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1
p. 57-95
Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
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Le nombre des personnes dont je vous apprens tous les [...]
Mots clefs :
Argentan, Médecin, Enfant, Femme, Grossesse, Corps, Animaux, Mamelles, Aliments, Ventricule
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texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le nombre des perfonnes.
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
Fermer
Résumé : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le texte aborde la mortalité et la naissance des êtres humains, en mettant l'accent sur les individus distingués par leur naissance, leur savoir, leurs emplois ou d'autres qualités remarquables. La mort est présentée comme certaine et imprévisible, pouvant survenir subitement en raison du dérèglement d'une partie du corps. La naissance, bien que généralement certaine après neuf mois de grossesse, peut être sujette à des accidents. Des cas exceptionnels sont mentionnés, où des enfants restent dans le sein de leur mère pendant plusieurs années. Tous les êtres vivants souhaitent naturellement la conservation de leur espèce. L'homme, en tant qu'animal parfait, est doté de raison pour accomplir ce commandement divin. Malgré les douleurs et les inconvénients accompagnant la multiplication de l'espèce, la plupart des femmes préfèrent transmettre la vie à leurs descendants. Les femmes sont soumises à diverses incommodités dont les animaux sont exempts et nécessitent l'aide des sages-femmes pour accoucher. Le texte compare la gestation des animaux à celle des femmes. Les animaux ont un terme fixe pour leur portée, tandis que les femmes ignorent le moment exact de leur délivrance, pouvant accoucher entre sept et quatorze mois. Un exemple est donné d'une femme restée enceinte pendant quinze mois avant de décéder, révélant un enfant mort dans son sein. Le mécanisme de la nutrition du fœtus est également expliqué. Les mamelles des femmes jouent un rôle crucial dans ce processus, bien que cette opinion soit controversée. Cette explication permet de comprendre pourquoi un enfant peut rester longtemps dans le sein de sa mère. Le texte traite également des processus de nutrition et de croissance chez les animaux, les végétaux et les minéraux. Chez les végétaux, une humidité chargée de sels pénètre les racines, se distribue dans les fibres et, sous l'effet de la chaleur du Soleil et du nitre de l'air, produit des fleurs et des fruits. Les parties les plus subtiles montent vers le haut de la plante, tandis que les plus grossières forment l'écorce et les mousses. Chez les animaux, les parties les plus déliées du chyle, formé des aliments avalés, circulent dans le sang jusqu'à ce qu'elles trouvent des pores proportionnés à leur volume. Elles s'y engagent, écartent les fibres du corps et augmentent leur diamètre, permettant ainsi une croissance proportionnée de toutes les parties du corps. Les anciens médecins croyaient que le fœtus ne se nourrissait pas de la même manière avant et après la naissance. Cependant, il a été démontré que le fœtus digère le suc transmis par la veine ombilicale, comme en témoignent la bouche et l'estomac pleins du fœtus. Le texte décrit également les conditions favorisant une grossesse normale : une mère bien nourrie, en bonne santé, et vivant dans la tranquillité, voit généralement son enfant naître au terme de neuf mois. En revanche, une mère souffrant de malnutrition, de douleurs et de misère peut voir sa grossesse se prolonger bien au-delà de neuf mois. Plusieurs cas historiques et contemporains de grossesses prolongées sont mentionnés, citant des auteurs comme Hippocrate, Aristote, Pline, et d'autres médecins. Ces exemples montrent que des grossesses de douze, quinze, vingt mois, voire plus, sont possibles en raison de conditions défavorables affectant la digestion et la nutrition du fœtus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2195-2202
RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
Début :
Vous êtes touché de trop près, Monsieur, de la durée de l'homme, & la [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Liqueur, Sang, Aliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
REPONSE à la Lettre de M. G.
Barréz , Medecin à Pezenas inferée
dans le Mercure du mois d'Aoûc 1730.
au fujet de l'ufage interieur de l'Eau de
vie.
Vficus ,de la durée de l'homme , & la
Ous êtes touché de trop près , Monverité
vous occupe trop fortement pour que
vous n'embraffiez toutes les occafions de
deffendre l'une & l'autre ; le grand interêt
que vous y prenez vous a fait attaquer
fortement l'Auteur des Reflexions qui
ne convient pas avec M. Le Hoc que l'Eau
La Marquife de G ... eft de Marseille , &
'a été mariée à Arles,
D vj fans
2196 MERCURE DE FRANCE
D
de vie foit une eau de mort , ainfi les doutes
que je vous propofe ici briévement
fans vous détourner beaucoup des devoirs
de votre profeffion , vous mettront à
même de montrer votre zele , & de me
détromper fur ce fujet.
En premier lieu , je doute fort que
tous les raifonnemens vagues & les grands
mots d'érethyfme des efprits , de dérangemens
de la diareze, de rythmes , des fonctions & c
puiffent convaincre les perfonnes raiſonnables
de la verité de vos propofitions , &
je tiens que les raifonnemens dénués d'experience
, comme font ceux que vous
nous propofez , & qui ne font pas fondés
fur des principes Mathématiques ,
peuvent prouver le pour & le contre dans
toutes les queftions de Medecine .
2º »>> Pour venir au fait , vous affurez
» que l'Eau de vie eft une eau de mort ,
un poiſon , fur ce qu'elle ne releve les
»forces que pour les abattre peu après ,
»parce que , dites- vous , cette liqueur
» porte les puiffances au-delà de leur jufte
» étendue , d'où étant revenues elles tombent
dans la langueur , tout cela n'eft pas
clair ; connoiffez - vous la meſure de cette
étenduë ? plus un Arc eft bandé , plus it
acquiert de force à fe remettre tout au
plus l'Eau de vie produiroit cette grande
diftenfion par fa quantité : mais qu'eſt-
CC
OCTOBRE. 1730 2197
ce qu'une once d'Eau de vie dans un
corps de 160. livres , ce n'eft pas la 160c
partie de nos liqueurs , & on prend 128 .
onces d'alimens fans craindre cette diftenfion
funefte dont vous nous menacez ;
feroit- ce que l'Eau de vie fait rarefier le
fang ? mais vous nous affurez qu'elle le
coagule.
3 Vous femblez même vous contredire
peu après , & me fourniffez des raifons
de douter de ces langueurs que produit
l'Eau de vie , quand vous dites qu'elle
rend les fibres des muscles plus compactes
plus robuftes , & les muscles plus puiffans.
Ainfi vos propres traits fe tournent contre
vous mais vous pouffez plus loin , &
ajoûtez qu'elle racorait les fibres , en les
obligeant de s'unir par les fortes contractions
que produit cette liqueur dans les
tuyaux , & par la diffipation qu'elle fait
faire de la limphe , & tout de fuite vous
menacez ceux qui ufent de cette liqueur
de voir d'abord leurs tuyaux debridés
effarouchés de la confufion & du defordre
dans les rythmes de leurs fonctions , de l'é--
rethifme de leurs efprits animaux , du dérangement
, de la diarhefe de leur fang , de
fchirres , du calcul de la Goute , de mille
maladies & de la privation de la vie.
Les buveurs d'Eau de vie ne font
de
ce que vous avancez ;
garans
au contraire
perfuadés
pas
ils font
Qu'un
2198 MERCURE DE FRANCE
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvros
gne. Regnier , Satyre 10
Ainfi leur témoignage ne vous eft pas
avantageux , s'ils font exposés aux maladies
que vous dites ; les buveurs d'eau
n'en font pas exemts ; ce n'eſt que l'abus
de l'Eau de vie & de l'eau commune ou`
minerale qui produit ces mauvais effets ,
abus que tout le monde blâme , fans traiter
ni l'une ni l'autre de ces liqueurs de
poifon & d'eau de mort. L'Eau de vie
doit être prife moderément , & alors elle
produit mille bons effets , exterieurement
elle réfout les édemes , les éréfipeles , refferre
les playes , en arrête l'hémoragie ;
trop forte dofe , au contraire , elle eft
nuifible , empêche de grandir les petits
chiens qui y font plongés , en durciffant
leurs folides , tue les oifeaux aufquels on
en fait trop boire , durcit les foetus qu'on
y tient long - tems plongés.
à
Intérieurement on en ufe en trois façons
diverſes , ou l'on l'avale , & c'eſt en
grande quantité , fouvent & fans befoin
& alors on ne peut nier qu'elle ne foit
nuifible , quand on la prend à jeun , dans
les chaleurs de l'Eté , dans la fiévre , fur
tout elle nuit aux perfonnes fanguines &
bilicules.
Cet
OCTOBRE. 1730. 2199
Cet excès eft plus pardonable aux
temperamens froids & pituiteux , aux
Pays du Nord &c . on l'employe utilement
fous le nom d'Eau de vie Allemande
pour fortifier les boyaux des hydropiques
à mesure qu'on les purge &c.
Ou bien on l'avale en petite dofe après
de grands repas & dans les foibleffes , &
on fe fert de l'Eau de vie la plus douce
& non de la raffinée , autrement nommée
efprit de vin , & c'eft ainfi qu'en uſent
les perfonnes les plus fages ; cette liqueur
acide & fpiritueufe tombant dans l'eftomac
perd fon activité dans les parties
graiffeufes des alimens , & ne garde qu'u
ne legere force pour irriter & réveiller
la contraction de ce vifcere affaiffé fous
ce poids ; fes acides , fi on veut , fermentant
avec les alimens , fe changent en fels
falés , aident à la divifion des viandes
paffant dans le fang , en accelerent le
cours , hâtent les fecretions , comme la
chaleur , la rougeur , la fréquence du
poux le démontrent , & fes parties fpiritueufes
doivent,felon vous , M. qui croyez.
aux efpritsanimaux , fournir de ces nouveaux
agens qui felon votre langage en
tretiennent la vie & la fanté parfaite.
9
Ou enfin on injecte l'Eau de vie par
de grandes veines dans le corps , comme
on a fait fouvent à des animaux , & alors
elle
2200 MERCURE DE FRANCE
elle agit d'une façon toute differente , &
tue fur le champ , parceque fon acide qui
y prédomine, coagule tout à coup le fang,
n'ayant pas été changé en fel falé ni embaraffe
par des mucilages comme quand
on la prend par les premieres voyes : ce
n'eſt pas le feul remede qui agiffe de deux
façons fi differentes : le nitre , par exemple
, eft un acide qui injecté dans le fang,
le coagule , & pris par la bouche , le divife
, & réfout les arêts dans les maladies
inflammatoires , auffi les Parifiens & les
Allemands en font- ils un grand ufage
dans les cas.
>
Tous ces faits font fi connus , Monfieur
, que je perdrois le tems à vous citer
les Auteurs de ces experiences , &
que j'ai honte qu'un de mes confreres les
ignore ; l'ufage de cette liqueur , s'il eft
moderé, eft très utile pour animer & foutenir
les Soldats * il ne faut pas craindre
que
dans l'Eftomac elle durciffe les fruits
& autres alimens comme elle fait hors du
corps , car elle y fouffre des fermentations ,
& excite des contractions au ventricule
propres à faciliter la digeftion , à divifer
les glaires. Dans le fang elle produit d'autres
bons effets que je ne repeterai plus.
Vina parant animos faciuntque caloribus aptos-
Ovide
Tout
OCTOBRE. 1730. 2201
Tout ce que je dis , au refte , de l'Eau
de vie n'eft pas fi démonftratif que je n'aye
bien des doutes fur ce fujet je fçai feulement
que l'expérience , nonobftant l'autorité
de Fernel & vos raifonnemens , au
toriſe l'uſage moderé de cette liqueur
pourvû qu'on en ufe en tems & lieu .
Tempore quaque fuo , Medici quoque tempora
Jervant ,
Et data non apto tempore quaque nocent.
Pardon , M² , fi je dérobe à vos malades
des momens fi précieux ; continuez →
néanmoins à détromper le Public fur d'au
tres abus , oubliez vos devoirs dans la recherche
de nouvelles verités , celles que Vous
nous annoncez ne nous paroiffent pas tout
à fait fi claires que vous le dites ; n'importe
, je vous loue de ce que fans connoître
la verité vous êtes affez généreux
pour la foutenir , femblable à ces Héros
antiques dont parlent nos Romanciers.
Qui défendant des inconnuës´
Ont porté leurs noms juſqu'aux nuës.
Je fuis &c.
Ziorcal , Docteur Medecin de la
Faculté de Montpellier.
Barréz , Medecin à Pezenas inferée
dans le Mercure du mois d'Aoûc 1730.
au fujet de l'ufage interieur de l'Eau de
vie.
Vficus ,de la durée de l'homme , & la
Ous êtes touché de trop près , Monverité
vous occupe trop fortement pour que
vous n'embraffiez toutes les occafions de
deffendre l'une & l'autre ; le grand interêt
que vous y prenez vous a fait attaquer
fortement l'Auteur des Reflexions qui
ne convient pas avec M. Le Hoc que l'Eau
La Marquife de G ... eft de Marseille , &
'a été mariée à Arles,
D vj fans
2196 MERCURE DE FRANCE
D
de vie foit une eau de mort , ainfi les doutes
que je vous propofe ici briévement
fans vous détourner beaucoup des devoirs
de votre profeffion , vous mettront à
même de montrer votre zele , & de me
détromper fur ce fujet.
En premier lieu , je doute fort que
tous les raifonnemens vagues & les grands
mots d'érethyfme des efprits , de dérangemens
de la diareze, de rythmes , des fonctions & c
puiffent convaincre les perfonnes raiſonnables
de la verité de vos propofitions , &
je tiens que les raifonnemens dénués d'experience
, comme font ceux que vous
nous propofez , & qui ne font pas fondés
fur des principes Mathématiques ,
peuvent prouver le pour & le contre dans
toutes les queftions de Medecine .
2º »>> Pour venir au fait , vous affurez
» que l'Eau de vie eft une eau de mort ,
un poiſon , fur ce qu'elle ne releve les
»forces que pour les abattre peu après ,
»parce que , dites- vous , cette liqueur
» porte les puiffances au-delà de leur jufte
» étendue , d'où étant revenues elles tombent
dans la langueur , tout cela n'eft pas
clair ; connoiffez - vous la meſure de cette
étenduë ? plus un Arc eft bandé , plus it
acquiert de force à fe remettre tout au
plus l'Eau de vie produiroit cette grande
diftenfion par fa quantité : mais qu'eſt-
CC
OCTOBRE. 1730 2197
ce qu'une once d'Eau de vie dans un
corps de 160. livres , ce n'eft pas la 160c
partie de nos liqueurs , & on prend 128 .
onces d'alimens fans craindre cette diftenfion
funefte dont vous nous menacez ;
feroit- ce que l'Eau de vie fait rarefier le
fang ? mais vous nous affurez qu'elle le
coagule.
3 Vous femblez même vous contredire
peu après , & me fourniffez des raifons
de douter de ces langueurs que produit
l'Eau de vie , quand vous dites qu'elle
rend les fibres des muscles plus compactes
plus robuftes , & les muscles plus puiffans.
Ainfi vos propres traits fe tournent contre
vous mais vous pouffez plus loin , &
ajoûtez qu'elle racorait les fibres , en les
obligeant de s'unir par les fortes contractions
que produit cette liqueur dans les
tuyaux , & par la diffipation qu'elle fait
faire de la limphe , & tout de fuite vous
menacez ceux qui ufent de cette liqueur
de voir d'abord leurs tuyaux debridés
effarouchés de la confufion & du defordre
dans les rythmes de leurs fonctions , de l'é--
rethifme de leurs efprits animaux , du dérangement
, de la diarhefe de leur fang , de
fchirres , du calcul de la Goute , de mille
maladies & de la privation de la vie.
Les buveurs d'Eau de vie ne font
de
ce que vous avancez ;
garans
au contraire
perfuadés
pas
ils font
Qu'un
2198 MERCURE DE FRANCE
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvros
gne. Regnier , Satyre 10
Ainfi leur témoignage ne vous eft pas
avantageux , s'ils font exposés aux maladies
que vous dites ; les buveurs d'eau
n'en font pas exemts ; ce n'eſt que l'abus
de l'Eau de vie & de l'eau commune ou`
minerale qui produit ces mauvais effets ,
abus que tout le monde blâme , fans traiter
ni l'une ni l'autre de ces liqueurs de
poifon & d'eau de mort. L'Eau de vie
doit être prife moderément , & alors elle
produit mille bons effets , exterieurement
elle réfout les édemes , les éréfipeles , refferre
les playes , en arrête l'hémoragie ;
trop forte dofe , au contraire , elle eft
nuifible , empêche de grandir les petits
chiens qui y font plongés , en durciffant
leurs folides , tue les oifeaux aufquels on
en fait trop boire , durcit les foetus qu'on
y tient long - tems plongés.
à
Intérieurement on en ufe en trois façons
diverſes , ou l'on l'avale , & c'eſt en
grande quantité , fouvent & fans befoin
& alors on ne peut nier qu'elle ne foit
nuifible , quand on la prend à jeun , dans
les chaleurs de l'Eté , dans la fiévre , fur
tout elle nuit aux perfonnes fanguines &
bilicules.
Cet
OCTOBRE. 1730. 2199
Cet excès eft plus pardonable aux
temperamens froids & pituiteux , aux
Pays du Nord &c . on l'employe utilement
fous le nom d'Eau de vie Allemande
pour fortifier les boyaux des hydropiques
à mesure qu'on les purge &c.
Ou bien on l'avale en petite dofe après
de grands repas & dans les foibleffes , &
on fe fert de l'Eau de vie la plus douce
& non de la raffinée , autrement nommée
efprit de vin , & c'eft ainfi qu'en uſent
les perfonnes les plus fages ; cette liqueur
acide & fpiritueufe tombant dans l'eftomac
perd fon activité dans les parties
graiffeufes des alimens , & ne garde qu'u
ne legere force pour irriter & réveiller
la contraction de ce vifcere affaiffé fous
ce poids ; fes acides , fi on veut , fermentant
avec les alimens , fe changent en fels
falés , aident à la divifion des viandes
paffant dans le fang , en accelerent le
cours , hâtent les fecretions , comme la
chaleur , la rougeur , la fréquence du
poux le démontrent , & fes parties fpiritueufes
doivent,felon vous , M. qui croyez.
aux efpritsanimaux , fournir de ces nouveaux
agens qui felon votre langage en
tretiennent la vie & la fanté parfaite.
9
Ou enfin on injecte l'Eau de vie par
de grandes veines dans le corps , comme
on a fait fouvent à des animaux , & alors
elle
2200 MERCURE DE FRANCE
elle agit d'une façon toute differente , &
tue fur le champ , parceque fon acide qui
y prédomine, coagule tout à coup le fang,
n'ayant pas été changé en fel falé ni embaraffe
par des mucilages comme quand
on la prend par les premieres voyes : ce
n'eſt pas le feul remede qui agiffe de deux
façons fi differentes : le nitre , par exemple
, eft un acide qui injecté dans le fang,
le coagule , & pris par la bouche , le divife
, & réfout les arêts dans les maladies
inflammatoires , auffi les Parifiens & les
Allemands en font- ils un grand ufage
dans les cas.
>
Tous ces faits font fi connus , Monfieur
, que je perdrois le tems à vous citer
les Auteurs de ces experiences , &
que j'ai honte qu'un de mes confreres les
ignore ; l'ufage de cette liqueur , s'il eft
moderé, eft très utile pour animer & foutenir
les Soldats * il ne faut pas craindre
que
dans l'Eftomac elle durciffe les fruits
& autres alimens comme elle fait hors du
corps , car elle y fouffre des fermentations ,
& excite des contractions au ventricule
propres à faciliter la digeftion , à divifer
les glaires. Dans le fang elle produit d'autres
bons effets que je ne repeterai plus.
Vina parant animos faciuntque caloribus aptos-
Ovide
Tout
OCTOBRE. 1730. 2201
Tout ce que je dis , au refte , de l'Eau
de vie n'eft pas fi démonftratif que je n'aye
bien des doutes fur ce fujet je fçai feulement
que l'expérience , nonobftant l'autorité
de Fernel & vos raifonnemens , au
toriſe l'uſage moderé de cette liqueur
pourvû qu'on en ufe en tems & lieu .
Tempore quaque fuo , Medici quoque tempora
Jervant ,
Et data non apto tempore quaque nocent.
Pardon , M² , fi je dérobe à vos malades
des momens fi précieux ; continuez →
néanmoins à détromper le Public fur d'au
tres abus , oubliez vos devoirs dans la recherche
de nouvelles verités , celles que Vous
nous annoncez ne nous paroiffent pas tout
à fait fi claires que vous le dites ; n'importe
, je vous loue de ce que fans connoître
la verité vous êtes affez généreux
pour la foutenir , femblable à ces Héros
antiques dont parlent nos Romanciers.
Qui défendant des inconnuës´
Ont porté leurs noms juſqu'aux nuës.
Je fuis &c.
Ziorcal , Docteur Medecin de la
Faculté de Montpellier.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre de M. G. Barréz, Medecin à Pezenas, inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730. au sujet de l'usage interieur de l'Eau de vie.
Le texte est une réponse à une lettre de M. G., médecin à Pezenas, publiée dans le Mercure d'août 1730, concernant l'usage intérieur de l'Eau de vie. L'auteur, Ziorcal, médecin à Montpellier, exprime des doutes sur les affirmations de M. G. selon lesquelles l'Eau de vie serait une 'eau de mort' ou un poison. Ziorcal critique les arguments de M. G., les jugeant vagues et non fondés sur des principes mathématiques ou des expériences concrètes. Il souligne que l'Eau de vie, utilisée modérément, peut avoir des effets bénéfiques, tels que résoudre les œdèmes, refermer les plaies et arrêter les hémorragies. Il mentionne également que l'abus de cette liqueur, comme de toute autre, peut entraîner des effets nuisibles. L'auteur conclut en affirmant que l'usage modéré de l'Eau de vie est autorisé par l'expérience, malgré les doutes et les arguments de M. G.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 204-206
COPIE de la Lettre d'un Curé de Campagne, à M.... Médecin à Paris.
Début :
Monsieur, J'ai trouvé dans les papiers de mon Prédécesseur le reméde contre la rage, [...]
Mots clefs :
Remède, Rage, Effets positifs, Coquilles, Huître, Poudre, Malade, Aliments, Morsure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre d'un Curé de Campagne, à M.... Médecin à Paris.
COPIE de la Lettre d'un Curé de
Campagne , à M.... Médecin à Paris.
MONSIEUR ,
J'AI trouvé dans les papiers de mon Prédéceffeur
le reméde contre la rage , que je joins
à la préfente , & tous les Habitans de ma Paroiffe
perfuadés de fon utilité , il m'a été rapporté
des effets fi falutaires de ce reméde , queconnoiffant
la bonté de votre coeur & l'étendue
de vos lumières >
j'ai vu que je pouvois vous
prier de l'éxaminer , afin qu'appuyé de votre
autorité , il puiffe acquérir dans le Royaume le
crédit qu'il a dans ma Paroiffe.
J'ai l'honneur d'être & c ,
NOVEMBRE. 1764. 2051
Remède contre la Rage.
Prenez des coquilles d'huîtres mâles ( celles
de dellous faites les calciner au feu ou au four
jufqu'à ce qu'elles fe rompent fans effort , redaifez
-les en poudre & la pallez au tamis faites
la prendre enfuite au malade comme il eft dit
ci - après.
en
Il y a trois manières de la prendre.
'
La première qui opére le plus promptement
eft d'en donner en bolle comme le Quinquina
mettant cette poudre fimplement dans du
pain à chanter mouillé , & en multipliant ces
bolles à proportion de la facilité avec laquelle le
malade pourra la prendre.
La deuxième eft de la donner dans du vin
blanc.
La troifiéme eft de battre cette poudre dans
quatre ceufs frais , d'en faire une omelette que
l'on fera cuire avec de l'huile au lieu de beurre
qui en empêcheroit abfolument l'effet. Il la faut
faire manger au malade fans pain & fans le
faire boire.
La dofe ordinaire pour ceux qui font dans
l'accès , eft le poids de fix gros pour la première
fois , & que l'on doit donner au malade le plus
promptement qu'il eft poffible après qu'on s'en
eft apperçu , & les deux jours fuivans il faut
lui en donner chaque jour quatre gros à jeun ,
& qu'il ne prenne aucune nourriture ni boiffon
que trois heures après.
La dofe pour ceux qui font mordus à fang
& pour ceux qui ont été manqués à la mer eſt
de quatre gros chacun des trois jours.
La dofe pour ceux qui n'ont été que pincés¿
206 MERCURE DE FRANCE.
léchés ou éraflés , ou qui craignent la Rage ;
ce qui eft fouvent auffi dangereux que la morfure
à fang , n'eft que de deux gros , & il n'en
faut prendre qu'une feule fois.
Campagne , à M.... Médecin à Paris.
MONSIEUR ,
J'AI trouvé dans les papiers de mon Prédéceffeur
le reméde contre la rage , que je joins
à la préfente , & tous les Habitans de ma Paroiffe
perfuadés de fon utilité , il m'a été rapporté
des effets fi falutaires de ce reméde , queconnoiffant
la bonté de votre coeur & l'étendue
de vos lumières >
j'ai vu que je pouvois vous
prier de l'éxaminer , afin qu'appuyé de votre
autorité , il puiffe acquérir dans le Royaume le
crédit qu'il a dans ma Paroiffe.
J'ai l'honneur d'être & c ,
NOVEMBRE. 1764. 2051
Remède contre la Rage.
Prenez des coquilles d'huîtres mâles ( celles
de dellous faites les calciner au feu ou au four
jufqu'à ce qu'elles fe rompent fans effort , redaifez
-les en poudre & la pallez au tamis faites
la prendre enfuite au malade comme il eft dit
ci - après.
en
Il y a trois manières de la prendre.
'
La première qui opére le plus promptement
eft d'en donner en bolle comme le Quinquina
mettant cette poudre fimplement dans du
pain à chanter mouillé , & en multipliant ces
bolles à proportion de la facilité avec laquelle le
malade pourra la prendre.
La deuxième eft de la donner dans du vin
blanc.
La troifiéme eft de battre cette poudre dans
quatre ceufs frais , d'en faire une omelette que
l'on fera cuire avec de l'huile au lieu de beurre
qui en empêcheroit abfolument l'effet. Il la faut
faire manger au malade fans pain & fans le
faire boire.
La dofe ordinaire pour ceux qui font dans
l'accès , eft le poids de fix gros pour la première
fois , & que l'on doit donner au malade le plus
promptement qu'il eft poffible après qu'on s'en
eft apperçu , & les deux jours fuivans il faut
lui en donner chaque jour quatre gros à jeun ,
& qu'il ne prenne aucune nourriture ni boiffon
que trois heures après.
La dofe pour ceux qui font mordus à fang
& pour ceux qui ont été manqués à la mer eſt
de quatre gros chacun des trois jours.
La dofe pour ceux qui n'ont été que pincés¿
206 MERCURE DE FRANCE.
léchés ou éraflés , ou qui craignent la Rage ;
ce qui eft fouvent auffi dangereux que la morfure
à fang , n'eft que de deux gros , & il n'en
faut prendre qu'une feule fois.
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Résumé : COPIE de la Lettre d'un Curé de Campagne, à M.... Médecin à Paris.
En novembre 1764, un curé de campagne adresse une lettre à un médecin parisien pour lui soumettre un remède contre la rage, découvert parmi les affaires de son prédécesseur. Les habitants de la paroisse attestent de son efficacité. Le curé demande au médecin d'examiner le remède afin qu'il puisse être reconnu et adopté dans tout le royaume. Ce remède est une poudre fabriquée à partir de coquilles d'huîtres mâles calcinées et tamisées. Elle peut être administrée en boule dans du pain, dans du vin blanc, ou dans une omelette cuite à l'huile. La dose varie selon la gravité du cas : six gros pour les personnes en accès, quatre gros pour celles mordues à sang ou blessées en mer, et deux gros pour celles pincées, léchées, éraflées ou craignant la rage. Le traitement doit être pris à jeun, sans nourriture ni boisson pendant trois heures après la prise.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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