
Puise sa nouvelle splendeur ;
Et sa Pompe moins fastueuse ,
En devient plus majestueuse ,
Et plus digne de sa grandeur.
A tes Progrès , Muse sublime , ( 2)
L'Etranger dresse des Autels ;
L'Anglois , Emule magnanime ,
Leur rend des honneurs immortels ;
Nos Sophocles portent ta gloire ,
Aussi-loin que par la victoire ,
Le nom de Louis fut porté.
Tel du Midy , jusques à l'Ourse ,
(1 )Mitridate, Piece de Racine.
(2) Les Progrès de la Tragedie se sont étendus
fort loin sous LOUIS XI V. et continuent encore
après lui. Les Anglois ont traduit plusieurs de nos
Pieces , le Cid , l'Andromaque , le Caton,
B Phœbus
1910 MERCURE DE FRANCE
Phoebus dans sa brillante course ,
Dispense au monde la clarëté.
Suis-je dans l'Empire des Fées ?
Est- ce icy le Palais des Dieux ? ( 1 )
L'Art des Zeuxis et des Orphées ,
Triomphe en ces superbes lieux ;
Nouveau genre où le fier tragique ,
S'unit aux sons de la Musique!
Où le chant nous peint les douleurs !
Triste Eglé , malheureuse Armide ,
Thétis , Clorinde , Sangaride ,
Vos accens m'arrachent des pleurs.
Le François est né trop sensible
Son goût par les amours flatté ,
Sembloit oublier le terrible ,
Qu'idolatroit l'antiquité ( 2 )
>
3 ) Echyle revit ; mais plus sage ;
S'il m'offre une barbare image ›
Il sait en adoucir l'horreur ( 4 ) ;
Et sur sa scene interressante >
Toujours la pitié gémissante ,
Est compagne de la terreur.
( 1 ) L'Opera,
( 2 ) Pieces de Sophocle et d'Euripe.
( 3 ) M. de Crebillon.
.14 ) Astrée , Electre ,
Zénobie.
Dieuz
SEPTEMBR E. 1732 1911
Dieux vains que celebre ma Lyre ,
Cedez au Dieu de vérité ;
Un Spectacle auguste m'attire ,
Où préside la Piété. ( 1 )
Icy la grace est triomphante ; ( 2 )
C'est dans les tourmens qu'elle enfante , ( 3 )
Des Chrétiens vainqueurs du trépas ; ( 4 )
Là , périt une Reine impie, ( s )
Plus loin , un fils rebelle expie ,
Ses Parricides attentats. ( 6 )
Des grands Maîtres suivons l'exemple;
Que notre Théatre épuré,
Par nos mains se change en un Temple,
Aux seules vertus consacré ;
Heureux qui les choisit pour guides ;
Et qui mêle les fruits solides
Avec le vif éclat des fleurs !
Fidele au flambeau qui l'éclaire ,
Il n'a recours à l'art de plaire ,
Que pour faire regner les mœurs.
( 1 ) Pieces Saintes.
( 2 ) Polyeucte de Corneille.
( 3 ) Gabinie , de M. Bruys. "
( 4 ) Adrien , de M. de Campist
PRIERE.
Toi , qui regles des Rois les hautes destinées ;
En faveur de Louis , exauce nos souhaits;
Dieu saint , à ses vertus égale ses années ,
Et rends toujours son cœur digne de tes bienfaits.
- Vivat io , LODOIX , hoc unum poscimus omnes.
Par M. l'Abbé PONCY DE NEUVILLE.
sous LOUIS XIV.
DEscends , Divine Melpoméne ( 1 ) ,
Prête à ma voix ces sons vainqueurs ;
Qui savent sur ta double scene ,
Ravir et charmer tous les cœurs.
Je celebre aujourd'hui ta gloire ,
Sous un Monarque dont l'histoire ,
Efface les noms les plus grands ( 2 ),
Et qui joignit à sa puissance ,
2
Ce goût , cette magnificence ,
Si glorieuse aux Conquerans.
Quel noir cahos s'offre à ma vûë ( 3 )
Où vais-je en cette affreuse nuit ?
Un foible éclair perce la nuë ,`
Je n'entrevois qu'un jour qui fuit ;
Sur nos bords , un Théatre s'ouvre ,
Quels fantômes mon œil découvre ,
Sous le Cothurne des Héros ;
O Dieux , Melpomene avilie ( 4 )
(1 )L'Opera et la Comédie.
( 2 ) LOUIS XIV,
(3 )Etat de l'ancienne Tragédie en France.
(4 ) Pieces de Jodelle , Garnier , Hardy.
Porte
1908 MERCURE DE FRANCE
Porte le masque de Thalie ,
Orné des Myrthes de Paphos,
Disparoissez , nuages sombres ( 1 );
Tout change ; à mes yeux éblouis ,
Le plus beau jour chassant les ombres ,
Se leve en faveur de Louis ;
Armand fait briller son Aurore ( 2 ) ;
Que de Fleurs s'empressent d'éclorre ,
Le temps augmente leurs attraits ;
Le Théatre se renouvelle ,
Le Dieu des Muses me révele ,
Le cours de ses heureux progrès.
Que vois-je ? d'une aîle hardie,
Un Aigle fend le sein des airs ; ( 3)
Par sa touchante Mélodie ,
Un Cygne attendrit l'Univers ( 4 ) ;
Oprodige ; à la voix d'un homme ,
Renaissent les Héros de Rome , ( s ) ;
Plus grands encor , plus généreux ;
Est-ce la vertu qui s'exprime ( 6 ) .
( 1 ) Progrès de laTragédie.
( 2 ) Le Cardinal de Richelieu. Pieces des s Au
geurs.
(3) Corneille , l'aîné.
(4 ) Racine.
(s )Pieces de Corneille
( 6 ) Mitridate.
Est-ex
SEPTEMBR E. 1732 1909
Est-ce l'amour tendre Monime , ( 1 ) ,
Vous les réunissez tous deux.
Les Regles long-temps négligées ,
Rentrent enfin dans tous leurs droits ;
Les bien- séances sont vangées ,
J'entens les Rois , parler en Rois ;
Du fard méprisant l'imposture
Melpomene dans la nature ,
Puise sa nouvelle splendeur ;
Et sa Pompe moins fastueuse ,
En devient plus majestueuse ,
Et plus digne de sa grandeur.
A tes Progrès , Muse sublime , ( 2)
L'Etranger dresse des Autels ;
L'Anglois , Emule magnanime ,
Leur rend des honneurs immortels ;
Nos Sophocles portent ta gloire ,
Aussi-loin que par la victoire ,
Le nom de Louis fut porté.
Tel du Midy , jusques à l'Ourse ,
(1 )Mitridate, Piece de Racine.
(2) Les Progrès de la Tragedie se sont étendus
fort loin sous LOUIS XI V. et continuent encore
après lui. Les Anglois ont traduit plusieurs de nos
Pieces , le Cid , l'Andromaque , le Caton,
B Phœbus
1910 MERCURE DE FRANCE
Phoebus dans sa brillante course ,
Dispense au monde la clarëté.
Suis-je dans l'Empire des Fées ?
Est- ce icy le Palais des Dieux ? ( 1 )
L'Art des Zeuxis et des Orphées ,
Triomphe en ces superbes lieux ;
Nouveau genre où le fier tragique ,
S'unit aux sons de la Musique!
Où le chant nous peint les douleurs !
Triste Eglé , malheureuse Armide ,
Thétis , Clorinde , Sangaride ,
Vos accens m'arrachent des pleurs.
Le François est né trop sensible
Son goût par les amours flatté ,
Sembloit oublier le terrible ,
Qu'idolatroit l'antiquité ( 2 )
>
3 ) Echyle revit ; mais plus sage ;
S'il m'offre une barbare image ›
Il sait en adoucir l'horreur ( 4 ) ;
Et sur sa scene interressante >
Toujours la pitié gémissante ,
Est compagne de la terreur.
( 1 ) L'Opera,
( 2 ) Pieces de Sophocle et d'Euripe.
( 3 ) M. de Crebillon.
.14 ) Astrée , Electre ,
Zénobie.
Dieuz
SEPTEMBR E. 1732 1911
Dieux vains que celebre ma Lyre ,
Cedez au Dieu de vérité ;
Un Spectacle auguste m'attire ,
Où préside la Piété. ( 1 )
Icy la grace est triomphante ; ( 2 )
C'est dans les tourmens qu'elle enfante , ( 3 )
Des Chrétiens vainqueurs du trépas ; ( 4 )
Là , périt une Reine impie, ( s )
Plus loin , un fils rebelle expie ,
Ses Parricides attentats. ( 6 )
Des grands Maîtres suivons l'exemple;
Que notre Théatre épuré,
Par nos mains se change en un Temple,
Aux seules vertus consacré ;
Heureux qui les choisit pour guides ;
Et qui mêle les fruits solides
Avec le vif éclat des fleurs !
Fidele au flambeau qui l'éclaire ,
Il n'a recours à l'art de plaire ,
Que pour faire regner les mœurs.
( 1 ) Pieces Saintes.
( 2 ) Polyeucte de Corneille.
( 3 ) Gabinie , de M. Bruys. "
( 4 ) Adrien , de M. de Campist
PRIERE.
Toi , qui regles des Rois les hautes destinées ;
En faveur de Louis , exauce nos souhaits;
Dieu saint , à ses vertus égale ses années ,
Et rends toujours son cœur digne de tes bienfaits.
- Vivat io , LODOIX , hoc unum poscimus omnes.
Par M. l'Abbé PONCY DE NEUVILLE.
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Résumé : LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
Le texte traite des progrès de la tragédie sous le règne de Louis XIV. Il commence par une invocation à Melpomène, la muse de la tragédie, pour célébrer la gloire de Louis XIV, dont l'histoire efface celle des plus grands monarques. Avant Louis XIV, la tragédie en France était marquée par des œuvres médiocres de Jodelle, Garnier et Hardy. Sous Louis XIV, la tragédie connaît un renouveau grâce à des figures comme le Cardinal de Richelieu, Corneille et Racine. Corneille est comparé à un aigle, symbolisant son audace, tandis que Racine est comparé à un cygne, représentant sa mélodie touchante. Les héros romains revivent dans les pièces de Corneille, plus grands et plus généreux. Le texte souligne également le respect des règles et des bienséances dans les tragédies, avec des rois parlant en rois et Melpomène puisant sa splendeur dans la nature. Les progrès de la tragédie française sont reconnus à l'étranger, notamment en Angleterre, où des pièces comme 'Le Cid', 'Andromaque' et 'Caton' sont traduites. Le texte mentionne aussi l'influence de l'opéra et la sensibilité du public français, qui préfère les amours aux sujets terribles de l'antiquité. Il conclut par une prière à Dieu pour prolonger la vie et les vertus de Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1047-1053
L'ENVIE. ODE.
Début :
Quels sont ces bords où la Nature [...]
Mots clefs :
Envie, Lieux, Bords
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ENVIE. ODE.
L'EN VI E.
OD E.
Uels sont ces bords où la Nature
Languit et paroît expirer ;
Au fond d'une Caverne obscure ,
J'entens gémir et soupirer ;
Des Serpens en gardent l'entrée ,
Dans cette demeure abhorrée ,
L'Eclair me précede et me suit ,
I. Vol. A ij
La
1048 MERCURE DE FRANCE
La Foudre gronde , je frissonne ;
Ciel , quel jour affreux m'environne
Ah ! rendez- moi plutôt la nuit.
Un Autel dressé par les crimes ,
D'abord épouvente mes yeux;
Le sang des plus nobles Victimes ,
Est l'encens qui fume en ces Lieux ;
L'horrible Envie est la Déesse ,
A qui cet hommage s'adresse ;
C'est ici son fatal séjour ;
Sur son front habitent les craintes ,
L'erreur sur ses levres éteintes
Et son sein nourrit un Vautour.
諾
Ses Sujets partagent sa peine ,
Aux mêmes tourmens condamnez ,
Devant cette superbe Reine
Ils sont à regret prosternez ;
La pâle langueur les consume ,
Soit que l'Astre du jour s'allume ,
Ou soit qu'il éteigne ses feux ,
Ils vivent en proye aux allarmes ;
L'abondance excite leurs larmes ;
>
La joye est un tourment pour eux.
諾
C'est par les désordres du monde
E
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1049 1734.
Qu'on peut compter tes attentats ,
Furie en cruautez féconde ,
Les ravages marquent tes pas ;
En des lieux où l'horreur réside ,
Où l'affreuse Hécate préside ,
Ta rage aux Enfers a recours ,
Et dans son aveugle folie ,
Des charmes de la Thessalie
Elle emprunte les noirs secours.
Elle arme la haine cruelle
'Au pied d'un funeste Tombeau ,
La Discorde au regard rebelle ,
Lui prête un sinistre flambeau ;
Dans une Coupe séduisante ,
Ici , la trahison présente ,
Les Poisons par toi préparez ,
Le masque de l'hypocrisie
Là , déguise ta frénesic ,
Et rend tes coups plus assurez.
La Cour est le fameux Théatre
De tes ambitieux projets ;
D'un rang plus haut , vile idolâtre ,
Tu le brigues par des forfaits ;
Tu l'obtiens sous de noirs auspices ;
Victime de tes artifices ,
1. Vol
A iij
Le
Togo MERCURE DE FRANCE
Le mérite n'a point d'appui ;
Tu t'applaudis quand il succombe ;
Mais sur toi quelquefois retombe]
Le Trait qu'on lançoit contre lui.. De
SK
Eh quoi les Peuples les plus sages ,
A tes soupçons ouvrent leurs coeurs ;
Athênes sur des bords sauvages ,
Relegue ses Enfans vainqueurs ;
Miltiade , peut - on le croire ?
Des Grecs n'a cherché que la gloire
Et meurt dans les fers à Paros ,
Quand ton injustice décide ,
L'éclat d'une valeur rapide
Est un crime pour un Héros.
Il rend le fils suspect au Père , (a)
Surena vainqueur à son Roy , (b)
L'Epoux d'Aprippine à Tibere , (c)
Qu'avilit la honteuse Loy ;
Atteint de ton poison funeste
Uu Sexe dont le front modeste
Ne respire que la douceur ,
Contre une Rivale trop belle
(a ) Nicomede à Prusias .
(b) Surena , Favori d'Orode , Roy des Parthes.
(c ) Germanicus.
I. Vol. Porte
JUIN.
1734 TOSI
Porte sa vengeance immortelle ,
Jusqu'à la barbare fareus.
Qu'entends-je , quels Oiseaux funebres
Par d'odieux croassemens ,
Vont insulter les Morts celebres
Dans le repos des Monumens !
Cessez vos éternels murmures ;
Loin de ces lieux , Races impures ;
Vos cris se perdent dans les Airs ;
Les Homeres et les Virgiles ,
Sont malgré l'effort des Zoïles ,
Les délices de l'Univers.
Faut-il que du sacré Permesse ,
L'Envie ose infecter les Eaux ›
Faut-il qu'une lâche foiblesse ,
Flétrisse d'illustres Rivaux ?
Mais que peuvent toutes ces ligues ,
Ces complots secrets , ces intrigues ,
Ce sont des Torrens dans leurs cours ;
Leurs flots grossis bien - tôt décroissent ,
Les Censeurs jaloux disparoissent ;
Et le beau triomphe toujours.
Cherchons des Athletes insignes.
Plus la victoire suit leurs pas ,
1. I. Vol. A iiij
Plus
1052 MERCURE DE FRANCE
Plus de nos efforts ils sont dignes ;
Leur gloire ennoblit nos Combats ,
C'est par des chef- d'oeuvres durables ,
Et non par des Ecrits coupables ,
Que nous devons la disputer ;
Jamais les Triomphes des autres
Ne pourront obscurcir les nôtres ,
Si nous sçavons en mériter.
諾
>,
L'émulation est permise ;
Elle sert au progrès des Arts ,
Soutient une noble entreprise ,
Nous anime dans les hazards ;
On lui doit les plus grands courages
On lui doit ces rares Ouvrages
Que respecteront nos neveux ;
L'ardeur de vaincre est légitime ;
Mais elle fait regner l'estime
Sur des Concurrens genereux.
Rentre dans l'infernal Empire ;
Monstre digne de son horreur ;
Ta fuite , au jour que je respire ,
Rendra sa premiere splendeur ;
Traîne sur les bords du Cocyte
Ta haine pour le vrai mérite ,
Tes chagrins , ta honte , tes fers ,
I. Vol.
JUIN. 1053
1734-
Et voy la Vertu orissante
Braver ta fureur impuissante ,
Dans les Cieux qui lui sont ouverts.
Ah pereat livor dum´scandit ad athera virtus .
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
OD E.
Uels sont ces bords où la Nature
Languit et paroît expirer ;
Au fond d'une Caverne obscure ,
J'entens gémir et soupirer ;
Des Serpens en gardent l'entrée ,
Dans cette demeure abhorrée ,
L'Eclair me précede et me suit ,
I. Vol. A ij
La
1048 MERCURE DE FRANCE
La Foudre gronde , je frissonne ;
Ciel , quel jour affreux m'environne
Ah ! rendez- moi plutôt la nuit.
Un Autel dressé par les crimes ,
D'abord épouvente mes yeux;
Le sang des plus nobles Victimes ,
Est l'encens qui fume en ces Lieux ;
L'horrible Envie est la Déesse ,
A qui cet hommage s'adresse ;
C'est ici son fatal séjour ;
Sur son front habitent les craintes ,
L'erreur sur ses levres éteintes
Et son sein nourrit un Vautour.
諾
Ses Sujets partagent sa peine ,
Aux mêmes tourmens condamnez ,
Devant cette superbe Reine
Ils sont à regret prosternez ;
La pâle langueur les consume ,
Soit que l'Astre du jour s'allume ,
Ou soit qu'il éteigne ses feux ,
Ils vivent en proye aux allarmes ;
L'abondance excite leurs larmes ;
>
La joye est un tourment pour eux.
諾
C'est par les désordres du monde
E
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1049 1734.
Qu'on peut compter tes attentats ,
Furie en cruautez féconde ,
Les ravages marquent tes pas ;
En des lieux où l'horreur réside ,
Où l'affreuse Hécate préside ,
Ta rage aux Enfers a recours ,
Et dans son aveugle folie ,
Des charmes de la Thessalie
Elle emprunte les noirs secours.
Elle arme la haine cruelle
'Au pied d'un funeste Tombeau ,
La Discorde au regard rebelle ,
Lui prête un sinistre flambeau ;
Dans une Coupe séduisante ,
Ici , la trahison présente ,
Les Poisons par toi préparez ,
Le masque de l'hypocrisie
Là , déguise ta frénesic ,
Et rend tes coups plus assurez.
La Cour est le fameux Théatre
De tes ambitieux projets ;
D'un rang plus haut , vile idolâtre ,
Tu le brigues par des forfaits ;
Tu l'obtiens sous de noirs auspices ;
Victime de tes artifices ,
1. Vol
A iij
Le
Togo MERCURE DE FRANCE
Le mérite n'a point d'appui ;
Tu t'applaudis quand il succombe ;
Mais sur toi quelquefois retombe]
Le Trait qu'on lançoit contre lui.. De
SK
Eh quoi les Peuples les plus sages ,
A tes soupçons ouvrent leurs coeurs ;
Athênes sur des bords sauvages ,
Relegue ses Enfans vainqueurs ;
Miltiade , peut - on le croire ?
Des Grecs n'a cherché que la gloire
Et meurt dans les fers à Paros ,
Quand ton injustice décide ,
L'éclat d'une valeur rapide
Est un crime pour un Héros.
Il rend le fils suspect au Père , (a)
Surena vainqueur à son Roy , (b)
L'Epoux d'Aprippine à Tibere , (c)
Qu'avilit la honteuse Loy ;
Atteint de ton poison funeste
Uu Sexe dont le front modeste
Ne respire que la douceur ,
Contre une Rivale trop belle
(a ) Nicomede à Prusias .
(b) Surena , Favori d'Orode , Roy des Parthes.
(c ) Germanicus.
I. Vol. Porte
JUIN.
1734 TOSI
Porte sa vengeance immortelle ,
Jusqu'à la barbare fareus.
Qu'entends-je , quels Oiseaux funebres
Par d'odieux croassemens ,
Vont insulter les Morts celebres
Dans le repos des Monumens !
Cessez vos éternels murmures ;
Loin de ces lieux , Races impures ;
Vos cris se perdent dans les Airs ;
Les Homeres et les Virgiles ,
Sont malgré l'effort des Zoïles ,
Les délices de l'Univers.
Faut-il que du sacré Permesse ,
L'Envie ose infecter les Eaux ›
Faut-il qu'une lâche foiblesse ,
Flétrisse d'illustres Rivaux ?
Mais que peuvent toutes ces ligues ,
Ces complots secrets , ces intrigues ,
Ce sont des Torrens dans leurs cours ;
Leurs flots grossis bien - tôt décroissent ,
Les Censeurs jaloux disparoissent ;
Et le beau triomphe toujours.
Cherchons des Athletes insignes.
Plus la victoire suit leurs pas ,
1. I. Vol. A iiij
Plus
1052 MERCURE DE FRANCE
Plus de nos efforts ils sont dignes ;
Leur gloire ennoblit nos Combats ,
C'est par des chef- d'oeuvres durables ,
Et non par des Ecrits coupables ,
Que nous devons la disputer ;
Jamais les Triomphes des autres
Ne pourront obscurcir les nôtres ,
Si nous sçavons en mériter.
諾
>,
L'émulation est permise ;
Elle sert au progrès des Arts ,
Soutient une noble entreprise ,
Nous anime dans les hazards ;
On lui doit les plus grands courages
On lui doit ces rares Ouvrages
Que respecteront nos neveux ;
L'ardeur de vaincre est légitime ;
Mais elle fait regner l'estime
Sur des Concurrens genereux.
Rentre dans l'infernal Empire ;
Monstre digne de son horreur ;
Ta fuite , au jour que je respire ,
Rendra sa premiere splendeur ;
Traîne sur les bords du Cocyte
Ta haine pour le vrai mérite ,
Tes chagrins , ta honte , tes fers ,
I. Vol.
JUIN. 1053
1734-
Et voy la Vertu orissante
Braver ta fureur impuissante ,
Dans les Cieux qui lui sont ouverts.
Ah pereat livor dum´scandit ad athera virtus .
Par M. l'Abbé Poncy de Neuville.
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Résumé : L'ENVIE. ODE.
Le poème décrit les méfaits de l'Envie, personnifiée comme une déesse malfaisante. L'auteur commence par dépeindre un lieu sombre et effrayant, gardé par des serpents, où réside l'Envie. Cet endroit est marqué par la peur, l'erreur et la souffrance. Les sujets de l'Envie partagent sa peine et vivent dans une constante alarme, trouvant même la joie tourmentante. L'Envie est responsable des désordres du monde, semant la haine, la trahison et l'hypocrisie, notamment à la cour. Elle manipule les soupçons et les injustices, comme dans le cas de Miltiade, un héros grec injustement emprisonné. Elle affecte également les relations familiales et conjugales, provoquant des vengeances imméritées. Le poème critique ceux qui osent attaquer les grands écrivains comme Homère et Virgile, comparant ces attaques à des torrents qui finissent par décroître. Il encourage l'émulation positive et le progrès des arts, soulignant que la véritable gloire vient des œuvres durables et non des écrits malveillants. L'Envie est finalement chassée, permettant à la vertu de triompher et de briller dans les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1065-1068
LAURE A PETRARQUE, ELEGIE.
Début :
En vain vous combattez un progrès salutaire, [...]
Mots clefs :
Pétrarque, Laure, Amour, Amant, Raison, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LAURE A PETRARQUE, ELEGIE.
LAURE A PETRARQUE ,
ELEGI E.
EN vain vous combattez un progrès salutaire;
Petrarque , c'en est fait , rien ne peut m'en distraire
;
Si je vous aimois moins , je ne vous fuirois pas ;
Hymen, je l'avouerai , n'a pour moi nul appas ,
' est le tombeau fatal de l'ardeur le plus tendre;
.. peine quelques feux renaissent de sa cendre;
L'Amant le plus soumis et le plus empressé
1.poux , devient un Maître, imperieux , glacé ,
Jaloux sans amour même , esclave du caprice
Dont le front inquiet sans cesse se herisse ,
Et qui lassé d'un bien dont il est possesseur ,
Souvent d'un vil objet injuste adorateur ,
Laisse une Epouse aimable aux pleurs abandonnée ;
* Laure se retira du monde et exhorta son Amant
à faire de même , il se fit Ecclesiastique : In vitâ
Petrarcha autore Savellio .
I Vol.
Accu1066
MERCURE DE FRANCE
Accuser en secret sa triste destinée ;
Vous me jurez , Petrarque, une constaute foi ;
Mais l'homme est si leger, si vous changiez pour
moi...
Ah ! je m'en fais d'avance une image cruelle ,
Oui, je craindrois toujours de vous voir infidelle,"
Et je cherche uu Amant qui ne change jamais
D'ailleurs le temps jaloux effacera mes traits ;
Vous ne trouverez plus en moi les mêmes char
mes ,
Vous faites mon bonheur , vous causeriez mes
larmes ;
Mais pourquoi m'arrêter à ces motifs humains
Elevons-nous par eux à de plus hauts desseins
Qu'un feu plus pur succede à de terrestres flammes
;
De l'Empire des sens affranchiffons nos ames ;
Dieu m'appelle , sa voix excite mes remords ,
Je fais pour les calmer d'inutiles efforts ;
Dès mes plus tendres ans je lui fus consacrée
Trop long-tems loin de lui je me suis égarée ;
Il a versé sur nous ses plus rares présens ,
Vous devez à sa gloire employer vos talens ,
Et c'est moi contre lui qui vous prête des armes;
De ma foible beauté vous celebrez les charmes
J'ai troublé le repos de votre heureux séjour ,
Mes yeux vous ont appris à connoître l'amour ;
Cet amour vous arrache à votre solitude ,
Vous ne pensez qu'à moi ; la sagesse et l'étude
I. Vol. N'ont
JUIN.
1734 1067
N'ont pour vous aujourd'hui que de tristes plaisirs
;
Vous seul êtes l'objet de mes tendres desirs ;
La vertu , dites-vous , regle notre tendresse ,
La plus pure amitié tous deux nous interesse ;
Ne nous engageons pas dans un combat douteux
;
Des amis tels que nous sout toujours dangereux ;
Cette ardeur délicate est une idolâtrie
Sous des traits vertueux dans notre ame nourrie ;
Elle sait la séduire en cachant le poison ,
Dont la douceur perfide enyvre la raison.
Le Dieu que nous servons ne veut point de partage
;
Ne dites point qu'en moi vous aimez son Image ;
it au fond des coeurs ; cessons de nous tromper
;
A ces regards perçans rien ne peut échaper 3
Gardons-nous d'alleguer d'invincibles obstacles;
Son bras n'interrompt point le cours de ses miracles.
Sur un penchant fatal l'homme s'excuse envain
Aussi tendres que nous , Madeleine , Augustin,
Cherchant le vrai bonheur et lassés dans leur
course "
N'en ont trouvé qu'en Dieu l'inépuisable source,
Comine eux nous le cherchons , il nous fuit ; "
mais helas !
Peut-on le rencontrer où Dieu ne regne pas ?
I. Vol. Et
1e68 MERCURE DE FRANCE
Et regne t'il , Petrarque , où triomphent les cri
mes ?
D'un monde séducteur déplorables victimes
Nous avons trop suivi ses pompes et ses jeux ›
Il amusa nos sens , a- t'il rempli nos voeux ?
Aspirons l'un et l'autre à des biens plus solides;
Que la raison , la foi , la grace soient nos gui
des ;
C'est Dieu seul qui sur vous l'emporte dans mon
coeur ;
Vous pouvez avoüer un si noble vainqueur ;
Mais ce n'est point assez, il faut nous interdire
La douceur de nous voir , celle de nous écrire ;
Au danger qui nous plaît imprudemment s'of
frir ,
Est- ce combattre ? non , c'est chercher à périr.
Par M. Poncy de Neuville .
ELEGI E.
EN vain vous combattez un progrès salutaire;
Petrarque , c'en est fait , rien ne peut m'en distraire
;
Si je vous aimois moins , je ne vous fuirois pas ;
Hymen, je l'avouerai , n'a pour moi nul appas ,
' est le tombeau fatal de l'ardeur le plus tendre;
.. peine quelques feux renaissent de sa cendre;
L'Amant le plus soumis et le plus empressé
1.poux , devient un Maître, imperieux , glacé ,
Jaloux sans amour même , esclave du caprice
Dont le front inquiet sans cesse se herisse ,
Et qui lassé d'un bien dont il est possesseur ,
Souvent d'un vil objet injuste adorateur ,
Laisse une Epouse aimable aux pleurs abandonnée ;
* Laure se retira du monde et exhorta son Amant
à faire de même , il se fit Ecclesiastique : In vitâ
Petrarcha autore Savellio .
I Vol.
Accu1066
MERCURE DE FRANCE
Accuser en secret sa triste destinée ;
Vous me jurez , Petrarque, une constaute foi ;
Mais l'homme est si leger, si vous changiez pour
moi...
Ah ! je m'en fais d'avance une image cruelle ,
Oui, je craindrois toujours de vous voir infidelle,"
Et je cherche uu Amant qui ne change jamais
D'ailleurs le temps jaloux effacera mes traits ;
Vous ne trouverez plus en moi les mêmes char
mes ,
Vous faites mon bonheur , vous causeriez mes
larmes ;
Mais pourquoi m'arrêter à ces motifs humains
Elevons-nous par eux à de plus hauts desseins
Qu'un feu plus pur succede à de terrestres flammes
;
De l'Empire des sens affranchiffons nos ames ;
Dieu m'appelle , sa voix excite mes remords ,
Je fais pour les calmer d'inutiles efforts ;
Dès mes plus tendres ans je lui fus consacrée
Trop long-tems loin de lui je me suis égarée ;
Il a versé sur nous ses plus rares présens ,
Vous devez à sa gloire employer vos talens ,
Et c'est moi contre lui qui vous prête des armes;
De ma foible beauté vous celebrez les charmes
J'ai troublé le repos de votre heureux séjour ,
Mes yeux vous ont appris à connoître l'amour ;
Cet amour vous arrache à votre solitude ,
Vous ne pensez qu'à moi ; la sagesse et l'étude
I. Vol. N'ont
JUIN.
1734 1067
N'ont pour vous aujourd'hui que de tristes plaisirs
;
Vous seul êtes l'objet de mes tendres desirs ;
La vertu , dites-vous , regle notre tendresse ,
La plus pure amitié tous deux nous interesse ;
Ne nous engageons pas dans un combat douteux
;
Des amis tels que nous sout toujours dangereux ;
Cette ardeur délicate est une idolâtrie
Sous des traits vertueux dans notre ame nourrie ;
Elle sait la séduire en cachant le poison ,
Dont la douceur perfide enyvre la raison.
Le Dieu que nous servons ne veut point de partage
;
Ne dites point qu'en moi vous aimez son Image ;
it au fond des coeurs ; cessons de nous tromper
;
A ces regards perçans rien ne peut échaper 3
Gardons-nous d'alleguer d'invincibles obstacles;
Son bras n'interrompt point le cours de ses miracles.
Sur un penchant fatal l'homme s'excuse envain
Aussi tendres que nous , Madeleine , Augustin,
Cherchant le vrai bonheur et lassés dans leur
course "
N'en ont trouvé qu'en Dieu l'inépuisable source,
Comine eux nous le cherchons , il nous fuit ; "
mais helas !
Peut-on le rencontrer où Dieu ne regne pas ?
I. Vol. Et
1e68 MERCURE DE FRANCE
Et regne t'il , Petrarque , où triomphent les cri
mes ?
D'un monde séducteur déplorables victimes
Nous avons trop suivi ses pompes et ses jeux ›
Il amusa nos sens , a- t'il rempli nos voeux ?
Aspirons l'un et l'autre à des biens plus solides;
Que la raison , la foi , la grace soient nos gui
des ;
C'est Dieu seul qui sur vous l'emporte dans mon
coeur ;
Vous pouvez avoüer un si noble vainqueur ;
Mais ce n'est point assez, il faut nous interdire
La douceur de nous voir , celle de nous écrire ;
Au danger qui nous plaît imprudemment s'of
frir ,
Est- ce combattre ? non , c'est chercher à périr.
Par M. Poncy de Neuville .
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Résumé : LAURE A PETRARQUE, ELEGIE.
Dans cette élégie, Pétrarque exprime son amour pour Laure tout en soulignant les dangers et les limitations du mariage, qu'il qualifie de 'tombeau fatal de l'ardeur la plus tendre'. Il craint l'infidélité et les changements dans l'amour. Laure, ayant choisi de se retirer du monde, encourage Pétrarque à faire de même, ce qu'il finit par faire en devenant ecclésiastique. Laure reconnaît que l'amour de Pétrarque l'a éloigné de sa solitude et de ses études, le plongeant dans une passion troublante. Elle avoue que leur amour est une 'idolâtrie' déguisée en vertu, les éloignant de Dieu. Elle appelle à un amour plus pur et à un retour à la foi, affirmant que le véritable bonheur se trouve en Dieu. Pour éviter les tentations et les dangers spirituels, Laure propose de cesser leurs relations. Elle conclut en affirmant que Dieu doit être leur unique guide, toute autre voie les menant à la perdition.
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