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p. 65-123
ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Début :
Sans interrompre le paralelle d'Homere & de Rabelais, je [...]
Mots clefs :
Homère, Rabelais, Plaisir, Médecin, Parallèle, Hommes, Mari, Oeil, Fous, Dames, Compagnons, Moutons, Caverne, Cyclope, Patience, Marchand, Femme, Dieux, Troupeaux, Paris, Jupiter, Argent, Sourd, Muette, Dissertation
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
ARTICLE
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
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Résumé : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Le texte compare les œuvres d'Homère et de Rabelais, deux auteurs classiques, en mettant en lumière leurs aspects comiques et sérieux. L'auteur souhaite rendre les œuvres de Rabelais plus accessibles aux dames, qui trouvent Homère plus intelligible grâce à une récente traduction en français. Pour ce faire, il entreprend de clarifier et de purifier certains passages de Rabelais afin de les rendre moins ennuyeux pour un public féminin. L'auteur présente ensuite un conte de Rabelais, 'Les Moutons de Dindenaut', qu'il a adapté pour le rendre plus agréable et intelligible. Ce conte met en scène Panurge, un personnage de Rabelais, et un marchand de moutons nommé Dindenaut. Panurge achète un mouton nommé Robin et le jette à la mer, provoquant une réaction en chaîne où tous les moutons suivent Robin et se noient. Le marchand, tentant de retenir ses moutons, se noie également. Le texte compare ce conte à un épisode de l'Odyssée d'Homère, où les moutons du Cyclope jouent un rôle similaire. L'auteur souligne que les meilleurs auteurs ont puisé dans Rabelais et Homère pour leur comique et leur sublime, respectivement. Il conclut en affirmant que ces auteurs sont des modèles pour le meilleur et le pire, et que tous les hommes ont en eux du petit et du grand. Par ailleurs, le texte relate un épisode de l'Odyssée où Ulysse et ses compagnons sont capturés par un Cyclope. Ulysse tente de convaincre le Cyclope de les traiter avec hospitalité, invoquant la protection des dieux, mais le Cyclope refuse, affirmant qu'il ne craint ni Jupiter ni les dieux. Il dévore plusieurs compagnons d'Ulysse et les laisse enfermés dans sa caverne. Ulysse, cherchant un moyen de se venger, prépare une massue avec ses compagnons. Lors du retour du Cyclope, Ulysse lui offre du vin pour l'endormir. Profitant de son sommeil, Ulysse et ses hommes lui crevent l'œil avec la massue chauffée à blanc. Aveuglé, le Cyclope appelle à l'aide, mais ses semblables, trompés par l'équivoque du nom 'Personne', ne lui portent pas secours. Ulysse et ses hommes s'échappent en s'accrochant sous les moutons du Cyclope. Le texte se termine par une réflexion sur la poésie d'Homère, soulignant la moralité et la finesse des discours du Cyclope.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 75-96
Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
Début :
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même souvent la nature. [...]
Mots clefs :
Miroirs ardents, Centre, Archimède, Rayons, Foyer, Feu, Lois de la réflexion, Défense, Miroirs concaves, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
Dissertation académique sur
les Miroirsardens.
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même
souvent la nature. Le Miroir spherique concave,
que M. V** de Lyon mon-
tre publiquement aux curieuxy & celui que je vous
envoyé, le prouvent par
experience. La surface du
Miroir cte M. V*
*
a
trois
pieds & sept pouces de diametre. Il reçoit par consequent seize mille cinq cent
lignes quarrées des rayons
du Soleil, qu'il reünit, à
trois pieds & demi au- devant de soy dans l'espace
de dix ou douze lignes. Cet
espace de la concentration
des rayons est par analogie
appelle Foyer. C'est la veritable image du Soleil:
elle est si brillante, que les
yeux ne peuvent la fupporrer.
Le feu de la fâme du Soleil est si violent en ce foyer,.
qu'il embrase d'abord toutes les matieres combustibles, & en peu de momens
il fond le fer, l'or, l'argent,
& les autres metaux, &
vitrifiel'argile & la brique.
J'ai démontre en d'autres discours
,
que ce prodigieux effet n'est que la
terebration & violent poussement que les rayons de la
substance liquide, dont l'amas compote le Soleil, font
en passant serrez & condensez dans ce petit espace où
les loix de la reflexion les
reünissent Il en arrive de
même à l'eau
,
qui s'élance
avec violence d'autant plus
haut dans l'air, que sa
source est plus élevée & abondante, & que le diametre
du trou du jet fait sans ajustage, est plus petit.
Archimede, dont le seul
nom fait le panegyrique)
est l'inventeur des Miroirs,
ardens.
Cardan assure, sur le
rapport d'Anroine Gogava, qu'Archimede a
bien
démontré tout ce qui concerne cette forte de Miroirs. C'en: le même Gogava que le docte Rivaltus
dansla vie d'Archirmede dit
avoirété l'interprete de
son livre des Miroirs brûlans.
-
Personne n'ignore que
lors qu'Appius & Marcus
Marcellus assiegerent Syracuse, ville capitale de Sicile, ce grand Archimedc
foûrnit lui seul l'effort de la
-
plus puissante armée des
Romains. C'est Tire-Live
qui l'assure dans le quatriéme livre de la troisiéme Decade.Voici les termes, rendus en nôtre langue par M.
du Ryer. Et il ne fautpoint,
douter que,cette entreprise
ncût eu dusuccésy sans lesecours d'unseul homme pli étoit alors dans Syracuse.C'était le fameux Archimede,
personnage sçavant dans la.
connossance des cieux & des
djîres
: mais admirable surtout par l'invention des ma-,
chines de guerre f
avec lejl
quelles il détruisoitfacilement.
tout ce que les ennemis nepouvaient faire qu'avec beaucoup>
de peines & de grands tra
Vaux.Ce'venerable vieillard
combatant matllematique.
ment,auroitlui seul forcéles
Romains - à lever honteusement le siege si le traître
Mericus, Preret d'Acradine, n'eût pas livré une porte à Marcellus
,
qui avoic
ordonné à son armée de
sauver Archimede, comme
le fruit de la plus g
lorieuse
conquête des Romains.
Bien des gens veulent
qu'Archimede ait employé
les Miroirs, ardens pour la
défensedeSyracuse; ce qui
merite cette petite dissertation.
Diodore Sicilien dit qu'-
Archimede brûla les navires à la distance de troisstades, qui valent sept cent
trente-cinqpas :mais cet
auteur ne
fait
aucune mention du Miroir, bien que
dansle chapitre du premier
livre des Antiquitez il air
remarquéque lesEgyptiens
se servoient de la viz d'Archimede pour élever les.
eaux.
Polibe, qui dans son-huitiéme livre fait le détail des
artifices par lesquels Archimede ion contemporain
défendoit Syracuse, ne parle point des Miroirs.
Les Historiens plus jeunes que Diodore Sicilien,
n'en parlent non plus que lui, bien que Tite-Live
dans sa troisiéme Decade,
& Plutarque dans la vie de
Marcellus,ayent écritavec
foin l'histoire de ce qui se
passa au siege de Syracuse.
Galien dans les premiers pages de son troisiéme
livre, des Temperamens,
parle en cestermes :
On
ditquArchimede embrasa les
navires des ennemis par le
moyen de ses Miroirs brulans.
Dion Historien celebre,
& Tzezez Historien Grec*,
en disent autant. -
Zonaras,au troisiéme tome de ses Histoires dans
Anastase Dicoro
, parle
comme Galien. On dit que
Proclus, à l'imitation d'Llrchimede, fabriquadans Bysance, à present Conftantinople, des Miroirs brû-
tans, lesquels étant exposez
aux rayons du Soleil, lance--
rent des flâmes qui consumerent l'armée navale de Vita-" 1
lian.
Cardan ayant supposéce
que Galien n'avance que
par on dit, enseigna en l'anfit née 1559. dans le quatriéme
livre de la Subtilité,samaniere de construire des Miroirs concaves pour brûler
à mille pas loin. Ce fut avec
juste raison que le Docte
Napolitain Jean
-
Baptiste
Porta,auch.15.du dix-septiéme livre de saMagie na-
turelle, s'écria: Bon Dieu!
combien Cardan dit desotises
fit peu de mots! Il ajoute,
quil est impossible de faire des
Miroirs concaves qui brûlent
à trente pas loin.
Parlons maintenant des
effetsdesMiroirs concaves. Le premier est d'éclairer & de découvrir pendant les nuits les plus sombres les lieux & les objets
très- éloignez, en mettant
la flâme d'un flambeau au
foyer d'un Miroir; car puisque les rayons de chaque
point du disque du Soleil,
qui tombent physiquement
paralleles sur la surface du
Miroir concave, font roflechis convergens, 6c se
ramassenten un foyer; aussi
les rayons de la flâme du
flambeau mise dans le verger tombant divergens sur
la surface du Miroir, en
feront reflechis paralleles
en une colonne de lumiere
éclatante, donc une base est
en la superficie du Miroir,
& l'autre sur les objets éclairez. On les pourra ensuite reconnoître très-distinctement par une lunette
à quatre vers, donc nous
avons donné la construction en l'année 1665. &en
avoir la veritable vision
parfaite ou vue difiinéte)
avec un binocle de la bonne & facile construction
que Daniel Chorez inventa
& executa heureusement,
& qu'il presenta au Royen
l'annee 1625.
Lesecond effetest de
porter, pendant la nuit la
plus noire, telles figures ou
écritures qu'on voudra sur
une muraille éloignée de
plus de trois cent pas, aprés
les
les avoir écrites en ordre
renversé sur la surface du
Miroir, & allumant un
flambeau au point du foyer.
Le troisiéme effet est plus
surprenant
; car si avec de
l'encre ordinaire, qu'on appelle encre double & bien
gommée, vous tracez quelque image sur la surface du
Miroir, vous en jetterez
la representation à plus de
trois cent pas, loin, & lafaifant entrer dans une chambre obscure, la figureparoîtrad'une grandeur gigantesquesur la muraille,
& comme revêtuë de gloire, étant paréedemille,
couleurs que produit la differente refraction & modification de la lumiere.
Le quatriémeeffet est
plus ordinaire, quoique
trés-surprenant. Un objet
mis entre la surface & le
centre du Miroir
,
paroît
hors du Miroir comme un
fantôme suspendu en l'air,
à
ceux qui en sontéloignez
de quinze ou vingt pieds.
Ainsi une courte épée sanble sortir plusgrandedu
Miroir pour venir percer
* ..)[-::-:. t
le regardant, qui peut être
entelle distance qu'il croira que la pointe lui donne
dans l'œil. Si le Miroir de
M. V** étoitattaché au
plancher d'une salle, en
forte que sa surface regardât à plomb le pavé, &
qu'un homme fût directement au-dessous du Miroir, on le verroit en l'air
& comme pendu par les.
pieds. Que si on met quelque petite statuë renversée
au-devant du Miroir, l'image en paroîtra redressee
en l'air.
Enfin je ramasse en un
article tous les autres ef.:
fets furprenans des Miroirs
concaves. z>
L'objet mis entre la surface du Miroir concave Se
son centre, & l'œil étant
situé au-deçà du centre ;
il
en verra toujours l'image
droite plus petite & plus
enfoncée dans le Miroir,
que l'objet n'en est éloigné
par devant, & cela plus ou
moins, suivant lesdifférentes positionsou places de
l'oeit; ce quin'arrive pasaux
Miroirs plans, qui.repre-
sentent toujours les objets
aussi grands & autant enfoncez dans le Miroir,
qu'ils, font éloignez de si
surface.
Si vous mettez la tête,
entre le centre duMiroir.
& sa surface., vous verrez
vôtrevisage plus grand, &.
dans la situation ordinaire.
Eloignez-vous, peu à peu
du devant de la surface
du Miroir concave,limage de votre face s'agrandit jnfcjuà devenir d'unetaille gigantesque
,
& cela
est trés
-
commode pour
reconnoître & remedier
aux défauts du visage;
comme canes, rougeurs poils,&c.En vous éloignant peu a peu, l'image
de vôtre visage paroîtra
toujours droite, & s'agrandira en s'avançant sur
la surface du Miroir
,
jusques à ce que l'œil étant
arrive au centre du Miroir, il ne voit que son image
,
qui est aussi grande
que tout le Miroir. Enfin
vôtreœil s'étant un peuplus éloigné du Miroir, il
verra vôtre visage encore
fort grand, mais renversé & hors du Miroir; & à
mesure que vous vous err
éloignerez davantage, la
grandeur de l'image diminuëra jusqu'à devenir
égale à vôtre visage, &
enfin elle paroîtra d'autant plus petite, que vous
vous éloignerez davantage
du Miroir.
Le Miroir étant couché
horizontalement, sa concavité en haut, un objet
ou statuë suspenduë à plomb
sur sa concavité, entre sa
surface & son centre, vous
paroîtra droite ou renversée, suivant que vous serez plus ou moins éloigné
du Miroir.
les Miroirsardens.
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même
souvent la nature. Le Miroir spherique concave,
que M. V** de Lyon mon-
tre publiquement aux curieuxy & celui que je vous
envoyé, le prouvent par
experience. La surface du
Miroir cte M. V*
*
a
trois
pieds & sept pouces de diametre. Il reçoit par consequent seize mille cinq cent
lignes quarrées des rayons
du Soleil, qu'il reünit, à
trois pieds & demi au- devant de soy dans l'espace
de dix ou douze lignes. Cet
espace de la concentration
des rayons est par analogie
appelle Foyer. C'est la veritable image du Soleil:
elle est si brillante, que les
yeux ne peuvent la fupporrer.
Le feu de la fâme du Soleil est si violent en ce foyer,.
qu'il embrase d'abord toutes les matieres combustibles, & en peu de momens
il fond le fer, l'or, l'argent,
& les autres metaux, &
vitrifiel'argile & la brique.
J'ai démontre en d'autres discours
,
que ce prodigieux effet n'est que la
terebration & violent poussement que les rayons de la
substance liquide, dont l'amas compote le Soleil, font
en passant serrez & condensez dans ce petit espace où
les loix de la reflexion les
reünissent Il en arrive de
même à l'eau
,
qui s'élance
avec violence d'autant plus
haut dans l'air, que sa
source est plus élevée & abondante, & que le diametre
du trou du jet fait sans ajustage, est plus petit.
Archimede, dont le seul
nom fait le panegyrique)
est l'inventeur des Miroirs,
ardens.
Cardan assure, sur le
rapport d'Anroine Gogava, qu'Archimede a
bien
démontré tout ce qui concerne cette forte de Miroirs. C'en: le même Gogava que le docte Rivaltus
dansla vie d'Archirmede dit
avoirété l'interprete de
son livre des Miroirs brûlans.
-
Personne n'ignore que
lors qu'Appius & Marcus
Marcellus assiegerent Syracuse, ville capitale de Sicile, ce grand Archimedc
foûrnit lui seul l'effort de la
-
plus puissante armée des
Romains. C'est Tire-Live
qui l'assure dans le quatriéme livre de la troisiéme Decade.Voici les termes, rendus en nôtre langue par M.
du Ryer. Et il ne fautpoint,
douter que,cette entreprise
ncût eu dusuccésy sans lesecours d'unseul homme pli étoit alors dans Syracuse.C'était le fameux Archimede,
personnage sçavant dans la.
connossance des cieux & des
djîres
: mais admirable surtout par l'invention des ma-,
chines de guerre f
avec lejl
quelles il détruisoitfacilement.
tout ce que les ennemis nepouvaient faire qu'avec beaucoup>
de peines & de grands tra
Vaux.Ce'venerable vieillard
combatant matllematique.
ment,auroitlui seul forcéles
Romains - à lever honteusement le siege si le traître
Mericus, Preret d'Acradine, n'eût pas livré une porte à Marcellus
,
qui avoic
ordonné à son armée de
sauver Archimede, comme
le fruit de la plus g
lorieuse
conquête des Romains.
Bien des gens veulent
qu'Archimede ait employé
les Miroirs, ardens pour la
défensedeSyracuse; ce qui
merite cette petite dissertation.
Diodore Sicilien dit qu'-
Archimede brûla les navires à la distance de troisstades, qui valent sept cent
trente-cinqpas :mais cet
auteur ne
fait
aucune mention du Miroir, bien que
dansle chapitre du premier
livre des Antiquitez il air
remarquéque lesEgyptiens
se servoient de la viz d'Archimede pour élever les.
eaux.
Polibe, qui dans son-huitiéme livre fait le détail des
artifices par lesquels Archimede ion contemporain
défendoit Syracuse, ne parle point des Miroirs.
Les Historiens plus jeunes que Diodore Sicilien,
n'en parlent non plus que lui, bien que Tite-Live
dans sa troisiéme Decade,
& Plutarque dans la vie de
Marcellus,ayent écritavec
foin l'histoire de ce qui se
passa au siege de Syracuse.
Galien dans les premiers pages de son troisiéme
livre, des Temperamens,
parle en cestermes :
On
ditquArchimede embrasa les
navires des ennemis par le
moyen de ses Miroirs brulans.
Dion Historien celebre,
& Tzezez Historien Grec*,
en disent autant. -
Zonaras,au troisiéme tome de ses Histoires dans
Anastase Dicoro
, parle
comme Galien. On dit que
Proclus, à l'imitation d'Llrchimede, fabriquadans Bysance, à present Conftantinople, des Miroirs brû-
tans, lesquels étant exposez
aux rayons du Soleil, lance--
rent des flâmes qui consumerent l'armée navale de Vita-" 1
lian.
Cardan ayant supposéce
que Galien n'avance que
par on dit, enseigna en l'anfit née 1559. dans le quatriéme
livre de la Subtilité,samaniere de construire des Miroirs concaves pour brûler
à mille pas loin. Ce fut avec
juste raison que le Docte
Napolitain Jean
-
Baptiste
Porta,auch.15.du dix-septiéme livre de saMagie na-
turelle, s'écria: Bon Dieu!
combien Cardan dit desotises
fit peu de mots! Il ajoute,
quil est impossible de faire des
Miroirs concaves qui brûlent
à trente pas loin.
Parlons maintenant des
effetsdesMiroirs concaves. Le premier est d'éclairer & de découvrir pendant les nuits les plus sombres les lieux & les objets
très- éloignez, en mettant
la flâme d'un flambeau au
foyer d'un Miroir; car puisque les rayons de chaque
point du disque du Soleil,
qui tombent physiquement
paralleles sur la surface du
Miroir concave, font roflechis convergens, 6c se
ramassenten un foyer; aussi
les rayons de la flâme du
flambeau mise dans le verger tombant divergens sur
la surface du Miroir, en
feront reflechis paralleles
en une colonne de lumiere
éclatante, donc une base est
en la superficie du Miroir,
& l'autre sur les objets éclairez. On les pourra ensuite reconnoître très-distinctement par une lunette
à quatre vers, donc nous
avons donné la construction en l'année 1665. &en
avoir la veritable vision
parfaite ou vue difiinéte)
avec un binocle de la bonne & facile construction
que Daniel Chorez inventa
& executa heureusement,
& qu'il presenta au Royen
l'annee 1625.
Lesecond effetest de
porter, pendant la nuit la
plus noire, telles figures ou
écritures qu'on voudra sur
une muraille éloignée de
plus de trois cent pas, aprés
les
les avoir écrites en ordre
renversé sur la surface du
Miroir, & allumant un
flambeau au point du foyer.
Le troisiéme effet est plus
surprenant
; car si avec de
l'encre ordinaire, qu'on appelle encre double & bien
gommée, vous tracez quelque image sur la surface du
Miroir, vous en jetterez
la representation à plus de
trois cent pas, loin, & lafaifant entrer dans une chambre obscure, la figureparoîtrad'une grandeur gigantesquesur la muraille,
& comme revêtuë de gloire, étant paréedemille,
couleurs que produit la differente refraction & modification de la lumiere.
Le quatriémeeffet est
plus ordinaire, quoique
trés-surprenant. Un objet
mis entre la surface & le
centre du Miroir
,
paroît
hors du Miroir comme un
fantôme suspendu en l'air,
à
ceux qui en sontéloignez
de quinze ou vingt pieds.
Ainsi une courte épée sanble sortir plusgrandedu
Miroir pour venir percer
* ..)[-::-:. t
le regardant, qui peut être
entelle distance qu'il croira que la pointe lui donne
dans l'œil. Si le Miroir de
M. V** étoitattaché au
plancher d'une salle, en
forte que sa surface regardât à plomb le pavé, &
qu'un homme fût directement au-dessous du Miroir, on le verroit en l'air
& comme pendu par les.
pieds. Que si on met quelque petite statuë renversée
au-devant du Miroir, l'image en paroîtra redressee
en l'air.
Enfin je ramasse en un
article tous les autres ef.:
fets furprenans des Miroirs
concaves. z>
L'objet mis entre la surface du Miroir concave Se
son centre, & l'œil étant
situé au-deçà du centre ;
il
en verra toujours l'image
droite plus petite & plus
enfoncée dans le Miroir,
que l'objet n'en est éloigné
par devant, & cela plus ou
moins, suivant lesdifférentes positionsou places de
l'oeit; ce quin'arrive pasaux
Miroirs plans, qui.repre-
sentent toujours les objets
aussi grands & autant enfoncez dans le Miroir,
qu'ils, font éloignez de si
surface.
Si vous mettez la tête,
entre le centre duMiroir.
& sa surface., vous verrez
vôtrevisage plus grand, &.
dans la situation ordinaire.
Eloignez-vous, peu à peu
du devant de la surface
du Miroir concave,limage de votre face s'agrandit jnfcjuà devenir d'unetaille gigantesque
,
& cela
est trés
-
commode pour
reconnoître & remedier
aux défauts du visage;
comme canes, rougeurs poils,&c.En vous éloignant peu a peu, l'image
de vôtre visage paroîtra
toujours droite, & s'agrandira en s'avançant sur
la surface du Miroir
,
jusques à ce que l'œil étant
arrive au centre du Miroir, il ne voit que son image
,
qui est aussi grande
que tout le Miroir. Enfin
vôtreœil s'étant un peuplus éloigné du Miroir, il
verra vôtre visage encore
fort grand, mais renversé & hors du Miroir; & à
mesure que vous vous err
éloignerez davantage, la
grandeur de l'image diminuëra jusqu'à devenir
égale à vôtre visage, &
enfin elle paroîtra d'autant plus petite, que vous
vous éloignerez davantage
du Miroir.
Le Miroir étant couché
horizontalement, sa concavité en haut, un objet
ou statuë suspenduë à plomb
sur sa concavité, entre sa
surface & son centre, vous
paroîtra droite ou renversée, suivant que vous serez plus ou moins éloigné
du Miroir.
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Résumé : Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
La dissertation académique examine les miroirs ardents, des dispositifs capables de concentrer les rayons du soleil pour générer une chaleur intense. Un miroir sphérique concave, mesurant trois pieds et sept pouces de diamètre, concentre les rayons solaires dans un point focal appelé foyer, créant une image lumineuse du soleil. Cette concentration de chaleur permet d'enflammer des matériaux combustibles et de fondre des métaux tels que le fer, l'or et l'argent. Le phénomène est expliqué par la réflexion et la concentration des rayons solaires dans un espace restreint. L'auteur compare ce processus à l'élévation de l'eau par un jet, où la hauteur et la violence du jet dépendent de la source et du diamètre du trou. Archimède est souvent crédité comme l'inventeur des miroirs ardents. Selon Cardan et d'autres sources, Archimède aurait utilisé ces miroirs pour défendre Syracuse contre les Romains lors du siège de la ville. Cependant, des historiens comme Polybius et Tite-Live ne mentionnent pas l'utilisation de miroirs ardents dans leurs récits du siège. La dissertation explore également divers effets des miroirs concaves, tels que l'éclairage de lieux éloignés pendant la nuit, la projection de figures ou d'écritures sur des murs distants, et la création d'images gigantesques ou renversées. Ces effets sont démontrés par des expériences et des observations précises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 184-189
RELATION envoyée à Mr Rigaud par un de ses amis qui est à Cadix du 21. Février 1713.
Début :
Voicy un fait que vous n'avez jamais veu, ny ouï parler [...]
Mots clefs :
Relation, Lettres de l'Alphabet, Caractères italiques, Prunelle, Alphabet espagnol, Oeil, Académie des inscriptions, Académie royale des sciences, Oeuf, Poule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION envoyée à Mr Rigaud par un de ses amis qui est à Cadix du 21. Février 1713.
RELATIOM
envoyée à Mr Rigaud par
,
Cb f
, un defèsamis quirfià
Cadixdu 11.Févrieriji3. vOicy un fait que vous
n'avez jamais veu, ny
ouï parler. LHostesse où je
loge actuellement a chez »elle une petire Niéce, belle
& blonde de l âge de six ans;
elle à les yeux du plus bel
outremer qui se voye, sur
lequel sont marquées toutes
les Lettres de l'Alphabeth
d'un petit filet blanc, en
Caracteres Italiques, coures
rangées, le bas des Lettres
au centre de la Prunelle, distinctes
les unes des autres, &
formées d'une justesse telle
que vostre Pinceau le pourroit
faire.
L'Alphabeth Espagnol
n'a que vingt trois Lettres;
la nature pour les distinguer
des nostres en a mis douze
sur la prunelle de ¡.oeil droit,
& onze sur celle de l'oeil
gauche.
Mais comme les distances
des Lettres sont égallement
o1bkrrvercs, ainsi que les
groiIeurs; il esteroit la
place d'une Lettre dans la
prunelle gauche; si cetexcellent
Artiste ne l'avoit rempli
d'une espece de petite
rose ou ornelncru) tel approchant
qu'il y en a autour de
la Monnoye en France;
quand les mots qu'on y met
ne remplissent pas le cercle
de la piece&ces yeux là son
fort bons &forts sains propres
& disposez à tres bien
faire leur mêtier dans la
fuite. L'indolence des Espagnols
ne leur laisse pas faire
attention à cet espece =
prodige, en sorte que fcs
yeux là ne les émouvent pas
plus que les autres à l'ordinaire
: cependant je les crois
dignes de toute l'attention,
non de Messieurs de l'Academie
des Inscriptions, car
la fille est iiiodcrne,& il ne
leur faut que des Médailles
du plus antique; mais de
Messieurs de l'Academie
Royale des Sciences, qui
ont pour objet principal,
toutes les parties de la Philfique.
Qoiquece foenomene soit
trcs- singulier dansla nature
il ne lame pas dy en avoir
eu d'aussi extraordinaires &
tres averez dans les journaux,
&c.
Une Poulc faitunoeuf,
lequel estans caffé dans lemesme
tems il en fort un
petit Canal d qui crie hannemanus,
attribuë celaàl'imagination
de la Poule & prétend
que cette imagination
peur tout pourvu que les organes
sur lesquelselleagit b Ine
soient point corrompus
le poulet avec une teste
d Epervier. Le Soleil peint
dans unoeuf &c. font pareil-
lemcnt effets de l'imagination
dont l'effet prouvetoit
que les semences ne sont
point absolument determinées
à certaine espece. Il
croit que les petits serpents
trouvez dans un oeuf provenoient
de la semence de
Serpent qu'avale la Poule
gourmande.
envoyée à Mr Rigaud par
,
Cb f
, un defèsamis quirfià
Cadixdu 11.Févrieriji3. vOicy un fait que vous
n'avez jamais veu, ny
ouï parler. LHostesse où je
loge actuellement a chez »elle une petire Niéce, belle
& blonde de l âge de six ans;
elle à les yeux du plus bel
outremer qui se voye, sur
lequel sont marquées toutes
les Lettres de l'Alphabeth
d'un petit filet blanc, en
Caracteres Italiques, coures
rangées, le bas des Lettres
au centre de la Prunelle, distinctes
les unes des autres, &
formées d'une justesse telle
que vostre Pinceau le pourroit
faire.
L'Alphabeth Espagnol
n'a que vingt trois Lettres;
la nature pour les distinguer
des nostres en a mis douze
sur la prunelle de ¡.oeil droit,
& onze sur celle de l'oeil
gauche.
Mais comme les distances
des Lettres sont égallement
o1bkrrvercs, ainsi que les
groiIeurs; il esteroit la
place d'une Lettre dans la
prunelle gauche; si cetexcellent
Artiste ne l'avoit rempli
d'une espece de petite
rose ou ornelncru) tel approchant
qu'il y en a autour de
la Monnoye en France;
quand les mots qu'on y met
ne remplissent pas le cercle
de la piece&ces yeux là son
fort bons &forts sains propres
& disposez à tres bien
faire leur mêtier dans la
fuite. L'indolence des Espagnols
ne leur laisse pas faire
attention à cet espece =
prodige, en sorte que fcs
yeux là ne les émouvent pas
plus que les autres à l'ordinaire
: cependant je les crois
dignes de toute l'attention,
non de Messieurs de l'Academie
des Inscriptions, car
la fille est iiiodcrne,& il ne
leur faut que des Médailles
du plus antique; mais de
Messieurs de l'Academie
Royale des Sciences, qui
ont pour objet principal,
toutes les parties de la Philfique.
Qoiquece foenomene soit
trcs- singulier dansla nature
il ne lame pas dy en avoir
eu d'aussi extraordinaires &
tres averez dans les journaux,
&c.
Une Poulc faitunoeuf,
lequel estans caffé dans lemesme
tems il en fort un
petit Canal d qui crie hannemanus,
attribuë celaàl'imagination
de la Poule & prétend
que cette imagination
peur tout pourvu que les organes
sur lesquelselleagit b Ine
soient point corrompus
le poulet avec une teste
d Epervier. Le Soleil peint
dans unoeuf &c. font pareil-
lemcnt effets de l'imagination
dont l'effet prouvetoit
que les semences ne sont
point absolument determinées
à certaine espece. Il
croit que les petits serpents
trouvez dans un oeuf provenoient
de la semence de
Serpent qu'avale la Poule
gourmande.
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Résumé : RELATION envoyée à Mr Rigaud par un de ses amis qui est à Cadix du 21. Février 1713.
Le document est une lettre datée du 11 février 1713, envoyée par un ami résidant à Cadix à Monsieur Rigaud. L'auteur décrit une jeune fille de six ans, nièce de son hôtesse, dont les yeux portent les lettres de l'alphabet en caractères italiques. Les lettres sont réparties entre les deux yeux : douze sur l'œil droit et onze sur l'œil gauche. Lorsque l'espace de la prunelle n'est pas rempli par les lettres, une petite rose ou une fleur similaire les remplace. Les Espagnols, en raison de leur indolence, ne prêtent pas attention à ce phénomène. L'auteur suggère que ce cas mérite l'attention de l'Académie Royale des Sciences plutôt que celle des Inscriptions, car il relève de la philosophie naturelle. Le texte mentionne également d'autres phénomènes singuliers, comme un œuf pondant un poussin avec une tête d'épervier ou un œuf contenant le Soleil, attribués à l'imagination de la poule. Ces exemples illustrent que les semences ne sont pas déterminées à une espèce spécifique et peuvent être influencées par des facteurs externes.
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4
p. 63-65
Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est la Mouche.
Début :
J'ai la couleur d'un diable, oeil de feu, front cornu, [...]
Mots clefs :
Mouche, Diable, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est la Mouche.
Parodie de la opremiere
Enigme, donc le mot
est L Mouche.
J'ai la couleur d'un diable, oeil
defeu, front cornu,
Pied griffe, corps njelu.
C'est par le microscope un
fait assez connu.
Je trouble le [orflmeil, je blese
la pensée.
Fait éprouvé par maint au-
-teur-Y
Dont la verve en estoffensée,
Et qui donne la mouche au diable
de bon mltr.
7T"eellqquuiippoorrttee mon nom evveennddiitt
mainte forçat.
Mouche ou mouchard
vend & livre à justice.
Etfait trembler lescelerat.
Telle portant mon nom prend
le nom d'assassîne.
Lacoquetc adonnécenom
A mouche qu'elleplace entre
l'oeil& le
front.
Auxpays chaudselle ajfajjtne
Voyageurs & chevaux, lors
qu'elle s'y mutine.
Je boiAs le-vin «en trahison,
En meglijjant dans la bouteille;
ojfenjè le Dieu de la treille
Quand unferm'ouvre maprison.
Ce
Ce fer est un - tire-bouchon.
Là je fais mal sans en avoir
envie,
La1cependantjeperds lavie.
La mouche à miel habite
lesforefisy
Comme firent jadis PhiloJôphesabifraitsy
Etconfirait dans un chesne une
- caverne [ombre,
Et dans sa ruche en medi-
,
tant à tombî-e,
Ellefait ouvragesdivins>
Cela veut dire
Cierges de cire,-
HQUÎ?illuminer les humains.
L - -
Enigme, donc le mot
est L Mouche.
J'ai la couleur d'un diable, oeil
defeu, front cornu,
Pied griffe, corps njelu.
C'est par le microscope un
fait assez connu.
Je trouble le [orflmeil, je blese
la pensée.
Fait éprouvé par maint au-
-teur-Y
Dont la verve en estoffensée,
Et qui donne la mouche au diable
de bon mltr.
7T"eellqquuiippoorrttee mon nom evveennddiitt
mainte forçat.
Mouche ou mouchard
vend & livre à justice.
Etfait trembler lescelerat.
Telle portant mon nom prend
le nom d'assassîne.
Lacoquetc adonnécenom
A mouche qu'elleplace entre
l'oeil& le
front.
Auxpays chaudselle ajfajjtne
Voyageurs & chevaux, lors
qu'elle s'y mutine.
Je boiAs le-vin «en trahison,
En meglijjant dans la bouteille;
ojfenjè le Dieu de la treille
Quand unferm'ouvre maprison.
Ce
Ce fer est un - tire-bouchon.
Là je fais mal sans en avoir
envie,
La1cependantjeperds lavie.
La mouche à miel habite
lesforefisy
Comme firent jadis PhiloJôphesabifraitsy
Etconfirait dans un chesne une
- caverne [ombre,
Et dans sa ruche en medi-
,
tant à tombî-e,
Ellefait ouvragesdivins>
Cela veut dire
Cierges de cire,-
HQUÎ?illuminer les humains.
L - -
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Résumé : Parodie de la premiere Enigme, dont le mot est la Mouche.
La parodie 'Parodie de la opremiere' utilise le mot 'mouche' comme énigme centrale. La mouche est décrite avec des traits diaboliques : couleur rouge, œil de feu, front cornu, pied griffu et corps noir. Observée au microscope, elle trouble la forme et blesse la pensée, offensant certains auteurs. Elle est également associée au mouchard, qui dénonce et livre à justice, faisant trembler les criminels. Une coquette porte son nom pour une mouche qu'elle place entre l'œil et le front. Dans les pays chauds, elle tourmente les voyageurs et les chevaux. La mouche boit du vin en trahison, se glissant dans la bouteille, et offense le Dieu de la treille lorsqu'on ouvre la bouteille avec un tire-bouchon. Elle fait mal sans en avoir l'intention et perd la vie. La mouche à miel habite les forêts, comme les philosophes, et confinée dans une caverne ombreuse, elle produit des ouvrages divins dans sa ruche, comparés à des cierges de cire pour illuminer les humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1103-1109
OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Je crois que M. Petit est trop judicieux pour me sçavoir mauvais gré de quelques Observations [...]
Mots clefs :
Cataracte, Sang, Académie royale des sciences, Maladie, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
OBSERVATIONS fur la feconde
Lettre imprimée de M. Petit , Docteur
en Medecine , & de l'Académie Royale
des Sciences.
JE
E crois que M. Petit efttrop judicieux pour me
fçavoir mauvais gré de quelques Obfervations
que je prends la liberté de faire fur fa feconde
Lettre à M. Hecquet. Je fuis même tellement perfuadé
qu'il eft au-deffus de la prévention & de
la hauteur pédentefque qui indifpofent les hommes
naturellement contre ceux qui ont la hardieffe
de dire que nous nous fommes trompez ,
que j'ofe avec affurance lui offrir mes Remarques;
il les recevra, fans doute, en bonne part, puifqu'en
les lui préfentant je n'ai d'autre motif que mon
inftruction & le bien du Public.
Il n'y a pas lieu d'être furpris de ce qui a été avancé
par le celebre M.Hecquet,touchant la naiffance
des Cataractes cryftallines ; car quand il rapporte
que le fang, iorfqu'il dégenere de fon état naturel,
eft capable de ternir & d'obfcurcir toutes les humeurs
de l'oeil , en leur ôtant leurs tranſparences
& brillant , il ne dit rien que de vrai. En effet,
quoi de plus commun que de voir des Cataractes
cryftallines fe produire par la fuppreffion des Regles
, que le Sexe ne fouftre que trop fouvent ; qui
ne conviendra que cette maladie en corrompant
la male du fang , ne foit capable de former des
obstructions dans l'humeur cryftalline, & de caufer
des Cataractes De plus , ceux qui menent une
vie trop fédentaire , ne font-ils pas aufli fort fujets
à cette maladie Oculaire ? parce qu'elle favo-
→ 1. Vol.
rife
1104 MERCURE DE FRANCE
•
rife beaucoup l'amas des fuperfluités impures
qui feconfondent dans la maffe du fang, & dorit
il ne peut fe dégager ? Les hommes livrez aux
plaifirs de la table & à la débauche du fexe , n'y
font-ils pas bien fujets , puifque l'excès de la
bonne chere & du vin , augmentent trop le vo-
Jume du fang ; & le vin l'épaiffiffant contre nature
, le dépouille du Vehicule pur & fpiritueux
qui lui eft neceffaire pour entretenir la circulation
libre pour la nourriture de toutes les parties de
notre corps ? Pour revenir à la débauche du fexe,
elle appauvrit le fang & lui derobe un fluide le
plus animé & le plus fpiritueux de tous les liquides
du corps, qui entretient le Méchaniſme de
l'animal par l'ofcillation des Solides. Ne doit - on
pas conclure que l'épaiffiffement du fang contribue
à produire ces fortes de Cataractes cryftallines,
parce qu'en rendant la circulation trop lente,
& le brifement des parties folides du fang ne fe
faifant pas à propos , la Lymphe devient trop
groffiere & trop épaiffe pour être reportée par
les vaiffeaux abducteurs dans la voye de la circulation
, & le récrément qui en refte produit des
Cataractes de deux fortes , & quelquefois des
glaucômes de l'humeur vitrée , dont feu M. Lancifi
, Medecin du Pape , & après lui M. Heifter ,
ont produit plufieurs experiences.
Si M. Petit avoit fait plus d'attention à la
propofition, lorfqu'il dit qu'une Cataracte membraneufe
ne peut être abbattue fans déchirer la
Capfule du Chryftallin , il ne fe feroit pas expliqué
de cette maniere ; il fe feroit fouvenu que
dans fa premiere Lettre imprimée , page 8. il déclare
qu'il n'en connoît point , & qu'il n'en a jamais
vû. Comment pourroit-on faire pour déchirer
la Capfule du Cryftallin , puifque cette Caaracte
n'y eft pas adherente ? il faudroit être
·
1. Vol.
bien
JUI N. 1730 . 1105
bien peu verfé dans cetteOperation ,pour faire une
pareille bévûë ; s'il y avoit donc quelque chofe à
craindre , ce feroit d'endommager l'Ủvée plutôt
que la Capfule du Cryftallin , puifque cette Ca-.
taracte y eft quelquefois adherente , en tout , ou
en partie.
M. Petit dit encore à la page 15. que l'Operation
de la Cataracte Cryſtalline eft vingt fois
moins dangereufe que celle de la Cataracte Membraneufe,
fuppofé qu'il y en eût, & qu'on put les
diftinguer des Cryſtallines. Cet Ecrivain ne me
paroît pas bien fondé en parlant ainfi ; car il ne
devroit pas porter un jugement fi affirmatif fur
une matiere dont il avoue n'avoir point de connoiffance,
& qu'il nie abfolument.
Quel avantage M. Petit peut-il tirer, en avançant
qu'il y a vingt fois plus de Cataractes Cryltallines
que
de Membraneufes , ce qu'il a pris des
Differtations Ophthalmiques de M. de Woolouſe,
qui a fait cette découverte le premier ; y a-t- il la
moindre difpute à faire ? tout le monde n'en convient-
il pas prefentement ? peut- on faire une pareille
difficulté ? S'il n'y avoit que ce point à réfoudre
, on feroit bien - tôt d'accord , puifqu'on
n'en peut pas difconvenir ; mais la pluralité des
Cataractes Cryſtallines ne détruit aucunement l'éxiſtence
des Membraneuſes , puiſque l'experience
fait voir qu'il s'en rencontre de temps à autre.
J'en ai vû moi - même , comme je l'ai rapporté
dans le Mercure de France du mois de Decembre
1728. premier volume,page 2592. M. Rauffin
le pere , ancien Chirurgien Oculifte de Châlons
, & très- experimenté , & plufieurs autres,
n'en ont- ils pas rencontré dans leur pratique? Si
M. Petit veut en être convaincu à n'en plus douter,
il trouvera plufieurs Journaux de Trevoux,
qui en ont cité nombre d'experiences autentiques.
7
Is Vol.
C Je
1106 MERCURE DE FRANCE
Je fuis d'accord avec M. Petit que la Cataracte
Cryftalline peut auffi quelquefois fe former par
une forte contraction des Mufeles des Membranes
de l'oeil qui compriment le Cryſtallin en raprochant
fes parties, & en y faifant une forte com .
preffion ; or le Systême de M. Hecquet eft done
plus conftant & plus probable , lorfqu'il affure
que l'oeil étant affailli par trop de fang ou de
lymphe, fait un embarras dans les Vaiffeaux , un
amas & dépôt dans les chambres de l'oeil , les fucs
venant à s'accumuler & à y croupir trop longtems,
ne manquent pas,en l'épaiffiffant, d'obfcurcir
le Cryftallin, & de former une Cataracte Cryſtalline.
Les Veaux ne font- ils pas des animaux les
plus fujets à cette maladie fpecifique de l'oeil ,
c'eft- à - dire , aux Glaucômes qu'on veut appeller
aujourd'hui ( quoique mal à propos ) Cataractes
Cryftallines ; eft -ce par la contraction des Mufcles
& des Membranes de l'oeil qu'elle leur vient ?
peut-on dire que cette Contraction eft excitée par
feur attention ou application , comme notre Académicien
le prétend ? C'est donc une confequence
évidente de dire que les Cataractes Cryſtallines
fe forment ordinairement par la trop grande
abondance des fucs accumulez qui y croupiffent ,
& qui obfcurciffent le Cryftallin , & forment enfuite
des Cataractes Crystallines ; enforte que
l'Hypothefe de M. Hecquet me paroît la plus
naturelle & la meilleure , & ne fouffre aucune
difficulté , puifqu'elle eft prouvée par l'experience
des yeux des Veaux, qui eft inconteftable, & dont
tout le monde peut fe convaincre .
Le Crystallin fe deffeche quelquefois dans l'oeil,
comme on obferve dans de vieux Chiens domeftiques
& les Chevaux , fans que la diminution
des humeurs naturelles y ait aucune part , pour
lors il fe déchatonne, fe couche ou s'attache, jufques
D
at
JUIN. 1730. [ 107
ques fur les fibres pofterieures de l'Iris, comme je
l'ai vu arriver à une fille nommée Marguerite
Drouet , âgée d'environ 30 années , je ne puis
attribuer la caufe de ce deffechement du Cryſtallin
qu'au deffechement & détachement des Vaiffeaux
qui environnent fa Membrane , lefquels ,
faute de nourriture , fe flétriffent.
Si M. Petit avoit pouffé plus loin fa Reflexion
dans fa Réponse à Mrs Hecquet & Morgagni ,
qui difent qu'il fe trouve une eau au centre du
Cryftallin , & que la furface anterieure de cette
humeur fe trouve baignée , il fe feroit bien gardé
de s'exprimer de cette maniere , en difant : Je ne
erois pas que qui que ce foit ait jamais obfervé
une eau au centre du Cryftallin , non pas même
M. Morgagni , cela ne ſe trouve ni chez les
Anciens, ni chez les Modernes. Puifque M. Pecic
lui-même affure à la page 5. de fa premiere Lettre
imprimée , que le Crystallin eft toûjours hu
mecté d'une petite quantité de liqueur , fans qu'il
fe trouve une eau à fon centre , ni fans qu'il en
foit baigné , cela paroît oppofé , ou bien il faut
renoncer à tous les Principes ; il dit encore à la
page. 14. de fa feconde Lettre imprimée , que le
Crystallin eft pour l'ordinaire féparé de fa Capfule
par une très - petite quantité de liqueur qui
fe trouve renfermée dans fa Capfule ; après des
preuves fi claires, produites par l'Auteur , tirées
de fes Ouvrages , peut- on avoir encore quelques
doutes fur le Systême de Mrs Hecquet & Morgagui
n'eft-il pas fuffifamment prouvé ? è
M. Hecquet raifonne fort jufte fur l'Operation
de la Cataracte pour en faire voir toutes les difficultez
, & combien les fignes & les fymptomes
en font incertains & équivoques ; car, quand il dit
qu'il eft très- difficile de connoître le point de
maturité de ces fortes de Cataractes , il n'avance
Cij rien
1108 MERCURE DE FRANCE
rien qui ne foit bien connu de tous les bons Praticiens;
en effet, quand il s'agit de faire la difference
d'une Cataracte , de connoître fon état , fa fituation
, fon progrès , cela demande une experience
d'un nombre confiderable d'années que M. Petit
n'a point , puifqu'il eft nouvellement Oculifte ,
quoique Medecin de plufieurs années .
Lorfque M. Hecquet veut chercher les moyens
d'éviter cette Operation , c'eft qu'il eſt bien perfuadé
que ( quoiqu'elle ne faffe pas mourir ) elle
eft fouvent caufe que les Malades fouffrent longtemps
de grandes douleurs , furtout quand ils
tombent entre les mains de Chirurgiens Oculif
tes , qui ne fçavent pas la ftructure de l'oeil , &
qui ignorent les précautions qu'on doit prendre
avant que de l'entreprendre , & la maniere de la
faire.
Il eft vrai que M. Hecquet propofe la Paracenthèfe
comme un moyen utile pour prévenir la
Cataracte , ce remede feroit d'un grand fecours
fi les perfonnes à qui on le propoſe , avoient affez
de réfolution & de courage pour ſe ſoumettre à
cette ancienne Operation , qui les mettroit pourtant
à couvert de l'aveuglement ; mais comme
dans nos jours on eft trop délicat , & que le feul
nom d'une Operation fait peur , je me fers d'un
autre expedient qui m'a fort fouvent réüſſi dans
toutes fortes de Cataractes naiffantes , c'eſt une
compreffe trempée dans une liqueur de ma façon
& appliquée fur l'oeil fermé pendant une heure ;
fi on veut voir un effet plus confiderable , il faut
réiterer, en faisant tremper la même compreffe, &
faire la même application , les malades pour lors
trouveront un foulagement notable ; il faut continuer,
pendant huit jours, foir & matin; on peut
compter que par ce Remede que j'ai fouvent
expérimenté , la Cataracte fera entierement diffipée,
JUIN. 1730. 1109
fipée. Si elle étoit plus avancée dans fa maturité,
il la fixeroit au moins, & en empêcheroit le progrès
, à moins que la douleur de tête & migraine
n'affligeaflent fans ceffe les Malades.
J'ofe me flatter que le celebre M. Petit me fera
P'honneur d'une Replique avec fa politeffe ordinaire
, dont je lui tiendrai compte , & il me trouyera
plus docile & plus flexible que ce Sçavant
du premier ordre , avec lequel il eft en difpute
& qui s'eft retiré du monde pour ne fonger qu'à
fon falut ; deforte que M. Petit auroit pû s'épargner
la peine de dire qu'il n'auroit pas dorenavant
le temps de répondre aux Répliques de
M. Hecquet , au cas qu'il veuille en faire.
Par M. Blanchard , Prêtre du Diocèfe
de Châlons , Chapelain de l'Eglife Collegiale
de Notre- Dame.
Lettre imprimée de M. Petit , Docteur
en Medecine , & de l'Académie Royale
des Sciences.
JE
E crois que M. Petit efttrop judicieux pour me
fçavoir mauvais gré de quelques Obfervations
que je prends la liberté de faire fur fa feconde
Lettre à M. Hecquet. Je fuis même tellement perfuadé
qu'il eft au-deffus de la prévention & de
la hauteur pédentefque qui indifpofent les hommes
naturellement contre ceux qui ont la hardieffe
de dire que nous nous fommes trompez ,
que j'ofe avec affurance lui offrir mes Remarques;
il les recevra, fans doute, en bonne part, puifqu'en
les lui préfentant je n'ai d'autre motif que mon
inftruction & le bien du Public.
Il n'y a pas lieu d'être furpris de ce qui a été avancé
par le celebre M.Hecquet,touchant la naiffance
des Cataractes cryftallines ; car quand il rapporte
que le fang, iorfqu'il dégenere de fon état naturel,
eft capable de ternir & d'obfcurcir toutes les humeurs
de l'oeil , en leur ôtant leurs tranſparences
& brillant , il ne dit rien que de vrai. En effet,
quoi de plus commun que de voir des Cataractes
cryftallines fe produire par la fuppreffion des Regles
, que le Sexe ne fouftre que trop fouvent ; qui
ne conviendra que cette maladie en corrompant
la male du fang , ne foit capable de former des
obstructions dans l'humeur cryftalline, & de caufer
des Cataractes De plus , ceux qui menent une
vie trop fédentaire , ne font-ils pas aufli fort fujets
à cette maladie Oculaire ? parce qu'elle favo-
→ 1. Vol.
rife
1104 MERCURE DE FRANCE
•
rife beaucoup l'amas des fuperfluités impures
qui feconfondent dans la maffe du fang, & dorit
il ne peut fe dégager ? Les hommes livrez aux
plaifirs de la table & à la débauche du fexe , n'y
font-ils pas bien fujets , puifque l'excès de la
bonne chere & du vin , augmentent trop le vo-
Jume du fang ; & le vin l'épaiffiffant contre nature
, le dépouille du Vehicule pur & fpiritueux
qui lui eft neceffaire pour entretenir la circulation
libre pour la nourriture de toutes les parties de
notre corps ? Pour revenir à la débauche du fexe,
elle appauvrit le fang & lui derobe un fluide le
plus animé & le plus fpiritueux de tous les liquides
du corps, qui entretient le Méchaniſme de
l'animal par l'ofcillation des Solides. Ne doit - on
pas conclure que l'épaiffiffement du fang contribue
à produire ces fortes de Cataractes cryftallines,
parce qu'en rendant la circulation trop lente,
& le brifement des parties folides du fang ne fe
faifant pas à propos , la Lymphe devient trop
groffiere & trop épaiffe pour être reportée par
les vaiffeaux abducteurs dans la voye de la circulation
, & le récrément qui en refte produit des
Cataractes de deux fortes , & quelquefois des
glaucômes de l'humeur vitrée , dont feu M. Lancifi
, Medecin du Pape , & après lui M. Heifter ,
ont produit plufieurs experiences.
Si M. Petit avoit fait plus d'attention à la
propofition, lorfqu'il dit qu'une Cataracte membraneufe
ne peut être abbattue fans déchirer la
Capfule du Chryftallin , il ne fe feroit pas expliqué
de cette maniere ; il fe feroit fouvenu que
dans fa premiere Lettre imprimée , page 8. il déclare
qu'il n'en connoît point , & qu'il n'en a jamais
vû. Comment pourroit-on faire pour déchirer
la Capfule du Cryftallin , puifque cette Caaracte
n'y eft pas adherente ? il faudroit être
·
1. Vol.
bien
JUI N. 1730 . 1105
bien peu verfé dans cetteOperation ,pour faire une
pareille bévûë ; s'il y avoit donc quelque chofe à
craindre , ce feroit d'endommager l'Ủvée plutôt
que la Capfule du Cryftallin , puifque cette Ca-.
taracte y eft quelquefois adherente , en tout , ou
en partie.
M. Petit dit encore à la page 15. que l'Operation
de la Cataracte Cryſtalline eft vingt fois
moins dangereufe que celle de la Cataracte Membraneufe,
fuppofé qu'il y en eût, & qu'on put les
diftinguer des Cryſtallines. Cet Ecrivain ne me
paroît pas bien fondé en parlant ainfi ; car il ne
devroit pas porter un jugement fi affirmatif fur
une matiere dont il avoue n'avoir point de connoiffance,
& qu'il nie abfolument.
Quel avantage M. Petit peut-il tirer, en avançant
qu'il y a vingt fois plus de Cataractes Cryltallines
que
de Membraneufes , ce qu'il a pris des
Differtations Ophthalmiques de M. de Woolouſe,
qui a fait cette découverte le premier ; y a-t- il la
moindre difpute à faire ? tout le monde n'en convient-
il pas prefentement ? peut- on faire une pareille
difficulté ? S'il n'y avoit que ce point à réfoudre
, on feroit bien - tôt d'accord , puifqu'on
n'en peut pas difconvenir ; mais la pluralité des
Cataractes Cryſtallines ne détruit aucunement l'éxiſtence
des Membraneuſes , puiſque l'experience
fait voir qu'il s'en rencontre de temps à autre.
J'en ai vû moi - même , comme je l'ai rapporté
dans le Mercure de France du mois de Decembre
1728. premier volume,page 2592. M. Rauffin
le pere , ancien Chirurgien Oculifte de Châlons
, & très- experimenté , & plufieurs autres,
n'en ont- ils pas rencontré dans leur pratique? Si
M. Petit veut en être convaincu à n'en plus douter,
il trouvera plufieurs Journaux de Trevoux,
qui en ont cité nombre d'experiences autentiques.
7
Is Vol.
C Je
1106 MERCURE DE FRANCE
Je fuis d'accord avec M. Petit que la Cataracte
Cryftalline peut auffi quelquefois fe former par
une forte contraction des Mufeles des Membranes
de l'oeil qui compriment le Cryſtallin en raprochant
fes parties, & en y faifant une forte com .
preffion ; or le Systême de M. Hecquet eft done
plus conftant & plus probable , lorfqu'il affure
que l'oeil étant affailli par trop de fang ou de
lymphe, fait un embarras dans les Vaiffeaux , un
amas & dépôt dans les chambres de l'oeil , les fucs
venant à s'accumuler & à y croupir trop longtems,
ne manquent pas,en l'épaiffiffant, d'obfcurcir
le Cryftallin, & de former une Cataracte Cryſtalline.
Les Veaux ne font- ils pas des animaux les
plus fujets à cette maladie fpecifique de l'oeil ,
c'eft- à - dire , aux Glaucômes qu'on veut appeller
aujourd'hui ( quoique mal à propos ) Cataractes
Cryftallines ; eft -ce par la contraction des Mufcles
& des Membranes de l'oeil qu'elle leur vient ?
peut-on dire que cette Contraction eft excitée par
feur attention ou application , comme notre Académicien
le prétend ? C'est donc une confequence
évidente de dire que les Cataractes Cryſtallines
fe forment ordinairement par la trop grande
abondance des fucs accumulez qui y croupiffent ,
& qui obfcurciffent le Cryftallin , & forment enfuite
des Cataractes Crystallines ; enforte que
l'Hypothefe de M. Hecquet me paroît la plus
naturelle & la meilleure , & ne fouffre aucune
difficulté , puifqu'elle eft prouvée par l'experience
des yeux des Veaux, qui eft inconteftable, & dont
tout le monde peut fe convaincre .
Le Crystallin fe deffeche quelquefois dans l'oeil,
comme on obferve dans de vieux Chiens domeftiques
& les Chevaux , fans que la diminution
des humeurs naturelles y ait aucune part , pour
lors il fe déchatonne, fe couche ou s'attache, jufques
D
at
JUIN. 1730. [ 107
ques fur les fibres pofterieures de l'Iris, comme je
l'ai vu arriver à une fille nommée Marguerite
Drouet , âgée d'environ 30 années , je ne puis
attribuer la caufe de ce deffechement du Cryſtallin
qu'au deffechement & détachement des Vaiffeaux
qui environnent fa Membrane , lefquels ,
faute de nourriture , fe flétriffent.
Si M. Petit avoit pouffé plus loin fa Reflexion
dans fa Réponse à Mrs Hecquet & Morgagni ,
qui difent qu'il fe trouve une eau au centre du
Cryftallin , & que la furface anterieure de cette
humeur fe trouve baignée , il fe feroit bien gardé
de s'exprimer de cette maniere , en difant : Je ne
erois pas que qui que ce foit ait jamais obfervé
une eau au centre du Cryftallin , non pas même
M. Morgagni , cela ne ſe trouve ni chez les
Anciens, ni chez les Modernes. Puifque M. Pecic
lui-même affure à la page 5. de fa premiere Lettre
imprimée , que le Crystallin eft toûjours hu
mecté d'une petite quantité de liqueur , fans qu'il
fe trouve une eau à fon centre , ni fans qu'il en
foit baigné , cela paroît oppofé , ou bien il faut
renoncer à tous les Principes ; il dit encore à la
page. 14. de fa feconde Lettre imprimée , que le
Crystallin eft pour l'ordinaire féparé de fa Capfule
par une très - petite quantité de liqueur qui
fe trouve renfermée dans fa Capfule ; après des
preuves fi claires, produites par l'Auteur , tirées
de fes Ouvrages , peut- on avoir encore quelques
doutes fur le Systême de Mrs Hecquet & Morgagui
n'eft-il pas fuffifamment prouvé ? è
M. Hecquet raifonne fort jufte fur l'Operation
de la Cataracte pour en faire voir toutes les difficultez
, & combien les fignes & les fymptomes
en font incertains & équivoques ; car, quand il dit
qu'il eft très- difficile de connoître le point de
maturité de ces fortes de Cataractes , il n'avance
Cij rien
1108 MERCURE DE FRANCE
rien qui ne foit bien connu de tous les bons Praticiens;
en effet, quand il s'agit de faire la difference
d'une Cataracte , de connoître fon état , fa fituation
, fon progrès , cela demande une experience
d'un nombre confiderable d'années que M. Petit
n'a point , puifqu'il eft nouvellement Oculifte ,
quoique Medecin de plufieurs années .
Lorfque M. Hecquet veut chercher les moyens
d'éviter cette Operation , c'eft qu'il eſt bien perfuadé
que ( quoiqu'elle ne faffe pas mourir ) elle
eft fouvent caufe que les Malades fouffrent longtemps
de grandes douleurs , furtout quand ils
tombent entre les mains de Chirurgiens Oculif
tes , qui ne fçavent pas la ftructure de l'oeil , &
qui ignorent les précautions qu'on doit prendre
avant que de l'entreprendre , & la maniere de la
faire.
Il eft vrai que M. Hecquet propofe la Paracenthèfe
comme un moyen utile pour prévenir la
Cataracte , ce remede feroit d'un grand fecours
fi les perfonnes à qui on le propoſe , avoient affez
de réfolution & de courage pour ſe ſoumettre à
cette ancienne Operation , qui les mettroit pourtant
à couvert de l'aveuglement ; mais comme
dans nos jours on eft trop délicat , & que le feul
nom d'une Operation fait peur , je me fers d'un
autre expedient qui m'a fort fouvent réüſſi dans
toutes fortes de Cataractes naiffantes , c'eſt une
compreffe trempée dans une liqueur de ma façon
& appliquée fur l'oeil fermé pendant une heure ;
fi on veut voir un effet plus confiderable , il faut
réiterer, en faisant tremper la même compreffe, &
faire la même application , les malades pour lors
trouveront un foulagement notable ; il faut continuer,
pendant huit jours, foir & matin; on peut
compter que par ce Remede que j'ai fouvent
expérimenté , la Cataracte fera entierement diffipée,
JUIN. 1730. 1109
fipée. Si elle étoit plus avancée dans fa maturité,
il la fixeroit au moins, & en empêcheroit le progrès
, à moins que la douleur de tête & migraine
n'affligeaflent fans ceffe les Malades.
J'ofe me flatter que le celebre M. Petit me fera
P'honneur d'une Replique avec fa politeffe ordinaire
, dont je lui tiendrai compte , & il me trouyera
plus docile & plus flexible que ce Sçavant
du premier ordre , avec lequel il eft en difpute
& qui s'eft retiré du monde pour ne fonger qu'à
fon falut ; deforte que M. Petit auroit pû s'épargner
la peine de dire qu'il n'auroit pas dorenavant
le temps de répondre aux Répliques de
M. Hecquet , au cas qu'il veuille en faire.
Par M. Blanchard , Prêtre du Diocèfe
de Châlons , Chapelain de l'Eglife Collegiale
de Notre- Dame.
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Résumé : OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
M. Blanchard, dans une lettre imprimée, répond aux observations de M. Petit, docteur en médecine et membre de l'Académie Royale des Sciences, concernant une lettre précédente de M. Petit adressée à M. Hecquet. Blanchard commence par exprimer son admiration pour la sagesse de M. Petit et son désir de contribuer à l'instruction et au bien public. Blanchard aborde la question des cataractes cristallines, soulignant que les propos de M. Hecquet sur leur origine sont fondés. Il explique que le sang, lorsqu'il dégénère, peut ternir et obscurcir les humeurs de l'œil, causant ainsi des cataractes. Il mentionne également que des facteurs comme la suppression des règles, une vie sédentaire, l'excès de nourriture et de vin, ainsi que la débauche sexuelle, peuvent contribuer à l'épaississement du sang et à la formation de cataractes. Blanchard critique M. Petit pour ses affirmations sur les cataractes membraneuses, notant que Petit admet ne pas en avoir vu ou connu. Il souligne que, bien que les cataractes cristallines soient plus fréquentes, les cataractes membraneuses existent bel et bien, comme le montrent diverses expériences et observations rapportées dans des journaux médicaux. Il approuve ensuite l'hypothèse de M. Hecquet selon laquelle les cataractes cristallines se forment souvent à cause de l'accumulation de sucres dans l'œil, citant l'exemple des veaux qui sont sujets aux glaucomes. Blanchard décrit également des cas où le cristallin se déplace dans l'œil sans diminution des humeurs naturelles, attribuant cela au flétrissement des vaisseaux environnants. Enfin, Blanchard discute de l'opération des cataractes, soulignant les difficultés et les risques associés, notamment lorsque l'opération est réalisée par des chirurgiens inexpérimentés. Il propose une alternative à la paracenthèse, consistant en une compresse imbibée d'une liqueur spécifique appliquée sur l'œil, pour prévenir ou traiter les cataractes naissantes. Blanchard conclut en espérant une réponse de M. Petit et en exprimant son respect pour les savants engagés dans la recherche médicale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 682-691
LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Début :
Quoi ! le sort en est donc jetté, [...]
Mots clefs :
Plaisirs champêtres, Yeux, Dieu, Oeil, Nature, Onde, Muse, Feux, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
LES PLAISIRS CHAMPETRES
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
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Résumé : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Le texte 'Les Plaisirs Champêtres' est une épître adressée à un ami qui souhaite abandonner la poésie et les muses. L'auteur tente de le convaincre de l'importance des muses et de l'inspiration divine pour créer des œuvres dignes des héros et des dieux. Il l'invite à se rendre dans un lieu champêtre, loin du tumulte, pour profiter de la paix et de l'inspiration. L'auteur décrit son domaine situé près de la Marne, avec ses terrasses, ses bosquets et ses jardins, où il trouve refuge contre les tracas du monde. Il y respire un air pur et observe la nature, admirant les saisons et les divinités qui y sont associées. Il exalte la tranquillité et la philosophie qui lui permettent de goûter au vrai bonheur. Le texte se conclut par une réflexion sur la vanité des honneurs et des richesses face à la grandeur de la nature et de l'univers. L'auteur souligne la sagesse et la puissance divine qui régissent ces éléments. Il exprime sa préférence pour une vie simple et contemplative, loin des vaines ambitions humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 182-206
REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Début :
MONSIEUR, j'avois déja vu la lettre du sieur Beranger, lorsque vous eûtes la [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malades, Élève, Yeux, Cristallin, Public, Opération, Instrument, Louis Beranger, Oculiste , Certificats, Oeil
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
CHIRURGIE.
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
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Résumé : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Le texte est une lettre critique adressée à un médecin de Lyon concernant une lettre attribuée à un certain sieur Béranger, oculiste, et envoyée par M. Daviel le fils. L'auteur exprime sa surprise que la lettre de Béranger ait circulé largement, alors qu'il pensait qu'elle serait seulement distribuée dans les auberges entre Bordeaux et Paris. Il critique Béranger pour avoir fait payer des personnes qui n'étaient pas intéressées par son ouvrage. L'auteur explique qu'il avait initialement choisi de ne pas répondre à cette lettre pour éviter de déplaire au public et à son père, mais il a été poussé à réagir en raison des attaques indécentes contre son père. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. Enfin, l'auteur dénonce l'attitude jalouse et présomptueuse de Béranger, qui cherche à discréditer les méthodes de son père et d'autres chirurgiens compétents. Il appelle à une collaboration respectueuse et constructive entre les praticiens pour le bien du public. L'auteur conteste les découvertes et les méthodes de Béranger, notamment concernant les opérations de la cataracte. Il affirme que Béranger s'approprie des découvertes déjà faites par d'autres, notamment par son père, et qu'il manque de rigueur scientifique. L'auteur cite plusieurs exemples d'erreurs commises par Béranger lors d'opérations, comme l'annonce incorrecte de la solidité des cataractes ou la mauvaise gestion des complications post-opératoires. Il mentionne également des certificats de succès produits par Béranger, qu'il juge suspects et contradictoires. L'auteur conclut en soulignant que les véritables mérites des grands hommes se mesurent par leurs succès et les éloges de la communauté scientifique, et non par des témoignages douteux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 57-58
ENIGME.
Début :
Au Maître à qui je suis je fus toujours fidele ; [...]
Mots clefs :
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Au Maître à qui je fuis je fus toujours fidele
Jamais à fes fouhaits je ne parus rebelle :
Clair & vivant flambeau toujours je le conduis ;
Quelque danger qu'il courre , en tous lieux je le
fais.
Je lui découvre tout aveugle pour moi - même ;
Et pour preuve de ma foi ,
Sans lui je ne puis vivre , il peut vivre fans moi ;
Mais c'eſt toujours par un malheur extrême.
Souvent mon air doux & riant ,
N'eft qu'un appas double & perfide
Quelquefois j'ai l'air intrépide ,
Audacieux , entreprenant.
A tout fpectacle je préfide.
Par ma grande légéreté ,
Je fuis le trait le plus rapide :
Sans langue & fans diſcours , je donne des confeils
;
J'enflamme , & de frayeur je frappe mes pareils ;
Je tue , & je guéris ; j'accorde , & je refuſe ;
Je permets , je défends , j'autorife , & j'excufe
Dans les uns , j'ai beaucoup plus de vivacité ,
Je puis fervir à différent ufage :
La Coquette furtout tire un grand avantage
De mon agilité :
Cx
SS MERCURE DE FRANCE.
D'un ruiffeau je ſuis l'image ;
J'ai des bords , un rivage;
J'ai toujours de l'humidité ,
Je ne coule que dans l'orage :
L'on m'employe en tous lieux à cent travaux
divers ;
Je fuis utile au Grand, au Bourgeois , au Cham
L
roll ¿pêtre,,, ormos liupssppul ev. 19
Et dans le moment même où tu veux me connoître
NOVA TUOY 517 , C
Cher Lecteur , je te fers.
N. T. BRÉMONTIER , de Rouen.
Au Maître à qui je fuis je fus toujours fidele
Jamais à fes fouhaits je ne parus rebelle :
Clair & vivant flambeau toujours je le conduis ;
Quelque danger qu'il courre , en tous lieux je le
fais.
Je lui découvre tout aveugle pour moi - même ;
Et pour preuve de ma foi ,
Sans lui je ne puis vivre , il peut vivre fans moi ;
Mais c'eſt toujours par un malheur extrême.
Souvent mon air doux & riant ,
N'eft qu'un appas double & perfide
Quelquefois j'ai l'air intrépide ,
Audacieux , entreprenant.
A tout fpectacle je préfide.
Par ma grande légéreté ,
Je fuis le trait le plus rapide :
Sans langue & fans diſcours , je donne des confeils
;
J'enflamme , & de frayeur je frappe mes pareils ;
Je tue , & je guéris ; j'accorde , & je refuſe ;
Je permets , je défends , j'autorife , & j'excufe
Dans les uns , j'ai beaucoup plus de vivacité ,
Je puis fervir à différent ufage :
La Coquette furtout tire un grand avantage
De mon agilité :
Cx
SS MERCURE DE FRANCE.
D'un ruiffeau je ſuis l'image ;
J'ai des bords , un rivage;
J'ai toujours de l'humidité ,
Je ne coule que dans l'orage :
L'on m'employe en tous lieux à cent travaux
divers ;
Je fuis utile au Grand, au Bourgeois , au Cham
L
roll ¿pêtre,,, ormos liupssppul ev. 19
Et dans le moment même où tu veux me connoître
NOVA TUOY 517 , C
Cher Lecteur , je te fers.
N. T. BRÉMONTIER , de Rouen.
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