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12801
p. 60-86
SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
Début :
Nous avons promis de rendre compte à nos Lecteurs de la séance publique [...]
Mots clefs :
Anciens, Villes, Modernes, Peuple, Peuples, Nicolas Fréret, Terre, Charles d'Orléans de Rothelin, Hommes, Mouvement, Gaules, Gaule, Découvertes, Romains, Éloge, Histoire, Religion, Planètes, Soleil
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
SE'AN CE publique de l'Académie Royale
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
Fermer
12802
p. 137-153
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Début :
ARTICLE PREMIER. PRÉCIS historique de l'usurpation de la découverte [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
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| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
Fermer
12802
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
12804
p. 113-122
SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
Début :
EN étudiant la matière des poids & des mesures tant anciennes que modernes [...]
Mots clefs :
Père, Mémoire, Estime, Quantité, Ville, Érudition, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
SUITE de l'Eloge hiftorique de M. LE
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
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12805
p. 124
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon sort est de causer à tous mes possesseurs [...]
Mots clefs :
Panaris
12806
p. 80
ENIGME.
Début :
Plus on me trouve rude, [...]
Mots clefs :
Râpe à tabac
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME
PLLUUSS oOnN me trouve rude,
Plus on me chérit en tous lieux ;
Je plais à la campagne & dans la folitude ,
Et je charme l'ennui des jeunes & des vieux.
Je fuis généreufe & fi bonne ,
Queje rends tout ce qu'on me donne.
Mais fi je viens à m'adoucir ,
On me mépriſe , on me rejette ,
Et c'eft à quoi je fuis ſujette
Lorfque je fais trop de plaifir .
PLLUUSS oOnN me trouve rude,
Plus on me chérit en tous lieux ;
Je plais à la campagne & dans la folitude ,
Et je charme l'ennui des jeunes & des vieux.
Je fuis généreufe & fi bonne ,
Queje rends tout ce qu'on me donne.
Mais fi je viens à m'adoucir ,
On me mépriſe , on me rejette ,
Et c'eft à quoi je fuis ſujette
Lorfque je fais trop de plaifir .
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12807
p. 80
AUTRE.
Début :
Ma Mer n'eut jamais d'eau ; mes Champs sont infertiles. [...]
Mots clefs :
Mappemonde
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ma Mer n'eut jamais d'eau ; mes Champs font
infertiles.
Je n'ai point de maiſon & j'ai de grandes Villes
Je réduis en un point mille ouvrages divers :
Je ne fuis prèfque rien , & je fuis l'Univers.
Ma Mer n'eut jamais d'eau ; mes Champs font
infertiles.
Je n'ai point de maiſon & j'ai de grandes Villes
Je réduis en un point mille ouvrages divers :
Je ne fuis prèfque rien , & je fuis l'Univers.
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12808
p. 81
LOGOGRYPHE. A Mlle A... C... Q... J...
Début :
Eglé, si quelquefois j'ai charmé tes loisirs ; [...]
Mots clefs :
Chanson
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Mlle A... C... Q... J...
LOGO GRY PH E.
A Mlle A... C... Q... J...
EGLE , fi quelquefois j'ai charmé tes loiſirs ;
Si quelquefois ta voix touchante
A ravi mille coeurs , fois en reconnoiffante
Et mets en me lifant , le comble à mes defirs.
Sept pieds font toute ma richeſſe ;
Six petits mots dits fans fineffe
Vont bien vite te mettre au fait ,
Et tu vas juger ce que c'eft.
Je t'offre un inftrument de guerre
Dont le bruit feul peut allarmer ;
L'exclamation ordinaire ;
L'Auteur latin de l'art d'aimer.
Après la farine faffée
Ce qui refte dans le bluteau ;
Un Animal plus laid que
beau ;
Puis une carte. Eh bien ! ne fuis-je pas aiſée ?
Par M. GOUDEMETZ,
A Mlle A... C... Q... J...
EGLE , fi quelquefois j'ai charmé tes loiſirs ;
Si quelquefois ta voix touchante
A ravi mille coeurs , fois en reconnoiffante
Et mets en me lifant , le comble à mes defirs.
Sept pieds font toute ma richeſſe ;
Six petits mots dits fans fineffe
Vont bien vite te mettre au fait ,
Et tu vas juger ce que c'eft.
Je t'offre un inftrument de guerre
Dont le bruit feul peut allarmer ;
L'exclamation ordinaire ;
L'Auteur latin de l'art d'aimer.
Après la farine faffée
Ce qui refte dans le bluteau ;
Un Animal plus laid que
beau ;
Puis une carte. Eh bien ! ne fuis-je pas aiſée ?
Par M. GOUDEMETZ,
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12810
p. 82
AUTRE.
Début :
Fuyez loin de mes yeux, Héraclites austères, [...]
Mots clefs :
Gaieté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
FUYEZ UYEZ loin de mes yeux , Héraclites auftères ,
Philofophes quinteux , Rêveurs atrabilaires ,
Qui tenez compte ouvert de chagrins & d'ennuis,
Vous pour qui Lachefis ne file que des nuits ;
Qu'Amour , Ris , Plaifirs , Jeux autour de moi
fans ceffe
S'accordent pour narguer votre fombre fageffe.
Payez des Partiſans dont vous ferez loués ,
Car chez moi c'eſt gratis que vous ferez hués ,
Qu'à Caraccioli , ce Morrel vraiment fagé ,
Chacun vienne à l'envi préſenter ſon hommage ;
Que .... me tenez-vous ! non è je vais donc m'expliquer.
Jevous offre fix piéds aifés à difféquer.
Premierement une riviere
Qui traverſe le Portugal ;
Une Saiſon ; un faquin d'Animal
Que la Fontaine appella Plagiaire.
Le tuyau fur lequel l'oeillet vient fe percher ;
Ce qui chez nous croît à toute heure ,
Si bien qu'enfin il faut que l'on en meure. '
Voilà tout , cher Lecteur , c'eft à toi de chercher.
Par le même.
FUYEZ UYEZ loin de mes yeux , Héraclites auftères ,
Philofophes quinteux , Rêveurs atrabilaires ,
Qui tenez compte ouvert de chagrins & d'ennuis,
Vous pour qui Lachefis ne file que des nuits ;
Qu'Amour , Ris , Plaifirs , Jeux autour de moi
fans ceffe
S'accordent pour narguer votre fombre fageffe.
Payez des Partiſans dont vous ferez loués ,
Car chez moi c'eſt gratis que vous ferez hués ,
Qu'à Caraccioli , ce Morrel vraiment fagé ,
Chacun vienne à l'envi préſenter ſon hommage ;
Que .... me tenez-vous ! non è je vais donc m'expliquer.
Jevous offre fix piéds aifés à difféquer.
Premierement une riviere
Qui traverſe le Portugal ;
Une Saiſon ; un faquin d'Animal
Que la Fontaine appella Plagiaire.
Le tuyau fur lequel l'oeillet vient fe percher ;
Ce qui chez nous croît à toute heure ,
Si bien qu'enfin il faut que l'on en meure. '
Voilà tout , cher Lecteur , c'eft à toi de chercher.
Par le même.
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12814
p. 123
« EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
Début :
EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Éducation chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
EMILE Chrétien , confacré à l'utilité
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
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Résumé : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
L'ouvrage 'EMILE Chrétien, conféré à l'utilité publique' de M. Formey, publié en 1764 à Berlin, réfute la doctrine de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation. Composé de quatre volumes, il est disponible chez plusieurs libraires à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12815
p. 83
AUTRE.
Début :
Ami Lecteur, plains-moi : quand je suis toute entière, [...]
Mots clefs :
Brosse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
AMI Lecteur , plains-moi : quand je fuis toute
entière ,
L'on ne me voit jamais que mordre la pouffière.
Voions fi fupprimant une lettre à mon nom
Je n'aurai pas une autre chance ...
Mais c'eft encor pis ; quel guignon !
Je n'en ai pas plus d'importance.
Par le même.
AMI Lecteur , plains-moi : quand je fuis toute
entière ,
L'on ne me voit jamais que mordre la pouffière.
Voions fi fupprimant une lettre à mon nom
Je n'aurai pas une autre chance ...
Mais c'eft encor pis ; quel guignon !
Je n'en ai pas plus d'importance.
Par le même.
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12816
p. 57-63
LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, en lisant votre Mercure, j'ai trouvé une lettre de l'illustre [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Genevois, Lettre, Hommes, Philosophe, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
D'un Bourgeois de Bordeaux , à l'Auteur
du Mercure.
MONSIEUR , en lifant votre Mercure
, j'ai trouvé une lettre de l'illuftre
M. Rouffeau , où il fe défend contre ceux
qui ofent attaquer les nouveautés étonnantes
de fes fyftêmes Je n'entre point
dans toutes ces difcuffions ; mais je ne
feindrai pas d'avouer que j'ai été furpris
de la hauteur Stoïque & Lacédémonienne
avec laquelle il nous traite . Il nous infinue
avec une clarté affez dure , que fom
deffein n'eft ni de nous amufer , ni de
nous inftruire. Je lui répons d'abord qu'il
fera l'un & l'autre malgré lui , par la feu
le raifon que nous nous occupons à le
lire. Chofe qu'il ne fçauroit empêcher.
Tout le fruit qu'il pourra tirer de fa mauvaiſe
intention pour nous , c'eft de nous
difpenfer de lui être reconnoiffans , puifqu'il
ne nous éclaire qu'en proteftant qu'il
ne veut pas nous éclairer. C'est un vrai
larcin que nous lui faifons.
Mais je demande quelle raifon lui avons
nous donnée de fe fâcher contre nous ? Si
quelqu'un de nos concitoyens a mérité
Cv
8 MERCURE DE FRANCE.
fa colere par quelques petits dilemmes
embarraffans , mais point incivils , toute
la ville qu'il profcrit n'a point de part à
cela. Une chofe bien certaine , c'eſt que
nous admirons fon éloquence comme tout
le reste du monde , preuve affez évidente
que nous valons quelque chofe. Comment
peut- il avoir la cruauté de foudroyer
ainfi fes admirateurs .
Il femble nous apprendre qu'il n'écrit
que pour Geneve, cela veut dire qu'il n'aime
qu'elle. J'avouerai que j'avois cru juf
qu'ici que le vrai philofophe étoit l'ami
du monde entier ; qu'il regardoit tous les
hommes comme des freres. Qu'il aime
Geneve , à la bonne heure ; mais nous.
ofons le prier de nous aimer un peu , tout
Bordelois que nous pouvons être : car
après tout que fçait-il Peut- être fommes-
nous, des hommes ?
Il feroit mieux , dit- il , de demander
à ceux qui ne font pas Genevois , & qui
ne me goûtent point , pourquoi ils lifent
mon ouvrage, que de leur expliquer pourquoi
il eft fait ? Les termes dont il fe fert
pour dire cela, ont un air fentencieux, mais.
j'ai bien peur qu'ils n'en ayent que l'air.
1. Il est très - fûr que tout le monde le
goûte & l'admire , Genevois ou non , ainfi
il fe fonde fur une hypothefe fauffe. SupMARS.
1756. 59
pofons, comme lui , l'impoffible. Suppofons,
dis-je , qu'il eût fait un ouvrage où l'utile.
& l'amufant ne fe trouvaflent point , &
qu'il dit à ceux qui s'en plaindroient
pourquoi le lifiez -vous ? Mais , Monfieur ,
pourroit-on lui répondre : Je ne prévoyois
pas , en prenant votre livre , qu'il ne devoit
m'amufer ni m'inftruire. La réponſe:
feroit bonne , perfonne n'étant devin.
Cependant quand je réfléchis à fa fentence
, je crois y démêler une idée trop
fiere pour être la fienne. Ne voudroit - il:
pas dire , qu'il eft peu de gens qui doivent
le lire , c'eft-à -dire qu'il en eft peu
qui foient dignes de le faire ; & puis en
cherchant quels font ces mortels privilégiés
, il femble que ce font les Genevois
& ceux qui le trouvent inftructif & amufant
, ou pour dire la chofe comme elle
eft , ceux qui font fes approbateurs . Voilà
une idée qu'on ne doit pas attribuer à:
un philofophe auffi modefte & auffi bon
Logicien que lui . Il eft donc de l'équité de
convenir que fa fentence ne fignifie rien ..
Au reste , il ne nous a pas appris à quoi
peuvent fervir fes fyitêmes , & quel a été
fon but en écrivant. J'ai écrit , dira-t'il ,
pour
donner aux Genevois de fortes raifons
d'aimer leur gouvernement , pour
leur infpirer l'humanité , l'amour de la
C.vjj
60 MERCURE DE FRANCE.
patrie & de la liberté , & l'obéiflance aux
loix.
Je crois donc entendre M. Rouffeau
parlant ainfi à fes concitoyens : Aimez votre
gouvernement , car l'homme auroit
beaucoup mieux fait de n'en point établir.
Aimez vos femblables , car nous avons eu
tort de fortir de cet état ancien où nous
n'aimions que le repos , une femelle & la
Bourriture. Aimez votre patrie , puifqu'il
eft vrai que nous devrions n'en avoir jamais
eu d'autre qu'une caverne ou le pied
d'un arbre. Soyez libres , attendu que nous
fommes à plaindre de n'être plus dépendans
d'un Lion ou d'un Ours , qui nous
auroit fait fuir devant lui . Enfin obéiffez
aux loix , puifque vous étiez faits pour
n'obéir à aucune. Si les Genevois n'avoient
pas de meilleures raifons pour être bons
citoyens , nous n'aurions pas admiré comme
nous faifons , la fageffe de leur gouvernement
& la pureté de leurs moeurs.
Je fçais bien qu'il pourroit répliquer ,
comme Agamemnon ; Seigneur , je ne rends
point compte de mes deffeins , furtout devant
des Adverfaires obfcurs & indignes de
moi , tels que vous êtes , vous dont je
craindrois de relever la baffeffe , fi je def
cendois jufqu'à elle. De plus , que m'importe
qu'on m'approuve , ou qu'on me
MARS. 1756. 61
condamne ? Mes Approbateurs font la raifon
& la vérité , ( à Dieu ne plaife que cela
foit , ) je n'attends rien de perfonne . Je
foule aux pieds les critiques & les fuffrages:
Si fractus illabatur orbis impavidum
ferient ruina. Tous ces fentimens ont une
majefté philofophique qui éblouit ; mais
je foupçonne qu'ils font trop métaphyfiques
pour être réels. La nature a mis dans
nos coeurs un violent défir d'être eftimé
de fes femblables ; & je croirois fort que
fans ce défir-là , perfonne ne fe feroit imprimer
, pas même M. Rouffeau . De plus ,
répéter mille & mille fois qu'on méprife
l'eftime des hommes , c'est répéter qu'on
méprife les hommes mêmes. Or, comme le
mépris dérive toujours d'une comparaiſon
relative à fa propre perfonne , dire qu'on
méprife les hommes , c'eft dire en termes
couverts , qu'on fe croit plus qu'eux . Il feroit
pourtant un peu violent de fe croire le
premier homme du monde.
y
L'affectation est toujours ridicule. Il
en a , ce me femble ,à fe proclamer philofophe
par un certain ton altier & crud ,
qu'on prend un peu trop dans notre fiécle.
Du moins pour l'être , on ne doit pas
traiter fon monde d'une maniere fi hautaine
, car alors il paroîtra qu'on a plus de
colere que de philofophie.
62 MERCURE DE FRANCE.
Pourquoi , par exemple , répondre par
des injures; (le titre de bel efprit en eft une
de la maniere que M. Rouffeau le donne) ?
Pourquoi , dis - je , ne pas répondre par des
raifons ? Il n'en avoit point , dira-t'on , il
ne falloit donc pas répondre.
Je connois des gens qui ont cru appercevoir
dans fes écrits une humeur fort
éloignée de cette douceur gracieuſe & liante
, qui doit être comme l'habit de la véritable
vertu. Je n'ai garde d'être de leur
avis , & je fuis perfuadé que M. Rouſſeau
eft auffi aimable par fon caractere , qu'il eft
eftimable par fes moeurs , & admirable par
fes écrits ; mais je fuis obligé de convenir
que cet avis où il répond fi durement , a été
écrit dans quelque quart- d'heure d'inquiétude
, & je gagerois que fa fanté n'étoit
pas bien difpofée dans ce moment -là.
Je finirai par l'avertir qué l'indifpofi
tion où il pouvoit être alors , lui a empêché
de faire affez d'attention à la lettre
qu'on lui écrit , enforte qu'il ne lui a pas
fait l'honneur de l'entendre. On ne l'exhorte
pas à quitter les difcuffions politiques
pour faire des Opera , on s'intéreffe
trop à fa gloire pour exiger de lui une
pareille chute ; on croit même que la lit
térature perdroit tout , s'il n'étoit que poëte
; & qu'en cas qu'il ne fût que Muficien,.
MAR S. 1756. 63
la mufique ne gagneroit pas autant que
l'éloquence a déja gagné à être cultivée.
par lui . On a voulu lui dire feulement ,
qu'il vaut mieux ne faire qu'amufer , que
de donner des inftructions fondées fur des
principes auffi dangereux que les fiens
d'où dérive naturellement la conféquence
que l'homme n'a été fait ni pour une morale
, ni pour une religion ; conféquence
que la droiture pieufe de fon coeur défavoueroit
affurément. Du refte , on l'exhorte
à poursuivre fes recherches , & furtout
à prétendre aux découvertes neuves ,
fans aimer les nouveautés. Cet avis , cen'eft
point les Bordelois feuls qui le lui
donnent , les Genevois , j'ofe le dire, le lui
donnent auffi.
Je ne crois pas avoir rien dit de choquant
à M. Rouffeau ; & je viens de relire.
ma lettre pour voir s'il m'eft échappé la:
moindre chofe qui démentît les fentimens
d'eftime , d'admiration , & même de refpect,
dont je fuis pénétré pour lui . Je fuis même
fi affuré de la nobleſſe & de la candeur
de fes fentimens , que jefuis perfuadé qu'il
confentira lui - même à ce que cette lettre.
foit inférée dans votre Mercure ; honneur
que je vous fupplis dé lui accorder .
De Bordeaux , le 14 Janvier 1756.-
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Résumé : LETTRE D'un Bourgeois de Bordeaux, à l'Auteur du Mercure.
Un bourgeois de Bordeaux écrit au rédacteur du Mercure pour réagir à la défense de Jean-Jacques Rousseau contre les critiques de ses œuvres. Le bourgeois exprime sa surprise face à l'arrogance de Rousseau, qui nie que ses écrits aient pour but d'amuser ou d'instruire, bien qu'ils remplissent ces fonctions. Il s'étonne également de la colère de Rousseau et affirme que Bordeaux, comme le reste du monde, admire son éloquence. Le bourgeois critique l'idée que Rousseau écrive uniquement pour les Genevois, soulignant que les philosophes doivent aimer l'humanité entière. Il met en doute la sincérité de Rousseau lorsqu'il prétend mépriser l'estime des hommes, y voyant une volonté de supériorité. Il trouve ridicule l'attitude altière et cruelle de Rousseau, tout en reconnaissant ses qualités, telles que son caractère aimable, ses mœurs estimables et ses écrits admirables. Cependant, il critique certaines réponses dures et colériques de Rousseau. L'auteur de la lettre précise qu'il n'avait pas pour but de pousser Rousseau à abandonner les discussions politiques pour écrire des opéras, mais de l'encourager à éviter les principes dangereux. Il espère que Rousseau acceptera la publication de cette lettre dans le Mercure de France, affirmant n'avoir rien écrit de choquant et exprimant son estime, admiration et respect pour Rousseau. La lettre est datée du 14 janvier 1756.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12817
p. 122-123
ÉCOLE VÉTÉRINAIRE. LETTRE de M. BOURGELAT, &c à l'Auteur du Mercure.
Début :
DES raisons particulières s'opposent, Monsieur, à l'empressement que j'avois [...]
Mots clefs :
École vétérinaire, Idées, Bien public, Lettres, Maladie, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE VÉTÉRINAIRE. LETTRE de M. BOURGELAT, &c à l'Auteur du Mercure.
ÉCOLE VÉTÉRINAIRE.
LETTRE de M. BOURGELAT , &cl
à l'Auteur du Mercure.
DES raifons particulières s'oppoſent ,
Monfieur , à l'empreffement que j'avois
de rendre compte au Public de nos travaux
dans l'école vétérinaire ; la premiere
année de cet établiffement eft
expirée le 15 Février paffé , & je ferai
vraisemblablement
contraint d'attendre
la révolution de la feconde pour fatisfaire
aux engagemens que j'avois pris.
Le bien public ne doit point néanmoins
fouffrir de ce délai ; & comme
il eft des cas où des expériences faites
& répétées dans plufieurs Provinces du
Royaume , & par plufieurs perfonnes
éclairées peuvent feules inftruire,j'ofe ef
pérer que vous voudrez bien publier dans
votre ouvrage des idées qui devoient
entrer néceffairement dans le mien
SEPTEMBRE. 1763. 123
Les quatre Lettres que je vous prie
d'y inférer ont pour objet une maladie
qui fait les plus grands ravages dans les
troupeaux. Peut-être que les obfervations
de M. Borel , & les
expériences que je
propofe fourniront quelques lumieres à
cet égard. Je ne veux pas du moins
mériter le reproche d'avoir auffi longtems
privé la Nation des éclairciffemens
qu'elle peut retirer des obfervations exac
tes & fçavantes qui m'ont été envoyées.
Daignez , Monfieur,fuppléer à ce que
je ne puis faire par moi-même. La complaifance
avec laquelle vous avez annoncé
jufqu'à préfent les progrès rapides
des éléves de l'Ecole , & furtout les vues
qui m'animent dans cette circonftance
m'affurent d'avance que vous ne me refuferez
pas cette grace , & que vous m'accorderez
celle de me croire , & c.
LETTRE de M. BOURGELAT , &cl
à l'Auteur du Mercure.
DES raifons particulières s'oppoſent ,
Monfieur , à l'empreffement que j'avois
de rendre compte au Public de nos travaux
dans l'école vétérinaire ; la premiere
année de cet établiffement eft
expirée le 15 Février paffé , & je ferai
vraisemblablement
contraint d'attendre
la révolution de la feconde pour fatisfaire
aux engagemens que j'avois pris.
Le bien public ne doit point néanmoins
fouffrir de ce délai ; & comme
il eft des cas où des expériences faites
& répétées dans plufieurs Provinces du
Royaume , & par plufieurs perfonnes
éclairées peuvent feules inftruire,j'ofe ef
pérer que vous voudrez bien publier dans
votre ouvrage des idées qui devoient
entrer néceffairement dans le mien
SEPTEMBRE. 1763. 123
Les quatre Lettres que je vous prie
d'y inférer ont pour objet une maladie
qui fait les plus grands ravages dans les
troupeaux. Peut-être que les obfervations
de M. Borel , & les
expériences que je
propofe fourniront quelques lumieres à
cet égard. Je ne veux pas du moins
mériter le reproche d'avoir auffi longtems
privé la Nation des éclairciffemens
qu'elle peut retirer des obfervations exac
tes & fçavantes qui m'ont été envoyées.
Daignez , Monfieur,fuppléer à ce que
je ne puis faire par moi-même. La complaifance
avec laquelle vous avez annoncé
jufqu'à préfent les progrès rapides
des éléves de l'Ecole , & furtout les vues
qui m'animent dans cette circonftance
m'affurent d'avance que vous ne me refuferez
pas cette grace , & que vous m'accorderez
celle de me croire , & c.
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12818
p. 80-81
ENIGME A Madame le B....
Début :
J'habite avec nombre de soeurs [...]
Mots clefs :
Dent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME A Madame le B....
ENIGME
A Madame le B....
J'habite 'habite avec nombre de fours
Une maifon très - précieuſe
Aceux qui font fes poffeffeurs :
Ainfi qu'une Religieufe ,
Je n'en fors jamais qu'à ma mort;
DECEMBRE . 1756. SI
S'il eft dans ce Couvent un Frere ,
C'est l'effet malheureux du fort ,
Et tout franc , on ne l'aime guere ;
Il ne peut que nous faire tort.
Ce qui me flatte , c'eft qu'en France,
Où regna toujours l'inconftance
Plus que chez le fage Etranger ,
La mode n'ait pas pu changer
L'eftime rare & finguliere
Qu'en tous les temps on eut de moi.
Hélas ! je n'en fuis pas plus fiere :
Car il arrive d'ordinaire
Que je me plais moins chez un Roi ,
Que chez le Paysan robufte ,
Et que la Coquette m'ajuste ,
Pour me fixer bon gré , malgré ,
Tandis que chez la Payſanne ,
Qui ne m'en fçait preſqu'aucun gré ,
Je fuis , en dépit de Madame ,
Belle , faine . C'en eft affez :
Suis-je prife ? Non , relifez.
Par M. HOCH ... D'ET...
A Madame le B....
J'habite 'habite avec nombre de fours
Une maifon très - précieuſe
Aceux qui font fes poffeffeurs :
Ainfi qu'une Religieufe ,
Je n'en fors jamais qu'à ma mort;
DECEMBRE . 1756. SI
S'il eft dans ce Couvent un Frere ,
C'est l'effet malheureux du fort ,
Et tout franc , on ne l'aime guere ;
Il ne peut que nous faire tort.
Ce qui me flatte , c'eft qu'en France,
Où regna toujours l'inconftance
Plus que chez le fage Etranger ,
La mode n'ait pas pu changer
L'eftime rare & finguliere
Qu'en tous les temps on eut de moi.
Hélas ! je n'en fuis pas plus fiere :
Car il arrive d'ordinaire
Que je me plais moins chez un Roi ,
Que chez le Paysan robufte ,
Et que la Coquette m'ajuste ,
Pour me fixer bon gré , malgré ,
Tandis que chez la Payſanne ,
Qui ne m'en fçait preſqu'aucun gré ,
Je fuis , en dépit de Madame ,
Belle , faine . C'en eft affez :
Suis-je prife ? Non , relifez.
Par M. HOCH ... D'ET...
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12819
p. 81-83
LOGOGRYPHE.
Début :
Jadis, affrontant les hazards, [...]
Mots clefs :
Aigrette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
JAdis , affrontant les hazards ,
J'étois dans les combats au deffus des Céfars.
Mon afpect ébranloit le plus ferme courage ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Et la mort devant moi voloit de toutes parts.
Mais bientôt laffe de carnage ,
J'abandonnai Mars pour l'Amour;
Mon fort moins éclatant me charma davantage ,
Et je devins l'ornement de fa cour.
Philis à fes appas me trouva néceſſaire :
A fes gouts différens il fallut me plier ;
Il me fallut fouffrir . En pareil cas , que faire ?
Il en coûte toujours , lecteur , à qui veut plaire ;
C'est un point qu'on ne peut nier.
Enfin j'ai plu . Philis un peu coquette ,
Ne trouve pas fans moi fa parure complette :
Je lui rends l'air plus libre , plus piquant ,
Et toujours elle m'accommode
Au gré de fon Amant.
Bref par ce trait , lecteur , juge de mon talent ,
J'ai mille ans tout au moins , & fuis encor de
mode.
Mais il faut t'ôter d'embarras :
Décompofe mon être, & tu me connoîtras ;
Divife , compaffe , mefure ,
J'offrirai d'abord à tes yeux
Ce qui fouvent embellit la nature ;
Le feul bien que de fes ayeux
Reçoit par fois un Gentilhomme ;
Ce qui du Souverain de Rome
Couvre le front majestueux.
N'en est - ce point affez ? cherche ; je t'offre
encore
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOK
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
Vous dont l'Ame a reçue l'at
:teinte, Des traits du Dieu le
plus charmant Ecoutez l'his :
-toire succinte Du sort malheu
reux d'un A mant
.
MALVAUX.
Imprimé par Tournelle . Decembre 1756.
DECEMBRE. 1756 . $ 3
Ce qui charme en Philis , ce qui fait qu'on l'a
dore ,
Et mieux que tous les vains apprêts ,
Donne du luftre à fes attraits ;
Une Déeffe à nous perdre obftinée ;
Ce que cache avec foin coquette furannée ;
Une faifon , un élément
Senfible aux feux d'un tendre Amant ;
Ce que réserve Amour à l'infenfible Iole .
Mais c'en eft trop , fur ma parole.
Je me tais , tu dois me fçavoir:
Ami lecteur , jufqu'au revoir.
JAdis , affrontant les hazards ,
J'étois dans les combats au deffus des Céfars.
Mon afpect ébranloit le plus ferme courage ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Et la mort devant moi voloit de toutes parts.
Mais bientôt laffe de carnage ,
J'abandonnai Mars pour l'Amour;
Mon fort moins éclatant me charma davantage ,
Et je devins l'ornement de fa cour.
Philis à fes appas me trouva néceſſaire :
A fes gouts différens il fallut me plier ;
Il me fallut fouffrir . En pareil cas , que faire ?
Il en coûte toujours , lecteur , à qui veut plaire ;
C'est un point qu'on ne peut nier.
Enfin j'ai plu . Philis un peu coquette ,
Ne trouve pas fans moi fa parure complette :
Je lui rends l'air plus libre , plus piquant ,
Et toujours elle m'accommode
Au gré de fon Amant.
Bref par ce trait , lecteur , juge de mon talent ,
J'ai mille ans tout au moins , & fuis encor de
mode.
Mais il faut t'ôter d'embarras :
Décompofe mon être, & tu me connoîtras ;
Divife , compaffe , mefure ,
J'offrirai d'abord à tes yeux
Ce qui fouvent embellit la nature ;
Le feul bien que de fes ayeux
Reçoit par fois un Gentilhomme ;
Ce qui du Souverain de Rome
Couvre le front majestueux.
N'en est - ce point affez ? cherche ; je t'offre
encore
THE
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ASTOR,
LENOK
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TILDEN
FOUNDATIONS.
Vous dont l'Ame a reçue l'at
:teinte, Des traits du Dieu le
plus charmant Ecoutez l'his :
-toire succinte Du sort malheu
reux d'un A mant
.
MALVAUX.
Imprimé par Tournelle . Decembre 1756.
DECEMBRE. 1756 . $ 3
Ce qui charme en Philis , ce qui fait qu'on l'a
dore ,
Et mieux que tous les vains apprêts ,
Donne du luftre à fes attraits ;
Une Déeffe à nous perdre obftinée ;
Ce que cache avec foin coquette furannée ;
Une faifon , un élément
Senfible aux feux d'un tendre Amant ;
Ce que réserve Amour à l'infenfible Iole .
Mais c'en eft trop , fur ma parole.
Je me tais , tu dois me fçavoir:
Ami lecteur , jufqu'au revoir.
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12820
p. 124-138
LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
Début :
MESSIEURS du Bureau d'Agriculture de Paris, Monsieur, m'ont renvoyé [...]
Mots clefs :
Maladie, Mouton, Couleur, Paysans, Attaques, Ventricule, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
LETTRE de M. BOREL , Lieutenant
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
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12821
p. 64
« Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Début :
Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...]
Mots clefs :
Public, Livre, Morale
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texteReconnaissance textuelle : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Je remercie très humblement M. de
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
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Résumé : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Jean-Jacques Rousseau remercie M. de Boiffy pour une pièce littéraire partagée. Il admire son ironie subtile et accepte sa publication pour l'instruction publique. Rousseau trouve la morale de l'auteur plus saine que sa logique et compare les défauts personnels aux erreurs littéraires. Il conclut que M. de Boiffy ne devrait pas perdre son temps à lire cette pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12822
p. 153-157
SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
Début :
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel, ouvrit la Séance par l'adjudication [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
SÉANCE publique
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
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12823
p. 55-56
ENIGME.
Début :
Je sers également le Bourgeois & le Prince : [...]
Mots clefs :
Lit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
(
■ fers également le Bourgeois & le Prince :
Plus ou moins richement je fuis alors vêtu :
Je fuis moins bien dans la Province :
Au Village , malgré le froid , je ſuis tout nû.
Pour mon Maître j'ai tant de zéle ,
Que fouvent je me trouve à fes derniers foupirs ;
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Souvent auffi , de fa femme infidelle ,
Je fers également les voeux & les defirs.
Voilà , me dira- t-on , d'abominables trames !
Pourquoi dans moi fouvent renfermé-je deux âmes
Dont les rapports , les voeux , les goûts , font différens
?
Oui , deur âmes , Lecteur ; huit pieds , deux corps ,
trois têtes :
Je ne fuis pourtant pas un Monftre aſſurément ;:
Mais de cette union viennent fouvent des Bêtes ,
Qui peut-être fans moi feroient dans le néant.
Souvent tout difparoît ; je reſte un corps fans âme.
Quelquefois j'ai dans moi l'âme d'un Conquérant,
D'uMo ine quelquefois , d'un Gueux ,, d'un fainéant;.
Je n'ai fouvent que celle d'une femme.
Tu vois bien que je fuis fojer au changement:
(
■ fers également le Bourgeois & le Prince :
Plus ou moins richement je fuis alors vêtu :
Je fuis moins bien dans la Province :
Au Village , malgré le froid , je ſuis tout nû.
Pour mon Maître j'ai tant de zéle ,
Que fouvent je me trouve à fes derniers foupirs ;
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Souvent auffi , de fa femme infidelle ,
Je fers également les voeux & les defirs.
Voilà , me dira- t-on , d'abominables trames !
Pourquoi dans moi fouvent renfermé-je deux âmes
Dont les rapports , les voeux , les goûts , font différens
?
Oui , deur âmes , Lecteur ; huit pieds , deux corps ,
trois têtes :
Je ne fuis pourtant pas un Monftre aſſurément ;:
Mais de cette union viennent fouvent des Bêtes ,
Qui peut-être fans moi feroient dans le néant.
Souvent tout difparoît ; je reſte un corps fans âme.
Quelquefois j'ai dans moi l'âme d'un Conquérant,
D'uMo ine quelquefois , d'un Gueux ,, d'un fainéant;.
Je n'ai fouvent que celle d'une femme.
Tu vois bien que je fuis fojer au changement:
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12824
p. 56-57
AUTRE.
Début :
Nous sommes cinq, que le service [...]
Mots clefs :
Cinq voyelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Nous fommes cinq , que
Exerce du matin au foir ;
Et l'infatigable caprice
le fervice
Nous employe aur blanc comme au noir.
Celle qui parmi nous tient la premiére place ,
Fit connoître en coustemps les Arts dans l'Univers
La cadette , au bas du Parnaſſe ,
Se fatigue à faire des Vers,,
UI N. 1761. 5.7
Auxquels elle a donné naiffance.
La troifiéme , en formant les lys ,
Donna des armes à la France.
Fufques-là c'étoit bien ; pourquoi fit- elle pis ?
L'office de la quatriéme
Eft de créer force bons mots.
Enfin , celui de la cinquiéme
Eft de mener au but les Sages & les Sots.
Par M. GOUDEMETZ.
Nous fommes cinq , que
Exerce du matin au foir ;
Et l'infatigable caprice
le fervice
Nous employe aur blanc comme au noir.
Celle qui parmi nous tient la premiére place ,
Fit connoître en coustemps les Arts dans l'Univers
La cadette , au bas du Parnaſſe ,
Se fatigue à faire des Vers,,
UI N. 1761. 5.7
Auxquels elle a donné naiffance.
La troifiéme , en formant les lys ,
Donna des armes à la France.
Fufques-là c'étoit bien ; pourquoi fit- elle pis ?
L'office de la quatriéme
Eft de créer force bons mots.
Enfin , celui de la cinquiéme
Eft de mener au but les Sages & les Sots.
Par M. GOUDEMETZ.
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12825
p. 157-158
MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir bien insérer dans le Mercure prochain [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
MANUFACTURE DE GLACES.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
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12826
p. 57-58
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, si tu veux me connoître, [...]
Mots clefs :
Libraire
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
LECTEUR , fi tu veux me connoître ,
Huit pieds compofent tout mon étre.
Si tu les prends comme ils frappent les yeux ,
Je fuis un Sujet merveilleux ;
Souvent je ne fais rien , c'eft même l'ordinaire şi
Je n'en fuis pas moins néceſſaire ,
On me recherche , & tous les jours ,
Les plus favans invoquent mon fecours ,
Soit en public , foit dans la folitude ;
Je régle en tout temps leur étude.
Préfentement, fi tu veux t'amufer
A me couper , à me décompofers;
Que d'objets différens vont s'offrir à ta vuë ! '
On ne voit point fans moi de brillante avenue ;
J'étois jadis l'ornement d'Apollon ; ›
58 MERCURE DE FRANCE.
Mes cris font à Montmartre en réputation ;
Je fus de la douleur en tout temps le contraire ;
Je prête au voyageur une ombre falutaire ;
L'homme a befoin de moi ; mais fi je fuis trop fort,
Souvent je lui cauſe la mort.
Lecteur , en est- ce affez ? Quoi , ton eſprit balance ?
Vole au Palais. C'eſt là qu'au milieu des clameurs
De la Chicane & des Plaideurs ,
J'étale ma magnificence.
LECTEUR , fi tu veux me connoître ,
Huit pieds compofent tout mon étre.
Si tu les prends comme ils frappent les yeux ,
Je fuis un Sujet merveilleux ;
Souvent je ne fais rien , c'eft même l'ordinaire şi
Je n'en fuis pas moins néceſſaire ,
On me recherche , & tous les jours ,
Les plus favans invoquent mon fecours ,
Soit en public , foit dans la folitude ;
Je régle en tout temps leur étude.
Préfentement, fi tu veux t'amufer
A me couper , à me décompofers;
Que d'objets différens vont s'offrir à ta vuë ! '
On ne voit point fans moi de brillante avenue ;
J'étois jadis l'ornement d'Apollon ; ›
58 MERCURE DE FRANCE.
Mes cris font à Montmartre en réputation ;
Je fus de la douleur en tout temps le contraire ;
Je prête au voyageur une ombre falutaire ;
L'homme a befoin de moi ; mais fi je fuis trop fort,
Souvent je lui cauſe la mort.
Lecteur , en est- ce affez ? Quoi , ton eſprit balance ?
Vole au Palais. C'eſt là qu'au milieu des clameurs
De la Chicane & des Plaideurs ,
J'étale ma magnificence.
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12827
p. 158-162
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
Fermer
12828
p. 128-140
SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
Début :
Je terminerai l'analyse de ces Mêlanges par le précis de deux Morceaux qui [...]
Mots clefs :
Goût, Jean Le Rond d'Alembert, Esprit philosophique, Philosophie, Principes, Temps, Beautés, Sens, Religion, Philosophes, Analyse, Objets, Objet, Nuire , Impiété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
SUITE des Mélanges de Littérature ,
d'Hiftoire & de Philofophie , par
M. Dalembert &c.
J
E terminerai l'analyfe de ces Mélanges
par le précis de deux Morceaux qui
n'avoient point encore été imprimés &
qui ne font pas la partie la moins intéreffante
de ce recueil. Le premier nous
offre des Réfléxions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matières
de goût. Il y a peu d'objets en Littéra
ture qui méritent mieux d'être traités
par un habile homme ; mais on ſent en
même temps combien cette difcuffion eft
délicate. Il n'eft pas aifé de prefcrire des
régles au goût & des bornes à l'efprit
philofophique ; beaucoup de petits Critiques
qui manquent de goût comme de
Philofophie , ne ceffent de répéter que
SEPTEMBRE. 1759. Ize
Pefprit philofophique a perdu la Littérature
; d'autres prétendent foumettre
les chofes même de fentiment à une analyfe
rigoureufe : les uns voudroient réduire
le goût à un inftinct aveugle , &
éterniferoient par - là l'enfance de la raifon
; les autres réfroidiroient l'imagina--
tion & donneroient des entraves au génie
: ces deux extrémités font également
vicieuſes & nuifibles au progrès des Arts.
Il est donc important de fixer la nature
du goût , les lumières qu'il peut tirer de
l'efprit philofophique , & la ligne que
doit féparer l'un de l'autre. Le goût n'eft
point arbitraire , c'eft une vérité inconteftable
; mais eft- il bien décidé que tou
tes les beautés dont les ouvrages de l'Art
font fufceptibles ne foient pas de fon
reffort, comme le prétend M. Dalembert
Il eft des beautés frappantes & fublimes ,
qui faififfent également tous les efprits ,
& dont par conféquent tous les hommes:
font juges ; ce genre de beautés , felon
M. D. n'ont point le goût pour arbitre
mais il en eft qni ne touchent que les ames
fenfibles ,& ce font celles- là qu'il regarde
proprement comme l'objet du goût : ainfi
il définit le goût le talent dé démêler danss
Les ouvrages de l'Art ce qui doit plaire aus130
MERCURE DE FRANCE
1
ames fenfibles & ce qui doit les bleffer,
Peut-être qu'on pourroit confidérer le
goût fous un point de vue plus étendu ,
plus général ; que les beautés fimples ,
fublimes , univerfelles , font auffi bien du
reffort du goût que les beautés plus déficates
; & que le talent de démêler celles-
ci n'eft qu'un goût plus fin , plus exercé.
Quoiqu'il en foit , dans les difcuffions
métaphyfiques , il n'eft question que de
fixer avec précifion les idées qu'on attache
aux mots dont le fens n'eft pas encore
bien déterminé la définition de
M. Dalembert préfente une idée nette &
précife de ce qu'il entend par goût ; l'acception
plus étendue qu'on pourroit donner
à ce terme ne changeroit rien aux réfultats
de fes principes.
Le goût eft fondé fur des principes , il
n'y a donc point d'ouvrages de l'Art dont
on ne puiffe juger en y appliquant ces
principes. La fource de nos fentimens eft
uniquement en nous ; c'eft donc en por
tant une vue attentive au dedans de
nous-mêmes que nous découvrirons des
régles générales & invariables de goût ,
qui feront comme la pierre de touche à
L'épreuve de laquelle toutes les produc
ions du talent pourront être foumifes
La recherche & l'analyfe de ces régles
SEPTEMBRE. 1759. r31
19
font l'objet de l'efprit philofophique ,
mais cette difcuffion doit avoir un ter
me. Il ne faut pas efpérer de pouvoir
remonter aux premiers principes. Vou
loir trouver la caufe métaphyfique de nos
plaifirs feroit un projet auffi chimérique
que d'entreprendre d'expliquer l'action des
objets fur nos fens. Les principes de goût
peuvent donc fe réduire à un petit nom--
bre d'obfervations inconteftables fur no
tre manière de fentir. C'eft jufques- là que
le Philofophe remonte , mais c'est là qu'il
s'arrête , & d'où , par une pente naturel
le , il defcend enfuite aux conféquences .
La jufteffe d'efprit ne fuffit pas , il
faut encore une ame fenfible & délicate ,
» & de plus , dit M. Dalembert , ne
» manquer d'aucun des fens qui compo-
» fent le goût. Dans un Ouvrage de Poc
» fie , par exemple , on doit parler tan
" tôt à l'imagination , tantôt au fenti
» ment , tantôt à la raifon , mais tou
» jours à l'organe ; les vers font une efpéce
de chant , fur lequel l'oreille eft
» fi inéxorable , que la raiſon même eſt
» quelquefois contrainte de lui faire de
légers facrifices. Ainfi un Philofophe
» dénué d'organe , eût-il d'ailleurs tous
» le refte , fera un mauvais Juge en ma
tière de Poëfie.
23
F vj
1152 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas encore affez.d'avoir tous
les fens qui compofen: le goût , il faut
que ces fens ayent été exercés fur les
objets qui appartiennent au goût. Mal
lebranche ne fentoit point les charmes
de la Poefie , quoiqu'il eût les principales
qualités du Poete , l'imagination , le
fentiment & l'harmonie .
M. Dalembert examine enfuite quelles
font les caufes du faux jugement qu'on
porte fur les chofes de goût & il recherche
les moyens de les éviter. Il entre fur
cet objet dans une Métaphyfique trèsdéliée
qu'il n'eft pas aifé de développer
dans un Extrait. Il vange enfuite l'efprit
philofophique des reproches que la fottife
ou l'envie ont coutume de lui faire , &
il avoue que c'eft faire autant d'injure
aux Belles Lettres qu'à la Philofophie ,
de croire qu'elles puiffent fe nuire ou`
s'exclure réciproquement. » Et comment
» le véritable efprit philofophique ſeroitnil
oppofé au bon goût ? Il en eft au
» contraire le plus ferme appui , puifque
» cet efprit confifte à remonter en toat
» aux vrais principes , à reconnoître que
claque Art a fa nature propre , chaque
» ftuation de l'ame fon caractère, chaque
chofe fon coloris ; en un mot à ne
point confondre les limites de chaque
39
→
SEPTEMBRE . 1759.
genre : abufer de l'efprit philofophique
, c'est en manquer.
Je finirai l'analyfe de ce Morceau par
une réfléxion qui le termine & qui mérite
bien d'être recueillie . « Ceux qui poſſé-
» dent & qui connoiffent le moins l'efprit
philofophique en font parmi nous
» les plus ardens détracteurs , comme la
Poefie eft décriée par ceux qui n'ont
» pû y réuffir , les hautes fciences par
» ceux qui en ignorent les premiers prin-
» cipes , & notre fiècle par les Ecrivains
» qui lui font le moins d'honneur.
33
Le Morceau dont il me reſte à rendre
compte eſt intitulé : De l'abus de la Critique
en matière de Religion. Le but que
fe propofe M. Dalembert dans cet Ouvrage
, aufſi intéreſſant par fon objet que
par les circonstances dans lesquelles il
paroît , » eft de vanger les Philofophes
des reproches d'impiété dont on les
"
charge fouvent mal- à-propos , en leur
» attribuant des fentimens qu'ils n'ont
» pas , en donnant à leurs paroles des
» interprétations forcées , en tirant de
leurs principes des conféquences odieu-
» fes & fauffes qu'ils défavouent , en voulant
enfin faire paffer pour criminelles
ou pour dangereufes des opinions que
134 MERCURE DE FRANCE
le Chriftianifine n'a jamais défendu de
» foutenir .
Ce deffein eft digne d'un Philofophe
qui refpecte les vérités du Chriftianif
me , & qui fçait que la vraie Philofophie
& la vraie religion doivent toujours
marcher de front & fe prêter une force
& une lumière mutuelle. Vouloir les oppofer
l'une à l'autre , c'eft nuire à toutes
les deux. Ne nous brouillons point avec les
Philofophes , difoit un Théologien paifble
, modéré & très-religieux. M. Da
lembert ne peut fe diffimuler les progrès
de l'impiété & les attentats des Incrédules
contre la plus fainte des Religions.
» Le defir de n'avoir plus de frein
» dans les paffions , la vanité de ne pas
penfer comme la multitude , ont fait
plutôt encore que l'illufion des fophif-
» mes , un grand nombre d'Incrédules ,
qui felon l'expreffion de Montagne ,
» tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent,
On ne peut trop louer le zèle de ceux
qui s'empreffent de vanger la Religion
contre les efforts de l'impiété , mais on
ne peut en même temps s'élever avec trop
de chaleur contre ce zèle prétendu qui
fert de mafque à l'ignorance , à l'orgueil ,
à l'efprit de parti , à des paflions plus
"
"
و د
SEPTEMBRE. 1759 F35
odieufes encore , & dont les méchans &
les fanatiques fe fervent pour allarmer
la piété & détruire la Philofophie.
Rien n'a été plus commun dans tous
les
temps que l'accufation d'irréligion intentée
contre les Sages par ceux qui ne
le font pas. M. Dalembert après avoir
rappellé l'hiftoire de Socrate , d'Anaxagore
, d'Ariftote , paffe à des faits plus
récens. Le Pere Hardouin , moins célèbre
encore par la profondeur de fon
érudition que par l'extravagance de fes
opinions , à fait un ouvrage exprès, pour
mettre fans pudeur & fans remords au
nombre des Athées des Auteurs très-religieux
dont plufieurs avoient folidement
prouvé l'existence de Dieu dans leurs
écrits. Sa folie , dit M. de Voltaire , ôta
à fa calomnie toute fon atrocité ; mais
ceux qui renouvellent cette calomnie dans
notre fiécle , ne font pas toujours recon
nus pour fous , & font fouvent trèsdangereux.
On a accufé Defcartes d'être un Athée
pour avoir dit : Donnez- moi de la matiè
re & du mouvement , & je ferai un monde
, comme fi cette penſée grande &
profonde ne fuppofoit pas la néceffité
d'un être intelligent pour donner l'exi
tence & le mouvement à la matière. On
136 MERCURE DE FRANCE
*
accufé le Newtoniafme de favorifer l'Athéifme
, quoiqu'il n'y ait aucune Philofophie
plus favorable à la croyance d'un
Dieu. La lifte des Philofophes fauffement
accufés d'irréligion eft très-nombreuſe :
jamais les prétextes n'ont manqué au fanatifme
pour fonder cette odieufe impu
tation ; mais en s'élevant contre l'impie
té , du moins ne faudroit- il pas fe méprendre
fur le genre d'impiété qu'on at
taque. On m'accufe de Matérialiſme , difoit
un Pirronien , c'eft à-peu-près comme
ft on accufoit un Conftitutionnaire de Janfenifme.
N'a-t-on pas vu M. de Montequieu
accufé dans le même libelle d'être
Déifte & Spinofiste ?
"
»
»Le nom de Matérialiſme , dit M. Da
lembert , eft devenu de nos jours une
efpéce de cri de guerre : c'eſt là quali-
»fication générale qu'on applique fans
» difcernement à toutes les efpéces d'In-
» crédules , ou même à ceux qu'on veut
» faire paffer pour tels. Dans toutes les
Religions & dans tous les temps le fa-
» natiſme ne s'eft piqué ni d'équité ni de
jufteffe . Il a donné à ceux qu'il vouloit
perdre , non pas les noms qu'ils méri
toient , mais ceux qui pouvoient leur
nuire le plus. Ainfi dans les premiers
fiécles , les Payens donnoient à tous
"
»
SEPTEMBRE. 1759. 137
les Chrétiens le nom de Juifs , parce
qu'il s'agiffoit moins d'avoir raiſon que
» de rendre les Chrétiens odieux.
»
M. Dalembert après avoir rapporté
plufieurs exemples d'imputations ridicules
dont la calomnie fous le nom de zéle a
chargé plufieurs Philofophes , recherche
pourquoi des défenfeurs de la Religion
la plus douce & la plus modefte ont eu
fi fouvent recours aux injures . Ils deshonorent
par- là la caufe qu'ils veulent défendre
, & ne font qu'aigrir & par conféquent
éloigner les efprits que la modération
auroit pu ramener. » Mais l'excès
» en toutes chofes eft l'élément de l'hom-
» me, fa nature eft de fe paffionner fur
tous les objets dont il s'occupe ; la mo-
» dération eft pour lui un état forcé , ce
» n'est jamais que par contrainte ou par
» réfléxion qu'il s'y foumet ; & quand
» le refpect qui est dû à la cauſe qu'il dé-
» fend , peut fervir de prétexte à fon
» animofité , il s'y abandonne fans retenue
& fans remords. Le faux zéle auroit-
il oublié que l'Evangile a deux pré-
" ceptes également indifpenfables , l'a-
" mour de Dieu & celui du prochain ? &
» croit- il mieux pratiquer le premier en
violant le fecond.
Si les accufations téméraires peuvent
18 MERCURE DE FRANCE.
nuire à la Religion, c'eft furtout lorfqu'elles
tombent fur des hommes fupérieurs
dont le nom feul peut donner du poids
aux opinions qu'on leur fuppofe.Qu'a- t - on
gagné à accufer avec tant d'acharnement
Filluftre Auteur de l'Esprit des Loix d'avoir
voulu donner atteinte aux principes
du Chriftianifme ? Les Incrédules fe font
glorifiés du chef qu'on leur donnoit fi
gratuitement , & fon nom leur a donné
plus de confiance que tous leurs fophifmes.
L'autorité eft le grand argument de
la multitude ; & l'incrédulité , difoit un
homme d'efprit , eft une espéce de foi pour
la plupart des impies.
M. Dalembert trace enfuite d'après
l'Hiftoire Eccléfiaftique un tableau court
& frappant des maux que le fanatisme a
produits chez nos ancêtres ; & il fait voir
par ce détail auffi effrayant qu'utile, com、
bien le gouvernement a intérêt de défendre
& d'appuyer les Gens de Lettres.
C'eft à eux que les Souverains doivent aujourd'hui
l'affermiffement de leur puiffance
, & la deftruction d'une foule d'opinions
abfurdes , nuifibles au repos & au
bonheur de leurs Etats.
Je finis cette analyſe par un trait bien
remarquable : » Il n'y a , ce me femble,
qu'un moyen d'affoiblir l'empire de
SEPTEMBRE . 1759 139
1
12
19
29
» l'Inquifition dans les contrées malheu
» reufes où elle domine encore , c'est d'y
» favorifer autant qu'il eft poffible , l'étude
des fciences exactes . Souverains
qui gouvernez ces Peuples , & qui vou→
lez leur faire fecouer le joug de la fuperftition
& de l'ignorance , faites naî
tre des Mathématiciens parmi eux ;
cette femence produira des Philofophes
avec le temps , & prefque fans
qu'on s'en apperçoive . L'orthodoxie la
plus délicate n'a rien à démêler avec
» la géométrie. Ceux qui croyoient avoir
n intérêt de tenir les efprits dans les té-
» nébres , fuffent-ils affez prévoyans pour
preffentir la fuite des progrès de cette
» fcience , manqueroient de prétextes
" pour l'empêcher de fe répandre. Bientôt
l'étude de la Géométrie conduira comme
d'elle - même à celle de la faine Phyfique
, & celle- ci à la vraie Philofophie
, qui par la lumière qu'elle répan-
" dra , fera bientôt plus puiffante que
» tous les efforts de la fuperftition ; car
» ces efforts quelque grands qu'ils foient ,
» deviennent inutiles dès qu'une fois la
Nation eft éclairée.
On trouve dans les deux Morceaux
dont je viens de rendre compte cette hardieffe
de pinceau , ce ton d'humanité &
140 MERCURE DE FRANCE
de Philofophie qui caractérisent les ou
vrages de M. Dalembert. On remarque
même dans le dernier un degré de force
& de chaleur qui peut être produit pa
l'importance & l'intérêt de la matière.
M. Dalembert y marche d'un pas ferme
entre deux fentiers très - gliffans , & fon
courage mérite la reconnoifance & les
éloges de ceux qui aiment fincérement le
véritable Chriftianiſme & la bonne Philofophie.
d'Hiftoire & de Philofophie , par
M. Dalembert &c.
J
E terminerai l'analyfe de ces Mélanges
par le précis de deux Morceaux qui
n'avoient point encore été imprimés &
qui ne font pas la partie la moins intéreffante
de ce recueil. Le premier nous
offre des Réfléxions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matières
de goût. Il y a peu d'objets en Littéra
ture qui méritent mieux d'être traités
par un habile homme ; mais on ſent en
même temps combien cette difcuffion eft
délicate. Il n'eft pas aifé de prefcrire des
régles au goût & des bornes à l'efprit
philofophique ; beaucoup de petits Critiques
qui manquent de goût comme de
Philofophie , ne ceffent de répéter que
SEPTEMBRE. 1759. Ize
Pefprit philofophique a perdu la Littérature
; d'autres prétendent foumettre
les chofes même de fentiment à une analyfe
rigoureufe : les uns voudroient réduire
le goût à un inftinct aveugle , &
éterniferoient par - là l'enfance de la raifon
; les autres réfroidiroient l'imagina--
tion & donneroient des entraves au génie
: ces deux extrémités font également
vicieuſes & nuifibles au progrès des Arts.
Il est donc important de fixer la nature
du goût , les lumières qu'il peut tirer de
l'efprit philofophique , & la ligne que
doit féparer l'un de l'autre. Le goût n'eft
point arbitraire , c'eft une vérité inconteftable
; mais eft- il bien décidé que tou
tes les beautés dont les ouvrages de l'Art
font fufceptibles ne foient pas de fon
reffort, comme le prétend M. Dalembert
Il eft des beautés frappantes & fublimes ,
qui faififfent également tous les efprits ,
& dont par conféquent tous les hommes:
font juges ; ce genre de beautés , felon
M. D. n'ont point le goût pour arbitre
mais il en eft qni ne touchent que les ames
fenfibles ,& ce font celles- là qu'il regarde
proprement comme l'objet du goût : ainfi
il définit le goût le talent dé démêler danss
Les ouvrages de l'Art ce qui doit plaire aus130
MERCURE DE FRANCE
1
ames fenfibles & ce qui doit les bleffer,
Peut-être qu'on pourroit confidérer le
goût fous un point de vue plus étendu ,
plus général ; que les beautés fimples ,
fublimes , univerfelles , font auffi bien du
reffort du goût que les beautés plus déficates
; & que le talent de démêler celles-
ci n'eft qu'un goût plus fin , plus exercé.
Quoiqu'il en foit , dans les difcuffions
métaphyfiques , il n'eft question que de
fixer avec précifion les idées qu'on attache
aux mots dont le fens n'eft pas encore
bien déterminé la définition de
M. Dalembert préfente une idée nette &
précife de ce qu'il entend par goût ; l'acception
plus étendue qu'on pourroit donner
à ce terme ne changeroit rien aux réfultats
de fes principes.
Le goût eft fondé fur des principes , il
n'y a donc point d'ouvrages de l'Art dont
on ne puiffe juger en y appliquant ces
principes. La fource de nos fentimens eft
uniquement en nous ; c'eft donc en por
tant une vue attentive au dedans de
nous-mêmes que nous découvrirons des
régles générales & invariables de goût ,
qui feront comme la pierre de touche à
L'épreuve de laquelle toutes les produc
ions du talent pourront être foumifes
La recherche & l'analyfe de ces régles
SEPTEMBRE. 1759. r31
19
font l'objet de l'efprit philofophique ,
mais cette difcuffion doit avoir un ter
me. Il ne faut pas efpérer de pouvoir
remonter aux premiers principes. Vou
loir trouver la caufe métaphyfique de nos
plaifirs feroit un projet auffi chimérique
que d'entreprendre d'expliquer l'action des
objets fur nos fens. Les principes de goût
peuvent donc fe réduire à un petit nom--
bre d'obfervations inconteftables fur no
tre manière de fentir. C'eft jufques- là que
le Philofophe remonte , mais c'est là qu'il
s'arrête , & d'où , par une pente naturel
le , il defcend enfuite aux conféquences .
La jufteffe d'efprit ne fuffit pas , il
faut encore une ame fenfible & délicate ,
» & de plus , dit M. Dalembert , ne
» manquer d'aucun des fens qui compo-
» fent le goût. Dans un Ouvrage de Poc
» fie , par exemple , on doit parler tan
" tôt à l'imagination , tantôt au fenti
» ment , tantôt à la raifon , mais tou
» jours à l'organe ; les vers font une efpéce
de chant , fur lequel l'oreille eft
» fi inéxorable , que la raiſon même eſt
» quelquefois contrainte de lui faire de
légers facrifices. Ainfi un Philofophe
» dénué d'organe , eût-il d'ailleurs tous
» le refte , fera un mauvais Juge en ma
tière de Poëfie.
23
F vj
1152 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas encore affez.d'avoir tous
les fens qui compofen: le goût , il faut
que ces fens ayent été exercés fur les
objets qui appartiennent au goût. Mal
lebranche ne fentoit point les charmes
de la Poefie , quoiqu'il eût les principales
qualités du Poete , l'imagination , le
fentiment & l'harmonie .
M. Dalembert examine enfuite quelles
font les caufes du faux jugement qu'on
porte fur les chofes de goût & il recherche
les moyens de les éviter. Il entre fur
cet objet dans une Métaphyfique trèsdéliée
qu'il n'eft pas aifé de développer
dans un Extrait. Il vange enfuite l'efprit
philofophique des reproches que la fottife
ou l'envie ont coutume de lui faire , &
il avoue que c'eft faire autant d'injure
aux Belles Lettres qu'à la Philofophie ,
de croire qu'elles puiffent fe nuire ou`
s'exclure réciproquement. » Et comment
» le véritable efprit philofophique ſeroitnil
oppofé au bon goût ? Il en eft au
» contraire le plus ferme appui , puifque
» cet efprit confifte à remonter en toat
» aux vrais principes , à reconnoître que
claque Art a fa nature propre , chaque
» ftuation de l'ame fon caractère, chaque
chofe fon coloris ; en un mot à ne
point confondre les limites de chaque
39
→
SEPTEMBRE . 1759.
genre : abufer de l'efprit philofophique
, c'est en manquer.
Je finirai l'analyfe de ce Morceau par
une réfléxion qui le termine & qui mérite
bien d'être recueillie . « Ceux qui poſſé-
» dent & qui connoiffent le moins l'efprit
philofophique en font parmi nous
» les plus ardens détracteurs , comme la
Poefie eft décriée par ceux qui n'ont
» pû y réuffir , les hautes fciences par
» ceux qui en ignorent les premiers prin-
» cipes , & notre fiècle par les Ecrivains
» qui lui font le moins d'honneur.
33
Le Morceau dont il me reſte à rendre
compte eſt intitulé : De l'abus de la Critique
en matière de Religion. Le but que
fe propofe M. Dalembert dans cet Ouvrage
, aufſi intéreſſant par fon objet que
par les circonstances dans lesquelles il
paroît , » eft de vanger les Philofophes
des reproches d'impiété dont on les
"
charge fouvent mal- à-propos , en leur
» attribuant des fentimens qu'ils n'ont
» pas , en donnant à leurs paroles des
» interprétations forcées , en tirant de
leurs principes des conféquences odieu-
» fes & fauffes qu'ils défavouent , en voulant
enfin faire paffer pour criminelles
ou pour dangereufes des opinions que
134 MERCURE DE FRANCE
le Chriftianifine n'a jamais défendu de
» foutenir .
Ce deffein eft digne d'un Philofophe
qui refpecte les vérités du Chriftianif
me , & qui fçait que la vraie Philofophie
& la vraie religion doivent toujours
marcher de front & fe prêter une force
& une lumière mutuelle. Vouloir les oppofer
l'une à l'autre , c'eft nuire à toutes
les deux. Ne nous brouillons point avec les
Philofophes , difoit un Théologien paifble
, modéré & très-religieux. M. Da
lembert ne peut fe diffimuler les progrès
de l'impiété & les attentats des Incrédules
contre la plus fainte des Religions.
» Le defir de n'avoir plus de frein
» dans les paffions , la vanité de ne pas
penfer comme la multitude , ont fait
plutôt encore que l'illufion des fophif-
» mes , un grand nombre d'Incrédules ,
qui felon l'expreffion de Montagne ,
» tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent,
On ne peut trop louer le zèle de ceux
qui s'empreffent de vanger la Religion
contre les efforts de l'impiété , mais on
ne peut en même temps s'élever avec trop
de chaleur contre ce zèle prétendu qui
fert de mafque à l'ignorance , à l'orgueil ,
à l'efprit de parti , à des paflions plus
"
"
و د
SEPTEMBRE. 1759 F35
odieufes encore , & dont les méchans &
les fanatiques fe fervent pour allarmer
la piété & détruire la Philofophie.
Rien n'a été plus commun dans tous
les
temps que l'accufation d'irréligion intentée
contre les Sages par ceux qui ne
le font pas. M. Dalembert après avoir
rappellé l'hiftoire de Socrate , d'Anaxagore
, d'Ariftote , paffe à des faits plus
récens. Le Pere Hardouin , moins célèbre
encore par la profondeur de fon
érudition que par l'extravagance de fes
opinions , à fait un ouvrage exprès, pour
mettre fans pudeur & fans remords au
nombre des Athées des Auteurs très-religieux
dont plufieurs avoient folidement
prouvé l'existence de Dieu dans leurs
écrits. Sa folie , dit M. de Voltaire , ôta
à fa calomnie toute fon atrocité ; mais
ceux qui renouvellent cette calomnie dans
notre fiécle , ne font pas toujours recon
nus pour fous , & font fouvent trèsdangereux.
On a accufé Defcartes d'être un Athée
pour avoir dit : Donnez- moi de la matiè
re & du mouvement , & je ferai un monde
, comme fi cette penſée grande &
profonde ne fuppofoit pas la néceffité
d'un être intelligent pour donner l'exi
tence & le mouvement à la matière. On
136 MERCURE DE FRANCE
*
accufé le Newtoniafme de favorifer l'Athéifme
, quoiqu'il n'y ait aucune Philofophie
plus favorable à la croyance d'un
Dieu. La lifte des Philofophes fauffement
accufés d'irréligion eft très-nombreuſe :
jamais les prétextes n'ont manqué au fanatifme
pour fonder cette odieufe impu
tation ; mais en s'élevant contre l'impie
té , du moins ne faudroit- il pas fe méprendre
fur le genre d'impiété qu'on at
taque. On m'accufe de Matérialiſme , difoit
un Pirronien , c'eft à-peu-près comme
ft on accufoit un Conftitutionnaire de Janfenifme.
N'a-t-on pas vu M. de Montequieu
accufé dans le même libelle d'être
Déifte & Spinofiste ?
"
»
»Le nom de Matérialiſme , dit M. Da
lembert , eft devenu de nos jours une
efpéce de cri de guerre : c'eſt là quali-
»fication générale qu'on applique fans
» difcernement à toutes les efpéces d'In-
» crédules , ou même à ceux qu'on veut
» faire paffer pour tels. Dans toutes les
Religions & dans tous les temps le fa-
» natiſme ne s'eft piqué ni d'équité ni de
jufteffe . Il a donné à ceux qu'il vouloit
perdre , non pas les noms qu'ils méri
toient , mais ceux qui pouvoient leur
nuire le plus. Ainfi dans les premiers
fiécles , les Payens donnoient à tous
"
»
SEPTEMBRE. 1759. 137
les Chrétiens le nom de Juifs , parce
qu'il s'agiffoit moins d'avoir raiſon que
» de rendre les Chrétiens odieux.
»
M. Dalembert après avoir rapporté
plufieurs exemples d'imputations ridicules
dont la calomnie fous le nom de zéle a
chargé plufieurs Philofophes , recherche
pourquoi des défenfeurs de la Religion
la plus douce & la plus modefte ont eu
fi fouvent recours aux injures . Ils deshonorent
par- là la caufe qu'ils veulent défendre
, & ne font qu'aigrir & par conféquent
éloigner les efprits que la modération
auroit pu ramener. » Mais l'excès
» en toutes chofes eft l'élément de l'hom-
» me, fa nature eft de fe paffionner fur
tous les objets dont il s'occupe ; la mo-
» dération eft pour lui un état forcé , ce
» n'est jamais que par contrainte ou par
» réfléxion qu'il s'y foumet ; & quand
» le refpect qui est dû à la cauſe qu'il dé-
» fend , peut fervir de prétexte à fon
» animofité , il s'y abandonne fans retenue
& fans remords. Le faux zéle auroit-
il oublié que l'Evangile a deux pré-
" ceptes également indifpenfables , l'a-
" mour de Dieu & celui du prochain ? &
» croit- il mieux pratiquer le premier en
violant le fecond.
Si les accufations téméraires peuvent
18 MERCURE DE FRANCE.
nuire à la Religion, c'eft furtout lorfqu'elles
tombent fur des hommes fupérieurs
dont le nom feul peut donner du poids
aux opinions qu'on leur fuppofe.Qu'a- t - on
gagné à accufer avec tant d'acharnement
Filluftre Auteur de l'Esprit des Loix d'avoir
voulu donner atteinte aux principes
du Chriftianifme ? Les Incrédules fe font
glorifiés du chef qu'on leur donnoit fi
gratuitement , & fon nom leur a donné
plus de confiance que tous leurs fophifmes.
L'autorité eft le grand argument de
la multitude ; & l'incrédulité , difoit un
homme d'efprit , eft une espéce de foi pour
la plupart des impies.
M. Dalembert trace enfuite d'après
l'Hiftoire Eccléfiaftique un tableau court
& frappant des maux que le fanatisme a
produits chez nos ancêtres ; & il fait voir
par ce détail auffi effrayant qu'utile, com、
bien le gouvernement a intérêt de défendre
& d'appuyer les Gens de Lettres.
C'eft à eux que les Souverains doivent aujourd'hui
l'affermiffement de leur puiffance
, & la deftruction d'une foule d'opinions
abfurdes , nuifibles au repos & au
bonheur de leurs Etats.
Je finis cette analyſe par un trait bien
remarquable : » Il n'y a , ce me femble,
qu'un moyen d'affoiblir l'empire de
SEPTEMBRE . 1759 139
1
12
19
29
» l'Inquifition dans les contrées malheu
» reufes où elle domine encore , c'est d'y
» favorifer autant qu'il eft poffible , l'étude
des fciences exactes . Souverains
qui gouvernez ces Peuples , & qui vou→
lez leur faire fecouer le joug de la fuperftition
& de l'ignorance , faites naî
tre des Mathématiciens parmi eux ;
cette femence produira des Philofophes
avec le temps , & prefque fans
qu'on s'en apperçoive . L'orthodoxie la
plus délicate n'a rien à démêler avec
» la géométrie. Ceux qui croyoient avoir
n intérêt de tenir les efprits dans les té-
» nébres , fuffent-ils affez prévoyans pour
preffentir la fuite des progrès de cette
» fcience , manqueroient de prétextes
" pour l'empêcher de fe répandre. Bientôt
l'étude de la Géométrie conduira comme
d'elle - même à celle de la faine Phyfique
, & celle- ci à la vraie Philofophie
, qui par la lumière qu'elle répan-
" dra , fera bientôt plus puiffante que
» tous les efforts de la fuperftition ; car
» ces efforts quelque grands qu'ils foient ,
» deviennent inutiles dès qu'une fois la
Nation eft éclairée.
On trouve dans les deux Morceaux
dont je viens de rendre compte cette hardieffe
de pinceau , ce ton d'humanité &
140 MERCURE DE FRANCE
de Philofophie qui caractérisent les ou
vrages de M. Dalembert. On remarque
même dans le dernier un degré de force
& de chaleur qui peut être produit pa
l'importance & l'intérêt de la matière.
M. Dalembert y marche d'un pas ferme
entre deux fentiers très - gliffans , & fon
courage mérite la reconnoifance & les
éloges de ceux qui aiment fincérement le
véritable Chriftianiſme & la bonne Philofophie.
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Résumé : SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
Le texte examine deux ouvrages de D'Alembert et Diderot. D'Alembert, dans ses 'Mélanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie', aborde l'usage et l'abus de la philosophie dans les matières de goût. Il souligne la difficulté de prescrire des règles au goût et de définir les limites de l'esprit philosophique. D'Alembert critique les extrêmes : ceux qui pensent que l'esprit philosophique a ruiné la littérature et ceux qui veulent soumettre les sentiments à une analyse rigoureuse. Il définit le goût comme le talent de distinguer ce qui plaît aux âmes sensibles, tout en reconnaissant certaines beautés universelles. Pour juger des œuvres d'art, il faut une juste intelligence, une âme sensible et des sens exercés. D'Alembert examine les causes des faux jugements en matière de goût et défend l'esprit philosophique, affirmant qu'il soutient les belles-lettres en respectant les limites de chaque art. Diderot, dans 'De l'abus de la Critique en matière de Religion', défend les philosophes contre les accusations d'impiété. Il montre comment les idées des philosophes sont mal interprétées ou déformées, soulignant que leurs détracteurs connaissent souvent mal la philosophie et la poésie. Diderot critique les accusations d'athéisme portées contre des penseurs comme Socrate, Anaxagore, Aristote, Descartes et Newton, motivées par l'ignorance, l'orgueil et les passions partisanes. Il met en garde contre l'usage abusif du terme 'matérialisme' pour discréditer les incrédules et rappelle que l'excès de zèle religieux peut nuire à la cause qu'il prétend défendre. Le texte discute également des dangers des accusations infondées contre des figures éminentes comme Montesquieu, auteur de 'L'Esprit des Lois'. Ces accusations ont renforcé les incrédules et leur ont donné une crédibilité injustifiée. Il souligne l'importance de protéger les gens de lettres, qui contribuent à renforcer le pouvoir des souverains et à détruire les opinions nuisibles. D'Alembert est mentionné pour son tableau des méfaits du fanatisme dans l'histoire ecclésiastique, démontrant l'intérêt du gouvernement à soutenir les lettrés. Le texte se conclut par une réflexion sur la manière de combattre l'Inquisition en promouvant l'étude des sciences exactes, notamment la géométrie, qui mène à la philosophie et à l'éclairage des esprits. Le style de D'Alembert est loué pour sa hardiesse, son humanité et sa philosophie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12829
p. 58-59
AUTRE.
Début :
Belle Eglé, si des lieux [...]
Mots clefs :
Soupir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ELLE Eglé , fi des lieux
La jaloufe diſtance
A fait chanceler ta conftance ,
Elle n'a point éteint mes feux :
Un fentiment tendre & fincère
Va te le découvrir.
Six lettres font tout le mystère;
Daignes les parcou : ir.
Je t'offre d'abord ce préfage
De bonne humeur & de gaîté ,
Qui s'annonce fur tout viſage ,
Et qu'on admire davantage ,
En ce qu'il n'eft pas emprunté.
Plus , un animal redoutable
Qui détrouffe au mieux les paffans.
Un mot de ta bouche adorable
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
Chanson morale .
W
Ami, tel est notre destin : Toutpasse dans la vi
W
Quand je quittai le Dieu du vinje brulai pour Silvi
e. Les Muse's meme , trop souvent Ont reçu
hommage,je les redoute
nant; Mais, en suis - je plus sage ?
par M Charpentie
umé par Tournelle .
mainte
JUIN. 1761-1 5.9
Quetu m'as promis , que j'attends ....
Je t'offre encor de la muſique ;
Et pour finir , une liqueur ;
Et l'épithète de mon coeur.
Il eft fans tache , je m'en pique.
DALETTRE.
ELLE Eglé , fi des lieux
La jaloufe diſtance
A fait chanceler ta conftance ,
Elle n'a point éteint mes feux :
Un fentiment tendre & fincère
Va te le découvrir.
Six lettres font tout le mystère;
Daignes les parcou : ir.
Je t'offre d'abord ce préfage
De bonne humeur & de gaîté ,
Qui s'annonce fur tout viſage ,
Et qu'on admire davantage ,
En ce qu'il n'eft pas emprunté.
Plus , un animal redoutable
Qui détrouffe au mieux les paffans.
Un mot de ta bouche adorable
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
Chanson morale .
W
Ami, tel est notre destin : Toutpasse dans la vi
W
Quand je quittai le Dieu du vinje brulai pour Silvi
e. Les Muse's meme , trop souvent Ont reçu
hommage,je les redoute
nant; Mais, en suis - je plus sage ?
par M Charpentie
umé par Tournelle .
mainte
JUIN. 1761-1 5.9
Quetu m'as promis , que j'attends ....
Je t'offre encor de la muſique ;
Et pour finir , une liqueur ;
Et l'épithète de mon coeur.
Il eft fans tache , je m'en pique.
DALETTRE.
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12830
p. 163-164
JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
JE ne puis voir sans étonnement, Mr. qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JOUAILLERIE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
Fermer
12831
p. 87-100
Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Nous avons annoncé dans le second Volume du mois de Novembre les [...]
Mots clefs :
Roi, Angleterre, Marie Stuart, Reine, Régent, Mémoires, Écosse, Parti, Melvil, James Melville de Halhill
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
N
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
1
DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
On
DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
E
98 MERCURE DE FRANCE .
conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
DECEMBRE. 1744 . 99
Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
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DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
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DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
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conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
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Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
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12832
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
12833
p. 747-748
ENIGME.
Début :
Un Pays, que le Nil arrose, [...]
Mots clefs :
Oignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UN Pays , que le Nil arrofe,
A vû ſes habitans trop fuperftitieux ,
Quoique je fois bien peu de chofe ,
Me placer au rang de leurs Dieux .
Ce tems n'eft plus ; depuis la mauvaife maxime
D'im
748 MERCURE DE FRANCE.
D'immoler tout à l'appétit.
On m'écorche , on me coupe , on me grille , on
me frit ,
Et la Divinité n'eft plus qu'une victime .
Mais d'abord que je fens le tranchant des couteaux,
Mes efprits envolés frappent l'Auteur du crime
Et de les yeux alors font couler deux ruiffeaux.
UN Pays , que le Nil arrofe,
A vû ſes habitans trop fuperftitieux ,
Quoique je fois bien peu de chofe ,
Me placer au rang de leurs Dieux .
Ce tems n'eft plus ; depuis la mauvaife maxime
D'im
748 MERCURE DE FRANCE.
D'immoler tout à l'appétit.
On m'écorche , on me coupe , on me grille , on
me frit ,
Et la Divinité n'eft plus qu'une victime .
Mais d'abord que je fens le tranchant des couteaux,
Mes efprits envolés frappent l'Auteur du crime
Et de les yeux alors font couler deux ruiffeaux.
Fermer
12834
p. 77-78
ENIGME.
Début :
Je suis un brillant assemblage, [...]
Mots clefs :
Quatorze d'as
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un brillant affemblage ,
De quatre objets fort différens.
De la Guerre , l'un eft l'image ;
L'autre , préfente aux regardans ,
Une herbe propre au pâturage.
3
Dijj
78 MERCURE DE FRANCE.
Le troifiéme , offre du pavé.
Le quatrième , une partie ,
Dont on ne peut être privé ,
Sans perdre en même- temps la vie.
Par Madame la Préfidente du T.....
E fuis un brillant affemblage ,
De quatre objets fort différens.
De la Guerre , l'un eft l'image ;
L'autre , préfente aux regardans ,
Une herbe propre au pâturage.
3
Dijj
78 MERCURE DE FRANCE.
Le troifiéme , offre du pavé.
Le quatrième , une partie ,
Dont on ne peut être privé ,
Sans perdre en même- temps la vie.
Par Madame la Préfidente du T.....
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12835
p. 165-167
GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
Début :
CETTE nouvelle édition a été annoncée par un Prospectus qui indique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
GRAVURE.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
Fermer
12836
p. 78
AUTRE ENIGME.
Début :
Lecteur, je ne suis point cachée : [...]
Mots clefs :
Barbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
LICTEUR , je UR , je ne fuis point cachée;
Je fuis un attribut du genre mafculin .
Quoique je fois du fexe féminin ,
Aux femmes rarement l'on me voit attachée.
Je fais l'homme ; & pourtant c'eft l'homme qui
me fait.
Souvent je fais envie à la folle jeuneſſe ,
Qui , dans un âge mûr , & m'outrage & me
bleſſe ,
Pour me récompenfer de mon rare bienfait.
Souvent , l'âge me fait paffer de crife en criſes
Je fuis de diverfes couleurs.
De noire que j'étois , je deviens toute grife ;
Et le foldat me ſçait bon gré de mes faveurs,
Ah ! j'en dis trop , tu vas me reconnoître.
Tout homme fait ne m'aime pas ,
Tant je lui cauſe d'embarras.
Lecteur, c'eſt ton avis , peut- être,
Par M. GOUDEMET .
LICTEUR , je UR , je ne fuis point cachée;
Je fuis un attribut du genre mafculin .
Quoique je fois du fexe féminin ,
Aux femmes rarement l'on me voit attachée.
Je fais l'homme ; & pourtant c'eft l'homme qui
me fait.
Souvent je fais envie à la folle jeuneſſe ,
Qui , dans un âge mûr , & m'outrage & me
bleſſe ,
Pour me récompenfer de mon rare bienfait.
Souvent , l'âge me fait paffer de crife en criſes
Je fuis de diverfes couleurs.
De noire que j'étois , je deviens toute grife ;
Et le foldat me ſçait bon gré de mes faveurs,
Ah ! j'en dis trop , tu vas me reconnoître.
Tout homme fait ne m'aime pas ,
Tant je lui cauſe d'embarras.
Lecteur, c'eſt ton avis , peut- être,
Par M. GOUDEMET .
Fermer
12837
p. 748
AUTRE.
Début :
Je suis un animal mordant ; [...]
Mots clefs :
Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je fuis un animal mordant ;
Mon fexe eft féminin ; pour dilater ma rate ,
J'épluche fouvent , en grondant ,
Tout ce qui tombe ſous ma pate.
Si quelquefois ( rarement cependant )
Je fuis fage & judicieuſe ,
Alors je fuis officieuſe ,
Je découvre la vérité ;
Je purge l'impofteur de fa fauffe monnoye ,
Le trop hardi conteur de fa témérité ;
Je fçais réprimander celui qui fe fourvoye ;
Je rends fervice à la poſterité .
Quelqu'un me dit , fans doute , eh ! quel est donc
ton être ?
Un corps animé ? point ; un corps fans ame ? non ;
Jufques aux ignorans fe parent de mon nom .
En voilà bien affés , pour me faire connoître.
D. B. C. G. d'Entrevaux.
Je fuis un animal mordant ;
Mon fexe eft féminin ; pour dilater ma rate ,
J'épluche fouvent , en grondant ,
Tout ce qui tombe ſous ma pate.
Si quelquefois ( rarement cependant )
Je fuis fage & judicieuſe ,
Alors je fuis officieuſe ,
Je découvre la vérité ;
Je purge l'impofteur de fa fauffe monnoye ,
Le trop hardi conteur de fa témérité ;
Je fçais réprimander celui qui fe fourvoye ;
Je rends fervice à la poſterité .
Quelqu'un me dit , fans doute , eh ! quel est donc
ton être ?
Un corps animé ? point ; un corps fans ame ? non ;
Jufques aux ignorans fe parent de mon nom .
En voilà bien affés , pour me faire connoître.
D. B. C. G. d'Entrevaux.
Fermer
12838
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
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12838
12839
p. 749-750
LOGOGRYPHE.
Début :
Sous mes pas naissent mille fleurs, [...]
Mots clefs :
Printemps
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sous mes pas naiffent mille fleurs ,
Et la verdure me couronne ;
De l'Aurore , qui m'environne ,
C'est moi qui fais couler les pleurs ,
En deux fyllabes fe partage
Mon nom , pere des doux plaifirs ;
Les plus parfaits Amans me doivent leurs foupirs ,
Et les Oifeaux leur plus tendre ramage ;
Mais , fi je leur infpire un chant flateur & doux ,
( Chant que Rameau n'imite qu'avec peine )
Par un malheur , que mon devoir enchaîne ,
J'ouvre auffi le bec aux Coucous.
Ma tête offre un Acteur , chéri dans les Provinces
Qu'au Théatre François on vit faire les Princes ;
S'il revient jamais à Paris ,
Il me plaira comme jadis.
Ma derniere fyllabe épouvante les yeux ;
Elle fçait peindre un tyran furieux ;
Ah ! fi par fon fecours on touche une inhumaine ,
On brife auffi par fois la plus aimable chaîne ;
Il voit tout périr fous les Cieux.
Rien dans mon fein ſe voit encore.
Sem s'y trouve fort aifément ;
La
750 MERCURE DE FRANCE.
La Rime y brille affûrément ,
Et Tein , qui la beauté décore .
Sans doute que , fi je cherchois ,
Mes huit lettres feroient autre métamorphofe
Mais , cher lecteur , je me repoſe ;
Car , peut- être , je t'ennuirois .
Laffichard.
Sous mes pas naiffent mille fleurs ,
Et la verdure me couronne ;
De l'Aurore , qui m'environne ,
C'est moi qui fais couler les pleurs ,
En deux fyllabes fe partage
Mon nom , pere des doux plaifirs ;
Les plus parfaits Amans me doivent leurs foupirs ,
Et les Oifeaux leur plus tendre ramage ;
Mais , fi je leur infpire un chant flateur & doux ,
( Chant que Rameau n'imite qu'avec peine )
Par un malheur , que mon devoir enchaîne ,
J'ouvre auffi le bec aux Coucous.
Ma tête offre un Acteur , chéri dans les Provinces
Qu'au Théatre François on vit faire les Princes ;
S'il revient jamais à Paris ,
Il me plaira comme jadis.
Ma derniere fyllabe épouvante les yeux ;
Elle fçait peindre un tyran furieux ;
Ah ! fi par fon fecours on touche une inhumaine ,
On brife auffi par fois la plus aimable chaîne ;
Il voit tout périr fous les Cieux.
Rien dans mon fein ſe voit encore.
Sem s'y trouve fort aifément ;
La
750 MERCURE DE FRANCE.
La Rime y brille affûrément ,
Et Tein , qui la beauté décore .
Sans doute que , fi je cherchois ,
Mes huit lettres feroient autre métamorphofe
Mais , cher lecteur , je me repoſe ;
Car , peut- être , je t'ennuirois .
Laffichard.
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12840
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Ce n'est qu'avec effroi, Lecteur, qu'on me voit naître. [...]
Mots clefs :
Orage
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
CEn'eft E n'eft qu'avec effroi , Lecteur , qu'on me
voit naître.
Mes cinq pieds réunis , caufent bien du fracas ;
Mais étant divifés , il te plairont peut- être.
Les deux premiers , ont de puiffans appas :
Garde- toi , néanmoins , d'en faire trop de cas ;
Sans quoi,de bon valet, je deviens mauvais maître .
Des trois derniers , le ſort eſt varić :
Leur printemps en plaiſirs fertile ,
Aux ris , aux jeux fe voit afſocié ;
Mais leur hyver fombre & débile ,
Aux rebuts , aux ennuis , paroît facrifié .
Sous une image , encore plas frappante ,
Je vais tâcher de m'offrir à tes yeux.
Ote ma tête... alors na fureur dévorante ,
Seme la terreur en tous lieux .
Ote mon ventre, en me rendant la tête ,
Je m'offre à tes befoins de plus d'une façon .
De moi l'on fait du pain ... & certaine boiſſon ,
Entr'autres , avec moi fe compofe & s'apprête.
Lecteur , tant je me vois en train ,
Je pourrois bien m'étendre davantage.
Mais dois-je être l'objet d'un plus long badinage ,
Div
to MERCURE DE FRANCE.
Moi , qui jamais n'annonce au genre humain,
Que débris , horreurs , & ravage ?
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON.
CEn'eft E n'eft qu'avec effroi , Lecteur , qu'on me
voit naître.
Mes cinq pieds réunis , caufent bien du fracas ;
Mais étant divifés , il te plairont peut- être.
Les deux premiers , ont de puiffans appas :
Garde- toi , néanmoins , d'en faire trop de cas ;
Sans quoi,de bon valet, je deviens mauvais maître .
Des trois derniers , le ſort eſt varić :
Leur printemps en plaiſirs fertile ,
Aux ris , aux jeux fe voit afſocié ;
Mais leur hyver fombre & débile ,
Aux rebuts , aux ennuis , paroît facrifié .
Sous une image , encore plas frappante ,
Je vais tâcher de m'offrir à tes yeux.
Ote ma tête... alors na fureur dévorante ,
Seme la terreur en tous lieux .
Ote mon ventre, en me rendant la tête ,
Je m'offre à tes befoins de plus d'une façon .
De moi l'on fait du pain ... & certaine boiſſon ,
Entr'autres , avec moi fe compofe & s'apprête.
Lecteur , tant je me vois en train ,
Je pourrois bien m'étendre davantage.
Mais dois-je être l'objet d'un plus long badinage ,
Div
to MERCURE DE FRANCE.
Moi , qui jamais n'annonce au genre humain,
Que débris , horreurs , & ravage ?
Par M. DESMARAIS DU CHAMBON.
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12841
p. 80-81
AUTRE.
Début :
C'est pour un art affreux, dont le monde gémit, [...]
Mots clefs :
Mousqueton
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
' EST pour un art affreux, dont le monde gémit,
Que dans l'âge de fer , me fit naître mon pere ;
Et de deux élémens , je tiens tout mon crédit.
Quan n'aille pas , d'abord , me prendre pour mon
frere:
Je lui reffemble affez , mais je fuis plus petit.
Il eft , ainfi que moi , formé pour le carnages
Des hommes,tous les deux ,nous fervons les defirs,
Lui , quelquefois , utile à leurs plaifirs ,
Moi , jamais qu'à remplir les tranſports de leur
rage:
Emploi trifte,où furtout, dans ces tems malheureux,
Eux -mêmes font forcés , contre leurs propres
voeux ,
Victimes de mes coups , de me mettre en uſage.
Mon nom , dans les dix pieds , offre ... mais, d'un
Cenfear ,
Déjà la voix fe fait entendre:
Il m'objecte , d'un air mocqueur,
Que je puis des détails lui fauver la longueur,
Tant jefuis facile à comprendre.
JUIN . 1760.
81
Mais , fans douter que tu tiennes le mot ,
Lecteur , on croit fouvent fçavoir ce qu'on ignore
Examine- le bien encore :
Tu verras que tu n'es qu'un fot.
Un for ? le mot peut ne être équivoque !
Rimailleur , tu pourrois ... cher Lecteur , je le diss
Si tu tefâches , c'eft tant pis ,
Car tu trouveras , qu'on s'en moque...
Cependant , je pourrois railler hors de faiſon:
Je le vois dans tes yeux , au feu dont tu t'animes :
Auffi , pourquoi le prendre fur ce ton ?
6
Ne fçais-tu pas , que la raison ,
Ne guide pas toujours le caprice des rimes ?
Avant de t'emporter , confidere un moment,
Qu'une Mufe fouvent , ment :
Bien loin de t'irriter , tu pourras même en rire.
Ou fi ce n'eft l'excale qu'il te faut ;
Venge- toi , j'y confens. Il t'eft permis de dire ,
Que de la Mule qui m'infpire ,
Plût à Dieu , que mentir fut le moindre déffaut !
' EST pour un art affreux, dont le monde gémit,
Que dans l'âge de fer , me fit naître mon pere ;
Et de deux élémens , je tiens tout mon crédit.
Quan n'aille pas , d'abord , me prendre pour mon
frere:
Je lui reffemble affez , mais je fuis plus petit.
Il eft , ainfi que moi , formé pour le carnages
Des hommes,tous les deux ,nous fervons les defirs,
Lui , quelquefois , utile à leurs plaifirs ,
Moi , jamais qu'à remplir les tranſports de leur
rage:
Emploi trifte,où furtout, dans ces tems malheureux,
Eux -mêmes font forcés , contre leurs propres
voeux ,
Victimes de mes coups , de me mettre en uſage.
Mon nom , dans les dix pieds , offre ... mais, d'un
Cenfear ,
Déjà la voix fe fait entendre:
Il m'objecte , d'un air mocqueur,
Que je puis des détails lui fauver la longueur,
Tant jefuis facile à comprendre.
JUIN . 1760.
81
Mais , fans douter que tu tiennes le mot ,
Lecteur , on croit fouvent fçavoir ce qu'on ignore
Examine- le bien encore :
Tu verras que tu n'es qu'un fot.
Un for ? le mot peut ne être équivoque !
Rimailleur , tu pourrois ... cher Lecteur , je le diss
Si tu tefâches , c'eft tant pis ,
Car tu trouveras , qu'on s'en moque...
Cependant , je pourrois railler hors de faiſon:
Je le vois dans tes yeux , au feu dont tu t'animes :
Auffi , pourquoi le prendre fur ce ton ?
6
Ne fçais-tu pas , que la raison ,
Ne guide pas toujours le caprice des rimes ?
Avant de t'emporter , confidere un moment,
Qu'une Mufe fouvent , ment :
Bien loin de t'irriter , tu pourras même en rire.
Ou fi ce n'eft l'excale qu'il te faut ;
Venge- toi , j'y confens. Il t'eft permis de dire ,
Que de la Mule qui m'infpire ,
Plût à Dieu , que mentir fut le moindre déffaut !
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12842
p. 168-169
MUSIQUE.
Début :
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis, avec Accompagnement de Guitarre, dédié [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
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12843
p. 169-171
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi
que nous l'avions annoncé dans le pré
cédent vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paſtorale héroïque,
en fupprimant le Prologue , à cauſe de
la ſaiſon qui ne permet pas d'auſſi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reſtoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle, ayant occupé pendant les
trois ſemaines de vacance , les ouvriers
néceſſaires pour les décorations , il a
été impoſſible de donner au Public la
ſatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenſions du nouveau Théatre exi
ge des décorations nouvelles, ou des
H
17o MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens con- .
ſidérables dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Titon juſques au 13 du même mois, &
de reprendre enſuite une partie des
Fragmens par leſquels on avoit termi
né les Spectacles d'hyver; ſçavoir,l'Acte
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préſent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
l'Acte de Pigmalion. Le Public conti
nue pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiſſemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans ſon début.
Entr'autres
éloges nous avions inſiſté ſur celui de
ne jamais forcer ſa voix, de ne point
maniérer ni ſon chant ni ſon action, de
ne pas hazarder des éſſors dans l'exécu -
tion des airs travaillés, qu'une longue
& ſçavante expérience de goût peut
ſeule rendre agréables, &c. Qu'il nous
ſoit permis, d'après & ſur l'invitation
d'un très-grand nombre de Connoiſ
ſeurs plus éclairés que nous, de l'ex
horter à ne nous pas mettre dans la
néceſſité de nous dédire ſur des parties
auſſi importantes au ſuccès de ſes ta
lens & aux plaiſirs du Public.
J U I N. 1764.
171
Quelques changemens qui ont été
, faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries, pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eſt reconnu
aujourd'hui poui un des plus magnifi
ques & des plus agréables de cette Ca
pitale.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi
que nous l'avions annoncé dans le pré
cédent vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paſtorale héroïque,
en fupprimant le Prologue , à cauſe de
la ſaiſon qui ne permet pas d'auſſi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reſtoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle, ayant occupé pendant les
trois ſemaines de vacance , les ouvriers
néceſſaires pour les décorations , il a
été impoſſible de donner au Public la
ſatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenſions du nouveau Théatre exi
ge des décorations nouvelles, ou des
H
17o MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens con- .
ſidérables dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Titon juſques au 13 du même mois, &
de reprendre enſuite une partie des
Fragmens par leſquels on avoit termi
né les Spectacles d'hyver; ſçavoir,l'Acte
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préſent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
l'Acte de Pigmalion. Le Public conti
nue pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiſſemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans ſon début.
Entr'autres
éloges nous avions inſiſté ſur celui de
ne jamais forcer ſa voix, de ne point
maniérer ni ſon chant ni ſon action, de
ne pas hazarder des éſſors dans l'exécu -
tion des airs travaillés, qu'une longue
& ſçavante expérience de goût peut
ſeule rendre agréables, &c. Qu'il nous
ſoit permis, d'après & ſur l'invitation
d'un très-grand nombre de Connoiſ
ſeurs plus éclairés que nous, de l'ex
horter à ne nous pas mettre dans la
néceſſité de nous dédire ſur des parties
auſſi importantes au ſuccès de ſes ta
lens & aux plaiſirs du Public.
J U I N. 1764.
171
Quelques changemens qui ont été
, faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries, pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eſt reconnu
aujourd'hui poui un des plus magnifi
ques & des plus agréables de cette Ca
pitale.
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12844
p. 171-176
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LES Comédiens François firent l'ouverture de leur Théâtre le Lundi 30 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
Fermer
12847
p. 70-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Nous sommes les enfans d'un brave Militaire. [...]
Mots clefs :
Caractère d'imprimerie
12848
p. 87-88
LOGOGRYPHE.
Début :
Veux-tu sçavoir quelle est mon origine ? [...]
Mots clefs :
Chipolata
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE
Veux-tu fçavoir quelle eft mon origine ?
Il te faut confulter un bon Chef de cuifine ;
On me connoiffoit peu chez nos fobres ayeux ,
Mais peut-être que toi ne me connois pas mieux-
Un fin gourmet m'a donné l'exiſtence .
L'Académie a confirmé mon nom ,
Toujours Comus préfide à ma naiffance ,
Ce qui fans doute augmente mon renom.
Neuf pieds complets compofent ma ftructure ;
Pour me trouver combine avec mefure,
J'enferme en moi ce qui m'offre à tes yeux ,
Qui plus que moi fouvent eft précieux ;
Ce qu'une blonde , avide de fleurettes ,
A dans fa poche ou bien fur fa toilette ,
Qui lui fournit ce moyen tant vanté ,
De corriger , d'animer la beauté.
Ce qu'une fille à quinze ans feule occupe ,
Dont ailément fans craindre d'être dupe ,
Elle offriroit une part cependant ,
Si le bon mot fixoit fon tendre amant.
Ce qui foutient Royaume ou République.
Terme expreffif de crainte , ou de douleur ,
Note connue en plein chant , en muſique .
Un animal utile & raviffeur ,
Dans le Pérou , une grande riviere ;
Mais terminons ici notre carriere ..
88 MERCURE DE FRANCE.
Mon dernier pied commence l'alphabet ,
Et je contiens un grand coup de piquet .
Veux-tu fçavoir quelle eft mon origine ?
Il te faut confulter un bon Chef de cuifine ;
On me connoiffoit peu chez nos fobres ayeux ,
Mais peut-être que toi ne me connois pas mieux-
Un fin gourmet m'a donné l'exiſtence .
L'Académie a confirmé mon nom ,
Toujours Comus préfide à ma naiffance ,
Ce qui fans doute augmente mon renom.
Neuf pieds complets compofent ma ftructure ;
Pour me trouver combine avec mefure,
J'enferme en moi ce qui m'offre à tes yeux ,
Qui plus que moi fouvent eft précieux ;
Ce qu'une blonde , avide de fleurettes ,
A dans fa poche ou bien fur fa toilette ,
Qui lui fournit ce moyen tant vanté ,
De corriger , d'animer la beauté.
Ce qu'une fille à quinze ans feule occupe ,
Dont ailément fans craindre d'être dupe ,
Elle offriroit une part cependant ,
Si le bon mot fixoit fon tendre amant.
Ce qui foutient Royaume ou République.
Terme expreffif de crainte , ou de douleur ,
Note connue en plein chant , en muſique .
Un animal utile & raviffeur ,
Dans le Pérou , une grande riviere ;
Mais terminons ici notre carriere ..
88 MERCURE DE FRANCE.
Mon dernier pied commence l'alphabet ,
Et je contiens un grand coup de piquet .
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12849
p. 63-64
ENIGME.
Début :
De moi, tant que je jeûne, on ne fait pas grand cas. [...]
Mots clefs :
Bombe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
D moi , tantque je jeûne , on ne fait pas grand
cas.
Suis-je raffafiée , on me ferme la bouche
Et des reftes de mon repas ,
On fait le lit où l'on me couche.
Des Satellites noirs , au coeur dur & farouche
Mejettent en prifon : mais je n'y vieillis pas :
Jen fors , de fplendeur rayonannte.
Chez un Peuple étranger , Peuple fier & hautain
Je vais en Ambaſſade , au nom d'un Souverain.
Mon entrée, en ces lieux, eft toujours triomphantes-
L'oeil étonné me voit ; & faifi de refpect ,
On le profterne à mon afpect..
Quoique d'abord je fçache , habile Politique ,
Pour aller à mon but , prendre une route obliques
Je parle avec éclat. Orateur véhément ,
Ma foudroyante Rhétorique ,
Par mille traies de flâme embrafe en un momeng
Des applaudiffemens ,je ne fuis point avide
64 MERCURE DE FRANCE.
L'auditoire , tout occupé
De mon éloquence rapide ,
N'applaudit point ; mais eft frappé.
Par M. DELISLE . P. A. C. D. Ba
D moi , tantque je jeûne , on ne fait pas grand
cas.
Suis-je raffafiée , on me ferme la bouche
Et des reftes de mon repas ,
On fait le lit où l'on me couche.
Des Satellites noirs , au coeur dur & farouche
Mejettent en prifon : mais je n'y vieillis pas :
Jen fors , de fplendeur rayonannte.
Chez un Peuple étranger , Peuple fier & hautain
Je vais en Ambaſſade , au nom d'un Souverain.
Mon entrée, en ces lieux, eft toujours triomphantes-
L'oeil étonné me voit ; & faifi de refpect ,
On le profterne à mon afpect..
Quoique d'abord je fçache , habile Politique ,
Pour aller à mon but , prendre une route obliques
Je parle avec éclat. Orateur véhément ,
Ma foudroyante Rhétorique ,
Par mille traies de flâme embrafe en un momeng
Des applaudiffemens ,je ne fuis point avide
64 MERCURE DE FRANCE.
L'auditoire , tout occupé
De mon éloquence rapide ,
N'applaudit point ; mais eft frappé.
Par M. DELISLE . P. A. C. D. Ba
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12850
p. 64
AUTRE.
Début :
J'ai quantité de soeurs, dont le nombre précis, [...]
Mots clefs :
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
J'AI quantité de foeurs , dont le nombre précis ,
Entre bien des Sçavans , refte encore indécis;
A la parure eft consacré notre Etre.
Tous les ans , avec peine , on me voit difparoître.
Plus d'un mortel , tenu dans la captivité ,
Par mon fecours, s'eft mis en liberté.
A l'oeil auffi je fuis fouvent utile.
Je fais naître l'espoir d'une moiffon fertile .
L'Ottoman , devant moi , dépouillant fa fierté ,
Me rend pareils honneurs , qu'à la Divinité.
Je régne fur les mers , & par toute la tèrre.
Avec mes foeurs , je ſuis ſouvent en guèrre.
D'une furtout , il me faut féparer ,
Car autrement , Lecteur , tu me verrois jurer
Par M. NIGLAIS
J'AI quantité de foeurs , dont le nombre précis ,
Entre bien des Sçavans , refte encore indécis;
A la parure eft consacré notre Etre.
Tous les ans , avec peine , on me voit difparoître.
Plus d'un mortel , tenu dans la captivité ,
Par mon fecours, s'eft mis en liberté.
A l'oeil auffi je fuis fouvent utile.
Je fais naître l'espoir d'une moiffon fertile .
L'Ottoman , devant moi , dépouillant fa fierté ,
Me rend pareils honneurs , qu'à la Divinité.
Je régne fur les mers , & par toute la tèrre.
Avec mes foeurs , je ſuis ſouvent en guèrre.
D'une furtout , il me faut féparer ,
Car autrement , Lecteur , tu me verrois jurer
Par M. NIGLAIS
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