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1
p. 2000-2002
DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
Début :
La perfection que l'on doit chercher dans la pratique des beaux Arts, doit aussi engager [...]
Mots clefs :
Académie royale de la danse, Chorégraphie, Danser, Rameau
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texteReconnaissance textuelle : DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
DELIBERATION de l Académie Royale de Danse , du 10. Août 1731. pour le
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
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Résumé : DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
En août 1731, l'Académie Royale de Danse a examiné la question du maintien de l'ancienne chorégraphie. M. Hardouin, maître à danser de Paris résidant à Caen, a signalé qu'un confrère avait modifié les caractères de la chorégraphie traditionnelle, compromettant ainsi l'art de la danse. Hardouin s'est déplacé à Paris pour défendre la méthode traditionnelle et a obtenu le soutien de l'Académie. Cette dernière a alors édicté un règlement imposant que toute future publication sur la danse doit respecter l'ancienne méthode et la chorégraphie de M. Feuillet. En septembre 1737, Hardouin a accusé M. Rameau, privilégié du Roi pour vendre des danses écrites, d'avoir détruit la chorégraphie ancienne. Lors d'une confrontation à l'Académie, Hardouin a démontré la supériorité de l'ancienne chorégraphie, soulignant qu'elle est conforme à la musique, géométrique, et suivie par les étrangers. Rameau a finalement accepté de se conformer à l'ancienne méthode. L'Académie a délivré un document à Hardouin pour certifier que ses remontrances étaient justes et pour permettre l'examen futur des ouvrages de Rameau.
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2
p. 71-72
CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
Début :
A Versailles après mi nuit, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Bonne besogne, Au gué, Nuit, Boire, Danser
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
CHANSON NOUVELLE
Sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Sur l'air : La bonne avanture au gué.
A Versailles après mi nuit,
Le Duc de Bourgogne
Est arrivé cette nuit
Sans appareil & sans bruit;
La bonne besogne au gué
La bonne besogne.
Pour boire à ce Nouveau-né
Faut rougir sa trogne;
Ce Prince est un Dieu donné,
Nous serons tous fortunés;
La bonne besogne au gué.
bis.
Buvons donc à sa santé;
En vin de Bourgogne,
De Champagne & Montraché
Il faut tout nous ennivrer,
La bonne besogne, &c.
72 MERCUREDEFRANCE.
Ma commere Magdelon,
Allons à Boulogne,
Pour danser un cotillon,
Et manger le saucisson
La bonne besogne.
bic
Il est permis en ce jour
D'être un bon yvrogne
De danser, & tour à tour,
De boire, & faire l'amour;
La bonne besogne au gué.
bis.
Vive le Roi, le Dauphia
Le Duc de Bourgogne;
Et de la Danphine enfio
Il nous faut chanter sans fin;
La bonne besogne au gué,
La bonne besogne.
Sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Sur l'air : La bonne avanture au gué.
A Versailles après mi nuit,
Le Duc de Bourgogne
Est arrivé cette nuit
Sans appareil & sans bruit;
La bonne besogne au gué
La bonne besogne.
Pour boire à ce Nouveau-né
Faut rougir sa trogne;
Ce Prince est un Dieu donné,
Nous serons tous fortunés;
La bonne besogne au gué.
bis.
Buvons donc à sa santé;
En vin de Bourgogne,
De Champagne & Montraché
Il faut tout nous ennivrer,
La bonne besogne, &c.
72 MERCUREDEFRANCE.
Ma commere Magdelon,
Allons à Boulogne,
Pour danser un cotillon,
Et manger le saucisson
La bonne besogne.
bic
Il est permis en ce jour
D'être un bon yvrogne
De danser, & tour à tour,
De boire, & faire l'amour;
La bonne besogne au gué.
bis.
Vive le Roi, le Dauphia
Le Duc de Bourgogne;
Et de la Danphine enfio
Il nous faut chanter sans fin;
La bonne besogne au gué,
La bonne besogne.
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Résumé : CHANSON NOUVELLE Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Sur l'air : La bonne avanture au gué.
La chanson célèbre la naissance du Duc de Bourgogne à Versailles, survenue après minuit sans cérémonie. Elle invite à fêter cet événement avec des vins prestigieux comme ceux de Bourgogne, de Champagne et de Montrachet. Le duc est vu comme un don divin apportant la fortune. La chanson encourage la joie, la danse, la boisson et l'amour. Elle exalte la santé du roi, du dauphin, du duc et de la dauphine. Le refrain 'La bonne besogne au gué' souligne la liesse populaire.
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3
p. 223-227
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont donné la premiere représentation du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie-Italienne, Bouquet, Plaisir, Danser
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 3 juillet, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie-ballet 'Le Prix de la beauté, ou du Jugement de Paris', écrite par M. Mailhol. Cette pièce, en un acte et en vers, a été bien accueillie par le public. Elle était accompagnée du divertissement 'Soirée villageoise', composé par M. Deheffe. Le ballet était amusant et bien structuré, avec un pas de trois particulièrement remarquable exécuté par Mlle Catinon, Mlle Camille et le sieur Billioni. Dans cette scène, Billioni, jaloux, surprend la paysanne qu'il aime en train de danser avec le berger, ce qui provoque une dispute se terminant par un raccommodement où le paysan est dupé. L'auteur mentionne également un autre divertissement intitulé 'Le Bouquet', donné par Mlle Catinon, Mlle Louison et le jeune Vincentini à M. Deheffe chez lui à Fontarabie, la veille de la Saint-Jean. Ce divertissement, composé de trois scènes menant au ballet, a été imaginé et exécuté avec zèle. Vincentini apparaît seul avec une corbeille de fleurs, formant un bouquet. Catinon survient et veut lui ravir la corbeille, mais ils décident de faire le bouquet ensemble. Louison, qui les épie, s'en empare, ce qui provoque une nouvelle dispute. Ils tirent au sort pour décider du destin du bouquet. Catinon récite une fable avant de présenter le bouquet, suivie de danses et de chants. La fête se termine par une contredanse, soulignant la douceur d'être célébré par de jeunes talents protégés.
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