Résultats : 4750 texte(s)
Accéder à l'ensemble des types de texte ou des types de paratexte.
Détail
Liste
2401
p. 759
« Troisiéme Feüille de la Carte Topographique des Environs de Paris, de M. l'Abbé Delagrive, [...] »
Début :
Troisiéme Feüille de la Carte Topographique des Environs de Paris, de M. l'Abbé Delagrive, [...]
Mots clefs :
Environs de Paris, Delagrive, Carte topographique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Troisiéme Feüille de la Carte Topographique des Environs de Paris, de M. l'Abbé Delagrive, [...] »
Troisiéme Feüille de la Carte Topographique
des Environs de Paris , de M. l'Abbé Delagrive ,
laquelle comprend le Parc et la Varenne S.Maur,
la Plaine de Creteil jusqu'à la Ville- neuve saint
George, le Château de Gros- Bois et ses Environs,
et la partie de la Brie , comprise entre Emery et
Servon ; se vend chez l'Auteur , Cloitre S. Benoît.
des Environs de Paris , de M. l'Abbé Delagrive ,
laquelle comprend le Parc et la Varenne S.Maur,
la Plaine de Creteil jusqu'à la Ville- neuve saint
George, le Château de Gros- Bois et ses Environs,
et la partie de la Brie , comprise entre Emery et
Servon ; se vend chez l'Auteur , Cloitre S. Benoît.
Fermer
2402
p. 759-760
Histoire complette de l'Eglise d'Evreux, [titre d'après la table]
Début :
M. Adam, Curé de S. Thomas d'Evreux en Normandie, qui travaille depuis long-temps à une [...]
Mots clefs :
Histoire ecclésiastique, Église d'Évreux, Évreux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire complette de l'Eglise d'Evreux, [titre d'après la table]
M.Adam, Curé de S. Thomas d'Evreux en Normandie
, qui travaille depuis long-temps à une
Histoire complette de l'Eglise d'Evreux , c'est - àdire
à une Histoire Ecclesiastique de la Ville Episcopale
et de tout le Diocèse , ce qui renferme les
Abbayes , Paroisses et Communautez Séculieres
et Régulieres qui s'y rencontrent, avertit les Personnes
, Maisons et Familles interessées , soit du
Pays dont on fait l'Histoire , soit étrangeres ,
que l'Ouyrage est fort avancé. Ceux qui voudront
bien lui fournir des Preuves , sur tout du
dehors , ou même Domestiques , c'est - à-dire
du
750 MERCURE DE FRANCE
que
du même Diocèse , ou qui voudront avoir quel-
Eclaircissement avec l'Auteur avant l'entiere
execution de l'Ouvrage qu'il prépare , sont priez
de les lui faite tenir en bonne forme , en 'affranchissant
, s'il leur plaît , leurs Lettres ou Paquets,
à l'adresse génerale du Mercure de France , ou
aux Libraires qui distribuent le Mercure à Paris.
L'Auteur ne manquera pas de marquer publiquement
sa reconnoissance aux personnes qui voudront
bien lui envoyer des Mémoires , er de faire
réponse à celles qui demanderont des Eclaircis
semens.
, qui travaille depuis long-temps à une
Histoire complette de l'Eglise d'Evreux , c'est - àdire
à une Histoire Ecclesiastique de la Ville Episcopale
et de tout le Diocèse , ce qui renferme les
Abbayes , Paroisses et Communautez Séculieres
et Régulieres qui s'y rencontrent, avertit les Personnes
, Maisons et Familles interessées , soit du
Pays dont on fait l'Histoire , soit étrangeres ,
que l'Ouyrage est fort avancé. Ceux qui voudront
bien lui fournir des Preuves , sur tout du
dehors , ou même Domestiques , c'est - à-dire
du
750 MERCURE DE FRANCE
que
du même Diocèse , ou qui voudront avoir quel-
Eclaircissement avec l'Auteur avant l'entiere
execution de l'Ouvrage qu'il prépare , sont priez
de les lui faite tenir en bonne forme , en 'affranchissant
, s'il leur plaît , leurs Lettres ou Paquets,
à l'adresse génerale du Mercure de France , ou
aux Libraires qui distribuent le Mercure à Paris.
L'Auteur ne manquera pas de marquer publiquement
sa reconnoissance aux personnes qui voudront
bien lui envoyer des Mémoires , er de faire
réponse à celles qui demanderont des Eclaircis
semens.
Fermer
Résumé : Histoire complette de l'Eglise d'Evreux, [titre d'après la table]
M. Adam, curé de Saint Thomas d'Évreux en Normandie, rédige une 'Histoire complète de l'Église d'Évreux'. Cette œuvre traite de l'histoire ecclésiastique de la ville épiscopale et du diocèse, incluant les abbayes, paroisses et communautés religieuses. L'auteur, ayant avancé significativement dans son travail, sollicite des preuves et des éclaircissements, qu'ils soient extérieurs ou domestiques, pour compléter son ouvrage. Les personnes intéressées peuvent envoyer leurs mémoires ou demandes d'éclaircissements à l'adresse générale du Mercure de France ou aux libraires distribuant le Mercure à Paris. L'auteur s'engage à reconnaître publiquement les contributions et à répondre aux demandes d'éclaircissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2403
p. 760
« Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
Début :
Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...]
Mots clefs :
Vers, Vente, Huguet de Semonville, Roussel, Digues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de
Semonville, Doyen du Parlement , se distribuë
chez Martin et Guerin , Libraires , ruë S. Jacques.
La vente de cette Bibliotheque se fera en détail
au commencement du mois de May prochain.
On apprend de la Haye , qu'Adrien Moetjens,
a mis en vente une seconde Edition des Observations
sur les Vers de Mer. Par M. Roussel ,
Membre de la Societé Royale des Sciences de
Berlin , augmentée de près de la moitié , l'Auteur
y ayant joint une Description des Digues et un
Examen des expédiens et remedes contre les Vers.
On trouve dans cette Edition trois Planches ,
dont une ajoûtéc , contient le Plan et le Profil
d'une Digue.
Semonville, Doyen du Parlement , se distribuë
chez Martin et Guerin , Libraires , ruë S. Jacques.
La vente de cette Bibliotheque se fera en détail
au commencement du mois de May prochain.
On apprend de la Haye , qu'Adrien Moetjens,
a mis en vente une seconde Edition des Observations
sur les Vers de Mer. Par M. Roussel ,
Membre de la Societé Royale des Sciences de
Berlin , augmentée de près de la moitié , l'Auteur
y ayant joint une Description des Digues et un
Examen des expédiens et remedes contre les Vers.
On trouve dans cette Edition trois Planches ,
dont une ajoûtéc , contient le Plan et le Profil
d'une Digue.
Fermer
Résumé : « Le Catalogue des Livres de feu M. Huguet de Semonville, Doyen du Parlement, se distribuë [...] »
La bibliothèque de M. Huguet de Semonville sera vendue en mai chez Martin et Guerin. Adrien Moetjens publie une seconde édition des 'Observations sur les Vers de Mer' de M. Roussel, augmentée de moitié, avec des descriptions de digues et des remèdes contre les vers. Elle inclut trois planches, dont une nouvelle sur une digue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2404
p. 760-762
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Rochelle, le 7. Mars 1733. sur une Operation d'Agriculture.
Début :
L'Amour que j'ai toûjours eu pour l'Agriculture, m'ayant engagé il y a 5. à 6. ans à faire [...]
Mots clefs :
Provigner, Arbres, Agriculture, Arbrisseaux étrangers, Boutures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Rochelle, le 7. Mars 1733. sur une Operation d'Agriculture.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Rochelle , le 7. Mars 1733. sur une Operation
d'Agriculture.
Lin
'Amour que j'ai toûjours eu pour l'Agriculture,
m'ayant engagé il y a 5. à 6. ans à faire
dea recherches sur la maniere de provigner les
Arbres
AVRI L. I-33. 761
Arbres et les Arbrisseaux étrangers , je fis des
essais d'autant de manieres que j'en trouvai de
décrites , et de toutes celles que j'imaginai ; mais*
tout ce que je fis la premiere année répondit assez
mal à mon attente ; celle de M. Lignon ( qu'a décrite
M. de Vallemont , p . 406. ) me fit esperer
quelque réussite pour l'avenir. Dans cette esperance
, je la refis l'année suivante avec toute l'atténtion
dont je puis être capable , mais mes soins
furent presque tous infructueux , elle ne répondit
guere mieux à mes esperances que la premiere
année ; car par cette Méthode de 10. Sujets que
j'ai mis en experience , à peine m'n a - t'il réussi
deux ou trois , et qui le plus souvent sont morts /
Pannée suivante.
Après beaucoup de recherches , dont je craindrois
, Monsieur, que le long dêtail ne vous filt
ennuyeux,j'ai enfin été assez heureux pour réussir
à provigner par des boutures les Arbres et les
Arbrisseaux étrangers , ( chose tant souhaitée
par M. de Laquintinic ) puisque de dix boutures
souvent il n'en manque pas une par ma Méthode,
qui est entierement differente de celle de M. Lignon
, si l'on en excepte l'eau. J'ai actuellement
des Grenadiers nains , Citronniers et Jasmins
jaunes, odorés d'Inde , que j'ai provignés de boutu
re. Il est vrai qu'il y a un grand choix à faire
des branches qu'il faut prendre pour réussir
àtte multiplication . Le temps le plus convenable
est le mois d'Avril et de May , où il est facile
d'en transporter , en mettant les boutures
dans de la mousse fraiche et dans une boëte bien
fermée , comme on le pratique depuis long- temps
pour les Greffes des Arbres fruitiers qu'on transporte
d'une Province et même d'un Royaume
dans un autre.
Si
762 MERCURE DE FRANCE
Si vous jugez , Monsieur , que ce que je viens
d'avoir l'honneur de vous écrire puisse être utile
aux Amateurs de l'Agriculture , je vous serai
obligé si vous voulez bien en mettre un Extrait
dans votre Journal ; et si quelques Amateurs veulent
s'assurer de ce que j'ai écrit , ils n'auront
qu'à m'envoyer des morceaux des Arbrisseaux
qu'ils desireront provigner , et je me ferai un
vrai plaisir de les leur provigner avec les miens, et
de les leur renvoyer. Signé, Faneuil de la Croix.
Rochelle , le 7. Mars 1733. sur une Operation
d'Agriculture.
Lin
'Amour que j'ai toûjours eu pour l'Agriculture,
m'ayant engagé il y a 5. à 6. ans à faire
dea recherches sur la maniere de provigner les
Arbres
AVRI L. I-33. 761
Arbres et les Arbrisseaux étrangers , je fis des
essais d'autant de manieres que j'en trouvai de
décrites , et de toutes celles que j'imaginai ; mais*
tout ce que je fis la premiere année répondit assez
mal à mon attente ; celle de M. Lignon ( qu'a décrite
M. de Vallemont , p . 406. ) me fit esperer
quelque réussite pour l'avenir. Dans cette esperance
, je la refis l'année suivante avec toute l'atténtion
dont je puis être capable , mais mes soins
furent presque tous infructueux , elle ne répondit
guere mieux à mes esperances que la premiere
année ; car par cette Méthode de 10. Sujets que
j'ai mis en experience , à peine m'n a - t'il réussi
deux ou trois , et qui le plus souvent sont morts /
Pannée suivante.
Après beaucoup de recherches , dont je craindrois
, Monsieur, que le long dêtail ne vous filt
ennuyeux,j'ai enfin été assez heureux pour réussir
à provigner par des boutures les Arbres et les
Arbrisseaux étrangers , ( chose tant souhaitée
par M. de Laquintinic ) puisque de dix boutures
souvent il n'en manque pas une par ma Méthode,
qui est entierement differente de celle de M. Lignon
, si l'on en excepte l'eau. J'ai actuellement
des Grenadiers nains , Citronniers et Jasmins
jaunes, odorés d'Inde , que j'ai provignés de boutu
re. Il est vrai qu'il y a un grand choix à faire
des branches qu'il faut prendre pour réussir
àtte multiplication . Le temps le plus convenable
est le mois d'Avril et de May , où il est facile
d'en transporter , en mettant les boutures
dans de la mousse fraiche et dans une boëte bien
fermée , comme on le pratique depuis long- temps
pour les Greffes des Arbres fruitiers qu'on transporte
d'une Province et même d'un Royaume
dans un autre.
Si
762 MERCURE DE FRANCE
Si vous jugez , Monsieur , que ce que je viens
d'avoir l'honneur de vous écrire puisse être utile
aux Amateurs de l'Agriculture , je vous serai
obligé si vous voulez bien en mettre un Extrait
dans votre Journal ; et si quelques Amateurs veulent
s'assurer de ce que j'ai écrit , ils n'auront
qu'à m'envoyer des morceaux des Arbrisseaux
qu'ils desireront provigner , et je me ferai un
vrai plaisir de les leur provigner avec les miens, et
de les leur renvoyer. Signé, Faneuil de la Croix.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Rochelle, le 7. Mars 1733. sur une Operation d'Agriculture.
Dans une lettre datée du 7 mars 1733 à La Rochelle, l'auteur exprime sa passion pour l'agriculture et ses recherches sur la provignation des arbres et arbrisseaux étrangers. Il a expérimenté diverses méthodes, dont celle de M. Lignon décrite par M. de Vallemont, sans succès notable. Après plusieurs tentatives infructueuses, il a réussi à provigner des arbres par bouturage, obtenant un taux de réussite élevé. Sa méthode, distincte de celle de M. Lignon, utilise des branches sélectionnées et de la mousse fraîche, avec une période idéale de réalisation en avril et mai. L'auteur propose de partager cette méthode avec les amateurs d'agriculture et offre ses services pour provigner des arbrisseaux pour ceux qui en font la demande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2405
p. 762-763
Assemblées publiques des Académies des Belles-Lettres et des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
Le 12. Mars 1733. M. l'Evêque de Vence fut reçû dans l'Académie Françoise, à la place de [...]
Mots clefs :
Prix, Académie française, Académie royale des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblées publiques des Académies des Belles-Lettres et des Sciences, [titre d'après la table]
Le 12. Mars 1733. M. l'Evêque de Vence fut
reçû dans l'Académie Françoise , à la place de
feu M. le Duc de Coaslin , Evêque de Metz. Il fit
un Discours de remerciement , auquel M. Danchet
, Chancelier de l'Académie , répondit , et ils
parlerent l'un et l'autre avec beaucoup d'éloquence.
L'Académie Françoise a fait sçavoir au Public
que le 25. jour d'Août prochain 1733. elle donñera
le Prix d'Eloquence , fondé par M. de Balzac.
Le sujet sera , De la moderation dans la dispute
; selon ces paroles de l'Ecriture Sainte : Responsio
mollis frangit iram. Cap. 15. vers. 1 .
Le même jour elle donnera le Prix de Poësie ,
fondé par M. de Clermont de Tonnerre. Le Sujet
sera: Les progrès de la Sculpture sous le Regne de
LOUIS LE GRAND. Celui qui remportera
le Prix de Prose de cette année 1733. recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parce que l'Académie
n'a point encore donné le Prix de Prose
en 1731.
Le Mardi 14. d'Avril , l'Académie Royale des
Belles Lettres tint son Assemblée publique.
-
M.
A
1733• 763
M. le Cardinal de Polignac y présida. D'abord
M. de Boze , Secretaire perpetuel , fit la lecture
d'un Programme , dont voicy la teneur :
reçû dans l'Académie Françoise , à la place de
feu M. le Duc de Coaslin , Evêque de Metz. Il fit
un Discours de remerciement , auquel M. Danchet
, Chancelier de l'Académie , répondit , et ils
parlerent l'un et l'autre avec beaucoup d'éloquence.
L'Académie Françoise a fait sçavoir au Public
que le 25. jour d'Août prochain 1733. elle donñera
le Prix d'Eloquence , fondé par M. de Balzac.
Le sujet sera , De la moderation dans la dispute
; selon ces paroles de l'Ecriture Sainte : Responsio
mollis frangit iram. Cap. 15. vers. 1 .
Le même jour elle donnera le Prix de Poësie ,
fondé par M. de Clermont de Tonnerre. Le Sujet
sera: Les progrès de la Sculpture sous le Regne de
LOUIS LE GRAND. Celui qui remportera
le Prix de Prose de cette année 1733. recevra
deux Médailles d'or au lieu d'une , parce que l'Académie
n'a point encore donné le Prix de Prose
en 1731.
Le Mardi 14. d'Avril , l'Académie Royale des
Belles Lettres tint son Assemblée publique.
-
M.
A
1733• 763
M. le Cardinal de Polignac y présida. D'abord
M. de Boze , Secretaire perpetuel , fit la lecture
d'un Programme , dont voicy la teneur :
Fermer
Résumé : Assemblées publiques des Académies des Belles-Lettres et des Sciences, [titre d'après la table]
Le 12 mars 1733, l'évêque de Vence fut accueilli à l'Académie Française, succédant au duc de Coaslin, évêque de Metz. Il prononça un discours de remerciement, auquel M. Danchet, chancelier de l'Académie, répondit avec éloquence. L'Académie annonça que le 25 août 1733, elle attribuerait le Prix d'Éloquence, fondé par M. de Balzac, sur le sujet 'De la modération dans la dispute', tiré de l'Écriture Sainte. Le même jour, elle décernerait le Prix de Poésie, fondé par M. de Clermont de Tonnerre, sur le thème 'Les progrès de la Sculpture sous le règne de Louis le Grand'. Le lauréat du Prix de Prose 1733 recevrait deux médailles d'or au lieu d'une, car le prix de 1731 n'avait pas été attribué. Le 14 avril 1733, l'Académie Royale des Belles Lettres tint son assemblée publique, présidée par le cardinal de Polignac. M. de Boze, secrétaire perpétuel, lut un programme lors de cette assemblée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2406
p. 763-764
PRIX LITTERAIRE, fondé dans l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, par M. Durey de Noinville, Maître des Requêtes Ordinaires, Président au Grand-Conseil, et Membre de cette Académie.
Début :
L'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres distribuera tous les ans, à commencer [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Prix, Durey de Noinville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX LITTERAIRE, fondé dans l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, par M. Durey de Noinville, Maître des Requêtes Ordinaires, Président au Grand-Conseil, et Membre de cette Académie.
PRIX LITTERAIRE , fondé
dans l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres , par M. Durey de
Noinville , Maître des Requêtes Ordinaires
, Président au Grand- Conseil , et
Membre de cette Académie.
L'Aca
'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres distribuera tous les ans, à commencer
à Pâques prochain , une Médaille d'or de la valeur
de quatre cent livres , à l'Auteur qui aura le
mieux traité le Sujet d'Histoire ou de Littérature
qu'elle aura indiqué.
Toutes personnes , de quelque Pays et condition
qu'elles soient , excepté celles qui composent
ladite Académie , seront admises à concourir
pour ce Prix , et leurs Ouvrages pourront être
écrits en François ou en Latin , à leur choix . Il
faudra seulement les borner à une heure de lecture
au plus .
Les Auteurs mettront simplement une Devise
à leurs Ouvrages ; mais pour se faire connoître
ils y joindront , dans un papier cacheté et écrit
de leur propre main , leur nom , demeure et qualitez
, et ce papier ne sera ouvert qu'après l'adju
dication du Prix.
Les Pieces affranchies de tous ports , seront
mises entre les mains du Secretaire de l'Académie
avant le premier Decembre de chaque année.
On déclarera dans l'Assemblée publique d'après
Pâques , la Piece qui aura remporté le Prix , et
G -ón
པ
on y indiquera ensuite le Sujet que l'Académie
aura déterminé pour le concours de l'année suivante.
Celui que l'Académie donne à traiter cette
année est l'Etat des Sciences dans l'étenduë de la
Monarchie Françoise sous Charlemagne.
Après cette Lecture , M. de Boze ouvrit la
Séance par un très- bel Eloge de M. le Duc de
Coaflin , Evêque de Metz.
M. l'Abbé Gédoin lût ensuite l'Histoire de la
Vie et des Ouvrages de Phidias , celebre Statuaire
de la Grece , et Auteur de la Statue de Jupiter
Olympien , l'une des sept Merveilles du Monde.
M. de Foncemagne lût pour M. Bonami , une
Dissertation sur les differens Systêmes dès anciens
Philosophes , au sujet de la pluralité des
Mondes.
Et M. Freret termina la Séance , en lisant pour
M. Lancelot une Dissertation sur les Figures
qu'on croit être du temps de Charlemagne , qui
se voyent au Portail de l'Eglise de l'Abbaye de la
Magdelaine de Châteaudun , que cet Académieien
est allé examiner lui - même , et qu'il a fair
dessiner exactement sur les Lieux .
dans l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles - Lettres , par M. Durey de
Noinville , Maître des Requêtes Ordinaires
, Président au Grand- Conseil , et
Membre de cette Académie.
L'Aca
'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres distribuera tous les ans, à commencer
à Pâques prochain , une Médaille d'or de la valeur
de quatre cent livres , à l'Auteur qui aura le
mieux traité le Sujet d'Histoire ou de Littérature
qu'elle aura indiqué.
Toutes personnes , de quelque Pays et condition
qu'elles soient , excepté celles qui composent
ladite Académie , seront admises à concourir
pour ce Prix , et leurs Ouvrages pourront être
écrits en François ou en Latin , à leur choix . Il
faudra seulement les borner à une heure de lecture
au plus .
Les Auteurs mettront simplement une Devise
à leurs Ouvrages ; mais pour se faire connoître
ils y joindront , dans un papier cacheté et écrit
de leur propre main , leur nom , demeure et qualitez
, et ce papier ne sera ouvert qu'après l'adju
dication du Prix.
Les Pieces affranchies de tous ports , seront
mises entre les mains du Secretaire de l'Académie
avant le premier Decembre de chaque année.
On déclarera dans l'Assemblée publique d'après
Pâques , la Piece qui aura remporté le Prix , et
G -ón
པ
on y indiquera ensuite le Sujet que l'Académie
aura déterminé pour le concours de l'année suivante.
Celui que l'Académie donne à traiter cette
année est l'Etat des Sciences dans l'étenduë de la
Monarchie Françoise sous Charlemagne.
Après cette Lecture , M. de Boze ouvrit la
Séance par un très- bel Eloge de M. le Duc de
Coaflin , Evêque de Metz.
M. l'Abbé Gédoin lût ensuite l'Histoire de la
Vie et des Ouvrages de Phidias , celebre Statuaire
de la Grece , et Auteur de la Statue de Jupiter
Olympien , l'une des sept Merveilles du Monde.
M. de Foncemagne lût pour M. Bonami , une
Dissertation sur les differens Systêmes dès anciens
Philosophes , au sujet de la pluralité des
Mondes.
Et M. Freret termina la Séance , en lisant pour
M. Lancelot une Dissertation sur les Figures
qu'on croit être du temps de Charlemagne , qui
se voyent au Portail de l'Eglise de l'Abbaye de la
Magdelaine de Châteaudun , que cet Académieien
est allé examiner lui - même , et qu'il a fair
dessiner exactement sur les Lieux .
Fermer
Résumé : PRIX LITTERAIRE, fondé dans l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, par M. Durey de Noinville, Maître des Requêtes Ordinaires, Président au Grand-Conseil, et Membre de cette Académie.
L'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, à l'initiative de M. Durey de Noinville, crée un prix littéraire annuel. Chaque année, à partir du prochain Pâques, une médaille d'or d'une valeur de quatre cents livres sera décernée à l'auteur ayant le mieux traité un sujet d'histoire ou de littérature choisi par l'Académie. Le concours est ouvert à toutes les personnes, sauf les membres de l'Académie, et les œuvres peuvent être rédigées en français ou en latin. Elles ne doivent pas dépasser une heure de lecture. Les auteurs doivent inclure une devise et fournir leurs nom, adresse et qualifications dans un papier cacheté. Les manuscrits doivent être remis au secrétaire de l'Académie avant le premier décembre. Le sujet pour cette année est 'L'État des Sciences dans l'étendue de la Monarchie Françoise sous Charlemagne'. La séance mentionnée inclut des éloges et des lectures sur divers sujets historiques et philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2407
p. 764-765
« Le Mercredi 4. Mars, l'Académie Royale des Sciences accorda la veterance à M. de Lagny, [...] »
Début :
Le Mercredi 4. Mars, l'Académie Royale des Sciences accorda la veterance à M. de Lagny, [...]
Mots clefs :
Lagni, Camus, Clairaux, Fontenelle, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Mercredi 4. Mars, l'Académie Royale des Sciences accorda la veterance à M. de Lagny, [...] »
Le Mercredi 4. Mars , l'Académie Royale des
Sciences accorda la veterance à M. de Lagni ,
Pensionnaire Géometre.
Le Mercredi 11. pour remplir cette place vacante
, l'Académie élût pour les trois Sujets , dont
l'un , au choix du Roy , doit avoir cette Place ;
Mrs Pitot et Clairaux , Membres de la Compagnie
, et M. Fontaine , Externe .
Le Mercredi 18. le Comte de Maurepas , Ministre
d'Etat , fit part à la Compagnie du choix
de S M. en faveur de M. Pitot , qui par cette
élevation laisse vacante une Place d'Associé Méchanicien
AVRIL.
1733 765
Le Mardi
24. pour remplir cette derniere Place
d'Associé , l'Académie élût pour les deux Sujets,
dont l'un doit avoir cette place , au choix du
Roy , Mrs Camus et Clairaux , pour le Membre
de la Compagnie , attendu qu'ils avoient cû par
l'Election , égalité de voix , et M. Fontaine pour
Externe. Quelques jours après le Comte de Mau
repas écrivit à la Compagnie, que le Roi avoit
choisi Mrs Camus et Clairaux, pour remplir cette
seale place , et ordonna que la premiere place de
ce genre qui viendra à vacquer , ne sera point
remplie.
Le Mercredi 15. Avril , cette Académie tint
son Assemblée publique , à laquelle présida M.le
Cardinal de Polignac .
M. de Fontenelle ouvrit la Séance , en annon
çant que le Prix qui avoit été proposé par l'Académie
pour cette année 1733. sur la meilleure
maniere de mesurer en Mer le Sillage d'un Vaisseau
, ou le chemin qu'il parcourt , étoit adjugé à là
Piece , dont l'Auteur est M. le Marquis Poléni ,
Professeur de Mathématique à Padoue.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M. le
Chevalier de Louville , Pensionnaire Astronome,
mort dans le dernier Sémestre de 1732 .
Après cela M de Reaumur lût un Discours
qui doit être à la tête de son grand et curieux
Ouvrage de l'Histoire des Insectes.
M. Buache lût ensuite un Memoire de Géographie
, et M. Dufay finit la Séance par la lec
ture d'un Memoire sur l'Electricité des Corps.
Sciences accorda la veterance à M. de Lagni ,
Pensionnaire Géometre.
Le Mercredi 11. pour remplir cette place vacante
, l'Académie élût pour les trois Sujets , dont
l'un , au choix du Roy , doit avoir cette Place ;
Mrs Pitot et Clairaux , Membres de la Compagnie
, et M. Fontaine , Externe .
Le Mercredi 18. le Comte de Maurepas , Ministre
d'Etat , fit part à la Compagnie du choix
de S M. en faveur de M. Pitot , qui par cette
élevation laisse vacante une Place d'Associé Méchanicien
AVRIL.
1733 765
Le Mardi
24. pour remplir cette derniere Place
d'Associé , l'Académie élût pour les deux Sujets,
dont l'un doit avoir cette place , au choix du
Roy , Mrs Camus et Clairaux , pour le Membre
de la Compagnie , attendu qu'ils avoient cû par
l'Election , égalité de voix , et M. Fontaine pour
Externe. Quelques jours après le Comte de Mau
repas écrivit à la Compagnie, que le Roi avoit
choisi Mrs Camus et Clairaux, pour remplir cette
seale place , et ordonna que la premiere place de
ce genre qui viendra à vacquer , ne sera point
remplie.
Le Mercredi 15. Avril , cette Académie tint
son Assemblée publique , à laquelle présida M.le
Cardinal de Polignac .
M. de Fontenelle ouvrit la Séance , en annon
çant que le Prix qui avoit été proposé par l'Académie
pour cette année 1733. sur la meilleure
maniere de mesurer en Mer le Sillage d'un Vaisseau
, ou le chemin qu'il parcourt , étoit adjugé à là
Piece , dont l'Auteur est M. le Marquis Poléni ,
Professeur de Mathématique à Padoue.
M. de Fontenelle lût ensuite l'Eloge de M. le
Chevalier de Louville , Pensionnaire Astronome,
mort dans le dernier Sémestre de 1732 .
Après cela M de Reaumur lût un Discours
qui doit être à la tête de son grand et curieux
Ouvrage de l'Histoire des Insectes.
M. Buache lût ensuite un Memoire de Géographie
, et M. Dufay finit la Séance par la lec
ture d'un Memoire sur l'Electricité des Corps.
Fermer
Résumé : « Le Mercredi 4. Mars, l'Académie Royale des Sciences accorda la veterance à M. de Lagny, [...] »
En mars, l'Académie Royale des Sciences accorda la vénérabilité à M. de Lagni, puis élut trois candidats pour le remplacer : MM. Pitot, Clairaux et Fontaine. Le 18 mars, le Comte de Maurepas annonça que le Roi avait choisi M. Pitot, laissant une place d'Associé Méchanicien vacante. Le 24 avril, l'Académie élut MM. Camus, Clairaux et Fontaine pour cette place. Le Comte de Maurepas informa ensuite que le Roi avait choisi MM. Camus et Clairaux, et ordonna que la prochaine place vacante ne serait pas remplie. Le 15 avril, l'Académie tint son assemblée publique présidée par le Cardinal de Polignac. M. de Fontenelle attribua le prix pour la meilleure manière de mesurer en mer le sillage d'un vaisseau à M. le Marquis Poléni et lut l'éloge de M. le Chevalier de Louville. M. de Reaumur présenta un discours sur l'Histoire des Insectes, M. Buache un mémoire de géographie, et M. Dufay un mémoire sur l'électricité des corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2408
p. 765-767
Programme du Prix de l'Acad. des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
Voici le Programme du Prix proposé par cette Académie pour l'année 1733. [...]
Mots clefs :
Secrétaire, Récépissé, Prix, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Programme du Prix de l'Acad. des Sciences, [titre d'après la table]
Voici le Programme du Prix proposé par cette
Académie pour l'année 1733.
Feu M. Rouillé de Meflay , ancien Conseiller
iu Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrès des Sciences , et
Gij
766 MERCURE DE FRANCE
44
à l'utilité que le Public en doit retirer , a legué à
l'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde,et l'Astronomie Physique .
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000 . livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix qui tombe dans l'année 1735 .
Quelle doit être la meilleure construction des Anres
, tant par rapport à leur figure qu'à la maniere
de les forger , et quelle est la meilleure maniere de
les éprouver.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez,
Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ou
vrages .
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles,
sue
AVRIL: 1733 . 767
鄂
sur- tout quand il y aura des Calculs d'Algebre
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
, mais seulement une Sentence ou Devise . Ils
pourront, s'ils veulent , attacher à leur Ecrit unBil.
let séparé et cacheté par eux ,où seront avec cette
même Sentence , leur nom , leurs qualitez et leur
adresse , et ce Billet ne sera ouvert par l'Acadé
mie , qu'en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris , au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas le Secretaire en
donnera en même- temps à celui qui les lui aura
remis, son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre ou
le temps dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1734. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1735. proclamera la Piece qui aura rem
porté ce Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Trésorier de l'Académie
délivrera la somme du Prix à celui qui
lui rapportera ce Recepissé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité .
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
Académie pour l'année 1733.
Feu M. Rouillé de Meflay , ancien Conseiller
iu Parlement de Paris , ayant conçu le noble
dessein de contribuer au progrès des Sciences , et
Gij
766 MERCURE DE FRANCE
44
à l'utilité que le Public en doit retirer , a legué à
l'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui seront distribuez à ceux , qui au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réussi sur deux differentes sortes de Sujets , qu'il
a indiquez dans son Testament , et dont il a donné
des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê
me general du Monde,et l'Astronomie Physique .
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux termes
du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considerable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navigation
et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et sera
'de 2000 . livres.
L'Académie se conformant aux vûës et aux
intentions du Testateur , propose pour Sujet du
second Prix qui tombe dans l'année 1735 .
Quelle doit être la meilleure construction des Anres
, tant par rapport à leur figure qu'à la maniere
de les forger , et quelle est la meilleure maniere de
les éprouver.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invitez
à travailler sur ces Sujets , et même les Associez,
Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la Loi
d'exclure les Académiciens regnicoles de prétendre
aux Prix .
Ceux qui composeront sont invitez à écrire en
François ou en Latin , mais sans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs Ou
vrages .
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisibles,
sue
AVRIL: 1733 . 767
鄂
sur- tout quand il y aura des Calculs d'Algebre
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ouvrages
, mais seulement une Sentence ou Devise . Ils
pourront, s'ils veulent , attacher à leur Ecrit unBil.
let séparé et cacheté par eux ,où seront avec cette
même Sentence , leur nom , leurs qualitez et leur
adresse , et ce Billet ne sera ouvert par l'Acadé
mie , qu'en cas que la Piece ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresseront
leurs Ouvrages à Paris , au Secretaire perpetuel
de l'Académie , ou les lui feront remettre entre
les mains. Dans ce second cas le Secretaire en
donnera en même- temps à celui qui les lui aura
remis, son Recepissé , où sera marquée la Sentence
de l'Ouvrage et son numero , selon l'ordre ou
le temps dans lequel il aura été reçû .
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au premier
Septembre 1734. exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1735. proclamera la Piece qui aura rem
porté ce Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la Piece
qui aura remporté le Prix , le Trésorier de l'Académie
délivrera la somme du Prix à celui qui
lui rapportera ce Recepissé. Il n'y aura à cela
nulle autre formalité .
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même
, qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
Fermer
Résumé : Programme du Prix de l'Acad. des Sciences, [titre d'après la table]
En 1733, l'Académie Royale des Sciences a reçu un legs de M. Rouillé de Meslay pour promouvoir les sciences. Ce legs a permis la création de deux prix annuels : l'un pour des sujets liés au système général du monde et à l'astronomie physique, l'autre pour la navigation et le commerce. En raison de la diminution des rentes, ces prix sont désormais attribués tous les deux ans. Pour l'année 1735, le sujet du second prix concerne la meilleure construction des ancres, tant en termes de figure que de méthode de forgeage, ainsi que la meilleure manière de les éprouver. Les savants de toutes les nations, à l'exception des académiciens français, sont invités à participer. Les travaux peuvent être rédigés en français, en latin ou dans toute autre langue et doivent être envoyés avant le 1er septembre 1734. Les auteurs doivent utiliser une devise pour identifier leurs œuvres et peuvent inclure un billet cacheté avec leurs informations personnelles. Le prix sera décerné lors de l'assemblée publique de l'Académie après Pâques 1735.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2409
p. 767-769
« Le 13. Mars, le Pere Porée, l'un des Professeurs de Rhétorique au College de Louïs le Grand, [...] »
Début :
Le 13. Mars, le Pere Porée, l'un des Professeurs de Rhétorique au College de Louïs le Grand, [...]
Mots clefs :
Éloquence, Cicéron, Abbé Souchay, Père Porée, Collège Louis le Grand, Collège royal, Académie de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 13. Mars, le Pere Porée, l'un des Professeurs de Rhétorique au College de Louïs le Grand, [...] »
Le 13. Mars , le Pere Porée , l'un des Professturs
de Réthorique au College de Louis le Grand,
prononça avec beaucoup d'éloquence un Discours
Latin , dans lequel il examina si le Théatre
est , ou peut être une Ecole propre à former les
Gij moeurs
768 MERCURE DE FRANCE
moeurs. L'Assemblée étoit composée des Cardi →
naux de Polignac et de Bissy , du Nonce du Pape
, de plusieurs Prélats et d'un grand nombre
personnes de distinction . Nous donnerons le
mois prochain un Extrait de cette Piece d'Elaquence.
de
·
Le 14. Février , M. l'Abbé Souchay , de l'Académie
des Belles - Lettres , fut installé Professeur
d'Eloquence au College Royal , et prononça
à cette occasion dans le même College un Discours
Latin , en présence d'un Auditoire nombreux
et choisi ; il s'étoit proposé sur tout de
montrer en quoi la lecture de Ciceron peut
contribuer à l'Eloquence Françoise.
Dans la premiere Partie , après avoir établi la
nécessité des modeles dans tous les Arts , et par
conséquent et à plus forte raison , dans l'Art Ora
toire , il prouva par le caractere des Orateurs anciens
et modernes , que Ciceron est de tous les
Orateurs celui qui peut le plus contribuer à notre
Eloquence , parce qu'il a excellé dans tous les
genres , et que sa maniere s'accorde parfaitement
avec notre génie.
qui
M. l'Abbé Souchay commença sa seconde Partie
par un Tableau de l'Eloquence de Ciceron.
C'est l'Orateur le plus touchant qui ait jamais
été , qui ait le mieux observé les bienséances ,
ait répandu dans ses compositions plus d'agrémens
naturels ; et jamais Ecrivain ne fut plus éloquent.
C'est par l'application de ces differens
traits au caractere de la Nation , que M. l'Abbé
Souchay établit en quoi Ciceron peut contribuer
à notre Eloquence. Nous aimons , être touchez ;
nous sommes frappez de la nécessité des bienséances
, nous sommes ravis de les avoir obser-
γεις ;
AVRIL. 1733 769
vées ; les pensées ingénieuses nous plaisent ; mais
nous voulons qu'elles soient naturelles . L'élocu
tion de Ciceron peut mieux servir à former la
nôtre . Elle nous apprendra à éviter les Métapho
res ou trop hardies ou trop recherchées , et à
mettre dans nos Discours ce nombre qui doit
flatter l'oreille pour aller au coeur. Quel modele
plus convenable pour nous , conclut M. l'Abbé
Souchay , mais sur tout aujourd'hui que la plupart
semblent donner la préference aux Plines et
aux Pacats sur Ciceron même , et se picquer de
dire tout avec esprit , et de ne parler , pour ainsi
dire , que par Enigmes,
L'Académie de Chirurgie , établie à Paris sous
la protection du Roy , propose pour Sujet du
Prix de l'année 1733. la Question suivante :
Quels sont , selon les differens cas , les avantages es
les inconveniens de l'usage des Tentes et autres Dilatans.
Les Ouvrages pour le concours seront remis
ou adressez francs de port , à M. Morand, Secretaire
de l'Académie , et ne seront reçûs que jusques
au dernier jour de l'année 1733 .
Le meilleur Memoire sur la Question propo
sée , sera couronné par le Prix , qui consistera en
une Médaille d'or de la valeur de 200. livres .
de Réthorique au College de Louis le Grand,
prononça avec beaucoup d'éloquence un Discours
Latin , dans lequel il examina si le Théatre
est , ou peut être une Ecole propre à former les
Gij moeurs
768 MERCURE DE FRANCE
moeurs. L'Assemblée étoit composée des Cardi →
naux de Polignac et de Bissy , du Nonce du Pape
, de plusieurs Prélats et d'un grand nombre
personnes de distinction . Nous donnerons le
mois prochain un Extrait de cette Piece d'Elaquence.
de
·
Le 14. Février , M. l'Abbé Souchay , de l'Académie
des Belles - Lettres , fut installé Professeur
d'Eloquence au College Royal , et prononça
à cette occasion dans le même College un Discours
Latin , en présence d'un Auditoire nombreux
et choisi ; il s'étoit proposé sur tout de
montrer en quoi la lecture de Ciceron peut
contribuer à l'Eloquence Françoise.
Dans la premiere Partie , après avoir établi la
nécessité des modeles dans tous les Arts , et par
conséquent et à plus forte raison , dans l'Art Ora
toire , il prouva par le caractere des Orateurs anciens
et modernes , que Ciceron est de tous les
Orateurs celui qui peut le plus contribuer à notre
Eloquence , parce qu'il a excellé dans tous les
genres , et que sa maniere s'accorde parfaitement
avec notre génie.
qui
M. l'Abbé Souchay commença sa seconde Partie
par un Tableau de l'Eloquence de Ciceron.
C'est l'Orateur le plus touchant qui ait jamais
été , qui ait le mieux observé les bienséances ,
ait répandu dans ses compositions plus d'agrémens
naturels ; et jamais Ecrivain ne fut plus éloquent.
C'est par l'application de ces differens
traits au caractere de la Nation , que M. l'Abbé
Souchay établit en quoi Ciceron peut contribuer
à notre Eloquence. Nous aimons , être touchez ;
nous sommes frappez de la nécessité des bienséances
, nous sommes ravis de les avoir obser-
γεις ;
AVRIL. 1733 769
vées ; les pensées ingénieuses nous plaisent ; mais
nous voulons qu'elles soient naturelles . L'élocu
tion de Ciceron peut mieux servir à former la
nôtre . Elle nous apprendra à éviter les Métapho
res ou trop hardies ou trop recherchées , et à
mettre dans nos Discours ce nombre qui doit
flatter l'oreille pour aller au coeur. Quel modele
plus convenable pour nous , conclut M. l'Abbé
Souchay , mais sur tout aujourd'hui que la plupart
semblent donner la préference aux Plines et
aux Pacats sur Ciceron même , et se picquer de
dire tout avec esprit , et de ne parler , pour ainsi
dire , que par Enigmes,
L'Académie de Chirurgie , établie à Paris sous
la protection du Roy , propose pour Sujet du
Prix de l'année 1733. la Question suivante :
Quels sont , selon les differens cas , les avantages es
les inconveniens de l'usage des Tentes et autres Dilatans.
Les Ouvrages pour le concours seront remis
ou adressez francs de port , à M. Morand, Secretaire
de l'Académie , et ne seront reçûs que jusques
au dernier jour de l'année 1733 .
Le meilleur Memoire sur la Question propo
sée , sera couronné par le Prix , qui consistera en
une Médaille d'or de la valeur de 200. livres .
Fermer
Résumé : « Le 13. Mars, le Pere Porée, l'un des Professeurs de Rhétorique au College de Louïs le Grand, [...] »
Le 13 mars, le Père Porée, professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand, prononça un discours en latin sur la question de savoir si le théâtre peut être une école propre à former les mœurs. L'événement rassembla des personnalités notables, dont les cardinaux de Polignac et de Bissy, le Nonce du Pape, plusieurs prélats et de nombreuses personnes de distinction. Le 14 février, l'Abbé Souchay, membre de l'Académie des Belles-Lettres, fut installé professeur d'éloquence au Collège Royal et prononça un discours en latin sur la contribution de la lecture de Cicéron à l'éloquence française. Il souligna la nécessité des modèles en art oratoire et prouvat que Cicéron, par son excellence dans divers genres et son accord avec le génie national, est le modèle le plus pertinent. L'Abbé Souchay décrivit également Cicéron comme l'orateur le plus touchant et le plus éloquent, capable d'observer les bienséances et de répandre des agréments naturels. Il conclut que l'éloquence de Cicéron, par sa simplicité et son respect des bienséances, est un modèle approprié pour les orateurs français. L'Académie de Chirurgie de Paris proposa pour l'année 1733 un sujet de prix sur les avantages et inconvénients de l'usage des tentes et autres dilatants. Les mémoires doivent être soumis avant le 31 décembre 1733 à M. Morand, secrétaire de l'Académie, et le meilleur sera récompensé par une médaille d'or valant 200 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2410
p. 769-771
Eloge du P. Boursault, [titre d'après la table]
Début :
Le R. P. Claude-Edme Boursault, Superieur des Théatins, Prédicateur ordinaire du Roy, [...]
Mots clefs :
Claude-Edme Boursault, Théatins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge du P. Boursault, [titre d'après la table]
Le R. P. Claude- Edme Boursault , Superieur
des Théatins , Prédicateur ordinaire du Roy,
mourut le 13. Mars , dans la 63. année de son
âge , étant né à Paris en 1670. de N. Boursault
fort connu par ses Ouvrages et par son mérite ,
lequel prit lui - même les prémiers soins de l'éducation
de son fils , ayant reconnu en lui un beau
maturel , et un fonds digne d'être cultivé. Ce Pere
Gi éclairé
770 MERCURE DE FRANCE
éclairé exerçoit sur tout la mémoire de son Err
fant , qu'il avoit dès lors des plus heureuses , en
lui faisant apprendre par coeur tout ce qu'il y
avoit de plus amusant dans ses Ouvrages , et des
lâge de six à sept ans il avoit l'honneur de déclamer
avec beaucoup de grace , des Vers à la
louange de Louis XIV. en présence de ce grand
Prince , se trouvant à son lever avec son Pere ,
ce qui lui attiroit les bontez du Roy et les caresses
de toute la Cour.
Il fit ensuite ses Etudes au College des Jesuites ,
se distinguant sur tout dans la Réthorique , qu'il
apprit sous le P. le Jay , lequel l'a toujours regardé
comme l'un de ses Disciples qui lui ont
fait le plus d'honneur .
A l'âge de 15 ans il entra dans la Congrégation
des Théatins , où il fit profession une année
après. Il étudia en Philosopie et en Théolo
gie sous le P. Caffaro , avec un succès qui commença
sa réputation.
Dès qu'il eut reçû le Diaconat , il commença
à prêcher , et il fit voir un des plus beaux talens
qui eût parû depuis long- temps pour la Chaire .
Un exterieur majestueux et édifiant , un esprit
sublime et solide , une imagination noble et brilkante
, une éloquence naturelle , en sorte qu'on
peut dire qu'il traitoit la vertu et la sagesse avec
magnificence. Pour être le premier Prédicateur
de son siecle , il ne lui manquoit que de la santé;
la sienne étoit fort foible et souvent attaquée de
diverses infirmitez qui le tenoient presque toujours
dans un état de langueur. Il a prêché devant
le Roy , avec beaucoup de succès , les Avents
de 1716. et de 1732. et le Carême de 1720. Il a
prêché d'ailleurs plusieurs Sermons détachez , er
des Panégyriques , pour lesquels il avoit un talent
particulier, En
AVRIL. 1733. 772
En l'année 1713. le P. Boursault fit le voyage
d'Angleterre avec le Duc d'Aumont , Ambassadeur
de France , qui l'y avoit engagé, Il s'attira
la consideration et l'estime de tous les Seigneurs
Anglois , et celle des Ministres des Cours Etrangeres.
Il cût sur tout une liaison tres- étroite
avec leMarquis deMonteleon , Ambassadeur d'Es
pagne , qui l'honora d'une amitié particuliere.
Il a été deux fois Supérieur de la Maison des
Théatins de Paris , laquelle a tout lieu de le regreter
, à cause de ses lumieres , de la douceur de
son caractere, de sa modestie et de son crédit.
La Cour et la Ville ont pris part à sa derniere
maladie et à sa mort , à l'exeinple du Roy et de
la Reine , qui ont bien voulu honorer sa mémoire
de leurs regrets . La seule et la plus solide
consolation qui reste à tous ceux qui ont connu
particulierement le P. Boursault , c'est la maniere
toute Religieuse et édifiante avec laquelle il
a profité de ses infirmitez pendant sa vie et à sa
mort.
des Théatins , Prédicateur ordinaire du Roy,
mourut le 13. Mars , dans la 63. année de son
âge , étant né à Paris en 1670. de N. Boursault
fort connu par ses Ouvrages et par son mérite ,
lequel prit lui - même les prémiers soins de l'éducation
de son fils , ayant reconnu en lui un beau
maturel , et un fonds digne d'être cultivé. Ce Pere
Gi éclairé
770 MERCURE DE FRANCE
éclairé exerçoit sur tout la mémoire de son Err
fant , qu'il avoit dès lors des plus heureuses , en
lui faisant apprendre par coeur tout ce qu'il y
avoit de plus amusant dans ses Ouvrages , et des
lâge de six à sept ans il avoit l'honneur de déclamer
avec beaucoup de grace , des Vers à la
louange de Louis XIV. en présence de ce grand
Prince , se trouvant à son lever avec son Pere ,
ce qui lui attiroit les bontez du Roy et les caresses
de toute la Cour.
Il fit ensuite ses Etudes au College des Jesuites ,
se distinguant sur tout dans la Réthorique , qu'il
apprit sous le P. le Jay , lequel l'a toujours regardé
comme l'un de ses Disciples qui lui ont
fait le plus d'honneur .
A l'âge de 15 ans il entra dans la Congrégation
des Théatins , où il fit profession une année
après. Il étudia en Philosopie et en Théolo
gie sous le P. Caffaro , avec un succès qui commença
sa réputation.
Dès qu'il eut reçû le Diaconat , il commença
à prêcher , et il fit voir un des plus beaux talens
qui eût parû depuis long- temps pour la Chaire .
Un exterieur majestueux et édifiant , un esprit
sublime et solide , une imagination noble et brilkante
, une éloquence naturelle , en sorte qu'on
peut dire qu'il traitoit la vertu et la sagesse avec
magnificence. Pour être le premier Prédicateur
de son siecle , il ne lui manquoit que de la santé;
la sienne étoit fort foible et souvent attaquée de
diverses infirmitez qui le tenoient presque toujours
dans un état de langueur. Il a prêché devant
le Roy , avec beaucoup de succès , les Avents
de 1716. et de 1732. et le Carême de 1720. Il a
prêché d'ailleurs plusieurs Sermons détachez , er
des Panégyriques , pour lesquels il avoit un talent
particulier, En
AVRIL. 1733. 772
En l'année 1713. le P. Boursault fit le voyage
d'Angleterre avec le Duc d'Aumont , Ambassadeur
de France , qui l'y avoit engagé, Il s'attira
la consideration et l'estime de tous les Seigneurs
Anglois , et celle des Ministres des Cours Etrangeres.
Il cût sur tout une liaison tres- étroite
avec leMarquis deMonteleon , Ambassadeur d'Es
pagne , qui l'honora d'une amitié particuliere.
Il a été deux fois Supérieur de la Maison des
Théatins de Paris , laquelle a tout lieu de le regreter
, à cause de ses lumieres , de la douceur de
son caractere, de sa modestie et de son crédit.
La Cour et la Ville ont pris part à sa derniere
maladie et à sa mort , à l'exeinple du Roy et de
la Reine , qui ont bien voulu honorer sa mémoire
de leurs regrets . La seule et la plus solide
consolation qui reste à tous ceux qui ont connu
particulierement le P. Boursault , c'est la maniere
toute Religieuse et édifiante avec laquelle il
a profité de ses infirmitez pendant sa vie et à sa
mort.
Fermer
Résumé : Eloge du P. Boursault, [titre d'après la table]
Claude-Edme Boursault, supérieur des Théatins et prédicateur ordinaire du roi, est décédé le 13 mars à l'âge de 63 ans. Né à Paris en 1670, il était le fils de Nicolas Boursault, reconnu pour ses œuvres. Son père, ayant identifié son potentiel, prit en charge son éducation. Dès l'âge de six à sept ans, Claude-Edme déclamait des vers en l'honneur de Louis XIV, ce qui lui valut les faveurs du souverain et de la cour. Il étudia au Collège des Jésuites, où il excella en rhétorique sous la direction du Père Le Jay. À 15 ans, il entra dans la Congrégation des Théatins et fit profession un an plus tard. Il étudia la philosophie et la théologie sous le Père Caffaro, acquérant une réputation notable. Ordonné diacre, il commença à prêcher, démontrant un talent exceptionnel pour la chaire. Son éloquence et son esprit lui valurent une grande admiration. Il prêcha devant le roi lors des Avents de 1716 et 1732, ainsi que le Carême de 1720, et composa plusieurs sermons et panégyriques. En 1713, il accompagna le Duc d'Aumont en Angleterre, où il gagna le respect des seigneurs anglais et des ministres étrangers. Il entretint une liaison étroite avec le Marquis de Monteleon, ambassadeur d'Espagne. Boursault fut deux fois supérieur de la Maison des Théatins de Paris, apprécié pour ses lumières, sa douceur et sa modestie. Lors de sa dernière maladie et de sa mort, la cour et la ville exprimèrent leurs regrets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2411
p. 771-772
« La conformité du sujet nous engage à profiter de cette occasion pour réparer une omission [...] »
Début :
La conformité du sujet nous engage à profiter de cette occasion pour réparer une omission [...]
Mots clefs :
George-Thomas de Jinville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La conformité du sujet nous engage à profiter de cette occasion pour réparer une omission [...] »
La conformité du sujet nous engage à proffter
de cette occasion pour réparer une omission
faite sur la mort du R. P. George- Thomas de
Jinville , Dominiquain du Convent de la ruë
S. Jacques , arrivée le 24 Février dernier , dans la
93e année de son âge , étant né à Toul , au mois
de Février 1640. Ce Religieux , après avoir enseigné
et prêché avec succès , après avoir rempli
avec applaudissement toutes les Charges de son
Ordre , s'est particulierement distingué par une
rare piété, par le talent de la direction, et en particulier
par celui de sçavoir ramener et conduire
les personnes les plus égarées des voies du
salut. Le Seigneur avoit joint à ces dons estimables
, celui d'une santé , qui n'a presque jamais
GY été
772 MERCURE DE FRANCE.
été altérée , ayant conservé jusqu'à la fin une
prodigieuse mémoire , une présence d'esprit admirable
, et la facilité d'étudier et de lire , sans
aucun des secours ordinaires .
de cette occasion pour réparer une omission
faite sur la mort du R. P. George- Thomas de
Jinville , Dominiquain du Convent de la ruë
S. Jacques , arrivée le 24 Février dernier , dans la
93e année de son âge , étant né à Toul , au mois
de Février 1640. Ce Religieux , après avoir enseigné
et prêché avec succès , après avoir rempli
avec applaudissement toutes les Charges de son
Ordre , s'est particulierement distingué par une
rare piété, par le talent de la direction, et en particulier
par celui de sçavoir ramener et conduire
les personnes les plus égarées des voies du
salut. Le Seigneur avoit joint à ces dons estimables
, celui d'une santé , qui n'a presque jamais
GY été
772 MERCURE DE FRANCE.
été altérée , ayant conservé jusqu'à la fin une
prodigieuse mémoire , une présence d'esprit admirable
, et la facilité d'étudier et de lire , sans
aucun des secours ordinaires .
Fermer
Résumé : « La conformité du sujet nous engage à profiter de cette occasion pour réparer une omission [...] »
Le texte corrige une omission sur la mort du R. P. George-Thomas de Jinville, dominicain du couvent de la rue Saint-Jacques, survenue le 24 février à 93 ans. Né à Toul en 1640, il était reconnu pour son enseignement, ses prêches, sa piété et son talent en direction spirituelle. Il conservait une mémoire prodigieuse et une santé robuste jusqu'à la fin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2412
p. 772-773
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu, chez la veuve Chereau, ruë S. Jacques, aux deux Pilliers d'or ; et chez [...]
Mots clefs :
Estampe, Peintre, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu , chez la veuve Chereau
rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or ; et chez
Surrugues , Graveur du Roy , rue des Noyers ,
une Estampe nouvellement gravée d'après un
des plus beaux Tableaux de fen Watteau , Peintre
Flamand , de l'Academie Royale de Peinture
et de Sculpture. Le Sujet aussi galand qu'allégorique
, represente l'Embarquement des Pellerins
pour l'Isle de Cithere . Le Tableau original est
d'une grande composition et d'un effet charmant
; il est dans le Cabinet de M. de Jullienne,
lequel continue depuis plus de douze années à
faire graver tous les Ouvrages de ce gracieux
Peintre , nous pouvons assurer que celui - cy est
un de ceux qui fait le plus de plaisir. Il est tresheureusement
gravé par le sieur Tardieu , grande
Estampe en largeur.
Il paroît aussi une nouvelle Estampe en large ;
gravée par le sieur L. Desplaces , d'après un Tableau
du Parmesan , représentant Venus et l'Amour.
Elle se vend chez l'Auteur , ruë de la Jussienne.
Il paroît encore depuis peu deux fort belles
Estampes en large , qui ont un fort grand débit ,
chez le sieur Odieuvre , Marchand d'Estampes
sur le Quay de l'Ecole , vis -à - vis la Samaritaine
. Les Sujets sont la Naissance et la Mort dAdonis
tres- bien gravez , par le S Aubert , d'après
deux Tableaux originaux de M. Boucher ,
dont le Pinceau et le Dessein répondent à la
beauté de la composition.
r
L'Estam
AVRIL. 1733. 773
L'Estampe de la Dille Sallé , dont on a parlé
dans le dernier Mercure , pag. 54. a tres-bien
réussi , et fait tres - grand plaisir aux Curieux .
Cette admirable Danseuse est representée dansant
au son de quatre Instrumens , et suivie do
trois autres Danseuses , dans un beau Païsage
orné d'un riche morceau d'Architecture. Cette
Planche , qui fait directement pendant à celle de
la Dile Camargo, est tres - bien gravée par le sieur
Delarmessin , d'après l'original , peint par le sieur
Lancret , Peintre distingué de l'Académie. On
lit ces Vers au bas :
Maîtresse de cet Art , que guide l'Harmonie ,
Je peins les passions , j'exprime la gayeté ;
Je joints des pas brillans , au feu de mon génie ,
Les Graces , la Justesse et la Légereté ,
Sans offenser l'aimable modestie ,
Qui de mon sexe augmente la beauté.
Cette Estampe se vend chez le sieur Lancrer
à l'entrée du Quay de la Ferraille , à la Croix de
Perles ; chez N. Delarmessin , ruë du Platre ; et
chez la veuve Chereau , ruë S Jacques.
rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or ; et chez
Surrugues , Graveur du Roy , rue des Noyers ,
une Estampe nouvellement gravée d'après un
des plus beaux Tableaux de fen Watteau , Peintre
Flamand , de l'Academie Royale de Peinture
et de Sculpture. Le Sujet aussi galand qu'allégorique
, represente l'Embarquement des Pellerins
pour l'Isle de Cithere . Le Tableau original est
d'une grande composition et d'un effet charmant
; il est dans le Cabinet de M. de Jullienne,
lequel continue depuis plus de douze années à
faire graver tous les Ouvrages de ce gracieux
Peintre , nous pouvons assurer que celui - cy est
un de ceux qui fait le plus de plaisir. Il est tresheureusement
gravé par le sieur Tardieu , grande
Estampe en largeur.
Il paroît aussi une nouvelle Estampe en large ;
gravée par le sieur L. Desplaces , d'après un Tableau
du Parmesan , représentant Venus et l'Amour.
Elle se vend chez l'Auteur , ruë de la Jussienne.
Il paroît encore depuis peu deux fort belles
Estampes en large , qui ont un fort grand débit ,
chez le sieur Odieuvre , Marchand d'Estampes
sur le Quay de l'Ecole , vis -à - vis la Samaritaine
. Les Sujets sont la Naissance et la Mort dAdonis
tres- bien gravez , par le S Aubert , d'après
deux Tableaux originaux de M. Boucher ,
dont le Pinceau et le Dessein répondent à la
beauté de la composition.
r
L'Estam
AVRIL. 1733. 773
L'Estampe de la Dille Sallé , dont on a parlé
dans le dernier Mercure , pag. 54. a tres-bien
réussi , et fait tres - grand plaisir aux Curieux .
Cette admirable Danseuse est representée dansant
au son de quatre Instrumens , et suivie do
trois autres Danseuses , dans un beau Païsage
orné d'un riche morceau d'Architecture. Cette
Planche , qui fait directement pendant à celle de
la Dile Camargo, est tres - bien gravée par le sieur
Delarmessin , d'après l'original , peint par le sieur
Lancret , Peintre distingué de l'Académie. On
lit ces Vers au bas :
Maîtresse de cet Art , que guide l'Harmonie ,
Je peins les passions , j'exprime la gayeté ;
Je joints des pas brillans , au feu de mon génie ,
Les Graces , la Justesse et la Légereté ,
Sans offenser l'aimable modestie ,
Qui de mon sexe augmente la beauté.
Cette Estampe se vend chez le sieur Lancrer
à l'entrée du Quay de la Ferraille , à la Croix de
Perles ; chez N. Delarmessin , ruë du Platre ; et
chez la veuve Chereau , ruë S Jacques.
Fermer
Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
En avril 1733, plusieurs estampes notables ont été mises en vente à Paris. Une estampe gravée par Tardieu, d'après un tableau de Jean-Antoine Watteau, représentant 'L'Embarquement pour l'île de Cythère', est disponible chez la veuve Chereau et chez Surrugues. Ce tableau, appartenant à M. de Jullienne, est considéré comme l'un des plus plaisants de Watteau. Une autre estampe, gravée par L. Desplaces d'après un tableau du Parmesan représentant Vénus et l'Amour, est vendue par son auteur rue de la Jussienne. Deux estampes représentant la Naissance et la Mort d'Adonis, gravées par Aubert d'après des tableaux de François Boucher, sont disponibles chez Odieuvre sur le Quay de l'Ecole. Enfin, une estampe de la danseuse Dille Sallé, gravée par Delarmessin d'après un original de Lancret, est également en vente chez plusieurs marchands. Cette estampe montre Dille Sallé dansant au son de quatre instruments, accompagnée de trois autres danseuses, dans un paysage orné d'architecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2413
p. 773-776
Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Garnier, Serrurier, Entrepreneur dans les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier, [...]
Mots clefs :
Serrure, Corniche, Feuilles, Bronze, Fleurons, Grille, Barreaux, Roi de Portugal, Garnier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Le sieur Garnier , Serrurier, Entrepreneur dans
les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier,
à l'entrée de la Cour des Princes du Château des
Thuilleries, un tres -grand concours de Curieux et
de gens de distinction de la Cour et de la Ville,
ainsi que les Entrepreneurs et Architheques des
Bâtimens de S. M. pour voir une magnifique
Grille , ordonnée par le Roy de Portugal , sous
la direction de M. Mendés de Goisse , et exécutée
par ledit sieur Garnier , dont tout le monde
a paru tres- satisfait.
6. vj
Ce
774 MERCURE DE FRANCE
Ce bel Ouvrage de Serrurerie doit être posé
dans l'Eglise des Capucins de Mafre , de fondation
Royale , à six lieuës de Lisbonne , et servir
de clôture au Choeur de cette Eglise , où est la
Sépulture des Rois de Portugal.
Ce grand Ouvrage , qui fut commencé au
mois de Juin 1730. et fini au mois de Mars
1733. sera incessamment embarqué sur la Seine
, jusqu'au Havre de Grace , et de là transporté
à Lisbonne.
La Grille a 15 pieds de hauteur , compris la
Corniche , et le Socle d'en bas et de pourtour
54 pieds , compris les Pans coupez et retour.
Elle est composée de 16 Panneaux , compris
les petits des côtez , et de 14 Pilastres . Au inilieu
est une Porte , à deux Vanteaux , portant
13 pieds de haut , sur 6 de large.
Les Panneaux sont composez de 6 Balustres
par en bas, qui sont garnis de 2 Consolles coudées
, avec deux Roulleaux carrez par en bas ,
qui forment leurs bases , portant des queues de
poireaux , avec leurs ovalles entretoisez , er arriere
corps , garnis d'ornemens en bronze , fleurons
, agraphes , feuilles d'eau , rosette et des
Liens à cordons.
Au dessus des Panneaux d'en - bas est une
traverse double où est incrutée une Frise en cuivre
, ornée de feuilles de Lauriers et autres.
2
Au-dessus de cette traverse il y a 7 Barreaux,
et demi Barreaux qui forment les panneaux
du haut. Ces barreaux sont cannelés sur :
fasses , depuis le haut de la Corniche jusques sur
la traverse, où est la Frise, à 9 pieds de hauteur,
bien ajustée et profilée , tout d'égale grosseur ,
tres- bien finis et poussez au rabot et autres ouails
faits exprès,
Chaque
AVRIL: 1733. 779
Chaque barreau est monté sur 2 consolles ,
avant -corées avec leurs bases, garnies d'ornemens
de bronze , fleurons , agraphes , ovalles et feüilles
de revers.
Le haut des Barreaux est aussi garni de Consolles
sous la barre du Linteau , avec leurs bases
et avant corps , ornez de liens à cordon , agraffes
, fleurons , et feuilles de refend .
Ces Pilastres , sur quoi la Corniche est posée
ont 8 pouces de large,et sont ornez de leurs Socles
et Baze , avec une Cimaise vis-à- vis la Frise,
et un Chapiteau au - dessus ; le tout tres-bien assemblé
avec la Corniche , où lon voit des or
nemens de bronze , têtes de Cherubins , Astragalle
, grandes palmettes, coquilles et des Cadres
par en haut et par bas , avec des moulures et des
guirlandes de feuilles de Lauriers et Rosettes , le
tout à double face . En bas est un Socle , qui fait
le pourtour à deux faces , garni de moulure en
bronze.
La Corniche d'un pied de hauteur , et de deux
de largeur , à double face , faisant le pourtour
des Pans coupez et retour de la grille , avec saut
et ressaut et onglet bien assemblé , avec moulures,
congez et carderons , ornez de bronzé , Une
bordure profilée , avec moulures carrées , et carderons
regne sur la face d'en bas de cette bordure
, garnie de 200 fleurons , ainsi qu'au dessous
de la même corniche , garnie de feuilles de
revers et de refends , dans le pourtour de la
grille ,
, pans coupez et ressauts.
Sur la Corniche sont posez à l'aplomb des
Pilastres , 8 Chandeliers triangulaires, de 6 pieds
de haut , avec leurs bassins de fer, recouverts en
cuivre , et ornez de plusieurs Aeurons et têtes de
Cherubins , &c .
La
776 MERCURE DE FRANCE
La Serture de la porte , sa garniture et la Clef
en acier cizelé, ont fait l'admiration de plusieurs
personnes de goût ; le canon tournant de la clef
est canelé en trefle , limé et poli dans la plus
grande perfection ; l'anneau est formé par deux
cornes d'abondance , et la Couronne de Portugal
au-dessus ; dans le Paneton on voit d'autres attributs
de l'Ecusson de S. M. Portugaise.
les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier,
à l'entrée de la Cour des Princes du Château des
Thuilleries, un tres -grand concours de Curieux et
de gens de distinction de la Cour et de la Ville,
ainsi que les Entrepreneurs et Architheques des
Bâtimens de S. M. pour voir une magnifique
Grille , ordonnée par le Roy de Portugal , sous
la direction de M. Mendés de Goisse , et exécutée
par ledit sieur Garnier , dont tout le monde
a paru tres- satisfait.
6. vj
Ce
774 MERCURE DE FRANCE
Ce bel Ouvrage de Serrurerie doit être posé
dans l'Eglise des Capucins de Mafre , de fondation
Royale , à six lieuës de Lisbonne , et servir
de clôture au Choeur de cette Eglise , où est la
Sépulture des Rois de Portugal.
Ce grand Ouvrage , qui fut commencé au
mois de Juin 1730. et fini au mois de Mars
1733. sera incessamment embarqué sur la Seine
, jusqu'au Havre de Grace , et de là transporté
à Lisbonne.
La Grille a 15 pieds de hauteur , compris la
Corniche , et le Socle d'en bas et de pourtour
54 pieds , compris les Pans coupez et retour.
Elle est composée de 16 Panneaux , compris
les petits des côtez , et de 14 Pilastres . Au inilieu
est une Porte , à deux Vanteaux , portant
13 pieds de haut , sur 6 de large.
Les Panneaux sont composez de 6 Balustres
par en bas, qui sont garnis de 2 Consolles coudées
, avec deux Roulleaux carrez par en bas ,
qui forment leurs bases , portant des queues de
poireaux , avec leurs ovalles entretoisez , er arriere
corps , garnis d'ornemens en bronze , fleurons
, agraphes , feuilles d'eau , rosette et des
Liens à cordons.
Au dessus des Panneaux d'en - bas est une
traverse double où est incrutée une Frise en cuivre
, ornée de feuilles de Lauriers et autres.
2
Au-dessus de cette traverse il y a 7 Barreaux,
et demi Barreaux qui forment les panneaux
du haut. Ces barreaux sont cannelés sur :
fasses , depuis le haut de la Corniche jusques sur
la traverse, où est la Frise, à 9 pieds de hauteur,
bien ajustée et profilée , tout d'égale grosseur ,
tres- bien finis et poussez au rabot et autres ouails
faits exprès,
Chaque
AVRIL: 1733. 779
Chaque barreau est monté sur 2 consolles ,
avant -corées avec leurs bases, garnies d'ornemens
de bronze , fleurons , agraphes , ovalles et feüilles
de revers.
Le haut des Barreaux est aussi garni de Consolles
sous la barre du Linteau , avec leurs bases
et avant corps , ornez de liens à cordon , agraffes
, fleurons , et feuilles de refend .
Ces Pilastres , sur quoi la Corniche est posée
ont 8 pouces de large,et sont ornez de leurs Socles
et Baze , avec une Cimaise vis-à- vis la Frise,
et un Chapiteau au - dessus ; le tout tres-bien assemblé
avec la Corniche , où lon voit des or
nemens de bronze , têtes de Cherubins , Astragalle
, grandes palmettes, coquilles et des Cadres
par en haut et par bas , avec des moulures et des
guirlandes de feuilles de Lauriers et Rosettes , le
tout à double face . En bas est un Socle , qui fait
le pourtour à deux faces , garni de moulure en
bronze.
La Corniche d'un pied de hauteur , et de deux
de largeur , à double face , faisant le pourtour
des Pans coupez et retour de la grille , avec saut
et ressaut et onglet bien assemblé , avec moulures,
congez et carderons , ornez de bronzé , Une
bordure profilée , avec moulures carrées , et carderons
regne sur la face d'en bas de cette bordure
, garnie de 200 fleurons , ainsi qu'au dessous
de la même corniche , garnie de feuilles de
revers et de refends , dans le pourtour de la
grille ,
, pans coupez et ressauts.
Sur la Corniche sont posez à l'aplomb des
Pilastres , 8 Chandeliers triangulaires, de 6 pieds
de haut , avec leurs bassins de fer, recouverts en
cuivre , et ornez de plusieurs Aeurons et têtes de
Cherubins , &c .
La
776 MERCURE DE FRANCE
La Serture de la porte , sa garniture et la Clef
en acier cizelé, ont fait l'admiration de plusieurs
personnes de goût ; le canon tournant de la clef
est canelé en trefle , limé et poli dans la plus
grande perfection ; l'anneau est formé par deux
cornes d'abondance , et la Couronne de Portugal
au-dessus ; dans le Paneton on voit d'autres attributs
de l'Ecusson de S. M. Portugaise.
Fermer
Résumé : Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Le sieur Garnier, serrurier et entrepreneur des bâtiments du roi, a attiré une grande foule à son atelier près du Château des Tuileries pour admirer une magnifique grille commandée par le roi de Portugal. Cette grille, dirigée par M. Mendès de Goisse et exécutée par Garnier, est destinée à l'église des Capucins de Mafra, près de Lisbonne, pour clôturer le chœur où reposent les rois de Portugal. La grille, commencée en juin 1730 et achevée en mars 1733, mesure 15 pieds de hauteur et 54 pieds de pourtour. Elle est composée de 16 panneaux et 14 pilastres, avec une porte centrale à deux vantaux. Les panneaux sont ornés de balustres, consoles, roulleaux, et divers ornements en bronze. La grille sera bientôt transportée par la Seine jusqu'au Havre, puis à Lisbonne. Les détails de la grille incluent des barreaux cannelés, des consoles ornées, et une corniche richement décorée avec des ornements en bronze, des têtes de chérubins, et des guirlandes. La porte, sa serrure et sa clé en acier ciselé ont également été admirées pour leur finesse et leur perfection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2414
p. 777-779
Discours au Public, [titre d'après la table]
Début :
Voici le Discours que le sieur du Fresne prononça le 21. du mois [...]
Mots clefs :
Scène, Auteur, Caractère, Zaïre, Gustave, Complaisant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours au Public, [titre d'après la table]
V
SPECTACLES.
Oici le Discours que le sieur du
Fresne prononça le 21. du mois
dernier.
MESSIEURS ,
Si en fermant le Théatre , l'usage de vous
remercier de vos bontés , n'étoit pas un usage
reçû depuis long- tems , il faudroit qu'il s'établit
de lui- même cette année , puisque nous
n'en sçaurions rappeller une où vous ayés
marqué plus de goût pour notre Spectacle
et plus d'indulgence pour les Acteurs.
,
L
Il est vrai , MESSIEURS , que votre
curiosité a dû être piquée par les productions
de deux Auteurs , qui également jaloux de
Phonneur de vous plaire , se sont présentez.
successivement sur la Scene tragique , concours
qui ne s'y étoit point rencontré depuis
nombre d'années , surtout avec le même fuccès.
Vous avez rendu , MESSIEURS , une
justice égale à deux mérites différens.
Dans la Tragédie de Zaïre , vous avez
applandi à cette simplicité de fonds d'om
l'Auteur
778 MERCURE DE FRANCE
l'Auteur a sçûtirer ces mouvemens attendrissans
, et donner aux paffions ce choc , et
cette étenduë de jeux si nécessaires dans le
Dramatique. Dans Gustave Vous avez
loné la préparation des incidens , la clarté
de leur développement , le respect des régles ,
la convenance des interêts , et la précision
des détails.
Le genre comique n'a pas été moins heureux.
Combien Auteur du Complaisant
a-t-il dû être flaté des applaudissemens
que
vous avez donnez à l'ingénieux arrangement
des Scenes de fa Piéce où il a sçû d'un Caractere
mitoyen faire un Caractere isolé , et
où le ton du monde , et la pureté du langage
se font remarquer d'un bout à l'autre , tant
dans la noblesse du Dialogue , que dans la
justesse des expressions.
Ce baut comique que vous avez jugé ;
MESSIEURS , le plus digne de vos suffrages
, et de vos louanges , mérite que vous
le mainteniés inviolablement sar la Scene.
Oserions - nous sur ce fondement vous annoncer
pour l'ouverture du Théatre. La Comédie
du Paresseux , que l'Auteur semble
avoir travaillée dans cet esprit , que nous
avons reçuë de même , mais dont nous ne
vous parlons que pour vous rendre compte
son intention et de la nôtre ; toutes deux éga
lement subordonnées à vos lumieres et à vos
de
Juge
AVRIL. 1733. 779
MES
jugemens : Puissions- nous toujours ,
SIEURS , les réunir l'un et l'autre en notre
faveur , rouvrir la Scene aussi glorieusement
que nous la fermons , et la fermer l'année
prochaine, en vous rendant graces comme
aujourd'hui.
SPECTACLES.
Oici le Discours que le sieur du
Fresne prononça le 21. du mois
dernier.
MESSIEURS ,
Si en fermant le Théatre , l'usage de vous
remercier de vos bontés , n'étoit pas un usage
reçû depuis long- tems , il faudroit qu'il s'établit
de lui- même cette année , puisque nous
n'en sçaurions rappeller une où vous ayés
marqué plus de goût pour notre Spectacle
et plus d'indulgence pour les Acteurs.
,
L
Il est vrai , MESSIEURS , que votre
curiosité a dû être piquée par les productions
de deux Auteurs , qui également jaloux de
Phonneur de vous plaire , se sont présentez.
successivement sur la Scene tragique , concours
qui ne s'y étoit point rencontré depuis
nombre d'années , surtout avec le même fuccès.
Vous avez rendu , MESSIEURS , une
justice égale à deux mérites différens.
Dans la Tragédie de Zaïre , vous avez
applandi à cette simplicité de fonds d'om
l'Auteur
778 MERCURE DE FRANCE
l'Auteur a sçûtirer ces mouvemens attendrissans
, et donner aux paffions ce choc , et
cette étenduë de jeux si nécessaires dans le
Dramatique. Dans Gustave Vous avez
loné la préparation des incidens , la clarté
de leur développement , le respect des régles ,
la convenance des interêts , et la précision
des détails.
Le genre comique n'a pas été moins heureux.
Combien Auteur du Complaisant
a-t-il dû être flaté des applaudissemens
que
vous avez donnez à l'ingénieux arrangement
des Scenes de fa Piéce où il a sçû d'un Caractere
mitoyen faire un Caractere isolé , et
où le ton du monde , et la pureté du langage
se font remarquer d'un bout à l'autre , tant
dans la noblesse du Dialogue , que dans la
justesse des expressions.
Ce baut comique que vous avez jugé ;
MESSIEURS , le plus digne de vos suffrages
, et de vos louanges , mérite que vous
le mainteniés inviolablement sar la Scene.
Oserions - nous sur ce fondement vous annoncer
pour l'ouverture du Théatre. La Comédie
du Paresseux , que l'Auteur semble
avoir travaillée dans cet esprit , que nous
avons reçuë de même , mais dont nous ne
vous parlons que pour vous rendre compte
son intention et de la nôtre ; toutes deux éga
lement subordonnées à vos lumieres et à vos
de
Juge
AVRIL. 1733. 779
MES
jugemens : Puissions- nous toujours ,
SIEURS , les réunir l'un et l'autre en notre
faveur , rouvrir la Scene aussi glorieusement
que nous la fermons , et la fermer l'année
prochaine, en vous rendant graces comme
aujourd'hui.
Fermer
Résumé : Discours au Public, [titre d'après la table]
Le sieur du Fresne a prononcé un discours le 21 du mois précédent pour remercier le public de son soutien et de son indulgence envers les spectacles. Il a souligné une année marquée par un goût particulier et une indulgence accrue envers les acteurs. Deux auteurs tragiques ont connu un succès égal. Pour la tragédie 'Zaïre', le public a apprécié la simplicité du fond et les mouvements attendrissants des passions. Pour 'Gustave', il a loué la préparation des incidents, la clarté de leur développement, le respect des règles, la convenance des intérêts et la précision des détails. Dans le genre comique, l'auteur du 'Complaisant' a été flatté par les applaudissements pour l'arrangement ingénieux des scènes, le caractère isolé, le ton du monde et la pureté du langage. Le discours annonce également la future représentation de la comédie 'Le Paresseux', dont l'auteur a travaillé dans le même esprit. Le sieur du Fresne espère que le public continuera à soutenir les spectacles avec la même faveur et à juger les œuvres avec ses lumières et ses jugements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2415
p. 779-780
« Le Théatre François vient de faire une grande perte en la personne de Quinault [...] »
Début :
Le Théatre François vient de faire une grande perte en la personne de Quinault [...]
Mots clefs :
Quinault l'aîné, Labat, Fleury-Liard, Iphigénie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Théatre François vient de faire une grande perte en la personne de Quinault [...] »
Le Théatre François vient de faire une
grande perte en la personne du sieur Quinault
l'aîné , qui s'est retiré dans un âge
encore assez peu avancé , au grand regret
des amateurs de la bonne Comédie. Son
principal emploi dans ces derniers tems
étoit de jouer les Amoureux Comiques ,
en quoi il excelloit.
La Dlle Labat a aussi demandé à se retirer
, quoiqu'elle soit encore fort jeune.
Elle joüoit également bien et avec beaucoup
de noblesse , les Amoureuses Tragiques
et Comiques , avec une figure
agréable , & beaucoup d'agrémens dans
sa personne ; elle dansoit admirablement ,
et avoit l'art de se parer avec beaucoup
de goût selon les divers Caracteres qu'elle
représentoit.
25
Le Samedi de ce mois , le S' Fleury-
Liard , Acteur nouveau , qui a été dans
les Provinces , joüa ici pour la premiere
fois le Rôle d'Achilles , dans la Tragédie
d'Iphi
780 MERCURE DE FRANCE
d'Iphigenie , et il fut fort applaudi
,
ainsi
que
y
dans celui du Comte d'Essex
qu'il joua le surlendemain . C'est un jeune
homme fort bien fait.
grande perte en la personne du sieur Quinault
l'aîné , qui s'est retiré dans un âge
encore assez peu avancé , au grand regret
des amateurs de la bonne Comédie. Son
principal emploi dans ces derniers tems
étoit de jouer les Amoureux Comiques ,
en quoi il excelloit.
La Dlle Labat a aussi demandé à se retirer
, quoiqu'elle soit encore fort jeune.
Elle joüoit également bien et avec beaucoup
de noblesse , les Amoureuses Tragiques
et Comiques , avec une figure
agréable , & beaucoup d'agrémens dans
sa personne ; elle dansoit admirablement ,
et avoit l'art de se parer avec beaucoup
de goût selon les divers Caracteres qu'elle
représentoit.
25
Le Samedi de ce mois , le S' Fleury-
Liard , Acteur nouveau , qui a été dans
les Provinces , joüa ici pour la premiere
fois le Rôle d'Achilles , dans la Tragédie
d'Iphi
780 MERCURE DE FRANCE
d'Iphigenie , et il fut fort applaudi
,
ainsi
que
y
dans celui du Comte d'Essex
qu'il joua le surlendemain . C'est un jeune
homme fort bien fait.
Fermer
Résumé : « Le Théatre François vient de faire une grande perte en la personne de Quinault [...] »
Le Théâtre François a récemment connu deux départs notables. Le sieur Quinault l'aîné, célèbre pour ses rôles d'amoureux comiques, s'est retiré à un âge jeune, laissant les amateurs de comédie dans le regret. De même, la demoiselle Labat, malgré sa jeunesse, a décidé de se retirer. Elle était appréciée pour ses interprétations nobles des rôles d'amoureuses tragiques et comiques, ainsi que pour ses talents de danseuse et son sens du costume adapté à chaque personnage. Par ailleurs, le sieur Fleury-Liard, un nouvel acteur ayant précédemment joué dans les provinces, a fait ses débuts au Théâtre François le samedi du mois en cours. Il a interprété le rôle d'Achille dans la tragédie d'Iphigénie et a été chaleureusement applaudi. Deux jours plus tard, il a joué le rôle du Comte d'Essex. Fleury-Liard est décrit comme un jeune homme bien fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2416
p. 780-789
LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
Début :
ACTEURS. M. Orgon, mari de Me Orgon, le sieur Duchemin. [...]
Mots clefs :
Orgon, Damis, Angélique, Caractère, Complaisance, Pièce, Théâtre, Cléante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
LE COMPLAISANT , Comédie en
cing Actes , représentée sur le Théatre
François en Fanvier 1732 .
ACTEURS.
M. Orgon , mari de Me Orgon , le sieur
Duchemin.
Me Orgon , femme de M. Orgon , la
Dlle Quinault.
Angélique , fille de M. et de Me Orgon ,
la Dlle Gaussin,
Cléante, frere de M. Orgon , M. du Brežil.
Argant , cousin de M. Orgon , le sieur
1 Damis
Eraste ..
Peisson.
Amans d'Angélique , les sieurs
Montmesnil et Grandval.
Le Marquis , ami de Damis , le sieur
Dufresne.
Lisette , Suivante d'Angélique , la Dile
Dangeville.
La Scene eft dans la maison de M. Orgon ,
L'élégance qui régne dans toute cette
Piéce , fait un honneur infini à la plume
de l'Auteur anonyme , qui , à ce
qu'on
л VRT L. 1733. 781
qu'on a dit d'abord , en a voulu faire présent
au Théatre François. On assûre que
c'est son premier Ouvrage , auquel cas
il est à souhaitter que ce ne soit pas son
dernier. Comme l'ingénieux inconnu à
qui nous devons cet admirable coup d'essai
, ne s'est attaché qu'à bien traiter tous
ses Caracteres , et surtout celui qui donne
le titre à sa Piéce ; il a négligé ce
qu'on appelle intrigue ; on pourra juger
par ce court argument de ce qui constitue
l'action théatrale.
M. Orgon a un procès à faire juger , et
une fille à marier ; Mad. Orgon , sa femme
, se met très peu en peine du procès
de son mari , et ne s'occupe que du choix
d'un Gendre dont l'humeur convienne à
la sienne ; Damis lui paroît tel , parce
qu'il est le plus complaisant de tous les
hommes ; M. Orgon s'accorde pour la
premiere fois avec elle , et panche du
côté de Damis , grace à cette même complaisance
qui a gagné le coeur de sa femme.
Eraste , dont le Caractere est noble
et sincere , s'est acquis l'estime d'Angélique
c'est le nom de la Fille que M. et
Me Orgon conviennent qu'il faut donher
à Damis, ) mais cette estime n'empê
che pas qu'elle ne préfére l'agrément exterieur
de l'un de ses deux Amans au mérite
782 MERCURE DE FRANCE
rite solide de l'autre. Cette préférence
n'est pourtant pas si déclarée , qu'elle
ôte aux Spectateurs l'espérance de voir
revenir Angélique de l'agrément au solide
, et c'est là tout ce qui constituë le
noeud de la Piéce ; en voici le dénoiiment :
le vice est puni , et la vertu est récompensée
; la complaisance outrée de Damis
fait qu'il manque de parole à Orgon , à
que ce manque de parole lui fait perdre
le procès ; elle irrite Mad. Argante , parce
que Damis , pour complaire à son
mari , a congedié des Musiciens qu'elle
avoit mandés pour un Divertissement de
sa façon ; elle le détruit enfin dans le
coeur d'Angélique , par une espéce d'infidelité
qu'elle lui a fait commettre envers
elle. Pour achever le dénouement ,
Eraste qui s'étoit déja emparé de l'estime
d'Angélique par la noblesse de ses procédés
, lui inspire une tendre reconnoissance
par la generosité avec laquelle il
paye secretement cinquante mille écus
somme à laquelle M. Orgon vient d'être
condamné par corps en perdant son
procès.
On voit par ce petit argument que la
Piéce , quoiqu'elle soit en cinq Actes ,
n'est pas beaucoup chargée d'action , mais
en récompense le Caractere dominant y
est
AVRIL. 1733 78;
est soutenu du commencement à la fin.
On auroit souhaité que ce Caractere fût
un peu plus mis en oeuvre , et qu'il se
développât plutôt par des actions que
par des conversations ; ce défaut n'est.
que trop commun dans les Piéces modernes
; on y parle beaucoup plus qu'on n'y
agit , comme si l'on ignoroit que l'action
est l'ame de la Comédie et de la Tragédie.
On auroit voulu surtout qu'immédiatement
après que Damis a promis
à M. Orgon de faire différer le jugement
de son procès , ce même Damis eut été
prié par Mad. Orgon de le faire avancer,
et qu'il eut manqué à sa parole par complaisance
, ou, pour mieux dire , il auroit
encore mieux valu que l'Auteur lui eut
sauvé une perfidie , qui fait un crime de
ce qui ne devoit être qu'un ridicule .
A ce Caractere dominant , on en joint
d'autres purement accessoires , où l'Auteur
a fait voir qu'il est excellent Peintre,
tant qu'il ne faut employer d'autre pinceau
que sa plume ; on lui reproche même
comme un défaut, une éloquence dont
bien d'autres tireroient vanité ; il a tant
d'esprit qu'il ne peut s'empêcher d'en
donner à tous ses personnages . Voilà ce
qu'on a presque generalement observé
dans la Comédie du Complaisant ; il ne
nous
484 MERCURE DE FRANCE.
nous reste plus , pour la satisfaction de
nos Lecteurs , qu'à donner quelques traits
de la maniere d'écrire de l'Auteur , qui
pourroit servir de modele aux Orateurs
les plus élégans , et qui n'a que le malheur
de n'être pas bien en sa place.
Nous ne citerons que ce qui concerne
le caractere dominant. Voici comment
Cléante , frere de M. Orgon , le'définit dans
le premier Acte. Damis rassemble les qualitez
les plus contraires , il en a du moins
les apparences. Sans caractere , sans humeur
, il se livre aux impressions étrangeres ;
il prend chez les autres sa tristesse et sa
joye ; elles s'emparent de son visage sans
passer dans son coeur; toutes les opinions ,
sous les sistêmes lui plaisent également ; il
les adopte , il les abandonne , il les réfute
il les soutient ; la vrai-semblance qui le
séduit , Paide encore à tromper les autres.
tout paroît probable à ses yeux , tout devient
probable dans sa bouche . Il ne pense point ;
il ne sent point , tout son talent est d'exprimer
avec facilité des sentimens et des
pensées. Son esprit , chargé des idées d'antrui
, ne sçauroit en produire aucune ; si
quelquefois il a le courage de juger par luimême
, la plus foible contradiction le rebute
et l'effraye bien- tôt il assujettit ce
qu'il pense au désir de plaire ; bien- tôt même
AVRI L. 1733. 781
ne il oublie ce qu'il a pensé. Sa conduite
n'est pas moins inégale ; son gout , son inclination
, ses moeurs , sont soumis aux caprices
de ceux qui l'environnent. Esclave de
La Societé, le même excès de complaisance qui
dicte ses paroles , dirige aussi ses démarches.
Voici comme Damis se définit lui- même
, parlant à Cléante , qui veut lui faire
sentir les inconvéniens qui peuvent naître
d'un excès de complaisance.
Mon Sistême , puisqu'enfin vous m'ordonnez
d'en avoir un , n'est pas de m'assujettir
à ces regles arbitraires qu'on n'ose
jamais perdre de vie , à ces loix importunes
et rigoureuses qu'on impose souvent
sans necessité , et que vous appellez des
principes. Leur effet ordinaire est de contrarier
les idées d'autrui , sans rectifier les nôtres.
Pour vivre avec tout le monde , il faut
se persuader, si l'on peut, que tout le monde
a raison ; à force de le souhaiter on s'accous
tume à le croire.
de mau-
Et comme Cléante le soupçonne de
mauvaise foi , il ajoûte : Ne cherchez point
à m'allarmer par un odieux soupçon
vaise foi; on n'est point faux , quand on
ne veut point l'être. Peu jaloux de ce que
je pense peu attaché à ce que je veux
ma facilité naturelle me fait entrer avecplai
sir dans les mouvemens qu'on veut m'inspirer
786 MERCURE DE FRANCE
pirer; une prévention toujours favorable
et toujours sincere , me peint les objets sous
les couleurs les plus heureuses. Je voi les
hommes tels qu'ils veulent me paroître ; je
ne m'attacke point à sonder les replis de leurs
coeurs ; indulgent pour leurs travers , admirateur
de leurs bonnes qualitez , je cherche
moins à démêler leurs vices , qu'à profiter
de leurs vertus .
Cléante lui faisant un dernier reproche
sur son caractere , qui du moins ,
dit-il , le fait tomber dans la flatterie ,
deffaut dont tout le monde doit rougir,
il lui répond : deffaut dont personne ne doit
m'accuser. Un flatteur est sans cesse occupé
de vues interessées , et la honte d'une adulation
servile le touche beaucoup moins que
les avantages personnels qu'il en tire. Pour
moi , sans former de projets , sans exiger de
reconnoissance , j'apporte dans la Societé des
dispositions d'autant plus commodes , que
chacun y peut trouver son compte , sans qu'il
m'en coûte rien . En un mot , voici toute ma
Philosophie , et je me sçais bon gré d'en être
redevable à la Nature plutôt qu'à la refle
xion; j'écoute volentiers , j'approuve aisé
ment , je ne contredis jamais , et pour peu
que la conversation durât , je pourrois bien
prendre votre avis contre moi-même ; peutétre
l'aurois -je déjafait , si vous m'aviez atraqué
moins vivement. Le
A VRL I. 1733. 787
Le Lecteur doit convenir qu'il faut avoir
bien de l'éloquence pour soutenir si bien
une si mauvaise cause. Au reste l'Auteur
n'est pas moins élegant qu'éloquent ; on
peut même dire qu'il est un peu trop exact
dans le choix des termes , et qu'il n'est
pas dans la nature que des conversations
ordinaires ressemblent à des discours étudiez
avec un art aussi continu que cellescy
le paroissent ; aussi tout le monde est-il
convenu que l'Auteur de cette Comédie
est encore plus Orateur qu'Auteur ; il
faut pourtant lui rendre justice sur cette
derniere qualité. Sa Piece , quoiqu'un peu
vuide d'action, ne laisse pas d'être ornée de
ce qu'on appelle jeu de Théatre ; il y en
a- un entre autres dans le quatrième Acte
, qui soutenu de la vivacité du sieur
et de la Dile Quinault , a fait un plaisir
infini , on peut même dire que c'est quelque
chose de plus qu'un jeu de Théatre :
puisqu'il produit un coup de Théatre ;
Voici de quoi il s'agit . M. Orgon ayant
annoncé à Damis la perte de son Procès
, ce dernier en est si penetré , qu'on
croiroit que c'est lui - même qui vient d'ê
tre condamné par corps à payer les cinquante
mille écus dont il s'agit. M. Or
gon va chercher son frere pour le convaincre
de la sensibilité de son gendre
H futur
788 MERCURE DE FRANCE
futur, Mad. Orgon arrive bien- tôt après,
et fait part à Damis d'un Divertissement
qu'elle a fait. Damis s'y prête si bien.
par complaisance , qu'il chante et danse
avec elle , aussi gayement , qu'il vient
de s'affliger tristement avec M. Orgon,
Ce dernier survient avec son frere , et
trouve son Héraclite métamorphosé en
Démocrite . Damis se tire d'affaire comme
il peut , et lui dit que de peur de
succomber à sa douleur , il cherche à
s'égayer.
Il s'en faut bien que le cinquiéme Acte
ait répondu au quatrième. De tous les
motifs qui font punir le Complaisant ,
il n'y en a qu'un de vrai , et qui va jusqu'à
la trahison ; c'est d'avoir , par complaisance
pour Mad. Orgon , acceleré le
jugement d'un procès qu'il avoit promis
à M. Orgon de faire differer. L'infidelité
prétendue dont Angelique l'assure , ne
mérite aucune punition , non-plus que le
soin qu'il a pris de renvoyer les Musiciens
de Mad. Orgon : or tout ce qui
autorise le dénoûment , c'est la generosité
d'Eraste qui a payé les cinquante mille
mille écus ausquels M. Orgon étoit condamné
par corps ; ainsi c'est plutôt la
vertu recompensée , que le vice puni ,
qui termine cette Piece.
Le
AVRIL
1733. 789
Elle paroît très - bien imprimée chez le
Breton, Quay des Augustins , et a un fort
grand debit.
cing Actes , représentée sur le Théatre
François en Fanvier 1732 .
ACTEURS.
M. Orgon , mari de Me Orgon , le sieur
Duchemin.
Me Orgon , femme de M. Orgon , la
Dlle Quinault.
Angélique , fille de M. et de Me Orgon ,
la Dlle Gaussin,
Cléante, frere de M. Orgon , M. du Brežil.
Argant , cousin de M. Orgon , le sieur
1 Damis
Eraste ..
Peisson.
Amans d'Angélique , les sieurs
Montmesnil et Grandval.
Le Marquis , ami de Damis , le sieur
Dufresne.
Lisette , Suivante d'Angélique , la Dile
Dangeville.
La Scene eft dans la maison de M. Orgon ,
L'élégance qui régne dans toute cette
Piéce , fait un honneur infini à la plume
de l'Auteur anonyme , qui , à ce
qu'on
л VRT L. 1733. 781
qu'on a dit d'abord , en a voulu faire présent
au Théatre François. On assûre que
c'est son premier Ouvrage , auquel cas
il est à souhaitter que ce ne soit pas son
dernier. Comme l'ingénieux inconnu à
qui nous devons cet admirable coup d'essai
, ne s'est attaché qu'à bien traiter tous
ses Caracteres , et surtout celui qui donne
le titre à sa Piéce ; il a négligé ce
qu'on appelle intrigue ; on pourra juger
par ce court argument de ce qui constitue
l'action théatrale.
M. Orgon a un procès à faire juger , et
une fille à marier ; Mad. Orgon , sa femme
, se met très peu en peine du procès
de son mari , et ne s'occupe que du choix
d'un Gendre dont l'humeur convienne à
la sienne ; Damis lui paroît tel , parce
qu'il est le plus complaisant de tous les
hommes ; M. Orgon s'accorde pour la
premiere fois avec elle , et panche du
côté de Damis , grace à cette même complaisance
qui a gagné le coeur de sa femme.
Eraste , dont le Caractere est noble
et sincere , s'est acquis l'estime d'Angélique
c'est le nom de la Fille que M. et
Me Orgon conviennent qu'il faut donher
à Damis, ) mais cette estime n'empê
che pas qu'elle ne préfére l'agrément exterieur
de l'un de ses deux Amans au mérite
782 MERCURE DE FRANCE
rite solide de l'autre. Cette préférence
n'est pourtant pas si déclarée , qu'elle
ôte aux Spectateurs l'espérance de voir
revenir Angélique de l'agrément au solide
, et c'est là tout ce qui constituë le
noeud de la Piéce ; en voici le dénoiiment :
le vice est puni , et la vertu est récompensée
; la complaisance outrée de Damis
fait qu'il manque de parole à Orgon , à
que ce manque de parole lui fait perdre
le procès ; elle irrite Mad. Argante , parce
que Damis , pour complaire à son
mari , a congedié des Musiciens qu'elle
avoit mandés pour un Divertissement de
sa façon ; elle le détruit enfin dans le
coeur d'Angélique , par une espéce d'infidelité
qu'elle lui a fait commettre envers
elle. Pour achever le dénouement ,
Eraste qui s'étoit déja emparé de l'estime
d'Angélique par la noblesse de ses procédés
, lui inspire une tendre reconnoissance
par la generosité avec laquelle il
paye secretement cinquante mille écus
somme à laquelle M. Orgon vient d'être
condamné par corps en perdant son
procès.
On voit par ce petit argument que la
Piéce , quoiqu'elle soit en cinq Actes ,
n'est pas beaucoup chargée d'action , mais
en récompense le Caractere dominant y
est
AVRIL. 1733 78;
est soutenu du commencement à la fin.
On auroit souhaité que ce Caractere fût
un peu plus mis en oeuvre , et qu'il se
développât plutôt par des actions que
par des conversations ; ce défaut n'est.
que trop commun dans les Piéces modernes
; on y parle beaucoup plus qu'on n'y
agit , comme si l'on ignoroit que l'action
est l'ame de la Comédie et de la Tragédie.
On auroit voulu surtout qu'immédiatement
après que Damis a promis
à M. Orgon de faire différer le jugement
de son procès , ce même Damis eut été
prié par Mad. Orgon de le faire avancer,
et qu'il eut manqué à sa parole par complaisance
, ou, pour mieux dire , il auroit
encore mieux valu que l'Auteur lui eut
sauvé une perfidie , qui fait un crime de
ce qui ne devoit être qu'un ridicule .
A ce Caractere dominant , on en joint
d'autres purement accessoires , où l'Auteur
a fait voir qu'il est excellent Peintre,
tant qu'il ne faut employer d'autre pinceau
que sa plume ; on lui reproche même
comme un défaut, une éloquence dont
bien d'autres tireroient vanité ; il a tant
d'esprit qu'il ne peut s'empêcher d'en
donner à tous ses personnages . Voilà ce
qu'on a presque generalement observé
dans la Comédie du Complaisant ; il ne
nous
484 MERCURE DE FRANCE.
nous reste plus , pour la satisfaction de
nos Lecteurs , qu'à donner quelques traits
de la maniere d'écrire de l'Auteur , qui
pourroit servir de modele aux Orateurs
les plus élégans , et qui n'a que le malheur
de n'être pas bien en sa place.
Nous ne citerons que ce qui concerne
le caractere dominant. Voici comment
Cléante , frere de M. Orgon , le'définit dans
le premier Acte. Damis rassemble les qualitez
les plus contraires , il en a du moins
les apparences. Sans caractere , sans humeur
, il se livre aux impressions étrangeres ;
il prend chez les autres sa tristesse et sa
joye ; elles s'emparent de son visage sans
passer dans son coeur; toutes les opinions ,
sous les sistêmes lui plaisent également ; il
les adopte , il les abandonne , il les réfute
il les soutient ; la vrai-semblance qui le
séduit , Paide encore à tromper les autres.
tout paroît probable à ses yeux , tout devient
probable dans sa bouche . Il ne pense point ;
il ne sent point , tout son talent est d'exprimer
avec facilité des sentimens et des
pensées. Son esprit , chargé des idées d'antrui
, ne sçauroit en produire aucune ; si
quelquefois il a le courage de juger par luimême
, la plus foible contradiction le rebute
et l'effraye bien- tôt il assujettit ce
qu'il pense au désir de plaire ; bien- tôt même
AVRI L. 1733. 781
ne il oublie ce qu'il a pensé. Sa conduite
n'est pas moins inégale ; son gout , son inclination
, ses moeurs , sont soumis aux caprices
de ceux qui l'environnent. Esclave de
La Societé, le même excès de complaisance qui
dicte ses paroles , dirige aussi ses démarches.
Voici comme Damis se définit lui- même
, parlant à Cléante , qui veut lui faire
sentir les inconvéniens qui peuvent naître
d'un excès de complaisance.
Mon Sistême , puisqu'enfin vous m'ordonnez
d'en avoir un , n'est pas de m'assujettir
à ces regles arbitraires qu'on n'ose
jamais perdre de vie , à ces loix importunes
et rigoureuses qu'on impose souvent
sans necessité , et que vous appellez des
principes. Leur effet ordinaire est de contrarier
les idées d'autrui , sans rectifier les nôtres.
Pour vivre avec tout le monde , il faut
se persuader, si l'on peut, que tout le monde
a raison ; à force de le souhaiter on s'accous
tume à le croire.
de mau-
Et comme Cléante le soupçonne de
mauvaise foi , il ajoûte : Ne cherchez point
à m'allarmer par un odieux soupçon
vaise foi; on n'est point faux , quand on
ne veut point l'être. Peu jaloux de ce que
je pense peu attaché à ce que je veux
ma facilité naturelle me fait entrer avecplai
sir dans les mouvemens qu'on veut m'inspirer
786 MERCURE DE FRANCE
pirer; une prévention toujours favorable
et toujours sincere , me peint les objets sous
les couleurs les plus heureuses. Je voi les
hommes tels qu'ils veulent me paroître ; je
ne m'attacke point à sonder les replis de leurs
coeurs ; indulgent pour leurs travers , admirateur
de leurs bonnes qualitez , je cherche
moins à démêler leurs vices , qu'à profiter
de leurs vertus .
Cléante lui faisant un dernier reproche
sur son caractere , qui du moins ,
dit-il , le fait tomber dans la flatterie ,
deffaut dont tout le monde doit rougir,
il lui répond : deffaut dont personne ne doit
m'accuser. Un flatteur est sans cesse occupé
de vues interessées , et la honte d'une adulation
servile le touche beaucoup moins que
les avantages personnels qu'il en tire. Pour
moi , sans former de projets , sans exiger de
reconnoissance , j'apporte dans la Societé des
dispositions d'autant plus commodes , que
chacun y peut trouver son compte , sans qu'il
m'en coûte rien . En un mot , voici toute ma
Philosophie , et je me sçais bon gré d'en être
redevable à la Nature plutôt qu'à la refle
xion; j'écoute volentiers , j'approuve aisé
ment , je ne contredis jamais , et pour peu
que la conversation durât , je pourrois bien
prendre votre avis contre moi-même ; peutétre
l'aurois -je déjafait , si vous m'aviez atraqué
moins vivement. Le
A VRL I. 1733. 787
Le Lecteur doit convenir qu'il faut avoir
bien de l'éloquence pour soutenir si bien
une si mauvaise cause. Au reste l'Auteur
n'est pas moins élegant qu'éloquent ; on
peut même dire qu'il est un peu trop exact
dans le choix des termes , et qu'il n'est
pas dans la nature que des conversations
ordinaires ressemblent à des discours étudiez
avec un art aussi continu que cellescy
le paroissent ; aussi tout le monde est-il
convenu que l'Auteur de cette Comédie
est encore plus Orateur qu'Auteur ; il
faut pourtant lui rendre justice sur cette
derniere qualité. Sa Piece , quoiqu'un peu
vuide d'action, ne laisse pas d'être ornée de
ce qu'on appelle jeu de Théatre ; il y en
a- un entre autres dans le quatrième Acte
, qui soutenu de la vivacité du sieur
et de la Dile Quinault , a fait un plaisir
infini , on peut même dire que c'est quelque
chose de plus qu'un jeu de Théatre :
puisqu'il produit un coup de Théatre ;
Voici de quoi il s'agit . M. Orgon ayant
annoncé à Damis la perte de son Procès
, ce dernier en est si penetré , qu'on
croiroit que c'est lui - même qui vient d'ê
tre condamné par corps à payer les cinquante
mille écus dont il s'agit. M. Or
gon va chercher son frere pour le convaincre
de la sensibilité de son gendre
H futur
788 MERCURE DE FRANCE
futur, Mad. Orgon arrive bien- tôt après,
et fait part à Damis d'un Divertissement
qu'elle a fait. Damis s'y prête si bien.
par complaisance , qu'il chante et danse
avec elle , aussi gayement , qu'il vient
de s'affliger tristement avec M. Orgon,
Ce dernier survient avec son frere , et
trouve son Héraclite métamorphosé en
Démocrite . Damis se tire d'affaire comme
il peut , et lui dit que de peur de
succomber à sa douleur , il cherche à
s'égayer.
Il s'en faut bien que le cinquiéme Acte
ait répondu au quatrième. De tous les
motifs qui font punir le Complaisant ,
il n'y en a qu'un de vrai , et qui va jusqu'à
la trahison ; c'est d'avoir , par complaisance
pour Mad. Orgon , acceleré le
jugement d'un procès qu'il avoit promis
à M. Orgon de faire differer. L'infidelité
prétendue dont Angelique l'assure , ne
mérite aucune punition , non-plus que le
soin qu'il a pris de renvoyer les Musiciens
de Mad. Orgon : or tout ce qui
autorise le dénoûment , c'est la generosité
d'Eraste qui a payé les cinquante mille
mille écus ausquels M. Orgon étoit condamné
par corps ; ainsi c'est plutôt la
vertu recompensée , que le vice puni ,
qui termine cette Piece.
Le
AVRIL
1733. 789
Elle paroît très - bien imprimée chez le
Breton, Quay des Augustins , et a un fort
grand debit.
Fermer
Résumé : LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
La pièce 'Le Complaisant' est une comédie en cinq actes représentée au Théâtre François en janvier 1732. L'intrigue se déroule dans la maison de M. Orgon, qui doit juger un procès et marier sa fille, Angélique. Mme Orgon, l'épouse de M. Orgon, favorise Damis, le cousin de M. Orgon, comme gendre en raison de sa complaisance. Eraste, amoureux d'Angélique, est apprécié par elle mais ne parvient pas à la convaincre de choisir son mérite plutôt que l'apparence d'un autre prétendant. Le nœud de la pièce repose sur l'espoir des spectateurs de voir Angélique préférer le mérite à l'apparence. Le dénouement voit la punition du vice et la récompense de la vertu. La complaisance excessive de Damis le conduit à manquer à sa parole envers Orgon, ce qui lui fait perdre son procès. De plus, Damis irrite Mme Argante en renvoyant des musiciens qu'elle avait convoqués et commet une infidélité envers Angélique. Eraste, par sa générosité, paie secrètement la somme à laquelle M. Orgon est condamné, gagnant ainsi l'estime et la reconnaissance d'Angélique. La pièce est notée pour son élégance et la qualité de ses dialogues, bien que l'action soit limitée. Le caractère de Damis est bien développé, mais aurait pu être mieux mis en œuvre par des actions plutôt que par des conversations. L'auteur est loué pour son éloquence et son esprit, mais critiqué pour la faiblesse de l'intrigue et l'absence de véritable action théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2417
p. 792
« Le 15. les mêmes Comédiens donnerent une Piece nouvelle, en Vers et en [...] »
Début :
Le 15. les mêmes Comédiens donnerent une Piece nouvelle, en Vers et en [...]
Mots clefs :
Arlequin philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 15. les mêmes Comédiens donnerent une Piece nouvelle, en Vers et en [...] »
Le 15. les mêmes Comédiens donnerent
une Piece nouvelle , en Mers et en
trois Actes, avec un Divertissement , in
titulé Arlequin Philosophe
une Piece nouvelle , en Mers et en
trois Actes, avec un Divertissement , in
titulé Arlequin Philosophe
Fermer
2418
p. 793-811
LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
Début :
Cette Lettre, Monsieur, contient l'Extrait que vous avez bien voulu [...]
Mots clefs :
Amour, Vénus, Thésée, Phèdre, Ariane , Génie, Ismène, Psyché, Ballet héroïque, Théâtre de l'Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
-LETTRE à l'Auteur du Mercure
sujet du Ballet Héroïque , intitulé : l'Empire
de l'Amour , représenté pour la
premiere fois au Théatre de l'Opéra , le
14 Avril 1733.
Ette Lettre , Monsieur contient
Extrait que vous avez bien voulu
me demander du Poëne Lirique que je
viens de donner au Public. Jy joins les
changemens qui y ont été faits depuis la
premiere Représentation ; j'en expose
motifs , c'est- à -dire , les mécontentemens
que le Public avoit témoignés , et par
conséquent mes torts .
les
Le Prologue se passe dans l'Isle de Naxos
; on voit dans le fond du Théatre un
Temple de Jupiter. Bacchus , environné
des Nimphes, à qui son enfance a été confiée
, les voit avec regret accablées d'une
extrême vieillesse qu'elles déplorent par
ces Vers :
Ne peux- t - on enchaîner le tems ?
Le cruel nous poursuit sans cesse :
Il fait de nos plus doux instans
Autant de pas vers la vieillesse
Bacchus invoque Jupiter ; il en est éxaucé;
il l'annonce aux Nimphes , qui mar-
Hiiij chent
794 MERCURE DE FRANCE
chent alors vers le Temple avec cette
langueur ordinaire à la vieillesse ; à peine
ont- elles embrassé la Statuë de Jupiter
, qu'elles sortent du Temple ayant
repris tous les attraits de la Jeunesse , dansant
et chantant autour de Bacchus , et
le mot de Plaisir est le premier qu'elles
prononcent.
La Fête des Nimphes rajeunies, est interrompue
par l'arrivée des Menades
des Baccantes et des Corybantes ; qui en
formant des Jeux , invitent Bacchus à
faire la conquête du monde. A la fin des
Jeux Bacchus déclare aux Nimphes qu'il
part pour aller répandre les Arts dont
il est l'Inventeur , et le reste de la Scene
qui se passe entre Autonoé , la principale
Nimphe , et lui , expose le sujet des trois
Entrées dont ce Ballet est composé.
Je veux ( dit Bacchus ) pour le bonheur du
monde >
Devenir le plus grand des Dieux.
Autonoé.
Helas ! il en est un qui des Dieux est le maî
tre ,
Enfant impérieux , l'Univers est sa Cour .
Votre repos et vos vertus peut- être ,
Dépendront de lui quelque jour !
Bac
AVRIL 1733 795 .
Bacchus.
Eh i quel est donc enfin ce Tyran !
Autonoé.
C'est l'Amour.
Bacchus.
Ne peut- on, en fuyant , échapper à ses armes ?
Autonoé.
Pour mieux braver l'Amour n'en prenés point
d'allarmes ;
Voyés tous ses bienfaits surpassés par ses
maux ,
L'éloignement ne sert qu'à nous montrer ses
charmes
Et nous tromper sur ses deffauts.
Avant que vous quittés Naxos ,
Nous allons dans nos Jeux peindre sa tyranie
,
Vous le verrés ternir la gloire d'un Heros ;
Tromper l'art enchanteur du plus puissang
génie ,
Et lui- même troublé de craintes , de soupirs ,
Ne pouvoir séparer ses maux de ses plaisirs.
Les Nimphes sortent pour aller préparer
les Jeux ; Bacchus reste avec les
Menades et leurs Troupes , qui terminent
ce Prologue par un Choeur , dont
Voici les Vers : Hv..
796 MERCURE DE FRANCE
Dieu charmant , cedez la victoire ,
Si le fils de Venus vous appelle à sa Cour
On
i.
peut être amoureux et voler à la gloire L
Le loisir des Héros appartient à l'Amour..
·PREMIERE ENTREE.
Phedre et Ariane
Phedre se reproche son amour pour
Thésée qu'elle vient de lui découvrir ;
après l'avoir long- temps combattu et
caché ,elle rappelle à Thésée tout ce qu'Ariane
, dont il est aimé , a fait pour lui..
Elle déclare qu'elle va avouer à sa soeur
la trahison qu'elle lui a faite. Thésée
cherche à l'en détourner , il lui dit ::
D'un malheur qu'elle ignore ,
Fuyez le vain éclat ;
Vous ne lui rendrez qu'un ingrat,,
Et vous perdrez qui vous adore..
Ariane survient; elle annonce à Thésée
que Minos va rompre ses fers et accorder
la paix aux Athéniens. Elle ne voit plus
qu'un avenir heureux ; elle ne doute pas
que Minos apprenant leur amour ne con
sente à leur union . Thésée dans le trouble
que cette nouvelle lui cause , va joindre
le Roy qui l'attend ; et craignantque
Phedre ne parle à sa soeur comme elle
Pa
AVRIL 1733. 797
l'a projetté , il lui dit en sortant , sans
être entendu d'Ariane :
Si vous l'aimez ? laissez- lui - son erreur .
Les deux soeurs restent ensemble: Ariane
marque une confiance extrême dans
l'amitié de sa soeur pour elle ; elle craint
seulement que Phedre n'ayant jamais aimé
, ne regarde comme une foiblesse l'amour
qu'elle a pour Thiste. Elle ne conçoit
pas qu'on puisse n'avoir point d'amour.
Phedre qui marque l'intention
qu'elle a d'ouvrir les yeux à Ariane , luidit
, en parlant de l'Amour :
On porte au pied de ses Autels ,
Plus de regrets que de reconnoissance .
Mais Ariane aime de trop bonne foy
pour soupçonner son Amant. Phédre s'explique
plus clairement; elle nomme Thé
sée. Ariane toujours aveuglée par sa tendresse
, répond :
Il est sûr de mon coeur , il m'aimera toujours .
Le tendre penchant qu'il m'inspire ,
A sçu lui conserver le jour !
Ah ! quel plaisir , désormais je puis dire
Tous les momens où mon Amant respire ,
Sent l'ouvrage de mon amour.
Je dois vous dire , Monsieur , qu'il y
H vj avoit
798 MERCURE DE FRANCE
avoit dans ces Vers deux fautes de dica
tion tres- grossieres , et contre lesquelles
on s'est récrié avec beaucoup de justice.
Je reviens à mon Extrait :
Phedre enfin prend le parti de faire un
aveu ingénu à sa soeur ; mais le Roy arrive
avec Thésée , et Ariane ' n'entend et
ne voit plus que son Amant .
Après une fête en l'honneur de Thésée
, vainqueur du Minotaure , Minos
dit à Ariane qu'il sçait son amour pour
Thésée , il l'approuve par ces Vers :
L'amour n'est plus une foiblesse ,
Quand un Héros en est l'objet.
Et il les emmene pour préparer leur
Hyménée . Phédre qui reste seule , sent
alors des mouvemens qu'elle n'avoit
point éprouvez . Elle trouve que céder
son Amant pour ne point trahir sa soeur ,
eut été une consolation pour elle ; au lieu
que de le perdre par la volonté du Roy
uniquement , ne lui laisse que la douleur,
de voir sa rivale heureuse.
>
Thesée qui a laissé Ariane au Temple
de Venus , où elle prépare un Sacrifice
revient joindre Phedre; il cherche à augmenter
le trouble où il la trouve ; il lui
propose enfin de se rendre à la Cour du
Roy d'Athénes, son pere, qui verra avec
plaisir
AVRIL. 1733. 799
plaisir leur Hymenée. Phedre alors ne
connoît plus que ce qu'elle doit à la vertuj
elle dit à Thesée de fuir er de l'abandonner
: Thesée feint de se rendre
comme elle , aux droits du devoir . Il lui
dit qu'il va épouser Ariane ; que l'ayant
aimée , le noeud qui va les unir et le
temps rameneront cette premiere tendresse
; cette résolution apparente produit
par dégrés l'effet qu'il en attendoit .
Phedre le découvre par ces Vers :
Vous l'armeriez ? ah ! tout me désespere ,
Ma soeur , de quels transports mon coeur se sent
saisir ?
Quoi , n'ai-je plus de choix à faire ,
Que vous tromper , ou vous hair ?
On voit paroître alors des Prêtresses de
Venus : Thesée conjure Phédre de profiter
du seul moment qui leur reste,pour
s'éloigner , et la Scene finit par ces Vers :
Thesée .
Je meurs , si je vous perds : Prononcez ,
Phedre.
Je vous aime.
Ariane entre sur la Scene , précédée
des Prêtresses de Venus , qui commencent
des Jeux , et dans le moment où elle
se
800 MERCURE DE FRANCE
se livre davantage à l'espoir d'épouser 'ce'
qu'elle aime , elle apprend la trahison de
son Amant et de sa soeur ; elle apperçoit
de Navire qui les conduit et qui s'éloigne
et les Vers que voicy , qui sont à la fin
de son Monologue , terminent l'Acte .
Hélas ! de l'infidele ,
Avec tant de plaisir , j'avois sauvé les
jours.
Dieux ! quel en est le prix ? Il va vivre pour
elle ;
Mais tout sert leur fuite cruelle ,
Le Vaisseau disparoît : O com ble de malheurs !
Barbare , sois content , tu me trahis ? je meurs.
Il me reste , Monsieur , une remarque
à faire sur cet Acte. C'est le dégoût avec
fequel il fut reçu à la premiere Représentation
, depuis le départ de Phédre et .
de Thésée. Il n'avoit pas besoin , pour
produire cet effet - là , de l'ennui qu'y apporte
la Scene, qui parut tres-longue, où
Minos venoit apprendre à Ariane ses
malheurs.
L'action étoit finie au départ de Phédre
et de Thésée , mais le mal venoit de
plus loin encore. Comment intéresser
par un sujet aussi rebattu que celui d'A--
riane , quoique peut- être j'aye mis de las
nouveauté dans la maniere de le traiter ?
jai
AVRIL. 1733. 801
J'ai fort mal fait de la choisir. Pour réparer
une partie de mes torts , j'ai supprimé
cette malheureuse Scene de Minos ,
et cet Acte à
blement.
present est reçu
SECONDE ENTRE'E.
L'Amour et Psiché..
favora
Cet Acte , suivant l'ordre , annoncé
dans le Prologue , auroit dû être le dernier
, mais il a fallu le placer le second
pour éviter des difficultez dans l'exé
cution..
La Scene est dans l'Isle de Paphos .
Psiché , esclave de Venus , se croit oubliée
de l'Amour et cette crainte l'afflige
bien plus que les tourmens les tourmens que Venus lui
fait souffrir. L'Amour survient et la rassure.
Ils sont interrompus par Venus quiprécipite
Psiché aux Enfers.
Le jour de la premiere Représentation
de çet Acte, l'Amour en perdant Psiché ,
après un Monologue de déchaînement
contre sa mere , voïoit arriver du Ciel
un Jupiter , aussi peu secourable pour
lui , qu'il devenoit ennuyeux pour
Spectateur.
le
On m'a assuré que c'est le sort des
Jupiters, dans la plupart des Pieces où ils
sont
802 MERCURE DE FRANCE
sont employez , de déplaire souverainement
, et je puis dire que le mien a bien
confirmé cette destinée . J'ai donc étouffé
le Monstre dès son Berceau , il n'a
point paru à la seconde Représentation .
L'Amour dans un Monologue veut
d'abord détruire l'Empire de sa mere ;
mais bien-tôt il songe que de lui ôter
ses charmes n'est pas le moyen de l'appaiser.
Il a blessé Adonis pour elle , et
projette de la fléchir , à force de la rendre
heureuse.
N'employons que des soins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle ,
Qu'elle est une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ;
Le charmant Adonis que j'ai blessé pour elle ,
Peut seul adoucir ses fureurs ,
N'employons que des soins flateurs , &c
Ces soins ont successivement leur effet,
Venus et Adonis s'expliquent ; la Déesse
appelle les Bergers de Paphos pour celebrer
le choix qu'elle vient de faire.
Après la fête, Adonis transporté de son
bonheur , s'attendrit sur les persécutions
que Venus fait souffrir à un Dieu à qui il
a tant de graces à rendre. Il dit à la
Déesse :
Quel
7
AVRIL 803 1733.
Quel bonhenr l'Amour sçait répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Hélas ! ce Dieu charmant , par vous même ontragé
,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en est - il vangé !
que vous aimez vous adore ; Ce
Rien n'ose vous troubler dans un bonheur si
doux .
Pourriez-vous bien le dérober encorè ,
A ces mêmes plaisirs qu'il a versez sur vous.
Alors Venus est trop heureuse pour
que la colere puisse avoir encore place
dans son coeur ; elle rappelle Psiché des
Enfers , et la rend à son Amant.
Psiché exprime à Venus par ces Vers,la
reconnoissance dont elle est pénétrée.
Ay-je pû vous faire une offense ?
Eh ! comment de Venus partager les honneurs ?
Consultez vos beaux yeux , lisez dans tous les
coeurs
Vous y verrez mon innocence .
La suite de Venus et de l'Amour vient
celebrer l'Hymenée de Psiché et de l'Amour.
Venus annonce enfin l'immortalité
de Psiché , par ce Choeur qui finit l'Acte.
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmi nous d'un éternel bonheur
Psiche
804 MERCURE DE FRANCE
Psiché , du Dieu d'Amour , sçait enchanter le
coeur ,
Elle est digne d'être immortelle.
Depuis les changemens , cet Acte a toujours
été reçu avec indulgence. L'idée
d'appaiser Venus pour la rendre extrêmement
heureuse , n'est dans aucun des
Auteurs qui ont écrit l'histoire de Psiché.
J'ai esperé qu'elle me feroit pardonner
d'avoir pris un sujet tant de fois traité.
F
TROISIEME ET DERNIERE
ENTRE'E .
Zelindor , Roy des Génies du feu.
Le Théatre représente le Palais du Génie.
Ismene , mortelle aimée du Génie ,
expose de sujet par ce Monologue.
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance ;-
Notre Hymen s'apprêtoit , quels étoient not
beaux jours ,
Lorsqu'un cruel Génie en termina le cours ?
Souveraine en ces lieux , où brille sa puissance ,
Ay-je un instant cessé de pleurer ton absence ?
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance.
Le reste du Monologue acheve d'expo
ser
AVRIL. 1733. 805
ser la fidelité qu'Ismene garde pour le
mortel dont elle est séparée.
Avant les changemens qui ont été
faits , le Génie, dans la Scene qui suivoit
ce Monologue , n'y étoit qu'un Amant
tres-tendre , mais rien ne marquoit en
lui le caractere de Génie .
J'ai cru devoir changer cette Scene ;
quoique le public cut paru recevoir cet
Acte avec le plus d'indulgence , et voicy
comme elle est depuis la cinquième Représentation
.
Zelindor arrive , Ismene veut l'éviter.
Il lui parle ainsi :
Arrêtes un moment : concevez l'esperance
Des destins glorieux que je viens vous offrir
Il est temps de vous découvrir ,
Quel est mon sort et ma puissance
L'instant où je suis aimé ,
De la beauté qui m'a charme,
Rend la jeunesse éternelle !
Aimez ; vous serez toujours belle.
Pour obtenir ce bien quel secret est plus doux !!
Aimez ; le don d'être immortelle
Est le seul que l'Amour n'ait point versé sur
vous.
Ismene paroît toujours aussi peu touchée
806 MERCURE DE FRANCE
chée des soins du Génie ; elle lui dit enfin
que la superiorité que lui donne sur
elle son pouvoir merveilleux , l'éloigne
de lui , et que s'il l'aimoit bien , il lui auroit
enseigné son art. Zélindor paroît
soupçonner ce reproche ; il montre à Ismene
une Urne qui est dans le fond du
Théatre .
Regardez cette Urne fidele ,
Par elle , je remplis tous les voeux que je fais ;
Elle peut tout sur moi , je ne puis rien sans elle ;
Ce secret que je vous revéle ,
M'assujettit moi- même à remplir vos souhaits
Zélindor la laisse seule avec PUrne. Is
méne s'empresse d'en éprouver le pouvoir
; elle demande que le Palais du Génie
s'évanouisse , et que celui où elle a reçu
la naissance paroisse. Elle est obéïe ; on
voit un Jardin , orné de Statues , et terminé
dans l'enfoncement par une Façade
'd'Architecture. Isméne n'est pas encore
assez assurée de son pouvoir sur l'Urne ;
elle ordonne que les Statues s'animent ;
à l'instant la Statue de l'Amour s'anime
la premiere , et va par ses pas et par ses
attitudes animer les autres Statues , qui
toutes forment une fête à l'honneur d'Isméne.
Voici un Canevas qu'on a trouvé extréAVRIL
: 1733. 807
rémement ingénieux ; je lui rends cette
justice , parce qu'il n'est pas de moi .C'est
ane Statue qui chante ces Vers , sur un
air qui vient d'être dansé .
Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie.
A ta voix ,
L'Univers change ;
Tout se range ,
Sous tes Loix.
7
Tout reconnoît ton Empire ,
Tu le veux , le marbre respire ;
Tes beaux yeux ,
Nous donnent l'être
Nous font naître
Sont nos Dieux .
Quel bonheur , &c.
Pour nos jours quel doux présage !
C'est l'ouvrage
De tes traits ;
De nos coeurs reçoi l'hommage ;
C'est le
gage
Des bienfaits .
Quel bonheur , &c.
Après la fête , Isméne s'addresse à
PUrne.
Remplis mes derniers voeux , c'est mon coeur
qui t'implore ;
Qui
808 MERCURE DE FRANCE
Sers - moi contre un Tyran , de mon bonheu
jaloux ,
Un mortel amoureux , devenoit mon Epoux ,
Accorde à mes regards , cet Amant que j'adore.
A peine a - t- elle achevé , qu'il paroît
un Char brillant de lumiere : Isméne
en voit sortir le Génie , sous l'habit qu'il
avoit lorsqu'il s'étoit présenté à elle , avec
les traits et le nom d'Alcidon . Ce qu'il lui
explique par ces Vers :
Aprenez mon destin; le Roy de la lumiere,
A qui je dois cet Empire et le jour,..
M'imposa la Loy sévére ,
D'éprouver , malgré- moi , la beauté qui m'est
chere ;
Sous les traits d'Alcidon j'eas le bonheur de
plaire ;
༄ རྞྞ་ །
Je vous transportai dans ma Cour,
C
A vos premiers sermens vous demeurez soumise;
Tant de constance immortalise ,
Votre beauté, vos feux et mon
งา
1 201
amour
Il appelle les Génies ' qui viennent
reconnoître leur Reine , er eelebrent son
immortalité par une fête qui termine
l'Actè.
Les changemens , Monsieur , que je
viens de vous exposer , n'existoient que
depuis
1733. 009
}
depuis la cinquiéme Représentation. Dans
mon premier Plan , Zélindor n'étoit point
à la fois le Génie et Alcidon ; Isméne demandoit
à l'Urne , ce mortel qu'elle aimoit.
Il paroissoit , et tandis qu'elle désiroit
d'être soustraite à la dépendance
du Génie,il venoit tout-à coup, et voyant
qu'il ne pouvoit être aimé d'Isméne , il
prenoit le parti de la rendre heureuse.
Voici les Vers qui terminoient l'Acte.
Par quelle erreur , hélas ! me laissois je ébloüir?
Messoins -vous outrageoient en cherchant à vous
#plaire ;
Du moins cessez de me hair.
En faveur de l'effort que mon coeur va se faire
Revoyez le séjour où tendent vos souhaits ;
Possedez de mon Art les plus heureux secrets ;
Conservez long - temps la jeunesse ;
Mon malheur vous a fait mépriser ma tendresse
,
Recevez du moins mes bienfaits.
Ce trait de générosité ne touchoit point
du tout ; on ne s'interroissoit point pour
Alcidon ; le Génie paroissoit plus aimable
; enfin , j'avois trouvé le moyen de
traiter assez mal un Sujet ingénieux , et
dont un autre eut , sans doute , fait un
meilleur usage. Un fort grand nombre
de personnes ont eu l'idée de faire qu'Alcidon
810 MERCURE DE FRANCE
cidon et le Génie ne fussent qu'une même
personne ; elles me l'ont communiquée
, et le conseil que m'a donné M.de
Voltaire de la suivre , m'a déterminé.
Ne croïez-pas, je vous prie, Monsieur,
que je présume , par les changemens que
j'ai faits , avoir remédié à toutes mes fautes.
Je ne m'attribuë point l'empressement
que le public a marqué pour toutes
les Représentations de ce Ballet; je sçai
que j'en dois rendre graces au mérite de
la Musique , et je dois le dire encore , à
l'Art et au zéle des Acteurs. J'ai l'hon
neur d'être , &c.
Nous croyons devoir remercier publiquement
M. de Moncrif , de l'honneur
et du plaisir qu'il nous fait de nous adresser
l'Extrait de son Poëme , avec l'aveu
modeste des défauts qui peuvent lui être
échappés ; le Public lui en sçaura sans doute
bon gré : Son exemple puisse- t- il être
suivi par ses Confreres . Il y a long - tems
que nous désirons ardemment qu'ils veuillent
faire ce petit sacrifice , qui ne leur
féroit point de tort. Nous les en avons
encore priez dans l'Avertissement , mis à
la tête du Mercure de Janvier de cette
année.
Au reste , la modestie de l'Auteur de
ce
T
"
AVRIL. 17337 811
J
ee Poëme nous engage à ne pas laisser
ignorer au Public
que fon
Ouvrage
est plein d'esprit , et fort orné de traits
fins et délicats .
Nous
parlerons plus au long des Représentations
de ce Ballet , et de la magnifique
et éclatante
Décoration du troisiéme
Acte.
sujet du Ballet Héroïque , intitulé : l'Empire
de l'Amour , représenté pour la
premiere fois au Théatre de l'Opéra , le
14 Avril 1733.
Ette Lettre , Monsieur contient
Extrait que vous avez bien voulu
me demander du Poëne Lirique que je
viens de donner au Public. Jy joins les
changemens qui y ont été faits depuis la
premiere Représentation ; j'en expose
motifs , c'est- à -dire , les mécontentemens
que le Public avoit témoignés , et par
conséquent mes torts .
les
Le Prologue se passe dans l'Isle de Naxos
; on voit dans le fond du Théatre un
Temple de Jupiter. Bacchus , environné
des Nimphes, à qui son enfance a été confiée
, les voit avec regret accablées d'une
extrême vieillesse qu'elles déplorent par
ces Vers :
Ne peux- t - on enchaîner le tems ?
Le cruel nous poursuit sans cesse :
Il fait de nos plus doux instans
Autant de pas vers la vieillesse
Bacchus invoque Jupiter ; il en est éxaucé;
il l'annonce aux Nimphes , qui mar-
Hiiij chent
794 MERCURE DE FRANCE
chent alors vers le Temple avec cette
langueur ordinaire à la vieillesse ; à peine
ont- elles embrassé la Statuë de Jupiter
, qu'elles sortent du Temple ayant
repris tous les attraits de la Jeunesse , dansant
et chantant autour de Bacchus , et
le mot de Plaisir est le premier qu'elles
prononcent.
La Fête des Nimphes rajeunies, est interrompue
par l'arrivée des Menades
des Baccantes et des Corybantes ; qui en
formant des Jeux , invitent Bacchus à
faire la conquête du monde. A la fin des
Jeux Bacchus déclare aux Nimphes qu'il
part pour aller répandre les Arts dont
il est l'Inventeur , et le reste de la Scene
qui se passe entre Autonoé , la principale
Nimphe , et lui , expose le sujet des trois
Entrées dont ce Ballet est composé.
Je veux ( dit Bacchus ) pour le bonheur du
monde >
Devenir le plus grand des Dieux.
Autonoé.
Helas ! il en est un qui des Dieux est le maî
tre ,
Enfant impérieux , l'Univers est sa Cour .
Votre repos et vos vertus peut- être ,
Dépendront de lui quelque jour !
Bac
AVRIL 1733 795 .
Bacchus.
Eh i quel est donc enfin ce Tyran !
Autonoé.
C'est l'Amour.
Bacchus.
Ne peut- on, en fuyant , échapper à ses armes ?
Autonoé.
Pour mieux braver l'Amour n'en prenés point
d'allarmes ;
Voyés tous ses bienfaits surpassés par ses
maux ,
L'éloignement ne sert qu'à nous montrer ses
charmes
Et nous tromper sur ses deffauts.
Avant que vous quittés Naxos ,
Nous allons dans nos Jeux peindre sa tyranie
,
Vous le verrés ternir la gloire d'un Heros ;
Tromper l'art enchanteur du plus puissang
génie ,
Et lui- même troublé de craintes , de soupirs ,
Ne pouvoir séparer ses maux de ses plaisirs.
Les Nimphes sortent pour aller préparer
les Jeux ; Bacchus reste avec les
Menades et leurs Troupes , qui terminent
ce Prologue par un Choeur , dont
Voici les Vers : Hv..
796 MERCURE DE FRANCE
Dieu charmant , cedez la victoire ,
Si le fils de Venus vous appelle à sa Cour
On
i.
peut être amoureux et voler à la gloire L
Le loisir des Héros appartient à l'Amour..
·PREMIERE ENTREE.
Phedre et Ariane
Phedre se reproche son amour pour
Thésée qu'elle vient de lui découvrir ;
après l'avoir long- temps combattu et
caché ,elle rappelle à Thésée tout ce qu'Ariane
, dont il est aimé , a fait pour lui..
Elle déclare qu'elle va avouer à sa soeur
la trahison qu'elle lui a faite. Thésée
cherche à l'en détourner , il lui dit ::
D'un malheur qu'elle ignore ,
Fuyez le vain éclat ;
Vous ne lui rendrez qu'un ingrat,,
Et vous perdrez qui vous adore..
Ariane survient; elle annonce à Thésée
que Minos va rompre ses fers et accorder
la paix aux Athéniens. Elle ne voit plus
qu'un avenir heureux ; elle ne doute pas
que Minos apprenant leur amour ne con
sente à leur union . Thésée dans le trouble
que cette nouvelle lui cause , va joindre
le Roy qui l'attend ; et craignantque
Phedre ne parle à sa soeur comme elle
Pa
AVRIL 1733. 797
l'a projetté , il lui dit en sortant , sans
être entendu d'Ariane :
Si vous l'aimez ? laissez- lui - son erreur .
Les deux soeurs restent ensemble: Ariane
marque une confiance extrême dans
l'amitié de sa soeur pour elle ; elle craint
seulement que Phedre n'ayant jamais aimé
, ne regarde comme une foiblesse l'amour
qu'elle a pour Thiste. Elle ne conçoit
pas qu'on puisse n'avoir point d'amour.
Phedre qui marque l'intention
qu'elle a d'ouvrir les yeux à Ariane , luidit
, en parlant de l'Amour :
On porte au pied de ses Autels ,
Plus de regrets que de reconnoissance .
Mais Ariane aime de trop bonne foy
pour soupçonner son Amant. Phédre s'explique
plus clairement; elle nomme Thé
sée. Ariane toujours aveuglée par sa tendresse
, répond :
Il est sûr de mon coeur , il m'aimera toujours .
Le tendre penchant qu'il m'inspire ,
A sçu lui conserver le jour !
Ah ! quel plaisir , désormais je puis dire
Tous les momens où mon Amant respire ,
Sent l'ouvrage de mon amour.
Je dois vous dire , Monsieur , qu'il y
H vj avoit
798 MERCURE DE FRANCE
avoit dans ces Vers deux fautes de dica
tion tres- grossieres , et contre lesquelles
on s'est récrié avec beaucoup de justice.
Je reviens à mon Extrait :
Phedre enfin prend le parti de faire un
aveu ingénu à sa soeur ; mais le Roy arrive
avec Thésée , et Ariane ' n'entend et
ne voit plus que son Amant .
Après une fête en l'honneur de Thésée
, vainqueur du Minotaure , Minos
dit à Ariane qu'il sçait son amour pour
Thésée , il l'approuve par ces Vers :
L'amour n'est plus une foiblesse ,
Quand un Héros en est l'objet.
Et il les emmene pour préparer leur
Hyménée . Phédre qui reste seule , sent
alors des mouvemens qu'elle n'avoit
point éprouvez . Elle trouve que céder
son Amant pour ne point trahir sa soeur ,
eut été une consolation pour elle ; au lieu
que de le perdre par la volonté du Roy
uniquement , ne lui laisse que la douleur,
de voir sa rivale heureuse.
>
Thesée qui a laissé Ariane au Temple
de Venus , où elle prépare un Sacrifice
revient joindre Phedre; il cherche à augmenter
le trouble où il la trouve ; il lui
propose enfin de se rendre à la Cour du
Roy d'Athénes, son pere, qui verra avec
plaisir
AVRIL. 1733. 799
plaisir leur Hymenée. Phedre alors ne
connoît plus que ce qu'elle doit à la vertuj
elle dit à Thesée de fuir er de l'abandonner
: Thesée feint de se rendre
comme elle , aux droits du devoir . Il lui
dit qu'il va épouser Ariane ; que l'ayant
aimée , le noeud qui va les unir et le
temps rameneront cette premiere tendresse
; cette résolution apparente produit
par dégrés l'effet qu'il en attendoit .
Phedre le découvre par ces Vers :
Vous l'armeriez ? ah ! tout me désespere ,
Ma soeur , de quels transports mon coeur se sent
saisir ?
Quoi , n'ai-je plus de choix à faire ,
Que vous tromper , ou vous hair ?
On voit paroître alors des Prêtresses de
Venus : Thesée conjure Phédre de profiter
du seul moment qui leur reste,pour
s'éloigner , et la Scene finit par ces Vers :
Thesée .
Je meurs , si je vous perds : Prononcez ,
Phedre.
Je vous aime.
Ariane entre sur la Scene , précédée
des Prêtresses de Venus , qui commencent
des Jeux , et dans le moment où elle
se
800 MERCURE DE FRANCE
se livre davantage à l'espoir d'épouser 'ce'
qu'elle aime , elle apprend la trahison de
son Amant et de sa soeur ; elle apperçoit
de Navire qui les conduit et qui s'éloigne
et les Vers que voicy , qui sont à la fin
de son Monologue , terminent l'Acte .
Hélas ! de l'infidele ,
Avec tant de plaisir , j'avois sauvé les
jours.
Dieux ! quel en est le prix ? Il va vivre pour
elle ;
Mais tout sert leur fuite cruelle ,
Le Vaisseau disparoît : O com ble de malheurs !
Barbare , sois content , tu me trahis ? je meurs.
Il me reste , Monsieur , une remarque
à faire sur cet Acte. C'est le dégoût avec
fequel il fut reçu à la premiere Représentation
, depuis le départ de Phédre et .
de Thésée. Il n'avoit pas besoin , pour
produire cet effet - là , de l'ennui qu'y apporte
la Scene, qui parut tres-longue, où
Minos venoit apprendre à Ariane ses
malheurs.
L'action étoit finie au départ de Phédre
et de Thésée , mais le mal venoit de
plus loin encore. Comment intéresser
par un sujet aussi rebattu que celui d'A--
riane , quoique peut- être j'aye mis de las
nouveauté dans la maniere de le traiter ?
jai
AVRIL. 1733. 801
J'ai fort mal fait de la choisir. Pour réparer
une partie de mes torts , j'ai supprimé
cette malheureuse Scene de Minos ,
et cet Acte à
blement.
present est reçu
SECONDE ENTRE'E.
L'Amour et Psiché..
favora
Cet Acte , suivant l'ordre , annoncé
dans le Prologue , auroit dû être le dernier
, mais il a fallu le placer le second
pour éviter des difficultez dans l'exé
cution..
La Scene est dans l'Isle de Paphos .
Psiché , esclave de Venus , se croit oubliée
de l'Amour et cette crainte l'afflige
bien plus que les tourmens les tourmens que Venus lui
fait souffrir. L'Amour survient et la rassure.
Ils sont interrompus par Venus quiprécipite
Psiché aux Enfers.
Le jour de la premiere Représentation
de çet Acte, l'Amour en perdant Psiché ,
après un Monologue de déchaînement
contre sa mere , voïoit arriver du Ciel
un Jupiter , aussi peu secourable pour
lui , qu'il devenoit ennuyeux pour
Spectateur.
le
On m'a assuré que c'est le sort des
Jupiters, dans la plupart des Pieces où ils
sont
802 MERCURE DE FRANCE
sont employez , de déplaire souverainement
, et je puis dire que le mien a bien
confirmé cette destinée . J'ai donc étouffé
le Monstre dès son Berceau , il n'a
point paru à la seconde Représentation .
L'Amour dans un Monologue veut
d'abord détruire l'Empire de sa mere ;
mais bien-tôt il songe que de lui ôter
ses charmes n'est pas le moyen de l'appaiser.
Il a blessé Adonis pour elle , et
projette de la fléchir , à force de la rendre
heureuse.
N'employons que des soins flateurs ;
Cachons bien à Venus tout ce qui lui rappelle ,
Qu'elle est une Mortelle ,
Que lui préferent tous les coeurs ;
Le charmant Adonis que j'ai blessé pour elle ,
Peut seul adoucir ses fureurs ,
N'employons que des soins flateurs , &c
Ces soins ont successivement leur effet,
Venus et Adonis s'expliquent ; la Déesse
appelle les Bergers de Paphos pour celebrer
le choix qu'elle vient de faire.
Après la fête, Adonis transporté de son
bonheur , s'attendrit sur les persécutions
que Venus fait souffrir à un Dieu à qui il
a tant de graces à rendre. Il dit à la
Déesse :
Quel
7
AVRIL 803 1733.
Quel bonhenr l'Amour sçait répandre ,
Sur un coeur qu'il tient engagé !
Hélas ! ce Dieu charmant , par vous même ontragé
,
Cede à l'ennui qui le dévore ;
Eh ! comment s'en est - il vangé !
que vous aimez vous adore ; Ce
Rien n'ose vous troubler dans un bonheur si
doux .
Pourriez-vous bien le dérober encorè ,
A ces mêmes plaisirs qu'il a versez sur vous.
Alors Venus est trop heureuse pour
que la colere puisse avoir encore place
dans son coeur ; elle rappelle Psiché des
Enfers , et la rend à son Amant.
Psiché exprime à Venus par ces Vers,la
reconnoissance dont elle est pénétrée.
Ay-je pû vous faire une offense ?
Eh ! comment de Venus partager les honneurs ?
Consultez vos beaux yeux , lisez dans tous les
coeurs
Vous y verrez mon innocence .
La suite de Venus et de l'Amour vient
celebrer l'Hymenée de Psiché et de l'Amour.
Venus annonce enfin l'immortalité
de Psiché , par ce Choeur qui finit l'Acte.
Qu'une Divinité nouvelle
Jouisse parmi nous d'un éternel bonheur
Psiche
804 MERCURE DE FRANCE
Psiché , du Dieu d'Amour , sçait enchanter le
coeur ,
Elle est digne d'être immortelle.
Depuis les changemens , cet Acte a toujours
été reçu avec indulgence. L'idée
d'appaiser Venus pour la rendre extrêmement
heureuse , n'est dans aucun des
Auteurs qui ont écrit l'histoire de Psiché.
J'ai esperé qu'elle me feroit pardonner
d'avoir pris un sujet tant de fois traité.
F
TROISIEME ET DERNIERE
ENTRE'E .
Zelindor , Roy des Génies du feu.
Le Théatre représente le Palais du Génie.
Ismene , mortelle aimée du Génie ,
expose de sujet par ce Monologue.
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance ;-
Notre Hymen s'apprêtoit , quels étoient not
beaux jours ,
Lorsqu'un cruel Génie en termina le cours ?
Souveraine en ces lieux , où brille sa puissance ,
Ay-je un instant cessé de pleurer ton absence ?
Cher Alcidon , tu m'aimeras toujours ,
Si ta fidelité dépend de ma constance.
Le reste du Monologue acheve d'expo
ser
AVRIL. 1733. 805
ser la fidelité qu'Ismene garde pour le
mortel dont elle est séparée.
Avant les changemens qui ont été
faits , le Génie, dans la Scene qui suivoit
ce Monologue , n'y étoit qu'un Amant
tres-tendre , mais rien ne marquoit en
lui le caractere de Génie .
J'ai cru devoir changer cette Scene ;
quoique le public cut paru recevoir cet
Acte avec le plus d'indulgence , et voicy
comme elle est depuis la cinquième Représentation
.
Zelindor arrive , Ismene veut l'éviter.
Il lui parle ainsi :
Arrêtes un moment : concevez l'esperance
Des destins glorieux que je viens vous offrir
Il est temps de vous découvrir ,
Quel est mon sort et ma puissance
L'instant où je suis aimé ,
De la beauté qui m'a charme,
Rend la jeunesse éternelle !
Aimez ; vous serez toujours belle.
Pour obtenir ce bien quel secret est plus doux !!
Aimez ; le don d'être immortelle
Est le seul que l'Amour n'ait point versé sur
vous.
Ismene paroît toujours aussi peu touchée
806 MERCURE DE FRANCE
chée des soins du Génie ; elle lui dit enfin
que la superiorité que lui donne sur
elle son pouvoir merveilleux , l'éloigne
de lui , et que s'il l'aimoit bien , il lui auroit
enseigné son art. Zélindor paroît
soupçonner ce reproche ; il montre à Ismene
une Urne qui est dans le fond du
Théatre .
Regardez cette Urne fidele ,
Par elle , je remplis tous les voeux que je fais ;
Elle peut tout sur moi , je ne puis rien sans elle ;
Ce secret que je vous revéle ,
M'assujettit moi- même à remplir vos souhaits
Zélindor la laisse seule avec PUrne. Is
méne s'empresse d'en éprouver le pouvoir
; elle demande que le Palais du Génie
s'évanouisse , et que celui où elle a reçu
la naissance paroisse. Elle est obéïe ; on
voit un Jardin , orné de Statues , et terminé
dans l'enfoncement par une Façade
'd'Architecture. Isméne n'est pas encore
assez assurée de son pouvoir sur l'Urne ;
elle ordonne que les Statues s'animent ;
à l'instant la Statue de l'Amour s'anime
la premiere , et va par ses pas et par ses
attitudes animer les autres Statues , qui
toutes forment une fête à l'honneur d'Isméne.
Voici un Canevas qu'on a trouvé extréAVRIL
: 1733. 807
rémement ingénieux ; je lui rends cette
justice , parce qu'il n'est pas de moi .C'est
ane Statue qui chante ces Vers , sur un
air qui vient d'être dansé .
Quel bonheur digne d'envie !
Tes voeux nous donnent la vie.
A ta voix ,
L'Univers change ;
Tout se range ,
Sous tes Loix.
7
Tout reconnoît ton Empire ,
Tu le veux , le marbre respire ;
Tes beaux yeux ,
Nous donnent l'être
Nous font naître
Sont nos Dieux .
Quel bonheur , &c.
Pour nos jours quel doux présage !
C'est l'ouvrage
De tes traits ;
De nos coeurs reçoi l'hommage ;
C'est le
gage
Des bienfaits .
Quel bonheur , &c.
Après la fête , Isméne s'addresse à
PUrne.
Remplis mes derniers voeux , c'est mon coeur
qui t'implore ;
Qui
808 MERCURE DE FRANCE
Sers - moi contre un Tyran , de mon bonheu
jaloux ,
Un mortel amoureux , devenoit mon Epoux ,
Accorde à mes regards , cet Amant que j'adore.
A peine a - t- elle achevé , qu'il paroît
un Char brillant de lumiere : Isméne
en voit sortir le Génie , sous l'habit qu'il
avoit lorsqu'il s'étoit présenté à elle , avec
les traits et le nom d'Alcidon . Ce qu'il lui
explique par ces Vers :
Aprenez mon destin; le Roy de la lumiere,
A qui je dois cet Empire et le jour,..
M'imposa la Loy sévére ,
D'éprouver , malgré- moi , la beauté qui m'est
chere ;
Sous les traits d'Alcidon j'eas le bonheur de
plaire ;
༄ རྞྞ་ །
Je vous transportai dans ma Cour,
C
A vos premiers sermens vous demeurez soumise;
Tant de constance immortalise ,
Votre beauté, vos feux et mon
งา
1 201
amour
Il appelle les Génies ' qui viennent
reconnoître leur Reine , er eelebrent son
immortalité par une fête qui termine
l'Actè.
Les changemens , Monsieur , que je
viens de vous exposer , n'existoient que
depuis
1733. 009
}
depuis la cinquiéme Représentation. Dans
mon premier Plan , Zélindor n'étoit point
à la fois le Génie et Alcidon ; Isméne demandoit
à l'Urne , ce mortel qu'elle aimoit.
Il paroissoit , et tandis qu'elle désiroit
d'être soustraite à la dépendance
du Génie,il venoit tout-à coup, et voyant
qu'il ne pouvoit être aimé d'Isméne , il
prenoit le parti de la rendre heureuse.
Voici les Vers qui terminoient l'Acte.
Par quelle erreur , hélas ! me laissois je ébloüir?
Messoins -vous outrageoient en cherchant à vous
#plaire ;
Du moins cessez de me hair.
En faveur de l'effort que mon coeur va se faire
Revoyez le séjour où tendent vos souhaits ;
Possedez de mon Art les plus heureux secrets ;
Conservez long - temps la jeunesse ;
Mon malheur vous a fait mépriser ma tendresse
,
Recevez du moins mes bienfaits.
Ce trait de générosité ne touchoit point
du tout ; on ne s'interroissoit point pour
Alcidon ; le Génie paroissoit plus aimable
; enfin , j'avois trouvé le moyen de
traiter assez mal un Sujet ingénieux , et
dont un autre eut , sans doute , fait un
meilleur usage. Un fort grand nombre
de personnes ont eu l'idée de faire qu'Alcidon
810 MERCURE DE FRANCE
cidon et le Génie ne fussent qu'une même
personne ; elles me l'ont communiquée
, et le conseil que m'a donné M.de
Voltaire de la suivre , m'a déterminé.
Ne croïez-pas, je vous prie, Monsieur,
que je présume , par les changemens que
j'ai faits , avoir remédié à toutes mes fautes.
Je ne m'attribuë point l'empressement
que le public a marqué pour toutes
les Représentations de ce Ballet; je sçai
que j'en dois rendre graces au mérite de
la Musique , et je dois le dire encore , à
l'Art et au zéle des Acteurs. J'ai l'hon
neur d'être , &c.
Nous croyons devoir remercier publiquement
M. de Moncrif , de l'honneur
et du plaisir qu'il nous fait de nous adresser
l'Extrait de son Poëme , avec l'aveu
modeste des défauts qui peuvent lui être
échappés ; le Public lui en sçaura sans doute
bon gré : Son exemple puisse- t- il être
suivi par ses Confreres . Il y a long - tems
que nous désirons ardemment qu'ils veuillent
faire ce petit sacrifice , qui ne leur
féroit point de tort. Nous les en avons
encore priez dans l'Avertissement , mis à
la tête du Mercure de Janvier de cette
année.
Au reste , la modestie de l'Auteur de
ce
T
"
AVRIL. 17337 811
J
ee Poëme nous engage à ne pas laisser
ignorer au Public
que fon
Ouvrage
est plein d'esprit , et fort orné de traits
fins et délicats .
Nous
parlerons plus au long des Représentations
de ce Ballet , et de la magnifique
et éclatante
Décoration du troisiéme
Acte.
Fermer
Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du Ballet Héroïque, intitulé : l'Empire de l'Amour, représenté pour la premiere fois au Théatre de l'Opéra, le 14 Avril 1733.
La lettre traite du ballet héroïque 'L'Empire de l'Amour', représenté pour la première fois à l'Opéra le 14 avril 1733. L'auteur inclut des extraits du poème lyrique et les modifications apportées après la première représentation en réponse aux mécontentements du public. Le prologue se déroule sur l'île de Naxos, où Bacchus, entouré de nymphes vieillissantes, invoque Jupiter pour leur redonner jeunesse. Les nymphes rajeunies célèbrent leur transformation, mais leur fête est interrompue par l'arrivée des ménades, des bacchantes et des corybantes, qui invitent Bacchus à conquérir le monde. Bacchus annonce son départ pour répandre les arts et expose le sujet des trois entrées du ballet. Autonoé, la principale nymphe, met en garde Bacchus contre l'Amour, qu'elle décrit comme un tyran. La première entrée met en scène Phèdre et Ariane. Phèdre avoue son amour pour Thésée à ce dernier, puis décide de révéler sa trahison à Ariane. Thésée tente de l'en dissuader. Ariane, ignorante de la trahison, exprime sa confiance en l'amitié de Phèdre. Phèdre finit par avouer son amour à Ariane, mais l'arrivée de Thésée et du roi Minos interrompt leur conversation. Minos approuve l'amour d'Ariane et de Thésée et les emmène préparer leur hyménée. Phèdre, restée seule, ressent une douleur intense. Thésée propose à Phèdre de fuir avec lui, mais elle refuse, préférant sacrifier son amour pour éviter la trahison. La scène se termine par l'arrivée d'Ariane, qui découvre la trahison de Thésée et de Phèdre. La deuxième entrée raconte l'histoire de l'Amour et Psyché. Psyché, esclave de Vénus, est rassurée par l'Amour, mais Vénus la précipite aux Enfers. L'Amour décide de fléchir Vénus en la rendant heureuse. Il utilise Adonis pour adoucir les fureurs de Vénus. Après une fête, Vénus rappelle Psyché des Enfers et la rend à son amant. Psyché exprime sa reconnaissance à Vénus, et l'hyménée de Psyché et de l'Amour est célébré. Vénus annonce l'immortalité de Psyché. La troisième et dernière entrée présente Zelindor, roi des génies du feu. Ismène, une mortelle aimée du génie Alcidon, exprime sa fidélité malgré leur séparation. Zelindor arrive et offre à Ismène l'éternelle jeunesse en échange de son amour. Ismène, déçue par l'absence de soins du Génie, reproche à Zélindor de ne pas lui avoir enseigné son art. Zélindor lui montre une Urne magique capable d'exaucer tous les vœux. Ismène utilise l'Urne pour faire disparaître le palais du Génie et faire apparaître son propre palais natal, animant ensuite des statues pour célébrer sa puissance. Après une fête en son honneur, Ismène demande à l'Urne de lui apporter l'amant qu'elle adore. Le Génie apparaît alors sous les traits d'Alcidon, expliquant qu'il a dû tester la fidélité d'Ismène. La pièce se termine par une célébration de l'immortalité d'Ismène. Le texte mentionne également des modifications apportées à la pièce après la cinquième représentation en 1733. Initialement, Zélindor n'était pas à la fois le Génie et Alcidon, et la fin de l'acte était différente. L'auteur, M. de Moncrif, reconnaît les défauts de sa pièce et attribue le succès des représentations à la musique et aux acteurs. Il exprime sa gratitude pour les conseils reçus, notamment de M. de Voltaire. Le Mercure de France loue l'esprit et les traits fins du poème de Moncrif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2419
p. 838-845
SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
Début :
Il y a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux naturels, posez sur leurs pieds [...]
Mots clefs :
Figure, Soleil, Tableau, Cabinet, Figure, Lune, Mort, Tableaux, Oiseaux, Couleurs naturelles, Curiosités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
SUITE des Curiositez naturelles, & c.
du Cabinet de M. Capperon.
I'
OYSEAU X.
Ly a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux
naturels , posez sur leurs pieds
comme s'ils étoient vivans , et qui y sont
depuis dix ou douze ans , sans aucune altération
, par la maniere que j'ai de les
conserver les grands sont empaillez , et
les petits en chair et en os . Il y a un Paon
entier , dont la queue bien étendue couvre
toute la Cheminée de mon Cabinet.
Un mâle de Phaisan , posé sur un piédestail
, une Cigogne , deux Pelicans , un
gros oyseau de Mer , nommé dans Jonston
, Onocrotalus , un Canard d'Afrique ,
un autre Oyseau singulier , venant de Canada
, un tres beau Perroquet ; plusieurs
autres Oyseaux de Mer ; un Lorio jaune
et noir , un Picus Varius , une Huppe
des Chardonnets , Linotes & c. L'Anser ,
Magellanicus, de Jonston, beaucoup plus.
gros
MAY. 1733 $39
que
gros qu'une Oye , dont les aîles n'ont
4 pouces de longueur . On vient de met
l'envoyer de Dieppe.
Ouvrages de l'Art.
Un morceau de Buis , de la grosseur
et de la forme d'une noix , autour duquel
sont sculptez quarante petits Tableaux
de la Vie de Notre - Seigneur. II
s'ouvre en deux para ; dans une moitié
se voïent sur le haut , Adam et Eve
proche l'Arbre du fruit deffendu , où est
le Serpent qui les tente ; auprès d'eux est
un Lion ; dans le dessous est Caïn qui tuë
son frere Abel; au côté sont deux Chevaux
d'une délicatesse surprenante , qui
labourent avec une Charue, au côté gauche
est l'Arche de Noé , et auprès un
homme étendu mort , comme noyé par
le Déluge ; par une coulisse qui s'ouvre
derriere , paroît un Mouton qui paît.
Dans l'autre moitié de cette espece de
noix , on voit sur le haut dans le milieu
le Fils de Dieu , attaché à la Croix, et les
deux Larrons ; au bas de la Croix , la
sainte Vierge, et S. Jean ; puis Longis qui
perce le côté sacré , et un Soldat qui est
un peu plus loin ; au côté droit , qui est
séparé par une colonne , délicatement
travaillée , paroît Jesus- Christ flagellé par
A v
840 MERCURE DE FRANCE
un Soldat ; et au côté gauche, séparé par
une autre colonne , il y a deux Soldats
qui gardent le Tombeau , lequel se voit
en tirant une Coulisse par derriere, et 2
autres Soldats qui le gardent de ce côté- là .
Cer Ouvrage et toutes les figures sont
d'une délicatesse surprenante. Une Urne
Sépulciale antique.Les Portraits des douze
Césars en émail.
,
Autre Ouvrage, oreillement de buis , à
peu près dans le même dessein que le précédent
mais beaucoup plus parfait ,
tant pour le grand nombre des figures ,
que pour leur beauté et leur perfection .
Cet Ouvrage est aussi rond , s'ouvrant en
deux moitiés , jointes par une Charniere
; il est à peu près de la grosseur d'une
Bale de Jeu de Paume. Dans la premiere
moitié sont plusieurs figures du même
Mystere de la Passion du Sauveur, et dans
l'autre , deux Points d'Histoire de l'ancien
Testament , le Sacrifice d'Abraham,
et le Serpent d'Airain ; le tout comprenant
un grand nombre de figures , et faisant
un ouvrage des plus achevez et des
plus finis.
Une Piramide d'Yvoire , haute de 18 pouces
& demi , faite au Tour , dont la tige
n'a guere qu'une bonne ligne de diametre
dans le bas ; elle n'eft vers le haut gros
que
MAY . 1733. 841
gros que de la grosseur d'une épingle ordinaire.
A la hauteur de six pouces est posée
sur la tige une espece de Lanterne à
jour , formée par 4 colonnes ; au milieu
de cette Lanterne sont trois figures de
personnes assises à une Table , sur laquelle
paroissent les Mets et les Bouteilles .
Cet Ouvrage est encore des plus délicats .
Deux figures de bois bronzées , d'un pied
neuf pouces de haut , posées sur deux
Guéridons , dont l'une représente Apollon
jouant de la Lyre ; et au bas , un petit
Cupidon , qui lui présente un Arc ;
l'autre , est le Dieu Pan,tenant un Sifflet,
au bas duquel est un petit Satire . Ces deux
piéces sont excellentes et d'un habile
Sculpteur , qui a travaillé à Paris , à Rome
, à Naples , & c . lequel m'en a fait
présent , par reconnoissance de ce qu'étant
un orphelin de mon ancienne Paroisse
, et lui trouvant de la disposition pour
la Sculpture , je le formai moi-même dans
cet Art.
Ouvrages de mafaçon et de mon invention.
Un Tableau de S. Ambroise , peint à
huile , d'un pied en quarré , dont la bordure
est de carton , faite avec des coins ,
à la Romaine , ornez de fleurs , le tout
doré d'or bruni . Plusieurs autres Ta-
A vj bleaux
842 MERCURE DE, FRANCE
bleaux de mon invention , lesquels ont
autant de force pour les draperies et pour
tout le reste , que s'ils étoient peints à
buile , et qui ne sont néanmoins faits.
ni en détrempe, ni en pastel . D'autres encore
plus singuliers , sçavoir , des Paysages
et des Ports de Mer en relief ; entre
autres il y en a un de deux pieds de
longueur sur un pied et quelques pouces
de hauteur , qui représente la Ville d'Eu
en Perspective , où les Eglises , Maisons ,
&c. paroissent en relief telles qu'elles paroissent
d'un point de vûe que j'ai choisi
hors de la Ville. Cet Ouvrage m'a occupé
plus d'une année. Ces sortes de Tableaux
sont faits avec de petits cartons
coupez et colez à propos , et le tout peint
ensuite à huile. Un petit Squelete où
toute l'Ostologie est parfaitement observée.
La Figure est droite sur ses pieds ,
appuyée sur une bêche et a seulement
un pied de haut ; elle est très - ressemblante
au naturel. Une Figure de bois de
deux pieds de haut, représentant un homme
mort , dont le ventre et la poitrine
sont ouverts , où se voyent le coeur , les
poulmons , le foye , l'estomac et tous les
visceres , intestins , vaisseaux , & c, dans .
leurs figures , situations et couleurs naturelles.
Un Oiseau en forme de Per-
Loquet
MAY. 1733. 84
?
roquet , tout fait avec de petites aîles de
hannetons et autres Scarabées de differentes
couleurs . Un Dragon aîlé d'un pied
et demi de long , enfermé dans une espece
de Châsse de verre aux deux extrémitez
de laquelle , en bas , sont deux
bouquets de fleurs; et au haut, dans toute:
sa longueur , pend une Guirlande aussi
de fleurs ; le tout , tant le Dragon que
les fleurs , est fait de Coquilles dans leurs
seules couleurs naturelles . Un petit Emouleur
, posé sur un piedestal , lequel par
des ressorts de mon invention , cachez.
dans le piedestal , fait tourner sa meule
avec le pied , et tourne sa tête de temps.
en temps. Une Sphere tracée en dedans
sur un Globe de verre mobile , où sont
représentez en or tous les Cercles , et les
principales Etoiles fixes avec leurs noms..
Et sur la Sphere un petit Soleil et une
Lune mobile , qu'on peut mettre chaque
jour en place sur le Zodiaque. Autre Õu--
vrage de neuf pouces de longueur , sur
six pouces de largeur, et seulement deux
pouces de hauteur , au milieu duquel est
une espece de Boussole double et mobile,,
où est la Lune , laquelle se couvre ou se
découvre , suivant l'augmentation ou la
diminution de ses phases , et par deux poin
res placées au bord. exterieur de cette
Boussole
Boussole , elle marque sur la bordure
qui est autour , les jours de la Lune et
les heures des Marées ; ayant cela de singulier
, qu'en tel sens qu'on tourne la
Machine par un mouvement secret , les
deux pointes reviennent toujours au jour
et à l'heure convenable.
Un Globe Terrestre , représenté sur
une Carte mobile , ayant pour centre le
Pole Septentrional , et se terminant au
Tropique du Capricorne avec les Longitudes
et les Latitudes ; le tout environné
d'un cercle fixe , où sont marquées
les 24. heures et où est attaché par les
deux bouts un fil d'archal qui tient lieu
d'horison ; de sorte que par un Index où
est un petit Soleil mobile , on peut voir
l'heure du lever et du coucher du Soleil
, quelle heure il est dans chaque Pays,
sur quel Pays le Soleil est vertical à chaque
moment du jour , ainsi que les Eclipses
de Soleil et de Lune .
Ouvrage d'Optique de ma façon.
Deux Tableaux magiques , l'un desquels
représente une Demoiselle environnée
de branches et de feüillages , laquelle
regardée par un petit trou placé aufait
voir une Tête de Mort. L'autre
Tableau qui est au derriere du predessus
,
mier,
MAY. 1733 845
mier , représente sept differens Bustes de
Papes , Abbez , &c. sur lesquels posant
la ` même Machine où est le petit trou ,
il ne paroît que mon seul Portrait . Un Tableau
où sont écrits six Vers d'une Enigme
; au haut de ce Tableau est posé à
Angle droit , une Glace de Miroir , laquelle
étant découverte , représente le
même Tableau , où au lieu des Vers on
voit un Moulin à vent , qui est le mot
de l'Enigme. Une Figure difforme , peinte
sur un Cône de carton , large par par le bas
d'un pied sur un pied et demi de hauteur
, lequel vû d'un certain point , représente
une Religieuse tenant une Croix
dans ses mains . Plusieurs figures difformes
, qui paroissent très- agréables , étant
regardées dans un Miroir Cylindrique.
Figure particuliere et difforme , tracée
sur un Plan allongé , laquelle vûe de loin
représente une Vierge.
Voilà les Curiositez qui forment mon
Cabinet , telles que j'ai pû les assembler
dans un petit Lieu comme la Ville d'Eu ,
et que j'ai augmentées de petits Ouvrages
de mon invention , executez en differens
temps , pour me délasser de mes
autres occupations plus sérieuses et plus
nécessaires. Signé , CAPPERON
Doyen de S. Maxent.
ancien
A la Ville d'Eu , le 16. Mars 17339
du Cabinet de M. Capperon.
I'
OYSEAU X.
Ly a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux
naturels , posez sur leurs pieds
comme s'ils étoient vivans , et qui y sont
depuis dix ou douze ans , sans aucune altération
, par la maniere que j'ai de les
conserver les grands sont empaillez , et
les petits en chair et en os . Il y a un Paon
entier , dont la queue bien étendue couvre
toute la Cheminée de mon Cabinet.
Un mâle de Phaisan , posé sur un piédestail
, une Cigogne , deux Pelicans , un
gros oyseau de Mer , nommé dans Jonston
, Onocrotalus , un Canard d'Afrique ,
un autre Oyseau singulier , venant de Canada
, un tres beau Perroquet ; plusieurs
autres Oyseaux de Mer ; un Lorio jaune
et noir , un Picus Varius , une Huppe
des Chardonnets , Linotes & c. L'Anser ,
Magellanicus, de Jonston, beaucoup plus.
gros
MAY. 1733 $39
que
gros qu'une Oye , dont les aîles n'ont
4 pouces de longueur . On vient de met
l'envoyer de Dieppe.
Ouvrages de l'Art.
Un morceau de Buis , de la grosseur
et de la forme d'une noix , autour duquel
sont sculptez quarante petits Tableaux
de la Vie de Notre - Seigneur. II
s'ouvre en deux para ; dans une moitié
se voïent sur le haut , Adam et Eve
proche l'Arbre du fruit deffendu , où est
le Serpent qui les tente ; auprès d'eux est
un Lion ; dans le dessous est Caïn qui tuë
son frere Abel; au côté sont deux Chevaux
d'une délicatesse surprenante , qui
labourent avec une Charue, au côté gauche
est l'Arche de Noé , et auprès un
homme étendu mort , comme noyé par
le Déluge ; par une coulisse qui s'ouvre
derriere , paroît un Mouton qui paît.
Dans l'autre moitié de cette espece de
noix , on voit sur le haut dans le milieu
le Fils de Dieu , attaché à la Croix, et les
deux Larrons ; au bas de la Croix , la
sainte Vierge, et S. Jean ; puis Longis qui
perce le côté sacré , et un Soldat qui est
un peu plus loin ; au côté droit , qui est
séparé par une colonne , délicatement
travaillée , paroît Jesus- Christ flagellé par
A v
840 MERCURE DE FRANCE
un Soldat ; et au côté gauche, séparé par
une autre colonne , il y a deux Soldats
qui gardent le Tombeau , lequel se voit
en tirant une Coulisse par derriere, et 2
autres Soldats qui le gardent de ce côté- là .
Cer Ouvrage et toutes les figures sont
d'une délicatesse surprenante. Une Urne
Sépulciale antique.Les Portraits des douze
Césars en émail.
,
Autre Ouvrage, oreillement de buis , à
peu près dans le même dessein que le précédent
mais beaucoup plus parfait ,
tant pour le grand nombre des figures ,
que pour leur beauté et leur perfection .
Cet Ouvrage est aussi rond , s'ouvrant en
deux moitiés , jointes par une Charniere
; il est à peu près de la grosseur d'une
Bale de Jeu de Paume. Dans la premiere
moitié sont plusieurs figures du même
Mystere de la Passion du Sauveur, et dans
l'autre , deux Points d'Histoire de l'ancien
Testament , le Sacrifice d'Abraham,
et le Serpent d'Airain ; le tout comprenant
un grand nombre de figures , et faisant
un ouvrage des plus achevez et des
plus finis.
Une Piramide d'Yvoire , haute de 18 pouces
& demi , faite au Tour , dont la tige
n'a guere qu'une bonne ligne de diametre
dans le bas ; elle n'eft vers le haut gros
que
MAY . 1733. 841
gros que de la grosseur d'une épingle ordinaire.
A la hauteur de six pouces est posée
sur la tige une espece de Lanterne à
jour , formée par 4 colonnes ; au milieu
de cette Lanterne sont trois figures de
personnes assises à une Table , sur laquelle
paroissent les Mets et les Bouteilles .
Cet Ouvrage est encore des plus délicats .
Deux figures de bois bronzées , d'un pied
neuf pouces de haut , posées sur deux
Guéridons , dont l'une représente Apollon
jouant de la Lyre ; et au bas , un petit
Cupidon , qui lui présente un Arc ;
l'autre , est le Dieu Pan,tenant un Sifflet,
au bas duquel est un petit Satire . Ces deux
piéces sont excellentes et d'un habile
Sculpteur , qui a travaillé à Paris , à Rome
, à Naples , & c . lequel m'en a fait
présent , par reconnoissance de ce qu'étant
un orphelin de mon ancienne Paroisse
, et lui trouvant de la disposition pour
la Sculpture , je le formai moi-même dans
cet Art.
Ouvrages de mafaçon et de mon invention.
Un Tableau de S. Ambroise , peint à
huile , d'un pied en quarré , dont la bordure
est de carton , faite avec des coins ,
à la Romaine , ornez de fleurs , le tout
doré d'or bruni . Plusieurs autres Ta-
A vj bleaux
842 MERCURE DE, FRANCE
bleaux de mon invention , lesquels ont
autant de force pour les draperies et pour
tout le reste , que s'ils étoient peints à
buile , et qui ne sont néanmoins faits.
ni en détrempe, ni en pastel . D'autres encore
plus singuliers , sçavoir , des Paysages
et des Ports de Mer en relief ; entre
autres il y en a un de deux pieds de
longueur sur un pied et quelques pouces
de hauteur , qui représente la Ville d'Eu
en Perspective , où les Eglises , Maisons ,
&c. paroissent en relief telles qu'elles paroissent
d'un point de vûe que j'ai choisi
hors de la Ville. Cet Ouvrage m'a occupé
plus d'une année. Ces sortes de Tableaux
sont faits avec de petits cartons
coupez et colez à propos , et le tout peint
ensuite à huile. Un petit Squelete où
toute l'Ostologie est parfaitement observée.
La Figure est droite sur ses pieds ,
appuyée sur une bêche et a seulement
un pied de haut ; elle est très - ressemblante
au naturel. Une Figure de bois de
deux pieds de haut, représentant un homme
mort , dont le ventre et la poitrine
sont ouverts , où se voyent le coeur , les
poulmons , le foye , l'estomac et tous les
visceres , intestins , vaisseaux , & c, dans .
leurs figures , situations et couleurs naturelles.
Un Oiseau en forme de Per-
Loquet
MAY. 1733. 84
?
roquet , tout fait avec de petites aîles de
hannetons et autres Scarabées de differentes
couleurs . Un Dragon aîlé d'un pied
et demi de long , enfermé dans une espece
de Châsse de verre aux deux extrémitez
de laquelle , en bas , sont deux
bouquets de fleurs; et au haut, dans toute:
sa longueur , pend une Guirlande aussi
de fleurs ; le tout , tant le Dragon que
les fleurs , est fait de Coquilles dans leurs
seules couleurs naturelles . Un petit Emouleur
, posé sur un piedestal , lequel par
des ressorts de mon invention , cachez.
dans le piedestal , fait tourner sa meule
avec le pied , et tourne sa tête de temps.
en temps. Une Sphere tracée en dedans
sur un Globe de verre mobile , où sont
représentez en or tous les Cercles , et les
principales Etoiles fixes avec leurs noms..
Et sur la Sphere un petit Soleil et une
Lune mobile , qu'on peut mettre chaque
jour en place sur le Zodiaque. Autre Õu--
vrage de neuf pouces de longueur , sur
six pouces de largeur, et seulement deux
pouces de hauteur , au milieu duquel est
une espece de Boussole double et mobile,,
où est la Lune , laquelle se couvre ou se
découvre , suivant l'augmentation ou la
diminution de ses phases , et par deux poin
res placées au bord. exterieur de cette
Boussole
Boussole , elle marque sur la bordure
qui est autour , les jours de la Lune et
les heures des Marées ; ayant cela de singulier
, qu'en tel sens qu'on tourne la
Machine par un mouvement secret , les
deux pointes reviennent toujours au jour
et à l'heure convenable.
Un Globe Terrestre , représenté sur
une Carte mobile , ayant pour centre le
Pole Septentrional , et se terminant au
Tropique du Capricorne avec les Longitudes
et les Latitudes ; le tout environné
d'un cercle fixe , où sont marquées
les 24. heures et où est attaché par les
deux bouts un fil d'archal qui tient lieu
d'horison ; de sorte que par un Index où
est un petit Soleil mobile , on peut voir
l'heure du lever et du coucher du Soleil
, quelle heure il est dans chaque Pays,
sur quel Pays le Soleil est vertical à chaque
moment du jour , ainsi que les Eclipses
de Soleil et de Lune .
Ouvrage d'Optique de ma façon.
Deux Tableaux magiques , l'un desquels
représente une Demoiselle environnée
de branches et de feüillages , laquelle
regardée par un petit trou placé aufait
voir une Tête de Mort. L'autre
Tableau qui est au derriere du predessus
,
mier,
MAY. 1733 845
mier , représente sept differens Bustes de
Papes , Abbez , &c. sur lesquels posant
la ` même Machine où est le petit trou ,
il ne paroît que mon seul Portrait . Un Tableau
où sont écrits six Vers d'une Enigme
; au haut de ce Tableau est posé à
Angle droit , une Glace de Miroir , laquelle
étant découverte , représente le
même Tableau , où au lieu des Vers on
voit un Moulin à vent , qui est le mot
de l'Enigme. Une Figure difforme , peinte
sur un Cône de carton , large par par le bas
d'un pied sur un pied et demi de hauteur
, lequel vû d'un certain point , représente
une Religieuse tenant une Croix
dans ses mains . Plusieurs figures difformes
, qui paroissent très- agréables , étant
regardées dans un Miroir Cylindrique.
Figure particuliere et difforme , tracée
sur un Plan allongé , laquelle vûe de loin
représente une Vierge.
Voilà les Curiositez qui forment mon
Cabinet , telles que j'ai pû les assembler
dans un petit Lieu comme la Ville d'Eu ,
et que j'ai augmentées de petits Ouvrages
de mon invention , executez en differens
temps , pour me délasser de mes
autres occupations plus sérieuses et plus
nécessaires. Signé , CAPPERON
Doyen de S. Maxent.
ancien
A la Ville d'Eu , le 16. Mars 17339
Fermer
Résumé : SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
Le cabinet de curiosités de M. Capperon, situé à Eu, abrite une collection diversifiée d'oiseaux naturels conservés depuis dix à douze ans. Parmi ces oiseaux, on trouve un paon, un phasian, une cigogne, des pélicans, un onocrotale, un canard d'Afrique, un oiseau du Canada, un perroquet, et plusieurs autres espèces. Les grands oiseaux sont empailés, tandis que les petits sont conservés en chair et en os. En plus des oiseaux, le cabinet contient plusieurs œuvres d'art et objets rares. Notamment, un morceau de buis sculpté représentant des scènes de la vie du Christ et de l'Ancien Testament, une urne sépulcrale antique, des portraits des douze Césars en émail, et une pyramide d'ivoire. Des sculptures en bois, comme Apollon et Pan, sont également présentes. Capperon mentionne également des œuvres de sa propre invention, telles que des tableaux en relief représentant des paysages et des ports de mer, un squelette et une figure anatomique en bois. Des objets mécaniques, comme un émouleur fonctionnant par ressorts et une sphère astronomique, sont également exposés. Des œuvres d'optique, comme des tableaux magiques et des figures difformes vues à travers des miroirs, complètent la collection. Capperon souligne que ces curiosités ont été assemblées à Eu et augmentées de ses propres inventions pour le divertissement et la détente. Le texte est signé par Capperon, doyen de Saint-Maxent, et daté du 16 mai 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2420
p. 849-857
PROBLEME.
Début :
Un Pilote étant en Mer par certaine Latitude Nord, et voulant trouver la hauteur du Pole, [...]
Mots clefs :
Capella, Soleil, Hauteur, Méridien, Sirius, Déclinaison, Observation, Latitude, Étoile, Problème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLEME.
PROBBLLEÉME.
[N Pilote étant en Mer par certaine Latitude
Nord, etvoulant trouver la hauteur du Pole,
pour cet effet il a observé l'Etoile nommée l'Epaule
gauche du Charreiier Capella , trois fois
plus haut élevée sur l'horison que la hauteur
du Soleil qu'il avoit observée , et il a observé
l'Etoile nommée le grand Chien Sirius au Sud ,
être élevée sur l'horison ; mais comme le Soleil
differoit l'Etoile nommée l'Epaule gauche du
Charretier Capella , l'on demande par quelle Latitude
étoit ledit Pilote , lorsqu'il a fait lesdites
Observations avec la déclinaison du Soleil du
jour , et le tout par démonstration essentielle eg
par regles.
Un Problême bien conçu et bien proposé est
à demi résolu , la maniere dont celui- cy est
énoncé , ne laisse pas volontiers jouir de cet avantage
, néanmoins puisqu'on se propose d'y satisfaire
, il convient d'expliquer auparavant le sens
que l'on donne aux trois circonstances
qu'il renferme
, lesquelles
nous repeterons
ici à dessein de
placer à suite de chacune
l'interpretation
que.
nousy donnons.
Pro
So MERCURE DE FRANCE
Premiere Circonstance.
L'Etoile Capella ayant été observée , on a trouvé
qu'elle avoit trois fois autant de hauteur que
le Soleil qu'on avoit aussi observé.
Sans doute que cette Etoile fut observée lors
de son passage au Méridien , et que le Soleil l'avoit
été en sa derniere hauteur Méridienne , c'està
- dire au Midi , qui précéda immédiatement l☛
temps de l'observation de Capella.
Seconde Circonstance.
Et l'on a observé le grand Chien Sirius au
Sud , être élevé sur l'horison .
Cette circonstance semble être équivoque, elle
laisse à douter si l'instant de cette observation
est le même que celui auquel Capella s'est trouvée
au Méridien , ou si cet instant est celui de la hauteur
méridienne de Sirius ; il y a lieu de présumer
que le but de cette condition du Problême
étant de contribuer à déterminer la hauteur rẻ…
quise du Pole , en prescrivant une borne à la
moindre hauteur de Capella ; l'Auteur a prétendu
simplement avoir remarqué en la part du Sud ,
que le grand Chien Sirius étoit levé.
Troisième Circonstance.
Mais comme le Soleil differoit l'Etoile Capella.
Il y a toute apparence que par cette expression
, qui nous a paru aussi nouvelle que singu
liere , l'Auteur a prétendu dire que l'Etoile Capella
précedoit le Soleil à passer au Méridien , ou
ce qui est la même chose , que le Soleil differoit
son passage au Méridien après celui de l'Etoile ;
quois
MAY
1733
quoiqu'il en soit enfin , voila notre façon d'interpreter
les conditions énigmatiques de ce Problême.
Nous avons donc à déterminer une Latitude
Nord , par laquelle le Soleil étant observé à midi
d'un jour que nous devons indiquer , la hauteur
Méridienne de Capella observée la nuit suivante
, se trouve , 1 ° . égale à trois fois la hauteur
déja observée du Soleil. 2 ° . Qu'en ce même tems
de l'observation de Capella , le grand Chien Si
rius se voit dans la partie du Sud , et se trouve
avoir quelque élevation . 3 ° . Que le Soleil n'employe
que moins de 12 heures à passer au Méridien
après Capella ; car si il y mettoit tout ce
temps ou davantage , il ne differeroit pas cette
Etoile.
Reste à sçavoir si ces trois conditions rendent
le Problême tel , qu'il puisse être résolu par une
seule hauteur du Pole , ou en tout cas , par un
certain nombre déterminé,
Il est évident que de toutes les hauteurs Méridiennes
de l'Etoile Capella , observée en la part
du Sud , la plus grande détermine la moindre
hauteur du Pole Nord , et la plus petite détermine
la plus grande ; cela posé nous considererons
d'abord cet Astre en la plus grande élevation qu'il
puisse être ; ( le Zénith est le seul point qui détermine
cette hauteur,) et nous déduirons de cette
supposition qui prescrit ainsi une borne à la
moindre Latitude , les conséquences qui suivent.
Hauteur de Capella 90. degrez.
Déclinaison Nord de Capella 45. d. 43. min..
Hauteur de l'Equateur
44. d.
17. m. Hauteur du Soleil
30.
d. Déclinaison Sud du Soleil 14. d. 17. m .
Distance duSoleil à l'Equinoxe
'Automne 38. d. 15. m.
52 MERCURE DE FRANCE
Partie correspondante de l'Equaseur
depuis le même Equinoxe
35. d. 52. min .
Ascension droite du Soleil 215. d. 52. m.
Ascension droite de Capella 74. d. 3. m.
Nota. Que nous avons supputé la distance du
Soleil à l'Equinoxe de l'Automne et non à celui
du Printemps ; car en ce dernier cas le Soleil ne
differeroit pas l'Etoile Capella.
·
Il est donc évident que le Soleil doit être dans
les Signes de l'Automne , et qu'il faut consulter
à quel jour de cette saison conviennent les 11 ,
degrez 17. minutes de sa déclinaison .
Ce jour se trouve être le 31. Octobre.
Il s'agit maintenant de déterminer l'heure à
laquelle Capella passera au Méridien après le
midi du 31. dudit , afin d'en conclure le temps
de son observation .
Nous considererons pour cet effet que l'Ascension
droite de Capella étant moindre que
celle du Soleil de 141. degrez 49. min. cette
Etoile a devancé le Soleil de la même quantité
કે passer au Méridien ; c'est - à - dire que le 31 .
Octobre à midi , elle étoit au Oüest du Méridien
de 141. degrez 49. min. et qu'il s'en falloit
en ce moment de 218. degrez 11. min. ou 14.
heures 32. min . 44. secondes, qu'elle ne fût de retour
au Méridien , ainsi elle à dû y arriver 14.
heures 31. min. 44. secondes après le midi du
31. c'est-à - dire à 2. heures 32. min. 44. sec.
après minuit du premier Novembre ,
Tout cela ne suffit pas , attendu ce
que temps
de l'observation de Capella , suppose que le Soleil
ne soit pas encore levé , c'est ce que nous allons
examiner en supputant l'heure de ce lever
pour le premier Novembre , à raison de la hauteur
connue du Pole et de la déclinaison pour
l'instant du même lever.
MAY. 1733. 853
Le lever du Soleil pour la hauteur connuë da
Pole et pour sa déclinaison du 31. à midi , est de
7. heures , peu de chose plus , cette déclinaison
augmente pour lors d'un midi à l'autre , c'est - àdire
, en 24. heures d'environ 19. minutes , et à
proportion en 19. heures qu'il y a du même
midi jusqu'au lendemain matin à 7. heures et 32 .
secondes , il augmentera d'environ 15. minutes ,
ajoûtant ces 15. minutes à la déclinaison du 13.
Octobre , on aura 14. degrez 32. min. pour la
déclinaison du premier Novembre à 7 .
heures 32.
secondes du matin.
Supputant donc l'heure du lever du Soleil pour
45. degrez 43. minutes de Latitude Nord , et
pour 14. degrez 32. minutes de déclinaison Sud ,
on connoîtra que la difference ascensionnelle
Est de
15. deg. 25. m.
que son lever au premier
Novembre est à 7. heu. 1. m. 40. 8.
d'où l'on voit que le Soleil n'étoit pas levé lors
de l'observation de Capella.
Il nous reste à sçavoir si le grand Chien Sirius
l'étoit lors du passage de Capella au Méridien ,
c'est- à- dire à 2. heures 32. min . 44. secondes
du matin du premier Novembre .
Déclinaison Sud de Sirius 16 d. 21. m.
Difference ascensionnelle
de Sirius 17. d. 30. m.
Arc semi- diurne de Sirius 72. d. 30. m.
Ascension droite de Sirius 98. d.
Passage de Sirius au Méridien
le prem. Nov. au matin
31. Octo-
Lever de Sirius le
bre au soir
4. h. 8. m. 32.54
11.h. 18. m . 32. 8.
Ainsi ce dernier Astre avoit quelque élevation
sur l'horison lors du passage de Capella au Méridien.
Voila
854 MERCURE DE FRANCE
Voila donc une solution qui résulte de la plus
grande hauteur à laquelle Capella puisse être observée
, et qui par consequent fournit la moindre
Latitude. Voyons maintenant quelle peut être
la moindre hauteur observée de Capella , nous
renfermant toujours dans les conditions interpretées
du Problême ; pour cet effet nous supposerons
que Capella étant au Méridien , le grand
Chien Sirius soit à la moindre élevation qu'il
puisse être sur l'horîson ; cette moindre élevation
étant infiniment petite , l'Etoile peut être considerée
précisément à l'horison.
Il est donc question de déterminer la hauteur
méridienne de Capella pour l'instant auquel on
verra lever l'Etoile Sirius , afin de décider de la
moindre hauteur de l'Equateur , et par consequent
de la plus grande Latitude possible , l'Anagie
suivante nous donnera la hauteur de l'Equateur.
Comme le Sinus complément de la difference
des Ascensions droites de Capella et Sirius , est
au Sinus total; ainsi la Tengente de la déclinaison
de Sirius , sera à la Tengente de l'élevation de
l'Equateur Laquelle Tengente se trouve repondre
dans la Table à 17. degrez 48. minutes.
Ce qui détermine la plus grande
Latitude à
La hauteur de Capella à
La hauteur du Soleil à
Sa déclinaison à
En un mot l'heure de son lever
pour le lendemain du jour de son
observation à
Le passage de Capella au Méridien
72. d. 12. m.
63. d. 31. m .
21. d. 1o. m.
3. d. 22. m.
s. b. 22. m.
*
5. h. 27. m.
D'où l'on voit que le Soleil se trouvant lev
avang
MAY. 1733- 35 ;
avant l'instant du passage de Capella au Méridien
de la quantité de 5. minutes , la clarté du
jour devoit avoir dérobé l'apparence de cette
Etoile , et par conséquent avoir mis un obstacle
à son observation .
Mais nous considererons que la hauteur de l'Equateur
, d'où ces dernieres déductions ont été
faites , a supposé le grand Chien Sirius exactement
à l'horison lors de la hauteur méridienne
de Capella , que si nous lui avions attribué quelque
élevation en conformité de la deuxième condition
du Problême , il en eût résulté une moindre
élevation de Pole et plus de retardement pour
le lever du Soleil , ensorte que si nous eussions
pris à discretion une plus grande élevation d'Equateur
que celle qui vient d'être supposée ; par
exemple celle de
Alors la hauteur du Pole cût été de
La hauteur observée de Capella de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison Nord de
Le temps de son observation
L'Ascension droite du Soleil
pour le même jour à midi de
Le passage de Capella au méridien
le 17. au matin à
19. d . 10. m .
70. d. 5o. m.
64. d. $3.m .
21. d. 37. m.
2. d. 27.m.
le 16. Septem.
174. d. 19. m,
5. h. 19. m.
La déclinaison du Soleil au moment
de son lever pour led. jour 2. d. 10. m,
Le lever du Soleil pour le même
jour
Le lever du grand Chien Sirius le
5. h. 35.m.
même jour au matin 4. h. 45. m.
D'où l'on voit que ces derniers articles concourent
tous à remplir les conditions du Problême
, et que la hauteur du Pole dont ils résultent
peut être considerée comme la plus grande hau-
B teur
856 MERCURE DE FRANCE
teur possible , de sorte que nous avons jusqu'
present deux bornes , l'une de 45. degrez 43. min
pour la moindre Latitude Nord , et l'autre de
70. degrez so. minutes pour la plus grande , entre
lesquelles il est évident que toute Latitude sa
tisfait aux conditions requises en autant de fa
gons differentes.
Voila pour toutes les hauteurs Méridiennes d
Capella observées en la part du Sud depuis 64. |
degrez 53. minutes d'élevation jusqu'à 90. degrez
Si nous considerons maintenant ce même As
tre observé en la part du Nord , il est évident que
de toutes ses hauteurs Méridiennes la plus grande
( qui place l'Etoile au Zénith ) détermine la
plus grande Latitude Nord , et la moindre détermine
la moindre .
Nous avons déja satifait au premier cas , c'est-
-dire que nous avons déterminé les choses requises
du Problême ; en conséquence de l'obser◄
vation de Capella au Zenith , il nous reste de supputer
les mêmes choses pour la moindre hauteur
méridienne de Capella en la part du Nord , laquelle
ne peut être au- dessous de 83. degrez 6 .
minutes , et conséquemment la moindre Latitude
Nord de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison du Soleil Sud
L'observation du Soleil
Le passage de Capella au Méridien
led. jour au soir
Le lever du Soleil le 22. dudit
Le lever de Sirius le 21. au soir
38. d. 49. m.
27. d . 42. M.
23. d. 29. m
le 21 Decembre
18. h . 56. m.
7. h. 22. m.
7. h. 36. m.
D'où il suit enfin que l'observation qui fai
l'objet du Problême , se pouvant pratiquer en tou
te Latitude Nord depuis 38. degrez 49 minute
jusqu'à 70. degrez so. minutes , et que les cin
cons
MAY. 1733- 857
constances y énoncées étant insuffisantes pour le
rendre susceptible de méthode , on ne peut se
dispenser de conclure qu'un tel Problême est
proposé d'une façon hazardée, peu correcte et de
mauvaise foi , ou que l'Auteur a peché par défaut
d'intelligence .
Nota, qu'independemment de la mauvaise composition
du même Problême , l'Auteur devoit y
faire mention de l'année en ' laquelle il a supposé
l'observation faite , ou tout au moins la proposer
comme Bissextile ou comme l'une des trois
années communes ; mais quoiqu'il en soit, nous
avons placé cette observation en une année Bis
sextile , et en conséquence nous avons operé avec
la précision que le cas apû le permettre , sans
avoir égard aux effets de la refraction horizontale
des autres , ayant lieu de présumer par le
stile de l'Auteur , que son intention et sa coûtu,
me ne sont pas d'y regarder de si près.
Ce Probleme auroit parû deux mois plutôt,si nous
n'avions pas été pressez par l'abondance des ma◄
tieres.
[N Pilote étant en Mer par certaine Latitude
Nord, etvoulant trouver la hauteur du Pole,
pour cet effet il a observé l'Etoile nommée l'Epaule
gauche du Charreiier Capella , trois fois
plus haut élevée sur l'horison que la hauteur
du Soleil qu'il avoit observée , et il a observé
l'Etoile nommée le grand Chien Sirius au Sud ,
être élevée sur l'horison ; mais comme le Soleil
differoit l'Etoile nommée l'Epaule gauche du
Charretier Capella , l'on demande par quelle Latitude
étoit ledit Pilote , lorsqu'il a fait lesdites
Observations avec la déclinaison du Soleil du
jour , et le tout par démonstration essentielle eg
par regles.
Un Problême bien conçu et bien proposé est
à demi résolu , la maniere dont celui- cy est
énoncé , ne laisse pas volontiers jouir de cet avantage
, néanmoins puisqu'on se propose d'y satisfaire
, il convient d'expliquer auparavant le sens
que l'on donne aux trois circonstances
qu'il renferme
, lesquelles
nous repeterons
ici à dessein de
placer à suite de chacune
l'interpretation
que.
nousy donnons.
Pro
So MERCURE DE FRANCE
Premiere Circonstance.
L'Etoile Capella ayant été observée , on a trouvé
qu'elle avoit trois fois autant de hauteur que
le Soleil qu'on avoit aussi observé.
Sans doute que cette Etoile fut observée lors
de son passage au Méridien , et que le Soleil l'avoit
été en sa derniere hauteur Méridienne , c'està
- dire au Midi , qui précéda immédiatement l☛
temps de l'observation de Capella.
Seconde Circonstance.
Et l'on a observé le grand Chien Sirius au
Sud , être élevé sur l'horison .
Cette circonstance semble être équivoque, elle
laisse à douter si l'instant de cette observation
est le même que celui auquel Capella s'est trouvée
au Méridien , ou si cet instant est celui de la hauteur
méridienne de Sirius ; il y a lieu de présumer
que le but de cette condition du Problême
étant de contribuer à déterminer la hauteur rẻ…
quise du Pole , en prescrivant une borne à la
moindre hauteur de Capella ; l'Auteur a prétendu
simplement avoir remarqué en la part du Sud ,
que le grand Chien Sirius étoit levé.
Troisième Circonstance.
Mais comme le Soleil differoit l'Etoile Capella.
Il y a toute apparence que par cette expression
, qui nous a paru aussi nouvelle que singu
liere , l'Auteur a prétendu dire que l'Etoile Capella
précedoit le Soleil à passer au Méridien , ou
ce qui est la même chose , que le Soleil differoit
son passage au Méridien après celui de l'Etoile ;
quois
MAY
1733
quoiqu'il en soit enfin , voila notre façon d'interpreter
les conditions énigmatiques de ce Problême.
Nous avons donc à déterminer une Latitude
Nord , par laquelle le Soleil étant observé à midi
d'un jour que nous devons indiquer , la hauteur
Méridienne de Capella observée la nuit suivante
, se trouve , 1 ° . égale à trois fois la hauteur
déja observée du Soleil. 2 ° . Qu'en ce même tems
de l'observation de Capella , le grand Chien Si
rius se voit dans la partie du Sud , et se trouve
avoir quelque élevation . 3 ° . Que le Soleil n'employe
que moins de 12 heures à passer au Méridien
après Capella ; car si il y mettoit tout ce
temps ou davantage , il ne differeroit pas cette
Etoile.
Reste à sçavoir si ces trois conditions rendent
le Problême tel , qu'il puisse être résolu par une
seule hauteur du Pole , ou en tout cas , par un
certain nombre déterminé,
Il est évident que de toutes les hauteurs Méridiennes
de l'Etoile Capella , observée en la part
du Sud , la plus grande détermine la moindre
hauteur du Pole Nord , et la plus petite détermine
la plus grande ; cela posé nous considererons
d'abord cet Astre en la plus grande élevation qu'il
puisse être ; ( le Zénith est le seul point qui détermine
cette hauteur,) et nous déduirons de cette
supposition qui prescrit ainsi une borne à la
moindre Latitude , les conséquences qui suivent.
Hauteur de Capella 90. degrez.
Déclinaison Nord de Capella 45. d. 43. min..
Hauteur de l'Equateur
44. d.
17. m. Hauteur du Soleil
30.
d. Déclinaison Sud du Soleil 14. d. 17. m .
Distance duSoleil à l'Equinoxe
'Automne 38. d. 15. m.
52 MERCURE DE FRANCE
Partie correspondante de l'Equaseur
depuis le même Equinoxe
35. d. 52. min .
Ascension droite du Soleil 215. d. 52. m.
Ascension droite de Capella 74. d. 3. m.
Nota. Que nous avons supputé la distance du
Soleil à l'Equinoxe de l'Automne et non à celui
du Printemps ; car en ce dernier cas le Soleil ne
differeroit pas l'Etoile Capella.
·
Il est donc évident que le Soleil doit être dans
les Signes de l'Automne , et qu'il faut consulter
à quel jour de cette saison conviennent les 11 ,
degrez 17. minutes de sa déclinaison .
Ce jour se trouve être le 31. Octobre.
Il s'agit maintenant de déterminer l'heure à
laquelle Capella passera au Méridien après le
midi du 31. dudit , afin d'en conclure le temps
de son observation .
Nous considererons pour cet effet que l'Ascension
droite de Capella étant moindre que
celle du Soleil de 141. degrez 49. min. cette
Etoile a devancé le Soleil de la même quantité
કે passer au Méridien ; c'est - à - dire que le 31 .
Octobre à midi , elle étoit au Oüest du Méridien
de 141. degrez 49. min. et qu'il s'en falloit
en ce moment de 218. degrez 11. min. ou 14.
heures 32. min . 44. secondes, qu'elle ne fût de retour
au Méridien , ainsi elle à dû y arriver 14.
heures 31. min. 44. secondes après le midi du
31. c'est-à - dire à 2. heures 32. min. 44. sec.
après minuit du premier Novembre ,
Tout cela ne suffit pas , attendu ce
que temps
de l'observation de Capella , suppose que le Soleil
ne soit pas encore levé , c'est ce que nous allons
examiner en supputant l'heure de ce lever
pour le premier Novembre , à raison de la hauteur
connue du Pole et de la déclinaison pour
l'instant du même lever.
MAY. 1733. 853
Le lever du Soleil pour la hauteur connuë da
Pole et pour sa déclinaison du 31. à midi , est de
7. heures , peu de chose plus , cette déclinaison
augmente pour lors d'un midi à l'autre , c'est - àdire
, en 24. heures d'environ 19. minutes , et à
proportion en 19. heures qu'il y a du même
midi jusqu'au lendemain matin à 7. heures et 32 .
secondes , il augmentera d'environ 15. minutes ,
ajoûtant ces 15. minutes à la déclinaison du 13.
Octobre , on aura 14. degrez 32. min. pour la
déclinaison du premier Novembre à 7 .
heures 32.
secondes du matin.
Supputant donc l'heure du lever du Soleil pour
45. degrez 43. minutes de Latitude Nord , et
pour 14. degrez 32. minutes de déclinaison Sud ,
on connoîtra que la difference ascensionnelle
Est de
15. deg. 25. m.
que son lever au premier
Novembre est à 7. heu. 1. m. 40. 8.
d'où l'on voit que le Soleil n'étoit pas levé lors
de l'observation de Capella.
Il nous reste à sçavoir si le grand Chien Sirius
l'étoit lors du passage de Capella au Méridien ,
c'est- à- dire à 2. heures 32. min . 44. secondes
du matin du premier Novembre .
Déclinaison Sud de Sirius 16 d. 21. m.
Difference ascensionnelle
de Sirius 17. d. 30. m.
Arc semi- diurne de Sirius 72. d. 30. m.
Ascension droite de Sirius 98. d.
Passage de Sirius au Méridien
le prem. Nov. au matin
31. Octo-
Lever de Sirius le
bre au soir
4. h. 8. m. 32.54
11.h. 18. m . 32. 8.
Ainsi ce dernier Astre avoit quelque élevation
sur l'horison lors du passage de Capella au Méridien.
Voila
854 MERCURE DE FRANCE
Voila donc une solution qui résulte de la plus
grande hauteur à laquelle Capella puisse être observée
, et qui par consequent fournit la moindre
Latitude. Voyons maintenant quelle peut être
la moindre hauteur observée de Capella , nous
renfermant toujours dans les conditions interpretées
du Problême ; pour cet effet nous supposerons
que Capella étant au Méridien , le grand
Chien Sirius soit à la moindre élevation qu'il
puisse être sur l'horîson ; cette moindre élevation
étant infiniment petite , l'Etoile peut être considerée
précisément à l'horison.
Il est donc question de déterminer la hauteur
méridienne de Capella pour l'instant auquel on
verra lever l'Etoile Sirius , afin de décider de la
moindre hauteur de l'Equateur , et par consequent
de la plus grande Latitude possible , l'Anagie
suivante nous donnera la hauteur de l'Equateur.
Comme le Sinus complément de la difference
des Ascensions droites de Capella et Sirius , est
au Sinus total; ainsi la Tengente de la déclinaison
de Sirius , sera à la Tengente de l'élevation de
l'Equateur Laquelle Tengente se trouve repondre
dans la Table à 17. degrez 48. minutes.
Ce qui détermine la plus grande
Latitude à
La hauteur de Capella à
La hauteur du Soleil à
Sa déclinaison à
En un mot l'heure de son lever
pour le lendemain du jour de son
observation à
Le passage de Capella au Méridien
72. d. 12. m.
63. d. 31. m .
21. d. 1o. m.
3. d. 22. m.
s. b. 22. m.
*
5. h. 27. m.
D'où l'on voit que le Soleil se trouvant lev
avang
MAY. 1733- 35 ;
avant l'instant du passage de Capella au Méridien
de la quantité de 5. minutes , la clarté du
jour devoit avoir dérobé l'apparence de cette
Etoile , et par conséquent avoir mis un obstacle
à son observation .
Mais nous considererons que la hauteur de l'Equateur
, d'où ces dernieres déductions ont été
faites , a supposé le grand Chien Sirius exactement
à l'horison lors de la hauteur méridienne
de Capella , que si nous lui avions attribué quelque
élevation en conformité de la deuxième condition
du Problême , il en eût résulté une moindre
élevation de Pole et plus de retardement pour
le lever du Soleil , ensorte que si nous eussions
pris à discretion une plus grande élevation d'Equateur
que celle qui vient d'être supposée ; par
exemple celle de
Alors la hauteur du Pole cût été de
La hauteur observée de Capella de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison Nord de
Le temps de son observation
L'Ascension droite du Soleil
pour le même jour à midi de
Le passage de Capella au méridien
le 17. au matin à
19. d . 10. m .
70. d. 5o. m.
64. d. $3.m .
21. d. 37. m.
2. d. 27.m.
le 16. Septem.
174. d. 19. m,
5. h. 19. m.
La déclinaison du Soleil au moment
de son lever pour led. jour 2. d. 10. m,
Le lever du Soleil pour le même
jour
Le lever du grand Chien Sirius le
5. h. 35.m.
même jour au matin 4. h. 45. m.
D'où l'on voit que ces derniers articles concourent
tous à remplir les conditions du Problême
, et que la hauteur du Pole dont ils résultent
peut être considerée comme la plus grande hau-
B teur
856 MERCURE DE FRANCE
teur possible , de sorte que nous avons jusqu'
present deux bornes , l'une de 45. degrez 43. min
pour la moindre Latitude Nord , et l'autre de
70. degrez so. minutes pour la plus grande , entre
lesquelles il est évident que toute Latitude sa
tisfait aux conditions requises en autant de fa
gons differentes.
Voila pour toutes les hauteurs Méridiennes d
Capella observées en la part du Sud depuis 64. |
degrez 53. minutes d'élevation jusqu'à 90. degrez
Si nous considerons maintenant ce même As
tre observé en la part du Nord , il est évident que
de toutes ses hauteurs Méridiennes la plus grande
( qui place l'Etoile au Zénith ) détermine la
plus grande Latitude Nord , et la moindre détermine
la moindre .
Nous avons déja satifait au premier cas , c'est-
-dire que nous avons déterminé les choses requises
du Problême ; en conséquence de l'obser◄
vation de Capella au Zenith , il nous reste de supputer
les mêmes choses pour la moindre hauteur
méridienne de Capella en la part du Nord , laquelle
ne peut être au- dessous de 83. degrez 6 .
minutes , et conséquemment la moindre Latitude
Nord de
La hauteur du Soleil de
La déclinaison du Soleil Sud
L'observation du Soleil
Le passage de Capella au Méridien
led. jour au soir
Le lever du Soleil le 22. dudit
Le lever de Sirius le 21. au soir
38. d. 49. m.
27. d . 42. M.
23. d. 29. m
le 21 Decembre
18. h . 56. m.
7. h. 22. m.
7. h. 36. m.
D'où il suit enfin que l'observation qui fai
l'objet du Problême , se pouvant pratiquer en tou
te Latitude Nord depuis 38. degrez 49 minute
jusqu'à 70. degrez so. minutes , et que les cin
cons
MAY. 1733- 857
constances y énoncées étant insuffisantes pour le
rendre susceptible de méthode , on ne peut se
dispenser de conclure qu'un tel Problême est
proposé d'une façon hazardée, peu correcte et de
mauvaise foi , ou que l'Auteur a peché par défaut
d'intelligence .
Nota, qu'independemment de la mauvaise composition
du même Problême , l'Auteur devoit y
faire mention de l'année en ' laquelle il a supposé
l'observation faite , ou tout au moins la proposer
comme Bissextile ou comme l'une des trois
années communes ; mais quoiqu'il en soit, nous
avons placé cette observation en une année Bis
sextile , et en conséquence nous avons operé avec
la précision que le cas apû le permettre , sans
avoir égard aux effets de la refraction horizontale
des autres , ayant lieu de présumer par le
stile de l'Auteur , que son intention et sa coûtu,
me ne sont pas d'y regarder de si près.
Ce Probleme auroit parû deux mois plutôt,si nous
n'avions pas été pressez par l'abondance des ma◄
tieres.
Fermer
Résumé : PROBLEME.
Le texte décrit un problème astronomique visant à déterminer la latitude nord d'un pilote en mer en utilisant des observations d'étoiles et du Soleil. Le pilote a noté que l'étoile Capella était trois fois plus élevée sur l'horizon que le Soleil et que l'étoile Sirius était visible au sud. Le problème consiste à utiliser ces observations et la déclinaison du Soleil pour trouver la latitude du pilote. Le texte présente trois conditions essentielles : 1. Capella était observée trois fois plus haute que le Soleil. 2. Sirius était visible au sud. 3. Capella précédait le Soleil dans son passage au méridien. Pour résoudre le problème, il est nécessaire de déterminer la latitude nord où la hauteur méridienne de Capella, observée la nuit suivant l'observation du Soleil à midi, est trois fois celle du Soleil. De plus, Sirius doit être visible au sud et le Soleil doit passer au méridien après Capella. Le texte fournit des données astronomiques précises, telles que la déclinaison de Capella et du Soleil, ainsi que les ascensions droites des étoiles. Il calcule également les heures de lever et de passage au méridien des étoiles et du Soleil pour déterminer la latitude du pilote. Les calculs montrent que la latitude du pilote peut varier entre 38 degrés 49 minutes et 70 degrés 50 minutes. Le problème est jugé mal formulé car les conditions données ne permettent pas une solution unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2421
p. 862-865
REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
Début :
En matiere d'étimologies il faut les chercher dans la langue naturelle et [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Langue, Gaulois, Ville, Villes, Goths, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
REMARQUES sur les Lettres inserées
dans les deux derniers Mercures >
au sujet du nom et de l'étimologie de
Bourdeaux ou Bordeaux .
N matiere d'étimologies il faut les
E chercher dans la langue naturelle et
originale de chaque Païs , ou de celledes
Colonies qui sont venues l'habiter.
Dans l'ancienne Langue celtique , qui
étoit celle qu'on parloit dans les Gaules
, la Germanie , la Grande Bretagne
&c. Bourg, ou Burggauts , signifie la ville
des Gaulois , nom qu'on a donné à Bordeaux
, parce que les Gaulois, qui étoient
divi
MAY. 1733. 863
divisez des Aquitains par la Garonne ,
passerent cette Riviere , et s'établirent en
deçà. Une semblable raison a fait appeller
Burgus Santonum , la ville de Bourg ,
qui est une Colonie des Santones , qui
s'établirent plus bas sur cette Riviere.Le
nom de Burg est fort usité dans les noms
des Villes de tout le Païs du Nord , et il
signifie Castrum , Sedes , Urbs, habitatio
& c. Cesar a appellé Bituriges vibises
les environs de Bordeaux , et ce n'est
que Strabon, et Ausone après lui, qui ont
latinisé Burg , gauls , et en on fait Burdigala.
Or ce mot s'est formé comme celui
de Linguadokum , qui vient de Lingua
Gottorum , nom qu'on donne à la Gaule
Narbonnoise , où les Gots s'établirent au
quatrième siècle , sous l'Empereur Honorius.
Les François appellerent ce Païs
Langue des Gots ou Langue des Kots , cat
le Get le K se changent souvent l'un en
l'autre , et quand on a voulu latiniser ce
nom , on a dit Linguadokum ; de sorte
qu'il y a eu d'ajouté l'article du Génitif,
tout ainsi qu'il s'est introduit dans l'Espagnol
, l'Italien et l'Anglois.
De Burg de Gauls , on en a ensuite
formé Bordeaux , comme de Langue des
Gots , s'est formé Languedok , où il y a
une sillabe retranchée.
By Les
864 MERCURE DE FRANCE
Les noms anciens latinisez , où il y a
un D au milieu , qui n'est point article
du Génitif, ont laissé le D en devenant
François , comme Andegavum , Anjou ;
Cadurcum , Cahors ; Clodoveus , Clovis , et
Loüis ; Lugdunum , Lyon ; Rhodanus , le
Rhône , &c mais lorsque le D a été prafixum
du Gnitif , il y est resté , comme
dans Linguadakum , Languedoc ; Burdigala
, Bordeaux , & c .
Dans les Langues Gauloise , Celtique ,
Saxone et même Tudesque , aujourd'hui ,
Bord , signifie extrêmité et rivage. Il se
peut qu'on a donné le nom de Bordgauls
à la ville des Gaulois , établis sur les Kives
de la Garonne , du cô é des Aquitains,
et que pour rendre latin ce nom , on a dit
Burdegala. Cette étimologie paroît fort
naturelle ; il y a même plusieurs Paï's qui
ont pris leur nom des Rivages de la Mer,,
ou de quelque Riviere . On dit qu'Aquitania,
signifie Aquarum regio. Armorica, en
Anglois , signifie Regio Maritima. L'Attique
en Grece , Regio littoralis ( si l'on peutse
servir de ce terme ) , parce qu'elle estpresque
toute environnée de Mer.L'Tonie,,
le Pont , la Phrygie, par la même raison..
Le Portugal est le Port des Gaulois.. On
trouve encore aujourd'hui beaucoup de
Villes Maritimes , où sur les bords des,
Rivieres
MAY. 1733 865
Rivieres , qui ont pris leur nom de leur
situation ; comme en France , le Havre
de Grace , Bayonne , &c . et les Villes où
le mot de Port se trouve joint. En Hollande
, Utrecht et Maestrecht ont pris
leur nom de Trajectus , passage , ou Ville
au de- là . En Angleterre quantité de
Villes. En Italie , Östic , &c.
Voilà deux Etimologies dont on pourra
choisir celle qui fera le plus de plaisir,
et qu'on jugera la plus convenable a
nom de Bordeaux.
dans les deux derniers Mercures >
au sujet du nom et de l'étimologie de
Bourdeaux ou Bordeaux .
N matiere d'étimologies il faut les
E chercher dans la langue naturelle et
originale de chaque Païs , ou de celledes
Colonies qui sont venues l'habiter.
Dans l'ancienne Langue celtique , qui
étoit celle qu'on parloit dans les Gaules
, la Germanie , la Grande Bretagne
&c. Bourg, ou Burggauts , signifie la ville
des Gaulois , nom qu'on a donné à Bordeaux
, parce que les Gaulois, qui étoient
divi
MAY. 1733. 863
divisez des Aquitains par la Garonne ,
passerent cette Riviere , et s'établirent en
deçà. Une semblable raison a fait appeller
Burgus Santonum , la ville de Bourg ,
qui est une Colonie des Santones , qui
s'établirent plus bas sur cette Riviere.Le
nom de Burg est fort usité dans les noms
des Villes de tout le Païs du Nord , et il
signifie Castrum , Sedes , Urbs, habitatio
& c. Cesar a appellé Bituriges vibises
les environs de Bordeaux , et ce n'est
que Strabon, et Ausone après lui, qui ont
latinisé Burg , gauls , et en on fait Burdigala.
Or ce mot s'est formé comme celui
de Linguadokum , qui vient de Lingua
Gottorum , nom qu'on donne à la Gaule
Narbonnoise , où les Gots s'établirent au
quatrième siècle , sous l'Empereur Honorius.
Les François appellerent ce Païs
Langue des Gots ou Langue des Kots , cat
le Get le K se changent souvent l'un en
l'autre , et quand on a voulu latiniser ce
nom , on a dit Linguadokum ; de sorte
qu'il y a eu d'ajouté l'article du Génitif,
tout ainsi qu'il s'est introduit dans l'Espagnol
, l'Italien et l'Anglois.
De Burg de Gauls , on en a ensuite
formé Bordeaux , comme de Langue des
Gots , s'est formé Languedok , où il y a
une sillabe retranchée.
By Les
864 MERCURE DE FRANCE
Les noms anciens latinisez , où il y a
un D au milieu , qui n'est point article
du Génitif, ont laissé le D en devenant
François , comme Andegavum , Anjou ;
Cadurcum , Cahors ; Clodoveus , Clovis , et
Loüis ; Lugdunum , Lyon ; Rhodanus , le
Rhône , &c mais lorsque le D a été prafixum
du Gnitif , il y est resté , comme
dans Linguadakum , Languedoc ; Burdigala
, Bordeaux , & c .
Dans les Langues Gauloise , Celtique ,
Saxone et même Tudesque , aujourd'hui ,
Bord , signifie extrêmité et rivage. Il se
peut qu'on a donné le nom de Bordgauls
à la ville des Gaulois , établis sur les Kives
de la Garonne , du cô é des Aquitains,
et que pour rendre latin ce nom , on a dit
Burdegala. Cette étimologie paroît fort
naturelle ; il y a même plusieurs Paï's qui
ont pris leur nom des Rivages de la Mer,,
ou de quelque Riviere . On dit qu'Aquitania,
signifie Aquarum regio. Armorica, en
Anglois , signifie Regio Maritima. L'Attique
en Grece , Regio littoralis ( si l'on peutse
servir de ce terme ) , parce qu'elle estpresque
toute environnée de Mer.L'Tonie,,
le Pont , la Phrygie, par la même raison..
Le Portugal est le Port des Gaulois.. On
trouve encore aujourd'hui beaucoup de
Villes Maritimes , où sur les bords des,
Rivieres
MAY. 1733 865
Rivieres , qui ont pris leur nom de leur
situation ; comme en France , le Havre
de Grace , Bayonne , &c . et les Villes où
le mot de Port se trouve joint. En Hollande
, Utrecht et Maestrecht ont pris
leur nom de Trajectus , passage , ou Ville
au de- là . En Angleterre quantité de
Villes. En Italie , Östic , &c.
Voilà deux Etimologies dont on pourra
choisir celle qui fera le plus de plaisir,
et qu'on jugera la plus convenable a
nom de Bordeaux.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les Lettres inserées dans les deux derniers Mercures, au sujet du nom et de l'étimologie de Bourdeaux ou Bordeaux.
Le texte explore l'étymologie du nom 'Bordeaux' en se basant sur la langue celtique. Le terme 'Bourg' ou 'Burggauts' signifie 'ville des Gaulois'. Les Gaulois, après avoir traversé la Garonne, se sont établis dans cette région, nommant ainsi la ville. Le nom 'Burg' est courant dans les noms de villes du Nord et signifie 'castrum', 'sedes', 'urbs' ou 'habitatio'. César appelait les environs de Bordeaux 'Bituriges vivis', tandis que Strabon et Ausone ont latinisé le nom en 'Burdigala'. Ce mot s'est formé de manière similaire à 'Linguadokum', dérivé de 'Lingua Gottorum', le nom donné à la Gaule Narbonnaise où les Gots se sont établis au quatrième siècle. Les Français ont appelé cette région 'Langue des Gots' ou 'Langue des Kots', et le nom a été latinisé en 'Linguadokum'. De 'Burg de Gauls', le nom 'Bordeaux' a été formé, tout comme 'Languedoc' est dérivé de 'Langue des Gots' avec une syllabe retranchée. En gaulois, celtique, saxon et tudesque, 'Bord' signifie 'extrémité' et 'rivage'. Il est possible que Bordeaux ait été nommé ainsi en raison de sa situation sur les rives de la Garonne. Plusieurs pays et villes ont des noms dérivés de leur situation géographique, comme l'Aquitaine, l'Armorique, l'Attique, la Thrace, le Pont, la Phrygie et le Portugal. Le texte présente deux étymologies possibles pour le nom de Bordeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2422
p. 869-874
ELOGE du R. P. le Quien, Dominiquain. Extrait d'une Lettre de M D. L. R. écrite à M. l'Abbé L. B. Chanoine de la Cathedrale d'Auxerre.
Début :
Le P. Michel le Quien nâquit à Boulogne sur Mer le 8. Octobre 1661. [...]
Mots clefs :
Michel Le Quien, Ouvrages, Mort, Éloge, Savant, Savants, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE du R. P. le Quien, Dominiquain. Extrait d'une Lettre de M D. L. R. écrite à M. l'Abbé L. B. Chanoine de la Cathedrale d'Auxerre.
ELOGE du R. P. le Quien , Dominiquain.
Extrait d'une Lettre de M D.L..
R. écrite à M. l'Abbé L.B. Chanoine de
la Cathedrale d'Auxerre.
L
E P. Michel le Quien nîquit à Boulogne
sur Mer le 8. Octobre 1661 ..
d'une honnête famille , originaire de la
même Ville. Il fit ses premieres études à
Paris , dans le College du Plessis. A l'âge:
d'environ vingt ans il prit l'habit de
P'Ordre de S. Dominique , et fit son Noviciat
dans le Convent du Fauxbourg.
S. Germain ; mais dans la suite son amour
pour la plus exacte régularité le détermi
na à se faire affilier dans le Monastere
de la rue S. Honoré , qui est d'une Province
Réformée , où il a toujours demeu
ré , et où il est mort le 12 Mars dernier.
En sortant du Noviciat il apprit l'Hé
bren
870 MERCURE DE FRANCE
breu du P. Massoulié , qui possedoit à
fond cette Langue . Ce Religieux est connu
par plusieurs Ouvrages , sur tout par
celui qui est intitulé : Divus Thomas`sui
interpres. Le P. le Quien se mit ensuite
à la lecture de la Langue Grecque , qu'il
sçavoit parfaitement , et voulut aussi ap.
prendre l'Arabe ; connoissances qui lut
furent depuis d'une grande utilité.
Il n'avoit que trente ans lorsqu'il écrivit
contre l'Antiquité des Temps , du Pere
Pezron , qui fit une réponse , à laquelle
notre Sçavant repliqua , l'un et Fautre
Ouvrage , en 2 vol. in 12.
Dans la suite il fit encore une Dissertation
sur un autre Livre du P. Pezron,
intitulé: Essai du Commentaire sur les Prophetes.
Cette Dissertation fut insérée dans
les Mémoires de Trevoux , 1711 .
En 1712.il publia les Oeuvres de S. Jean
Damascene , tirées de diverses Editions
et des Monuscrits de France , d'Italie et
d'Angleterre, revues, traduites en Latin,
éclaircies par des Notes et des Dissertations
préliminaires, &c. 2. vol. infal.chez
de l'Epine
.
Il composa depuis quelques Ouvrages
particuliers , dont le plus important est
la Panoplie , contre les Grecs Schismatiques,
il s'est caché dans cet Ouvrage sous
le nom d'Etienne de Altimura.
Il
MAY. 871
#733 .
Il y a plusieurs Dissertations de sa façon
dans le Journal , intitulé : Mémoires
de Litterature et d'Histoire ; entr'autres sur
Sanchoniat , Auteur Phénicien ; sur S.Nicolas
, sur le Portus Iccius , &c.
Il a eu de plus une tres bonne part à
la nouvelle Edition de l'Historien Josephe
qui s'est faite en Angleterre , et que
tous les Sçavans estiment beaucoup .
Mais l'objet principal de l'application
infatigable du P. le Quien , a été depuis
plusieurs années , la composition d'une
Histoire generale de toutes les Eglises
d'Orient , et de celles de l'Affrique , dont
il publia le Projet dès l'année 1713. sous
le titre ORIENS CHRISTIANUS ET AFFRICA.
Plusieurs empêchemens , des Maladies
sur tout, ont retardé l'exécution de ce
Projet , qui se trouve cependant bien
avancée comme vous le verrez à la fin
de ma Lettre.
,
On peut mettre parmi les Distractions
qui ont empêché l'Auteur de publier luimême
son Ouvrage , la contestation , ou
plutôt la vive dispute qu'il a eue avec le
P. le Courrayer, au sujet des Ordinations
Anglicanes. Notre Sçavant Religieux s'y
donna tout entier ; ce qui a produit de
sa part une Réfutation en 2 vol. in 12.et
ensuite une Replique , sans compter la
Lettre
872 MERCURE DE FRANCE
Lettre qu'il me fit l'honneur de m'addresser
, sur la même matiere , du 14 Février
1731. insérée dans le Mercure d'Avril
suivant.
Le P. le Quien fut lié de bonne heure
avec beaucoup de Sçavans , sur tout
avec le R. P. Montfaucon , dont l'intime
amitié étoit de 46 ans , avec les Abbez
Renaudot , de Fleury , de Longuerie et
des Thuilleries , le P. Hardouin , M. Simon
, M. Ernest Grabbe , sçavant Anglois
, qui a parlé si avantageusement de
lui dans ses Notes sur S. Irenée , et avec
d'autres Sçavans et vertueux Etrangers.
Du nombre de ces derniers sont Mauto
Cordato , Prince de Valachie , qui lui
a envoyé son Livre des Offices , composé
en grec , à l'imitation de celui de Ciceron
, et Chrysante , dernier Patriarche
de Jerusalem , qui lui a aussi envoyé un
Ouvrage grec fort estimé , de sa composition.
La Piété du P. le Quien fut au moins
égale à son érudition , et on peut dire que
la science , bien loin d'affoiblir sa foy ,
servit au contraire toujours à nourrir en
lui l'esprit de Religion . La veritable
science , disoit- il souvent , enseigne à
être humble ; aussi n'a - t - on jamais vû de
mort plus chrétienne que celle qui a ter
phiné
MAY. 1733 . 873
miné sa course ; entr'autres dispositions
qu'il a fait paroître en mourant , il a déclaré
qu'il renonçoit à toute l'estime que
les hommes pourroient faire de sa personne
et de ses Ecrits , ne souhaitant autre
chose , si ce n'est que Dieu fut glorifié
par ses Ouvrages , &c. enfin ses
dernieres paroles , et qu'il repeta souvent,
furent celles de S. Ignace Martyr : Amor
meus Crucifixus est .
La veille de sa mort il parla avec une
parfaite tranquilité de son principal Ouvrage
, donnant à ceux qui doivent en
continuer l'Edition , tous les conseils et
tous les enseignemens necessaires ; il parla
aussi , et de la même maniere , de ses
autres Ouvrages Manuscrits , entre lesquels
sont plusieurs Dissert ons et l'His
toire de Boulogne sa Patrie , sans oublier
plusieurs petits détails Litteraires , les Livres
empruntez à ses amis , & c. le tout
avec la présence d'esprit d'un homme
bien sain , qui se dispose à faire un voyage.
Vous serez bien- alse d'apprendre que
le premier volume du grand Ouvrage
Oriens Christianus , est presque entierement
imprimé, et que le Manuscrit est
dans un tel état que l'impression pour
être continuée , comme elle le sera en
effet
874 MERCURE DE FRANCE
effer , sans que la mort de l'Auteur caus
aucune interruption .
Ce que je dois à sa mémoire et le mérite
de l'Ouvrage m'engageront à continuer
mes attentions , pour procurer du
côté du Levant , tous les Mémoires et les
aurres secours qui peuvent contribuer à
sa perfection.
Extrait d'une Lettre de M D.L..
R. écrite à M. l'Abbé L.B. Chanoine de
la Cathedrale d'Auxerre.
L
E P. Michel le Quien nîquit à Boulogne
sur Mer le 8. Octobre 1661 ..
d'une honnête famille , originaire de la
même Ville. Il fit ses premieres études à
Paris , dans le College du Plessis. A l'âge:
d'environ vingt ans il prit l'habit de
P'Ordre de S. Dominique , et fit son Noviciat
dans le Convent du Fauxbourg.
S. Germain ; mais dans la suite son amour
pour la plus exacte régularité le détermi
na à se faire affilier dans le Monastere
de la rue S. Honoré , qui est d'une Province
Réformée , où il a toujours demeu
ré , et où il est mort le 12 Mars dernier.
En sortant du Noviciat il apprit l'Hé
bren
870 MERCURE DE FRANCE
breu du P. Massoulié , qui possedoit à
fond cette Langue . Ce Religieux est connu
par plusieurs Ouvrages , sur tout par
celui qui est intitulé : Divus Thomas`sui
interpres. Le P. le Quien se mit ensuite
à la lecture de la Langue Grecque , qu'il
sçavoit parfaitement , et voulut aussi ap.
prendre l'Arabe ; connoissances qui lut
furent depuis d'une grande utilité.
Il n'avoit que trente ans lorsqu'il écrivit
contre l'Antiquité des Temps , du Pere
Pezron , qui fit une réponse , à laquelle
notre Sçavant repliqua , l'un et Fautre
Ouvrage , en 2 vol. in 12.
Dans la suite il fit encore une Dissertation
sur un autre Livre du P. Pezron,
intitulé: Essai du Commentaire sur les Prophetes.
Cette Dissertation fut insérée dans
les Mémoires de Trevoux , 1711 .
En 1712.il publia les Oeuvres de S. Jean
Damascene , tirées de diverses Editions
et des Monuscrits de France , d'Italie et
d'Angleterre, revues, traduites en Latin,
éclaircies par des Notes et des Dissertations
préliminaires, &c. 2. vol. infal.chez
de l'Epine
.
Il composa depuis quelques Ouvrages
particuliers , dont le plus important est
la Panoplie , contre les Grecs Schismatiques,
il s'est caché dans cet Ouvrage sous
le nom d'Etienne de Altimura.
Il
MAY. 871
#733 .
Il y a plusieurs Dissertations de sa façon
dans le Journal , intitulé : Mémoires
de Litterature et d'Histoire ; entr'autres sur
Sanchoniat , Auteur Phénicien ; sur S.Nicolas
, sur le Portus Iccius , &c.
Il a eu de plus une tres bonne part à
la nouvelle Edition de l'Historien Josephe
qui s'est faite en Angleterre , et que
tous les Sçavans estiment beaucoup .
Mais l'objet principal de l'application
infatigable du P. le Quien , a été depuis
plusieurs années , la composition d'une
Histoire generale de toutes les Eglises
d'Orient , et de celles de l'Affrique , dont
il publia le Projet dès l'année 1713. sous
le titre ORIENS CHRISTIANUS ET AFFRICA.
Plusieurs empêchemens , des Maladies
sur tout, ont retardé l'exécution de ce
Projet , qui se trouve cependant bien
avancée comme vous le verrez à la fin
de ma Lettre.
,
On peut mettre parmi les Distractions
qui ont empêché l'Auteur de publier luimême
son Ouvrage , la contestation , ou
plutôt la vive dispute qu'il a eue avec le
P. le Courrayer, au sujet des Ordinations
Anglicanes. Notre Sçavant Religieux s'y
donna tout entier ; ce qui a produit de
sa part une Réfutation en 2 vol. in 12.et
ensuite une Replique , sans compter la
Lettre
872 MERCURE DE FRANCE
Lettre qu'il me fit l'honneur de m'addresser
, sur la même matiere , du 14 Février
1731. insérée dans le Mercure d'Avril
suivant.
Le P. le Quien fut lié de bonne heure
avec beaucoup de Sçavans , sur tout
avec le R. P. Montfaucon , dont l'intime
amitié étoit de 46 ans , avec les Abbez
Renaudot , de Fleury , de Longuerie et
des Thuilleries , le P. Hardouin , M. Simon
, M. Ernest Grabbe , sçavant Anglois
, qui a parlé si avantageusement de
lui dans ses Notes sur S. Irenée , et avec
d'autres Sçavans et vertueux Etrangers.
Du nombre de ces derniers sont Mauto
Cordato , Prince de Valachie , qui lui
a envoyé son Livre des Offices , composé
en grec , à l'imitation de celui de Ciceron
, et Chrysante , dernier Patriarche
de Jerusalem , qui lui a aussi envoyé un
Ouvrage grec fort estimé , de sa composition.
La Piété du P. le Quien fut au moins
égale à son érudition , et on peut dire que
la science , bien loin d'affoiblir sa foy ,
servit au contraire toujours à nourrir en
lui l'esprit de Religion . La veritable
science , disoit- il souvent , enseigne à
être humble ; aussi n'a - t - on jamais vû de
mort plus chrétienne que celle qui a ter
phiné
MAY. 1733 . 873
miné sa course ; entr'autres dispositions
qu'il a fait paroître en mourant , il a déclaré
qu'il renonçoit à toute l'estime que
les hommes pourroient faire de sa personne
et de ses Ecrits , ne souhaitant autre
chose , si ce n'est que Dieu fut glorifié
par ses Ouvrages , &c. enfin ses
dernieres paroles , et qu'il repeta souvent,
furent celles de S. Ignace Martyr : Amor
meus Crucifixus est .
La veille de sa mort il parla avec une
parfaite tranquilité de son principal Ouvrage
, donnant à ceux qui doivent en
continuer l'Edition , tous les conseils et
tous les enseignemens necessaires ; il parla
aussi , et de la même maniere , de ses
autres Ouvrages Manuscrits , entre lesquels
sont plusieurs Dissert ons et l'His
toire de Boulogne sa Patrie , sans oublier
plusieurs petits détails Litteraires , les Livres
empruntez à ses amis , & c. le tout
avec la présence d'esprit d'un homme
bien sain , qui se dispose à faire un voyage.
Vous serez bien- alse d'apprendre que
le premier volume du grand Ouvrage
Oriens Christianus , est presque entierement
imprimé, et que le Manuscrit est
dans un tel état que l'impression pour
être continuée , comme elle le sera en
effet
874 MERCURE DE FRANCE
effer , sans que la mort de l'Auteur caus
aucune interruption .
Ce que je dois à sa mémoire et le mérite
de l'Ouvrage m'engageront à continuer
mes attentions , pour procurer du
côté du Levant , tous les Mémoires et les
aurres secours qui peuvent contribuer à
sa perfection.
Fermer
Résumé : ELOGE du R. P. le Quien, Dominiquain. Extrait d'une Lettre de M D. L. R. écrite à M. l'Abbé L. B. Chanoine de la Cathedrale d'Auxerre.
Le Père Michel Le Quien, dominicain, est né à Boulogne-sur-Mer le 8 octobre 1661. Après des études à Paris, il rejoignit l'Ordre de Saint Dominique et se distingua par son attachement à la régularité monastique. Polyglotte, il maîtrisait l'hébreu, le grec et l'arabe. Il publia plusieurs ouvrages, notamment en réponse aux écrits du Père Pezron. En 1712, il édita les œuvres de Saint Jean Damascène et rédigea diverses dissertations pour des journaux. Son œuvre majeure est l'Histoire générale des Églises d'Orient et d'Afrique, intitulée 'Oriens Christianus et Africa', dont le projet fut publié en 1713. Le Père Le Quien fut également impliqué dans une controverse avec le Père Le Courrayer au sujet des ordinations anglicanes. Connu pour ses amitiés avec de nombreux savants et sa piété, il mourut le 12 mars, laissant un ouvrage presque achevé et des instructions pour sa publication.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2423
p. 875-877
LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
Début :
Il y a long-temps, Madame, que vous m'avez demandé le Portrait de / A la plus touchante Beauté, [...]
Mots clefs :
Portrait, Mlle Malcrais de La Vigne, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
LETTRE de M. D.... à Mad. la
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
La lettre de M. D.... à Madame la Marquise de Saint A... traite de l'envoi du portrait en vers de Mlle Malcrais de la Vigne. La Marquise avait demandé ce portrait depuis longtemps, mais des obstacles, notamment la rareté des peintres de talent en Basse-Bretagne, ont retardé sa réalisation. M. D.... souligne la nécessité d'un artiste exceptionnel pour peindre une personne distinguée. En l'absence de tel artiste, il propose un portrait en vers, qu'il reconnaît moins expressif qu'une peinture. Le portrait en vers décrit Mlle Malcrais de la Vigne comme une personne à la beauté touchante et à l'air délicat, évitant la fierté malgré ses talents. Elle apprécie les vers inspirés par le génie, trouve du plaisir dans la lecture choisie et sait couronner les écrivains brillants. Elle pense avec sagesse à un âge où cela est rare et se défend avec jugement contre les badinages amoureux. Elle sait également cacher son esprit et laisse douter de ses approbations ou désapprobations. Enfin, elle allie bon sens et bon cœur, offrant une image naïve et véritable de sa personnalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2424
p. 878-883
LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
Début :
MONSIEUR, J'apprends avec une surprise extrême les bruits que [...]
Mots clefs :
Âme, Sentiments, Corps, Matière, Immortalité, Assertion, Religion, Proposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
LETTRE écrite à M. Baron , Doyen
de la Faculté de Medecine de Paris
par M. de Lepine , Docteur , Régent de
la même Faculté , au sujet d'une These
qui a pour titre , An à functionum
integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le
buitiéme Fanvier 1733. aux Ecoles de
Médecine.
MONSIEUR ,
J'apprens avec une surprise extrême
les bruits que l'on répand contre moi au
sujet d'une These que j'ai faite et à laquel'e
j'ai présidé le huitiéme Janvier de
la présente année , qui a pour titre : An
à functionum integritate mentis Sanitas ?
Rien n'est plus douloureux pour un
homme élevé dans des sentimens d'honneur
et de Religion , qui selon moi doivent
être inséparables , que de se voir attaqué
sur une matiere , où le simple soupçon
donne toujours là plus sensible atteinte
à notre réputation ; ainsi je m'estimerois
le plus malheureux des hommes ,
si je n'avois une ressource dans l'équité
de ceux qui sont en état de juger avec
con,
MAY. 1733. 879
connoissance de cause , et ce sont eux
que je me flatte de convaincre de la
pureté
et de l'orthodoxie des més sentimens.
Les objections qui me cont revenues
se réduisent à deux principales .
La premiere , d'avoir choisi une matiere
qui m'ait engagé à parler de l'Ame ,
de son essence et de ses opérations.
La seconde , d'avoir paru mettre en
problême sa spiritualité et son immortalité.
Je réponds à la premiere objection ,
que jusqu'ici dans nos Ecoles , sans que
personne l'ait trouvé mauvais , on a traité
la même matiere comme un point de
Physiologie très - important sous differens
titres . An mens sana in Corpore sano ? An
principium facultatum Anima ? & c.
Mais outre l'importance du sujet en
general , un motif particulier m'a déterminé
à le choisir. Beaucoup de gens sont
prévenus que tous les accidens qui dérangent
la tête de tant de differentes manieres
, en nous ôtant la liberté sont
des maladies qui attaquent réellement
l'esprit , et que si en même temps les
autres fonctions du Corps sont en bon
état , la Médecine ne peut être d'aucun
secours. ,
C
,
I
Par
$80 MERCURE DE FRANCE
Par une suite de préjugé on a vû dans
tous les temps enfermer des personnes
alienées , sans que leur famille ait daigné
faire les moindres tentatives pour
leur guérison.
De si tristes avantures m'ont excité à
combattre une erreur si préjudiciable au
Public , en faisant voir que les maladies
dont il s'agit , et que l'on croit avoir leur
siege dans l'ame même , ne sont que dans
les organes du corps , quelque bien disposez
qu'ils soient à tous autres égards ;
c'est dans ce sens qu'il faut entendre le
titre de ma These : An à functionum integritate
mentis Sanitas ?
Ayant à prouver que les prétendus dérangemens
de l'Esprit sont seulement de
vrais dérangemens
des parties internes du
Corps , telles que les Nerfs dans leurs
origines et dans leurs communications
,
j'établis pour principe certain que l'ame
ne peut être susceptible des altérations
que la corruption fait subir à la matiere,
c'est ce que je dis en termes formels , lig.
34. du quatrième Cor. p. 3. Num aëris constitutio
potest aliquid in Substantiam cogitantem
? Num terra venenati halitus vale
bunt eam corrumpere ? Absit
Cette proposition est une conséquence
nécessaire de l'Assertion qui est dans mon
premier
MAY. 1733 . 881
premier Corollaire touchant la Nature
de l'Ame. C'est là que je tâche d'exprimer
son Essence , et de la distinguer de
celle du Corps dans la définition que je
donne de la Vie. Communio est rei extensæ,
mobilis , que occupat spatium , que mutat
subinde locum , cum substantia que nullius
loci est capax , que proin sedem mutare nequit
, et tamen quocumque volueris illicò
transvolat.
Cette Assertion suffiroit pour me justifier
contre la seconde objection , elle
est décisive , elle ne renferme aucune
équivoque, et exclut toute espece de doute
: cependant on prétend en faire naître
l'idée sur ses paroles du premier Corol.
Num extensa et solida gaudeat trinâ dimentione
, roganti , non esse corpoream difficulter
probaveris ; At corpoream esse longè
difficilius demonstraveris. Je vous prie ,
Monsieur , de remarquer ici deux choses;
la premiere, qu'il ne s'y agit que de. preuves
philosophiques ; la seconde, que cette
proposition est d'un genre tout different
de celui des Assertions.
in-
Je compare seulement deux sentimens
contraires ; et avant que de donner ma
véritable réponse , je commence par
diquer le plus probable, en faisant remarquer,
que , si d'un côté il n'est pas aisé
C de
882 MERCURE DE FRANCE
"
de prouver l'immatérialité de l'ame , de
l'autre il est , sans comparaison , plus dif
ficile d'en démontrer la matérialité.
Je ne fais donc ici qu'exposer le dou
te ; mais je le résous ensuite , ou du
moins j'explique clairement ce que j'en
pense , lorsque je dis ailleurs ( ce qui est
vraiment Assertion ) que l'ame est une
substance pensante , qui ne peut être contenue
en aucun licu , et sur laquelle la
constitution de l'air n'a aucun pouvoir :
d'où il suit clairement qu'elle est spirituelle
; et par conséquent je suis bien éloigné
d'affirmer qu'on ne puisse prouver
ce que je regarde moi-même , et ce que
je donne comme absolument certain .
Pour ce qui regarde l'immortalité de
l'ame , il est vrai que je dis de Platon
Concupivit potiùs , quàm demonstravit z
mais la Religion pourroit- elle admettre
la démonstration qu'il s'imagine en donner
dans le Phedon , lorsqu'il dit que
l'ame étant à elle-même la cause de son
mouvement , elle ne peut jamais finir ?
Cer illustre Philosophe a pensé plus
conformément aux principes de la vraye
Religion dans le Timée, où il assure que
la seule volonté du Dieu suprême donne
l'immortalité à tous les êtres intelligens.
Après une justification aussi précise que
celle- cy ,
MAY. 1733. 883
celle-cy , si quelqu'un pouvoit encore
prétendre que dans la proposition Num
extensa , &c. je mets en problême la spiritualité
de l'ame , je desavoue non seu
lement , mais je déteste le sentiment qu'il
m'attribue , en suppliant les Juges équitables
de remarquer qu'il est formellementdétruit
par les deux Assertions, Substantia
cogitans , p. 3. Cor. 4. 1. 35. et
nullius loci capax , p . 1. Cor. 1. ligne derniere
, que j'ai rapportées.
Quoique je doute que mes expressions
ayent une interprétation si odieuse , je
suis sensiblement affligé si elles ont pû
y donner lieu ; et quelque témoignage
que je me rende à moi - même de l'intégrité
de ma foi et de la pureté de mes
intentions , je me reconnoîtrai coupable,
si l'on peut me convaincre , d'avoir parlé
d'une maniere à me faire soupçonner de
l'être mais le sentiment de ma conscience
me rassure , n'ayant jamais riem
pensé ni écrit que de conforme aux sentimens
de l'Eglise Catholique, Apostolique
et Romaine , dans le sein de laquelle
je veux vivre et mourir,
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentimens
d'estime , de considération et de
respect possible , &c.
A Paris , le 4. Avril 1733 .
de la Faculté de Medecine de Paris
par M. de Lepine , Docteur , Régent de
la même Faculté , au sujet d'une These
qui a pour titre , An à functionum
integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le
buitiéme Fanvier 1733. aux Ecoles de
Médecine.
MONSIEUR ,
J'apprens avec une surprise extrême
les bruits que l'on répand contre moi au
sujet d'une These que j'ai faite et à laquel'e
j'ai présidé le huitiéme Janvier de
la présente année , qui a pour titre : An
à functionum integritate mentis Sanitas ?
Rien n'est plus douloureux pour un
homme élevé dans des sentimens d'honneur
et de Religion , qui selon moi doivent
être inséparables , que de se voir attaqué
sur une matiere , où le simple soupçon
donne toujours là plus sensible atteinte
à notre réputation ; ainsi je m'estimerois
le plus malheureux des hommes ,
si je n'avois une ressource dans l'équité
de ceux qui sont en état de juger avec
con,
MAY. 1733. 879
connoissance de cause , et ce sont eux
que je me flatte de convaincre de la
pureté
et de l'orthodoxie des més sentimens.
Les objections qui me cont revenues
se réduisent à deux principales .
La premiere , d'avoir choisi une matiere
qui m'ait engagé à parler de l'Ame ,
de son essence et de ses opérations.
La seconde , d'avoir paru mettre en
problême sa spiritualité et son immortalité.
Je réponds à la premiere objection ,
que jusqu'ici dans nos Ecoles , sans que
personne l'ait trouvé mauvais , on a traité
la même matiere comme un point de
Physiologie très - important sous differens
titres . An mens sana in Corpore sano ? An
principium facultatum Anima ? & c.
Mais outre l'importance du sujet en
general , un motif particulier m'a déterminé
à le choisir. Beaucoup de gens sont
prévenus que tous les accidens qui dérangent
la tête de tant de differentes manieres
, en nous ôtant la liberté sont
des maladies qui attaquent réellement
l'esprit , et que si en même temps les
autres fonctions du Corps sont en bon
état , la Médecine ne peut être d'aucun
secours. ,
C
,
I
Par
$80 MERCURE DE FRANCE
Par une suite de préjugé on a vû dans
tous les temps enfermer des personnes
alienées , sans que leur famille ait daigné
faire les moindres tentatives pour
leur guérison.
De si tristes avantures m'ont excité à
combattre une erreur si préjudiciable au
Public , en faisant voir que les maladies
dont il s'agit , et que l'on croit avoir leur
siege dans l'ame même , ne sont que dans
les organes du corps , quelque bien disposez
qu'ils soient à tous autres égards ;
c'est dans ce sens qu'il faut entendre le
titre de ma These : An à functionum integritate
mentis Sanitas ?
Ayant à prouver que les prétendus dérangemens
de l'Esprit sont seulement de
vrais dérangemens
des parties internes du
Corps , telles que les Nerfs dans leurs
origines et dans leurs communications
,
j'établis pour principe certain que l'ame
ne peut être susceptible des altérations
que la corruption fait subir à la matiere,
c'est ce que je dis en termes formels , lig.
34. du quatrième Cor. p. 3. Num aëris constitutio
potest aliquid in Substantiam cogitantem
? Num terra venenati halitus vale
bunt eam corrumpere ? Absit
Cette proposition est une conséquence
nécessaire de l'Assertion qui est dans mon
premier
MAY. 1733 . 881
premier Corollaire touchant la Nature
de l'Ame. C'est là que je tâche d'exprimer
son Essence , et de la distinguer de
celle du Corps dans la définition que je
donne de la Vie. Communio est rei extensæ,
mobilis , que occupat spatium , que mutat
subinde locum , cum substantia que nullius
loci est capax , que proin sedem mutare nequit
, et tamen quocumque volueris illicò
transvolat.
Cette Assertion suffiroit pour me justifier
contre la seconde objection , elle
est décisive , elle ne renferme aucune
équivoque, et exclut toute espece de doute
: cependant on prétend en faire naître
l'idée sur ses paroles du premier Corol.
Num extensa et solida gaudeat trinâ dimentione
, roganti , non esse corpoream difficulter
probaveris ; At corpoream esse longè
difficilius demonstraveris. Je vous prie ,
Monsieur , de remarquer ici deux choses;
la premiere, qu'il ne s'y agit que de. preuves
philosophiques ; la seconde, que cette
proposition est d'un genre tout different
de celui des Assertions.
in-
Je compare seulement deux sentimens
contraires ; et avant que de donner ma
véritable réponse , je commence par
diquer le plus probable, en faisant remarquer,
que , si d'un côté il n'est pas aisé
C de
882 MERCURE DE FRANCE
"
de prouver l'immatérialité de l'ame , de
l'autre il est , sans comparaison , plus dif
ficile d'en démontrer la matérialité.
Je ne fais donc ici qu'exposer le dou
te ; mais je le résous ensuite , ou du
moins j'explique clairement ce que j'en
pense , lorsque je dis ailleurs ( ce qui est
vraiment Assertion ) que l'ame est une
substance pensante , qui ne peut être contenue
en aucun licu , et sur laquelle la
constitution de l'air n'a aucun pouvoir :
d'où il suit clairement qu'elle est spirituelle
; et par conséquent je suis bien éloigné
d'affirmer qu'on ne puisse prouver
ce que je regarde moi-même , et ce que
je donne comme absolument certain .
Pour ce qui regarde l'immortalité de
l'ame , il est vrai que je dis de Platon
Concupivit potiùs , quàm demonstravit z
mais la Religion pourroit- elle admettre
la démonstration qu'il s'imagine en donner
dans le Phedon , lorsqu'il dit que
l'ame étant à elle-même la cause de son
mouvement , elle ne peut jamais finir ?
Cer illustre Philosophe a pensé plus
conformément aux principes de la vraye
Religion dans le Timée, où il assure que
la seule volonté du Dieu suprême donne
l'immortalité à tous les êtres intelligens.
Après une justification aussi précise que
celle- cy ,
MAY. 1733. 883
celle-cy , si quelqu'un pouvoit encore
prétendre que dans la proposition Num
extensa , &c. je mets en problême la spiritualité
de l'ame , je desavoue non seu
lement , mais je déteste le sentiment qu'il
m'attribue , en suppliant les Juges équitables
de remarquer qu'il est formellementdétruit
par les deux Assertions, Substantia
cogitans , p. 3. Cor. 4. 1. 35. et
nullius loci capax , p . 1. Cor. 1. ligne derniere
, que j'ai rapportées.
Quoique je doute que mes expressions
ayent une interprétation si odieuse , je
suis sensiblement affligé si elles ont pû
y donner lieu ; et quelque témoignage
que je me rende à moi - même de l'intégrité
de ma foi et de la pureté de mes
intentions , je me reconnoîtrai coupable,
si l'on peut me convaincre , d'avoir parlé
d'une maniere à me faire soupçonner de
l'être mais le sentiment de ma conscience
me rassure , n'ayant jamais riem
pensé ni écrit que de conforme aux sentimens
de l'Eglise Catholique, Apostolique
et Romaine , dans le sein de laquelle
je veux vivre et mourir,
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentimens
d'estime , de considération et de
respect possible , &c.
A Paris , le 4. Avril 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. Baron, Doyen de la Faculté de Medecine de Paris, par M. de Lepine, Docteur, Régent de la même Faculté, au sujet d'une These qui a pour titre, An à functionum integritate mentis Sanitas ? Soutenuë le huitiéme Janvier 1733. aux Ecoles de Médecine.
M. de Lepine, Docteur et Régent de la Faculté de Médecine de Paris, adresse une lettre à M. Baron, Doyen de la même faculté, en réponse aux critiques concernant une thèse soutenue le 8 janvier 1733, intitulée 'An à functionum integritate mentis Sanitas?'. M. de Lepine exprime sa surprise face aux rumeurs le visant et affirme sa pureté et orthodoxie. Les objections principales portent sur le choix du sujet, qui traite de l'âme, de son essence et de ses opérations, ainsi que sur la mise en problème de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme. M. de Lepine justifie son choix en soulignant l'importance du sujet en physiologie et en médecine, notamment pour combattre l'erreur selon laquelle les troubles mentaux seraient des maladies de l'âme plutôt que du corps. Il affirme que les troubles mentaux sont des dérangements des organes du corps, comme les nerfs, et non de l'âme. Il établit que l'âme ne peut être altérée par la corruption de la matière, une proposition qu'il considère comme une conséquence nécessaire de l'assertion sur la nature de l'âme. Il distingue l'âme du corps dans la définition de la vie et affirme que l'âme est une substance pensante, spirituelle et immortelle, conforme aux principes de la religion catholique. M. de Lepine conclut en désavouant toute interprétation odieuse de ses propos et en affirmant son intégrité et sa foi. Il exprime son désir de vivre et mourir dans le sein de l'Église Catholique, Apostolique et Romaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2424
2425
p. 885-905
VOYAGE de Basse Normandie. Suite des Remarques de M... sur l'Inscription du Marbre de Torigny. XI. LETTRE.
Début :
III. LOGUM ORDO CIVITATIS Viducassium libenter dedit podum [...]
Mots clefs :
Inscription, Mot, Edinius Julianus, Lettre, Marbre, Bayeux, Torigny, Paulin, Province lyonnaise, Empire, Préfet, Empereur, Veaux marins, Tribun, Prétoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VOYAGE de Basse Normandie. Suite des Remarques de M... sur l'Inscription du Marbre de Torigny. XI. LETTRE.
VOYAGE de Basse Normandie. Suite
des Remarques de M... sur l'Inscription
du Marbre de Torigny.
11 1.
L
XI. LETTRE.
OGUM ORDO CIVITATIS
Viducassium libenter dedit
dum XIII.
род
Civitas ducassium , ou Biducassium
appellée ensuite Bajocassium , est la Villa
Cij
et
I
886 MERCURE DE FRANCE
et le Diocèse de B.yeux en Normandie,*
et non pas le Village de Vieux. Prolomée
, L. VIII. assure que dans la Gaule
Lyonnoise il y a quatre Peuples situez
au Septentrion et sur l'Ocean Brittanique
ΒΙΔΟΥΚΕΞΙΩΝ Biducessii , ΟΥΝΕΛΙΩΝ
Veleni ΛΕΞΟΥΒΙΩΝ Lexovii ΚΑΛΕΤΑΙ
Caleta : Les trois derniers sont ceux de
Coutance , de . Lizieux et du Pays de
Caux. On ne peut douter que les Biducesii
ou Biducasses , comme Pline les appelle
, L. 1 V. 6. 18. ne soient ceux de
Bayeux , ce qui est confirmé par l'Inscription
de ce Marbre trouvé dans le
Diocèse de Bayeux . Cent ans ou environ
après que notre Inscription eut été gravée
, les noms de plusieurs Villes commençant
à s'alterer , on changea ce mot
de Biducasses en Bajocasses , comme on
le voit par ces Vers d'Ausonne.
Tu Bajocassis Stirpe Druïdarum satus ;
Beleni sacratum ducis è Templo genus,
De Bajocasses on fit Bajoca , comme on
le voit dans la Notice de l'Empire , Sect .
** L'Auteur des Remarques décide ici une chose
qui étoit du moins incertaine avant les Découvertes
qui ont été faites à Vieux. Voyez là- dessus la
Description des Monumens qui y ont été trouvez, et
les Remarques faites sur ces Monumens , dans le
Mercure d'avril 17329
LXV.
MA Y. 1733- 887
LXV. Præfectus Latorum , Batavorum ,
et Gentilium Suevorum ; Bajocas à Bayeux
et Constantias Lugdunensis II. à Coutances
. Ainsi on disoit en ce temps- là Trecas
pour Trecasses , Drocas pour Durocasses
, & c .
Dans toutes les anciennes Notices on
voit au nombre des sept Citez de la seconde
Lyonnoise , Civitas Bajocassium.
Gregoire de Tours nomme ces Peuples.
Viducasses Bejocassins , au 27. Chap. du
5 L. de son Histoire , et Fredegaire , en
corrompant ce mot , appelle les mêmes
Peuples Bagassins , au Chap. 80. de sa
Chronique. Charlemagne nomme le Pays.
Bessin Bajocassinus Pagus , dans ses Capitulaires
, et Charles le Chauve dans les
siens , appelle le même Pays Bagisinus
Pagus. Oderic Vital , L. V. dit qu'il y
a six Villes Episcopales sujettes à Rouen,
Rothomago sex urbes subjacent, Bellocassium
( emend. Bedocassium vel Biducassium ) id
est Bajocas. A quoi il faut ajoûter en faveur
de la Ville de Bayeux , que son Siege
Episcopal est le premier et le plus
ancien de tous ceux de la Province de
Rouen , et que l'Evêque a la préséance
au dessus de tous les Evêques Comprovir
ciaux , ce qui démontre la grande
antiquité de cette Ville.
Cv M.
888 MERCURE DE FRANCE
M. Vallois , dans la Notice des Gaules ,
veut que Bayeux ait été appellé Argenus
par Prolomée , L II. C. 8. en ces termes,
ΒΙΛΟΥΚΕΣΙΟΙ ΩΝ ΠΟΛΙΣ ΑΡΓΕΝΘΥΣ
Mais ces mots wraλis , ne se voyent pas
dans les Editions Grecques de Ptolomée
l'ancien Traducteur Latin veut au contraire
qu'Argenus soit une Riviere , Ar
genis fluvii estia. M. Valois prétend
outre cela , qu'un lieu appellé dans la
Carte de Peutinger , Aragenus , soir cette
Vill d'Agenus , ce qui est fort incertain.
Quoiqu'il en soit , on ne doit point
douter que Bidugasses , Biducasses , Butucasses
, Bajocasses , Bajoca , Bayeux , no
soient une même Ville , Ch . f. d'un Dio
cèse et des Pouples du Bessin.
IV. AMICUs Benemerentis Claudii Paus
lini Legui Casaris Augusti Proprætore Prom
vincie Lugdunensis fuit..
La Province Lyonnoise étoit Imperiale
et gouvernée par un Lieutenant de l'Em
pereur ; cet Officier étoit Civil er Mili❤
taire, on l'appelloit Popreteur , parce qu'il
avoit les mê nes droits , les mêmes hon-
✦ Sion peut donner quelque chose à la conjecture,
fandéo sur la ressemblance des Noms , le Village
Argence ä lieues de Caën , sur le chemin de
Lizieux , pourroit bien être un reste de cette ancien
neVilles
4.
neurs
1 889 MAY. 1733.
meurs et le même nombre de Faisceaux ,
que les Preteurs de la Ville de Rome.
Amicus Paulini , Sennius Sollemnis avoiɛ
fendu un grand service à Paulin , en s'op
posant à ceux qui vouloient dans l'Æsemblée
generale des Provinces , accuser
ce Gouverneur d'injustice , comme AEdinus
Julianus , successeur de Paulin au
Gouvernement de la Lyonnoise , le témoigne
dans sa Lettre au Tribun Comnianus
, Vice- Président de la même Province.
Cette Epitre est gravée sur l'un des
côtez du Marbre de Torigny.
L'Inscription du devant du même Piédestal
parle de cette Lettre en ces termes
Cui Semp R Arectus FVIT SICVT EPIST A ... ...
AE AD NOS SCRIPTA EST DECLARATVR.
CVI (Paulino ) POSTEA ( Britan ) LEG.
AVG. PENESEVM AD LEGIONEM SEXTAM
ADSEDIT. Il faut necessairement ajoûter
les Lettres BRIT. sans quoi cette Phrase
n'auroit point de sens et cette Addi
tion est confirmée par ces paroles gravées
sur l'autre côté du Marbre du Piedestal.
Exemplum Epistula Claudii Paulini Legati
Augusti Propretore Provincia Britannië
ad Sennium Sollemnem. Paulin, après avoir
gouverné la Lyonnoise en qualité de
Lieutenant de l'Empereur et de Prope
teur ,fut envoyé dans la grande Breta
Cvj gne
890 MERCURE DE FRANCE
gne ; et Sennius Sollemnis fut un des As
sesseurs de Paulin , qui commandoit la
VI. Legion , comme Lieutenant General
dans la Province ; car cette Legion
avoit son Quartier dans la Grande Bretagne
et dans la Ville d'Yo ck , comme
Prolomée le marque , L. II. C. 3 .
Ces Légions étoient tellement attachées
aux Provinces où on les avoit placées ,
que les Gouvernemens ont pris quelquefois
les noms des Legions qui y étoient
en garnison . Tertulien dans le IV. Chap
du Livre à Soupulus , appellé le Président
de Numidic Prases Legionis ; car Caligula ,
pour affoiblir l'autorité du Proconsub
d'Affrique , donna à un autre Officier le
Gouvernement des Numides avec les
Troupes ou la Légion . Provincia divisa
exercitus alteri et Numidas mandavit , atque
bolie etiam fit , dit Dion , p. 656.
c'est pourquoi Ptolomée attribue la troisiéme
Légion Auguste à la Numidie.
V. ] CVIO OB SALARIVM MILITIAE IN
AVRO. Le Graveur a omis ici quelques
mots qu'il faut suppléer par l'Epitre à
Paulin , où on lit. Milit.a salarium , Deserteriis
viginti quinque nummos ,. in auro..
* L'omission du Graveur saute aux yeux. On ne
peut mieux la réparer quepar l'autre partie de l'Ins
ription , comme fait l'Auteur des Remarques.
VI
MAY. 17337
VI. ] ALTAQ MVNERA LONGE PLVRIS
MISSA. Paulin , dans sa Lettre à Sollemnis
, specifie les Présens Munera , Chlamydem
Carbasinam , Dalmaticam Laodicenam
, Fibulam auream cum gemmis.
Virgile , L. XI. de l'Eneïde , parle ainsi
de ces Chlamydes Carbassina , attachées
avec des crochets d'or.
... Croceam Chlamydemque sinusque crepantes
Carbascos fuluo in nodum collegerat auro
Et Lucain parle aussi de ces vétemens
dans sa Pharsale , L. 3 .
Fluxa coloratis astringuntur Carbasa gemmis.
Le mot Dalmatica signifie une manie
re de vêtement venue de Dalmatie . Capitolin
, dans la Vie de Pertinax , Ch. 8.
dit qu'on tenoit parmi les Meubles de
Commode , Tunicas , Penulasque , Lacernas
et Chiri lotas , Dalmatarum. Lampide
dans la Vie de Commode , Chap . 8 dit
de ce Prince que Dalmaticatus in Publico
processit , ce qui passoit alors pour une
chose infam . Les gens graves et medestes
ne paroissant jamais avec des Dalmatiques.
Et le même Historien assure ,
Chap 24. de la Vie d Heliogabale , que
cet Enrpereur avoit souvent paru Bal
maticatus in foro post Coenam. S. Isidore ,
Chap .
892 MERCURE DE FRANCE
Chap. 22. du 19. L. de ses Origines , témoigne
que Dalmatica Vestis primum in
Dalmatia texta est. Mais quoique l'invention
de ces sortes de vêtemens soit venue
de Dalmatie , et qu'ils ayent pris le
nom de cette Province , neanmoins la
mode s'étant introduite dans tout l'Empire
Romain de porter des Dalmatiques,
on en établit des Manufactures en divers
Lieux ; on estimoit le plus celles qu'on
faisoit à Arras et à Laodicée , suivant les
paroles de S. Jérôme , L. 2. contre Jovinien
, T. 2. Cod . 106 , Edit . de Nivelle.
Atrebatum ac Laodicea indumentis ornatus
incedis. Et peut être que les Dalmatiques
de Laodicée
étoient de plus grand prix
que toutes les autres , parce que les Laines
de cette Ville étoient meilleures
, com
me Pline nous l'apprend
, L. VII . Ch. 48 .
VII. Il est fort difficile de trouver ce
que signifie ToSSIAM Brittanicam . Si cę
mot est venu de la Grand - Bretagne , aussi
bien que ce qu'il signific . Lorsque les Ro
mains empruntoient quelque chose des
Etrangers , ils conservoient les noms Barbares
qu'ils introduisoient dans la Langue
Latine , où nous trouvons beaucoup de
mots Gaulois et Bretons. Nous avons pour
ce qui concerne les Habits Bracha, espece
d'Habit , décrite par Diodore de Sicile ,
Laina
MAY. #733. 89.3
Laina , maniere de Saïe dont parle Strabon
,Bardo- cucullum, Manteau des Bardes,
Poëtes Gaulois , dont Martial fait mention.
Le mot Cucullum est venu du Gaulois
ou du Breton Cucull. C'est pourquoi
Juvenal , dans sa huitiéme Satire appelle
ces Cuenlles Saintongeois.
Tempora Santonios velas adòperta Cuculla.
Caracalla , Habit Gaulois , qu'Antonim
fils de Sévere , donna au Peuple Romain .
Glascum , Herbe dont on se servoit pour
teindre en bleu. Cependant j'ose douter
que ce mot ToSSIAM , soit de l'ancienne:
Langue Bretonne , et je conjecture qu'il
est Latin.
Il faut remarquer que les Lettres de
cette Inscription , effacées en plusieurs
endroits , sont quelquefois entrelassées *
les unes dans les autres , et qu'il y en a
par consequent de fort petites qui ont pû
disparotire aisément. Ce mot TOSSIAM ,
doit être ainsi rétabli TROSSVLAM . Cette
maniere de vêtement que les Latins ap-
"
*On pourra voir cet entrelassement des Lettres ,
c. dans la Gravure qu'on se propose de donner
de toute l'Inscription . Mais toujours on peut comp
ter que nous avons lû TOSSIAM sur le Marbre at
que ce mot a été lû de même avant nous dans les
deux ou trois copies quej'ai rapportées de Torigny...
pelloient
194 MERCURE DE FRANCE
pelloient Trossulam ou Trabeam Trossu
lam , et les Grecs Epeseda étoit tissuë de
Laine de couleur de Pourpre , mêlée
d'autre Laine teinte en écarlate. Cette
Trossula n'étoit pas differente de la Saïe
Punique , et on y mêloit de l'Ecarlatte
parce que les Anciens combattoient vétus
de rouge , afin que le sang qui couloit- des
playes ne parût pas.
VIII PELLEM VETULI MARINI SEMESTRIS
La Peau de Veau Marin est couverte
de poil cendré. C'étoit alors un rare
présent qu'une Peau de Veau Marin ,
animal tès- difficile à tuer , comme dit
Pline , L. IX. Chap. 13 Cet Auteur dans
le même lieu attribuë aux Peaux de Veaux
Marins une proprieté bien singuliere en
ces termes Pelles eorum etiam detractas corpori
sensum æquorum retinere tradunt , semperque
astu maris recedente inhorescere
et au L II. Chap. 55. il nous fait connoître
pourquoi les Anciens estimoient
tant les Peaux de Veau Marin ; c'est , qu'ils
croyoient qu'elles garantissoient de la
Foudre N inquan Fulmen , & c . Suetone,
* Notre Auteur a sans doute , cité ce Passage
de Pline de memoire ; voici comment il faut le rétablir.
Ideo Pavi di altiores specus tutissimos putant
: aut tabernacula è pellibus belluarum quas
vitulos appellant , quoniam hoc solum aniinal
Marinis , Fulmen , non percutiate
,
MA Y.. 1733. 895
L. 2. Chap. 90. rapporte qu'Auguste craignoit
fort le Tonnerre , et qu'il portoie
par tout une Peau de Veau Marin pour
se garantir de la Foudre , Ut semper, et
ubique , &c. Spatien dit que Septime-
Severe avoit la même foiblesse , et qu'il
fit couvrir sa Littiere de Praux de Veaux
Marins. Plutarque dans ses Symposiaques ,
L. 4. Q. 2. nous apprend que les Pilotes
pour préserver du Tonnerre leurs Vaisseaux,
couvroient de Peaux de Veaux Marins
et d'Hyenes, l'extrémité des Voiles ;
il parle encore de cette vertu des Peaux
de Veaux Marins au L.5.du même Ouvra
ge , Chap. 3 .
SEMESTRIS Le Veau Marin croît en fort
peu de temps , il y en a une certaine espece
dans les Mers du Nord , que les
Russes et les Anglois appellent Morfh ,
et les Flamans Walrusses qui deviennent
plus gros que les plus grands Boeufs , et
à deux ou trois mois ils sont aussi grands
que des Dogues d'Angleterre .
IX. [ … .. VI ... R ... O ... Genvs
V ...
SPECTACVLORVM . PINICIA DIA.
Ceux qui ont vû les premiers cette
Inscription , ont lû ainsi cet Endroit . Cu
jus cura omnegenus spectaculorum atqueTaurinicia
Diana. Mais il y a lieu de douter
de ce mot Taurinicia , qu'on ne trouve
nulle
896 MERCURE DE FRANCE
nulle
part ; outre que la copie de M. Pe
titte nous prouve que ces trois Lettres
TAV, ne se lisent point dans l'Inscription
où on ne voit que RINICIA , Taurinicia
ne se peut lire suivant l'Analogie Grammaticale
, il faudroit Tauronicia
, comme
Tauropolia , Fête des Lacédémoniens Tau
rocathapsia , qui étoient des Jeux des
Thessaliens ; enfin , comme Taurobotus ,
Taurobolia , Taurophagus , Taurophagia
s
et d'ailleurs on n'honoroit
pas
Diane par
des Combats de Taureaux , mais par des
Chasses de Cerfs ou d autres Bêtes sau
vages ; car Diane étoit surnommée EAA-
ΦΗΒΟΛΟΣ , et la grande Fere qui lui
étoit dédiée dans la Grece , TA EAAOHBO
AIA , d'où vient le mot Elaphebolion
, on
écrivoit ce mot par HAADHBOAION
, aų
lieu d'EAADOBOAION
, comme EAAQOBỌAIA
et EAAQBOAOX
, selon l'usage
des Poëtes qui changeoient l'O en H ,
pour avoir une sillabe longue et faire un
Dactile ΕΤΡΕΨΑΝΤΟΙΑ
, ασμακρείον
,
Siasurlénian , Baxλçań , dit. Eustathe
* M. Petitte , Chanoine et Official de Bayeux,
avoit pas manqué , sans doute, de copier cette
Inscription , et de la mieux copier qu'un autre. Il
a travaillé toute sa vie à l'Histoire Civile et Ecclesiastique
de Bayeux. Voyez là-dessus le Mercure
Octobre 1732. p. 21380
Sur
MAY. 1733. 897
sur le V. L. de l'Iliade , T. I. p. 521 .
Edit. de Rome. Ainsi je doute qu'il y ait
dans l'Inscription la lettre R bien formée
, et je crois qu'il faut lire EPINICIA
DIA. Epinicia , qui sont les prix de ceux
qui ont vaincu aux Jeux ; et Sollemnis
qui avoit donné les Spectacles, avoit aus
si donné les Prix , Epinicia.
X. ERAT SENNIUS ME ... CUR . MART...
ATQ... DIAN... P. Sacerd.
Edinius Julianus , dans sa Lettre à
Commianus parle de Sollemnis en ces
termes : Sollemnem istum oriundum ex civitate
viduc. Sacerdos. Mercure , Mars ,
et Diane étoient dans les Gaules les princlpaux
Dieux dont notre Sollemnis étoit
premier Prêtre ; aussi la Ville de Bayeux
étoit celebre à cause de ses Druides,dont
les Races étoient très- nobles et tres- anciennes
; c'est ce que prouvent les Vers
d'Ausonne , que j'ai déja citez . Cette Illustre
famille des Druides de Bayeux des
cendoit des Prêtres d'Apollon , appellé
Bellenus par les Gaulois , et par ceux d'Aquilée
; comme le démontrent diverses
Inscriptions , rapportées par Gruter. Ausonne
, dans ses Poësies sur les Professeurs
de Bordeaux , louc un Rheteur ;
nommé Attius , Patera , Pater , auquel ses
rapportent les deux Vers qu'on a vûs
plus
858 MERCURE DE FRANCE
plus haut ; et il est à propos de rappor
ter icy ce témoignage d'Ausonne tout
entier.
Tu Bajocassis ( vel Bagocessi ) stirpe Druidarumza
satus ,
Si fama non fallit fidem ,
Beleni sacratum ducis è templo genus &
Et inde vobis nomina ,
Tibi Patera sic Ministros nuncupant »
Apollinaris Mystici ,
Fratri Patrique nomen à Phoebodatum
Natoque de Delphis tue.
Ausonne lote encore un autre Professeur
de Bordeaux , qui descendoit des
Druides , et avoit été Sacristain du Teme
ple de Belenus .
Nec reticebo senem
Nomine Phabitium , qui Beleni adituus ,
Nil opis inde tulit , sed tamen ut placitum ,
Stirpe satus Druidum gentis Aremorica ,
Burdigala Cathedram nati opera obtinuit .
XI. ... FUIT CLIENS PROBATISSIMUS
AEDINI IVLIANI ... LEG. AUG. PROV . LVGDVNEN...
CVI . SEMPER . AF. TVS FVIT. Sicut
Epistula que ad nos scripta fuit decla
ratur.
Julianus , dans sa Lettre dit , qu'ik
com
MAY. 1733 . 899
commença à aimer Sollemnis propter sectam
, à cause de sa Profession de Prêtre et
de Druide, et propter gravitatem et honestos
mores.
Lorsque Julianus écrivoit cette Lettre
au Tribun Commianus , il étoit alors
Préfet du Prétoire , comme ces mots de
l'Inscription le démontrent : Exemplum
Epistula Alinii Jul... Præfecti Prato.
Nous ne pouvons placer le temps de la
Préfecture de ce Julianus après l'an 238 ,
à cause du Consulat de Pius et de Proculus
, marqué dans l'Inscription, Il ne
seroit pas raisonnable aussi de reculer le
temps de la Préfecture d'Edinius plus .
loin que le temps de Caracalla ; on sçait
que les deux Préfets de cet Empereur
étoient Adventus et Macrin, Le dernier
après avoir fait assassiner son Maître , lui
succeda à l'Empire , et créa deux Préfets
du Prétoire , Appius Julianus et Julianus
Nestor, comme Dion , qui fleurissoir pour
lors , nous l'apprend dans lesFragmens du
liv . 78, pag.895.Notre Adinius ne peut
être ni l'un ni l'autre de ces deux Juliens ;
car VlpiusJulianus fut massacré par les
Soldats révoltez contre Macrin , en faveur
d'Héliogabale . Macrin désigna aussi-
tôt Basilianus , alors Préfet d'Egypte,
pour successeur d'Appius , comme Dion
nous
900 MERCURE DE FRANCE
nous l'apprend encore au même liv . 73.
pag. 903 .
Ce Basilianus , après la mort de Ma
crin , ayant erré quelque temps , fut
égorgé à Nicomédie , selon Dion, p.904.
Héliogabale , après sa Victoire , fit mou
tir le Préfet Nestor , avec Fabius Agrippin
, Gouverneur de Syrie , comme Dion
le rapporte , liv . 79. pag. 907. Le même
Empereur créa Préfet du Prétoire , Euty.
chianus Comazon ; Dion , liv . 79. p.908.
Après Comazon , il y eut deux Préfets
qui furent tuez , avec Heliogabale , page
916. et ils s'appelloient Flavianus et
Chrestus. Ce fut Ulpien , favori d'Alexandre
, qui les fit mourir , et leur succeda
, le nouvel Empereur lui ayant donné
la Charge de Préfet , selon Dion , livre
So. pag. 917. Ulpien fut massacré
les Soldats , vers l'an 227. pendant que
Dion gouvernoit la Pannonie , ainsi qu'il
le raconte , liv. 80. pag. 917. Les Historiens
ne nomment point le successeur
d'Ulpien ; d'ailleurs nous sçavons que
sous Maximin , Vitalien étoit le Préfet
du Prétoire , qui résidoit à Rome , où il
fut tué par l'ordre du Sénat , l'an 237.
comme nous l'apprenons d'Hérodien
ou de Capitolin.
Edinius Julianus résidoit à Rome
par
comme
MAY. 1733. 901
comme il le témoigne dans sa Lettre. Is
( sollemnis ) certus honoris mei erga eum ad
videndum me in Urbem venit : proficiscens
petiit, ut eum ad te commendarem. Je ne vois
donc point de place pour la Préfecture
d'Elinius Julianus , que depuis la mort
d'Ulpien , jusqu'à celle d'Alexandre Se
vere , il n'y avoit qu'un Empereur au
temps que Paulin écrivit la Lettre , gravée
sur le Marbre de Torigny . Ces mots : Er
MAIESTATE SANCTA IMP. le font voir.
C'est donc sous l'Empereur Alexandre-
Severe que Julien - Paulin et Sollemnis
ont exercé les Charges , dont il est fait
mention dans l'Inscription : Fuit cliens
probatissimus Edinius - Juliani legati Augusti
Provincia Lugdunensis.
Edinius Julianus avoit été Lieutenant
de l'Empereur dans la Province Lyonnoise
, comme on le voit par ces mots ,
gravez sur le devant du Piédestal ; ce
qui estconfirmé par la Lettre de Julianus,
gravée sur l'un des côtez de ce Marbre :
Claudio Paulino Decessori meo . Nous
avons déja vû que Paulin avoit eu le Gou
vernement de laLyonnoise : que veut donc
dite Edinius -Julianus , par ces mots : In
PROVINCIA LVGDVNENS. QUINQUE . FISCALI...
IGEREM? Ce dernier mot , n'est pas
Agerem, car M. Petitte dans sa copie ,tresexacte
902 MERCURE DE FRANCE
exacte , fait voir qu'il n'y a que IGEREM,
et cette figure I un peu courbe , ne marque
pas la jambe de celle d'un A , mais la
lettre I , que les Sculpteurs ne gravent
pas toujours droit.
Je ne puis croire qu'il y ait * Fascalia,
comme quelques- uns le prétendent ; car
ce mot barbare , et qui ne fut jamais Latin
, peut il avoir été en usage pour si
gnifier une fonction principale d'un
grand Magistrat Romain ? Concluons donc
qu'il faut lire ainsi cet endroit : In Provincia
Lugdunensi Quinquennalia fiscalia
dum exigerem. Ce mot Fiscalia , se prend
pour les Tributs qu'on paye au Souve
rain. Ambrosiaster , sur l'Epître aux Romains
: Ideo dicit tributa prastari vel qua
dicuntur fiscalia ut subjectionem præstent.Le
Scoliaste de Julianus , Antecessor , c. 72.
Quando is qui nihil possidet fiscalia dare
cogitur.Fiscalia,se prend donc pour tributa
qua fisco inferuntur et indictiones . Les Indictions
, parmi les anciens Romains , avant
Constantin , étoient imposées de 5 en 5
ans , et leur levée ou exaction s'en faisoit
* Les deux anciennes Coppies que j'ai rapportées
de Torigny , portent cependant FASCALIA . Et
aujourd'hui ce mot se lit encore bien sur le Marbre .
A l'égard de l'autre mot , on n'en voit plus aujourd'hui
que la fin sur ce Marbre , GEREM .
>
Far
MAY. 1733 . 903
par Lustre , comme le P. Noris l'a prouvé
solidement et doctement dans son
Traité des Epoques des Syro Macedoniens
, pag. 170.
·
XII. ADSEDIT ET ... IN PROVINCIAM
LVGDVNENSEM VA... ERIO FLO .. TRIB....
MIL. · • ... c. ... III. AVG . IVDICI . ARCAE
FERRAR...
Valerius Florus , dont Sollemnis est
appellé Antecesseur dans notre Inscription
, avoit été Juge de la Caisse des Armuriers
de la Province Lyonnoisse ; le
mot FERRAR. Ferrariorum se prend , nonseulement
pour un adjectif , qui se joint
à Faber , mais encore pour un substantif,
comme dans ce Passage de Julius Firmicus
Maternus , ch. vII . du 4° Liv . de son
Astrologie : Coquos ferrarios atque ex igne
velferro partes suas officiaque complentes .
e
Il y avoit deux Fabriques ou Manufactures
d'Armes dans la Province Lyonnoise
; l'une de Fléches , à Mâcon , Matisconensis
Sagittaria ; et l'autre , de Cuirasses
, à Autun , Augusto - dunensis Lori.
caria ; comme on le voit dans la Notice
de l'Empire , Section XLI. Il y avoit dans
plusieurs Villes de l'Empire Romain de
pareilles Fabriques , dont il est fait mention
dans la Notice de l'Empire , et dans
trois differens endroits de l'Histoire d'ADmien
901 MERCURE DE FRANCE
mien , Marcellin , Liv . 14. 15. 29. Il y a
au Code Théodosien , un Titre entier
qui est le 22 du x Liv. lequel ne traitte
que de ces Manufactures et des Ouvriers
qui y travailloient , de Fabricantibus . On
voit dans la seconde Loy , que les Sujets
de l'Empire Romain étoient obligez de
fournir le Fer que souvent ils s'acquittoient
de cette charge en Argent monnoyć
, et que les Ouvriers trompoient le
Public en employant de méchant Fer ; de
sorte que le Prince obligeoit les Taillables
de fournir le Fer en espece.
Il y avoit un grand nombre deReglemens
touchant ces Fabriques d'Armes; pour les
Ouvriers qui y travailloient , et les Tributs
qu'on levoit pour l'entretien de ces
Manufactures,dont les Juges étoient Militaires
; ainsi le Tribun de la troisiéme
Cohorte Auguste , avoit été Juge de la
Caisse des Fabriques et des Armuriers de
la Province Lyonnoise , et avoit eu notre
Sollemnis pour Assesseur.
Cette Caisse des Fabriques d'Armes
étoit différente de la Caisse Militaire des
Gaules , destinée à l'entretien et à la solde
des Troupes Romaines dans les trois Provinces
; de cette Caisse appellée Arca
Galliarum , qui étoit bien plus considérable
que celle des Fabriques, et avoit pour
Juge
ΜΑΥ 1733 905
Juge le Tribun d'une Légion , comme
on le voit par cette Inscription , rappor
tée par Gruter , pag.455.n.10 . TIB. POM
PEIO.POMPE . IVSTI . FIL. PRISCO , CADVRCO.
OMNIBVS HONORIBVS APVD SVOS FVNCTO.
TRIB. LEG. V. MACEDONICAE IVDICI.
ARCAE GALLIARVM III . PROVINC. GAL
Ces Tribuns étoient dans une grande
considération , puisqu'ils exerçoient la
Charge de Vice - Président , et en cette
qualité , commandoient quelquefois en
Chef dans les Provinces , comme Badius
Comnianus , marqué dans notre Inscription
, et que le Préfet Edinius - Julianus,
appelle dans sa Lettre , Tribunum Vice-
Prasidis agentena.
Telles sont, Monsieur, les Remarques
d'un Sçavant , que je n'ai jamais connu ,
sur l'Inscription du fameux Marbre de
Torigny , et qui me sont tombées entre
les mains depuis l'inspection de ce Marbre.
Je ne crois pas qu'elles ayent jamais
été publiées ; vous jugerez , sans doute ,
qu'elles méritent de l'être , et que l'Ins
cription méritoit aussi d'avoir un parcil
Interprete. Je suis , Monsieur , & c.
des Remarques de M... sur l'Inscription
du Marbre de Torigny.
11 1.
L
XI. LETTRE.
OGUM ORDO CIVITATIS
Viducassium libenter dedit
dum XIII.
род
Civitas ducassium , ou Biducassium
appellée ensuite Bajocassium , est la Villa
Cij
et
I
886 MERCURE DE FRANCE
et le Diocèse de B.yeux en Normandie,*
et non pas le Village de Vieux. Prolomée
, L. VIII. assure que dans la Gaule
Lyonnoise il y a quatre Peuples situez
au Septentrion et sur l'Ocean Brittanique
ΒΙΔΟΥΚΕΞΙΩΝ Biducessii , ΟΥΝΕΛΙΩΝ
Veleni ΛΕΞΟΥΒΙΩΝ Lexovii ΚΑΛΕΤΑΙ
Caleta : Les trois derniers sont ceux de
Coutance , de . Lizieux et du Pays de
Caux. On ne peut douter que les Biducesii
ou Biducasses , comme Pline les appelle
, L. 1 V. 6. 18. ne soient ceux de
Bayeux , ce qui est confirmé par l'Inscription
de ce Marbre trouvé dans le
Diocèse de Bayeux . Cent ans ou environ
après que notre Inscription eut été gravée
, les noms de plusieurs Villes commençant
à s'alterer , on changea ce mot
de Biducasses en Bajocasses , comme on
le voit par ces Vers d'Ausonne.
Tu Bajocassis Stirpe Druïdarum satus ;
Beleni sacratum ducis è Templo genus,
De Bajocasses on fit Bajoca , comme on
le voit dans la Notice de l'Empire , Sect .
** L'Auteur des Remarques décide ici une chose
qui étoit du moins incertaine avant les Découvertes
qui ont été faites à Vieux. Voyez là- dessus la
Description des Monumens qui y ont été trouvez, et
les Remarques faites sur ces Monumens , dans le
Mercure d'avril 17329
LXV.
MA Y. 1733- 887
LXV. Præfectus Latorum , Batavorum ,
et Gentilium Suevorum ; Bajocas à Bayeux
et Constantias Lugdunensis II. à Coutances
. Ainsi on disoit en ce temps- là Trecas
pour Trecasses , Drocas pour Durocasses
, & c .
Dans toutes les anciennes Notices on
voit au nombre des sept Citez de la seconde
Lyonnoise , Civitas Bajocassium.
Gregoire de Tours nomme ces Peuples.
Viducasses Bejocassins , au 27. Chap. du
5 L. de son Histoire , et Fredegaire , en
corrompant ce mot , appelle les mêmes
Peuples Bagassins , au Chap. 80. de sa
Chronique. Charlemagne nomme le Pays.
Bessin Bajocassinus Pagus , dans ses Capitulaires
, et Charles le Chauve dans les
siens , appelle le même Pays Bagisinus
Pagus. Oderic Vital , L. V. dit qu'il y
a six Villes Episcopales sujettes à Rouen,
Rothomago sex urbes subjacent, Bellocassium
( emend. Bedocassium vel Biducassium ) id
est Bajocas. A quoi il faut ajoûter en faveur
de la Ville de Bayeux , que son Siege
Episcopal est le premier et le plus
ancien de tous ceux de la Province de
Rouen , et que l'Evêque a la préséance
au dessus de tous les Evêques Comprovir
ciaux , ce qui démontre la grande
antiquité de cette Ville.
Cv M.
888 MERCURE DE FRANCE
M. Vallois , dans la Notice des Gaules ,
veut que Bayeux ait été appellé Argenus
par Prolomée , L II. C. 8. en ces termes,
ΒΙΛΟΥΚΕΣΙΟΙ ΩΝ ΠΟΛΙΣ ΑΡΓΕΝΘΥΣ
Mais ces mots wraλis , ne se voyent pas
dans les Editions Grecques de Ptolomée
l'ancien Traducteur Latin veut au contraire
qu'Argenus soit une Riviere , Ar
genis fluvii estia. M. Valois prétend
outre cela , qu'un lieu appellé dans la
Carte de Peutinger , Aragenus , soir cette
Vill d'Agenus , ce qui est fort incertain.
Quoiqu'il en soit , on ne doit point
douter que Bidugasses , Biducasses , Butucasses
, Bajocasses , Bajoca , Bayeux , no
soient une même Ville , Ch . f. d'un Dio
cèse et des Pouples du Bessin.
IV. AMICUs Benemerentis Claudii Paus
lini Legui Casaris Augusti Proprætore Prom
vincie Lugdunensis fuit..
La Province Lyonnoise étoit Imperiale
et gouvernée par un Lieutenant de l'Em
pereur ; cet Officier étoit Civil er Mili❤
taire, on l'appelloit Popreteur , parce qu'il
avoit les mê nes droits , les mêmes hon-
✦ Sion peut donner quelque chose à la conjecture,
fandéo sur la ressemblance des Noms , le Village
Argence ä lieues de Caën , sur le chemin de
Lizieux , pourroit bien être un reste de cette ancien
neVilles
4.
neurs
1 889 MAY. 1733.
meurs et le même nombre de Faisceaux ,
que les Preteurs de la Ville de Rome.
Amicus Paulini , Sennius Sollemnis avoiɛ
fendu un grand service à Paulin , en s'op
posant à ceux qui vouloient dans l'Æsemblée
generale des Provinces , accuser
ce Gouverneur d'injustice , comme AEdinus
Julianus , successeur de Paulin au
Gouvernement de la Lyonnoise , le témoigne
dans sa Lettre au Tribun Comnianus
, Vice- Président de la même Province.
Cette Epitre est gravée sur l'un des
côtez du Marbre de Torigny.
L'Inscription du devant du même Piédestal
parle de cette Lettre en ces termes
Cui Semp R Arectus FVIT SICVT EPIST A ... ...
AE AD NOS SCRIPTA EST DECLARATVR.
CVI (Paulino ) POSTEA ( Britan ) LEG.
AVG. PENESEVM AD LEGIONEM SEXTAM
ADSEDIT. Il faut necessairement ajoûter
les Lettres BRIT. sans quoi cette Phrase
n'auroit point de sens et cette Addi
tion est confirmée par ces paroles gravées
sur l'autre côté du Marbre du Piedestal.
Exemplum Epistula Claudii Paulini Legati
Augusti Propretore Provincia Britannië
ad Sennium Sollemnem. Paulin, après avoir
gouverné la Lyonnoise en qualité de
Lieutenant de l'Empereur et de Prope
teur ,fut envoyé dans la grande Breta
Cvj gne
890 MERCURE DE FRANCE
gne ; et Sennius Sollemnis fut un des As
sesseurs de Paulin , qui commandoit la
VI. Legion , comme Lieutenant General
dans la Province ; car cette Legion
avoit son Quartier dans la Grande Bretagne
et dans la Ville d'Yo ck , comme
Prolomée le marque , L. II. C. 3 .
Ces Légions étoient tellement attachées
aux Provinces où on les avoit placées ,
que les Gouvernemens ont pris quelquefois
les noms des Legions qui y étoient
en garnison . Tertulien dans le IV. Chap
du Livre à Soupulus , appellé le Président
de Numidic Prases Legionis ; car Caligula ,
pour affoiblir l'autorité du Proconsub
d'Affrique , donna à un autre Officier le
Gouvernement des Numides avec les
Troupes ou la Légion . Provincia divisa
exercitus alteri et Numidas mandavit , atque
bolie etiam fit , dit Dion , p. 656.
c'est pourquoi Ptolomée attribue la troisiéme
Légion Auguste à la Numidie.
V. ] CVIO OB SALARIVM MILITIAE IN
AVRO. Le Graveur a omis ici quelques
mots qu'il faut suppléer par l'Epitre à
Paulin , où on lit. Milit.a salarium , Deserteriis
viginti quinque nummos ,. in auro..
* L'omission du Graveur saute aux yeux. On ne
peut mieux la réparer quepar l'autre partie de l'Ins
ription , comme fait l'Auteur des Remarques.
VI
MAY. 17337
VI. ] ALTAQ MVNERA LONGE PLVRIS
MISSA. Paulin , dans sa Lettre à Sollemnis
, specifie les Présens Munera , Chlamydem
Carbasinam , Dalmaticam Laodicenam
, Fibulam auream cum gemmis.
Virgile , L. XI. de l'Eneïde , parle ainsi
de ces Chlamydes Carbassina , attachées
avec des crochets d'or.
... Croceam Chlamydemque sinusque crepantes
Carbascos fuluo in nodum collegerat auro
Et Lucain parle aussi de ces vétemens
dans sa Pharsale , L. 3 .
Fluxa coloratis astringuntur Carbasa gemmis.
Le mot Dalmatica signifie une manie
re de vêtement venue de Dalmatie . Capitolin
, dans la Vie de Pertinax , Ch. 8.
dit qu'on tenoit parmi les Meubles de
Commode , Tunicas , Penulasque , Lacernas
et Chiri lotas , Dalmatarum. Lampide
dans la Vie de Commode , Chap . 8 dit
de ce Prince que Dalmaticatus in Publico
processit , ce qui passoit alors pour une
chose infam . Les gens graves et medestes
ne paroissant jamais avec des Dalmatiques.
Et le même Historien assure ,
Chap 24. de la Vie d Heliogabale , que
cet Enrpereur avoit souvent paru Bal
maticatus in foro post Coenam. S. Isidore ,
Chap .
892 MERCURE DE FRANCE
Chap. 22. du 19. L. de ses Origines , témoigne
que Dalmatica Vestis primum in
Dalmatia texta est. Mais quoique l'invention
de ces sortes de vêtemens soit venue
de Dalmatie , et qu'ils ayent pris le
nom de cette Province , neanmoins la
mode s'étant introduite dans tout l'Empire
Romain de porter des Dalmatiques,
on en établit des Manufactures en divers
Lieux ; on estimoit le plus celles qu'on
faisoit à Arras et à Laodicée , suivant les
paroles de S. Jérôme , L. 2. contre Jovinien
, T. 2. Cod . 106 , Edit . de Nivelle.
Atrebatum ac Laodicea indumentis ornatus
incedis. Et peut être que les Dalmatiques
de Laodicée
étoient de plus grand prix
que toutes les autres , parce que les Laines
de cette Ville étoient meilleures
, com
me Pline nous l'apprend
, L. VII . Ch. 48 .
VII. Il est fort difficile de trouver ce
que signifie ToSSIAM Brittanicam . Si cę
mot est venu de la Grand - Bretagne , aussi
bien que ce qu'il signific . Lorsque les Ro
mains empruntoient quelque chose des
Etrangers , ils conservoient les noms Barbares
qu'ils introduisoient dans la Langue
Latine , où nous trouvons beaucoup de
mots Gaulois et Bretons. Nous avons pour
ce qui concerne les Habits Bracha, espece
d'Habit , décrite par Diodore de Sicile ,
Laina
MAY. #733. 89.3
Laina , maniere de Saïe dont parle Strabon
,Bardo- cucullum, Manteau des Bardes,
Poëtes Gaulois , dont Martial fait mention.
Le mot Cucullum est venu du Gaulois
ou du Breton Cucull. C'est pourquoi
Juvenal , dans sa huitiéme Satire appelle
ces Cuenlles Saintongeois.
Tempora Santonios velas adòperta Cuculla.
Caracalla , Habit Gaulois , qu'Antonim
fils de Sévere , donna au Peuple Romain .
Glascum , Herbe dont on se servoit pour
teindre en bleu. Cependant j'ose douter
que ce mot ToSSIAM , soit de l'ancienne:
Langue Bretonne , et je conjecture qu'il
est Latin.
Il faut remarquer que les Lettres de
cette Inscription , effacées en plusieurs
endroits , sont quelquefois entrelassées *
les unes dans les autres , et qu'il y en a
par consequent de fort petites qui ont pû
disparotire aisément. Ce mot TOSSIAM ,
doit être ainsi rétabli TROSSVLAM . Cette
maniere de vêtement que les Latins ap-
"
*On pourra voir cet entrelassement des Lettres ,
c. dans la Gravure qu'on se propose de donner
de toute l'Inscription . Mais toujours on peut comp
ter que nous avons lû TOSSIAM sur le Marbre at
que ce mot a été lû de même avant nous dans les
deux ou trois copies quej'ai rapportées de Torigny...
pelloient
194 MERCURE DE FRANCE
pelloient Trossulam ou Trabeam Trossu
lam , et les Grecs Epeseda étoit tissuë de
Laine de couleur de Pourpre , mêlée
d'autre Laine teinte en écarlate. Cette
Trossula n'étoit pas differente de la Saïe
Punique , et on y mêloit de l'Ecarlatte
parce que les Anciens combattoient vétus
de rouge , afin que le sang qui couloit- des
playes ne parût pas.
VIII PELLEM VETULI MARINI SEMESTRIS
La Peau de Veau Marin est couverte
de poil cendré. C'étoit alors un rare
présent qu'une Peau de Veau Marin ,
animal tès- difficile à tuer , comme dit
Pline , L. IX. Chap. 13 Cet Auteur dans
le même lieu attribuë aux Peaux de Veaux
Marins une proprieté bien singuliere en
ces termes Pelles eorum etiam detractas corpori
sensum æquorum retinere tradunt , semperque
astu maris recedente inhorescere
et au L II. Chap. 55. il nous fait connoître
pourquoi les Anciens estimoient
tant les Peaux de Veau Marin ; c'est , qu'ils
croyoient qu'elles garantissoient de la
Foudre N inquan Fulmen , & c . Suetone,
* Notre Auteur a sans doute , cité ce Passage
de Pline de memoire ; voici comment il faut le rétablir.
Ideo Pavi di altiores specus tutissimos putant
: aut tabernacula è pellibus belluarum quas
vitulos appellant , quoniam hoc solum aniinal
Marinis , Fulmen , non percutiate
,
MA Y.. 1733. 895
L. 2. Chap. 90. rapporte qu'Auguste craignoit
fort le Tonnerre , et qu'il portoie
par tout une Peau de Veau Marin pour
se garantir de la Foudre , Ut semper, et
ubique , &c. Spatien dit que Septime-
Severe avoit la même foiblesse , et qu'il
fit couvrir sa Littiere de Praux de Veaux
Marins. Plutarque dans ses Symposiaques ,
L. 4. Q. 2. nous apprend que les Pilotes
pour préserver du Tonnerre leurs Vaisseaux,
couvroient de Peaux de Veaux Marins
et d'Hyenes, l'extrémité des Voiles ;
il parle encore de cette vertu des Peaux
de Veaux Marins au L.5.du même Ouvra
ge , Chap. 3 .
SEMESTRIS Le Veau Marin croît en fort
peu de temps , il y en a une certaine espece
dans les Mers du Nord , que les
Russes et les Anglois appellent Morfh ,
et les Flamans Walrusses qui deviennent
plus gros que les plus grands Boeufs , et
à deux ou trois mois ils sont aussi grands
que des Dogues d'Angleterre .
IX. [ … .. VI ... R ... O ... Genvs
V ...
SPECTACVLORVM . PINICIA DIA.
Ceux qui ont vû les premiers cette
Inscription , ont lû ainsi cet Endroit . Cu
jus cura omnegenus spectaculorum atqueTaurinicia
Diana. Mais il y a lieu de douter
de ce mot Taurinicia , qu'on ne trouve
nulle
896 MERCURE DE FRANCE
nulle
part ; outre que la copie de M. Pe
titte nous prouve que ces trois Lettres
TAV, ne se lisent point dans l'Inscription
où on ne voit que RINICIA , Taurinicia
ne se peut lire suivant l'Analogie Grammaticale
, il faudroit Tauronicia
, comme
Tauropolia , Fête des Lacédémoniens Tau
rocathapsia , qui étoient des Jeux des
Thessaliens ; enfin , comme Taurobotus ,
Taurobolia , Taurophagus , Taurophagia
s
et d'ailleurs on n'honoroit
pas
Diane par
des Combats de Taureaux , mais par des
Chasses de Cerfs ou d autres Bêtes sau
vages ; car Diane étoit surnommée EAA-
ΦΗΒΟΛΟΣ , et la grande Fere qui lui
étoit dédiée dans la Grece , TA EAAOHBO
AIA , d'où vient le mot Elaphebolion
, on
écrivoit ce mot par HAADHBOAION
, aų
lieu d'EAADOBOAION
, comme EAAQOBỌAIA
et EAAQBOAOX
, selon l'usage
des Poëtes qui changeoient l'O en H ,
pour avoir une sillabe longue et faire un
Dactile ΕΤΡΕΨΑΝΤΟΙΑ
, ασμακρείον
,
Siasurlénian , Baxλçań , dit. Eustathe
* M. Petitte , Chanoine et Official de Bayeux,
avoit pas manqué , sans doute, de copier cette
Inscription , et de la mieux copier qu'un autre. Il
a travaillé toute sa vie à l'Histoire Civile et Ecclesiastique
de Bayeux. Voyez là-dessus le Mercure
Octobre 1732. p. 21380
Sur
MAY. 1733. 897
sur le V. L. de l'Iliade , T. I. p. 521 .
Edit. de Rome. Ainsi je doute qu'il y ait
dans l'Inscription la lettre R bien formée
, et je crois qu'il faut lire EPINICIA
DIA. Epinicia , qui sont les prix de ceux
qui ont vaincu aux Jeux ; et Sollemnis
qui avoit donné les Spectacles, avoit aus
si donné les Prix , Epinicia.
X. ERAT SENNIUS ME ... CUR . MART...
ATQ... DIAN... P. Sacerd.
Edinius Julianus , dans sa Lettre à
Commianus parle de Sollemnis en ces
termes : Sollemnem istum oriundum ex civitate
viduc. Sacerdos. Mercure , Mars ,
et Diane étoient dans les Gaules les princlpaux
Dieux dont notre Sollemnis étoit
premier Prêtre ; aussi la Ville de Bayeux
étoit celebre à cause de ses Druides,dont
les Races étoient très- nobles et tres- anciennes
; c'est ce que prouvent les Vers
d'Ausonne , que j'ai déja citez . Cette Illustre
famille des Druides de Bayeux des
cendoit des Prêtres d'Apollon , appellé
Bellenus par les Gaulois , et par ceux d'Aquilée
; comme le démontrent diverses
Inscriptions , rapportées par Gruter. Ausonne
, dans ses Poësies sur les Professeurs
de Bordeaux , louc un Rheteur ;
nommé Attius , Patera , Pater , auquel ses
rapportent les deux Vers qu'on a vûs
plus
858 MERCURE DE FRANCE
plus haut ; et il est à propos de rappor
ter icy ce témoignage d'Ausonne tout
entier.
Tu Bajocassis ( vel Bagocessi ) stirpe Druidarumza
satus ,
Si fama non fallit fidem ,
Beleni sacratum ducis è templo genus &
Et inde vobis nomina ,
Tibi Patera sic Ministros nuncupant »
Apollinaris Mystici ,
Fratri Patrique nomen à Phoebodatum
Natoque de Delphis tue.
Ausonne lote encore un autre Professeur
de Bordeaux , qui descendoit des
Druides , et avoit été Sacristain du Teme
ple de Belenus .
Nec reticebo senem
Nomine Phabitium , qui Beleni adituus ,
Nil opis inde tulit , sed tamen ut placitum ,
Stirpe satus Druidum gentis Aremorica ,
Burdigala Cathedram nati opera obtinuit .
XI. ... FUIT CLIENS PROBATISSIMUS
AEDINI IVLIANI ... LEG. AUG. PROV . LVGDVNEN...
CVI . SEMPER . AF. TVS FVIT. Sicut
Epistula que ad nos scripta fuit decla
ratur.
Julianus , dans sa Lettre dit , qu'ik
com
MAY. 1733 . 899
commença à aimer Sollemnis propter sectam
, à cause de sa Profession de Prêtre et
de Druide, et propter gravitatem et honestos
mores.
Lorsque Julianus écrivoit cette Lettre
au Tribun Commianus , il étoit alors
Préfet du Prétoire , comme ces mots de
l'Inscription le démontrent : Exemplum
Epistula Alinii Jul... Præfecti Prato.
Nous ne pouvons placer le temps de la
Préfecture de ce Julianus après l'an 238 ,
à cause du Consulat de Pius et de Proculus
, marqué dans l'Inscription, Il ne
seroit pas raisonnable aussi de reculer le
temps de la Préfecture d'Edinius plus .
loin que le temps de Caracalla ; on sçait
que les deux Préfets de cet Empereur
étoient Adventus et Macrin, Le dernier
après avoir fait assassiner son Maître , lui
succeda à l'Empire , et créa deux Préfets
du Prétoire , Appius Julianus et Julianus
Nestor, comme Dion , qui fleurissoir pour
lors , nous l'apprend dans lesFragmens du
liv . 78, pag.895.Notre Adinius ne peut
être ni l'un ni l'autre de ces deux Juliens ;
car VlpiusJulianus fut massacré par les
Soldats révoltez contre Macrin , en faveur
d'Héliogabale . Macrin désigna aussi-
tôt Basilianus , alors Préfet d'Egypte,
pour successeur d'Appius , comme Dion
nous
900 MERCURE DE FRANCE
nous l'apprend encore au même liv . 73.
pag. 903 .
Ce Basilianus , après la mort de Ma
crin , ayant erré quelque temps , fut
égorgé à Nicomédie , selon Dion, p.904.
Héliogabale , après sa Victoire , fit mou
tir le Préfet Nestor , avec Fabius Agrippin
, Gouverneur de Syrie , comme Dion
le rapporte , liv . 79. pag. 907. Le même
Empereur créa Préfet du Prétoire , Euty.
chianus Comazon ; Dion , liv . 79. p.908.
Après Comazon , il y eut deux Préfets
qui furent tuez , avec Heliogabale , page
916. et ils s'appelloient Flavianus et
Chrestus. Ce fut Ulpien , favori d'Alexandre
, qui les fit mourir , et leur succeda
, le nouvel Empereur lui ayant donné
la Charge de Préfet , selon Dion , livre
So. pag. 917. Ulpien fut massacré
les Soldats , vers l'an 227. pendant que
Dion gouvernoit la Pannonie , ainsi qu'il
le raconte , liv. 80. pag. 917. Les Historiens
ne nomment point le successeur
d'Ulpien ; d'ailleurs nous sçavons que
sous Maximin , Vitalien étoit le Préfet
du Prétoire , qui résidoit à Rome , où il
fut tué par l'ordre du Sénat , l'an 237.
comme nous l'apprenons d'Hérodien
ou de Capitolin.
Edinius Julianus résidoit à Rome
par
comme
MAY. 1733. 901
comme il le témoigne dans sa Lettre. Is
( sollemnis ) certus honoris mei erga eum ad
videndum me in Urbem venit : proficiscens
petiit, ut eum ad te commendarem. Je ne vois
donc point de place pour la Préfecture
d'Elinius Julianus , que depuis la mort
d'Ulpien , jusqu'à celle d'Alexandre Se
vere , il n'y avoit qu'un Empereur au
temps que Paulin écrivit la Lettre , gravée
sur le Marbre de Torigny . Ces mots : Er
MAIESTATE SANCTA IMP. le font voir.
C'est donc sous l'Empereur Alexandre-
Severe que Julien - Paulin et Sollemnis
ont exercé les Charges , dont il est fait
mention dans l'Inscription : Fuit cliens
probatissimus Edinius - Juliani legati Augusti
Provincia Lugdunensis.
Edinius Julianus avoit été Lieutenant
de l'Empereur dans la Province Lyonnoise
, comme on le voit par ces mots ,
gravez sur le devant du Piédestal ; ce
qui estconfirmé par la Lettre de Julianus,
gravée sur l'un des côtez de ce Marbre :
Claudio Paulino Decessori meo . Nous
avons déja vû que Paulin avoit eu le Gou
vernement de laLyonnoise : que veut donc
dite Edinius -Julianus , par ces mots : In
PROVINCIA LVGDVNENS. QUINQUE . FISCALI...
IGEREM? Ce dernier mot , n'est pas
Agerem, car M. Petitte dans sa copie ,tresexacte
902 MERCURE DE FRANCE
exacte , fait voir qu'il n'y a que IGEREM,
et cette figure I un peu courbe , ne marque
pas la jambe de celle d'un A , mais la
lettre I , que les Sculpteurs ne gravent
pas toujours droit.
Je ne puis croire qu'il y ait * Fascalia,
comme quelques- uns le prétendent ; car
ce mot barbare , et qui ne fut jamais Latin
, peut il avoir été en usage pour si
gnifier une fonction principale d'un
grand Magistrat Romain ? Concluons donc
qu'il faut lire ainsi cet endroit : In Provincia
Lugdunensi Quinquennalia fiscalia
dum exigerem. Ce mot Fiscalia , se prend
pour les Tributs qu'on paye au Souve
rain. Ambrosiaster , sur l'Epître aux Romains
: Ideo dicit tributa prastari vel qua
dicuntur fiscalia ut subjectionem præstent.Le
Scoliaste de Julianus , Antecessor , c. 72.
Quando is qui nihil possidet fiscalia dare
cogitur.Fiscalia,se prend donc pour tributa
qua fisco inferuntur et indictiones . Les Indictions
, parmi les anciens Romains , avant
Constantin , étoient imposées de 5 en 5
ans , et leur levée ou exaction s'en faisoit
* Les deux anciennes Coppies que j'ai rapportées
de Torigny , portent cependant FASCALIA . Et
aujourd'hui ce mot se lit encore bien sur le Marbre .
A l'égard de l'autre mot , on n'en voit plus aujourd'hui
que la fin sur ce Marbre , GEREM .
>
Far
MAY. 1733 . 903
par Lustre , comme le P. Noris l'a prouvé
solidement et doctement dans son
Traité des Epoques des Syro Macedoniens
, pag. 170.
·
XII. ADSEDIT ET ... IN PROVINCIAM
LVGDVNENSEM VA... ERIO FLO .. TRIB....
MIL. · • ... c. ... III. AVG . IVDICI . ARCAE
FERRAR...
Valerius Florus , dont Sollemnis est
appellé Antecesseur dans notre Inscription
, avoit été Juge de la Caisse des Armuriers
de la Province Lyonnoisse ; le
mot FERRAR. Ferrariorum se prend , nonseulement
pour un adjectif , qui se joint
à Faber , mais encore pour un substantif,
comme dans ce Passage de Julius Firmicus
Maternus , ch. vII . du 4° Liv . de son
Astrologie : Coquos ferrarios atque ex igne
velferro partes suas officiaque complentes .
e
Il y avoit deux Fabriques ou Manufactures
d'Armes dans la Province Lyonnoise
; l'une de Fléches , à Mâcon , Matisconensis
Sagittaria ; et l'autre , de Cuirasses
, à Autun , Augusto - dunensis Lori.
caria ; comme on le voit dans la Notice
de l'Empire , Section XLI. Il y avoit dans
plusieurs Villes de l'Empire Romain de
pareilles Fabriques , dont il est fait mention
dans la Notice de l'Empire , et dans
trois differens endroits de l'Histoire d'ADmien
901 MERCURE DE FRANCE
mien , Marcellin , Liv . 14. 15. 29. Il y a
au Code Théodosien , un Titre entier
qui est le 22 du x Liv. lequel ne traitte
que de ces Manufactures et des Ouvriers
qui y travailloient , de Fabricantibus . On
voit dans la seconde Loy , que les Sujets
de l'Empire Romain étoient obligez de
fournir le Fer que souvent ils s'acquittoient
de cette charge en Argent monnoyć
, et que les Ouvriers trompoient le
Public en employant de méchant Fer ; de
sorte que le Prince obligeoit les Taillables
de fournir le Fer en espece.
Il y avoit un grand nombre deReglemens
touchant ces Fabriques d'Armes; pour les
Ouvriers qui y travailloient , et les Tributs
qu'on levoit pour l'entretien de ces
Manufactures,dont les Juges étoient Militaires
; ainsi le Tribun de la troisiéme
Cohorte Auguste , avoit été Juge de la
Caisse des Fabriques et des Armuriers de
la Province Lyonnoise , et avoit eu notre
Sollemnis pour Assesseur.
Cette Caisse des Fabriques d'Armes
étoit différente de la Caisse Militaire des
Gaules , destinée à l'entretien et à la solde
des Troupes Romaines dans les trois Provinces
; de cette Caisse appellée Arca
Galliarum , qui étoit bien plus considérable
que celle des Fabriques, et avoit pour
Juge
ΜΑΥ 1733 905
Juge le Tribun d'une Légion , comme
on le voit par cette Inscription , rappor
tée par Gruter , pag.455.n.10 . TIB. POM
PEIO.POMPE . IVSTI . FIL. PRISCO , CADVRCO.
OMNIBVS HONORIBVS APVD SVOS FVNCTO.
TRIB. LEG. V. MACEDONICAE IVDICI.
ARCAE GALLIARVM III . PROVINC. GAL
Ces Tribuns étoient dans une grande
considération , puisqu'ils exerçoient la
Charge de Vice - Président , et en cette
qualité , commandoient quelquefois en
Chef dans les Provinces , comme Badius
Comnianus , marqué dans notre Inscription
, et que le Préfet Edinius - Julianus,
appelle dans sa Lettre , Tribunum Vice-
Prasidis agentena.
Telles sont, Monsieur, les Remarques
d'un Sçavant , que je n'ai jamais connu ,
sur l'Inscription du fameux Marbre de
Torigny , et qui me sont tombées entre
les mains depuis l'inspection de ce Marbre.
Je ne crois pas qu'elles ayent jamais
été publiées ; vous jugerez , sans doute ,
qu'elles méritent de l'être , et que l'Ins
cription méritoit aussi d'avoir un parcil
Interprete. Je suis , Monsieur , & c.
Fermer
Résumé : VOYAGE de Basse Normandie. Suite des Remarques de M... sur l'Inscription du Marbre de Torigny. XI. LETTRE.
Le texte traite de l'inscription du marbre de Torigny et des remarques de M... sur l'histoire de la ville de Bayeux et de ses environs. Bayeux, anciennement connue sous les noms de Civitas ducassium ou Biducassium, puis Bajocassium, correspond à la ville actuelle de Bayeux et à son diocèse en Normandie. Ptolémée et Pline confirment la localisation des Biducasses à Bayeux. Vers l'an 886, les noms des villes commencèrent à s'altérer, et Biducasses devint Bajocasses, comme le montrent les vers d'Ausone. Le texte mentionne diverses sources historiques, telles que Grégoire de Tours, Fredegaire, Charlemagne, et Charles le Chauve, qui nomment les peuples de la région comme Viducasses, Bejocassins, ou Bagassins. Bayeux est décrit comme ayant le siège épiscopal le plus ancien et le plus prestigieux de la province de Rouen. L'inscription du marbre de Torigny parle de Paulin, lieutenant de l'empereur et gouverneur de la province lyonnaise, qui fut ensuite envoyé en Grande-Bretagne. Sennius Sollemnis, un de ses assistants, est également mentionné. L'inscription détaille les présents offerts par Paulin, incluant des vêtements précieux comme la chlamyde carbassine, la dalmatique laodicéenne, et une fibule en or avec des gemmes. Le texte discute également de la signification de certains mots et expressions dans l'inscription, comme Trossulam, une étoffe de laine teinte en pourpre et écarlate, et la peau de veau marin, un présent rare et précieux. Il aborde aussi la difficulté de déchiffrer certaines parties de l'inscription en raison de l'effacement et de l'entrelacement des lettres. Le texte traite également de l'origine et de l'interprétation du mot 'Elaphebolion', écrit initialement 'HAADHBOAION' par les Poètes, qui modifiaient la lettre 'O' en 'H' pour des raisons métriques. Il mentionne M. Petitte, chanoine et official de Bayeux, qui a travaillé sur l'histoire civile et ecclésiastique de Bayeux. L'inscription sur le marbre de Torigny inclut la lettre 'R' et le mot 'Epinicia', qui désignent les prix des Jeux. Sollemnis, premier prêtre des dieux principaux des Gaules, est mentionné, ainsi que la famille illustre des Druides de Bayeux. Le texte explore la lettre d'Edinius Julianus à Commianus, où Julianus parle de Sollemnis et de sa profession de prêtre et de druide. Julianus était Préfet du Prétoire sous l'empereur Alexandre Sévère, comme le montrent les inscriptions et les événements historiques. Le texte détaille les préfets du Prétoire et les empereurs romains de l'époque, précisant que Julianus a résidé à Rome et a exercé des charges dans la province lyonnaise. Il aborde également les tributs fiscaux et les indictions, imposées tous les cinq ans. Valerius Florus, juge de la caisse des armuriers de la province lyonnaise, est mentionné comme successeur de Sollemnis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2426
p. 907-915
RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
Début :
Les termes d'Invention et de Sentiment expriment avec exactitude ce [...]
Mots clefs :
Sentiment, Invention , Esprit, Coeur, Imagination, Sentiments, Ouvrages d'esprit, Question
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
REFLEXIONS sur les termes
d'Invention et de sentiment , par rapport
aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de
réponse à la Question proposée sur ce
sujet , dans le Mercure de Janvier
1733.
LE
Es termes d'Invention et de Sentiment
expriment avec exactitude ce
qu'il y a de plus beau , de plus fin , de
plus délicat dans les Ouvrages d'esprit.
Le Nouveau qui plaît , et le Sensible qui
touche ; deux parties essentielles qui en
font tout le mérite et toute la perfection
.
En effet , un Ouvrage d'efprit n'est
estimable qu'autant qu'il flatte agréablement
l'imagination , qu'il a quelque choses
qui frappe , qui réveille , qui saisit
par sa nouveauté ; soit dans le choix du
sujet , soit dans l'ordonnance des parties,
ou dans la vivacité des pensées , la finesse
du tour , le feu et la surprenante
variété des expressions , c'est alors qu'il
D iij plaît
908 MERCURE DE FRANCE
plaît ; et voilà ce qu'on entend par l'Invention.
Il charme encore plus ; si outre l'Agréable
et le Nouveau , il touche par des
Images sensibles ; s'il peint naïvement
les passions , s'il s'insinuë adroitement
dans le coeur , et donne le mouvement
à ses ressorts secrets , avec tant de délicatesse
, de légéreté et de force en mêmetemps
, que personne ne puisse s'en deffendre
, et que chacun à la simple lecture
, se sente interieurement ému , ébranlé
, emporté par une douce violence C'est
ce qui s'appelle Sentiment , dans un Ouvrage
d'esprit.
L'Invention est distinguée du Sentiment
, en ce que l'une s'arrête à l'esprit
et à l'imagination , et que l'autre va droit
au coeur. L'Invention pourra convaincre,
mais il n'appartient qu'au Sentiment de
persuader , parce que pour persuader , il
faut emporter.le coeur , au lieu que pour
convaincre , il suffit d'éclaires P'efprit et
de lui plaire. Une personne sera forcée de
se rendre à l'évidence , mais il faut que le
sentiment la détermine à suivre volontiers
ses lumieres. L'Invention éblouit
par son brillant, le Sentiment échauffe et
anime par un feu d'autant plus vif qu'il
est plus couvert , et qu'on s'en donne
moins
MAY. 1733. 909
moins de garde . L'Invention ne montre
que des fleurs qui ont leur agrément , le
Sentiment produit des fruits que l'on
goûte avec délices.
>
Delà il est aisé de juger combien le
Sentiment l'emporte sur l'Invention .Celleci
quand elle est toute seule , a toujours ,
malgré ses charmes , quelque chose de
froid , de sec , d'insiple ; au lieu que
celui - la répand dans le fond de l'homme
une onction dont la douceur le ravit ,
l'anime , et se fait mieux sentir , qu'on ne
la peut exprimer.
Quand donc on dit qu'il y a de l'Invention
dans un Traité , dans un Discours
, dans un Poëme, c'est-à- dire, qu'il y
a du nouveau et du beau , soit dans le
choix de la matiere , soit dans l'arrangement
et la fécondité des preuves , soit
dans le tour et la vivacité des figures e
des expressions ; qu'on y admire des traits
brillans , d'heureuses saillies , en un mot,
tout ce qui peut flitter l'esprit et charmer
l'imagination.
Au contraire , un Ouvrage sans Invention
, n'a rien qui picque la curiosité et
qui attire l'attention ; rien que de commun
et de trivial. Un Discours , ou un
Poëme peut être régulier dans toutes ses
parties , châtié , exact , avoir même quel
Dij ques
910 MERCURE DE FRANCE
ques ornemens , sans qu'on y trouve de
Invention , lorsqu'il n'est pas assaisonné
d'un certain sel qui le releveroit , lorsqu'il
n'a pas cet air de nouveauté qui
plaît , lors qu'il n'enchérit pas sur ce
qu'on a pû voir ailleurs dans le même
genre.
Il ne faut pas cependant confondre
l'Invention avec l'affectation , toujours
déplaisante , sur tout dans un Ouvrage
d'esprit. L'Art y doit être tellement couvert
et si -bien ajusté , qu'il imite le plus
beau naturel, qu'il se fasse chercher avant
que d'être apperçu , et qu'il ne se montre
qu'autant qu'il faut pour se faire estimer.
Ainsi l'Invention telle que l'on doit l'entendre
icy , ne consiste pas dans les pointes
, dans les jeux de mots, dans certaines
petites fleurs qui n'ont qu'un faux éclat ,
ni dans une élevation à perte de vûë . Il
faut de vraies beautés , capables de satisfaire
l'Esprit , encore plus que de l'amuser
et le divertir.
Ces beautés de l'Invention qui contentent
l'Esprit , veulent être soutenuës
et animées par le Sentiment qui pénétre
le coeur. Il y a du Sentiment dans un
Ouvrage d'Efprit , lorsqu'il fait en nous
certaines impressions ausquelles on ne
peut se refuser , qu'il emporte la persuasion
,
MA Y. 1733 . 911
sion , et qu'il produit des mouvemens intérieurs
conformes à ceux qu'il represente
, ou qui en sont les effets naturels , de
sorte qu'on se sent touché , émû , attendri
, sans sçavoir comment , ni pouvoir
rendre raison de ce qui se passe dans le
coeur.
>
Ce terme de Sentiment parmi le beau
Monde , se prend encore dans une signi
fication plus étroite , pour la tendresse
que des personnes qui s'aiment expriment
mutuellement dans leurs Ecrits, ou
qui regne dans les Pieces composées exprès
pour l'exciter , mais je m'en tiens à
la signification generale qui renferme
celle cy.
Abondance de Sentiment ne gâte ja
mais un Ouvrage ; au contraire , le trop
d'Invention ou d'Esprit est un deffaut
sur tout dans les sujets passionnez , parce
qu'il n'y a rien qui garde moins d'ordre ,
de mesures , qui s'étudie moins que les
passions un peu violentes. Quide, dit- on ,
est trop ingénieux dans la douleur , il fait
voir de l'Esprit , quand vous n'attendez que
du Sentiment. On remarque dans de trèshabiles
Orateurs , comme dans l'Illustre
M. Fléchier , cet excès d'Invention ou
d'Esprit , des tours un peu trop recherchez
, des figures qui reviennent trop
Dv SOU
9t2 MERCURE DE FRANCE
Souvent, ou qui sont poussées au delà des
bornes . Mais on ne se plaindra jamais de
trouver dans un Auteur trop de Sentimens
, chacun en est insatiable . Plus une
Piéce est animée , touchante, pathétique ,
et plus on la dévore avec avidité.
·Dans une Lettre , dit une personne bien
capable d'en juger , il faut plus de Sentiment
que d'Esprit . En effet , le Sentiment
consiste dans une expression simple et
naturelle , mais en même- temps , noble ,
vive , pénétrante , qui ne donne à l'Espit
qu'autant qu'il faut pour gagner le
coeur , et c'est justement ce qui forme le
style de Lettre ..
Les compositions qui demandent da
sublime , veulent aussi plus d'Invention ;
mais elle doit être tellement ménagée ,
qu'elle n'étouff : pas le sentiment. Il faut
moins , il est vrai de celui cy dans
certains sujets où l'on se propose plus de
plaire et de divertir, que de toucher mais
len fur toujours , et on ne sçauroit jamais.
risquer d'en mettre autant que le
sujet en peut porter. Je ne pense pas
que dans une Piéce , de quelque étendue,
on doive ja nais s'arrêter à l'Esprit , sans
aller au coeur , il est même fort difficile
de plaire qu'on ne s'y insinue par quelque
endroit
L'InvenMAY.
1733. 913
L'Invention et le Sentiment se trouvent
admirablement unis et maniez avec
une adresse incomparable dans l'Enéïde ,
sur tout dans le second Livre , qui represente
les furieux transports de Didon ..
L'Esprit y brille sans affectation , et les
Sentimens y sont copiez d'après nature ;
il semble qu'on voit sous ses yeux le
Spectacle de cette Reine désesperée , au
départ du Héros qu'une genereuse résolution
éloigne à jamais de sa personne .
Il semble qu'on entend ses tendres reproches
, qu'on la voit monter sur le Bucher
, er s'enfoncer le Poignard dans le
sein ; on admire Enée , on plaint Didon ;
PEsprit est charmé , le coeur s'interesse ;:
différentes affections se succedent ; c'est
une espece de ravissement qu'on éprou
ve , à moins que d'être stupide et insensible..
L'Ectiture Sainte dans sa noble simplicité
, montre quelquefois de l'Invention
; on y trouve des figures , des couleurs
, des traits aussi frappans , qu'on en
puisse désirer. Peut- on rien de plus vif
et de plus brillant , par exemple , que la
Description du Cheval , dans le 39 ch ..
de Jobs Il y a certainement de quoi satis
faire l'esprit et l'imagination ..
Mais ces. Livres divins sont sur tout
D.vj
admi
914 MERCURE DE FRANCE
admirabl s par les Sentimens ; c'est en
quoi ils excellent ; les sujets y sont touchez
d'une maniere si naturelle , si insinuante
; les caracteres y sont si justes
les Portraits si parlans , qu'on ne peut se
deffendre d'en ressentir les secretes impressions.
3
Quoi de plus sensible et de plus touchant
que l'histoire de Joseph , r connu
par ses Freres , telle que nous la voyons
décrite dans la Genese ? Toutes les cir
constances y sont amenées avec tant de
justesse et placées dans un jour si favorable
, qu'elles saisissent le coeur et tirent
presque les larmes des yeux . On sent l'embarras
, l'inquietude , les agitations des
freres ; on p´netre le trouble et les remords
d une conscience qui se reveille
dans l'adversité , et qui les force de se reprocher
un crime dont ils reconnoissent
la juste punition . On entre naturellement
dans le coeur de Joseph ; on y découvre
la droiture , la piété , la tendre affection
des freres si dénaturez . On s'imagipour
ne entendre ces paroles qui sont pour
eux , comme un coup de foudre : Je suis
Joseph que vous avez vendu en Egypte.
on diroit que les voilà abbattus , prosternez
, n'osant lever les yeux, se jugeant
des victimes destinées à la mort , pouvant
MAY. 17337
915
vant à peine se rassurer par la douceur
et la bonté de celui dont ils redoutent
la vengeance. Voilà ce que c'est que les
Sentimens dans une narration , qui paroît
toute simple et sans art.
Tel est encore le jugement de Salomon .
La nature même y parle , et c'est la nature
qui produit le sentiment , ou plutôt
qui en est la source feconde ; c'est delà
qu'il se puise , et on ne le trouve point
ailleurs ; de sorte qu'une Piéce , qu'un
Livre où il n'y auroit point de naturek,
n'auroit aussi ni goût ni sentiment.
Voilà , ce me semble , l'idée qu'on attache
communément aux termes d'Invention
et de Sentiment , lorsqu'on parle
des Ouvrages d'Esprit ; c'est l'usage et
Fapplication qu'on voit les personnes
de mérite et éclairées en faire dans les
conversations ou dans leurs Ecrits.
S. L. SIMONNET , Prieur ,
Curé d'Heurgevilly.
Ce 21 Mars 1733 .
d'Invention et de sentiment , par rapport
aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de
réponse à la Question proposée sur ce
sujet , dans le Mercure de Janvier
1733.
LE
Es termes d'Invention et de Sentiment
expriment avec exactitude ce
qu'il y a de plus beau , de plus fin , de
plus délicat dans les Ouvrages d'esprit.
Le Nouveau qui plaît , et le Sensible qui
touche ; deux parties essentielles qui en
font tout le mérite et toute la perfection
.
En effet , un Ouvrage d'efprit n'est
estimable qu'autant qu'il flatte agréablement
l'imagination , qu'il a quelque choses
qui frappe , qui réveille , qui saisit
par sa nouveauté ; soit dans le choix du
sujet , soit dans l'ordonnance des parties,
ou dans la vivacité des pensées , la finesse
du tour , le feu et la surprenante
variété des expressions , c'est alors qu'il
D iij plaît
908 MERCURE DE FRANCE
plaît ; et voilà ce qu'on entend par l'Invention.
Il charme encore plus ; si outre l'Agréable
et le Nouveau , il touche par des
Images sensibles ; s'il peint naïvement
les passions , s'il s'insinuë adroitement
dans le coeur , et donne le mouvement
à ses ressorts secrets , avec tant de délicatesse
, de légéreté et de force en mêmetemps
, que personne ne puisse s'en deffendre
, et que chacun à la simple lecture
, se sente interieurement ému , ébranlé
, emporté par une douce violence C'est
ce qui s'appelle Sentiment , dans un Ouvrage
d'esprit.
L'Invention est distinguée du Sentiment
, en ce que l'une s'arrête à l'esprit
et à l'imagination , et que l'autre va droit
au coeur. L'Invention pourra convaincre,
mais il n'appartient qu'au Sentiment de
persuader , parce que pour persuader , il
faut emporter.le coeur , au lieu que pour
convaincre , il suffit d'éclaires P'efprit et
de lui plaire. Une personne sera forcée de
se rendre à l'évidence , mais il faut que le
sentiment la détermine à suivre volontiers
ses lumieres. L'Invention éblouit
par son brillant, le Sentiment échauffe et
anime par un feu d'autant plus vif qu'il
est plus couvert , et qu'on s'en donne
moins
MAY. 1733. 909
moins de garde . L'Invention ne montre
que des fleurs qui ont leur agrément , le
Sentiment produit des fruits que l'on
goûte avec délices.
>
Delà il est aisé de juger combien le
Sentiment l'emporte sur l'Invention .Celleci
quand elle est toute seule , a toujours ,
malgré ses charmes , quelque chose de
froid , de sec , d'insiple ; au lieu que
celui - la répand dans le fond de l'homme
une onction dont la douceur le ravit ,
l'anime , et se fait mieux sentir , qu'on ne
la peut exprimer.
Quand donc on dit qu'il y a de l'Invention
dans un Traité , dans un Discours
, dans un Poëme, c'est-à- dire, qu'il y
a du nouveau et du beau , soit dans le
choix de la matiere , soit dans l'arrangement
et la fécondité des preuves , soit
dans le tour et la vivacité des figures e
des expressions ; qu'on y admire des traits
brillans , d'heureuses saillies , en un mot,
tout ce qui peut flitter l'esprit et charmer
l'imagination.
Au contraire , un Ouvrage sans Invention
, n'a rien qui picque la curiosité et
qui attire l'attention ; rien que de commun
et de trivial. Un Discours , ou un
Poëme peut être régulier dans toutes ses
parties , châtié , exact , avoir même quel
Dij ques
910 MERCURE DE FRANCE
ques ornemens , sans qu'on y trouve de
Invention , lorsqu'il n'est pas assaisonné
d'un certain sel qui le releveroit , lorsqu'il
n'a pas cet air de nouveauté qui
plaît , lors qu'il n'enchérit pas sur ce
qu'on a pû voir ailleurs dans le même
genre.
Il ne faut pas cependant confondre
l'Invention avec l'affectation , toujours
déplaisante , sur tout dans un Ouvrage
d'esprit. L'Art y doit être tellement couvert
et si -bien ajusté , qu'il imite le plus
beau naturel, qu'il se fasse chercher avant
que d'être apperçu , et qu'il ne se montre
qu'autant qu'il faut pour se faire estimer.
Ainsi l'Invention telle que l'on doit l'entendre
icy , ne consiste pas dans les pointes
, dans les jeux de mots, dans certaines
petites fleurs qui n'ont qu'un faux éclat ,
ni dans une élevation à perte de vûë . Il
faut de vraies beautés , capables de satisfaire
l'Esprit , encore plus que de l'amuser
et le divertir.
Ces beautés de l'Invention qui contentent
l'Esprit , veulent être soutenuës
et animées par le Sentiment qui pénétre
le coeur. Il y a du Sentiment dans un
Ouvrage d'Efprit , lorsqu'il fait en nous
certaines impressions ausquelles on ne
peut se refuser , qu'il emporte la persuasion
,
MA Y. 1733 . 911
sion , et qu'il produit des mouvemens intérieurs
conformes à ceux qu'il represente
, ou qui en sont les effets naturels , de
sorte qu'on se sent touché , émû , attendri
, sans sçavoir comment , ni pouvoir
rendre raison de ce qui se passe dans le
coeur.
>
Ce terme de Sentiment parmi le beau
Monde , se prend encore dans une signi
fication plus étroite , pour la tendresse
que des personnes qui s'aiment expriment
mutuellement dans leurs Ecrits, ou
qui regne dans les Pieces composées exprès
pour l'exciter , mais je m'en tiens à
la signification generale qui renferme
celle cy.
Abondance de Sentiment ne gâte ja
mais un Ouvrage ; au contraire , le trop
d'Invention ou d'Esprit est un deffaut
sur tout dans les sujets passionnez , parce
qu'il n'y a rien qui garde moins d'ordre ,
de mesures , qui s'étudie moins que les
passions un peu violentes. Quide, dit- on ,
est trop ingénieux dans la douleur , il fait
voir de l'Esprit , quand vous n'attendez que
du Sentiment. On remarque dans de trèshabiles
Orateurs , comme dans l'Illustre
M. Fléchier , cet excès d'Invention ou
d'Esprit , des tours un peu trop recherchez
, des figures qui reviennent trop
Dv SOU
9t2 MERCURE DE FRANCE
Souvent, ou qui sont poussées au delà des
bornes . Mais on ne se plaindra jamais de
trouver dans un Auteur trop de Sentimens
, chacun en est insatiable . Plus une
Piéce est animée , touchante, pathétique ,
et plus on la dévore avec avidité.
·Dans une Lettre , dit une personne bien
capable d'en juger , il faut plus de Sentiment
que d'Esprit . En effet , le Sentiment
consiste dans une expression simple et
naturelle , mais en même- temps , noble ,
vive , pénétrante , qui ne donne à l'Espit
qu'autant qu'il faut pour gagner le
coeur , et c'est justement ce qui forme le
style de Lettre ..
Les compositions qui demandent da
sublime , veulent aussi plus d'Invention ;
mais elle doit être tellement ménagée ,
qu'elle n'étouff : pas le sentiment. Il faut
moins , il est vrai de celui cy dans
certains sujets où l'on se propose plus de
plaire et de divertir, que de toucher mais
len fur toujours , et on ne sçauroit jamais.
risquer d'en mettre autant que le
sujet en peut porter. Je ne pense pas
que dans une Piéce , de quelque étendue,
on doive ja nais s'arrêter à l'Esprit , sans
aller au coeur , il est même fort difficile
de plaire qu'on ne s'y insinue par quelque
endroit
L'InvenMAY.
1733. 913
L'Invention et le Sentiment se trouvent
admirablement unis et maniez avec
une adresse incomparable dans l'Enéïde ,
sur tout dans le second Livre , qui represente
les furieux transports de Didon ..
L'Esprit y brille sans affectation , et les
Sentimens y sont copiez d'après nature ;
il semble qu'on voit sous ses yeux le
Spectacle de cette Reine désesperée , au
départ du Héros qu'une genereuse résolution
éloigne à jamais de sa personne .
Il semble qu'on entend ses tendres reproches
, qu'on la voit monter sur le Bucher
, er s'enfoncer le Poignard dans le
sein ; on admire Enée , on plaint Didon ;
PEsprit est charmé , le coeur s'interesse ;:
différentes affections se succedent ; c'est
une espece de ravissement qu'on éprou
ve , à moins que d'être stupide et insensible..
L'Ectiture Sainte dans sa noble simplicité
, montre quelquefois de l'Invention
; on y trouve des figures , des couleurs
, des traits aussi frappans , qu'on en
puisse désirer. Peut- on rien de plus vif
et de plus brillant , par exemple , que la
Description du Cheval , dans le 39 ch ..
de Jobs Il y a certainement de quoi satis
faire l'esprit et l'imagination ..
Mais ces. Livres divins sont sur tout
D.vj
admi
914 MERCURE DE FRANCE
admirabl s par les Sentimens ; c'est en
quoi ils excellent ; les sujets y sont touchez
d'une maniere si naturelle , si insinuante
; les caracteres y sont si justes
les Portraits si parlans , qu'on ne peut se
deffendre d'en ressentir les secretes impressions.
3
Quoi de plus sensible et de plus touchant
que l'histoire de Joseph , r connu
par ses Freres , telle que nous la voyons
décrite dans la Genese ? Toutes les cir
constances y sont amenées avec tant de
justesse et placées dans un jour si favorable
, qu'elles saisissent le coeur et tirent
presque les larmes des yeux . On sent l'embarras
, l'inquietude , les agitations des
freres ; on p´netre le trouble et les remords
d une conscience qui se reveille
dans l'adversité , et qui les force de se reprocher
un crime dont ils reconnoissent
la juste punition . On entre naturellement
dans le coeur de Joseph ; on y découvre
la droiture , la piété , la tendre affection
des freres si dénaturez . On s'imagipour
ne entendre ces paroles qui sont pour
eux , comme un coup de foudre : Je suis
Joseph que vous avez vendu en Egypte.
on diroit que les voilà abbattus , prosternez
, n'osant lever les yeux, se jugeant
des victimes destinées à la mort , pouvant
MAY. 17337
915
vant à peine se rassurer par la douceur
et la bonté de celui dont ils redoutent
la vengeance. Voilà ce que c'est que les
Sentimens dans une narration , qui paroît
toute simple et sans art.
Tel est encore le jugement de Salomon .
La nature même y parle , et c'est la nature
qui produit le sentiment , ou plutôt
qui en est la source feconde ; c'est delà
qu'il se puise , et on ne le trouve point
ailleurs ; de sorte qu'une Piéce , qu'un
Livre où il n'y auroit point de naturek,
n'auroit aussi ni goût ni sentiment.
Voilà , ce me semble , l'idée qu'on attache
communément aux termes d'Invention
et de Sentiment , lorsqu'on parle
des Ouvrages d'Esprit ; c'est l'usage et
Fapplication qu'on voit les personnes
de mérite et éclairées en faire dans les
conversations ou dans leurs Ecrits.
S. L. SIMONNET , Prieur ,
Curé d'Heurgevilly.
Ce 21 Mars 1733 .
Fermer
Résumé : RÉFLÉXIONS sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit ; pour servir de réponse à la Question proposée sur ce sujet, dans le Mercure de Janvier 1733.
Le texte 'Réflexions sur les termes d'Invention et de sentiment, par rapport aux Ouvrages d'esprit' publié dans le Mercure de Janvier 1733 examine les concepts d'invention et de sentiment dans les œuvres littéraires. L'invention désigne un élément nouveau et agréable qui stimule l'imagination, tandis que le sentiment touche le cœur par des images sensibles et des passions représentées de manière naïve. L'invention convainc l'esprit, mais seul le sentiment persuade en emportant le cœur. Sans le sentiment, l'invention peut sembler froide et sèche, tandis que le sentiment ravive et anime profondément le lecteur. Un ouvrage sans invention manque de curiosité et d'attention, mais un excès d'invention peut être déplaisant, surtout dans les sujets passionnés. Le sentiment, en revanche, ne gâte jamais une œuvre. Le texte distingue l'invention de l'affectation, soulignant que l'art doit imiter le naturel. Les beautés de l'invention doivent être soutenues par le sentiment pour toucher le cœur. Le sentiment est particulièrement crucial dans les lettres et les compositions sublimes, bien que l'invention soit également nécessaire. L'Énéide de Virgile et l'Écriture Sainte sont cités comme exemples d'œuvres où l'invention et le sentiment sont admirablement unis. Le texte conclut en affirmant que le sentiment est essentiel pour donner du goût et de la profondeur à une œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2427
p. 917-929
LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
Début :
MONSIEUR, J'ai lû dans votre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Poètes, Musiciens, Manière, Lully, Parnasse, Auteur, Fautes, Édition, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
LETTRE de M. Titon du Tillet
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
M. de la R..
M
...
ONSIEUR ,
'ai lû dans votre Mercure du mois de
Mars , P.481.une Lettre qui m'est addressée
au sujet de l'Edition du Liv , intitule
le Parnasse François , que j'ai donnée :
Dame d'un esprit peu ordinaire.
L'année
18 MERCURE DE FRANCE
l'année derniere. Si je connoissois l'Auteur
de cette Lettre , je lui addresserois
ma réponse , et je le remercirois plus am
plement que je ne le fais icy , de la maniere
avantageuse dont il parle de cet
Ouvrage qu'il veut bien traiter d'Excellent
, et qu'il marque ne pouvoir être que
d'une extrême utilité et d'un agrément infini
à ceux qui voudront connoître le genie des
Poëtes et des Musiciens François , que mon
zele et mes travaux n'immortalisent pas
moins , que les Ouvrages qu'ils ont laissez.
Les louanges qu'on me fait l'honneur
de me donner sur mon zele, me font des
plus agréables , et je les reçois volontiers;
Personne ne pouvant en avoir davantage
pour la gloire de notre Nation et pour
celle des grands Hommes qu'elle a produits.
A l'égard des louanges qu'on me
donne sur mes travaux pour célébrer le
génie et les talens de nos. Poëtes et de nos
Musiciens , je sens que je suis encore bien
éloigné de la perfection où j'aurois souhaite
porter un pareil Ouvrage ; c'est
pourquoi je suis tres-obligé à celui qui
m' crit des Remarques ,dont il veut bien
me faire part sur quelques fautes qui ont
pû s'y glisser. Je reçois donc , avec plaisir
, ses Remarques , mais il me permettra
de lui dire que la plupart des fautes
qu'il
MA Y. 1733 .
1
919
qu'il a trouvées dans cette Edition ne me
paroissent pas réellement des fautes , où
que si elles en sont , elles ne sont pas .
bien essentielles.
Il prétend que le nom de des Iveteaux
doit commencer par un Y et non pas un
I ; cependant de Vigneul Marville 1 qui
fait un article assez étendu de des Iveteaux
, écrit ce nom par un I simple, de
même qu'il l'est dans le Dictionnaire de
Moreri . Il est vrai que Baillet , au cin .
quiéme volume des Jugemens des Sçavans ,
le met par un Y. L'Imprimeur auroit du
mettre dans mon Livre , à l'article des
Iveteaux , le premier v consonne , comme
il l'a mis à la Liste Alphabetique des
Poëtes et des Musiciens.
On doit écrire , dit l' Anonyme , Lulli ,
et non pas Lully , car c'est faire un nom
François d'un nom Italien. Je sçai bien
que les Italiens ne se servent point dans
leur Alphabet des Lettres K, X , Y ; c'est
pourquoi je ne dirai pas si Lully avoit
voulu mettre un Y à son nom , étant
dans son Païs , ou s'il l'a pris depuis qu'il
se fit naturaliser François ; mais il est certain
qu'il signoit Lully , avec un Y; c'est
ainsi qu'on peut le voir sur differens
1 Mélanges d'Histoire et de Litterature ;
tame 3.
Exem920
MERCURE DE FRANCE
Exemplaires imprimez , qui sont encore
aujourd'hui chez Ballard , paraphez de sa
propre main , de cette maniere , J. B.
Lully , &c.
Dans tous les Opéra que Lully a fait
imprimer et dans toutes les Epîtres Dédicatoires
au Roy, son nom est toujours
terminé par un Y , &c. Le nom de ce
fameux Musicien , mis au bas de son Portrait
gravé , est avec un Y. Charles Perrault
, dans ses Hommes Illustres , l'écrit
de même ; enfin la famille de Lully , qui
lui a fait élever un superbe Mausolée dans
P'Eglise des Petits Peres à Paris, a fait mettre
dans l'Inscription , son nom gravé
par un Y. Son fils et son petit - fils dans
leur fignature , mettent de même un Yà
leur nom . Il est vrai que dans le Dictionnaire
de Moreri on a écrit Lulli .
Il marque que le nom d'une illustre Chanteuse
est tout - à-fait défiguré , qu'on doit
écrire Mlle de Leufroy , et non pas Mlle le
Froid. Je répondrai que je connois cette
Demoiselle depuis plus de trente ans ,
qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire , et
qu'elle signe , le Froid , comme je l'ai
écrit. Il y a huit jours que je lui rendis
visite chez elle , ruë S.Loiiis dans l'Isle ;
elle me confirma qu'elle , ni son pere , ni
sa mere n'avoient jamais signé leur nom
autrement que le Froid.. A
MAY. 1733 . 527
A l'égard du nom du Président Nicole
qu'il croit devoir être écrit avec deux L,
comme Bayle le met dans son Dictionnaire
; je lui dirai qu'il n'est pas surprenant
que Bayle dans plus d'un million de
noms propres qu'il rapporte dans cet Ouvrage
, n'ait mis un L de plus qu'il ne
faut à ce nom ; mais que le celebre Nicole
, Auteur de plusieurs excellens Ouvrages
de Morale et de Piété, ne mettoit
qu'un Là son nom (comme on le voit dans
Moreri)et que dans les Oeuvres Poëtiques
du President Nicole, son parent, avec son
Epître Dédicatoire au Roy , imprimée
chez Charles de Sercy , Paris , 1670 &
1693. le nom de Nicole n'est écrit qu'avec
un L , de la maniere dont M. Nicole
, Lieutenant General et Président du
Présidial de Chartes , petit- fils du Poëte,
dont j'ai fait mention , signe encore son
nom aujourd'hui ,
J'ai écrit Montreul ( de même qu'il est
dans le Moreri ) en marquant qu'il faut
prononcer Montreuil celui qui me fait
part de ses Remarques dit qu'il faut écri
de Montereul , comme le marquent Pellisson
et l'Abbé d'Olivet , dans leur Histoire
de l'Académie Françoise ; pour moi
j'ai crû pouvoir faire le nom de Montreul
de deux sillabes , parce que Baillet , Mo-
•
reri
922 MERCURE DE FRANCE
.
reri, et Despréaux le font de même.com.
me on le voit dans ces Vers :
On ne voit point mes Vers , à l'envi de Mons
treuil ,
Grossir impunément les Feuillets d'un Recueil.
Montreuil , lui-même écrivoit , selon
toutes les apparences , son nom de cette
maniere ; ses Oeuvres avec son Epître
dédicatoire à M. Molé , et son Portrait
gravé au commencement , en sont des
prenves , car son nom y est par tout écrit,
Montreuil.
Voici des fautes qu'il m'objecte avec
raison . Les noms de Beüil , de Pillet , de
Pilles , sont mal écrits ; on doit mettre du
Bueil , de Pilet , de Piles ; aussi dans l'Edition
de mon Livre a t on mis quatre
ou cinq fois de Piles, et une seule fois de
Pilles. Il faut joindre aussi , comme il le
marque , les sillabes de chacun de ces
Noms, Lalande, Desmarets ; au lieu qu'on
les a séparé , la Lande , des Marets.
Je crois qu'il a raison de dire , qu'on
doit écrire Amfrye de Chaulieu, ou peutêtre
Affie , comme e l'ai mis dans le
premier Essai que j'ai donné de la Des
cription du Parnasse François , parce qu'il
est écrit de même sur les Registres mor
tuaires de l'Eglise du Temple,à Paris ; et
je
MAY. 1733 . $23
je pourrois bien avoir mal fait d'avoir
mis Auffre dans cette seconde Edition ,
sur ce que m'a assuré un célébre Académi
cien, qu'il falloit l'écrire de cette maniere ,
et comme il est imprime dans le Mercure
de Juillet 1720 .
Pour ce qui regarde quelques dattes de
la naissance , de la mort et de l'age des
Poëtes et des Musiciens dont je fait mention
, il n'est pas aisé parmi plus de trois
mille dattes , comprises celles de l'impression
de leurs Ouvrages , qu'on mette
quelquefois un chiffre pour un autre ;
mais dans huit ou dix endroits où il me
reprend sur ces dattès , qui ne sont pas
exactes , l'erreur ne va pas à quinze jours
de plus ou de moins, ou s'il va plus loin ,
comme peut être au seul article de Daniel
Huet , où l'on a marqué sa mort en
1711 , au lieu de 1741. pour lors le Leeteur
peut y suppléer facilement, et recon-
Loître l'erreur, parce qu'ayant mis à l'intitulé
de son article ; Daniel Huet , né en
1630. mort en 1711. âgé de 91 ans ; on
voit clairement qu'il faut mettre 1721 .
afin qu'il eut 91 à sa mort ; d'autant plus
que j'ai placé les Poëtes et les Musiciens
par ordie chronologique , ayant mis devant
Daniel Huet , l'Abbé de Chaulieu
M. Dacier , et Jacques Vergier , tous les
trois
24 MERCURE DE FRANCE
trois morts en 1720. cependant on a corrigé
cette faute à la main , dans la plus
grande partie des Exemplaires ; de même
que quatre ou cinq autres principales.
Santeuil est mort dans sa 68.année , au
lieu que je l'ai mis dans sa 67. et Thomas
Corneille dans sa 85. année , au lieu
qu'on l'a mis dans sa 84.
Il marque aussi d'après l'Abbé d'Oli
vet , dans son Histoire de l'Académie
Françoise , que du Ryer est mort en 1658.
et non pas en 1656. j'ai suivi cette detniere
datte d'après Ballet , Bayle et Moreri
, qui mettent la date de sa mort en
1656. on peut la vérifier sur les Regis
tres Mortuaires de la Paroisse de S. Gervais
, où il a été inhumé ; j'ai cependant
beaucoup de confiance en l'Abbé d'Olivet,
pour ce qui regarde les Académiciens
dont il a écrir la Vie , et je m'en
suis servi utilement dans cette seconde
Edition pour quelques-uns de nos Poëtes,
qui étoient de l'Académie .
J'ai omis , dit- il , les dates du temps
de la naissance de Ségrais , de Fléchier ,
de la Monnoye , de Valincour, du Pere
du Cerceau. J'ai négligé de mettre quelquefois
ces dates , parce qu'ayant mis
l'année de la mort d'une personne et celle
de son âge , on trouve aisément celle de
sa naissance.
,
MAY. • 1733.
925
Je n'ai pas oublié , comme il le marque ,
le Poëte de Lingendes , qu'il nomme Jean
au lieu de Pierre , cat Jean de Lingendes ,
parent de celui - cy , étoit un celebre Prédicateur
, qui fut nommé à l'Evêché de
Sarlat , puis à celui de Mâcon , et le
Pere de Lingendes , Jésuite , son cousin ,
aussi Prédicateur de réputation , s'appelloit
Claude. J'ai fait un article de Pierre
de Lingendes avec Montfuron , qui est
l'article LIII. pages 210. et 211. où
j'ai rapporté la maniere dont l'illustre
Mlle de Scudery , a celebré ces deux Poëtes
, au Tome 8. de son Roman de Clélie
, et que Barbin , dans son Recueil de
Poësies choisies , Tome 3. a donné des Vers
de Lingendes.
Boësset le pere , et Boësset le fils , Musiciens
, ne sont pas non plus oubliez ,
comme il le dit , j'ai marqué l'article de
Lambert ,, ppaaggee 339922.. »» qquuee de son temps.
il parut plusieurs Musiciens qui sui-
» virent ses traces , c'est- à- dire qui tra-
» vaillerent dans un goût tendre et gra-
>> cieux ; on doit mettre de ce nombre
»Boësset et le Camus , tous deux Maîtres
>> et Compositeurs de la Musique de la
» Chambre du Roy , qui s'acquirent de
» la réputation , par leurs Chansons ; on
"peut mettre aussi de ce nombre Boësset
;
}
926 MERCURE DE FRANCE
» set le fils , Mollie , Sicard , Moulinić ,
» du Buisson , &c. les Recueils de leurs
» Airs sont impriméz chez J. B. Chris-
»tophe Ballard.
A l'Article de Campistron , j'ai dit qu'il
composa par ordre du Duc de Vendôme ,
une Piece Lyrique , pour être chantée
en son Château d'Anet , où Monseigneur
le Dauphin passa quelques jours , j'aurois
bien fait de dire que cette Piece est
intitulée , Acis et Galatée , Pastorale Héroïque
, représentée en 1687. à Anet , et
la même année sur le Théatre de l'Opéra.
L'Auteur de ces Remarques auroit souhaité
que j'eusse fait mention dans l'ordre
chronologique des Poëtes et des Musiciens
de Jean Dasjac , de l'Académie
Françoise , homme connu par divers Ouvrages
en Prose Latine et Françoise , et
qui a composé aussi quelques Vers François
et Latins ; mais j'ai fait connoître
que mon dessein n'étoit pas de faire paroître
sur le Parnasse tous les François
qui se sont exercez dans la Poësie , dans
la Musique. J'ai crû même avoir trop
entrepris d'en présenter à Apollon plus
de 260. outre quatre ou cinq cens autres
dont j'ai rapporté seulement les noms,
et que j'ai dit qu'on pouvoit supposer s'y
promener
MAY. 1733 928
promener dans les Avenues riantes et
dans les Campagnes agréables qui environnent
le Parnasse , en attendant qu'Apollon
décide de leur sort. Je sçai bien
qu'il ne seroit pas difficile de mettre encore
les noms de plus de 200. autres François
qui ont donné au Public quelques petites
Poësies , et quelques Pieces de Théatre
; on trouve leurs noms entre ceux
de plusieurs autres Poëtes dont j'ai fait
mention sur le Parnasse . 1º . Au cinquiéme
volume des Jugemens des Sçavans
sur les Poëtes modernes , par Baillet . 2 ° .
Dans un Livre intitulé , Bibliotheque des
Théatres , qui vient de paroître en cette
année 1733. 3 ° . Dans les Recueils de Poësies
de Sercy , de la Fontaine , de Barbin ,
et du P. Bouhours , & c.
J'ai averti aussi au bas de la premiere
page de mon Livre , que j'avois laissé des
places en blanc,au bas de chaque Rouleau
où j'ai écrit les noms des Poëtes et des
Musiciens de notre Parnasse , et même
dans quelques autres endroits où j'ai mis
une suite d'autres noms de Personnes illustres
dans les Sciences et dans les Beaux
Arts , afin que les Partisans de quelquesunes
dont ils ne voyent point les noms ,
ayent la satisfaction de remplir eux - mêmes
ces vuides ou blancs , en y mettant
E les
928 MERCURE DE FRANCE
les noms de ces personnes ; on verra dans
mon Livre ces places que j'ai laissées en
blanc , depuis la page 35. jusqu'à la
page 45.
Si l'Auteur anonime avoit bien voulu
me communiquer ses Remarques avant
que de les faire imprimer , je crois qu'au
lieu de six pages qu'elles contiennent ,
nous aurions pû les renfermer dans une
demi page , à quoi j'aurois ajoûté une
autre demi page de quelques autres fau
tes sur lesquelles il a bien voulu me ménager;
mais il est bien difficile que dans
un volume in folio de près de 800. pages
, où l'on rapporte plus de 15oc . noms
propres , et plus de 3000. dates en chiffre,
il ne se glisse quelques fautes de l'Auteur
et encore plus de l'Imprimeur. J'a-
Joûterai cependant que je n'en ai point
trouvé de bien essentielles et auxquelles
le Lecteur éclairé ne puisse aisément suppléer.
Je vous prie , Monsieur , si vous connoissez
l'Auteur de cette Lettre , de vou
loir bien le remercier de ma part de la
maniere obligeante dont il a parlé de mon
Livre , et de lui dire que je serai charmé
de faire connoissance avec lui, et de lui
présenter un Exemplaire de cet Ouvrage
dont il témoigne que la lecture lui a fait
plaisir;
MAY. 1733.
929
plaisir ; je ne lui sçai que très - bon gré
des Remarques dont il m'a fait part ,
et je lui en serai toujours obligé , comme
je le serai à toutes les personnes d'éru
dition et de goût , qui voudront bien
m'aider de leurs avis pour perfectionner
un Ouvrage tel que celui que j'ai entrepris.
Je suis , & c .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Titon du Tillet, à M. de la R......
M. Titon du Tillet répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui loue son ouvrage 'Le Parnasse François'. Il exprime sa gratitude pour les éloges et reconnaît l'utilité de son ouvrage pour connaître les poètes et musiciens français. Il accepte les remarques sur les fautes présentes dans son livre, bien qu'il conteste certaines corrections proposées. Par exemple, il défend l'orthographe 'Lully' avec un 'Y', en citant des sources et des signatures de Lully lui-même. Il corrige également des erreurs sur les noms de personnes comme Mlle de Leufroy et le Président Nicole. Il admet quelques erreurs de dates et de noms, mais justifie certaines omissions et erreurs mineures. Il mentionne avoir laissé des espaces blancs dans son livre pour que les lecteurs puissent ajouter des noms manquants. Enfin, il regrette que les remarques n'aient pas été partagées avant l'impression pour éviter des corrections inutiles. L'auteur du texte reconnaît également la présence de fautes, tant de sa part que de celle de l'imprimeur, mais estime qu'elles ne sont pas essentielles et que le lecteur éclairé pourra les corriger facilement. Il demande à son interlocuteur de remercier l'auteur de la lettre pour ses commentaires favorables sur son livre et exprime son désir de faire sa connaissance. Il offre également de lui envoyer un exemplaire de son ouvrage. L'auteur du texte apprécie les remarques faites et se déclare prêt à les utiliser pour améliorer son œuvre. Il exprime sa gratitude envers toutes les personnes érudites et de goût qui souhaiteraient l'aider à perfectionner son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2428
p. 935-943
LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
Début :
MONSIEUR, L'éxactitude scrupuleuse que vous faites paroître dans l'Ouvrage [...]
Mots clefs :
Lyon, Lettres, Dictionnaire de Richelet, Gloire, Esprit, Avocat, Célèbre, Mémoire, Pierre Aubert, République des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
LETTRE à M. de la R. contenant
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
La lettre adressée à M. de la R. corrige plusieurs informations erronées concernant la vie de Pierre Aubert, Doyen des Avocats de Lyon. Pierre Aubert est né le 9 février 1642 à Lyon et est décédé le 18 février 1733 à l'âge de 91 ans, contrairement à ce que le Mercure de France avait publié. L'auteur de la lettre rectifie également l'âge d'Aubert lorsqu'il a commencé à travailler aux augmentations du Dictionnaire de Richelet, affirmant qu'il avait 65 ans et non 90 ans. Pierre Aubert a démontré très tôt un talent pour les lettres et la poésie. À l'âge de 16 ou 17 ans, il a écrit un roman intitulé 'Le Retour de l'Isle d'Amour'. Après ses études de droit, il a exercé la profession d'avocat mais a dû abandonner en raison de sa santé fragile. Il a ensuite occupé plusieurs postes administratifs à Lyon, notamment celui de Procureur du Roi et d'Échevin. Aubert était également un érudit passionné par les lettres et les sciences. Il a publié plusieurs ouvrages, dont un Recueil de Factums en 1710 et une édition augmentée du Dictionnaire de Richelet en 1728. En 1731, il a décidé de léguer sa bibliothèque à la ville de Lyon pour en faire une bibliothèque publique. Cette proposition a été acceptée avec reconnaissance, et Aubert a reçu une pension de 2000 livres pendant sa vie et une rente de 500 écus pour son neveu après sa mort. La bibliothèque, riche et bien choisie, est devenue un héritage pour tous les amateurs des sciences. Aubert a passé ses dernières années dans la retraite, recevant des amis et des gens de lettres jusqu'à sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2429
p. 950-961
Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons promis dans le dernier Mercure de donner des Notions [...]
Mots clefs :
Chapitre, Histoire, Auteur, Esprit, Opinions, Temps, Livre, Philosophie, Hommes, Opinion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Ous avons promis dans le dernier
Mercure de donner des Notions
plus étendues du Traité de l'opinion.
C'est satisfaire à cet engagement
,
que nous allons insérer icy une partie de
l'Extrait de cet Ouvrage déja devenu célébre.
Le Titre est heureux et bien rempli
; la variété des matiéres et l'abondance
des recherches fournissent d'excellens
Mémoires pour servir à l'Histoire de
'Esprit humain ; et ces Mémoires tendent
naturellement à nous convaincre
que l'opinion domine dans le plus grand
nombre des travaux que l'efprit entreprend
MAY. 1733
951
prend. Ce Traité contient le précis des
opinions les plus remarquables sur chaque
science , joint à des réfléxions d'un
grand discernement , et à plusieurs choses
nouvelles. D'un côté , les découvertes et
les progrès de l'esprit humain embellissent
son histoire ; de l'autre , les sentimens
les plus outrez , les faits les moins
honorables à l'esprit sont tournez à son
instruction et à son avantage par le but
général que cette lecture lui propose; les
sciences occultes sont tirées de l'obscurité
où elles affectent de se cacher. » Un
» Poëte moderne , dit l'Auteur , a appel-
» lé les Bibliothéques :
Des sottises de l'homme orgueilleuses archives:
» L'Esprit verra icy au contraire les tres-
» humbles archives d'un grand nombre
» de ses égaremens ; le moyen de répri-
» mer une curiosité illicite , c'est de la dé-
» sabuser pleinement , et pour ainsi dire,
» de l'assouvir.
L'Auteur avertit à la fin du premier
Chapitre , qu'il citera simplement par
leurs noms tous les Auteurs décédez ; et
c'est un exemple qui peut affranchir les
Gens de lettres de la bizarrerie d'un usage
, qui sans aucun fondement , traite
certains noms avec plus de distinction et
F de
952 MERCURE
DE FRANCE
de politesse les uns que les autres.
Après plusieurs réfléxions très-sensées
sur l'usage de la Science , on trouve une
Dissertation curieuse sur les Auteurs.Les
exemples des Souverains et des Grands
Seigneurs qui ont composé desOuvrages,
font connoître que les Lettres n'ont pas
toujours été regardées comme un obstacle
aux vertus militaires.
Le quatrième Chapitre prouve que
l'Eloquence consiste dans l'opinion . Le
sentiment de Longin et de Montagne ,
que l'Eloquence ne se forme que dans les
Képubliques , y est réfuté. Le Chapitre
qui suit , expose les reproches faits à la
Poësie et sa deffense ; il est principalement
rempli des jugemens contraires des
Critiques , des caprices , des productions
de l'esprit , et des variations du goût. Le.
sixième Chapitre contient plusieurs exemples
du Pyrrhonisme de l'Histoire, sur les
faits les plus importans. On trouve dans
le dernier Chapitre un précis des Opinions
Chronologiques , et de la supputation
du temps chez différents peuples.
L'explication des Périodes Julienne et
Louise , dont la premiere est de l'invention
de Joseph Scaliger , et la seconde
du Pere Jean-Louis d'Amiens Capucin
finit par cette réfléxion . » Il ne manque à
» la
MAY. 1733 1959
5 la seconde Période, qu'un nouveau Sca-
» liger , pour lui donner cours ; car ce
» qui est présenté avec humilité et mo-
» destie , et qui n'est point revêtu de l'é-
» clat de l'autorité ou de la réputation
» n'a guéres plus de succès dans l'Empire
» des Lettres , que dans celui de la fortu
» ne , et l'opinion , à cet égard , domine
» presqu'autant sur les Sçavans , que sur
» le Peuple.
Le premier Chapitre du second Livre
remonte à la source de l'Histoire de la
Philosophie , et fait voir qu'elle a commencé
avec le monde . L'Auteur pénétre
dans l'Antiquité la plus reculée , pour
sauver du naufrage des temps ce qu'on
peut apprendre de la Philosophie des
Patriarches , des Egyptiens , des Chaldéens
, des Gymnosophistes , des Phéni
ciens , des Perses , des Libyens , des Chinois
, des Thraces , des Druides ; les différentes
opinions sur Mercure Trismégis
te et sur Zoroastre y sont exposées , et le
Chapitre est terminé par une Histoire
succinte des Sages de la Grèce.
Dans le second Chapitre , l'Auteur décrit
le commencement de la Philosophie
chez les Grecs ; sa division dans les
deux Ecoles , Jonienne et Italique , et
' Histoite de la Philosophie , depuis que
Fij Thales
954 MERCURE DE FRANCE
Thalés établit l'Ecole Jonienne à Miler
jusqu'à ce qu'Anaxagore la transféra à
Athénes .
Dans le troisiéme Chapitre , les temps
lumineux de la Philosophie commencent
par Socrate. Il y est trairé des cinq Sectes
, sorties de l'Ecole de Socrate , de Platon
et de ses disciples , des cinq Académies
, des plus célébres Platoniciens , et
des diverses opinions qui en différens
temps ont eu cours sur la Philosophic
Platonicienne.
L'Histoire d'Aristote , les louanges excessives
données à ce Philosophe , une
Dissertation sur la Logique, et les Révolutions
de la Secte Péripatéticienne remplissent
le quatrième Chapitre ..
Les Chapitres suivans contiennent
l'Histoire des Cyrénaïques , des Sectes
Erétrique et de Mégare , des Cyniques ,
des Stoïciens , des Pyrrhoniens , des Pythagoriciens
, de la Secte Eléate, des Epicuriens
, de la Secte Eclectique , de la
Phylosophie moderne ; et les deux derniers
Chapitres sur l'Histoire de l'Astronomie
et de la Médecine rendent cette
Histoire de la Philosophie complette et
tres-curieuse.
Dans le Chapitre quatorziéme, qui trai
te de la Philosophie moderne , il est ob
*
servé
MAY. 1733 955
>
servé que les Sciences ons passé trois fois
de la Gréce dans l'Occident ; la premiere
, lorsque les Romains les puisérent en
Gréce ; la seconde , lorsque les François ,
après avoir pris Constantinople , rapportérent
du Levant les Ecrits d'Aristote , avec
les Commentaires des Arabes ; la troisiéme
, lorsqu'après la destruction de l'Empire
d'Orient par Turcs les , les Sçavans
e de la Grèce chercherent une retraite en
Italie.
>>>
Nous nous servirons ( ajoute le judi-
» cieux Auteur ) de cette Epoque du ré-
» tablissement des Lettres , après la prise
» de Constantinople par les Turcs , dans
» le milieu du quinziéme siécle , comme
» d'une Epoque fixe , propre à séparer les
e » Anciens des Modernes, donnant la qualité
d'Anciens à tous ceux qui ont précédé
ce terme , et celle de Modernes à
>> ceux qui ont paru depuis.
-
Pour donner une idée du style de l'Oui
vrage , insérons icy ce Passage , tiré du
seizième Chapitre qui contient l'Histoire
de la Médecine. » Dans le même temps
» florissoit Asclepiade , originaire de Bithynie.
Nous avons observé que les des-
» cendans d'Esculape s'appelloient Asclépiades.
Ils portoient ce nom , comme
» issus d'Asclepius , qui est le nom Grec
>>
F iij
d'Es956
MERCURE DE FRANCE
d'Esculape. Asclepiade , originaire de
" Bithynie , n'eut rien de commun avec
cette famille , que sa profession et son
nom. Il vint s'établir à Rome ; il pro-
» mettoit de guérir sûrement , prompte.
» ment et agréablement ; c'est ce qui se-
» roit à souhaiter , dit Celse ; mais il y
» a ordinairement du danger à vouloir
» guérir trop vite , et à ne se servir que
» de remédes agréables. Asclepiade rejet-
» toit toute la doctrine d'Hippocrate ,
» qu'il appelloit une Méditation de mort.
» Il se faisoit un principe d'accommoder
» ses ordonnances aux désirs de ses mala-
» des ; il profita de l'exemple d'Archagantus
, qui s'étoit rendu odieux , environ
cent ans auparavant , par une Méthode
rigoureuse. Il suivit une route entiere-
» ment opposée ; il n'ordonnoit que des
choses faciles et communes , comme la
» diéte, l'abstinence du vin, le frottement
» du corps , l'exercice ; il mit en usage la
boisson rafraîchie , et se faisoit honneur
d'un titre , qui signifie le Médecin de
»la fraîcheur. Il - inventa des lits suspen-
» dus , où il faisoit bercer les malades
›
pour les exciter au sommeil ; il faisoit
aussi suspendre les bains , pour les rendre
plus salutaires et plus agréables par
le mouvement.Il évitoit soigneusement
les
MAY. 1733. 957
» les remedes pour lesquels la nature à
quelque aversion ; et au lieu que le com
» mun des Médecins traitoit la nature ,
» avec la sévérité d'un Ecuyer qui châtie
>> un Cheval qui bronche , Asclepiade en
» la flattant continuellement , l'invitoit à
>> reprendre son cours , & c.
Le troisiéme Livre , qui roule sur la
Métaphysique , retrace à l'esprit sa propre
Histoire concernant les opinions sur
substances spirituelles . Ce Livre commence
par les opinions monstrueuses de
l'idolatrie. L'Auteur établit ensuite qu'il
ne peut y avoir d'Athée de conviction ,
Il réfute les objections opposées à la preu
ve de la Divinité qui résulte du consentement
general des hommes à la recon
noître. Il examine le raisonnement que
Descartes a donné pour une démonstration
de l'Existence de Dieu , et la pensée
de Pascal sur le danger de ne point croi
re. On trouve à la fin du Chapitre une
exposition sommaire des preuves inving
cibles de la Religion Chrétienne .
Dans le Chapitre des Démons le récit
des Prodiges débitez par le Paganisme
tend au but general de l'Auteur, de montrer
à quel point on s'est joué dans tous
les temps de la crédulité des hommes..
L'Auteur indique seulement les sources
F iiij gene958
MERCURE DE FRANCE
generales de ces opinions . » Dans le grand
» nombre de faits merveilleux , dit- il
» racontez par l'Histoire prophane, et qui
» y sont traitez de Miracles , il est aisé de
»connoître que le plus grand nombre
» doit son origine à la politique des hom-
» mes d'Etat , à la flatterie des Courtisans
, aux artifices des Prêtres des faux
»Dieux , à la crédulité des Historiens , à
» la superstition des Peuples ; mais il est
»aussi tres- vrai- semblable que les Esprits
» de tenebres , occupez sans cesse à trom
per les hommes et à leur tendre des
piéges , ont suscité de temps en temps
» quelques illusions . Tout ce que les an-
» ciens Auteurs ont débité en ce genre ,
» peut être rapporté à ces différentes cau-
» ses . Je me contenterai d'assembler icy
>> les plus celebres de ces faits , laissant au
» Lecteur le choix des conjectures.
Le troisiéme Chapitre considere le
monde par rapport à sa création , à sa durée
, à la Providence qui le gouverne , et
autres objets immatériels. La Doctrine
des idées de Platon y est expliquée , et on
y voit eh abrégé les Mondes imaginaires
des Philosophes. La question si le monde
a été créé pour l'homme , y est tresdiserrement
trai ée , et les objections contre
la Providence réfutées. Le quatrième
ChaMAY.
1733. 959
Chapitre contient les trois Hypothéses
des modernes sur la communication qui
est entre l'esprit et le corps , les différens
sistêmes sur les propriétez de l'ame , sur
le lieu de sa résidence , les preuves de son
immortalité , les sentimens des Philosophes
sur l'état des ames après leur séparation
de leurs corps . L'Auteur examine
l'opinion de La Chambre sur la maniere
dont les substances spirituelles occupent
l'espace . Il met icy la plus subtile
Métaphysique à portée de tous les Lecteurs.
Le cinquiéme Chapitre eft une exposition
des opinions Philosophiques sur les
Bêtes , et des exemples de leur fidélité ,
de leur industrie et de leurs autres bonnes
qualitez . L'Auteur passe ensuite aux
Sciences occultes
Métaphysiques , ou
fondées sur le commerce des Esprits. Il
traite de la Magie , de la Cabale et des
Nombres ; des Oracles et des Sibylles ,
des Augures , des Présages , des Songes.
Il dévoile tous ces ridicules Mysteres
dont il rapporte les Préceptes et les Exemples.
Voicy entr'autres quelques Réflé
xions qu'il fait sur la Cabale. » Les noms
» des soixante et douze Anges et les Prié
res mystérieuses de la Cabale, sont dans'
» le troisiéme Livre de l'Art Cabaliste de
Fv » Reuchlin
960 MERCURE DE FRANCE
2
» Reuchlin , dédié au Pape Leon X. et
» dans les neuf cens propositions de Jean
» Pic, Comte de la Mirandole, dont les 72
dernieres roulent sur la Cabale , et il
finit par celle-cy : Que comme la veri-
» table Astrologie est la science de lire
» dans le Livre du ciel ; la véritable ca-
» bale est la science de lire dans le livre
de la Loy. Quel sujet d'étonnement
» que les hommes les plus sçavans de
»leur siécle , le Comte de la Mirandole ,
» Agrippa , Reuchlin ayent employé les
plus laborieuses recherches à des chi-
» meres si peu dignes de leur attention ?
» Le premier a été l'admiration de l'Uni-
» vers , par la vaste étendue des connoissances
qu'il avoit acquises à un âge aussi
» peu
avancé
que le sien. C'étoit
un Prin-
» ce Souverain
d'Italie
, qui
ne peut
être
soupçonné
d'avoir
voulu
dupper
des
esprits
foibles
, curieux
et crédules
; au
>> contraire
, il défrayoit
magnifique-
» ment
les Sçavans
qui venoient
de toutes
les Parties
du monde
disputer
contre
» lui sur les neuf
cens
propositions
qu'il
»soûtenoit
à Rome
; et il a été un pro-
» dige
sans
deffaut
. On ne peut
pas ce
pendant
l'exempter
à cet égard
de la
» vanité
de l'esprit
humain
qui
s'attache
avolontiers
à tout
ce qu'il
y a de plus
fri-
» vole
MAY. 1733. 961
» vole , pourvû qu'il soit misterieux et
inconnu aux autres hommes. C'est lui
de le ga-
» rendre un grand service que
rentir de cet écueil ; et c'est en quoi
consiste l'utilité de mettre au jour des
» choses qui ne mériteroient pas par elles
» mêmes d'être publiées.
Le dernier Chapitre du troisiéme Livre
est une Dissertation très-curieuse
concernant la Fortune et le Destin . Deux
principales qualitez d'un Ouvrage sont
d'épuiser les matiéres du côté du sçavoir,
er de donner à penser encore plus qu'il
n'exprime. L'Auteur du Traité de l'O
pinion si dans Fun et dans l'autre
genre.
Cet Ouvrage se débite aujourd'hui chez
Briasson , rue S. Jacques , 6 vol. in 12.
1733.
La suite dans le Mercure prochain.
Mercure de donner des Notions
plus étendues du Traité de l'opinion.
C'est satisfaire à cet engagement
,
que nous allons insérer icy une partie de
l'Extrait de cet Ouvrage déja devenu célébre.
Le Titre est heureux et bien rempli
; la variété des matiéres et l'abondance
des recherches fournissent d'excellens
Mémoires pour servir à l'Histoire de
'Esprit humain ; et ces Mémoires tendent
naturellement à nous convaincre
que l'opinion domine dans le plus grand
nombre des travaux que l'efprit entreprend
MAY. 1733
951
prend. Ce Traité contient le précis des
opinions les plus remarquables sur chaque
science , joint à des réfléxions d'un
grand discernement , et à plusieurs choses
nouvelles. D'un côté , les découvertes et
les progrès de l'esprit humain embellissent
son histoire ; de l'autre , les sentimens
les plus outrez , les faits les moins
honorables à l'esprit sont tournez à son
instruction et à son avantage par le but
général que cette lecture lui propose; les
sciences occultes sont tirées de l'obscurité
où elles affectent de se cacher. » Un
» Poëte moderne , dit l'Auteur , a appel-
» lé les Bibliothéques :
Des sottises de l'homme orgueilleuses archives:
» L'Esprit verra icy au contraire les tres-
» humbles archives d'un grand nombre
» de ses égaremens ; le moyen de répri-
» mer une curiosité illicite , c'est de la dé-
» sabuser pleinement , et pour ainsi dire,
» de l'assouvir.
L'Auteur avertit à la fin du premier
Chapitre , qu'il citera simplement par
leurs noms tous les Auteurs décédez ; et
c'est un exemple qui peut affranchir les
Gens de lettres de la bizarrerie d'un usage
, qui sans aucun fondement , traite
certains noms avec plus de distinction et
F de
952 MERCURE
DE FRANCE
de politesse les uns que les autres.
Après plusieurs réfléxions très-sensées
sur l'usage de la Science , on trouve une
Dissertation curieuse sur les Auteurs.Les
exemples des Souverains et des Grands
Seigneurs qui ont composé desOuvrages,
font connoître que les Lettres n'ont pas
toujours été regardées comme un obstacle
aux vertus militaires.
Le quatrième Chapitre prouve que
l'Eloquence consiste dans l'opinion . Le
sentiment de Longin et de Montagne ,
que l'Eloquence ne se forme que dans les
Képubliques , y est réfuté. Le Chapitre
qui suit , expose les reproches faits à la
Poësie et sa deffense ; il est principalement
rempli des jugemens contraires des
Critiques , des caprices , des productions
de l'esprit , et des variations du goût. Le.
sixième Chapitre contient plusieurs exemples
du Pyrrhonisme de l'Histoire, sur les
faits les plus importans. On trouve dans
le dernier Chapitre un précis des Opinions
Chronologiques , et de la supputation
du temps chez différents peuples.
L'explication des Périodes Julienne et
Louise , dont la premiere est de l'invention
de Joseph Scaliger , et la seconde
du Pere Jean-Louis d'Amiens Capucin
finit par cette réfléxion . » Il ne manque à
» la
MAY. 1733 1959
5 la seconde Période, qu'un nouveau Sca-
» liger , pour lui donner cours ; car ce
» qui est présenté avec humilité et mo-
» destie , et qui n'est point revêtu de l'é-
» clat de l'autorité ou de la réputation
» n'a guéres plus de succès dans l'Empire
» des Lettres , que dans celui de la fortu
» ne , et l'opinion , à cet égard , domine
» presqu'autant sur les Sçavans , que sur
» le Peuple.
Le premier Chapitre du second Livre
remonte à la source de l'Histoire de la
Philosophie , et fait voir qu'elle a commencé
avec le monde . L'Auteur pénétre
dans l'Antiquité la plus reculée , pour
sauver du naufrage des temps ce qu'on
peut apprendre de la Philosophie des
Patriarches , des Egyptiens , des Chaldéens
, des Gymnosophistes , des Phéni
ciens , des Perses , des Libyens , des Chinois
, des Thraces , des Druides ; les différentes
opinions sur Mercure Trismégis
te et sur Zoroastre y sont exposées , et le
Chapitre est terminé par une Histoire
succinte des Sages de la Grèce.
Dans le second Chapitre , l'Auteur décrit
le commencement de la Philosophie
chez les Grecs ; sa division dans les
deux Ecoles , Jonienne et Italique , et
' Histoite de la Philosophie , depuis que
Fij Thales
954 MERCURE DE FRANCE
Thalés établit l'Ecole Jonienne à Miler
jusqu'à ce qu'Anaxagore la transféra à
Athénes .
Dans le troisiéme Chapitre , les temps
lumineux de la Philosophie commencent
par Socrate. Il y est trairé des cinq Sectes
, sorties de l'Ecole de Socrate , de Platon
et de ses disciples , des cinq Académies
, des plus célébres Platoniciens , et
des diverses opinions qui en différens
temps ont eu cours sur la Philosophic
Platonicienne.
L'Histoire d'Aristote , les louanges excessives
données à ce Philosophe , une
Dissertation sur la Logique, et les Révolutions
de la Secte Péripatéticienne remplissent
le quatrième Chapitre ..
Les Chapitres suivans contiennent
l'Histoire des Cyrénaïques , des Sectes
Erétrique et de Mégare , des Cyniques ,
des Stoïciens , des Pyrrhoniens , des Pythagoriciens
, de la Secte Eléate, des Epicuriens
, de la Secte Eclectique , de la
Phylosophie moderne ; et les deux derniers
Chapitres sur l'Histoire de l'Astronomie
et de la Médecine rendent cette
Histoire de la Philosophie complette et
tres-curieuse.
Dans le Chapitre quatorziéme, qui trai
te de la Philosophie moderne , il est ob
*
servé
MAY. 1733 955
>
servé que les Sciences ons passé trois fois
de la Gréce dans l'Occident ; la premiere
, lorsque les Romains les puisérent en
Gréce ; la seconde , lorsque les François ,
après avoir pris Constantinople , rapportérent
du Levant les Ecrits d'Aristote , avec
les Commentaires des Arabes ; la troisiéme
, lorsqu'après la destruction de l'Empire
d'Orient par Turcs les , les Sçavans
e de la Grèce chercherent une retraite en
Italie.
>>>
Nous nous servirons ( ajoute le judi-
» cieux Auteur ) de cette Epoque du ré-
» tablissement des Lettres , après la prise
» de Constantinople par les Turcs , dans
» le milieu du quinziéme siécle , comme
» d'une Epoque fixe , propre à séparer les
e » Anciens des Modernes, donnant la qualité
d'Anciens à tous ceux qui ont précédé
ce terme , et celle de Modernes à
>> ceux qui ont paru depuis.
-
Pour donner une idée du style de l'Oui
vrage , insérons icy ce Passage , tiré du
seizième Chapitre qui contient l'Histoire
de la Médecine. » Dans le même temps
» florissoit Asclepiade , originaire de Bithynie.
Nous avons observé que les des-
» cendans d'Esculape s'appelloient Asclépiades.
Ils portoient ce nom , comme
» issus d'Asclepius , qui est le nom Grec
>>
F iij
d'Es956
MERCURE DE FRANCE
d'Esculape. Asclepiade , originaire de
" Bithynie , n'eut rien de commun avec
cette famille , que sa profession et son
nom. Il vint s'établir à Rome ; il pro-
» mettoit de guérir sûrement , prompte.
» ment et agréablement ; c'est ce qui se-
» roit à souhaiter , dit Celse ; mais il y
» a ordinairement du danger à vouloir
» guérir trop vite , et à ne se servir que
» de remédes agréables. Asclepiade rejet-
» toit toute la doctrine d'Hippocrate ,
» qu'il appelloit une Méditation de mort.
» Il se faisoit un principe d'accommoder
» ses ordonnances aux désirs de ses mala-
» des ; il profita de l'exemple d'Archagantus
, qui s'étoit rendu odieux , environ
cent ans auparavant , par une Méthode
rigoureuse. Il suivit une route entiere-
» ment opposée ; il n'ordonnoit que des
choses faciles et communes , comme la
» diéte, l'abstinence du vin, le frottement
» du corps , l'exercice ; il mit en usage la
boisson rafraîchie , et se faisoit honneur
d'un titre , qui signifie le Médecin de
»la fraîcheur. Il - inventa des lits suspen-
» dus , où il faisoit bercer les malades
›
pour les exciter au sommeil ; il faisoit
aussi suspendre les bains , pour les rendre
plus salutaires et plus agréables par
le mouvement.Il évitoit soigneusement
les
MAY. 1733. 957
» les remedes pour lesquels la nature à
quelque aversion ; et au lieu que le com
» mun des Médecins traitoit la nature ,
» avec la sévérité d'un Ecuyer qui châtie
>> un Cheval qui bronche , Asclepiade en
» la flattant continuellement , l'invitoit à
>> reprendre son cours , & c.
Le troisiéme Livre , qui roule sur la
Métaphysique , retrace à l'esprit sa propre
Histoire concernant les opinions sur
substances spirituelles . Ce Livre commence
par les opinions monstrueuses de
l'idolatrie. L'Auteur établit ensuite qu'il
ne peut y avoir d'Athée de conviction ,
Il réfute les objections opposées à la preu
ve de la Divinité qui résulte du consentement
general des hommes à la recon
noître. Il examine le raisonnement que
Descartes a donné pour une démonstration
de l'Existence de Dieu , et la pensée
de Pascal sur le danger de ne point croi
re. On trouve à la fin du Chapitre une
exposition sommaire des preuves inving
cibles de la Religion Chrétienne .
Dans le Chapitre des Démons le récit
des Prodiges débitez par le Paganisme
tend au but general de l'Auteur, de montrer
à quel point on s'est joué dans tous
les temps de la crédulité des hommes..
L'Auteur indique seulement les sources
F iiij gene958
MERCURE DE FRANCE
generales de ces opinions . » Dans le grand
» nombre de faits merveilleux , dit- il
» racontez par l'Histoire prophane, et qui
» y sont traitez de Miracles , il est aisé de
»connoître que le plus grand nombre
» doit son origine à la politique des hom-
» mes d'Etat , à la flatterie des Courtisans
, aux artifices des Prêtres des faux
»Dieux , à la crédulité des Historiens , à
» la superstition des Peuples ; mais il est
»aussi tres- vrai- semblable que les Esprits
» de tenebres , occupez sans cesse à trom
per les hommes et à leur tendre des
piéges , ont suscité de temps en temps
» quelques illusions . Tout ce que les an-
» ciens Auteurs ont débité en ce genre ,
» peut être rapporté à ces différentes cau-
» ses . Je me contenterai d'assembler icy
>> les plus celebres de ces faits , laissant au
» Lecteur le choix des conjectures.
Le troisiéme Chapitre considere le
monde par rapport à sa création , à sa durée
, à la Providence qui le gouverne , et
autres objets immatériels. La Doctrine
des idées de Platon y est expliquée , et on
y voit eh abrégé les Mondes imaginaires
des Philosophes. La question si le monde
a été créé pour l'homme , y est tresdiserrement
trai ée , et les objections contre
la Providence réfutées. Le quatrième
ChaMAY.
1733. 959
Chapitre contient les trois Hypothéses
des modernes sur la communication qui
est entre l'esprit et le corps , les différens
sistêmes sur les propriétez de l'ame , sur
le lieu de sa résidence , les preuves de son
immortalité , les sentimens des Philosophes
sur l'état des ames après leur séparation
de leurs corps . L'Auteur examine
l'opinion de La Chambre sur la maniere
dont les substances spirituelles occupent
l'espace . Il met icy la plus subtile
Métaphysique à portée de tous les Lecteurs.
Le cinquiéme Chapitre eft une exposition
des opinions Philosophiques sur les
Bêtes , et des exemples de leur fidélité ,
de leur industrie et de leurs autres bonnes
qualitez . L'Auteur passe ensuite aux
Sciences occultes
Métaphysiques , ou
fondées sur le commerce des Esprits. Il
traite de la Magie , de la Cabale et des
Nombres ; des Oracles et des Sibylles ,
des Augures , des Présages , des Songes.
Il dévoile tous ces ridicules Mysteres
dont il rapporte les Préceptes et les Exemples.
Voicy entr'autres quelques Réflé
xions qu'il fait sur la Cabale. » Les noms
» des soixante et douze Anges et les Prié
res mystérieuses de la Cabale, sont dans'
» le troisiéme Livre de l'Art Cabaliste de
Fv » Reuchlin
960 MERCURE DE FRANCE
2
» Reuchlin , dédié au Pape Leon X. et
» dans les neuf cens propositions de Jean
» Pic, Comte de la Mirandole, dont les 72
dernieres roulent sur la Cabale , et il
finit par celle-cy : Que comme la veri-
» table Astrologie est la science de lire
» dans le Livre du ciel ; la véritable ca-
» bale est la science de lire dans le livre
de la Loy. Quel sujet d'étonnement
» que les hommes les plus sçavans de
»leur siécle , le Comte de la Mirandole ,
» Agrippa , Reuchlin ayent employé les
plus laborieuses recherches à des chi-
» meres si peu dignes de leur attention ?
» Le premier a été l'admiration de l'Uni-
» vers , par la vaste étendue des connoissances
qu'il avoit acquises à un âge aussi
» peu
avancé
que le sien. C'étoit
un Prin-
» ce Souverain
d'Italie
, qui
ne peut
être
soupçonné
d'avoir
voulu
dupper
des
esprits
foibles
, curieux
et crédules
; au
>> contraire
, il défrayoit
magnifique-
» ment
les Sçavans
qui venoient
de toutes
les Parties
du monde
disputer
contre
» lui sur les neuf
cens
propositions
qu'il
»soûtenoit
à Rome
; et il a été un pro-
» dige
sans
deffaut
. On ne peut
pas ce
pendant
l'exempter
à cet égard
de la
» vanité
de l'esprit
humain
qui
s'attache
avolontiers
à tout
ce qu'il
y a de plus
fri-
» vole
MAY. 1733. 961
» vole , pourvû qu'il soit misterieux et
inconnu aux autres hommes. C'est lui
de le ga-
» rendre un grand service que
rentir de cet écueil ; et c'est en quoi
consiste l'utilité de mettre au jour des
» choses qui ne mériteroient pas par elles
» mêmes d'être publiées.
Le dernier Chapitre du troisiéme Livre
est une Dissertation très-curieuse
concernant la Fortune et le Destin . Deux
principales qualitez d'un Ouvrage sont
d'épuiser les matiéres du côté du sçavoir,
er de donner à penser encore plus qu'il
n'exprime. L'Auteur du Traité de l'O
pinion si dans Fun et dans l'autre
genre.
Cet Ouvrage se débite aujourd'hui chez
Briasson , rue S. Jacques , 6 vol. in 12.
1733.
La suite dans le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : Traité de l'Opinion, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un extrait du 'Mercure' de mai 1733, annonçant le 'Traité de l'opinion', un ouvrage déjà célèbre qui explore la domination de l'opinion dans les travaux de l'esprit humain. Ce traité inclut des mémoires sur l'histoire de l'esprit humain, des opinions remarquables sur chaque science, des réflexions discernantes et des découvertes nouvelles. Il aborde également les sciences occultes, les égarements de l'esprit et les curiosités illicites. Le traité est structuré en plusieurs chapitres. Le premier chapitre traite des opinions sur les sciences et des réflexions sur l'usage de la science. Le quatrième chapitre prouve que l'éloquence repose sur l'opinion, réfutant des sentiments de Longin et de Montaigne. Le cinquième chapitre discute des reproches faits à la poésie et de sa défense, en mettant en avant les jugements contraires des critiques. Le sixième chapitre présente des exemples de pyrrhonisme historique, et le dernier chapitre offre un précis des opinions chronologiques et de la supputation du temps chez différents peuples. Le second livre commence par l'histoire de la philosophie, remontant à ses origines avec les Patriarches, les Égyptiens, les Chaldéens et d'autres civilisations anciennes. Il décrit ensuite le début de la philosophie chez les Grecs, sa division en écoles, et l'histoire des principales sectes philosophiques, comme les Platoniciens, les Péripatéticiens, les Stoïciens et les Épicuriens. Le quatorzième chapitre observe que les sciences ont traversé trois périodes de transfert de la Grèce vers l'Occident. Le troisième livre traite de la métaphysique, des opinions sur les substances spirituelles et des preuves de la religion chrétienne. Il aborde également les démons, les prodiges du paganisme et les opinions philosophiques sur les animaux et les sciences occultes. Le dernier chapitre de ce livre traite de la fortune et du destin. L'auteur se distingue par deux principales qualités : épuiser les matières du côté du savoir et inciter à la réflexion au-delà de ce qui est exprimé. Le livre est disponible en six volumes in-12 chez Briasson, rue Saint-Jacques, et a été publié en 1733. Certaines parties du texte sont jugées peu dignes d'être publiées. La suite de l'information sera publiée dans le prochain numéro du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2430
p. 961-962
« RÉFLÉXIONS CRITIQUES, sur la Poësie et sur la Peinture. Par M. l'Abbé Dubos, [...] »
Début :
RÉFLÉXIONS CRITIQUES, sur la Poësie et sur la Peinture. Par M. l'Abbé Dubos, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RÉFLÉXIONS CRITIQUES, sur la Poësie et sur la Peinture. Par M. l'Abbé Dubos, [...] »
REFLEXIONS CRITIQUES , sur la Poësie
et sur la Peinture . Par. M. l'Abbé Dubos,
Secretaire de l'Académie Françoise , nouvelle
Edition , revue , corrigée et consi
dérablement augmentée. Chez P.J. Mar
riette , rue S. Facques , 1733. 3 vol. in 12.
CONVERSATIONS sur plusieurs sujets de
Morale , propres à former les jeunes De
F vj
moj
962 MERCURE DE FRANCE
moiselles à la piété. Ouvrage utile à toutes
personnes qui sont chargées de leur
éducation. Par M. P. C. Docteur de Sorbonne
. Chez J. Bapt. Lamesle , ruë de la
Vieille Bouclerie ; J. Franç. Herissan ruë
neuve Notre Dame , et Henry , ruë S.Jacques.
1733. in 12 .
et sur la Peinture . Par. M. l'Abbé Dubos,
Secretaire de l'Académie Françoise , nouvelle
Edition , revue , corrigée et consi
dérablement augmentée. Chez P.J. Mar
riette , rue S. Facques , 1733. 3 vol. in 12.
CONVERSATIONS sur plusieurs sujets de
Morale , propres à former les jeunes De
F vj
moj
962 MERCURE DE FRANCE
moiselles à la piété. Ouvrage utile à toutes
personnes qui sont chargées de leur
éducation. Par M. P. C. Docteur de Sorbonne
. Chez J. Bapt. Lamesle , ruë de la
Vieille Bouclerie ; J. Franç. Herissan ruë
neuve Notre Dame , et Henry , ruë S.Jacques.
1733. in 12 .
Fermer
Résumé : « RÉFLÉXIONS CRITIQUES, sur la Poësie et sur la Peinture. Par M. l'Abbé Dubos, [...] »
En 1733, deux ouvrages sont publiés. Le premier, 'Réflexions critiques, sur la Poësie et sur la Peinture', est écrit par l'Abbé Dubos, secrétaire de l'Académie Française, et est disponible en trois volumes chez P.J. Marriette. Le second, 'Conversations sur plusieurs sujets de Morale', rédigé par M. P. C., Docteur de Sorbonne, est destiné à l'éducation des jeunes filles et est disponible chez trois éditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2431
p. 962-965
Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAY DE POESIES, de M. Desterlin de Sainte-Palaye. A Paris, ruë Gist le Coeur, [...]
Mots clefs :
Ambition, Ode, Terre, Guerre, Horreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
ESSAY DE POESIES , de M. Desterlin de
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
Sainte - Palaye. A Paris , ruë G : st le Coeur,
chez Ant. de Houqueville, 1733. Brochure
in 12. de 61 pages.
Cet E say , que le Lecteur intelligent
ne prendra nullement pour un Essay ,
contient des Pseaumes , des Odes , des
Sonnets ; Epîtres , Epigrames , &c. Pour
donner une idée de cet Ouvrage, voici un
morceau que nous prenons au hazard :
ODE
Sur l'Ambition.
Source féconde d'injustice ,
Redoutable Divinité ,
Qui veux de nous en Sacrifice ,
Nos jours et notre liberté ;
Du faux honneur dont tu te pares ,
Et de tes maximes barbares ,
Serons nous long - temps les jouets ?
Que tu rends d'ames malheureuses !
nos
MAY.
1733. 968
Nos miseres les plus affreuses .
Sont l'ouvrage de tes forfaits.
Pour te fuir , l'équitable Astrée ,
Se bannit de ces tristes lieux ;
La terre de sang alterée ,
La fit retirer dans les Cieux .
L'aimable Paix et la Justice ,
Fuyant le tumulte et le vice ,
Abandonnerent les Mortels.
Quelles fureurs étoient les nôtres !
Armez les uns contre les autres ;
Nous ensanglantions tes Autels.
Quelle erreur ! follement avides ,
De la suprême autorité ,
Nous armons nes bras parricides ,
Pour nous ravir la liberté.
La force , jointe à l'injustice ,
L'aveuglement et le caprice ,
Sont les seuls qui reglent les rangs ;
Et l'on voit d'heureux témeraires ,
Charger de fers leurs propres freres ,
Pour n'étre plus que leurs tyrans,
潞
Laisse les Indiens tranquilles
Fou984
MERCURE DE FRANCE :
Fougueux Vainqueur de Darius ;
Pourquoi par des tributs serviles .
Veux -tu deshonorer Porus ?
Tiran , que dévore l'envie ,
Quoi ! toute la Perse asservie ,
"A ton orgueil ne suffit pas !
Veux-tu des horreurs de la guerre
Remplir le reste de la terre ,
•
Et dompter tous les Potentats &
Acheve , cruelle Déesse •
De porter par tout ta fureur ;
Que tous les Peuples soient sans cesse
Remplis de trouble et de terreur.
Etends par tout ta tyrannie.
Des fiers peuples de l'Ausonie ,
Fais des Maîtres de l'Univers :
Toi , Rome , tremble pour toi - mêmes
Du haut de ta grandeur suprême .
Je te vois tomber dans les fers.
逛
Divinité des plus sinistres ,
Les chutes des plus grands Etats ,
De tes sanguinaires Ministres
Ne sont pas les seuls attentats.
De la plus injuste victoire ,
Als se font un sujet de gloire
Рома
MAY. 1733.
968
Four insulter à nos malheurs ;
Et nous les voyons dans leur rage
Appeller du nom de courage ,
Les plus exécrables fureurs.
装
Que n'ose pas un coeur perfide ,
Dans ses transports ambitieux ?
Ciel quel horrible parricide !
Quel Spectacle frappe mes yeux !
Je vois tout un peuple infidele ,
Sur les pas sanglans d'un Rebelle ,
Se livrer aux plus noirs projets ,
O succès plus noir que le crime !
La tête d'un Roy légitime ,
Tombe aux pieds des lâches Sujets
Des horreurs qu'enfante la Guerre ,
Périsse jusqu'au souvenir ;
Pour laisser respirer la Terre ;
Thémis et la Paix vont s'unir
Louis , guidé par la Prudence ,
Fera respecter sa Puissance ,
Jusqu'aux plus reculez Climats ;
ne prétend point d'autre titre ,
Que celui d'équitable Arbitre ,
Des différends des Potentats
Fermer
Résumé : Essay de Poësie, Ode, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente l'ouvrage 'ESSAY DE POESIES' de M. Desterlin de Sainte-Palaye, publié à Paris en 1733. Cette brochure de 61 pages inclut divers genres poétiques tels que des Psaumes, des Odes, des Sonnets, des Épîtres et des Épigrammes. L'extrait fourni est une Ode sur l'Ambition, qui critique cette passion en la décrivant comme une source d'injustice et de malheur. L'Ambition pousse les hommes à se battre et à s'opprimer mutuellement, causant des misères humaines et la fuite des vertus comme la Paix et la Justice. L'Ode dénonce également les tyrans et les conquérants, tels qu'Alexandre le Grand, qui asservissent les peuples par l'envie et l'orgueil. Le texte se conclut par une réflexion sur les horreurs de la guerre et l'espoir de voir la Paix et la Justice triompher sous la guidance d'un souverain prudent et équitable, Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2432
p. 966-973
Les Génealogies historiques des anciens Patriarches, Empereurs, &c. [titre d'après la table]
Début :
LES GÉNÉALOGIES HISTORIQUES des Anciens Patriarches, Empereurs, Rois, [...]
Mots clefs :
Rois, Histoire, Généalogies, Maisons, Ducs, Anciens, Comtes, Empereurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Génealogies historiques des anciens Patriarches, Empereurs, &c. [titre d'après la table]
LES GE'NEALOGIES HISTORIQUES des
'Anciens Patriarches , Empereurs , Rois
et de toutes les Maisons Souveraines , depuis
le commencement du monde jusqu'à
présent , exposées en Cartes Généalogiques
, tirées des meilleurs Auteurs , avec
des Explications Historiques et Chronologiques
, dans lesquelles l'on trouvera
l'Etablissement , les Révolutions et la
durée des différens Etats du monde , l'Origine
des Maisons Souveraines , leurs
Progrès , Alliances , Droits , Titres, Prétentions
et Armoiries. Quatre volumes
in 4. A Paris , chez Giffart , rue S. Facques
, à Sainte Therese.
C'est le titre d'un Prospectus , imprimé
chez le même Libraire. L'Auteur y propose
l'Etude des Généalogies en général ,
à tous ceux qui lisent l'Histoire , et en
particulier aux Politiques , et aux Avocats.
Si pour bien entendre l'Histoire
dit-il , en citant Rapin de Thoiras , il
est nécessaire de sçavoir par le moyen
de la Géographie , les Lieux où se sont
passés les Evenemens qui servent d'objets
à l'Histoire , et par la Chronologic
les tems où ils sont arrivez , il ne l'est
pas moins de connoître les personnes
qui les ont faits ou qui y ont eu ,
part
MAY. 1733 : 969
part , par le moyen des Généalogies qui
font même connoître les causes des actions
dont l'Histoire parle . C'est , dit il ,
ce queMoyse, le premier et le plus excellent
des Historiens , a parfaitement reconnu
. C'est de ces Livres que nous tirons
les Généalogies des premiers Chefs
des Nations . Il seroit , ajoûte-t- il , à souhaiter
., que ceux qui se sont mêlez d'écrire
l'Histoire eussent imité l'éxactitude
de cet Historien . Pour faire sentir l'excellence
de l'Etude des Généalogies , il
tire ses preuves du soin que les Hebreux
prenoient de conserver les Généalogies
de leurs Familles , et celui que
prit Esdras , de rétablir celles qui
avoient été perdues dans la ruine de
Jerusalem sous Nabuchodonosor. Les
Grecs et les Romains mettoient cette
connoissance au nombre des Sciences.
Sur quoi il cite Horace , qui dit à son
Ami Telephus :
Quantum distet ab Inacho
Codrus pro patriâ non timidus mori :
Narras et genus Æaci.
A l'égard des Politiques , cette étude
est indispensable ; car comment ,
dit notre Auteur , connoîtra- t- on les
droits ou les prétentions des Princes , si
l'on
68 MERCURE DE FRANCE
l'on ne connoît leurs Alliances qui en
sont le principal fondement ; il est
difficile de manier les affaires publiques
d'un Etat , si l'on n'a pas la connoissance
des grandes Maisons , disoit un Sçavant
du Régne d'Henri II. L'Auteur
ajoûte que M. Loisel , dans le Dialogue
qu'il a composé des Avocats du Parlement
de Paris , requiert qu'un Avocat
sçache les Généalogies et les Alliances
de nos Rois , et des principales Maisons
du Royaume.
,
Nous rapporterons , au sujet des défauts
qui se rencontrent dans les Généalogistes
, contre lesquels l'Auteur nous
avertit d'être en garde , ce qu'il cite de
M. l'Abbé Sevin. L'amour du merveil
leux , dit cet habile Académicien , l'interêt
, la vanité , sont comme des sources
toujours ouvertes d'où la Fable
se répand , pour ainsi dire , à grands
flots dans les Annales des Peuples et
des Familles. Dans cette longue Eclipse
que souffrit la lumiere des Lettres ,
l'ignorance enfanta mille folles réveries
sur leur origine. Mais , poursuit - il
avec le même M. Sevin , en craignant
d'accorder à des Fables la créance qu'el
les ne méritent pas ; on la refuse quel
* Dissertation sur l'Histoire,
ques
MAY. 1733. 969
quefois aux Faits les plus certains ; d'autres
au contraire traignant de refuser
aux véritez historiques le tribut qui leur
est dû , le payent à toutes les Fables
qui en empruntent le nom. Il faut être
également en garde et contre la flatterie
des uns , et contre la malignité des
autres , et tenir un juste milieu entre
la crédulité et le Pirrhonisme .
Ainsi pour démêler le faux d'avec
Je vrai , dans les Généalogies comme
dans l'Histoire ; les Sçavans
› sur tout
du dernier siécle , qui se sont appliqués
à l'Etude de l'Histoire et des Généalogies
, les ont dégagées de ce qui nous
les pourroit rendre suspectes , sont ceux
à qui il faut s'en rapporter. C'est Hubners
, parmi ces Sçavans Modernes ,
qui notre Auteur donne la préférence à
cause de l'approbation presqu'universelle
qu'il s'est acquise.
L'Auteur à joint des Explications ou
des Remarques Historiques et Chronos
logiques pour donner une connoissance
éxacte de l'Etablissement des Empires
et des différens Etats du monde , de
P'origine et des progrès des Maisons
Souveraines , de leurs Alliances , préro
gatives , droits et prétentions . Ce Recueil
pourra passer pour un bon Abregé de
l'His
970 MERCURE DE FRANCE
P'Histoire Universelle , qui contiendra
un corps de Généalogies des Maisons,
Souveraines , propre à tous les Lecteurs ,
à ceux qui sçavent déja qui n'ont besoin
que de rappeller ce qu'ils ont déja
Jû dans les sources , et à ceux qui ne
sçavent pas encore , et qui pour se mettre
au fait de l'Histoire ont besoin qu'on
la leur propose d'une maniere simple et
agréable.
Voici quel sera l'ordre et l'arrangement
de tout cet Ouvrage .
I. VOLUME pour l'Histoire sainte. Les
anciens Patriarches , l'origine des Na- '
tions , les Juges , les Rois , les Pontifes des
Juifs. La Famille d'Herode , la Généalogie
de N. S. J. C.
Pour l'Histoire Profane. Table Chronologique
de l'établissement et de la durée
des anciens Royaumes. Les Rois d'Egypte
, d'Assirie , & c.
GRECE. Les Rois de Sicione , d'Ar
gos , &c.
Les anciens Rois Latins , les Rois de
Rome. Table Chronologique de l'Etablissement
et de la durée des nouvelles
Monarchies. Les Familles des Empereurs
Romains et Grecs en Orient et en Oc
cident. Les Empereurs de Trebisonde ;
les Rois de Jerusalem , de Cypre , d'Armenie
,
MAY: 17337 971
menie , les Princes de Galilée , d'Antio
she , de Tripoli.
Les Rois wandales , les Rois Ostrogoths
en Italie , les Rois Lombards , les Rois
d'Italie depuis Charlemagne , les Rois
de Naples et de Sicile.
Les Maisons de Savoye , de Montfer
rat , de Saluces , & c .
II. VOLUME , ALLEMAGNE . Les anciens
Rois de Germanie , les Empereurs Germaniques
jusqu'à présent, Les anciens Marggraves
et Ducs d'Autriche , les Comtes
Ducs , Electeurs , Landgraves , & c.
III. VOLUME , FRANCE, Les Rois de
France avec toutes les Maisons qui en
sont issues. Les Rois de Bourgogne et
d'Arles. Les Ducs de Bourgogne , les
Comtes et Ducs de Nevers , &c.
Les Ducs de Normandie , les Comtes
d'Eu , & c.
ne ,
Les anciens Rois et Ducs d'Aquitai-
& c.
Les Comtes de Toulouse , &c.
Les Comtes de Champagne , & c . Les
Ducs de Lorraine. On verra dans ce
volume comment les différentes Provinces
de France ont été détachées de la
Couronne , les Maisons qui les ont gouvernées
, et comment elles ont été réunies.
IV,
972 MERCURE DE FRANCE
L
IV. VOLUME , PAYS -BAS. Les Ducs de
Brabant , &c.
ESPAGNE. Les Rois Sueves , Wisigots ,
de Léon , & c.
GRANDE-BRETAGNE , Les Rois d'Ecosse,
Maison de Stwart , les Rois d'Angleter
& c. re ,
Les Rois de Dannemarc , et de Nortvege
. La Maison d'Holstein. Les Rois
de Suede , les Czars.
Les Rois de Pologne , de Bohéme , & c.
Les Ducs de Silesie , les Princes de Trans
silvanie , &c.
NATIONS BARBARES . Les Califes , les
Sultans
,
ou Empereurs Ottomans , les
Rois de Perse , les Mogols , les Rois de
Maroc, &c.
On trouvera dans ce dernier Volume
plusieurs Tables Alphabétiques , tant
des matiéres que des Maisons , et une
Table entr'autres,qui est comme un Dictionnaire
Heraldique où pour éviter
les répétitions dans le corps de l'Ouvrage
l'on renvoye pour expliquer les Armoiries
des Maisons qui y sont traitées.
Quoique la dépense des Cartes Gé
néalogiques aille au triple de celles
des Ouvrages d'une autre nature
pour faciliter l'acquisition de celui- ci
on
MAY. 1733. 973
S
on ne le vendra que 45 liv. en blanc les
quatre vol, in-4. de 700 pag. chacun .
L'Editeur ajoute qu'il se prêtera avec facilité
à l'empressement de ceux qui
voudront avoir les Volumes à mesure
qu'ils seront imprimez. Ils s'adresseront
pour cela au Libraire indiqué cidessus.
'Anciens Patriarches , Empereurs , Rois
et de toutes les Maisons Souveraines , depuis
le commencement du monde jusqu'à
présent , exposées en Cartes Généalogiques
, tirées des meilleurs Auteurs , avec
des Explications Historiques et Chronologiques
, dans lesquelles l'on trouvera
l'Etablissement , les Révolutions et la
durée des différens Etats du monde , l'Origine
des Maisons Souveraines , leurs
Progrès , Alliances , Droits , Titres, Prétentions
et Armoiries. Quatre volumes
in 4. A Paris , chez Giffart , rue S. Facques
, à Sainte Therese.
C'est le titre d'un Prospectus , imprimé
chez le même Libraire. L'Auteur y propose
l'Etude des Généalogies en général ,
à tous ceux qui lisent l'Histoire , et en
particulier aux Politiques , et aux Avocats.
Si pour bien entendre l'Histoire
dit-il , en citant Rapin de Thoiras , il
est nécessaire de sçavoir par le moyen
de la Géographie , les Lieux où se sont
passés les Evenemens qui servent d'objets
à l'Histoire , et par la Chronologic
les tems où ils sont arrivez , il ne l'est
pas moins de connoître les personnes
qui les ont faits ou qui y ont eu ,
part
MAY. 1733 : 969
part , par le moyen des Généalogies qui
font même connoître les causes des actions
dont l'Histoire parle . C'est , dit il ,
ce queMoyse, le premier et le plus excellent
des Historiens , a parfaitement reconnu
. C'est de ces Livres que nous tirons
les Généalogies des premiers Chefs
des Nations . Il seroit , ajoûte-t- il , à souhaiter
., que ceux qui se sont mêlez d'écrire
l'Histoire eussent imité l'éxactitude
de cet Historien . Pour faire sentir l'excellence
de l'Etude des Généalogies , il
tire ses preuves du soin que les Hebreux
prenoient de conserver les Généalogies
de leurs Familles , et celui que
prit Esdras , de rétablir celles qui
avoient été perdues dans la ruine de
Jerusalem sous Nabuchodonosor. Les
Grecs et les Romains mettoient cette
connoissance au nombre des Sciences.
Sur quoi il cite Horace , qui dit à son
Ami Telephus :
Quantum distet ab Inacho
Codrus pro patriâ non timidus mori :
Narras et genus Æaci.
A l'égard des Politiques , cette étude
est indispensable ; car comment ,
dit notre Auteur , connoîtra- t- on les
droits ou les prétentions des Princes , si
l'on
68 MERCURE DE FRANCE
l'on ne connoît leurs Alliances qui en
sont le principal fondement ; il est
difficile de manier les affaires publiques
d'un Etat , si l'on n'a pas la connoissance
des grandes Maisons , disoit un Sçavant
du Régne d'Henri II. L'Auteur
ajoûte que M. Loisel , dans le Dialogue
qu'il a composé des Avocats du Parlement
de Paris , requiert qu'un Avocat
sçache les Généalogies et les Alliances
de nos Rois , et des principales Maisons
du Royaume.
,
Nous rapporterons , au sujet des défauts
qui se rencontrent dans les Généalogistes
, contre lesquels l'Auteur nous
avertit d'être en garde , ce qu'il cite de
M. l'Abbé Sevin. L'amour du merveil
leux , dit cet habile Académicien , l'interêt
, la vanité , sont comme des sources
toujours ouvertes d'où la Fable
se répand , pour ainsi dire , à grands
flots dans les Annales des Peuples et
des Familles. Dans cette longue Eclipse
que souffrit la lumiere des Lettres ,
l'ignorance enfanta mille folles réveries
sur leur origine. Mais , poursuit - il
avec le même M. Sevin , en craignant
d'accorder à des Fables la créance qu'el
les ne méritent pas ; on la refuse quel
* Dissertation sur l'Histoire,
ques
MAY. 1733. 969
quefois aux Faits les plus certains ; d'autres
au contraire traignant de refuser
aux véritez historiques le tribut qui leur
est dû , le payent à toutes les Fables
qui en empruntent le nom. Il faut être
également en garde et contre la flatterie
des uns , et contre la malignité des
autres , et tenir un juste milieu entre
la crédulité et le Pirrhonisme .
Ainsi pour démêler le faux d'avec
Je vrai , dans les Généalogies comme
dans l'Histoire ; les Sçavans
› sur tout
du dernier siécle , qui se sont appliqués
à l'Etude de l'Histoire et des Généalogies
, les ont dégagées de ce qui nous
les pourroit rendre suspectes , sont ceux
à qui il faut s'en rapporter. C'est Hubners
, parmi ces Sçavans Modernes ,
qui notre Auteur donne la préférence à
cause de l'approbation presqu'universelle
qu'il s'est acquise.
L'Auteur à joint des Explications ou
des Remarques Historiques et Chronos
logiques pour donner une connoissance
éxacte de l'Etablissement des Empires
et des différens Etats du monde , de
P'origine et des progrès des Maisons
Souveraines , de leurs Alliances , préro
gatives , droits et prétentions . Ce Recueil
pourra passer pour un bon Abregé de
l'His
970 MERCURE DE FRANCE
P'Histoire Universelle , qui contiendra
un corps de Généalogies des Maisons,
Souveraines , propre à tous les Lecteurs ,
à ceux qui sçavent déja qui n'ont besoin
que de rappeller ce qu'ils ont déja
Jû dans les sources , et à ceux qui ne
sçavent pas encore , et qui pour se mettre
au fait de l'Histoire ont besoin qu'on
la leur propose d'une maniere simple et
agréable.
Voici quel sera l'ordre et l'arrangement
de tout cet Ouvrage .
I. VOLUME pour l'Histoire sainte. Les
anciens Patriarches , l'origine des Na- '
tions , les Juges , les Rois , les Pontifes des
Juifs. La Famille d'Herode , la Généalogie
de N. S. J. C.
Pour l'Histoire Profane. Table Chronologique
de l'établissement et de la durée
des anciens Royaumes. Les Rois d'Egypte
, d'Assirie , & c.
GRECE. Les Rois de Sicione , d'Ar
gos , &c.
Les anciens Rois Latins , les Rois de
Rome. Table Chronologique de l'Etablissement
et de la durée des nouvelles
Monarchies. Les Familles des Empereurs
Romains et Grecs en Orient et en Oc
cident. Les Empereurs de Trebisonde ;
les Rois de Jerusalem , de Cypre , d'Armenie
,
MAY: 17337 971
menie , les Princes de Galilée , d'Antio
she , de Tripoli.
Les Rois wandales , les Rois Ostrogoths
en Italie , les Rois Lombards , les Rois
d'Italie depuis Charlemagne , les Rois
de Naples et de Sicile.
Les Maisons de Savoye , de Montfer
rat , de Saluces , & c .
II. VOLUME , ALLEMAGNE . Les anciens
Rois de Germanie , les Empereurs Germaniques
jusqu'à présent, Les anciens Marggraves
et Ducs d'Autriche , les Comtes
Ducs , Electeurs , Landgraves , & c.
III. VOLUME , FRANCE, Les Rois de
France avec toutes les Maisons qui en
sont issues. Les Rois de Bourgogne et
d'Arles. Les Ducs de Bourgogne , les
Comtes et Ducs de Nevers , &c.
Les Ducs de Normandie , les Comtes
d'Eu , & c.
ne ,
Les anciens Rois et Ducs d'Aquitai-
& c.
Les Comtes de Toulouse , &c.
Les Comtes de Champagne , & c . Les
Ducs de Lorraine. On verra dans ce
volume comment les différentes Provinces
de France ont été détachées de la
Couronne , les Maisons qui les ont gouvernées
, et comment elles ont été réunies.
IV,
972 MERCURE DE FRANCE
L
IV. VOLUME , PAYS -BAS. Les Ducs de
Brabant , &c.
ESPAGNE. Les Rois Sueves , Wisigots ,
de Léon , & c.
GRANDE-BRETAGNE , Les Rois d'Ecosse,
Maison de Stwart , les Rois d'Angleter
& c. re ,
Les Rois de Dannemarc , et de Nortvege
. La Maison d'Holstein. Les Rois
de Suede , les Czars.
Les Rois de Pologne , de Bohéme , & c.
Les Ducs de Silesie , les Princes de Trans
silvanie , &c.
NATIONS BARBARES . Les Califes , les
Sultans
,
ou Empereurs Ottomans , les
Rois de Perse , les Mogols , les Rois de
Maroc, &c.
On trouvera dans ce dernier Volume
plusieurs Tables Alphabétiques , tant
des matiéres que des Maisons , et une
Table entr'autres,qui est comme un Dictionnaire
Heraldique où pour éviter
les répétitions dans le corps de l'Ouvrage
l'on renvoye pour expliquer les Armoiries
des Maisons qui y sont traitées.
Quoique la dépense des Cartes Gé
néalogiques aille au triple de celles
des Ouvrages d'une autre nature
pour faciliter l'acquisition de celui- ci
on
MAY. 1733. 973
S
on ne le vendra que 45 liv. en blanc les
quatre vol, in-4. de 700 pag. chacun .
L'Editeur ajoute qu'il se prêtera avec facilité
à l'empressement de ceux qui
voudront avoir les Volumes à mesure
qu'ils seront imprimez. Ils s'adresseront
pour cela au Libraire indiqué cidessus.
Fermer
Résumé : Les Génealogies historiques des anciens Patriarches, Empereurs, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Généalogies Historiques des Anciens Patriarches, Empereurs, Rois et de toutes les Maisons Souveraines' a été publié en quatre volumes à Paris chez Giffart en mai 1733. Il retrace les généalogies des diverses dynasties depuis les origines jusqu'à cette date. L'ouvrage inclut des cartes généalogiques et des explications historiques et chronologiques sur l'établissement, les révolutions et la durée des États du monde, ainsi que sur l'origine, les progrès, les alliances, les droits, les titres, les prétentions et les armoiries des maisons souveraines. L'auteur met en avant l'importance des généalogies pour la compréhension de l'histoire, citant Rapin de Thoiras et Moïse comme exemples. Il recommande l'étude des généalogies aux lecteurs d'histoire, aux politiques et aux avocats. L'ouvrage critique les erreurs fréquentes dans les généalogies, souvent influencées par l'amour du merveilleux, l'intérêt et la vanité, et met en garde contre la crédulité et le pyrrhonisme. La structure de l'ouvrage est répartie en quatre volumes. Le premier volume couvre l'histoire sainte et profane, incluant les patriarches, les rois d'Égypte, de Grèce, de Rome, et d'autres dynasties anciennes. Le deuxième volume traite de l'Allemagne, le troisième de la France, et le quatrième des Pays-Bas, de l'Espagne, de la Grande-Bretagne, des nations barbares, et inclut des tables alphabétiques et un dictionnaire héraldique. L'éditeur propose l'achat des volumes à un prix réduit pour faciliter leur acquisition, avec la possibilité de les obtenir au fur et à mesure de leur impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2433
p. 973-977
Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE des Révolutions d'Espagne, depuis la destruction de l'Empire des [...]
Mots clefs :
Histoire, Révolutions, Espagne, Monarchie, Père d'Orléans, Royaumes, Castille, Aragon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE des Révolutions d'Espagne ,
depuis la destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie , 3 vol .
in- 4 . Par le R. P. Joseph d'Orleans , de
la Compagnie de Jesus.
Pour présenter au Public une idée
précise de cet Ouvrage , il suffit d'emprunter
les termes que l'Auteur a employez
au commencement du premier
Livre.
» J'écris l'Histoire des Révolutions
d'une Monarchie élevée sur ses propres
» ruines , à un point de gloire et de
grandeur redoutable au reste du Mon-
» de et dont le Monde auroit plus
>> long-tems redouté la puissance , si elle
» se fût donné des bornes , et si elle
» eut moins dissipé ses forces , en voulant
trop étendre ses limites. C'est
,
» l'Hise
74 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire des Révolutions arrivées dans
» la Monarchie d'Espagne , depuis que ,
» née , pour parler ainsi , des cendres
» de celles des Goths , elle a quitté le
» nom de ses Conquérans , pour prendre
13 celui de son Pays.
Le Pere d'Orléans donnoit la derniere
forme à cet Ouvrage , et se disposoit à
le mettre au jour , lorsque la mort l'enleva
, vers la cinquante-quatrième année
de son âge. Le Manuscrit fut alors confié
à un Jésuite distingué par ses talens
, l'ami et le confident de l'Auteur 5
ce Pere se proposa d'abord d'y perfectionner
ce qui n'étoit encore qu'en
ébauche , dans le dessein de le publier
sans retardement , selon les intentions
de l'Historien . Du projet à l'éxécution
le trajet est difficile et hazardeux . Les
diverses occupations dont le dépositaire
du Manuscrit a été successivement surchargé
depuis plus de trente- quatre ans ,
ont absorbé presque tous les momens
de son loisir. Ainsi il ne lui a pas été
possible de veiller à l'Edition d'une Histoire
qui demandoit un travail assidu ,
pour être mise dans un état de perfection
qui répondit à la haute opinion
dont le Public est prévenu en faveur du
Pere d'Orléans.
Enfin
MAY. 1733
975
Enfin , après un délai de plusieurs années
, l'Ouvrage remis en d'autres mains
est présentement sous la presse. On ose
assurer qu'une Histoire si intéressante ne
trompera point l'attente des Gens de
Lettres , et donnera un nouveau lustre
à la réputation que ce célébre Ecrivain
s'est acquise , à juste titre , en France et
dans les Pays Etrangers.
On reconnoîtra dans l'Histoire des
Révolutions d'Espagne , l'Historien des
Révolutions d'Angleterre, les mêmes graces
, et la même naïveté dans le fil de
ses narrations , le même pinceau et la
même vivacité dans les portraits , sans
les outrer , même éxactitude dans l'ordre
des faits , même justesse dans les réfléxions
, même discernement dans la
critique , même élégance , et même énergie
dans la diction . Cependant l'Histoire
des Révolutions d'Espagne a cet
avantage sur l'autre , qu'elle est en mê
me-tems une Histoire suivie du Gouver
nement de la Nation . En effet , depuis
l'invasion des Maures , jusqu'à l'entiere
et parfaite réunion des Royaumes de Castille
et d'Arragon on une seule Monarchie
, les Annales Espagnoles ne présentent
qu'une suite de changemens , de
progrès , et de décadences dans ce grand
G nom976
MERCURE DE FRANCE
nombre de Souverainetez qui partage =
rent si long-tems l'Espagne . Chaque année
y fait éclore de nouvelles Dynasties
, qui s'établissent sur les ruines de la
domination Sarasine . Rien n'a échapé en
ce genre au Pere d'Orléans. On jugera
sur tout du mérite de cet Ouvrage , par
les soins heureux que s'est donné l'Auteur
, de rapprocher sous un même point
de vue l'Histoire des différens petits
Etats qui se formerent des débris de
l'Empire Mahométan , et de rappeller
sans cesse son Lecteur par l'importance
et par la varieté des Evenemens , par la
nouveauté et par la rapidité des objets
qu'il fait succeder les uns aux autres
enfin par l'ingénieuse fécondité
des denouemens qu'il prépare. On y retrouvera
avec plaisir l'héroïsme des vertus
guerrieres , soûtenu des plus grands
exemples de la magnanimité Chrétienne,
et les ressorts de la plus artificieuse politique
, quelquefois palliée sous les apparences
de la Religion , et déguisée sous
le masque de l'équité . En un mot , l'Histoire
des Révolutions d'Espagne paroîtra
encore plus digne de l'empressement du
Public , si l'on considere le rapport qu'el
le a avec les principales Monarchies de
l'Europe et de l'Afrique.
,
Cet
MAY. 1733. 977
Cet Ouvrage qui composera 3 vol. in -4
sera mis en vente au plus tard dans le
courant du mois de. Janvier de l'année
1734.
depuis la destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie , 3 vol .
in- 4 . Par le R. P. Joseph d'Orleans , de
la Compagnie de Jesus.
Pour présenter au Public une idée
précise de cet Ouvrage , il suffit d'emprunter
les termes que l'Auteur a employez
au commencement du premier
Livre.
» J'écris l'Histoire des Révolutions
d'une Monarchie élevée sur ses propres
» ruines , à un point de gloire et de
grandeur redoutable au reste du Mon-
» de et dont le Monde auroit plus
>> long-tems redouté la puissance , si elle
» se fût donné des bornes , et si elle
» eut moins dissipé ses forces , en voulant
trop étendre ses limites. C'est
,
» l'Hise
74 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire des Révolutions arrivées dans
» la Monarchie d'Espagne , depuis que ,
» née , pour parler ainsi , des cendres
» de celles des Goths , elle a quitté le
» nom de ses Conquérans , pour prendre
13 celui de son Pays.
Le Pere d'Orléans donnoit la derniere
forme à cet Ouvrage , et se disposoit à
le mettre au jour , lorsque la mort l'enleva
, vers la cinquante-quatrième année
de son âge. Le Manuscrit fut alors confié
à un Jésuite distingué par ses talens
, l'ami et le confident de l'Auteur 5
ce Pere se proposa d'abord d'y perfectionner
ce qui n'étoit encore qu'en
ébauche , dans le dessein de le publier
sans retardement , selon les intentions
de l'Historien . Du projet à l'éxécution
le trajet est difficile et hazardeux . Les
diverses occupations dont le dépositaire
du Manuscrit a été successivement surchargé
depuis plus de trente- quatre ans ,
ont absorbé presque tous les momens
de son loisir. Ainsi il ne lui a pas été
possible de veiller à l'Edition d'une Histoire
qui demandoit un travail assidu ,
pour être mise dans un état de perfection
qui répondit à la haute opinion
dont le Public est prévenu en faveur du
Pere d'Orléans.
Enfin
MAY. 1733
975
Enfin , après un délai de plusieurs années
, l'Ouvrage remis en d'autres mains
est présentement sous la presse. On ose
assurer qu'une Histoire si intéressante ne
trompera point l'attente des Gens de
Lettres , et donnera un nouveau lustre
à la réputation que ce célébre Ecrivain
s'est acquise , à juste titre , en France et
dans les Pays Etrangers.
On reconnoîtra dans l'Histoire des
Révolutions d'Espagne , l'Historien des
Révolutions d'Angleterre, les mêmes graces
, et la même naïveté dans le fil de
ses narrations , le même pinceau et la
même vivacité dans les portraits , sans
les outrer , même éxactitude dans l'ordre
des faits , même justesse dans les réfléxions
, même discernement dans la
critique , même élégance , et même énergie
dans la diction . Cependant l'Histoire
des Révolutions d'Espagne a cet
avantage sur l'autre , qu'elle est en mê
me-tems une Histoire suivie du Gouver
nement de la Nation . En effet , depuis
l'invasion des Maures , jusqu'à l'entiere
et parfaite réunion des Royaumes de Castille
et d'Arragon on une seule Monarchie
, les Annales Espagnoles ne présentent
qu'une suite de changemens , de
progrès , et de décadences dans ce grand
G nom976
MERCURE DE FRANCE
nombre de Souverainetez qui partage =
rent si long-tems l'Espagne . Chaque année
y fait éclore de nouvelles Dynasties
, qui s'établissent sur les ruines de la
domination Sarasine . Rien n'a échapé en
ce genre au Pere d'Orléans. On jugera
sur tout du mérite de cet Ouvrage , par
les soins heureux que s'est donné l'Auteur
, de rapprocher sous un même point
de vue l'Histoire des différens petits
Etats qui se formerent des débris de
l'Empire Mahométan , et de rappeller
sans cesse son Lecteur par l'importance
et par la varieté des Evenemens , par la
nouveauté et par la rapidité des objets
qu'il fait succeder les uns aux autres
enfin par l'ingénieuse fécondité
des denouemens qu'il prépare. On y retrouvera
avec plaisir l'héroïsme des vertus
guerrieres , soûtenu des plus grands
exemples de la magnanimité Chrétienne,
et les ressorts de la plus artificieuse politique
, quelquefois palliée sous les apparences
de la Religion , et déguisée sous
le masque de l'équité . En un mot , l'Histoire
des Révolutions d'Espagne paroîtra
encore plus digne de l'empressement du
Public , si l'on considere le rapport qu'el
le a avec les principales Monarchies de
l'Europe et de l'Afrique.
,
Cet
MAY. 1733. 977
Cet Ouvrage qui composera 3 vol. in -4
sera mis en vente au plus tard dans le
courant du mois de. Janvier de l'année
1734.
Fermer
Résumé : Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire des Révolutions d'Espagne' du Père Joseph d'Orléans de la Compagnie de Jésus couvre les événements depuis la destruction de l'Empire des Goths jusqu'à la réunion des royaumes de Castille et d'Aragon en une seule monarchie. L'auteur décrit l'ascension de l'Espagne à un point de gloire et de grandeur redoutable, soulignant que cette puissance aurait pu durer plus longtemps si elle avait su se modérer. L'ouvrage est structuré en trois volumes in-4. Le Père d'Orléans a travaillé sur cet ouvrage jusqu'à sa mort à l'âge de cinquante-quatre ans. Le manuscrit a ensuite été confié à un autre Jésuite, qui a rencontré des difficultés pour le publier en raison de diverses occupations. Après plusieurs années, l'ouvrage est enfin sous presse et devrait être disponible en janvier 1734. L'histoire des révolutions d'Espagne est comparée à celle des révolutions d'Angleterre, partageant des qualités telles que la grâce, la vivacité et l'exactitude. Cependant, elle se distingue par une analyse suivie du gouvernement de la nation espagnole. Depuis l'invasion des Maures jusqu'à la réunion des royaumes de Castille et d'Aragon, les annales espagnoles montrent une succession de changements, de progrès et de décadences. L'auteur a soigneusement rapproché les histoires des différents petits États formés des débris de l'Empire mahométan, offrant une vue d'ensemble des événements importants et variés. L'ouvrage met également en lumière l'héroïsme des vertus guerrières et les ressorts de la politique, souvent masqués sous des apparences religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2434
p. 977-978
Oeuvres diverses de M. de Fontenelle, &c. [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES DIVERSES de M. de Fontenelle, de l'Académie Françoise, nouvelle [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Oeuvres diverses, Picart, Libraires, Hollande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres diverses de M. de Fontenelle, &c. [titre d'après la table]
OEUVRES DIVERSES de M. de Fontenelle
, de l'Académie Françoise , nouvelle
Edition , augmentée et enrichie de Figures
gravées par Bernard Picart le Romain,
3 vol. in fol. A la Haye 1728 .
Les mêmes en trois vol . in - 4. se vendent
à Paris chez Michel- Etienne David,
Quai des Augustins , à la Providence ; et
Antoine Claude Briasson , ruë S. Jacques
à la Science.
,
Cette Edition surpasse pour la magnificence
celle qui fut faite il y a quelques
années en Hollande des Oeuvres de
M. Despreaux , en deux vol . in -fol. Le
goût en est à peu près le même , mais il
y a plus de propreté et de soins dans celle
des Oeuvres de M. de Fontenelle . Les Libraires
de Hollande qui entreprennent
avec plaisir ces sortes d'Ouvrages , parce
que leur commerce est plus étendu , tant
en Allemagne qu'en Angleterre , dans les
Pays-Bas , dans le Nort et en Flandres
ne font parconséquent aucune difficulté
d'imprimer avec beaucoup de dépense de
semblables Editions qui feront l'admira-
Gij tion
978 MERCURE DE FRANCE
le tion de la Posterité , aussi- bien par
fond que par les agrémens qu'ils ont sçû
y répandre sous la direction du célebre
M. Picart , l'un des plus gracieux Dessinateurs
et des plus habiles Graveurs qu'il
y ait eu depuis long- tems en Europe.
Ainsi cetteEdition sera toujours recherchée
des Curieux , comme un modele de
bon goût en ce genre. Rien ne devroit
tant animer les Libraires François qu'une
aussi belle dépense , appliquée si à propos
, et qui a eu un si grand succès. Par
là M. de Fontenelle ne vivra pas seulement
chez les habiles Gens par son
propre mérite ; il fera encore les délices
des Amateurs de Desseins et d'Estampes
, par l'agrément que M. Picart a
répandu dans tous ceux dont il a décoré
cette belle et magnifique Edition,
, de l'Académie Françoise , nouvelle
Edition , augmentée et enrichie de Figures
gravées par Bernard Picart le Romain,
3 vol. in fol. A la Haye 1728 .
Les mêmes en trois vol . in - 4. se vendent
à Paris chez Michel- Etienne David,
Quai des Augustins , à la Providence ; et
Antoine Claude Briasson , ruë S. Jacques
à la Science.
,
Cette Edition surpasse pour la magnificence
celle qui fut faite il y a quelques
années en Hollande des Oeuvres de
M. Despreaux , en deux vol . in -fol. Le
goût en est à peu près le même , mais il
y a plus de propreté et de soins dans celle
des Oeuvres de M. de Fontenelle . Les Libraires
de Hollande qui entreprennent
avec plaisir ces sortes d'Ouvrages , parce
que leur commerce est plus étendu , tant
en Allemagne qu'en Angleterre , dans les
Pays-Bas , dans le Nort et en Flandres
ne font parconséquent aucune difficulté
d'imprimer avec beaucoup de dépense de
semblables Editions qui feront l'admira-
Gij tion
978 MERCURE DE FRANCE
le tion de la Posterité , aussi- bien par
fond que par les agrémens qu'ils ont sçû
y répandre sous la direction du célebre
M. Picart , l'un des plus gracieux Dessinateurs
et des plus habiles Graveurs qu'il
y ait eu depuis long- tems en Europe.
Ainsi cetteEdition sera toujours recherchée
des Curieux , comme un modele de
bon goût en ce genre. Rien ne devroit
tant animer les Libraires François qu'une
aussi belle dépense , appliquée si à propos
, et qui a eu un si grand succès. Par
là M. de Fontenelle ne vivra pas seulement
chez les habiles Gens par son
propre mérite ; il fera encore les délices
des Amateurs de Desseins et d'Estampes
, par l'agrément que M. Picart a
répandu dans tous ceux dont il a décoré
cette belle et magnifique Edition,
Fermer
Résumé : Oeuvres diverses de M. de Fontenelle, &c. [titre d'après la table]
Le texte annonce une nouvelle édition des 'Œuvres diverses' de M. de Fontenelle, membre de l'Académie Française, publiée en 1728 à La Haye. Cette édition, en trois volumes in-folio, inclut des figures gravées par Bernard Picart. Des versions en trois volumes in-4 sont également disponibles à Paris chez Michel-Étienne David et Antoine Claude Briasson. Cette édition est saluée pour sa magnificence et sa propreté, surpassant une précédente édition hollandaise des œuvres de M. Despreaux. Les libraires hollandais, grâce à leur vaste réseau commercial en Allemagne, Angleterre, Pays-Bas, Nord et Flandres, produisent des éditions coûteuses admirées pour leur contenu et leur esthétique. Bernard Picart, renommé pour ses talents de dessinateur et graveur, a supervisé ces œuvres, en faisant un modèle de bon goût. Cette édition attirera les amateurs de dessins et d'estampes. Les libraires français sont incités à investir dans des projets similaires pour obtenir un tel succès. Ainsi, M. de Fontenelle sera apprécié non seulement pour son mérite propre, mais aussi pour l'agrément apporté par les gravures de M. Picart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2435
p. 978-979
Elemens de Chimie, [titre d'après la table]
Début :
ELEMENTA CHEMIAE, quae anniversario labore docuit, in publicis privatisque Scholiis, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Elemens de Chimie, [titre d'après la table]
ELEMENTA CHEMIA , quæ anniversario labore
docuit , in publicis privatisque Scholiis
Hermannus Boeraave , continentis Historiam
Theoriam et Operationes Chemicas Editio altera
, Leydensi multo correctior et Accuratior,
cui etiam accessere ejusdem, Auctoris Opuscula
omnia quæ hactenus in lucem prodierunt in
unum Corpus collecta , 2 vol. in- 4 . cum figuris
Aeneis. Parisiis apud Cavelier , via Jacobea ,
1753.
Il y a au commencement de cette Edition un
Avertissement du Libraire qui marque n'avoir
rien
MAY. 1733. 979
•
rien épargné pour rendre cette Edition correcte ;
il cite un grand nombre de fautes qui se trouvent
dans l'Edition de Leyde 1732. qu'il a exactement
corrigées dans son Edition. De plus , il a
ajoûté à la fin du Tome second tous les Opuscules
de l'Auteur , qui avoient été ci - devant
imprimés séparément en differentes grandeurs ,
et qu'il a ramassez ensemble , ce qui n'a point
été fait jusqu'à présent.
docuit , in publicis privatisque Scholiis
Hermannus Boeraave , continentis Historiam
Theoriam et Operationes Chemicas Editio altera
, Leydensi multo correctior et Accuratior,
cui etiam accessere ejusdem, Auctoris Opuscula
omnia quæ hactenus in lucem prodierunt in
unum Corpus collecta , 2 vol. in- 4 . cum figuris
Aeneis. Parisiis apud Cavelier , via Jacobea ,
1753.
Il y a au commencement de cette Edition un
Avertissement du Libraire qui marque n'avoir
rien
MAY. 1733. 979
•
rien épargné pour rendre cette Edition correcte ;
il cite un grand nombre de fautes qui se trouvent
dans l'Edition de Leyde 1732. qu'il a exactement
corrigées dans son Edition. De plus , il a
ajoûté à la fin du Tome second tous les Opuscules
de l'Auteur , qui avoient été ci - devant
imprimés séparément en differentes grandeurs ,
et qu'il a ramassez ensemble , ce qui n'a point
été fait jusqu'à présent.
Fermer
Résumé : Elemens de Chimie, [titre d'après la table]
L'édition révisée de 'Elementa Chemia' d'Hermann Boerhaave, publiée à Leyde en 1753, corrige les erreurs de l'édition de 1732 et compile tous les opuscules de l'auteur en deux volumes illustrés. Cette édition a été soigneusement vérifiée pour garantir sa précision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2436
p. 979
La Médecine Théologique, [titre d'après la table]
Début :
LA MEDECINE THEOLOGIQUE, ou la Médecine créée, telle qu'elle se fait voir, sortie des [...]
Mots clefs :
Médecine théologique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Médecine Théologique, [titre d'après la table]
LA MEDECINE THEOLOGIQUE , ou la Médecine
créée, telle qu'elle se fait voir , sortie des
mains de Dieu , Créateur de la Nature , et régie
par ses Loix , Ouvrage où s'explique l'Hygienne
par le Méchanisme , l'on y découvre les causes des
Maladies et leurs vrais Remedes, on a joint à la fin
les Theses de Médecine de l'Auteur de ce Traité ,
deux gros volumes in- 12. A Paris , chez Cavelier
, rue S. Jacques. 1733 .
créée, telle qu'elle se fait voir , sortie des
mains de Dieu , Créateur de la Nature , et régie
par ses Loix , Ouvrage où s'explique l'Hygienne
par le Méchanisme , l'on y découvre les causes des
Maladies et leurs vrais Remedes, on a joint à la fin
les Theses de Médecine de l'Auteur de ce Traité ,
deux gros volumes in- 12. A Paris , chez Cavelier
, rue S. Jacques. 1733 .
Fermer
2437
p. 979
« LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...] »
Début :
LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...]
Mots clefs :
Morale, Piété, Eaux et forêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur divers Sujets de Morale et de Pieté, Tome IV. in-12. en grand et petit papier. [...] »
LETTRES Sur divers Sujets de Morale et de
Pieté , Tome IV . in - 12 . en grand et petit pas
pier. Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques ,
1733.
ORDONNANCE de Louis XIV . sur le fait des
Eaux et Forêts. Nouvelle Edition , augmentée
des Edits , Déclarations et Arrêts rendus en
conséquence jusqu'à présent. deux vol . in - 24 .
Paris ,chez Cavelier , ruë S. Jacques , 17.33 .
Pieté , Tome IV . in - 12 . en grand et petit pas
pier. Paris , chez Cavelier , rue S. Jacques ,
1733.
ORDONNANCE de Louis XIV . sur le fait des
Eaux et Forêts. Nouvelle Edition , augmentée
des Edits , Déclarations et Arrêts rendus en
conséquence jusqu'à présent. deux vol . in - 24 .
Paris ,chez Cavelier , ruë S. Jacques , 17.33 .
Fermer
2438
p. 980-987
Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 13 du mois de Mars, le R. P. Charles Porée, Jesuite, prononça devant une illustre et [...]
Mots clefs :
Théâtre, Charles Porée, Préceptes, Histoire, Poète dramatique, Orateur, Exemples, Moeurs, Former, Vertus, Vices, Hommes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Le 13 du mois de Mars , le R. P. Charles Porée
, Jesuite , prononça devant une illustre et
nombreuse Assemblée un Discours Latin sur ce
sujet : Theatrum sit ne , vel esse possit Schola informandis
moribus idonea. C'est- à-dire , sille
formanMAY
. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rai
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sa❤
gement son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas. Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art .
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exeinples.
Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au- dessus de cha
cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes. On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard .
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort .
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus
et à haïr et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices .
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
G iiij
aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
pour cor-
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera- t- il le fond
des préceptes dont il prétend se servir
riger les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes. Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abondantes.
La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion ; ne lui est pas interdite.
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique ,
contentieuse et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et
dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement. Il ne s'érige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Philosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue.
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en paralele avec l'Historien.
Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Qr
:
MAY. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rais
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sagement
son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas . Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art.
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exem
ples. Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au - dessus de cha
Cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes . On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard.
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort.
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus , et à hair et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices.
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
Giiij aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera-t - il le fond
des préceptes dont il prétend se servir pour corriger
les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes . Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abon →
dantes . La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion , ne lui est pas interdite.
>
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique
contentieuse , et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement . Il ne s'erige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Thilosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en parallele avec l'Histo
rien. Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Or
MA Y. 1733- 983
Or l'Histoire donne indifféremment toutes
sortes d'exemples tels qu'ils se présentent , sans
donner souvent ceux dont chacun auroit besoin
Le Théatre les choisit , et les approprie à ses
Spectateurs. L'Histore fait souvent voir la vertu
si-non punie, du moins malheureuse , et le vice
heureux et comme récompensé. Sur le Théatre
c'est une loi de punir le vice et de couronner la
vertu.
Les exemples que donne l'Histoire sont inanimés
, et presqu'aussi inefficaces que les préceptes
philosophiques Car la Philosophie parle
pour l'avenir . On doit faire ceci on doit éviter
cela. L'Histoire raconte le passé . Le Théatre
seul rend les exemples pressans , animés
vivans.
L'Histoire parle tantôt des vices tantôt des
vertus , selon les sujets qu'elle peint . Le Dramatique
peint réellement , et a tous les avantages
de la Peinture le contraste sur tout et l'opposition
, le mêlange des ombres avec la lumiere ;
il oppose les vertus aux vices , les vices aux vertus.
Et par là ses caracteres sont toujours marqués
, brillans et à portée d'être imités ou rejettés.
Socrate étoit fort , assidu au Théatre d'Euripide.
Aristote a traité fort au long et en grave
Philosophe de la Poësie Dramatique . Le Car
dinal de Richelieu a travaillé pour le Théatre.
L'Orateur dit aussi son sentiment sur le
Théatre moderne , et ne trouve ni dans les Vers ,
ni dans le Chant , ni dans la Danse , rien qui
ne puisse être fort innocent , et fort propre
même à nourrir l'esprit et à former le coeur en
les amusant. Il a donc raison de conclure que
de soi le Théatre peut fort bien être une Ecole
GY de
984 MERCURE DE FRANCE
de vertu , propre pour former les moeurs. Mais
pourquoi donc tant de grands hommes , tant
de vertueux personages ont- ils proscrit le Théatre
, et invectivé contre lui comme contre une
Ecole de vice et de libertinage ? La réponse est
facile. Ils n'éxaminoient pas ce qui pouvoit
être. Ils ne parloient que de ce qui étoit.
Or le Théatre n'est pas , et n'a guéres jamais
été ce qu'il pouvoit , et ce qu'il devroit être :
et peut - être est - il bien difficile qu'il le soit jamais
ce qui est une autre question qu'on pourroit
discuter. L'Orateur parle désormais du
Théatre tel qu'il est , et c'est le sujet de la seconde
partic.
Il remonte à la source du mal 1, et la trouve
également dans les Auteurs , dans les Acteurs
et dans les Spectateurs , et en premier heu c'est
la faute des Poëtes Dramatiques si le Théatre
n'est pas ce qu'il doit être. Ils perdent à tous
momens de vue la fin et le but du sujet qu'ils
se mêlent de traitter .
Leur grand but paroît être uniquement de
briller , et de se faire promptement connoître et
admirer du Public ; de se donner en quelque
sorte en spectacle à toute une ville , sans- se piquer
beaucoup du titre de bons citoyens , dont
le devoir est de se rendre utile , et de contribuer
au bien commun de la Nation. Horace
dit que les Poëtes veulent ou plaire ou être utiles
. Nos Poëtes ne s'embarassent guéres que de
plaire.
Deux folles passions , capables seules de corrompre
toute une Nation , paroissent être le
grand objet de nos Poëtes , la vengeance et l'amour
, et en être l'objet bien plus pour les réveiller
que pour les éteindre.
Le
MAY . 1733 .
Le P. Porée adresse la parole au grand Corneille
, et lui reproche avec vehemence , quoiqu'avec
beaucoup d'estime et une sorte de respect
, d'avoir donné des exemples et des préceptes
de vengeance et de duel dans son Cid , et
de les avoir donnés d'une maniere d'autant plus
dangereuse , qu'elle est plus pleine d'élévation , si
non de coeur et de sentimens , du moins d'esprit
et de pensées .
Mais en même-tems l'Orateur reconnoît la
sagesse de Corneille sur l'article de l'Amour, sur
lequel Racine a été encore plus indiscret que
Corneille ne l'avoit été sur celui de la Vengeance.
Là commence un parallele de ces deux
grands Maîtres de la Scene Françoise ; et ce parallele
est nouveau après tous les autres qui ont
paru jusqu'ici : il finit par établir une sorte d'égalité
entre les deux Poëtes . Mais le commencement
et le milieu n'alloient point là , et on
ne s'attendoit guéres à voir cette gémissante Colombe
de Venus partager l'Empire , même du
Théatre , avec cette Aigle foudroyante de Jupiter.
L'Orateur a donné sans doute cette fin au
préjugé du vulgaire.
Ceux qui se sont emparés de la Scene après
ces deux grands Poëtes , ont bien pû imiter ou
surpasser même leurs défauts , principalement
celui des Sottises amoureuses , mais il ne leur a
pas été si aisé d'atteindre à leur Art , beaucoup
moins à leur Génie .
L'Orateur répond au prétexte , qu'on réveille
P'Amour pour le corriger et le bannir . Il appelle
cela exciter un grand incendie pour l'ét indre
après qu'il a fait bien des ravages donner du
poison pour le faire revomir après qu'il a dé
shiré les entrailles, L'amour n'est pas de ces
Gvj pas+
986 MERCURE DE FRANCE
sûr passions peu naturelles qu'on est commes
d'éteindre après les avoir allumées.
Les anciens Tragiques ne connoissoient point
cette passion , et leur Théatre ne se soutenoit
que mieux sans elle. Eschyle ne l'a jamais mise
sur le sien , Sophocle ne l'y a admise qu'une
fois , et Euripide deux fois : et encore avec
quels égards , quelle discrétion , quelle bienséance
,
Ia Tragédie a donc beaucoup perdu de son
ancienne majesté en perdant sa gravité , sa
séverité sa modestie , sa décence. Mais la Comédie
moerne se flate de surpasser en ce point
là même , l'ancienne Comédie. Notre Orateur
cependant n'est point du tout de cet avis. Le
caractere qu'il fait de Moliere est achevé , et
par là même il en fait un Maître dans l'Art des
moeurs d'autant plus mauvais , qu'il le fait meilleur
dans l'Art du Poeme Dramatique.
Le P. Porée n'épargne aucune sorte de Théatre.
La Comédie Italienne ne mérite pas de
grands égards après qu'il a reprouvé le Théatre
François. Et là - dessus on comprend bien qu'il
ne fait nul quartier à POpera. I applaudit au
génie de Lulli et de Quinault : mais il ne leur
fait d'autre grace , sur l'abus qu'ils en ont fait ,
qu'en reconnoissant qu'ils on: reconnu eux mêmes
avant leur mort , et qu'ils ont détesté cer
abus.
Des Auteurs , le P. Porée passe aux Acteurs ,
et fait voir que plus ils sont parfaits dans leur
action , plus ils sont criminels , et qu'ils contribuent
beaucoup au mal que les Auteurs Dramatiques
font par leur organe. Les Spectateurs ne
sont pas épargnés. Comment seroient- ils innocens
s'il faut être criminel pour leur
plaire ?
›
MAY. 17 ? 3 . 987
Cet Extrait auroit paru dès le mois passé si
nous n'avions été trop pressés par l'abondance
des matieres. Le Discours Latin , imprimé chez
Coignard fils , rue S. jacques , paroît et se fait
lire avec un extrême plaisir. On pariera dans le
prochain Mercure de la Traduction Françoise.
que le R. P. Brumoy en a faite , imprimée chez
le même Libraire.
, Jesuite , prononça devant une illustre et
nombreuse Assemblée un Discours Latin sur ce
sujet : Theatrum sit ne , vel esse possit Schola informandis
moribus idonea. C'est- à-dire , sille
formanMAY
. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rai
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sa❤
gement son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas. Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art .
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exeinples.
Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au- dessus de cha
cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes. On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard .
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort .
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus
et à haïr et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices .
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
G iiij
aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
pour cor-
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera- t- il le fond
des préceptes dont il prétend se servir
riger les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes. Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abondantes.
La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion ; ne lui est pas interdite.
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique ,
contentieuse et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et
dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement. Il ne s'érige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Philosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue.
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en paralele avec l'Historien.
Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Qr
:
MAY. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rais
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sagement
son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas . Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art.
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exem
ples. Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au - dessus de cha
Cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes . On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard.
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort.
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus , et à hair et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices.
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
Giiij aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera-t - il le fond
des préceptes dont il prétend se servir pour corriger
les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes . Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abon →
dantes . La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion , ne lui est pas interdite.
>
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique
contentieuse , et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement . Il ne s'erige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Thilosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en parallele avec l'Histo
rien. Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Or
MA Y. 1733- 983
Or l'Histoire donne indifféremment toutes
sortes d'exemples tels qu'ils se présentent , sans
donner souvent ceux dont chacun auroit besoin
Le Théatre les choisit , et les approprie à ses
Spectateurs. L'Histore fait souvent voir la vertu
si-non punie, du moins malheureuse , et le vice
heureux et comme récompensé. Sur le Théatre
c'est une loi de punir le vice et de couronner la
vertu.
Les exemples que donne l'Histoire sont inanimés
, et presqu'aussi inefficaces que les préceptes
philosophiques Car la Philosophie parle
pour l'avenir . On doit faire ceci on doit éviter
cela. L'Histoire raconte le passé . Le Théatre
seul rend les exemples pressans , animés
vivans.
L'Histoire parle tantôt des vices tantôt des
vertus , selon les sujets qu'elle peint . Le Dramatique
peint réellement , et a tous les avantages
de la Peinture le contraste sur tout et l'opposition
, le mêlange des ombres avec la lumiere ;
il oppose les vertus aux vices , les vices aux vertus.
Et par là ses caracteres sont toujours marqués
, brillans et à portée d'être imités ou rejettés.
Socrate étoit fort , assidu au Théatre d'Euripide.
Aristote a traité fort au long et en grave
Philosophe de la Poësie Dramatique . Le Car
dinal de Richelieu a travaillé pour le Théatre.
L'Orateur dit aussi son sentiment sur le
Théatre moderne , et ne trouve ni dans les Vers ,
ni dans le Chant , ni dans la Danse , rien qui
ne puisse être fort innocent , et fort propre
même à nourrir l'esprit et à former le coeur en
les amusant. Il a donc raison de conclure que
de soi le Théatre peut fort bien être une Ecole
GY de
984 MERCURE DE FRANCE
de vertu , propre pour former les moeurs. Mais
pourquoi donc tant de grands hommes , tant
de vertueux personages ont- ils proscrit le Théatre
, et invectivé contre lui comme contre une
Ecole de vice et de libertinage ? La réponse est
facile. Ils n'éxaminoient pas ce qui pouvoit
être. Ils ne parloient que de ce qui étoit.
Or le Théatre n'est pas , et n'a guéres jamais
été ce qu'il pouvoit , et ce qu'il devroit être :
et peut - être est - il bien difficile qu'il le soit jamais
ce qui est une autre question qu'on pourroit
discuter. L'Orateur parle désormais du
Théatre tel qu'il est , et c'est le sujet de la seconde
partic.
Il remonte à la source du mal 1, et la trouve
également dans les Auteurs , dans les Acteurs
et dans les Spectateurs , et en premier heu c'est
la faute des Poëtes Dramatiques si le Théatre
n'est pas ce qu'il doit être. Ils perdent à tous
momens de vue la fin et le but du sujet qu'ils
se mêlent de traitter .
Leur grand but paroît être uniquement de
briller , et de se faire promptement connoître et
admirer du Public ; de se donner en quelque
sorte en spectacle à toute une ville , sans- se piquer
beaucoup du titre de bons citoyens , dont
le devoir est de se rendre utile , et de contribuer
au bien commun de la Nation. Horace
dit que les Poëtes veulent ou plaire ou être utiles
. Nos Poëtes ne s'embarassent guéres que de
plaire.
Deux folles passions , capables seules de corrompre
toute une Nation , paroissent être le
grand objet de nos Poëtes , la vengeance et l'amour
, et en être l'objet bien plus pour les réveiller
que pour les éteindre.
Le
MAY . 1733 .
Le P. Porée adresse la parole au grand Corneille
, et lui reproche avec vehemence , quoiqu'avec
beaucoup d'estime et une sorte de respect
, d'avoir donné des exemples et des préceptes
de vengeance et de duel dans son Cid , et
de les avoir donnés d'une maniere d'autant plus
dangereuse , qu'elle est plus pleine d'élévation , si
non de coeur et de sentimens , du moins d'esprit
et de pensées .
Mais en même-tems l'Orateur reconnoît la
sagesse de Corneille sur l'article de l'Amour, sur
lequel Racine a été encore plus indiscret que
Corneille ne l'avoit été sur celui de la Vengeance.
Là commence un parallele de ces deux
grands Maîtres de la Scene Françoise ; et ce parallele
est nouveau après tous les autres qui ont
paru jusqu'ici : il finit par établir une sorte d'égalité
entre les deux Poëtes . Mais le commencement
et le milieu n'alloient point là , et on
ne s'attendoit guéres à voir cette gémissante Colombe
de Venus partager l'Empire , même du
Théatre , avec cette Aigle foudroyante de Jupiter.
L'Orateur a donné sans doute cette fin au
préjugé du vulgaire.
Ceux qui se sont emparés de la Scene après
ces deux grands Poëtes , ont bien pû imiter ou
surpasser même leurs défauts , principalement
celui des Sottises amoureuses , mais il ne leur a
pas été si aisé d'atteindre à leur Art , beaucoup
moins à leur Génie .
L'Orateur répond au prétexte , qu'on réveille
P'Amour pour le corriger et le bannir . Il appelle
cela exciter un grand incendie pour l'ét indre
après qu'il a fait bien des ravages donner du
poison pour le faire revomir après qu'il a dé
shiré les entrailles, L'amour n'est pas de ces
Gvj pas+
986 MERCURE DE FRANCE
sûr passions peu naturelles qu'on est commes
d'éteindre après les avoir allumées.
Les anciens Tragiques ne connoissoient point
cette passion , et leur Théatre ne se soutenoit
que mieux sans elle. Eschyle ne l'a jamais mise
sur le sien , Sophocle ne l'y a admise qu'une
fois , et Euripide deux fois : et encore avec
quels égards , quelle discrétion , quelle bienséance
,
Ia Tragédie a donc beaucoup perdu de son
ancienne majesté en perdant sa gravité , sa
séverité sa modestie , sa décence. Mais la Comédie
moerne se flate de surpasser en ce point
là même , l'ancienne Comédie. Notre Orateur
cependant n'est point du tout de cet avis. Le
caractere qu'il fait de Moliere est achevé , et
par là même il en fait un Maître dans l'Art des
moeurs d'autant plus mauvais , qu'il le fait meilleur
dans l'Art du Poeme Dramatique.
Le P. Porée n'épargne aucune sorte de Théatre.
La Comédie Italienne ne mérite pas de
grands égards après qu'il a reprouvé le Théatre
François. Et là - dessus on comprend bien qu'il
ne fait nul quartier à POpera. I applaudit au
génie de Lulli et de Quinault : mais il ne leur
fait d'autre grace , sur l'abus qu'ils en ont fait ,
qu'en reconnoissant qu'ils on: reconnu eux mêmes
avant leur mort , et qu'ils ont détesté cer
abus.
Des Auteurs , le P. Porée passe aux Acteurs ,
et fait voir que plus ils sont parfaits dans leur
action , plus ils sont criminels , et qu'ils contribuent
beaucoup au mal que les Auteurs Dramatiques
font par leur organe. Les Spectateurs ne
sont pas épargnés. Comment seroient- ils innocens
s'il faut être criminel pour leur
plaire ?
›
MAY. 17 ? 3 . 987
Cet Extrait auroit paru dès le mois passé si
nous n'avions été trop pressés par l'abondance
des matieres. Le Discours Latin , imprimé chez
Coignard fils , rue S. jacques , paroît et se fait
lire avec un extrême plaisir. On pariera dans le
prochain Mercure de la Traduction Françoise.
que le R. P. Brumoy en a faite , imprimée chez
le même Libraire.
Fermer
Résumé : Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Le 13 mars, le Père Charles Porée, jésuite, prononça un discours en latin devant une assemblée nombreuse et illustre sur le sujet : 'Le Théâtre est-il ou peut-il devenir une école propre pour former les mœurs ?' Porée explora les raisons de poser cette question et démontra que, bien que le théâtre puisse être une école pour former les mœurs, il ne l'est pas en raison des erreurs humaines. Il loua les cardinaux de Polignac et de Bissy présents. Porée souligna que le théâtre combine les préceptes de la philosophie et les exemples de l'histoire, s'élevant ainsi au-dessus de ces deux disciplines. Il offre des leçons pour toutes les conditions sociales, enseignant à aimer la vertu et à fuir le vice. Le théâtre va même plus loin que la philosophie en abordant les bienséances et les indécences les plus légères. La tragédie punit les moindres faiblesses, et la comédie poursuit le ridicule le moins grossier. Le poète dramatique tire ses préceptes de l'humaine folie, de la morale ordinaire et de la morale divine. Contrairement au philosophe dogmatique, le poète dramatique dissimule son but et invite à la vertu de manière plus efficace. Il utilise des exemples pour rendre ses leçons plus pressantes et vivantes, contrairement à l'histoire qui donne des exemples indifférents et souvent inefficaces. L'orateur critiqua les auteurs dramatiques modernes qui se concentrent sur la vengeance et l'amour, reprochant à Corneille et Racine d'avoir donné des exemples dangereux de ces passions. Il reconnut la sagesse de Corneille sur l'amour et compara les deux poètes, établissant une sorte d'égalité entre eux. Il critiqua également la comédie italienne et l'opéra, tout en reconnaissant le génie de Lulli et Quinault. Porée passa ensuite aux acteurs, affirmant qu'ils contribuent au mal fait par les auteurs dramatiques, et ne ménagea pas non plus les spectateurs. Le texte est un extrait d'un document daté du 17 mai 1739, mentionnant que le discours en latin, imprimé chez Coignard fils, rue Saint-Jacques, suscite un grand intérêt et est lu avec plaisir. La traduction française de ce discours, réalisée par le Père Brumoy, sera publiée dans le prochain numéro du Mercure de France. La publication avait été retardée en raison de l'abondance des matières à traiter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2439
p. 987-988
« L'Abbé Pithon-Curt travaille à un Nobiliaire, ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles [...] »
Début :
L'Abbé Pithon-Curt travaille à un Nobiliaire, ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles [...]
Mots clefs :
Famille, Histoire généalogique, Mémoire, Maisons, Pithon-Curt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Abbé Pithon-Curt travaille à un Nobiliaire, ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles [...] »
L'Abbé Pithon- Curt travaille à un Nobiliaire ;
ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles
nobles du Comté-Vena'ssin , de la Ville
d'Avignon , et de la Principauté d'Orange. Cet
Ouvrage qui est très - avancé , sera imprimé en
deux volumes , grands in 4. On trouvera par
lettre alphabétique une Planche ou Carte pour
chaque Famille , dans laquelle on verra tous les
degrez de filiation , les Branches , les Alliances ,
et tous les Ecussons en Taille- douce , que les
Curieux pourront faire enluminer.
On trouvera ensuite les preuves de la Famille
dont on aura vû la Table Généalogique réduites
en un Corps d'histoire , où il sera parlé des
Dignitez , Charges et Emplois qu'on aura possedés
, soit dans l'Epée , soit dans la Robe ou
dans l'Eglise
Il faut fournir au même Abbé Pithon - Curt
10, un Mémoire bien détaillé et bien circonstancié
de chaque Famille. 20. Les Contrats de Mariage
, Testamens , Brevets , Bulles , Brefs , et generalement
tout ce qui peut servir de preuve aux
Mémoires qu'on lui fournira . Le tout en Extraits
collationnez sur les Originaux par un ou
plusieurs Notaires , et légalises par un Magis-`
trat authentique , ou par le Juge superieur du
Ressort. 30. Les Armoiries des Alliances qu'on
988 MERCURE DE FRANCE
a contractées , exactement blazonnées . On n'oubliera
pas non plus de parler des Filles qui ont
été mariées , et de celles qui sont entrées en Religion.
Les Maisons qui ont donné des preuves pour
Malte , peuvent en envoyer les Duplicata avec
un Mémoire instructif , et qui suplée à ce que
le Duplicata ne contiendra pas.
Il n'en coutera rien à personne que la peine
d'envoyer les Titres , et de les affranchir à la
Poste . La Noblesse est priée de se hâter , parce
que l'Ouvrage est avancé , et que PAuteur souhaite
avec empressement de le publier . Son
adresse est à Paris , chez le sieur Bonvalet , Marchand
Epicier , ruë du Bacq.
ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles
nobles du Comté-Vena'ssin , de la Ville
d'Avignon , et de la Principauté d'Orange. Cet
Ouvrage qui est très - avancé , sera imprimé en
deux volumes , grands in 4. On trouvera par
lettre alphabétique une Planche ou Carte pour
chaque Famille , dans laquelle on verra tous les
degrez de filiation , les Branches , les Alliances ,
et tous les Ecussons en Taille- douce , que les
Curieux pourront faire enluminer.
On trouvera ensuite les preuves de la Famille
dont on aura vû la Table Généalogique réduites
en un Corps d'histoire , où il sera parlé des
Dignitez , Charges et Emplois qu'on aura possedés
, soit dans l'Epée , soit dans la Robe ou
dans l'Eglise
Il faut fournir au même Abbé Pithon - Curt
10, un Mémoire bien détaillé et bien circonstancié
de chaque Famille. 20. Les Contrats de Mariage
, Testamens , Brevets , Bulles , Brefs , et generalement
tout ce qui peut servir de preuve aux
Mémoires qu'on lui fournira . Le tout en Extraits
collationnez sur les Originaux par un ou
plusieurs Notaires , et légalises par un Magis-`
trat authentique , ou par le Juge superieur du
Ressort. 30. Les Armoiries des Alliances qu'on
988 MERCURE DE FRANCE
a contractées , exactement blazonnées . On n'oubliera
pas non plus de parler des Filles qui ont
été mariées , et de celles qui sont entrées en Religion.
Les Maisons qui ont donné des preuves pour
Malte , peuvent en envoyer les Duplicata avec
un Mémoire instructif , et qui suplée à ce que
le Duplicata ne contiendra pas.
Il n'en coutera rien à personne que la peine
d'envoyer les Titres , et de les affranchir à la
Poste . La Noblesse est priée de se hâter , parce
que l'Ouvrage est avancé , et que PAuteur souhaite
avec empressement de le publier . Son
adresse est à Paris , chez le sieur Bonvalet , Marchand
Epicier , ruë du Bacq.
Fermer
Résumé : « L'Abbé Pithon-Curt travaille à un Nobiliaire, ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles [...] »
L'Abbé Pithon-Curt rédige un ouvrage en deux volumes intitulé 'Nobiliaire; ou Histoire Généalogique des Maisons et Familles nobles du Comté-Venaissin, de la Ville d'Avignon, et de la Principauté d'Orange'. Cet ouvrage présentera, par ordre alphabétique, une planche ou carte généalogique pour chaque famille, incluant les degrés de filiation, les branches, les alliances et les écussons en taille-douce. Les preuves de chaque famille seront compilées en un corps d'histoire, détaillant les dignités, charges et emplois occupés dans l'épée, la robe ou l'Église. Pour compléter cet ouvrage, l'Abbé Pithon-Curt demande aux familles nobles de fournir un mémoire détaillé, les contrats de mariage, testaments, brevets, bulles, brefs et autres documents probants, tous extraits et collationnés sur les originaux par des notaires et légalisés par un magistrat ou un juge supérieur. Les armoiries des alliances doivent être exactement blasonnées, et les informations sur les filles mariées ou entrées en religion doivent également être incluses. Les familles ayant des preuves pour Malte sont invitées à envoyer les duplicatas avec un mémoire instructif. L'Abbé Pithon-Curt encourage la noblesse à envoyer rapidement les titres nécessaires, sans frais autres que ceux de l'envoi et de l'affranchissement. Son adresse pour recevoir ces documents est chez le sieur Bonvalet, marchand épicier, rue du Bacq à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2440
p. 988
« Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...] »
Début :
Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22 Avril, le R. P. du Vivien, Carme, prononça dans l'Eglise du Convent, dit Billetes, [...] »
Le 22 Avril , le R. P. du Vivien , Carme 8
prononça dans l'Eglise du Convent , dit Billetes ,
un Discours Latin en présence de M. le Nonce
et d'un grand nombre de personnes de distinction
. Le Discours fut fort goûté , le Sujet en
avoit été annoncé dans un Programme en ces
termes : Erroribus , Hominum in Philosophando ,
qua Principia , qua Remedia , dicet Orator Philosophus
in Regio Billetarum Carmelo , pro auspi→
candis Philosophia studiis.
prononça dans l'Eglise du Convent , dit Billetes ,
un Discours Latin en présence de M. le Nonce
et d'un grand nombre de personnes de distinction
. Le Discours fut fort goûté , le Sujet en
avoit été annoncé dans un Programme en ces
termes : Erroribus , Hominum in Philosophando ,
qua Principia , qua Remedia , dicet Orator Philosophus
in Regio Billetarum Carmelo , pro auspi→
candis Philosophia studiis.
Fermer
2441
p. 989-991
EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Début :
Pierre Denis, nâquit à Mons en Hainault, en l'année 1658. il eut dès sa jeunesse une grande [...]
Mots clefs :
Pierre Denis, Choeur, Balustrade, Saint-Denis, Église, Ouvrages, Escalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
Fermer
Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Pierre Denis, né à Mons en Hainault en 1688, manifesta très tôt un intérêt pour les arts et une passion particulière pour le travail du fer. Il se rendit en Italie pour se former à Rome pendant deux ans, puis s'installa à Paris où il se perfectionna durant six années auprès des meilleurs artistes. En 1690, il quitta le monde séculier pour rejoindre l'Ordre de Saint-Benoît en tant que commis, un laïc engagé par contrat civil à suivre certaines règles et à travailler dans les arts et métiers dont il était capable. Il entra à l'Abbaye Royale de Saint-Denis et y fit son contrat de stabilité en 1692. Durant les quarante-trois années suivantes, Denis réalisa de nombreux ouvrages de ferronnerie d'une grande perfection. Parmi ses œuvres les plus notables à Saint-Denis figurent la balustrade de l'orgue, la porte du chœur, la rampe du degré descendant du chœur, les grilles collatérales du chœur, la grande grille du chœur, la balustrade du balcon du dortoir, les rampes du grand escalier, et la suspension des lampes du chœur. Il travailla également pour d'autres lieux, comme l'église cathédrale de Meaux et la porte du chœur de Notre-Dame de Paris. Pierre Denis décéda d'une fluxion de poitrine le 20 mars 1733, à l'âge de 75 ans. Il fut inhumé dans le vieux cloître de l'abbaye, et sa tombe fut marquée d'une pierre gravée de ses initiales et de la date de son décès. Reconnu comme l'un des plus habiles ouvriers en fer d'Europe, ses œuvres étaient admirées pour leur délicatesse, beauté et perfection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2442
p. 991-992
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES, fameuse Comédienne du Théatre François, que [...]
Mots clefs :
Charlotte Desmares, Portrait, Comédie-Française, Charles Coypel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le Portrait de CHARLOTTE DESMARES,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
fameuse Comédienne du Théatre François , que
le Public ne cesse de regretter , vient de paroître
en Estampe , très- bien gravée par M. Lepicier ,
d'après
992 MERCURE DE FRANCE
d'après le Tableau original de M. Charles Coypel,
C'est une demi figure dans un Ovale en hauteur,
tenant d'une main les Attributs de Melpomene
et de Thalic. On lit ces Vers au bas.
Touchante dans les pleurs , picquante dans les
ris ;
De l'une et l'autre Scene également Maitresse ,
Au Théatre tu réunis ,
Les dons partagez au Permesse ,
Cette Estampe se vend chez Surrugue , Graveur
du Roy , rue des Noyers,
Fermer
Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le portrait de Charlotte Desmares, comédienne du Théâtre Français, a été publié sous forme de gravure par M. Lepicier d'après un tableau de M. Charles Coypel. Elle y tient les attributs de Melpomène et Thalie, muses de la tragédie et de la comédie. L'estampe la décrit comme 'touchante dans les pleurs, piquante dans les ris'. Elle est en vente chez Surrugue, graveur du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2443
p. 992-993
Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Début :
PHILIPPE WAUVERMANS, Peintre Hollandois, en petites Figures, grand Paysagiste, qui a excellé [...]
Mots clefs :
Philips Wouwerman, Cabinet, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
PHILIPPE WAUVERMANS , Peintre Hollandois ,
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
en petites Figures , grand Paysagiste , qui a excellé
pour les Batailles , les Chasses , les Animaux
et sur tout pour les Chevaux , sembloit avoir été
negligé par les Graveurs de notre siecle , de quoi il
y a lieu de s'étonner ; car peu de Tableaux de
Chevalet des meilleurs Maîtres sont si bien
composez , si agréables , si estimez et si chéris
parr les Curieux .
>
Il paroît depuis peu six belles Estampes d'après
Wauvermans , gravées par le sieur Moyreau, et
qui ont un fort grand débit chez lui où elles se
vendent , rue Galande , vis - à - vis la Chapelle de
saint Blaise.
Le principal Morceau et une GRANDI
CHASSE A L'OISEAU , riche et abondante Composition
d'après le Tableau original du fameux
Cabinet de la Comtesse de Verrue , de 42. pouces
de large sur 28. pouces de haut.
D'EPART POUR LA CHASSE , d'après l'Original
du Cabinet de M. Crosat , 30 pouces de
large sur 14. et demi de haut.
R
" M A Y.
993 1733.
RETOUR DE CHASSE ET CURE'E , du Cabinet
de Monseigneur le Duc d'Orleans , 24.
pouces de large , sur 18 .
ABREVOIR , du Cabinet de la Comtesse de
Verrue , mêmes dimentions.
CHASSE AUX CANARDS , du Cabinet de
M. Crosat , 15. pouces de haut , sur 12 .
LA MARCHANDE DE MARE'E ; du même
Cabinet et mêmes dimentions.
Fermer
Résumé : Autres d'après Wauvermans, [titre d'après la table]
Philippe Wauvermans est un peintre hollandais célèbre pour ses petites figures, ses paysages et ses scènes de batailles, de chasses et d'animaux, notamment les chevaux. Ses œuvres sont bien composées, agréables et appréciées des amateurs d'art. Cependant, il a été peu représenté par les graveurs de son époque. Récemment, six estampes d'après Wauvermans ont été gravées par le sieur Moyreau. Ces estampes sont très populaires et se vendent bien chez Moyreau, rue Galande, en face de la Chapelle de saint Blaise. Parmi les œuvres gravées, on trouve 'Grand Chasse à l'oiseau' d'après un tableau du cabinet de la Comtesse de Verrue, mesurant 42 pouces de large sur 28 pouces de haut. D'autres œuvres notables incluent 'Départ pour la chasse' du cabinet de M. Crosat, 'Retour de chasse et cure' du cabinet du Duc d'Orléans, 'Abrevoir' du cabinet de la Comtesse de Verrue, 'Chasse aux canards' et 'La marchande de marée' du cabinet de M. Crosat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2444
p. 998-1000
L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le 31 de ce mois la seconde Représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Décoration, Opéra, Génie du feu, Colonnes, Empire de l'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
'Académie Royale de Musique donna
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
le 31 de ce mois la seconde Représentation
de l'Empire de l'Amour , Balet
Héroïque , dont nous avons rendu
compte dans le dernier Mercure ; mais
nous avons promis de parler de l'éclatante
et superbe Décoration du Génie du
Fen : C'est à quoi nous allons satis
faire.
Ce grand morceau d'Architecture re
présente un magnifique Palais , qui pa
roît aux yeux prodigieusement
vaste
formant une grande Galerie , au bout de
des laquelle on voit un Dôme , porté par
Colomnes et des Arcades , au travers desquels
se voyent obliquement , à droite
et à gauche , une continuation d'autres
Galeries en Arcades , portées par des colomnes
isolées , qui produisent à la vuë
un si grand éloignement, que l'oeil en est
étonné.
Toute la Décoration est très- richement
ornée , et d'un goût noble et grand, quoiqu'extrêmement
particulier et bizarre ;
Et cependant possible dans l'éxécution ,
par
MAY. 1733 .
par l'accouplement des colomnes et la
distribution du plan ; elle est , selon le
vrai caractere du génie du feu , si éclairée
par le ménagement du brillant des couleurs
et des lumieres , que l'imagination
ne peut rien concevoir qui caracterise si
bien ce Sujet.
•
Sur le rez - de -chaussée , à l'aplomb du
Dôme , on a placé une Urne avec son
piédestal , très- ornée
lumineuse et
transparente , d'où paroît partir la lumiere
qui éclaire toute la Décoration , laquelle
en devient si éclatante , qu'à pei
ne peut- on en soûtenir la vuë.
Cette Décoration , dans laquelle toutes
les finesses de l'Art sont employées, et que
le Public ne cesse d'honorer de ses applaudissemens
, est fort au - dessus de celle
du Palais du Soleil , et fort différente de
toutes celles qu'on a fait jusqu'ici , tang
par la Composition et l'Architecture, que
la matiere dont elle est composée
comme cuirs dorez faits exprès , fer blanc
poli et verni par dessus , couleurs les
plus éclatantes , toiles transparentes , et
dorures ; tout cela si bien disposé , qu'il
produit un effet qui paroît tenir de l'enpar
chantement .
>
Le sieur André , Peintre de l'Opera , a
peint cette Décoration sur les Desseins
H du
co MERCURE DE FRANCE
du Cavalier Servandoni , qui nous donne,
tous les jours de nouvelles preuves de
son génie , aisé varié et fécond.
On prépare le Ballet des Fêtes Grecques
et Romaines, pour le donner après celui
qu'on jouë à présent.
Fermer
Résumé : L'Opera, Décoration du Génie du feu, [titre d'après la table]
Le 31 mai 1733, l'Académie Royale de Musique a présenté la seconde représentation de l'Empire de l'Amour, un ballet héroïque. La décoration du Génie du Feu, décrite comme un magnifique palais prodigieusement vaste, comprend une grande galerie menant à un dôme soutenu par des colonnes et des arcades. Cette architecture, richement ornée avec un goût noble et grand, bien que particulier et bizarre, est réalisable grâce à l'accouplement des colonnes et la distribution du plan. Elle est éclairée de manière à représenter le caractère du génie du feu, avec un usage judicieux des couleurs et des lumières. Au rez-de-chaussée, sous le dôme, se trouve une urne lumineuse et transparente, source de lumière éclairant toute la décoration. Cette dernière, utilisant des cuirs dorés, du fer blanc poli et verni, des couleurs éclatantes, des toiles transparentes et des dorures, a été acclamée par le public pour ses finesses artistiques. Elle surpasse celle du Palais du Soleil et diffère de toutes les précédentes par sa composition et ses matériaux. La décoration a été peinte par le sieur André, d'après les dessins du Cavalier Servandoni. Par ailleurs, on prépare le ballet des Fêtes Grecques et Romaines pour une prochaine représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2445
p. 1000-1012
Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 28 Avril, les Comédiens François donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Paresseux, Paresse, Damon, Chevalier, Lépine, Comédiens-Français, Cidalise, Intendant, Lecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 28 Avril , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation
du Paresseux , Comédie en trois Actes
et en Vers , précedée d'un Prologue , par
M. de Launay. Cette Piéce n'a été représentée
que quatre fois , mais on l'a vûë
avec plaisir. On y auroit souhaité un peu
plus d'action. En voici l'Extrait ,
Dans le Prologue , un Poëte veut obliger
l'Auteur du Paresseux de lire sa Picce
a ' des prétendus Connoisseurs
, qui prennent
soin de l'annoncer dans le monde
avant qu'elle paroisse au Théatre ; l'Auteur
n'y consent pas , et donne de bonnes
raisons de son refus. Il se contente
de rendre compte de son Sujet au Poëte
un peu trop pressant. Voici comme il
définit le Heros de sa Piéce :
Je peins un Paresseux qu'on aime ,
Qui par nature et par systême ,
Veut éviter la peine , et qui toujours s'en
fait;
En
ΜΑΥ. 1733 1001
En affaire
"
en amour , négligent à l'ex-
I
trême ,
Du plus petit travail , craignant jusqu'au projet
;
Aveugle confiance , abandon de soi - même
Voilà son Caractere , et voilà le Sujet.
Le Poëte en demandant, davantage ;
l'Auteur persiste dans son refus ; et parmi
les inconveniens qui suivent des lectures
réïterées , il met au premier rang,
celui d'effleurer la nouveauté, ce qu'il appuye
de ce trait de conte ou d'his
toire.
Il me souvient fort à propos
›
D'un certain Florentin et de son avanture :
Un homme voulut voir de ses tours les plus
beaux ,
Le dessous et la Tablature ;
Pour un méchant souper , l'autre fut assez
sot ,
Que de tout expliquer en bonne compagnie ;
De là , de bouche en bouche , on transmit mor
pour mot
Tous les secrets de sa Magie ;
Si-tôt que chacun fut au fait ,
Vous jugez que les tours ne firent plus d'ef
fet ;
On les exécutoit même dans mainte Orgie !
Hij L'Au
7002 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur finit son Prologue par ces
deux Vers :
Laissons du moins à l'Auditoire
L'agrément de la nouveauté.
Acteurs de la Piéce.
Damon , le Paresseux , Le sieur Dufresne.
Cidalise , Veuve accordée à Damon , La
Dlle Gossin.
Lisette , Suivante de Cidalise , La Dlle
Quinault.
Le Chevalier , Ami de Damon , Le sicur
Poisson.
Frosimon Intendant de Damon , Le
sieur de Berey.
,
Argante , Ami de Damon et de Cidalise,
Le sieur de Mommeni.
Lepine ' , Valet de Damon , Le sieur Armand.
La Scene est à Paris dans le Vestibule de
la Maison de Damon.
Lepine , et Lisette , ouvrent la Scene ,
et font l'exposition du Sujet . Ils apprennent
aux Spectateurs que Cidalise est accordée
depuis quinze mois à Damon ;
qu'ils logent dans deux corps de Logis
séparez ; que Damon par paresse la voit
trèsMA
Y. 1733 . 1003
très - rarement ; que Cidalise n'éclate point
par fierté ou par modération ; que Damon
s'est livré à un Chevalier et à un
Intendant qui s'accordent parfaitement à
l'entretenir dans sa paresse et à le ruiner ;
que par malheur pour Damon , Chrysante,
le seul ami digne de sa confiance , et ardent
pour ses interêts , est absent. On
ajoûte qu'un Courrier d'Argante est arrivé
le soir d'auparavant. Après cette exposition
, nécessaire pour l'intelligence
de la Piéce , Lepine et Lisette s'animent
l'un l'autre à tirer Damon d'un assoupise
sement qui va le ruiner ; Lepine surtout
se promet de prouver si bien le pillage
de Frosimon son Intendant , qu'il l'obligera
à abandonner sa proye.
Le Chevalier et l'Intendant , pendant
qu'on leve Damon conviennent entr'eux
du piége qu'ils vont lui tendre.
و
Damon vient en Robe de chambre ; il
plaint son Ami et son Intendant de ce
qu'ils se sont apparemment levez trop
matin , pour le voir plutôt ; il fait un
court éloge du sommeil en ces mots :
Que celui du matin sur tout est agréable !
Il est leger , charmant , ce n'est que s'assoupir
;
yous révez doucement , vous vous sentez dor
mir;
Hij N'est1004
MERCURE DE FRANCE
N'est - il pas vrai ? pour moi , je ne sçaurois
m'en taire ;
Je ne voudrois jamais me lever ; car que
faire ?
Voici encore une peinture qu'il fait de
la Paresse ;
Il est beaucoup de gens , qui dans le même
cas ,
Du nom de Paresseux se feroient une honte ;
Moi , je passe le titre , et j'y trouve mon
compte ;
Mais je ne donne pas dans cette extrêmité
Qui vise et va tout droit à la stupidité .
La paresse est chez moi paresse raisonnée ,
Qui procure une vie , et libre , et fortu
née ;
En un mot,la sagesse avec la volupté .
Ce Systême est applaudi par les deux
fateurs qui l'entendent. Le Chevalier
plaint l'Intendant , attendu les affaires
dont il est sans cesse occupé ; Damon lui
répond qu'il y va pourvoir , et qu'il a
imaginé le moyen de mettre son cher
Intendant plus à l'aise : le voici , continuë-
t-il :
J'étois donc ce matin à réver dans mon lit ,
Et c'est dans ce tems-là qu'on a la tête saine ,
Que
MAY . 1733. 1005
Que sans se fatiguer notre esprit se promene
;
Là , j'ai trouvé tout net , et tout du premier
coup ,
Un moyen qui pourra nous soulager beaucoup
,
Qui ne sçauroit jamais , dans aucune occur
J
rence ,
Contre lui , ni les siens tirer à conséquence ;
C'est le seul , en un mot ; pourriez-vous deviner
? & c.
Ce sont mes blancs seings que je veux lui donner
, &c.
N'est- il pas vrai pour moi , je le crois sans réplique
,
Et voici leur usage : il reçoit mes deniers ;
Il remplira le blanc , voilà pour mes Fermiers
;
Et pour son compte à lui , comme il fait ma
dépense ,
Autres blancs à remplir et voilà sa quittance.
V
>
L'Intendant , d'un air hypocrite , s'op
pose à ce projet mais Damon le force à
l'approuver , et lui en promet l'éxécution.
Ce premier Acte finit par aller dî
ner , ce qui est tout- à - fait du goût du
Chevalier , dont le personnage ressemble
fort aux Parasites de Plaute et de Terence.
Hilij Da1006
MERCURE DE FRANCE
Damon , le Chevalier et Lisette commencent
le second Acte . Lisette annonce
que
à Damon Cidalise l'attend à souper
chez elle , avec un troisième, dont la vuë
ne lui déplaira pas ; il y a apparence que
c'est d'Argante qu'elle veut parler. Damon
reçoit de mauvaise grace l'invitation
que Lisette lui fait de la part de sa Maîtresse
; elle en est tres-irritée ; le Chevalier
veut la calmer, mais en vain ; elle dit
à Damon que ses froideurs pourroient
bien être suivies d'une rupture dont il
aura à se repentir. Elle le quitte pour aller
rendre compte à sa Maîtresse du mauvais
succês de sa commission ,
Le Chevalier fait prévoir à Damon les
troubles qu'il s'apprête , s'il se résout à
conclure son Hymen avec Cidalise. Damon
se reproche le consentement qu'il y
a donné ; il convient pourtant que Cidalise
mérite d'être aimée . Le Chevalier lui
promet de rompre ce fatal matiage. Damon
lui en témoigne sa reconnoissance ,
et le presse d'y aller travailler ; le Chevalier
fait connoître par un à parte qu'il
fera plus qu'il n'a promis.
Damon dans un court Monologue se
félicite d'avoir un si fidele ami. Lepine
vient , tenant dans ses mains une grosse
liasse de Lettres ausqu'elles il prie son
Maî
MAY. 1733. 1007
Maître de vouloir bien enfin faire réponse.
Damon lui dit hardiment qu'elles n'en
demandent point , quoiqu'il ne les ait pas
ni luës ni entendu lire. Lepine lui dit
qu'il y en a une du moins qui demande
réponse ; il lui en fait la lecture ; il s'y
agit de son Château bien aimé de Xaintonge
qui tombe en ruïne faute de réparations
nécessaires et toujours remises.
Damon après bien de la résistance , se
détermine à écrire à un Baron de ses amis,
qui veut bien se charger du soin de faire
réparer ce vieux Château ; il fait approcher
une Table, il prend du Papier et une
Plume; il demande le quantiéme du mois
à Lepine , qui lui répond qu'il aura soin
de le mettre lui -même ; il lui demande
encore quel jour la Poste part ; Lepine
lui répond au hazard , que c'est après demain
: Eh bien , lui dit le Chevalier ,
J'écrirai donc après demain matin.
Il se souvient qu'il a promis des blancs
seings à son Intendant; il en fait un assez
bon nombre et charge Lepine de les lui
remettre. Lepine les prend et se propose
de les porter sur le champ à Cidalise. :
Damon se plaint du retardement du
Chevalier, et voudroit sçavoir ce qu'il a
fait auprès de Cidalise ; il est embarrassé
Hv quand
Too8 MERCURE DE FRANCE
•
quand il la voit venir elle - même, sans qu'il
soit instruit de ce qu'elle aura répondu,
au Chevalier , sur la rupture de son mariage.
La Scene entre Damon et Cidalise est
tres- touchante ; cette derniere instruite
par le Chevalier qui est allé plus loin que
Damon ne vouloit , lui reproche l'injure
qu'il lui fait de vouloir rompre un mariage
qu'il avoit si ardamment souhaité.
Damon lui répond :
Vous m'offensez ; pour vous ma tendresse est
extrême ;
J'ai pû croire , il est vrai , que , quoique je vous
aime ,
Si nous restions? ainsi , sans former certains
noeuds ,
Nous serions vous et moi , peut - être plus heureux.
Cidalise lui fait entendre le tortqu'une
pareille liaison feroit à sa gloire : Elle lui
dit , que l'indifférence qu'il lui témoigne
ne l'empêchera pas de s'interesser dans
tout ce qui le regarde , et sur tout de lui
ouvrir les yeux sur le complot que le
Chevalier,de concert avec son Intendant,
a formé pour le ruiner ; elle le quitte en
lui disant :
Je ne demande point que vous me secondiez ,
Mais
MAY . 1733
1009
Mais je veux empêcher que vous ne vous per-
- diez ;
Si je n'agissois point, j'en deviendrois complice;
Après , si vous voulez , vous me rendrez justice .
Damon est surpris de la maniere dont
Cidalise vient de lui apprendre son devoir
; et c'est là ce qui le détermine à par
tir enfin pour la Xaintonge.
Au troisiéme Acte , Lepine et Lisette
se réjouissent de l'arrivée d'Argante , et
s'en promettant un heureux succès pour
le complot qu'ils ont formé contre le Chevalier
et l'Intendant ; Lepine dit que Damon
lui a paru agité pour la premiere
fois ; mais qu'à cette agitation , non encore
éprouvée , a succedé un sommeil des
plus profonds. Ils se couronnent à l'envi
de Lauriers , mais chacun d'eux prétend
avoir le plus de part à leur prochaine victoire.
Lisette se retire la premiere , et
Lepine en fait bien tôt autant à l'approche
de Damon et du Chevalier. J
Le Chevalier instruit par Damon de
tout ce qui se passe , lui reproche la foiblesse
qu'il a de souffrir qu'on fasse assiéger
sa maison par un Magistrat , et par sa
suite , comme s'il étoit encore en tutelle.
Damon lui apprend que ce Magistrat ,
qui s'appelle Pirante , veut obliger son
H vj
Inten
*
1010 MERCURE DE FRANCE
Intendant à rendre ses comptes. Damon
ne sçait à quoi se resoudre ; leur conversation
est interrompue par l'arrivée d'Ar-
'gante ; le Chevalier qui pour son malheur
n'en est que trop connu , pâlit à
son aspect.
Argante après avoir embrassé Damon ,
jette un regard de surprise et d'indignation
sur le Chevalier ; il le prie de se re
tirer , et l'en prie d'un ton de maître ; le
Chevalier ne se le fait pas dire deux fois.
*
Argante après avoir reproché à Damon
son indifférence pour Cida ise , et le délay
d'un Hymen arrêté depuis quinze
mois , tandis qu'il s'abandonne à deux
hommes , dont l'un a servi chez son
Frere , et l'autre le vole impunément, lui
demande en quel état sont ses affaires :
Damon lui répond en homme qui ne s'en
est jamais occupé. Argante lui dit qu'il
n'est que trop informé de sa létargie, ct
qu'il est venu exprès pour l'en tirer.
Lepine vient apprendre à Argante ,
que Pyrante, en habile Magistrat , a fait
rafle sur tout , et que le Chevalier s'est
éclipsé prudemment.
Cida ise arrive , tenant dans ses mains
des papiers , qu'elle remet dans celles de
Damon ; ls blancs seings sur tout sont
du nombre. Damon ouvre enfin les yeux,
sur
MAY. 1733. TO
sur toutes les fautes que sa paresse lui a
fait commettre ; il est charmé que Cidalise
veuille bien se charger à sa place du
soin de les réparer ; ce qui fait dire plaisamment
à Lepine qu'il va l'épouser par
paresse : Voicy comment Damon s'exprime
, sans se détacher de sa passion dominante
; c'est à Cidalise qu'il s'adresse.
De mon aveuglement je reconnois l'yvresse ,
Et je ne conçoi pas quelle étoit ma foiblesse ,
Car je n'envisageois le lien conjugal ,
Que comme un noeud fâcheux , comme le plus
grand mal ,
Et point du tout , il est justement le contraire ;
Vous en faites un port tranquille et salutaire .
En sorte que vos soins débrouillant ce cahos ,
Je voi que pour jamais , je me mets en repos.
Le Lecteur pourra juger . par les Vers
que nous venons de citer , que la Piéce
fera beaucoup de plaisir à la lecture ; on
en a trouvé l'action un peu trop simple
pour une Comédie en trois Actes ; cependant
on convient qu'elle est parfaite.
ment conduite , et qu'il n'y manque que
certains coups de Théatre , qui font ordinairement
le succès des Pieces , même le
plus négligemment écrites.
Cette Piece d'un caractere tout neufau
Théatre , paroît tres- bien imprimée, chez
C12 MERCURE DE FRANCI
le Breton fils , Quai des Augustins ; elle se
débite tres-bien , et nous pouvons ajouter
que la lecture fait beaucoup de plaisir.
L'Auteur a joint à cet Ouvrage une
petite Préface qu'il finit en ces termes :
Je n'ai pas moins apprehendé la chute de
la Piéce à l'impression que sur le Théatre ;
le public a déja eu la bonté de me rassurer à
cet égard , en prononçant d'avance en faveur
de la lecture ; heureux s'il confirme cette
esperance que j'ai conçue, et s'il me laisse
ainsi la plus solide satisfaction.
donnerent la premiere Représentation
du Paresseux , Comédie en trois Actes
et en Vers , précedée d'un Prologue , par
M. de Launay. Cette Piéce n'a été représentée
que quatre fois , mais on l'a vûë
avec plaisir. On y auroit souhaité un peu
plus d'action. En voici l'Extrait ,
Dans le Prologue , un Poëte veut obliger
l'Auteur du Paresseux de lire sa Picce
a ' des prétendus Connoisseurs
, qui prennent
soin de l'annoncer dans le monde
avant qu'elle paroisse au Théatre ; l'Auteur
n'y consent pas , et donne de bonnes
raisons de son refus. Il se contente
de rendre compte de son Sujet au Poëte
un peu trop pressant. Voici comme il
définit le Heros de sa Piéce :
Je peins un Paresseux qu'on aime ,
Qui par nature et par systême ,
Veut éviter la peine , et qui toujours s'en
fait;
En
ΜΑΥ. 1733 1001
En affaire
"
en amour , négligent à l'ex-
I
trême ,
Du plus petit travail , craignant jusqu'au projet
;
Aveugle confiance , abandon de soi - même
Voilà son Caractere , et voilà le Sujet.
Le Poëte en demandant, davantage ;
l'Auteur persiste dans son refus ; et parmi
les inconveniens qui suivent des lectures
réïterées , il met au premier rang,
celui d'effleurer la nouveauté, ce qu'il appuye
de ce trait de conte ou d'his
toire.
Il me souvient fort à propos
›
D'un certain Florentin et de son avanture :
Un homme voulut voir de ses tours les plus
beaux ,
Le dessous et la Tablature ;
Pour un méchant souper , l'autre fut assez
sot ,
Que de tout expliquer en bonne compagnie ;
De là , de bouche en bouche , on transmit mor
pour mot
Tous les secrets de sa Magie ;
Si-tôt que chacun fut au fait ,
Vous jugez que les tours ne firent plus d'ef
fet ;
On les exécutoit même dans mainte Orgie !
Hij L'Au
7002 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur finit son Prologue par ces
deux Vers :
Laissons du moins à l'Auditoire
L'agrément de la nouveauté.
Acteurs de la Piéce.
Damon , le Paresseux , Le sieur Dufresne.
Cidalise , Veuve accordée à Damon , La
Dlle Gossin.
Lisette , Suivante de Cidalise , La Dlle
Quinault.
Le Chevalier , Ami de Damon , Le sicur
Poisson.
Frosimon Intendant de Damon , Le
sieur de Berey.
,
Argante , Ami de Damon et de Cidalise,
Le sieur de Mommeni.
Lepine ' , Valet de Damon , Le sieur Armand.
La Scene est à Paris dans le Vestibule de
la Maison de Damon.
Lepine , et Lisette , ouvrent la Scene ,
et font l'exposition du Sujet . Ils apprennent
aux Spectateurs que Cidalise est accordée
depuis quinze mois à Damon ;
qu'ils logent dans deux corps de Logis
séparez ; que Damon par paresse la voit
trèsMA
Y. 1733 . 1003
très - rarement ; que Cidalise n'éclate point
par fierté ou par modération ; que Damon
s'est livré à un Chevalier et à un
Intendant qui s'accordent parfaitement à
l'entretenir dans sa paresse et à le ruiner ;
que par malheur pour Damon , Chrysante,
le seul ami digne de sa confiance , et ardent
pour ses interêts , est absent. On
ajoûte qu'un Courrier d'Argante est arrivé
le soir d'auparavant. Après cette exposition
, nécessaire pour l'intelligence
de la Piéce , Lepine et Lisette s'animent
l'un l'autre à tirer Damon d'un assoupise
sement qui va le ruiner ; Lepine surtout
se promet de prouver si bien le pillage
de Frosimon son Intendant , qu'il l'obligera
à abandonner sa proye.
Le Chevalier et l'Intendant , pendant
qu'on leve Damon conviennent entr'eux
du piége qu'ils vont lui tendre.
و
Damon vient en Robe de chambre ; il
plaint son Ami et son Intendant de ce
qu'ils se sont apparemment levez trop
matin , pour le voir plutôt ; il fait un
court éloge du sommeil en ces mots :
Que celui du matin sur tout est agréable !
Il est leger , charmant , ce n'est que s'assoupir
;
yous révez doucement , vous vous sentez dor
mir;
Hij N'est1004
MERCURE DE FRANCE
N'est - il pas vrai ? pour moi , je ne sçaurois
m'en taire ;
Je ne voudrois jamais me lever ; car que
faire ?
Voici encore une peinture qu'il fait de
la Paresse ;
Il est beaucoup de gens , qui dans le même
cas ,
Du nom de Paresseux se feroient une honte ;
Moi , je passe le titre , et j'y trouve mon
compte ;
Mais je ne donne pas dans cette extrêmité
Qui vise et va tout droit à la stupidité .
La paresse est chez moi paresse raisonnée ,
Qui procure une vie , et libre , et fortu
née ;
En un mot,la sagesse avec la volupté .
Ce Systême est applaudi par les deux
fateurs qui l'entendent. Le Chevalier
plaint l'Intendant , attendu les affaires
dont il est sans cesse occupé ; Damon lui
répond qu'il y va pourvoir , et qu'il a
imaginé le moyen de mettre son cher
Intendant plus à l'aise : le voici , continuë-
t-il :
J'étois donc ce matin à réver dans mon lit ,
Et c'est dans ce tems-là qu'on a la tête saine ,
Que
MAY . 1733. 1005
Que sans se fatiguer notre esprit se promene
;
Là , j'ai trouvé tout net , et tout du premier
coup ,
Un moyen qui pourra nous soulager beaucoup
,
Qui ne sçauroit jamais , dans aucune occur
J
rence ,
Contre lui , ni les siens tirer à conséquence ;
C'est le seul , en un mot ; pourriez-vous deviner
? & c.
Ce sont mes blancs seings que je veux lui donner
, &c.
N'est- il pas vrai pour moi , je le crois sans réplique
,
Et voici leur usage : il reçoit mes deniers ;
Il remplira le blanc , voilà pour mes Fermiers
;
Et pour son compte à lui , comme il fait ma
dépense ,
Autres blancs à remplir et voilà sa quittance.
V
>
L'Intendant , d'un air hypocrite , s'op
pose à ce projet mais Damon le force à
l'approuver , et lui en promet l'éxécution.
Ce premier Acte finit par aller dî
ner , ce qui est tout- à - fait du goût du
Chevalier , dont le personnage ressemble
fort aux Parasites de Plaute et de Terence.
Hilij Da1006
MERCURE DE FRANCE
Damon , le Chevalier et Lisette commencent
le second Acte . Lisette annonce
que
à Damon Cidalise l'attend à souper
chez elle , avec un troisième, dont la vuë
ne lui déplaira pas ; il y a apparence que
c'est d'Argante qu'elle veut parler. Damon
reçoit de mauvaise grace l'invitation
que Lisette lui fait de la part de sa Maîtresse
; elle en est tres-irritée ; le Chevalier
veut la calmer, mais en vain ; elle dit
à Damon que ses froideurs pourroient
bien être suivies d'une rupture dont il
aura à se repentir. Elle le quitte pour aller
rendre compte à sa Maîtresse du mauvais
succês de sa commission ,
Le Chevalier fait prévoir à Damon les
troubles qu'il s'apprête , s'il se résout à
conclure son Hymen avec Cidalise. Damon
se reproche le consentement qu'il y
a donné ; il convient pourtant que Cidalise
mérite d'être aimée . Le Chevalier lui
promet de rompre ce fatal matiage. Damon
lui en témoigne sa reconnoissance ,
et le presse d'y aller travailler ; le Chevalier
fait connoître par un à parte qu'il
fera plus qu'il n'a promis.
Damon dans un court Monologue se
félicite d'avoir un si fidele ami. Lepine
vient , tenant dans ses mains une grosse
liasse de Lettres ausqu'elles il prie son
Maî
MAY. 1733. 1007
Maître de vouloir bien enfin faire réponse.
Damon lui dit hardiment qu'elles n'en
demandent point , quoiqu'il ne les ait pas
ni luës ni entendu lire. Lepine lui dit
qu'il y en a une du moins qui demande
réponse ; il lui en fait la lecture ; il s'y
agit de son Château bien aimé de Xaintonge
qui tombe en ruïne faute de réparations
nécessaires et toujours remises.
Damon après bien de la résistance , se
détermine à écrire à un Baron de ses amis,
qui veut bien se charger du soin de faire
réparer ce vieux Château ; il fait approcher
une Table, il prend du Papier et une
Plume; il demande le quantiéme du mois
à Lepine , qui lui répond qu'il aura soin
de le mettre lui -même ; il lui demande
encore quel jour la Poste part ; Lepine
lui répond au hazard , que c'est après demain
: Eh bien , lui dit le Chevalier ,
J'écrirai donc après demain matin.
Il se souvient qu'il a promis des blancs
seings à son Intendant; il en fait un assez
bon nombre et charge Lepine de les lui
remettre. Lepine les prend et se propose
de les porter sur le champ à Cidalise. :
Damon se plaint du retardement du
Chevalier, et voudroit sçavoir ce qu'il a
fait auprès de Cidalise ; il est embarrassé
Hv quand
Too8 MERCURE DE FRANCE
•
quand il la voit venir elle - même, sans qu'il
soit instruit de ce qu'elle aura répondu,
au Chevalier , sur la rupture de son mariage.
La Scene entre Damon et Cidalise est
tres- touchante ; cette derniere instruite
par le Chevalier qui est allé plus loin que
Damon ne vouloit , lui reproche l'injure
qu'il lui fait de vouloir rompre un mariage
qu'il avoit si ardamment souhaité.
Damon lui répond :
Vous m'offensez ; pour vous ma tendresse est
extrême ;
J'ai pû croire , il est vrai , que , quoique je vous
aime ,
Si nous restions? ainsi , sans former certains
noeuds ,
Nous serions vous et moi , peut - être plus heureux.
Cidalise lui fait entendre le tortqu'une
pareille liaison feroit à sa gloire : Elle lui
dit , que l'indifférence qu'il lui témoigne
ne l'empêchera pas de s'interesser dans
tout ce qui le regarde , et sur tout de lui
ouvrir les yeux sur le complot que le
Chevalier,de concert avec son Intendant,
a formé pour le ruiner ; elle le quitte en
lui disant :
Je ne demande point que vous me secondiez ,
Mais
MAY . 1733
1009
Mais je veux empêcher que vous ne vous per-
- diez ;
Si je n'agissois point, j'en deviendrois complice;
Après , si vous voulez , vous me rendrez justice .
Damon est surpris de la maniere dont
Cidalise vient de lui apprendre son devoir
; et c'est là ce qui le détermine à par
tir enfin pour la Xaintonge.
Au troisiéme Acte , Lepine et Lisette
se réjouissent de l'arrivée d'Argante , et
s'en promettant un heureux succès pour
le complot qu'ils ont formé contre le Chevalier
et l'Intendant ; Lepine dit que Damon
lui a paru agité pour la premiere
fois ; mais qu'à cette agitation , non encore
éprouvée , a succedé un sommeil des
plus profonds. Ils se couronnent à l'envi
de Lauriers , mais chacun d'eux prétend
avoir le plus de part à leur prochaine victoire.
Lisette se retire la premiere , et
Lepine en fait bien tôt autant à l'approche
de Damon et du Chevalier. J
Le Chevalier instruit par Damon de
tout ce qui se passe , lui reproche la foiblesse
qu'il a de souffrir qu'on fasse assiéger
sa maison par un Magistrat , et par sa
suite , comme s'il étoit encore en tutelle.
Damon lui apprend que ce Magistrat ,
qui s'appelle Pirante , veut obliger son
H vj
Inten
*
1010 MERCURE DE FRANCE
Intendant à rendre ses comptes. Damon
ne sçait à quoi se resoudre ; leur conversation
est interrompue par l'arrivée d'Ar-
'gante ; le Chevalier qui pour son malheur
n'en est que trop connu , pâlit à
son aspect.
Argante après avoir embrassé Damon ,
jette un regard de surprise et d'indignation
sur le Chevalier ; il le prie de se re
tirer , et l'en prie d'un ton de maître ; le
Chevalier ne se le fait pas dire deux fois.
*
Argante après avoir reproché à Damon
son indifférence pour Cida ise , et le délay
d'un Hymen arrêté depuis quinze
mois , tandis qu'il s'abandonne à deux
hommes , dont l'un a servi chez son
Frere , et l'autre le vole impunément, lui
demande en quel état sont ses affaires :
Damon lui répond en homme qui ne s'en
est jamais occupé. Argante lui dit qu'il
n'est que trop informé de sa létargie, ct
qu'il est venu exprès pour l'en tirer.
Lepine vient apprendre à Argante ,
que Pyrante, en habile Magistrat , a fait
rafle sur tout , et que le Chevalier s'est
éclipsé prudemment.
Cida ise arrive , tenant dans ses mains
des papiers , qu'elle remet dans celles de
Damon ; ls blancs seings sur tout sont
du nombre. Damon ouvre enfin les yeux,
sur
MAY. 1733. TO
sur toutes les fautes que sa paresse lui a
fait commettre ; il est charmé que Cidalise
veuille bien se charger à sa place du
soin de les réparer ; ce qui fait dire plaisamment
à Lepine qu'il va l'épouser par
paresse : Voicy comment Damon s'exprime
, sans se détacher de sa passion dominante
; c'est à Cidalise qu'il s'adresse.
De mon aveuglement je reconnois l'yvresse ,
Et je ne conçoi pas quelle étoit ma foiblesse ,
Car je n'envisageois le lien conjugal ,
Que comme un noeud fâcheux , comme le plus
grand mal ,
Et point du tout , il est justement le contraire ;
Vous en faites un port tranquille et salutaire .
En sorte que vos soins débrouillant ce cahos ,
Je voi que pour jamais , je me mets en repos.
Le Lecteur pourra juger . par les Vers
que nous venons de citer , que la Piéce
fera beaucoup de plaisir à la lecture ; on
en a trouvé l'action un peu trop simple
pour une Comédie en trois Actes ; cependant
on convient qu'elle est parfaite.
ment conduite , et qu'il n'y manque que
certains coups de Théatre , qui font ordinairement
le succès des Pieces , même le
plus négligemment écrites.
Cette Piece d'un caractere tout neufau
Théatre , paroît tres- bien imprimée, chez
C12 MERCURE DE FRANCI
le Breton fils , Quai des Augustins ; elle se
débite tres-bien , et nous pouvons ajouter
que la lecture fait beaucoup de plaisir.
L'Auteur a joint à cet Ouvrage une
petite Préface qu'il finit en ces termes :
Je n'ai pas moins apprehendé la chute de
la Piéce à l'impression que sur le Théatre ;
le public a déja eu la bonté de me rassurer à
cet égard , en prononçant d'avance en faveur
de la lecture ; heureux s'il confirme cette
esperance que j'ai conçue, et s'il me laisse
ainsi la plus solide satisfaction.
Fermer
Résumé : Le Paresseux, Comédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 28 avril, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois 'Le Paresseux', une comédie en trois actes et en vers, précédée d'un prologue, écrite par M. de Launay. Cette pièce a été jouée quatre fois et a été bien accueillie, bien que certains spectateurs aient souhaité plus d'action. Dans le prologue, un poète insiste pour que l'auteur lise sa pièce à des prétendus connaisseurs avant sa représentation au théâtre, mais l'auteur refuse, expliquant qu'il préfère laisser la nouveauté à l'audience. La pièce se déroule à Paris, dans le vestibule de la maison de Damon, le paresseux. Damon est marié à Cidalise, mais il la voit rarement en raison de sa paresse. Il est influencé par un chevalier et un intendant qui l'encouragent dans sa paresse et le ruinent. Lepine, le valet de Damon, et Lisette, la suivante de Cidalise, tentent de le sortir de son assoupissement. Au cours de la pièce, Damon reçoit une invitation à souper chez Cidalise, mais il réagit froidement. Le chevalier et Cidalise conspirent pour le faire réagir. Damon finit par reconnaître ses erreurs et décide de partir pour la Xaintonge. À la fin, Damon ouvre les yeux sur ses fautes et laisse Cidalise réparer les dommages causés par sa paresse. La pièce est bien imprimée et se vend bien, malgré une action jugée trop simple pour une comédie en trois actes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2446
p. 1012-1013
« Le 4. de ce mois, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque, [...] »
Début :
Le 4. de ce mois, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 4. de ce mois, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque, [...] »
Le 4. de ce mois , les Comédiens François
remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque,
dans laquelle la Dile Dumay , qui n'a encore
monté sur aucun Théatre public , joia le Rôle
d'Hermione. Elle remplit quelques jours après le
Rôle de Zénobie , dans la Tragedie de ce nom ,
et elle y fut applaudie.
Le Mercredi 13 , on representa la Tragédie
d'Electre , de M. de Crebillon, avec un tres -grand
concours ; la Dlle Dufresne qui avoit été plus d'un
an sans paroître , y joua le principal Rôle , er
le public l'honora de beaucoup d'applaudisse
mens , tres-bien méritez .
Le 20 du même mois , le Sr Fierville , Acteur
du Théatre de Strasbourg , joüa dans la même
Piéce le Rôle de Palamede , et il y fut tres- ap
plaudi.
Le 27 , il fut aussi fort applaudi dans le Rôlè
du Vieil Horace , dans la Tragédie des Horaces,
dans laquelle la Dlle Dufresne joua le Rôle de
Camille
MAY. 1733 . 1013
Camille , avec des graces , des expressions et une
finesse ausquelles le Public parut tres - sensible .
Le même jour on joua pour la premiere fois ,
Le Rendez- vous ; petite Piéce en Vers et en un
Acte , de M. Fagan ; on dit que c'est son premier
Ouvrage ; si cela est , il y a tout lieu de
bien augurer de ceux qu'il donnera dans la suite.
Celui- cy a été reçu tres - favorablement , et il
un fort grand succès. Outre que la Piece est
tres jolie , elle est parfaitement bien representée.
Nous en parlerons plus au long.
remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque,
dans laquelle la Dile Dumay , qui n'a encore
monté sur aucun Théatre public , joia le Rôle
d'Hermione. Elle remplit quelques jours après le
Rôle de Zénobie , dans la Tragedie de ce nom ,
et elle y fut applaudie.
Le Mercredi 13 , on representa la Tragédie
d'Electre , de M. de Crebillon, avec un tres -grand
concours ; la Dlle Dufresne qui avoit été plus d'un
an sans paroître , y joua le principal Rôle , er
le public l'honora de beaucoup d'applaudisse
mens , tres-bien méritez .
Le 20 du même mois , le Sr Fierville , Acteur
du Théatre de Strasbourg , joüa dans la même
Piéce le Rôle de Palamede , et il y fut tres- ap
plaudi.
Le 27 , il fut aussi fort applaudi dans le Rôlè
du Vieil Horace , dans la Tragédie des Horaces,
dans laquelle la Dlle Dufresne joua le Rôle de
Camille
MAY. 1733 . 1013
Camille , avec des graces , des expressions et une
finesse ausquelles le Public parut tres - sensible .
Le même jour on joua pour la premiere fois ,
Le Rendez- vous ; petite Piéce en Vers et en un
Acte , de M. Fagan ; on dit que c'est son premier
Ouvrage ; si cela est , il y a tout lieu de
bien augurer de ceux qu'il donnera dans la suite.
Celui- cy a été reçu tres - favorablement , et il
un fort grand succès. Outre que la Piece est
tres jolie , elle est parfaitement bien representée.
Nous en parlerons plus au long.
Fermer
Résumé : « Le 4. de ce mois, les Comédiens François remirent au Théatre la Tragédie d'Andromaque, [...] »
En mai 1733, plusieurs événements marquants eurent lieu au théâtre. Le 4 mai, les Comédiens Français reprirent la tragédie d'Andromaque, avec la débutante Dumay dans le rôle d'Hermione. Quelques jours plus tard, elle interpréta Zénobie dans la tragédie éponyme et reçut des applaudissements. Le 13 mai, la tragédie d'Électre de M. de Crebillon fut représentée avec un grand succès. La demoiselle Dufresne, après une absence d'un an, joua le rôle principal et fut acclamée par le public. Le 20 mai, le sieur Fierville, acteur du Théâtre de Strasbourg, interpréta Palamède dans la même pièce et fut très applaudi. Le 27 mai, il joua le rôle du Vieil Horace dans la tragédie des Horaces, aux côtés de la demoiselle Dufresne dans le rôle de Camille, qui fut saluée pour ses grâces et sa finesse. Ce même jour, la pièce en un acte Le Rendez-vous de M. Fagan fut jouée pour la première fois et remporta un grand succès, tant par la qualité de la pièce que par sa représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2447
p. 1050-1062
DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
Début :
Après avoir dit dans la premiere Partie de cet Ouvrage ce qui obligea [...]
Mots clefs :
Saint Denis, Comtes de Vexin, Abbaye de Saint-Denis, Église, Seigneurs, Prince, Églises, Bannière, Dévotion, Monastère, Enseignes militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
DISSERTATION sur les Enseignes
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
Fermer
Résumé : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
La dissertation de M. Benetonde-Perrin explore l'évolution de la dévotion des rois et du peuple français de saint Martin à saint Denis. Saint Denis, premier évêque de Paris, a annoncé l'Évangile aux Parisiens et a été martyr. Après sa mort, une femme vertueuse, Catule, a fait inhumer son corps et ceux de ses compagnons dans un champ nommé Catolacum. Les chrétiens ont marqué cet endroit et y ont construit une chapelle, devenue monastère sous Clotaire II. Le roi Dagobert a enrichi l'abbaye de Saint-Denis, et ses successeurs ont continué à la protéger contre les Normands. Les comtes du Vexin, officiers des rois, ont été chargés de défendre l'abbaye. Sous Charles le Simple, les comtes du Vexin sont devenus seigneurs propriétaires et ont rendu l'avouerie de Saint-Denis héréditaire. Les historiens ont souvent confondu les rôles de comte et d'avoué, mais l'abbaye n'a obtenu la seigneurie du lieu qu'en 996 par donation du roi Robert. Philippe I a réuni le comté du Vexin à la couronne et a fait de la bannière de Saint-Denis l'emblème royal. Louis VI a levé l'oriflamme à Saint-Denis en 1124 pour une guerre contre l'empereur Henri V. Cet acte était un geste de dévotion plutôt qu'un hommage juridique. Les rois ont continué à utiliser l'oriflamme comme symbole de protection divine pour leurs armées. Les porte-oriflammes étaient considérés comme les vidâmes des rois et les avoués particuliers de Saint-Denis. Le texte mentionne également les enseignes particulières appelées 'Avoüez' utilisées par certaines abbayes et églises. Chaque Avoüez avait une enseigne spécifique. L'Abbaye de Saint-Denis possédait plusieurs bannières appelées Oriflammes, bien que ce nom soit réservé à la principale. Ces bannières étaient rouges et frangées de synope ou de vert, symbolisant respectivement les souffrances et l'espérance des martyrs. Des églises dédiées à des saints martyrs, comme celle de Brioude en France et celles de Tübingen et de Bolbingen en Allemagne, possédaient des bannières similaires. L'étendard des Dauphins de Viennois était rouge avec une représentation de Saint Georges et servait lors de l'inauguration des Dauphins. Après la cérémonie, il était conservé dans la sacristie de l'église de Saint-André de Grenoble. Certains seigneurs, devenus Avoüez des églises, ont adopté les bannières comme armoiries, expliquant l'origine des armes des Comtes d'Auvergne, des Seigneurs de Clinchamp en Normandie et des Comtes de Verdemberg en Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2448
p. 1064-1067
ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Début :
Je ne doute point que vous ne receviez favorablement les Eclaircissemens [...]
Mots clefs :
Kermès, Lymphe, Médecine, Sang, Inflammation, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
ECLAIRCISSEMENT au sujet de
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
Fermer
Résumé : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Le document est une lettre datée du 11 mars 1733, répondant à des questions du Journal des Sçavans sur deux thèses de médecine concernant le Kermès minéral. L'auteur clarifie les divergences entre les thèses, notamment sur l'utilisation du Kermès dans les inflammations. La première thèse recommande le Kermès pour son analogie avec l'humeur vitiée dans les inflammations. L'auteur de la lettre défend une autre approche, affirmant que le Kermès augmente l'inflammation en poussant le sang dans les vaisseaux capillaires et lymphatiques. Il reconnaît que le Kermès atténue la lymphe, mais précise qu'il le fait en allumant et en embrasant la lymphe, ce qui augmente l'embarras du sang. Un second éclaircissement porte sur un exemple où le Kermès semble efficace, mais l'auteur explique que cet exemple concerne une métastase, prouvant ainsi que le Kermès ne convient pas dans les inflammations. L'auteur conclut en affirmant que le Kermès peut être utile dans certains cas et que les médecins doivent savoir quand l'utiliser, sans se laisser influencer par son succès récent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2449
p. 1071-1077
LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Vous avez vû, MONSIEUR, sur la fin de ma derniere Lettre, la résolution [...]
Mots clefs :
François Picquet, Lettre, Alep, Église, Consul, Religion, Sujet, Temps, Baron, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre de M.... à M. de..., Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, relate la vie de Messire François Picquet. En raison de la disgrâce du Pacha Mortasa et des menaces à sa sécurité, le Conseil de M. Picquet décide de quitter Alep pour la France. Cependant, des motifs religieux retardent son départ de deux ans. Durant cette période, les gouverneurs persécutent les chrétiens, qui montrent une grande patience et foi. M. Picquet se distingue par son zèle et sa piété en faveur des chrétiens persécutés. Le Consul d'Alep, toujours prêt à aider la religion et ses ministres, accueille deux grands évêques, M. de la Motte-Lambert et M. Ignace Cotolendi, qui œuvrent à l'évangélisation des régions reculées de l'Orient. M. Picquet les considère comme des apôtres et les soutient dans leur mission. Le 10 décembre 1660, M. Picquet reçoit la tonsure cléricale à Alep des mains de l'Archevêque André des Syriens. Avant de partir pour Rome, il assiste à l'abjuration du schisme et de l'hérésie par le Patriarche des Grecs, Macaire, qui reconnaît l'Église Romaine comme la seule véritable. M. Picquet quitte finalement Alep en 1662 et arrive à Rome au début du mois de mars. Son successeur, M. François Baron, est décrit comme vertueux et intelligent, et poursuit l'œuvre de M. Picquet avec succès. La lettre mentionne également des mémoires sur M. Baron, dont la véracité est contestée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2450
p. 1079-1089
REFLEXIONS.
Début :
Les Grands ne réfléchiront-ils jamais sérieusement sur eux-mêmes ? Ils ont [...]
Mots clefs :
Conversation, Esprit, Hommes, Faute, Monde, Valet, Homme du monde, Punir, Crainte, Grands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
L'érieusement sur eux - mêmes ? Ils ont
beau s'étourdir par la
sensualité et par
la délicatesse poussée à l'excès , courir de
plaisirs en plaisirs , donner tout ce qu'ils
ont
d'attention aux voluptez des sens ,
s'ébloüir à la vûë de la pompe qui les
environne et de l'éclat de leur fortune ,
ne faire aucun compte ni des fatigues
ni du sang des autres hommes , n'être
point compatissans
à leurs souffrances ,
les faire servir à leurs fins et les sacri
fier à leurs interêts , comme s'ils étoient
des Etres d'une espece differente et toute
inferieure et nez pour s'user à leur service
; les laisser accablez de besoins , pendant
qu'ils s'accablent eux - mêmes de suerflus
; une voix secrette se fait entenre
chez eux et malgré eux , et les avertit
sans cesse qu'ils sont fort éloignez de
l'état où ils devroient être.
Es Grands ne réfléchiront -ils jamais
Le
mauvais.exemple enseigne le mal
à ceux qui l'ignorent , et le persuade à
ceux qui en ont naturellement horreur ;
I. Vol.
ensorte
1080 MERCURE DE FRANCE
ensorte qu'on a souvent honte d'être in
nocent parmi les coupables .
Les exemples des Princes sont comme
des Edits qui se publient sans Hérauts ,
et ausquels on obéït sans attendre des
Commissaires , ni des Lettres Patentes.
L'inclination a souvent peu de
·
part aux
choses
qu'on fait par crainte
, par res- pect humain
, ou seulement
parce qu'on les voit faire.
Les mesures que prennent les usurpa
teurs , pour assurer leurs possessions à.
leurs descendans , ne prévalent pas d'ordinaire
à l'exemple qu'ils ont donné.
Le mauvais exemple excite plus à faire
le mal , que le bon à faire le bien , parce
qu'il a notre inclination naturelle de son
côté.
Il faut tout voir , car plus les yeux ont
vu , plus la raison est en état de voir
elle- même.
Les exemples du temps passé nous
touchent
incomparablement plus que
ceux de notre siecle. On s'accoûtume
1. Vol. insenJUIN.
1733. 1033
insensiblement à tout ce qu'on voit , et
selon le Cardinal de Retz , on peut raisonnablement
douter que le Consulat du
Cheval de Caligula , nous eût si extraordinairement
surpris , si cet évenement
s'étoit passé de nos jours.
L'experience , mais l'experience exacte
et bien faite , est toujours l'écueil des
vieux préjugez.
Bien que la punition ne semble marcher
qu'à pas lents , on voit rarement
qu'elle manque de tomber sur les coupables
, quoiqu'ils paroissent aller plus .
vîte qu'elle.
Rarò antecedentem scele stum
Deseruit pede poena claudo .
Il faut punir le méchant , de crainte
d'en être puni.
Il est dangereux de pardonner certains
crimes ; la justice est interessée à ce qu'on
punisse exemplairement , pour faire respecter
le Souverain dans ceux dont il se
sert pour gouverner ses Peuples.
C'est nuire aux bons , que de pardonner
aux méchans. Bonis nocet quisquis
pepercerit malis.
I. Vol. Dans
1082 MERCURE DE FRANCE
Dans les châtimens dont on punit les
méchants , on a moins dessein de les faire
périr et d'augmenter leurs souffrances ,
que de retenir les esprits pervers par
la
crainte du supplice. Supplicium de iis sumendum
non tam ut ipsi pereant , quàm
ut alios pereundo deterreant. Seneque .
Pour punir les hommes , Dieu n'a souvent
besoin que de leurs propres passions.
On doit presque également punir un
General victorieux , qui ne profite pas
de sa victoire , et un General négligent
qui se laisse surprendre.
On ne devient pas tout d'un coup très
criminel , mais défiez- vous de la plus
petite faute , car elle peut être le premier
degré pour vous conduire aux plus
grands desordres . Nemo repente fuit turpissimus.
Une faute en attire souvent plusieurs ,
et la distance qui est entre la vertu et
le vice , n'est quelquefois que le chemin
peu de jours . de
Q
On doit plaindre par pitié et blâmer
par raison , ceux qui sont malheureux
1
par leur faute.
JUIN. 1733. 1083
On n'est pas sot pour faire une sottise,
puisque le sage même est sujet à faire des
fautes ; mais c'est être sot que de ne pas
sçavoir cacher ses sottises et de vouloir
les excuser.
Il est d'un plus grand homme de sçavoir
avoüer sa faute , que de sçavoir ne
la pas faire.
Il n'y a rien qui fasse agir plus efficacement
les honnêtes gens qui ont fait
quelques fautes, que le desir ardent qu'ils
ont de les réparer et de les faire oublier
par de bons procedez.
La source la plus ordinaire du manquement
des hommes , est qu'ils s'effrayent
trop du présent et qu'ils ne s'effrayent
pas assez de l'avenir.
C'est un rare talent que celui d'éviter
jusqu'aux plus petites fautes . Je ne sçai
si celui d'avouer ingénument celles que
l'on fait , est en certain cas de beaucoup
inferieur.
Le colpé presenti invalidano le scuse
passate. Per una volta si puo esser
cativo e mantenersi l'opinione di buono :
1, Vol.
la
1084 MERCURE DE FRANCE
la replicatione deglatti vitiosi facredere
che nascono dalla mala natura degli ho...
mini , è non dalle necessita delle occa
sione.
Il divider da un huomo la dominatione
, è cosa molto più spaventevole , che
la separatione dell'anima dal corpo.
Levare il Regno , è lasciar vivo il Re
è una crudela pieta.
Un Pirate disoit à Alexandre , parce
que je ravage la Mer avec une Barque on
m'appelle voleur ; et parce que vous le
faites avec une grandé Flotte on vous
appelle Roy.
:
Les hommes veulent être esclaves quelque
part , et puiser là de quoi dominer
ailleurs en effet , ils rampent et sentent
durement le poids de ceux qui peuvent
servir à leur élévation , mais ils le rendent
bien à leurs inférieurs. On se forme
ainsi à l'hypocrisie et à l'inhumanité , et
on passe sa vie à souffrir et à faire souffrir.
Il mestiere di comandare è cosi piace
vole , è gustoso , che non mi stanche-
I.Vol. rei
JUIN. 1733. 1085
rei mai di farmi obedire , disoit un Italien.
Il est très-naturel à ceux qui ont dans
l'esprit quelque impression dominante ,
d'y faire venir toutes leurs autres pen
sées.
Ce qui plaît au Prince tient lieu de
loy, parce que par la Loy Royale qui
l'a établi , le peuple a transferé et mis en
sa personne toute l'autorité , la volonté
et le pouvoir qu'il avoit.
On n'est pas digne de commander , si
on n'est meilleur que ceux à qui on commande.
Il arrive rarement de conserver son au
torité et son crédit autant que sa vie.
Le valet scelerat est quelquefois un
mauvais indice contre le Maître .
Aucune servitude n'est plus honteuse
que d'être valet d'un valet ; c'est cependant
le sort de la plupart des Grands , રે
qui il arrive de se laisser gouverner par
quelques Domestiques.
1. Vol. Le
1086 MERCURE DE FRANCE
Le changement de nos affections vient
souvent de celui de notre tempéramment
, dont il entre toujours quelque
chose dans les desseins les plus concertez.
,
On ne doit pas croire qu'une chose
est à soi , quand elle peut changer de
maître , dit Publius Syrus , Nil proprium
cas quod mutarier potest.
C'est particulierement l'instabilité qui
produit l'ingratitude , parce que l'avidité
qu'on a pour les biens qu'on ne possede
pas , fait compter pour rien ceux qu'on
possede.
Parmi la plûpart des hommes , le goût
'des meilleures choses change ayant qu'el
les ayent changé.
Il est aussi ordinaire à l'homme de
s'affliger du mal , que de se lasser du
bien .
La Coûtume est la maîtresse des Usages
, c'est elle qui fait qu'ils choquent ,
ou qu'ils ne choquent point.
Toutes les choses du monde , sans en
I. Vol. exJUI
N.
1087 •
1733 .
excepter aucunes , sont sujettes à diverses
révolutions qui les rendent fort estimées
en un tems , puis méprisées et ridicules
en l'autre , font monter aujourd'hui
ce qui doit tomber demain , et tourner
ainsi perpétuellement cette grande rouë
des siècles , qui fait paroître , mourir et
renaître chacun à son tour sur le Théatre
du monde. Les Sciences , les Empires
les Opinions , le Monde même n'est pas.
exempt de cette vicissitude.
Usque adeò in rebus solidi nihil esse videtur
!
Ordinairement la confiance fournit
plus à la conversation que l'esprit.
L'entretien sert de nourriture à l'ame,
rend le coeur content , réveille les esprits
, endort les peines , applanit les
chemins et les accourcit , et par une excellence
encore plus particuliere , met
poz ainsi dire , à cheval ceux qui sont à
pied.
Dans la conversation on ne doit point
tant affecter de bien dire et de bien pencomme
de faire bien dire , et bien
ser ,
penser
aux
autres
; car
nous
sommes
tou-
I. Vol, jours
1088 MERCURE DE FRANCE
jours très- agréables à ceux à qui nous
donnons occasion de l'être.
Un esprit médiocre qui parle juste et à
propos , plait davantage dans la conversation,
qu'un esprit sublime qui ne cherche
qu'à briller , et qui dit des choses.
extraordinaires , et seulement propres à
te faire admirer.
Il est bien difficile d'être toujours
agréable dans l'entretien sans être un
peu bouffon : et il est encore plus difficile
de soutenir ce dernier caractere sans
être souvent plat. C'est l'Etude qui augmente
les talens de la nature , mais c'est
la conversation qui les met en oeuvre.
La conversation est le grand Livre du
Monde , qui apprend l'usage des autres
Livres sans elle la Science est sauvage
et sans agrément.
L'usage de l'esprit de l'homme se fait
particulierement sentir dans la conversation
, parce qu'il s'y trouve obligé de
répondre juste et de parler juste. Dans le
Cabinet , l'esprit raisonne sans contrainte
, comme il veut , et sur ce qu'il veut ;
il ne trouve personne qui lui contredise :
I. Vol.
dans
JUIN. 1733. 1089:
dans la conversation , il doit être prêt à
raisonner sur tout , et à soutenir ses rai
sonnemens contre tous .
Ordinairement dans la conversation
les uns sont fort di straits , et les autres
ont une attention si importune , qu'au
moindre mot qui échappe , ils le releyent
, badinant autour , y trouvent un
mistere que les autres n'y voyent pas , et
y cherchent de la finesse et de la subti
lité , seulement pour avoir occasion de
placer la leur.
L'érieusement sur eux - mêmes ? Ils ont
beau s'étourdir par la
sensualité et par
la délicatesse poussée à l'excès , courir de
plaisirs en plaisirs , donner tout ce qu'ils
ont
d'attention aux voluptez des sens ,
s'ébloüir à la vûë de la pompe qui les
environne et de l'éclat de leur fortune ,
ne faire aucun compte ni des fatigues
ni du sang des autres hommes , n'être
point compatissans
à leurs souffrances ,
les faire servir à leurs fins et les sacri
fier à leurs interêts , comme s'ils étoient
des Etres d'une espece differente et toute
inferieure et nez pour s'user à leur service
; les laisser accablez de besoins , pendant
qu'ils s'accablent eux - mêmes de suerflus
; une voix secrette se fait entenre
chez eux et malgré eux , et les avertit
sans cesse qu'ils sont fort éloignez de
l'état où ils devroient être.
Es Grands ne réfléchiront -ils jamais
Le
mauvais.exemple enseigne le mal
à ceux qui l'ignorent , et le persuade à
ceux qui en ont naturellement horreur ;
I. Vol.
ensorte
1080 MERCURE DE FRANCE
ensorte qu'on a souvent honte d'être in
nocent parmi les coupables .
Les exemples des Princes sont comme
des Edits qui se publient sans Hérauts ,
et ausquels on obéït sans attendre des
Commissaires , ni des Lettres Patentes.
L'inclination a souvent peu de
·
part aux
choses
qu'on fait par crainte
, par res- pect humain
, ou seulement
parce qu'on les voit faire.
Les mesures que prennent les usurpa
teurs , pour assurer leurs possessions à.
leurs descendans , ne prévalent pas d'ordinaire
à l'exemple qu'ils ont donné.
Le mauvais exemple excite plus à faire
le mal , que le bon à faire le bien , parce
qu'il a notre inclination naturelle de son
côté.
Il faut tout voir , car plus les yeux ont
vu , plus la raison est en état de voir
elle- même.
Les exemples du temps passé nous
touchent
incomparablement plus que
ceux de notre siecle. On s'accoûtume
1. Vol. insenJUIN.
1733. 1033
insensiblement à tout ce qu'on voit , et
selon le Cardinal de Retz , on peut raisonnablement
douter que le Consulat du
Cheval de Caligula , nous eût si extraordinairement
surpris , si cet évenement
s'étoit passé de nos jours.
L'experience , mais l'experience exacte
et bien faite , est toujours l'écueil des
vieux préjugez.
Bien que la punition ne semble marcher
qu'à pas lents , on voit rarement
qu'elle manque de tomber sur les coupables
, quoiqu'ils paroissent aller plus .
vîte qu'elle.
Rarò antecedentem scele stum
Deseruit pede poena claudo .
Il faut punir le méchant , de crainte
d'en être puni.
Il est dangereux de pardonner certains
crimes ; la justice est interessée à ce qu'on
punisse exemplairement , pour faire respecter
le Souverain dans ceux dont il se
sert pour gouverner ses Peuples.
C'est nuire aux bons , que de pardonner
aux méchans. Bonis nocet quisquis
pepercerit malis.
I. Vol. Dans
1082 MERCURE DE FRANCE
Dans les châtimens dont on punit les
méchants , on a moins dessein de les faire
périr et d'augmenter leurs souffrances ,
que de retenir les esprits pervers par
la
crainte du supplice. Supplicium de iis sumendum
non tam ut ipsi pereant , quàm
ut alios pereundo deterreant. Seneque .
Pour punir les hommes , Dieu n'a souvent
besoin que de leurs propres passions.
On doit presque également punir un
General victorieux , qui ne profite pas
de sa victoire , et un General négligent
qui se laisse surprendre.
On ne devient pas tout d'un coup très
criminel , mais défiez- vous de la plus
petite faute , car elle peut être le premier
degré pour vous conduire aux plus
grands desordres . Nemo repente fuit turpissimus.
Une faute en attire souvent plusieurs ,
et la distance qui est entre la vertu et
le vice , n'est quelquefois que le chemin
peu de jours . de
Q
On doit plaindre par pitié et blâmer
par raison , ceux qui sont malheureux
1
par leur faute.
JUIN. 1733. 1083
On n'est pas sot pour faire une sottise,
puisque le sage même est sujet à faire des
fautes ; mais c'est être sot que de ne pas
sçavoir cacher ses sottises et de vouloir
les excuser.
Il est d'un plus grand homme de sçavoir
avoüer sa faute , que de sçavoir ne
la pas faire.
Il n'y a rien qui fasse agir plus efficacement
les honnêtes gens qui ont fait
quelques fautes, que le desir ardent qu'ils
ont de les réparer et de les faire oublier
par de bons procedez.
La source la plus ordinaire du manquement
des hommes , est qu'ils s'effrayent
trop du présent et qu'ils ne s'effrayent
pas assez de l'avenir.
C'est un rare talent que celui d'éviter
jusqu'aux plus petites fautes . Je ne sçai
si celui d'avouer ingénument celles que
l'on fait , est en certain cas de beaucoup
inferieur.
Le colpé presenti invalidano le scuse
passate. Per una volta si puo esser
cativo e mantenersi l'opinione di buono :
1, Vol.
la
1084 MERCURE DE FRANCE
la replicatione deglatti vitiosi facredere
che nascono dalla mala natura degli ho...
mini , è non dalle necessita delle occa
sione.
Il divider da un huomo la dominatione
, è cosa molto più spaventevole , che
la separatione dell'anima dal corpo.
Levare il Regno , è lasciar vivo il Re
è una crudela pieta.
Un Pirate disoit à Alexandre , parce
que je ravage la Mer avec une Barque on
m'appelle voleur ; et parce que vous le
faites avec une grandé Flotte on vous
appelle Roy.
:
Les hommes veulent être esclaves quelque
part , et puiser là de quoi dominer
ailleurs en effet , ils rampent et sentent
durement le poids de ceux qui peuvent
servir à leur élévation , mais ils le rendent
bien à leurs inférieurs. On se forme
ainsi à l'hypocrisie et à l'inhumanité , et
on passe sa vie à souffrir et à faire souffrir.
Il mestiere di comandare è cosi piace
vole , è gustoso , che non mi stanche-
I.Vol. rei
JUIN. 1733. 1085
rei mai di farmi obedire , disoit un Italien.
Il est très-naturel à ceux qui ont dans
l'esprit quelque impression dominante ,
d'y faire venir toutes leurs autres pen
sées.
Ce qui plaît au Prince tient lieu de
loy, parce que par la Loy Royale qui
l'a établi , le peuple a transferé et mis en
sa personne toute l'autorité , la volonté
et le pouvoir qu'il avoit.
On n'est pas digne de commander , si
on n'est meilleur que ceux à qui on commande.
Il arrive rarement de conserver son au
torité et son crédit autant que sa vie.
Le valet scelerat est quelquefois un
mauvais indice contre le Maître .
Aucune servitude n'est plus honteuse
que d'être valet d'un valet ; c'est cependant
le sort de la plupart des Grands , રે
qui il arrive de se laisser gouverner par
quelques Domestiques.
1. Vol. Le
1086 MERCURE DE FRANCE
Le changement de nos affections vient
souvent de celui de notre tempéramment
, dont il entre toujours quelque
chose dans les desseins les plus concertez.
,
On ne doit pas croire qu'une chose
est à soi , quand elle peut changer de
maître , dit Publius Syrus , Nil proprium
cas quod mutarier potest.
C'est particulierement l'instabilité qui
produit l'ingratitude , parce que l'avidité
qu'on a pour les biens qu'on ne possede
pas , fait compter pour rien ceux qu'on
possede.
Parmi la plûpart des hommes , le goût
'des meilleures choses change ayant qu'el
les ayent changé.
Il est aussi ordinaire à l'homme de
s'affliger du mal , que de se lasser du
bien .
La Coûtume est la maîtresse des Usages
, c'est elle qui fait qu'ils choquent ,
ou qu'ils ne choquent point.
Toutes les choses du monde , sans en
I. Vol. exJUI
N.
1087 •
1733 .
excepter aucunes , sont sujettes à diverses
révolutions qui les rendent fort estimées
en un tems , puis méprisées et ridicules
en l'autre , font monter aujourd'hui
ce qui doit tomber demain , et tourner
ainsi perpétuellement cette grande rouë
des siècles , qui fait paroître , mourir et
renaître chacun à son tour sur le Théatre
du monde. Les Sciences , les Empires
les Opinions , le Monde même n'est pas.
exempt de cette vicissitude.
Usque adeò in rebus solidi nihil esse videtur
!
Ordinairement la confiance fournit
plus à la conversation que l'esprit.
L'entretien sert de nourriture à l'ame,
rend le coeur content , réveille les esprits
, endort les peines , applanit les
chemins et les accourcit , et par une excellence
encore plus particuliere , met
poz ainsi dire , à cheval ceux qui sont à
pied.
Dans la conversation on ne doit point
tant affecter de bien dire et de bien pencomme
de faire bien dire , et bien
ser ,
penser
aux
autres
; car
nous
sommes
tou-
I. Vol, jours
1088 MERCURE DE FRANCE
jours très- agréables à ceux à qui nous
donnons occasion de l'être.
Un esprit médiocre qui parle juste et à
propos , plait davantage dans la conversation,
qu'un esprit sublime qui ne cherche
qu'à briller , et qui dit des choses.
extraordinaires , et seulement propres à
te faire admirer.
Il est bien difficile d'être toujours
agréable dans l'entretien sans être un
peu bouffon : et il est encore plus difficile
de soutenir ce dernier caractere sans
être souvent plat. C'est l'Etude qui augmente
les talens de la nature , mais c'est
la conversation qui les met en oeuvre.
La conversation est le grand Livre du
Monde , qui apprend l'usage des autres
Livres sans elle la Science est sauvage
et sans agrément.
L'usage de l'esprit de l'homme se fait
particulierement sentir dans la conversation
, parce qu'il s'y trouve obligé de
répondre juste et de parler juste. Dans le
Cabinet , l'esprit raisonne sans contrainte
, comme il veut , et sur ce qu'il veut ;
il ne trouve personne qui lui contredise :
I. Vol.
dans
JUIN. 1733. 1089:
dans la conversation , il doit être prêt à
raisonner sur tout , et à soutenir ses rai
sonnemens contre tous .
Ordinairement dans la conversation
les uns sont fort di straits , et les autres
ont une attention si importune , qu'au
moindre mot qui échappe , ils le releyent
, badinant autour , y trouvent un
mistere que les autres n'y voyent pas , et
y cherchent de la finesse et de la subti
lité , seulement pour avoir occasion de
placer la leur.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS.
Le texte examine la moralité et les comportements humains, particulièrement chez les personnes de pouvoir. Il note que les individus, même distraits, ressentent un malaise face à leur écart par rapport à l'idéal moral. Les dirigeants influencent souvent par la peur et le respect plutôt que par une inclination naturelle. Le mauvais exemple a plus d'impact négatif que le bon exemple positif, et les expériences passées influencent davantage que les contemporaines. La punition des méchants est nécessaire pour dissuader les autres et protéger les bons. Le texte met en garde contre les petites fautes, qui peuvent mener à des désordres plus graves, et insiste sur l'importance de reconnaître et réparer ses erreurs. Il critique également l'hypocrisie et l'inhumanité des hommes, qui cherchent à dominer et à exploiter les autres. Le pouvoir du prince est légitimé par la loi royale, et sa capacité à commander repose sur sa supériorité morale. La stabilité du pouvoir est rare, et les serviteurs peuvent influencer négativement leurs maîtres. Les affections humaines changent avec le tempérament, menant souvent à l'ingratitude. Les goûts des hommes évoluent rapidement, et ils se lassent facilement des biens qu'ils possèdent. La coutume régit les usages et les perceptions sociales. Toutes les choses, y compris les sciences, les empires et les opinions, sont soumises à des révolutions et des changements cycliques. La conversation est essentielle pour nourrir l'âme, apaiser les peines et rendre les chemins plus faciles. Elle permet de mettre en pratique les talents naturels et acquis. Un esprit médiocre mais pertinent est souvent plus apprécié qu'un esprit brillant mais égocentrique. La conversation exige de répondre et de penser juste, contrairement à la réflexion solitaire. Elle oblige l'esprit à être prêt à raisonner sur divers sujets et à soutenir ses arguments. Certains interlocuteurs peuvent être trop critiques ou attentifs, cherchant des significations cachées dans chaque mot.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer