Résultats : 21917 texte(s)
Détail
Liste
15751
p. 69-72
Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Début :
Si tous ces Divertissemens ont fait du bruit; ceux que [...]
Mots clefs :
Monsieur de Verneüil, Divertissement, Musique, Magnificence
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texteReconnaissance textuelle : Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Si tous ces Divertifie-
. mens ont fait du bruit; I
ceux que Moniteur de
Verneüil Confedler au Parlement, a donnez libéralement au Public pendant
tout le Carnaval, n’ont pas
70 LE MERCURE
moins fait d’éclat. Tout
Paris a parlé de fa magnificence & de fa genéro fi té. >
On reprefentoit chez luy
deux ou trois fois la Semaine, une Comédie dont
les Intermèdes eftoient
remplis de Balexs & de
Chanfons. Les Entrées eftoient admirables, & cornpofées par M. des Broffes,
c’eft tout dire. Les Paroles
qu’on chantoit, partoient
de la veine de M. de Verneiiil, & plufieurs les <
croyoient de M. Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
G A L A N T . 71
qui font les deux plus fameux Autheurs que nous
ayons pour ces forces
d’Ouvrages. Elles eftoient
mifes en Mufique par le
Sieur l’Aloüetre, qui batoic la Mefure à l’Opéra.
Comme il eftoit à M. de
Lully, & qu’ii a copié fes
Airs pendant plufïeurs années, ceux qu’il compote
onc tant de raporc avec
ceux de ce grand Maiftre,
qu’on voit bien qu’il a écudié fous luy. L’Ecole eft s
bonne, mais il n ’eft pas
temps de faire voir tout
7 i LE MERCURE
ce qu’on y a appris
. mens ont fait du bruit; I
ceux que Moniteur de
Verneüil Confedler au Parlement, a donnez libéralement au Public pendant
tout le Carnaval, n’ont pas
70 LE MERCURE
moins fait d’éclat. Tout
Paris a parlé de fa magnificence & de fa genéro fi té. >
On reprefentoit chez luy
deux ou trois fois la Semaine, une Comédie dont
les Intermèdes eftoient
remplis de Balexs & de
Chanfons. Les Entrées eftoient admirables, & cornpofées par M. des Broffes,
c’eft tout dire. Les Paroles
qu’on chantoit, partoient
de la veine de M. de Verneiiil, & plufieurs les <
croyoient de M. Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
G A L A N T . 71
qui font les deux plus fameux Autheurs que nous
ayons pour ces forces
d’Ouvrages. Elles eftoient
mifes en Mufique par le
Sieur l’Aloüetre, qui batoic la Mefure à l’Opéra.
Comme il eftoit à M. de
Lully, & qu’ii a copié fes
Airs pendant plufïeurs années, ceux qu’il compote
onc tant de raporc avec
ceux de ce grand Maiftre,
qu’on voit bien qu’il a écudié fous luy. L’Ecole eft s
bonne, mais il n ’eft pas
temps de faire voir tout
7 i LE MERCURE
ce qu’on y a appris
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Résumé : Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Pendant le Carnaval, Monsieur de Verneüil organisait des divertissements au Parlement de Paris, suscitant une grande admiration. Ces événements incluaient des représentations de comédies deux à trois fois par semaine, entrecoupées de bals et de chants. Les entrées étaient remarquables et composées par Monsieur des Broffes. Les paroles des chants étaient attribuées à Monsieur de Verneüil, certaines étant comparées à celles de Monsieur Quinault ou de Monsieur de Frontinière. La musique était composée par le Sieur l'Aloüetre, ancien élève de Monsieur Lully, dont il avait copié les airs pendant plusieurs années, ce qui se reflète dans la qualité de ses compositions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15753
p. 75
AUTRE.
Début :
Quoique je n'offre rien que de vil à tes yeux, [...]
Mots clefs :
Fange
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
UOIQUE je n'offre rien que de vil à tes yeux,
Pourquoi me mépriſer ? tu me dois l'exiſtence.
Mais ton orgueil veut- il annoblir mon eſſence.
Retranche-moi le chef, j'aurai rang dans les cieux.
Par M. DAREAU , de Guéret dans la Marche.
UOIQUE je n'offre rien que de vil à tes yeux,
Pourquoi me mépriſer ? tu me dois l'exiſtence.
Mais ton orgueil veut- il annoblir mon eſſence.
Retranche-moi le chef, j'aurai rang dans les cieux.
Par M. DAREAU , de Guéret dans la Marche.
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15755
p. 1991-1992
PREMIERE ENIGME.
Début :
Attaché par plus d'une chaîne, [...]
Mots clefs :
Encensoir
15756
p. 75-76
L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
Début :
Vous qui, malgré vos agrémens, [...]
Mots clefs :
École des femmes, Coeur, Rôles, Lys, Yeux, Voix, Belle, Zirphé, Oiseau, Amour
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texteReconnaissance textuelle : L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
L'ECOLE des femmes , chanson morale ,
imitée de l'Anglois de M. GARRICK ,
célèbre Acteur & Auteur de Londres .
Votous qui , malgré vos agrémens ,
Dans vos maris ne trouvez plus d'amans ,
Sans en rougir , venez entendre
Le vrai ſecret de vous les rendre .
Roſes & lys peuvent charmer ,
Tendres regards tous les coeurs enflammer
Mais roſes & lys ſe flétriſſent ,
De même amours & ſoins finiſſent.
Quand la lyre , ſur vos genoux ,
Forme des fons auſſi brillans que doux ,
C'eſt que la main qui la careſſe
Se prête à ſa délicateſſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Si la guitarre ſous vos doigts ,
Rend plus touchans vos yeux & votre voix ;
C'eſt qu'un coeur tendre , qui veut plaire ,
Fait toujours bien ce qu'il veut faire .
Quand ce defir vous inſpiroit ,
Belle Zirphé , tout pour vous foupiroit ! ...
Si cette ardeur est moins extrême ,
C'eſt que Zirphé n'eſt plus la même.
Ifimène appelle ſon ſerin ;
L'oiſeau s'élance & plane fur fon fein.
Docile à la voix qui l'appelle ,
L'oiſeau fait- il qu'Ifmène eſt belle ?
Non : les charmes de la douceur ,
Du plus farouche apprivoiſent le coeur.
Femme qui fait en faire uſage ,
Eft Reine au ſein de l'eſclavage .
و Si votre coeur n'en eſt pas mieux
Que la gaité brille au moins dans vos yeux.
L'amour naît & croît ſur les traces
Des ſentimens unis aux grâces .
:
C'eſt ainſi , qu'à très-peu de frais ,
Pour vos époux revivront vos attraits .
L'hymen ainſi verra fans peine ,
L'amour conſtant dorer ſa chaîne.
Paroles & Musique de M. D. L. P.
imitée de l'Anglois de M. GARRICK ,
célèbre Acteur & Auteur de Londres .
Votous qui , malgré vos agrémens ,
Dans vos maris ne trouvez plus d'amans ,
Sans en rougir , venez entendre
Le vrai ſecret de vous les rendre .
Roſes & lys peuvent charmer ,
Tendres regards tous les coeurs enflammer
Mais roſes & lys ſe flétriſſent ,
De même amours & ſoins finiſſent.
Quand la lyre , ſur vos genoux ,
Forme des fons auſſi brillans que doux ,
C'eſt que la main qui la careſſe
Se prête à ſa délicateſſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Si la guitarre ſous vos doigts ,
Rend plus touchans vos yeux & votre voix ;
C'eſt qu'un coeur tendre , qui veut plaire ,
Fait toujours bien ce qu'il veut faire .
Quand ce defir vous inſpiroit ,
Belle Zirphé , tout pour vous foupiroit ! ...
Si cette ardeur est moins extrême ,
C'eſt que Zirphé n'eſt plus la même.
Ifimène appelle ſon ſerin ;
L'oiſeau s'élance & plane fur fon fein.
Docile à la voix qui l'appelle ,
L'oiſeau fait- il qu'Ifmène eſt belle ?
Non : les charmes de la douceur ,
Du plus farouche apprivoiſent le coeur.
Femme qui fait en faire uſage ,
Eft Reine au ſein de l'eſclavage .
و Si votre coeur n'en eſt pas mieux
Que la gaité brille au moins dans vos yeux.
L'amour naît & croît ſur les traces
Des ſentimens unis aux grâces .
:
C'eſt ainſi , qu'à très-peu de frais ,
Pour vos époux revivront vos attraits .
L'hymen ainſi verra fans peine ,
L'amour conſtant dorer ſa chaîne.
Paroles & Musique de M. D. L. P.
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Résumé : L'ECOLE des femmes, chanson morale, imitée de l'Anglais de M. GARRICK, célèbre Acteur & Auteur de Londres.
Le texte présente une chanson morale intitulée 'L'École des femmes', inspirée d'une œuvre de David Garrick. Elle s'adresse aux femmes souhaitant raviver l'amour de leurs maris. La chanson souligne que les beautés physiques, comme les roses et les lys, se fanent, tout comme les amours et les soins. Elle insiste sur l'importance de la délicatesse et de la tendresse dans les relations conjugales. Jouer de la lyre ou de la guitare avec grâce peut raviver l'amour en montrant un cœur tendre et attentif. Des métaphores, telles que celle de l'oiseau docile à la voix de sa maîtresse, illustrent comment la douceur peut conquérir même les cœurs les plus farouches. La chanson recommande aux femmes de cultiver la gaieté et les grâces pour maintenir l'amour dans leur mariage, suggérant que ces qualités peuvent raviver les attraits et assurer un amour constant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15757
p. 79-81
ODE, Tirée du Pseaume 23.
Début :
Depuis le rivage vermeil, [...]
Mots clefs :
Dieu, Mortel, Terre, Vainqueur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE, Tirée du Pseaume 23.
ODE,
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
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15758
p. 75-99
SUITE de la Lettre de M. Rousseau de Genêve à M. d'Alembert.
Début :
Je suis convenu avec M. Rousseau qu'il restoit encore au Théâtre François des [...]
Mots clefs :
Femmes, Amour, Hommes, Jean-Jacques Rousseau, Moeurs, Théâtre, Femme, Pudeur, Âme, Homme, Sentiment, Monde, Nature, Honnêteté, Pièces, Société, Peuple, Genève, Devoir, Vie, État, Vertu, Principes, Scène, Naturel, République, Guerre, Commerce, Honneur, Comique
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. Rousseau de Genêve à M. d'Alembert.
SUITE de la Lettre de M. Rouffeau
de Genève à M. d'Alembert,
J Fe
peu
E fuis convenu avec M. Rouffeau qu'il
reftoit encore au Théâtre François des
Comédies repréhenfibles du côté des
moeurs , & quoiqu'elles foient d'un ton
fi bas & d'unfi mauvais goût , que n'ayant
rien de féduifant , elles me femblent
dangereufes ; quoique je fois très -éloigné
de regarder tous ceux qui rient du tef
tament de Crifpin comme des fripons
dans l'ame ; il feroit bon , je l'avoue , de
bannir ce comique méprifable d'un théâtre
qui doit être l'école de l'honnêteté ?
Mais que ces défauts » foient tellement
inhérens à ce théâtre , qu'en voulant les
en ôter , on le défigure » c'eft de quoi
je ne puis convenir ; & je crois avoir bien
prouvé , que fans les filoux & les femmes
perdues , Moliere a fait d'excellentes Comédies.
Ainfi , quand il feroit vrai que
les Pièces modernes , plus épurées , n'au
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
roient plus de vrai comique , & qu'en inf
truifani beaucoup , elles ennuiroient encore
davantage la pureté des moeurs n'en feroit
pas la caufe. Les moeurs du Glorieux,
de la Métromanie , de l'Enfant prodigue ,
des Dehors trompeurs , du Méchant font
épurées ; & je ne puis croire que M. R. les
compare à d'ennuyeux Sermons . Quelles
font les Pièces morales qui nous ennuyent?
celles dont les Peintures font froides ,
les vers lâches , le coloris foible , les fentimens
fades l'intrigue languiffante
les caractères mal deffinés ; celles en deux
mots , dont le Comique manque de fel ,
ou le Sérieux de pathétique.
" ,
Le vice n'eft donc pas inhérent aux
moeurs de la Scène comique-françoiſe , à
moins que l'amour , comme le prétend
M. R. ne foit , même dans les perfonnages
vertueux , un exemple vicieux au
théâtre.
Que tout ce qui refpire la licence , que
tout ce qui bleffe l'honnêteté foit condamné
dans la peinture de l'amour ; il
n'eft perfonne qui n'y foufcrive.
Mais ce n'eft point là ce que M. R. reproche
à la Scène françoife , c'eft l'amour
décent , l'amour vertueux qu'il y attaque.
Ce qui acheve de rendre fes images
dangereufes , c'eft , dit-il , qu'on ne le
JANVIER. 1759. 77
voit jamais regner fur la Scène qu'entre
» des ames honnêtes... Les qualités de
»l'objet ne l'accompagnent point jufqu'au
» coeur ; ce qui le rend fenfible , intéref
» fant , s'efface... Les impreffions ver-
» tueufes en déguifent le danger , & don-
» nent à ce fentiment trompeur un nou-
» vel attrait par lequel il perd ceux qui
» s'y livrent... En admirant l'amour hon-
» nête , on fe livre à l'amour criminel.
Telle est l'opinion de M. R. Voyons
comment il la développe.
H
"
» Les Auteurs concourent à l'envi pour
» l'utilité publique à donner une nouvelle
énergie & un nouveau coloris à cette
paffion dangereufe , & depuis Moliere
» & Corneille , on ne voit plus réuffir au
» Théâtre que des Romans , fous le nom
» de Pièces dramatiques. » Athalie , Mérope
, l'Orphelin de la Chine , Iphigénie
en Tauride ont réuffi : eft-ce l'amour quien
a fait le fuccès ? Mais paffons fur ces
propofitions incidentes , & accordons à
M. R. que Britanncus , Alzire , Didon &
toutes les Tragédies où regne l'Amour ,
font des Romans , fans lui demander ce
qu'il entend par des Piéces dramatiques
, fi de tels Romans n'en font pas.
Une action régulière & intéreffante , où
l'une des plus violentes paffions de la Na-
1
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
F
ture , tient fans cefle l'âme des Spectateurs
agitée entre la crainte & la pitié ,
fera donc ce qu'il lui plaira. Mais fi l'Amour
y eft peint comme il doit l'être ,
terrible & funefte dans fes excès , refpectable
& touchant dans ce qu'il a d'honnête
, de vertueux , d'héroïque , ce Tableau
de l'Amour fera une leçon morale ;
fans en excepter Zaïre qui meurt , non
pas victime de l'Amour , mais victime de
fon devoir & des fureurs de la jalouſie ;
fans en excepter Berenice qui feroit tombée
, quoiqu'en dife M. R. fi Titus facrifioit
l'orgueil des Romains , tout injufte.
qu'il nous femble , au tendre & vertueux
Amour que nous reffentons avec lui . Comme
le fentiment de l'Amour n'eft pas toujours
violent & paffionné , qu'il fe modifie
felon les caractéres , que les épreuves
en font plus ou moins pénibles , fuivant
la fituation des perfonnages , & les inté
rêts qui lui font oppofés ; que ce fentiment
le plus naturel , le plus familier dans
tous les états , eft auffi le plus propre à
développer les vices , & à mettre le ridicule
en jeu la Comédie l'a pris dans la
Peinture de la vie commune , tantôt pour
objet principal , & tantôt pour premier
mobile . Voilà comment & pourquoi l'Amour
a été introduit fur nos deux Théâ
JANVIER. 1759.
tres eft-ce un bien , eft-ce un mal :
pour
les moeurs ? C'est ce qui reste à examiner.
L'ufage des Anciens eft un préjugé
contre nous : mais par - tout & dans
tous les tems le Théatre a dû fuivre
les Conftitutions nationales . Chez les
Grecs , la Tragédie étoit une leçon politique
: chez nous , elle eſt une leçon morale
, & ne peut , ni ne doit avoir rapport
à l'adminiſtration de l'Etat. Il n'est donc
pas étonnant que l'Amour qui n'avoit rien
de commun avec le Gouvernement d'Athènes,
n'y fût point admis au théâtre ; &
que ce même fentiment qui eft d'un fi'grand
poids dans nos moeurs , foit devenu le premier
reffort de la Scène tragique françoife.
Une difference non moins fenfible dans
les moeurs de la Société , dont la Comédie
eſtle tableau , y a fait fubftituer des femmes
libres & honnêtes aux Efclaves &
aux Courtifannes des Comiques Grecs &
Romains. Mais comment M. Rouffeau
trouveroit- il les honnêtes femmes placées
au théâtre ? Il trouve même indécent
qu'elles foient admifes dans la Société.
» Les Anciens , dit - il , avoient
» en général un très-grand refpect pour
» les femmes ; mais ils marquoient ce
reſpect , en s'abſtenant de les expoſer
au jugement du Public , & croyoient
30
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» honorer leur modeftie , en fe taifant fut
» leurs autres vertus. Chez nous au con-
» traire , la femme la plus eftimée , eſt
» celle qui fait le plus de bruit , qui parle
» le plus , qu'on voit le plus dans le mon-
» de , & c.
Il me femble que M. Rouffeau n'a ni
compté ni pefé les voix ; & après tout ,
ces paralleles vagues, ces tableaux de fantaifie
ne prouvent que l'art & le talent du
Peintre . Confidérons les chofes en ellesmêmes
, & tâchons d'y faifir le vrai.
Dans tous les Etats , où les Citoyens
font admis à l'adminiſtration de la
République , il eft naturel que les
femmes foient éloignées de la Société
des hommes , & reléguées dans l'obfcurité.
La guerre , les confeils , les négociations
, le commerce , les fonctions pénibles
du Gouvernement élevent l'orgueil
des hommes au-deffus des foins de la
galanterie
& des inquiétudes de l'amour.
Comme ils ont feuls la force d'agir , ils
s'attribuent à eux feuls la fageffe de délibérer
; & jaloux du droit de gouverner ,
ils n'y inftruisent que leurs femblables .
Pour expliquer comment les femmes
ont été d'abord éloignées de l'adminiftration
publique , il n'eft donc pas befoin
d'attribuer aux hommes un fçavoir & des
JANVIER. 1759 .
81
talents qui leur foient propres : il fuffic
de remonter à l'inftitution des gouvernements.
La premiere concurrence pour
l'autorité fut décidée à coup de poing :
la feconde , à coup de malue ; enfuite
vinrent la hache & l'épée ; & dans cette
maniere de régler les droits , il est clair
que les femmes n'avoient rien à prétendre
Or , comme dans un Etat républicain ,
tout homme participe au gouvernement
ou aſpire à y participer, notre fexe y conferve
avec foin fon ancienne prérogative.
Mais dans un Pays où les Citoyens
fous l'autorité d'un Monarque , & fous la
tutelle des Loix , ne tiennent à la Conftitution
politique , que par le droit de propriété
, & par le tribut d'obéiffance ; où
perfonne n'influe ſur l'adminiſtration de
l'Etat , qu'autant qu'il y eft appellé ; où
l'homme privé ne peut rien ; où chacun
vit pour foi & pour un certain nombre de
fes femblables , felon fes affections , plus
ou moins étendues , fans autre foin que
de contribuer , autant qu'il eft en lui , aux
douceurs de la Société : dans cet état ,
´dis-je , il eſt naturel que les femmes foient
admiſes à ce concours paiſible de devoirs
officieux , pour y établir l'harmonie , pour
adoucir les moeurs des hommes naturelment
féroces , pour tempérér en eux cette
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
indocilité fuperbe qui s'indigne du frein
des Loix en un mot , pour cultiver &
nourrir dans leur âme , l'amour de la
paix & de l'ordre , qui eft la vertu de leur
condition.
Il feroit mieux , peut-être , que chacun
, avec fa compagne , vécut dans fa
maifon au milieu de fes enfans , mais
ces moeurs ne peuvent fubfifter que chez
un Peuple attaché au travail par le befoin.
La richeffe invite à l'oifiveté ; celleci
à la diffipation : le cercle de la fociété
s'étend ; & les hommes y appellent
les femmes. Mahomet , pour engager
les Mufulmans à vivre chacun chez
foi , fut obligé de leur donner un Serrail
& de leur en confier la garde . Ailleurs,
la jaloufie tient les femmes captives
mais les moeurs en font plus farouches
fans être plus pures , & il vaut encore
mieux fe difputer le coeur des femmes
à coup d'oeil , qu'à coup de poignard.
Cependant les hommages que nous
leur rendons nous dégradent , nous aviliffent
aux yeux de M. Rouffeau , & c'eſtlà
furtout ce qui caufe fon déchaînement
contre les Pièces de Théâtre où
l'Amour domine.
» L'Amour eſt le régne des femmes ,
» dit-il ; un effet naturel de ces fortes de
JANVIER . 1759.
83
Piéces eft donc d'étendre l'empire du
»fexe. Penfez-vous , Monfieur , deman-
» de-t-il à M. d'Alembert , que cet or--
» dre foit fans inconvénient , & qu'en
» augmentant avec tant de foin l'afcendant
» des femmes , les hommes en foient
» mieux gouvernés ? Il peut y avoir, pour-
» fuit-il , dans le monde , quelques fem-
»mes dignes d'être écoutées d'un hon-
» nête-homme, mais eft- ce d'elles en géné-
» ral qu'il doit prendre confeil , & n'y
» auroit- il aucun moyen d'honorer leur
"fexe fans avilir le nôtre » ? Prendre
confeil d'une femme , c'eft avilir notre
fexe I eft donc bien établi dans l'opinion
d'un Philofophe , que la fupériorité
nous eft acquife en fait de prudence
? Je le fouhaite , mais j'en doute encore.
» Le plus charmant objet de la Na-
» ture , le plus digne d'émouvoir un coeur
» fenfible & de le porter au bien , eft ,
» je l'avoue , une femme aimable & ver-
>> tueufe ; mais cet objet célefte où fe
>> cache-t-il ? "
M. Rouffeau , felon fes principes
trouve fi peu d'hommes de bien ! Il n'eft
pas étonnant qu'il trouve fi peu de femmes
vertueufes , furtout d'après les moeurs
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
des Peuples qui vivoient il y a trois mille
ans.
و د
» Il n'y a pas de bonnes moeurs pour
» les femmes , hors d'une vie retirée &
domeftique... Rechercher les regards
» des hommes , c'eft déjà s'en laiffer cor-
» rompre, & toute femme qui fe montre,
fe deshonore... Une femme hors de fa
»maifon , perd fon luftre , & dépouillée
» de fes vrais ornements elle ſe montre
» avec indécence .
Or chez nous toutes les femmes fe
montrent ; elles font donc toutes deshonorées
toutes celles qui ont de la beauté
font bien-aiſes qu'on s'en apperçoive ;
les voilà donc déjà corrompuës : aucune
d'elles ne fe renferme dans l'intérieur de
fon domestique ; il n'y a donc pas de
bonnes moeurs pour elles . De là nos feftins
, nos promenades , nos affemblées ,
ainfi que le bal que M. Rouſſeau veut
inftituer à Genêve , font les rendés -vous
du deshonneur & les fources de la corruption.
En un mot , toute femme qui
s'expofe en Public eft une femme fans
pudeur , la perte de la pudeur entraîne
celle de l'honnêteté qui eft l'âme des
bonnes moeurs ; nos femmes vivent en
Public , elles n'ont par conféquent ni pudeur
, ni honnêteté , ni vertu. Le raiſonJANVIER.
1759 . 85
nement eft fimple , & il n'en falloit pas
davantage pour prouver qu'un fpectacle
qui nous diſpoſe à les aimer , eſt un ſpectacle
pernicieux. Cependant M. Rouſſeau
ne croit pas cet argument fans replique : il
s'en fait une , mais il a foin de la choifir facile
à détruire. Il fuppofe qu'on lui répond
que la pudeur n'eft rien , & il s'attache à
prouver que la pudeur eft infpirée aux
femmes par la nature. Je le crois , je fuis
perfuadé que l'attaque eft le rôle natu rel
de l'homme , & la défenſe celui de - la
femme ; & quoique la raifon très-fenfible
qu'en donne M. Rouffeau , ait pu ne
venir que par réfléxion , quoique la difpofition
habituelle des deux fexes n'engage
les femmes qu'à nous attendre, fans
leur faire une loi de nous réfifter ; quoique
cette retenue , qui n'eft qu'une dó
cence paffive , ne rempliffe pas l'idée que
nous avons de la pudeur , & que par
conféquent la preuve de M. Rouffeau foit
infuffifante contre ceux qui veulent que la
pudeur qui réfifte , foit une vertu factice
& un devoir de convention ; ce n'eſt pas
là ce que je prétends. La pudeur naturelle
interdit-ellle aux femmes la fociété.
des hommes ? voilà ce que je nie , & ce
que M. Rouffeau ne prouvera jamáis. Il
Lemble que pour elles vivre avec les hom86
MERCURE DE FRANCE.
mes, ou s'abandonner aux hommes, foient
fynonymes , & qu'à fon avis , il ne foit
pas poffible de nous réfifter fans nous
fuir. Qu'un Petit -Maître le dife , à la
bonne heure ; mais un Philofophe peutil
le penfer ? La Société , fans doute , a
multiplié les Loix de la pudeur , & quelque
capricieux que foit l'ufage , le fexe
doit s'y conformer : mais dans ce qui n'eſt
pas prefcrit par la Nature , la pudeur d'un
Pays n'eft pas celle d'un autre. Chez les
Grecs , l'ufage défendoit aux femmes de
fe montrer en public : chez nous l'uſage
les y autorife.
Ór , celle-là eft honnête & décente
qui obferve ce que lui prefcrit la pudeur ,
l'honnêteté , la décence des moeurs du
Pays qu'elle habite. Il n'y a d'inſtitution
naturelle, que le devoir de la réſiſtance, ou
plutôt l'interdiction de l'attaque , tout le
refte varie fuivant les lieux & les tems.
M. Rouffeau fera donc obligé de nous
renvoyer aux preuves de fait. » Je fçais
qu'il regne en d'autres Pays des Cou-
» tumes contraires : mais voyez auffi ,
» dit-il, quelles moeurs elles ont fait naître.
Je ne voudrois pas d'autre exemple pour
ور
و ر
» confirmer mes maximes. Il eft facile
de faire la fatyre de nos moeurs ; & cent
exemples vicieux pris fur un million de
JANVIER. 1759 .
87
Citoyens , feroient un tableau épouvantable
de la Ville de l'Univers la mieux policée
, après l'immenfe Capitale des fages
& induftrieux Chinois . Mais fur l'atticle
de la galanterie & de l'amour , faut- il
avouer ce que je penfe des moeurs les plus
licencieufes de Paris ? Que M. Rouffeau
fe rappelle fes Pigeons. » La blanche Co-
» lombe va , fuivant pas à pas fon bien-
» aimé , & prend chaffe elle-même auffi-
» tôt qu'il fe retourne. Refte-t- il dans
» l'inaction ; de légers coups de bec le
» réveillent s'il fe retire, elle le pourfuit :
» s'il ſe défend , un petit vol de fix pas
» l'attire encore : l'innocence de la Na-
» ture ménage les agaceries & la molle
» réfiftance , avec un art qu'auroit à peine
» la plus habile Coquette. » Hé bien
Monfieur , les Coquettes ont à- peu- près
eet art-là : vous ne voyez dans cette image
charmante , rien de bien pernicieux
au monde ; & un peuple de Pigeons avec
ces moeurs , vaut bien un peuple de
Vautours ? Quand même à la coquetterie
des Colombes , fe mêleroit un peu d'inconftance
, ce feroit encore un jeu de la
Nature , dont vos yeux feroient égayés.
C'eft ce que je voulois vous faire obferver
en paffant : mais revenons aux principes
de l'honnêteté qui prefcrit d'autres moeurs
88 MERCURE DE FRANCE.
aux femmes , & en défavouant la conduite
de celles , dont la Colombe' eft l'image
, voyons fi vous n'êtes pas injuſte
d'envelopper tout le fexe dans un mépris
univerfel.
Vous êtes indigné qu'au Théâtre une
femme penfe & raifonne , qu'on lui donne
un efprit ferme , une âme élevée , des
principes & des vertus ? Et fi les femmes
s'offenfoient qu'on mît au Théâtre des
Héros & des Sages , les croiriez- vous
moins fondées ? A votre avis , ces modèles
font- ils plus communs parmi nous ?
» Les imbécilles Spectateurs vont , dites-
»vous , apprendre d'elles ce qu'ils ont
pris foin de leur dicer. » Et à qui ,
Monfieur , n'a-t- on pas dicté fa leçon ?
En naiffant , fçavions - nous la nôtre ?
» Parcourez la plupart des Piéces mo-
» dernes , c'eſt toujours une femme qui
» fçait tout , qui fait tout ; la bonne eſt
» fur le Théâtre , & les enfants font au
» parterre.
ود
}
Quand on met au Théâtre Didon , Sémiramis
, Elizabeth , il faut bien fuppofer
qu'elles fçavoient quelque chofe : ces
femmes- là n'étoient pas des enfants .
Quand on peint des femmes bien nées ,
il faut bien qu'elles aient des principes
d'honnêteté , de vertu , d'humanité la
JANVIER. 1759 . 89
Nature leur tient , je crois , le même langage
qu'à nous. Le monde leur donne
les mêmes connoiffances ; & il eft vraifemblable
qu'elles l'étudient avec d'autant
plus d'attention , qu'elles font moins
préoccupées : l'Amour regne au Théâtre ,
il faut bien qu'elles y regnent , & qu'elles
exercent fur la Scène le même empire
que dans la fociété. Eft- ce un mal : Nous
le verrons. A l'égard des leçons qu'elles
donnent au Parterre, fi ces leçons peuvent
être utiles, elles n'en font que plus goutées ;
& je ne connois que vous feul parmi
les hommes , qui croyiez en être avili.
M. Rouffeau ne peut fe perfuader qu'une
femme foit fon égale ; demandons-lui
donc enfin quels font les talents de l'efprit,
& les qualités du coeur dont la Nature a
doué l'homme , à l'exclufion de la femme
quels font les vices qu'elle a effentiellement
attaché à ce fexe , les délices
du nôtre : quels font les piéges qu'elle
nous cache fous les fleurs de la beauté ?
» Les femmes en général n'aiment aucun
» art , ne ſe connoiffent à aucun . » Ce
feroit-là un bien petit mal : cependant
files femmes étoient naturellement privées
du fentiment du beau , elles pourroient
l'être du fentiment du vrai , du
jufte & de l'honnête ; & cette propofigo
MERCURE DE FRANCE.
tion jettée en l'air peut tirer à conféquence.
Que M. Rouffeau nous dife donc
s'il a pris cette opinion dans l'étude de
l'organifation phyfique , ou dans le commerce
du monde. Les femmes ont-elles
les organes moins délicats que nous , le
coup d'oeil ou l'oreille moins jufte , le
fentiment en général plus lent ou plus
confus ? Quelle eft la faculté que nous
avons & qu'elles n'ont pas , pour gouter
la Peinture ou la Sculpture , la Mufique
ou la Poefie ? Eft-ce l'exercice & l'étude
qui leur manquent ? Il s'enfuit que nous
avons fur elles , à cet égard , l'avantage
de l'éducation : mais fi M. Rouffeau avoit
-
été moins éloigné par fes principes du
commerce du monde & des femmes , il
en auroit vû beaucoup qui ont acquis par
elles mêmes , les lumieres qu'on leur
envioit. Je vais plus loin , & j'établis en
fait que , fi l'on compare l'éducation des
femmes avec la nôtre , les foins que l'on
prend de prolonger leur enfance, & de hâter
en nous l'ufage de la raifon , l'obscurité
où l'on tâche de retenir leur âme captive,
& les lumieres qu'on ne ceffe de répandre
dans nos efprits ; d'un autre côté , fi l'on
fait attention que , dès que leur intelligence
& leur goût ont la liberté de
prendre l'effor , plufieurs nous atteignent,
JANVIER. 1759.
quelques - unes même nous paffent , fans
y prétendre & en fe jouant ; on conclura
que les femmes en général naiffent avec
des diſpoſitions aſſez heureuſes au fçavoir
& aux talents dont Monfieur Roufſeau
fait notre partage. Tout ce qui n'exige
qu'une raifon faine , un efprit droit &
une fenfibilité modérée , leur eft donc au
moins commun avec les hommes . Je le
dis à propos des Arts, je le dirai même par
rapport aux chofes les plus férieufes de
la vie ; & une multitude d'hommes qui
nefont ni complaifants ni paffionnés, l'attefteront
avec moi.
» Mais ce feu célefte qui échauffe &
» embraſe l'âme , ce genie qui confume
» & dévore , cette brulante éloquence ,
ces tranfports fublimes qui portent leur
» raviffement jufqu'au fond des coeurs ,
» manqueront toujours aux écrits des fem-
" mes. " Si cela eft , elles en font moins
capables des fortes productions du génie :
mais tout cela eft- il effentiel au goût des
Arts Tout cela eft- il relatif aux moeurs
de la Société , qui eft l'objet de notre difpute
Faut- il être un Boffuet , un Milton ,
pour être bon Citoyen , bon parent , bon
ami ? Où font même parmi les hommes
les génies brulants dont vous nous parlez
? En voulez-vous former une Ré92
MERCURE DE FRANCE.
publique Qui les gouverneroit , bo
Dieu ? Le monde moral feroit un maga
fin à poudre .
» Les écrits des femmes font tous
» froids & jolis comme elles. Ils auron
» tant d'efprit que vous voudrez , jamais
d'âme. Ils feront cent fois plutôt fen-
» fés que paffionnés : elles ne fçavent n
» fentir ni décrire l'amour même. Lafeul
Sapho , que je fçache , & une autre,
» méritent d'être exceptées.
33
33
Que les écrits des femmes ne foient pas
paffionnés , la pudeur feule peut en être la
caufe : que M. Rouffeau & moi en ayons
peu connu qui fçachent décrire & fentir
l'amour ; c'eft un malheur particulier , qui
eft peut-être fans conféquence. Cependant
, s'il arrivoit que chacun pût dire
comme M. Rouffeau , qu'il connoît deux
femmes , Sapho & une autre , qui méritent
d'être exceptées , il fe trouveroit au
bout du compte , autant de femmes capables
de décrire & de fentir l'amour , qu'il
y auroit eu d'hommes capables de l'inf
pirer : & fi M. Rouffeau a trouvé une feconde
Sapho , il ne peut , avec bienséance,
difputer le même avantage à perfonne.
Mais , fuppofons que le fentiment foit
plus foible dans les femmes que dans les
hommes , que leurs écrits , & par conféJANVIER.
1759. ༡༣
quent , leurs caractéres foient plus fenfés
que paffionnés , eft-ce à M. Rouffeau
qui connoît fi bien le danger des paffions ,
à regarder cette froideur comme un vice?
Qu'il s'accorde enfin avec lui-même , &
qu'il nous dife , fi un naturel paffionné
lui femble préférable à un caractére
moins fufceptible de mouvements impétueux
? Si la vertu s'exerce à tempérer
dans les hommes cette fougue, cette véhémence
de fentiments que les femmes n'ont
pas , la vertu ne fait donc en eux , que
te qu'a fait la Nature en elles. Ce font les
paffions qui troublent l'ordre : les femmes
eduites à des affections tranquilles , feroient
donc le fexe le plus fléxible à la régle
, le plus docile aux loix de la Société ;
& par conféquent , elles feroient faites
pour en être les liens.
Si donc la nature n'a pas interdit aux
femmes d'être raisonnables , ſenſibles ,
honnêtes , vertueufes , fi elle leur a donné
une âme comme à nous , mais plus
calme , plus modérée ; de quel droit , fur
quel rapport , d'après quel examen affurez-
vous qu'elles abufent de tous ces dons
& qu'elles les tournent à leur honte ?
L'homme eft né bon , dites-vous , & fous
cenom fans doute vous comprenez la
femme . Vous avouez qu'il peut y avoir
94 MERCURE DE FRANCE.
quelque femme aimable & vertueufe.,
mais vous demandez où elle fe cache ?
C'est vous , Monfieur , qui vous cachez à
elle ; & cette question , qui feroit accablante
de la part d'un homme répandu
dans le monde , ne prouve rien , ne vous
déplaife , de la part d'un Philofophe folitaire.
Vous l'avez vu de fi loin, Monfieur ,
ce monde que vous méprifez !
و ر
Cependant la douceur , la moleffe du
caractere des femmes fe communiquent
aux moeurs des hommes. » Ce fexe plus
» foible , hors d'état de prendre notre
» maniere de vivre trop pénible pour lui ,
» nous force de prendre la fienne trop
» molle pour nous , & ne voulant plus
»fouffrir de féparation , faute de pou-
» voir fe rendre hommes , les femmes
» nous rendent femmes. »>
ور
و ر
»
M. Rouffeau n'entend pas qu'elles nous
otent les fentimens du courage & de
l'honneur. Les femmes , dit - il , ne
» manquent pas de courage , elles préfe-
» rent l'honneur à la vie : l'inconvénient
» de leur fexe eft de ne pouvoir fuppor-
» ter les fatigues de la guerre & l'intem-
» périe des faifons. C'est donc cette foibleffe
qu'elles nous communiquent ſelon
M. Rouffeau. » Or , dit- il , cet inconvé-
» nient qui dégrade l'homme , eft tresJANVIER.
1759 . ༡༨
grand partout ; mais c'eft furtout dans
» les Etats , comme le nôtre , ( il parle
de Genêve ) qu'il importe de le préve-
» nir. Qu'un Monarque gouverne des
» hommes ou des femmes , cela lui doit
» être affez égal , mais dans une République
il faut des hommes. » C'est- àdire
, dans fon fens , des corps affez bien
conſtitués pour réſiſter aux fatigues de la
guerre & à l'intempérie des faifons. Encore
une fois , M. Rouffeau fe croit-il à.
Lacédémone ? N'eft-il pas fingulier que
l'on s'échauffe l'imagination au point
d'appliquer ſérieufement les principes de
Lycurgue à une Ville commerçante , induftrieufe
& paifible , qui ne peut être
que cela ? Hé Monfieur ! fi l'équilibre qui
fait fa fureté , venoit à fe rompre , pour
le coup c'eſt bien à Genêve qu'il feroit indifferent
d'être peuplée d'hommes ou de
femmes. Qu'une République entourée de
Républiques rivales & toujours prêtes à
l'accabler , s'exerce fans relâche à défendre
fa liberté menacée , qu'elle renonce
à tous les Arts , pour ne s'occuper que
de l'art de combattre , qu'elle endurciffe
par une difcipline auftere les moeurs de
fesCitoyens , dont elle fe fait un rempart
: c'eft une néceffité cruelle mais indifpenfable
, & la férocité guerriere en96
MERCURE DE FRANCE.
tre dans fa conftitution : Telle fut Sparte ;
mais eft-ce là Genêve ? Qu'on y joue ,
qu'on y danfe , puifque vous le voulez ,
qu'on y donne des fêtes ou des fpectacles
, qu'on y vive avec les femmes ou
fans les femmes , pourvu que l'induſtrie .
& le négoce y foient en vigueur , &
que la police y foit vigilante & févere ;
les fondemens de votre liberté n'en feront
ni plus forts ni plus foibles . La force
de Genêve n'eft pas dans fon fein. Mais
vos vues ne ſe bornent pas aux moeurs de
cette République ; & quoique vous difiez
qu'il eft égal à un Monarque de com-.
mander à des hommes ou à des femmes
, attendu qu'il peut avoir trois fois
plus de femmes qu'il n'en faut pour fe
battre , afin de facrifier les deux autres.
tiers aux maladies & à la mortalité. Cette
ironie , affez amere, ne donne le change
à perfonne. Vous avez raifon : c'eft un
grand mal pour un Peuple belliqueux de
n'être pas auffi robufte que brave ; &
c'est là , nous l'avouons , le défavantage
de tous les Peuples qui , nourris fous un
ciel doux , n'ont pas été endurcis dès l'enfance
aux travaux de cet Art deftructeur,
l'unique métier des Romains. Mais vous
attribuez ici au commerce des femmes ,
ce qui a des cauſes bien plus réelles.
Vous
JANVIER 1759. 97
Vous ne prétendez pas fans doute que
les femmes amolient le Laboureur &
l'Artifan , ni que le Peuple de nos Villes
& de nos campagnes foit énervé par les
délices d'une vie oifive & voluptueufe.
C'eft de là cependant que l'on tire nos
Soldats , & c'eft le Soldat qui fuccombe
aux travaux d'une guerre cloignée & à
l'inclémencé d'un ciel étranger. Les inconvénients
du luxe n'en font pas moins
réels ; mais attendez -vous des hommes
qu'ils fe bornent aux premiers befoins de la
vie;tandis que les fuperfluités voluptueuſes
lesfollicitent de toutes parts ? Vous voyez
que Licurgue lui-même , pour fermer au
luxe l'entrée de fa République , fut obligé
d'en écarter tous les moyens de s'enrichir.
Les femmes ne font rien à cela :
tout le vice eft dans les richeffes;mais ces
ticheffes ont d'autres avantages , & quoiqu'en
dife la Philofophie , il n'y a point
d'état fur la terre qui ne tâche d'augmenter
les fiennes ; il n'y en aura jamais aucun
qui s'avife de les enfouir.
Du refte , que le climat , les richeffes ,
ou les femmes amoliffent la férocité d'un
Peuple ardent & courageux , & lui êtent
la faculté de porter la défolation & le
ravage chez les Nations étrangeres, en lui
dauffant la bravoure,la vigueur & l'activité
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dont il a befoin pour fa propre défenſe ;
Que ce Peuple invincible dans fes frontieres
, y foit comme repouffé par la Nature
, dès qu'il en fort les armes à la main ;
eft-ce à un Philofophe à le regarder comme
un mal Je pardonnerois tout au
plus ce langage au flatteur d'un Roi
Conquérant.
2
Les femmes nous rendent femmes : c'est
donc à dire, dans votre fens, qu'elles nous
rendent moins paffionnés , plus doux
plus fenfés , plus humains . Elles ne nous
infpirent pas cette éloquence brulante
qui convenoit à la tribune , mais elles
nous enfeignent cette éloquence perfuafive
& conciliatrice qui convient à la fociété
; & le don de gagner les coeurs eft
fans comparaifon plus réel & plus infaillible
que le talent de les fubjuguer.
Elles affoibliffent en nous l'ardente foif
du fang & la fureur du brigandage ;
mais elles nourriffent dans nos ames l'amour
de l'honneur & l'émulation de la
gloire. Un homme flétri par une lâcheté
n'ofe plus paroître à leurs yeux ; & fi l'on
interrogeoit les coeurs, on verroit qu'elles
ne font pas oubliées dans la harangue
intérieure qu'un jeune Guerrier fe fait à
lui-même quand il marche à l'ennemi.
A l'égard des avantages d'une fevere
JANVIER. 1759. 99
difcipline ; qu'on en faffe un devoir
effentiel , qu'on y attache l'honneur militaire
, que la négligence de ce devoir
foit un obftacle invincible à l'avancement
, & qu'on obferve furtout avec une
exacte équité des diftinctions glorieufes
pour les uns & humiliantes pour les autres:
ofe répondre que les hommes ne feront
pas foufferts parmi les femmes au mo→
ment où le devoir & l'honneur les appelleront
aux drapeaux.
La vérité fimple eft que les femmes
contribuent à faire aimer au militaire les
plaifirs de la paix , fans les dégouter des
travaux de la guerre ; que du fein de l'amour
même , elles les envoyent aux combats
, & que le defir de leur plaire eft en
eux un nouveau principe d'émulation &
de valeur. Voyons quel eft dans la fociété
en général , le vice de leur domination ;
& fi l'amour , tel qu'il eft peint fur le
Théâtre , contribue ou remédie au mal
que leur commerce peut caufer.
La fuite au Mercure prochain.
de Genève à M. d'Alembert,
J Fe
peu
E fuis convenu avec M. Rouffeau qu'il
reftoit encore au Théâtre François des
Comédies repréhenfibles du côté des
moeurs , & quoiqu'elles foient d'un ton
fi bas & d'unfi mauvais goût , que n'ayant
rien de féduifant , elles me femblent
dangereufes ; quoique je fois très -éloigné
de regarder tous ceux qui rient du tef
tament de Crifpin comme des fripons
dans l'ame ; il feroit bon , je l'avoue , de
bannir ce comique méprifable d'un théâtre
qui doit être l'école de l'honnêteté ?
Mais que ces défauts » foient tellement
inhérens à ce théâtre , qu'en voulant les
en ôter , on le défigure » c'eft de quoi
je ne puis convenir ; & je crois avoir bien
prouvé , que fans les filoux & les femmes
perdues , Moliere a fait d'excellentes Comédies.
Ainfi , quand il feroit vrai que
les Pièces modernes , plus épurées , n'au
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
roient plus de vrai comique , & qu'en inf
truifani beaucoup , elles ennuiroient encore
davantage la pureté des moeurs n'en feroit
pas la caufe. Les moeurs du Glorieux,
de la Métromanie , de l'Enfant prodigue ,
des Dehors trompeurs , du Méchant font
épurées ; & je ne puis croire que M. R. les
compare à d'ennuyeux Sermons . Quelles
font les Pièces morales qui nous ennuyent?
celles dont les Peintures font froides ,
les vers lâches , le coloris foible , les fentimens
fades l'intrigue languiffante
les caractères mal deffinés ; celles en deux
mots , dont le Comique manque de fel ,
ou le Sérieux de pathétique.
" ,
Le vice n'eft donc pas inhérent aux
moeurs de la Scène comique-françoiſe , à
moins que l'amour , comme le prétend
M. R. ne foit , même dans les perfonnages
vertueux , un exemple vicieux au
théâtre.
Que tout ce qui refpire la licence , que
tout ce qui bleffe l'honnêteté foit condamné
dans la peinture de l'amour ; il
n'eft perfonne qui n'y foufcrive.
Mais ce n'eft point là ce que M. R. reproche
à la Scène françoife , c'eft l'amour
décent , l'amour vertueux qu'il y attaque.
Ce qui acheve de rendre fes images
dangereufes , c'eft , dit-il , qu'on ne le
JANVIER. 1759. 77
voit jamais regner fur la Scène qu'entre
» des ames honnêtes... Les qualités de
»l'objet ne l'accompagnent point jufqu'au
» coeur ; ce qui le rend fenfible , intéref
» fant , s'efface... Les impreffions ver-
» tueufes en déguifent le danger , & don-
» nent à ce fentiment trompeur un nou-
» vel attrait par lequel il perd ceux qui
» s'y livrent... En admirant l'amour hon-
» nête , on fe livre à l'amour criminel.
Telle est l'opinion de M. R. Voyons
comment il la développe.
H
"
» Les Auteurs concourent à l'envi pour
» l'utilité publique à donner une nouvelle
énergie & un nouveau coloris à cette
paffion dangereufe , & depuis Moliere
» & Corneille , on ne voit plus réuffir au
» Théâtre que des Romans , fous le nom
» de Pièces dramatiques. » Athalie , Mérope
, l'Orphelin de la Chine , Iphigénie
en Tauride ont réuffi : eft-ce l'amour quien
a fait le fuccès ? Mais paffons fur ces
propofitions incidentes , & accordons à
M. R. que Britanncus , Alzire , Didon &
toutes les Tragédies où regne l'Amour ,
font des Romans , fans lui demander ce
qu'il entend par des Piéces dramatiques
, fi de tels Romans n'en font pas.
Une action régulière & intéreffante , où
l'une des plus violentes paffions de la Na-
1
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
F
ture , tient fans cefle l'âme des Spectateurs
agitée entre la crainte & la pitié ,
fera donc ce qu'il lui plaira. Mais fi l'Amour
y eft peint comme il doit l'être ,
terrible & funefte dans fes excès , refpectable
& touchant dans ce qu'il a d'honnête
, de vertueux , d'héroïque , ce Tableau
de l'Amour fera une leçon morale ;
fans en excepter Zaïre qui meurt , non
pas victime de l'Amour , mais victime de
fon devoir & des fureurs de la jalouſie ;
fans en excepter Berenice qui feroit tombée
, quoiqu'en dife M. R. fi Titus facrifioit
l'orgueil des Romains , tout injufte.
qu'il nous femble , au tendre & vertueux
Amour que nous reffentons avec lui . Comme
le fentiment de l'Amour n'eft pas toujours
violent & paffionné , qu'il fe modifie
felon les caractéres , que les épreuves
en font plus ou moins pénibles , fuivant
la fituation des perfonnages , & les inté
rêts qui lui font oppofés ; que ce fentiment
le plus naturel , le plus familier dans
tous les états , eft auffi le plus propre à
développer les vices , & à mettre le ridicule
en jeu la Comédie l'a pris dans la
Peinture de la vie commune , tantôt pour
objet principal , & tantôt pour premier
mobile . Voilà comment & pourquoi l'Amour
a été introduit fur nos deux Théâ
JANVIER. 1759.
tres eft-ce un bien , eft-ce un mal :
pour
les moeurs ? C'est ce qui reste à examiner.
L'ufage des Anciens eft un préjugé
contre nous : mais par - tout & dans
tous les tems le Théatre a dû fuivre
les Conftitutions nationales . Chez les
Grecs , la Tragédie étoit une leçon politique
: chez nous , elle eſt une leçon morale
, & ne peut , ni ne doit avoir rapport
à l'adminiſtration de l'Etat. Il n'est donc
pas étonnant que l'Amour qui n'avoit rien
de commun avec le Gouvernement d'Athènes,
n'y fût point admis au théâtre ; &
que ce même fentiment qui eft d'un fi'grand
poids dans nos moeurs , foit devenu le premier
reffort de la Scène tragique françoife.
Une difference non moins fenfible dans
les moeurs de la Société , dont la Comédie
eſtle tableau , y a fait fubftituer des femmes
libres & honnêtes aux Efclaves &
aux Courtifannes des Comiques Grecs &
Romains. Mais comment M. Rouffeau
trouveroit- il les honnêtes femmes placées
au théâtre ? Il trouve même indécent
qu'elles foient admifes dans la Société.
» Les Anciens , dit - il , avoient
» en général un très-grand refpect pour
» les femmes ; mais ils marquoient ce
reſpect , en s'abſtenant de les expoſer
au jugement du Public , & croyoient
30
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» honorer leur modeftie , en fe taifant fut
» leurs autres vertus. Chez nous au con-
» traire , la femme la plus eftimée , eſt
» celle qui fait le plus de bruit , qui parle
» le plus , qu'on voit le plus dans le mon-
» de , & c.
Il me femble que M. Rouffeau n'a ni
compté ni pefé les voix ; & après tout ,
ces paralleles vagues, ces tableaux de fantaifie
ne prouvent que l'art & le talent du
Peintre . Confidérons les chofes en ellesmêmes
, & tâchons d'y faifir le vrai.
Dans tous les Etats , où les Citoyens
font admis à l'adminiſtration de la
République , il eft naturel que les
femmes foient éloignées de la Société
des hommes , & reléguées dans l'obfcurité.
La guerre , les confeils , les négociations
, le commerce , les fonctions pénibles
du Gouvernement élevent l'orgueil
des hommes au-deffus des foins de la
galanterie
& des inquiétudes de l'amour.
Comme ils ont feuls la force d'agir , ils
s'attribuent à eux feuls la fageffe de délibérer
; & jaloux du droit de gouverner ,
ils n'y inftruisent que leurs femblables .
Pour expliquer comment les femmes
ont été d'abord éloignées de l'adminiftration
publique , il n'eft donc pas befoin
d'attribuer aux hommes un fçavoir & des
JANVIER. 1759 .
81
talents qui leur foient propres : il fuffic
de remonter à l'inftitution des gouvernements.
La premiere concurrence pour
l'autorité fut décidée à coup de poing :
la feconde , à coup de malue ; enfuite
vinrent la hache & l'épée ; & dans cette
maniere de régler les droits , il est clair
que les femmes n'avoient rien à prétendre
Or , comme dans un Etat républicain ,
tout homme participe au gouvernement
ou aſpire à y participer, notre fexe y conferve
avec foin fon ancienne prérogative.
Mais dans un Pays où les Citoyens
fous l'autorité d'un Monarque , & fous la
tutelle des Loix , ne tiennent à la Conftitution
politique , que par le droit de propriété
, & par le tribut d'obéiffance ; où
perfonne n'influe ſur l'adminiſtration de
l'Etat , qu'autant qu'il y eft appellé ; où
l'homme privé ne peut rien ; où chacun
vit pour foi & pour un certain nombre de
fes femblables , felon fes affections , plus
ou moins étendues , fans autre foin que
de contribuer , autant qu'il eft en lui , aux
douceurs de la Société : dans cet état ,
´dis-je , il eſt naturel que les femmes foient
admiſes à ce concours paiſible de devoirs
officieux , pour y établir l'harmonie , pour
adoucir les moeurs des hommes naturelment
féroces , pour tempérér en eux cette
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
indocilité fuperbe qui s'indigne du frein
des Loix en un mot , pour cultiver &
nourrir dans leur âme , l'amour de la
paix & de l'ordre , qui eft la vertu de leur
condition.
Il feroit mieux , peut-être , que chacun
, avec fa compagne , vécut dans fa
maifon au milieu de fes enfans , mais
ces moeurs ne peuvent fubfifter que chez
un Peuple attaché au travail par le befoin.
La richeffe invite à l'oifiveté ; celleci
à la diffipation : le cercle de la fociété
s'étend ; & les hommes y appellent
les femmes. Mahomet , pour engager
les Mufulmans à vivre chacun chez
foi , fut obligé de leur donner un Serrail
& de leur en confier la garde . Ailleurs,
la jaloufie tient les femmes captives
mais les moeurs en font plus farouches
fans être plus pures , & il vaut encore
mieux fe difputer le coeur des femmes
à coup d'oeil , qu'à coup de poignard.
Cependant les hommages que nous
leur rendons nous dégradent , nous aviliffent
aux yeux de M. Rouffeau , & c'eſtlà
furtout ce qui caufe fon déchaînement
contre les Pièces de Théâtre où
l'Amour domine.
» L'Amour eſt le régne des femmes ,
» dit-il ; un effet naturel de ces fortes de
JANVIER . 1759.
83
Piéces eft donc d'étendre l'empire du
»fexe. Penfez-vous , Monfieur , deman-
» de-t-il à M. d'Alembert , que cet or--
» dre foit fans inconvénient , & qu'en
» augmentant avec tant de foin l'afcendant
» des femmes , les hommes en foient
» mieux gouvernés ? Il peut y avoir, pour-
» fuit-il , dans le monde , quelques fem-
»mes dignes d'être écoutées d'un hon-
» nête-homme, mais eft- ce d'elles en géné-
» ral qu'il doit prendre confeil , & n'y
» auroit- il aucun moyen d'honorer leur
"fexe fans avilir le nôtre » ? Prendre
confeil d'une femme , c'eft avilir notre
fexe I eft donc bien établi dans l'opinion
d'un Philofophe , que la fupériorité
nous eft acquife en fait de prudence
? Je le fouhaite , mais j'en doute encore.
» Le plus charmant objet de la Na-
» ture , le plus digne d'émouvoir un coeur
» fenfible & de le porter au bien , eft ,
» je l'avoue , une femme aimable & ver-
>> tueufe ; mais cet objet célefte où fe
>> cache-t-il ? "
M. Rouffeau , felon fes principes
trouve fi peu d'hommes de bien ! Il n'eft
pas étonnant qu'il trouve fi peu de femmes
vertueufes , furtout d'après les moeurs
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
des Peuples qui vivoient il y a trois mille
ans.
و د
» Il n'y a pas de bonnes moeurs pour
» les femmes , hors d'une vie retirée &
domeftique... Rechercher les regards
» des hommes , c'eft déjà s'en laiffer cor-
» rompre, & toute femme qui fe montre,
fe deshonore... Une femme hors de fa
»maifon , perd fon luftre , & dépouillée
» de fes vrais ornements elle ſe montre
» avec indécence .
Or chez nous toutes les femmes fe
montrent ; elles font donc toutes deshonorées
toutes celles qui ont de la beauté
font bien-aiſes qu'on s'en apperçoive ;
les voilà donc déjà corrompuës : aucune
d'elles ne fe renferme dans l'intérieur de
fon domestique ; il n'y a donc pas de
bonnes moeurs pour elles . De là nos feftins
, nos promenades , nos affemblées ,
ainfi que le bal que M. Rouſſeau veut
inftituer à Genêve , font les rendés -vous
du deshonneur & les fources de la corruption.
En un mot , toute femme qui
s'expofe en Public eft une femme fans
pudeur , la perte de la pudeur entraîne
celle de l'honnêteté qui eft l'âme des
bonnes moeurs ; nos femmes vivent en
Public , elles n'ont par conféquent ni pudeur
, ni honnêteté , ni vertu. Le raiſonJANVIER.
1759 . 85
nement eft fimple , & il n'en falloit pas
davantage pour prouver qu'un fpectacle
qui nous diſpoſe à les aimer , eſt un ſpectacle
pernicieux. Cependant M. Rouſſeau
ne croit pas cet argument fans replique : il
s'en fait une , mais il a foin de la choifir facile
à détruire. Il fuppofe qu'on lui répond
que la pudeur n'eft rien , & il s'attache à
prouver que la pudeur eft infpirée aux
femmes par la nature. Je le crois , je fuis
perfuadé que l'attaque eft le rôle natu rel
de l'homme , & la défenſe celui de - la
femme ; & quoique la raifon très-fenfible
qu'en donne M. Rouffeau , ait pu ne
venir que par réfléxion , quoique la difpofition
habituelle des deux fexes n'engage
les femmes qu'à nous attendre, fans
leur faire une loi de nous réfifter ; quoique
cette retenue , qui n'eft qu'une dó
cence paffive , ne rempliffe pas l'idée que
nous avons de la pudeur , & que par
conféquent la preuve de M. Rouffeau foit
infuffifante contre ceux qui veulent que la
pudeur qui réfifte , foit une vertu factice
& un devoir de convention ; ce n'eſt pas
là ce que je prétends. La pudeur naturelle
interdit-ellle aux femmes la fociété.
des hommes ? voilà ce que je nie , & ce
que M. Rouffeau ne prouvera jamáis. Il
Lemble que pour elles vivre avec les hom86
MERCURE DE FRANCE.
mes, ou s'abandonner aux hommes, foient
fynonymes , & qu'à fon avis , il ne foit
pas poffible de nous réfifter fans nous
fuir. Qu'un Petit -Maître le dife , à la
bonne heure ; mais un Philofophe peutil
le penfer ? La Société , fans doute , a
multiplié les Loix de la pudeur , & quelque
capricieux que foit l'ufage , le fexe
doit s'y conformer : mais dans ce qui n'eſt
pas prefcrit par la Nature , la pudeur d'un
Pays n'eft pas celle d'un autre. Chez les
Grecs , l'ufage défendoit aux femmes de
fe montrer en public : chez nous l'uſage
les y autorife.
Ór , celle-là eft honnête & décente
qui obferve ce que lui prefcrit la pudeur ,
l'honnêteté , la décence des moeurs du
Pays qu'elle habite. Il n'y a d'inſtitution
naturelle, que le devoir de la réſiſtance, ou
plutôt l'interdiction de l'attaque , tout le
refte varie fuivant les lieux & les tems.
M. Rouffeau fera donc obligé de nous
renvoyer aux preuves de fait. » Je fçais
qu'il regne en d'autres Pays des Cou-
» tumes contraires : mais voyez auffi ,
» dit-il, quelles moeurs elles ont fait naître.
Je ne voudrois pas d'autre exemple pour
ور
و ر
» confirmer mes maximes. Il eft facile
de faire la fatyre de nos moeurs ; & cent
exemples vicieux pris fur un million de
JANVIER. 1759 .
87
Citoyens , feroient un tableau épouvantable
de la Ville de l'Univers la mieux policée
, après l'immenfe Capitale des fages
& induftrieux Chinois . Mais fur l'atticle
de la galanterie & de l'amour , faut- il
avouer ce que je penfe des moeurs les plus
licencieufes de Paris ? Que M. Rouffeau
fe rappelle fes Pigeons. » La blanche Co-
» lombe va , fuivant pas à pas fon bien-
» aimé , & prend chaffe elle-même auffi-
» tôt qu'il fe retourne. Refte-t- il dans
» l'inaction ; de légers coups de bec le
» réveillent s'il fe retire, elle le pourfuit :
» s'il ſe défend , un petit vol de fix pas
» l'attire encore : l'innocence de la Na-
» ture ménage les agaceries & la molle
» réfiftance , avec un art qu'auroit à peine
» la plus habile Coquette. » Hé bien
Monfieur , les Coquettes ont à- peu- près
eet art-là : vous ne voyez dans cette image
charmante , rien de bien pernicieux
au monde ; & un peuple de Pigeons avec
ces moeurs , vaut bien un peuple de
Vautours ? Quand même à la coquetterie
des Colombes , fe mêleroit un peu d'inconftance
, ce feroit encore un jeu de la
Nature , dont vos yeux feroient égayés.
C'eft ce que je voulois vous faire obferver
en paffant : mais revenons aux principes
de l'honnêteté qui prefcrit d'autres moeurs
88 MERCURE DE FRANCE.
aux femmes , & en défavouant la conduite
de celles , dont la Colombe' eft l'image
, voyons fi vous n'êtes pas injuſte
d'envelopper tout le fexe dans un mépris
univerfel.
Vous êtes indigné qu'au Théâtre une
femme penfe & raifonne , qu'on lui donne
un efprit ferme , une âme élevée , des
principes & des vertus ? Et fi les femmes
s'offenfoient qu'on mît au Théâtre des
Héros & des Sages , les croiriez- vous
moins fondées ? A votre avis , ces modèles
font- ils plus communs parmi nous ?
» Les imbécilles Spectateurs vont , dites-
»vous , apprendre d'elles ce qu'ils ont
pris foin de leur dicer. » Et à qui ,
Monfieur , n'a-t- on pas dicté fa leçon ?
En naiffant , fçavions - nous la nôtre ?
» Parcourez la plupart des Piéces mo-
» dernes , c'eſt toujours une femme qui
» fçait tout , qui fait tout ; la bonne eſt
» fur le Théâtre , & les enfants font au
» parterre.
ود
}
Quand on met au Théâtre Didon , Sémiramis
, Elizabeth , il faut bien fuppofer
qu'elles fçavoient quelque chofe : ces
femmes- là n'étoient pas des enfants .
Quand on peint des femmes bien nées ,
il faut bien qu'elles aient des principes
d'honnêteté , de vertu , d'humanité la
JANVIER. 1759 . 89
Nature leur tient , je crois , le même langage
qu'à nous. Le monde leur donne
les mêmes connoiffances ; & il eft vraifemblable
qu'elles l'étudient avec d'autant
plus d'attention , qu'elles font moins
préoccupées : l'Amour regne au Théâtre ,
il faut bien qu'elles y regnent , & qu'elles
exercent fur la Scène le même empire
que dans la fociété. Eft- ce un mal : Nous
le verrons. A l'égard des leçons qu'elles
donnent au Parterre, fi ces leçons peuvent
être utiles, elles n'en font que plus goutées ;
& je ne connois que vous feul parmi
les hommes , qui croyiez en être avili.
M. Rouffeau ne peut fe perfuader qu'une
femme foit fon égale ; demandons-lui
donc enfin quels font les talents de l'efprit,
& les qualités du coeur dont la Nature a
doué l'homme , à l'exclufion de la femme
quels font les vices qu'elle a effentiellement
attaché à ce fexe , les délices
du nôtre : quels font les piéges qu'elle
nous cache fous les fleurs de la beauté ?
» Les femmes en général n'aiment aucun
» art , ne ſe connoiffent à aucun . » Ce
feroit-là un bien petit mal : cependant
files femmes étoient naturellement privées
du fentiment du beau , elles pourroient
l'être du fentiment du vrai , du
jufte & de l'honnête ; & cette propofigo
MERCURE DE FRANCE.
tion jettée en l'air peut tirer à conféquence.
Que M. Rouffeau nous dife donc
s'il a pris cette opinion dans l'étude de
l'organifation phyfique , ou dans le commerce
du monde. Les femmes ont-elles
les organes moins délicats que nous , le
coup d'oeil ou l'oreille moins jufte , le
fentiment en général plus lent ou plus
confus ? Quelle eft la faculté que nous
avons & qu'elles n'ont pas , pour gouter
la Peinture ou la Sculpture , la Mufique
ou la Poefie ? Eft-ce l'exercice & l'étude
qui leur manquent ? Il s'enfuit que nous
avons fur elles , à cet égard , l'avantage
de l'éducation : mais fi M. Rouffeau avoit
-
été moins éloigné par fes principes du
commerce du monde & des femmes , il
en auroit vû beaucoup qui ont acquis par
elles mêmes , les lumieres qu'on leur
envioit. Je vais plus loin , & j'établis en
fait que , fi l'on compare l'éducation des
femmes avec la nôtre , les foins que l'on
prend de prolonger leur enfance, & de hâter
en nous l'ufage de la raifon , l'obscurité
où l'on tâche de retenir leur âme captive,
& les lumieres qu'on ne ceffe de répandre
dans nos efprits ; d'un autre côté , fi l'on
fait attention que , dès que leur intelligence
& leur goût ont la liberté de
prendre l'effor , plufieurs nous atteignent,
JANVIER. 1759.
quelques - unes même nous paffent , fans
y prétendre & en fe jouant ; on conclura
que les femmes en général naiffent avec
des diſpoſitions aſſez heureuſes au fçavoir
& aux talents dont Monfieur Roufſeau
fait notre partage. Tout ce qui n'exige
qu'une raifon faine , un efprit droit &
une fenfibilité modérée , leur eft donc au
moins commun avec les hommes . Je le
dis à propos des Arts, je le dirai même par
rapport aux chofes les plus férieufes de
la vie ; & une multitude d'hommes qui
nefont ni complaifants ni paffionnés, l'attefteront
avec moi.
» Mais ce feu célefte qui échauffe &
» embraſe l'âme , ce genie qui confume
» & dévore , cette brulante éloquence ,
ces tranfports fublimes qui portent leur
» raviffement jufqu'au fond des coeurs ,
» manqueront toujours aux écrits des fem-
" mes. " Si cela eft , elles en font moins
capables des fortes productions du génie :
mais tout cela eft- il effentiel au goût des
Arts Tout cela eft- il relatif aux moeurs
de la Société , qui eft l'objet de notre difpute
Faut- il être un Boffuet , un Milton ,
pour être bon Citoyen , bon parent , bon
ami ? Où font même parmi les hommes
les génies brulants dont vous nous parlez
? En voulez-vous former une Ré92
MERCURE DE FRANCE.
publique Qui les gouverneroit , bo
Dieu ? Le monde moral feroit un maga
fin à poudre .
» Les écrits des femmes font tous
» froids & jolis comme elles. Ils auron
» tant d'efprit que vous voudrez , jamais
d'âme. Ils feront cent fois plutôt fen-
» fés que paffionnés : elles ne fçavent n
» fentir ni décrire l'amour même. Lafeul
Sapho , que je fçache , & une autre,
» méritent d'être exceptées.
33
33
Que les écrits des femmes ne foient pas
paffionnés , la pudeur feule peut en être la
caufe : que M. Rouffeau & moi en ayons
peu connu qui fçachent décrire & fentir
l'amour ; c'eft un malheur particulier , qui
eft peut-être fans conféquence. Cependant
, s'il arrivoit que chacun pût dire
comme M. Rouffeau , qu'il connoît deux
femmes , Sapho & une autre , qui méritent
d'être exceptées , il fe trouveroit au
bout du compte , autant de femmes capables
de décrire & de fentir l'amour , qu'il
y auroit eu d'hommes capables de l'inf
pirer : & fi M. Rouffeau a trouvé une feconde
Sapho , il ne peut , avec bienséance,
difputer le même avantage à perfonne.
Mais , fuppofons que le fentiment foit
plus foible dans les femmes que dans les
hommes , que leurs écrits , & par conféJANVIER.
1759. ༡༣
quent , leurs caractéres foient plus fenfés
que paffionnés , eft-ce à M. Rouffeau
qui connoît fi bien le danger des paffions ,
à regarder cette froideur comme un vice?
Qu'il s'accorde enfin avec lui-même , &
qu'il nous dife , fi un naturel paffionné
lui femble préférable à un caractére
moins fufceptible de mouvements impétueux
? Si la vertu s'exerce à tempérer
dans les hommes cette fougue, cette véhémence
de fentiments que les femmes n'ont
pas , la vertu ne fait donc en eux , que
te qu'a fait la Nature en elles. Ce font les
paffions qui troublent l'ordre : les femmes
eduites à des affections tranquilles , feroient
donc le fexe le plus fléxible à la régle
, le plus docile aux loix de la Société ;
& par conféquent , elles feroient faites
pour en être les liens.
Si donc la nature n'a pas interdit aux
femmes d'être raisonnables , ſenſibles ,
honnêtes , vertueufes , fi elle leur a donné
une âme comme à nous , mais plus
calme , plus modérée ; de quel droit , fur
quel rapport , d'après quel examen affurez-
vous qu'elles abufent de tous ces dons
& qu'elles les tournent à leur honte ?
L'homme eft né bon , dites-vous , & fous
cenom fans doute vous comprenez la
femme . Vous avouez qu'il peut y avoir
94 MERCURE DE FRANCE.
quelque femme aimable & vertueufe.,
mais vous demandez où elle fe cache ?
C'est vous , Monfieur , qui vous cachez à
elle ; & cette question , qui feroit accablante
de la part d'un homme répandu
dans le monde , ne prouve rien , ne vous
déplaife , de la part d'un Philofophe folitaire.
Vous l'avez vu de fi loin, Monfieur ,
ce monde que vous méprifez !
و ر
Cependant la douceur , la moleffe du
caractere des femmes fe communiquent
aux moeurs des hommes. » Ce fexe plus
» foible , hors d'état de prendre notre
» maniere de vivre trop pénible pour lui ,
» nous force de prendre la fienne trop
» molle pour nous , & ne voulant plus
»fouffrir de féparation , faute de pou-
» voir fe rendre hommes , les femmes
» nous rendent femmes. »>
ور
و ر
»
M. Rouffeau n'entend pas qu'elles nous
otent les fentimens du courage & de
l'honneur. Les femmes , dit - il , ne
» manquent pas de courage , elles préfe-
» rent l'honneur à la vie : l'inconvénient
» de leur fexe eft de ne pouvoir fuppor-
» ter les fatigues de la guerre & l'intem-
» périe des faifons. C'est donc cette foibleffe
qu'elles nous communiquent ſelon
M. Rouffeau. » Or , dit- il , cet inconvé-
» nient qui dégrade l'homme , eft tresJANVIER.
1759 . ༡༨
grand partout ; mais c'eft furtout dans
» les Etats , comme le nôtre , ( il parle
de Genêve ) qu'il importe de le préve-
» nir. Qu'un Monarque gouverne des
» hommes ou des femmes , cela lui doit
» être affez égal , mais dans une République
il faut des hommes. » C'est- àdire
, dans fon fens , des corps affez bien
conſtitués pour réſiſter aux fatigues de la
guerre & à l'intempérie des faifons. Encore
une fois , M. Rouffeau fe croit-il à.
Lacédémone ? N'eft-il pas fingulier que
l'on s'échauffe l'imagination au point
d'appliquer ſérieufement les principes de
Lycurgue à une Ville commerçante , induftrieufe
& paifible , qui ne peut être
que cela ? Hé Monfieur ! fi l'équilibre qui
fait fa fureté , venoit à fe rompre , pour
le coup c'eſt bien à Genêve qu'il feroit indifferent
d'être peuplée d'hommes ou de
femmes. Qu'une République entourée de
Républiques rivales & toujours prêtes à
l'accabler , s'exerce fans relâche à défendre
fa liberté menacée , qu'elle renonce
à tous les Arts , pour ne s'occuper que
de l'art de combattre , qu'elle endurciffe
par une difcipline auftere les moeurs de
fesCitoyens , dont elle fe fait un rempart
: c'eft une néceffité cruelle mais indifpenfable
, & la férocité guerriere en96
MERCURE DE FRANCE.
tre dans fa conftitution : Telle fut Sparte ;
mais eft-ce là Genêve ? Qu'on y joue ,
qu'on y danfe , puifque vous le voulez ,
qu'on y donne des fêtes ou des fpectacles
, qu'on y vive avec les femmes ou
fans les femmes , pourvu que l'induſtrie .
& le négoce y foient en vigueur , &
que la police y foit vigilante & févere ;
les fondemens de votre liberté n'en feront
ni plus forts ni plus foibles . La force
de Genêve n'eft pas dans fon fein. Mais
vos vues ne ſe bornent pas aux moeurs de
cette République ; & quoique vous difiez
qu'il eft égal à un Monarque de com-.
mander à des hommes ou à des femmes
, attendu qu'il peut avoir trois fois
plus de femmes qu'il n'en faut pour fe
battre , afin de facrifier les deux autres.
tiers aux maladies & à la mortalité. Cette
ironie , affez amere, ne donne le change
à perfonne. Vous avez raifon : c'eft un
grand mal pour un Peuple belliqueux de
n'être pas auffi robufte que brave ; &
c'est là , nous l'avouons , le défavantage
de tous les Peuples qui , nourris fous un
ciel doux , n'ont pas été endurcis dès l'enfance
aux travaux de cet Art deftructeur,
l'unique métier des Romains. Mais vous
attribuez ici au commerce des femmes ,
ce qui a des cauſes bien plus réelles.
Vous
JANVIER 1759. 97
Vous ne prétendez pas fans doute que
les femmes amolient le Laboureur &
l'Artifan , ni que le Peuple de nos Villes
& de nos campagnes foit énervé par les
délices d'une vie oifive & voluptueufe.
C'eft de là cependant que l'on tire nos
Soldats , & c'eft le Soldat qui fuccombe
aux travaux d'une guerre cloignée & à
l'inclémencé d'un ciel étranger. Les inconvénients
du luxe n'en font pas moins
réels ; mais attendez -vous des hommes
qu'ils fe bornent aux premiers befoins de la
vie;tandis que les fuperfluités voluptueuſes
lesfollicitent de toutes parts ? Vous voyez
que Licurgue lui-même , pour fermer au
luxe l'entrée de fa République , fut obligé
d'en écarter tous les moyens de s'enrichir.
Les femmes ne font rien à cela :
tout le vice eft dans les richeffes;mais ces
ticheffes ont d'autres avantages , & quoiqu'en
dife la Philofophie , il n'y a point
d'état fur la terre qui ne tâche d'augmenter
les fiennes ; il n'y en aura jamais aucun
qui s'avife de les enfouir.
Du refte , que le climat , les richeffes ,
ou les femmes amoliffent la férocité d'un
Peuple ardent & courageux , & lui êtent
la faculté de porter la défolation & le
ravage chez les Nations étrangeres, en lui
dauffant la bravoure,la vigueur & l'activité
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dont il a befoin pour fa propre défenſe ;
Que ce Peuple invincible dans fes frontieres
, y foit comme repouffé par la Nature
, dès qu'il en fort les armes à la main ;
eft-ce à un Philofophe à le regarder comme
un mal Je pardonnerois tout au
plus ce langage au flatteur d'un Roi
Conquérant.
2
Les femmes nous rendent femmes : c'est
donc à dire, dans votre fens, qu'elles nous
rendent moins paffionnés , plus doux
plus fenfés , plus humains . Elles ne nous
infpirent pas cette éloquence brulante
qui convenoit à la tribune , mais elles
nous enfeignent cette éloquence perfuafive
& conciliatrice qui convient à la fociété
; & le don de gagner les coeurs eft
fans comparaifon plus réel & plus infaillible
que le talent de les fubjuguer.
Elles affoibliffent en nous l'ardente foif
du fang & la fureur du brigandage ;
mais elles nourriffent dans nos ames l'amour
de l'honneur & l'émulation de la
gloire. Un homme flétri par une lâcheté
n'ofe plus paroître à leurs yeux ; & fi l'on
interrogeoit les coeurs, on verroit qu'elles
ne font pas oubliées dans la harangue
intérieure qu'un jeune Guerrier fe fait à
lui-même quand il marche à l'ennemi.
A l'égard des avantages d'une fevere
JANVIER. 1759. 99
difcipline ; qu'on en faffe un devoir
effentiel , qu'on y attache l'honneur militaire
, que la négligence de ce devoir
foit un obftacle invincible à l'avancement
, & qu'on obferve furtout avec une
exacte équité des diftinctions glorieufes
pour les uns & humiliantes pour les autres:
ofe répondre que les hommes ne feront
pas foufferts parmi les femmes au mo→
ment où le devoir & l'honneur les appelleront
aux drapeaux.
La vérité fimple eft que les femmes
contribuent à faire aimer au militaire les
plaifirs de la paix , fans les dégouter des
travaux de la guerre ; que du fein de l'amour
même , elles les envoyent aux combats
, & que le defir de leur plaire eft en
eux un nouveau principe d'émulation &
de valeur. Voyons quel eft dans la fociété
en général , le vice de leur domination ;
& fi l'amour , tel qu'il eft peint fur le
Théâtre , contribue ou remédie au mal
que leur commerce peut caufer.
La fuite au Mercure prochain.
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. Rousseau de Genêve à M. d'Alembert.
Dans sa lettre à M. d'Alembert, M. Rouffeau critique les comédies modernes au Théâtre Français, malgré son admiration pour les œuvres de Molière. Il regrette le manque de comique et l'ennui des pièces contemporaines, ainsi que la représentation trop décente de l'amour, qui pourrait encourager des comportements amoraux. Il compare les tragédies grecques, axées sur la politique, aux tragédies françaises, centrées sur l'amour et la morale. Rouffeu aborde également la question des rôles des femmes dans la société. Il note que les femmes sont exclues des affaires publiques dans les républiques mais peuvent adoucir les mœurs masculines dans les monarchies. Il critique Jean-Jacques Rousseau, qui prône l'exclusion des femmes de la vie publique pour préserver leur vertu. Rouffeau affirme que la participation des femmes à la vie publique n'entame pas leur pudeur ni leur vertu. Il soutient que les femmes possèdent des dispositions naturelles pour le savoir et les talents, mais sont privées des opportunités éducatives nécessaires. Selon lui, les femmes, grâce à leur nature calme et modérée, seraient mieux adaptées pour maintenir l'ordre social et les lois. Le texte examine les opinions de Rousseau sur l'influence des femmes, qui adoucissent les mœurs des hommes mais les rendent moins aptes à la guerre. Rousseau craint que cette influence ne nuise à la défense de la liberté. Rouffeau conteste cette vision, affirmant que les femmes possèdent du courage et préfèrent l'honneur à la vie, bien qu'elles ne supportent pas les fatigues de la guerre. Il attribue l'affaiblissement des peuples au luxe et aux richesses plutôt qu'à l'influence des femmes. Les femmes sont décrites comme apportant douceur, sensibilité et humanité, inspirant une éloquence persuasive et conciliatrice essentielle à la société. Leur rôle dans les moments de courage et de bravoure des guerriers est reconnu. Le texte souligne que les femmes peuvent rendre les plaisirs de la paix attrayants sans détourner les soldats de leurs devoirs. Il invite à examiner les effets de la domination féminine et de l'amour sur les comportements et les valeurs militaires, avec une suite prévue dans le prochain Mercure.
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15759
p. 1992
DEUXIÈME ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rends mille services ; [...]
Mots clefs :
Parole
15762
p. 76-77
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...]
Mots clefs :
Lettres, Alphabet, Perruque, Croc, Roc, Cor, Bœuf, Œuf, Peau, Eau
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
LEE mot de la premiere Enigme du
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
mois de Juin eft les Lettres de l'Alphabet
, par l'énumération
defquelles dans
un on trouve deux lettres , dans deux ,
quatre , dans dix trois & dans vingt
cinq. Celui de la feconde eft la Perruque.
Celui du premier Logogryphe eft
Croc , où en ôtant la premiere lettre ,
on trouve roc , qui renverfé fait cor ,
JUILLET. 1763 . 77
& en retranchant le C de ce dernier , il
refte or . Celui du fecond eft Boeuf, où
l'on trouve feu , & en ôtant le B , il
reſte oeuf. Celui du troiſième eſt Peau,
où en fupprimant la première lettre
on a Eau , ce qui eft encore exprimé
par ces deux vers latins :
deux
Quem natura dedit tibi præbet corpus amiétum :
At capite ablato , lector habebis aquam.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Juin est les Lettres de l'Alphabet [...] »
En juin 1763, une énigme sur les lettres des nombres et une autre intitulée 'La Perruque' sont présentées. En juillet 1763, trois logogriphes sont proposés : 'Croc' devient 'roc', puis 'cor' et 'or', 'Boeuf' se transforme en 'feu' puis 'œuf', et 'Peau' devient 'Eau', illustré par des vers latins.
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15763
p. 1280-1282
NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Début :
Dans la Mathématique universelle j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1. [...]
Mots clefs :
Géomètres, Infinitaires, Paradoxe, Société royale, Calcul, Géométrie ordinaire, Quarré
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texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
NOUVEAU Paradoxe proposé aux
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
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Résumé : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Le texte traite d'un paradoxe mathématique lié aux propriétés des nombres infinis. Un géomètre infini affirme que le carré de toutes les unités prises en nombre infini est égal à la somme des nombres impairs (1, 3, 5, etc.). Il mentionne avoir reçu un livre de M. Cheyne, qui soutient que le carré des demi-unités prises en nombre infini est également égal à la somme des nombres impairs. Après réexamen, l'auteur conclut que les deux affirmations peuvent être vraies simultanément, soulignant la complexité des questions infinies et la supériorité de la géométrie infinie sur la géométrie ordinaire. Un autre point de désaccord concerne la somme des nombres naturels. M. Cheyne affirme que le carré des unités est égal à la somme des nombres naturels (1, 2, 3, etc.), tandis que l'auteur maintient que cette somme est égale à celle des nombres impairs. L'auteur critique M. Cheyne pour avoir violé ses propres principes en assignant les nombres naturels comme le carré des unités, contrairement aux principes euclidiens qui stipulent que ce carré devrait être quadruple de celui des demi-unités.
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15764
p. 77-81
Liste des Marchandises depuis peu arrivées sur les trois Vaisseaux venus des Indes Orientales. [titre d'après la table]
Début :
M[r]s de la Compagnie des Indes Orientales de France, vendront [...]
Mots clefs :
Soie, Chine, Mouchoirs, Compagnie, Coton, Bengale, Bétilles, Étoffes, Blancs, Blanches, Toiles, Couvertures, Compagnie des Indes orientales, Siam, Coromandel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liste des Marchandises depuis peu arrivées sur les trois Vaisseaux venus des Indes Orientales. [titre d'après la table]
Mrs de la Compagnie des
IndesOrientales de France"
vendront dans la Villede
Rouen le 20. Octobrepro-
,chain, les Marchandisesqu'ils
ont receuës fut trois VaiHeaux
arrivez deSurate,Cofte de
Coromandel , Bengala, &
Siam.
SçAVOIR*
-
150000 liv. de Poivre.
100000 liv. Sdpdlre.
20000 liv. Cotton filé.
20000liv,Caurîs ou Coquilla-ge
-
1200 liv. Gomme-gutte.
5200 IiV, Encens.
900 liv. Gené.
1100 liv.Vitriol.
23 Ballots deThé.
5500 liv. CaSe.
19°00 liv. Terra merita.
Plusieurs piecescomaline.
jâfPplusiecurs cpiece.s Agathe 60000 liv. Bois de Sapan.
1760 liv.Soyeescruë-en 13.balles.
3000 liv. Soye de Chine en 47.
bal'es.
6480 liv. Soye de Bengalle en
37.Caisses.
: 910 ps Annosins.
328 ps Estoffe de Bengalle.
88 ps Estosses de Soye or 8c
argent.
[ 700 ps
Estosses diverses de la
Chine.
501 ps Taffetas & Cotonis.
200 ps Atlas Calquers.
360 ps Soucis.
rua ps Allejas.
160 ps Kemkasà fleurs rayez.
50 ps Longuis à carreaux.
2.700 ps Nillaës.
90 ps lmombany.
500 ps Poulans de diversescouleurs.
200 ps Chaquelas.
90 psGuingans de diverses
couleurs.
2.4'13 ps Doutis blancs divers.
3190 ps C.hijuter.
4830 ps Bastetas blancs étroits.
26400 ps Salempouris.
4576 ps Guinées blanches.
2820 ps Retilles Chavonois.
1680 ps Betilles tarnatares.
1160 ps Betiiles de 20. aun.
1320 ps Betillesde 16. aun.
130 ps Cravattes.
-100 ps Casses.
2138 ps Percalles.
240 ps Mauris.
1080ps Sanas.
600 ps Tangebs.
580 ps Amans.
130 ps Guingans blancs.
61 ps Toilles blanches piquées.
4860 ps Toilles bleuës.
15310 ps Seronges.
1180 ps Chittes peintes des deux
costez.
1000 ps Mou'tan.
Jooo ps Couvertures piquées.
60 ps Couvertures satins à carle;
aux.
I I ps Tours de lit.
480 ps Moucheoirs de Masulipatan.
1584 ps Moucheoirs peints des
deux costez.
j6o.ps Moucheoirs de Soye &
Cotton.
2.Paravents de la Chine
La Compagnie vendra des Toiles
d'Amadabatlarge, sur l'e.ichcre de
six liv. la piece.
Elle vendrasuffides Tapisrestez
invendus de l'an ptl/Jl>:
Les eraitouverts, &
les Alllych';;ndfès c:':pcf:'es aux Marchands
, depuis le 15. duditmois
d'Octobre,jujqu'ait 19. inclujive.-
ment.
IndesOrientales de France"
vendront dans la Villede
Rouen le 20. Octobrepro-
,chain, les Marchandisesqu'ils
ont receuës fut trois VaiHeaux
arrivez deSurate,Cofte de
Coromandel , Bengala, &
Siam.
SçAVOIR*
-
150000 liv. de Poivre.
100000 liv. Sdpdlre.
20000 liv. Cotton filé.
20000liv,Caurîs ou Coquilla-ge
-
1200 liv. Gomme-gutte.
5200 IiV, Encens.
900 liv. Gené.
1100 liv.Vitriol.
23 Ballots deThé.
5500 liv. CaSe.
19°00 liv. Terra merita.
Plusieurs piecescomaline.
jâfPplusiecurs cpiece.s Agathe 60000 liv. Bois de Sapan.
1760 liv.Soyeescruë-en 13.balles.
3000 liv. Soye de Chine en 47.
bal'es.
6480 liv. Soye de Bengalle en
37.Caisses.
: 910 ps Annosins.
328 ps Estoffe de Bengalle.
88 ps Estosses de Soye or 8c
argent.
[ 700 ps
Estosses diverses de la
Chine.
501 ps Taffetas & Cotonis.
200 ps Atlas Calquers.
360 ps Soucis.
rua ps Allejas.
160 ps Kemkasà fleurs rayez.
50 ps Longuis à carreaux.
2.700 ps Nillaës.
90 ps lmombany.
500 ps Poulans de diversescouleurs.
200 ps Chaquelas.
90 psGuingans de diverses
couleurs.
2.4'13 ps Doutis blancs divers.
3190 ps C.hijuter.
4830 ps Bastetas blancs étroits.
26400 ps Salempouris.
4576 ps Guinées blanches.
2820 ps Retilles Chavonois.
1680 ps Betilles tarnatares.
1160 ps Betiiles de 20. aun.
1320 ps Betillesde 16. aun.
130 ps Cravattes.
-100 ps Casses.
2138 ps Percalles.
240 ps Mauris.
1080ps Sanas.
600 ps Tangebs.
580 ps Amans.
130 ps Guingans blancs.
61 ps Toilles blanches piquées.
4860 ps Toilles bleuës.
15310 ps Seronges.
1180 ps Chittes peintes des deux
costez.
1000 ps Mou'tan.
Jooo ps Couvertures piquées.
60 ps Couvertures satins à carle;
aux.
I I ps Tours de lit.
480 ps Moucheoirs de Masulipatan.
1584 ps Moucheoirs peints des
deux costez.
j6o.ps Moucheoirs de Soye &
Cotton.
2.Paravents de la Chine
La Compagnie vendra des Toiles
d'Amadabatlarge, sur l'e.ichcre de
six liv. la piece.
Elle vendrasuffides Tapisrestez
invendus de l'an ptl/Jl>:
Les eraitouverts, &
les Alllych';;ndfès c:':pcf:'es aux Marchands
, depuis le 15. duditmois
d'Octobre,jujqu'ait 19. inclujive.-
ment.
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Résumé : Liste des Marchandises depuis peu arrivées sur les trois Vaisseaux venus des Indes Orientales. [titre d'après la table]
Le 20 octobre prochain, Rouen accueillera des marchandises provenant de Surate, de la côte de Coromandel, du Bengale et du Siam, transportées par trois vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales de France. Ces marchandises comprennent 150 000 livres de poivre, 100 000 livres de saphir, 20 000 livres de coton filé, 20 000 livres de cauris, 1 200 livres de gomme-gutte, 5 200 livres d'encens, 900 livres de géné, 1 100 livres de vitriol, 23 ballots de thé, 5 500 livres de casse, 19 000 livres de terra merita, plusieurs pièces de calamine et d'agate, 60 000 livres de bois de sapan, ainsi que diverses soies et étoffes. Parmi ces dernières figurent des annosins, des étoffes de Bengale, des étoffes de soie ornées d'or et d'argent, des étoffes chinoises, des taffetas, des cotonnades, des atlas calquers, des soucis, des alejas, des kemkhas à fleurs rayées, des longuis à carreaux, des nillas, des limbany, des poulans, des chaquelas et des guingans.
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15765
p. 80-109
ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Début :
DE tous les Etats qui concourent à la gloire de la patrie, il n'en est point [...]
Mots clefs :
Profession des armes, Noblesse, Oisiveté, Vrai noble, Citoyen, Siècle de Louis XIV, Académie de Marseille, Héros, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
ESSAI hiftorique fur ABRAHAM
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
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Résumé : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Abraham Duquesne, lieutenant général des armées navales de France, incarne l'importance de la profession des armes pour la gloire de la patrie. Né en Normandie en 1610 dans une famille noble, il suivit les traces de son père, également nommé Abraham Duquesne, pilote et capitaine de vaisseau. Duquesne se distingua rapidement par son zèle et sa dévotion pour la marine, acquérant des compétences qui le marquèrent. Au cours de sa carrière, Duquesne participa à de nombreuses campagnes maritimes, notamment pendant la guerre contre l'Espagne. Il joua un rôle crucial dans plusieurs batailles, comme l'attaque des îles de Sainte-Marguerite, la défaite des Espagnols devant Gattary, et les combats à Tarragone, Barcelone, et Perpignan. Son courage et son habileté furent reconnus à travers divers exploits, où il fut souvent blessé mais continua toujours à se battre pour la patrie. En 1644, Duquesne servit en Suède et fut nommé Vice-Amiral, participant à une bataille où les Danois furent vaincus. Il aborda le vaisseau amiral danois et tua le général ennemi. En 1647, il fut rappelé en France et commanda des escadres lors de l'expédition de Naples. En 1674, les magistrats de Messine appelèrent la France à leur secours, bloqués par une flotte espagnole. Duquesne força le passage et livra des vivres et des armes à Messine. En 1676, il combattit et vainquit les flottes combinées de l'Espagne et des Pays-Bas commandées par l'amiral Rhuiter. Duquesne força le passage de Messine et remporta plusieurs victoires navales. Louis XIV, impressionné par ses succès, renforça la marine française, construisant des ports et instituant des écoles de marine. Duquesne fut récompensé pour ses services, recevant le château et l'île d'Indret. En 1681, il attaqua les Tripolitains et les força à conclure une paix glorieuse. Il nettoya également les mers des corsaires d'Alger et de Tripoli, libérant des esclaves chrétiens. En 1683, Louis XIV se venger des Algériens en utilisant des galiotes à bombes, une invention de Bernard Renaud. Cette attaque détruisit une partie de la ville d'Alger et força les Algériens à demander la paix, libérant des esclaves et payant une somme d'argent. Tunis et Tripoli suivirent cet exemple. En 1684, la République de Gênes, ayant refusé de se soumettre à Louis XIV, fut bombardée et contrainte de céder. Le Doge et quatre Sénateurs se rendirent à Versailles pour implorer la clémence du roi. Duquesne reçut des honneurs pour ses services, notamment la terre de Du Bouchet érigée en marquisat. Il mourut à Paris le 2 février 1688, à l'âge de 78 ans. Ses fils, notamment Henri, se distinguèrent également dans le service militaire et diplomatique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15767
p. 77
ENIGME.
Début :
Tout Etre, & tout possible, en tous cas, en tout lieu, [...]
Mots clefs :
Substantif
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
OUT Etre , & tout poffible, en tous cas ,
lieu ,
en tout
Me doit , ou me devra ſon ſexe & ſa ſubſtance.
La Terre , les Enfers , le Ciel , même les Dieux,
Connoiffent mon Empire & ma vafte puiflance.
Admire , cher Lecteur , mes contraſtes divers ;
En voici quelques- uns : je fuis Hermaphrodite,
Un & plufieurs , une Actrice , un Hermite ,
Le Pape , le Muphti , le Néant , l'Univers &c.
Par M. Da... D. C... Abonné au Mercure,
OUT Etre , & tout poffible, en tous cas ,
lieu ,
en tout
Me doit , ou me devra ſon ſexe & ſa ſubſtance.
La Terre , les Enfers , le Ciel , même les Dieux,
Connoiffent mon Empire & ma vafte puiflance.
Admire , cher Lecteur , mes contraſtes divers ;
En voici quelques- uns : je fuis Hermaphrodite,
Un & plufieurs , une Actrice , un Hermite ,
Le Pape , le Muphti , le Néant , l'Univers &c.
Par M. Da... D. C... Abonné au Mercure,
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15768
p. 83
AUTRE.
Début :
Suivant le rang que l'on fait prendre [...]
Mots clefs :
Louis XV ou quinze louis
15769
p. 77
ÉNIGMES.
Début :
Lecteur, je suis souvent le sujet de tes soins. [...]
Mots clefs :
Erreur
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGMES.
ÉNIGME S.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
LECTEUR , je ECTEUR, fuis fouvent le fujet de tes foinsă
Si je t'occupe ici ; fi tu me donnes l'être ;
Alors , moins que jamais tu pourras me connoître ;
J'exifte d'autant plus que l'on me connoît moins.
Par M. R... de Marfeille.
Fermer
15770
p. 83-84
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ignore depuis quand l'on m'a mis en usage, [...]
Mots clefs :
Éventail
15771
p. 77-78
AUTRE.
Début :
Je supplée au défaut de l'ingrate Nature, [...]
Mots clefs :
Canne à lorgnette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fupplée au défaut de l'ingrate Nature ,
Je porte & fuis porté , je pare & défigure ;
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis fans crime & l'on me pend .
Ma tête eft fans cervelle , & non fans agrément.
Souvent je n'ai point d'yeux , & fouvent j'en ai
quatre ;
Sans vigueur & fans bras , j'ai du talent pour
battre.
J'allume le courage , & j'infpire la peur.
Je fers fans injuftice , une injufte fureur.
Je fuis dur & poli , chéri de tous les âges.
Sans voir aucun pays , je fais de longs voyages,
Du fard affez fouvent , j'emprunte les appas..
Je fais appercevoir ce que je ne vois pas.
Grand batteur de pavé , toujours prêt à l'eſcrime,
Je fais également , & je punis le crime.
J'attaque , je défends , j'arrête & je pourfuis ,
Tu me vois tous les jours , devine qui je ſuis.
Par J. D. ou l'Inconnu de Dampierre.
E fupplée au défaut de l'ingrate Nature ,
Je porte & fuis porté , je pare & défigure ;
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis fans crime & l'on me pend .
Ma tête eft fans cervelle , & non fans agrément.
Souvent je n'ai point d'yeux , & fouvent j'en ai
quatre ;
Sans vigueur & fans bras , j'ai du talent pour
battre.
J'allume le courage , & j'infpire la peur.
Je fers fans injuftice , une injufte fureur.
Je fuis dur & poli , chéri de tous les âges.
Sans voir aucun pays , je fais de longs voyages,
Du fard affez fouvent , j'emprunte les appas..
Je fais appercevoir ce que je ne vois pas.
Grand batteur de pavé , toujours prêt à l'eſcrime,
Je fais également , & je punis le crime.
J'attaque , je défends , j'arrête & je pourfuis ,
Tu me vois tous les jours , devine qui je ſuis.
Par J. D. ou l'Inconnu de Dampierre.
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15773
p. 73-74
ENIGME, EN CHANSON. Air : du Confiteor.
Début :
Compagnon des enfans de Mars, [...]
Mots clefs :
Tambour
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME, EN CHANSON. Air : du Confiteor.
ENIGME , EN CHANSON.
AIR: du Confiteor.
COMPAGN OMPAGNON des enfans de Mars ,
Né pour affermir leur courage ;
Comme eux , j'affronte les haſards ;
Comme eux , au péril je m'engage :
Et dans ce redoutable emploi ,
Jamais je ne connus l'éffroi .
AIR : De tous les Capucins du monde,
Aux complots d'un injufte pere,
C'est mon organe tutélaire
Qui déroba Jupin naiſſant ;
Après qu'une tremblante mère,
Eut caché le céleste enfant ,
Au fein d'un rocher folitaire .
AIR : Du Prevôt des Marchands.
Vous , dont ma voix, dans les combats,
Regle les coups , conduit les pas ;
Malgré le ferment qui nous lie ,
Fuyez-vous en d'autres climats ;
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
Condamnés à perdrela vie ,
C'eſt moi , qui vous mène au trépas.
AIR : Pourpaffer doucement la vie.
Mon pere eft facile à connoître ;
L'en prend communément fon nom
Quand on veut défigner un être
Qui n'a ni rime , ni raiſon.
AIR: Des folies d'Espagne.
Jadis auprès dun bufte ridicule
J'accompagnois de mes pompeux accens ,
L'hommage vain , qu'un Peuple trop crédule ;
Couroit offrir à des Dieux impuiffans
AIR : Non ,je ne ferai pas &c. "
Placé fur un terrein que le Guerrier ſoupçonne ;
Dans ce pofte douteux,fije tremble ou bourdonne,
Sauvons-nous ; , un tombeau fe creuſe ſous nos pas!
Cet oracle eft plus fûr que celui de Calchas.
Même Air,
A me perfécuter , le fort s'opiniâtre :
J'ai beau merendre utile; on fe plaît à me battre .
Le Maitre que je lers , eft un Maître inhumain ,
Qui me traite toujours le bâton à la main.
Il fervoit anciennement au culte des Idôles.
BLANDUREL DE SAINT JUST.
AIR: du Confiteor.
COMPAGN OMPAGNON des enfans de Mars ,
Né pour affermir leur courage ;
Comme eux , j'affronte les haſards ;
Comme eux , au péril je m'engage :
Et dans ce redoutable emploi ,
Jamais je ne connus l'éffroi .
AIR : De tous les Capucins du monde,
Aux complots d'un injufte pere,
C'est mon organe tutélaire
Qui déroba Jupin naiſſant ;
Après qu'une tremblante mère,
Eut caché le céleste enfant ,
Au fein d'un rocher folitaire .
AIR : Du Prevôt des Marchands.
Vous , dont ma voix, dans les combats,
Regle les coups , conduit les pas ;
Malgré le ferment qui nous lie ,
Fuyez-vous en d'autres climats ;
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
Condamnés à perdrela vie ,
C'eſt moi , qui vous mène au trépas.
AIR : Pourpaffer doucement la vie.
Mon pere eft facile à connoître ;
L'en prend communément fon nom
Quand on veut défigner un être
Qui n'a ni rime , ni raiſon.
AIR: Des folies d'Espagne.
Jadis auprès dun bufte ridicule
J'accompagnois de mes pompeux accens ,
L'hommage vain , qu'un Peuple trop crédule ;
Couroit offrir à des Dieux impuiffans
AIR : Non ,je ne ferai pas &c. "
Placé fur un terrein que le Guerrier ſoupçonne ;
Dans ce pofte douteux,fije tremble ou bourdonne,
Sauvons-nous ; , un tombeau fe creuſe ſous nos pas!
Cet oracle eft plus fûr que celui de Calchas.
Même Air,
A me perfécuter , le fort s'opiniâtre :
J'ai beau merendre utile; on fe plaît à me battre .
Le Maitre que je lers , eft un Maître inhumain ,
Qui me traite toujours le bâton à la main.
Il fervoit anciennement au culte des Idôles.
BLANDUREL DE SAINT JUST.
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15774
p. 77-78
ÉNIGME.
Début :
On trouve, vers les Antipodes, [...]
Mots clefs :
Puits
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texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME.
ENIGM E.
On trouve , vers les Antipodes ,
N
Un pays des plus incommodes ,
Humide & fombre en tous les tems
Sans nulle efpece de denrée ,
2
Diij
78 MERCURE
DE FRANCE
.
Où manque un des quatre élémens ,
Où , des cieux , la voûte azurée
N'a que trois aunes en tout lens.
C'est le pays des fables , je parie.
Non , cher lecteur , tu te méprends ;
C'eft celui de leur ennemie.
On trouve , vers les Antipodes ,
N
Un pays des plus incommodes ,
Humide & fombre en tous les tems
Sans nulle efpece de denrée ,
2
Diij
78 MERCURE
DE FRANCE
.
Où manque un des quatre élémens ,
Où , des cieux , la voûte azurée
N'a que trois aunes en tout lens.
C'est le pays des fables , je parie.
Non , cher lecteur , tu te méprends ;
C'eft celui de leur ennemie.
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15775
p. 81-83
VIES des Peres, des Martyrs, & des autres principaux Saints, tirées des Actes originaux, & des Mémoires les plus authentiques, avec des notes critiques & historiques. Ouvrage traduit de l'Anglois, in-8o. A Villefranche de Rouergue & à Paris. Tome premier.
Début :
VOILA un de ces Ouvrages qui ne peuvent manquer d'être bien accueillis [...]
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texteReconnaissance textuelle : VIES des Peres, des Martyrs, & des autres principaux Saints, tirées des Actes originaux, & des Mémoires les plus authentiques, avec des notes critiques & historiques. Ouvrage traduit de l'Anglois, in-8o. A Villefranche de Rouergue & à Paris. Tome premier.
VIES des Peres, des Martyrs, & des
autres principaux Saints, tirées des
Actes originaux, & des Mémoires les
plus authentiques, avec des notes critiques
& historiques. Ouvrage traduit
de l'Anglois, in-8o. A Villefranche de
Rouergue & à Paris. Tome premier.
VOILA un de ces Ouvrages qui ne
peuvent manquer d'être bien accueillis
du Public. Les Fidèles feront édifiés par
le récit intéreffant des acions des Saints ;;
& les Gens de Lettres applaudiront de
plus à l'érudition fagement répandue
dans les notes. On ne trouvera point ici
de ces faits apocryphes qui ont fi jufte-
ment décrédité plufieurs Hagiographes :
mais on n'y trouvera point non plus de
D.V
82 MERCURE DE FRANCE .
ces critiques hafardées , qui font bien
moins le fruit du jugement que, celui de
la malignité. L'Auteur ne s'en eft rappor-
té qu'aux Mémoires originaux ; ce qui
ne l'a pourtant pas empêché de profiter
du travail des Modernes , comme il l'a-
voue lui-même. Lorfqu'on prend de pa-
reilles précautions , & qu'on a d'ailleurs
le talent d'écrire analogue au genre que
l'on a choifi , il eft prèfque impoffible
que l'on ne réuffiffe pas. Ce n'eft point
ici un fimple Livre de piété ; mais un
Livre d'Histoire Eccléfiaftique , qui ac-
quiert un nouveau degré de mérite , par
les recherches curieufes dont il eft rem-
pli. Nous ne craignons pas de dire que
cet Ouvrage nous manquoit en notre
langue le Public doit donc être charmé
de le voir publier en françois. La Tra-
duction que l'on nous en donne , fans
être plattement littérale , nous a paru
bien rendre le fens de l'anglois. Nous
exhortons ceux qui s'en font chargés , à
continuer perfévéramment leurs veilles ;
& il s'acquéreront des droits fur la re-
connoiffance de leurs compatriotes.
L'éxécution typographique de cet im-
portant Ouvrage fait honneur aux Pref-
fes du Sieur VEDEILH.IÉ , Libraire-
Imprimeur à Villefranche de Rouergue .
J
JANVIER. 1764.
83
Il eft imprimé fur de beau papier , &
avec des caractères neufs , fondus par le
célébre M. FOURNIER. Il fe vend à
Paris , chez Barbou , rue S. Jacques ,
aux Cigognes. Le volume fe vend 6 liv.
relié en veau. Le fecond volume paroî-
tra dans quatre mois.
autres principaux Saints, tirées des
Actes originaux, & des Mémoires les
plus authentiques, avec des notes critiques
& historiques. Ouvrage traduit
de l'Anglois, in-8o. A Villefranche de
Rouergue & à Paris. Tome premier.
VOILA un de ces Ouvrages qui ne
peuvent manquer d'être bien accueillis
du Public. Les Fidèles feront édifiés par
le récit intéreffant des acions des Saints ;;
& les Gens de Lettres applaudiront de
plus à l'érudition fagement répandue
dans les notes. On ne trouvera point ici
de ces faits apocryphes qui ont fi jufte-
ment décrédité plufieurs Hagiographes :
mais on n'y trouvera point non plus de
D.V
82 MERCURE DE FRANCE .
ces critiques hafardées , qui font bien
moins le fruit du jugement que, celui de
la malignité. L'Auteur ne s'en eft rappor-
té qu'aux Mémoires originaux ; ce qui
ne l'a pourtant pas empêché de profiter
du travail des Modernes , comme il l'a-
voue lui-même. Lorfqu'on prend de pa-
reilles précautions , & qu'on a d'ailleurs
le talent d'écrire analogue au genre que
l'on a choifi , il eft prèfque impoffible
que l'on ne réuffiffe pas. Ce n'eft point
ici un fimple Livre de piété ; mais un
Livre d'Histoire Eccléfiaftique , qui ac-
quiert un nouveau degré de mérite , par
les recherches curieufes dont il eft rem-
pli. Nous ne craignons pas de dire que
cet Ouvrage nous manquoit en notre
langue le Public doit donc être charmé
de le voir publier en françois. La Tra-
duction que l'on nous en donne , fans
être plattement littérale , nous a paru
bien rendre le fens de l'anglois. Nous
exhortons ceux qui s'en font chargés , à
continuer perfévéramment leurs veilles ;
& il s'acquéreront des droits fur la re-
connoiffance de leurs compatriotes.
L'éxécution typographique de cet im-
portant Ouvrage fait honneur aux Pref-
fes du Sieur VEDEILH.IÉ , Libraire-
Imprimeur à Villefranche de Rouergue .
J
JANVIER. 1764.
83
Il eft imprimé fur de beau papier , &
avec des caractères neufs , fondus par le
célébre M. FOURNIER. Il fe vend à
Paris , chez Barbou , rue S. Jacques ,
aux Cigognes. Le volume fe vend 6 liv.
relié en veau. Le fecond volume paroî-
tra dans quatre mois.
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15776
p. 72-76
Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Début :
Je croy qu'en parlant des Divertissemens publics, je pourois [...]
Mots clefs :
Divertissement publics, Aventures, Bals, Cape, Carnaval, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Je croy qu’en parlant des
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
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Résumé : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Lors d'un bal masqué, le marquis d'Estrades, déguisé en loir, est insulté par des individus se prétendant officiers d'un régiment d'infanterie. Ne portant pas d'armes, il tente de se défendre verbalement. M. de Malou, un écuyer de Madame la Princesse de Carignan, intervient avec le chevalier de Carignan et deux dames. M. de Malou désarme l'un des agresseurs et obtient des excuses publiques. Cependant, il doit quitter les lieux avec les dames et le jeune prince qu'il accompagne, laissant le marquis d'Estrades seul. M. de Malou persuade finalement le marquis de quitter l'assemblée pour éviter tout danger supplémentaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15777
p. 78-79
AUTRE.
Début :
Mon cher Lecteur, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Losange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U.T R E.
Mon cher Lecteur ,
Au vrai bonheur
Je conduis fans ceffe
Quiconque à moi s'intéreffe ,
Et qui fait fon fouverain bien
Avec moi de n'aimer plus rien
Que celui qui m'a donné l'être .
Veux -tu maintenant me connoître ?
Regarde en moi cet objet principal
Qui porte au bien, & qui fait fuir le mal ,
Er fans lequel nul deffein ne profpère ,
Du moins celui qui nous eft falutaire .
Cherche encor: tu verras qu'en moi le coeur humain
Peut trouver du bonheur le principe certain ;
Un moyen für pour fouffrir la mifère
Que nous tenons de notre premier père :
Mais, qui plus eft , c'eft dans mon tribunal
Que fe détruit le pouvoir infernal ;
De chez moi je fais difparoître
Celui dont l'orgueil eft le maître ;
Enfin je fuis le vrai foutien
De celui qui par mon lien
Dans l'humilité s'abaiſſe ,
Et fa douleur celle
Quand dans fon coeur
Git ma douceur.
Par M. FABRE, à Limoux , en Languedoc.
JANVIER 1766. 72
Lafingulière compofition de cette Enigme
a feule engagé l'Auteur à l'envoyer au
Mercure , 1. parce que des vingt- fix vers
qui compofent cet ouvrage , les treize derniers
répondent parfaitement aux treize
premiers par le nombre des pieds , 2º. par
le nombre des mêmes rimes diftribuées
également , depuis le milieu de l'ouvrage
jufqu'à la fin , comme du milieu au commencement
, 3. parce que la ftructure de
tous les vers & leur arrangement forment
enfemble un lozange parfait.
Mon cher Lecteur ,
Au vrai bonheur
Je conduis fans ceffe
Quiconque à moi s'intéreffe ,
Et qui fait fon fouverain bien
Avec moi de n'aimer plus rien
Que celui qui m'a donné l'être .
Veux -tu maintenant me connoître ?
Regarde en moi cet objet principal
Qui porte au bien, & qui fait fuir le mal ,
Er fans lequel nul deffein ne profpère ,
Du moins celui qui nous eft falutaire .
Cherche encor: tu verras qu'en moi le coeur humain
Peut trouver du bonheur le principe certain ;
Un moyen für pour fouffrir la mifère
Que nous tenons de notre premier père :
Mais, qui plus eft , c'eft dans mon tribunal
Que fe détruit le pouvoir infernal ;
De chez moi je fais difparoître
Celui dont l'orgueil eft le maître ;
Enfin je fuis le vrai foutien
De celui qui par mon lien
Dans l'humilité s'abaiſſe ,
Et fa douleur celle
Quand dans fon coeur
Git ma douceur.
Par M. FABRE, à Limoux , en Languedoc.
JANVIER 1766. 72
Lafingulière compofition de cette Enigme
a feule engagé l'Auteur à l'envoyer au
Mercure , 1. parce que des vingt- fix vers
qui compofent cet ouvrage , les treize derniers
répondent parfaitement aux treize
premiers par le nombre des pieds , 2º. par
le nombre des mêmes rimes diftribuées
également , depuis le milieu de l'ouvrage
jufqu'à la fin , comme du milieu au commencement
, 3. parce que la ftructure de
tous les vers & leur arrangement forment
enfemble un lozange parfait.
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15780
p. 78-79
AUTRE.
Début :
Rien de stable dans l'univers, [...]
Mots clefs :
Anagramme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
>
RIEN de ftable dans l'univers ,
Quand j'en dérange l'harmonie :
Tu peux connoître par ces vers
Jufqu'où je pouffe la manie ,
Difons mieux , la bizarrerie.
Tu dois rire de mes travers ;
Car par moi la marche eft un charme ;
La lune , rien ; la vie , un jeu ;
Le ciel , une riviere , & tout amer eft arme ,
Si tu veux réfléchir un peu .
Saint Luc , moyenant ma magie ,
Deviendra fuivante partie.
Tout rond eft vent ; le monde eft un demon ;
Il n'eft pas chien qui ne traîne fa niche ;
La rufe eft fûre , & fi tu veux mon nom ,
En expédiens je ſuis riche.
Le crâne devient fer ; le hévre eft un reveil ;
Je change en acier le miel ;
JANVIER. 1770 79
C'est moi qui , le premier , rendis la tuile utile ;
Par moi le trône exhale une mauvaiſe odeur ,
Je le rends par mon art la choſe la plus vile.
A ce mot indifcret , tu me tiens , cher lecteur ,
Tu metiens , j'en fuis fûr , adieu je me retire ;
Ne vas pas te fâcher , le plus court eſt d'en rire.
Par M. de la Rozerie.
>
RIEN de ftable dans l'univers ,
Quand j'en dérange l'harmonie :
Tu peux connoître par ces vers
Jufqu'où je pouffe la manie ,
Difons mieux , la bizarrerie.
Tu dois rire de mes travers ;
Car par moi la marche eft un charme ;
La lune , rien ; la vie , un jeu ;
Le ciel , une riviere , & tout amer eft arme ,
Si tu veux réfléchir un peu .
Saint Luc , moyenant ma magie ,
Deviendra fuivante partie.
Tout rond eft vent ; le monde eft un demon ;
Il n'eft pas chien qui ne traîne fa niche ;
La rufe eft fûre , & fi tu veux mon nom ,
En expédiens je ſuis riche.
Le crâne devient fer ; le hévre eft un reveil ;
Je change en acier le miel ;
JANVIER. 1770 79
C'est moi qui , le premier , rendis la tuile utile ;
Par moi le trône exhale une mauvaiſe odeur ,
Je le rends par mon art la choſe la plus vile.
A ce mot indifcret , tu me tiens , cher lecteur ,
Tu metiens , j'en fuis fûr , adieu je me retire ;
Ne vas pas te fâcher , le plus court eſt d'en rire.
Par M. de la Rozerie.
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15781
p. 1282-1284
A MADLLE DE LA GUYTERIE. BOUQUET.
Début :
Peu ne s'en faut, ravissante Chichon, [...]
Mots clefs :
Muse, Balades, Ratures, Triolets, Constante froidure, Bise, Marchandise, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADLLE DE LA GUYTERIE. BOUQUET.
A MADLLE DE LA GUYTERIE.
BOUQUET.
PEu ne s'en faut , ravissante Chichon ,
Que je ne puisse obtenir de ma Muse
Des Vers pour toi : j'aurois plus d'une excuse
Je ne sçavois qu'on te nommât Fanchon ;
Si j'avois sçû , prenant bien mes mesures
Depuis long- temps Balades ou Sonnets ,
Rondeaux , Chansons , à force de ratures.
Eussent trouvé place entre tes Bouquets.
Non que ce soit une chose facile ,.
De te chanter ... mais quelques Triolets ,
>
እ
I. Vol. Ou
JUI N. 1731. 1253
Où j'aurois fait passer tes Briolets .... *
Ah ! par ma foi je deviens imbécile ,
Parler pour vingt , ce n'est chose facile ,
Et c'est pourtant moins qu'on ne t'en connoît
Il me restoit pour me tirer d'affaire ,
D'avoir au moins des fleurs à présenter ;
Assez n'y font pas de plus grand mystere ?
Mais le moyen ? autant vaudroit brouter.
De la saison la constante froidure
A tout gelé , pas même de verdure ;
Mais pour Chichon , rien n'étant mal- aisé ,
Voicy ce dont je me suis avisé.
Flore , ai- je dit , bon gré malgré la bise ,
Ne peut manquer de telle Marchandise ;
Il ne s'agit donc pour en obtenir ,
Que de sçavoir ce qui peut convenir .
Nommer la. Belle , est justement l'affaire ,,
Son nom vaut seul un éloquent Discours
Et j'ai trouvé le seul point necessaire ,
Puisqu'elle sçait.commander aux Amours ;
Fut dit et fait , je cours avec vîtesse ;
En arrivant je vois les Jeux , les Ris ,
Qui recevoient des mains de la Déesse ;.
Bouquets de goût pour leur mere Cypris ;;
( Car c'est demain qu'on celebre à Cythere ,
Le jour natal.de cette Deïté ;
Terme du Pays pour dire Amans.
29
I.. Vol. Vous DV
1284 MERCURE DE FRANCE
Vous entendez à demi mot l'affaire ;
Vous deux avez même solemnité . )
Zéphir, de Flore excitoit la tendresse
Flore à Zéphir faisoit mainte caresse ,
Et Cupidon étoit à leur côté ,
Qui finissoit d'orner une Guirlande,
Dont à Venus il destinoit l'offrande ;
En te nommant il me donna le choix ,
De mille fleurs nouvellement écloses,
Chichon , lui dis- je , aime sur tout les Roses
Il en tenoit une en ses petits doigts ,
Dont je croyois qu'il dût payer mon zele ,
Lors qu'il me dit n'aspire à tant d'honneur
C'est de ma main qu'elle aura cette fleur ,
Le seul Amour peut l'offrir à la Belle.
*
Le Chevalier de Neufville de Montador ;
Enseigne au Régiment de la Marche.
A Auch , le 8. Mars 1731 ..
BOUQUET.
PEu ne s'en faut , ravissante Chichon ,
Que je ne puisse obtenir de ma Muse
Des Vers pour toi : j'aurois plus d'une excuse
Je ne sçavois qu'on te nommât Fanchon ;
Si j'avois sçû , prenant bien mes mesures
Depuis long- temps Balades ou Sonnets ,
Rondeaux , Chansons , à force de ratures.
Eussent trouvé place entre tes Bouquets.
Non que ce soit une chose facile ,.
De te chanter ... mais quelques Triolets ,
>
እ
I. Vol. Ou
JUI N. 1731. 1253
Où j'aurois fait passer tes Briolets .... *
Ah ! par ma foi je deviens imbécile ,
Parler pour vingt , ce n'est chose facile ,
Et c'est pourtant moins qu'on ne t'en connoît
Il me restoit pour me tirer d'affaire ,
D'avoir au moins des fleurs à présenter ;
Assez n'y font pas de plus grand mystere ?
Mais le moyen ? autant vaudroit brouter.
De la saison la constante froidure
A tout gelé , pas même de verdure ;
Mais pour Chichon , rien n'étant mal- aisé ,
Voicy ce dont je me suis avisé.
Flore , ai- je dit , bon gré malgré la bise ,
Ne peut manquer de telle Marchandise ;
Il ne s'agit donc pour en obtenir ,
Que de sçavoir ce qui peut convenir .
Nommer la. Belle , est justement l'affaire ,,
Son nom vaut seul un éloquent Discours
Et j'ai trouvé le seul point necessaire ,
Puisqu'elle sçait.commander aux Amours ;
Fut dit et fait , je cours avec vîtesse ;
En arrivant je vois les Jeux , les Ris ,
Qui recevoient des mains de la Déesse ;.
Bouquets de goût pour leur mere Cypris ;;
( Car c'est demain qu'on celebre à Cythere ,
Le jour natal.de cette Deïté ;
Terme du Pays pour dire Amans.
29
I.. Vol. Vous DV
1284 MERCURE DE FRANCE
Vous entendez à demi mot l'affaire ;
Vous deux avez même solemnité . )
Zéphir, de Flore excitoit la tendresse
Flore à Zéphir faisoit mainte caresse ,
Et Cupidon étoit à leur côté ,
Qui finissoit d'orner une Guirlande,
Dont à Venus il destinoit l'offrande ;
En te nommant il me donna le choix ,
De mille fleurs nouvellement écloses,
Chichon , lui dis- je , aime sur tout les Roses
Il en tenoit une en ses petits doigts ,
Dont je croyois qu'il dût payer mon zele ,
Lors qu'il me dit n'aspire à tant d'honneur
C'est de ma main qu'elle aura cette fleur ,
Le seul Amour peut l'offrir à la Belle.
*
Le Chevalier de Neufville de Montador ;
Enseigne au Régiment de la Marche.
A Auch , le 8. Mars 1731 ..
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Résumé : A MADLLE DE LA GUYTERIE. BOUQUET.
Le poème est adressé à Mademoiselle de La Guyterie, surnommée Chichon. L'auteur exprime son désir de composer des vers en son honneur, mais avoue ignorer son surnom jusqu'alors. Il regrette de ne pas avoir préparé des poèmes plus tôt et mentionne diverses formes poétiques qu'il aurait pu utiliser. En raison du froid hivernal, il ne peut lui offrir des fleurs. Il se rend alors auprès de la déesse Flore, qui célèbre la fête de Vénus à Cythère, accompagné de Zéphyr et de Cupidon. Il choisit des roses pour Chichon, car elle les aime particulièrement. Cependant, Cupidon insiste pour offrir lui-même la rose, soulignant que seul l'amour peut offrir une telle fleur. Le poème se conclut par une mention du Chevalier de Neufville de Montador, enseigne au Régiment de la Marche, datée du 8 mars 1731 à Auch.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15782
p. 78-79
LOGOGRYPHE.
Début :
Ce n'est point un seul mot qu'à votre seigneurie [...]
Mots clefs :
Chine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
Ce n'eft point un feul mot qu'à votre ſeigneurie
Je propoſe ici , cher Lecteur : -
C'en font trois , tous d'une égale grandeur.
L'un contient amplement du terrein en Afies
Le fecond , en un fens , eft une eſpiéglerie ,
Dans l'autre c'eſt un lieu qu'occupent certains
morts
Dont la mémoire eſt révérée ;
Le troifiéme , lorſque tu fors ,
De ton logis doit défendre l'entrée.
Par M. V.
Ce n'eft point un feul mot qu'à votre ſeigneurie
Je propoſe ici , cher Lecteur : -
C'en font trois , tous d'une égale grandeur.
L'un contient amplement du terrein en Afies
Le fecond , en un fens , eft une eſpiéglerie ,
Dans l'autre c'eſt un lieu qu'occupent certains
morts
Dont la mémoire eſt révérée ;
Le troifiéme , lorſque tu fors ,
De ton logis doit défendre l'entrée.
Par M. V.
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15783
p. 82-89
LETTRE Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Début :
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les Hommes, de croire que vos têtes [...]
Mots clefs :
Hommes, Couleurs, Cheveux, Couleur, Plaisir, Idées, Femmes, Poudre, Agréments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
LETTRE
Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les
Hommes, de croire que vos têtes
sont faites pour la Philosophie & les nô-
tres pour les vetilles. Vous vous imaginez
que nous sommes incapables de faire de
grandes découvertes; détrompez-vous:
nous en faisons qui sont plus utiles que
que les vôtres. Une de nos fantaisies est
quelquefois plus avantageuses à l'Etat que
tous vos grands livres remplis d'A, B, C,
& que toutes les figures de vos grimoires.
Nous ne faisons pas grand cas de vos scien-
ces, mais vous en faites beaucoup des nô-
tres. Vous êtes bienheureux que nous
vous apprenions l'Art de plaire, pauvres
hommes, où en seriez-vous, si nous nous
avitions de renoncer à nos agrémens pour
monter comme vous nos idées sur un ton
froidement Philosophique; avouez de
bonne grace que notre conversation a des
charmes bien plus piquans que vos ouvra-
ges les plus travaillés; vous n'êtes natu-
rels qu'à force d'Art, votre imagination
JANVIER.
1752.
83
n'est pas à l'unisson de vos sentimens;
chez nous c'est le sentiment qui remue l'i-
magination & l'aide à mettre en oeuvre
ses fleurs & ses gentillesses. L'expression
ne nous coûte rien, parce que les objets
font sur nous une vive impression: ce
qu'on sent bien, on l'exprime de même.
Vous vous plaignez de ce que nous ne
tarissons point lorsque nous venons à par-
ler de nos ajustemens, de nos modes, ou
de nous mêmes, car vous avez l'injusti-
ce de nous confondre avec elles; mais
scavez-vous bien que vos reproches no
vous font pas honneur. Si vous aviez l'es-
prit plus pénétrant, vous appercevriez
mille différences qui vous échapent &
que nous saisissons. Vous êtes étonnés de
ce que nous parlons tant, & nous le som-
mes de ce que souvent vous parlez trop
même en parlant peu; vous faites apper-
cevoir une disette d'idées, une imagina-
tion stérile qui ne s'ébranle que par les
grandes secousses. Nous parlerions moins,
ti nous voyions moins. Est-ce notre fau-
te si vous n'êtes pas aussi inventifs que
nous? allea, il y a plus de délicatesse,
plus de finesse, plus de neuf, plus de
profondeur dans ce que vous appellez nos
misérables propos que dans la vaine Philo-
sophie dont vous prétendez décoret votte
Dvj
84 MERCUREDE FRANCE.
esprit; le génie se déploye aussi. bien dans
les petites choses que dans les grandes.
Vous blâmez l'inconstance de nos goûts,
sans prendre garde aux avantages qu'en
retire le commerce, au plaisir que nous
vous procurons par la nouveauté. Nous
meitons les Arts en mouvement, & les
Matchands en pratique. Je puis assurer en
conscience que la seule chose que nous
avons à nous reprocher par rapport aux
modes, c'est que nous ne les varions pas
afsez; jugez si vous êtes coupables vous
autres hommes, avec votre ennuyeuse
uniformité.
J'at à vous communiquer une décou-
verte qui pourra contribuer à vous rendre
plus beaux & le bled plus commun, à au-
gmenter les branches du commerce & par-
conséquent les richesses de la Nation.
Dites après cela que les femmes ne sont
pas capables. de s'élever à de grands objets.
Venons au fait. Je suis bien lasse de vous
voir avec vos cheveux blanchis: toujours
la même couleur, toujours du blanc,
quoi de plus ennuyeux; ne mettra-t'on
jamais sur mes cheveux que de la poudre
blanche? C'est votre faute, Messieurs les
Hommes: si vous en aviez inventé de dif-
térentes couleurs, nous nous en servi-
tions, comme nous mettons les divers
JANVIER.
1752.
89
rubans que vous fabriquez pour nous. Je
me suis déja poudrée en couleur de roze,
& mon miroir m'a dit que j'étois au
mieux. Ah ! si vous maviez vue! j'ai es-
fayé le bleu céleste & j'étois à manger;
j'ai souffle des couleurs dont j'ai assorti
les nuances, elles ont produit un effet
admirable, au moyen d'une boëre platte
de fer blane sans fonds & sans couvercle,
que j'appliquois sut ma frisure, de maniere
que la poudre ne pouvoit voler de côté ni
d'autre; je me suis poudrée en ondes de
différentes couleurs, à l'aide d'une hoëte
ondée; le succès a surpassé mes espé-
rances: enfin je suis patvenue à faire un
parterre de mes cheveux. Ah ! que cette
décou verte m'a causé de joye. Celles de
Descartes & de Newton ne purent leur
en procurer une semblable. Représentez-
vous une jeune Dame qui aspire à la gloire
de faire une révolution dans l'empire des
agrémens & qui trouve le moyen de les
varier, de les multiplier, de changer
toutes les têtes de l'Europe. Mon plaisir
fut si grand qu'il brouilla mes idées sut
tout oc qui navoit pas de rapport à mon
entreprise; ce jour là j'oubliai de mettre
une de mes mouches; une autre fut placée
sans intelligence; je mis des épingles
qui faisoient l'effet le plus maussade du
& MERCURE DE FRANCE.
monde. Pleine de mes idées, j'étois en-
traînée par leur courant; je mourois d'en-
vie de faire voir à tout le monde la nou-
velle pature que j'avois inventée; j'ai-
pourtant été assez maîtresse de moi-même
pour me contenter du suffrage de ma fem-
me de chambre & de celui d'un aimable
Poëte dont je vais rapporter les vers & la
réponse que j'y ai faite. Y auroit-il de la
vanité à faire connoître des louanges.
qu on me donne, non, car on ne sçait pas-
qui je suis.
Ges fleurs que vorre main peignit sut vos che,
veux,
Ne vous donnent point d'avantage.
Iris, votre beauté fait tort à votre ouvtage
Et votre esprit à tous les deux.
De vos attraits ornée abdiquez la parure,
Laissez à nos Chlocs les pompons & le fard,
On ne doit rien devoir à l'Art
Quand on doit tout à la Nature.
Réponse.
Embellir la Nature est le talent suprême,
Ne blâmez point un Att que l'amour a dicté:
En se parant pour l'objet que l'on aime,
Ce qu'on ajoute à sa beauté
Elatte autant que la beauté même.
JANNTER, 1752.
8y.
Une mode née en Province ne pren-
droit pas à Paris. J'attends donc que-
la Cour ait donné le ton pour le sui-
vre avec oetie supériorité que les inven-
teurs ont sur ceux qui copient: Soit qu'on-
teigne la poudre ordinaire, ou qu'on em-
ploye d'autres matières, les Dames doi-
vent faire des réfléxions sérieuses sur les-
couleurs qui s'assortissent à leur tein; les
brunes feront bien de choisir le petit
jaune & le bleu céleste, les blanches & les
brunes clatres, la couleur de roze, le
verd pomme; les blondes, la couleur de
seu, le bleu turque, le gros verd, l'o-
rangé, le violet & plusieurs autres couleurs.
foncées.
On est curieux sans doute de sçavoir
comment je suis venue à bout de peindre-
des fleurs sur mes cheveux. Après avoir
donné une foible couleur de roze pour-
fervir de fond au tableau, je fis appliquet
fur ma friznte un carton qui en avoit la
forme; il étoit couvert de fleurs évidées,
on ne lassoit à découvert que l'endroit où
l'on souffloit la poudre coiorée; le feuil-
lage des fleurs étoit d'un beau verd; il ne
s'agit plus que de trouver le secret d'aller
aussi loin par cetrę méthode que par la
peinture à l'huile ou en détrempe. Ne
pourroit on pas faire une application de
BGOOg
8S. MERCURE DEFRANCE.
l'Art des tableaux imprimés dont on a
tant parlé. Quoiqu'il en soit, voilà un
Art au berceau. Il est de l'intérêt des hom-
mes de travailler avec les femmes à le
porter au plus grand point de perfec-
tion. Les hommes qui portent perruque.
auront beaucoup plus de facilitéàs embellit
que ceux qui ont des cheveux. Il est facile.
de teindre des cheveux en toutes sortes de
couleurs & de faire sur les perruques des
desseins de différens goûts, en satin, en
rocailles, en guirlandes, en mosaîque,,
en ondes, en marqueterie, en camayen;
on verra bien- tôt des perruques marbrées,
monchetées, en points de Hongrie, en arc-
en-ciel, en fleurs, &c.
Je goûte d'avance le plaisir que mes yeux
auront à parcourir dans une nombreuse.
assemblée des têtes ornées de mille façons
différentes. Nous autres Dames surtout nous
n'épargnerons rien pour avoir les couleurs-
les plus brillantes; fans cesse occupées à
inventer de nouveaux desseins, nous pas-
serons toute la matinée à les faire exécuter.
Oh que nos femmes de chambre vont pel-
ter!n importe, il appartient bien à ces
pécores de trouver à redire à nos amuse-
mens. Après tout que faire quand on n'est
pas occupé à sa toilette; pour moi j'aurai
toujours une vraie obligation à ceux qui
JANVIER. 1752.
89
m'apprendront les moyens de la faire du-
rer long-tems d'une maniere qui m'amuse.
N' est-ce pas beaucoup d'être occupée do
soi-même? Plus on est jolie, plus on est
belle, plus on trouve de plaisir à se parer.
Avant que de recevoit des louanges, on
goute l'avantage d'en mériter.
J'espere que les hommes & les femmes
me sçauront gré de leur avoir ouvert une
source d'agrémens qu'on ne pourta épui-
ser. J'ai oui dire qu'on avoit découvert
dans les tons de couleur, une sorte d'har-
monie visible, qui fait un vrai plaisir à
ceux qui. sont versés dans la musique de
la vûe. Je prie le Jesuite qui a inventé le
clavecin oculaire de nous apprendre à noun
poudrer mélodieusement.
Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les
Hommes, de croire que vos têtes
sont faites pour la Philosophie & les nô-
tres pour les vetilles. Vous vous imaginez
que nous sommes incapables de faire de
grandes découvertes; détrompez-vous:
nous en faisons qui sont plus utiles que
que les vôtres. Une de nos fantaisies est
quelquefois plus avantageuses à l'Etat que
tous vos grands livres remplis d'A, B, C,
& que toutes les figures de vos grimoires.
Nous ne faisons pas grand cas de vos scien-
ces, mais vous en faites beaucoup des nô-
tres. Vous êtes bienheureux que nous
vous apprenions l'Art de plaire, pauvres
hommes, où en seriez-vous, si nous nous
avitions de renoncer à nos agrémens pour
monter comme vous nos idées sur un ton
froidement Philosophique; avouez de
bonne grace que notre conversation a des
charmes bien plus piquans que vos ouvra-
ges les plus travaillés; vous n'êtes natu-
rels qu'à force d'Art, votre imagination
JANVIER.
1752.
83
n'est pas à l'unisson de vos sentimens;
chez nous c'est le sentiment qui remue l'i-
magination & l'aide à mettre en oeuvre
ses fleurs & ses gentillesses. L'expression
ne nous coûte rien, parce que les objets
font sur nous une vive impression: ce
qu'on sent bien, on l'exprime de même.
Vous vous plaignez de ce que nous ne
tarissons point lorsque nous venons à par-
ler de nos ajustemens, de nos modes, ou
de nous mêmes, car vous avez l'injusti-
ce de nous confondre avec elles; mais
scavez-vous bien que vos reproches no
vous font pas honneur. Si vous aviez l'es-
prit plus pénétrant, vous appercevriez
mille différences qui vous échapent &
que nous saisissons. Vous êtes étonnés de
ce que nous parlons tant, & nous le som-
mes de ce que souvent vous parlez trop
même en parlant peu; vous faites apper-
cevoir une disette d'idées, une imagina-
tion stérile qui ne s'ébranle que par les
grandes secousses. Nous parlerions moins,
ti nous voyions moins. Est-ce notre fau-
te si vous n'êtes pas aussi inventifs que
nous? allea, il y a plus de délicatesse,
plus de finesse, plus de neuf, plus de
profondeur dans ce que vous appellez nos
misérables propos que dans la vaine Philo-
sophie dont vous prétendez décoret votte
Dvj
84 MERCUREDE FRANCE.
esprit; le génie se déploye aussi. bien dans
les petites choses que dans les grandes.
Vous blâmez l'inconstance de nos goûts,
sans prendre garde aux avantages qu'en
retire le commerce, au plaisir que nous
vous procurons par la nouveauté. Nous
meitons les Arts en mouvement, & les
Matchands en pratique. Je puis assurer en
conscience que la seule chose que nous
avons à nous reprocher par rapport aux
modes, c'est que nous ne les varions pas
afsez; jugez si vous êtes coupables vous
autres hommes, avec votre ennuyeuse
uniformité.
J'at à vous communiquer une décou-
verte qui pourra contribuer à vous rendre
plus beaux & le bled plus commun, à au-
gmenter les branches du commerce & par-
conséquent les richesses de la Nation.
Dites après cela que les femmes ne sont
pas capables. de s'élever à de grands objets.
Venons au fait. Je suis bien lasse de vous
voir avec vos cheveux blanchis: toujours
la même couleur, toujours du blanc,
quoi de plus ennuyeux; ne mettra-t'on
jamais sur mes cheveux que de la poudre
blanche? C'est votre faute, Messieurs les
Hommes: si vous en aviez inventé de dif-
térentes couleurs, nous nous en servi-
tions, comme nous mettons les divers
JANVIER.
1752.
89
rubans que vous fabriquez pour nous. Je
me suis déja poudrée en couleur de roze,
& mon miroir m'a dit que j'étois au
mieux. Ah ! si vous maviez vue! j'ai es-
fayé le bleu céleste & j'étois à manger;
j'ai souffle des couleurs dont j'ai assorti
les nuances, elles ont produit un effet
admirable, au moyen d'une boëre platte
de fer blane sans fonds & sans couvercle,
que j'appliquois sut ma frisure, de maniere
que la poudre ne pouvoit voler de côté ni
d'autre; je me suis poudrée en ondes de
différentes couleurs, à l'aide d'une hoëte
ondée; le succès a surpassé mes espé-
rances: enfin je suis patvenue à faire un
parterre de mes cheveux. Ah ! que cette
décou verte m'a causé de joye. Celles de
Descartes & de Newton ne purent leur
en procurer une semblable. Représentez-
vous une jeune Dame qui aspire à la gloire
de faire une révolution dans l'empire des
agrémens & qui trouve le moyen de les
varier, de les multiplier, de changer
toutes les têtes de l'Europe. Mon plaisir
fut si grand qu'il brouilla mes idées sut
tout oc qui navoit pas de rapport à mon
entreprise; ce jour là j'oubliai de mettre
une de mes mouches; une autre fut placée
sans intelligence; je mis des épingles
qui faisoient l'effet le plus maussade du
& MERCURE DE FRANCE.
monde. Pleine de mes idées, j'étois en-
traînée par leur courant; je mourois d'en-
vie de faire voir à tout le monde la nou-
velle pature que j'avois inventée; j'ai-
pourtant été assez maîtresse de moi-même
pour me contenter du suffrage de ma fem-
me de chambre & de celui d'un aimable
Poëte dont je vais rapporter les vers & la
réponse que j'y ai faite. Y auroit-il de la
vanité à faire connoître des louanges.
qu on me donne, non, car on ne sçait pas-
qui je suis.
Ges fleurs que vorre main peignit sut vos che,
veux,
Ne vous donnent point d'avantage.
Iris, votre beauté fait tort à votre ouvtage
Et votre esprit à tous les deux.
De vos attraits ornée abdiquez la parure,
Laissez à nos Chlocs les pompons & le fard,
On ne doit rien devoir à l'Art
Quand on doit tout à la Nature.
Réponse.
Embellir la Nature est le talent suprême,
Ne blâmez point un Att que l'amour a dicté:
En se parant pour l'objet que l'on aime,
Ce qu'on ajoute à sa beauté
Elatte autant que la beauté même.
JANNTER, 1752.
8y.
Une mode née en Province ne pren-
droit pas à Paris. J'attends donc que-
la Cour ait donné le ton pour le sui-
vre avec oetie supériorité que les inven-
teurs ont sur ceux qui copient: Soit qu'on-
teigne la poudre ordinaire, ou qu'on em-
ploye d'autres matières, les Dames doi-
vent faire des réfléxions sérieuses sur les-
couleurs qui s'assortissent à leur tein; les
brunes feront bien de choisir le petit
jaune & le bleu céleste, les blanches & les
brunes clatres, la couleur de roze, le
verd pomme; les blondes, la couleur de
seu, le bleu turque, le gros verd, l'o-
rangé, le violet & plusieurs autres couleurs.
foncées.
On est curieux sans doute de sçavoir
comment je suis venue à bout de peindre-
des fleurs sur mes cheveux. Après avoir
donné une foible couleur de roze pour-
fervir de fond au tableau, je fis appliquet
fur ma friznte un carton qui en avoit la
forme; il étoit couvert de fleurs évidées,
on ne lassoit à découvert que l'endroit où
l'on souffloit la poudre coiorée; le feuil-
lage des fleurs étoit d'un beau verd; il ne
s'agit plus que de trouver le secret d'aller
aussi loin par cetrę méthode que par la
peinture à l'huile ou en détrempe. Ne
pourroit on pas faire une application de
BGOOg
8S. MERCURE DEFRANCE.
l'Art des tableaux imprimés dont on a
tant parlé. Quoiqu'il en soit, voilà un
Art au berceau. Il est de l'intérêt des hom-
mes de travailler avec les femmes à le
porter au plus grand point de perfec-
tion. Les hommes qui portent perruque.
auront beaucoup plus de facilitéàs embellit
que ceux qui ont des cheveux. Il est facile.
de teindre des cheveux en toutes sortes de
couleurs & de faire sur les perruques des
desseins de différens goûts, en satin, en
rocailles, en guirlandes, en mosaîque,,
en ondes, en marqueterie, en camayen;
on verra bien- tôt des perruques marbrées,
monchetées, en points de Hongrie, en arc-
en-ciel, en fleurs, &c.
Je goûte d'avance le plaisir que mes yeux
auront à parcourir dans une nombreuse.
assemblée des têtes ornées de mille façons
différentes. Nous autres Dames surtout nous
n'épargnerons rien pour avoir les couleurs-
les plus brillantes; fans cesse occupées à
inventer de nouveaux desseins, nous pas-
serons toute la matinée à les faire exécuter.
Oh que nos femmes de chambre vont pel-
ter!n importe, il appartient bien à ces
pécores de trouver à redire à nos amuse-
mens. Après tout que faire quand on n'est
pas occupé à sa toilette; pour moi j'aurai
toujours une vraie obligation à ceux qui
JANVIER. 1752.
89
m'apprendront les moyens de la faire du-
rer long-tems d'une maniere qui m'amuse.
N' est-ce pas beaucoup d'être occupée do
soi-même? Plus on est jolie, plus on est
belle, plus on trouve de plaisir à se parer.
Avant que de recevoit des louanges, on
goute l'avantage d'en mériter.
J'espere que les hommes & les femmes
me sçauront gré de leur avoir ouvert une
source d'agrémens qu'on ne pourta épui-
ser. J'ai oui dire qu'on avoit découvert
dans les tons de couleur, une sorte d'har-
monie visible, qui fait un vrai plaisir à
ceux qui. sont versés dans la musique de
la vûe. Je prie le Jesuite qui a inventé le
clavecin oculaire de nous apprendre à noun
poudrer mélodieusement.
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15784
p. 71-81
POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. IDILLE.
Début :
Je joins à ces deux Sonnets, l'Idille de Madame des / L'Amour pressé d'une douleur amere, [...]
Mots clefs :
Académie, Amour, Enfant, Jaloux, Gloire, Louis, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. IDILLE.
Je joins à ces deux Sonnets,
l'Idille de Madame des
Houlieres, dont le bruit doit
estreallé jusqua vous, par
les applaudissemens qu'il a
reçeus àla Cour & a Paris.
Il y a tant de délicatesse, de
bon goust, & de bon sens,
dans tout ce qui part de
cette illustre Personne, que si l'usage estoit que les Femmes
fussentreçeuës à l'Académie,
on préviendroit ses
souhaits) pour luy offrir place
gdanslceUtte céleébré.Compa-
POUR
POUR.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
IDILLE. LAmourpressed'une douleur
sincre,
Età'a(on FlambeAU,rewp'Jes
Traits
Et parle Six jure àfk Mere
JÇu'tlnes*appat[ra jamais.
Toutse ressont desa colere,
Déjà les Oiseaux dans les Bois
Nefont plusentendre leurs rvoixJI
Et déjà le Berger néglige sa Bergere.
Ce matin lesJeux &les Ris,
De l'Amour lesseuls Favoris, 4
M'ont découvert ce qui le désespere.
Voicy ce qu'ilsm'en ont appris.
Un divin Enfant vient de naître,
M'ont-ils dit, à qui les Mortels
Avec empressement élevent des Autels,
Et pour qui pms regret nom quittons
nostreMaistre.
Sil'Amour est jaloux des honneurs
qu'on luy rend,
Ill'est encorplus deses charmes;
En vainpouressuyerses larmes,
Vénussursesgenouxleprend,
Luyfait honte desesfoibleffess
Et quandpardetendrescaresses
Elle croitl'avoiradoucy,
D'un ton plus ferme elle luyparle
diuflVous
avez,fourny de matiere
Aumalheurdontvous vous plaignez;
L'aimable Enfant que vous craignez,
Sans vous n'eut pointveu lalumière,
Maù consolez-vous-en, luy qui vom rendjaloux,
Unjoursoûmis àvostreEmpire,
£htoy que la Gloireenpuisse dire,
Fera de 10s plaisirsson bonheur le
plus doux.
Reprenez, donc vostreArc; J^oy^moit
Fils,seriez, vous
Aux ordres des Destins rebelle?
Songez- que vous devez, vossoins 4
l'Univers,
.f<.!!epttr VOM toutse renouvelle;
Que dans le vastesein des Mers,
.f<!!,estr lA Terre & cAns les Airs,
La Nature àsonaide en tout temps
vous appelle.
Ha ! s'écria l'Amour,je veux me
vangerd'elle;
Contre elle avec raison je mefins-
animé;
Avecde trop grandssoins cette [11.
grateaformé
Cet Enfant, ce Rival dema gloire
immortelle.
Concevez-vous quelle est ma douleur,
neon effroy?
Il estdéjà beau commemoy;
Maisjusqu'où les Mortels portent-ils
l'insolence?
Sans respectermonpouvoir, ny mort
rang,
On ose comparerson sangavec mon
sangs
On faitplus,surlemien ila lapréferences
On ne craint point pour luy la eélefit
vangcancc;
lid dans son Ayeul un trop puissant
| Appuy. Ji>uel DieupourlaValeur, J^utlDu#
pour la Prudence,
Pourroit avec LOVISdisputer diijourd'huy?
liefuis qu'ilfutdonné pour le bien de
la France,
On n'a plus adoré que luy.
De l' Univers, il regle lafortunes
Parunprodigeilest tout-à-la-fois
Mars,Apollon, Jupiter & Neptune;
Ses bontez,sessoins, ses exploits,
Font la félicité commune.
Au dela de luy-mesmeilporteson bonheur,
Asonauguste Filsluy-mesmesert de
guide;
On voit ce Fils brûler d'une héroïque
ardeur,
Etde Gloire en tout temps avide,
DAns lêfeinmesme de 14 Paix,
Auxfrivoles plaisirs ne s'arrester jamais.
î1fcplaiflàlaChasse, image de 14
Guerre,
Ilsi plaifla dompter d'indomptables
Chevaux,
En attendant lejourqu'armédefin
Tonnerre,
LoriS en triomphant du reste de la
Terre,
JroumiJJe asa Valeur de plus nobles
travANX.
Sien que de la Beauté voussoyez, la
VousnDelleujfyi,
eauferiez, ny transports,
Heureux&digneEpouxd'une jeune
Trinceffe,
J^uimérite tousses soûpirs,
Il ne daigne tournerses regardssur
les autres;
lAsischarmesail(si quels charmes
sontégaux?
Elle a les yeux aussi doux que les
vostres,
Etn'a pas un de vos défauts.
Vénusalors rougit de honte,
EtlançantsursonFils desregards
enflâmez,
cf!0oJ donc, dit-elle, à vostre conte
UneMortellemesurmonte?
Hé-bien, l'illustre Enfantdont vous
vous alarmez,
Pres demoy tiendra vostreplace;
Je veux ( & le Destin ne m'en dédira
pas )
,tueqtioy qu'ildise, ou quoy qu'il
fassi)
On y trouve toûjours une nouvelle
Grace;
Toutes vontpar mon ordre accompagnerses
pas.
L Amouttnmble à cette menace, IlveutfiâttrVenus ; mais Vénus s
cesmots,
Sejette dansson Char, (jp noie t1 vers
Paphos.
nllnsfin coeur la colereà lahonte
s'assemble.
Le chagrin de l'Amouri'accroifl par
ce couroux,
Etcommelechagrindrnoué
Ne pouvons demeurer ensemble,
Nous avons résolu d'abandonner
l'Amour,
Pour venirfairenostre cour
Au beau Prince qui,luy ressemble.
Voilacceqoue lnes Rtisé&l;es^uxm'ont
Ce Prince estsi charmant, qu'on les en
peut bien croire;
L'Amour estaujourd'huijalouxdesa
beauté,
À
nj.o#rtli.cnirdque Mays leserade
sagloire,
pHÎjft-t-ilteneursgrand, estresonjours
keureuxi ThïJjc * lejuste Ciel accorder à nos
vaux
Fourluy denotnbreuefséttneesi
Jfïjt'il«pl/Jlè des Héros les Exploits Mt quunjour, s'ilse peut,sesgrandts
destinées
Egalent celles de LOVIS.
l'Idille de Madame des
Houlieres, dont le bruit doit
estreallé jusqua vous, par
les applaudissemens qu'il a
reçeus àla Cour & a Paris.
Il y a tant de délicatesse, de
bon goust, & de bon sens,
dans tout ce qui part de
cette illustre Personne, que si l'usage estoit que les Femmes
fussentreçeuës à l'Académie,
on préviendroit ses
souhaits) pour luy offrir place
gdanslceUtte céleébré.Compa-
POUR
POUR.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
IDILLE. LAmourpressed'une douleur
sincre,
Età'a(on FlambeAU,rewp'Jes
Traits
Et parle Six jure àfk Mere
JÇu'tlnes*appat[ra jamais.
Toutse ressont desa colere,
Déjà les Oiseaux dans les Bois
Nefont plusentendre leurs rvoixJI
Et déjà le Berger néglige sa Bergere.
Ce matin lesJeux &les Ris,
De l'Amour lesseuls Favoris, 4
M'ont découvert ce qui le désespere.
Voicy ce qu'ilsm'en ont appris.
Un divin Enfant vient de naître,
M'ont-ils dit, à qui les Mortels
Avec empressement élevent des Autels,
Et pour qui pms regret nom quittons
nostreMaistre.
Sil'Amour est jaloux des honneurs
qu'on luy rend,
Ill'est encorplus deses charmes;
En vainpouressuyerses larmes,
Vénussursesgenouxleprend,
Luyfait honte desesfoibleffess
Et quandpardetendrescaresses
Elle croitl'avoiradoucy,
D'un ton plus ferme elle luyparle
diuflVous
avez,fourny de matiere
Aumalheurdontvous vous plaignez;
L'aimable Enfant que vous craignez,
Sans vous n'eut pointveu lalumière,
Maù consolez-vous-en, luy qui vom rendjaloux,
Unjoursoûmis àvostreEmpire,
£htoy que la Gloireenpuisse dire,
Fera de 10s plaisirsson bonheur le
plus doux.
Reprenez, donc vostreArc; J^oy^moit
Fils,seriez, vous
Aux ordres des Destins rebelle?
Songez- que vous devez, vossoins 4
l'Univers,
.f<.!!epttr VOM toutse renouvelle;
Que dans le vastesein des Mers,
.f<!!,estr lA Terre & cAns les Airs,
La Nature àsonaide en tout temps
vous appelle.
Ha ! s'écria l'Amour,je veux me
vangerd'elle;
Contre elle avec raison je mefins-
animé;
Avecde trop grandssoins cette [11.
grateaformé
Cet Enfant, ce Rival dema gloire
immortelle.
Concevez-vous quelle est ma douleur,
neon effroy?
Il estdéjà beau commemoy;
Maisjusqu'où les Mortels portent-ils
l'insolence?
Sans respectermonpouvoir, ny mort
rang,
On ose comparerson sangavec mon
sangs
On faitplus,surlemien ila lapréferences
On ne craint point pour luy la eélefit
vangcancc;
lid dans son Ayeul un trop puissant
| Appuy. Ji>uel DieupourlaValeur, J^utlDu#
pour la Prudence,
Pourroit avec LOVISdisputer diijourd'huy?
liefuis qu'ilfutdonné pour le bien de
la France,
On n'a plus adoré que luy.
De l' Univers, il regle lafortunes
Parunprodigeilest tout-à-la-fois
Mars,Apollon, Jupiter & Neptune;
Ses bontez,sessoins, ses exploits,
Font la félicité commune.
Au dela de luy-mesmeilporteson bonheur,
Asonauguste Filsluy-mesmesert de
guide;
On voit ce Fils brûler d'une héroïque
ardeur,
Etde Gloire en tout temps avide,
DAns lêfeinmesme de 14 Paix,
Auxfrivoles plaisirs ne s'arrester jamais.
î1fcplaiflàlaChasse, image de 14
Guerre,
Ilsi plaifla dompter d'indomptables
Chevaux,
En attendant lejourqu'armédefin
Tonnerre,
LoriS en triomphant du reste de la
Terre,
JroumiJJe asa Valeur de plus nobles
travANX.
Sien que de la Beauté voussoyez, la
VousnDelleujfyi,
eauferiez, ny transports,
Heureux&digneEpouxd'une jeune
Trinceffe,
J^uimérite tousses soûpirs,
Il ne daigne tournerses regardssur
les autres;
lAsischarmesail(si quels charmes
sontégaux?
Elle a les yeux aussi doux que les
vostres,
Etn'a pas un de vos défauts.
Vénusalors rougit de honte,
EtlançantsursonFils desregards
enflâmez,
cf!0oJ donc, dit-elle, à vostre conte
UneMortellemesurmonte?
Hé-bien, l'illustre Enfantdont vous
vous alarmez,
Pres demoy tiendra vostreplace;
Je veux ( & le Destin ne m'en dédira
pas )
,tueqtioy qu'ildise, ou quoy qu'il
fassi)
On y trouve toûjours une nouvelle
Grace;
Toutes vontpar mon ordre accompagnerses
pas.
L Amouttnmble à cette menace, IlveutfiâttrVenus ; mais Vénus s
cesmots,
Sejette dansson Char, (jp noie t1 vers
Paphos.
nllnsfin coeur la colereà lahonte
s'assemble.
Le chagrin de l'Amouri'accroifl par
ce couroux,
Etcommelechagrindrnoué
Ne pouvons demeurer ensemble,
Nous avons résolu d'abandonner
l'Amour,
Pour venirfairenostre cour
Au beau Prince qui,luy ressemble.
Voilacceqoue lnes Rtisé&l;es^uxm'ont
Ce Prince estsi charmant, qu'on les en
peut bien croire;
L'Amour estaujourd'huijalouxdesa
beauté,
À
nj.o#rtli.cnirdque Mays leserade
sagloire,
pHÎjft-t-ilteneursgrand, estresonjours
keureuxi ThïJjc * lejuste Ciel accorder à nos
vaux
Fourluy denotnbreuefséttneesi
Jfïjt'il«pl/Jlè des Héros les Exploits Mt quunjour, s'ilse peut,sesgrandts
destinées
Egalent celles de LOVIS.
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Résumé : POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. IDILLE.
Le texte est une lettre accompagnant deux sonnets et une idylle de Madame des Houlières, reconnue pour ses œuvres littéraires. L'auteur exprime son admiration pour la délicatesse, le bon goût et le bon sens de Madame des Houlières, suggérant qu'elle mériterait une place à l'Académie française si les femmes y étaient admises. L'idylle célèbre la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. L'Amour, éprouvant une douleur sincère, voit ses traits marqués par la colère. Les oiseaux et les bergers ressentent cette colère, et les jeux de l'Amour sont interrompus. L'Amour apprend qu'un divin enfant est né, pour qui les mortels élèvent des autels, et qu'il doit quitter son maître. Vénus tente de consoler l'Amour, lui rappelant que l'enfant ne serait pas né sans lui et qu'un jour, l'enfant sera soumis à son empire. L'Amour, jaloux et animé par la colère, exprime sa douleur et son effroi face à la beauté et à la gloire de l'enfant. Il décrit les exploits et les qualités de l'enfant, comparant ses talents à ceux des dieux et soulignant son rôle dans le bonheur de la France. Vénus, honteuse, reconnaît que l'enfant surpassera l'Amour en beauté et en grâce. L'Amour et Vénus décident d'abandonner leur querelle et de se rendre à la cour du prince, admirant sa beauté et sa gloire. Ils espèrent que le ciel accordera à l'enfant des exploits héroïques et des destinées grandioses, égales à celles de Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15785
p. 79
AUTRE.
Début :
Teinte de sang, je brille aux champs de Mars. [...]
Mots clefs :
Lame
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
EINTE de fang , je brille aux champs de Mars.
Sous mes coups , vois les eſcadrons épars.
De mes fureurs fais parler les victimes ;
Elles diront qu'on me voit chaque jour ,
A table comme en ville , & fur-tout à la cour ;
Que j'aide trop fouvent l'aflaflin dans fes crimes :
Et fi tu veux me fixer autrement ;
Je fuis fille de la tempête ,
Le pilote n'eft qu'une bête ,
Si le tort que je fais il n'eftime aifément.
Par le même.
EINTE de fang , je brille aux champs de Mars.
Sous mes coups , vois les eſcadrons épars.
De mes fureurs fais parler les victimes ;
Elles diront qu'on me voit chaque jour ,
A table comme en ville , & fur-tout à la cour ;
Que j'aide trop fouvent l'aflaflin dans fes crimes :
Et fi tu veux me fixer autrement ;
Je fuis fille de la tempête ,
Le pilote n'eft qu'une bête ,
Si le tort que je fais il n'eftime aifément.
Par le même.
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15786
p. 75
« Le mot de la première Enigme, du Mercure précédent, est Oeuf. Celui de [...] »
Début :
Le mot de la première Enigme, du Mercure précédent, est Oeuf. Celui de [...]
Mots clefs :
Oeuf, Bourdaloue, Dauphiné, Delphinus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la première Enigme, du Mercure précédent, est Oeuf. Celui de [...] »
LE mot de la première Enigme , du
Mercure précédent , eft Oeuf. Celui de
la feconde , eft , Bourdalouë.
Le mot du premier Logogryphe , eft ,
Dauphine ; dans lequel on trouve , Pan ,
Diane , haine , Daphné , Ida , nid , Ladiane
, épi , Pin , Dauphine , Eu , han ,
Die , Dina , Dan , pain , Jude , adieu ,
pied , Eau , Pie .
Celui du fecond Logogryphe , eſt ,
Delphinus ; où l'on trouve , Jefu , Deus,
Pindus , Delphi , dolus , Delius , Nilus,
Indus , Ilus , Linus , Lepidus Edui ,
Seduni ( Sion ) Elis , Heli , Deli , Pius ,
Linus ( Papa Secondus ) Pelius.
Mercure précédent , eft Oeuf. Celui de
la feconde , eft , Bourdalouë.
Le mot du premier Logogryphe , eft ,
Dauphine ; dans lequel on trouve , Pan ,
Diane , haine , Daphné , Ida , nid , Ladiane
, épi , Pin , Dauphine , Eu , han ,
Die , Dina , Dan , pain , Jude , adieu ,
pied , Eau , Pie .
Celui du fecond Logogryphe , eſt ,
Delphinus ; où l'on trouve , Jefu , Deus,
Pindus , Delphi , dolus , Delius , Nilus,
Indus , Ilus , Linus , Lepidus Edui ,
Seduni ( Sion ) Elis , Heli , Deli , Pius ,
Linus ( Papa Secondus ) Pelius.
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Résumé : « Le mot de la première Enigme, du Mercure précédent, est Oeuf. Celui de [...] »
Le texte présente les solutions à des énigmes et logogryphes du Mercure. La première énigme est 'Œuf', la seconde 'Bourdalouë'. Le premier logogryphe est 'Dauphine', avec des mots dérivés comme 'Pan' et 'Diane'. Le second logogryphe est 'Delphinus', avec des mots dérivés tels que 'Deus' et 'Delphi'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15787
p. 79
ÉNIGME-LOGOGRYPHE.
Début :
Avec quatre des miens nous nous trouvons par-tout ; [...]
Mots clefs :
Voyelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉNIGME-LOGOGRYPHE.
ÉNIGME - LOGOGRYPHE.
AVEC VEC quatre des miens nous nous trouvons
par-tout ;
A la Ville , à la Cour , on a befoin de nous :
On nous trouve en tout cercle , en toute compagnie
,
Et nous ne paroiffons que deux fois dans la vie .
GUILLAUME
, étudiant .
AVEC VEC quatre des miens nous nous trouvons
par-tout ;
A la Ville , à la Cour , on a befoin de nous :
On nous trouve en tout cercle , en toute compagnie
,
Et nous ne paroiffons que deux fois dans la vie .
GUILLAUME
, étudiant .
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15788
p. 81
ENIGME.
Début :
Je suis craint à la fois des filles, des filoux, [...]
Mots clefs :
Commissaire
15789
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour se flatter de pouvoir me connoître, [...]
Mots clefs :
Calcul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
POOUURRfe flatter de pouvoir me connoître ,
Il faut par le calcul que renferme mon corps
Chercher auparavant mes différens rapports ;
Voilà le vrai moyen de voir qui je puis être
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Car autrement , quoique fimple par fois ,
Je donne du fil à retordre
A
A quiconque , croyant m'avoir au bout des doigts ,
Pour me trouver ne fuit point avec ordre
La route qu'ont tracé mes rigoureuſes loix.
Mais pour te rendre encor plus claire
Ma jufte propofition ,
Sans parler de mon caractère ,
Je vais , mon cher Lecteur , par la divifion
De mon corps feulement dévoiler le mystère,
D'abord , fans beaucoup me gêner ,
J'en fais deux portions égales ,
Et qui plus eft , toutes les deux font mâles 3
Par les deux traits fuivans tu les vas deviner.
L'une , c'eſt un objet que le travail pénible
Forme prefque dans un inftant ;
L'autre , qu'on reçoit en naillant >
Par pudeur fe rènd invifible.
Enfuite , en les bouleverfant ,
( C'est-à-dire apperçus tous les deux par derrière }
Tu verras en cette manière
Que chacun forme encor un objet différent :
D'un élément très - néceffaire
Le premier eft un réservoir ;
Le fecond , tu le pourras voir
Dans l'almanach ou dans le breviaire .
T
Par M. FABRE , à Limoux , en Languedoc.
POOUURRfe flatter de pouvoir me connoître ,
Il faut par le calcul que renferme mon corps
Chercher auparavant mes différens rapports ;
Voilà le vrai moyen de voir qui je puis être
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Car autrement , quoique fimple par fois ,
Je donne du fil à retordre
A
A quiconque , croyant m'avoir au bout des doigts ,
Pour me trouver ne fuit point avec ordre
La route qu'ont tracé mes rigoureuſes loix.
Mais pour te rendre encor plus claire
Ma jufte propofition ,
Sans parler de mon caractère ,
Je vais , mon cher Lecteur , par la divifion
De mon corps feulement dévoiler le mystère,
D'abord , fans beaucoup me gêner ,
J'en fais deux portions égales ,
Et qui plus eft , toutes les deux font mâles 3
Par les deux traits fuivans tu les vas deviner.
L'une , c'eſt un objet que le travail pénible
Forme prefque dans un inftant ;
L'autre , qu'on reçoit en naillant >
Par pudeur fe rènd invifible.
Enfuite , en les bouleverfant ,
( C'est-à-dire apperçus tous les deux par derrière }
Tu verras en cette manière
Que chacun forme encor un objet différent :
D'un élément très - néceffaire
Le premier eft un réservoir ;
Le fecond , tu le pourras voir
Dans l'almanach ou dans le breviaire .
T
Par M. FABRE , à Limoux , en Languedoc.
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15790
p. 75-76
ENIGME.
Début :
L'homme, naît avec moi ; sans lui, je ne suis rien. [...]
Mots clefs :
Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
L'HOMM
"
'HOMME , naît avec moi ; fans lui , je ne ſuis
rien .
A la Ville , à la Cour , je fuis très - néceffaire ;
Et l'on fe fert de moi dans mainte & mainte affaire,
De laquelle fouvent je fais tout le foutien.
L'Labile Magiſtrar , le fage Miniſtère ,
Le Clergé , le Public , ont tous recours à moi ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Tour l'Univers enfin , fe range fous ma loi..
L'amant prudent , l'amant fincère ,
N'auroit pas raifon à Cythère ,
S'il ne reconnoiffoit mon immuable foi.
Par M. de V.
L'HOMM
"
'HOMME , naît avec moi ; fans lui , je ne ſuis
rien .
A la Ville , à la Cour , je fuis très - néceffaire ;
Et l'on fe fert de moi dans mainte & mainte affaire,
De laquelle fouvent je fais tout le foutien.
L'Labile Magiſtrar , le fage Miniſtère ,
Le Clergé , le Public , ont tous recours à moi ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Tour l'Univers enfin , fe range fous ma loi..
L'amant prudent , l'amant fincère ,
N'auroit pas raifon à Cythère ,
S'il ne reconnoiffoit mon immuable foi.
Par M. de V.
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15791
p. 77-78
ENIGME.
Début :
Je n'ai qu'une voisine, en tout je lui ressemble, [...]
Mots clefs :
Lunettes pour le nez
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
2
Je n'ai qu'une voifine, en tout je lui reſſemble ,
Nous ferions fans valeur fi nous n'étions enſemble,
Son mérite eft le mien , notre fort eſt égal ,
Pour fe fervir de nous on nous met à cheval,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE
Qui nous porte, a fouvent trois pieds fans être
alerte ,
Et recouvre dans nous la moitié d'une perte.
Quand ma pauvre voiſine & moi tombons à bas,
Son oeil , comme le mien , ſe reffent du faux pas.
2
Je n'ai qu'une voifine, en tout je lui reſſemble ,
Nous ferions fans valeur fi nous n'étions enſemble,
Son mérite eft le mien , notre fort eſt égal ,
Pour fe fervir de nous on nous met à cheval,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE
Qui nous porte, a fouvent trois pieds fans être
alerte ,
Et recouvre dans nous la moitié d'une perte.
Quand ma pauvre voiſine & moi tombons à bas,
Son oeil , comme le mien , ſe reffent du faux pas.
Fermer
15792
p. 83
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
Début :
PARMI les événemens qui paroissent ne devoir intéresser que les Habitans du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de
la Province d'Artois, & principalement
de la Ville d'Arras, pendant une
partie du quinziéme siécle, précédés
d'une Notice chronologique des Comtes
d'Artois ; lûs en différentes Séances
de la Société Littéraire d'Arras, par
M. Harduin, Secrétaire perpétuel de
cette Compagnie ; Associé à l'Académie
des Transformati de Milan, & à
la Société Littéraire-Militaire de Besançon.
A Arras, chez Michel Nicolas,
rue S. Gery, avec Approbation
& Privilége du Roi, 1763, un vol.
in-12.
PARMI les événemens qui paroissent
ne devoir intéresser que les Habitans du
Pays d'Artois , on en trouvera plufieurs
dans cet Ouvrage , qui font dignes d'oc
D vj
1
84 MERCURE DE FRANCE .
cuper tout Lecteur curieux. Les diffé
rentes piéces qui compofent ce Recueil
font , 1 °. une Notice chronologique des.
Comtes & Comteffes d'Artois , qui fert
d'introduction & de bafe aux Mémoires.
dont elle eft fuivie . Cette Notice.com-
mence à l'année 1 180 ,. & finit au Traité.
de Nimegue, par lequel la Province d'Ar-
tois eut le bonheur de rentrer fous la
Domination Françoiſe , & d'être réunie
pour toujours à la Couronne de fes an-
ciens Maîtres. 2°. Les fentimens d'une
Citoyen d'Arras , à la Naiffance de M.
le Comte d'Artois . C'eft une pièce de
vers dont l'Auteur ne fe nomme point ,
quoique ces vers ne puiffent que lui faire
honneur , & comme Poëte , & comme
Citoyen , & comme François. 3º: Un
Mémoire fur les Abbés de Lieffe d'Ar-
ras , tiré des Regiftres de la Ville. Ces
Abbés de Lieffe , autrement ces Chefs de
la Bande joyeuſe , étoient des hommes
chargés de l'éxécution ou de la conduite
de certains divertiffemens publics. Ils
s'élifoient tous les ans par les Officiers
du Duc de Bourgogne , par le Magiftrat
& par la Bourgeoifie ; & on l'inveſtiſſoit
de fa Charge , en lui remettant une
Croffe d'argent doré , qu'il étoit obligé
de rendre à la fin de fon exercice, Les
JAN VIER. 1764.
833
devoirs de ces fortes d'Abbés offrent des
détails curieux & piquans. 4°. Un Mé-
moire tiré des Regiftres d'Arras , conte-
nant la Relation des Cérémonies qui
s'obfervoient dans cette Ville , fous les ›
Ducs de Bourgogne de la feconde Bran-
2
che Royale , lorfque ces Princes , en
qualité de Comtes d'Artois , ou les Rois
de France , Souverains de la Province , y
faifoient leur Entrée folemnelle . 5° . Un
Mémoire fur les Joûtes , Tournois, Faits .
d'Armes & autres Exercices de ce gen-
re , qui fe firent à Arras du temps de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne &
Comte d'Artois. 6°. Un Mémoire hifto-
rique concernant l'Artois , & principa-
lement la Ville d'Arras , depuis le com--
mencement de l'année 1477 , juſqu'au
mois de Mai 1484. 7° : Un Mémoire qui
fert de fuite au précédent , & comprend
les faits arrivés jufqu'en 1491. 8°. Une
Relation de la furprife d'Arras en 1492.
9°. Un Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
d'Arras & de l'Artois , depuis 1493 jul-
qu'en 1499. Ces neuf articles offrent
une infinité de traits & d'anecdotes
qu'on chercheroit inutilement dans les
Hiftoires générales , & qui pourtant ne
doivent pas être ignorés par ceux qui fe
piquent de bien fçavoir l'Hiftoire, de
86 MERCURE DE FRANCE.
France. L'Auteur , déjà connu par plu--
fieurs Ouvrages eftimés qu'il a donné au
Public , a préfenté un Exemplaire de ce
dernier à l'Affemblée générale des Etats
d'Artois ; & il en a reçu en préfent une
Médaille d'or qui reftoit de celles qui
avoit été frappées à l'occafion de la Naif-
fance de M LE COMTE D'ARTOIS . Il
feroit à fouhaiter que les talens fuffent
toujours encouragés de cette manière ;
le plus grand avantage en reviendroit
au Public.
la Province d'Artois, & principalement
de la Ville d'Arras, pendant une
partie du quinziéme siécle, précédés
d'une Notice chronologique des Comtes
d'Artois ; lûs en différentes Séances
de la Société Littéraire d'Arras, par
M. Harduin, Secrétaire perpétuel de
cette Compagnie ; Associé à l'Académie
des Transformati de Milan, & à
la Société Littéraire-Militaire de Besançon.
A Arras, chez Michel Nicolas,
rue S. Gery, avec Approbation
& Privilége du Roi, 1763, un vol.
in-12.
PARMI les événemens qui paroissent
ne devoir intéresser que les Habitans du
Pays d'Artois , on en trouvera plufieurs
dans cet Ouvrage , qui font dignes d'oc
D vj
1
84 MERCURE DE FRANCE .
cuper tout Lecteur curieux. Les diffé
rentes piéces qui compofent ce Recueil
font , 1 °. une Notice chronologique des.
Comtes & Comteffes d'Artois , qui fert
d'introduction & de bafe aux Mémoires.
dont elle eft fuivie . Cette Notice.com-
mence à l'année 1 180 ,. & finit au Traité.
de Nimegue, par lequel la Province d'Ar-
tois eut le bonheur de rentrer fous la
Domination Françoiſe , & d'être réunie
pour toujours à la Couronne de fes an-
ciens Maîtres. 2°. Les fentimens d'une
Citoyen d'Arras , à la Naiffance de M.
le Comte d'Artois . C'eft une pièce de
vers dont l'Auteur ne fe nomme point ,
quoique ces vers ne puiffent que lui faire
honneur , & comme Poëte , & comme
Citoyen , & comme François. 3º: Un
Mémoire fur les Abbés de Lieffe d'Ar-
ras , tiré des Regiftres de la Ville. Ces
Abbés de Lieffe , autrement ces Chefs de
la Bande joyeuſe , étoient des hommes
chargés de l'éxécution ou de la conduite
de certains divertiffemens publics. Ils
s'élifoient tous les ans par les Officiers
du Duc de Bourgogne , par le Magiftrat
& par la Bourgeoifie ; & on l'inveſtiſſoit
de fa Charge , en lui remettant une
Croffe d'argent doré , qu'il étoit obligé
de rendre à la fin de fon exercice, Les
JAN VIER. 1764.
833
devoirs de ces fortes d'Abbés offrent des
détails curieux & piquans. 4°. Un Mé-
moire tiré des Regiftres d'Arras , conte-
nant la Relation des Cérémonies qui
s'obfervoient dans cette Ville , fous les ›
Ducs de Bourgogne de la feconde Bran-
2
che Royale , lorfque ces Princes , en
qualité de Comtes d'Artois , ou les Rois
de France , Souverains de la Province , y
faifoient leur Entrée folemnelle . 5° . Un
Mémoire fur les Joûtes , Tournois, Faits .
d'Armes & autres Exercices de ce gen-
re , qui fe firent à Arras du temps de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne &
Comte d'Artois. 6°. Un Mémoire hifto-
rique concernant l'Artois , & principa-
lement la Ville d'Arras , depuis le com--
mencement de l'année 1477 , juſqu'au
mois de Mai 1484. 7° : Un Mémoire qui
fert de fuite au précédent , & comprend
les faits arrivés jufqu'en 1491. 8°. Une
Relation de la furprife d'Arras en 1492.
9°. Un Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
d'Arras & de l'Artois , depuis 1493 jul-
qu'en 1499. Ces neuf articles offrent
une infinité de traits & d'anecdotes
qu'on chercheroit inutilement dans les
Hiftoires générales , & qui pourtant ne
doivent pas être ignorés par ceux qui fe
piquent de bien fçavoir l'Hiftoire, de
86 MERCURE DE FRANCE.
France. L'Auteur , déjà connu par plu--
fieurs Ouvrages eftimés qu'il a donné au
Public , a préfenté un Exemplaire de ce
dernier à l'Affemblée générale des Etats
d'Artois ; & il en a reçu en préfent une
Médaille d'or qui reftoit de celles qui
avoit été frappées à l'occafion de la Naif-
fance de M LE COMTE D'ARTOIS . Il
feroit à fouhaiter que les talens fuffent
toujours encouragés de cette manière ;
le plus grand avantage en reviendroit
au Public.
Fermer
15792
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
15793
p. 83-88
Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Début :
Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis son incarnation jusqu'à [...]
Mots clefs :
Jésus-Christ, Histoire, Vie, Étonner, Dieu, Évangélistes, Morale chrétienne, Charité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
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Résumé : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ' est rédigée par le Père de Ligny et publiée à Avignon chez Domergue. Elle retrace la vie de Jésus-Christ de son incarnation à son ascension, en s'appuyant sur la Vulgate. Jésus y est présenté comme incarnant la vertu divine, détenteur des trésors de la sagesse et de la science, et contenant toute la plénitude de la Divinité. Sa vie est marquée par des miracles et une conduite exemplaire. Sa doctrine, à la fois sublime et simple, révèle une connaissance approfondie des mystères divins. Contrairement aux prophètes, souvent inspirés par l'enthousiasme, Jésus se distingue par sa simplicité noble et sa maîtrise des sujets abordés. Connaissant les ravages du péché, il propose une morale efficace pour les réparer. Sa personnalité allie grandeur et bonté, inspirant humilité et admiration. Le texte insiste sur l'importance de l'Évangile, qui relate les actions et les préceptes de Jésus, essentiel pour tout chrétien. L'auteur souligne l'unité et la solidarité au sein de l'Église, conformément au précepte de Saint Paul sur l'entraide et la communauté des biens et des maux parmi les fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15794
p. 76
LOGOGRYPHE.
Début :
Chef d'oeuvre d'Iphicrate, & d'Epaminondas, [...]
Mots clefs :
Colonne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
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15795
p. 78
AUTRE.
Début :
Mars, avant toi j'ai commandé l'Armée ; [...]
Mots clefs :
Lettre A
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
MARS, avant toi j'ai commandé l'Armée ;
Tu me dois tour , ta valeur , ton haut rang ;
Et fans ôter rien à ta renommée ,
Jamais fans moi tu ne verfas le fang.
Moi qui jamais ne parus dans la guerre ,
Je fais connoître aux Soldats les hazards.
Sans mon fecours , les Amours & les Arts
Ne feroient point en vogue fur la terre.
Il est bien des occafions ,
Où mon fecours eft inutile ;
Il eft bon dans les Baftions ,
Mais rejetté dans une Ville :
Exceptez -en pourtant Paris ;
Car fans moi Paris feroit pris.
MARS, avant toi j'ai commandé l'Armée ;
Tu me dois tour , ta valeur , ton haut rang ;
Et fans ôter rien à ta renommée ,
Jamais fans moi tu ne verfas le fang.
Moi qui jamais ne parus dans la guerre ,
Je fais connoître aux Soldats les hazards.
Sans mon fecours , les Amours & les Arts
Ne feroient point en vogue fur la terre.
Il est bien des occafions ,
Où mon fecours eft inutile ;
Il eft bon dans les Baftions ,
Mais rejetté dans une Ville :
Exceptez -en pourtant Paris ;
Car fans moi Paris feroit pris.
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15796
p. 82
LOGOGRYPHE En Sonnet, par B. D. B.
Début :
L'humaine ambition me donna la naissance. [...]
Mots clefs :
Vaisseau
15797
p. 80
AUTRE.
Début :
De mes soeurs je suis la derniere ; [...]
Mots clefs :
Lettre Z
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U TRE.
mes foeurs je fuis la derniere ;
Nous fommes deux fois douze. Un homme eft
notre pere.
Son nom , je ne m'en fouviens pas.
Pour me reconnoître , en tout cas ,
Ce nom n'eft pas bien néceflaire .
J'avoue ici de bonne foi
Que de rire , à chacun je fais naître l'envie ;
Eft- ce un nain , un pigmée à taille mal polic ?
De le railler , fi l'on a la manie ,
On dit qu'il eft fait comme moi !
Quoi qu'il en ſoit, j'ai fçu me couronner de gloire ,
En me trouvant toujours dans les hazards.
Je m'offre aux yeux de toutes parts ;
Et (ce qu'on aura peine à croire )
Je ne fuis point dans l'eau , dans le feu , dans les
airs ,
Ni même dans tout l'univers.
Je vais pourtant , & fane me contredire ,
Vous dire où l'on peut me trouver :
C'est toujours avec le zéphire ,
Au zodiaque encor .... Fort bien , allez vous dire,
Je n'irai pas vous y chercher.
Par M. T.
mes foeurs je fuis la derniere ;
Nous fommes deux fois douze. Un homme eft
notre pere.
Son nom , je ne m'en fouviens pas.
Pour me reconnoître , en tout cas ,
Ce nom n'eft pas bien néceflaire .
J'avoue ici de bonne foi
Que de rire , à chacun je fais naître l'envie ;
Eft- ce un nain , un pigmée à taille mal polic ?
De le railler , fi l'on a la manie ,
On dit qu'il eft fait comme moi !
Quoi qu'il en ſoit, j'ai fçu me couronner de gloire ,
En me trouvant toujours dans les hazards.
Je m'offre aux yeux de toutes parts ;
Et (ce qu'on aura peine à croire )
Je ne fuis point dans l'eau , dans le feu , dans les
airs ,
Ni même dans tout l'univers.
Je vais pourtant , & fane me contredire ,
Vous dire où l'on peut me trouver :
C'est toujours avec le zéphire ,
Au zodiaque encor .... Fort bien , allez vous dire,
Je n'irai pas vous y chercher.
Par M. T.
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15798
p. 84
ENIGME.
Début :
Aidé du feu l'on me produit, [...]
Mots clefs :
Chandelle
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Idé du feu l'on me produit ,
Et par le feu l'on me détruit.
Le même four voit la fleur la plus belle
Eclore & mourir :
La même nuit me voit , comme elle
Briller & périr.
Idé du feu l'on me produit ,
Et par le feu l'on me détruit.
Le même four voit la fleur la plus belle
Eclore & mourir :
La même nuit me voit , comme elle
Briller & périr.
Fermer
15799
p. 78-79
LOGOGRYPHE. A IRIS.
Début :
Je sers à cultiver la terre ; [...]
Mots clefs :
Pioche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A IRIS.
LOGOGRYPHE.
A IRIS.
Iz fers à cultiver la terre ;
Six pieds forment mon tout. En me décompoſant,
ANVIER. 1761 . 79
J'offre celle qu'aima le Maître du tonnerre ,
Et dont Argus fut fait le furveillant .
J'offre encor , cher Lecteur , un feuve d'Italie ?
Une Nymphe au regret toujours affujettie ;
Un Pape ; un arbriſſeau ,
Dont le fruit quelquefois nous trouble le cerveau.
Je porte enfin le nom d'un objet dont les charmes
Les grâces , l'efprit , les talens
Sont à l'Amour de fûres armes ,
Pour fixer les coeurs inconftans .
A IRIS.
Iz fers à cultiver la terre ;
Six pieds forment mon tout. En me décompoſant,
ANVIER. 1761 . 79
J'offre celle qu'aima le Maître du tonnerre ,
Et dont Argus fut fait le furveillant .
J'offre encor , cher Lecteur , un feuve d'Italie ?
Une Nymphe au regret toujours affujettie ;
Un Pape ; un arbriſſeau ,
Dont le fruit quelquefois nous trouble le cerveau.
Je porte enfin le nom d'un objet dont les charmes
Les grâces , l'efprit , les talens
Sont à l'Amour de fûres armes ,
Pour fixer les coeurs inconftans .
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15800
p. 84-87
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Deux choses que j'ai lues, Monsieur, dans votre dernier Mercure d'Août, m'ont [...]
Mots clefs :
Mlle de Car...., Logogriphes, Mercure, Sexe, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre, l'auteur exprime son mécontentement après avoir lu deux informations dans le dernier numéro du Mercure d'août 1756. La première concerne la tromperie de Mlle de Car... de Toulouse, envers qui l'auteur ressentait de la sympathie. Cette sympathie est remise en question, et l'auteur affirme que Mlle de Car... n'est pas la fille de M. le Riche, qu'il accuse de manquer d'esprit et de grâce envers les femmes. L'auteur déplore que les femmes soient souvent jugées sur leur apparence plutôt que sur leur esprit, rendant rares les femmes capables de rimer. L'auteur envoie deux logogryphes pour justifier l'envoi de sa lettre, mais doute que son courroux mérite une critique. Elle admire la justice et la légèreté du style de la critique du Mercure, qui valorise la réflexion. Elle s'excuse pour la longueur de sa lettre et encourage les femmes à contribuer au recueil avec leurs productions, malgré les négligences possibles dans leur poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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