Les Comédiens François continuent avec succès
les représentations de Varon, & se prépar[e]nt à donner
d'autres nouveautés.
Le Valet Muître, Comédie en vers & en trois
Actes par M. de Moissy, représentée pour la
premiere fois le six Octobre 1751. A Paris chea
Duchene, tue S. Jacques.
Geronte est un homme riche, crédule & si fort
prévenu pour l'Ormoy, son premier Domesti-
que, qu'il se laisse entierement gouvernet p.r
ui. Timante frere de Geronte, est un homme
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fincére & sensé; les deux freres n'on point d'en-
fans, ils ont pour héritiers, Damis & Julie, fils
de deux frères aîné; de Geronte & de Timante.
Geronte est tuteur de Damis, Timante l'est
de Julie, le pou de bien des Pupilles, ne laisse
pas que de faire entre-eux la matiere d'un proces,
Timante pour le terminer a formé le ptojet de
marier son neveu avec sa niéce; ce dessein se trou-
ve d'autant plus raisonnable, que le cousin aime
la cousine & en est également aimé. Geronte
veut an contraire unit Damis avec une Comtesse
de la connoissance de l'Ormoy qui est bien nom-
mé le Valet Maître. Timante fait tous ses efforts
pour désabuser Geronte sur le compte de ce Valet
qui est uo fourbe achevé; Geronte ne veut rien-
écouter; il traite durement son frere & l'assu-
re que ce n'est point l'Ormoy qui s'oppose à
l'afrangement des affaires de Damis & de
Julie, c'est moi, dit-il, qui veux plaider, il
convient que c'est l'Ormoy qui propose la Com-
tesse pour Damis, il renvoye son frere &
appelle l'Ormoy qui répond en maîtte, & dit
qu'il n'est pas visible, Geronte l'appelle de
nouveau, le valet vient en tobbe de chanibre,
Geronte au lieu d'en être choqué, paroit satisfait
de ce qu'il obéit si promptement, il n'est qustion
entr'eux que de la Comtesse dont l'Ormoy vaute
les appas & le caractere, elle a selon lui, vingt
mille écus d'argent comptant, c'est une veuve
presque neuve, qui n'a été mariée que quinze
mois; Geronte quitte l'Ormoy en luidisant
de l'avertir quand son Procureur viendra; Valen-
tin, valet de Timante veut parler a Geronte, il
est étonné du ton de l'Ormoy, qu'il trouve assis
dans le fauteuil de son maître; il le prie de lui
développer les ressorts, qui d'un valet en sont
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un homme de conséquence: l'Ormoy aptès l'a-
voit régardé avec compassion, lui ordonne d'é-
couter attentivement.
En deux mots je te veux dévoiler ce mystere,
De Timante en secret connois le caractete,
Etudie avec art ses vertus, ses deffauts
Distingne tous ses goûts & sens-les à propos;
De lui plaire en tous points faits ton unique étude-
Valentin.
Bon.
L'Ormoy.
Ce noviciat peut d'abord être rude
Mais dans la vie humaine un de nos grands talens
Est de sçavoir connoître & mener de tels gens:
Oui, par là près d'un Maître on voit ce qu'on peut
faire.
On gouverne les sots, on plast quand on veut
plaire.
On projette avec fruit, on demande, on obtient;
Ce qu'on veut proteger sans force on le soutient
Et les ressorts cachés de la metamorphose
Font par un tel valet plus que le Maître n'ose.
Valentin sort fort content & dans la ferme re-
solution de profiter de la leçon de l'Ormoy. Le
Procureur arrive, l'Ormoy qui veut sçavoir les af-
faires de son Maître en prend si bien le tou & les
manieres, que le Procureur en est la dupe: il
parle chicane & procedure, il bavarde, il s'é-
chauffe, & daus le fort de son enthousiasme Ge-
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ronte sutvient, le Procureur surpris & confus
s'emporte contre le Valet, Geronte l'appaise en
lui promettant de n'entrer dans aucun acco-
modement. Damis & Julie ont cependant beau-
coup d'inquiétude, Damis de peur d'être deshé-
rité feint de consentir à son mariage avec la Com-
tesse, il croit d'ailleurs déconvrir pat là le secret de
l'Ormoy; ce fourbe de son côté forme la résolu-
tion de prendre dans le costre fort de Geronte les
vingt mille écus que la préteudue Comtesse qui est
sa sœur doit apporter en dot à Damis, sauf à ren-
dre cette somme après le mariage, il est forcé
d'en prévenir Damis qu'il croit amoureux de la
fausse Comtesse; mais il n'a garde de l'avertir
que cetre fausse Comiesse est sa sœur & en servi-
ce comme lui. Damis apprend avec plaisir le
vol de l'Ormoy, en se promettant d'en faire
avertir son oncle. L'Ormoy instiuit sa sœur de
tous ses tours & lui donne des avis pour se bien
conduire dans cette intrigue, elle va chez Geron-
te, elle y demande Damis qui fait quelques dif-
ficultés sur le mariage convenu. Geronte que-
relle son neuven qui prend le parti de feindre
de nouveau. L'Ormoy a appris de Valentin que
son Maître l'a chassé, parce qu'il n'imitoit que
trop son précepteur en fourberie & en insolence
que Geronte par les soins de Timante, doit rece-
voir une lettre de Guyenne, par laquelle on l'inf-
truit de la naissance de la Comtesse & des fourbe-
ries de son Domestique chéri; il faut par consé-
quent détourner l'orage qui est sur le point d'écla-
ter, & l'Ormoy prend le parti d'engager Geronte
à rompre absolument avec son frere. Cette trans-
action, dit il, que Timante a si fort à cœur pour
finir les affaires de Damis & de Julie, est faite de
concert avec votre Procureur, qui vous trompe;
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ce n'est que pour empêcher le mariage de la Com-
tesse, & préparer celui de Julie, vous êtes bon,
ils vous y feront consentir, me perdiont dans
votre espiit & je n'emporterai pour récompense de
mes services, que votre indignation. Geronte jette
feu & flamme sut son frete & rassure l'Ormoy
on apporte une lettre de la poste, l'Ormoy en-
tend dire qu'elle vient de Guyenne, le sa:sfille-
ment le prend, comment parer le coup? Geronte
heureusement n'a point ses lunettes, il envoye
l'Ormoy les chercher, il se donne bien de garde
de les donner, il offte de lire la lettre, Geronte
y consent, l'Ormoy en change sut le champ le
seus & les termes, elle étoit toute à son désavan-
tage; elle lui devient toute favorable, il n'ole
meme lire tout haut l'éloge qu'on fait de lui, &e-
ronte veut qu'il continue, & il achere son pané-
yrique; Geronte demande la lettre pour la ser-
rer, mais l'Oimoy a la précaution de la déchiret
par modestie, Geronte en est si content qu'il lui
donne mille écus de pension. Timante ensuite
veut envain d'étromper Geronte, il a beau lui
dire des que votre l'Ormoy a déchiré la lettre, vous
êtes pris pour dupe, Geronte persiste dans sa
prévention. Valentin valet chassé par Timante a
été cho si par l'Ormoy pour être un des domesti-
que de Geronte, sans que le Maître en fût infor-
mé, il est sujet à s'ennivrer & paroit dans cet état,
dors de la dispute des deux freres, il commence
par dire du mal de son premier Maître, ce qui
rejouit Geronte, mais après il dit encore pis du
dernier, c'est selon lui un sot, un imbécile que
l'Ormoy méne comme il veut: alors appercevant
les deux freres il veut changer de ton, Gerovie
se met en colere, l'Ivtogne s'enfuit en disant-
que l'Ormoy le protège & qu'il lui portera ses
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plaintes; certe scene donne lieu à Timante d'ins-
truire Geronte des desseins de l'Ormoy & de l'ori-
gine de la prétendue Comtesse, c'est sa sœur, ajou-
te-t'il, c'est une intriguante & vous avez un
soible pour votre valet qui n'est pas excusa-
ble.
Puisqu'il faut dire ce que je pense,
Si certains grands Valets peuvent tout aujour-
d'hui,
L'affection n'est pas leur plus solide appui;
Mais leur pouvoir sur nous, vient de notre foi-
blesse
Nous leur confions trop ce qui nous intéresse,
Et témoins journaliers de nos plus grands def-
fauts
Nous leut ouvrons nos cœurs toujours mal
propos;
Ils sçavent nos secrets, nos torts, nos injus-
tices,
Et nous n'aimons en eux que l'écho de nos
vices;
C'est ainsi qu'un Valet devient Maître de nous,
C'est ainsi que l'Ormoy se l'est rendu de vous,
Qu'il vous trompe sur tout.
Timante emmene son frere pour lui commu-
niquer un projet qui doit démasquer l'O. moy:
ce projet réussit, cat Geronte, en apprenant à l'Or-
moy qu'il sçait positivement que la prétendue
Mues u
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Comtesse est sa sœir, & feignant d'en être ples
aise que faché, fait assez adtoitement donuet
son Valet dans le panneau. Alors Geronte ne di-
simule plus son ressentiment, il déconcerte en-
tierement l'Ormoy, mais ce fripon imagine d'a-
bord un autre stratageme en soutenant que sa
soeur n'en est pas moins de condition, qu'ils sont
tous deux issus de parens distinguez qui ont prodi-
gué leurs biens au service & là dessus il batit na
Roman fort pathétique, qui attendrit Geronte.
L'Ormoy qui s'apperçoit du succès de l'histoire
qu'il vient de fobriquet, avoue ingénuement i
Geronte que de concert avec Damis il lui a pris
vingt millle écus pour former une dot à sa sœur.
Ou sont. ils, demande Geronte, je les ai, répond
l'Ormoy, & je vais vous les tendre: non mon
cher, réplique le bon homme, je dote ta soeus
de ces vingt mille écus; la fausse Comtesse qui
s'étoit cachée paroit pénetrée de reconnoissance, &
Timante, Damis & Julie, entrent dans l'appar-
tement de Geronte, ils se réunissent tous trois
contre l'Ormoy, & Geronre en prend plus vi-
vement son parti; mais l'apparition subite du
Procureur qui venoit apporter une transaction
& qui reconnoit la fausse Comtesse pour une cer-
taine Louison servante de sa femme, acheve de
confondre l'intriguant & P'intriguante qui fut obli-
gée de tout avouet. Geronte laisse cependant i
l'Oimoy, par l'avis, de Timante, les mille
écus de pension qu'il Jui avoit donnez, à condi-
tion que Louison en auroit moitié, les vingt
mille écus sont rendus & le procès de Damis & de
Julie se termine par leur mariage.